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La Grande encyclopédie

/ 17 / Renan-science /
Larousse
Source gallica.bnf.fr / Larousse
Larousse / 0070. La Grande encyclopédie / 17 / Renan-science / Larousse. 1976.

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Volume 17

Cet ouvrage est paru à l’origine aux Éditions Larousse en 1976 ;


sa numérisation a été réalisée avec le soutien du CNL. Cette
édition numérique a été spécialement recomposée par
les Éditions Larousse dans le cadre d’une collaboration avec la BnF
pour la bibliothèque numérique Gallica.
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

/ Cahiers renaniens (Nizet, 1971-1973, 6 fasc.


Autour de la Souvenirs d’enfance et de jeunesse. À
Renan (Ernest) son retour vont paraître les Apôtres
parus).
« Vie de Jésus »
(1866), Saint Paul (1869), l’Antéchrist
Écrivain français et historien des reli- En 1860, le gouvernement impérial le (1873), les Évangiles (1877), l’Église
gions (Tréguier 1823 - Paris 1892). charge d’une mission archéologique en chrétienne (1879), Marc Aurèle (1881).
Syrie : celle-ci durera une année. Les
C’est la plus vaste synthèse du christia-
Renard
fouilles trop rapides et mal conduites
Une vocation manquée nisme qui ait été jusqu’alors présentée
(Renan n’était pas archéologue) ne Mammifère carnivore sauvage voisin
dans notre langue.
Issu d’une famille modeste que la mort donneront pas des résultats de premier du Chien.
du père, en 1828, a plongée dans la La chute de l’Empire rend à Renan
ordre. Mais en Syrie Renan pense à la Le Renard est digitigrade. Ses
gêne, Ernest Renan est élevé par sa son poste de professeur au Collège de
Palestine voisine : l’occasion de visi- 4 pattes sont munies de 5 doigts aux
mère et sa soeur aînée, en dehors de France (17 nov. 1870). De ses travaux
ter le pays où a vécu Jésus s’offre à lui antérieurs et de 4 aux postérieurs,
toute influence masculine. En 1832, il (avr.-mai 1861). Devant le paysage, épigraphiques sortira le Corpus ins-
toutes portant des griffes, ni rétractiles
entre au collège ecclésiastique de Tré- qui lui révèle un « cinquième évan- criptionum semiticarum (Corpus des
ni coupantes. Comme chez tous les
guier ; doué pour les études, il obtient gile », il a le sentiment de mieux saisir inscriptions sémitiques), dont il aura
Canidés, les glandes sudoripares font
en 1838 une bourse pour le petit sémi- l’« éminente personnalité » de Jésus. l’initiative et dont il assurera l’éta-
défaut sur le corps, mais se localisent
naire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet Avant de revenir en France, il esquis- blissement pour la partie phénicienne.
en des points précis comme les espaces
à Paris. L’idée de se faire prêtre est sera en Syrie même un premier projet Publié sous les auspices de l’Académie
interdigitaux.
la conséquence naturelle de son édu- de sa Vie de Jésus. des inscriptions, le C. I. S. comptera
La denture est forte. La formule den-
cation première et de son orientation de 1881 à nos jours 55 volumes. C’est
Peu après son retour, il est nommé taire est :
scolaire. l’oeuvre de Renan la moins connue,
professeur au Collège de France, à la
mais c’est la plus durable.
Après un séjour de deux ans (1841- chaire d’hébreu (11 janv. 1862). Sa

1843) au séminaire d’Issy-les-Mou- leçon inaugurale a lieu le 22 février. Après avoir retracé l’histoire des
On sait le passage qui provoqua le cent cinquante premières années du Les molaires placées en arrière de la
lineaux, où il étudie la philosophie,
scandale : « Un homme incomparable christianisme, Renan entreprend d’étu- carnassière sont menues et broyeuses.
il passe au séminaire de Paris, place
si grand que [...] je ne voudrais pas dier le mouvement religieux qui en
Saint-Sulpice, et aborde la théologie Le Renard mesure environ (queue
contredire ceux qui l’appellent Dieu a été le préliminaire. L’Histoire du
et les études bibliques. Il connaît alors comprise) 1,25 m de long pour une
[...] ». Ce fut un beau chahut qui se peuple d’Israël paraît de 1887 à 1894 ;
une crise religieuse. D’ordre intellec- hauteur au garrot de 35 à 40 cm. Sa
termina par des manifestations dans la elle compte cinq volumes, les deux
tuel d’abord : face aux données tradi- queue est assez longue ; portée en pa-
rue. Quatre jours après, le cours était derniers sont posthumes. Pour porter
tionnelles du dogme et de l’exégèse nache, elle peut atteindre de 40 à 50 cm
suspendu. un jugement équitable sur ces livres,
catholiques se dressent les idées de la de long.
C’est dans cette atmosphère troublée il faut se rappeler qu’ils ont été écrits
critique rationaliste, qui nie le surna- Si le Renard a l’aspect d’un Chien de
que paraît, le 24 juin 1863, la Vie de alors que les fouilles méthodiques du
turel. D’ordre psychologique ensuite : taille moyenne, il en diffère nettement
Jésus. Le succès de cette oeuvre sera sol palestinien commençaient à peine
engagé trop jeune dans la voie de la l’hiver par une fourrure particulière-
impressionnant, autant que la violence et que l’auteur a ainsi manqué d’élé-
prêtrise, Renan prend conscience qu’il ment fournie.
des attaques qu’elle aura à soutenir. ments de contrôle historiques et ar-
n’accepte pas les obligations du sacer- Son museau pointu est orné de belles
Renan posait pour la première fois sous chéologiques. L’étude sur les origines
doce. Les études d’hébreu et d’his- moustaches, ses yeux sont obliques, à
une forme accessible au grand public d’Israël, notamment, s’en ressent.
toire qu’il poursuit parallèlement au pupilles ovales et verticales de couleur
le problème de Jésus. Pour expliquer
séminaire Saint-Sulpice avec Monsieur Parvenu au faîte des honneurs fauve, parfois jaune clair. Vu de face,
cette réussite, on a beaucoup parlé du
Le Hir et au Collège de France avec (membre de l’Académie française en le Renard a la tête ronde comme celle
charme littéraire de l’auteur. En réalité,
Étienne Quatremère l’éloignent chaque 1878, administrateur du Collège de d’un Chat, avec deux plis verticaux
Renan a su voir que le public ne com-
jour plus loin de sa foi. Après bien des France en 1883), Renan partage avec à la racine du nez. Ses oreilles, assez
prend pas les lacunes de l’histoire et se
hésitations, il quitte Saint-Sulpice le Taine l’honneur de représenter aux longues, recouvertes d’un poil fin et
résigne mal à ne pas savoir. Aussi s’est-
9 octobre 1845. yeux de l’étranger l’intelligence fran- soyeux, sont de velours.
il attaché à reproduire non pas tant les
çaise. Mais les Drames philosophiques
Les premiers temps seront diffi- résultats fragmentaires apportés par les Son pelage est variable suivant la
(Caliban, l’Eau de jouvence, le Prêtre
ciles. Tout en assurant les fonctions de documents, mais l’impression que ces saison. En hiver, il est très fourni et
de Némi, et l’Abbesse de Jouarre, écrits
répétiteur dans un cours privé, Renan documents eux-mêmes ont laissée dans l’animal paraît alors plus gros et plus
de 1878 à 1886 et réunis en volume en
son esprit. Il dit comment il a compris grand. Les poils de son dos ont les
travaille à obtenir ses grades universi-
1888) nous livrent les méditations d’un
les choses ; non sans talent, il supplée extrémités blanches, sa queue aussi
taires : en septembre 1848, il est reçu
homme qui sent la mort venir et qui es- est bien fournie et terminée de poils
premier à l’agrégation de philosophie. aux insuffisances de l’histoire.
saye de trouver une réponse, en dehors blancs. La fourrure d’hiver est très
Il rédige à cette époque (1848-49) une
de toute dogmatique, aux problèmes recherchée pour la pelleterie.
étude sur la connaissance scientifique L’époque des grandes
métaphysiques que n’avaient pu ré-
qu’il publiera en 1890 sous le nom de oeuvres et des honneurs Au bas du dos, à la racine de la
soudre ses maîtres de Saint-Sulpice.
l’Avenir de la science. De nombreux queue, se trouve une glande à musc
La Vie de Jésus n’était que le premier I. T.
très développée, surtout chez les mâles.
articles et travaux (dont deux cou- volume d’une Histoire des origines J. Pommier, Renan d’après des documents
ronnés par l’Institut) l’ont déjà fait du christianisme qui comprendra sept inédits (Perrin, 1923) ; la Pensée religieuse de On rencontre surtout le Renard en
connaître et, en 1852, il devient doc- Renan (Rieder, 1925) ; la Jeunesse cléricale d’Er- terrain sec et à proximité des forêts,
volumes plus un volume d’index. Pour
nest Renan. Saint-Sulpice (Les Belles Lettres, mais il préfère les petits bois, les brous-
teur ès lettres avec une thèse sur Aver- mener à bien la continuation de son
1933) ; Un itinéraire spirituel. Du séminaire à
roès et l’averroïsme. Par sa traduction sailles, en lisière desquels il peut faci-
oeuvre, Ernest Renan reprend le bâton la Prière sur l’Acropole (Nizet, 1972). / H. Psi-
du Livre de Job (1858) et son étude sur lement chasser. Il aime aussi le voisi-
de pèlerin et visite l’Asie Mineure et la chari, Renan d’après lui-même (Plon, 1937). /

le Cantique des cantiques (1860), le R. Dussaud, l’OEuvre scientifique d’Ernest Renan nage des lieux habités, où il peut avoir
Grèce, berceau des premières commu-
(Geuthner, 1951). / H. Peyre, Sagesse de Renan l’espoir de dérober quelque volaille.
jeune hébraïsant vise à mettre à la por- nautés chrétiennes et dont il rapporte
(P. U. F., 1968) ; Renan (P. U. F., 1969) ; Renan
tée des non-spécialistes les problèmes les éléments de la fameuse Prière sur et la Grèce (Nizet, 1973). / K. Gore, l’Idée de Le Renard est surtout de moeurs noc-
de la critique biblique. l’Acropole, publiée en 1883 dans les progrès dans la pensée de Renan (Nizet, 1970). turnes ; cependant, dans les endroits

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

tranquilles, il sort volontiers le jour ment pour faire bondir rapidement les
pour aller à la chasse. renardeaux vers le terrier.

Son habitat est un terrier qui est Le Renard a une odeur musquée vio-
souvent partagé avec un autre animal, lente et très particulière qui le caracté-
un Blaireau parfois. Il s’installe volon- rise et qui s’établit quand l’animal de-
tiers dans un terrier de Lapin, qu’il se vient adulte. Le terrier en est imprégné,
charge d’agrandir à sa convenance. De les déchets alimentaires qui traînent
toute façon, ce terrier a toujours plu- devant le terrier également. C’est cette
sieurs issues. Près de l’entrée, le Re- odeur très tenace qui le fait détecter par
nard a un poste un peu élevé, d’où il les Chiens.
peut surveiller ce qui se passe à l’exté-
rieur : c’est la « maire » ; puis une gale-
Le Renard dans
rie plus ou moins longue conduit à une
l’économie humaine
chambre à provisions, « la fosse » ; un
peu plus loin se trouve le nid (comme Le Renard est un animal de chasse, sur-
il est situé au fond, on l’appelle aussi tout en Angleterre, où on le chasse à
l’« accul »). Toutes ces chambres com- courre.
muniquent entre elles par de longues Sur le continent européen, il a été
galeries judicieusement disposées : ce aussi un animal de chasse. Sa fourrure
sont les « fusées ».
est très estimée, mais ce sont surtout
Rôdant de jour en quête de nourri- les Renards des régions circumpolaires
ture, le Renard marche au trot ; c’est là qui sont à l’heure actuelle utilisés en
son allure normale. Mais c’est surtout à pelleterie. L’élevage a subi des varia-
la tombée du jour qu’il chasse les petits tions du fait des conditions de la mode.
Rongeurs : Souris, Rats, Campagnols,
En France, on considère le Renard
Écureuils, Lapins, Lièvres, des ani-
comme un animal nuisible. En effet, il
maux de basse-cour quêtant leur nour-
a introduit depuis mars 1968 une grave
riture en liberté (volailles), de jeunes
épizootie de rage*.
agneaux aussi ; il apprécie moins les
Insectivores (Taupes, Musaraignes), On détruit les Renards avec des

mais plus volontiers les Batraciens pièges, des armes à feu en battues or-

(Grenouilles, Crapauds) et les Escar- ganisées, avec des appâts empoison-

gots quand il n’y a plus autre chose à nés à la strychnine. Le procédé le plus

manger. À la belle saison, il devient efficace est le gazage des terriers à la


donne naissance était unique et totale mélange initial, suivant les lois qui
végétarien, il aime les fruits, les baies, chloropicrine, mais il faut pour cela un (c’est aussi bien un rapport de masses). régissent le déplacement de l’équi-
les framboises, les mûres et surtout le personnel très expérimenté.
Il est défini pour le produit recher- libre. Ainsi, en application de la loi
raisin, dont il abîme les grappes pour y P. B.
ché, par rapport à l’un des corps de Van’t Hoff*, le rendement à l’équi-
choisir les grains les plus mûrs, même R. Hainard, Mammifères sauvages d’Eu-
réagissants, ordinairement le plus libre est, à p constant, une fonction
la nuit. rope, t. I (Delachaux et Niestlé, Neuchâtel,
coûteux ; ainsi, dans la préparation croissante de la température pour une
1948 ; 2e éd., 1961). / A. Schmook, Vie et moeurs
On rencontre quelquefois des du renard (Payot, 1954). / S. Jacquemard, Des du chlore par le procédé Deacon, réaction endothermique (par exemple
couples, mais le Renard vit plutôt Renards vivants (Stock, 1969). 4 HCl + 2 + 2 le rende- C + CO2 2 CO [fig. 1]), décrois-
O2 Cl2 H2O,

solitaire en dehors de la période des ment est défini pour le chlore, par rap- sante pour une réaction exothermique
amours, qui se situe de la fin de janvier port à HCl introduit, l’oxygène étant (par exemple N2 + 3 H2 2 NH3).

au début de mars. Après une gestation celui de l’air. En application de la loi de Le Chate-
de 49-55 jours, la renarde met bas de 3 Renard (Jules) Le rendement est donc un nombre, lier*, une augmentation de pression à
à 12 petits ; la moyenne des nichées est T constant accroît le rendement d’une
compris entre 0 et 1, égal à 1 dans le
de 5 petits. Ceux-ci naissent aveugles F NATURALISME. réaction qui s’effectue avec diminu-
cas où la réaction est unique et totale,
et ne commencent à voir clair que vers inférieur à 1 s’il existe des réactions tion du nombre de moles gazeuses (par
le 12e jour. La renarde les allaite avec exemple : synthèse de [fig. 2]).
parasites, ou encore si la réaction qui NH3

soin, ses mamelles sont au nombre de donne naissance au produit cherché En application de la loi d’« action de
trois paires pectorales et abdominales.
Renault est limitée et conduit à un équilibre masse », si le mélange est homogène
Mais, de très bonne heure, elle leur fait chimique. et si v et T sont constants, un excès
manger de la viande prédigérée, qu’elle croissant de l’un des corps du premier
F AUTOMOBILE. Dans ce dernier cas, très important,
leur régurgite parfois devant le terrier. membre (autre que celui par rapport
il est essentiel de connaître les facteurs
Le mâle ne semble pas toujours s’inté- auquel est défini le rendement) accroît
dont dépend le rendement, et comment
resser à ses petits. le rendement à l’équilibre ; par contre,
on peut améliorer celui-ci.
Le cri du Renard est le glapisse- le rendement théorique ne dépend pas
rendement d’une On peut d’abord faire abstraction
de la présence éventuelle de cataly-
ment ; c’est un aboiement rauque.
du temps nécessaire pour atteindre
L’animal émet aussi parfois un jappe- réaction l’équilibre, et supposer celui-ci réa-
seurs, puisque ceux-ci (v. catalyse)
ment répété plusieurs fois. n’agissent pas sur la limite, mais seu-
lisé. Le rendement correspondant, th,
Rapport du nombre de moles obtenu lement sur la vitesse avec laquelle elle
Quand la renarde joue avec ses pe- dit rendement à l’équilibre ou ren-
tits, elle émet des gloussements de sa- d’un des produits de la réaction au est atteinte.
dement théorique, dépend, pour une
tisfaction. Si d’aventure un événement nombre de moles que l’on obtiendrait réaction donnée, de la température, Dans la pratique (dans l’industrie),
subit la dérange, elle émet un aboie- de ce même corps si la réaction qui lui de la pression, de la composition du la nécessité de produire oblige à limiter

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Expression du rendement vence (1434-1480), duc effectif de Bar


(1430-1480), duc de Lorraine (1431-
maximal
1453), roi effectif de Naples (1438-
1442), roi titulaire de Sicile (1434-
1480), roi nominal de Jérusalem.
On a

Q1 et Q2 étant les quantités de chaleur


échangées par le fluide moteur avec les La jeunesse
sources. Il résulte du théorème de Car- Deuxième fils de Louis II d’Anjou, roi
not que |Q2|/Q1 est fonction uniquement de Sicile, et de Yolande d’Aragon, qui
des températures 1 et 2 des sources, et le met au monde au château d’Angers
cela quelle que soit l’échelle de tempé- le 16 janvier 1409, orphelin de père
ratures choisie. On démontre d’ailleurs dès 1417, il est marié en 1420 par son
que l’on a impérieuse mère à Isabelle, fille du duc
de Lorraine Charles II. Il est alors placé
sous la tutelle du cardinal Louis de Bar,
la fonction f dépendant de l’échelle
le temps de réaction ; le rendement ob- pour son fonctionnement ; celle-ci est auquel il succède en 1430. À la mort
choisie.
tenu, dit rendement pratique p, ne peut l’énergie de combustion de charbon, de Charles II, en 1431, il veut prendre
Lord Kelvin a profité de cette re-
qu’être inférieur au rendement théo- de pétrole ou de gaz, apparaissant sous possession du duché de Lorraine en
marque pour définir des échelles de
rique ; il dépend des mêmes facteurs forme de chaleur dans le foyer et trans- arguant des droits de son épouse Isa-
températures T dites « thermodyna-
que ce dernier et du temps de réaction, belle ; mais ces droits sont aussitôt
mise à la chaudière, source chaude du
miques » par la relation f () = T, ou
c’est-à-dire du débit d. La production contestés en Lorraine par Antoine de
moteur. encore : |Q2|/Q1 = T2/T1 (v. tempéra-
horaire P = k · p · d est proportionnelle Vaudémont, le plus proche parent en
Dans le fonctionnement d’un mo- ture). Dès lors, on a, pour le rendement
à p et à d, qui varient en sens inverses ligne masculine de Charles II. René est
teur réel ditherme, il existe diverses maximal
dans des conditions données. Pour un battu et fait prisonnier à Bulgnéville
débit donné, on a intérêt à atteindre causes qui abaissent ce rendement : en juillet 1431 par son compétiteur,
une valeur de p aussi élevée que pos- pertes de chaleur, frottements méca- et étant les températures thermo- que soutient le duc de Bourgogne,
T1 T2

sible, ce qui oblige à se placer dans des niques... Il est donc naturel de recher- dynamiques des sources, respective- Philippe III le Bon ; il doit livrer ses
conditions où th est important : cher quelle amélioration du rende- ment chaude et froide. On voit en par- deux fils Jean et Louis comme otages
a) si la réaction est endothermique, il ticulier que, étant donné, croît afin d’obtenir sa libération. Confirmé
ment apporterait la suppression de T2 max

suffit souvent d’élever la température, avec à Bâle en 1434 dans son titre de duc
ces causes, c’est-à-dire d’envisager T1.

