Vous êtes sur la page 1sur 88

Q .

DZENTIN ME1LLA SS O UX

APRÈS LA FINITUDE
ESSAI SUR LA NÉCESSITÉ
DE LA CONTTNGENCE

Préface d'Alain Badiou

ÉDITIONS DU SEUIL
ÈÎ. I'1l£'.ο?C`fJ.|fJ, Paris "'J`f
þÿl.'C :RDR1¿PH1r.n';0PmQU¿
COLLECTTGN DIRIGÉE aan M,.AL*< B:Ul()L` rr FMRB.-RA C.-XSSIN

A lu þÿîï1£7iî1()l.T' de
¬' mon père

F V

.
'/

1snN 3-E12-084742-6

'Ê' EDITIONS l)l,| SEULL. IANW-TER þÿÎl4.ll'|{ :

Lc þÿCûcl:
þÿf|EÎiIpI'L`ÇlI'ÎIf2:'Î11111-2|Ã-;CI1.>:l1:H1Iû1Îî!kSÇCÇ1it'5ou þÿ:¼gm-.h_ :;x~:=-w
.h~,15|1¿-f, .1 um; þÿu¼Ei5._.1ir1-|
culkcti'-':. I1u.!= rrprzäwnxutimn -zu þÿ|u¼n.h;|1nn
iniégmlc -:u |:-¿n_=lJu fan: pu: .||.~.=Iquc þÿpmcûdû
@UC Cf Wil- '-im |= þÿI-"F-<='f|*ûm=E1É-2 fi'-llcur un d: vn» uyuns cause. c=z |¿L;iu :x mnsriruc un:
cunlmfilçún 5-ê."hÎúl`lILlIt§|; |:z: ire .-J-;¿:|¿_¿ L335_:¿ c; þÿgun-;=|xL¢I.|
: Cçdc dc lu þÿ;m|; :;|.1E;|×:;¢lQ¿@yqu¢]1¢_

w=.*w.scuil.con1
Préjkzce

ll est de la vocation de la collection «<L`Ordre philoso-


phique de publier non seulement des þÿSuvres
>>
contempo-
raines niûries et achevées, non seulement des documents
philosophiques essentiels de tous les temps. mais aussi des
essais où se lit le sens d'un commencement. Des textes qui
répondent à la question: Pour guétir quelle blessure. pour
«

ôter quelle écharde dans la chair de l'e1isten-ce suis-je


devenu ce qu`on appelle un philosophe '? ll se peut. comme
þÿ : :

Bergson le soutenait. qu'un philosophe ne développe jamais


qu`une idee. [1 est certain en [t'1Ltl cas qu'il naît tl' une seule
question, celle qui vient à un moment donné de la jeunesse
parle travers de le pensee et de la vie. celle pour laquelle il
faut. à tout prix. trouver le chemin cl`unc reponse.
C'est dans cette rubrique qu'on doit ranger le présent
livre de Quentin Meillassoux.

11

Ce court essai. fragment d'une entreprise philosophique


(ou pour employer son vocahul aire) particu-
þÿ<<spécu1atíve :>.
lièrement importante. reprend à sa racine le problème qui a
donné son mou'-'ernent à la philosophie critique de Kant. et.
par la solution que Kant lui a donné. a. en quelque sorte.
Cassé en deux l`histoire de la pensee. Ce problème. posé sous
sa forme la plus claire par 1-lume.
porte sur la nécessité des
9
Awuks La FINITLIDE PRÉFACE

lois de la nature. D`où peut bien


provenir cette prétendue Quentin Meillassoux tire ensuite quelques-unes des
nécessité, dès lors qu`à Févidence Icxpérience sensible. dont
conséquences de sa reprise du problème fondamental ('« que
provient tout ce que croyons savoir sur le
nous savons ou
puis-je connaitre '? þÿ : :}en direction des deux autres: que dois-
rnondc. ne
petit garantir aucune ? La réponse de Kant,
en
je faire. et que puis-je espérer. C `est là que sc déploie pour
comme on sait. concède Hume que tout provient de
1'espé- les contemporains l'au-delà de la ñnitude.
ricnee. Mais, ne cédant pas sur la nécessité des lois de la
ll n'est pas exagéré de dire que Quentin Meillassoux ouvre
nature. telles que depuis Newton on en connait la forme dans l'l1istoire de la philosophie. conçue à ce stade comme
mathématique et l`accord formel avec Fobservation empi- histoire de ce que c"est que connaitre. une nouvelle voie.
rique. Kant doit conclure qu`ct1 eflet cette nécessité. ne pou- étrangère à la distribution canonique de Kant entre «dogma-
vant provenir de notre réception sensible. doit avoir une autre tlsme þÿ : :.« scepticisme þÿ :>et « critique þÿ : Oui.
:. il y rt de la néces-
source: Factivité constituante d`un sujet universel.
que Kant sité logique absolue. Oui. il y a dc la contingence radicale.
appelle le sujet transcendantal þÿ : :.
«
Oui. nous pouvons penser ce qui est. et cette pensée n`est
Cette distinction entre la réception empirique et la consti- nullement dépendante d"un supposé sujet constituant.
tution transcendantnlc est en apparence le cadre
obligé de Cette remarquable «critique de la Critique þÿ : :est ici intro-
toute pensée moderne. et en
particulier de toute pensée des duite sans tioritures, coupant vers Fessentiel dans un style
þÿ<<n1odalités> comme
:. la nécessité et la
contingence. C`est clair et dérnonstratif. lille autorise à
particulièretnent nou-
encore sur elle que þÿréûécbissent
Deleuze ou Foucault. Mais veau
que le destin de la
pensée soit l`absolu. et
Frag- non les
c*est aussi bien elle qu'on retrouve dans la
distinction. fon- ments et relations partielles dans lesquelles nous nous
damentale pour Camap ct la tradition
analytique, entre les Complaisons. cependant que le «retour du religieux sert de þÿ : :
sciences formelles et les sciences
expérimentales. fictif supplément d`åme.
Quentin Meillassoux montre avec une force étonnante
qu`une autre compréhension du problème de Hume. restée þÿAi_,~u Bantot:
:i
en quelque sorte dissimulée, bien
que plus «naturelle þÿ : :,abou-
tit à un tout autre partage. Comme Kant. Meillassoux sauve
la nécessite. y compris la nécessité Mais. comme
logique.
Hurne, il admet qu`il n`y a aucun fondement acceptable àla
nécessité des lois de la nature.
La démonstration de MeiLlassoux car c'est bien d`une
-

démonstration qu'il sagit établit qu'une seule chose est


-

absolument nécessaire: que les lois de la nature soient contin-


gentes. Ce noeud entièrement nouveau entre les modalités
contraires installe la pensée dans un tout autre
rapport à l`ex-
périence du monde. un rapport qui défait simultanément les
prétentions nécessitantes» de la métaphysique classique, et
«

le partage critique entre l`einpirique et le Lranscendantal.


« þÿ : :

10
1

Uancestralité

La théorie des qualités premières et secondes semble appar-


tenir à un pas-sé philosophique irrémédiablement périmé: il
est temps de la réhabiliter. Une telle distinction peut appa-
raître au lecteur
d'aujourd'hui comme une subtilité scolas-
tiqne, enjeu philosophique essentiel. C'est pourtant.
sans

comme on le verra, le rapport même de la pensée à1'absolu

qui S`y trouve engagé.


Tout d'ahord de quoi siagit-il '? Les termes mêmes de «qua-
,

lités premières et de «qualités Secondes þÿ : viennent


þÿ : : : de Locke;
mais le principe de la différence se trouve déjà chez Des-
CBJÎBSI. Lorsque je me brûle à une chandelle, je considère

spontanément que la sensation de brûlure est dans mon doigt.


et non dans la chandelle. Je ne touche pas une douleur qui
serait présente dans la þÿûamme.comme l°une de ses propriétés:
le brasier ne se brûle pas 1orsqu'il brûle. Mais ce que l'on
admet pour les þÿaûfectionsdoit se dire de la même façon pour

1. Panni les principaux textes traitant de cane différence. on peut mention-


ner: Dcsümtes. Médz'ratí0rr.t mérapízysfqztes. sixième Méditation. (Em-'ref éd.
pãir C. þÿAtaïtm et P. Tanncry (AT). nouvelle présentation, Paris. V1:i.tU'CI`RS.

1964-IQÎ4. rééd. 1996. vol. ïx, p. S?-72; Les Prilzcipfss de la philosophie.


Seconde Panic. arúclc 1 et article 4. AT. ot. n. p. 63-65: l_.ocke,ES5aipi1fl0S0-
pftfql-le tîümtfêrmuït Fententlemerzr humain. introduction E. Naert. tlfad_ FIBRE
Coste, rêêd. Paris, -'1:in. l9T2. livre 2. chap. 8. p. 87-97.
il va de Soi que Desterles et Loukt: n'cntcndent pas cette distinction de
façon identique. mais on sntttache ici ii ce qui paraît être un noyau commun de
þÿsigniûcarion.

13
APRÈS LA FINITUDE 1.'AN<_:Es'raA|.|1'É

les sensations : la d"un aliment n`est pas goûtée par l`ali-


saveur entre la chose et son appréhension subjective est en effet
rnent et n`e-xiste
donc pas en celui-ci avant qu`il soit absorbé. devenu un lieu cornrntui que peu de philosophes ont remis en
De méme. la beauté mélodicuse d'une séquence sonore n'est cause. On conte-stera sans doute vigoureusement, dans l`hé1i-

pas entendue par la mélodie; l_a couleur éclatante d'un tableau tagc cle la phénoménologie. la façon dont Descartes ou Locke
n'est pas vuepar lc pigment coloré de la toile. etc. Bref. rien de ont pensé un tel rapport: comme þÿniodiûcationde la substance
sensible -

qualité affective ou perccptive ne peut exister tel


-

pensante liée a Faction mécanique d'un corps matériel et non.


qu`il se donne à moi en la chose seule, sans rapport à moi- parexemple. comme corrélat
noético-noématique. Mais la
même, ou à vivant. Si l'on considère en pensée cette
un autre
question n`est pas de renouer avec la façon dont les classiques
chose << en soi c'est-à-dire índilïéremnient au rapport qu'elle
þÿ> : _ ont déterminé le rapport constitutif de la sensibilité: seul le fait
entretient avec moi, aucune de ces qualités ne parait pouvoir que le sensible .voir un rapport, et non une propriété inhérente à
subsister. (Jtez l'obsen*ateur, et le monde se vide de ses quali- la chose, nous importera ici. De ce point de vue, :raccorder
tés sonores. visuelles, olfactives, etc., comme la flamme se avec Descartes ou Locke ne pose guère de difficulté à un
<< vide þÿ : :de la douleur une fois le
doigt ôté. contemporain.
Unpeut pourtant pas dire que le sensible serait injecté
ne ll n'cn va plus de même dés lors que 1`on fait inte1'verti_r le
par moi dans les choses à la façon d'une hallucination per- coeur de la théorie
classique des qualités: à savoir le fait qu'i1
manente et arbitraire. Car il y a bien un lien constant entre les y aurait deux qgnes de qualités. Car ce qui a þÿdisqualiûé déci-
réalités et leur sensation: sans chose capable de susciter la sivement la distinction entre qualités secondes et qualités
sensation de rouge, pas de perception de chose rouge; sans premières, c`est le fait même de la distinction: c°est-à-dire la
un feu bien réel. pas de sensation de brûlure. Mais il n'y a croyance suivant laquelle la subjectivation» des qualités sen-
<<
pas
de sens à dire que le rouge ou la chaleur de la chose existe- sibles (la mise en évidence cle leur lien essentiel à la présence
raient aussi bien, a titre de qualités, sans moi qu'avee moi: d'un sujet] ne devrait pas sfétendre à mures les propriétés
sans perception de rouge, pas de chose rouge; sans sensation concevables de l'objet. mais seulement aux déterminations
de chaleur, pas de chaleur. Qu'il soit affectif ou perceptif, le sensibles. On entend en effet par qualités premières des proprié-
sensible n'-:-:xiste donc que comme rappürt' rapport entne le tés supposées cette fois inséparables de l'objet: des proprié-
monde et le vivant quejo suis. Le sensible, en vérité, n`est ni tés qu*on suppose appartenir à la chose, lors même que je
simplement << en moi» à la
façon d'un rêve, ni simplement cesse de Pappréhender. Des propriétés de la chose sans moi
<< la chose à la façon d`une propriété intrinsèque: il est la
en þÿ : :
aussi bien qu`avec moi- des propriétés de l*en-soi. En quoi
relation même entre la chose et moi. Ces qualités sensibles. consistent-elles ? Pour Descartes, ce sont toutes les propriétés
qui ne sont pas dans les choses mêmes mais dans mon rap- qui ressortis sont à l`étendue, et qui peuvent donc faire l'objet
port subjectif þÿaicelles-ci ces qualités correspondent à ce
-

de démonstrations géométriques: longueur, largeur, profon-


que les classiques nomment les qualités Secondes. deur, mouvement, ñgure, grandeurk Pour notre part. nous
Or. ce ne sont pas ces qualités secondes qui ont þÿdisqualiûé
la éviterons de faire intervenir la notion d'étendue, car celle-ci
théorie classique des qualités. Qu`il n'y ait pas de sens E1 ami-
buer à la «chose en soi» (qui est. au fond. la «chose sans
l. Locke. pour des rïiisous que nous ne pouvons examiner ici. ajoute il cette
moi þÿ :>)des propriétés qui ne peuvent résulter que d`un liste la «solidité þÿ :>.
rapport
14 15
.*_Pa_Ès LA FLNITUDE I.'ANCESÎRAJ.ITÉ

est indissociable de la représentation sensible: on ne peut depuis Kant, et même depuis Berkeleyl: thèse intenahle.
imaginer d`étendue qui ne soit pas colorée, donc qui ne soit parce que la pensée ne saurait sortir d'elle-même pour COIII-
pas associée ã une qualité seconde. Pour réactiver en tenïtes parer le monde « en soi» au monde << :. ainsi dis-
pour nous þÿ : et
contemporains la these cartésienne. et pour la dire dans les criminer qui ce est dû à
rapport au monde et ce qui
notre
termes mêmes où nous entendons la défendre, on soutiendra n'apparticnt qu`au monde. Une telle entreprise est en effet
donc ceci: tout ce qui de Fobjet peut être formulé en termes autocontradictoire: au moment où nous pensons que telle
mathématiques. il ji* a sens à le penser comme propriété de propriété appartient au monde en soi -

nous le pensons, pré-


Fobjet en soi. Tout ce qui de liobjet. peut donner lieu à une
.
cisément. et une telle propriété se révèle donc elle-même
pensée mathématique (à une formule. à une numérisation), et essentiellement liée àla pensée que nous pouvons en avoit.
non à une perception ou sensation, il y a sens à en faire
une Nous ne pouvons nous faire une représentation de l'en-soi
une propriété de la chose sans moi. aussi bien qu'avec moi. sans
qu'i1 dcvicmtc un pour-nous» ou. comme le dit plai-
«

La thèse soutenue est donc double: d'une part ou admet sarnrnent Hegel. nous ne pouvons surprendre 1'objet «par- « »

que le sensible n°existe que comme rapport d'un sujet au :, Sorte de savoir ce qu'il serait en lui-mêmelz ce
derrière þÿ : en
monde: mais d'autre part on considère que les propriétés qui signifie que nous ne pouvons rien connaître qui soit
mathématisables de l`objet sont exemptées de la contrainte au-delà de notre relation au monde. Les propriétés mathé-
d'un tel rapport, et quelles Sûnl eflectivement en l`objet tel matiques dc l`objct ne sauraient donc faire exception à la sub-
que je les conçois. que j'aie rapport ou non à cet objet. Avant jectivation précédente: elles doivent elles aussi être conçues
de justifier cette thèse, il faut saisir en quoi celle-ci peut comme dépendantes du rapport qu'nn sujet entretient avec le

paraître absurde à un philosophe contemporain et dévoiler -


donné: comme une forme de la représentation si je Suis un
la source précise de cette apparente absurdité kantien orthodoxe. comme un acte dela subjectivité si je suis
un phénoménologue. comme un langage formel spécifique si

Si cette thèse a toutes les chances de sembler vaine ã tm je suis un philosophe analytique. etc. Mais. dans tous les cas.
contemporain. c°est parce qn'elle est résolument précririque un philosophe qui entérine la légitimité de la révolution trans-
-

parce qu' elle représente une régression à la position « naïve» cendantale un philosophe qui se veut <<post-critique þÿ :>.
-

et
de la métaphysique dogmatique. Nous venons en effet de non pas dogmatique soutiendra C[l.1`.l.i est naïf de croire que
-

supposer que la pensée pouvait discriminer entre les pro- nous


pourrions penser qiielqiie chose fût-ce une détermina- -

prietes du monde qui ressortissent à notre relation à celui-ci. tion mathématique de l'objet tout en faisant abstraction du
-

et les proprietes d*un monde «cn soi», subsistent en lui- fait que c`est toujours nous qui pensons quelque chose.
mëme indifféremment au rapport que nous entretenons avec Notons car nous aurons à y revenir que la révolution
- -

lui. Or. on sait bien que cette thèse est devenue intenable transcendantale a consisté non pas simplement à þÿdisqualiûer
le réalisme þÿnaû
des métaphysiques dogmatiques (cela. 1'idéa-
1. Sur ce point. on se reportcra þÿà1'analys :.a
par Alain Renaut dc la lettre de lisme subjectif de Berkeley sien était déjà chargé). mais aussi
Kant it Marcus Hem du ll lëvricr 1772, dans Kant aujourdhui. Aubicr. 1997.
Chapitre premier. p. 53-77. Sur la Critique par Berkeley de la distinction des qua-
lités Secondes ct premiènes: Principes' de la cartnaizmance hwmrine. in Gîmres. l. þÿPl1¿inumf?nt :1'ti_:çir'rie' l'f'.ipr|`¿. trad. B. Bourgeois. ltllïroductinn. Will. 1997.
volume I. nail. Marilène Phil.lps,_PUF. l985. première partie.§ 8-10. p. 322-324. p. 197.

16 17
.-PRÈS LA FINITUDE L*Axt:tss'1'RA1_t'|'12

et surtout à redéfinir Vobjectivité en dehors du contexte dog- considérer les sphères de la subtieetivité et de l`objectivité
matique. Dans le cadre kantien, la conformité d*un énoncé à indépendamment l'une de l`autre. Non seulement il faut dire-
l`objet ne peut plus. en effet, se déñnir comme «adéquation þÿ :~ :
que nous ne saisissons jamais un objet «en soi þÿ : :_isolé de son
ou «ressemblance» d`une
représentation à un objet suppose rapport au sujet. mais il faut soutenir aussi que nous ne sai-
« en soi þÿ : :.puisqu 'un tel en-soi est inaccessible. La difference sissons jamais un sujet qui ne soit pas toujours-dejà en rapport
entre une représentation objective (dn type: «le soleil chauffe avec un objet. Si l`on peut nommer «cercle corrélationnel»

la pierre þÿ : :)et une représentation «simplement subjective þÿ :>


Pargument suivant lequel on ne peut prétendre penser l'en-
(du type: «la pièce me parmt chaude þÿ : :)doit donc en passer soi sans entrer dans
cercle vicieux. sans se contredire aus-
un

parla différence entre deux types de représentations subjec- sitôt. on peut nommer << pas de danse corrélationnel» cette
tives: celles qui sont universalisables c`est-à-dire expéri-
-

autre figure du raisonnement à laquelle les philosophes se sont


rnentables en droit par chacun et à ce titre scientifiques >>.
-

<< si bien accoututnes: cette ñgure. que l`on trouve si fréquem-


et celles qui ne sont pas universalisables. et ne ment dans les ouvrages contemporains. et qui soutient qu' « il
peuvent en
consequence faire partie du discours de la science. Dès lors. serait naïf de penser le sujet et l'objet comme demi étnnts qui
l`inters*uhje'ctivíté. le consensus d'une communauté. était des- subsisteraient par eux-mêmes et auxquels la relation qu'ils
tinée it se substituer à l`aa'éqnatimz des représentations d`un entretiennent viendrait s`ajouter par ailleurs. Au contraire. la
sujet solitaire à la chose méme, a titre de critère authentique de relation est en quelque sorte première: le monde n`a son sens
Fobjectivite, et plus spécialement de Fobjectivite seientiliquen de monde que parce qu'il nfapparaît comme monde. et le moi
La vérité scientitique n'est plus ce qui se conforme à un en-soi n'a son sens de moi que parce qu'il est le vis-à-vis du monde,
suppose indifférent à sa donation. mais ce qui est susceptible celui pour qui le monde se dévoile. þÿ'> :_ ._

d'ètre donné en partage à une communauté savante. D`une façon générale. le «pas de danse du moderne. c`estþÿ : :

cette croyance en la primauté de la relation sur les termes


De telles considérations permettent de saisir reliés, croyance en la puissance constitutive de la relation
nous en
quoi
la notion centrale de la philosophie moderne depuis Kant mutuelle. Le « þÿeo- :(de
: eo-donation. de eo-relation. de co-ori-
semble être devenue celle de corrélation. Par «corrélation þÿ : :_ ginarité, de co-présence, etc.). ce << co- þÿ : :est la particule domi-
nous entendons l`idée suivmt laquelle nous n`avons accès nante de la
philosophie moderne. sa véritable formule «

la
qu'à corrélation de la pensée et de l`être. et jamais à l`un chimique on pourrait dire que jusqu`à Kant un des
Ainsi.
þÿ : :.

de ces termes pris isolement. Nous appellerons donc désor- principaux problemes de la philosophie consistait à penser la
mais carrélaz£onisnz¿~ tout courant de pensée qui soutiendra substance. tandis qu'à partir de Kant il s`est bien plutôt agi de
le caractère indépassable de la correlation ainsi entendue. penser la corrélation. Avant le transcentlantal. l`une des ques-
Dès lors, il devient possible de dire que toute philosophie tions qui pouvait départager de façon décisive les philosophes
qui ne se veut
pas un réalisme naïf est devenue une variante rivaux était: quel est celui qui pense la veritable substance:
du eorrélationisme. est-ce le philosophe qui pense l'ldee l`individu. 1'atome, Dieu
.

Examinons de plus pres le sens d'un tel philosophèmez


«ï corrélation, correlationisme þÿ : :. l. Ph. Hunetnsn. E.. Kulich. lnn'odtzr'tio:t ti la þÿpl1¿ :ionzéunlngt'e_Armand
Le corrélationisme consiste à þÿdisqualiûer
toute prétention 21 Colin. l997. p. 22.

18 19
APRÈS LA FINÎTU DE t.'fucEsîRiJ_tTE

quel Dieu '? Après Kant. et depuis Kant, départager deux phi- Ce qui remarquable. dans une telle description de la
est

losophcs rivaux ne revient plus tant à se demander lequel pense conscience du langage des modernes. c`est qu`elle exhibe
et
la véritable substantialité. qu`à se demander lequel pense la le caractère paradoxal de Fextériorité corrélationnelle: tl'une
eorré-lati on la plus origi.na.i.re. Est-ce le pen seur de la corrélation peut le corrélationisme insiste volontiers sur le lien originaire
sujet-objet, du corrélat noético-noématique. de la corrélation de la conscience comme du langage à un dehors radical (la
langage-référence ? La question n`est plus: quel est le juste conscience de la phénoménologie se transcendann «s`écla-
substrat ?. mais : quel est le juste cortélat? tant» comme dit Sartre vers le monde); mais d`autre part
cette insistance semble dissimuler un étrange sentiment d'en-
La conscience et le langage ont été les deux «milieux þÿ : : fermement, de claustration dans un tel dehors ( la « cage trans-
principaux de la corrélation au xx* siècle supportant res- -

parente þÿ : :).Car nous sommes bien enfermés dans lien-dehors


pectivement la phénoménologie. et les divers courants de la du langage et de la conscience. puisque nous y sommes rou-
philosophie analytique. Francis Wolff les caractérise très jours-dcïfri (autre locution essentielle. avec le <<co- þÿ : du
:. cor-

justement quand il en fait des « objets-mondes þÿ : :. La I


rélationisme). puisque nous ne disposons d`z-aucun point de
conscience et le langage sont en eiîet des objets uniques, vue dioù nous pourrions observer de Fextérieur ces
«objets-
parce qu'iIs «font monde þÿ : :.Et si ces objets font monde. mondes þÿ : :.donateurs indepassables de tonte extériorité. Or.
c"est cl'une part parce que. pour eux, «tout est þÿdedans : :. si ce dehors nous apparaît comme un dehors ciausrrai, un
mais aussi bien «tout est dehors... þÿ : :.Woliï continue ainsi: dehors dans lequel il 3* a sens à se sentir enfermé, c°est qu'un
«Tout est dedans parce que, pour pouvoir penser quoi que tel dehors est, à vrai dire. tout relatif. puisqu `i.l est précisé-
-

Ce soit. il faut "pouvoir en avoir conscience". il faut relatif. relatif à nous-même. La conscience
pouvoir ment -

et son
le dire, et nous sommes donc enfermés dans le langage ou langage se transcendent certes vers le monde. mais monde il
dans une consci_ence sans pouvoir en sortir. En ce sens ils n`y a que pour autant quinne conscience s'y transcende. Cet
n'ont pas þÿd`e; :ttérieur.
Mais en un autre sens. ils sont tout espace du dehors n'est donc que l`espuce de ce qui nous fait
entiers tournés vers Fcxtérieur, ils sont la fenêtre même du face. de ce qui nlexiste qu`à titre de vis-à-vis de notre exis-
monde: car avoir conscience. c`est
toujours avoir conscience tence propre. Ciest pourquoi. en vérité, on ne se transcende
de quelque chose, parler c'est nécessairement parler de quel- pas bien loin en plongeant dans un tel monde: on se contente
que chosc. Avoir conscience de l`arbre, e'est avoir conscience cïexplorer les deux faces de ce qui demeure un face-à-face
de l'arbre lui-même et non d'une idée de l`arbre. parler de -
telle une médaille qui ne conn aîtlait que son revers. Et si les
1`arbre, ce n`est pas dite un mot mais parler de la chose. Si modernes mettent une telle véhémence ã soutenir que la pen-
bien qu`ils ne renferment le monde en eux que parce que, ã. sée est pure orientation vers Fextérieur, il se pourrait que ce
l`inverse. ils sont tout entiers en lui. Nous sommes dans la soit. vérité, en raison d`un deuil mal assume par déné-
en -

conscience ou le langage comme dans une


cage transpa- gation d'une perte inhérente à l'abandon du dogmatisme. ll
rente. Tout est dehors mais il est impossible d'en sortirï. þÿ : : se pourrait en effet que les rnodernes aient la sourde impres-

sion d'avoir irrémédiablement perdu le Grand Dehors. le


l. Dire le rn0vtu'e!. PUF. 1997. p. ll _
Dehors absolu des penseurs précritiques: ce Dehors qui
2.Ibid..p. 11-12. n'était pas relatif à nous. qui se donnait comme indiiïérent ã
20 21
APRÈS LA FINITUDE 1_'A:~:Ces't'1-tALl'|'E

sa donation pour être ce qu`il est. existant tel qu'en lui-même. mutuel: <<
L'Ereigrzi.s* est la conjonction essentielle de
que le
pensions
nous non; ou ce Dehors que la pensée pou- 1`homrne et de l`être, unis par une appartenance mutuelle de
vaitparcourir avec le sentiment justifié d`être en terre etran- leur être proprek» Et le passage suivant montre clairement
gere d`être. cette fois. pleinement ailleurs.
-

le maintien rigoureux, chez Heidegger. dn «pas de danse þÿ : :


corrélationnelz «De '"l`ên'e lui-même" nous disons trop peu
Soulignons þÿenûn. pour en finir avec cette brève exposition lorsque. disant "1`être". nous laissons de côté son être-pré
du philosophème postcritique. que la corrélation pensée-être sent à l`essence-de-i`ho1nme et méconnaissons ainsi que
ne se réduit pas à la corrélation
sujet-objet. Autrement dit: cette essence elle-même contribue à constituer "1`être". Nous
la domination de la corrélation sur la pensée contemporaine disons aussi trop peu de l`homn1e lorsque, disant "l`être"
n'implique pas la domination des philosophies de la repré- (non l`être-homme), nous posons Fhomme pour lui-même
sentation. ll est en effet possible de critiquer celles-ci. au nom et ne le mettons qu'ensuite en rapport avec l`être qui a été
d"une corrélation plus originaire de la pensée et de l`ê.tre. Et. ainsi posé þÿ1. : :
de fait. les critiques de la représentation n`ont pas
þÿsigniûé
une rupture avec la corrélation c`est-à-dire un simple retour On des lors le nombre dc decisions que tout
mesure phi-
-

au dogmatisme. doit dlcntériner


losophc se
que soit l'ampleur de saquelle
-

Contentons-nous sur ce point de donner un exemple:


rupture avec la modernité. s'il ne veut pas régresser à une
-

celui de Heidegger. D"une part, il s"agit certes pour Heideg-


position simplement dogmatique: cercle et pas de danse
ger de pointer. dans toute pensee métaphysique de la repre- corrélationnels; substitution de l`intersubjecti'-rité à l'adé-
sentation, oblitération de Pêtre, ou de la présence, au
une
quation dans la redéfinition de Fobjectivité scientifique;
proñt du seul étant-présent. considéré comme objet. Mais. maintien de la corrélation jusque dans la critique de la repré-
d'autre part. penser un tel voilement de l`être an sein du sentation; dehors clanstral. Ces postulats caractérisent toute
dévoilement de l'étant qu'il rend possible suppose pour Hei- se voulant encore
philosophie þÿ«postcritique : c'est-à-dire
:,
degger de prendre en vue la co-appartenance (Zlt.5'0I.?1l'l'It?H- suffisamment ñdèle kantisrne pour récuser tout retour
au

gehörigkeitj originaire de Phomme


þÿiiêlïta,
qu`il nomme
et de pur et simple it la métaphysique précritique.
Ereignisl. La notion dïïreignis, centrale chez le dernier C`est 21 l`er1sen1ble de ces décisions que nous dérogeons
Heidegger. reste donc þÿûdè-le à Pexigence corrélationnelle en soutenant Fexistence de qualités premières. Est-ce donc
héritée de Kant. et prolongée par la phénoménologie husser-
liennez carla «co-appropriation þÿ :>qu*est l`Ereígnis signifie 1. Ihfd.. p. 272. Heidegger insiste certes sur le fait que dans le terme «co-

que l'être comme Phomme ne peuvent être posés comme apparte nance þÿ : le
:. eco- (le
þÿ : : «w doit être compris partir du sens de
:usrurrrnen «J

des «en-soi» qui n`entreraient en rapport que dans un l'appzu-tenance et non Pappanenance E1 partir du «co- þÿ ::-_Mais il sfagit seulement
d'évire.r de comprendre lïmité de la pensée et de Fêtre in la façon de la méta-
deuxieme temps les deux termes de Fappropriation étant
-

physique, comme :texas et connerie, et soumission de toute chose à tordre du


au contraire constitués
originairernent par leur rapport système: il ne þÿrûagít
pas cfaliaxtdonner le þÿ«co- : mais
:, d`en repenser Porigina-
rité en dehors des schémas de lareprésentation. Sur Ce point: ibid.. p. 262-263.
2. «Contributions ii la de þÿl`ëtre : Question
question :, Ci. Gril-
I, up. þÿ(`Îf..l1'û(`i.
I. «Identité et Différence þÿ : :.Qr¢e.r1'r'0n_t' I. trad. A. Préan. (iallimartl. 1968. nel. p. 227-228. La traduction citée est celle de Jacques Rolland, in Gianni
p. þÿ2{ :1-2':'1. Valtirno. [nm:rn'ucr¿'on ti Hcideg_ger', Éd_ du Cerf, 1935, p. 121 _

22 23
APRÈS LA þÿFlN|'ri_:r :E I.` AIYCESTRALITÉ

que nous sommesdéterminés a régresser les yeux ouverts ces dernières permettant tïappliquer les
techniques de
-

vers le
dogniatisme ? Et d`abord, qu`est-ce qui nous incite à datation radioactive à la lumière émise parles étoilesl.
rompre ainsi avec le cercle de la corrélation ? La science est donc aujoutd`hui en mesure de déterminer
***
préciséme-nt fût-ce à titre d`hypothèse révisable -les dates
-

de formation de fossiles vivants antérieurs à Fémergence


des premiers homiuidés. la date de formation de la Terre. ou
C'est une simple ligne. Elle peut avoir plusieurs teintes, les dates de formation des astres, voire þÿ1'«ancieuneté :de
:
un peu spectre de couleurs séparées par de courts
comme un l`Univers lui-même.
traits verticaux. Au-dessus dc ceux-ci. des chiffres
symboli- La
question qui nous intéresse est alors la suivante: de
sant des
quantités immenses. C`est une ligne comme on quoi parlent les astrophysiciens, les géologues ou les paléou-
peut en voir dans
nimporte quel ouvrage de vulgarisation tologues lorsqu`ils discutent de l'ãge de l'Univers. de la date
scientifique. Les chiffres
désignent des dates. et ces dates, de formation dc la Terre, de la date du surgissenlent d'une
ce sont principalement celles:
espèce antérieure à l'homme. de la date du surgissement de
-

de Forigine de l'Univers {_- 13.5 milliards d'aJ1néeS} l'homrne lui-même 'Z' Comment saisir le sens d'un énoncé
-

de la formation de la Terre (- 4.45 milliards d'années)


portant explicitement
þÿscientiûque sur une donnée du monde
de l'origine de la vie terrestre (- 35 milliards
d`atmées)
-

posée comme antérieure à Pémergence de la pensée, et même


-

de l'origine de Fhomme (Homo habilis. 2 millions


-

de la vie c'es!-à-dire posée comme antérieure â rottreforme


-

cfannées). humaine de rapport monde ? Ou, pour le dire plus préci-


au

sément: comment penser le sens d`un discours


qui fait du
La science expérimentale est aujourd`hui capable de pro- rapport au monde vivant etfou
-

pensant un fait inscrit dans--

duire des énoncés concernant des événements antérieurs à une temporalité au sein de laquelle ce rapport n`est qu`un
Pavènement de la vie comme de la conscience. Ces énoncés événement parmi les autres inscrit dans une succession
-

consistent en la datation d'« objets þÿ : :


parfois plus anciens que dont il n"est qu'un jalon et non une origine ? Comment la
toute forme de vie sur Terre. Ces
procédures de datation science peut-elle simplement penser de tels énoncés, et en
étaient dites relatives aussi longtemps qu'ellcs ne concer-
quel sens peut-on attribuer une éventuelle vérité à ceux-ci ?
naient que les positions dans le temps des fossiles les uns
Fixons le vocabulaire:
par rapport aux autres (elles étaient obtenues notamment par -
nous nommons ancestrale toute réalité antérieure à
l'étude de la profondeur relative des strates rocheuses dans
lesquelles ces fossiles étaient déterrés). Les datations sont 1. Dominique I_t:court rappelle les éléments essentiels de Celle histoire des
devenues << absolues» à partir du moment (c`est-à-dire, þÿdãîûljons absolues. dans lc contexte polémique du renouveau CIÉQIÎUDJIÎSÎC de
pour
l'essentiel, depuis les années trente) où ont été mises au l`A].I1.ÊIÎÇ|l.IC des années 80: L'A.v.vt¿ríque entre la Bible' et Darwin. PUF. 1992.
chap. tv. p. 100 sq. Sur ce point. on peut également CClI1ål1ll¢1`l'lfÖl|iO11 [ran-
point des techniques capables de déterminer la durée þÿeûec- Çüise de Sc'ie'rrrijïr.-íuterican _' Pour la scicrnre, Le temps des dat't2ti0m'.jan\'ie1'-
tive des objets mesurés. Ces mnrs 2004. Pour intro-:luction plus technique: Méthodes de datation par
techniques s`appuient en géné- imc

ral sur la vitcsse constante de 12$ piténumênea' nucléaires mzmrcls. Slppfïcatínrtt, sous la dir. de E. Roth et
désintégration des noyaux B. þÿP0al1}^.Coll. CEA. Massari. 1985. chap. I. A
[«PrincipeS. géuérz!l.i.IÉ»-
radioactifs. ainsi que sur les lois de thermoluminescence E. Roth] et Chap. Hi [«La t.hcm1olu.mincscence», C. Lalou et G. `v'alad0s)_

24 25
APRÈS La Flxltume l_.'.'NCESTR:LITÉ

l'apparition de l'espèce humaine -

et même antérieure a Dans une telle


perspective. l`énoncé ancestral ne pose pas
toute forme rccensée de vie sur la Terre; difficulté: le métaphjfsicien du Corrélat-éternel pourra sou-
nous nommons þÿar*c/*ii/i :s.vi1 ::*.ou matière-fossile. non tenir l'existeuce d`un «Témoin ancestral þÿ : :,un Dieu attentif.
-

pas
les matériaux indiquant des traces de vie passée que sont les faisant de tout événement un phénomène, un donné-it. cet
fossiles au sens propre, mais les matériaux indiquant l*exis- événement fût-il la formation de la Terre. ou même de
tcnce d`une réalité ou d*un événement ancestral. antérieur à l"Univers. Mais le corrélationisme n'est pas une métaphy-
la vie terrestre. Un archifossile
désigne donc le support sique: il n'hypostasie pas la corrélation. il limite bien plutôt
matériel à partir duquel se fait Vexpérimentation donnant par la corrélation toute hypostasc. toute substantialisation
lieu à ïcstimation d'un phénomène ancestral par exemple -
d°un objet de la connaissmce en Étant existant par soi. Dire
un isotope dont on connaît la vitesse de décomposition par que nous ne pouvons nous extraire de l'horizon corrélation-
radioactivité. l`émission lumineuse d`une étoile suscep-
ou nel, ce n'est pas aíñrrner que la corrélation pourrait exister
tible de renseigner sur la date de sa formation-
par soi, indépendamment de son incarnation en des indivi-
Repartons alors de ce simple constat: la science formule dus. Nous connaissons pas de corrélation qui soit donnée
ne

aujourd`hui un certain nombre d*énoncés ancestraux. portant ailleurs qu`en des humains. ct nous ne pouvons pas sortir de
sur Page de l'univers. la formation des étoiles ou la fomta- nous-mêmes pour découvrir s`il est possible qu`une telle
tion de la Terre. ll ne nous appartient évidetnnient de pas juger désincarnation du corrélat soit vraie. Le Témoin ancestral
de la fiabilité des techniques employées en vue de la formu- est donc une hypotlièse illégitime du point de vue d`un cor-
lation de énoncés. Ce qui nous intéresse. en revanche.
ces rélationisme strict. La question que nous avons posée peut
c°est de savoir à quelles conditions de sens donc se reformuler ainsi: des lors que l'on se situe au sein
répondent de tels
énoncés. Et plus exactement. nous demandons quelle inter- du corrélat, tout en sc refusant a son hypostase. comment
prétation le þÿcr :r*ré1arioriisntt*
est susceptible de donner des interpréter un énoncé» ancestral ?
énoncés rmt:esrrau.r ? Remarquons tout d'abord que le sens des énoncés ances-
Une précision est ici nécessaire. ll y vérité [nous y traux ne pose pas de problème pour une
a en
philosophie dogma-
reviendrons) deux modalités principales de la pensée de la tique telle que le cartésianismc. Que þÿsigniûeraient.
en effet.

corrélation, comme il y a deux modalités principales de de tels événements pour un physicien adepte des Médita-
Fidéalismc. La corrélation. en effet. peut être posée comme tions E' Celui-ci commencerait par la remarque suivante: il
indépassable ou bien d`uu point de vue uanscendantal tetfou n'y a pas grand sens. concernant un événement antérieur à
phénoménologique). ou bien d`un point de vue spéculatif. ll Fémergence de la vie par exemple la période
terrestre -

est possible de soutenir la thèse suivant laquelle nous n'ap- d*accrétíon de la Tcrrc (c'est-à-dire la période d`accumula-
préhendons rien d`autre que des corrélations. ou bien la thèse Lion de matiere ayant donné lieu à la formation de notre pla-
suivant laquelle la corrélation est par elle-même éternelle. nète) -. à dire qu`il faisait alors «très chaud þÿ : :,ou que la
Dans ce dernier cas. celui de lïigposrase de la corrélation. lumière était þÿ«éblouissante> ou
:. a prononcer d`autres juge-
nous n"avons
plus affaire à un corrélationisme au sens strict, ments subjectifs de ce type. Dés lors qu`on ne connaît pas
mais à une métaphysique qui étemisera d'observateur ayant fait Fexpérience directe de Faccrétion
l'Ego ou l`Esprit
pour cn faire le vis-à-vis pérenne de la donation de l`etant. de la Terre des lors même qu*or1 ne saisit pas comment un
-

26 27
APRÈS LA FINITUDE L'ANCESTR.-LITE

observateur vivant aurait pu survivre în cette expérience, s'i1 paillasson» soit idéel). En Foccturence. nous dirions donc:
avait éprouvé une telle chaleur -. on se contentera de for- les référents des énoncés portant sur les dates. volumes. etc.
muler à propos de cet événement ce que les « mesures þÿ : :. ont existé il y a 4,56 milliards d`années tels que ces énoncés
c'est-à-dire ce que les données mathématiques, nous per- les décrivent -

mais non pas ces énoncés mêmes. qui nous


mettent de déterminer: par exemple qu'il a commencé il y a sont. quant E1 eux, contemporains.
à peu près 4,56 milliards d'années. qu"il ne s`est pas produit Mais soyons plus précis. Un homme de science ne dira
en un instant. mais s'est écoulé plusieurs m.il.|ions d'an-
sur pas de façon catégorique ce serait manque de prudence-
-
-

nées voire plusieurs dizaines de millions d"années -, qu'i] a


-

qu'un événement ancestral s`est à coup sûr produit tel qu'i1


occupé un certain volume dans l`espace, volume qui a pu le décrit. On sait bien au moins depuis Popper- que toute
-

varier dans le temps. etc. Ainsi. il faudrait dire qu`il n`y a pas théorie avancée par la science expérimentale est en droit
de sens a soutenir que les qualités inhérentes à la présence révisable: c'est-a-dire réíutable au þÿproût
d'une théorie plus
d`un vivant- couleur (mais non pas longueur d*onde). cha- élégante, ou plus conforme à Yexpérience. Mais cela n'em-
leur (mais non pas température).ot1eur (mais non pêchera pas un homme de science de considérer qu'il y a
pas réac-
tion chirnique). etc. -, a soutenir. donc, sens à supposer
que son énoncé est vrai: que les choses ont
que ces qualités
sectzzides étaient présentes au moment dc Paccrétion de la effectivement pu se passer telles qu'i] les décrit et que. aussi
Terre. Car ces qualités représentent les modes de relation longtemps qu'une autre théorie n`aura pas supplanté sa des-
d`un vivant à son environnement, et ne peuvent être cription. il est légitime cïadmettre Fexistence de 1'événe-
perti-
nentes pour décrire un événement antérieur à toute forme de ment tel qu`il le reconstitue. Et, quoi qu"i] en soit, si sa
vie recensée. et même incompatible avec 1`existence d'un théorie est réfutée. ce ne pourra être qu'au profil d'une autre
vivant. En revanche, on soutiendra que les énoncés portant théorie å son tour de portée ancestrale. et à son tour suppo-
sur Tacerétion sée vraie. Les énoncés ancestraux sont
qui sont formulables en termes mathéma- donc, dans la pers-
tiques désignent quant à eux des propriétés effectives de pective cartésienne. des énoncés dont les référents peuvent
l`é-*énement en question (sa date, sa durée. son extension), être posés comme réels (quoique passés) dès lors qu'i]s sont
lors même quïaucun observateur n°était tenus pour validés par la science expérimentale, à un
présent pour en
faire Fexpéríencc directe. Par là. on soutiendrait une thèse moment donné de son développement.
cartésienne sur la matière. mais non pas. remarquons-le Tout cela nous permet de dire que le cartésianjsmc rend
bien. une thèse pythagoricienne: on ne dirait pas que Fêtre compte. de façon somme toute satisfaisante, des conceptions
de Paccrétion est intrinsèquement qu"un homme de science peut se faire de sa discipline. On
mathématique que les -

nombres les équations engagées dans les énoncés ances-


ou pourrait même parier. sans s*avancer beaucoup. que. du point
traux existent en soi. Car il faudrait alors dire que 1'accré- de vue de la théorie des qualités. les hommes de science
tion est réalité aussi idéelle qu"un nombre ou qu'une
une seront en affinité avec le cartésíanisme bien plus qu'avec le
équation. Les énoncés. cl`une façon générale. sont idéels. en kantisme: qu'ils seront prêts à admettre. sans trop de diffi-
tant qu'ils sont une réalité cultés, que les qualités secondes n'existent
signiñante: mais leurs référents qu'à titre de rap-
éventuels. eux. ne sont pas nécessairement idéels (le chat port d`un vivant à son monde -

mais qu'ils seront sans doute


sur le paillasson est réel. bien
quoique Fénoncé: «le chat est sur le plus réticents à admettre que les qualités premières

28 29
APRES LA Hnrruos L' .-XNCESTRALITÉ

mathérnatisables n'cxistent qu*a la condition que nous


-

science. préservant un régime du sens extérieur à


tout en
existions nous-mêmes. et non comme propriétés des choses celui de la science. etplus originaire que lui. Donc. le postu-
mêmes. Et à vrai dire. on ne les comprendrait que trop. des lat du corrélationisme. face à un énoncé ancestral, c'est qu"il
lors que I`on se préoccupe sérieusement de déterminer com- y moins dear :iii-*eaztr de sens dans un tel énoncé: le
a au

ment le cotrélationistc peut rendre compte de fancestralité. sens immédiat. réaliste: et un sens plus originel. corrélation-

nel. amorcé par le codicillc.