ce qui accroît en même temps la vitesse de Lorraine par l’empereur Sigismond


le rendement d’un moteur ditherme REMARQUE. Le mode traditionnel
de réaction et permet d’augmenter le de Luxembourg, il est de nouveau in-
idéal où les pertes de chaleur seraient précédent de définition du rendement
débit ; carcéré en 1435 par Philippe le Bon,
supprimées et où les transformations théorique a de quoi surprendre, ainsi
b) si la réaction est exothermique, qui ne le libère contre rançon qu’en
th
du fluide moteur seraient, au cours de que le fait, conséquence de la défini-
n’est important qu’aux basses tempéra- novembre 1436.
tion, d’après lequel le rendement du
chaque cycle, réversibles. Un cycle
tures, où la vitesse de réaction est très
moteur thermique réversible est dif-
ditherme réversible, ou cycle de Car- Les ambitions
faible : on doit faire usage d’un cataly-
férent de 1, alors que, par définition
seur. Celui-ci cependant ne supprime not*, est obligatoirement constitué de napolitaines
même du moteur réversible, la trans-
pas toute contrainte, et son efficacité deux transformations isothermes au
formation inverse, c’est-à-dire le fonc- Duc d’Anjou et comte de Provence de-
est nulle aux très basses températures. contact des sources chaude et froide
tionnement en machine frigorifique puis la mort de son frère aîné Louis III,
Il en est de même de p : celui-ci, très et reliées entre elles par deux transfor- idéale, est possible sans pertes. En fait, le 15 novembre 1434, René hérite des
faible aux extrémités de l’échelle, mations isentropiques. la réversibilité du moteur thermique droits de ce dernier au trône de Naples
passe par un maximum pour une cer- s’étend bien aux sources chaude et
Le théorème de Carnot apporte, sur à la mort de la reine Jeanne II, le 2 fé-
taine valeur de T qui dépend du débit ;
le rendement théorique d’un moteur froide, chaudière et condenseur, mais vrier 1435. Au nom de son mari pri-
la figure 3 montre, pour la synthèse de nullement au foyer, non plus qu’à la
utilisant un tel cycle, d’importantes sonnier, Isabelle de Lorraine accueille
NH3 sous pression donnée et avec un réaction chimique de combustion alors en Provence les représentants na-
précisions, en affirmant : tous les mo-
certain catalyseur, la variation de en dont celui-ci est le siège : une trans-
p politains et accepte l’offre du trône qui
teurs dithermes réversibles fonction-
fonction de la température et du débit. formation foncièrement irréversible, lui est faite. Elle arme une petite flotte,
On doit donc, pour une réaction et un nant entre les mêmes températures
transformation d’énergie chimique en s’assure l’alliance du duc de Milan,
catalyseur donnés, choisir les condi- ont le même rendement (rendement de chaleur avec cession de cette chaleur à seigneur de Gênes, et entre même à
tions (T, p) et le débit qui assurent Carnot) ; celui-ci est indépendant de la un récepteur monotherme (foyer), puis Naples le 18 octobre 1435.
la production horaire la plus élevée, nature du fluide (eau, mercure...) qui de là à un autre (chaudière), entache Bien que gravement menacée par
compatible avec une bonne marche de décrit le cycle et ne dépend que des d’irréversibilité le cycle de transfor-
les forces de son compétiteur, le roi
l’installation. températures des sources chaude et mations du système entier ; or, c’est d’Aragon Alphonse V le Magnanime,
R. D. froide. ce dernier système qui est implicite- Isabelle réussit à conserver son héri-
ment considéré dans la définition du tage à son mari le temps de sa cap-
Ce théorème est démontré comme
rendement. tivité. Ce dernier, libéré des geôles
une conséquence des principes de la
R. D. bourguignonnes en novembre 1436,
rendement thermodynamique*. Il en est de même
bénéficie aussitôt du soutien actif des
de son corollaire : si le cycle ditherme
thermo- comporte une part d’irréversibilité,
Provençaux et de l’appui des Génois,
qui l’aident à équiper une flotte avec
dynamique le rendement correspondant est infé- René Ier le Bon laquelle il entre à son tour dans le port
rieur au rendement de Carnot entre les de Naples le 19 mai 1438. Brisant
Rapport du travail que fournit un mo- mêmes températures ; ce dernier est (Angers 1409 - Aix-en-Provence une contre-offensive des Aragonais,
teur* thermique à l’énergie mise en jeu donc le rendement maximal. 1480), duc d’Anjou, comte de Pro- contraignant leur garnison du Castel

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

Nuovo à capituler enfin en août 1439, napolitaines. Une expédition menée petit-fils René de Lorraine (fils de sa femme Jeanne de Laval et, en 1478, un

il ne peut empêcher pourtant ses ad- contre Venise à l’appel de Milan et Yolande), auquel il ne lègue que le Portement de Croix commandé par René

d’Anjou lui-même pour l’église des Céles-


versaires de conquérir son royaume, de Florence (été 1453 - févr. 1454) duché de Bar, et son neveu Charles du
tins d’Avignon.
d’occuper Naples en juin 1442 et enfin tourne court. De retour en Provence Maine (fils de son frère cadet Charles),
d’assiéger le Castel Nuovo, dont il en mai 1457, après un séjour de trois auquel il laisse l’Anjou, le Maine et la Dans le domaine littéraire, René d’An-

Provence en raison de sa plus grande jou protégea plusieurs écrivains, comme


s’échappe sur des navires génois. ans en Anjou, René tente en vain de
Antoine de La Sale, précepteur de son
maintenir la domination française sur maturité. S’estimant lésé, son neveu
fils aîné. Il échangeait des poèmes avec
Le duc d’Anjou Gênes, qui s’est placée sous la tutelle Louis XI (fils de sa soeur Marie d’An-
Charles* d’Orléans, qu’il reçut à Tarascon
de Charles VII par le traité d’Aix de fé- jou) saisit alors en 1475 les duchés de
De retour en Provence, René y lève en 1447. Il encouragea les représentations
vrier 1458 et qui a reçu alors pour gou- Bar et d’Anjou, jetant ainsi son oncle
de mystères en exonérant d’impôts la ville
d’importants subsides, puis part visi-
verneur Jean de Calabre. En l’absence dans le camp du Téméraire. Déclaré
de Saumur quand y fut joué le Mystère de la
ter son apanage ligérien, dont la par-
de ce dernier, parti à la reconquête du alors coupable « de trop grands crimes Passion, et en prenant en charge le même
tie méridionale, l’Anjou et la Tou-
royaume de Naples (1458-1464), René de lèse-majesté... » par le Parlement de spectacle à Angers. Il organisait aussi des
raine, toujours tenue par les forces de
est en effet battu par les forces du duc Paris le 6 avril 1476, le roi René doit fêtes, où les joutes et les jeux étaient ac-
Charles VII*, est victime depuis un
de Milan, Francesco Sforza. faire sa soumission. Renonçant alors compagnés de spectacles, telles les fêtes
quart de siècle des ravages de la guerre à modifier son testament en faveur de de l’île de Jarnègues (sur le Rhône, face
Il pense alors pouvoir ceindre, en
de Cent* Ans, tandis que sa partie à Tarascon) en 1449, celles de l’ordre du
son petit-fils René de Lorraine, il meurt
compensation, la couronne d’Aragon,
septentrionale, le Maine, reste sous la Croissant à Angers, celles de la Fête-Dieu
le 10 juillet 1480, laissant l’essentiel de
que lui offrent les Catalans révoltés
domination des Lancastres. sa succession à son neveu Charles V, à Aix et celles de la Tarasque à Tarascon.
contre leur roi Jean II en août 1466,
Fort influent à la Cour, que domine comte du Maine, dont le décès le Il fit travailler de nombreux architectes,
lesquels accueillent son fils Jean de Ca-
la maison d’Anjou depuis la chute de 11 décembre 1481 laisse Louis XI seul décorateurs et tapissiers pour l’embellisse-
labre à Barcelone le 31 août 1467. Mais
maître des biens de la maison d’Anjou ment de ses demeures en Anjou et en Pro-
Georges de La Trémoille en 1433, il
la mort subite de ce dernier dans cette vence. À Angers, son architecte Guillaume
reprend la lutte contre les Anglais, puis et seul dépositaire de ses droits sur le
ville le 16 décembre 1470 met un terme Robin († 1463) aménagea de nouveaux ap-
négocie avec eux, en accord avec son royaume de Naples, que son fils, le
à ses ambitions hispaniques malgré partements dans le château, qui fut remeu-
beau-frère Charles VII, les trêves de futur Charles VIII devait faire valoir à
l’effort financier considérable consenti blé et orné de tapisseries. Des jardins et
Tours du 28 mai 1444 qui aboutissent la fin du XVe s. (V. Italie [guerres d’].)
par les états d’Aix, puis par la ville de une ménagerie peuplée d’animaux rares et
au mariage de sa fille Marguerite d’An-
Marseille. exotiques y furent adjoints. En Provence,
jou avec le roi d’Angleterre Henri VI. Il
Le mécénat de le roi René s’occupa de ses diverses rési-
Renonçant dès lors à ses ambitions
entreprend alors de pacifier la Lorraine dences, surtout du château de Tarascon et
René Ier le Bon
politiques, René le Bon entreprend de
et, dans ce but, marie son autre fille, de celui de Gardanne, qu’il avait acquis en
compléter son oeuvre littéraire. Il mène Le roi René est l’héritier d’une lignée de
Yolande, à Ferry II de Vaudémont. En 1455 et dont il fit une exploitation modèle.
dès lors une vie dispendieuse de fêtes mécènes : son grand-père, Louis Ier d’An-
même temps, il tente en vain d’obtenir Mais le roi René est encore plus connu
jou, commanda la tenture de l’Apocalypse
de son gendre Henri VI la restitution du et de tournois, et se fixe en Provence comme mécène dans la peinture. Il avait
d’Angers ; sa mère, Yolande d’Aragon,
Maine, qui ne devient définitive qu’au en 1471. auprès de lui des artistes nordiques. Bar-
fit exécuter les Heures de Rohan (Biblio-
thélemy de Cler et Coppin Delf (de Delft ?).
lendemain de la reprise du Mans par la La Provence lui procure de gros re- thèque nationale). Lui-même apprit la pra-
Amateur éclairé, il ne pouvait ignorer ni la
force des armes en mars 1448. tique de la peinture auprès de maîtres fla-
venus grâce à l’efficacité d’une admi-
mands. Lors de sa captivité en Bourgogne, peinture tourangelle ni l’école d’Avignon.
Pour accélérer la reconstruction nistration financière qu’il a réorganisée
il se mit à peindre assidûment. René Dans les oeuvres qui lui ont été naguère
économique de son apanage enfin depuis longtemps : création d’un géné-
d’Anjou s’adonna aussi à la littérature : il attribuées, les enluminures du Livre des

territorialement reconstitué, René ral des finances en 1442, d’un receveur composa des poèmes, participa à l’élabo- tournois (Bibliothèque nationale) et celles

d’Anjou adresse en novembre 1450 à général des finances de 1445 à 1453, ration du Livre des tournois, rédigea Mor- du Livre du cuer d’amour espris (Vienne,

Charles VII un long mémoire en forme d’un grand président de la Chambre tifiement de vaine plaisance après la mort Nationalbibliothek), on note une influence
de sa première femme, puis le Livre du cuer
de doléances qui décrit les terribles des comptes en 1460. nordique alliée à un sens de la lumière et
d’amour espris et les Amours de Regnault et
de l’atmosphère bien français, à la fois ligé-
conséquences de la guerre de Cent Ans À partir de 1471, la création d’un Jehanneton après son deuxième mariage.
rien et provençal. Le maître anonyme des
pour ce dernier et qui conduit notam- maître des ports, la perception d’une Il aimait s’entourer de luxe, d’objets pré-
peintures du Cuer d’amour espris apparaît
ment à la suppression d’une taxe sur les taxe sur les blés et les peaux le long du cieux, porter de beaux vêtements. Tout le
comme un artiste exceptionnel, le premier
vins : la traite d’Anjou. En vain. Le roi conviait donc à exercer un mécénat, tant
cordon douanier mis en place autour du à exprimer poétiquement la clarté noc-
en Provence qu’en Anjou.
René, qui séjourne fréquemment dans comté permettent au roi et à son Trésor turne. Le roi René fit aussi peindre des ta-
différentes résidences angevines, pré- La vie mouvementée du roi René favo-
et non pas simplement à Marseille de bleaux, comme la Pietà de Tarascon (Paris,
risa des contacts divers. On s’est demandé,
side au rétablissement d’une certaine tirer le maximum de bénéfices du com- musée de Cluny) qui, en 1457, ornait la
à juste titre, s’il n’a pas contribué à l’intro-
prospérité dans son apanage ligérien, merce de mer, dont il facilite le déve- chambre de Jeanne de Laval. Il fit travailler
duction de la première Renaissance en
prospérité favorable à la reprise d’une loppement avec l’Italie et le Levant. Nicolas Froment, qui peignit le prince et
France. En effet, il échangea toute une
intense activité littéraire et artistique. son épouse sur le diptyque des Matheron
correspondance avec des érudits italiens,
dont Marcello, qui lui envoya la première (Louvre) et sur les volets du triptyque du
L’intérêt porté à ses domaines ange- Le problème de
traduction latine de Strabon et une cos- Buisson ardent, terminé en 1476 pour la
vins est d’autant plus grand que le roi la succession mographie de Ptolémée. Les oeuvres de cathédrale d’Aix-en-Provence*.
doit renoncer à ses ambitions lotharin-
Dante et de Boccace voisinaient dans sa
Un problème reste dès lors à résoudre : A. P.
giennes et italiennes. À la mort de sa bibliothèque avec celles de Joinville et des
celui de sa succession. La mort en 1470
femme Isabelle en 1453, il se résigne Pères de l’Église. Colantonio, maître d’An-
de son fils Jean de Calabre et de son P. T.
en effet à céder le duché de Lorraine tonello* da Messina, connut l’art flamand
gendre Ferry II de Vaudémont, celle en par son intermédiaire. Lors de son passage
F Anjou / Lorraine / Naples (royaume de) / Pro-
à son fils Jean de Calabre et à confier vence.
1473 de son petit-fils Nicolas (fils de à Florence, en 1442, Luca Della Robbia*
l’administration du duché de Bar à son
Jean) le privent de tout héritier mâle en sculpta ses armes dans la chapelle des A. Le Coy de La Marche, le Roi René (Fir-
gendre Ferry II de Vaudémont.
Pazzi. Par la suite, le roi René collectionna min-Didot, 1875 ; 2 vol.). / G. Arnaud d’Agnel,
ligne directe, son fils Louis étant mort
les majoliques et fit venir de Naples le les Comptes du roi René (Picard, 1908-1911 ;
dès 1432 à l’âge de dix-sept ans. Aussi,
Le comte de Provence médailleur Pietro da Milano. Il appela éga- 3 vol.). / V. L. Bourrilly, la Provence au Moyen
par son troisième et dernier testament lement auprès de lui Francesco Laurana, Âge (Impr. Barlatier, Marseille, 1924). / J. Le-
D’ultimes interventions en Italie en date du 22 juillet 1474, décide-t- qu’il avait peut-être rencontré à Florence ; vron, la Vie et les moeurs du bon roi René

consacrent l’échec de ses ambitions il de partager sa succession entre son le sculpteur fit les médailles du roi et de (Amiot-Dumont, 1953) ; le Bon Roi René

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

(Arthaud, 1973). / E. G. Léonard, les Angevins


leur flottabilité (par le jeu des marées épave émergeante. On peut procéder semblent avoir comme une crinière
de Naples (P. U. F., 1954).
ou par déballastage), à l’aide d’élin- à la réparation provisoire des avaries sous l’encolure.
gues passant sous la coque, soit encore et utiliser ensuite l’un des procédés de Le Renne est plus bas sur pattes que
des flotteurs extérieurs ou intérieurs renflouement des épaves. Sur un fond les autres Cervidés ; son épaisse four-
gonflés à l’air comprimé et que l’on dur de longueur insuffisante, le navire rure lui donne l’air trapu. Ses pattes
renflouement fixe au navire. risque de se briser si le flot baisse et sont munies de larges sabots médians
l’on peut être amené, après des répa- grâce auxquels, avec l’aide de ses
Opération de remise à flot d’un navire Utilisation de la force rations provisoires, à renflouer séparé- sabots latéraux, il marche sans trop
coulé ou échoué. de flottabilité propre de l’épave ment les deux tronçons du navire. enfoncer dans la neige ainsi que dans
Toutes les ouvertures de la coque sont E. C. les sols mous des marécages. Cette dis-
Renflouement d’abord obstruées par des scaphan- F Remorquage maritime / Réparation navale /
position anatomique lui évite l’enlise-
Sauvetage.
des navires coulés driers au moyen de panneaux en bois, ment et en outre lui permet de nager
de batardeaux en ciment coulé ou de J. Chapon, Travaux maritimes, t. II (Ey- avec facilité : la traversée de lacs ou de
Tout navire coulé, généralement à rolles, 1966 ; nouv. éd., 1972).
plaques d’acier soudées. On procède bras de mer ne le rebute pas.
la suite d’une voie d’eau ou de tout
ensuite au pompage de l’eau séjour-
autre embarquement accidentel d’eau, Quand il marche, le Renne émet
nant à l’intérieur de l’épave et à son
constitue une épave, qui peut flotter ou un bruit fort curieux à chaque fois
remplacement par de l’air. L’efficacité
reposer sur le fond avec ou sans partie qu’il plie une de ses pattes. Ce bruit
du pompage peut être augmentée par Renne
émergée, selon la profondeur d’eau. ressemble à celui que fait une petite
injection d’air comprimé. Il est prudent
En outre, l’épave peut être couchée sur branche de bois sec que l’on casserait
de vérifier au préalable la stabilité de Mammifère ruminant de la famille des
le côté ou complètement retournée si, entre ses mains.
l’épave et, éventuellement, de prendre Cervidés (Rangifer tarandus).
comme cela arrive très fréquemment,
des dispositions pour l’augmenter, afin Il occupe une place un peu à part
le navire a chaviré avant de couler. Sui- Distribution
d’éviter son chavirement lors de sa dans cette famille, car les femelles y
vant la situation et le poids de l’épave,
remise à flot. géographique
portent les bois comme les mâles.
trois méthodes peuvent être employées
Le Renne était très répandu en Europe
pour son renflouement :
Combinaison des au Paléolithique supérieur. C’était pro-
— levage extérieur ; Description
deux méthodes précédentes bablement le gibier le plus à la portée
— utilisation de la flottabilité propre
Cet animal a une taille moyenne de 135
de l’épave ; L’épave, d’abord allégée au moyen et le plus profitable pour les hommes
à 220 cm de long, une hauteur de 80 à
de flotteurs ou remise en flottabilité, de cette époque, qui utilisaient tout
— combinaison de ces deux procédés.
150 cm pour un poids de 60 à 300 kg.
est soulevée par des engins de levage. l’animal : peau, fourrure, viande, os,
Si l’épave n’est pas récupérable, ou si Les mâles sont plus longs et plus lourds
Si elle est couchée sur le fond, on la bois, avec lesquels ils faisaient des
son renflouement s’avère trop difficile que les femelles.
redresse au préalable, soit par pom- outils. Certains de ces bois ont été
ou non rentable, on peut être conduit à
page ou injection d’air supplémentaire Le Renne a une tête lourde, portée retrouvés gravés et sculptés ; ils nous
l’enlever après fractionnement. Dans
d’un seul bord, soit par une action bas quand il marche. Son museau est ont donné un fidèle témoignage de la
tous les cas, l’opération de renfloue-
mécanique à l’aide de câbles de trac- poilu jusqu’à son extrémité. Ses yeux vie et des moeurs de cette époque, que
ment exige le repérage aussi exact
tion si l’on dispose de points d’appui sont grands, ses larmiers (glandes les préhistoriens ont appelé l’âge du
que possible de l’épave et la connais-
assez résistants et si l’épave est émer- sous-orbitales) sont peu apparents. Il Renne. Dans les grottes de Dordogne,
sance des dégâts subis par la coque,
geante ou immergée à une assez faible porte sur la tête des bois très caracté- on a aussi retrouvé de grandes fresques
les examens nécessaires pouvant être
profondeur. ristiques : insérés sur le frontal par un reproduisant des scènes de chasse.
effectués par des scaphandriers ou au
pivot (ou « meule ») très court, ces bois L’habitat du Renne est le Grand
moyen de la télévision sous-marine. En
Destruction des épaves forment un arc à concavité antérieure : Nord, par-delà le cercle polaire, c’est-
outre, la connaissance des conditions
ils peuvent atteindre chez les grands
L’épave à détruire est fractionnée par à-dire les toundras et les forêts d’Eu-
nautiques : houles, marées, courants,
découpage au moyen de chalumeaux mâles près de 1,50 m de haut. Chaque rope, d’Asie et d’Amérique.
vents, mobilité des fonds, est indispen-
sous-marins ou à l’aide d’explosifs. bois est garni de plusieurs branches,
sable. D’autre part, l’étude des détails Les Rennes de Laponie sont des ani-
Les tronçons sont ensuite remontés au ou andouillers. Sur les bois des grands
d’exécution du renflouement nécessite maux semi-sauvages que les Lapons
moyen d’engins de levage ou de flot- mâles, on compte jusqu’à 130 pointes
un examen approfondi des plans du arrivent à contrôler tant bien que mal.
teurs, puis enlevés. L’épave peut aussi terminales.
navire. Enfin, il convient de vérifier Les Lapons sont obligés de nomadiser
être enfouie dans le sol, soit naturelle- La castration des mâles n’empêche
la situation juridique de l’épave. Le avec leurs animaux quand ceux-ci se
ment sous l’effet des courants, soit par pas l’évolution des bois, comme chez
possesseur du navire coulé peut faire déplacent pour la quête de leur nourri-
basculement dans une fosse réalisée les Cerfs d’Europe ; ces bois restent
abandon à ses créanciers de l’épave et ture. Pour les capturer, ils organisent de
par dragage, ou bien encore au moyen alors simplement vêtus de velours
du fret qu’elle contient éventuellement, grands enclos protégés par de solides
de charges d’explosifs qui l’aplatissent (peau qui enveloppe les bois en
mais il ne peut se soustraire aux obliga- palissades et font entrer les animaux
sur le fond et l’y enfoncent. évolution).
tions qui lui sont imposées par la légis- dans ces installations par un couloir en
lation en vigueur, en raison de la pré- La chute des bois survient entre entonnoir. Là, on prend au lasso ceux
sence dans un port, chenal ou tout autre Renflouement novembre et janvier, même pour les que l’on veut exploiter. On les trie pour
lieu du domaine maritime, d’une épave des navires échoués castrats. Les femelles les perdent aus- les abattre, pour les castrer ou pour
apportant une gêne à la navigation. sitôt la mise bas, qui a lieu en juin. Les leur couper les bois de façon à rendre
Si l’échouage, sur fond mou par
bois repoussent quinze jours après leur les plus forts moins dangereux avant
exemple, n’a pas causé d’avarie au na-
Renflouement par levage vire, son renflouement peut s’effectuer chute. de les mettre au dressage. On marque
extérieur en profitant d’une marée plus forte, en Le pelage du Renne est de couleur aussi les jeunes et les femelles avec des

On peut utiliser dans ce cas soit des variable, en général marron grisâtre, pinces métalliques aux oreilles.
allégeant le navire ou en utilisant des
engins de levage flottants ou terrestres, remorqueurs. Sur fond rocheux, des mais plus clair en hiver. Dans le Grand Le Renne d’Europe et de Scandi-
par l’intermédiaire d’élingues fixées à déchirures de la coque entraînant son Nord, il est presque blanc. C’est un navie est un animal de plaine ou de
l’épave, soit des chalands de relevage envahissement peuvent se produire. pelage d’un moelleux extraordinaire, plateau. C’est un coureur, qui vit entre
dont on utilise la force qui résulte de Le navire est alors assimilable à une remarquablement isolant. Les mâles 800 et 2 000 m ; il se nourrit de brous-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

sailles, de brindilles, d’herbe quand il reposait que sur celle de ces animaux. le milieu du Ve s. et au VIe s., les Bre- ducs de Bretagne à Rennes. Enfin, en
peut en trouver, mais surtout de lichen. Ils allaient attendre les Caribous à leurs tons de l’île de Bretagne, fuyant les 1084, Alain IV Fergent réunit le comté
En automne, il mange aussi des cham- lieux de passage et pouvaient se ravi- envahisseurs saxons et pictes, se réfu- de Rennes au domaine ducal et la paix
pignons. Tout ce qui lui tombe sous la tailler. Depuis la fin de ces migrations, gient en Armorique. Bientôt, des luttes s’instaure.
dent lui sert d’aliment : des oiseaux, des tribus entières sont mortes de faim. incessantes les opposent aux Francs. Au XIVe s., la guerre de Succession
des oeufs, même des lemmings. Quand La destruction des Caribous a ainsi Pensant en finir, l’empereur Louis Ier*
(v. Cent Ans [guerre de]) agite le duché à
il va sur les plages, il mange du varech provoqué une véritable catastrophe. le Pieux part de Rennes réduire ces
la mort du duc Jean III en 1341. Rennes
ou même des poissons morts rejetés par remuants Bretons et institue Nomi-
Pour les remplacer, les Américains connaît des heures tragiques entre les
la marée. importèrent de Norvège des Rennes noë duc de Bretagne (837). Fidèle à
armées de Charles de Blois-Châtillon,
semi-apprivoisés, que l’on expédia l’empereur, Nominoë se révolte contre
Les Rennes vivent en troupeaux. soutenues par le roi de France, et celles
Charles II* le Chauve, successeur de
Les femelles, les jeunes et les petits par péniches et que l’on débarqua de Jean de Montfort, qui s’emparent de
sur la côte de l’Alaska : 3 000 ani- l’empereur Louis, et proclame l’indé-
mâles forment des troupeaux conduits la ville dès l’ouverture des hostilités.
maux furent ainsi conduits de la côte pendance de la Bretagne, qui le recon-
par une vieille femelle expérimentée. L’année suivante Rennes se donne à
Les mâles adultes vivent à part en trou- ouest de l’Alaska jusqu’au territoire naît pour roi (846). Son fils Erispoë,
Charles de Blois et subit un siège des
du Mackenzie. L’expédition, menée qui lui succède à sa mort (851), reprend
peaux moins grands. Tous ces animaux Anglais, alliés de Jean de Montfort, qui
Rennes en 854, qui devient et reste
se déplacent en marchant au pas ou au par quelques hommes et femmes, mit ne parviennent pas à la faire capituler.
cinq ans pour arriver à son but. Mais bretonne.
trot, ne prenant le galop que lorsqu’ils En 1356, le duc de Lancastre l’investit
sont effrayés par un être humain ou par cette tentative, décrite par le Canadien Dès le IXe s., les pillards normands
de nouveau.
des prédateurs : loups, gloutons, ours, Allen Roy Evans dans son livre le Long submergent la Bretagne, entrent à
La guerre prend fin le 29 septembre
qui sont leurs ennemis mortels. Mais les Voyage des Rennes (1938), ne réussit Rennes, ravagent et pillent l’abbaye de
1364 avec la mort de Charles de Blois
mouches et les moustiques sont encore que partiellement. Saint-Mélaine, mais ne peuvent empor-
à la bataille d’Auray. Le fils de Jean
plus dangereux pour eux. Les taons P. B. ter le château. Alain II Barbe-Torte les
de Montfort est reconnu duc et règne
leur font des piqûres qui les affolent. R. Hainard, Mammifères sauvages d’Eu- chasse définitivement et les Bretons
rope, t. II (Delachaux et Niestlé, Neuchâtel,
sous le nom de Jean IV (1365-1399).
Des mouches pondent leurs oeufs dans lui défèrent le titre de duc de Bretagne
1950). / L. Heck, « les Rennes », dans le Monde Le duché vit paisiblement pendant la
leur épiderme, et les larves provoquent (938-952). Une nouvelle ère belli-
animal, t. XIII, vol. 4 (Zurich, 1972).
première moitié du XVe s. À la fin de ce
des abcès parfois mortels. Les Rennes queuse s’ouvre bientôt entre les comtes
siècle, Charles VIII l’envahit, assiège
souffrent souvent du parasitisme des de Rennes et les comtes de Nantes
Rennes (15 nov. 1491), tragédie qui se
fosses nasales, qui peut être aussi mor- dont l’enjeu est la dignité ducale. Les
termine en idylle par le mariage de la
tel. Pour échapper à ce terrible fléau premiers finissent par s’imposer avec
Rennes duchesse Anne et du roi (6 déc.).
que sont les insectes piqueurs du Grand Conan Ier le Tort (970-992), Geoffroi Ier

Nord, ils recherchent la fraîcheur et re- (992-1008) et Alain III (1008-1040), En 1532, l’union avec la France est
Ch.-l. du départ. d’Ille-et-Vilaine* ;
partent vers la montagne du centre de qui se font successivement couronner consommée, et le dauphin François re-
205 733 hab. (Rennais).
la Scandinavie.
Capitale administrative de la Bre-
Les Rennes sibériens vivent en
tagne, Rennes est en pleine expansion
troupeaux de plusieurs milliers, mais
démographique ; de vieille cité pro-
répartis par bandes de 200 à 300 ; ils
vinciale, elle s’est métamorphosée en
vont aussi de la forêt à la toundra, mi-
l’une des villes les plus dynamiques
grant sans cesse pour trouver une bien
de France, depuis que s’est ajouté,
maigre nourriture.
aux traditionnelles fonctions adminis-
Les Rennes sauvages canadiens, ou tratives, judiciaires, religieuses, com-
« Caribous », deviennent de plus en merciales et universitaires, un secteur
plus rares. Ils étaient célèbres autre- industriel moderne.
fois par leurs migrations massives et se
déplaçaient par troupeaux imposants :
L’histoire de la ville
femelles gravides suitées de leurs
jeunes. Plus loin, d’autres troupeaux D’abord appelée Condate sous les

composés de mâles suivaient à deux ou Gaulois, autrement dit « confluent »,

trois jours de marche. Ces grands mou- parce que l’Ille et la Vilaine y mêlent

vements migratoires étaient déterminés leurs eaux, Rennes porta le nom de cité

par la recherche de pâturages. En été, des Redons, du peuple dont elle était

les troupeaux allaient vers le nord dans la capitale au temps de la conquête

les Barren Grounds et revenaient dès romaine.

l’approche de l’automne se mettre à Au IIIe s., son sénat érige à l’empe-


l’abri des grandes forêts pour y passer reur Gordien III une stèle votive dont
l’hiver, là où des herbivores ruminants l’inscription se lit encore sur la porte
trouvent toujours un peu de nourriture. Mordelaise. Peu après, les Romains

De nos jours, ces grands troupeaux ceinturent la ville de remparts où les

américains ont disparu. On comptait rangs de brique alternent avec la pierre.

600 000 Rennes dans cette immensité Pour cette raison, les Bretons appelle-
ront Rennes la ville rouge.
désertique située entre la baie d’Hud-
son et l’Alaska, en 1947. En 1973, il On ne sait pas exactement quand
n’en restait que quelques milliers. Cette la ville est évangélisée. Son premier
diminution de l’effectif a provoqué une évêque historiquement connu est
grande misère chez les Esquimaux et Arthénius († 465), mais le patron du
chez les Indiens, dont l’existence ne diocèse est saint Mélaine († 530). Vers

9342
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

çoit solennellement la couronne ducale Le développement 20 p. 100 en 1968). La croissance des nombreuse par ses commerces de détail
à Rennes le 14 août. Le 28 mars 1548, emplois (31 000 créés en quinze ans) et ses hypermarchés.
démographique
Henri II accorde un conseil munici- a essentiellement renforcé le caractère Capitale commerciale, Rennes se
et économique
pal à la ville, qui obtient, en 1592, le tertiaire de la ville. veut aussi une capitale intellectuelle.
Située au confluent de l’Ille et de la
droit d’avoir une « maison de ville » et Trois nouveaux complexes universi-
Vilaine, dans une région de terres rela-
un maire, lequel ne sera électif qu’en Les fonctions taires attirent plus de 20 000 étudiants
tivement basses, Rennes est la seule
1604, et même pour peu de temps. Il actuelles répartis en deux universités. Dans le
grande ville de Bretagne sans rapport centre-ville est implantée depuis 1961
faudra attendre les lettres patentes don-
avec la mer. Construite sur une butte Avec 70 p. 100 des personnes ac-
la faculté de droit et de sciences écono-
nées par Louis XVI le 15 juillet 1780,
dominant les marécages du confluent, tives travaillant dans les transports,
miques, tandis qu’à l’ouest le complexe
reconnaissant aux Rennais la liberté de
l’ancienne Condate gauloise, bénéfi- le commerce, les banques, les assu- de Villejean-Malifeu (40 ha) regroupe
se choisir une assemblée municipale ciant de possibilités de défense, mais rances, les services privés et publics, la faculté de médecine et de pharma-
présidée par un maire élu pour quatre aussi de circulation, fut le lieu de Rennes est la première ville tertiaire cie, le C. H. U., l’École nationale de
ans. En 1554, Henri II crée le parle- convergence d’un faisceau de voies de France. Elle joue dans l’Ouest un santé publique, la faculté des lettres et
ment de Bretagne, qui siège alternati- anciennes. Au cours des siècles se rôle important d’animation et de pro- sciences humaines. À l’est enfin, sur
vement à Rennes et à Nantes, puis est développe alors la quadruple fonction motion sur les plans administratif, 180 ha, s’est construit le magnifique
transféré à Rennes définitivement par de la cité : militaire, commerciale, reli- économique et intellectuel. Siège de complexe scientifique de Rennes-
un édit de 1561. gieuse (siège épiscopal, puis archiépis- la IIIe région militaire, capitale de la Beaulieu, avec sa faculté des sciences,
copal, résidence de nombreuses com- Région de programme Bretagne, rési- l’École nationale supérieure de chimie,
Au début de la Ligue, le duc de Mer-
munautés religieuses) et administrative dence du préfet de Région, du recteur l’Institut national des sciences appli-
coeur occupe la ville le 13 mars 1589,
(surtout à partir du XVIe s., lorsque le d’Académie, elle est avant tout une quées et l’I. U. T. Reconnue métropole
mais doit l’abandonner peu après. En
parlement de Bretagne y fut installé). ville de fonctionnaires au service de la de recherche en électronique, Rennes
1598, à son retour de Nantes, où il a La ville, depuis le XIXe s., a profité de cité, du département et de la Région. devait bénéficier en 1972 et 1973 de la
signé le 13 avril l’édit de pacification, l’exode rural, à partir de campagnes Son rôle commercial est en relation décentralisation de l’École supérieure
Henri IV fait son entrée solennelle. La surpeuplées. Après une phase d’expan- avec une situation géographique très d’électricité, de l’École nationale supé-
lune de miel commencée avec le roi sion rapide (la population passa de rieure des télécommunications et de
favorable : ville carrefour, Rennes
Henri s’assombrit en 1675. De nou- 40 000 hab. en 1851 à 69 000 hab. en l’École militaire supérieure technique
s’appuie sur un réseau dense et bien
veaux impôts provoquent une révolte 1891), le rythme de croissance se ra- des transmissions. Avec l’installation
concentré de transports. À la croisée
au cours de laquelle, le 17 juillet, on lentit dans les premières décennies du de plusieurs centres d’études et de
de routes nationales qui la mettent en
incendie le bureau du papier timbré. Le XXe s. (83 000 hab. en 1930). Mais de- recherche (Centre électronique de l’ar-
relation avec la péninsule armoricaine,
duc de Chaulnes, gouverneur de la Bre- puis 1945, le taux moyen annuel d’ac- mement à Bruz, Centre de recherches
la Normandie, le Maine et les Pays de
croissement a été voisin de 3 p. 100 et de redevances P. T. T.-O. R. T. F.),
tagne, châtie durement la province et la Loire, elle est aussi un important
(124 000 hab. en 1954, 157 000 hab. la ville voit se renforcer son rôle de
exile à Vannes le parlement, qu’il ac- centre ferroviaire (sa gare de triage est
en 1962, 189 000 hab. en 1968, plus métropole universitaire de l’Ouest et
cuse du soulèvement. La punition dure la plus active de la région) qui com-
de 200 000 en 1975). Cette crois- espère ainsi attirer bientôt des indus-
jusqu’en octobre 1689. Mais le par- mande les deux voies nord et sud de la
sance rapide, qui place Rennes dans tries de pointe.
lement reste l’indomptable défenseur Bretagne. Ses relations avec Paris ont
le peloton de tête des grandes villes
été améliorées depuis l’électrification Si Rennes était, il y a vingt ans,
des libertés reconnues à la Bretagne,
françaises, est surtout liée au dépeuple-
de la voie ferrée en 1965 et l’établis- dépourvue d’activités industrielles
et, quand le comte de Bissy veut faire ment rural des départements agricoles importantes (les seules grandes entre-
sement en 1966 de liaisons aériennes
enregistrer de force, le 10 mai 1788, voisins (le solde migratoire représente
quotidiennes régulières par l’aéroport prises étaient l’imprimerie Oberthur,
des édits qui y portent atteinte, des plus de 60 p. 100 de cette croissance), 1 200 emplois, le quotidien Ouest-
de Saint-Jacques-de-la-Lande (à 7 km
manifestations se déploient dans toute mais Rennes est aussi une ville jeune France, 1 400 emplois ; une brasserie ;
au sud de la ville). Ce rôle de plaque
la ville. La réunion des états, au début (45,4 p. 100 des habitants ont moins l’arsenal, 700 emplois), elle a depuis
tournante en matière de transports
de 1789, relance l’agitation ; le 27 jan- de 25 ans), à forte natalité. Cet afflux lors, du fait de sa situation géogra-
(ceux-ci fournissent 5 000 emplois) a
vier, c’est l’émeute, à laquelle prennent de population vers la capitale régionale phique aux portes de la Bretagne, à
fait de Rennes un lieu d’élection pour
part les étudiants en droit, menés par profite également aux bourgs ruraux moins de 400 km de Paris, et des efforts
les commerces de gros qui veulent
limitrophes, où l’on observe un renver- des collectivités locales, bénéficié de
Moreau, leur prévôt, le futur général.
rayonner sur les départements de
sement des tendances démographiques. plusieurs implantations d’origine ex-
Comme le remarquera Chateaubriand,
l’Ouest : les produits de la région y
Cela explique la création en 1970 du terne. Sur les zones industrielles équi-
« les premières gouttes de sang versées sont centralisés avant expédition, mais
district urbain de l’agglomération ren- pées (route de Lorient, 145 ha ; Saint-
par la Révolution coulèrent à Rennes ». la ville, résidence de 1 200 représen-
naise, regroupant Rennes et 26 com- Grégoire, 82 ha ; Chantepie, 80 ha
Cependant, la Terreur s’y fait moins tants technico-commerciaux, siège de
munes proches, soit 262 000 habitants, actuellement, mais extension possible
sentir qu’en bien d’autres villes malgré 270 commerces de gros, tient aussi à
et on envisage « 500 000 Rennais de sur 250 ha) se sont installées de nom-
le passage de Jean-Baptiste Carrier. En affirmer sa fonction régionale de dis-
l’an 2000 ». Le rajeunissement de la breuses entreprises rennaises, à l’étroit
1795, des pourparlers de paix ont lieu tribution. Après l’échec d’ouverture
population et la création d’emplois dans l’ancien tissu urbain, et des firmes
entre les chouans* et Hoche au manoir féminins ont augmenté le taux d’acti- d’un M. I. N. (marché d’intérêt natio- de l’extérieur attirées par les avantages
de La Mabilais, non loin de Rennes. vité (41 p. 100 de personnes au travail nal), une zone a été aménagée, à l’ouest financiers dans le cadre de la décen-
en 1968), mais la composition sociale de la ville, pour recevoir un marché de
Avec le Consulat, la ville retrouve tralisation. Rennes, dotée depuis 1965
change très lentement. Le développe- gros des denrées agricoles ; un abattoir d’une raffinerie de pétrole (Antar) de
le calme. Le second Empire laissera le
ment industriel augmente le nombre moderne et un frigorifique polyvalent 1,45 Mt de capacité actuelle, implantée
souvenir de la visite de Napoléon III et
des ouvriers, mais leur proportion reste y fonctionnent aussi, qui permettent à dans la banlieue à Vern-sur-Seiche, a
de l’impératrice (20 août 1858).
relativement faible (34,4 p. 100), car la ville de conditionner et de commer- vu se développer le secteur de la bon-
Lors de la Seconde Guerre mon- cialiser les productions des élevages de
parallèlement s’accroissent le secteur neterie-confection (1 900 emplois en
diale, les bombardements causent de commercial et le rôle régional, qui la région. À une échelle plus réduite, 1968, dont la Société parisienne de
grands dégâts à la ville. renforcent la place des cadres moyens dans un rayon d’une cinquantaine de lingerie indémaillable, 800 emplois,
M. M. et supérieurs (15 p. 100 en 1962, kilomètres, Rennes attire une clientèle et SAPITEX, 320 emplois), mais sur-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

tout celui des industries mécaniques démographique, le développement ur-


avec la double installation de Citroën ; bain harmonieux, la volonté d’attirer
après l’ouverture en 1953 d’un premier des activités nouvelles de haute qua-
établissement à La Barre-Thomas (ac- lification dans les secteurs de l’inno-
tuellement 2 000 emplois ; fabrication vation, de la recherche industrielle et
de roulements à billes et de pièces de du commerce révèlent une ville en ex-
caoutchouc), cette société construisait pansion qui se rajeunit et se modernise
en 1961, à La Janais, une usine de mon- dans ses structures et ses activités.
tage de voitures (« Ami », « Dyane », N. P.