Comprenons bien en effet que Finterprétation précédente Qu'est-ce alors qu"une interprétation littérale de l'énoncé
est, du point de vue corrélationncl. impossible à admettre ancestral ? La croyance que le sens réaliste de l`énoncé
-

du moins à admettre à la lettre. Certes, les philosophes ancestral est son sans ultime qu`il n`y a pas d`autre régime
-

sont devenus. on matiere scientifique. modestes et même-

du sens susceptible d'en approfondir la compréhension, que


prudents. Un philosophe commencera donc généralement le codiciile du philosophe est donc hors de propos pour étu-
par assurer
que ses conceptions n`interiî:rent en rien avec le dier la signification de Fénoncé. Or, cela, le corrélationiste
travail de l`l1omme de science. et que la façon dont ce der- ne peut Faccepter. Car supposons un instant que l`interpré-
nier s`ei~tprime à propos de ses recherches est parfaitement tation réaliste. cartésienue. nous donne accès au sens ultime
légitime. Mais il ajoutera (ou le pensera pour lui-rt1ême): de l°énoncé ancestral. Alors nous serions conduits à soute-nir
légitime. dans son ordre. Comprenez : il est normal. naturel, ce qui ne peut apparaitre que comme une succession d'ab-
que l'l1on1mc de science ait une attitude spontanément réa- surdités au
philosophe postcritique, a savoir, et la liste n'est
liste, attitude qu'il partage avec <<i,l1O[11.I11C du con1mun». pas exhaustive:
Mais le philosophe possède quant à lui un certain type de que Fêtre n'est pas coextensif à la manifestation puis-
-

savoir. qui impose une correction à de tels énoncés cor-


-

qu'i1 s'est produit dans le passé des événements ne se mani-


rection en apparence minime, mais qui sufñt à nous ouvrir à festant pour personne ;
une autre dimension de la pensée dans son rapport à l"être. dans le temps la
-

que ce qui est a précédé manifestation


Soit l`é11oncr§ ancestral suivant: << Uévénement x s°est pro- de ce
qui est;
duit tant d'années avant l't-Emergence de þÿl`homme. :Le: phi- que la manifestation est elle-même apparue. dans le
-

losophe corrélationiste nlinterviendra en rien sur le contenu temps et dans lspace -et qu`à ce titre la manifestation n`est
de Fénoncé: il ne contestera pas que c`est bien Févénement pas la dortation d'1m monde, mais est plutôt elle-même un
x
qui s*est produit, ni ne contestera la date de cet événement. événement inrramondain ;
Non: il se contentera d`ajontcr mentalement peut-être. mais
- -

que cet événctncnt. en


plus. peut être daté ;
il Fajoutera quelque
-
chose simple- codicille,
comme un tou- que la pensée est donc en mesure et de penser Témer-
-

jours le même. discrètement placé en bout de phrase. A savoir: gence de la manifestation dans !'êt1'e. et de penser un être.
l'événement x s`est produit tant d*années avant Fémergence tm temps, antérieur ã la manifestation;
de Fhomrne -

pour Flmmme (et même pour Hzomme de que la matière-fossile est la donation présente d`url être
-

science). Ce codicille, c`est le codicillc de la modernité: le antérieur ci la donation. c'est-à-dire qu'un archifossile
codicille par lequel le philosophe moderne se garde (ou du manifeste l'antériorité d'un étant sur la manifestation.
moins le croit-il) dïntervenir en rien dans le contenu de la

30 31
APRES LA FIN|T1:DE þÿI_'ANu :_=s'rRA|.rrÉ

Mais, pour le corrélationistc. de tels énoncés partent en que Faccrétion dela Terre a précédé Fémergence des homi-
fumée, des lors qu'on met ã jour Fautocontradiction. selon nidés de x þÿannée-s. : :
lui éclatante, de la définition précédente de Farchifossile: Détaiilons donc cette formule.
donation d'un être antérieur à la donation. «Donation d`un On a dit que Fobjectivité se définissait depuis Kant non
être » tout le point est là: l`être n'esr
-

pas antérieur à la en référence à Pobjet en soi (ressemblance.


adéquation de
donation, il donne comme antérieur à la donation. Ce qui
se Fénoncé à ce qu*i.l désigne), mais en référence à Vunivetsa-
suffit à démontrer qu`il est absurde d`envisager une exis- lité possible de l'énoucé objectif. Ce-st Fintersubjectivité de
tence antérieure
chronologique, de surcroit à la donation
-
-

l'énoncé ancestral -

qu'il soit þÿvéûñable


en droit par n'im-
elle-même. Car la donation est première. et le temps lui- porte quel membre de la communauté þÿscientiûque qui
-
en
même n`a de sens qu`à être toujours-déjà
engagé dans le garantit l'objectivite, donc la << þÿ-'érité : Ce
:. ne peut être rien
rapport de Fhomme au monde. Il y a donc bien deux d'autre: car son référent. pris à la lettre. est inqoensable. En
niveaux d`approche de Fancestralité, pour le corrélationiste. effet, puisque l`on refuse Fhypostase de la corrélation. il faut
qui recoupent le redoublement du terme «donation» dans dire que l"uni'~.'ers physique ne saurait réellemem précéder
Fénoncé en jeu, à savoir: l"être se donne (occurrence 1) Fexistence de l'homme, ou du moins Pexistencc des vivants.
comme antérieur à la donation (occurrence 2). Au niveau Un monde n'a de sens que comme donné-à-un-êne-vivant.
immédiat. j`oublie le caractère originaire de la donation, je ou pensant. Or. parler d,¢<éI]1C.î.'gt'îHC8 de la þÿvie : c'est
:, évo-
me perds dans l`objet, et je naturalise la donation en en fai- quer une émergence de la manifestation au sein cl`un monde
sant une propriété du monde
physique, susceptible d'appa- qui lui préeitisterait. Dès lors que nous avons disqualiñé ce
raître et de disparaître à la façon d'une chose (l*être se
genre d'énoncé. nous devons nous en tenir strictement à ce
donne comme antérieur á la donation). Au niveau
profond qui nous est donné 1 non Fémergence impensable de la mani-
(l`être se donne comme antérieur à la donation). je com- festation dans Fétre, mais le donné nniversalisable du maté-
prends que la coiïélation être-pensée précède logiquement riau-fossile présent: vite sse de la décomposition radioactive.
tout énoncé
empirique portant sur le monde et les étants nature de l`émission stellaire, etc- Un énoncé ancestral est
intrarnondains. Ainsi. je peux articuler sans dommage la vrai, selon le eorrélationiste. en ce qu `il est fondé sur une
thèse d`une antériorité chronologique de ce qui est sur ce faire
expérience présente -

matériau-fossile donné
sur un -

qui apparaît niveau du sens immédiat. réaliste, dérivé à


-
-

et zmiversalisobie þÿ(vériûable
en droit par chacun). On peut
la thèse plus profonde, plus originaire. seule juste à dire
-

donc dire que l`éuoncé est vrai, en ce qu`il s`appuie sur une
vrai d'une antétiorité logique de la donation sur ce
qui se
-

expérience en droit reproductible par tous (universalité de


donne au sein de la donation (et dont fait Fantéríorité
partie Fénoncé), sans croire naïvement que sa vérité provienclrait
chronologique précédente). Je cesse alors de croireque l'ac- d'une adéquation à la réalité effective de son référent (un
crétion de la Terre aurait tout bonnement précédé
1'appari- monde sans donation de monde).
tion de l'homme dans le temps. pour saisir le statut de Pour le dire autrement: pour saisir le sens profond du
que
Fénoncé en jeu est plus complexe. Cet énoncé,
justement donné fossi_le.il ne faut pas, selon le corrélationiste, partir du
compris, formulera: << La communauté présente des
se
passé mcestral, mais du présent coirélationnel. C'est-à-dire
hommes de science a des raisons objectives de considérer
qu`il nous faut eiïectuer une þÿrénvjecûon du passé à partir du

32 33
APRÈS LA FINITUDE L.'i'tNCE5TR;.I.. ITÉ.

présent. Ce qui donné. en effet. ce n`est pas quelque


nous est
pourtant comme réel événement impossible. un énoncé
un
chose d`anu-Erieur àla donation. c`est seulement un donné pré- <<
objectif» sans objet pensable- Bref. pour le dire plus sirn-
sent qui se donne pour tel. Lfantóriorite logique (constitutive.
plement: ces! un non-sens. Cest ce que l`on comprendrait
originaire) de la donation sur l`être du donné, doit donc nous aussi bien en faisant remarquer que si les énoncés ances-
conduire à subordonner le sens apparent de Fénoncé ancestral tratut ne tiraient leur valeur que de Puniversalité présente de
à un contre-sens plus profond. seul à même d`en délivrer la leur vériñeation. ils n'auraient plus aucun intérêt pour les
signification: ce n`est pas l`ancestralité qui précède la dona- hommes de science qui se mettent en peine de les établir.
tion. c`est le donné présent qui rétrojcttc un passe semble-.r-il On rÿétablit pas une mesure pour démontrer que cette
ancestral. Pour comprciidre le fossile, il faut donc aller du mesure est la bonne pour tous les hommes de science: on

présent au passé. selon un ordre logique, et non du passé au Fétablit en vue d*une détermination du mesuré. C'est parce
présent, selon un ordre
chronologique. que certains isotopes radioactif sont susceptibles de nous
Tout refus du dogmatisme impose donc. selon nous. deux renseigner sur un événement passé qu'on lente de leur ïllTtl-
décisions au philosophe confronté à Fancestralité: le dédou- cher la mesure de leur ancienneté: faites de cette ancienneté
blement du sens. et la rétrojection. Le sens profond de l'an- quelque chose tfimpcnsable, et Fobjectivité de la mesure
cestralité réside dans la rétrojection logique imposée à son devient vide de sens et dïntérêt. n'indiquant plus rien
sens immédiatement
cmonologique. Nous avons eu beau d'autre qu*elle-même. Mais la science ne vise pas. par ses
tourner les choses dans tous les sens: nous ne voyons pas
expériences, à établir l'uni-ersalité de expériences: elle
cotntncnt il serait possible d`interpréter autrement l`arcl1ifos- vise, par une expérience reproductible. des référents exté-
sile tout en demeurant fidèle aux réquisits de la corrélation. rieurs qui donnent leur sens aux expériences.
La rétrojection que le corrélationiste est contraint d`im-
Maintenant, pourquoi cette interprétation de 1'ancest_ralilé poser à Fénoncé ancestral est donc un véritable contre-se-ns
est-elle évidemment intenable ? Eh bien. pour le comprendre. commet Èt son
qtt'il égard: énorzcé ancestral n'a de sens
un

il nous suffit de poser au corrélationiste la question suivante : qu'à la condition que son sans lírtér'a1 soit aussi son sens
mais que rest-il dom: passé il y a 4.56 milliards d'amtt=?es ? ultime. Si vous dédoublez le sens. si vous inventez Et
L`accrétion de la Terre a-t-elle eu lieu. oui ou non 2 Fénoncé profond conforme à la corrélation, allant à
un sens

En un sens oui, répondra-t-il, puisque les énoncés scienti- contre-sens du réaliste. vous supprimez le sens. loin de
sens

þÿûquesqui indiquent un tel événement sont objectifs. c'est-à- Fapprofondir. Cest ce que nous exprimerons en parlant du
dire sont þÿvériûés de façon intersubjective. Mais en un sens réalisme irrezzzédíable de 1`énoncé ancestral: cet énoncé a

non, ajoutera-t-il, puisque le référent de tels énoncés ne peut un sens réaliste. et smtlemcnr un sens réaliste, ou il n°en a

avoir existé à la façon dont il est naïvement décrit c`cst-à-


-

pas. C`cst bien pourquoi un corrélationíste conséquent


dire comme non-corrélé à une conscience. Mais alors. nous devrait cesser de << composer þÿ : :avec la science. cesser de
aboutissons à un énoncé assez extraordinaire : l'énom_-é croire qu`il peut articuler deux niveaux du sens, sans affec-
ancestral est tm énoncé vrai, en ce qu`objectif, mais dont il ter en rien le contenu de Fénoncé scientifique dont il pré-
est impossible que le rtÿërem uit pu tyffet-rivenzenr exister tel tend traiter. ll n'y a pas de compromis possible entre le
que cette vérité le décrit. C'est un énoncé vrai décrivant cotrélat et Farchifossile: Fun des deux étant admis, l'autre

34 35
APRÈS LA FÎNÎTUDE |.*Ar~;t_:ss't'R ALITÉ

estde ce fait þÿdisqualiûé.Autrement. dit, le corrélationiste Nous commençons à saisir que Fancestralité constitue un
cohérent devrait cesser d'être modeste, et oser þÿafûrmer
hau- problème phiiasopizique. susceptible de nous faire réviser
tement qu`il d`enseigner a priori à l'homme
est en mesure des décisions souvent considérées comme infrangibles
de science que sesénoncés ancestraux sont des énoncés illu- depuis Kant. Mais disons-le tout de suite: notre ambition
soiresz car le corrélationiste sait. lui, que ce qui est ainsi n'est pas ici de résoudre un tel problème. seulement de ten-
décrit n`a jamais pu avoir lieu ainsi qu`il est décrit. ter de le poser sous une forme rigoureuse, et cela de telle
Mais des lors. tout se passe comme si la frontière entre sorte sa résolution cesse de nous apparaître tout à fait
que
Fidéalisme transcendantal idéalismc en quelque sorte
-

impensable.
urbain. policé. raisonnable et lïcléalisme spéculatif. et même
-

Pour ce faire. il faut d`abord souligner l'enjeu véritable


subjectif ídéalisme sauvage. rude. plutôt extravagant ~. tout
-

de ce que Fon nommera désormais «le problème de Fan-


se passe. donc. comme si cette frontière
qu`on nous avait cestraljté þÿ :>.Notre question a été la suivante: à quelle condi-
appris à dresser et qui sépare Kant de Berkeley -_ comme si
-

tion un énoncé ancestral conserve-t-il un sens '? Mais on voit


cette frontière sïestompait. s*effaçait à la lumière de la bien que cette question en recouvre une autre, plus origi-
matière-fossile. Face à Farcliifossilc. mus les idéalismes naire. délivre la portée véritable à savoir: com-
et qui en
-

convergent et deviennent également extraordinaires -

tous menr penser la capacité des sciences expérimentales å


les corrélationismes se révèlent comme des idéalismes
produire une connaissance de fancesrral ? Car c'est bien,
extrêmes, incapables de se résoudre à admettre que ces évé- parle biais de Fancestralité, le discours de la science qui est
nenzents GIVZUIE matière sans homme dont nous
parle la ici jeu. et plus spécialement ce qui caractérise un tel dis-
en
science ont effectivement pu se produire tels que la science cours: sa forme þÿmathémaûqtze. Notre question devient
en parle. Et notre corrélationiste se trouve alors donc: qu`est-ce qui permet à un discours mathématique de
dangereuse-
ment proche de ces créationistes
contemporains: de ces décrire un monde déserté par l`humain. un monde pétri de
croyants pittoresques qui þÿaûirment aujourdhui. selon une choses et tfévénernents non-corrélés à une manifestation,
lecture «littérale» de la Bible. que la Terre n`aurait un monde non-coirélé à un rapport au monde? C'est là
pas plus
de 6000 ans. et qui. se voyant objecter les datations
plus Fénigme qu`il nous faut affronter: la capacité des mathé-
anciennes de la science. répondent, impavides. que Dieu a matiques à discourir du Grand Dehors, à discourir d`un
créé il y a 6000 ans. en même temps que la Terre. des corn- déserté par Phomme comme par la vie. Pot1r le dite
passé
posés radioactifsindiquant un âge de la Terre beaucoup pl tts encore sous la forme d'un paradoxe (qu*on nommera « para-
ancien -

cela pour éprouver la foi des physiciens. Le sens comment un être peut-il manifes-
doxe de þÿl"archifossile : :):
de l'archit`ossile serait-il pareillement
d"éprouver la foi du terl'anté1io1ité de l*êt:re sur la manifestation 7 Qu°est-ce qui
philosophe dans les eorrélats. même en présence de données permet à un discours mathématisé de mettre au jour des
qui indiquent un écart abyssal entre ce qui existe et ce qui expériences, dont la matière nous renseigne sur un monde
apparaît? antérieur a l'ertpérience`? Que ce paradoxe ait 1'a]1ure d'une
pure contradiction. on ne le conteste pas: le problème redou-
ee*
table que nous pose Farcliifossile consiste précisément à se
tenir fermement au sein de cette contradiction pour eu

36 37
APRÈS LA FINITUDE

découvrir à terme le caractere illusoire. Pour penser la por-


tée ancestrale de la science, il nous faut en effet dévoiler en 2
quoi une telle contradiction n`est qu'apparente.
Nous pouvons donc reformuler ainsi notre question: à
Métaphysique. þÿûdéisme.
spéculation
quelle condition peut-on légitimer les énoncés aneestraux de
la science moderne 'Z C'est une question de style transcen-
dantal. mais dont la particularité est qu'elle a pour condition
première Fabandon du transcendnntal. Elle exige que nous
nous tenions à égale distance du réalisme naïf et de la subti-
lité cotrélationnelle qui sont les deux façons de ne pas voir
-

Faneestralité comme un problème. Nous devons avoir à Penser Fancestralité revient à penser un monde sans pensée
l`esprit la force apparemment irnpmable du cencle corréla- -

monde sans donation de monde. Nous sommes done


un
tiennel tan contraire du réaliste naïf). et son incompatibilité dans Pobligation de rompre avec le réquisit ontologique des
îrrémédiable avec Fancestralité (au contraire du corrélatio-
modernes, suivant lequel être, c'est être un corrélat. Nous
niste). Nous devons en somme comprendre
que l'avantage, devons, au contraire. tenter de comprendte comment la pensée
en cette matière, du philosophe sur le non-philosophe, c'est peut accéder non-corrélé à un monde capable de subsister
au -

que le philosophe seul peut s*étonner, au sens fort, du sens sans être donné. Or, dire cela. c"est aussi bien dire que nous
simplement littéral de l'énoncé ancestral. La vertu du trans- devons saisir comment la pensée peut acceder à un absolu : à un
cendantal n`est pas de rendre le réalisme illusoire, mais de être si bien délit? (sens premier d`ah.tolutu.r), si bien séparé de
le rendre þÿstupeûant: apparemment impensable, et pourtant la pensee, qu'i1 s'oñ"re à nous comme non-relatif à nous
vrai à ce titre éminemment problématique.
-

capable d'exister que nous existi ons ou non. Mais voici alors
C*est bien à piszer la pensée que Farchjfossile nous convie. une conséquence remarquable: penser Fancestralité impose,
en nous invitant à découvrir le «passage dérobe þÿ : :que celle- disons-nous. de renouer avec une pensée de l`absolu; or, au tra-
ci emprunté pour réussir ce que la philosophie moderne
a
vers de Pancestralité, c"est le discours même de la science
nous
enseigne depuis deux siècles comme Pirnpossible expérimentale que nous tentons de comprendre et de légitimer
même: sortir de soi-même. s`emparer de l`en-soi, connaître -

et ainsi, il nous faut dire que, loin de nous engager à renoncer


ce
qui est que nous soyons ou pas. ã tme philosophie prétendant découvrir par ses propres moyens
une vérité absolue. loin donc. comme le veulent les divers
posi-
tivismes, de nous faire renoncer à la quête :fun absolu, la

science nous erÿnint de découvrir la source de sa propre abso-


luiré. Car si je ne puis rien penser d'absolu. je ne peux donner
sens à Fancestral -

et par suite, je ne peux donner sens à la


Science qui en permet la connaissance.
Il nous faut donc renouer avec Fexigence d'unc connais-
sance de l`absolu. et
rompre avec le transeendantal qui en

39
APREs LA P|NtTL'oE MÉ`I'APlI`1'SIQl¿E. FIDÈISME, þÿst=ECULnT1t_ :N

la possibilité. Est-ce à dire


lité absolue un Grand Dehors. non corrélé- à ma pensée.
îinterdit
e nouveau
des philosophes
que nous devons devenir
[JTCCIIII ues: est-ce '
» - .
'

'
-

2. Ce Dieu. étant parfait, ne saurait me tromper lorsque je


nous devons redevenir des
est u'unr
"
Toute É
.
dogmatiqges
. _
.
`

_
þÿladålfacãäî fais un bon usage de mon entendemcnt
claires et distinctes.
c"est-à-dire
-

lorsque je procède par idées


C ap ysiciens 3. Il me paraît qtÿexistent en dehors de moi des corps
*

nous ne
-

. Q
pouvons plus
etre
. .
dogmatiques
.
- Nous n epouvons * surce
P 0'1-H 1 .qu etre des
*~
dont je me fais une idée distincte lorsque je ne leur
attribue
|;|e1-mers du kamjq.n1e. Il semblé P ourtant que nous defem Ceux-ci doivent donc eiîec-
que Fétendue triclimensiomiellc.
,
a
dions une thèse cartósi ÖUJJB- '

de moi. car autrement Dieu ne


d0gmatique donc la di
'
~ -

tivement exister en dehors


disqtîãïêîãe
.

:lies qualités
on
premières et secondes contre sa
.
`
"
critique. Mais cette défense là est le point ne .
.
-

*
A

P¢11lP1-IS
_
serait pas vérace. ce qui répugne à sa naturel.
Si nous pensons la nature de la procédure ainsi suivie par
se so t=
-

.
,

cm-teslenne' Ceue'CÎ PHIHÎÎ Descartes, indépendamment de son contenu. nous voyons que
elle , einenmgllmenmtmn
péritnée ll ' nous faut comme nc r
`

la démonstration consiste : l à établir Fcxistence


.
d`un absolu 1

þÿeî¼-Iîgaã
-

la raison profonde de 2. à en
un «absolu þÿpretnier : :);
pomprendre
Veffë, C est en saisissant la raison de 1'
cette
péremption -

caèté
un Dieu parfait {uommons-le

dériver la portée absolue des madiématiques (nommons-le


un
S? IÊHII
"

pourra' d
þÿingufûsanS s
un même
A
'

eu faisant valoir qu'un Dieu parfait ne sau-


þÿposv11Îil11ÎlÊa|'On
~
e un autre
m°UV@I11¢11t. concevoir la
rapport à l.°absolu_
<< absolu dérivé þÿ>~ :).

rait étre trompeur. «Portée absolue signifie:


þÿ> : ce qui dans les

ou la
corps est mathérnatiquement pensable (par Paiithmétique
exister absolument en dehors de moi. Or, à
**#í¢
géométrie) peut
considérer la seule forme de la démonstration, nous
ne voyons

Descartes justifie-t-il la thèse L-punc rfabsolutiser d`une autre façon


bC¢Îmnåent
a so ue e la substance
,
étendue
existence
donc d'u11¢ pm-me mm'
.
* -
*
pas comment il serait possible
le discours mathém atique: il nous faut accéder àun absolu qui.
cor-relationnelle du discours ' *

immédiatement de nature mathéma-


on mathematique P ant sur les s'il n'est pas lui-même
egfpg gun raisonnement P eut êne bnevcmellï _ .

mesure de nous per-


þÿ1' ¬SiI1l'l1é
dela tique (le Dieu parfait), doit alors être en
façüll Suivante: mettre d"en dériver Fubsoluité (le Dieu vérace qui garantit
1- Is Peux démontrerl existen '
'

Pexistence des corps étendus). Nous devrons donc nous-même


' '
þÿ : -

ce necessaire d
_
un Dieu
Souvemmemem parfait' obéissant à une
être en niesure de produire une démonstration
que 1`une des trois démonstrations de 1. existence
sait il nous faut
deãljn proposées dans les Médirmons memphyslques est
1511 '
* ~
telle forme. Mais. pour en dégager le contenu.
commencer par expliquer en quoi le contenu
cle la démonstra-
la Preuve connue de '

.
PUIS Kant SOUS le no m (1 ° Preuve (011 tion caitésienne est. quant lui. incapable
à de résister àla cri-
þÿdûrsumenri
'
-

emoto EÎCIUC- Son pnnci e co `


'
*

tique du corrélati onisme.


cåmmgnãèîînîligfereï
.
.
1 de Dieu de sa þÿdéûnition
corrélationiste réfuterait-il la démonstration
Pþÿîatstence
ait: étant posé comme
_ .
et
mme"
parfaut,
'

PexisteneC étant
-

þÿ1111 ¬
Comment un

perfection Dieu
-
þÿ : _

* ne PCUI C111 exister Puis qu`í1


'

Pense Dieu
-

M£di:atíon.s méraphyriqries.
cornmg Qxjstant de mute méca té ue @me 1_ Sm neue démnngîmïign, voir de rmuiesu:
.
_
_
5 .

L es P nn fitms de r'uphiiasophie*.np. cif..


*Se ~=* 1
`

ou HDD
le P @mn
i.
~.
. par Médit;+tion.ainsi que
þÿt :p.¢:ãr..siiúèiue.
escartes m assure cl un accès
._

possible à une réa- Seconde Partie- article l

40 4l
APR es L.- FINITL'DE MÉ'I`APli't'S[QUE. FIDÉESME, SPÉCUUXTION

précédente ? En fait. il existe (au moins) de-ux réfutations pos- puisque le nerf de la réfutation porte sur la prétention même à
sibles. suivant le modèle de corrélationisrne que Von adopte. penser Fabsolu, et nou sur les modalités employées à cet effet.
On peut en effet distinguer deux types de corrélationisme: Or. on le sait. telle n`est pas la façon dont Kant lui-même
un modèle qu'on dira «faible þÿ : :,
qui est celui de Kant. et un réfute la preuve ontologique dans la dialectique de la Critique
modele fort» qui paraît aujourd'hui dominant, même s`il
<<
de la raison pure. Kant. en effet. propose une rétíttation en
n'est pas toujours tbématisé de façon nette. Nous allons com-
règle de Pargument même de Descartes : il en exhibe le
mencer par exposer la réfutation de la caractère sopbistique propre. Pourquoi ne se contente-t-il pas
preuve ontologique
par le modèle faible -la réfutation de Kant, donc puis nous
-. de Fargumentation précedente '?
montrerons en quoi ce modèle donne lui-même
prise àla cri- Le nerf de Fargument eartésicn repose sur l`idée qu`un
tique d'un corrélatiouisme plus strict. Nous verrons alors en Dieu inexistant est une notion contradictoire. Penser Dieu
quoi ce modèle «fort propose la réfutation la plus radicale
þÿ : :
comme non-existant revient pour Descartes à penser un pré-
de toute tentative prétendant penser un absolu. dicat en contradiction avec le sujet. tel un triangle qui n'au-
appartient à la définition
rait pas trois angles. þÿl.'c: ::istence
11 semblerait. au vu de ce que nous avons dit précédem- même de Dieu, comme la trinité des angles appartient ã la
ment, que la critique de Descartes soit aisée. I] suffit en effet définition du triangle. Or. Kant doit à tout prix. pour disqua-
d`appliquer à la preuve ontologique Pargument du «cercle cet argument. démontrer qu`il n*y a en vérité aucune
þÿliûer
cor-relationnel þÿ : :.On dirait alors ceci: <<L`argument de Des- contradiction à soutenir que Dieu n'existe pas. Car s'il y en
cartes est fallacieux, par son projet même d`accéder à une avait une, il lui faudrait admettre que Descartes a effective-
existence absolue. En effet, sa démonstration suivant
-

ment atteint un absolu. Pour quelle raison? Parce que l`auteur

laquelle parce que Dieu est parfait. il doit être prétend àla
-

de la Critique. s`il soutient que la chose cn soi est inconnais-


nécessité. Or. même en accordant que cette nécessité ne sable. soutient en même temps que celle-ei est pensable. En
repose pas sur un sophisme. elle ne démontre en rien l`exis- effet Kant nous accorde la possibilité de savoir a priori que la
tence diun absolu: car elle- ne saurait être nécessaire contradiction logique est absoitmzenr impossible. Si nous ne
que pour
rions. Or. rien ne permet þÿd'afûnrter
qu`une telle nécessité pour pouvons appliquer la connaissance catégorielle ã la chose en
nous est une nécessité en soi: rien. pour reprendre
un argu- soi, nous pouvons en revanche soumettre celle-ci au réquisit
ment dn doute
hyperbolique. de savoir si mon
ne me
permet logique de pensée. Dès lors. de-ux propositions acquiè-
toute
esprit n'est pas originellement biaisé. me faisant croire en la rent chez Kant une porte ontologique absolue:
vérité d'un argument par lui-même sans portée. Ou. pour le l. la chose en soi est non-contradictoire:
dire de façon moins irnagée: parle seul fait qu`une nécessité 2. il existe bien une chose en soi: car, dans le cas
absolue est toujours une nécessité absolue pour nous. une contraire. il existerait des phénomènes sans rien qui se phé-
nécessité n`est jamais absolue. mais seulement pour þÿnous. : : nomenalise. ce qui pour Kant est contradictoire '_
Le cercle corrélationnel consiste donc à dévoiler le cercle
vicieux inhérent :1 toute démarche absolutoire, et cela indé- l. Sur la pensabilite de la chose en soi. Critique de la raison pims. Préface
de la deuxieme edition. trad. Alain Renaut (notée _*.R}. Flamrn;u'ion. 2001.
pendamment de la nature des arguments proposes. Nous
p- 82-83; édition dc þÿ!`. :caricmiede Berlin. Walter de Grttytcr 5; Cu. Berlin.
n`avons ici nul besoin cïcxarniner la preuve de Descartes. 1963 (notée AK). vol. III.p. lï.

42 43
APRIÈS LA FINITIJDE lviÉ`1`AF'HYS[QL|E. FIDÉISM E.. SPÉCÎU LATION

C'est pourquoi il
est essentiel de réfuter la thèse de Des-
gique va bien au-delà de la seule
critique de Fargurnent car-
cartes: car s`il était contradictoire que Dieu ne soit pas. il tésien: ear il ne s'agit pas seulement de rejeter la preuve de
serait, du point de vue même de Kant. absolument néces- Fexistence de Dieu, mais de refuser toute preuve prétendant
saire (et non pas seulement: nécessaire démontrer la nécessité absolue d`ur1 étant déterminé. Nom-
pour nous) que Dieu
existât. Et ainsi il deviendrait possible. par le seul usage mons « nécessité réelle þÿ : :ce régime ontologique de la néces-
d'un principe logique. de connaître positivement la chose en sité qui énonce qu'un étant tel ou tel une res déterminée
- -

soi. Quel est alors le principe de la critique kantienne? doit nécessairement exister. Il semble bien que ce type de
Celle-ci. on le sait. consiste à nier qu'il puisse exister une
nécessité soit présent en toute métaphysique dogmatique.
contradiction autrement qu'entre une chose déjà supposée Etre dogmatique. en effet, revient toujours à soutenir que
existante et l'un de ses prédicats. Si je suppose qu`un tri- ceci ou cela, un détermine quelconque. doit absolument
angle existe. je puis necontradiction lui attribuer plus
sans être. et être tel Idée. Acte pur. atome. âme indivi-
qu`il est:
ou moins de trois Mais si je supprime ce triangle.
angles. sible. monde hartnonicux. Dieu parfait. Substance infinie.
c`est-à-dire «si je supprime le sujet en même temps que le Esprit du monde. Histoire mondiale. ete. Or. si l'on caracté-
prédicat. il ne surgit aucune contradiction: car il n'_v a plus rise minimalement une métaphysique par ce type dénoncé
rien avec quoi puisse intervenircontradiction 1 ». Un
une -

un étant tel ou tel doit absolument être -_ on conçoit alors

sujet ne saurait donc jamais.


vertu de son concept. impo-
en
que la métaphysique culmine avec la preuve ontologique
ser son existence à la pensée. Carl`êt1'e ne fait c`est-à-dire avec l`énoncé: un étant parce que tel ou tel
jamais partie -

du concept d"un sujet. il n'est jamais un prédicat de ce doit absolument être. La preuve ontologique pose un étant
sujet: il s'ajoute à ce concept comme une pure position. On nécessaire «par excellence þÿ : :.en ce que raison de lui-même
peut bien dire qu*un être. pour être parfait. doit posséder de par sa seule essence: c'est parce que Dieu a pour essence
l'e:-tistence -
mais non
qu`étant pensé comme parfait, il d'être parfait qu`il doit nécessmrement exister.
existe. 11 n"existe pas, pourrions-nous dire, de Mais on conçoit aussi bien que cette preuve soit intrinsè-
<<prédi¢at pm-
digieux þÿ :>capable de conférer a priori Pexistence à son réci- quement liée à la eulrnination d'un principe formulé pour la
piendaire. Autrement dit. Kant après Hume þÿdisqualiûe
-

la -

première fois par Leibniz, mais déjà à þÿFSuvre chez Des-


preuve ontologique au nom du fait que nous pouvons tou- cartesl: ã savoir le principe de raison. qui veut que toute
jours concevoir sans contradiction qu`un étant déterminé chose. tout fait. tout événement. doit avoir une raison néces-
existe n`existe pas. Aucune détermination d'un etant ne
ou saire d'être ainsi plutôt qu'autrement. Car un tel principe
peut nous dire a priori si cet étant existe ou non:
pour autant n*exige pas seulement une explication possible de tout fait
que nous disions quelque chose par le prédicat «iniiniment mondain, mais il exige aussi que la pensée rende raison de
parfait». nous ne
pouvons en inférer que son sujet existe; et la totalité incondítionnêe de 1`étaut et de son être-ainsi. Dès
si nous en inférons
que son sujet existe. c"est que nous ne lors, la pensée peut bien rendre raison des faits du monde
disons rien de sensé au travers d'un tel prêdieat. telle loi du monde il lui faut aussi. selon le
par telle ou -

On sait que cette réfutation kantienne de la


preuve ontolo-
1. Les Principes rie la þÿphiJ't :.ttJphíe.
ou Montzrialugie, André Robinet (1-5d._).
l de
þÿCriûqrue la raison pure. op. vil.. p. 531 AK. lLl. p. 398-
: PUF, 1954, article 31, p. 39.
_

44 45
At-'Ras LA FINITIJDE MF.T.1sPHY5lULlE. FJDÈISME. SPÉCULATIDN

principe- de raison, rendre raison de l'êtrc-ainsi de telles lois. ce sens, la péremption contemporaine de la métaphysique.
donc de l"être-ainsi du monde lui-même. Et si une telle «rai- Car un tel dogmatisme, qui prétend que ce Dieu. puis ce
son du monde þÿ> :était fournie. il faudrait encore rendre raison
monde, puis cette Histoire. et pour finir ce régime politique
de cette raison, et ainsi de suite. La pensée, si elle veut évi- actuellement etïectif doit nécessairement être, et être tel qu' il
ter une régression ã l'inñni tout en se soumettant au prin- est. un tel ah.s*fJlu1i.s-ate semble bien relever d'une époque de la
cipe de raison, se doit donc d`aboutir à raison capable
une
pensée à laquelle il n`est ni possible ni souhaitable de revenir.
d`ëtre raison de toute chose, y compris d'elle-même. Une Dès lors. les conditions de résolution du problème de
raison que ne conditionne aucune autre raison, que seule
et Fancestralité se précisent, en même temps qu`elles se
la preuve ontologique permet de dégager,
puisqu`elle s'as- restreignent considé-rableinent. Si nous voulons, en effet.
sure de l`existence d"un «x » la 5¢u1¢ þÿdûieminaiign dg
par conserver un sens aux énoncés ancestraux. sans pour autant
:, non par la détermination cl`un étant autre que x:
cet «x þÿ : et revenir dogmatisrne. nous devons découvrir une néces-
au
x doit être pence
qu'il est parfait, et à ce titre causa sui, seule sité absolue qui ne rectmdttise ri! aucun étant absohtnzent
cause de lui-même. nécessaire. Autrement dit. nous devons penser une nécessité
Si toute métaphysique dogmatique se caractérise par la absolue sans rien penser qui soit' d'ttne nécessité absolue.
thèse qu`att :nains un étant est absolument nécessaire (thèse Laissons pour l'instant à cet énoncé son apparence de para-
de la nécessité réelle), on comprend que la
métaphysique doxe. La seule chose dont nous devons pour l`instant être
culmine dans la thèse suivant laquelle tout étant est absolu-
convaincu, e'est que nous n'avons guère le choix: si l"on ne
ment nécessaire
(principe de raison). A l'inverse, le rejet de croit pas à la validité inconditionnée du principe dc raison
la métaphysique dogmatique þÿsigniûe le rejet de faure néces- comme de la preuve ontologique. et si l'on ne croit pas non
sité réelle: a fortiori le rejet du
principe de raison, ainsi que plus aux interprétations corrélationnelles de Fancestral. c`est
de la preuve ontologique. qui est la clé de voûte bien dans tel énoncé de l'absolu sans étant absolu
permettant un - -

au système de la nécessité réelle de se clore stu' lui-même.


qu'i1 va nous falloir chercher le principe de la solution.
Ce refus impose de soutenir qu'il n`existc aucune
façon légi- On peut également formuler les choses ainsi: nommons
time de démontrer qu'un étant déterminé devrait incondi-
spéculative toute pensée prétendant accéder à un absolu en
tionnellement exister. On peut ajouter, au passage, qu'un tel
général; nornnlons métaphysique toute pensée prétendant
refus du dogmatisme est la condition minimale de toute cri- accéder à un étant absolu ou encore
-

prétendant accéder à
tique des idéologies, pour autant qu`une idéologie n'est pas l'absolu via le principe de raison. Si toute métaphysique est
identifiable à n"importe quelle représentation leurrante, mais
par définition spéculative, notre problème revient à établir
à toute forme de pseudo-rationalité visant à établir
que ce qui qu"à Finverse toute spéculation n'esz pas nzémphysique:
existe effectivement doit de toute nécessité exister. La cri-
que tout absolu n`est pas dogmatique qu'il est possible
-

tique des idéologies, qui consiste au fond toujours à démon- d'euvísager une pensée ab.mluto1're qui ne serait pas absolu-
trerqu"une situation sociale présentée comme inévitable est tiste. La question de Fancestralité se retrouve ainsi essen-
en vérité
eentingente, épouse essentiellement la critique de la tiellement liée à la critique de ce qu"on peut appeler
métaphysique, entendue comme production illusoire cl`enti- l'« implication désabsoltitoire þÿ : :_et qui se dit: Si la méta-
«

tés nécessaires. Nous n'cntendons pas remettre en cause. en


physique est périmée, l"absolu l`est aussi þÿbien. :Seule : la

46 47
APRES LA F1N|'1'unE M É'I`AFHYSIQUE. FTDÉISME. SPÉCK l_A'l`l0N

réfutation d'une telle inférencc concluant de la fin de la Kant prétend que nous ne connaissons rien de la chose en soi
métaphysique dogmatique a la fin des absolus peut nous en la soumettantconime ille fait au principe supposé vide de
permettre d'espérer dénouer le paradoxe cle Farchifossile. non-contradiction: mais il paraît au contraire présomptueux
de croire en me-sure de pénétrer si profondément dans l'en-
se
þÿ*iiûk
soi. que l`on puisse ainsi savoir que la puissance de Dieu ne
saurait aller jusqu`à l`incon sistance logique. N ou que le cor-
Mais nousdevons auparavant exposer la forme la plus rélationisme fort affirme Fexistence d'un tel Dieu tout-pu.is-
rigoureuse du corrélationisme. et qui nous semble aussi sant: mais il se contente de þÿdisqualiûer toute réfutation de
sa forme la plus
contemporaine. Car ce n'est qu'en nous sa possibilité.
confrontant avec le modèle le plus radical de la corrélation Le
<<
pendant nihiliste d'une telle hypothèse du Dieu tout-
þÿ : :

que nous pourrons savoir si la désabsolutisation est l"horí- puissant serait dailleurs tout aussi défendable. Il s'agirait
zon effectivement
indépassable de toute philosophie. d'une thèse rejetant cette fois la seconde proposition absolue
Nous avons dit que le transccndantal kantien pouvait de Kant- à savoir qu*il jf a ime chose en soi en dehors de nos
þÿs`identiûer à un corrélationisme « faible þÿ : :_Pour
quelle rai- représentations. Au nom de quoi, en effet, pourrait-on þÿréûlter
son '? C `est que le criticisme n'interdit
pas tout rapport de la a priori qu'il n`y ait rien en deçà des phénomènes, et que notre
pensée à Fabsolu. La critique proscrit toute connaissance de monde est bordé par un néant en lequel toute chose peut à
la chose en soi (toute application des
catégories au suprasen- terme ÿengouffrer? On soutieudrait que le phénomène n"est
sible), mais maintient la pensabilité de l'en-soi. Nous savons supporté par aucune chose en soi: que seules existent des
donc a priori. selon Kant. et que la chose en soi est non- «
sphères phénoménales þÿ : à:, savoir les sujets transcendantaux,
contradictoire. et qu'elle existe effectivement. Le modele fort accordées entre elles.mais évoluant et « flottant» au sein ci'ttn
du corrélationisme consiste au contraire à considérer qu'il néant absolu vers lequel tout pourrait sombrer à nouveau si
est non seulement
illégitime de prétendre que nous pourrions l'espèce humaine disparaissait. Dim-t-on d*un tel point de vue
connaître l`en~soi. mais qu`il est également illégitime de
pré- qu'il est un non-sens ? Que par le terme de «néant » ainsi
tendre que nous pourrions, du moins. le penser
Uargnment employé ou ne pense r'n. mais qu'on prononce un mot vide
d'une telle délégitimation est très simple et bien connu de
-

Mais c`est précisément là ce qui est légitime


de þÿsígniûcation?
nous: il sagit. encore et
toujours, du cercle corrélationnel. pour le corrélationisme fort: car il n°y a aucun moyen pour la
Car enfin. par quelle opération prodigieuse la kan- pensée pensée de rejeter la possibilité que l'insensé pour nous soit
tienne parvient-elle ainsi à sortir d`e1lc-même. pour s'assurer véridique en soi. Pourquoi ce qui est vide de sens serait-il
que ce qui est impensable pour nous est impossible en soi ?
impossible ? Que l'on sache. nul n'est jamais revenu ci' une
La contradiction est impensable accordons-le : mais qu*est-
et-tploratioti de 1`en-soi. qui nous aurait garanti d'une telle
-

ce qui permet à Kant de savoir que nul Dieu


ne
peut exister absoluité du sens. Et cl 'ailleurs ces énoncés «la contradiction
-

qui comme Descartes. par exemple. pouvait þÿl°afûrmer1


-

est possible >>. «le néant est possible þÿ : : ne sont pas si vides de
-

aurait la toute-puissmce de rendre vraie une contradiction? croire Trinité sal-


Sens. puisqu'ils sont distinguables: en une

Vatrlce, en apparence contradictoire, ne revient pas à Croire en


1. cr. tem au P. iresisnd du 2 mas ime. A1".W.p_ ns. la menace du Néant. puisque les attitudes vitales résultant de

48 49
þÿ. :PRÈsLA FINITUDH MÉT.-'PH`1'SïQUE. FIDÈISME. SPÉC`ULA'l'l0N
ces deux thèses ont toutes les chances de différer.
Uirnpen- perspective cotrélationnelle impose au contraire l'idée qu`il
sable se décline. comme les croyances et les est impensable d`abstraire du réel le fait qu*i1 se donne tou-
mystères.
jours-déjà à un étant: rien n`étant pensable qui ne soit
C`est modèle fort de la désabsolutisation qu`il va nous
ce
toujours-déjà donné-à. on ne peut penser un monde sans un
falloir affronter,
car c`est celui
qui interdit avec le plus de étant susceptible de recevoir cette donation. c`est-à-dire sans
rigueur la possibilité de penser ce qu'il y a lorsqlfil n`y a un étant capable de «penser» ce monde en un sens
général
pas de pensée. Ce modèle nous paraît reposer sur deux déci- -

de Fintuitionner et d'en discourir. On nommera << primat de


sions de pensée. dont la première a été suffisamment étu-
Finséparé ou primat du corrélat» cette première décision
þÿ : : <<

diée. mais dont la seconde n°a pas encore été examinée. du modèle fort.
La première décision est celle de tout La seconde décision du modèle fort va nous occuper
corrélationisme:
c»'est la these de Finséparabilité essentielle du contenu de
davantage. Le modèle fort doit en effet contrer un second
pensée et de l'acte de pensée- Nous n'avons jamais affaire type d'absolu. plus redoutable que le précédent parce que
qu`ã un
donné-à-penser, et non à un être subsistant par soi. en apparence plus cohérent. Cette seconde stratégie méta-
Cette décision þÿsuûit.
à elle seule, à þÿdisqualiûer tous les physique. que nous avions brièvement évoquée dans la pre-
absolus de type réafiste ou marérialisre. Tout matérialisme mière section. consiste cette fois à absolutiser Ia corrélation
qui se voudrait spéculatif- c`est-à-dire qui ferait cl*un certain elie-mënze. Uargumentation générale peut se résumer ainsi:
type dkmtité sans pensée une réalité absolue doit en effet -

on a dit que la notion kantierme de chose en soi était impen-


consister à affirmer er que la pensée n'est
pas nécessaire sable. et non seulement inconnaissable. Mais. en ce cas, il
(quelque chose peut être sans la pensée) et que la pensée semble que la décision la plus sage soit de .vupprirner toute
peut penser ce qu'il doit y avoir lorsqu'il n`y a pas de pensée. idée d`un tel en-soi. On soutiendra donc que l'en-soi. parce
Le matérialisme. s`il adopte la voie
spéculative, est donc que impensable, n'a aucune qu'il faut le supprimer
vérité. et
contraint de croire qu'il serait
possible de penser une réalité au bénéfice du seul rapport sujet-objet. ou d'une autre cor-
donnée, en faisant abstraction du fait que nous la pensons. rélation jugée plus essentielle. Un tel type de métaphysique
Ainsi en est-il dc Fépicurisme
paradigme de tout matéria- peut sélectionner diverses instances de la subjectivité. mais
-

lisme qui prétend que la pensée peut accéder. via les notions
-

elle se caractérisera toujours par le fait qu'un terme intel-


de vide et d`atome. à la nature absolue de toutes et choses. þÿlectû,
conscientiel, ou vital sera ainsi hypostasié: la repré-
qui prétend que cette nature n`est pas nécessairement corrélée sentation clnns la monade leibnizienne: le sujet-objet objectif.
à un acte dc pensée. puisque la
pensée n`existe quant à elle c'est-à-dire la nature de Schellingz l'Esprit hégélien; la
que de façon aléatoire. à même des composés atomiques Volonté de Schopenhauer; la volonté de puissance (ou les
contingents (les dieux mômes sont sécables), c'est-à-dire volontés de puissance} de Nietzsche: la perception chargée
non-essentiels à þÿl'e :tistcnce
des natures élémentaires 1. Or, la de mémoire de Bergson: la Vie de Deleuze. etc. Même si
les hypostases vitalistes du Corrélat (Nietzsche. Deleuze)
È- 51H 10 fall que lus diem
:gus-mêmes (donc les etres punsants en général).
sont volontiers identifiées à des critiques du
LIUCHCIU-f *ïïlë þÿiU1P'5fïlûS@IblCSpm' iîpicurc. doivent
être pensés comme en dn:-il :les- sujet þÿ : :,voire
«

lructihles, au contraire des naturesélémentaires. qi Marcel Conclte. de la «métaphysique þÿ : :.elles ont cn commun avec l'idéa-
Lettres et
Épffnrf
nmo*imc.r, Introduction. PUF. 19tt?, þÿ¼.
-14 _rq_ lisme spéculatif la même double décision qui leur garantit à