« GS ») employant 11 500 personnes,


essentiellement des ruraux recrutés
Rennes,
dans un rayon de 80 km. Désormais,
ville d’art
la ville espère voir se développer les
De l’antique cité de Condate ne subsistent
industries de pointe, électronique et
plus que des céramiques, des fragments
chimie, en relation avec les centres de
lapidaires et des traces de l’enceinte gallo-
recherche. Le mouvement est amorcé
romaine, quai Duguay-Trouin. La ville
avec l’établissement de la C. G. C. T. médiévale n’a survécu qu’en partie à l’in-
(Compagnie générale de construc- cendie de 1720. La porte Mordelaise, qui

tions téléphoniques, 1 500 emplois servait aux entrées solennelles, et la tour


Duchesne rappellent l’enceinte du XVe s. La
prévus), de la société S. G. S.-France
tour de Saint-Mélaine (auj. Notre-Dame)
(350 emplois) et les projets d’ouverture
et les chapiteaux de son cloître (au musée incurvées et avec une niche pour la statue une fraîcheur atmosphérique nouvelle.
par Rhône-Poulenc d’un laboratoire de
de Bretagne) permettent d’évoquer l’art en pied de Louis XV par Lemoyne*, inaugu-
recherche (500 cadres et techniciens). Mais, à l’encontre de Monet, Renoir
roman, tandis que le choeur et la nef de
rée en 1754 (il en subsiste la maquette en
cette église, la chapelle Saint-Yves, l’église ne peut guère concevoir un tableau
terre cuite au musée). De nouveaux hôtels
Saint-Germain malgré sa façade classique sans la présence humaine. Aussi, tout
La structure urbaine s’élevèrent, comme l’hôtel de Blossac. À
montrent le développement du style flam- en s’adonnant au paysage, il sera avant
la même époque, Rennes développa une
Pour absorber l’afflux de population boyant dans la cité. Des maisons à pans de
production de faïences qui sont devenues tout un peintre de figures et plus encore
jeune, pour intégrer les nouvelles usines bois, certaines avec des sculptures comme
aujourd’hui très rares. le peintre de la femme. Il campera des
et les nouveaux complexes universi- celle dite « de du Guesclin », demeurent
La cathédrale, sauf la façade, fut recons- attitudes qui font penser à Boucher, à
dans la vieille ville autour de la cathédrale.
taires, la vieille cité s’agrandit. Dans truite après la Révolution et ornée de stucs Fragonard, mettant en valeur la grâce
La fortune artistique et monumentale
le centre, près des quartiers bourgeois par Charles Langlois. L’art du XIXe s. fut aussi
de Rennes est liée à l’installation du parle- charnelle d’une façon exquise. Ses
reconstruits selon un plan en damier illustré par une audacieuse ossature métal-
ment de Bretagne dans la ville. Son palais, couleurs elles-mêmes, d’une grande
après l’incendie de 1720, on essaie de lique conçue par Labrouste pour l’ancien
aujourd’hui palais de justice, fut construit finesse, participeront à l’ambiance
grand séminaire. Le musée des Beaux-Arts
sauvegarder quelques maisons typiques à partir de 1618 par Germain Gautier, ou
et le musée de Bretagne ont recueilli les douce-acide des motifs, que le re-
du Vieux Rennes (rues du Chapitre, de Gaulthier (1571-?), dont les plans furent
souvenirs précieux de la ville à côté de gard des personnages, plein du désir
la Psallette et Saint-Sauveur, rue Saint- revus par Salomon de Brosse. L’édifice
riches collections de peintures anciennes. d’amour, « sensualise ».
s’assoit sur un rez-de-chaussée de granit
Georges). Mais ailleurs, les taudis ont
A. P.
à décor de bossages. La décoration inté- Fils d’un modeste tailleur limousin
disparu dans les îlots de rénovation du
rieure se poursuivit pendant toute la se-
Bourg-l’Évêque - rue de Brest, où des établi en 1844 à Paris, Auguste Renoir
conde moitié du XVIIe s. avec le concours F Bretagne / Ille-et-Vilaine.

unités d’habitations modernes rempla- passe son enfance dans divers quartiers
des peintres Charles Errard le Jeune A. Guillotin de Corson, Pouillé historique
cent les maisons vétustés, et du Colom- (v. 1606-1689), Jean-Baptiste Jouvenet de la capitale. S’il révèle à l’école com-
de l’archevêché de Rennes (Fougeray, Rennes,

bier - rue de Nantes, qui doit constituer (1644-1717), Ferdinand Elle (1648-1717). 1880-1884 ; 5 vol.). / P. Banéat, le Vieux Rennes munale des aptitudes pour le dessin,

le nouveau centre tertiaire de la cité La Grand-Chambre est particulièrement (Larcher, Rennes, 1925). / A. Meynier et M. Le il ne se montre pas moins doué pour
riche, avec ses boiseries sculptées par Guen, Rennes (la Documentation fr., « Notes
(40 000 m2 de bureaux ; ensemble com- le chant et la musique, ce qui attire
Pierre Dionis et son plafond peint par Noël et études documentaires », 1966). / H. F. Buf-
mercial de 80 000 m2). À la périphérie fet, Rennes, ville d’art et d’histoire (Archives
l’attention de Charles Gounod, maître
Coypel*. En même temps que le palais du
naissent les grands ensembles (Maure- d’Ille et Vilaine, Rennes, 1967). / J. Meyer (sous de chapelle de l’école, qui conseille à
parlement s’élevèrent de nombreux hôtels
la dir. de), Histoire de Rennes (Privat, Toulouse,
pas au nord-est : 4 000 logements, mais particuliers pour les conseillers, la façade à son père de l’orienter vers une carrière
1972). / C. Nières, la Reconstruction d’une ville
une extension envisagée dans le cadre deux tours de la cathédrale, les bâtiments
au XVIIIe siècle : Rennes, 1720-1760 (Klincksieck,
musicale. Mais M. Renoir juge plus
abbatiaux de Saint-Georges, le nouveau raisonnable de tirer parti de la voca-
de la Z. A. C. Patton ; Z. U. P. de Vil- 1973). / M. de Mauny, l’Ancien Comté de Rennes
cloître mauriste de Saint-Mélaine et le col- ou Pays de Rennes (Roudil, 1974).
lejean-Malifeu au nord-ouest, 6 000 lo- tion plastique de son fils. À treize ans,
lège des Jésuites, dont la chapelle, main-
gements ; Z. U. P. - Sud du Blosne, celui-ci est placé en apprentissage dans
tenant église de Toussaints, est attribuée
1 200 logements ; des efforts y ont été aux architectes Martellange (1569-1641), un atelier où il s’applique à peindre
faits pour assurer des ensembles d’ha- François Derand (1588-1644) et Charles des bouquets de fleurs sur des assiettes
bitation cohérents, à l’écart de la cir- Tourmel et dont l’intérieur s’enrichit d’un Renoir (Auguste) et tasses en porcelaine. Grâce à son
retable exécuté par deux artistes de Laval,
culation des voitures, et une continuité habileté, il a, quelques mois après son
Martinet et François Houdaut.
d’espaces verts) et dans les bourgs du Peintre français (Limoges 1841 - arrivée, accompli de tels progrès qu’on
Après l’incendie de 1720, de nouveaux
district urbain se multiplient les lotis- Cagnes-sur-Mer 1919). lui confie les pièces les plus délicates.
plans de la ville furent dressés par l’ingé-
sements de pavillons individuels. Dans Renoir occupe dans l’impression- Mais les commandes se faisant de plus
nieur Robelin, auquel succéda Jacques V
le même temps la ville se ceinture de nisme* une place prépondérante. C’est en plus rares, la fabrique qui l’emploie
Gabriel*, qui modifia la façade du parle-
rocades qui bientôt décongestionneront ment pour l’adapter à une place royale, en effet à lui et à Monet* (dont il sui- le licencie en 1857. Avant de trouver
les grands axes du centre. avec des édifices à arcades au rez-de- vit l’exemple) qu’on est redevable des une situation stable dans une mai-
chaussée et un décor d’ordre ionique co-
D’une cité bourgeoise et somnolente premiers tableaux peints selon cette son spécialisée dans la confection de
lossal au-dessus. Une statue de Louis XIV
naît une ville moderne et dynamique. technique qu’on appellera « impres- stores, on le voit s’employer à divers
(disparue) par Antoine Coysevox y fut inau-
Certes le secteur industriel est encore sionniste », dans lesquels la lumière métiers : il orne notamment des éven-
gurée en 1726. Vers 1730, Gabriel conçut
faible, l’influence sur les autres villes l’actuelle place de la Mairie, avec la tour de auréole des espaces vibrants et où les tails et décore de peintures murales
bretonnes mal affirmée, mais l’essor l’horloge, dite « le gros », entre deux ailes impulsions du sentiment engendrent plusieurs cafés de Paris.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

Ayant fait de substantielles écono- serie des Martyrs, lieu de rencontre Théodore Rousseau, Corot* et enfin Sans que les deux peintres s’en
mies, Renoir peut donner suite à son des partisans du réalisme*, disciples Charles François Daubigny et Mil- rendent compte, leur manière d’in-
rêve le plus cher : suivre les cours de Courbet*. L’équipe qui allait dix let* (v. Barbizon [école de]). Au Salon terpréter la nature en abandonnant
de l’École nationale des beaux-arts. ans plus tard constituer le noyau des de 1864, Renoir est accepté et figure le contour donne le signal au grand
Reçu, au début de 1862, au concours impressionnistes se trouve réunie au catalogue comme élève de Gleyre. mouvement qui va révolutionner la
d’admission, il s’inscrit à l’atelier de lorsque Bazille, au bout de quelques Par la suite, il n’aura pas toujours cette peinture : l’impressionnisme. Depuis
Charles Gleyre (1806-1874). Bien mois, présente à ses camarades Cé- quelques années, Renoir vit dans
chance, alors même qu’il évitera d’en-
qu’élève studieux, ses professeurs le zanne* et Pissarro, qui travaillent à la plus grande détresse matérielle,
voyer ses toiles les plus audacieuses.
jugent indiscipliné, lui reprochant des l’académie Suisse. Il serait cependant n’arrivant à subsister que par la gé-
Si son art ne tourne pas encore le dos
hardiesses de style inhabituelles en ce juste de rappeler que Renoir n’est pas, nérosité de quelques amis et surtout
à la tradition, il laisse déjà apparaître
lieu. Agacé par ses couleurs vives et à cette époque, à la pointe du combat de Bazille, qui jouit d’une certaine
cette grâce teintée de sensualité qui im-
sa manière réaliste de voir le motif, pour l’art nouveau. Tant s’en faut. aisance. Au café Guerbois, où il re-
prégnera toute son oeuvre. Des accents
Gleyre lui demande un jour : « C’est Son désir de sortir des chemins battus trouve Cézanne, il a fait la connais-
modernes, surtout visibles dans ses
sans doute pour vous amuser que vous est plus apparent dans ses propos que sance de Degas*, de Zola*, de Louis
portraits, se font sentir dès 1866, mais
faites de la peinture ? — Mais certai- dans ses peintures. Certes, son talent Edmond Duranty (1833-1880). Dis-
ils sont plus empruntés au réalisme de
nement, répond Renoir ; et si ça ne et son intuition lui ont permis d’éviter cret, il écoute plus qu’il ne participe
Courbet qu’à l’exaltation de la lumière
m’amusait pas, je vous prie de croire les poncifs académiques, mais il n’en aux discussions animées qui s’éta-
des peintres du plein air (Diane chas-
que je n’en ferais pas. » À l’automne reste pas moins attaché à certaines va- blissent entre ces fins causeurs. Après
seresse, 1867, National Gallery of Art,
de 1862, Renoir se lie d’amitié avec leurs traditionnelles ; aussi se rend-il la guerre de 1870, qu’il fait dans les
Washington). Pour lui voir franchir
Alfred Sisley, Claude Monet et Fré- souvent au Louvre pour faire des co- chasseurs à cheval, Renoir rencontre
pies des peintres français du XVIIIe s., le pas décisif, il faut attendre l’année
déric Bazille, nouvellement entrés Paul Durand-Ruel (1831-1922), qui
qui ont sa préférence. 1869, lorsque, ayant rejoint Monet à
dans l’atelier Gleyre. Tous les trois deviendra son marchand, ainsi que le
Bougival, il exécute avec ce dernier
professent ouvertement leur admira- Gleyre ayant fermé son atelier en critique Théodore Duret (1838-1927).
tion pour les peintres anticonformistes plusieurs versions d’une guinguette, la De cette époque date le tableau la
janvier 1864, Renoir passe un dernier
de l’époque. C’est grâce à Monet que examen à l’École des beaux-arts et n’y Grenouillère (par exemple : collection Rose (musée du Louvre, salles du Jeu
Renoir et ses nouveaux amis prennent remet plus les pieds. Il se rend alors, Reinhart, Winterthur). Comme lui, il de paume), qui représente une jeune
connaissance de ce qui se trame dans sur l’initiative de Monet et en compa- analyse alors le phénomène lumineux femme, la poitrine dénudée, tenant
l’art, car Monet a été à bonne école : gnie de Sisley et de Bazille, à Chailly- avec des yeux neufs, employant des à la main une rose. On peut, pour
il a connu Boudin* et Jongkind*, les en-Bière, près de Fontainebleau, pour procédés nouveaux, tels que la sup- la première fois, y voir l’image que
peintres de plein air, ainsi que Camille peindre d’après nature. Il y rencontre pression des détails et la fragmentation Renoir donnera de la femme : corps
Pissarro, et il s’est aventuré à la bras- d’abord Narcisse Diaz de la Peña, puis de la touche. épanoui, visage rond aux yeux légè-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

les fresques de Raphaël, à Naples la


peinture pompéienne. Estimant qu’il
ne sait « ni peindre ni dessiner », il
s’attache désormais à la qualité du
dessin, à figurer les détails, à rendre
plus précis le contour des formes,
plus nets les volumes. Une bonne
part de ce qui faisait le charme de
sa peinture est en même temps
abandonné. Ses tons deviennent sé-
vères et sa lumière froide, la féerie
n’anime plus son art. Cette période,
que l’on a appelée ingresque, est
marquée par des oeuvres dont on dit
volontiers qu’elles sont « solides »,
sans plus : les Parapluies (1881-
1886, National Gallery, Londres), la
Danse à Bougival (1883, Museum
of Fine Arts, Boston). Après avoir
participé à la septième manifestation
des impressionnistes en 1882, il fait,
l’année suivante, une exposition chez
Durand-Ruel. Parfois, il s’évade de
Paris pour peindre à Guernesey, ou à
l’Estaque en compagnie de Cézanne.
Il n’a plus de soucis d’argent grâce à
Durand-Ruel, qui s’acharne à propa-
ger ses oeuvres, ainsi que celles des
autres impressionnistes, en organi-
sant des expositions à Paris, Londres,
Bruxelles, Vienne et New York.

Mais, son tempérament le portant


plus vers le dionysiaque que l’apolli-
nien, Renoir se lasse des contraintes
picturales qu’il s’est volontairement
imposées et, après ces années de dis-
cipline, il retourne vers 1889 à ses
anciennes amours. Alors naissent, dans
l’éclat retrouvé, des toiles vivantes
où sont rendues toutes les subtiles
dispersions de la lumière. Les rayons
s’accrochent aux formes, accentuent
la plénitude et la fraîcheur des chairs,
brouillent certaines structures en les
chargeant d’un pouvoir de suggestion
presque magique (la Dormeuse, 1897,
coll. priv.).

À partir de 1898, l’artiste est atteint


d’un rhumatisme articulaire qui le fait
terriblement souffrir et le gêne dans
son travail. Aussi décide-t-il de se
rement bridés et en amande, avec un l’éditeur Georges Charpentier (1846- ces tableaux lumineux dans lesquels
retirer dans le Midi, à Cagnes, où il
rien d’innocence dans l’attitude. Il 1905), qui lui achète un tableau et lui il fait affleurer le charme secret de
achète une maison (les Colettes). Le
avouera : « Un sein, c’est rond, c’est commande des portraits de famille la femme (la Liseuse, v. 1875-76,
Salon d’automne de 1904 lui consacre
chaud. Si Dieu n’avait créé la gorge (Mme Charpentier et ses enfants, ex- musée du Jeu de paume) ; il peint les
une importante rétrospective. À partir
de la femme, je ne sais si j’aurais été posé avec succès au Salon de 1879 ; Canotiers à Chatou (1879, National
de 1912, son état de santé empire, il
peintre. » Metropolitan Museum, New York). Gallery of Art, Washington), reflet
ne peint qu’avec de grandes difficul-
En 1874, il participe à la première Renoir, en plein élan, peint durant chatoyant des loisirs de plein air sur
tés. Sa main ne pouvant plus se saisir
exposition des impressionnistes, qui ces années ses meilleures toiles. la Seine.
des pinceaux, il doit avoir recours à
se tient boulevard des Capucines. Les Elles exaltent la beauté du corps Mais bientôt Renoir met, pour un des membres de son entourage pour
toiles de Renoir sont, comme celles humain et l’harmonie de la nature, temps, fin à sa période impression- les lui fixer aux doigts. Pourtant, sa
de ses amis, vivement critiquées, mettent l’accent sur le bonheur de niste, estimant ne pouvoir aller plus production demeure abondante. Son
mais des amateurs se présentent vivre : la Loge (1874, Tate Gallery, loin dans cette voie. Ce retour à la art saisit toujours, avec le même
pourtant : un employé de ministère Londres), le Moulin de la Galette et tradition classique s’accomplit au élan communicatif, les moments les
du nom de Victor Chocquet (1821- la Balançoire (1876, musée du Jeu cours d’un voyage en Italie (1881-82) plus chaleureux de la vie, semblant
v. 1898), dont il fait le portrait, puis de paume). Des visages lui inspirent où, après Venise, il découvre à Rome même gagner en intensité colorée, car

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

l’époque, dans une sorte de désordre


lyrique qui surprend : le film est un
échec commercial cuisant.

Madame Bovary (1934) en est un


aussi. Prenant du recul par rapport au
roman et au style de Flaubert, Renoir
adapte le livre sous la forme d’une co-
médie tragique où les personnages sont
volontairement utilisés comme des
héros de théâtre. Cet antiacadémisme
choque les partisans de la fidélité à une
oeuvre écrite, et Renoir ne doit qu’à
l’estime de Marcel Pagnol de pouvoir
réaliser Toni (1934).

Tourné dans le midi de la France,


« là où la nature détruisant l’esprit
de Babel sait si bien opérer la fusion
des races », comme il est dit dans le
prologue, le film constitue la première
oeuvre néo-réaliste de la production
française. Tourné en majorité par des
acteurs non professionnels, Toni unit le
quotidien à la tragédie dans une atmos-
phère onirique et ensoleillée.

L’année suivante, Jean Renoir ren-


contre Jacques Prévert. De la colla-
boration entre les deux hommes naît
le Crime de monsieur Lange (1935),
qui amorce un tournant dans l’oeuvre
du cinéaste où les préoccupations
sociales vont désormais occuper une
place essentielle. Féerique, le Crime
des rouges somptueux qu’on ne lui M.-P. Fouchet, les Nus de Renoir (Clairefon- vel échec commercial, qui contraint de monsieur Lange doit autant au brio
taine, Lausanne, 1974).
connaissait pas font leur apparition. Renoir à tourner deux vaudevilles mili- caustique de son dialogue qu’à l’in-
Renoir prend alors pour modèles les taires, Tire-au-flanc (1929) et le Tour- vention poétique de sa mise en scène,
membres de sa famille : sa femme, noi (1929). spontanée, presque improvisée. C’est
ses enfants, Pierre, Jean et Claude, Le Bled (1929), film d’aventures, est un conte philosophique dirigé contre
Renoir (Jean)
dit Coco, et aussi Gabrielle Renard, aussi une oeuvre de commande où le le capitalisme, qui porte la marque du
la gouvernante, qu’il immortalise en réalisateur rend hommage au cinéma Front populaire.
Metteur en scène de cinéma français
des poses diverses : Gabrielle à la d’action américain. Il tourne ensuite La vie est à nous (1936), produit
(Paris 1894).
rose (1911, musée du Jeu de paume), deux films comme comédien et aborde pour la propagande électorale du parti
Fils du peintre Auguste Renoir, il est le cinéma parlant avec une adaptation
Femme nue couchée (collection Jean communiste, est l’un des premiers
d’abord céramiste avant de s’intéresser de G. Feydeau, On purge bébé (1931),
Walter-Paul Guillaume, 1906 ou films militants français ; il est rempli
au cinéma à partir de 1923. Il débute qui est un succès. La Chienne (1931)
1908). de documents d’actualités et de dis-
comme producteur et scénariste de est le premier film parlant auquel Re- cours politiques auxquels se mêlent des
Vers la fin de sa vie, Renoir s’est
Catherine ou Une vie sans joie (d’Al- noir imprime réellement sa marque : scènes jouées. À sa sortie, les specta-
de plus adonné à la sculpture, créant
bert Dieudonné, 1924), film au cours c’est un hommage au comédien Michel teurs qui vont le voir ne payent pas leur
de belles pièces avec l’aide d’un duquel il rencontre Catherine Hessling, Simon à travers la peinture d’un Fran- place, mais s’abonnent en échange au
jeune élève de Maillol, Richard Guino la vedette du film, qui deviendra sa çais moyen dont la seule évasion, le journal Ciné Liberté, spécialement créé
(1890-1973). Seuls un médaillon et femme. Mais cette oeuvre ne sera pro- seul rêve, est précisément la peinture. pour la circonstance. Curieusement, la
un buste de son fils « Coco » (1907 jetée publiquement qu’en 1927. Le ci- L’année suivante, la Nuit du carrefour véritable carrière commerciale de La
et 1908) sont entièrement de sa main. néaste réalise entre-temps son premier (1932) adapte l’univers étrange et poé- vie est à nous ne commencera qu’à la
De retour à Cagnes après un voyage à film, la Fille de l’eau (1924), que suit tique de G. Simenon. Peut-être est-ce fin de 1969 et sera la conséquence pro-
Paris, où il a encore visité le Louvre, Nana (1926, d’après E. Zola). Produit le fait que trois bobines en furent éga- bable des événements de mai 68.
Renoir s’éteint le 3 décembre 1919, par le metteur en scène, ce dernier film rées qui donne à l’oeuvre une tonalité Après son moyen métrage Une par-
peu après avoir prononcé ces mots : est un désastre financier qui ruine Re- « mystérieuse ». C’est certainement tie de campagne (1936), Renoir adapte
« Vite, des couleurs [...] Rendez-moi noir. Celui-ci exécute alors un travail le premier film policier important du Gorki (les Bas-fonds, 1936), puis réa-
ma palette. » de commande (Marquitta, 1927), et est cinéma français. lise ce qui demeure aujourd’hui encore
C. G. l’interprète de la P’tite Lilie (d’Alberto Toujours en 1932, le réalisateur son oeuvre la plus connue : la Grande
G. Rivière, Renoir et ses amis (Floury, 1921). Cavalcanti, 1927) avant de réaliser la signe Chotard et compagnie et surtout Illusion (1937). Ce film illustre, à tra-
/ D. Rouart, Renoir (Skira, Genève, 1954). / Petite Marchande d’allumettes (1928, Boudu sauvé des eaux, où il dirige de vers une histoire d’évasions, les sou-
M. Drucker, Renoir (Tisné, 1955). / M. Gauthier,
d’après H. C. Andersen) : la féerie et nouveau M. Simon, dans un rôle de venirs d’aviateur et de prisonnier de
Renoir (Flammarion, 1958). / Renoir (Hachette,
les trucages de ce film lui confèrent clochard anarchiste. Le cinéaste op- 1914-1918 de J. Renoir ; c’est l’oeuvre
1970). / F. Daulte, Auguste Renoir. Cata-

logue raisonné de l’oeuvre peint, t. I : Figures une place originale parmi les autres pose la liberté du vagabond au confort de Renoir où la psychologie occupe la
1860-1890 (Durand-Ruel, Lausanne, 1971). / cinéastes français. Mais c’est un nou- de la petite bourgeoisie parisienne de plus grande place. Le film, boycotté

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

lors de sa sortie, a connu une réédition film, qui étonne Hollywood, déchaî- la faveur du publie. Le Déjeuner sur 1914-1918, naissance de
triomphale. nera l’hostilité à sa sortie en France. l’herbe (1959) et le Caporal épinglé
l’aviation d’observation
En 1937, le metteur en scène donne Second film de propagande, Salut à (1962) sont mieux accueillis. Sept
L’invention des ballons a permis dès
la Marseillaise, que finance une sous- la France (Salute to France, 1944), ans plus tard, Jean Renoir donne en
1794 d’utiliser cet observatoire élevé à
cription de la C. G. T., et qui ressemble lui, ne provoque aucune réaction quelque sorte son testament filmé dans
des fins militaires ; des détachements
moins à un film à costumes qu’à une lorsqu’on le projette à Paris. Aucun une bande à sketches réalisée pour la
d’aérostiers ont fait partie des divi-
sorte de montage d’actualités sur la commentaire, nulle allusion. Le si- télévision : le Petit Théâtre de Jean
sions en campagne jusqu’en 1918. Il
Révolution française, à laquelle va la lence. Il est cependant bien accueilli Renoir (1969) est à la fois une mise
était naturel que les militaires aient vu
sympathie du cinéaste. en Amérique. En 1945, Renoir tourne en scène et, sur scène, une mise en jeu
dans les succès sportifs de l’aviation
l’Homme du Sud (The Southerner). du cinéaste, qui présente lui-même les
Ce dernier adapte en 1938 Zola pour des années 1908 et 1909 la possibilité
C’est le film de la liberté retrouvée : le sketches pour mieux y réfléchir.
la seconde fois : la Bête humaine est de son adaptation à des tâches d’obser-
cinéaste le réalise exactement comme
avant tout le portrait d’une femme, de Juvénile comme une première vation ; c’est pour cette fonction que
il l’entend, dans la bonne humeur et
la femme, qui révèle l’actrice Simone oeuvre, ce film en couleurs splendides, l’avion a, pour la première fois, été
la simplicité de ses films français
Simon. Après cette oeuvre natura- insolent et serein comme tout film de introduit dans les armées en 1910 à
d’avant guerre. Pour la première
liste, Renoir tourne alors son « film Renoir, célèbre les noces du spectacle l’occasion des manoeuvres de Picardie.
fois apparaît chez le cinéaste l’idée
maudit », la Règle du jeu (1939). Ce et de la vie. Y a-t-il un style Renoir ? Il La Première Guerre mondiale allait
de Dieu. La mise en scène est hiéra-
« drame gai » est aujourd’hui reconnu y en a un : on ne le voit pas parce qu’il montrer ses avantages sur le ballon
tique d’une austérité « protestante ».
comme le chef-d’oeuvre de Renoir. est en avance et se cache pudiquement captif. L’avion permettait en effet le
Abandonnant les planteurs de coton
Cette minutieuse description des bour- derrière sa modeste perfection. Comme survol des positions et même des arri-
qui lui ont d’ailleurs valu le prix du
geois de l’époque est accueillie par des chez Stendhal. ères de l’ennemi, et c’est pour tenter
meilleur film à la Biennale de Venise
huées avant d’être interdite en sep- M. G. d’empêcher ce dernier d’utiliser ses
1946, Renoir évoque ensuite les gens
tembre 1939 par la censure militaire. A. J. Cauliez, Jean Renoir (Éd. universi- avions d’observation que l’aviation de
de maisons chers à Octave Mirbeau
Motif : la Règle du jeu est démorali- taires, 1962). / P. Leprohon, Jean Renoir (Se- chasse a été créée.
dans le Journal d’une femme de ghers, 1967). / A. Bazin, Jean Renoir (Champ
sante. Démoralisante pour la classe
chambre (Diary of a Chambermaid, libre, 1971). / J. Renoir, Ma Vie et mes films
L’essentiel de l’histoire aérienne de
visée par le film, parce qu’elle a confu- cette guerre se ramène à la recherche
1946). C’est une tragédie burlesque, (Flammarion, 1974) ; Écrits, 1926-1971 (Bel-
sément deviné que, sous les allures fond, 1974). / C. Beylie, Jean Renoir (Cinéma désespérée par les deux adversaires
à la fois drôle et atroce, entièrement
de blague entre copains qu’affiche la d’aujourd’hui, 1975).
d’une supériorité locale aveuglant
réalisée en studios, ce qui lui donne un
Règle du jeu, perce une critique acerbe l’observation ennemie et procurant à
caractère théâtral ridiculisant à mer-
du mode de vie des Français nantis, l’artillerie amie une efficacité incom-
veille les bourgeois, dont l’auteur du
dans laquelle on peut lire, prémonitoire parable, grâce à l’excellence du réglage
roman se moquait à longueur de page.
et fatidique, l’annonce de la défaite de
Dernier film américain de Renoir, la
Renonculacées des tirs par les avions. Étant donné le
1940. caractère statique de cette guerre de
Femme sur la plage (The Woman on
Renoir, une fois de plus déçu, part F RANALES. tranchées, c’est surtout l’observation
the Beach, 1946) ressemble à un film
pour l’Italie, où il commence la Tosca noir de Fritz Lang, avec en plus cette — à vue et photographique — qui a été
(1940), mais l’entrée en guerre de l’Ita- chaleur humaine, ce feu qui couve déployée. La reconnaissance plus loin-

lie l’empêche de filmer plus de cinq sous les cendres de l’apparence qui taine est restée secondaire, sauf à la fin

plans. Le film sera terminé par Carl sont typiques des films de Renoir, renseignement du conflit, où les Alliés, en raison de

Koch. Le cinéaste revient alors à Paris, lorsqu’il se sent libre de les tourner leur supériorité, ont pu rendre sa valeur

où il exécute plusieurs travaux pour


(aviation de) au mouvement.
selon son coeur.
le Service cinématographique des ar- La pureté, la simplicité, la netteté
Partie de l’aviation militaire ayant pour
mées, puis descend dans le Midi. C’est intransigeante qu’a acquises le réalisa- Conflits de doctrines
mission de recueillir des informations
là qu’il reçoit du metteur en scène teur, on les retrouve dans les couleurs après 1918
concernant un adversaire de façon à
Robert Florey une lettre l’invitant à se mordorées de l’Inde quand il ramène Après 1918, les opinions s’affrontent
en surveiller les activités, à éclairer les
rendre aux États-Unis. Il s’embarque de ce pays le Fleuve (The River, 1950). entre deux points de vue : d’un côté,
forces amies et à les guider dans leur
en automne 1940. Naissance et mort s’y rencontrent en
action propre. les représentants des forces terrestres,
À Hollywood, engagé par la Twen- un ballet de symboles métaphysiques ne voyant dans l’aviation qu’un auxi-
et de métaphores limpides qui nous Selon l’étendue de la zone d’action
tieth-Century-Fox, Renoir tourne liaire du combat au sol, préconisent
révèlent, chatoyante et déchirée, l’Inde des avions utilisés pour ce recueil du
l’Étang tragique (Swamp Water, l’effort sur l’aviation d’observation
1941). Le réalisateur définira plus tard sans folklore. renseignement, on parlera d’observa-
et la chasse de protection, ces moyens
sa période américaine comme divisée tion pour les distances courtes ou de
Le folklore, que Renoir déteste, a étant affectés organiquement aux
en deux parties : « Quelques essais reconnaissance tactique ou stratégique
été évoqué à la sortie du Carrosse d’or grandes unités terrestres ; de l’autre,
dans les grands studios et d’autres pour les plus longues. Les avions
(1952, d’après P. Mérimée). C’est refu- les aviateurs, sans nier l’intérêt de cette
avec des indépendants. » À Hol- destinés au renseignement ont beau-
ser d’en voir la gravité profonde. Le aviation de coopération, demandent
lywood, le film provoque une (petite) coup évolué, à la mesure des progrès
film est un nouvel échec, qui permet que l’on fasse la part la plus belle à
révolution : c’est en effet la première à Renoir de mettre en scène au théâtre de l’aéronautique. Il en va de même l’aviation offensive de bombardement.
fois qu’un grand studio admet l’idée d’Arles le Jules César de Shakespeare des moyens utilisés pour le recueil Tout l’entre-deux-guerres est l’occa-
qu’on puisse tourner des extérieurs en (1954), avant de faire sa rentrée dans de l’information : limités, à l’origine, sion de discussions à ce sujet dans
décors naturels et non pas devant des les studios français avec French Can- à la seule vue du pilote, ils ont vite tous les pays. En France, où l’aéronau-
toiles peintes. Jean Renoir réalise en- can (1955), qui sera son dernier suc- bénéficié de la photographie aérienne, tique dépend du ministre de la Guerre,
suite Vivre libre (This Land is Mine, cès. En effet, ni Orvet, la pièce qu’il d’abord de jour, puis de nuit ; enfin, l’aviation de coopération a la priorité
1943), dans lequel il veut dévoiler aux écrit et monte en 1955, ni Éléna et les la nature des informations recherchées jusqu’en 1934, date de création d’une
Américains un visage peu connu de la hommes (1956), ni le Testament du s’est diversifiée, surtout depuis 1945, armée de l’air indépendante dont une
France occupée. La mise en scène en docteur Cordelier (1959, son unique ce qui a provoqué l’apparition de nou- des premières décisions sera de modi-
est plus didactique qu’inspirée, et le essai de fantastique) ne lui ramènent velles techniques. fier la doctrine : en 1936, 41 p. 100

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

des appareils militaires français sont quels s’ajouteront, le cas échéant, des qui évitent l’emploi de tout éclai- besoin, notamment en cas de crise : les
du type « observation » (Potez « 25 » bombardiers légers rapides qui ont rage, et surtout les radars à très haute détails que peuvent révéler les satel-
et « 29 », Breguet « 27 »), il n’existe l’avantage de pouvoir emporter de définition, qui ont l’avantage de pou- lites restent en effet d’assez grandes
aucun avion de reconnaissance à nombreuses caméras et de longs rou- voir fonctionner dans les nuages. Les dimensions. Pour éviter toute surprise
grand rayon d’action et on ne compte leaux de films. Ces avions opèrent soit contraintes de la guerre du Viêt-nam par défaut d’attention et pour pouvoir
que 25 p. 100 d’avions de bombarde- par incursion rapide et à basse altitude (1965-1973) ont également conduit à suivre l’évolution d’une situation sur
ment ; les 34 p. 100 restants sont des sur des points précis, quand la zone la mise au point de caméras de télévi- le terrain, il faut disposer de moyens
monoplaces de chasse légers. De nou- à survoler est très dangereuse, soit sion fonctionnant à très bas niveau de plus précis. L’un de ceux-ci est fourni
veaux programmes lancés en 1933 et en altitude et en prenant des films de lumière : une nuit claire suffit pour ob- par l’écoute des signaux radioélec-
1936 nous donneront des avions plus larges zones capables de fournir une tenir des images très exploitables. On triques émis par l’adversaire éventuel
modernes : les Mureaux « 117 » pour couverture cartographique dans les rappellera enfin pour mémoire qu’au (transmission, radars, etc.) ; ces si-
l’observation, Potez « 63-11 » et Bloch zones peu défendues. Parfois, les avi- Sud Viêt-nam, où il n’existait pas de gnaux se propagent à longue distance
« 175 » pour la reconnaissance ; mais ons de reconnaissance sont accompa- chasse adverse, les Américains ont uti- et il est possible de les écouter à partir
en 1939 leur nombre n’aura pas encore gnés d’une escorte de chasse pour les lisé pour la reconnaissance de nuit des d’un poste situé hors des frontières ;
dépassé quelques dizaines. protéger. De 1940 à 1945, la guerre avions de transport équipés de projec- l’altitude accroissant la portée, on a
a donné un développement considé- teurs puissants et d’armes sur tourelle été amené à équiper spécialement des

1939-1945, le plein rable à la recherche du renseignement permettant d’attaquer immédiatement avions volant à haute altitude et navi-
à partir de films photographiques. Les tout ennemi découvert. guant parallèlement aux frontières :
essor de l’avion de
centaines de clichés rapportés à chaque on parle alors d’avion de surveillance
reconnaissance
mission ont nécessité la mise au point La surveillance aérienne électronique.
La Seconde Guerre mondiale est avant de moyens appropriés d’exploitation réciproque des grandes Pour suivre instantanément le déve-
tout une guerre de mouvement, et les au sol. Des laboratoires équipés de ma- puissances loppement d’une situation sur le terrain
quelques ballons d’observation « mo- chines automatiques de développement L’avion de reconnaissance, pour opé- en cas de crise, il n’existe pas encore
dernes », encore conservés par certains et de tirage en chaîne ont permis de rer convenablement, doit survoler la de meilleur moyen que de survoler la
pays, disparaissent définitivement dans livrer les clichés d’une mission dans un zone que l’on veut étudier ; cela ne zone intéressée et de la photographier ;
la tourmente de la Blitzkrieg. La Wehr- délai de l’ordre de l’heure ; des équipes se conçoit évidemment qu’en temps les clichés rapportés ont une valeur
macht en enseignera la tactique à ses spécialisées d’interprétateurs-photos certaine pour l’action diplomatique.
de guerre ou de crise, mais se révèle
adversaires, qui l’adopteront à leur étaient capables d’analyser ces clichés Encore faut-il que l’appareil revienne
plus délicat en temps de paix. Les
tour : les troupes au sol sont éclairées et d’identifier les objectifs en quelques Américains ont bien utilisé des avions de mission, donc qu’il soit invulné-
par une aviation d’accompagnement heures. De nombreuses régions du rable à la chasse et aux missiles sol-air.
Lockheed « U-2 » que leur altitude de
nombreuse constituée de nombreux globe pour lesquelles on ne disposait C’est probablement dans ce but que les
vol mettait à l’abri des réactions des
petits avions, les « mouchards » (Hens- pas de cartes ont été ainsi l’objet de Américains ont construit le Lockheed
pays survolés. Mais, le 1er mai 1960,
chel « 126 », Heinkel « 70 » ou Fie- couvertures photographiques, et vers « SR. 71 » et les Soviétiques le « MIG-
un « U-2 » piloté par le lieutenant
seler-Storch) travaillant par radio en la fin de la guerre toute avance des 23 », capables tous deux de voler à
Francis Gary Powers s’abattait près de
étroite collaboration. L’ensemble des forces terrestres était systématique- Mach 3 à 30 000 m d’altitude. Un autre
Sverdlovsk, atteint, semble-t-il, par un
forces terrestres et de ces petits avions ment précédée d’une couverture photo- moyen de reconnaissance clandestine
missile sol-air soviétique « SAM 2 ».
collant à la manoeuvre est protégé par graphique à grande échelle largement qui semble politiquement toléré est
La reconnaissance clandestine n’était
une couverture d’avions de chasse. En diffusée aux unités. constitué par des missiles guidés à dis-
plus acceptable. Les satellites sont
avant, préparant l’arrivée des forces tance, sans pilote à bord : ce sont les
venus prendre la relève des avions
de surface, des avions de reconnais- drones ou leurs successeurs, les avions
Évolution des moyens de grâce à l’invulnérabilité que leur pro-
sance, bimoteurs dérivés des bombar- sans pilote guidés de loin, très étudiés
recueil du renseignement cure l’espace et à l’inexistence d’un
diers moyens Heinkel « 111 », Dornier en 1973-1975 par les Américains, qui
droit international interdisant les sur-
depuis 1945
« 17 », recueillent les informations né- les appellent Remotely Piloted Vehi-
vols spatiaux. Rien n’a été divulgué
cessaires à la tenue à jour d’une situa- Après avoir longtemps employé des cles (RPV). Enfin, il n’est pas exclu
sur les moyens et les méthodes utilisés
tion générale. avions légers, les forces terrestres, à qu’une bonne surveillance puisse être
par les satellites-espions « Midas »
Ainsi apparaît dès 1940 ce qui sera qui sont définitivement rattachés les effectuée à partir de satellites habités
(Missile Defense Alarm System)
moyens d’observation, ont adopté du type « Skylab » dont la taille permet
de pratique courante chez tous les bel- et « Samos » (Satellite and Missile
ligérants : une aviation d’observation l’hélicoptère à partir de 1955. Quant l’emport de caméras de grandes dimen-
Observation System) américains lan-
nombreuse affectée à l’armée de terre aux avions de reconnaissance, toujours sions, ce qui, conjugué avec une orbite
cés dès 1960-61 ou « Cosmos » so-
et composée d’avions légers — ce sera choisis parmi les meilleurs du moment, basse, permettrait d’obtenir des clichés
viétiques, dont le prototype a été mis
le « Piper-cub » chez les Américains ils sont tous équipés de réacteurs et très détaillés.
en orbite en 1962. On sait seulement
dérivés des avions de chasse ; tels sont
— et une aviation de reconnaissance que certains satellites sont récupérés Dans une situation fondée sur l’équi-
relevant du théâtre d’opérations et les « Mirage III-RD », dérivés du « Mi- quelques jours après leur départ, ce libre des dissuasions entre les grandes
rage III-E », ou le « Phantom-RF4 » par
mettant en oeuvre des avions à long qui suggère qu’ils sont équipés de ca- puissances, l’obtention de renseigne-
rayon d’action très rapides. Ceux-ci, exemple. On peut dire que désormais méras photographiques dont les films ments appropriés reste d’une impé-
au contraire des avions de chasse ou la plupart des avions tactiques super- sont développés après leur vol. On sait rieuse nécessité. Les moyens de plus en
de bombardement, opèrent isolément ; soniques donnent lieu à une version de également que certains de ces satellites plus perfectionnés mis au point pour la
pour améliorer leurs performances, on reconnaissance. sont équipés de détecteurs infrarouges recherche, par l’aviation de reconnais-
supprime tout armement défensif, leur Les moyens techniques de recueil capables de déceler les flammes de sance, du renseignement en temps de
protection résidant dans leur vitesse. font toujours la part belle à la photogra- fusées lors de leur lancement ; ces guerre peuvent sans doute être utilisés
On est ainsi conduit à choisir, comme phie, dont les caméras sont de plus en satellites sont destinés à fournir une en temps de crise dans un but politique
avion de reconnaissance, le meilleur plus perfectionnées. La photo de nuit alerte précoce. Malgré l’intérêt des précis : cela a été le cas lors de la crise
avion de chasse du moment : tels seront est de pratique courante grâce à l’utili- informations ainsi recueillies, il n’est de Cuba, au Viêt-nam après l’arrêt des
entre autres les « Mosquito » britan- sation de cartouches éclairantes. Mais pas sûr que les satellites suffisent à hostilités et lors de la quatrième guerre
niques, les « Mustang P. 51 » ou les à la photo sont venues s’ajouter les fournir aux gouvernements intéressés israélo-arabe de 1973. Mais il n’est pas
« Lightning P. 38 » américains, aux- prises de vues par détection infrarouge, tous les renseignements dont ils ont toujours possible de survoler un terri-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