50 51
Al-*RES LA FINITLTDE MÉÎAPHYSIQUE FIIJÉISME SPÉCU I..->.Tl0N
. .

elles aussi de ne pas être confondues avec un


réalisme naïf. est impossible de dériver les formes de la pensée d'un prin-
ou une varí ante cle Fidéalisme transcendantal:
avec cipe. ou cl'un systeme. susceptible de leur conférer une néces«
1. nen ne saurait être soit pas
qui ne un certain type de sité absolue. Ces formes sont un «fait premier» qui ne peut
rapport-au-monde (Tatome épicurien. sans
intelligence. ni faire l'objet que d`une description. et non d"unc déduction
volonté. ni vie. est donc impossible);
(au sens génétique). Et si la sphère de l'en-soi peut être dis-
2. la proposition précédente doit être entendue en
un sens tinguée du phénomène. c*est précisément en raison de cette
absolu. et non pas relativement à notte connaissance. factlcité des formes, de leur seule descríptibilité: car si celles-
Le pnmat de Tinséparé est devenu si
puissant que même le ci étaient déductibles. comme c'est le cas chez Hegel. elles
matérialisme spéculatif semble avoir été dominé. à
Fépoque se révéleraient être d°une nécessité inconditionnée. suppri-
moderne. par de telles doctrines antirationalistes dela vie et
mant la possibilité même qu"existe un en-soi susceptible (Pen
de cela aux dépens d"un «matérialisme da la
la volonté
_

différer.
aurait pris au sérieux la possibilité
Tlîlilîlöfû þÿ :>.
qui qu'il n*y ait Le corrélatiouisme fort comme Fidéalisme absolu partent
nen de vivant ou de volontaire dans
l`inorga_uique. L' 351-0,1_ donc d"une these identique: Fimpensabilité de l'e1'l-Soi
pour
-

tement des
métaphysiques de la Vie et de celles de l'Esprit en tirer deux conclusions opposées : pensabilité ou impensa-

recouvre donc un accord profond hérité du transcendantal: ce bilité de l'absolu. C'est Tirrémécliable facticité des formes
qm est en tout point asubjectif ne peut en-e. corrélationelles qui permet de départager les deux préten-
tions en faveur de la seconde. Des lors, en effet. qu'on refuse
Reprenons l'analyse de notre modèle. Si le correlationisme toute possibilité de démontrer l`absolue nécessité de ces

Fortest
peut se
déprendre aisément cle Padversaire « eirtéi-ieur» formes. il est impossible de proscrire la possibilité qu'il y ait
qu le réaliste. il lui est autrement
plus difficile de se un en-soi qui diff'ere essenticllenlent de ce qui nous est
defaite cle l'adversaire «intérieur» qqfçgt 1e métaphysicien donné. Le corrélationisme fort soutient comme le kantisme la
<<
Car au nom de quoi aiîñrrner
þÿsuh]ect1visteen: :.
Chose
que quelque facticíté des formes, mais il diffère de ce dernier en ce qu'i]
subsiste dehors de notre représentation. alors qu'on accorde aussi une telle facticité à la forme logique, c'est-à-
a precisement soutenu que cet en-dehors était radicalement dire à la non-contradiction: car. tout de même que nous ne
inaccessible à la pensée '? (Test ici
que la deuxième déçjsjon pouvons que décrire les formes a priori de la sensibilité et de
du modèle fort doit intervenir: celle-ci ne
porte plus sur Ie Fentendement. nous ne pouvons que décrire les principes
corrélat. mais sur la farficiré du corrélat. Revenons à Kant. inhérents à toute proposition pensable. mais non
logiques
QW-test-ce qui distingue profondément le projet kamien
1 idealisme transccndantal
déduire letn' vérité absolue. Dès lors, il n'y a pas de Sens à
T du projet hégélien 1'idéa- prétendre savoir qu'une contradiction est absolument impos-
þÿ :
-

lisme spéculatif ? La différence la plus décisive gemble êu-Ê la sible: la seule chose qui nous soit donnée, c'est le fait que
suivante: Kant soutient qu`on ne peut que décrire les formes nous ne pouvons rien penser de contradictoire.
a prior: de la connaissance
(chez lui la forme spatio-tempo- Tãchons cle mieux saisir la nature cl'une telle facticité.
relle la
de sensibilité, et les douze
catégories
de l'entende- puisque son rôle paraît aussi essentiel que celui du corrélat
tandis que Hegel soutient qu`i.l est possible de 155
ment).
dedznre.
dans le procès de désabsolutisation. Tout d`abord, dans la
Kant considère donc. au contraire de
Hegel, qu'il perspective de notre modele. il est essentiel de distinguer
52 53
APRES LA FINI'l'l.'DE MÉ'T`APllYSlQl_lE, FIDÉISME, SPIÎC`UL.-TION
cette facticité de la simple périssabilité des choses mon- l. la contingence intramondaine qui se dit de tout ce qui
daines. La facticité des formes n`a rien à voir. en effet. avec
peut être ou ne pas être dans le monde. se produire ou ne
la destructibilite d`un objet matériel ou avec la
dégénéres- pas produire
se dans le monde. et cela sans contrevenir aux
cence vitale.Lorsque je soutiens que tel etant. ou tel événe- invariants du langage et de la représentation par lesquels
ment sont contingents,
je suis en possession d°un savoir n1'est donné le monde 1
positif: je sais que cette maison peut être dét1'uite,je sais qu'il 2. la facticité de ces invariants eux-mêmes. qui renvoie à
n`aurait pas été physiquement
impossible que telle personne Vincapaeité essentielle où je me trouve d*é-tablir leur néces-
agisse autrement, etc. La contingence signale le fait que les sité ou leur contingence.
lois physiques permettent indifféremment à un événement de
se produire ou non permettent à un etant d`t-ímerger. de sub- facticité, je fais donc [expérience non pas d`une
_

Avec la
sister. ou de périr. Mais lafacticité, quant à elle, concerne les réalité objective. mais des Limites indépassables de l`objecti-
invariants supposés structurels du monde invariants qui vite face qu' il _v ri un monde. au fait qu'il y a un monde
fait
-

au

peuvent différer d`un correlationisme à l`autre. mais qui joue- dicible et perceptible, structuré par des invariants déterminés.
ront à chaque fois le rôle dïordonnancentent minimal de
C`est le fait même de la logicité du monde, ou de donation
la représentation: principe de causalité, formes de la
percep- darts une représentation. qui échappe aux structures de la rai-
tion, lois logiques. etc. Ces structures sont lixes: je ne tais son logique ou représentative. L*en~soi devient opaque. au
jamais Fcxpérience de leur variation. et dans le cas des lois point que l`on ne peut même pas soutenir qu`il y en a et le -

logiques je ne puis même pas me représenter leur modifi- terme, dès lors, tend à disparaitre au þÿproût de la seule facticite.
cation (par exemple: me représenter un être contradictoire. La facticité nous fait ainsi saisir la possibilité» du Tout-
«

ou
non-identique à lui-même). Ces formes, quoique fixes. Autre du monde, et cela au sein même de ce monde. Tl
constituent pourtant un fait, et non un absolu, puisque je ne convient néanmoins de mettre le terme de « possibilité þÿ : entre
:

peux en fonder la nécessité: leur facticité se révèle ceci


en
guillemets qu`il ne s`agit pas. dans la facticite, d`un
en ce
qu'eLles ne
peuvent faire l'objet que d`tm discours descriptif. savoir de la possibilité elïective du Tout-Autre, mais d"une
et non fondatíonnel. Mais il s`agit d'nn fait qui, contraire
au
incapacité où nous sommes d*étabIir son impossibilité. C'est
des faits simplement empiriques dont
je puis expérimenter un possible lui-même hypothétique. signiliant que pour nous
l`être-autre, ne me procure aucun savoir positif. Car si la contin- toutes les hypothèses quant à l'en-soi demeurent également
gence est le savoir du pouvoir-être-autre de la chose mondaine, licites: il est, il est nécessaire, il n'est pas, il est contingent,
la faeticité est seulement
Pignorance du devoir-être-ainsi de la etc. Ce «possible» n'est aucun savoir positif de ce Tout-
structure coirélationnelle. C'est un
point qu`il importe d*avoir Autre, pas même savoir positif qu`il y aurait. ou qu'il
un
en vue
pour la suite: en soutenant la faeticité des
formes corré- pourrait y avoir du Tout-Autre: il est seulement la marque
lationnel1es,le corrélationiste ne soutient pas que ces formes de þÿnotreûnitudeessentielle, aussi bien que de celle du monde
peuvent eiïectivement changer. Tl soutient seulement que l'on lui-même (celui-ci fût-il physiquement illimité). Car la facti-
ne
peut penser en quoi il serait impossible qu'elles changent. et cité frange le savoir et le monde d'une absence de fondement
en quoi une réalité tout autre
que celle qui nous est donnée dont Fenvers est que rien ne peut être dit absolument impos-
serait a priori proscrire. ll faut donc distinguer:
sible, pas même Pirnpensable. Autrement dit, la facticité
54 55
ll' _:

APRÈS LA FINITUDE BÎÉTÀPÎÎTSÎQL-E, FIDÉIS ME., Si-'É(Il.'LAT|ON

porte à son point extrême la critique du principe de raison. en aussi bien par Wittgenstein que par Heidegger c'est-à-dire -

faisant valoir non seulement que la preuve ontologique est


par les représentants éminents des deux principaux courants
illégitime, mais que la non-contradiction elle-même est sans de la philosophie au XX* siècle: philosophie analytique et
raison. et qu`à ce titre elle ne peut être que la norme de ce qui phénoménologie. Le Tra¢.*mm.s* soutient ainsi que la forme
est pensable par nous. et non de ce qui est possible en un sens
logique du monde ne peut être dite à la façon d*un fait du
absolu. La factlcité est þÿl'< : :(Pabsencederaison)duþÿ : :(Pabsence de raison) du monde. mais seulement «montrée þÿ : :,c`est-à-dire indiquée
donné comme de ses invariants. selon un régime du discours qui échappe aus catégories de
Le modèle fort se résume donc à la thèse suivante: il est la science comme de la logique. Cest donc le fait même
impensable que I 'impensable soit impossible. Je ne puis fon- que le monde soit dioible (c'est-à-dire formulable en une
der en raison Fimpossibiljté absolue d"une réalité contradic- syntaxe logique) qui échappe au discours de la logique.
toire ou du néant de toutes choses. quoique je ne puisse rien D'où la proposition 6522: «ll y a assurément de Findicible.
entendre dc déterminé par ces termes. La facticité a alors une 11 se montre. c`est. le þÿM},rstique1. :>
Mais ce Mystique n'est
conséquence précise et remarquable: c`est qu`il devient ration- pas le savoir d`un ouu'c-monde: il est Findicution de l'im-
nellement illégitime de un discours non rationnel'
þÿdisquuliûer þÿpossibilitnapour la science de penser qu'1`I y a le monde
surl'absolu sous prétexte dc son irrationalitë. Dans la pers~ -

proposition 6.44: <<- Ce n'est pas comment est le monde


pective du modèle fort. en effet. une croyance religieuse peut qui est le Mystique. mais qzfii þÿsoit2. :De : la même façon,
soutenir à bon droit que le monde a été créé à partir du néant on a vu que Heidegger poiutait comme la faille intime dela

par nn acte d'amour. ou que Dieu a la toute-puissance de représentation le fait même qu'il y ait l'étz1nt, et la donation
rendre vraie Papparente contradiction de sa pleine identité à de Fétant: «Seul de tout l'étant. l'homme éprouve, appelé
Fils et de
son sa différence avec lui. Ces discours conservent par la voix de l`Être. la merveille des merveilles: Que
un sens sens mythologique mystique quoiqu`ils n*en
ou l'étant þÿest". : Qu`il
: y ait l'étant, ou qn'il y ait un monde
-
-

aient pas qui soit logique ou La thèse la plus


þÿscientiûque. logique. échappe dans les deux cas a la souveraineté de la
générale du modèle fort porte donc sur Pexistence d'un logique et de la raison métaphysique, et cela en vertu d`une
régime du sens incommensurable au rationnel, parce
sens facticité de cet «il y þÿa :>.facticité qui est certes pensable
que les
portant non sur faits du monde, mais sur ceci qu'il y -

puisqu'il ne sagit pas d`uue révélation transcendante, seu-


ale monde. Mais le corrélationisme ne soutient par lui-même
1. Trarraius iogieo-pizi`£o.s'uphícus. Gallimard. 1993. trad. Gilles-Gaston
aucune position a-rationnelle. religieuse ou poétique: il ne Granger, p. HE.
prononce aucun discours positif sur Pabsolu, il se contente de 2. Îbíd.. p. ll l Sur ce point. Voir également la « Conférence sur l'éthique
. þÿ :~ :

penser les limites de la pensée, celles-ci étant pour le langage (1929), in L¢:çrJ.rLs et (.`rJm'¢frsaríurLr. Crnllimurd. l9?l p. l-19-!55. ainsi que les
.

comme ime frontière dont on nc saisirait Camerr, 19$-J-iÿffilinllimnrd. 1971. p. l79: «*{20.l0.16`) I...) Le miracle.
qu'un seul bord. Le esthétiquement pzzrlant, :fest qu'il 5* ait le monde. Que uc qui est þÿsoit. :(La :
corrélarionisme ne fonde pas positivement une croyance reli- îmtlucrion est celle de Cîilles-Gaston Granger. revue par Elic During ct David
gieuse déterrninée, mais sape elïectivemeut toute prétention Rabouin dans leur conférence: "Pourquoi 3-* a-t-il quelque chose plutôt que
<1

de la raison à délégitimer une croyance au nom de 1`impen~ rien 7" Les modes de Clisqualilîcntion de la qut:stiun>~. IU|.u'nóc du MENS

sabilité de son contenu. (Métaphysique à l'EN5-ii. Paris. l I juin 2005).


3- «Quest-Ce que la mémpl15=siq1Je'!». Q.'¢eriitms I,Gall1martl. l968. trad.
Ce modèle fort ainsi compris nous paraît être représenté Rúger Muuier. p. TS.

56 57

h.-
APRES LA FINITUDE MÉ'l'APH"t'SlQUE. FIDÉÎSME SPÉCULATION
.

lement d*une saisie des «bords internes» de monde-ci les individus. conditions de perceptibilite de
ce
gagière entre
-

mais pensable uniquement au titre de l*étant. etc. Mais un eorrélationiste « fort þÿ : :.même s*il se veut
notre incapacité essen-
tielle d'accéder à fondement absolu de ce qui est. Je ne
un þÿûdèleà l`esprit du criticisinc. ne se permettra pas de justilîer
puis penser Fimpensable, mais je puis penser qu`il n`est pas l`universa1.ité de la non-contradiction par sa supposée absoluitéz
impossible que Fimpensablc soit. au lieu d`en faire une propriété de la chose en soi, il en fera par

exemple une condition universelle de la dicibilité du donne, ou


En résumé: le modèle faible soutenait une desabsolutisa- de la communication intersubjective une norme du pensable.
-

tion du principe de raison. en þÿdisqualiûant


toute preuve de non du possible 1. Les philosophes qui tels les partisans de la
-

nécessité inconditionnée: le modèle fort soutient de plus. au þÿ«ûnitude radicale» ou de la «postmodemité» soutiendront -

nom d`une disqualification accentuée du


principe de raison. au contraire que tout universel demeure un reste mystiftcatoire
une désabsolutisation du principe de
non-contradiction. en de 1`ancienne métaphysique. prétendront qu'il faut penser la
soumettant toute représentation aux Limites du cercle corré- faetieité de notre rapport au monde sur le mode d'une .situa-
lationnell. Nous avons ainsi dégagé les deux opérations tion elle-mêmejinie, en droit þÿmodiûable, et dont il serait illu-
inhérentes à la justification contemporaine du renoncement soire de croire que nous pourrions nous extraire jusqu`à
Ê1 l`absolu: non seulement le primat du corrélat contre tout atteindre des énoncés dont la validité serait la même pour tout
«réalisme naïf þÿ : :,mais la facticité du corrélat contre tout homme, à toute époque. et en tous lieux. Les corrélations qui
<< ldéalisme
þÿSpëCLllt1tif :2.: déterminent notre << monde þÿ : :seront ainsi identifiées à la situa-

tion inhérente à une époque déterminée de l`histoire de l`être. ã


Deux types principaux de corrélationismc fort sont alors une forme de vie pourvue de ses propres jeux dc langage. à une
envisageables qui se constituent, et s`opposent, autour de la communauté culturelle et interpretative déterminée, etc.
question suivante: la dsabsolutisation de la pensée implique- La seule question légitime demeure pour les deux parties la
t-elle également la þÿdásuníi~'ersali'sa:ir :n
de la pensée ? Les piti- suivante: une telle limitation de notre savoir au rapport que
losophes qui répondent à cette question par la négative se nous entretenons au monde doit-elle aller ou non jusqu'à dis-
situeront dans Fhéritage du criticisme et tenteront. à 1 'instar de la possibilité de tenir un discours universel quant
þÿqualiûcr
Kant, d'établir les conditions universelles de notre rapport au à la nature même de ce rapport. Tous s'entendront sur la
monde que celles-ci soient posées conditions d`unc
comme de la nécessité inconditionnelle, la seule ques-
péremption
-

science expérimentale. conditions d`une communication lan- tion concernant désormais le statut de la nécessité condition-
nelle de la corrélation, e`est-à-dire le statut des conditions de
I. Sur cette double tlésubsolutisution des principes (le ntison et de contradic-
tion, voir encore: þÿtûtlgenstcin. Tracrarmr. ap. cif.. 3 .ON : Heidegger. Le Prix»
possibilité du donné langage. ljénoncé métaphysique:
et du

cipe de raison. Gztllimartl. 1962. et Principes de la pe-:isée»: Mam'r1Her:íegger.


«<
si un étant est tel. il doit absolument être -laisse la place à
Cahiers de l'Hern-2. t.i-re de peche. 1983.11 si-1 11. l`éooncé post-métaphysique: si un étant se donne immédia-
2. Je parle de réalisme þÿ~<nttïI :et
: tl'idéalisme «spéculatilv pour bien mar-
quer le fait qu'au sein du corréitttjonisme la modalité réaliste de l`absolu est I. Pour nn d`un tel déplacement. au sein même de la p-crspcclive
exemple
irtévitttblcmcnt inférieure en dignité ù sa modalité idéaliste. puisque la pre critique. du de la non-contradiction.t_1Ê 1`ant-lyse part:cultî^remer:t serrée
statut
mière rompt avec toute forme ile corrélationisme. tandis que In seconde la de Francis Wolff dans Dire le monde .' 1. De la contrtzdiclion. Les trois lim-
reconnait þÿsufûsarnmcnt
pour þÿ|'al :solutiscr. gëtge-monde. ap. uit.. p. 21-159.

SS 59
APRÈS LA FINITUUE
1-TETAPHYSIQLTE. FIDÉISME. S1-°lÈCZULA'(`l(`)`N
tement comme tel (perceptible. dicible. etc.). il a alors pour faire de la
nous pensée. Cet écart -
de Finconnaissabilité de
condition plus générale plus profonde. plus originaire la chose en-soi. a son impensabilité suppose en effet que
-
-

d°être tel (donné par esquisse. non-contradictoire, etc .). Non la pensée en est venue à légitimer de son propre mouvement
plus: x est tcl. donc il doit être. mais: si de fait x est donné lc fait que l`être lui est devenu si opaque qu'e1le le suppose
comme tel. alors il a pour condition d'être tel. Le débat
por- capable de transgresserjusqu'aux principes les plus élémen-
tera sur la détermination de ces conditions. voire sur 1'exis-
taires du loges. Alors que le postulat parménidien «être et
tence ou non de conditions universelles du donné et du
langage. pensée sont le même þÿ : :demeurait la prescription de toute
philosophie jusques à Kant compris le postulat fonda-
- -

Le correlatíonisme fon n`est pas toujours rliématisé comme


tel par ceux qui le soutiennent: sa prégnance contemporaine
mental du corrélationisme fort semble au contraire se for-
muler ainsi: «Etre et pensée doivent être pensés comme
nous
paraît pourtant rcpérable- à même Firnmurtité dont pouvant être tout autres. þÿ : :Non pas, encore une fois, que le
semblent désormais bénéñcier les croyances
religieuses par corrélationíste se croic en mesure de prononcer Feffective
rapport aux contraintes du concept. Quel philosophe croirait incommensurabilité de l'être et de la pensée Vexistence
-

désormais avoir þÿréûite


la possibilité de la Trinité chrétienne
effective, par exemple, d'un Dieu incomrnensurable à toute
au prétexte qu'il y aurait décelé une contradiction ? Un phi- conceptualisation puisque cela supposerait un savoir de
-

losophe qui tiendrait la pensée lévinassienne du Tout-Autre Pen-soi que précisément il s'i11terdit tout à fait. Mais il se
pour absurde puisque inaccessible ãt la logique, ne nous veut en mesure. du moins. de dégager une facticité si radi-
apparaîtrait-il pas comme un libre-penseur empoussieré. cale de la corrélation être-pensee, qu'il se pense dépourvu
incapable de se hausser au niveau de pertinence du discours de tout droit ã interdire à i*en-soi l'éventualité cl°être sans
de Lévinas ? Comprenons bien le sens d'une telle attitude: la commune mesure avec ce que la pensée peut elle-même
croyance religieuse est considérée comme inaccessible à la concevoir. Avec la radicalisation de la corrélation, est ainsi
refutanon par de nombreux philosophes
contemporains, non advenue ce que l'on peut nommer la mr-altérisarion possible
pas seulement parce qu'une croyance serait par définition de l'êt:re et de la pensée. Uimpensable ne peut plus nous
indilîférente à ce genre de critique. mais parce qu`il leur conduire qu`a notre incapacité à penser autrement, et non
parait concepruelfenzent illégitime dentreprendre une telle plus à Fimpossibilité absolue qu'il en soit tout autrement
réfutation. Un kantien qui aurait cru en la Trinité aurait dû On comprend alors que la conclusion d'un tel mouvement
démontrer que celle-ci n`est nullement contradictoire; un soit la disparition de la prétention à penser les absolus. mais
corrélationiste fort n`a qu`à démontrer que la raison n'est non la disparùíorz des absolus: car la raison corrélationnelle,
pas en droit de discuter avec ses propres moyens de la vérité en se découvrant marquée d'une limite irrémédiable, a légi-
ou de la faussetá de ce
dogme. Or. il faut souligner que cet time d'elle-même tous les discours qui prétendent accéder à
«écart» des contemporains d`avcc la position kantienne
un absolu. sans la seule condition que rien dans ces discours
-

écart qui peut être entériné par ceux-là mêmes qui enten- ne ressemble ci une rationnelle de leur validité.
þÿjzrsrûûcatíon
dent demeurer ñdèles à Fheritage- critique n`a rien d'ano-
Loin d' abolir la valeur de l`absolu, ce que l`on nomme volon-
-

din. Il suppose en effet qu*un glissement


majeur s'est tiers. aujourd`hui, la fin des absolus» consiste au contraire
«

entre-temps produit dans la conception que nous


pouvons en une licence étonnante accordée à ceux-ci: les philosophes
60
61
_-PRES LA þÿFltûïuua
MÉT.-°rPH`r'SlOUF, Fli`)ÊlS3-TE. 5PÉCl_ll.ATl0N

semblent ne plus en exiger qu`une seule chose, c`est que lien que nous affaihlissions une religion déterminée. dès lors que
ne demeure en eux qui se revendique de la rationalité. La þÿûn elle-ci prétend s*appu}-'er sur la «raison naturelle» pour
de la métaphysique conçue comme «désabsolutisation cle la
affirmer la supériorité de son contenu de croyance sur les
pensée >> consiste ainsi en la légitimation par la raison de autres croyances. En detru isant toutes les formes de démons-
n`importe quelle croyance religieuse (ou «poétieo-reli- tration de Pexistence d'un Étant suprême, vous supprimerez
2561186 >>) en l'abso1u. dès lors que celle-ci ne se revendique -

par exemple -le soutien rationnel dont une religion mono-


que d"elle-même. Pour le dire autrement: la fin de la méta- théiste pourrait se prévaloir contre toute religion þÿpoljûheiste.
physique. en chassent Ia raison de routes ses prétentions à En détruisant la métaphysique. vous détruirez donc en effet la
fabsolu, a
pris Irzfbrme dim retour exacerbé du religieux. possibilité pour une religion déterminée d'utiliscr un argu-
Ou encore: la tin des idéologies prisa la forme d`une victoire mentaire pseudo-rationnel conne toute autre religion. Mais
sans
partage de la religiosité. Le regain contemporain de la d`un même mouvement. et la est le point décisif. vous justi-
religiosité a certes des causes
historiques qu`il serait naïf de þÿûerez
lu prétention de la croyance en général à être la seule
réduire au seul devenir de la philosophie: mais le fait la voie d`accès possible à l'absolu. lfabsolu étant devenu
que
pensée. sous la pression du corrélationisrne. se soit ôte le
impensable, même Fathcismc qui vise lui aussi l`inexis-
-

droit ã la critique de Firrationuel


lorsqu`il porte sur Fabsolu. tence de Dieu à la façon d'un absolu -

sera réduit à une


ne saurait être sous-estimé dans la
portee de ce phénomène. simple forme de croyance, done de religion, fût-elle nihiliste.
Or, ce « retour du
religieux demeure, encore aujourd'hui.
þÿ :>
Chacun oppose sa foi à chacun. rien n`<-Etant plus démontrable
trop souvent incompris, en raison d'un tropisme historique quant E1 ce qui détermine nos choix fondamentaux. En
puissant, dont il nous faut nous extraire une fois pour toutes. d°autres termes, rlésabsolutiser la pensée revient à produire
Ce tropisme, cet aveuglement
conceptuel, est le suivant: mais cl'un ñdéisme þÿ«csscntiel : et
un argumentaire þÿûdéisre, :,
beaucoup semblent encore croire que toute critique de la non pas simplement «
historique þÿ : ::c'est-à-dire devenu le
métaphysique irait << naturellement» de
pair avec une critique soutien par la pensée non d'une religion déterminée (connue
de la religion. Mais cet
appartement des critiques renvoie
« þÿ : : ce fut le cas, au XVI* siècle. pour le þÿûdéisme
catholique, ou du
en vérité à une
þÿconûguration très déterminée du lien entre moins se voulant tel) mais du religieux en général.
métaphysique religion.
et On songe en effet. lorsque l'on se Le fidéisme consiste en effet toujours en un argumentaire
revendique d'une critique «métaphysico-religieuse des þÿ : :
sceptique contre la prétention de la métaphysique, et plus
absolus, a la critique de l`onto-théologie en tant que celle-ci généralement de la raison, à accéder à une vérité absolue
conduit dans le même temps à la
critique de la prétention de capable @étayer la fortiori de dénigrer) la valeur de la
la théologie judéo-chrétienne à
appuyer sa croyance en un croyance. Or. nous sommes convaincu que la flu contempo-
Dieu unique sur des
verités supposées rationnelles, reposant raine de la métaphysique n`est rien d'autre que la victoire
toutes sur Fidée d'un Etant
suprême, cause première de toute d'un tel þÿûdeisme,en vérité ancien (initié par la Contre-
chose. Mais il faut faire en ce cas une
remarque, dont le plus Réforme. et tlonl Montaigne est le «nom sur la
þÿfondateur : :)
étrange est qu`elle n'aille pas. ou plus. de soi: c'est que. métaphysique. Loin de vou' dans le þÿûdéisme, comme on le
lorsque nous critiquons la prétention de la métaphysique à fait encore trop souvent, une forme simplement apparente que
penser l'absolu. il se peut- et ce fut effectivement le le scepticisme
cas
mitimétapliysiquc aurait arborée à son origine,
-

62 63
APRÈS LA FlNT1'i.1`DE MÉT!PIIïSIQUE. FIDÉISME, SPÉCl.'l_!.'l'ION

avant de se dévoiler comme ii-religieux en son essence, nous la métaphysique. semble s`être fractionné en la multiplicité
voyons bien plutôt dans le scepticisme un ñdéisme authen- devenue iudifférenciée de croyances désormais également
tique, qui aujourd *hui domine. mais sous une forme devenue légitimes du point de vue du savoir, et cela par le seul fait de
« essentielle þÿ : : c' est-à-dire émancipée de route obédience par-
_
ne se vouloir que des croyances. De là provient une transfor-
ticulière à un culte déterminé. Le ñdéismc historique n`est mation profonde de Fincrédulité, c'est-à-dire de la nature de
pas
le << masque þÿ : :qu`atu°ait pris argumentaire. Nous avons. il force de surenchères dans le
lïrréligiosité à ses débuts. mais son
bien plutôt la religiosité comme telle qui atn'ait le scepticisme et la critique des prétentions de la métaphysique.
pris
«masque þÿ : :d'une apologétique déterminée (en faveur d'une accordé toute légitimité véritative aux professions de foi- et
religion ou d'un culte plutôt que d"un autre), avant de se révé- cela quelle que soit lbxtravagancc apparente de leur contenu.
ler comme liargumentaire général de la supériorité de la La lutte contre ce que les Lumières nommaient le fanatisme
piété
sur la þÿpensée1.La_ûn ainsi tout entière devenue
contemporaine de la niéraphysique
est est une entreprise de moralisation :
qui, étant sceptique,
þÿuueûn poin-'ait
ne être þÿqzfuneûnreli- la condamnation du fanatisme se fait au seul nom de ses
gieuse de la rriétaphysiqztc. þÿeûetspratiques (étllico-politiques) jamais au nom de Féven-
,

Le scepticisme envers Fabsolu métaphysique légitime ainsi tuelle fausscté de ses contenus. Sur ce point les contempo-
dejure la croyance en nimporte quelle forme de croyance en rains ont au contraire cédé de bout en bout à Phomme de foi.
un absolu. la meilleure comme la Carla pensée relaie c dernier et l'appuie d'elle-même quant
pire. La destruction cle la
rationalisation métaphysique de la théologie chrétienne a pro- ã sa décision initiale: si vérité dernière il y zi, c`est de la seule
duit un devenir-religieux généralisé de la piété qu'il s`agit de l'espérer, non de la pensée. D'où l,Î.'l11-
pensée. c'est-à-dire
un þÿûdéísme de la croyance quelconque. Ce puissance des critiques simplement morales de l'obscin'an-
devenir-religieux
de la pensée, tel qu`il se soutient tisrne contemporain, ear si rien dïahsolu n'est pensable. on ne
paradoxalement d'un argu-
mentaire sceptique radic-al. nous voit pas pourquoi les pires violences ne pourraient pas se
Pappellerons un enrelige-
menr de la raison: le terme. réclamer d`une transcendancc accessible seulement à quel-
qui se veut symétrique de celui de
rationalisation, vise un mouvement de pensée qui est comme ques élus.
le contraire exact de la rationalisation
progressive du judéo- Comprenons bien que Fenreiigement ne désigne pas
christianisme. sous Finfluence de la philosophie grecque. Pacte de foi lui-même qui peut être par lui-même. cela va
-

Tout se passe aujourd'hui comme si la de soi. d`une haute valeur. L`enreligement désigne la þÿûgure
philosophie se pensät
d'elle-même. et non sous la pression d'une croyance exté- contemporaine de Fartículariou de la pensée à la piété
rieure, comme la servante de la théologie sinon qu'elle se
-
-

donc un mouvement de la pensée elle-même vis-à-vis de


veut désormais la servante þÿlûaerale de nimporte quelle théo- la piété: ît savoir sa subordfnatiolz non-métaphysique å
logie, fût-ce une athéologie. L' absolu, en quittant la sphère de celle-ci Ou mieux: sa subordination àla piété via un mode
_

spécifique de de stmction de la métaphysique. Tel est le sens


1. Sur les liens originaires. et selon nous de la désabsolutisationz la pensée ne démontre plus a priori
indéfectibles. du scepticisme
moderne et du
ñdéisnie, QE l'étude classique dc Richard H. Popkin, Histoire la vérité d'un contenu dc piété déterminé, mais établit le
du þÿst'q :rict'sme
¿I`Enr.rme ù Spinoza. PUF. 1995, ainsi que
Fouvrage précieux droit égal ct exclusif de la piété quelconque à viser la vérité
Brahami. Le Travail du .rcep:ící_rnre. Montaigne, Hum;-:_
Bayle,
derniere. Loin du jugement habituel qui voit dans la moder-

64 65
AI-*itiäs LA FINITUDE Ftuéisme, þÿsP|ët:t:t.. :.T1<_1N
þÿMt£'rA1 :Hrs1Qut¿,
nité occidentale un vaste mouvement de sécularisation de la du þÿûdéisme
est bien celui où il fait
pensée de la supériorité
se

pensée. nous pensons que le trait frappant de la modernité de la piété sur la


pensée, qu`aucun contenu de piété soit
sans
consiste bien plutôt en ceci: le moderne est celui qui .s*'e.i*r la
par privilégié. puisque ce
qu'il s`agissait d`étab1ir parla
enreiigé á se déchrisrianisair. Le moderne est
qu"il
mesure
pensée. c`est qu`i1 revient à la piété et à elle seule de poser
- -

celui qui. dans la mesure où il ôtait au christianisme toute ses contenus. La dévolution contemporaine envers le Tout-

prétention idéologique (métaphysique) à la supériorité dc Autre (Pobjet par lui-même vide de la profession de foi) est
son culte sur tous les autres,
s`est livré corps et âme à ainsi l'envers inévitable et rigoureux de Finterprétation de la
liégale légitimité véritative de tous les cultes. péremption du principe de raison comme la découverte par
La clôture contemporaine de la métaphysique nous appa- celle-ci de son incapacité essentielle découvrir un absolu: le
raît ainsi comme une clôture << þÿsceptico-ûdéiste» de la méta- þÿûdéisrne
est fatttrc nom du corrélationisme fortl.
physique dominée
-

par ce
que l"on peut nommer les pensées
du Tout-Autre. Ces pensées du Tout-Autre. Wittgenstein et
Heidegger bien les maîtres noms: car le propos de
en sont

ces penseurs. loin de constituer sur ce point une rupture radi- Nous essayons de cerner lc sens du paradoxe suivant:
cale avec le passé. se situe en vérité dans le droit héritage mieux la pensée est armée contre le dogrnatisme. plus elle
-

héritage porté par ceux-ci au point culminant de ses poten- paraît dérnunie contre le fanatisme. Le sccptico-tidéisme,
tialités d' une tradition þÿûdéiste
ancienne et attestée ini- tant même fait reculer le
qu`il dogmatisme métaphy-
-

en
-

tiée,avons-nous dit, par Montaigne, et prolongée notamment


sique, ne cesse de renforcer Pobscurantisme religieux. ll
par Gassendi et Bayle et dont le caractère
-

zmtimétapllysique serait absurde d'accuser tout corrélationiste de fanatisme


a toujours eu pour sens de protéger la piété de tonte intrusion
religieux -tout de même que d`accuser tout métaphysicien
du rationnel. Le « Mystique þÿ : évoqué
:
parle Tractatus logica- de dogrnatisme idéologique. Mais nous voyons bien en quoi
phiiosopizicus. ou la théologie que Heidegger avouait avoir les décisions fondamentales de la métaphysique se retrou-
longtemps songé à écrire mais à condition de ne rien
-

vent toujoms. fût-ce sous une forme caricaturale, dans une


y introduire de pliilosophique, fût-ce le mot þÿ<<être : :1 sont -

idéologie (ce qui est. doit être), et en quoi les décisions fon*
Fexpression d`unc aspiration vers une absoluité qui n'aurait damentales d'une croyance obscurantiste peuvent s'appuycr
plus rien en elle de métaphysique, et qu'on aura donc en sur les décisions du corrélationisme fort (il se peut que le
général pris soin de nommer d`un autre terme. Piété devenue Tout~Autrc soit). Le fanatisme contemporain ne saurait donc
sans contenu, désormais célébrée pour elle-même par une être tenu simplement pour la résurgence d'un archaïsme
pensée qui ne se mêle plus dc l'emplir. Car le moment ultime violemment opposé aux acquis de la raison critique occiden-
tale, car il est au contraire þÿI't>û`c!
de la rationalité critique, et
l. Séminaire de Zürich. in Pothie H. Paris. 1980. trad. F. Fédier et
D. Saatdjian. p. 60-6 l Sur le parallèle entre Wittgenstein ct Heidegger. concer- 1. Nous ne pouvons ici qu`ï:trc très allusif lc rñlc prédominant du
_

sur
Iiartt le silence imposé Î1 la pensée contemporaint: devant la
question de Dieu. þÿûdéisme
dans la constitution de la pensée mo-durnc. Nous cn traitons dc
façon
qi Jean-Lui; Marion. Dien sans fêtre, PUF. l9*Î}l, La croisée dc l`Étre. p_ RU- plus approfondie dans un uuvmge it paraitre. où doivent être développés !`cn-
81 Le texte alicrnnnd original du Séminaire de Zürich 3*
_

est reproduit ct discuté. semble dES þÿjtosíliuûs csquissécs dans ce livre. ainsi que
þÿ!itiaorit'|t1cs icurs consé-
íbid..n. 15.13.91
quences éthiques: L`hz¢fxi.i'rcrtt.'t' þÿrûi'ine'.
Essrtr sur le dieu virrtrel

66 57
APRÈS LA FÎNITUDE

cela en rant mêmesoulignons-le que cette rati onaiité þÿûit


- -

ejfectír-*erzzerzr émancipatríce fut effectivement, et heureu-


-

3
sement, destructrice du dogmatisme. C'est grâce à la puis-
sance critique du corrélationisme que le dogmatisme a été Le de factualité
principe
efficacement combattu en philosophie et c`est à cause de
-

lui que la philosophie se trouve incapable de se différencier


essentiellement du fanatisme. La critique victorieuse des
idéologies s*est transmuée en l'argu.mentaire renouvelé de
la croyance aveugle.
On saisit de la sorte que Fenjeu cl"une critique de l`impli-
cation désabsolutoire (si la métaphysique est périrnéc. toute Notre démarche, cartésienne
quoique non en son principe,
forme d'absolu l'est également) dépasse celui de la légiti- est homologue à celle que suit Descartes dans les Médita-
mation des énoncés ancestraux. ll paraît urgent, en effet, de tions. une fois établie. dans la Méditation seconde. la vérité
repenser ce que l`on peut nommer «les présupposés du sens du cogiro. Nous tentons en effet. à son exemple. de nous
critique à
þÿ :>: savoir que la puissance cri tique n'est pas néces- extraire d'un þÿ«cog£m : en
:, accédant ã un absolu susceptible
sairement toujours dn côté de ceux qui saperaient la validité de fonder le discours (ancestral) de la science. Mais ce
des vérités absolues, mais plutôt du côté de ceux qui par-
tragito n`est plus le cogiro cartésien: c'est un «eogito corré-
viendraient à critiquer à la fois le dogmatisme idéologique :. enferme la pensée dans un vis-à-vis avec
þÿlationnel : qui
et le fanatisme sceptique. Contre le
dogrnatisrne, il importe l`être. qui n*est qu'un face-à-face masqué de la pensée avec
de maintenir le refus de tout absolu métaphysique; mais elle-même. Ce cogíto diffère du cogiro cartésien, par deux
contre la violence argumentée des fanatismes divers, il au moins:
aspects
importe de retrouver
en la pensée un peu d'abso[u suffi- -

l. le cogim corrélationnel ne s`identifie pas nécessaire-


samment, en tout cas, pour contrer les prétentions de ceux ment à une métaphysique cle la représentation, car il peut
qui s`en voudraient les dépositaires exclusifs, par le seul renvoyer a une conception de la corrélation être-pensée
effet de quelque révélation. autre que celle du sujet et de l`objet (telle que la co-appro-
priation heideggerienue de l`être et de 1'homme_);
2. ce n`est pas un cogffo solipsistc au sens strict, mais plu-
tôt un þÿ«cog£mmnr :>. car il fonde la vérité
objective de la
science sur Faccord intersuhjectif des consciences. Le cagíto
corrélationnel. pourtant. institue lui aussi un certain type de
solipsisme qu*on pourrait dire de1'cspèce þÿ : ou
<< :, de la com-
«

munauté þÿ : :: car il consacre Fimpossibilite de penser une réa-


lité antérieure. ou même postérieure, à la conununauté des
êtres pensants. Cette communauté n`a plus affaire qu`à elle-
même. et au monde qui lui est contemporain.

69

ï..
1 l
il
li
,

il'i I

il 1 APRÈS L.-x FINITIJDE LE PRINCIPE DE l-'AC`l'UALI'I'É

`
A

.
lili
l V
lil
l
il
i l
.

V
S'exLraire de ce «solipsisme communautaire »_ ou « 501jp_
sisme de þÿl`intersubjectivité :>
suppose d'accéder Ê1 un Grand La position du problème et ses conditions drastiques de
,
l

Dehors, capable de jouer à l`égan:l des mathématiques conte- résolution nous indiquent en vérité d`¢-:llcs-mêmes ce qui
l
lilll
V.

"* þÿ :'
| nues dans les énoncés ancestraux le rôle du Dieu vérace à semble être la seule voie encore praticable. Pour contrer le
Fegard de la substance étendue.
l

modèle font, nous devons en effet prendre exemple sur la pre-


mière contre-offensivc de la métaphysique face au transcen-
Telles sont alors les donnees du problème. résultats de la dantal kantien : il nous faut. nous aussi absolutiser le principe
_

ll discussion précédente:
,,

l
même qui permet au mrréiarirmisme de disqualÿîer les pen-
i

i 1. Pancestral exige. pour être pensable. qu`un absolu soit sées (IÖSOÎIIÎOÎIÈS. C `est bien ce qu`ont tenté les métaphysiques
l pm' 1

pensable;

@i*till
Il

subjectivistes: elles ont fait du corrólat lui-même, instrument


i

C «lll
ll
2. nous tenons pour acquise l`illégitimité de toute démons- de la désabsolutisation empirico-critique. le modèle d'un nou-
il
lt |
þÿ¼. l
tration visant à établir l`absolue nécessité d'un étant: l`ab- veau type dïlbsolu. Par la, de telles métaphysiques n°ont pas

il
i
~
Solu recherche ne devra pas être dogmatique;
simplement «joué þÿd'astu<:e :avec : le comãlationisme: il ne
i i
i_
i .

1
l ll
3. nous devons franchir Fobstaele du cercle corrélationnel.
s`agissait pas pour celles-ci de dénicher» un absolu suscep-
<<

il :àla
1
1 .
sachant que celui-ci au sein du modèle fort qui lui donne toute
-

tible d`être habilement retourne. contre le critico-scepticisme, à


i

q in
1
sa
portée -

ne þÿdisqualiûe
pas seulement l`absolu dogmatique l'aidc de son propre argumentaire. ll sfagissait bien plutôt de
¢

þÿ :,
._

"
(comme le fait la refntation de la preuve ontologique). mais penser en profondeur la source véritative qui donnait sa force
1

toute fom1e d`abso1u en général. C`cst la démarche absolutoire à un tel argumentaire. On reconnaissait au comãlationisme la
ll"'.,.'~=
1
comme telle. et non pas seulement absolutiste (fondée sur le découverte d'une nécessité essentielle nous n`avons acces -

il
'

L
principe de raison). qui paraît se briser contre Fobstaele du qu'au pour-nous. et non à l`en-soi -, mais au lieu d'en conclure
cercle vicieux de la correlation: penser quelque chose d'absolu,
il
4
_
que l`en-soi était inconnaissablc, on en concluait que la corré-
c`est penser un absolu pour nous. donc ne rien
penser d`absolu.
un
lation était le seul en-soi véritable. On dégageait donc la vérité
I.
l

I
Bref. il nous faut un absolu non-métaphysique capable dc ontologique cachée sous Fargurnentalion sceptique: on trans-
l i
passer entre les mailles du modèle fort cela, sachant que:
-

mntait une ignorance radicale en le savoir d°un être, enfin


þÿ :j_| un absolu réaliste (par
exemple þÿépicuûen)

l.Èi
dévoilé en
-

ne passe pas sa véridique absoluité.


la les mailles du primat de la correlation (premier
principe du Cette première vague de la contre-offensive s"estpou1tant
i
.
¿,'.
,.
modèle fort); échouée sur le second principe du eorrélationisme: l'essen-
i--sf
un absolu correlationnel
(subjectivistez idéaliste ou tielle faeticité du corrélal. qui slest révélée sa décision la
-

lit| þÿ*agr *'


vitaliste) ne passe pm les mailles de la facticité (deuxième plus profonde -

celle qui disqualiñe aussi bien le dogma-


principe du modèle fort). tisme idéaliste que réaliste. Mais, des lors, la piste qu`il
nous faut suivre est toute tracée : si un absolu est encore
Par où la pensée peut-elle donc encore se frayer che-
un pensable. qui échappera ravage du cercle corrélationel.
au
min vers le Dehors ? ce ne
pourra être que celui qui procédera de Fabsolutisation
' de la seconde décision du modèle fort c'esr-à-dire de la
ll
-
_

>l¢=I= =lã
factíciré. En d°autres termes, si nous découvrons, cachée
70 71
q

L..
APRÈS LA FINITUDE LE PRINCIPE DE PACT|_1A|.1'rE

sous la facticité. une vérité


ontologique si nous parvenons à
-

chose une Limite rencontrée par la pensée dans sa recherche


saisir que la source même qui donne sa
puissance à la désab- de la raison ultime, il nous faut comprendre qu'une telle
solutisatiun par le fait est l`accès tout au contraire à un être absence de raison est. et ne peut être que la propriété ultime
absolu -

alors, nous aurons accédé à une vérité qu'aucun de llétant. Il faut faire de la facticité la propriété réelle de
scepticisme corrélationnel ne pourra plus atteindre. Car cette toute chose comme de tout monde cfêrre sans raison, et à ce
fois. il n'y aura pas de troisième
principe susceptible de titre de pouvoir sans raison devenir effectivement autre.
contrer une telle absolutisatíon. TI nous faut donc corn- Nous devons saisir que Fabsence ultime de raison ce que -

prendre en quoi ce n'e.sr pas le carrélar mais la facricité du nous notnmerons Firraison est une propriété ontologique
-

corrélar qui est l'ab.*a!u. Nous devons montrer en


quoi la absolue. et non la marque de la ñnitude de notre savoir.
facticité. loin d`être [expérience que la pensée fait de ses Uéchec du principe de raison. dans cette perspective. pro-
limites essentielles. est au contraire
Fexpéríence que la pen- vient alors, très simplement, de la fausseré et même de la
-

sée fait de son savoir de l'absolu. Nous devons saisir


en la fausseté absolue d`un tel principe: car rien, en vérité, n'a
-

facticité Finaccessibilité de I'abso1u, mais le dévoile-


non
de raison d'être et de demeurer ainsi plutôt qu'autrement
ment de l'en-soi: la
propriété éternelle de ce qui est. et non la -

pasplus les lois du monde que les choses du monde. Tout


marque de la defcctuosité pérenne de la pensée de ce est. qui très réellement s'effondrer les arbres comme les
peut
-

astres, les astres les lois. les lois


Quel peut être le de telles
comme
physiques
comme
sens
pnopositions ? les lois logiques. Cela non en vertu d'unelo1 supérieure qui
destinerait tonte chose a sa perte. mais en vertu de þÿ1"ûbSB!'lCB
D paraît tout dabord absurde de penser la facticité d'une loi supérieure capable de préserver de sa pente quel-
comme un absolu. puisque celle-ci exprime
Pincapacité que cliose que ce soit.
essentielle de la pensée à dévoiler la raison d'être de ce
qui
est. Faire un absolu d`une
incapacité, n'est-ce pas aboutir à Tâchons de préciser le sens d*un absolu ainsi compris, et
une incapacité absolue ? En vérité non
du moins pas si
-

en premier lieu tentons d'expliquer en quoi cette absolnttsa-


l'on suit la démarche de la
métaphysique subjectiviste à tion de la facticité est capable de franchir Fobstacle du cercle
Pégard de la corrélation. Celle-ci. on l'a vu, dévoilait dans corrélationnel.
l`obstacle dressé contre Pabsolutisation Pêtre absolu véri- Le corrélationiste pourrait objectcr ceci à notre thèse:
table. C'est une experience du même ordre
qu'il nous faut «Dire que la facticité doit être comprise comme le savoir de
maintenant entreprendre avec la tacticité. Cela Peffective absence de raison de
exige, certes, toute chose, c'est
commettre
une «conversion du
þÿrcgard : mais.
:, une fois celle-ci
opérée. une grossière erreur: c`est en effet confondre facticite et
la nécessité suprême du cercle corrélationnel va
nous appa- La contingence désigne la possibilité,
þÿcanûrzgence.
raître comme étant le contraire de ce pour
qu`i1 semble: la facti- quelque chose, indifféremment dc persévérer ou de dispa-
cité va se révéler être un savoir de 1*absolu
parce que nous raître. que l'une de ces deux options aille à Fencontre
sans
allons enfin replacer dans la chose ce
que nous renforts illu- des invariants du monde. La contingence désigne donc 1111
.svíremerzr pour une incapacité de la
pensée. Autrement dit, savoir. celui que j°ai de Feffective périssabiljté d' une
au lieu de faire de l'absence de raison
inhérente à
chose
toute déterminée. Je suis par exemple que tel livre peut être détruit.
72 73
Ml l
il *~ ~' APRÈS LA FÎNITUDE LE PRINCIPE DE FACTUALITÉ

! *: 'til
i;` lil]
même si jesais pas quand ni comment cette destruction
ne

peut avoir lieu: découpé bientôt par ma petite fille, ou ronge


dans quelques décennies
parla moisissure. Mais sais ainsi
je
démontrer que la facticité de la corrélation
repose Pargurnent du cercle
sur laquelle

pour disqualifier aussi bien


Fidéalisme que le réalisme dogmatique
-

n`est pensable
-

positivement quelque chose de ce livre: sa fragilité réelle. qu`à la condition d`admettre Fabsoluité de la contingence
son possible non-être. Or, la
i facticite, quant à elle, n'est pas du donn en général. Car si nous arrivons à montrer que ce
plus þÿidentiûableà la contingence qu`à la nécessité, car elle
:lg désigne notre ignorance essentielle de la contingence on de la
nécessité du monde et de ses invariants. En faisant de la fac-
pouvoir-être-autre de toute chose
Fabsolu présupposé
est

par le cercle lui-même. il sera avéré que la contingence ne


peut pas être désabsolutisée sans que ce cercle s`autodé-
tieite une propriété des choses mêmes, truise
propriété que je suis -
ce qui est une façon de dire que la contingence
supposé connaître, je fais de la faeticité une forme cle contin- Se trouvera íinrnunisée de Fopération de relativisation de

il *ii «
gence capable de s`appliquer aux invariants du monde (lois
physiques et logiques). et non pas seulement à ee qui est dans
le monde. Je prétends donc savoir que le monde est destruc-
tible, comme je sais que ce livre est destructible. Mais que la
Pen-soi au pour-nous, propre au corrélationisme.
Pour rendre les choses plus claires. raisonnons sur l'exernple
suivant: supposons que deux dogmatiques s`opposent sur la
nature de notre avenir pos! mortem. Un dogmatique chrétien

l fi .
facticité soit une telle contingence. considérée comme vraie
en soi. je ne
peux pas plus le démontrer que je ne pouvais
affirme savoir
existence
parce- qu`ll 1`aurait démontré
-

perdure après la mort, et qn'elle


que notre
-

consiste en la

lll
v

démontrer Peidstence d"un


principe métaphysique, supposé
A
1 vision éternelle d`un Dieu dont la nature est incornpréhen-
nécessaire. à Forigine de notre monde. C`est pourquoi le sible pour notre pensée présente. Celui-ci prétend donc avoir
cercle coirélationnel frappe la thèse d'une démontré que l`en-soi est un Dieu qui,tc1 le Dieu cartésien,
contingence abso-
lue detoute chose.
avec_la même efficacité que la thèse d`une est démontrable par notre raison finie comme étant incom-
necessite absolue d`un Etant premier: car comment
pourrait- préhensible par notre raison finie. Un dogmatique athée
on savoir
que l'irraison manifeste du monde est une irraison þÿafûrme
au contraire savoir que notre existence est entière-
en soi -
une possibilité effective de devenir-autre sans rai- ment abolie par la mort. qui fait de nous un pur néant.
l I.

I
4
. i
1
son -
et non une irraison pour nous une incapacité à décou-
-

Le corrélatiottiste intervient alors pour þÿdisqualiûer ces


É 'Z

ll
_

vrir la veritable raison nécessaire de toute chose. cachée


þÿ«~ :_s= deux positions: il défend. quant à lui. un strict agnosticisme
derrière le voile apprnent des phénomènes ? Ce
"fuir passage du théorique. Toutes les croyances lui paraissent
également
pour-nous ã l`en-soi' n`est pas plus possible pour la contin-

l.ÿ |ll =yd iäl


licites. dès lors que la théorie est irnpuissante à
privilégier
gence que pour la nécessité. » une option sur une autre. Car. de même que je ne peux

savoir ce qu`est l`en-soi sans en faire un pour-moi je ne -

Pour contrer cet argumentaire. nous ne savoir être de tandis


pouvons procéder moi,
*ll peux ce qu'il peut en que je ne

qtlml ï
que d'une seule façon: nous devons montrer que le cercle serai plus de ce monde le savoir
puisque suppose d`être
-

corrélationnel et ce qui en constitue le nerf. à savoir la dis-


-

de ce monde. Tl est donc aisé, pour Fagnostique. de réfuter


tinction de l`en-soi et du pour-nous
I présuppose lui-méme, ces deux positions: il lui þÿsufût
de montrer qu`il est contra-
-

'

li l! pour être pensable. qu'on ait admis implicitement l`abso-


luité de la contingence. ll nous faut

74
plus précisément
dictoire de prétendre savoir ce qui est tandis que je ne suis
plus en vie, puisque le savoir supposerait qu`on est encore

tl
75
i

r
A (fi LL..
APRES LA FINÎTUDE LE PRINCIPE DE H-.tt'|'t:.=t1.1TE

de ce monde. Les deux dogmatiques proterent ainsi deux d'être. quoique je ne puisse penser ce que cela «fait» de ne

thèses réalistes sur l'en-soi, qui ont Finconsistance de tout plus être. Même si les réalistes soutiennent la possibilité d'un
réalisme: on prétend penser ce qui est tandis que 1`on n'est état post mortem qui est en lui-même impensable (vision de
pas. Dieu. pur néant). ils soutiennent donc une thèse qui. elle. est
Mais voici un nouvel intervenant: Fidéaliste subjectif. pensable : car si je ne peux penser limpensable. je peux pen-
Celui-ci déclare que Fagnostique tient une position aussi ser Ia possibilité de limpcnsable par le biais de l`irraison du
inconsistante que celles des réalistes. Car tous trois pensent réel. Dès lors, Pagnostique peut récuser ces trois positions
qu'il pourrait existeren-soi radicalement différent de
un comme des absolutismes: celles-ci
prétendent dégager une
notre état présent:un Dieu inacessible à la raison naturelle. raison nécessaire impliquant l`un des trois états décrits. alors
ou un pur néant. Or cela est qu*une telle raison nous fait défaut.
impensable: je ne puis pas plus
penser un Dieu transcendant qu`un néant de toute chose en -
Mais voici alors un dernier intervenant: le philosophe
particulier. je ne puis me penser comme þÿn°e :tistantplus Sans. spécu1atif.Celui-ci soutient cette fois que l'absolu n'est pré-
par ce fait même. m'autocontredire. Je ne puis me penser sent dans aucune des trois options
précédentes, car Fabsolu
qu'existant, et existant tel que j`existe: c'est donc que je ne est le pourvoir-être-attire lui-même. tel que le théorise

puis þÿqu"e :tister.et exister toujours comme j`existe mainte- Fagrzosríqtm. Lfabsolu est le passage possible. et dépourvu
nant. Mon esprit. sinon mon de raison. de mon état vers rfimporte quel autre état. Mais
corps. est donc immortel. La
mort, comme toute forme de trranscendance radicale. est ainsi ce possible n'est
plus un «possible d'ignorance». un pos-
annulée par Pidéalistc, de la même façon sible résultant seulement de mon incapacité à savoir quelle
qu*est annulée
l*idée ti'un en-soi différent de la structure corrélationnelle du option est la bonne: il est le savoir de la possibilité très
sujet. Puisqu'un en-soi différent du pour-nous est impen- réelle de toutes ces options. comme de bien d'autres. Corn-
sable, Fidéaliste le proclame impossible. ment peut-on dire alors que ce pouvoir-être-autre est un

Maintenant. la question est de savoir précisément à quelle absolu -

signe d"un sat-'oit et non d'une ignorance? Parce


condition Fagnostique corrélationiste peut réfuter non seu- que ïagnostique lui-même nous en a convaincu. En eiïet,
lement les deux thèses réalistes, mais la thèse idéaliste. Pour comment þÿFa¼ostique peut-il réfuter Vidéaliste '? En soute-
contrer cette dernière. þÿFa¼ostique n'a pas le choix: il lui nant que nous pouvons nous penser comme n'étant
plus
faut soutenir que mon pouvoir-être-tout-autre dans la mort -

en soutenant
que notre mortalité, notre anéantissement.
(ébloui par Dieu. anéanti) est tout aussi pensable que ma per- notre devenir-tout-autre en Dieu, que tout cela est effective-
duration à Fidentique. La «raison» en est que je me ment pensable. Mais comment ces états sont-ils concevables
pense
comme dépourvu de raison d`être et de demeurer tel comme des possibles `? Parle fait que nous pouvons penser.
que je
suis: et c`est la pensabilité de cette irraison de cette facti-
-

par le biais cle notre absence de raison d'être. un pouvoir-


cité -

qui implique que les trois options réalistes et idéa-


-

être-autre capable de nous abolir, ou de nous transformer


liste-

sont également possibles. Car même si


je ne puis me radicalement. Mais, en ce cas. ce poznfoir-être-aun? ne sau-
penser, par exemple. comme anéanti ,je ne puis penser aucune rait être pensé comme un corrélat de noms pensée.
puisque
cause qui interdise cette éventualité. Mon précisément il conriem la po.t.*:iE1íiité de notre propre non-
pouvoir-ne-pas-être
est donc pensable comme de êrre- Pour pouvoir me penser comme mortel à la façon de
pendant mon absence de raison

76 77
r'Î

I I I 'I APRÈS LA FINETLIIJI:-2 LE PRINIÎÎIPE Ul: hC`I'UALl

l`athée

I I
pouvant n`être plus. donc -_ je dois en effet repose de la
comme effet.
tion, pensabilité
-

en ne nouveau que sur

I
penser comme un possible tzbsoiu mon pouvoir-ne-pas-être: d`un pouvoir-être-auu'e qui doit être pensé comme absolu, et
car si je pense ce possible lui-même comme un corrélat de dès lors laisser ouvertes toutes les options. et non les clore au
I II I ma pensée. si je soutiens que mon possible non-être n`existe proñt d'une seule. comme le font les dogmatiques. Le corré-
que comme corrélé à Pacte de penser mon possible non- Iationiste fait en effet le contraire de ce qu`il dit: il dit qu`on
II" être, alors je ne peux plus penser mon possible non-être ce
qui est précisément la thèse de Fidéaliste. Car je ne me
-

peut penser qn'une option métaphysique est vraie. qui clôt


le possible. plutôt que l`option spéculative qui l'ouvre mais -

pense comme mortel qu`à penser que ma mort n`a pas il ne peut le dire qu`en pensant lui-même un possible ouvert.
I I_f besoin de ma pensee de la rnort pour être effective. Dans le dans lequel aucune option n`a plus de raison d`advenir
II I cas contraire, je ne pourrais
qu`a la condition
þÿn` ¬:tre-plus
d°être encore. pour me penser comme n'étant plus
qu'une autre. Ce possible ouvert ce tout est également
-
«

autant
-

possible» est un absolu qu`on ne peut désahsolutiser sans


-

dire que je pourrais bien agoniser indéfiniment. mais non de nouveau le penser comme absolu.

*viv
I i
*Î',II'
pas trépasser effectivement. Autrement dit, pour réfuter
Fidéalisme subjectif, je dois admettre que mon anéantisse-
Il vaut la
repose toute
peine de s`attarder
la demonstration
sur ce

présente.
point. car sur

Le corrélationiste
lui

III III;I¿ ment possible est pensable comme n`étant pas corrélé à la nous dit ceci: «Lorsque je dis que les options métaphy-
pensée de mon anéantissement. La réfutation de Fitiéaliste siques concernant l`en-soi -

disons M1 et M2 ,
sont égale-
-

par le corrélationiste en passe donc par Fabsolutisation (la ment possibles: "possible" désigne un possible d' igmirruzce.

I» I . décorrelation) du pouvoir-être-autre engagé dans la pensée


de la factieitéz ce possible est l'absoIu dont þÿl`e-ûectivitéest
Je veux dire par cette expression que ce possible renvoie
simplement au fait que j`ignore quelle est la bonne option:
.
þÿ :
þÿ.a'_
U.
pensable comme celle de l'en-soi lui-même, en son indiffé- M1 ou M2. Mais je ne veux pas dire que M1 ou M2 ne
I I rv

,LI rence à ÎÎEPLÎSÎCHCC de la


I
V
I
þÿ¼
:Ê: pensée indifférence qui lui confère
-

seraient pas en-soi nécessaires: la nécessité de l'une de ces


:II
.

È*
þÿ :

S"'ÊÎ I
précisément la puissance de me détruire.
Mais le corrélationiste objectera encore ceci: <<L'option
options est peut-être réelle, quoique insondable. L'option
I
t spéculative est une troisième option. qui consiste à dire que
1 '
spéculative n'est pas plus certaine que l`option réaliste ou M1 et M2 sont des possibilités réelles. pouvant donc adve-

I
idéaliste. En effet, il nous est impossible de donner une rai- nir l'une comme l'autre, et même l°une a la suite de l°autre.
son en faveur dePhypothèse de la possibilité réelle de toutes Mais je soutiens quant à moi que nous ignorons laquelle de
les options post mortemenvisageables. plutôt qu`en faveur de ces trois options 1 : nécessité de M1 2: nécessité de M2.
-

.1 la nécessité d'un état unique. identifiable à 1`une des


I hypo- 3: possibilité réelle de M1 et M2 -

est la vraie. J 'afñrme


thèses dogmatíques. Thèse spéculative et thèses métaphy- donc que nous avons affaire à trois possibles dïgnorance
siques sont donc également pensables, et nous ne pouvons (1, 2, 3). et non à deux possibles réels (Ml. þÿM2). : :
I les départager» Mais ã cela il faut répondre
qu`il y a au
contraire une raison précise à la supériorité de la thèse spé-
Voici alors la réponse du philosophe spéculatif: «Lorsque
vous pensez que trois options sont "possibles" comment -

culative, et que c'cst Fagnostique lui-même qui nous la four- accédez-vous à cette possibilité ? Conunent parvenez-vous ît

'*II,y_I_.
A

nit: ã savoir que l'agnostique ne peut rlésabsoltttiser le penser ce "possible cl`ignotance" qui laisse ouvertes vos trois
pam=oir-être-autre qtfà derechqf Fabsolutiser. Son objec- options? A la vérité, vous ne
parvenez ã penser ce possible
78 79

III
I II,
Il .l

il Il{ [ APRÈS LA FÎNTTUDE LE Pl-UNCII-'iz DE FACTUALITÉ


t, yi

il Il d'igr|orance
penser Iþÿ`al
que parce que vous parvenez þÿeûfecrivemem
:so1u¿té
à
de ce possible, son caractère non-co1ré1a-
tionznel. Comprenez-moi bien, nous touchons ici au point
fondamental: si vous þÿaûirmez
que le donné. que ce que je crois réellement possible n'est
peut-être pas réellement possible. Dès lors, vous êtes pris
dans une regression à Pinñni: chaque fois que vous préten-
drez que je nomme un possible réel n"est qu*un pos-
i, que votre scepticisme envers ce que
toute connaissance de Pabsolu repose sur un argument. et sible dïgnorance. vous le ferez à l`aide tl' un raisonnement
non sur une
simple croyance ou opinion alors vous devez -

qui ne tient- c`est-à-dire qui continue à disqualiñer l`idéa-


ill. admettre que le nerf d`un tcl argument est pensable. Or le
nerf de votre argumentation c"est que nous pouvons accéder
lisrne. qui est pour vous l°autre adversaire principal qu'à
penser comme un absolu le possible que vous prétcndc-z
-

l il
Ç'
*
au
pouvoir-ne-pas-être/pouvoir-être-autre de toute chose. y désabsolutiser. Autrement dit. je ne peux penser l'irraison
compris de nous-mêmes et du monde. Mais dire qu*on peut -

qui est Pégale et indifférente possibilité de toute chose -

penser cela, encore une fois. c'est dire qu'on peut penser comme relative seulement à la pensée: car ce n`est qu`à la
tassotuitts du possible de toute chose. Vous ne penser comme absolue que je puis désabsolutiser toute
pouvez diffé-
rencier l'en-soí et le pour-nous qu'à ce prix, puisque cette option dogmatique. þÿ : :

llïlllillil;
différence repose sur la pensabilité du possible être-autre de
Fabsolu par rapport au donné. Votre instrument général de Nous pouvons alors comprendre quelle est la faille intime
désabsolutisation ne fonctionne lui-même qu`à admettre que du cercle corrélationnel, par laquelle nous pouvons entamer
ce que le philosophe spéculatif considere comme étant Fab- sa défense: c`est que cet argument de la désabsolutisatíon.

'illilt'l' solu
est
est þÿeûècti1=emenr
þÿeûectivernent
pensé
pensable
pensé-

puisque. dans le cas contraire. il ne


.Fides de ne pas être un idéaliste
comme un

par
vous
vous

suizÿecrä
-
absolu. Mieux:
comme
serait jamais
ou un
absolu,
venu

idéaliste
à
d'apparence imparable, nefonclíomxe qu'á absafmiser impli-
citement htm* de ses deus' décisiofts. Soit. en effet. je choi-
sis contre liidéalisme de desabsolutiser le corré-lat: mais
- -

c'est au prix de Fabsolutisation de la facticité. Soit je choi-


spéculatif. Llidée même de la différence entre 1'en-soi et le sis. contre1`option spéculative, de désabsolutiser la facti-

lv pour-nous n'aurait jamais germé en vous. si vous u`aviez


éprouvé la puissance peut-être la plus étonnante de la pensée
humaine: être capable d*accéder ã son possible non-être se
savoir mortel. Votre expérience de
-
Cité. Je la souruets alors au prirnat du corrélat (tout pensé
doit être corrélé à un acte de pensée) en þÿafûrmant
facticité n"est vraie que pour moi, et non
que cette
nécessairement en

pensée tire ainsi sa force soi. Mais c'est prix de labsolutisation idéaliste de la cor-
au
redoutable de la vérité profonde qui s`y trouve impliquée: rélation: car mon pouvoir-ne-pas-être devient impensable

il
vous avez «touché rien de moins qu`un absolu. le seul véri-
þÿ : : ds lors que celui-ci est supposé n'être que le corrélat d"tm
table, et à l'aide de celui-ci, vous avez détruit tous les faux acte de pensée. Lc corrélatíonisme ne peut donc désabsolu-
absolus de la métaphysique qu`iLs soient ceux du réalisme
-

tíser à la fois deux principes. puisqu'il a besoin à chaque


ses
ou de Fidéalisme. fois d'en absolutiser un pour désabsolutiser l'autre. Nous
«Vous pouvez donc bien distinguer le possible d'igno- disposons donc bien de deux voies pour échapper ã Fem-
rance du possible absolu. Reste que cette distinction prise du cercle: Fabsolutisation du corrélat. ou celle de la

lil.
repo-
sera toujours sur le même facticité. Mais nous avons. par ailleurs. þÿdisqualíûé
argument: c'est parce qu`on peut l`option
penser qu'í1 est absolument possible que 1'en-soi soit autre métaphysique par la récusation de la preuve ontologique:

.lil

I
ilI» il H
1
SD 81

«IM _l
A PRLS LA FINITUDE
LE PRINCIPE DE FACTUALETÉ
nous n saurions donc emprunter la voie.
-| D"
I I idéapslà Cnam? du Bien. qu`au aristotelícien. Par principe anhypo-
sens
prisonniere de la necessite reelle
¢ ,
..
_ _

'
'
1
qui veut qu'ui1 étant þÿdéSf. thétique, Aristote entendait une proposition première. non
mme , OU .,_

lype d etant fl" UH .

déterminé. doive absolutnem déductible d'une autre. et dont il existe pourtant une démons-
(Eåpm þÿV°10ûfé
Être '

actieite en vérifiant
VIB) Reste à emprunter la voie de lu
1
4

que son absolutisation ne reconduit


J
5
.
Q .

t1'ation'. Cette démonstration. qu'on peut dire «indirecte»


`
` ou þÿ<<téfututive : consiste
:. non ãi déduire. comme dans une
pas quant ti elle a une these
0
'

dogmatique. .

démonstration þÿ<<ditecte : le
:. principe d`une autre proposi-
Jt*:|:
tion -

auquel cas il nc serait plus un principe -, mais ã


dévoiler Finconsistanee nécessaire de celui qui conteste-rait
semble bien que nous touehions la vérité du principe. On démontre le principe sans le
fai
.
'

L1
du cercle
e au sein
au but:

qui nous permette de le


,
dégager une
tmnspereer
I

3 ~1

^
5
'
déduire. en démontrant que celui qui le conteste ne peut le
contester qu'à le presupposer comme vrai. donc qu°à se
jusqu a un absolu Taclions donc de
prégiäm-
×

le Sens C1-um.
.

telle absolunsution de la .
`

_
'
. réfuter lui-même. Cest de cette façon qu'Aristote peut voit
factieité. Nous avons dit que 1'313
I

solu recherche ne des tut


1 .
en la non-contradiction un tel principe démontrable de façon
Q- A

de la preuxe
pas êm; un absolu
-. .
,
1 dügmatiqucî réfntative. puisque la contester suppose. pour dire quelque
þÿlâlllîgaipmite
r

ab
nous a contigúnm,
_

m¢Î3PhY51qU¢5 y Compris les mötapliysiqueg sub-


que .- .

ontologique chose de sense. de la respecterã ll y a pounant une diffé-


.

renceessentielle entre le principe d`in'aison et le principe de


Jecnvlstcs du þÿCûfféldf
._
'

þÿPûfûûûc devaient être récusées et .


-

non-contradiction: à savoir qu`Aristote démontre seule-


avec celles ci toute
i A.

'|'
fl þÿÔïûûî
proposition du type: tel étant our e .
,
tel ment, par la voie réfutative, que nul ne peut penser une
absolu devriijit
_

þÿdûîömnncdoit absolument être. Un 3


1 _

^ J -
.. .
_
contradiction: mais il ne démontre pas pour autant que la
QUI ne soit pas un étant absolu. Or, des: très
þÿÊgãcëûnïgïtûc
1

contradiction est impossible absolument. Le corrélationiste


nous souteiiiliiiî mtiïå
P
1

Obfnonicn
ne abãolumîam la þÿfacûcitéí
necessaire
.
'
,- du modèle fort peut donc opposer la fucticité de ce principe

est est
Clu þÿûqu
quunvétant déter_
.

mme Buste mms


-
þÿ. :
_. _
,_
.
à son absolutisation: il reconnaîtra ne pas pouvoir penser la
absolument necessaire que tout
,

éum Puisse ne
contradiction. mais ne reconnaîtra pas que c'est là une
Pas exister La these est .
bien spéculative on
preuve de son impossibilité absolue. Car il soutiendra que
-

absolu
^

Pense
J
un .

sans etre
metaphysique _

on ne
pense ,im rien ne démontre que le possible en soi ne diffère pas toto
étant) qui son* absolu L`absolu
þÿ(zaucpn
a so ue
I
d
Q

un

etant nécessaire Nous ne


_ soutenons plus une
,
_
_

-
est
l'impo55ibj]j[.§ caelo du pensable pour nous. Le principe de non~contradic-
tion est donc anhypothétique quant au pensable. mais non
*mute du
_

PHHUPE de raison toute chose a une


raison _

possible.
I

nécessaire d 1
,^

etre ainsi
'

__' A
quant au
plutot qu`autretnent -, mais bien
".

tot la verité absolue d


un pi mr
_.
;1
plu- .
7.
_,
_

_.
Le principe cïirraison, en revanche. est un principe qui se
:A
:pe a"irrais0rz- Rien n`a '

de rai- révèle non seulement anhypnrhétique mais aussi bien


son d etre et de demeurer tel
' est. tout doit sans raison qu'il absolu: car. comme on l'a vu. on ne en contester la
Püuvou' ne pas etre et/ou pour oir être autre
A

peut
Or il s '.agit bien la d un
I

que ce qu 'il est `


`

1 . valeur absolue sans en présupposer la vérité absolue- Le


dire.
.
,

, pi et
-
mt-que, même. peut-on
C1 1111
Il J I

pnnttpe terme _ aizlnpazizeiiqire F


's non tant au sens
que Plgtm-I
donnait .

a ce
,.
1. Sur cet emploi du terme þÿ«<firihy'puthéliqut: : Méîupírysfqzte.
:: G. 3. lüO5b-15.
lorsqu il qualifiait de la sorte Fldée 2. Sur cette þÿÖålllûûãüïlliûll.
Cf. þÿMêtrtpiûïsique. G. 4.

83
APRÈS LA FIN ITUDE
LE PRINCIPE DE FACTUALITÉ
sceptique ne peut constituer l'idóe même d`une dilïérence
entre un en-soi et un
pour-nous qu`en soumettant le pour- Cette contingence, il faut pourtant la þÿdiûérencier
de ce
nous à une absence de raison d`être qui
présuppose l'abso- que nous avons nommé de ce même nom.
luite de celle-ci. C`est
parce que nous pouvons penser la lorsque
DQUS Paf'
maténcls' le
lions de la contingence þÿemPÎ1`ï<l11 des
¬
possibilité absolue pour 1"en-soi d`être autre
que le pour-
Qblcïs
facticité est bien identifiable àla en ce
nous. que l'argument corrélationiste
peut avoir une efficace. contingence sens
Dès lors. Fanhypothéticité du qu'elle doit être pensee comme un savon' posmf du ])011'011'-
principe d`i1-raison concerne être-autre/pouvoir-ne-pas-être de toute chose et non
aussi bien Pen-soi que le
pour-nous: contester ce principe. Î pas
c'est le présupposer: en contester pensée comme un possible þÿdûgnorance.Mais la coåtttp-
Tabsoluitá. c'est bien la
présupposer. gence absolue diffère de la contingence þÿeûîplûqueB 3
Ce point se comprendra aisément si l`on rapporte le pon-
façon suivante: la contingence þÿemplnqtlû
î 'ïlU_0}Î1 noffïflera
voir-être-autre-sans-raison à l'idée d'un uniquement, désormais, du terme de precartfe' FÎCSIEHC -

temps. capable
d`abolir comme de faire généralement une destructibilité vouee à s' accomplir tôt O11
émerger toute chose. Un tel temps, tard. Ce livre, ce fruit. cet homme.
en effet, ne
peut être lui-même pensé comme
susceptible
cetastre sont
voues Iöî
ou tard à disparaître, si les lois et
d'émerger ou de s'abolir sinon dans un-

temps. c'est-à-dire été


phvslqtleä 0Iga1_ï]1fl1Èe§
en lui-même.
Argument en apparence banal, certes : le temps
demeurent ce qu'elles ont
jusqu'a_presettï- LH P1'=`=Ca1'1È°
non-être qui dort a terme devenir
ne peut être
pensé comme s`abo1issant que dans le désigne donc un
possible
donc il ne peut être temps, effectif. La contingence absolue ce
-

Seul* donc'
pensé que comme éternel. Mais on ne QU? fm
nommera desormais þÿ«contína¢U°e"
fiéslglle þÿ¢°mmÎS
'

remarque pas assez qu`un tel argument banal ne fonctionne


un pur possible' un possible qui
fm
qu'à supposer un temps lui-même non banal: un
temps
peut-etre ne S
þÿûCC0I§1P1lIa
capable de détruire sans loi mure loi physique, et jamais. En effet, nous ne pouvons pas pretendre savo1r_q11C
pas non
notre monde. quoique contingent.
seulement de détruire toute chose selon
des lois. Car un s'effondrera effective-
ment un jour. Nous savons. d`epTëS le P""C*lPe
temps détermine par des lois fixes qui le
régissent peut, quant d1ffa1S9"~
à lui. très bien être
pensé comme susceptible de s'abolir en que cela est réellement possible. et que cela peüî þÿ5Plïfdulïe
¬

raison aucune: mais nous savons


autre chose
que lui-même c'est-à-dire de s`abolir dans un
-
sans

Afñrmer contraire
aussi
doit
bien
que_ne11 115
temps gouverné par d°autres lois. Seul le Fimpose. au que tout
necessatrement
temps capable de
détruire toute réalité déterminée. sans
obéir à
pen; serait une propcsitivn @Ht-'Off þÿmëfûP1} :'S1fl"J°-Certes'
aucune loi
cette thèse de la précarité de toute
déterminée -

seul le temps capable sans raison ni loi de chosen þÿaû`mne1'§ûîP1"§


détruire les mondes comme les choses _, qu'un étant déterminé est nécessaire. 111318 e1.le!C0nt11'tll81'i`11î
peut être pensé à soutenir qu'une situation déterminée
comme un absolu. Seule Pirraison
est pensable comme éter- est necesstnre Ça
destruction de ceci ou de cela). Or, continuer
nelle. car seule Firraison est
pensable comme anhypothétique c'est_1a oben a

et absolue. Un peut donc dire à Finjonctíon du de


principe raison. 11
þÿlûfluûllc Y
a
qu`il est possible de démontrer raison nécessaire pour
I absolue nécessité de la
non-nécessité de toute chose. Autre-
une qu`il en soit ainsi
Çla destructiän
ment dit: on peut établir
par voie de démonstration indi-
-
à terme de X) plutôt qu"autrement_(laperduratton sans þÿûoc
x). Mais ne saisit pas en quoi une
recte la nécessité absolue de la
-

contingence de toute chose. être donnée


on
telle raison þÿlîûllïfûlî
comme une necessite 1
qui imposerait 0pIIl0I1
84
85
APRÈS LA FlNlTUDE LE PRINCIPE DE F.-CTUALITÉ

destructrice contre l`option préservatrice. S'extraire pleine- désormais où se situe l'étroit passage par lequel la pensée
ment du principe de raison exige donc de soutenir à sortir d'ellc-meme: c`est par la facticité. et par
que la des- parvient
truction et lapréservation pérennes d*un étant déterminé elle seule. que nous pouvons nous frayer un chemin vers
doivent pouvoir sans raison se produire l'une comme l`autre. l`absolu.
La contingence est telle que tout Mais lors même qu`ori nous accorderait d*avoir ainsi
peut se produire, même que
rien ne se produise. et que ce qui est demeure ce qu`il est. fendu le cercle, il semblerait que cette victoire sur le corré-
li devient alors possible d`envisager une critique spécula- lationisme se soit faite au prix de telles pertes, de telles
tive du corrélationisme: car il devient possible dc montrer concessions à celui-ci, qu*il s`agit en vérité d'une victoire à
que celui-ci est complice la croyance ñdéistc dans le Tout-
de la Pyirhus. Car le seul absolu que nous soyons parvenu à
Autre. par þÿûdélité
en vérité rrmintemtc au
principe de raison. sauver dans faffrontement paraît être le contraire même de

Eneffet. le modèle fort de la corrélation légitime le discours ce que llon entend usuellement par ce terme. tandis qu`on

religieux en général. parce qu`il ne délégitime pas la possi- espère fonder sur lui une connaissance précise. Cet absolu,
bilité qu`il existe une raison cachée, un dessein insondable à en effet. n`est rien tl' autre qu"une forme extrême de chaos.
Porigine de notre monde. La raison est devenue impensable. un h_)per-Chaos. auquel nen n'est. ou ne paraît être. impos-
mais elle a été maintenue comme impensable, suffisamment sible, pas même Fimpensable. Dès lors. cet absolu est au
pour justifier la valeur de son éventuelle révélation transcen- plus loin de Tabsolutisation recherchée: celle permettant ã
dante. Cette croyance en la Raison ultime dévoile la véritable la science mathmatisée de décrire l'en-soi. Nous avions dit
nature du corrélationisme fort: celui-ci n'est
pas un abandon que Vabsolutisation des mathématiques devrait prendre la
du principe de raison, mais le forme de son modèle canésien: trouver un absolu premier
plaidoyer pour une croyance
devenue irraisonnée en ce même principe. La (Panalogue de Dieu). dont serait dérivable un absolu
spéculation
consiste au contraire à accentuer Fexlraction de la pensée en second. c*est-à-dire un absolu mathématique (Fanalogue de
dehors du principe de raison, jusqu'à lui conférer une forme la substance etendue). Nous avons bien un absolu premier
princípielle, la seule qui nous permette de saisir qu`il n'3f a (le Chaos), mais celui-ci. au contraire du Dieu vérace, paraît
absolument pas de Raison ultime -

ni pensable ni impen- incapable de garantir Pabsoluité du discours de la science


sable. Il n'y a rien en deçà ou au-dela de la manifeste la des-
gra- -puisque, loin de garantir un ordre. il ne garantit que
tuite du donné rien. sinon la puissance sans limite et sans
-

truction possible de tout ordre.


loi de sa destruction. de son
émergence. de sa préservation. Si nous regardons au travers de la fente ainsi ouverte sur
l`absolu. nous y découvrons une puissance plutôt menaçante
=i=** -

quelque chose de sourd. capable de détruire les choses


comme les mondes ; capable tïengendrer des monstres d'i1lo-
Nous pouvons maintenant considérer que nous sommes gisme; capable aussi bien de ne jamais passer à Pacte; capable
passés au travers du cercle correlationnel du moins que
-

certes de produire tous les rêves, mais aussi tous les cauche-
nous avons perce une issue dans la muraille de
érigée par celui- mars; capable changements frcnétiques et sans ordre, ou.
ci, qui séparait la pensée du Grand Dehors de Fétemel en-
-
à Finverse. capable cle produire un univers immobile jus-
soi. indifférent pour être, d'être pensé ou non. Nous savons qtfen ses moindres recoins. Comme une nuée porteuse des
86 S7

,_
l .
il 4

APRÈS LA FIINTTUDE. ` LE PRINCIPE DE l~AC`I`UALl'l`É

plus féroces orages. des plus étranges éclaircies. pour l`heure que nous le
savons. Ce qui était tenu pour un non-savoir

d'un calme inquiétant. Une Toute-Puissance égale à celle du -

possible est tenu pour un savoir. mais dont le


tout est -

Dieu carrésien, pouvant toute chose. même Pinconcevable. contenu paraît tout aussi indéterminé que la plus parfaite des
Mais une Toute-Puissance non-normée, aveugle. extraite des ignorances.
autres perfections divines.
et devenue autonome. Une puis- Pourtant. à y regarder de plus près, nous pouvons déceler
sance sans bonté ni sagesse. inapte a garantir à la pensée la une différence de contenu précise. et précieuse. entre ces

véracité de ses idées distinctes. C'est bien quelque chose deux énoncés. Si Pénoncé colrélationnel était un pur aveu

comme un Temps. mais un


Temps impensable par la phy- dïgnorance. c`est que rien véritablement rien ne pouvait
- -

sique -puisque capable de détruire sans cause ni rmon toute être exclu par lui concernant la nature de 1'absolu. Celui-ci
loi physique comme par la
-

métaphysique puisque capable


-

pouvait être, selon cet énoncé. tout à fait nimporte quoi. Or


de détruire tout étant déterminé. fût-il un dieu, fût-il Dieu. tel n'est plus le cas de la facticité considérée comme un

Ce n'est pas un temps héraclitéen. car il n"est absolu. Nous savons en effet deux choses quïgnorait le scep-
pas la loi éter-
nelle du devenir, mais 1`éternel devenir tique: la première. c`est que la contingence est nécessaire.
possible. et sans loi.
de toute loi. C'cst un Temps de détruire jusqu'au donc éternelle: la seconde, c'est que la contingence est seule
capable
devenir lui-même en faisant advenir. peut-être pour à être nécessaire. (Jr, de cette nécessité absolue de la seule
toujours,
le Fixe, le Statique. et le Mort. contingence, nous pouvons inférer ime impossibilité tout
Comment fonder le discours de la science sur un tel aussi absolue. ll v a en effet quelque chose que notre savoir
désastre '? Comment le Chaos pourrait-il légitimer la connais- principiel garantit
nous étant absolument impossible,
comme
sance de Fancestral ? même pour la toute-puissance du Chaos: ce quelque chose.
que le Chaos jamais ne pourra produire, c'esr un étant néces-
Pour aborder ce problème du passage de l`absolu premier saire. Tout peut se produire, tout peut avoir eu lieu sauf -

(chaotique), à Lui absolu dérivé (mathématique), nous devons quelque chose de nécessaire. Car c'est la contingence de
examiner de plus près la transformation
que nous avons l'étant qui est nécessaire, non l'éta11t. Or. c'est là une dif-
imposée à la notion de facticité. en découvrant en celle-ci un férence décisive entre le principe d'it:raison et la facticité
corrélatlonnelle: nous savons désormais qu'un énoncé méta-
principe. et« non une ignorance du principe. Tandis que la pro-
position: tout est possible. même Pimpensable þÿ : :était une physique ne peut jamais être vrai. Certes. on peut envisager
proposition corrélationnelle, nous avions affaire à un pos- Pémergence au sein du Chaos d` un étant qui de fait Serait
sible d`ignorance. Le sceptique voulait donc dire iudiscernable d'un étant nécessaire: un étant sempiternel, qui
par cette
proposition que toutes les thèses sur Pen-soi pouvaient en durerait encore et encore, à la façon d'un étant nécessaire.
droit être vraies. sans qu°on puisse Mais cet étant ne serait pas nécessaire: on ne pourrait dire
jamais savoir laquelle. Il
semble qu`en soutenant l`absoluité du Chaos nous de lui qu°il durera effectivement toujours seulement qu'i1
n`ayons
-

rien gagné dans la connaissance de l`en-soi n'a de fait,jusqu`à présent. jamais cessé de durer. Que] gain
par rapport à la
position du sceptique: au lieu de dire que l'en-soi peut en théorique pouvons-nous alors espérer de telles propositions:
vérité être n'importe quoi, sans que l`on sache seule est nécessaire la non-nécessité. et rien ne peut exister
quoi nous
-

disons que l'en-soi peut effectivement être qui nc peut qu`eXister'?


n°importe quoi, et
B8 89

.Hill
APRÈS LA FINITUDE LE PRlNClPl-¿ DE FAC`l`|JALI`l`É

Ces propositions sont cruciales, parce qu*ellcs instruisent décrit, «objective þÿ : :le possible du modèle fort. puisqu 'on 1'a
le principe même cfune amolimirarion, d'une þÿautozzormaiû supposé capable cle produire Pimpensable.
sation de la faure-puissance du Chaos. Nous ne l'1llog1que._le
pouvons, en contradictoire. Mais ne pourrait-on « restreindre þÿ : :cette P'-US'
effet. espérer développer un savoir absolu un savoir du sance du Chaos. en sorte d`en faire l'objectivation du pos-
-

Chaos, qui ne se contenterait pas de répéter que tout est pos- sible cette fois du modèle faible du modèle kantien? Ne
-

sible -

qu*à la condition de produire à son sujet d`autres pourrait-on établir lc Chaos, demeurer
propositions nécessaires que celle de sa seule toute-puis-
que pour ne
Chaos.
sance. Mais cela implique de découvrir des normes. des lois
peut en produire Pimpensable? Plus precisement,
vérité
nous posons la question de savoir si la nécessite de la
auxquelles le Chaos devrait lui-même se soumettre. Or, rien I
I contingence n`imposerait pas la vérité absolue des deux
n"est au~dessus de la puissance du Chaos
qui pourrait le énoncés formulés par Kant à propos de la chose en soi. et
contraindre à se plier à une norme. Si le Chaos se soumet à
qui en assurent la pensabilitéz
une contrainte. ce ne peut donc être qu'une contrainte
_

qui 1. la chose en soi non-contradictoire:


est
provient de sa nature même de
Chaos de sa propre toute-
-

2. il y a une chose en soi.


puissance. Or, la seule nécessité du Chaos, c'est
qu'il
demeure le Chaos donc que rien n'existe qui puisse lui
-

Or. allons voir que ces deux énoncés sur l'en-soi


nous
résister: que ce qui est demeure
toujours contingent, que ce que Kant admet simplement. sans plus les peu- þÿJusttûer
-
-

qui est ne soit jamais nécessaire. Mais et nous sommes là


-

vent en ciïet être démomrés comme absolument vrais par le


au þÿcSur de Paifaire nous sommes convaincus
-

ainsi
qu'être principe rfirraison. Voyons comment.
contingent, être ainsi non-nécessaire
impose en vérité a
Féfarn' de ne pas être rfimporte quoi. C'est-à-dite =l¢á==l=
que Pétant,
pour demeurer contingent, pour ne pas devenir nécessaire.
doit obéir à des conditions
non-quelconques qui deviennent Nous sommes en possession de deux énoncés ontolo-
alors elles-mêmes autant de absolues de ce
propriétés qui giques concernant l'irraison:
est. Nous saisissons alors en
quoi pourrait consister un dis- l. un étant nécessaire est impossible;
cours rationnel sur l'i1raison une iuaison qui ne soit
-

pas 2. la contingence de l`étant est nécessaire.


déraison: ce serait un discours visant à établir les contraintes
auxquelles l`étant doit se plier pour
pouvoir-ne-pas-êtreet Ces deux énoncés sont sans doute mais
pour pouvoir-être-autre. équivalents.
deux formulations vont nous permettre d'cn micier la vente
leur
Quelles sont ces conditions, et par quelle voie peut-on les des deux énoncés de Kant sur l*en-soi.
obtenir?