(service de) / Satellite artificiel.


toire hostile ; d’autres moyens doivent santes économiques (qui conditionnent cialistes travaillant dans des antennes
alors être prévus pour assurer une in- la production d’armement) et psycho- subordonnées aux postes pour des mis-
formation capitale afin d’éviter toute logiques (qui affectent le moral et donc sions bien définies, et implantées dans
surprise et de maintenir l’équilibre sur le potentiel des armées). Depuis 1945, le lieu le plus favorable à leur exécu-
lequel est actuellement fondée la paix renseignement l’accroissement spectaculaire et conti- tion. Le recrutement des agents reste
mondiale. nuel de la technicité des armements, la tâche la plus complexe et s’exécute
(service de) à l’ère de l’atome, du missile et de en tenant compte du choix des meil-
l’électronique, a encore augmenté le leurs postes d’observation et du recen-
Les caméras aériennes
Organisme chargé d’informer les pou- domaine du renseignement de défense, sement des individus les mieux placés
De même principe que les appareils pho- voirs publics ou le commandement mi- qui englobe non seulement l’ensemble pour pénétrer un milieu déterminé et
tographiques utilisés au sol, les caméras litaire sur les moyens et possibilités de des données politiques, économiques qui pourront être, suivant leurs quali-
aériennes ont des caractéristiques très
tous ordres de certains pays étrangers. et militaires, mais tout le secteur de tés, des informateurs occasionnels, des
particulières dues aux conditions d’em-
Les services de renseignement re- la recherche technologique. Ce carac- correspondants à l’essai ou des agents
ploi. De nos jours, les caméras sont fixes
à bord, et la visée est faite par le pilote qui montent à la plus haute antiquité. Tous tère global de la recherche a entraîné immatriculés. Les grandes affaires
manoeuvre l’avion. Pour obtenir des cli- les hommes au pouvoir se trouvent en dans tous les pays le rattachement des d’espionnage qui passionnent l’opi-
chés détaillés malgré la distance de prise effet dans la nécessité d’être infor- services de renseignement, dits aussi nion publique dissimulent toujours un
de vue, il faut utiliser de longues focales : enchaînement de manoeuvres patientes
més de ce qui se passe et se prépare « services spéciaux » ou « secrets », au
de 10 cm à 1 m. La luminosité d’un objectif
autour d’eux, de connaître les points plus haut échelon du pouvoir politique. et laborieuses dont le mécanisme minu-
étant proportionnelle à l’inverse du carré
faibles et d’apprécier les lignes de tieux et quotidien n’offre initialement
de la distance focale, il faut associer à ces
forces de leurs adversaires ou concur- rien de sensationnel ; bien souvent, des
longues focales des objectifs de grand dia- La technique
mètre : ainsi, il faut un objectif de 12,5 cm rents éventuels. Au VIe s. avant J.-C., le mesures rigoureuses de protection du
du renseignement
pour obtenir une ouverture de F : 8 avec sage chinois Sun Zi (Sun Tse), auquel secret à tous les échelons auraient suffi
une focale de 1 m. se réfère fréquemment Mao Zedong « On n’obtient que ce que l’on re- à déjouer l’intrigue.

Le champ de l’appareil, dépendant de la (Mao Tsö-tong), constate déjà que, cherche intelligemment », telle est la
L’autre aspect du problème, d’ordre
focale et de la géométrie du fût, est assez « grâce à une connaissance préalable..., première des conditions de travail. Un
défensif, est la protection du territoire
limité pour des raisons d’encombrement ; le prince éclairé et le général avisé service de renseignement opère essen-
contre les recherches de l’étranger.
grâce à des systèmes de balayage par tiellement sur commande : il appar-
battent l’ennemi chaque fois qu’ils le Elle appartient à des services spécia-
miroir, on parvient cependant à réaliser
rencontrent... ». En 1955, une commis- tient d’abord à l’autorité compétente
des clichés de 180° de champ d’horizon à lisés relevant des ministères de l’Inté-
sion américaine concluait que « le ren- de définir ce qui l’intéresse, ce qu’elle
horizon pour une vue prise latéralement ; rieur (tels la Surveillance du territoire
seignement concerne toutes les choses veut savoir avec un ordre d’urgence,
ces clichés comportent des déformations. en France ou le FBI [Federal Bureau
Un autre moyen plus classique d’obtenir qui devraient être connues avant l’éla- puis de désigner l’organisme qui lui
of Investigation] aux États-Unis). Une
de grandes surfaces de prise de vue est boration d’une ligne de conduite ». À paraît le plus apte à fournir la réponse. liaison étroite s’impose entre les ser-
de grouper plusieurs caméras dont les vingt-cinq siècles de distance, ces deux Elle lui enverra un ordre de recherche, vices de renseignement et ces orga-
axes optiques sont décalés. Les avions de mais, pour éviter toute indiscrétion,
affirmations soulignent la primauté du nismes, tant pour dépister les agents
reconnaissance emportent ainsi jusqu’à six
renseignement dans sa relation préa- elle ne mentionnera pas explicitement adverses que pour connaître leurs mé-
caméras dans le nez du fuselage. Les ob-
lable à l’action. le renseignement désiré, mais un in-
jectifs sont d’une très grande qualité et ont thodes et leurs objectifs.
La recherche du renseignement dice facile à comprendre par un agent
un grand pouvoir séparateur, de façon que On notera cependant que, si le rôle
et dont la vérification conditionne ce
les clichés puissent révéler de très petits s’est cantonnée longtemps au domaine des agents demeure essentiel, les
détails, de l’ordre du décimètre. militaire. Après la célèbre sentence de renseignement. Cette différence est à la
moyens de renseignement ont été pro-
Le plus grave problème est posé par la Blaise de Monluc (1502-1577) : « Si base de la technique du renseignement
fondément renouvelés dans les années
vitesse de vol des avions, qui, malgré la l’ost savait ce que fait l’ost, l’ost bat- militaire, politique ou économique,
1960 par l’emploi systématique de la
vitesse de prise de vue, conduit à un « filé »
trait l’ost », il est facile d’en trouver qu’il soit recueilli par des agents ou par
photo aérienne par avions à grande pé-
de la photo nuisant à sa netteté. Les camé-
de nombreux exemples, notamment les procédés les plus divers (écoutes
ras dites « à compensation de filé » utilisent nétration (type « U-2 » ou « SR. 71 »
dans les campagnes napoléoniennes, radio, photos aériennes, etc.). Le chef
un magasin de pellicule dont l’embase por- américains), mais aussi par celui des
où la qualité du renseignement fut une établit un plan de renseignement où,
tant le film est déplacée convenablement satellites* de surveillance. Ces derniers
exigence prioritaire de la stratégie de en fonction de ses besoins, sont ins-
au moment de la prise de vue. En raison de fournissent aux grandes puissances
la vitesse, la cadence de prise de vue doit l’Empereur. C’est au cours du XIXe s. crites les activités, les menaces et les
qui en disposent une couverture glo-
être grande ; si le format est grand, comme que les services de renseignement, réactions possibles d’un adversaire ;
bale de la surface terrestre, permettant
dans les anciennes caméras, les méca- de là découle un plan de recherche
d’abord limités aux ambassades et notamment aux Américains et aux
nismes d’entraînement ont trop d’inertie où les renseignements sont traduits en
aux missions officielles à l’étranger,
pour suivre les cadences nécessaires. Soviétiques la mise en oeuvre d’un sys-
reçoivent une organisation perma- indices très simples pour l’agent, à qui
tème de renseignements stratégiques
Tout cela a conduit depuis 1965 à l’adop- est envoyé un ordre de recherche. À
nente dans les armées. Leur action se à l’échelon intercontinental. Chacun
tion de caméras de format ramené à 12 cm
borne d’abord à la recherche de ren- ce schéma simplifié de l’orientation de
× 12 cm ; les objectifs ouvrent à F : 2, les de ces satellites (types « Cosmos »
seignement sur les forces étrangères, la recherche s’ajoutent d’autres tech-
obturateurs fonctionnent au 1/1 000 de soviétiques, « Samos », « Ferret »,
dont l’exploitation comme la demande niques pour le recueil du renseigne-
seconde au moins et la cadence atteint 4 à « Midas » américains) a une mission
5 images par seconde. La compensation de appartiennent au haut commandement. ment et notamment pour tout ce qui a
particulière (reconnaissance photo, re-
filé est adoptée. Grâce à la qualité des ob- À cette fonction principale s’ajoute trait aux agents. On entre ici dans le
connaissance électronique, lancement
jectifs et des films, la définition des clichés bientôt le contre-espionnage, c’est-à- domaine de la clandestinité des postes
de missiles, etc.).
est aussi bonne que pour les anciennes
dire la connaissance des services étran- S. R. à l’étranger opérant sous une cou-
caméras de format classique 22,5 cm ×
gers et la détection de leurs agents à verture aussi plausible que possible,
22,5 cm. La petite taille de ces nouvelles L’exploitation
l’étranger ou sur le sol national. Au que s’efforce évidemment de démas-
caméras facilite leur installation sur les avi- du renseignement
ons de chasse d’où sont tirées les versions cours des deux guerres mondiales, le quer le contre-espionnage adverse.

de reconnaissance. caractère de plus en plus totalitaire Aussi, ces postes n’agissent-ils pas Quand le renseignement, ou fourniture,
des conflits étend le domaine du ren- directement et se cantonnent-ils dans revient à l’état brut à l’autorité qui l’a
P. L. seignement à l’ensemble des activités un rôle de documentation. Le manie- demandé, rien n’est pourtant terminé.
F Aviation / Chasse aérienne / Renseignement nationales, notamment à leurs compo- ment des agents appartient à des spé- Il y a d’abord le travail de vérification

9350
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

et de contrôle de l’organisme central tion et le recyclage du personnel et affectée du fait de la mise en place en implacable, qui aboutit notamment à
du service (dit « la Centrale »), qui une direction de la recherche. Cette son sein par les services spéciaux so- l’éviction en 1944 de l’amiral Canaris,
comprend un ensemble de spécialistes dernière regroupe tout ce qui a trait viétiques d’agents hautement qualifiés l’ensemble des services spéciaux fut
répartis en départements fonctionnels au renseignement, réseaux, agents, tels Guy Burgess et Donald Maclean, coiffé par les hommes de Himmler, qui
(documentation, méthode, contrôle, service d’exploitation et de décrypte- passés en U. R. R. S. en 1951, et sur- y généralisèrent les méthodes sinistres
etc.). Reste enfin le problème, qui ment, en fonction des missions pres- tout Harold A. R. Philby (dit Kim), de la Gestapo.
comporte un facteur psychologique crites par le plan de recherches fixé par un ancien du MI 6, qui les y rejoignit Tous ces services ont disparu
essentiel, de la confiance accordée par le gouvernement. À cette direction est en 1963. Les agents de l’IS appar- dans le naufrage de l’Allemagne en
l’autorité politique ou militaire au ren- en outre attaché le service « action », tiennent à des catégories différentes : 1945. L’un d’entre eux toutefois, le
seignement apporté. L’un des maîtres qui dispose éventuellement de moyens diplomatique, militaire, résidentielle, Service des armées étrangères « est »
du renseignement politico-stratégique militaires. mobile et commerciale. Ses informa- (Abteilung fremde Heere Ost), chargé
de la Seconde Guerre mondiale, l’ami- À cette mission d’ensemble teurs occasionnels constituent trois au grand quartier général de l’armée de
ral Canaris, ne fut souvent pas cru par s’ajoute, pour le S. D. E. C. E., tout groupes : les strategic et diplomatic terre du renseignement sur les forces
Hitler ou vit ses renseignements mal ce qui concerne le contre-espionnage agents, recueillant tout renseignement soviétiques et dirigé par le colonel
interprétés, telle l’annonce plusieurs à l’étranger, tandis que l’action cor- d’ordre général et agissant s’il le faut Reinhard Gehlen (né en 1902), sera
fois vérifiée de la conférence alliée de respondante en France appartient à la pour protéger le personnel de service ; reformé après la guerre pour le compte
Casablanca au début de 1943, que Hit- Direction de la surveillance du terri- les tactic agents, accrédités dans les des Américains, auxquels Gehlen avait
ler voulait situer à la Maison-Blanche à toire (D. S. T.) du ministère de l’Inté- postes diplomatiques et spécialement versé ses archives. C’est de l’Organi-
Washington. rieur. Institution officielle de l’État, chargés des problèmes de défense ; sation Gehlen (dont le chef a conservé
le S. D. E. C. E. recrute ses membres les informateurs de guerre enfin, qui ses fonctions jusqu’en 1968) qu’est né
Les services français : parmi les militaires et les fonction- s’intéressent plus spécialement aux en 1955 à Pullach im Isartal (près de
le S. D. E. C. E. naires civils. En 1974, on estimait à détails concernant les armées. Recrutés Munich) le Bundesnachrichtendienst
environ 2 000 l’effectif de son person- avec le plus grand soin, les membres de (BND), service de renseignement de
Ainsi nommé depuis 1947, le Service
nel titulaire (non compris les agents). l’IS, auxquels il est strictement inter- l’Allemagne fédérale, qui comptait en
de documentation extérieure et de dit, même longtemps après, de révéler 1972 environ 4 000 titulaires et dont
contre-espionnage est l’héritier de la leur appartenance aux services secrets, l’école de formation est installée à Bad
Direction générale des services spé-
L’Intelligence Service
savent allier un attachement à une tra- Ems. Aux côtés du BND, il existe deux
ciaux, créée à Alger en 1943 et dont britannique
dition plusieurs fois séculaire avec une autres services spéciaux dans l’Alle-
le chef était Jacques Soustelle. Celle-ci C’est au XVIIe s. que les services secrets passion aussi froide que réaliste pour la magne occidentale, le Militärischer
avait regroupé le Service de renseigne- britanniques ont acquis l’importance cause britannique. Abschirmdienst (MAD), service de
ments, ou S. R., organisme militaire re- considérable qu’ils ont conservée de- sécurité intérieur à la Bundeswehr, et
levant du chef d’état-major de l’armée puis lors en jouant un rôle aussi dis-
Les services spéciaux un service de sûreté fédéral chargé de
et que dirigeait alors le général Rivet, cret qu’essentiel dans la politique de la
allemands la surveillance du territoire.
et le Bureau central de renseigne- Grande-Bretagne. Chargé de recueillir
ments et d’action (B. C. R. A.), formé tous les renseignements intéressant la Dès 1750, Frédéric II élève au rang
Les services spéciaux
à Londres en 1941 et confié au colonel conduite de l’action politique, diplo- d’« appareil d’État » le service de ren-
André Dewavrin (dit Passy) pour coor- seignement hérité de son père. Après
soviétiques
matique, économique et militaire du
donner l’action de la Résistance. Ap- gouvernement, l’Intelligence Service, une période de déclin, il est remis en La création des premiers services
pelé de 1944 à 1947 Direction générale ou IS, constitue une organisation entiè- honneur au XIXe s. sous le nom de Na- secrets de l’empire russe remonte au
des études et recherches (placée sous rement autonome qui relève exclusi- chrichtendienst. Sous la direction de règne d’Ivan IV le Terrible (1533-
l’autorité de Passy de 1945 à 1946), le vement du Premier ministre. Dispo- Wilhelm Stieber (1818-1882), il aidera 1584), où, sous le nom d’Opritchnina,
S. D. E. C. E. relève alors directement sant d’un budget particulier alimenté puissamment la Prusse de 1870-71, et un réseau serré d’informateurs est créé
du président du Conseil (ou du Premier tant par les crédits de l’État que par la sous celle du colonel Walther Nicolai, au service du tsar. Dès sa prise du
ministre) et a pour mission de recher- gestion de biens qui lui appartiennent l’Allemagne de 1914-1918. Le régime pouvoir, Lénine se hâte de substituer
cher hors du territoire national tous les en propre, il est également chargé du nazi développera beaucoup plus encore à son lointain successeur, l’Okhrana
renseignements et la documentation contre-espionnage tant à l’étranger les services spéciaux, qui, au nombre (ou « protection »), créée en 1881, une
susceptibles d’informer le gouverne- que sur les territoires britanniques. de neuf, se concurrencent et contra- police politique dite Tcheka (ou com-
ment. Le service est commandé par Durant la Seconde Guerre mondiale, rient sans cesse leur action. Parmi eux mission extraordinaire), qui conservera
un directeur général, poste occupé par du fait de la situation exceptionnelle on citera : le Service de renseigne- son organisation et ses méthodes. Insti-
l’ancien député Henri Ribière (de 1946 de la Grande-Bretagne, l’IS a joué ment militaire de l’armée, ou Abwehr, tuée le 20 décembre 1917 comme « les
à 1950), le préfet Pierre Boursicot (de un rôle considérable quoique encore dirigé depuis 1935 par l’amiral Wil- oreilles et les yeux de la guerre civile »,
1951 à 1957), les généraux Paul Gros- mal connu. Ses principaux services helm Canaris (1887-1945) ; l’Office elle mènera la « forme supérieure de
sin (de 1957 à 1961) et Paul Jacquier (Military Intelligence) furent : le central de sécurité du Reich (Reichs- lutte du parti communiste ». Conçue à
(de 1962 à 1966). En 1966, à la suite MI 5, service chargé de la sécurité en sicherheitshauptamt, ou RSHA), rele- l’origine pour les affaires intérieures,
des remous provoqués par l’affaire Ben Angleterre ; le MI 6, service de ren- vant de Himmler et dirigé par Reinhard la Tcheka étend rapidement son action
Barka, le S. D. E. C. E. est réorganisé ; seignement à l’extérieur, qui fut parti- Heydrich (1904-1942), puis par Ernst à l’extérieur de la Russie et devient un
il est placé sous l’autorité directe du culièrement efficace ; le MI 9, créé en Kaltenbrunner (1903-1946) et coiffant organe de renseignement, de contre-
ministre des Armées et reçoit pour 1940 et spécialisé dans les évasions en en particulier la fameuse police secrète espionnage et d’intervention. En 1922,
directeur le général Eugène Guibaud Europe occupée ; le Special Operation d’État, ou Gestapo ; le Service de ren- elle prend le nom de Guépéou (GPU),
(de 1966 à 1970), puis Alexandre de Executive, ou SOE, qui employa plus seignement des affaires étrangères, ou Direction politique de l’État. Son
Marenches. Installé à Paris, caserne de 10 000 personnes et prit en compte placé sous l’autorité de Joachim von pouvoir étant devenu redoutable pour
des Tourelles (surnommée « la pis- l’appui aux mouvements de résis- Ribbentrop (1893-1946) et le Service les dirigeants soviétiques eux-mêmes,
cine »), cet organisme comprend une tance ; le Political Warfare Executive de sécurité du parti nazi (Sicherheits- elle est supprimée en 1934, et ses attri-
direction des services administratifs (ou PWE), dérivé du précédent en 1941 dienst, ou SD), dont le secteur « étran- butions sont confiées au Commissariat
et logistiques où figurent notamment et chargé des problèmes politiques. De- ger » était dirigé par Walter Schellen- du peuple aux affaires intérieures, ou
un service des écoles pour la forma- puis 1945, l’IS a été particulièrement berg (1910-1952). Après une lutte NKVD, dirigé à partir de 1938 par La-

9351
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

/ K. Philby, My Silent War (New York, 1968). /


vrenti Pavlovitch Beria (1899-1953). le président Roosevelt créa un véri- Définition et critère
A. Brissaud, Canaris (Cercle du nouveau livre
En 1941, le NKVD est lui-même table service de renseignement qui prit
d’histoire, 1971). de la rentabilité
scindé en deux organismes, le NKVD en 1942 le nom d’Office of Strategic
et le NKGB, Commissariat du peuple Services, ou OSS. Son véritable chef La rentabilité suppose qu’il y ait béné-

pour la sécurité de l’État chargé de fut le colonel William Donovan (1883- fice, c’est-à-dire que la différence entre

tous les problèmes de renseignements 1959) et son action fut essentielle tant les dépenses engagées et les produits

en Europe, par sa branche « guérilla


rentabilité obtenus soit positive. Pour obtenir le
à l’étranger. Désignés par les sigles
MVD et MGB lorsque les « commis- et résistance », qu’en Extrême-Orient. bénéfice, il faut tenir compte de toutes
De façon générale, revenu* procuré par les dépenses, c’est-à-dire des frais
sariats du peuple » seront devenus L’OSS fut dissoute en 1945, mais son
un investissement. annuels d’exploitation ...
des ministères, ces organismes seront service « renseignement » fut conservé (E1, E2, En)

et passa sous l’autorité d’une agence Il existe de nombreuses façons de et des dépenses d’investissement
coiffés par Beria, dont la chute sera
provoquée en 1953 par la mort de Sta- groupant tous les services spéciaux des mesurer la rentabilité d’un investis- (I1, I2, ... In), les produits annuels

États-Unis. Organisée en 1947 par le sement : cette mesure prend toute son ... étant, par ailleurs, à com-
line. En 1954, le MGB devient KGB, (P1, P2, Pn),

ou Comité de sécurité de l’État, qui, président Truman, cette agence prit le importance quand il s’agit de comparer parer à l’ensemble des dépenses.

avec le GRU (Direction principale du nom de Central Intelligence Agency, plusieurs investissements. Le problème Le bénéfice global actualisé sera :
renseignement), service militaire rele- ou CIA. majeur consiste à pouvoir comparer les
vant de l’état-major soviétique, assure Relevant du Conseil national de sé- différents flux monétaires qui naîtront
la responsabilité de l’ensemble des ser- curité, la CIA assure sous une direction du fait de l’investissement et qui seront
(L’actualisation des dépenses d’inves-
vices de renseignement de l’U. R. S. S. unique (où le diplomate Allen Welsh répartis dans le temps (il est évident
tissement est séparée dans la mesure
Le KGB est articulé en trois grands Dulles [1893-1969] jouera un rôle que la valeur de 1 franc aujourd’hui
où ces dernières peuvent être décalées
services : recherches et contre-espion- de premier plan de 1953 à 1961) une n’est pas la même que celle de 1 franc
dans le temps sur les dépenses d’ex-
nage extérieurs ; contre-espionnage mission de coordination des services dans dix ans). Avant toute définition de
ploitation et les produits.)
intérieur ; écoles de formation, qui de renseignements militaires et diplo- la rentabilité, il est donc nécessaire de
se pencher sur la possibilité de compa- Si B est positif, l’investissement est
jouent un rôle essentiel. On estime en matiques. En outre, elle peut être char-
jugé rentable. Cependant, ce critère
effet que le total des agents relevant gée de certaines opérations secrètes de raison de ces différents flux monétaires
caractère politique autant que militaire à travers le temps. impliquant la connaissance d’un taux
du KGB s’élevait en 1970 à environ
d’intérêt, il est souvent opportun d’uti-
150 000 personnes, dont 40 000 spé- pour lesquelles elle dispose d’unités
liser une méthode un peu différente,
cialistes de la recherche. Présent par- de commando spécialisées, les bérets L’actualisation
verts. Installée au centre de Langley qui est la méthode du taux de rentabi-
tout dans le monde, le KGB, instrument
L’actualisation est une méthode qui lité absolue. Dans cette procédure, on
de la politique de l’U. R. S. S., agit près de Washington, la CIA dispose de
permet de ramener une somme perçue recherche pour quelle valeur de i l’ex-
avec la plus grande souplesse, notam- 15 000 agents, de 100 000 correspon-
dants et d’un budget annuel de 2 mil- dans l’avenir à une valeur à un moment pression B s’annule. Si i a une valeur
ment par l’existence à l’étranger d’une
donné. Pour de nombreuses raisons raisonnablement choisie et habituelle-
double filière, l’une officielle, l’autre liards de dollars environ. Elle dépouille
200 000 documents par mois environ (risque, privation de la somme pendant ment obtenue avec ce type d’investis-
clandestine. Le « réseau ouvert » est
et est équipée d’un grand nombre de une période donnée), on considère que sement, il y a de grandes chances pour
constitué par les représentants officiels
traducteurs électroniques et d’ordina- la valeur de 1 franc aujourd’hui est que l’investissement étudié soit ren-
(diplomatiques, commerciaux, ...) de
teurs. La puissance de son organisation, égale à la valeur de x francs à un terme table : plus i sera bas, plus la rentabilité
l’U. R. S. S., la seconde filière, abso-
la qualité de son personnel, l’histoire donné. Pour connaître la valeur de sera assurée ; si i est supérieur à ce que
lument indépendante d’eux, est tota-
déjà longue de ses interventions dans 1 franc à un horizon donné, on ajoute l’on rencontre habituellement, alors le
lement clandestine. L’une et l’autre
la politique américaine (crise de Cuba, à ce franc le montant des intérêts qu’il projet est à rejeter. Cette méthode peut
sont tour à tour, voire simultanément,
Viêt-nam...) en font un organisme re- doit produire. Ainsi la valeur de 1 franc être utilisée pour comparer plusieurs
mises en oeuvre en fonction du climat
3
doutable. C’est peut-être une des rai- à trois ans s’écrira : 1 (1 + i)
= 3, où investissements, le meilleur étant celui
politique local, de la personnalité des
où i est le plus faible.
représentants officiels de l’U. R. S. S., sons qui explique le regroupement par 3 est la valeur de 1 franc dans 3 ans et

de la nature de l’objectif poursuivi. le Pentagone en 1961, en une Defense i le taux d’intérêt. Cette méthode a été affinée au fur et

L’expansion mondiale de la puissance Intelligence Agency (DIA), des ser- À l’inverse, la valeur de 1 franc à mesure de son usage et est devenue la

soviétique depuis 1945 a engendré un vices de renseignement des armées. La perçu dans trois ans sera : méthode des flux de trésorerie actua-
CIA ne représente donc qu’une partie lisée ou « discounted cash flow ». En
développement correspondant de ses
services spéciaux, qui coiffent en outre des services spéciaux américains. Pa- effet, la méthode précédente ne tient
rallèlement à son action, s’exerce celle pas compte de la nature des capitaux
leurs homologues dans les États du On peut naturellement généraliser
du Federal Bureau of Investigation, ou utilisés (capitaux d’emprunt, capitaux
pacte de Varsovie*. pour des périodes diverses et des mon-
FBI, chargé de la sécurité intérieure sur propres, capitaux obtenus par émis-
tants différents. La formule d’actuali-
le territoire des États-Unis, et qui est en sion d’actions sur le marché financier,
La CIA et sation pour une série de revenus R1, R2,
outre le seul service habilité à agir en etc.). Pour en tenir compte, on étudie
les services américains R3, Rn perçus au cours des années 1, 2,
Amérique latine. cette fois non plus les dépenses et les
3, N s’écrira :
Sans remonter aux très secrets services J. C. et P. D. recettes, mais les décaissements et les
de renseignement de Washington et de P. Rogers, Journal d’un officier de l’Intel- encaissements (cash flow) annuels. On
ligence Service (trad. de l’angl., Éd. La Boétie,
Franklin, ou à ceux de la guerre de Sé- procède de la même façon que précé-
Bruxelles, 1946). / M. H. Gauché, le Deuxième
cession, on peut admettre que c’est vers et leur valeur globale : demment, mais on tient compte, parmi
Bureau au travail, 1935-1940 (Amiot-Dumont,
1880 qu’apparaissent aux États-Unis 1954). / M. A. Soltikow, Rittmeister Sosnowski les décaissements, des charges des
(Hambourg, 1956 ; trad. fr. Sosnowski, l’espion
les premiers organismes permanents emprunts. Ainsi, indirectement, grâce
de Berlin, Presses de la Cité, 1961). / P. J. Stead,
en ce domaine. La Division d’informa- à cette méthode, on peut introduire
Second Bureau (Londres, 1959 ; trad. fr. le Deu-
tion militaire pour l’armée, le Bureau xième Bureau sous l’occupation, Fayard, 1966). l’incidence du taux d’intérêt pratiqué
de navigation pour la marine ont sub- / J. R. D. Bourcart, l’Espionnage soviétique Ainsi le plus important est la déter- sur le marché (ou tout au moins celui
(Fayard, 1962). / A. Tully, C. I. A., the Inside Story
sisté sans connaître une grande activité mination la plus exacte possible du auquel l’entreprise emprunte ses capi-
(New York, 1962). / A. W. Dulles, The Craft of In-
jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. telligence (Londres et New York, 1963 ; trad. fr.
taux d’intérêt, détermination qui est la taux). On peut de même calculer un
Mais, au lendemain de Pearl Harbor, la Technique du renseignement, Laffont, 1964). base véritable de la méthode. taux de rentabilité interne des capitaux

9352
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

Rendement des actions B. Colasse, la Rentabilité, analyse, prévision et


qui ont été investis dans le passé, taux puisse être réparé définitivement. La
contrôle (Dunod, 1973).
qui pourra à son tour servir de crible Le rendement des actions s’apprécie à par- réparation nécessite en général la mise
pour le futur. tir du dividende qui est versé aux action- à sec du bâtiment dans un ouvrage por-

naires. Dans le cas de la France, il faut en tuaire approprié. Les réparations n’af-
En conclusion, on peut dire que le
plus ajouter un crédit d’impôt (l’avoir fis- fectant que les oeuvres mortes du navire
taux de rentabilité peut varier en fonc-
cal), qui est égal à la moitié du dividende.
réparation navale s’effectuent à quai.
tion d’éléments qui ne sont pas propres
Lors d’une augmentation de capital, il faut
uniquement à l’investissement lui-
Ensemble des activités ayant pour Les ouvrages portuaires de
tenir compte : 1o des actions qui ont été
même, mais également à la proportion
distribuées, lorsqu’il s’agit d’une augmen- objet l’entretien et la réparation des réparation navale
de capitaux empruntés, à la nature des navires et de tous engins flottants.
tation de capital par distribution d’actions ; Les principaux ouvrages portuaires
moyens de financement, à la durée des
2o des droits de souscription, lorsqu’il utilisés pour la réparation et l’entre-
amortissements. Les calculs précédents
s’agit d’une augmentation de capital par Les entreprises tien des navires sont : les formes de
ne peuvent malheureusement pas inté- souscription d’actions nouvelles. de réparation navale radoub ; les docks flottants ; les cales
grer d’autres éléments importants pour
Le rendement global aura donc pour de halage ; les grils de carénage.
la vie de l’entreprise et qui sont, notam- L’entretien et la réparation des navires
expression
ment, la réduction de sa liquidité après sont souvent effectués par des chan- y Formes de radoub. On dit aussi
Rg = d + c + (D0 – D1) + v ; tiers de construction ou, dans le cas des bassin de radoub ou cale sèche, le ra-
un investissement lourd : éléments
et le taux de rendement (TRg) navires de guerre, par les arsenaux de doub étant la réparation ou l’entretien
dont il faudra pourtant tenir compte
la Marine nationale. Ils le sont aussi de la coque d’un navire. Une forme
pour la décision d’un investissement.
très fréquemment par des entreprises de radoub est un bassin étanche fermé
où = rendement global, d = dividende,
Rg
spécialisées implantées dans les ports par un et quelquefois deux bateaux-
La rentabilité c = avoir fiscal, = cours de l’action après
D1 et qui peuvent, dans certains cas, dé- portes et qui peut être mis à sec par
d’une entreprise distribution d’actions, D0
= cours de l’ac-
pendre d’un armateur particulier. Leur pompage de l’eau qu’il contient. Le
tion avant distribution d’actions, v = valeur
Le problème de la rentabilité d’une en- outillage, leurs possibilités d’approvi- navire repose sur le fond, ou radier,
du droit de souscription ou d’attribution,
treprise* est une question épineuse, car sionnement en matériaux et leur orga- par l’intermédiaire d’une ou plusieurs
C = cours de l’action au moment choisi
il faut trouver une base de référence : nisation doivent être adaptés à leur type files d’empilages en bois, ou tins. S’il
comme période de référence.
d’activité, et les réparateurs de navires n’y a qu’une seule file de tins, le na-
capitaux propres de l’entreprise ou
doivent être à même d’intervenir très vire est maintenu latéralement par des
ensemble des capitaux utilisés. Rendement des obligations
rapidement, au besoin par un travail de pièces de bois de longueur appropriée,
Deux optiques sont possibles. Pour Le taux de rendement des obligations
nuit et des jours chômés, de façon que ou accores. Les formes de radoub sont
une petite entreprise, il n’est pas exclu peut être nominal : il permet de calculer
les avaries subies par les navires aient équipées :
de fonder les calculs uniquement sur le montant qui va être versé chaque année
le moins de répercussion possible sur — des engins d’amarrage permettant la
les capitaux propres en considérant les en fonction de la valeur nominale du titre ;
leur exploitation commerciale. tenue du navire avant sa mise à sec ou
par exemple, une obligation d’une valeur
capitaux d’emprunt comme une charge après sa remise en eau ;
nominale de 700 F émise à 9 % va rappor-
à défalquer du bénéfice de l’entreprise. — des appareils de manoeuvre (cabes-
ter chaque année 63 F à son souscripteur. L’entretien des navires
Pour apprécier la rentabilité d’une tans et treuils) utiles pour déplacer
grande entreprise (en particulier d’une Le taux de rendement peut être aussi L’entretien des navires doit être systé- le navire lorsque l’action des remor-
société cotée en Bourse*), on a intérêt à un taux réel ; ce sera alors le rapport des matique, en particulier pour tout ce qui queurs devient inefficace ;
considérer par contre, à côté de la ren- revenus perçus au niveau du cours de dépend du contrôle des autorités mari- — des engins de levage (grues, por-
Bourse. Mais ce cours de Bourse dépend times et des sociétés de classification.
tabilité des capitaux propres, la renta- tiques) nécessaires aux manutentions
lui-même d’un taux qui est le taux de ren- Il est désirable que les navires puissent
bilité globale de tous les capitaux, dans exigées par les réparations ;
dement actuariel. En effet, les obligations être visités à sec tous les douze mois,
la mesure où, aux capitaux d’emprunt, — de moyens d’éclairage intensif per-
sont en général émises avec une prime, et c’est une obligation légale pour les
peuvent être substitués des capitaux mettant le travail de nuit.
le prix de remboursement n’étant pas le navires à passagers. Le maintien de la
propres (par augmentation du capital) y Docks flottants. Un dock est un
même que le prix de souscription, mais lui cote de la société de classification exige
dont la charge peut être différente et flotteur dont la section transversale a
étant supérieur. l’exécution des réparations nécessaires
ne peut être d’ailleurs supportée que si la forme d’un U. Il comporte d’une
Le taux actuariel tient compte de cet dans toutes les parties du navire. Cette
l’entreprise est bénéficiaire et distribue part une partie horizontale dont le
état de choses et aussi du fait que la prime reclassification est normalement effec-
des dividendes. En ce qui concerne les dessus, pourvu d’une ou plusieurs
ne sera perçue qu’au moment du rembour- tuée tous les quatre ans, mais elle peut
produits, on peut considérer le bénéfice lignes de tins, supporte le navire,
sement (c’est-à-dire que la prime est actua- aussi l’être d’une manière continue,
avant impôt, le bénéfice après impôt, le d’autre part deux parois latérales, ou
lisée), ainsi que des modalités de rembour- selon un programme fixé à l’avance. La
cash flow (la rentabilité sera dite alors murailles. Cet ensemble est divisé en
sement (remboursement au gré du porteur reclassification comporte notamment le
« brute-nette » ou encore « rentabilité un grand nombre de compartiments
après un certain temps, remboursement remplacement de toutes les tôles pré-
du cash flow »). étanches dont le vidage ou le rem-
par tirage au sort, etc.). sentant un certain degré d’usure et dont
plissage à l’eau par pompage permet
A. B. on vérifie l’épaisseur en les perçant.
de faire varier la flottabilité du dock.
Le rendement des Les tôles percées non remplacées sont
Les murailles, dont une partie émerge
« placements » A. B. rechargées par soudage.
constamment, assurent sa stabilité.
F Investissement.
Le rendement est « net » (par opposition Elles servent en outre à supporter son
à « brut ») lorsque les frais et impôts ont P. Massé, le Choix des investissements
La réparation des avaries équipement : grues, pompes, groupes
été défalqués du montant du revenu ; le (Dunod, 1959 ; nouv. éd., 1964). / C. Depallens, subies par les navires électrogènes, etc.
rendement est dit « réel » (par opposition Gestion financière de l’entreprise (Sirey, 1960,
Un navire avarié à la suite d’un acci- Pour faire passer un navire sur le
à « nominal ») lorsque l’on a tenu compte 4e éd., 1971). / R. Mazars et P. Rudelli, Principes
dent : collision, échouage, etc., exige dock, on enfonce celui-ci à la profon-
de la hausse des cours du placement ; le et pratique de la gestion financière (Delmas,

rendement est dit « global » lorsque l’on 1968 ; 2e éd., 1970). / G. Défossé, les Valeurs
parfois des opérations de sauvetage ou deur convenable en remplissant d’eau

tient compte non seulement du revenu, mobilières (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », de renflouement comportant certaines des compartiments étanches. Le navire
mais aussi de la hausse de la valeur de 1971). / C. Jacotey, Principe et techniques de réparations provisoires pour permettre est ensuite placé au-dessus du dock,
placement. l’évaluation des entreprises (Delmas, 1972). / son remorquage dans un port où il partiellement immergé. Puis, on pompe