1. Voici la première thèse: un étant contradictoire est


Nous avons distingué
deux modèles du cotrélationisme: absolument impossible. parce qu'un étant, s'i:' était COIIITG-
le modèle faible kantien qui soutenait la pensabilité de
-
-

dictoire, serait nécessaire. Or, un étant nécessaire est abso-


l`en-soi; et le modèle fort. qui contestait jusqu'à cette pen- lument impossible. donc la contradiction Fest aussi
sabilité. Le Chaos, tel que nous l'avons bien.
jusqu'à présent Comme il y a toutes les chances que le lecteur constdèm un
90 91

.
APRÈS LA FINITUDE LE PRINCIPE DE FACTIJALITÉ

tel argument comme dénué de le mieux est de


sens. commen- donc, certes. à ce principe dans notre raisonnement: mais ce
cer par examiner les
principales raisons de son refus probable raisonnement n'est pas circulaire, puisqu'i1 part de la seule
d'une telle inférence. On va commencer. en particulier. par
irnpensabilité de la contradiction (qu`on admet) pour conclure
exposer les objections qu`on pourrait avancer à Fidée même à Fimpossibilité de celle-ci ce qui est une thèse diiïérente.
-

d`une démonstration portant sur la non-contradiction. avant Notre raisonnement ne serait circulaire que si nous admettions
d`entrer dans la logique interne de la preuve. en son sein l'impzJ.r.t*ibitiré de la contradiction. Mais ce n'est

pas Fimpossibilité absolue de la contradiction qui permet à


a) On dira tout d'abord qu`on ne peut général rien dire
en la preuve de fonctionner: c`est l'impossibi.Lité absolue dela
d'un étant contradictoire. puisque celui-ci n`est rien. De ce nécessité. établie par ailleurs dans le principe anhypothétique
qui rfest. rien. en eiïet. rien ne peut êue soutenu. d'irraison. Cfest parce que l`étant ne peut être nécessaire et
-

Mais dire cela. c`est prendre pour acquis ce qu'il s`agit non parce que Fétant devrait être logiquement consistant -

précisement d'établir. Car comment sait-on qu'un étant que l`on conclut à Finipossibilité de la contradiction.
contradictoire n`est rien '? Une contradiction réelle est certes
c) Mais on objectera alors ceci: le raisonnement est bien
impensable: mais la question est de savoir ce qui nous per- circulaire. car il
présuppose pour fonctionner ce qui est à
met d'inférer de cette
impensabilité une impossibilité abso- démontrer: à savoir Fimpossibilité absolue (et non la seule
lue. ll est donc vain diobjecter à Fargument
qu'on ne peut impensabilité) de la contradiction. En effet. si l°on n'adn1et
rien dire de la contradiction parce que le contradictoire n'est
pas la valeur absolue de la contradiction, pourquoi. en ce
rien: car on soutient bien par la quelque chose de Fétant
cas, inférer de la contradiction la seule nécessité de 1'étant
contradictoire à savoir, précisément. qu'il n`est absolu-
-

et nonpas aussi bien sa contingence? C'est bien parce


-

ment rien -. mais on le soutient sans le


justifier, au contraire qu`il nous paraît contradictoire de soutenir qu'un étant
de Pargument que l`on est supposé critiquer. puisse être ii la fois nécessaire et contingent que nous infé-
b) On dira ensuite qu'un tel raisonnement commet néces- rons de l'être-contradictoire une proposition déterminée:
sairement une pétition de principe. En effet. la non-contra-
l'être-nécessaire. et non sa contradictoire: l'être-contingent.
diction est présupposée par toute argumentation rationnelle. Mais pourquoi le Chaos. puisqu'il est pose comme capable
Le fait même de prétendre démontrer la vérité de la non- de Fimpensable, ne rendrait-il pas vraie la proposition: «ce
contradiction est donc contradictoire, puisque l`on admet
qui est necessaire est contingent þÿ : ?: Le refuser, c'cst déjà
par le raisonnement même ce qui est à établir. admettre ce que l`on prétend fonder: la valeur absolue de la
C'est une objection qui méconnaît de nouveau ce que l`on non-contradiction.
cherche à établir. On ne conteste pas. en effet. que la contra» Cette objection est la plus sérieuse. Pour la contrer, il
diction soit la norme minimale de toute argumentation. Mais nous faut pénétrer la logique interne dela preuve.
ce principe ne peut par lui-même nous garantir son impossi-
bilité absolue: il ne prononce que la nonne du
pensable. non On fait volontiers des penseurs du pur devenir de toute
du possible. On l'a vu à de la non-contradiction chez
propos chose des penseurs qui auraient soutenu la réalité de la
celui-ci parvenait à établir la nécessité de ce
Airistotez prin- contradiction. On interprète alors l'idée de contradiction
cipe pour la pensee. mais non pour l'en-soi. Nous obéissons réelle COIIJDIE l°idée d`un flux en lequel toute Chose ne ces-

92 93
APRÈS LA Fmrrune LE PRINCIPE ne 1-'ACTua1-|TE

serait de devenir autre qu'c-lle est, où l'être ne cesserait de déjà. C`est Fidée même de détermination d'être tel ou tel.
-

passer dans le non-être. et le non-être de passer dans l`être. ceci plutôt que cela qui irnploserait par Fintroduction dans
-

Mais il nous paraît profondément inexact d`associer la thèse l`être de l'étant contradictoire. Un tel étant serait un << trou
de la contradiction réelle àla thèse du flux souverain. L'uni- noir des différences þÿ : ::toute altérité s`y abîmerait irrémédia-
versel devenir de toute chose. nous en avons déja exposé blement, puisque l'être-autre de cette créature, par le fait
notre interprétation: un Chaos si chaotique que même le même d'être autre que celle-ci, se devrait de ne pas être autre
devenir peut y náue et périr. Or. la seule chose qui. dans un que celle-ci. La contradiction réelle ne s`identiñe donc en
tel Chaos, ne pourrait naître ni périr, la seule chose qui serait rien à la thèse d`un devenir universel: car dans le devenir.
exemptée de tout devenir. conune de toute modification, le les choses sont ceci, puis autres que eeci -les choses sont.
pur Immuable sur lequel se briserait même la toute-puis- puis ne sont plus. ll ne s'y trouve donc aucune contradiction,
sance de la contingence, ce serait bien l'Etant contradic-
puisque l'étant n`est jamais en même temps ceci et son
toire. Et cela pour une raison précise: c`est qu`un tel être ne contraire. existantet non existant. L"étant réellement illo-

pourrait devenir autre qu`il est parce qu'il líitfllllïlfl aucune gique bien plutôt la destruction systematique des condi-
est
altérité en laquelle devenir. tions minimales de tout devenir: la suppression de la
Supposons, en effet, que Fetant contradictoire existe: que dimension d'a1tér-ité nécessaire déploiement d'un proces-
au

pourrait-il bien lui arriver? Pourrait-il passer dans le non- sus quelconque sa résorption dans l`être informe qui ne
-

être 'l Mais il contradictoire: s'il lui arrivait de n`être pas,


est
peut qu'être toujours-déjà ce qu`il n'est pas. Ce n`est donc
il continuerait d'êt:re en tant même qu`il n`est pas, puisqu`il pas un hasard si le plus grand penseur de la contradiction à
-

se confonnerait de la sorte à son « essence þÿ : :


paradoxale. Car savoir Hegel fut un penseur non du devenir souverain, mais
-

il rendrait vraie la proposition: «ce qui est n*est pas, et ce au contraire de l'identité absolue, de Fidentité de Fidentité et
qui n`est pas þÿest. :Dira-t-on
: qu`en ce cas on ne peut pas de la différence. Car ce que Hegel avait puissamment perçu,
plus dire qu"il est que dire qu'il n'est pas? Mais certes non: c`cst l°Étant nécessaire par excellence ne pouvait être
que
on a supposé que cet étant contradictoire existait. Par hypo- que Fbtant qui n`aurait rien cl`cJttérieur à lui qui ne serait
-

thèse, cet être existe donc. On se contente alors d'exan1iner limité par aucune altérité. L'Etant suprême ne pouvait donc
de quellefaçon un étant contradictoire peut exister. Or. nous être que celui qui demeurait en lui-même. lors même qu`il
voyons qu'il appattiendrait a cet étant de continuer à être passait dans son autre: l'Etant qui contenait en lui-même la
lors même qu`il lui arriverait de ne pas être. Donc, si cet contradiction comme un montent de son développement
étant existait, il serait impossible qu*il cesse tout bonnement -

l*Étant qui rendait vraie la contradiction suprême de


þÿd`e :tister:
impavide, il ineo orerait bien plutôt à son être le ne devenir en rien, lors même qu`il devenait autre. Être
fait de ne pas exister. Cet tant serait donc -
comme être suprême, reposant éternellement en lui-même. parce que
réellemem* contradictoire ÿdlfftllîúmëlll éternel.
absorbant en son identité supérie ure la différence comme le
-

Mais cet étant serait aussi bien incapable de connütre un devenir. Etre supérieurement éternel, parce que aussi bien
devenir effectif, quel qu'iI soit: il ne pourrait devenir autre. temporel qu`êternel, aussi bien processuel quïrmnuable.
en eiïet,
puisque cet autre. il ne peut que l'êt1'e. Car ce que cet Et l`on peut alors saisir en quoi la précédente objection ne
être n`est pas, etant contradictoire. il l'est aussi bien toujours- tient pas. Celle-ci consistait à soutenir qu"en concluant de

94 95

1 l
l
P
APRÈS LA FLNITUDE
LE PRINCIPE DE F.-(Î'l`UALl'l'É

1'être-contradictoire à l*être-nécessaire on présupposait la d°irraison nous enseigne que c'est parce que le principe de
non-contradiction. puisque autrement on aurait aussi bien pu absoittmem
raison est faux que le principe de nameomradic-
conclure à la contingence. Mais d`un étant contradictoire. tian est absalzmzent vrai.
on peut certes dire qu'il est à la fois nécessaire et non-néces-
saire: de cette façon. on continue en vérité à le dire de la
plus 2. Passons àla seconde-question: il s'agit cette fois de
haute nécessité. puisqu`on continue à annuler toute dimen- démontrer la thèse suivant laquelle il y aurait effectivement
sion d'altérité qui serait susceptible de Falïecter d'un chan- une chose en-soi une sphère de l`en-soi. et non seulement
-

gement. Un peut tout dire de cet étant. resteque. de la sorte. une sphère phénoménale du pour-nous (ce qu`on nommera
on ne fait n'importc quoi : car on irzdlÿférencíe toute
pas Cela revient, au fond. à traiter la ques-
la thèse du << il y a þÿ : :).
chose. on détruit
toute possibilité de penser un être-autre de leibnizienne:
tion pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas
cet étant la seule possibilité de réintroduire de la différence.
-

tien ? Il s'agit en effet dïãtahlir qu'i1 est absolument néces-


donc un devenir pensable. étant de cesser de s'autoriser ainsi
saire qu'il y ait de l'en-soi. et donc que celui-ci ne peut
les énoncés contradictoires. s'abimer dans le néant, tandis qu*au contraire la sphère du
En conséquence. nous savons
par le principe d'itraison pour-nous est essentiellement périssable. puisque corrélative
pourquoi la non-contradiction est une vérité ontologique. et de Pexistence d*êtres pensants etlou vivants. H nous faut
absolue: c'est qu'íl est nécessaire que ce qui est soit déter- démontrer que toute chose ne retournerait pas au gouffre
miné de telle façon. en sorte de
pom-*air devenir. et d'être avec Fanéantissement du vivant -

que le monde en-soi sub-


alors déterminé de telle autre façon. ll faut
que ceci soit ceci, sisterait à l`abolitíon de tout rapport-au-monde.
et non *cela ou
n'importe quoi d*autre. pour que ceci puisse Mais il ne s"agit pas de poser et de resoudre
-
cette
-

devenir cela ou n'importe quoi d`autre. On


comprend ainsi question en
métaph},fsieien: c'est-à-dire en dévoilant l'exis-
que la ntm-contradiction. loin de désigner
on ne sait
quelle tence d'une cause première. d`un Etant suprême, supposé
essentialité þÿûxe.
a pour sans omolugique la nécessité de la être la raison du quelque chose en général. 11 s'agit plutôt de
contingence _
autrement dit la mute-puissance du Chaos. la résoudre en non-théologien (pas d`appel à une raison
ultime), mais aussi bien en þÿnon-ûdéiste.Nous cherchons en
Leïbniz fondé la rationalité métaphysique sur deux
a
prin- effet à récuser deux points de vue sur cette question: le
cipes de portée absolue: le principe de non-contradiction et le
point de vue métaphysique. qui la résout par Posage du
principe de raison': Hegel a saisi que la culmination absolue principe de raison et l`appel à une Raison suprême; et le
du principe de raison (la culmination dela
croyance en la point de vue ñdéiste, qui soutient ironiquement qu't-:lle n'a
nécessité de ce qui est) imposait la dévaluation du
principe aucun sens pour la philosophie. non pour l'abolir. mais en
de non-contradiction: le correlationisme fort.
wittgensteino- sorte de déléguer son traitement Et un discours autre que
heideggerien, a imposé la désabsolutisation conjointe du prin- rationnel. Selon nous, en effet. ce n'est pas Pathée, mais
cipe de raison et du principe de non-contradiction; le principe bien plutôt le croyant sous la forme contemporaine. scep-
-

qui est aujourdihui la sienne qui þÿafûnne


þÿtico-ûdéiste. -

que
l- V05-T par cttcmplcz Les
Principes de la philosapliíe- ou
Mrnuzdalagie. laquestion leibnizienne est dénuée de sens pour la raison.
op. vil.. 31-32. p. 89. Car le croyant est celui qui peut de la sorte lui conférer un

96 97

lai.
A PRÈS LA FI NITUDE LE PRINCIPE DE FACTUALITÉ

sens purement religieux. faisant de l`être la manifestation Cette dérivation du «il y zi» revient au fond à préciser le
d'un prodige, d`un ai-rachement miraculeux au néant- pro- sens de l'énoncé dont nous partons: la facticité est absolue.
dige qui. des lors qu`aucunc nécessité ne l`impose. être peut elle n*est pas elle-même un fait qui pourrait ne pas être
posé comme fragile. réversible. Le þÿûdéiste
est au fond celui þÿeûectif.Le sens du principe d'irraison. c'cst dc dire que la
qui s'érnervcille qu"il y ait quelque chose, parce qu`ii croit facticité n`est pas un fait de plus dans le monde: il n'y a pas
comprendre qu'il n`y a aucune raison à cela que l'étrc est-

et les faits. et la facticité des faits. comme fait supplémen-


un pur don. qui aurait pu ne pas avoir licu. taire s'ajoutant aux précédents. Car des faits, je peux douter
Deux positions sont donc à contrcr: celle de la pérennité. mais de la facticité. je ne le peux sans la
qui prétend
répondre rationnellenient à la question par un DieufPrin- reconduire aussitôt comme un absolu. On peut pourtant
cipc; celle qui prétend libérer la question de la raison au entendre cet énoncé non-factícité de la facticité de deux
- -

profit d`un Dieu/Tout-Autre. Autrement dit: nous devons façons, que l`on nomrnera Finterprétatiorz faible et Finter-
critiquer la résolution dogmatique de la question.con1me sa prétation forte du principe d`irraison.
dissolution ironique. dont le scepticisme théoriquea en
Uinterprétation faible du principe se formule ainsi: dire
vérité pour conséquence le maintien (dénié ou non) d`un que la contingence est nécessaire. c'est dire que si quelque
sens religieux, seul à même d'en célébrer la
profondeur. chose est. alors il doit être contingent. Uinterprétation forte,
Face à cette double possibilité d'accorder un sens élevé au en revanche. soutiendrait ceci: dire que la contingence est
problème un sens qui, dans les deux cas. conduit jusqtfau
-

nécessaire. c`est dire et que les choses doivent être contin-


divin -. la position spéculative en
irnposc le traitement pro- gcntcs, et qu"il doit y avoir des choses contingentes. L`in-
saïque. Lfenjeu est de dédramatiser une telle question de la -

terprétation faible þÿaûirmc que ce n'cst pas un fait, un fait de


rendre à sa juste importance.
qui n`est pas nulle. mais secon- plus. que les choses soient factuelles plutôt que pas; l'inter-
daire. La question doit donc être résolue.
puisque la prétendre prétation forte affirme que ce n*esr pas non plus un fail. tm
insoluble ou dénuée de sens revient encore à en fait de plus, qu`il y ait des choses factuelles plutôt que pas.
légitimer la
célébration: mais sa résolution ne doit pas nous hausser à Si Fon admet le principe d'irraison, on doit admettre au
Féminence d'une cause première seulement au moins þÿlûnterprétation faible: le sens minimal du principe,
rappel de
-

son éternelle absence. Il faut se


libérer de la question et -
c`est que si une chose est. alors elle doit être contingente. Si
s'en libérer c`est non seulement la résoudre, mais la sou- on refuse l`interprétarion faible. c'est qu'on refuse le prin-
mettre à une réponse qui doit être décevante, en sorte que son cipe diirraison. Puisque, par hypothèse. nous le tenons pour
enseignement le plus précieux soit cette déception même. La accordé. nous tenons pour accordée aussi bien Finterpréta-
seule attitude juste. en face d°un tcl
problème. revient ainsi à tion faible. Mais on pourrait très bien accorder le principe de
soutenir que peu de chose s'y joue. et
que le vibraro de l'ãme factualité sans accorder son interprétation forte: on pourrait
à son endroit.
sardonique ou profond, en Poccurrcnce. n`est dire: certes. si il y a un quelque chose. il doit être contingent.
pas de ruise. Un critère spéculatif de la juste solution doit être mais cela ne démontre en rien qu"il doive y avoir quelque
le sentiment de dógrisement avec
lequel un lecteur pourra la chose: les choses. si elles sont. doivent nécessairement être
comprendre. et sc dire: Ce n'était donc que cela.
«
. . » des faits; mais tien n°irnpose qu°il y ait des choses factuelles.
Tentons donc une solution þÿdéûationniste. Dès lors la question «pourquoi y a-t-ii quelque chose plutôt

98 99
APRÈS LA FINTTUDE LE PRINCIPE DE FACTUAIJTÉ

que ricn ?» prend pour nous la forme suivante: peut-on, contre j`admets en effet que la facticité de la facticité (la facticité

latbèse précédente qui s`en tient à Finterprétation faible, jus- d`ordre 2] est pensable comme un absolu. Dès lors. je suis
tzper une interprétation forte du principe dïrraison ? En þÿeûet. pris dans une régression ã þÿFinûni: si je dis que la facticité
siicette interprétation était accordée, on aurait établi qu*il doit d'ordre 2 est à son tour un fait. c`est que j`adrnetS que la fac-
necessairenient y avoir quelque chose. parce qu'il doit néces- ticité d`orclre 3 est un absolu, et ainsi de suite.
sairement y avoir
quelque chose de contingent. Autrement dit, l'acte de douter de la nécessité de la facti-
Pour tenter d`établir la légitimité de cité s°autoréfute. car il suppose comme acte de pensée une
Finterprétation forte.
commençons par supposer que Finterprétation faible soit absoluité de la facticité que l`on dénie dans le contenu de
seule valide. En ce cas. que devrions-nous soutenir au cette même pensee. La facticité n`est donc d'aucune façon
juste ?
Il nous faudrait clire que c'est fait,
un et non une nécessité. pensable à la façon d'un fait. d'un fait de plus dans le
qu`il y ait des choses factuelles. Donc, ceci même qu'il y a de monde: ce n`est pas un fait que les choses soient factuelles.
la faeticite devrait être dit un fait: car si rien ce n'est pas un fait qu`ii y ait des choses factuelles. La seule
n'éta.it. Lien ne
serait factuel. et il n'y aurait donc aucune facticité. Mais
interprétation cohérente du principe de factualité ne peut
comment puis-je soutenir cette thèse sinon en affirmant une done être que Finterprétation forte: ce n'est pas un fait.
Facticité de la facticité. une facticité de second ordre en mais une nécessité absolue. qu'il y ait des choses factuelles.
quelque sens '?l1 faudrait dire qu'il y a une facticité d'ordre 1. Voici pourtant une nouvelle objection. que l'on fonnulera.
qui serait la facticité des choses. et qui ferait que toute chose encore une fois. en style tlírect: « Votre thèse ne tient pas pour
déterminée, toute structure déterminée peut ne pas être; et la raison suivante: la contingence désigne en vérité aussi bien
puis une facticite d'ordre 2. une facticité de la facticité des les "faits positifs". qui portent sur des choses on des événe-
choses. qui ferait que la facticíle d`orclre 1 pourrait ne pas ments ertistants qui auraient pu ne pas exister (par exemple.
être eiïective. faute de choses qui soient factuelles. Mais si le fait: "cette feuille est sur ma table"), que les "faits négatifs",
revient à ce qui a fondé le
l'_on
bien que cette thèse þÿsûautoréfute.
principe d*jr1-ajgçm, Un vgit qui portent sur des choses ou des événements inexístants qui
Pour douter de la nécessité auraient pu exister (par exemple: "il ne pleut pas aujour-
de quelque cbose.je dois en effet
admettre.
comme on l`a vu, d'hui"). Dire que la contingence est nécessaire, c*est dire
que la facticité de ce quelque chose est pensable comme qu'il est nécessaire qu`il y ait de Finexistant qui puisse exis-
absolue: pour que le monde en son entier ter (des faits négatifs qui n'ont pas de raison de demeurer
puisse être pensé
comme susceptible de ne
pas être, ou de ne pas être tel qu*il négatifs), aussi bien que de l'existant qui puisse ne plus exis-
est. je dois admettre que son possible non-être, sa ter. Pourquoi ne pas dire. des lors. que la contingence pourrait
facticité,
est pensablc par moi comme un absolu
(qu'elle est plus qu*un subsister comme contingence des seuls faits négatifs ? Il y
correlat cle pensée). Ou encore. pour me saisir comme mortel. aurait de 1`inexistant. susceptible d`exister. mais aucun exis-
Je dois faire de ma mort. de mon possible non-être, une pos- tant, susceptible tfinexister. Tout demeurerait "en puissance"
sibilité absolue. Je ne vois donc pas en
quoi je peux donc au sein du Chaos, sans qu la facticité soit abolie, puisqu'un
douter de Fabsoluité de la facticite sans la reconduire aussi-
fait negatif demeure un fait, La contingence ne concernerait
tôt elle-mêtne comme absolue. Au moment où
je soutiens que les seules évcntualités. les propensious à être. dont
que la facticité des choses (la faeticité d'ordre 1) est un fait, aucune. pourtant. ne se serait actualisée : il serait contingent

lOO 101

_
r

î.
.ill |'
APRÈS LA FINITLJDE LE rsiucira ne þÿFacruatttû

que lespropensions demeurent de simple propcnsions. mais. tel inexistant


existantsusceptible de ne pas exister. et tel ou
de fait, serait actualisée. Car.
aucune ne se
après tout, si I'on W susceptible d"e1tíster.
accorde qu`un existant peut dc fait durer encore et | _ _ _ _

encore. La solution sc nécessaire qu :I y


dit donc: il est
on doit accorder de même que tout inexistant `a1t
peut. de fait. quelque chose et non pas rien. parce qu'il` est nécessaire-
persister encore et encore dans son être-virtuel. þÿ : : ment contingenr qu'il y ait quelque chose et non
Cette objection peut se réfuter ainsi: notre
objecteur ne autre chose. La nécessité de la contingence de l`etant
queique
conteste pas que la facticité est
pensable comme un absolu. impose Pexistcnce nécessaire de l'étant contingent.
mais il soutient qu'on
peut penser cette absoluité comme
absoluité -

éventuellement des seuls faits négatifs. La Dans le cadre de Pidealisme


-

nécessité de la facticité n'est donc


plus garante de l"exis-
trartscendantal. la facticite
formes u priori dc la representation
Lenco des faits positifs. Pourtant, admettre
indépassable des interdi-
que la facticité est sajt þÿdïdcntiûer celles-ci à des propriétés dc la chose
pensable comme un absolu, c'cst a fortiori admettre qu'elle CBISOI
cette facticité rendait impossible leur déduction
estpensable tout court. Or, je ne puis la penser que comme
a spéculatnfe
titre de propriété nécessaire de l`en-soi. La facticité
possibilité et pour Fexistant d'íne2tister, et pour Pinexistant
etait
donc le nerf de la désabsolutisation critique. Kant dérogeatl
d'e>tistcr: la persistance des deux
sphères de Fexistence BI pomtant par deux fois, et sans le
justiticr sérieusement._aux
de Finexistence est la condition même de la concevabilité
de la facticité. Car si je puis
limites qu`i1 imposait par ailleurs ã la pensée de l`e-nîsoiî la
penser tel existant comme chose en soi était supposée ètre, et être non-contradictoire.
contingent, je ne peux penser lïzxístence elle-même (c°est- La spéculation non-métaphysique consiste, en premier
à-dire: qu'il y zút de Fexistant en général) comme contin-
lieu, à énoncer que la cluise en soi :fest rien d'aurre que la
gente. Une abolition de Fexistence, en effet, je suis tout à
fait incapable de la penser: le devenir-inexistant n'est
factícité des formes transit-enrlrmmles de la représerztorfori.
Et elle consiste, second lieu. ã þÿdëffûifû'
df? ds
concevable que comme devenir d'un existant déterminé.
en
FHÖSOÎUHÊ
cette facticité lespropriétés de l`en-soi que Kimi. 1111. SC
non comme devenir de þÿl'e :tistence en général. Aflirmer Contentait tfadrnettre comme évidentes.
qu'un existant peut ne plus exister. affirmer que cette possi-
bílité, de surcroît. est quant à elle une nécessité ***
ontologique,
c'est aussi bien affirmer
que Pertistence cn général de
l`existant. au même titre que Pinexistencc en général de La philosophie est l`invention des þÿétrangûû,
lïneitistant sont les deux pôles indestructibles argumentations
par lesquels à la limite, nécessairement, de la sophistique qui dctncurc
-

la dcstructibilité de toute chose


peut être pensée. Pas plus son double obscur B[SÎ.l"l.lCU.11'Cl.P|lÎ10SOPhCI' consiste en effet
que je ne peux concevoir un non-être de Pexistence comme
toujours à déployer une idée qui, pour être défendue et explo-
telle, pas plus, en conséquence, je nc peux concevoir une
rée, impose régime ztrgumentalif original, dont le modele
un
contingence des seuls faits négatifs. Puisque la contingence ne se trouve ni dans une science positive
tût-elle la
-

est pensable (comme un


absolu). et impensable sans la per- logique ni
-

dans un art du bien raisonner supposé déja-la. ll


sistance des deux sphères de Pexistence et de
Fineitistence. est donc essentiel a une philosophie de produire des moyens
il faut dire qu`il est nécessaire
qu'il y ait toujours tel ou tel internes de contrôle des infércnces: des balises, des critiques.

102 103

nil;
APRÈS LA þÿ|=1_N_|Tu1: :£ LE PRLNCIPH ne 1-ACTUALITÉ

qui permettent d"imprégner le domaine nouvellement consti- «


paraconsistantes þÿ :>,dans lesquelles certaines contradictions
tué d'un ensemble de contraintes qui discriminent de Pinté- seulement sont vraies. et non pas toutes '. On saisit donc que
rieur de celui-ci les énoncés licites et illicites. le critère du pensable n°est pas pour le logicien contemporain
Iiexarnen des conditions non-quelconques de Firraison la non-contradiction. mais Finconsístance: ce que toute
absolue. plutôt que d`être mis en danger dïnconsistance par logique. et aussi bien tout logos en général, veut éviter. c"est
la critique. a au contraire be-soin de multiplier celle-ci, en la trivialité d'un discours qui permettrait à tous les énoncés
sorte de renforcer la texture contraignante de son tissu formulables. comme à toutes leurs négations, d*être indiffé-
argu-
rnentatif. C`est à mesure que nous découvrirons des fai- remment acceptables. Mais la contradiction est en revanche
blesses dans nos raisonnements. que nous dégagerons. pas à
logiquement pensable, des lors qu'elle demeure « contenue þÿ : :
pas, par Pexamen méticulenx de nos insuffisances, l'idée dans des limites telles qu'elle n'irnplique pas Pégale vérité de
même d' un discours autre que métaphysique ou religieux toutes les contradictions.
sur l`absolu. Car c'est bien par la découverte Dès lors. notre thèse est affectée d`une double insuffi-
progressive
d`un ensemble de problèmes inédits, et de réponses adé- sance:

quates. que nous pourrons faire vivre et exister un logos de 1. nous soutenons que la contradiction est impensable,
la contingence, ou encore une raison émancipée du principe alors qu"elle est pourtant logiquement concevable:
de raison un rationnel
-

spéczdrrnfqtú ne serait plus une rai- 2. nous prétentions qu`un être contradictoire serait aussi
son métaphysique. bien toute chose, alors que ce ne serait le cas que d`un être
Ne donnons qu'un exemple d'une telle problématisation inconsistant. Car ce n'est quià propos d'un être inconsistant
de la démarche spéculative. Nous prétendons avoir établi la
qu°on pourrait soutenir indifféremment toute proposition et
nécessité de la non-contradiction, en raison de l'être-néces- sa négative. En revanche. on potnrait concevoir un monde
saire que serait l`être-contradictoire. Mais on pourrait dela dans lequel relie contradiction serait vraie (une cavale qui ne
sorte nous reprocher d'avoir confondu contradiction et serait pas cavale), mais non telle autre (un bipède sans plumes
inconsístance. On appelle << inconsistant þÿ : en
:, logique symbo- qui ne serait pas bipède). Dès lors, plusieurs mondes contra-
lique. un système formel dont tous les énoncés syntaxique- dictoires, différents les uns des autres, demeurent pen.bles.
ment corrects sont vrais. Si ce système Ces mondes pourraient par conséquent être considérés
symbolique comprend
Popérateur de négation, on dira qu`une axiomatique est comme contingents selon nos propres critères. puisqu°on
inconsistante si elle permet ã les contradictions for-
toutes
pourrait concevoir qu'ils deviennent aunes qu'ils sont: un
tnulables au sein du système d'être également vraies. En monde pourvu de la contradiction o pourrait devenir un
revanche, un système formel sera dit non-contradictoire si monde pourvu non plus de la contradiction a mais de la
(étant pourvu de la négation), il ne permet à aucune contra- contradiction b, ou des deux. etc. Mais si un être contradic-
diction d'êu*e vraie. Une logique peut donc être contradic- toire peut être pensé comme contingent, nous n"avons en rien
toire. sans pour autant être inconsistante: il suffit pour cela réfuté sa possibilité ri la lumière du principe d'irraison. On en
qu'e1le parvienne à poser comme vrais certains énoncés
contradictoires. permettre ã toutes les contradictions
sans
l,QÎ sur ce point Newton C. A. Da Costa, Logiques classiques et non-
d'être vraies pour autant. C'est le cas des logiques dites classiqtzes. Masson. l9§7.

104 105
APRÈS LA FINITLÎDE
LE PRDCCIPE DE FACTLTALITIÊ

concluta aussi bien que nous n`avons pas réellement réfute la


sistantes se révéleraient comme l`étude des contradictions
dialectique hégélienne. qui ne soutientjamais 1`être-vrai de de pensée produisant des effets dans la pensée. mais non des
toutes les contradictions -

mais settlement de contradictions contradictions ontologiques découvertes pau' la pensée dans


déterminées. donnant lieu à d`autrcs contradictions détermi~ son monde environnant. Lfenquête devrait. pour ftuir. établir
nées : la dialectique est contradictoire, mais non
inconsistante. que la contradiction réelle viole, au ssi bien que Finconstance
Or l`objection appuyée sur les
logiques pztraconsistantes. réelle, les conditions de pensabilité de la contingence.
loin d'afEaiblir l`enquête spéculative. lui
permet au contraire Nous ne pousserons pas ici plus avant Pinvestigation:
de sfétoffer.
nous voulions seulement suggérer que le principe d`in'aison.
l. Dans un premier temps. nous pouvons
corriger notre loin d'aboutir à la déraison. permet de constituer un espace
thèse en la reformulant en termes de consistance: nous ne
de problèmes précis. en lequel un Iogos peut déplier pro-
démontrons en effet que l`être-impossible. parce
que néces- grcssivernent les axes de son argumentation.
saire s'il était effectif, de l'être-inconsistant. Nous devrions
donc en premier lieu nous assurer
que Fcnoncé: «rien ne
peut être incrmsistant. parce que rien ne peut être néces-
saire þÿ : : est bien établi parle raisonnement
-

qui nous avait Convenons d'un lexique. Nous nomulerons désormais du


fait conclure à Fimpossibilité de la contradiction.
terme de frrctualiré l'essence spéculative de la facticiré: c'est-
2. Mais dans un second temps.
l'enquête spéculative à-dire ceci que la facticité de tottte chose nc peut elle-même
devrait se prolonger jusqu'à la contradiction elle-même. La
être pensée comme un fait. La factualité doit donc être enten-
question serait cette fois de savoir si nous ne pourrions pas due comme la non-factieité de la facticité. On appellera «non-
þÿdisqualiûer aussi, à l'aide du principe d`irraison. la possibi- redoublement de la facticité» Fimpossibilité pour celle-ci de
lité de la contradiction réelle. On
pourrait en effet remarquer s'auto-atnibuer: ce non-redoublement décrit la genèse de la
que les logiques paraconsistantes ont été élaborées non pas seule nécessité absolue accessible ä une spéculation
non-dog-
pour rendre compte de faits réellement contradictoires. mais
matique: la necessite. pour ce qui est, d'êt1-e un fait. Nous sub-
seulement pour éviter que les ordinateurs, par
exemple les stituons alors ã Fexpression «principe d'irraison þÿ : : qui a le
-

systèmes d`cxpertises médicales. en face þÿd'izy"ormazir :n_s* défaut d`êtrc settlement négative celle de principe defac-
-

contradictoires (de diagnostics opposés sur un même cas). tualizé


n'en déduisent n`in1porte quoi. en vertu du
-

qui détermine positivement le domaine þÿeûectif de


þÿexûzlso
qnodli- notre investigation : l`esse11ce non-factuelle du fait comme tel.
bet. La question clcmeurerait donc de savoir si les con tradic- c'est-Et-dire sa nécessité. connue celle de ses conditions non-
tions, concevables à titre dînformations incohérentes sur le
quelconques. Être. c"est nécessairement être un fait. mais être
monde, le seraient encore à titre d"événements
non-lnnga- un fait ne permet pas d*étre nimporte quoi. Nous appelons
giers. On pourrait alors tenter de montrer que la dialectique factuaie la spéculation qui recherche et détermine les condi-
comme les logiques paraconsistanles ne
parlent cn vérité tions de la factualité (nous parlerons plus rapidement << du þÿ : :
que de contradictions prcyférécs. mais non pas réelles _' de
factual, pour désigner ce régime þÿspécttlatiû:
nous appelons
thèses contradictoires sur une même réalité. non d'une réa-
dérivation l`opération qui consiste à établir un énoncé comme
lité contradictoire. La
dialectique ou les logiques paracou- étant une condition de la facticité; et þÿenûn nous appelons

106 107

, A..
APRÈS LA FINITIIDE LE PRINCIPE DE FACTUALITÉ

Figures ces conditions. telles que la non-contradiction, on le rieur à celle-ci -

et c`est la ce
qui sépare le factual de la dia-
«il y a» ('i.e. : il 3* a quelque chose et non pas rien).
-

lectique plus généralement. dans notre lexique. ce qui


-

ou.
Le principe de factualité s'énonce alors ainsi: seule lnfac- sépare spéculatif de la métaphysiquel.
le
ticíré :fest þÿpaxfacmeûe seule la contingence de ce qui est.
-

n`est pas elle-même contingente. Dans cette formulation du Nous sommesainsi parvenus. par la fonnulation d'un
principe. il faut prendre garde ã ceci: le principe de factualité principe spécuiatif, et la détermination d`une procédure de
ne consiste pas à soutenir
que la contingence est nécessaire. dérivation spécifique. à mettre en place ce que nous recher-
mais à soutenir très exactement chions initialement. à þÿsa* :.=oir:la possibilité d'espérer résoudre
que seule la contingence est
necessaire et c`est en cela seulement
-

que le principe est le problème de Fancestralité par une absolutisation du dis-


extériettr à la métaphysique. Ijénoncé: «La contingence est cours mathématique. Le problème peut en effet. maintenant.
nécessaire þÿ : :est en effet tout Et fait être énoncé de la façon suivante: nous avons dérivé deux
compatible. quant ã lui.
avec la
métaphysique. Ainsi la métaphysique hégélienne sou- propositions du principe de factnalité -la non-contradiction
tient la nécessité d'un moment irrémédiablement et la nécessité d'un «il y a»
contingent qui nous ont pennis d`établir la
-

dans le procès de l`absolu thèse kantienne d`une pensabilité de l`en-soi. Nous avons
: un moment déployé au cceur
même de la nature où þÿFinûni, pour n`avoir rien en lui d`eit- progressé, dans la détermination du Chaos, de la thèse du
térieur qui le limiterait. et dès lois le finitiserait. en modèle fort (le Chaos peut n'irnporte quoi), à la thèse du
passe par
une
contingence pure. une réalité sans þÿeûiectivité, un pur fini. modèle faible (le Chaos peut tout sauf Pimpensable). Nous
inaccessible en son désordre et sa gratuité au travail du «habitons þÿ : donc.
:
pour le moment. un en-soi qui est l'en-soi
concept. C`est ainsi pour Hegel le signe même de la néces- kantien. Tout l`enjeu d`une légitimation du discours ancestral
saire défectuosité de la nature défectuosité par laquelle
-

de la science revient maintenant `a obtenir par dérivation fac-


1'absolu doit en passer pour être Pabsolu que de ne corres-
-

tnale le passage de in vérité de Pen-soi /mntien à la vérité de


pondre que partiellement au concept hégcïlien de nature. Car Pen-soi cartésíen; passage par lequel ce ne sera plus seule-
il est nécessaire qu`existe, au sein du
procès de l'absoln, un ment le piincipe logique de non-contradiction qui sera absolu-
moment de pure irrationalité.
marginal mais réel, qui assure tisé, mais Pénoncé mathématique, en tant que mathématique.
au Tout de ne pas avoir l `i1rationneI en dehors de lui. et ainsi Nous avons dit que nous ne pouvions ici présenter la
d"être véritablement le Toutl. Mais une telle solution complète à ce probleme. Notts allons nous conten-
contingence est
déduite d*un procès de l`absolu, qui en lui-même, à titre de ter de formuler plus précisément la question de ïancestra-
totalité rationnelle. n`a rien de contingent. La nécessité de la lité. en déterminant davmtage ce que nous entendons par
contingence n'est donc pas tirée de la contingence même, de :, ce que nous entendons absolutiser sous
«mathématique þÿ : et
la contingence seule. mais d'un Tout ontologiquement tel vocable.
supé- un

I. A un étudiant qui lili þÿûl


nrmnrquer qu`il )* avait tm Amérique du Sud une
plante qui correspondait pas à son concept de plante. Hegel répondit ainsi
ne

que c`était fort dommage pour la nature (cf .I _-M. Lardic. «La contigcncc
-

1. Sltr la contingence þÿhégtûücnncrLJÈ lt: ctrtnmtzntt-nn: cité dans la note p. 108


chez Hegel þÿx Comment
:. le seas cnmnnm conqirend lu de J.-M. Lardic à l'a;rtíc1e dt: Hegel: J.-C. Pinson. Hegel. le dmit et le libéra-
pltilosopltfe. Actes Sud.
1989). lisme. PUF. 1989. chap. 1 et 11.

108
4

Le problème de Hume

Aussi longtemps que nous croirons qu'iI doit exister une

rrúson à l'ên*e-ainsi de ce qui est, nous alimenterons la


superstition, c'est-à-dire la croyance en une raison inc-ffable
de toute chose: car une telle raison, comme jamais nous ne
la découvrirons ni ne la comprendrons, nous ne pourrons
qu'y croire. ou aspirer à y croire. Aussi longtemps que nous
ferons de notre accès ã la facticité la découverte par la pen-
sée de ses limites essentielles, de son inaptitude à découvrir
la raison ultime, nous rfabolirons la métaphysique que pour
ressusciter le religieux sous toutes ses formes, y compris les
plus inquiétantes. Aussi longtemps que nous ferons de la
facticité une borne de la pensée, nous laisserons l`au-delà de
cette borne gouvernée par la piété. Et ainsi, pour rompre ce

jeu de bascule de la métaphysique et du ñdéisme, il nous

faut convertir notre regard sur 1'in*aison, cesser d'en faire la


forme de notre saisie þÿciéûciente du monde. pour en faire le
contenu véridique de ce monde même: il nous faut projeter
Pirraison dans la chose même, et découvrir en notre saisie
de la facticitê la véritable intuition irzrellecruelle de l` absolu.
Intuition. car c'est bien à même ce qui est que nous décou-
vrons une contingence sans autre borne þÿqu`el1e :même intel-
-

lectuelle. car cette contingence n'cst rien de visibIe.1ien de


perceptible en la chose: seule la pensée y accède comme au
Chaos qui sous-tend ls continuités apparentes du phéno-
mene.

lll
APRÈS LA FÎNITUDE ILE PR(`J`BLÈME DE HUME

ll y a là. sans doute, du L'une des conséquences incontournables du principe de


encore. un renversement plato-
nisme. mais d`une tout autre espèce que celui qui a été d'une effec-
factualité, en effet, réside dans son þÿaûîtmation
généralement pratiqué. Car il ne s`agit pas d'abolir, È: la tive contingence dcs lois de la nature. Si nous prétendons
façon de Nietzsche. le monde immuable des idéalités. au soutenir sérieusement que tout cc» qui nous apparait sans
protit du devenir sensible de toute chose; et il ne s*agit raison d`être ainsi est elïectivement sans raison nécessaire
même pas d'abandonner la condamnation que les philo- d'être ainsi. et peut réellement se modifier sans raison, alors
sophes ont prononcée contre l`il1usion des sens et contre nous devons soutenir sérieusement que les lois de la nature
le temps phénoménal. Il s'agit bien plutôt d'abandonner la peuvent changer. et cela non pas suivant une loi supérietue
croyance. commune au platonismc et à l'antiplaton.isme, et cachée loi de modification des lois qui nous apparaîtrait
-

que lc devenir serait du côté du phénomène. et 1`intelli- de nouveau comme la constante immuable et mystérieuse
côté de Fimmuable, pour dénoncer au contraire. gouvernant des proce ssualités subordonnées mais vérita-
gible du -,

via Ftntuition intellectuelle. Filfusicm* flxiste du devenir blement sans cause ni raison aucune.
sensible: l`illusion
qu'il y aurait des constantes, des luis Mais, dira-t-on alors, celui qui accepterait cette thèse
immuables du devenir. Le spéculatif nous désenglue de la devrait s*attendrc à ce que les
objets se comportent à tout
fixité phénoménale des constantes empiriques en nous éle- moment de la façon la plus capricieuse. et bénit le ciel qu'il
vant jusqu'au Chaos purement intelligible qui la soutient n`en soit pas ainsi. que les choses continuent d`obéir aux
et
de part en part. constantes devrions, nous qui affirmons
quotidiennes. þÿllo :.i.s
cela. passer notre temps à craindre que les objets usuels
Aussi longtemps. disons-nous. croirons adoptent à tout instant les comportements les plus inatten-
que nous qu'il
existe une raison pour
laquelle les choses doivent être ainsi dus, et nous féliciter chaque soir d'avoir traversé sans
plutôt qu'autrement. nous ferons de ce monde un mystère, encombre la journée finissante avant de nous inquiéter de
-

puisqu`une telle raison, jamais. ne nous sera délivrée. Pour- nouveau pour la nuit. Une telle idée du réel, un tel rapport-

tant. et nous en venons ici à ce qui va maintenant nous occu- au-monde semblent tellement absurdes que nul ne paraît
per. cette exigence d'une raison nécessitante n`e:a pas þÿ1*eû°et pouvoir sincèrement les soutenir. On connaît Fadage suivant
d' unsimple leurre idéologique ou d`une ñilosité théorique. lequel il n'est pas une stupidité qui n`ait été sérieusement
Car elle procède en vérité d`un refus motivé, appuyé sur soutenue par un philosophe: la preuve que cet adage était
une
objection en apparence décisive contre le factual: faux, pourrait-on aimablement nous faire remarquer, c'est
objection qu*i1 va falloir exposer et réfuter précisément si qu'il en restait que nul n°avait
une encore soutenue -
et
nous voulons assurer àla démarche ciest Favons trouvée.
spéculative une crédibi- nous qui
lité minimale. Notre objecteut conclura de cela qu`il faut admettre
Cette objection.1a voici: il semble absurde de soutenir effectivement une nécessité des lois qui interdit en
þÿqu`e :tiste
que non seulement les choses mais les lois
physiques sont droit ce désordre capricieux. Puisque cette nécessité réelle
réellement contingentes. car si tel était le cas. il faudrait n`cst pas dérivable de la seule logique ou des seules mathé-
alors admettre que ces lois peuvent. sans raison aucune, se matiques car de nombreux univers physiques, autres que
-

modÿier ejfeczfifement à rom moment. le nôtre. sont concevables sans contradiction -. il faudra dire-

112 113
APRÈS LA FINITUDE LE F'RUBl-ȧwU; ou HUML:

que le monde est pourvu d'une nécessité autre que logico- raison les comportements les plus capricieux. sans
azicimt*

mathématique. d'une nécessité propre-ment physique, mais pour þÿmodiûer


autant le rapport usuel et quotidien que nous
dont il sera à jamais impossible de donner une raison com- avoir avec les choses. C`est ce qu`iJ nous faut
pouvons
préhensible. Mais et là est le point décisif de l'ob_iection
-
-

maintenant justifier.
on ne saurait renoncer. sous
prétexte de son énigmatieité, à
l'idée d'une telle nécessité physique sans renoncer ci la sta- **=l=

bilité de notre mande qui, quant á elle. est manÿèsre. Car.


sauf hasard þÿstupéûant, un monde sans nécessité
physique La difficulté que de formuler est un pro-
nous venons
serait livré, à chaque instant et en chacun de ses points, à blème philosophique répertorié: à savoir. le problème dit de
une multiplicité immense de
possibles sans lien. qui le ferait Hutne. Répondre à la critique précédente de la contingence
imploser en un désordre radical insinué dans la moindre par- des lois va ainsi revenir à proposer une solution spécttiariifc
celle de matière. Autrement dit, si les lois étaient effecti-
sa du problème de Hume.
vement contingentes, cela 'se saurait et nous aurions
-

même bien des chances dc ne plus être là pour le savoir, car En quoi consiste ce problème ? Classiquement formulé. il
le désordre résultant d`une telle contingence s°énonce ainsi: est-il
pulvériserait possible de démontrer que des mêmes
sansnul doute toute conscience. en même temps que le causes s'ensuivront à l'ave|:tir les mêmes eiïets ceteris pari-
monde qui lui est donné à voir. Le fait de la .stabilité des bas. c'est-ii-dire toutes choses étant égales par ailleurs?
lois de la nature semble ainsi suffire à réfuter l'idée même Autrement dit: peut-on établir que, dans des circonstances
de leur possible contingence. A moins, encore une fois.
identiques. les successions phénoménales futures seront
d`un hasard bonnement extraordinaire. qui nous aurait
tout
identiques aux successions présentes ? La question que pose
permis jusqu'à présent de vivre au sein de constantes Hume concerne donc notre capacité à démontrer que les lois
d'une impeccable stabilité miracle probabilitaire dont dernettreront à l'avcnir
physiques ce qu`el1es sont aujour-
-

nous aurions raison de nous émerveillcr. mais dont nous åt démontrer la nécessité de
d`hui, ou encore notre capacité
aurions tout lieu de craindre qu`i.l ne se prolonge la connexion causale *.
pas
davantage, ne serait-ce que d`une journée. ne serait-ce que Centrons la discussion autour du principe de causalité, que
d'une minute. l'on nornmera << principe cïunifomiité de la nature þÿ : :.
quand
Or, cet énoncé de la contingence réelle des lois physiques. on se méfie du terme de cause. La formulation demeure de
nous le soutenons très sérieusement. Mais bénis-
nous ne toute façon essentiellement la même: ce principe suppose
sons pourtant pas le ciel à chaque instant de vivre dans un que des mêmes conditions initiales s`ensuivront toujours les
monde stable. Car nous soutenons bien que les lois de la mêmes résultats. Remarquons tout d`abord. pour éviter de
nature peuvent effectivement þÿmodiûer
sans raison
se -

et trop fréquents malentendus sur ce point. que ce principe n`a


pourtant nous ne nous attendons pas, pas plus que qui-
conque, à ce quielles se modifient iricessamrnent. Autre- l. Sur la forrnulalion humicnne de cette question: Traité
de In riarttrf
humaine, Aubier, 1953. trad. André Leroy, li'-'re I, Il'lÎ|Î5iÈmÊ' þÿPöûlf-
2111151
CIPE?
ment dit, nous afftrmons que l'on peut sincèrement admettre l"erz£t'nde'mt*nt humain, Garnier-Flammarion. 1933. traduction
Enquête sur

que les objets sont capables d'adopter ejïecti vement et sans d'/ndré Leroy revue par Michelle Beys-nada- sections |.-' à VII.

114 115

i l i
APRÈS LA F1N|'r1:DB LE PROBLÈME DE HUME

jamais été remis en cause quant à sa nécessité par les diverses Précisons encore le point suivant: leproblème de la cau-
variantes du þÿfalsiûcationnisme initié par Karl Popper. Le salité tel que posé pm Hurne est un problème qui concerne
falsiñcationnisme consiste. en effet, non à soutenir que les la constance des lois naturelles, indifféremment à la ques-
lois naturelles pourraient à Favenir se modifier sans raison, tion de savoir si de telles lois sont dérermfnistes ou indé-
mais à soutenir « seulement þÿ : que
: les théories des sciences de rermimstes. c`est-à-dire probabilitaires. Certes. I-Iume a
la nature peuvent toujours être réfutées par des circonstances posé son problème dans le cadre déterministe de la phy-
expérimentales inédites. Tl s'agit. pour le falsificationniste, de sique de son temps mais un tel problème est en vérité
-

remettre en cause la croyance en la þÿindiûérent à la question de la nature éventuellement proba-


pérennité des théories phy-
siques, en raison de Vimpossibilité d'une connaissance assu- bilitairc des lois naturelles. Il s'agit en effet de savoir si
rée de þÿl, ¬Xl]ãIlSl.ÎVÎl2É
des « facteurs agissants» présents dans la dans des circonstances parfaitement identiques les mêmes
nature. Popper ne soutient donc lois se vérifieront à l`avenir, et cela quelle que soit la nature
pas ni aucun épistérnologue
-

à sa suite qu'une théorie pourrait être détruite en raison d`un


-

de telles lois. Dans le cas d*une loi déterministe, cela


changement sans cause du cours des choses. Tl n`afñime pas revient à se demander si dans des conditions x tcl événe-
que. dans des circonstances identiques, les lois physiques ment y et seulement tel événement y
-
continuera demain
-

pourraient un jour se modifier: il þÿaûirme seulement que nous comme aujourd'hni à se produire. Dans le cas d`une loi
ne pouvons jamais démontrer
c[u'une théorie physique déter- probabiliste. cela revient à se demander si dans des condi-
minée sera toujours valide, puisqu'i_I est impossible de refuser tions x un événement y aura demain comme aujourd`l1ui la
a priori la
possibilité à venir d"une expérience agissant àla même probabilité de se produire ou de ne pas se produire.
façon d'une circonstance non encore répertoriè'e. et capable Le problème de la causalité tel que posé par Hnme ne doit
rfinvalider les prédictions de la théorie en question. Ce sont donc pas être confondu avec le problème du déterminisme:
des expériences nouvelles, ou de nouvelles c`est un problème plus général. qui concerne toutes les
interprétations des
expériences anciennes, qui ont déterminé les physiciens à
abandonner la physique ncwtonienne au proñt de la
physique nouveaux résultats. ll arrive seulement que dc nouvelles expériences décident
relativiste non un changement subit du cours de la nature
-

à 1`enuonLrc tl'1lue ancienne théorie» Logique de la découverte sc'ientÿ'ïque.


qui se serait produit aux alentours de 1905 (date de la publi- Payot. 1973. trad. N. Thyssen-Rutten et P. Devaux. chap. X. p. äî.
cation de la théorie de la relativité restreinte) et Si nous insíslons ainsi sur la difference entre le «problème de Hum: » El le
qui aurait «problème de Popper »_ fest parce que Popper a considérablement ubscurci
modifié l'Univers physique lui-même. Popper admet ainsi
les choses en appelant lui-même << problème de 1-lume þÿ : :lt: problème de la vali-
sans discussion que le
principe rfuniformité est véridique, et dité Er venir de nos théories. Popper si donc cru qu`il traitait dc la dillîculté
il ne se met donc jamais en peine de traiter véritablement le hurnicnnc. alors qu`il ne traitait que r1'un problème qui supposait déjà résolue
En elïel. la question de Popper. c'est-à-d.i1'c la qucstíun de
tmc tcllc þÿdifûculté.
problème de Plume, qui ne concerne pas la question dela vali- si
nos théories physiques. suppose qu`å þÿ1'û'l3Tli1' :1I1Ö1IlC
la validité futura: de
dité à venir de nos théories sur la nature. mais celle de la sta- ces théories rcfutécs par de nouvelles expériences, la physique aura
sont
bilité à venir de la nature elle-même 1. encore cours. puisque cette réltltation se Tera au proñt de rram'el'le.r théories

physiques. Popper suppose donc que le principe cïunifonnité condition


-

même de l'citpcrimcntatíon physique sera encore valide ä Favcnir. ct c'cst en


-

1. Popper formule clairement sa croyance en un tel «principe de Punifor-


_ s'appuyant G priori' sur une telle Vãllklilé ãllppüiée HÊCE-Siâírc Cjll`Î1 IJCUÈ 518130-
rmtc de la nztmre »: «Jamais il þÿn`arri' :'e
que dc vieilles expériences donnent de IUTICS principes dc Sun épistémologie.

116 117
APR LA FINITUIJH LE PROBLÈME DE IIUME
i t

lois de la nature, indépendamment de leur éventuelle inconditionnellement nécessaire (qu`cllc procède de sa


spé- || est
þÿciûcité. seule essence, et non d`une condition extérieure). puis j`en
Pour le dire autrement, le de l-lume
encore
problème infère directement que notte monde doit être et demeurer tel
conceme le fait de savoir ce qui nous garantit que la phy- qu`il est.
sique elle-même et non telle ou telle théorie physique
-

2. La solution
sceptique est celle que Hume apporte à sa
sera encore possible demain. La condition de
possibilité de propre question. Sa réponse peut se décomposer en deux
la physique consiste en effet en la reproductibilité des
expe- moments:
riences -

gage même de la validité d"une théorie. Mais si a) Hurne par récuser toute solution métaphy-
commence
demain, dans les mêmes circonstances exactement. des
sique problème de la causalité: on ne peut établir par un
au

expérimentations successives donnaient lieu aux résultats raisonnement quel qu'il soit la stabilité futtue des lois natu-
les plus divers, si aucun effet stable ou aucune relles. En effet. nous n`avons à notre disposition, selon
probabilité
stable ne pouvaient d`un jour sur l'autre être
garantis pour Hume, que deux moyens d`établir la vérité d`une existence
les mêmes conditions dexperimentation. c'est l'idee même ou d`une inexistence: Fexpérience et le
principe de non-
d'une science physique qui viendrait à s'eiÎfondrer. La contradiction. Or, aucun de ces deux moyens ne peut
ques- nous
tion de Hume peut donc se formuler ainsi: peut-on démon- permettre de démontrer la nécessité de la connexion causale.
trer que la science
expérimentale possible
sera demain liexpéríence, en effet, peut
nous
renseigner sur le présent
comme elle l'est
aujotn*d`hui'? le maisl'avenir.
ou
passé -

Elle peut nous dire que


non sur
A cette question bien comprise. il semble
qu'on ait jus- telle loi existe, ou se vérifie, telle qu°elle a existe ou s'est
qu`à present envisagé trois types de réponse: une réponse vérifiée dans le passé mais elle ne peut établir qu`elle sera
-

de type mémpirysique, une réponse de


type sceptique (qui encore vérifiée dans le futur. Quant au
principe de non-
est celle de Hume lui-même) et. bien entendu. la
réponse contradiction, il nous permet d`é.tablir a priori, sans le
rranscendamale de Kant. Exposons brièvement le principe à
recours Vexpérience, qu'tm événement contradictoire- est
de ces trois réponses. avant de formuler le
principe d'une impossible, qu`il ne peut exister ni aujourd`l1ui ni demain.
réponse spéculatiwa. Mais il n`y a rien de contradictoire. selon Hume, dans le fait
l. Une réponse métaphysique à la question de Hume de concevoir que les mêmes causes engendra-:ront demain
consisterait à démontrer Fexistence d`un principe absolu des effets differents.
gouvernent notre monde. On pourrait procéder, par exemple. Citons la façon dont Humc lui-même illustre son propos,
àla façon d'un disciple de Leibniz: démontrer d°abord l`exis- dans la section IV de l`Em7itête sur 1' amendement humain 1 :
tence nécessaire d'un Dieu parfait,
puis en infcrer le fait «
Quand je vois, par exemple, une bille de billard qui se
qu'un tel Dieu n'a pu créer que le meilleur des mondes pos- ment en ligne droite vers une autre, ã supposer même que le
sibles le nôtre. Uétemité de notre monde, ou du moins des
-

mouvement de la seconde bille me soit accidentellement


principes qui le régissent. serait ainsi gagée sur l 'éternité de suggéré comme le resultat de leur contact ou de l`impulsion.
la perfection divine elle-même. Ce serait une démonstration ne puis-je pas concevoir que cent événements différents
qu°on peut dire directe et im:0ndin'onnelIe de la nécessité
causalc: je démontre positivement que l'existence de Dieu l. Op. riz.. p. 89.

118 119
APRÈS LA FTNITUDE LE PROBLÈME DE HUME

pourraient aussi bien suivre de cette cause ? Les billes ne provoque en nous. de
façon spontanée. un sentiment d`ac-
peuvent-elles toutes deux rester en repos absolu? La pre- coutumance dont procède la certitude qu"il en ira de même
mière bille ne peut-elle retourner en li gne droite ou rebondir ainsi à Favenír. C'est une telle propension à croire en la
de la seconde dans une ligne ou une direction quelconque?
répétition à Tidentique de ce qui s'est déjà répété qui gou-
Toutes ces suppositions sont cohérentes et concevables. veme Pensemble de notre rapport à la nature.
Alors. pourquoi donner la préférence à l'une d`elles. qui 3. Enfin. le troisième type de réponse est la réponse trans-
n'est ni plus cohérente ni plus concevable que les autres ? cendantale de Kant et. plus précisément. la déduction objec-
Tous nos raisonnements a priori ne seront jamais capables tive des catégories, développée dans 1'Analytique des
de nous montrer le fondement de cette préférence» concepts de la Critique de la raison purel. La déduction est
Au-delà de la nécessité causale. c"est bien ce que Leibniz doute des passages les di þÿFûciles
de la
sans un plus Critique.
nommait le principe de raison qui est ici þÿdéûé.
En effet, mais à comprendre. 11 faut le
principe est assez
son simple
selon un tel principe.comme on l'a vu. toute chose doit formuler brièvement, car nous aurons à y revenir.
avoir une raison d'être ainsi plutôt qu'autrement. Mais ce Le principe de la solution transccndantalc, et sa différence
que nous dit Hume. c`est qu`une telle raison est tout à fait avec une solution métaphysique de type classique. consiste
inaccessible à la pensée: car puisque nous ne pouvons éta- à substituer
une démon stration cnnditiomzelle et indirecte à
blir que les lois doivent demeurer ce qu`elles sont. nous ne unedémonstration métaphysique. þÿincandíûonnelle et directe.
pouvons établir la nécessité d'aucLu1 fait: tout. au contraire, Une réponse métaphysique. ou dogmatique. au problème de
au vu des seules exigences de la
logique et de Fexpérience Hume consisterait. avons-nous dit. à démontrer positive-
-tout pourrait devenir autre
qu`il n°est. processus naturels ment quïzmtc un principe absolument nécessaire, puis à en
aussi bien que choses ou événements. Rien ne s'avère avoir dériver la nécessité de notre monde. Ifinvestigation trans-
de raison d'être et de perdurer à 1'identique. cendantale consiste en revanche à proposer une démonstra-
b) Mais Hume ne se contente pas de disqualifier toute tion indirecte de la nécessité causale c`est-à-dire une
-

possibilité de réponse à sa
question: il modifie la question démonstration par Fabsurde. La démarche est la suivante:
elle-même. en sorte de la remplacer par un problème qui on suppose
qu'i1 n'y a effectivement aucune sorte de néces-
cette fois. selon lui. admet zme solution. Puisqu'on ne peut site causale. et 1'on examine ce qui en résulte. Or. ce qui en
démontrer la nécessité de la connexion causale. il faut en résulte. c'est, selon Kant. la complète destmction de toute
effet cesser de se demander pourquoi les lois sont néces- forme de représentation: le désordre phénoménal serait tel
saires. et se demander plutôt d'où vient notre croyance en la qu*aucune objectivité. et même aucune conscience. ne pour-
nécessité des lois. C'est là un déplacement du problème qui rait subsister durablement. Dès lors. Kant peut considérer
consiste à remplacer une question sur la nature des choses
que Phypothèse de la contingence des lois est réfutée par le
par une
question sur notre rapport aux choses: on ne fait de la représentation. Sa réponse est donc bien condition-
demande plus pourquoi les lois sont nécessaires, mais pour- nelle: Kant ne dit pas qu`il est absolument impossible que la
quoi nous sommes convaincus qu`elles le sont. La causalité cesse de régir le monde ã Pavenir: mais il dit qu"il
réponse
de Hume à cette nouvelle question tient en un mot: l'habi-
tude. ou encore Faccoutumance. Lorsqu'un fait se répète. il l. Voir plus bas. p. 127.

120 121
APRÈS LA FlNl`l'l.JlJE LE PROBLÈME DI-I HIÎMF

est impossible qu'un tel événement se rnanÿfeste- et cela -


ci par voie de raisonnement. Selon lui, la «cause dernière
parce que si la causalité cessait de régir le monde. plus nen d'une opération de la nature þÿ : :doit nous demeurer inconnue:
n`aurait de consistance. et donc plus rien ne serait représen- nous pouvons bien réduire les principes qui produisent les
table. C*est pourquoi la scène imaginaire humienne. la phénomènes naturels à un petit nombre de causes générales,
scène des boules de billard, est impossible: car dans cette mais. souligne I-lume, «les causes de ces causes générales,

scène. seules les boules de billard échappent à la causalité. nous tentcrions vainement de les découvrir [ I. Ces ressorts
.__

mais non pas la table sur laquelle elles batifolent. ni la salle et ces principes ultimes. sont totalement soustraits à la curio-
contenant la table. Le contexte demeure stable,
pré- et c'est sité ct aux recherches de l`l1otrunc 1 þÿ :>.Nous pouvons, en
cisément pourquoi nous nous r'eprés¢>ntons encore quelque d`autres termes. espérer dégager les lois principales qui régis-
chose en imaginant les possibles fantaisistes de Hume. sent l*univers mais la cause de ces lois elles-mêmes, qui
-

Mais. nous dit Kant. si la causalité cessait de structurer la leur confère leur nécessité. nous demeure inaccessible. C 'est
représentation (comme les autres catégories de Fententle- là reconnaître qu`il 3* a bien une nécessité ultime des proces-
ment), elle cesscrait de structurerquoi que ce soit du phéno- sus physiques. Et c'est précisément parce que Hume le recon-
mène. et rien n'en réchapperait. du
sujet ou de l`ob_jet. qui naît qu`il peut caractériser sa position comme étant une
nous donnerait le loisir de le contempler en simple spec- position sceptique _' car se dire sceptique. c'est reconnaître
tateur. La nécessité causale est donc une condition néces- que la raison est incapable de fonder elle-même notre adhé-
saire de Fexistence de la conscience et du monde dont elle sion à une nécessité supposée vraie.
fait Fexpéríence.Autrement dit: il n'est pas absolument
nécessaire que la causalité régisse toute chose. mais si la La position spéculative que nous adoptous consiste a
conscience existe, ce ne peut être que parce qu`une causalité récuser ce postulat commun aux trois solutions précédentes,
régit nécessairement le phénomène. pour prendre en lin au sérieux ce que 1' a priori hurnien et -

non pas kantien nous apprend sur le monde: à savoir


-

que
Aussi þÿdíûérentes
soient-elles en apparence, on découvre «cent événements þÿ : : différents et même considérablement
-

un postulat commun à ces trois


réponses au problème de plus peuvent c*jfet'!ívenient résulter d'11I?(? même cause. A
-

Hume. Le point commun de ces solutions, c'est que toutes priori nous dit Hume c`est-E1-dire du seul point de vue de
.
-

considèrent comme un point acquis Ia vérité de la nécessité la logique -_


n"importe quel effet non-contradictoire peut en
caztsale. Dans tous les cas. la question n`est pas posée de effet résulter de n°importe quelle cause. Gest bien là. certai-
savoir s`il existe effectivement une nécessité causale, mais nement. un enseignement évident de la raison. c`est-à-dire
seulement de savoir s`il est possible ou non d'en fournir la d'une pensée soumise au seul réquisit de Fintelligibilité
raison. Cette nécessité est considérée comme une évidence logique: la raison nous instruit de la possibilité que nos
jamais remise en cause: c'est manifeste, bien sûr. dans le cas boules de billard folãtrent très réellement de mille manières
des solutions métaphysiques et Lranscendantales, puisque ces (et bien plus) sur la table de billard, sans qn`il y ait ni cause
deux solutions consistent à en démontrer la vérité. Mais ni raison à un tel comportement. Car la raison. si elle ne
Hume lui non plus ne doute jamais réellement de la nécessité
causale: il doute seulement de notre capacité a établir celle- I. Enquête. op. cit.. section IV. p. 90.

122 123

him!
APRÈS LA FLNITUDE LE PROBLÈME DE HUME

connait d'autIe a priori que celui de la non-contradiction. des choses. c`est se disposer à croire en bien des provi-
permet expressément à tout possible consistant d'érnerger. dences. Il serait plus sage. semble-t-il. de croire en la
nous

sans qu'il existe de raison, et ainsi dïivacuer de la réalité l'a.rrière-monde de la


principe préférentiel en faveur de tel ou
tel d`entre eux. Dès lors, il nous semble nécessité causale. De la 50118, le scepticisme resté crédule
étrange de com-
mencer par récuser ce point de vue comme évidemment enversla uéce ssité métaphysique céderait la place au savoir
illusoire. pour tenter par après de fonder cette récusation en spéculatif du caractère non-métaphysique du m_onde réel.
raison. ou pour constater que la raison ne saurait Fétayer. On voit donc en quoi la position spéculative élimine les

Comment la raison. qui nous instruit de façon aveugl ante de aporles usuelles du problème de Hume: si Fon ne peut
Févidente fausseté de la nécessité causale, pourrait-elle en démontrer. de notre point de vue. la nécessité de la connexion
effet travailler contre elle-même en démontrant au contraire causale. c`est simplement que la connexion causale n'a rien
la vérité d`une telle nécessité "P Seuls les sens nous de nécessaire. Mais cela ne veut pas dire que la position spé-
imposent
une telle croyance en la causalité non la pensée. 11 semble-
-

culative supprime toute difficulté. Car. en vérité. nous allons


rait donc que la façon la plus judicieuse d'aborder le pro- aboutir a une du problème de Hume. qui va en
þÿrqûfmzeularion
blème de la connexion eausale consiste à la difficulté. Cette reforrnulation. nous pouvons
partir non de la déplacer
supposée vérité de cette cormerrion. mais de son évidente Pénoncer ainsi: au lieu de nous demander comment démon-
fausseté. Il est en tout cas étonnant que les philosophes. trer la nécessité supposée véridique des lois pllysiques. nous

généralement amis de la pensée plus que des sens. ait massi- devons nous demander comment expliquer la stabilité mani-
vement choisi. dans cette de faire confiance à leurs feste des lois phjmiqrres si celles-ci sont supposées contin-
perceptions habituelles plutôt qu'à la clarté lumineuse de gentes. La question reformulée de Hume est en effet celle
l`intelleet. que nous avons posée précédemment: si les lois sont suppo-
La position sceptique est ici la
plus paradoxale: car elle sées contingcntes. et non plus nécessaires, comment se fait-
consiste. d`une part. à dévoiler Pincapacité du principe de il qt1'elles ne manifestent pas leur contingence par des
raison à fonder ses prétentions ontologiques, tout en conti- changements radicaux et continuels ? Comment un monde
nuant. d'autre part. à croire en la nécessité -
la nécessité stable peut~il résulter de lois qu'aucun fondement ne péren-
physique. réellequ*un -

principe tel
injecté dans le a nise ? Tout notre pari est que ce problème ainsi reformulé
monde. Hume ne croit plus en la
métaphysique. mais il croit peut cette fois au contraire de sa version canonique -rece-
-

encore en la nécessité
que la métaphysique a extraposé dans voir une réponse satisfaisante, ne s'accompagnant d`aucune
les choses. Le résultat de ce
rejet inachevé de la métaphy- limitation des pouvoirs du rationnel.
sique consiste Padhésion devenue seulement vitale pro-
en -

Pour le lecteur qui aurait décidément du mal à admettre la


duite par la seule propension irrétléchie à croire en ce thèse d'une effective contingence des lois. on peut encore pré-
qui
se répète au monde
fantasmatique de la métaphysique. senter les choses dela façon qui suit. On connaît 1'« aventure»
-

Hume croit aveuglérnent au monde que les métaphysiciens qui a donné lieu aux géométries non-euclidiennes: pour
croyaient pouvoir démontrer. Dès lors, on se doute qu'un tel démontrer le postulat d`Eucl_ide concernant l'Ltnicité de la
scepticisme se retournera aisément en
superstition: car þÿafûr- parallèle à une droite donnée par un point donné. Lobatchevslcl
mer et croire qu'il existe nécessité insondable du
une cours a
supposé la fausseté de ce postulat- il a supposé qu`on pou-
124 125

F J.
APRÈS LA HNITUDE LE PROBLÈME DE HUME

vait par un point donné faire passer plusieurs droites parallèles établir la validité de la solution spéculative au problème de
ã Il a fait cela en sorte d'ab0utir à une contradiction,
une autre. Hume, il nous firm démontrer en quoi consiste le vice
et démontrer ainsi par Fabsurde la validité du postulat en ques-
logique de la dézíuctioir transceudamale. en sorte de dévoi-
tion. Mais au lieu d'une telle démonstration, c'est à une nou- ler. trarztrario de celle-ci. que la constance du monde phé-
a
velle géométrie que Lobatchevski est parvenu. aussi cohérente noménal ne vaut pas réfutation de la contingence des lois
que la géométrie euclidienne. mais différente de celle-ci. Eh physiques. Il nous faut. en d`autres termes, montrer en quoi
bien, si l`on n`est pas disposé à adhérer à la thèse proposée. il est illusoire de conclure, comme le fait Kant. de la non-
on acceptera peut-êue de procéder ainsi: si l`on est convaincu IIÔCC'-SSllÉ des lois à la destruction de la représentation.
que la connexion causale est une connexion nécessaire, et si
Fon croit pas à la possibilité d`une démonstration méta-
ne ***

physique d°une telle nécessité. tentons de dén1ontrerpar¿'ab-


surdc Peffectivité de la nécessité causale. Supprimons cette Pour Kant. si les que nous avons du
représentations
nécessité en pensée. et espérons que nous allons tomber sur monde n't-Etaient pas gouvernées par des connexions néces-
une absnrdité. Nous aurons alors démontré par voie apago- saires ce qu"il nomme les catégories, et dont fait partie le
-

gique ce qu'un tentait en vm d'établir en mobilisant un prin- principe de causalité -. le monde ne seraitqu'un amas sans
cipe métaphysique dïiniformité. Notre pari est qu°il va nous ordre de perceptions confuses. qui ne pourraient en aucun
aniver ce qui est arrivé aux géomètres pour le postulat d`Eu- cas
Fexpéricncc d`unc conscience þÿuniûée.
constituer ljidée
clide: nous allons peu à peu découvrir que cet univers non- même de conscience et d'expérience exige donc, selon lui.
causal est un univers aussi susceptible de cohérence que une structuration de la représentation capable de faire de
Punivers causal. aussi capable que cc dernier de rendre compte notre monde autre chose qu'une suite purement accidentelle
de notre expérience présente; mais, de surcroît.allons Lien les autres. C`est la thèse
nous
d'impression5 sans unes aux

découvrir que c'est un univers délivré des énigmes inhérentes centrale de la déduction dite objective des catégories, dont
à la croyance en la nécessité physique. Autrement dit. nous
l'enjeu légitimer Fapplication des catégories à Pexpé-
est de
n'allons rien perdre à passer d°u11 univers causal à un univers Iience (c`est-à-dire des connexions universelles. présuppo-
non-causal tien, sauf des énigmes.
-

sées notamment parla physique). ll n'y a pas de conscience


Or, on voit tout de suite qu`uue telle démarche va se heur- sans science possible des phénomènes. parce que l`idée
ter de þÿûontà la solution zranscendantale. En effet. comme même de conscience suppose l`idée d'une représentation
on l'a dit. la démarche de la déduction transcendantale unifiée dans le temps I. Or. si le monde n'était pas domine
consiste précisement en un raisonnement par 1`absurde qui
conclut de Fabsence de nécessité causale à Ia destruction de l. La déduction objective des catégories constitue, dans la première -édition
toute
dela Critique, la troisième section du chapitre || cle I`Anaiytique des concepts
représentation. Or, nous prétendons au contraire que (op. cir.. p. [BB-1516: AK. I',p.l56-95) eL.d:.u1s l'édition de þÿl787'.c-Supe-daris
la suppression en pensée de la nécessité causale n`aboutit la deuxieme section du même chapitre, les ti 15 a 24 plus spécialement
-

les § 20-21 .lfbitl-. p. lil?-2i32 AK. Ill. p. 107-1221.


pas nécessairement à une conséquence incompatible avec
encore

Pour un commentaire linéaire de la déduction objective de l?8l.


les conditions de la représentation. Mais. par là méme, notre
cji J Rivelaygue, Ifgrons iii* HîÉl¿];)if1_)'.'|'ÎL]II£ alimrartde, Grasset- l992. tome [L
_

problème peut se formuler plus précisément encore: pour p. llö-124.

126 127
APRÈS LA FINIT UDE LE PROBLÈME DE HLME

par des lois nécessaires. il se fractionnerait pour nous en 3. En conséquence. les lois peuvent se þÿmodiûer
ne sans

expériences sans suite. dont ne saurait en aucun cas dériver raison: autrement dit. les lois sont nécessaires.
une conscience au sens
propre. La nécessité des lois est
donc un fait indiscutable. des lors que 1*on en fait la condi- Nul ne peut contester la proposition 2. qui énonce le fait de
tion même d'une conscience. stabilité (en effet manifeste] de la nature. Tout l`ei`fort d`éva-
On ne peut sans doute qu'accorder Ie caractère imparable luation de ccttc inférence doit donc porter sur Févaluation
d`1m tel raisonnement «conditionnant» -
mais en ajoutant de Pimplication l : car si cette implication était þÿ<<falsiûable : :.
aussitôt quiil ne faut l'accorder sans discussion qu'à s`en alors l'in férence elle-même tomberait par défcction de l'nne
tenir à la notion de stabilité. et nullement à celle de néces- de ses prémisses. Cette implication conclut de la crmfingerzce
sité. En effet. le seul fait indiscutable mais des lors tauto-
-

des lois c`est-à-dite de leur possible changement à lafré-


-
-

logiquc que l'on peut accorder sans examen à Kant est


-

QZIEHCF ryffecrive de leur changement. C'est pourquoi on la


celui-ci: la condition de la conscience comme de la science
nommcra1'inzplicationfréqzzeiznelle_' ce n`est qu`à tenir pour
de la nature est la stabilité des phénomènes. Ce fait de stabi- vrai une telle implication du changement possible au chan-
lité. et son stamt de condition dc la science comme de la gement fréquent. que l`on peut considérer conune vraie liin-
conscience. nul. bien entendu, ne saurait le contester. Mais. férence nécessitariste. Pour disqualiñer cette inférence. il faut
il n`en est pas de même de Hnférence que nous nommerons et il suntt d'établir cn quoi. et selon quelles conditions pré-
désormais «liingférencc þÿnécessita1iste : à
:: savoir que la sta- cises, cette implication peut elle-même être rejetée.
bilité des lois présuppose elle-même, comme sa condition
Comprenons bien, tout dabord. que Fimplication fré-
impérative. la nécessité des lois. C'cst une telle inférence quentielle supporteaussi bien Fargument kantien en faveur
dont il nous faut maintenant examiner la structure et les pré- de la nécessité causale que la croyance commune en une
supposes. telle nécessité. þÿAûirmer.
comme liopinion commune, que si

les lois étaient contingentes «cela se þÿsautait : ou


:, affirmer
Pour quelle raison peut-on inférer du fait incontestable de comme Kant que cela se saurait si bien que nous ne saurions
la stabilité des lois de la nature. c"est-à-dire de la stabilité rien, c'est dans les deux cas soutenir que la contingence
plus
jamais mise endéfaut de son principe d'uniformite. la des lois aurait pour conséquence une modification des lois
nécessité d`une telle uniiormité ? Quel est le raisonnement naturelles suffisamment fréquente pour qu'elle se manifeste
qui permet de passer d`un fait de stabilité, en effet très gêné- dans Pexpérience. voire détruise toute possibilité de l`expé-
ral puisque semble-t-il jamais mis en défaut jusqu°à présent. rience. Les deux thèses. commune et kantienne, s'appuient
à une nécessité ontologique? L`infórence nécessitariste le même argument: la
qui sur
contingence implique le change-
supporte un tel raisonnement se formule ainsi: ment fréquent -

divergent entre elles que par l'intensite


et ne
1. Si les lois pouvaient effectivement se modiñer sans rai- de la fréquence iniérée de la contingence (ñéquence basse
son si. donc. les lois tfétaient pas nécessaires
-

elles se
-

mais manifeste polir la thèse commune, ou haute fréquence


þÿmodiûeraient frëqnemniertt sans raison. dcstruclzrice de la manifestation pour la thèse kantienne). Il
2. Or, les lois ne se modifient pas fréquemment sans rai- nous faut donc nous atturder sur une telle implication. et
son. nous demander ce qui peut la rendre si évidente que Kant
128 129

.it I
APRÈS LA FINITUDE LE PROHLEIHE DE HL'l\-112

semble þÿFeûectuersans jamais la justifier- mais on en dirait dit Vemes lui-même. qui nous met ici face åt la contingence
autant du sens commun ou de la plupart des partisans de la -
et c'est au contraire Yexpéricnoe qui lui oppose une néces-
nécessité physique. sité. Lfénigme est en effet qu`a priori «cent événements
C`est en ce point de l'analyse que l`ouvt'a_ge de Jean-René þÿ : :écrit Hume
þÿdiûïérents et même. pourrait-on dire comme
-

Vemes, Critique de ia raison aiéatoirek va nous être pré- Vernes. «un nombre pratiquement þÿinfini' :tfévénernents
:
cieux. Le mente de ce bref essai. écrit avec une concisíon différents pourraient résulter d`une même série de causes.
-

digne des philosophes du þÿXvuû


siècle. réside en effet en ceci ceteris paribas. A priori les boules peuvent indifféremment
,

qu`il exhibe la nature du raisonnement implicitement admis se comporter de mille et mille manières différentes mais -

par Hume comme par Kant lorsque ceux-ci considèrent dans Fexpérience. un seul de ces possibles. chaque fois.
à
comme allant de soi la nécessité des lois. Mais pour Vernes. est effectué: celui qui se conforme à la loi physique des
précisons-le tout de suite. ce raisonnement est légitime il -

chocs.
tient donc pour fondée la croyance en la nécessité des lois
qu`est-ce qui me permet de conclure þÿatpartir
Mais alors, -

physiques. Son projet consiste à expliciter la nature d'un de cette différence entre l`a priori et Fexpérirnental que -

raisonnement encore implicite chez Hume et Kant. pour c'est l`a priori qui est faux. et non Fexpérience qui est illu-
mieux saisir le sens de sa vérité. Or, pour nous, ]*interêt de soire? Qu'est-ce qui me permet d'afl`irmer que c`est la
sa thèse tient au contraire en ceci qu'en désenfouissant ce constance de l`expérience qui m'ouvre à une nécessité
raisonnement en exhibant sa nature véritable
-
Vernes va -

authentique. et non l'a priori il une contingence véritable?


nous permettre de decouvrir ce qui en constitue le point Ce qui, très exactement, permettrait ã un joueur de soupçon-
faible. ner (pour ne pas dire plus) qu`un de tombant toujours sur la
La thèse de Vernes est la suivante: Finférence qui nous même face est très probuåwterttent truqué. Donnons-nous en
fait implicitement passer dela stabilité des lois à leur néces- effet ensemble tfévénements. configurés de telle sorte
un
sité consiste raisonnement probabiliste. et probabiliste
en un
qu`il n`y ait a priori attcztne raison pour que l'un d'entre
au sens mathématique du terme. Rappelons-nous le texte de eux se produise plutôt qu`un autre. Tel est le cas d'une pièce

Hume, précédemment cité. sur les boules de billard. Ce ou d'un dé supposés parfaitement homogènes et Symé-
texte contient. selon Vernes. ä la fois la source explicite - -

ttiques, et dont nous pouvons supposer a priori que l°une de


du probleme de la causalité et le principe -inaperçu de sa -

leurs faces n*aura pas plus de raison d'apparaître après un


solution rationnelle. D`où vient en effet le problème? De
jet supposé non-biaisé. Lorsque. armés de cette hypothèse.
ceci que les possibles a priori. «imaginaires ou. plus þÿ : : -

nous tentons de calculer nos chances pour qu`un événement

généralement. les possibles concevables (non-eontradic- tel résultat du


se produise (tel ou jet du dé. ou de la pièce).
toires) þÿdiûèrent
-

massivement des possibles expérinzen- nous implicitement le principe a priori sui-


admettons donc
taux. A rebours de þÿFidentiûcation lranticnne de l'a priori à vant: ce qui est égnientent pensable est égaletnerzr possible.
la nécessité. et de l`en:tpirie à la contingence. c'est l'a priori .
C`est une telle égalité quantitative du pensable et du pos-
sible qui nous permet tfétahlir un calcul sur la probabilité
1. Critittrre de la raison aléatoire. mi iJs'$ct1rIf's contre de
Kant. þÿpnûfnce
Pau] þÿRicSur.
Aubicr. l982. l. Critique de in ruiwn rJiét1toEnt'. Up. cif.. [L 45.

130 131

t"
.lt
APRÈS LA FINITUDE
LE PROBLÈME DE HUME

ou la fréquence d'un événement


lorsque nous jouons à un
au jour par Vernes: si les lois étaient effectivement
jeu de hasard: parce que deux événements n'ont. dans cer- contin-
taines circonstances gentes, il serait aberrant au regard des lois mêmes qui Iêglë'
répertoriées. pas plus (d 'un «plus pro» þÿ : :
sent le hasard que cette contingence ne se soit jamais
prement rnatliématique) de raisons d`a1rivcr l'un plutôt que manifestée. Il doit donc y avoir une raison nécessitante
l`autre (résultat d`un jet de dé. d'un
jet de pièce. d`une rou-
lette en rotation. etc.). alors jc dois quoique cachée comme il devait y avoir une bille de plomb
-

poser qu`ils ont positi- «nichée þÿ : :dans le dé capable d'expliquer une telle stabilité
-

vement autant de chances de se produire effectivement. et


du résul tat.
en tirer des estimations elles-memes calculables
quant à Le principe implicite qui régit 1'inférence nécessitariste
la probabilité d'événements complexes constitués tout
nous apparaît alors clairement: celle-ci consiste à étendre le
entiers de cette équi-probabilité initiale
(chance que se pro- raisonnement probalailisre que le joueur applique à un évé-
duise un double six.
que le «U» sorte trois fois de suite à la nement interne à notre univers
roulette. etc.). (le jet du dé et son résultat)
à notre univers lui-même. On peut en effet reconstituer ainsi
Mais supposons maintenant que le dé avec
lequel nous un tel raisonnement: je fais de notre Univers physique tm
jouons depuis une heure soit
toujours tombé sur la même cas parmis une immensité d'Univers pensables (non-contra-
face. Nous nous dirions. en vertu même du suivant
principe dictoires), mais régis par des lois physiques différentes: des
lequel des événements egalement possibles sont également
univers où le choc des boules de billard. au lieu d°obéir aux
probables. que cela a de très faibles chances d'être le résul-
lois qui régissent notre propre univers. lesfait þÿS! ¬I1VOlG'1'l'l]1'lB
tat d'un hasmd Une
authentique. cause pcnserons-nous alors et l'autte. les fusionne. les transforme en cavales immaculées
(pat exemple une bille de plomb cachée dtms le dé) doit être
à l'o:uvre. qui nécessite ce résultat mais plutôt boudeuses, en lys rouge-argent mais plutôt
unique. Or. supposons affables. ete. Je construis donc mentalement un «Univers-
maintenant que lc de avec lequel nous
jouons tombe sur la Dé þÿ : :identifié à un Univers des univers. c`est-à-dire dont
même face, non pas
depuis une heure. mais depuis une vie
entiere. et même depuis mémoire d'homme. Supposons chaque face serait un univers régi par le seul impératif de la
que non-contradiction. Puis. pour une situation donnée dans
ce de. de surcroît. n`ait
pas six faces. mais des millions, des
Pexpérience. je fais rouler ce Dé dans mon esprit (je peme
trillions de faces. Nous retrouvons alors la situation de
aux suites concevables de
l`évéuen1ent): mais. à la þÿûn.
je
Hume devant ses boules de billard:
pour chaque événement constate que c'est
donné dans Pexpérience. nous concevons a toujours le même résultat (pour les
priori de très mêmes circonstances) qui se produit: cet Univers-Dé tombe
nombreuses successions empiriques différentes (un nombre
tellement immense qu'il paraît vain de le toujours sur « Univers-face et les lois du choc sont
mon þÿ : : -

déterminer) qui En toutes les occasions, cet Univers-Dé


nous paraissent également possibles. Mais nous « tombons þÿ : : toujours respectées.
«tombe sur le même Univers physique le mien, celui que
þÿ : : -

toujours sur le même résultat. c'est-à-dire sur les mêmes


effets résultant des mêmes causes. j`ai toujours observé au quotidien. Certes. ai-je dit. la phy-
Lorsque Hurne ou Kant
des choses nouvelles et
admettent comme allant de soi la nécessité des sique théorique peut nfapprendre
lois. þÿûs
rai-
inattendues l"Univers-face que
sonnent donc exactement sur j`occupe: mais cela ne
comme un joueur devant un de
consistera qu'en une connaissance
pipe. en tenant implicitement plus profonde de mon
pour valide Finférence mise
Univers, non en un changement aléatoire de l`Univers lui-
132
133

j ...tt
APRÈS LA FINITUIDE LE PRO!-ll.ÈMI-E DE HLFME

même. Ce demier n'a en vérité jamais


dérogé au principe exigés par la corrélation d*une conscience et d*un monde. La
d'uniforrnité: il m'a toujours donné le même résultat pour les nécessité est done prouvée par ce fait de stabilité infiniment
mêmes conditions initiales. Ijirnprobabilité de cette stabilité improbable qu'est la durabilité des lois de la nature, et 1°en-
du résultat paraît alors si abenante que je ne m'arrête même vers subjectif de cette durabilité c|u'cst la conscience d*un

pas à Fhypothèse qu'elle puisse être le seul fait du hasard. sujet capable de science. Telle est la logique de Pargument
J *en infère donc d'une inférence généralement trop rapide
-

nécessitariste, et plus spécialement de Finférence fréquen-


pour être seulement remarquée Pexistenec d'une raison
-

tielle qui le supporte.


nécessaire. mais d`une nécessité aussi bien extra-logique*
***
qu 'extra-marhémaúque. Cette nécessité supplémente en effet
inévitablement la nécessité demonstrative du logico-mathé-
manque. puisque cette dernière ne me présentait au crmtraire Avant d'aborder la réfutation spéculative de cette objec-
qu`un Univers-Dé homogène. c'est-à-dire dont
chaque face tion, il faut remarquer qu'il existe une réponse bien connue à
était également concevable. Je redouble done la nécessité des un tel argumentaire.
qui consisterait à montrer en quoi Fexis-
symbolisrnes logico-mathématiques, d'un second type de tcnce durable de notre monde peut bien être lieffet du seul
nécmrsiré réelle. physique seul capable de rendre raison
-
-

hasard. Son principe est le même que celui par lequel les épi-
(telle la bille de plomb dans le dé pipé) de ce «trucage þÿ : : curiens expliquent Fexistence apparemment finalisée des
manifeste du résultat. Libre ensuite à moi de nommer êtres vivants: on compare Fémergence des organismes les
þÿ<<matièrc : (comme
: le fait Vernes) ou « providence þÿ : : la plus complexes à un résultat aussi improbable que désiré
source de cette seconde nécessité: elle demeurera de toute (celui, par exemple, qui aboutirait à Pécriture de L'Iliade
façon un fait primordial et ã partir d`un lancer hasardeux de lettres sur une surface
énigmatique.
Bref: Finférence humo-kanticnue est un raisonnement donnée). résultat qui devient pourtant conforme aux lois
probabiliste appliqué non à un événement de notre Univers. du hasard si l`on se donne un nombre d'essais lui-même suf-
mais à notre Univers considéré lui-même comme le cas fisamment itnmense. On de même à
pos- répondra Pobjection
sible d'un Tout des Univers possibles. Le nerf de probabiliste précedenteque. notre monde. en sa structure
Pargumen-
tation consiste à constater Fimrnensité de l'écart hautement ordonnée, peut être le résultat d'un nombre gigan-
numérique
enne le possible concevable et le
possible expérimental. en tesque cfémergences chaotiques. ayant fini par se stabiliser
sorte d"en dégager l'aberration probabilitaire suivante pour configurer notre Univers.
(source de légitimité de Pimplication fréquentialistejz si les Nous ne pouvons pourtant nous satisfaire de cette réponse
lois pomfaient þÿeûecrivement
se nzodÿîer sans raison, il serait à Fargument nécessitariste, et cela pour une raison simple: à
þÿ<<inûnin1ent :>
improbable qu°elles ne se modifient pas fré- savoir que cette réponse présuppose elle-même la nécessité
quemment pour nc pas dire de façon effrénée. Et cela à tel des lois physiques. ]1 faut bien saisir. en effet. que la notion
-

point qu`il faudrait dire et ici nous passons de Hume à


-

même de hasard n'est pensable que sous la condition de lois


Kant non seulement 1'aurions déjà su, mais que
nous
physiques inaltérables. C`est ce que montre bien l'exemplc
-

que
nous n'aurions été la
jamais pour le savoir tant ce chaos
-

paradigmatique du lancer de dé: une suite aléatoire ne peut


aurait rendu impossibles l`ordre et la continuité minimales consumer la condition que le dé conserve sa struc-
se qu'à
134 135
APRÈS LA FLNHUDE LE FRUHl_È!t*lE DE HUME

ture d`un lancer a 1'autre. et que les lois qui permettent au lan- convaincrait personne: car elle accorde-rait précisément à
cer dc s'cftectuer ne se modifient pas d`un coup sur Feutre. Si que nous avons jusqifà pré-sent bénéficié d'un
þÿl`ol' :jecteur
le de implosait. devenait sphérique ou plat, multipliait ses tirage favorable. donc d'une chance qui pourrait tourner. et
faces par mille. etc. d`un lancer à 1'aut:re; ou si la gravitation aboutir incessamment à un résultat différent. Nous serions
cessait d'agir et si le dé s'envolait. ou au contraire était pro- ainsi plongés dans ce rapport au monde que nous avions qua-
jeté sous le sol. etc., d'un lancer à l`autre: alors. aucune lifté d'absurde, qui nous inciterait ã craindre à tout moment
suite aléatoire. aucun calcul de probabilités ne pourrait s'ef- un comportement désordotmé du réel.

Iectuer. Le hasard suppose donc bien toujours une forme de La réfutation de Pimplication fréqucntielle ne doit donc
constance physique: loin de permettre de penser la contin- pas consister à démontrer que la stabilité du monde est
gence des lois physiques, il n'est lui-même qu°un certain conforme aux lois du hasard: elle doit bien plutôt montrer
type de loi physique, une loi dite indétermiuiste. Ainsi, on que l contingence des lois naturelles est inaccessible au
voit bien chez Epicure lui-même que le clinamen, la raisonncntem aléatoire. Contrairement à une réponse de
petite
déviation aléatoire des atomes, presuppose Pimmutabilité type épicurien, nous ne devons pas, en etïct. accorder à
des lois physiques: la forme spécifique des atomes (atomes notre objecteur la légitimité de son raisonnement, pour ten-
lisses, crochus, etc.), le nombre de leurs espèces, le carac- ter ensuite de l`accotder à Fexpérience effective. Non. nous
tère insécable de ces unités physiques élémentaires, l`exis- devons þÿdisqualiûer ce raisonnement lui-même, en montrant

du vide. etc. tout cela n`est þÿmodiûé qu'i1 utilise indûment les catégories du hasard et de la pro-
tence jamais par le
-

ciinamen lui-méme. des conditions mêmes babilité en dehors de leur champ légitime d`appLication. 11
puisqu`il siagit
de son eiïectuation. nous faut. en d'autres termes, montrer qu'on ne peut appli-

Or, notre réponse à Pobjection nécessitaiiste doit pennetne quer de telles catégories aux lois mêmes du monde phy-
de concevoir un monde dépourvu de toute nécessité physique sique, et que le raisonnement probabiliste employé dans de
qui soit
compatible le fait de la stabilité des lois. 11 nous
avec telles conditions perd toute signification. Nous aurons alors
faut donc mobiliser un argumentaire qui ne redoublera ã montré en quoi la stabilité des lois peut se conjuguer avec
aucun moment la nécessité purement logique de la non- leur parfaite contingence, et cela apparemment contre toute
contradiction (que nous dérivée du principe de factua-
avons <<saine probabilité þÿ> :.Et nous l`aurons fait en ayant disquali-
lité. et qui est la seule que Hume accorde comme vérité a þÿûé la crainte absurde du désordre incessant. puisque cette
priori J d`une nécessité réelle, c`est-à-dire d'une nécessité ins- crainte s'appuic precisement sur une conception aléatoire
taurant un principe de préférence entre options également des lois physiques, qui nous fait considérer comme une
concevables. Mais la réponse aléatoire à Pobjection nécessi- chance extraordinaire la constance actuelle des représenta-
tariste introduit quant à elle un tel principe de préférence, tions. Autrement dit. nous devons élaborer un concept de
puisque pouvons toujours penser sans contradiction la
nous contingence des lois qui se distingue essentiellement du
modification des conditions déterminées qui permettent à un concept de Imsard.
processus hasardeux de s'effcctuer (par exemple: la modifi- Or, nous pourrions certes établir cette différence entre les
cation de la fonne du dé, du nombre de ses faces, des lois qui deux notions a l'aide de la seule remarque précédente sur le
président ã son lancer. etc.). Ajoutons que cette réponse ne hasard: a savoir, en soutenant que la contingence des lois ne

136 137
APRÈS LA FISH UDE LE PROBLÈME DE HUME

peut être confondue avec le hasard. puisque le hasard sup-


pose, quant à lui, un ensemble préalable de lois qui en per-
mettent l'etTectuation. On pourrait donc soutenir qu`on ne

peut soumettre la contingence des lois aux catégories du Pour contrer Fimplieatiou fréquentielle. il nous faut com-
hasard. puisqu`une telle contingence peut affecter les condi- mencer par repérer quel en est le présupposé ontologique
tions mêmes qui permettent à des événements hasardeux de essentiel. Cette implication. en effet. n'est vraie que dans un
se produire et d`ei-Lister. On disqualiñerait de la sorte l'im- cas très précis, et selon une hypothèse ontologique singuliè-

plication frequentielle qui raisonne sur les lois


comme si rement forte, puisqu'el.le conjugue l°être du possible et l`être
elles étaient le résultat d`un lancer aléatoire, sans voir que du Tout. Car ce raisonnement probabiliste n`est valable qu`à
les lois sont la condition d'un tel lancer. Pourtant. sans être la condition que le possible a priori soit pensable sur le
inexacte en son principe, une telle réponse sentit décevante. mode d`une totalité numérique.
Elle se contenterait en effet de mettre la contingence à l"abri L`implication fréquentielle n'a. certes. pas besoin de déter-
d'une réfutation déterminée. sans en approfondir pour autant miner préeisément le cardinal des possibles concevable-s pour
le concept. On se contenterait de dire ce que la contingence << fonctionner þÿ : :et demeurer légitime: plus le nombre de ces

n`est pas (Le. le hasard). sans þÿproûter


de l'objee-tion nécessi- possibles concevables est supposé excéder le nombre des
tariste pour tenter de dire plus précisément ee qu'elle est.
possibles expérimentés, plus l`aberration probabiliste sera
Or, Fontologie factuale n`a pas vocation à être une « ontolo- forte. et il est dans tous les cas évident qu'il y a immensé-
gie négative þÿ :>:
nous ne voulons pas nous contenter de soute- ment plus de possibles concevables que de possibles expéd-
nir que la contingence telle que nous l'entendon.s n`est pas mentés. ll n"importe même pas de savoir si cette totalité des
accessible à tel tel type de raisonnement, mais nous vou- car l`in ñni n'est pas un obstacle
ou
possibles est þÿûníe ou þÿinûnie,
lons élaborer un concept de plus en plus déterminé, de plus à l'applieation des probabilités. Un objet. même directement
en plus riche, de cette notion. Toute þÿdiûîeulté
rencontrée par donné dans Pexpérienee, peut en effet m`offrir l'occasion
la spéculation faetuale doit donc se retourner en la recherche d`un calcul probabiliste sur Fintini. Cette infmité. liée au
d`une condition non-qm=t'conqne du Chaos. susceptible de caractere continu de l°objet considéré, n`annule pas la possi-
nous permettre de franchir Fobstacle. C°est le principe bilité d'opérer une évaluation positive de Yévéneinent recher-
même d'une raison émancipée du principe de raison: son ché. Prenons Fexetnple d'une corde homogène. de longueur
déploiement progressif suppose Fexbibition des propriétés déterminée, et subissant une ttaction égale it chacune de ses
positives et différenciées de l`absence de raison. Une réso- extrémités. 1] m`est possible de calculer la probabilité posi-
lution spéculative réellement satisfaisante du problème de tive qu`elle rompe en l'un de ses points. quoique ces points «

Hume devrait donc exposer en quoi pourrait consister une de rupture soient théoriquement en nombre þÿinûni
þÿ : : au sein

cortdirionprécise de fu stabilité rrzarzifestc du Chaos. Cette de la corde. puisqu'ils sont sans dimension þÿ : Il
<< :. þÿsuûitalors.
condition nous permettrait de pénétrer plus avant dans la éviter le paradoxe suivant lequel la corde ne saurait se
pour
nature d`une temporalité délivrée de la nécessité réelle. Or. les de la corde.
rompre en aucun de ses points (puisque points
allons le voir. telle condition existe, et elle
comme nous une
Suppggêg sans dimension þÿ : :.n'ont chacun. semble-t-il.
¢<

est de nature il s`agit en effet du þÿtramûni.


mathématique : qu"une chance sur l`ini"1ni d'êLre le point de rupture). de choi-
138 139
APRÈS LA Fl'NITLTDI¿ LE PROBI-Èbilï DE HIÎME

sir un segment dc cette corde. aussi petit


que désiré. pour que faces d`un dé. nombre de segments d"nne corde), on indi-
les probabilités puissent de nouveau s`y appliquer de façon recte par le détour d'une observation des fréquences d*un
-

aussi efficace que dans le cas où le nombre des possibles est phénomène donné. Mais. lorsque j`applique le raisonnement
un entier naturel '. probabiliste à notre Univers en son entier. je présuppose
Pour fonctionner. Fimplication fréquentielle n`a donc -

sans que rien dans Fexpérience ne puisse par hypothèse le


besoin que de supposer qu*íl y a bien une totalité de pos- démontrer qu`il est lé_gititne de considérer que le conce-
-

sibles concevables sans contradiction. puis de poser que vable constirue lui aussi une totalité de cas. Je fais une
cette totalité. quel qu'en soit le cardinal. est immensément hypothèse mathématiquc sur le concevable: j`en fais un
plus grande que Vensernbie des événements physiquement ensemble aussi immense soit-il. J'en fais Penscmble des
-

possibles. Mais c`est dire que. pour que Pinférence soit mondes possibles. parce QUE je considère a priori qu'il est
légitime, il faut que soit remplie une condition qui. elie. est légitime de penser le possible comme un Tout.
incontournable: à savoir qrfil y ait bien une totalité de pos-
sibles concevablcs. ll faut supposer qu'Lrn ensemble de Or. c'est bien une telle totalisation du concevable qui ne
mondes possibles (notre Univers-Dé de tout à Fheure) est peut plus désormais être
garantie priori. a Nous savons,
en

effectivement concevable. sinon inruitionnable. au sein effet. et cela depuis la révolution cantorienne de Pensem-
duquel nous pourrons alors opérer notre extension du rai- blisme, que rien ne nous pennet d`afEtrmer de la sorte que
sonnement probabiliste, des le concevable soit nécessairement totalisable. Car un élé-
objets internes à notre Univers
(le dé. la corde). à l'Univers lui-même. Car la condition ment essentiel de cette révolution a consisté dans la dérara-

pour qu'un raisonnement probabiliste soit pensable. c'est du nombre. détotalisation dont 1'ant:re
þÿlisaûon nom est:

que soit pensablc une totalité de cas au sein de laquelle þÿtransûni.


puisse s`opérer un calcul des fréquences qui consiste à En point, c',est Fceutme majeure d`Alain Badiou
ce -

et en
déterminer le rapport du nombre des cas favorables au
premier lieu L'Etre et l"Et'énemem' qui fut pour -
nous
nombre des cas possibles. Supprimez la notion d`ensembIe décisive. Une des thèses essentielles de Badiou est en eiïet
des cas. l'idëe d`un Univers-Tout dont sont tirés les événe- celle par laquelle il soutient- au travers de ses prescrip-
ments soumis à l"analyse, et le raisonnement aléatoire tions propres la portée ontologique du théorème de Can-
-

devient vide de sens. tor. de façon à dévoiler la pensabiliré mathématique de la


Le raisonnement aléatoire. c`est-à-dire la notion même de dérotalisatirm de l'être-en-rant-qu'être. Quoique nous n'i11-
hasard en tant que celui-ci est soumis au calcul des fré-
terprétions pas la portée ontologique de cette détotalisarion
quences. présuppose ainsi l`idee de totalité numérique. ã la façon dont le fait Badiou lui-même. c'est grâce à son
Lorsque la totalité est interne à notre Univers. celle-ci nous
projet singulier que nous avons trouvé les moyens de nous
est donnée dans Pexpérience de façon directe (nombre de extraire des conditions ontolo giques inhérentes à Pinference
nécessitariste. Car l'une des lignes de force de L"Etre er

introduction claire
I'Événemenr réside en la libération des limites de la raison
1._Pour une aux probabilités discrètes et continues
Á-'ippilqllë-'25 il I-lü nombre fini ou infini de C215 possibles). qï J.-L. Boursin,
Comprendre les þÿprobabtûrés. A. Colin. 1989. þÿt.Èu.ausenn.P=uûs.19ss.

140 141
APRÈS LA FINITUDE LE PROBLÈME DE IIUME

calculante par les mathématiques elles-mêmes geste plus


-

toujours plus grand que a þÿûît-il


a -
On peut donc
þÿirûnil.
puissant que la critique extérieure du calcul au nom d'un construire une suite illimitée d`ensernbles infinis dont chacun
régime supposé supérieur dela pensée philosophique. Par là. est de quantité à chaque fois supérieure à celle de l'ensemble
et par bien d`autres aspects de sa pensée. Alain Badiou a réin- dont il regroupe les parties succession que l'on nomme
-

vesti en profondeur les décisions inauguralcs de la philoso- suite des alephs, ou encore suite des nombres cardinaux
phie elle-même. car il n`est pas de scansion primordiale de Mais cette suite. quant à elle. ne peut être totalisée.
þÿtransûnis.
la philosophie depuis Platon qui n'en soit passée par une c*est-à-dire rassemblée en une «quantite» ultime. On saisit
recornpréhension de son alliance originaire avec les mathé- en effet qu'une telle totalisation quantitative. si elle existait.

matiques; il a aussi, CI'O}'0I`lS-TIOIIS, convoqué chacun à s'ex- devrait permettre son propre outrepassement suivant la voie
pliquer à neuf stn' le sens d'un tel lien privilégié entre ces If' des regroupements partiels: l'ensemble T (=Tout) de toutes
disetnsitfités. les quantités ne saurait « contenir» la quantité obtenue à par-
Nous avons pour notre part. dans un premier temps. tenté tir de Fensemble des parties de T. Cette «quantité de toutes
þÿd'ÊlIfidèle
¬ il un tel geste au travers de la thèse suivante: il les quantités» n`est donc pas posée comme «trop grande þÿ : :.
existe une voie mathematique susceptible de conduire à une
distinction rigoureuse de la contingence et du hasard. et 1, Prenons cxeniple simple. susceptible de donner au lecteur non-rnuLhé-
un

cette voie est celle du þÿLransûni. maticicn une plus precise du théorème de Canton Un ensemble b est consi-
idée
déré. dans 1`nXiomatic|ue ensemhliste. comme n.ne partie d.l1Il ensemble a si tous
Pour être le plus concis, et le plus clair possible. sur la
les éléments de .Ib appartiennent également å a. Soit tm cnscrnblc a (l. 2. 3).
=

question du
Lransfini, peut formuler les choses ainsilc
on c`e»Sl-å-dire un ensemble comprenant trois éléments. Soit b Fcnsemblc compre-
<< standard þÿ : des ensembles (ou théorie dite ZF. les parties cle a, ensemble note également pfal: quels sont les élé-
Faxiomatique : nant mules
ments de EJ? Lfensemhle h contient d`abo1'd les trois ensembles-sing.lc1ons il),
pour Zermelo-Fraenkel). progressivement élaborée dans la
(2), (3). Ces parties cle a ne sont pas identiques aux éléments de a (à Savoir: 1.
première moitié du Xx* siecle à partir des travaux de Cuntor. 2 et 3) mais aux regroupements de ces éléments dans des ensembles les Com-
contient comme l'une de ses propriétés les plus remarquables prenant eux. et eux seuls. Ce sont les parties minimales de a
-

qui ne C0111-
la pluralisation inelômrable des quantités infmies. intuitive- prennent qn`un seul des éléments de a. Puis viennent les parties au Sens plus
usuel du terme: celles qui component demi des trois éléments de a : (l. 2). [i .

ment, ce que l'on nomme le «théorème de Cantor» énonce 3). (2. 3). Enfin la partie maximale de rr. qui est identique à rx lui-même: (I. 2.
en effet ceci: donnez-vous un ensemble
quelconque. comp- 3). D'après la þÿdéûnition ensemblistc dc la partie. a est cn effet toujours partie
tez ses éléments de lui-même, puisque tous les éléments de a appartiennent bien å a. ll fautlrait
puis comparez ce nombre au nombre des
-

þÿenûnajouter à cette liste des parties dc a Fcnscmblc vide (dont la théorie stan-
regroupements possibles de ces éléments (par deux. par trois. dard pose Iiexistence et dont elle démontre Funicite). qui CSI une partie de tout
etc.. mais aussi les regroupements «par un þÿ : :,ou encore le ensemble. en ee sens que le vide. ne contenant aucun élément. nc contient pas
regroupement « par tous þÿ :>,identique à Fensernble en sa tota- d'élément qui nktppztrtienne pas également à un ensemble quelconque (sur ce
lité). Vous obtiendrez alors toujours le résultat suivant: Fen- point. L'Êm: er .i'É'éncn1enr, méditation sept. p. 100 sq.). Un compte élémen-
taire montre bien que, dans ce cas. pfrrl contient plus tfélémenls que a lui-
semble b des regroupements (ou parties) d`tm ensemble a est mëme (à savoir huit éléments. et non plus trois).
Le théorème de Cantur tire sa fonce t.i'avoir généralisé ce «tléborüemémw
d`un nombre cïéléments par lc nombre du ses regroupements à un ensemble
I. On peut ici se reporter aux méditations suivantes de þÿL`Êl!`et ¬ i`Événe*- quelconque. même þÿinûnicl`où1`impossiblc arrêt de la proliléraïion des quan-
-

ment: les méditations l ît 5. 7. il la 14. et surtout la méditation 2(1. qui porte tités. puisque tout cnscmblc supposé existant suppose qlfcxisle þÿûtlssibien son
sur la pluralisation des mulliplicités infinies. outrcpasserncnt quantitatif par Fenscmblc de ses parties.

142 143

1
þÿ¼ll.
APRÈS LA FINITUTJE LE PROBLÈME DE ITUME

pour être saisie par la


pensée: elle est posée comme n'exis- Ilaxiomatique ensembliste nous démontre, en effet, au
tant toutsimplement pas. Au sein de Faxiomatique standard moins une essentielle incertitude quant à l'être-Tout du pos-
des ensembles. le quantiñable, et même plus généralement le sible. Or. cette incertitude. à elle seule, permet une critique
pensable -les ensembles en général. ce qui peut faire l'objet déterminante de linférence nécessitaristc. en détruisant un
d'une construction, d`une démonstration soumise au seul postulat fondamental de colle-ci: si nous pouvons passer
impératif de la consistance -. ne constitue pas un Tout. Car ce immédiatement de la stabilité des lois à leur nécessité, c'est
Tout du pensable est lui-même logiquementinconcevable: parce que nous ne mettons pas en doute que le possible est
il donne lieu à contradiction. Telle est la traduction l'on a priori totalisable. Mais puisque cette totalisation n`est
que
retiendra ici du þÿtransûnj
cantorlen: le Tout þÿ(quannûable)
du elle-même, au mieux. que la résultante de certaines axiome-
pensable est impensable. tiques, et non pas de toutes, nous ne pouvons plus affirmer
La stratégie de résolution du problème de Hutne
peut que Timplication fréquentialíste vaut à coup sûr. Nous
alors s'énoncer de la façon qui suit. sommes dans Fignorance complète de la légitimité qu'il y a
Nous n`a;Efîrmons pas que l`a;siomatique intotalisante est à totaliser le possible, comme nous totalisons les faces cl* un
la seule possible (c'est-à«dire la seule pensable). En consé- dé. Une telle ignorzmce suffit alors à démontrer I 'illégiiimiré
quence, nous ne prétendons pas que le possible est toujours qu'iI y a à éteitdre le raisonnement aléatoire en dehors
intotalisable, quoiqu`il le soit dans l`axiomatiqne standard rfune totalité déjà donnée dans Fexpérience. En effet, si
des ensembles. Car nous ne pouvons nier a non: ne pouvons tr priori (par le seul usage d'une procédure
priori qu'il soit
egalement pensable que pensable
le soit une totalité. Que logictrmathérnarique) décider de Fexistence ou non d'une
Fintotalitë soit pensable au sein d'une axiomatique donnée totalité du possible, nous devons réduire les prétentions du
n'empêche en effet personne de choisir une autre axiome- raisonnement aléatoire aux seuls objets de l'expé1:ience, et
tique, telle que Pimplication fréquentielle y soit encore ne
pas Pétcndrc comme Kant le fait implicitement dans la
-

valide. Les axiomatiques sont par déduction objective aux lois mêmes de notre Univers.
hypothèse multiples et - *

la théorie standard des ensembles, aussi érninente soit-elle, comme si nous savions que ce dernier doit nécessairement
n`est que l'une d'entre elles. Il est donc à Tout d`un ordre supérieur. Puisque les dieux
impossible d'inter- appartenir un
dire a priori la possibilité de choisir une axiomatíque dans thèses (le possible estnumériquement totalisable. ou il ne
laquelle les mondes possibles constitueraient une totalité Pest pas) sont a priori pensables, seule Pexpérience peut
numérique déterminée et ultime. Mais moins doit-on
au nous permettre de nous assurer de la validité du raisonne-
nous accorder ceci: nous
disposons en tous les cas d'zme ment aléatoire. en portant garante de Feffectivité de la
se

axiomatique susceptible de nous offrir les moyens de penser totalité qui est nécessaire à son fonctionnement cela. Soit
-

que le possible est intotalisable. Or, le simple fait de pou- par expérience directe d`un objet supposé homogène (dé.
voir supposer la vérité d'une telle étude
axiomatique nous permet corde), soit par statistique (constitution de moyennes.
de þÿdisqualiûerPinférence nécessitariste, et avec elle toute de tréquences propres à type de phénomène répertorié). Les
raison de croire encore en Pexistence d`une nécessite des seules totalités dont noms disposons, et qui légitime-nt un tel
lois physiques se snrajoutant raisonnement aléatoire. doivent alors nous être données au
mystérieusement au fait de la
stabilité de ces mêmes lois. sein même de notre Univers c`est-à-dire par une voie
-

144 145
APRES La FlNI'l'lEDE LE F'RUi-ÊLÈMH DE HUME

expérimentale. La croyance de Kant dans la nécessité des droit exclut-il a priori la þÿpossibiûfé
que des lois contin-
lois se voit ainsi rócusée comme une prétention outrancière se modifient ru:-eurent si rarement à vrai dire que
genres
-

de la raison aléatoire à s`appliquer en dehors des seulcs nul n'aurait encore eu l'occasion de constater
ce type de
limites de Fexpcrience. modilication ? Ce ne peut être que du droit que lui fournit le
Car c`est bien une telle application illégitime des calcul des probabilités appliqué à notre monde en son
probabi-
lités en dehors des limites de notre expérience ensemble. et non ã des phénomènes donnés dans le monde
qui permet
à Kant d'étabIir à plusieurs reprises dans la Cri- donc de la totalisation a priori du possible dont nous
première
-

tique à
partir de Fhypothèse d`unc contingence des lois, la depuis Cantor, qu'ellc ne peut plus se revendiquer
-

savons,
nécessité de leur modification
fréquente. Ainsi du passage d'aucunc nécessité logique ou mathématique d'aucune -

suivant, où l`infón:nce de la contingence possible à la néces- nécessité, précisément, a priori 1.


saire fréquence de sa mise en oeuvre est particulièrement nette:
«Si l'unité de la synthèse d'après des concepts empiriques *=!<f-E1

<c'est-à-dire, notamment: l`application aux phénomènes de la


relation dc causaljté> était totalement
contirzgenre. et si ceux- Quelle a été notre démarche vis-à-vis du problème de
ci ne sc fondaient pas principe transcendautal de Hume. et dans
sur un
quelle mesure pûtll-Oli dire que nous en

l`unité, ii serait possible qzfune masse de phénomèrzes avons proposé une résolution 'J
vienne remplir notre âme sans que pour autant pû: jamais Nous sommes partis d'tu1e refonnulation du problème: au
en procéder aucune
expérience. Mais des lors disparaîtrait lieu de présupposer que Fhypothèse imaginaire de Hume sur
aussi toute relation de la connaissance à des
objets, étant
donné que la connexion d'après des lois universelles et
l. Cet þÿOuirepûãsetttettl
des limitctl iégilirnes de la raison aléatoire est tout
nécessaires lui ferait défaut: par conséquent, il
s`agirait aussi patent dans le fameux passage sur le cinubre. où Kant. venant du faire
certes d'une intuition vide de
pensée, mais jamais d'une Iïtypothèse dfune absence de nécessité des lois de la nature. en infere cc qui
connaissance. et donc ce rapport serait en resulterait pour cette nature: Si le cinabre était tantôt ten allemand bold :
«.=

pour nous comme


s'il n'était þÿrien1. : Kant ffhientôtn) rouge, tantot noir. tantûl 1éger.tantÖt luurtl. si un homme se chan-
: conclut ainsi. de la supposition
geait tantôt en telle tonne animale. tantot en telle autre. si au cours d`une très
d`une contingence effective des lois phénoménales. à des longue journée la campagne était couverte tantôt de fruits. tantôt tlc glace et dr:
modi iications du réel si désordonnées celles-ci en vien- neige, mon imagination empirique ne pourrait jamais obtenir l'oceasion de
que
recevoir parmi ses pensées. avec la représentation de la couleur rouge. le lourd
draient à détruire nécessairement la possibilité même de la
cinahre þÿ[...].»tjrãtíque
: de fu rriisuftprzre. op. fit.: AK. IV. p. ÎÎ8.
connaissance. voire de la conscience. Mais comment Kant Cest bien une modification fréquente þÿl<<ttnetr¿:slongucj0urt1Öc :*suiñsttnt
:
parvient-il à déterminer la fréquence þÿeûectittede la modi- à la production de noinhreux événements chaotiquest qui est ici posée comme
þÿûcationde lois supposées contingentes? Comment sait-ii la résultante de la cnntingettce des lois. ce que dévoile la fmulité même dc l'ar-
gument du cinahre. ll s`a_-gil en éi-isîl pour Kant. dans ce passage. de démonuer
que cette fréquence devrait être si extraordinairrmzenr qu'ii est absurde cfexpliquer. t.îUITtl"l't¢ le fait Hume. la nécessité objective des
importante. qu'elle détruirait la possibilité même d"une lois naturelles par notre Seule atîcùtitumancc subjective St celle-ci: car si une
science. la possibilité même d`une conscience? De telle nécessité objective ne préesistait pas à Thnbittnle que nous pouvons en
quel avoir. nous n`aurions jamais eu Foccasion. Selon Kant. de nous ttccoutttmer it

quelque événement que ce soit. faute ri'une régularité s.'¢ñrumme'r:r riurahir'


1.0p. trit.. p. l86: AK. IV. p. S3-84. Nous Soulignons. du donné empirique.

146 147
APRÈS LA FINITIJDE LE PROBLÈME DE I-IUME

les « événements différents þÿ : pouvant


Cúnt : résulter d'une même
séquence causale était une chimère qu'il s`agissait de réfuter,
nous avons recherche ce
qui nous empêchait au juste de croire
en la vérité d'une telle
hypothèse -puisque la raison semblait. On sait que les termes «hasard» (arabez az-salir), et «aléa-
au contraire et avec insistance. nous convier à l'admettre. Nous toire þÿ : :(latinz alfa) renvoient tous deux à des étymologes
nous sommes aperçus qu'il y avait, à la source d'un tel pré- voisines: << dé þÿ :,<<
:
coup de þÿdés : «jeu
:. de þÿdés : Ces
:. notions
supposé. raisonnement
un probabiliste appliqué aux lois elles-- convoquent donc les thèmes inséparablement liés. et non pas
mêmcs. raisonnement que rien ne permettait de þÿjustiûer dès opposés. du jeu et du calcul -

du calcul des chances inhérent


lors que sa condition le possible concevable constitue
-
à tout jeu de dés. Chaque fois que domine dans une pensée
un Tout n`était elleqnême qu*une hypothèse. et non une CET-
-

l'ident`cation de l`êtte au donc le thème du


hasard se þÿproûle
titutîe_ Dé-Tout (c'est-à-dire dc la clôture inaltérable du nombre des
De la sorte. nous niax-'ons pas positivement établi que le pos- possibles), celui de Fapparente gratuité du jeu (ludisme de la
sible était intotalisable. mais nous avons dégagé une altemative vie. du monde reconnu en sa þÿsuper-ûcialité supérieure). mais
entre deux options -

le possible constitue/ne constitue pas un aussi bien celui du froid calcul des fréquences (monde de
Tout- dont nous avons toute raison de choisir la seconde: Passurance vie, des risques évaluahles, etc.). L°ontologie de la
raison. clôture des possibles nous place nécessairement dans un
toute
puisque cette seconde option nous permet préci-
sément de suivre ce que nous indique la raison -les lois monde qui répugne àla gravité en tant même qu'il ne prend
phy-
siques n`ont rien de nécessre sans nous embarrasser
-
au sérieux que les techniques de compte.
davantage des énigmes inhérentes à la première option. Car Le terme de contingence. en revanche. renvoie au latin
celui qui totalise le possible légitime Timplication
fréquen- comingere : arriver. c`est-à-dire ce qui arrive. mais ce qui
tielle, ct donc la source de la croyance en une nécessité réelle arrive assez pour que cela nous arrive. Le
contingent, c'est
dont nul,jamais. ne comprendra la raison: il soutiendra et en somme lorsque quelque chase arrive
enfin quelque -

que
les lois physiques sont nécessaires et chose þÿd,ûllI?' qui.
¬, échappant åt tous les possibles déjà réper-
que nul ne peut savoir
pourquoi ce sont ces lois et non d"autrcs qui existent de façon toriés, met fm à la vanité d'un jeu où tout, y compris l°in:t-
nécessaire. Celui qui. au contraire, détotalise le possible, peut probable, est prévisible. Lorsque quelque chose nous arrive,
penser une stabilité des lois sans la redoubler d'une énigma- lorsque la nouveauté nous prend à la gorge, ñni de calculer,
tique nécessité physique. On peut donc appliquer le rasoir et aussi bien fini de jouer -les choses sérieuses commen-
d"Ockl1am àla nécessité réelle: puisque celle-ci devient une cent enfin. Mais le point essentiel de
þÿFaiûfaire et qui
-

«entité þÿ : i: nutile pour expliquer le monde, on peut s`en passer, constituait déjà une intuition directrice de L'Em:* et I'Événe-
sans autre
dommage que Fabolition d'un mystère. La résolu- mem -

c'est que la pensée la plus puissante de Pévénement


tion du problème de Hume nous permet ainsi de lever un obs- incalculable et injouable est une pensée encore mathéma-
tacle essentiel à la pleine adhésion au principe de factualité, tique et non pas artistique. poétique ou religieuse. C'est
-

en écartant.
comme un sophisme désormais
répertorié, 1'ob- par le biais même des mathématiques que nous parvien-
jection transcendantale qui conclut toujours de la contingence drons à penser enñn ce qui, par sa puissance de nouveauté.
des lois au désordre effectd et hasardeux des déroute les quantités et sonne les ñns de partie.
représentations.
148 149

..Il>
APRÈS LA FKNITUDE LE Psfiutiaate UE Husttz

croire que spéeuler revient à decouvrir la raison derniere de


*F-È*
l'être-ainsi croit aussi bien que les questions métaphysiques
þÿn`oûrent aucun espoir de solution. Seul celui qui croit que

Nous pouvons ainsi, à la lumière des développements l'cssence de la rponse à un problème métaphysique consiste
précédents. saisir le sens général de la démarche factuale. à decouvrir une cause. une raison nécessaire. peut estimer. et
Notre projet peut en effet se formuler ainsi: nous entendons cela à bon droit, que jamais ees problèmes ne recevront de
substituer à la dissolution
contemporaine des problèmes solution. Discours des limites de la pensée, dont nous savons
métaphysiques précipitation mm-métaphysique de ces
une désormais qu'il procède du maintien dénié de la métaphy-
mêmes problèmes. Expliquons brièvement le sens de cette sique. La þÿûn véritable de la métaphysique se dévoile donc à
substitution. nous comme une entreprise visant à dégager de la dissolu-
Que feront beaucoup de philosophes contemporains tion le précipité des anciennes questions, enñn rendues à leur
(quoique de moins en moins) placés devant le problème de légitimité souveraine. Car c'est à mesure que nous résou-
Hume. ou la
question de savoir pourquoi il y a quelque drons les questions de la métaphysique que nous pourrons
chose et non pas rien ? ils chercheront généralement la façon comprendre Fessence même de celle-ci comme production
la plus efficace de hausser les épaules. Tls vous démontre- de problemes qu`elle ne pouvait résoudre sans abandonner
ront que votre question n'a rien d*énigtnatique, parce son
postulat fondamental : seul Fabandon du principe de rai-
qu`elle ne se pose même plus. Tls tenteront donc charitable- son permet de donner sens à ses problèmes.

ment, répétant sans se lasser le geste duchampo-wittgensteb Le factual consiste done à abandonner la démarche disso-
nien, de vous faire comprendre qu'i1 n'y a pas d'énig-me, lutoire comme démarche devenue elle-même périmée. Car
parce qu'il n`y a pas de problème. Dc tels philosophes pré- le postulat de la dissolution à. savoir que les problèmes
-

tendront dissoudre votre problème naïf» «


métaphysique.
-

métaphysiques ne sont pas des problèmes, mais des faux


dogmatique, etc. en dévoilant Ia source (langagière. histo-
-

problemes, des pseudo-questions constituées de telle sorte


rique, etc.) d'un tel questionnement vain. Ce qui les inté- qu'il n'y a aucun sens ft supposer qu'e1les pourraient
resse. à la rigueur. e'est de savoir comment il fut possible admettre une solution -

ce postulat s'affaisse à mesure que

(et comment il l'est encore vous en êtes la preuve) de


-

se nous savons renoncer au principe de raison. Les problèmes

poser de tels «faux problèmes þÿ : :. métaphysiques se révèlent au contmire avoir toujours été de
La ñn de la métaphysique þÿs'identiûc
encore largement à ce véritables problèmes, puisqu"ils admettent une solution.
genre de démarche dissolutoíre: il ne s"ag1t plus de se poser Mais ils ne le sont qu*à une condition précise et hautement
des questions métaphysiques, puisque celles-ci ne sont que contraignante: saisir qu'aux questions métaphysiques qui
des apparences de questions, ou des questions irrémédiable- nous demandent pourquoi il en est ainsi et non autrement
ment périmées, mais éventuellement des questions sur, ou à -

la réponse «pour rien» est une réponse authentique. Ne


propos de la métaphysique. Or, nous saisissons désormais plus rire, ou sourire des questions: «D'où venons-nous?
que la croyance contemporaine en Finsolubilité des ques- Pourquoi existons-nous ? þÿ : mais
:, ruminer le fait remarquable
tions métaphysiques n'es! que !'¢ÿj'èt :Time croyance perpé- les «De rien. Pour rien sont elïeetiveme-nt
que réponses þÿ : :

tttée en le principe de raison : car seul celui qui continue ã des réponses. Et découvrir, de ce fait. que ces questions

150 151
APRÈS LA FLNITUDE
LE PRCJBLÈME DE HUNIE

étaient effectivement des questions excellentes. de sur-


-

sement soutenue par le spéculatif. Mais on saisit que cette


croît. resolutionsupposerait cl'être en mesure de répéter pour la
l_l n`y a plus de mystère. non parce qu`il n"y a plus de nécessité mathématique ce qu`on a tenté de faire pour la
pro-
bleme. mais parce qu*il n' y a plus de raison. nécessité Il faudrait être de
logique. en mesure retrouver un

en-soi de type «cartesien þÿ> :,et non plus seulement de type


***
kantien: c`est-ãt-dire être de
légitimer la portée
en mesure

absolutoire de la restitution mathématique, et nou plus seu-


11 faut pourtant revenir sur la resolution avancée du lement logique. d`une réalité supposée indépendante de
pro-
blème de Hume. car celle-ci, àla vérité. ne peut réellement Fcxistence de la pensee. ll s`agirait d`étabLir que les pos-
nous satisfaire. Cette résolution. on l'a vu, est non-kantienne
sibles dont le Chaos -

qui est le seul en-soi -


est effective-
en son principe. puisque son projet est d'établir la pensabi- ment capable ne se laissent mesurer
par nombre, fini
aucun
lité d'une contingence effective des lois de nature. Mais on
et que cette sur-imrnensité du virtuel chaotique est
ou þÿinûni,
ne peut pas dire pour autant que cette résolution. parce que ce qui permet Fintpeccable stabilité du monde visible.
antitranscendantale eu son enjeu, est par elle-même pleine- Mais cette dérivation. ons°eu doute. ne pourrait qu`être
ment spéculative. Car si la thèse avancée était bien ontolo- beaucoup plus complexe que celle de la consistance. voire
gique, si elle prétendait bien statuer sur l*en-soi et non pas plus aventureuse, puisqu"elle consisterait cette fois à établir
seulement sur le phénomène, cela en soutenant la détotalisa- comme contingence un théorème
condition absolue de la
tion du possible, elle n'a pourtant été avancée
qn'à titre mathématique spécifique -

règle générale du
et non une
d"hyporhèse ontologique. Nous n'avons pas, en effet, établi logos. Il pounait en conséquence paraître plus sage de s*en
1'eftectivité de cette intotalisation nous Pavons seulement
-

tenir à la seule résolution hypothétique du problème de


supposée. et nous avons tire les
conséquences du fait qu'une Hume. puisque celle-ci semble suffire à écarter Pobjection
telle supposition était possible. Autrement dit. la résolution dela stabilité seul motif «rationnel þÿ : :pour
physique, ne pas
proposée du probleme de Hume. si elle pennet de ne pas abandonner franchement toute modalité du principe de rai-
renoncer immédiatement à l`idóe de la
spéculation faetuale, son. Mais un autre problème nous interdit une telle pru-
n'est pas elle-même engendrée, à titre de verité,
par un rai- dence: à savoir. précisément, le problème de Faucestralité.
sonnement spéculatif. Car une telle résolution
proprement Car ce problème. on l`a vu. imposait. pour être résolu. d`éta-
factuale du problème de Hume exigcrait de dériver du prin- blir catégoriquement lhbsoluité du discours mathématique.
cipe defmntalité lui-même Pintotalisation du possible. Pour Nous voyons donc, quoique de façon encore confuse, que
élaborer une telle solution. il nous faudrait en effet dériver deux problèmes paraissent desormais liés à la portée absolu-
le non-Tout á titre de F igure, àla façon dont on a
esquisse la toire du mathématique: le problème de Farchifnssile. et le
þÿd-ÊI`i*'E1ûDI1
de la COIJSÎSÎHIICE, Oll du « il Y þÿû : Cela fcviendmjt
:.
problème de Hume. Il nous reste ã les articuler clairement
à absolutiser le þÿtransûni comme on a absolutisé la consis- l`un E1 l`autre, en sorte de formuler précisément ce en quoi
tance: c'est-à-dire à penser celui-ei comme une condition devra consister la tâche d"une spéculation nou-métaphysique.
expresse de l'être-contingent, au lieu d'en faire seulement
une hypothèse mathématiquement formulée, et avantageu-
152
5
m

La revanche de Ptolémée

Le
probleme de l'ancestral_ité, ou de Farchifossile. tel que
nous l`avons
dégagé dans la première section, ressortit à la
question générale suivante: comment saisir le sens d`un
énoncé þÿscientiûquc
portant sur une donnée du monde posée
comme antérieure à toute forme humaine de rapport au
monde ? Ou. encore: comment penser le sens d`un discours
qui fait du rapport au monde vivant et/ou pensant un fait
-
-

inscrit dans temporalité au sein de laquelle ce rapport


une
n`estqu`un événement parmi les autres situé dans une
-

succession dont il n'cst qu`un jalon et non une origine?


Comment La science peut-elle simplement penser de tels
énoncés, et en quel sens faut-il attribuer une éventuelle
vérité à ceux-ci ?
Il nous faut maintenant préciser davantage la formulation
de cette question. Le problème de Parchifossile, en effet, nc
se restreint pas, à y regarder de plus près, aux énoncés
ancestraux. Car il concerne tout discours dont le sens inclut
un décalage temporel de la pensée et de l`ê.u*e: non seule-
ment, donc, les énoncés portant sur les événements anté-
rieurs à Fémergence de l`homme, mais aussi ceux portant
sur de
possibles événctnents ultérieurs à la disparition de
l'espèce humaine. Car notre problème se posera aussi bien
lorsque nous devrons déterminer, par exemple, les condi-
tions de sons d`une hypothèse concernant les conséquences
climatologiques et géologiques de la chute d`un météorc
155
APRÈS LA FINITUDE
LA R_E\-*a_NCH_e DE i='t_'0i_EM£B

supprimant toute forme de vie sur la Terre. Pour caractériser science qui nous importe -
donner sens à la possibilité du
en général de tels énoncés.
portant sur les événements anté- dia-chronique -

et non pas que possibilité


cette soit établie
ou
rieurs ultérieurs à tout rapport-terrestreau-monde, nous
ou
rejetée. Ijancestraiité nous a permis de faire saillir une þÿdifû-
emploierons donc le terme de dia-chronícizé visant de la -

culté dela philosophie moderne E1 penser un certain type de


sorte l`écart temporel entre le monde et le
rapport-au-monde discours de la science contemporaine: mais ce que nous
engagé dans la þÿsigniûcation même de ce type de discours. visons concerne ce qui nous parait âne une propriété. un trait
Ce sont ainsi les conditions dc sens des énoncés dia-chro- essentiel du galíléisme, c`est-à-dire de la mathématisauon de
niques engénral qui nous importent. la nature.
Or, cette interrogation ne concerne seulement.
pas en Pour bien saisir la nature de cette propriété, il
faut com-
vérité. certains énoncés de la science ou seulement un cer- investi le discours dia-clu'o-
prendre en quoi le galiléisrne a
-

tain type de recherches qui serait. par


exemple. restreint ã la nique d'une portée jusque-là inédite. On n'a certes pas
science des datations. Car c'est bien la nature de la science attendu la science expérimentale pour discourir de ce qui apu
expérimentale en général qui est en jeu, au travers dela dia- précéder Fexistencc del*hon1me cyclopes, titans ou dieux.
-

cbronicité. Le problème cle la dia-chronicité. en effet, n'est


Mais Pélément fondamental que présentait des 1'origine la
pas lié fait que la science a effectivement établi un écart
au
science moderne consistait en ceci que ces énoncés pouvaient
temporel l'être et la pensée terrestre. mais il consiste
entre
désormais s`iucorporer ãt un procès de c0nnaissance.1Îl$ Ces-
en ceci
que la science moderne dormait sens dès son origine saient de relever du mythe. de la théogonie ou des fantaisies
á une telle
possibilité. Ce n'est pas la question de fait qui d"auteur pour devenir des Ingnorhèses susceptibles d"être cor-
nous importe le fait que les énoncés dia-chroniques soient
-

roborées ou réfutées par des expérimentations actuelles. Par


þÿvériûésou réfutés mais la question de droit: c'est-ã-dire le
pas faire réfé-
-_
ce tenne d`<< hypothèse þÿ : n : ous tfentendons
statut d°un discours
qui donne sens à la þÿvériûcation ou àla
rence à un type þÿdïnvériûabilité particulier à ces énoncés.
réfutation de tels énoncés. La science, en effet. aurait
pu en Nous n'entendons pas, en c1air,l`iclée qu'aucune vérification
droit découvrir la synehronicité de l'hon1me et du monde
«directe þÿ : :ne serait par définition possible pour les énoncés
-

tien þÿnûnterrtisant
a priori la compatibilité d'une
physique dia-chroniques. les événements auxquels ils se réfèrent étant
mathématisée avec une telle
hypothèse (_nne espèce humaine
aussi ancienne que le cosmos)
précisément posés comme anté1:ieurs ou ultérieurs à l'exis-
mais cela n'aurait pas empê-
-.
tence de Pexpérience humaine. Cette absence de << vérifica-
ché que nous posions tout de même le problème de la dia-
tion directe þÿ : vaut
: en réalité pour beaucoup d'auttes énoncés
chronicité. Car le point essentiel consiste en ce que, même si
la science avait découvert cette synchronicité, elle l`aurait
scieutiñques sinon pour tous dès lors que très peu de
-

-.

pré- vérités nous sont accessibles par Fexpérience immédiate et


cisément décnmfeire. Ce qui þÿsigniûe que la science moderne.
que la science fait généralement fond non sur des 0bSEI`V&-
en rant
que science mathématisée. permettait d'ozn:z-fr la tions simples. mais sur des données déjà traitées et numéri-
question d'un possible écart temporel de la pensée et de l`être sées par des instruments de mesure de plus en plus élaborés.
-

d`en faire une hypothèse sensée. de lui donner un sens. de


En qualifiant du terme tfhypothese de tels énoncés, nous ne
la rendre traitable -_ que ce soit pour la réfuter ou
pour cherchons donc pas tant E1 affaiblir leur valeur cognitive qI1'à
la confirmer. Or. c*est bien cette capacité du discours de la
leur conférer au contraire leur pleine valeur de connaissance.
156
157
APRÈS LA FINITUDE LA REX-'ANCHE DE l-"l'(JLEMI¿E

Les sciences expérimentales sont en effet ce discours qui. vait déja géométriques les trajectoires astrales.
en termes

pour la première fois. donne sens ã l`idée d'une di.s*cu.s*.s'írm Mais cette description concernait la part «immédiatement
rationnelle portant sur ce qui a pu exister ou non avant notre géométrique du phénomène: on soumettait àla mathéma-
þÿ :>

émergence. et aussi sur ce qui pourrait éventuellement lui suc- tique la forme inaltérable d'une trajectoire. ou la surface
céder. Les théories sont toujours perfectibles. et amendables: déterminée d`une aire c'est-à-dire des étendues immobiles.
-

mais quïi puisse _v avoir de telles théories dia-chroniques est Galilée. lui. pense le mouvement lui-même en termes mathe-
le trait remarquable rendu possible par le savoir des modernes. matiques, et en particulier le mouvement en apparence le plus
Ll y a désormais sens à s"opposcr sur ce qu'il a pu y avoir changeant: le mouvement de chute des corps terrestres. Il
tandis que nous n`étions pas. sur ce qu"il pounait y avoir tan- dégage, par-delà la variation de la position et de la vitesse,
dis que nous ne serons plus et -

il y a moyen de préférer Pinvariant mathématique du mouvement- c'est-à-dire l°ac-


rationnellement telle hypothèse à telle autre concernant la célération. Dès lors, le monde devient mathématisable de
nature d"nn monde sans nous. part en part : le mathématis able cesse de désigner une partie
Mais si la science rend ainsi possible une connaissance du monde, essentiellement engoncée dans du non-mathéma-
dia-chronique, c'est donc parce qu'cl1e permet de considérer tisable (la surface, la trajectoire, qui ne sont que surface et
i'en.renzble de ses énoncés du moins de ses énoncés por-
-

trajectoire de corps mobiles), pour designer un monde désor-


tant sur Finorganiquc d'un point de vue dia-chronique. La
-
mais eapable d`autonomie: un monde où les corps comme
vérité ou la fausseté d'une loi physique. en þÿeûet,
n`est pas leurs mouvements sont descriptibles indépendamment de
établie au regard de HOTIE existence propre: que nous exis- leurs qualités sensibles saveur, odeur, chaleur. etc. Le
-

tions ou non þÿn'inûue


pas survérité. Certes, la pré-sence
sa monde de Pétendue cartésienne ce monde qui acquiert 1`in-
-

diun observateur, comme il se fait pour certaines lois de la dépendance d' une substance, ce monde que l`on peut desor-
physique quantique, peut éventuellement agir sur son effec- mais penser comme indifférent à tout ce qui en lui correspond
tuation: mais cela même qu'un observateur peut þÿinûuer sur au lien concret, vital, que nous nouons avec lui -, un monde

la loi est une propriété de la loi qui n'est pas supposée glaciaire se dévoile alors aux modernes, dans lequel il n'y a
dépendre de Texistence d'un observateur. Le point essentiel, plus ni haut ni bas. ni centre ni périphérie, ni rien qui en fasse
encore une fois, n'est pas que la science soit un monde voué à Fhumain. Le monde se donnait pour la
spontanément
réaliste puisque tout discours l°est aussi bien -, mais que
-

première fois comme capable de subsister sans rien de ce qui


la science déploie une procédure de mnnaismnce de ce qui fait pour nous concrétude.
sa

peut être tandis que nous ne sommes


pas et
que cette pro-
-
Cette capacité de la science mathérnatisée capacité théo-
-

cédure soit liée à ce qui en constitue l"ori§nalité: la mathé- risée dans toute sa puissance par Descartes à déployer -

matisation de la nature. un monde séparable de l`l1onu:ne. est bien ce qui a permis


Tãchons, sur ce point. d'être plus précis. Quelle fut la Papparentement essentiel de la révolution galiléenne et dela
þÿmodiûeation essentielle apportée par Galilée dans la com- révolution copernicienne. Par le terme de révolution coper-
préhension du lien qui unissait les mathématiques au monde ? nicienne, nous la découverte
n`entendons pas tant, en þÿeûet,
La description géométrique desphénomènes n*avait évi- astronomique de Pexcentrement de Pobservateur terrestre au
demment rien de nouveau : ainsi Fastronomie grecque ÖÉCIÎ- sein du systeme solaire, beaucoup
que þÿl`e: ::centrement plus

153 159
A PRÈS LA FINITUDE LA REVANCIIE DE PTOLÉMEE

fondamental qui a présidé à la mathématisation de la nature: Précisons le de cette proposition. I'ai dit que 1°-énoncé
sens
ci savoir Fexcentremenr de Ia pensée par rapport au monde dia-chronique renvoyait å l'es sence même de la science
au sein du procès de la connaissance. La révolution moderne. en tant que celle-ci permettait d'introduire de tels
galiléo-
copernicienne a en effet consisté dans le fait que ces deux énoncés dans lc champ de la connaissance plutôt que du -

événements excentrement astronomique et mathématisa-


-

mythe, ou de la proposition gratuite. Ces énoncés rfafñrnient


tion de la nature ont été saisis par les contemporains
-

certes pas qu°auc-un autre rapport au monde que le rapport


comme des événements profondément þÿuniûés. Et cette unité humain puisse exister: on ne peut démontrer que les événe-
consistait en ceci qu`un monde mathéniatisé portait en lui ce ments dia-chtonjques n`ont pas été les corrélats d`un rapport
que Pascal au nom du libertin. diagnostíquait comme Fêter-
. non-humain à leur existence (qu`un dieu ou un vivant n"en
nel et effrayant silence des espaces þÿinûnis: c*est-à-dire la ontpas été les témoins ancestraux). Mais de tels énoncés sup-
découverte d"une puissance de persistance et de pérennité du posent que cette «question du témoin» est devenue indiffé-
monde que n'aFfectait en rien notre existence ou notre inexis- rente à la connaissance de Pévénement. En clair: le déclin du
tence. La
mathématisation du monde portait en elle-même, corps radioactif ou la nature de Pémission stellaire sont
.

dèsl'o_rigi11e.la possibilité de dégager la connaissance d`un décrits de telle sorte qu`ils doivent être supposés adéquats à ce
monde devenu plus indifférent que jamais à Fexistence que nous parvenons ã en penser. sans que laquestion de savoir
humaine, et donc à la connaissance même que l'hon1n1e pou- s`il y en a eu témoin ou pas importe à la pertinence de la des-
vait en avoir. De cette façon, la science portait en elle la cription. Ou. pour mieux dire: ce déclin et cette émission sont
transmutation possible de toute donnée de notre expérience pensés de telle sorte qu'ils auraient été identiques à ce que
en objet dia-chronique: élément d`un monde se donnant à
en nous en pensons, même si la pensée humaine n'était jamais
nous comme indifférent. pour être ce advenue pour les penser. C'est en tout cas une hypothèse pos-
qu'il est. au fait d'être
donne ou non. La revolution galilco-copernicienne n'a ainsi sible. ît laquelle la science peut donnersens. et qui renvoie à
d`autre sens que le dévoilement paradoxal de la capacité de la sacapacité générale à énoncer des lois indépendamment de la
pensee à penser ce qu'i1 peut y avoir, qu'il y ait
pensée ou question de l`exismnce d"un sujet connaissant.
non. La
désolation, le délaissenient instillés par la science
modeme dans les représentations que 1'homn1e pouvait se de döpotoir subiurtaíre dc 1`Univt:rs. Sur ce
point. cf Remi Braguc. la Sagesse
faire de lui-même du monde. Histoire de .i'e:tpt'7rience Fmrsraine de I`unñ'frs, Fayard. 1999, p. 219.
du cosmos n°ont pas de cause plus fon-
et
Lc boulcvcrscmcnt progressivement induit par la mathómatisatíon de la
damentale que celle-ci: la pensée de la contingence dela pen- nature est bienplutôt dû ii la pcrtc de tout point dc vue prixilógié. de toute hié-
sée pour le monde. la pensée devenue possible d'un monde rarchisation ontologique des lieux.. I_'hommc ne peut plus investir lc monde
du sens qui lui permet d'habitcr son environnement: lc monde passe de
se passant de la pensée. essentiellement inaffecté par le fait se

1`hon:|mc. Yhotnmc devient tc dc trop þÿ :«.comme dit Sartre.


diêtre pensé ou nonl.
Ajoutons que nous entendons par gtlíltîismc le mouvtzmcnl général de malhe-
malistttion de la nature initié par Galilée non la pensée au sens suicl de ce def-
-

nier. cocuzr: ptïnélróe de pltltonisme el ne rompanl pas å elle seule avec la


1. La þÿûn
de la cosmologie ptoiémaïquc: nc signifie pas, comme on lg dj: conception que les Anciens se litissicnt du cosmos. Sur ces points- nztathémansa-
souvent. que Fhommc sc serait senti htlmilié parce qu`il aurait cessé de se tion de la nature à Tiîge :no-tleme et pensée galiléenne les travato; dlalexandrc
-.

croire au centre (lu monde car une telle þÿKoynademeurent indispensables : Etudes* ti' histoire* de la pensée so'cnt{fîqm*, G21-
place centrale de la Terre était alors
-

considérée comme une place honteuse et non glorieuse dn Cosmos. une sorte limard, 1973. et Du monde clos d t"iu1m:r.t injïni, trad- R. Tarn Gallimard 1973.

160 161
APRÈS LA FlNl'i`UDl:2 LA REVANCHE DE PTOLÉMÉE.

Ijcxcentrement inhérent à la révolution copernico-gali- est bien connu. se revendique. dans la seconde
préface de la
léenne en passe donc bien par une thèse cartésienne, à Critique de la raison pure. de lu révolution de Copernic
savoir que ce qui est mathénzatiquernent pensable est abso-
pour établir sa propre révolution dans la pensée ': la révolu-
lument possible. Mais attention: l'absolu. ici. ne renvoie pas tion critique consistant a faire se régler non plus la connais-
à la propriété des mathématiques de viser un référent sup- sance sur l"objet. mais l`ohjet sur la connaissance. Mais on

posé nécessaire, ou inuinsèquement idéel, mais une telle sait aujourd'hui suffisamment que la révolution instruire par
absoluitó renvoie à ceci: il y a sens à penser (fût-ce sur un Kant dans la pensée est bien plutôt comparable à une
mode hypothétique) que tout ce qui dans le donné est «contre-révolution ptolémaïque þÿ : Puisqu`il
:. s'agit d`y affir-
mathématiquement descriptiblc peut persister que nom exis- mer non pas que Fobservateur que l`on croyait immobile
tions ou non pour en faire précisément un donné-à. un muni- tourne en vérité autour du Soleil observé. mais au contraire
festé-åt. Ce référent dia-chronique peut ainsi être considéré
que lc sujet est central dans le procès de la connaissanceï.
comme comtngent sans cesser d'êtr'e posé comme absolu .' Or. en quoi a consisté, et à quelle þÿûn a répondu une telle
il peut constituer un événement. un objet, une stabilité pro- la
révolution ptolemaïque dans philosophie ? A quelle ques-
cessuelle, dont il ne s'agit pas de démontrer la nécessité tion fondamentale la Critique a-t-elle convié la philosophie
inconditionnelle ce qui serait contraire à notre ontologie.
-

en son ensemble '? Eh bien. ã découvrir les conditions de


Mais. en revanche, le sens de Fenoneé dia-chronique portant pensabilité de la science moderne c'est-à-dire de la révo-
-

SUI un déclin radioactif plus ancien que toute vie terrestre lution copernícíenne au sens littéral et véritable du terme.
n`est pensable qu'à être considéré dans son indifférence En d'autres termes, le philosophe qui a placé au coeur dc son
absolue à la pensée qui l'envisage- Iiabsoluité du mathéma- entreprise la compréhension des conditions de possibilité de
tisable þÿsigniûedonc: possible existence factuelle en dehors la science moderne est aussi bien celui qui a répondu ã cette
de la pensee et non: nécessaire existence en dehors de la
exigence par l`aboLitiou de sa condition initiale: l'excenrr'e-
-

pensée. Ce qui est rnathématisablc peut être posé. à titre ment coperníco-galiléen inhérent à la science moderne o

d'hypoLhèse. comme un fait ontologiquement destructible donné lieu à une contre-rétfolutfon ptoléntaiique dans to plu'-
existant indépendamment de nous. En d°autres termes. la
losophie. Alors que la découvrait pour la première
pensée se
science moderne nous découvre la portée spéculative. fois. avec la science moderne. la capacité à dévoiler effecti-
quoique hypotliétique, de [Gute reforrnulation mathématique vement la connaissance d`un monde indifférent à tout rap-
de notre monde. Ijexcentrement galiléo-copcrnicion de la monde. la philosophie transceudantale exhibait
port au
science se dit ainsi: ce qui est mathématisable n'est pas comme condition de pensabíiité de la science physique la
réduclible à un corrélat de pensée. destitution de toute connaissance non-corrélationnelle de ce

même monde.
Mais ici apparaît alors un paradoxe, en vérité assez sai- Il faut bien saisir la « violence þÿ> :de cette contradiction, le
sissant. Ce paradoxe est le suivant: c`est que les philo-
sophes norttment «révolution copemicienne» la révolution
instruire par Kant dans la pensée. et dom le sens est l'e_ract l.Up.c.it..p.7E[AK.1]I. p. 12).
2. Sur ce
point. voir par exemple Alain Rcnsut. Krmt otrfotttzfíttti. op. fit..
contraire de celui que nous avons Kant, en effet, cela
þÿdéûni. p. 68-69.

162 163
APRÈS Là FINITUDE La REVANCHE DE Pr<n.Es1ÉE

nceud extraordinaire qu*elle paraît constituer: depuis la notre rapport au monde, à ce rapport lui-même. ll rabat 1'ex-
révolution kantienne, un philosophe «sérieux» se doit de eentrernent de la science sur une ce-ntrationqui en délivre la
penser que la condition de pensabiliré de !'excem'rement véritable. Et.
þÿsiguiûcation de la sorte. le
philosophe þÿaûirme
copemicien de la science moderne est en vérité la centra- avoir lui aussi effectué ce qu`il nomme après Kant ce qui, -

tion prolémaiigne de la pensée. Alors que la science décou- tout de même, est une formidable dénégation sa propre -

vrait pour la première fois à la pensée sa capacité à accéder «révolution þÿcope1nicienne : La:. révolution copernicienne.
ã la connaissance d'un monde indifférent à son rapport au en jargon philosophique. cela veut dire: le sens profond de

monde. la philosophie a répondu à cette découverte par la la révolution copernicienne de la science est la þÿcontre-révo :
découverte de la naïveté de son propre « dogmatisme þÿ : : lution ptolémaïque de la philosophie. C"est un tel «renver-
ancien, faisant du «réalisme þÿ : :de la sement du renversement que nous appellerons désormais
métaphysique précri- þÿ : :

tique le paradigme d`une naïveté conceptuelle décisivement la << schize de la philosophie moderne et qui renvoie à ceci:
þÿ : :

passée. Uère philosophique du corrélat répond à l'ère scien- ce n`est que depuis que la philosophie tente de penser dans

tifique de þÿl°e: :;centrcment,


et y répond comme sa solution toute sa rigueur la révolution dans l`ordre du savoir
qu'a
méme. Car c'est bien en réponse au fait même de la science constitué Favènement de la science moderne que la philoso-
que la philosophie s'est engagée dans les diverses modalités phie a renoncé à cela même qui constituait 1'essence de cette
de la corrélation: le fait de Vexcentrement þÿscientiûqnede la révolution: le mode non-eorrélationnel du savoir de la
pensée vis-à-vis du monde a déterminé la philosophie à pen- Science autrement dit son caractère émin emmenr spéculanf
_-

ser cet excentrement sur le mode d'une eentration sans ll faut s'attarder encore sur cette singularité étonnante de
pré-
cédent de la pensée vis-à-vis dc ce même monde. Penser la révolution kantienne, qui continue aujourd"hui à produire
pliilosophiquement la science, c`est depuis 1781 (depuis la bien des effets dans la «tribu þÿ : :des philosophes. Cette révo-
première édition de la Critique) soutenir que le ptolémoilwrze lution consiste, d`abord, à entériner de façon décisive la pri-
philosophique est le sans profond du copernicíanisme scien- mauté de la science la
métaphysique dans l`ordre dela
sur

tifique. C`est, en somme, soutenir que le sens manifestement connaissance. Kant pense. avec plus de radicalité qu'aueun
réaliste de la science moderne n`est qu'un sens apparent. de ses prédécesseurs. le passage de témoin de la métaphy-
secondaire. dérivé: une attitude «naïve þÿ : «naturelle
:, [101]
þÿ :>
_

sique à la science dans l`ordrc du savoir. Le «cocher de la


pas. certes, le résultat d'une simple þÿ«erreur : car
:. il est de connaissance þÿ : : devient, de l'aveu même du philosophe,
Pessence même de la science d'adopter une telle attitude -. Phomme de science et non plus le métaphysicien. Car la
mais, encore ime fois, une attitude seconde. résultant d'un métaphysique, depuis Kant. a révisé ses prétentions à possé-
rapport au monde primordial que le philosophe a pour tâche der un savoir théorique concernant des réalités comparables,
de déceler. voire supérieures. à celles de la science. Depuis Kant. les
Depuis Kant. penser la science en philosophe. c'est soute- philosophes admettent généralement que la science. et elle
nir qu'i.l existe un autre sens de la science que celui délivré seule. constitue la connaissance théorique de la nature,
par la science plus profond. plus originaire -. qui nous en aucune méta-physique spéculative ne
pouvant plus se pré-
-

délivre la vérité. Et ce sens


plus originaire est corrélation- senter cornme étant la connaissance d'une réalité supposée
nel: il rapporte les éléments en apparence indifférents ä plus érninente (cosmos, âme, ou Dieu) que celle qui nous
164 165
APRÈS LA FINITUDE LA REVANCIIE DE PTOLIÊMÉE

demeure accessible par les voies de la science expérimentale. dans un monde antérieur toute humanité, la philosophie
Mais ce passage de témoin de la philosophie à la science «sérieuse þÿ : :exacerbait. quant Et elle, le ptolemaïsme correla-
dans l'ordre du savoir a pris Fapparence d*un contresens ou. tiotmel inaugure par Kant. en retréeissant continuellement
si l'on veut. d*un contrepied. sans précédent dans la pensée: l'orbite des eorrélats, pour faire de cet espace toujours plus
c'est au moment où la
philosophie a pensé pour la première réduit le sens véritable du champ toujours plus large de la
fois clans toute sa rigueur la primauté du savoir de la science connaissance scientifique. A mesure que l`homme «de la
qu'eLle a renoncé pour elle-même à ce qui constituait le science» þÿintensiûait
Fexcentrement du savoir þÿseientiûque
caractère révolutionnaire de ce savoir: sa portée spéculative. en découvrant des evenements dia-chroniques de plus en

C"est au moment où la philosophie a prétendu penser son plus anciens. Phomme de la philosophie» réduisait l`es-
<<

passage de relais il la science c|u'eLle a renonce, comme à un paee du con-élat être-au-monde originairement fini.
vers un
<<
dogmatisme vermoulu þÿ : à:. sa capacité à penser Fobjet en « une époque de l`être. une communauté linguistique. une
soiþÿ : :
-

pensée qui, pour la première fois, aeeédait pourtant « zone », un sol, un habitat
toujours plus restreints mais-

au même moment au statut


possible de connaissance dans le dont le philosophe demeurait pourtant comme le maitre et
cadre de cette même science. La science. par sa puissance possesseur par la singularité supposée de son savoir spé-
d'excentrement. démontrait à la pensée sa puissance spécu- þÿciûque.A mesure que la révolution copernicienne donnait
lative, et la philosophie, au moment même où elle enterinait toute sa mesure. les philosophes intensifiaient leur propre
cette prise de pouvoir, le faisait par son renoncement à toute révolution pseutlo-copernicierme, en dévoilant impitoyable-
spéculation, c`est-à-dire par son renoncement à [Gute possi- rnent les naïvetés métaphysiques de leurs prédécesseurs, par
bilité de penser la nature d'une telle révolution. ll y a eu un rabattement à chaque fois plus rigoureux de la connais»

comme une
«catastrophe» dans
passage de témoin de la
ce sance sur la situation présente de l`homme. Et c`est ainsi

métaphysique à la science: la science copernicienne motivait qu'aujourd"hui les philosophes semblent n`avoir jamais
Yabandon par la philosophie de la métaphysique spéculative. autant rivalisé d'étroitesse ptolémaïque. en sorte de retrou-
mais cet abandon lui revenait comme une interprétation pto- ver le Sens véritable cl`un excentrement copemieien qui.

lémaïque de la science par la philosophie. La philosophie quant à lui. n'a jamais été aussi vaste et éclatant.
disait en somme à la science: vous tenez (vous. et non le
métaphysicien spéculatif) les rênes cle la connaissance, mais Que s'es:-il donc passé pour que nous en arrivíons là ?
la natureprofonde de cette connaissance est l`opposé même Que s'est-il donc passé dans la philosophie, depuis Kant.
de ce qu'il vous apparaît. En d`autres termes: la science, en pour que les philosophes et semble-t-il, eur seuls soient
- -

motivant la destruction philosophique de la métaphysique devenus incapables de comprendre la révolution eoperni-


spéculative, a détruit toute compréhension philosophique ciemie de la science comme une véritable révolution coper-
possible de son essence même. nieienne ? Comment se fait-il que la philosophie n°ait pas
Or, il faut bien dire que þÿ«schize : loin
cette :, de se résor- pris le chemin exactement inverse de celui de Fidéalisme
ber. n'a cessé depuis Kant de þÿ<<s`agg,raver : Car,
:. à mesure transcendantal ou phénoménologique, à savoir ceitti d'une
que la science nous découvrait le pouvoir effectif de la pen- pensée capable de rermfre compte de la portée non-c0rréIa-
sée à lancer des coups de sonde dc plus cn plus profonds tionnelle des matiiéiftariques, c*est-à-dire du fait même de

166 167
APRÈS LA FINITUDE LA RE'ANCH.E DE PTOLEMEE

la science, authentiquement compris comme puissance sensultime de la science, et comment il se fait qu`un tel
d"excentre-me nt de la pensée ? Pourquoi la philosophie, pour énoncé soit possible connue son sens ultime.
penser la science. a-t-elle versé dans un tel idéalisme trans- Le corrélationismese verra en effet condamné à ressaisir
cendantal au lieu de s'oricnter résolument. comme il aurait cette dia-chronicité du discours scientifique selon l'a1tcrna-
fallu. vers un matérialisme .~.'pét*u1anf? Comment se fait-il tive précédemment examinée :
que la question la plus urgente posée par la science à la phi- 1. Soit cette antériorité n'est effectivement antérieure à
losophie soit devenue pour la philosophie la question notte humanité qu'à titre de corrélat d`une pensée qui ne
oiseuse par excellence: comment la pensée peut-elle penser þÿsïdentiûcpas à notre existence empirique. On procède alors
ce qzlil peut þÿeûectivezrzezzry avoir Iorsqtfil n'y a pas de à une pérennisation du corrélat. comparable àla pérennisa-
pensée É' tion husserlienne de Vega transcendantal. supposé survivre
Car il ne faut pas s`y tromper: aucun corrélationisme. àla mort même de tous les ego empiriquesl.
aussi insistant que soit sa rhétorique antisubjectiviste, ne peut 2. Soit cette anténiorité possède pour sens authentique de
penser un énoncé dia-chronique sans en détruire le sens véri- n`être qu'une retrojection par la pensée présente d'un passé
table. et cela au moment même où il prétend en désenfouir le se donnant ã la pensée comme antéñeur à la pensée.

sens supposé profond. Le sens véritable de l`énoncé dia- Et du corrélat)


comme 1*opt:ion première (la pérennisation
chronique. en effet, est bien. comme on l'a vu. son sens litté- reviendrait ã un retour Et la métaphysique
(Fabsolutisation des
ral, en tant même que celui-ci doit être pensé comme son déterminations supposées pnimordiales de la subjectivité). le
sens le plus profond. Uénonce corrélationisme au sens strict se conclure toujours par une
dia-chronique a pour sens:
Pevénement x a eu lieu tant de temps
avant Pavènement de telle rétrojection du passé dia-chronique à partir du présent
la pensée -

et non pas,
remarquons-le bien : Févénement x a vivant de sa donation. De la sorte, la schize de la moderrtité
eu lieu tant de Pavènement de la pensée pour la
temps avant -

qui veut que le ptolémaïsme de la pensée Soit le sens pro-


pensée. Car le premier énoncé ue dit pas que Pévénement x fond du copernicianisme de la science -. cette schize arborera
s`est produit pour Ia pensée avant la pensée mais bien que
-

pour forme suprême un tel passé þÿ<<toumeboulé : resservi


:, et
la pensée peut penser que l'évenement x a þÿeûecûvement pu téemployé de bien des façons dans la pensée. La schize se dit
se produireavant toute pensée. et indifféremment à elle. Or,
corrélatiouisme I. Sur cette pérennisation itusserlienue de Fego. voir le texte hautement
aucun insistãt-il à þÿ1`iuûni
-

sur le fait qu'il


ne doit pas être confondu avec Fidéalisme subjectif d'un ágniñcarif de Husserl, puisque extubunt explicitement la réduction þÿptoltûque
du galiléisme de la science. inhérent ã toute démarche corrélationnelle:
Berkeley -, aucun coirélationisme ne peut accorder que le <<L'arche-originaire Terre ne se meuf pas. Recherches þÿiundïunenlûles sur l`o1:i-

sens littéral de cet énoncé est son sens le pl us profond. Et, de gine phénoménologique de la spatialité de la nature þÿ : :,in La Terre ne se meu!
pas, Ed. de Minuit, 1989, trad. IJ. Fmnck, D. Pradelle et J.-F. Lavigne. ll fau:
fait, une fois accordé qu`il n'y a aucun sens à croire que ce lire cn particulier le passage concernant Iînterprétanon phénoménologique de
qui ESI peut être pensé indépendamment des formes de sa Fhypothese d`une destruction de route vie sur Terre à la suite de ln chute d*un
donation à un êtte pensant, il n'est plus possible d'accorder ãt astra. p. 2.8-29.
1:
Quel sens peuvent avoir les rnasãeã S-'cffontlrant dans FES*
la Science que ce qu'elle dit est le dernier mot de ce qu`elle pace. dans espace préalable en tant c[u*ahsoIu, homogène eta priori si la
un

de constituante est hitïde Ê' En effet. une telle þÿbiûiure


elle-même n"est~elle pas
dit. 11 n`est plus possible de donner pour tâche ãt la philoso- le si tant
simple sous. est qu'îl y en ait. d`urte þÿhiûure
de et dans la subjectivité
phie de saisit dans l`énoncé dia-chronique de la science le constituante '? L`egrJ vit ct :. 28.
précède tout étant effectif et possible þÿ(_...) :< p.

168 169
APR es LA FINITUDE L.-i REV.-*tNCl-IE os PTULÉMÉE

ainsi sous sa forme ultime: le sens profond du passé anté- Eh bien non: car l précurseur n'est pas celui qui vient avant,
humain est sa rétrojection à partir d*un présent humain lui- mais celui dont les successeurs ont affirmé après qu'il venait
même historiquement situé. Alors que la science nous avant. Donc le précurseur comme précurseur vient après les
découvrait. avec la mathématisation rigoureuse de la nature, successeurs. Oui. étrange savoir des philosophes qui semble
_ .

un temps capable de nous abolir de


émerger
ou nous faire parfois se réduire à de tels roulés-boulés à de telles inven-
-

sans en être lui-même affecté, le temps philosophique a reduit tions d'un temps retourné, dedoublant à contre-sens le temps
un tel temps à une forme « dérivée þÿ : :_ de la science. Etrange savoir, qui nous rend incapables de sai-
«vulgaire þÿ : :,«nivelee»
d'une temporalité originairement corrélationnelle, d'un être- sir ce qui dans cette temporalité de la science demeure effec-
au-monde. ou d°un rapport à une historialite supposé origi- tivement saisissant: à savoir que la science pense bel et bien
nairel. Et cette transrnutation du passé que ce qui vient avant vient avant et que ce qui vient avant
dia-chronique en
-

corrélation rétrojective domine aujourd"hui si bien la pensee nous vien: avant nous. Et c`est bien cette puissance de la pen-

qu'elle semble parfois constituer Fessentiel du modeste sée, et aucune autre, qui constitue le formidable paradoxe de
savoir qui reste encore aux philosophes. Vous croyiez la rnazzÿfesrnrirm dévoilé par la science, et que la philosophie
que ce
qui vient avant vient avant '? Mais non pas: car il existe une aurait dû sfacharner à penser depuis deux siècles:comment la

temporalité plus profonde, au sein de laquelle l'avant du rap- connaissance expérimentale d'un monde antérieur à toute
1
port-au-monde dérive lui-même d'une modalité du rapport- expérimentation est-elie possible ?
au-monde. Une temporalité à contre-sens. qui est le sens
originaire de Fattitude naturelle et naïve des non-philosophes. Revenons alors à notre question: que s`est-il passé pour
y compris des plus savants. Et la merveille de Paffaire, c'est qu'une telle voie ait été obturée depuis Kant ? Pourquoi est-ce
que ce devenir au sein
duquel ce qui vient avant cesse de le rejet transcendantal de la pensée spéculative qui en est venu
-

venir avant, et ce qui vient après cesse de venir E1 dominer sans partage le champ de la pensée philosophique,
après -, ce
devenir, donc. permet à celui qui en saisit la vérité d'en pro- alors que la science exigeait, comme jamais auparavant, la
pager le contre-sens à n`irnporte- quelle idée reçue. Vous pen- constitution d°une telle spéculation capable de dégager ses
siez que les précurseurs venaient avant ceux propres conditions de possibilité? Quel est le sens de cette
qui les sui vent?
dont le corrélationisme pnésent n`est
«catastrophe þÿltantiem1e : :_
l. Nous évoqtzons bien entendu niais pas seulement la hui- la exaeerbée 1
'? Pourquoi les philosophes se
conception consequence
-
-

que
tlcggcrienne de la temporalité. Il faut ici ajouter que la dépendance de Hcitleggcr
envers la
phénoménologie dépendance jamais complètement dépassée -

Scmblc bien Va'-'oir contraint à un «corrélationismc dc la þÿûnitude*


hautement l. Ces analyses ont sans doute des similitudes avec celles. beaucoup plus
problématique. faisant du monde et du de la nature et tie
rapport-au-monde. développées. que Paul Ricreur propose dans la section première dc la qua-
l`horume. de Fêtre el son deux termes essentiellement indissociables uieme partie de þÿYifrn¼r et Récit (Ed. du Seuil, 1985. t. ill) intitulée -«L`ap-ortE-
berger. -

voués à -< subsister* ou þÿ[peut-être`?[à: « périr» ensemble. Un peut citer à cet tique de la tentporalitéu. Pourtant. le lecteur qui se reportcru ii cc texte
þÿvagartlla réflexion suivante. plutôt énigmatique et pourtant «Je me
éloquentei constarera aisément par lui-même les différences majeures qui existent entre

dctnztudc souvent- c'esl depuis longtemps devenu pour moi une grande ques- les deux perspectives (notamment dans Finterprétation de Kant). et dont
tion ec que serait la nature sauts l'homrne ne faut-il pas la principale est aussi la plus évidente: la dé marche de Rico:uJ' cst aporúliquc.
qu`cllc oscille a tra-
-
-

vers lui |'.Fu':rdurcFu'ri1 u~i:t¿,-ent pour la nôtre est spéculative.


regagner sa propre puissance þÿ'? :-Leur-e du ll
octobre I93l à Elisabeth Bloehmann, in C`o1'rc.tp.<uidunt*e' :n'¿'t' Elisabeth Binch- 2. «Catastrophe qu'ii faudrait étudier
þÿ :- même l`<.cuvrc de Kant, þÿtiûûã la

rrramt, trad. P. David. Gallimard, ltlllú. p. 256. (Nous avons retratiuit la eieitionj tension que la première Critrqrec' [lÎ-'Sii introduit dans la þÿconipréitcûãiûû

170 171
_t'tPR_È-S LA FINITUDE LA RE`W'ItNCH`E DE PÎOLÉMÉE

sont-ils accotmnodés si damentaux de la << catastrophe þÿ : :kantíenne. comme la nature


longtemps d'un tel leurre corrélation-
nel. supposé leur donner la clé d`une révolution du leurre qui en est à Forigine:
scientifique
l. Uévéncment coperuico-galilcen instruit l'idée d'une-
qui ne ccssait de leur dévoiler le contraire même de ce qu'i]s
connaissance mathématique de la nature nature des lors
enonçaient? Eh bien. il nous þÿsulût d`écouter Kant: qu"est-ce
-

qui. de son propre aveu. l`a þÿ«réveil_1é :de


: son << sommeil dog- dépouillee de ses qualités sensibles. Le premier entérine-
? ment philosophique de l`é/énement galiléen est canésien.
þÿmatique : :l Qu`est-ce qui l'a déterminé. et tous les corréla-
ti onistes après lui. à abandonner toute 1'orme d'absoluité dans Un premier équilibre se constitue entre physique et méta-
la pensée '? Kant le dit clairement: David Hume autrement -

physique. au travers du partage rigoureux effectué par Des-


dit: le problème de la connexion causale posé par Hume, cartes entre connaissance mathématique de la nature. et

c'cst-à-dire, plus généralemeltt. la -destruction de route vali- connaissance des quafia considérés comme attributs de la
dité absolue du principe de raison þÿsttfÿlsrznreû.Et nous seule pensée. Descartes. en somme. entérine et que la nature
est sans pensée (donc aussi bien sans vie. puisque les deux,
pouvons alors saisir en quoi ont consisté les trois temps fon-
porn' lui. skåquivalent) et que la pensée peut penser. via les
retrospeetive de l.'H.ï_rrt:ire générale de la nature et théorie du cie! (1755) mathématiques, une telle nature desuhjecrivée. Mais cette
CCITIÇUÊ durant la période prücritiquc. Car la costnogonie ltantienne de l755 portée absolue des mathématiques est fondée sur la démons-
snppnsait une histoire du cosmos antérieur ïi tout témoin autre que Dien et
-
tration métaphysique de Fexistence d`un Dieu souveraine-
ses anges. Mais, une fois devenu penseur critique. comment penser la vérité rnent parfait. supposé vérace. et seul capable de garantir la
d`unc :elli: histoire. si Dieu n`est plus un objet du savoir théorique? Dire
qtt`unc telle vérité devient une simple Idée régulatrice ne résout rien: car oette puissance de vérité de la science nouvelle.
Idée pour contenu de sens un monde rt'ayant pour témoin aucun sujet
a 2. Or. la perduration de Tévénement-Galilée. en démon-
httmain(los conditions initiales de lil matière au commencement du monde ne trant que toutes les formes anciennes de savoir métaphy-
le permettant manifestement pas). Soi! cette Idée. cn conséquence. renvoie à
un événement mécanique spati o-temporel sans sujet pour qui ont espace-temps sique étttient fallacieuses. démontre aussi bien la vanité de
est la tonne possible d`une intuition. et donc in un é'ét1c'mcntdrEpotrrvtt de sens toute fondation rnétaphysique de la physique. ljévénement
la Critique elle-même: soir elle contient en son sens même la
þÿPûllf présence
Cl.l1Tl témoin élemcl qui lui confère statut cfévénement conílationncl. Mais ce
galiléen ne réside pas seulement. en eiïet. dans la désnbjec-
témoin devenant. it ptn-tir de lîSl hors de portée de la connaissance
tivation mathématique du monde. mais dans la destruction
.
théorique.
seule la raison þÿ_nrart'r¼rc.
garante morale de I`eXistettce de Dieu. c'cst-à-dim seule de tout savoir a priori de l'être-ainsi. L'idée que nous pour-
la seconde? Critiqtte. permet de donner encore sens ã la rions acquérir un savoir définitif et nécessaire sur ce qui
Cosmogonic. Descartes
disait qu`un mstliímaticicn athée ne ponmtit jamais être uuthentiqucmcm eemin
de ses demonstrt-ttions: il faudrait dire de même qu'un astronome ltauden
existe en cc monde. et non
pas settlement le restituer comme
qui
II`ii.Umlt pas assez tle moralité pour croire en Dieu Serait incapable de fonder la un fait. s'érode à mesure que la science démontre sa capa~
validité de sa science.. .
cité à détruire les savoirs anciens -

eussent-ils été avancés,


Sur les rapports entre la Critique et l'I-Iísmire générale de la nanme. þÿqû
tels les tourbillons cartésiens. au nom même de la science
P. Clavier, Kant. Les idées' þÿt't :s'n10iQgiqucs.
PUF. 1997.
l. Pf'05¿g0mfZ'nt-ls ti ttmre métaplmtique ftmtre qui pourra se présenter nouvelle. L`événement-Home est ainsi le second entérine-
contme .tcicrtce trad. J. Rivelayguc. in CEtn'rc.r
pltihrripltiqttes. Gallimard. LE ment philosophique de l'événement-Galilée. sous la forme
Pléiade. 1985. vol- ll. p. 23.
de la démonstration de Finvalidite de toute forme métaphy-
2. Potrr une contestation de la valeur historique d`tm tel aveu, qui IÎÖIB rien
sique de rationalité. c`est-à-dire de Finvalidité de Fabsoluité
þÿàlaãlfsertinenccphilosophique. cf.
Michel Pucch. Kant et la Causalité. Vtío.
I [ _ du principe de raison: le savoir doit renoncer à toute forme

172 173
APRÈS LA FINITUDE LA þÿREN-', :NCHH
[JE FTlI_)l_lÊMÉE

de démonstration visant à établir a priori que ce qui se Or, telle n'était pas Pexigence authentique de la science
donne ainsi doit incondítionnellement être ainsi. Lfêtre-ainsi moderne: par sa capacité a faire s'elT01'tdrertous les savoirs
du monde ne peut être que decouvert par le biais de 1'e:tpé- anciens. celle-ci. certes. nous enjoignait de cesser de croire
rience, et non pas démontre comme absolument nécessaire. qu`un savoir pouvait démontrer qu`une réalité déterminée
3. Ijévenement-Kant expose alors sous sa forme finale. devait, absolument et nécessairement. être ainsi plutôt qu 'au-
et durable-ment stabilisée, un tel effondrement de la méta- trement; mais elle nous enjoignait aussi bien à penser cet

physique, faisant de la connaissance corrélationnelle la


en autre mode dfahsoluité qu'elle introduisait pour la première
seule forme de connaissance phílosophiquernent légitime. fois dans la pensée. sous la forme de son excentrement coper-
Le corrélationisme devient la seule- fomie licite de la philo- nicien. Et c`est ainsi qu`il nous faut. pour penser le fait gaii-
un savoir devenu corrdiriozmei de notre rappon-au-
sophie: léo-copernicien de la science sans plus le denaturcr. penser.
monde, seul à même de penser la science en tant que celle-ci a comme le þÿût
Descartes, la portée spéculative des mathe-
déposé la
métaphysique spéculative, sans pour autant tenon- matiques. mais cette fois sans en
passer lui
comme
par la
cer ã toute forme cïuniversalité. Puisque nous ne pouvons prétention métaphysique Et démontrer Fexistence tl'un Etre
plus, comme le voulait Lcibniz. accéder à une verité incondi- parfait. supposé seul capable d`en garantir le mode original
tionneilement nécessaire (Dieu þÿinûnimentparfait, ou meilleur de vérité. La tâche consiste. pour la philosophie, à réabsolu-
des mondes). nous devons renoncer à toute forme d"ahsoln tiser la portée des mathématiques pour demeurer, au
-

théorique. et nous contenter de


dégager les conditions géné- contraire du eorrclationisme, þÿûdèle à l'ex-centricité coperni-
rales de la donation des phénomènes. En d°autres termes, pour eienne -

sans reconduire à une nécessité de type métaphy-

sauver la possibilité des énoncés a priori il faut cesser d`as-


.
sique, en effet périmée. Tl s'z1git de tenir fermement la thèse
socier l`a priori aux vérités absolues, pour en faire la détermi- cartésienne -

ce qui est mathérnatisable est absolutisable -

nation ties conditions universelles de la représentation. sans réactiver le principe de raison. Et telle nous paraît être la

Et le leurre qui préside à cette catastrophe se dévoile ainsi tâche non seulement possible, mais urgente, du principe de
comme ce que nous avons nommé <<l'implicat_ion désabso- factualité: dériver à titre de Figure la capacité de tout énoncé
þÿ1utoire : à
:: savoir que. de Zafira de la métaphysique ti la þÿûn mathématique à formuler un possible absolutisable, fût-ce à
des absolus. la conséquence a ser:/:blé imparable. Puisque la titre hypothétique. Absolutiser le þÿ : :mathématique, comme
«

science nous a convaincu que toute métaphysique était illu- nous avons tenté cfabsolutiser <<le logique. en saisissant à
þÿ : :

soire. et puisque tout absolu est de type métaphysique, alors même le critère essemieí de tout énoncé mathématique une
il nous faut, pour penser la science, renoncer à toute forme condition nécessaire de la confingerzce de tout étant.
t1'absolu. Et, par là même, il nous faut renoncer à la croyance
en la portée absolue des mathématiques portée absolue
-

On saisit alors en quoi doit consister une reformulation


qui se révélait en vérité l'essence même de la révolution spéculative de ce que l`on nommera cette fois le « problème
apportée par la science moderne dans la pensée. La catas- de Kant þÿ : :,à savoir: comment une science mathématisee de
trophe kantienne dans laquelle nous continuons à nous tenir la nature est-elle possible ? Ce problème
décompose pour
se
consiste done bien en le renoncement a toute forme dfabsolu. nous en deux autres,
qui mettent chacun en jeu la portée
en même temps qu'à toute forme de métaphysique. spéculative des mathématiques. mais de façon distincte.
174 175
APRÈS LA FINI'I'L'DE LA stat-'Ar~;t:HE on PTo|.Ft.tÉE

1. D`abord. la résolution spéculative du problème de Kant mais susceptible d*exíster dans un monde sans homme -

que
suppose la résolution faetuale du problème de l`ancesn'al cet étant soit identifié à un monde, une loi.
objet. ll
ou un

(ou de la dia-chronicité). à savoir: établir que tout énoncé s'agit donc d`une absolutisation qu`on peut dire antique : elle
même qu`il est mathématique concerne des é-tants possibles, contingents. mais pensables
mathématique -

et en tant -

est. nou pas nécessairement vrai, mais absolument possible. comme indifférents à la pensee pour exister. Mais Fabsolu-

Établir. en la dérivant du principe de factualité, la thèse déjà tisation du non-Tout canto:-ien suppose cette fois une abso-
énoncée : ce qui est mathématiquement pensable est absolu- lutisation mztologique. et non plus ontique: car il s`agit
ment possible. d`énoncer quelque chose à propos de la srmcrure même du
2. Mais de plus et ici nous en revenons à nos considéra-
-

possible. et non ã propos de telle ou telle réalité possible. ll


tions sur le problème de la connexion causale le problème
-

s"agit de dire que Ie possible comme tel. et non tel ou tel étant
de Kant suppose une résolution spéculative. er mm p1zr.s'.veu- possible doit néce.r.t-ui:*enzent être intotalisable. Cela impose
-

leruemf ltjpothërique, du problème de Hume. Car il Faut éta- donc de proposer une dérivation factuale capable cette fois
blir également la légitimité qu`il y a à supposer que la d`établir que, même si des axiomatiques mathématiques sont
stabilité des lois naturelles condition de toute science de la
-

pensables qui refusent le transftni, ou Fitnpossibilité d*un


nature -

est absolmisable. Si les sciences expérimentales ensemble de tous les ensembles, cela ne signitîe- pas pour
sont en effet possibles. c*est en raison. avons-nous dit. de la autant que le non-Tout est un possible parmi d'antres. Cela ne
stabilité de fait des lois de la nature. Mais nous comprenons doit pas signifier que certains mondes peuvent exister dont
maintenant que cette stabilité doit être établie comme un fait les possibles sont totalisables, et :feutres dont les possibles
indépendant de la pe-usée. si nous voulons échapper décisi- ne le sont pas. ll faut établir. ici, que seules les théories
vernent au ptolémaïsme contemporain. ll s'agit donc (Feta- mathématiques entérinant le non-Tout ont une portée ontolo-
blir que les lois de la nature tirent leur stabilité facmelle gique tandis que les autres. qui entérineraicnt une certaine
-

d'une propriété elle-même absolue de la temporalité. une pensabilité du Tout, n'anraicnt de portée qn'ontjque -la tota-
propriété du temps indifférente à notre existence: à savoir lité dont elles parleraient. on Fintotalité qu'e1les n'entérine-
celle de Pintotalisation de ses possibles. Or, cela revient de raient pas. relevant du fait qtÿelles décrivent un étant
nouveau à établir la portée spéculative des un monde totalisable. mais non 1'être non totali-
totalisable.
mathématiques,
mais d'une façon différente que précédemment: il ne s'agi- sable des mondes.
rait plus. ici, de dériver la portée absolue quoique hypothé- On voit donc que la résolution spéculative du problème
tique de n'importe quel énoncé mathématique, mais la de Kant devrait en passer par une dérivation de la portée
portée absolue et þÿcerze_ûn'sþÿincondíûormellemem nécessaire absolutoire des mathématiques capable de resoudre et le
d'un théorème particulier celui qui permet de soutenir
-

probleme de la día-chronicité
ef le problème de l-lume. La

lïntotalisation du þÿtransûni. résolution du premier probleme a pour condition une résolu-


Nous sommes donc confrontés à1'exigence d'Ltne double tion spécniative du problème général sans quoi la science
-

absolutisation des mathématiques : Pabsolutisation inhérente perd son sens intrinsèquement copernicien la résolution
-.

du second problème exige une résolution non-métaphysique


au problème de la dia-chronicité consiste à dire que tout
énoncé du problème général sans quoi la science se perd dans les
mathématique décrit un étant en droit contingent,
-

l76 177
APRES LA F[NIT`L'DE

mystères de la nécessite réelle. L`un comme l`autre exigent


done une résolution factualc du
problème, pour autant que
le factual se définit comme
Fespace même d`une spécula- Table
tion exclusive de toute
métaphysique.
On trouvera sans doute
qn'ainsi fomiulée la question
demeure obscure. Mais notre
propos n*éte1itpas ici de traiter
de Ia résolution elle-même. Il ne
þÿsûagissait,
pour nous, que
de tenter de convaincre
qu`il était non seulement possible de
retrouver la portée absolutoire de la
pensée. mais que cela
était urgent, tant le divorce entre le
copernicianisme de la Pr¿ffafc=. par Alain Badiou
science et le ptolémaïsme dela _ _ _

9
philosophie est devenu abys-
sal, quelles que soient les dénégations dont cette schize se
supporte. Si le problème de Humc a réveille' Kant de son
l. Uancestralité
sommeil
.....
13
dogmatique,
....

il reste à espérer
que le problème de
Fancestralité nous réveille cle notre sommeil
corrélationnel. 2. Métaphysique, ñdéisrne, spéculation 39
en nous
engageant à réconcilier pensée et absolu.
3. Le principe de faetualité . _
_
69

4. Le problème de Hume. . _

Ill

5. La revanche de Ptolémée _ _ _

155