9353
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

une quantité suffisante d’eau des com- européennes à propos du danger nazi. une dimension spécifiée pour alimenter mais son rôle premier est de faire pas-
partiments étanches du dock qui, en se Quintilien tenait la rubrique universi- une machine aussi insatiable qu’impi- ser le maximum d’information avec le
relevant, soulève le navire et le met à taire, et la page féminine était assurée toyable qui triture et modifie le texte moins d’ambiguïté possible. Bien en-
sec. L’opération inverse est effectuée par Phèdre et Ovide. selon ses besoins internes. tendu, l’écrivain littéraire fait lui aussi
pour sa remise à flot. passer de l’information, et tout texte
L’étonnant succès de cette expé- L’attitude du journaliste devant son
peut être lu informationnellement,
y Cales de halage. Les cales de rience montrait qu’il n’y a pas de dif- texte est donc bien moins possessive
halage sont constituées par un plan férence fondamentale entre la rédac- que celle de l’écrivain. La plupart du mais l’équilibre entre les deux fonc-
tions n’est pas le même. L’écrivain et
incliné sur lequel on hale le navire tion considérée comme littéraire et temps, sa signature n’apparaît pas.
au moyen d’un puissant treuil, après la rédaction journalistique — ou du L’anonymat du texte journalistique a le journaliste utilisent tous deux la re-
dondance, mais le premier le fait pour
l’avoir fait reposer sur un chariot, ou moins certains aspects de la rédaction longtemps été une règle de la presse
inscrire dans son texte des messages
berceau, roulant sur une voie. Il existe journalistique. britannique. Elle est encore en vigueur
deux types de cales de halage : parallèles ou des « surmessages » liés
dans le plus littéraire des journaux an-
C’est dire qu’il n’y a pas deux ma-
à la forme, alors que le second le fait
— les cales en long, sur lesquelles glais, le Times’ Literary Supplement.
nières d’écrire. Mais, ce fait étant re-
l’axe du navire est parallèle à la voie Quand sa signature apparaît, le jour- pour éliminer les erreurs de transmis-
connu, les différences entre le texte du
sion du message.
unique ; naliste peut éventuellement invoquer
journal et le texte du livre n’en existent
— les cales en travers, où l’axe du la clause de conscience pour contester Ajoutons à cela que, le texte étant
pas moins.
navire est perpendiculaire aux voies de telle coupure ou telle modification qui une image visuelle, il a aussi une fonc-
roulement. trahirait sa pensée, mais le fait est très tion iconique. Cette fonction est ressen-
Le texte du livre et
rare et en tout état de cause une telle tie par l’écrivain au niveau de la mise
y Grils de carénage. Les grils de le texte du journal
contestation ne pourrait qu’exception- en pages ou de la typographie, mais
carénage n’existent que dans les ports
Ces différences tiennent aux caracté- nellement viser une modification de il n’a qu’un contrôle limité sur elle :
à marée. Ils comportent une plate-
ristiques particulières de chacun des forme, qui pour beaucoup d’écrivains c’est la responsabilité de l’éditeur. Le
forme d’échouage pourvue de tins.
deux media. Les unes sont liées aux serait inadmissible. journaliste doit au contraire penser son
Placé en flottaison à marée haute au-
mécanismes des appareils de produc- texte en fonction d’une mise en pages,
dessus du gril, le navire s’échoue à Cela n’implique nullement une hié-
tion, les autres à l’équilibre des fonc- d’une illustration et d’un titrage dont il
marée basse, en venant s’appuyer sur rarchie entre écrivains et journalistes.
tions du texte, qui n’est pas le même doit toujours être conscient et qui font
des estacades, auxquelles on l’amarre Certes, le journaliste est à l’opposé
dans les deux cas. partie de son écriture. La page de jour-
pour l’empêcher de chavirer. Les grils de Cyrano, dont le sang se coagulait à
nal et ses dimensions prescrites sont
de carénage ne conviennent qu’aux La différence la plus importante l’idée qu’on pût changer une virgule à
son espace de travail.
petits navires et, en raison des marées, entre les appareils de production réside son poème, mais son métier lui donne
ne permettent qu’une courte durée de dans la périodicité du journal, opposée des réflexes qui seraient utiles à la plu-
travail à horaires variables. à l’unicité du livre. Le texte du livre est part des écrivains : écriture rapide, dé- Écrivains et
E. C. durable (les exemples que nous citions cision immédiate, autorité sur les mots, journalistes
F Classification (société de) / Port / Remorquage ci-dessus le prouvent), mais péris- maîtrise de la redondance et surtout hu-
La fonction d’écrivain littéraire est très
maritime / Renflouement / Sauvetage.
sable (la mémoire historique élimine milité devant son texte. Contrairement
antérieure à la fonction de journaliste,
J. Latty, Traité d’économie maritime, t. I : 99 livres sur 100 en quelques années), à une idée largement reçue, il n’est pas
encore que ce dernier puisse recon-
la Construction navale dans l’économie natio-
alors que le texte du journal est, par prouvé que la lenteur de l’élaboration
nale (École nat. sup. du génie maritime, 1951 ; naître certains types de chroniqueurs
définition même, éphémère, mais s’ins- et l’intransigeance formelle soient des
2 vol.). / J. Chapon, Travaux maritimes, t. II comme ses ancêtres. L’apparition du
(Eyrolles, 1966 ; nouv. éd., 1972). crit dans un cadre durable qui est celui vertus nécessaires de l’écrivain. Bien
journal est étroitement liée à celle de
du titre : on oublie en quarante-huit au contraire elles ne sont souvent que
l’imprimerie. Ce ne sont pas des consi-
heures tel article d’un journal qu’on lit le masque d’une impuissance ou d’une
dérations littéraires qui ont conduit à
fidèlement pendant un quart de siècle timidité. C’est pourquoi le journalisme
donner à certaines publications, dès le
reportage, ou plus. Le texte du journal ne s’ins- est une excellente école de l’écriture XVIe s., une périodicité plus ou moins
crit donc pas dans la durée de la même littéraire, non que son exercice crée le
journalisme et façon que le texte du livre. talent, mais il le libère d’inhibitions
régulière, mais d’abord des considéra-
tions commerciales. Les Messrelatio-
littérature Bien que certaines oeuvres littéraires dont bien des écrivains n’ont jamais
nen allemandes, les currents, ou cou-
aient avec la collection ou la couverture su se débarrasser. Disons en tout cas rants, des grandes villes commerçantes
de tel ou tel éditeur une relation ana- qu’il est infiniment plus facile d’être
Quelques années avant la Seconde de la mer du Nord, de l’Atlantique ou
un médiocre écrivain qu’un excellent
Guerre mondiale, un journal littéraire logue à celle des articles avec le titre du de la Méditerranée, la Gazzetta véni-
journal, la personnalité du directeur de journaliste.
français du nom de Micromégas avait tienne étaient pour les négociants ou
présenté, sous le slogan « Les clas- collection ou de l’éditeur n’intervient Une autre différence fondamentale armateurs avant tout des instruments
siques avec nous ! », un numéro spé- pas dans leur rédaction avec la même entre le texte littéraire et le texte jour- de travail. C’est également ainsi que,
cial d’actualité entièrement composé autorité, la même présence impérative nalistique est que le premier est avant plus tard, les gouvernements ont consi-
d’extraits d’auteurs antiques. que l’équipe rédactionnelle qui donne tout un discours par lequel l’écrivain déré ce moyen de communication de

César y fournissait un excellent au journal une existence collective. Le exprime son « vouloir-dire » sans masse naissant. Quand elle paraît pour

reportage de correspondant de guerre texte du journal s’élabore en fonction pouvoir l’imposer au lecteur, qui lui la première fois en 1631, la Gazette de
de la manière que cette existence col- oppose son « vouloir-lire », lui aussi Théophraste Renaudot fait partie du
en Espagne, mais, si la guerre alors en
cours avait eu lieu en Asie Mineure, on lective a de s’affirmer face aux réalités forme d’expression. De la lutte des système politique de Richelieu.
du monde et, dans le cas d’un quoti- deux naît le jeu générateur de plai-
aurait aussi bien pu faire appel à Xéno- Toutefois, la Gazette de Renaudot
dien, face à l’actualité. sir qui caractérise la communication
phon. Démosthène donnait un éditorial systématise la division rédactionnelle
littéraire.
pénétrant de politique étrangère met- Une des conséquences de ce fait est entre l’information proprement dite et
tant les démocraties grecques en garde que le journaliste n’écrit pas selon la Le journaliste, au contraire, se veut le commentaire, qui prend la forme
contre leur désunion devant le danger même chronologie que l’écrivain. Son avant tout informationnel. Certes, il d’un essai où le rédacteur engage non
macédonien, mais, comme le passage texte n’est pas une oeuvre qu’il élabore peut, dans les limites étroites que lui seulement sa responsabilité idéolo-
ne nommait personne, il aurait aussi à loisir, mais « de la copie » qui doit impose la dimension du journal, pro- gique, mais sa forme d’expression. Dès
bien pu s’adresser aux démocraties être fournie en temps voulu et selon duire un discours de type littéraire, ce moment, le journal s’ouvre sinon

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

directement à la littérature, du moins depuis la guerre de Crimée par le télé- reconnus. Nous avons fait allusion en à manier pour le rédacteur, du court
à une écriture qui peut éventuellement graphe, le journal devient avant tout un particulier au roman-feuilleton, qui, billet d’une vingtaine de lignes. C’est
devenir littéraire. agent de présence immédiate du lecteur au XIXe s., était souvent spécialement le cas notamment de l’Au jour le jour

Dès 1665, en France, Denys de Sallo sur le lieu de l’événement. Le rédacteur conçu pour le journal. Ce genre de du Monde ou du Cavalier seul du Fi-

fonde le Journal des savants, qui traite écrivant à loisir est éclipsé par la figure publication est de plus en plus rare de garo. On est ici à la limite extrême où
pittoresque du reporter qui, au milieu nos jours et, quand un journal publie il est impossible de séparer vraiment
de l’actualité littéraire et scientifique et
est à la vie culturelle ce que les jour- d’aventures multiples dont on trouve la un feuilleton, il se contente en géné- l’écrivain du journaliste, ce qui fait de

naux antérieurs étaient à la vie com- peinture dans le Michel Strogoff (1876) ral de débiter en tranches une oeuvre ce genre un des plus difficiles de la lit-

merciale ou politique. À partir de 1672, de Jules Verne*, ne songe qu’à faire qui a paru ou qui pourrait paraître sous térature et un des plus dangereux du

le Mercure galant de Jean Donneau de passer son information le plus vite pos- forme de livre. Mieux adaptée aux di- journalisme.
sible à son journal. mensions du journal, la nouvelle trouve
Visé est une véritable publication litté- Signalons que dans certains pays,
raire périodique qui tend moins à don- C’est alors que se produit un certain en général son premier débouché (en notamment aux États-Unis, existe une
ner des informations qu’à publier des divorce entre l’écrivain et le journa- France souvent le seul) dans un pério- variété particulière de la chronique
échantillons de la production littéraire liste, qui n’a pas une excellente presse dique ou, plus rarement, un quotidien qui est la column, où le columnist se
contemporaine. auprès des intellectuels et qu’on accuse avant de paraître en volume. Le conte conduit en véritable rédacteur en chef
d’incompétence, de rédaction hâtive, bref est aussi un genre qui convient à autonome à l’intérieur de l’espace qui
Mais c’est surtout en Grande-Bre-
de charabia. Mais la séparation n’a la presse quotidienne, à laquelle il em- lui est alloué, pouvant jouer aussi bien
tagne que les luttes politiques du
jamais été complète. Il y a toujours prunte sa densité et son style percutant. sur le clavier de l’article de fond que
XVIIe s. ont entraîné les écrivains enga-
gés vers le journalisme. John Milton, eu une presse dite « de qualité » qui a Bien que la chose soit pratiquement sur celui de l’écho ou du « potin ».

par exemple, fut en 1651 le rédacteur fait place à la rédaction de type litté- inexistante en France, il y a beaucoup D’après son origine anglaise, l’édi-
raire. Jusqu’à l’apparition des moyens de pays où les journaux, même quo-
en chef du Mercurius politicus. Daniel torial est placé sous la responsabilité
audio-visuels de communication de tidiens, publient de la poésie. Mais le
Defoe*, l’auteur de Robinson Crusoé, du rédacteur en chef (editor) et engage
fut en 1704 le fondateur et le rédacteur masse, radio et surtout télévision, cette genre journalistique par excellence est le journal tout entier. Normalement, il
principal de The Review, un des pre- presse est restée le privilège d’un petit l’essai. est l’objet d’une élaboration collective
nombre.
miers journaux à paraître trois fois par Le modèle de l’essai journalistique et n’est pas signé, comme le Bulletin
semaine. Mais l’exemple sans doute le En quelques années, les moyens se trouve dans la série de Propos de l’étranger du Monde ; mais l’usage
plus éclatant de la liaison entre la litté- audio-visuels ont, après la Seconde qu’Alain* commença à écrire en 1906 s’est établi de confier la rédaction de
rature et le journalisme est The Specta- Guerre mondiale, relevé le journal et dans la Dépêche de Rouen, puis plus ces éditoriaux à des éditorialistes qui
tor de Joseph Addison* et de Richard singulièrement le journal quotidien, de tard dans la Nouvelle Revue française. écrivent au nom du journal tout en
Steele qui parut de mars 1711 à dé- la plupart de ses servitudes informa- Plus souvent, l’essai peut prendre la conservant leur autonomie d’expres-
cembre 1712, puis de juin à septembre tionnelles, permettant ainsi un nouveau forme d’une chronique spécialisée de sion. Certains de ces éditorialistes sont
1714. Les chroniques du Spectator, rapprochement entre le journalisme et critique littéraire, de critique théâtrale, d’authentiques écrivains qui éclairent
non signées (on n’a identifié que plus la littérature. Mais le mouvement n’est de critique de télévision, d’actualité d’un jour propre l’histoire de leur
tard ce qui était de Steele et ce qui était encore qu’amorcé et, de toute façon, scientifique, historique, philosophique, temps. Par exemple, les articles signés
d’Addison), constituent une oeuvre lit- le « remariage » ne pourra pas réta- Sirius (pseudonyme d’Hubert Beuve-
politique, diplomatique. C’est alors
téraire qui a une place éminente dans la blir la situation antérieure. Libéré de en général un « feuilleton » publié en Méry) dans le Monde pourraient, réu-
littérature anglaise et dont l’influence l’obligation de la présence immédiate, nis en volumes, constituer un ouvrage
« rez-de-chaussée », c’est-à-dire en bas
s’est étendue non seulement sur les rôle que les moyens audio-visuels rem- d’une page sur toute la largeur. de science politique à l’écriture incon-
romanciers anglais, mais sur beaucoup plissent bien plus efficacement que lui, testablement littéraire.
Il existe aussi des chroniques d’un
d’écrivains européens du XVIIIe s. le journal, quotidien, hebdomadaire
ton plus personnel où l’auteur suit
Par la suite, il n’est guère de grand ou mensuel, doit devenir un organe de Événement et
à sa façon l’actualité. Ce fut le cas
écrivain anglais qui n’ait eu une expé- commentaire, d’explication et d’appro- écriture
du Journal de François Mauriac*
rience journalistique. Charles Dickens* fondissement, mais il ne pourra le faire
dans l’Express, puis dans le Figaro. Restent à mentionner les genres pro-
fut d’abord sténographe de presse et qu’en fonction d’une actualité toujours
Encore allégées, ces chroniques, qui prement journalistiques où domine le
chroniqueur parlementaire. Son pre- plus évolutive et toujours plus contrai-
rejoignent alors la grande tradition souci de l’information événementielle.
mier ouvrage, Sketches by Boz, paru en gnante. Il est probable qu’un type
des « nouvelles à la main », traitent En apparence, les faits divers ne re-
1836, est un recueil de chroniques. Il intermédiaire d’écriture possédant la
de sujets aussi différents que la vie lèvent pas de la littérature. Il y a pour-
fut longtemps un collaborateur régulier rapidité de réflexe informationnel du
mondaine ou les grands problèmes tant de nombreux liens entre elle et
de la Morning Chronicle. journalisme et la discursivité expres-
sociaux ou politiques sur le mode par- eux. Souvent, un fait divers a fourni le
sive de la littérature devra se défi-
Tout au long du XIXe s., le roman- fois moralisant, parfois ironique, par- point de départ d’un roman, comme ce
nir et s’affirmer. Cela suppose qu’un
feuilleton, souvent écrit au jour le jour, fois polémique, parfois humoristique. fut le cas pour la Thérèse Desqueyroux
nouveau type de journaliste-écrivain
constitua une forme littéraire où se Les Hors-d’oeuvre de Georges de La de François Mauriac. D’autre part, le
apparaisse. En fait, il en existe déjà des
rencontrent les genres les plus variés et Fouchardière dans l’OEuvre entre les fait divers est parfois traité (surtout
exemples dans certains quotidiens et
qui constitue un lien privilégié entre la deux guerres en sont un exemple. Ces dans la presse anglo-saxonne) comme
dans la presse hebdomadaire, mais le
littérature et le journalisme. « petits pâtés », ainsi que disait Vol- un véritable récit qui donne le cadre,
modèle et le profil de ce nouveau mé-
C’est la transformation du journal en taire, qui en écrivit beaucoup, peuvent l’atmosphère et campe les person-
tier de l’écriture est encore trop mal dé-
un moyen de communication de niasse être satiriques, comme naguère sous nages. R. Kipling a puisé là une bonne
fini — en France tout au moins — pour
qui, à partir des dernières décennies du la plume de Morvan Lebesque dans part de sa technique narrative. Pour
qu’on puisse énumérer et systématiser
XIXe s. jusqu’au milieu du XXe s., a écarté le Canard enchaîné, soit plus acadé- lui, la règle d’or du romancier est une
ses caractéristiques.
le souci littéraire au profit du souci in- miques, mais toujours incisifs, comme consigne de journaliste : « The story
formationnel. Cette transformation est dans le Figaro sous la plume de diffé- before the point » (l’histoire avant la
Les genres
due au fait que la société industrielle, rents auteurs chevronnés. En général, morale, ou le problème, ou la signifi-
journalistiques
qui a besoin de communications de les quotidiens préfèrent la formule, cation). C’est d’ailleurs parce que son
masse rapides et efficaces, ne dispo- Le journal peut être le support d’un plus maniable pour le secrétaire de ré- souci idéologique récuse la narration
sait alors que du moyen imprimé. Aidé certain nombre de genres littéraires daction, mais infiniment plus difficile pour elle-même que la presse des pays

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

socialistes minimise l’importance du des interviews de Mao Zedong (Mao endocrinologie, génétique, comporte- Reproduction sexuée
fait divers ou le bannit complètement. Tsö-tong) et des principaux chefs ment expliquent les structures et les
Elle consiste dans l’appariement et la
communistes, qui sont à la fois des mécanismes qui participent à sa réali-
Au-delà du fait divers, le reportage
fusion de deux cellules reproductrices
offre des possibilités de manoeuvre chefs-d’oeuvre du journalisme et de la sation. Phénomène général, la repro-
particulières, les gamètes*, produites
littérature. duction se manifeste à divers niveaux.
au rédacteur, qui lui donnent plus
par chacun des sexes. Le sexe mâle
aisément un caractère littéraire. Il En fait, le seul critère décisif pour
Au niveau moléculaire, la repro- donne des spermatozoïdes, et le sexe
s’agit non plus de rapporter l’événe- savoir si ce qui est imprimé dans un
duction intéresse l’acide désoxyribo- femelle des ovules. Généralement, les
ment, mais de le faire revivre à travers journal peut entrer dans ce domaine
nucléique (A. D. N.). Les mécanismes gamètes mâle et femelle diffèrent ; le
l’expérience d’un témoin, donc de le mal défini et toujours mouvant qu’on
de duplication, de transcription et de spermatozoïde, mobile, ne renferme
recréer par le langage. Entre la création appelle la littérature est de se demander
traduction assurent la copie exacte de pas de réserves ; l’ovule, grosse cel-
et la recréation il n’y a que la diffé- si le texte qui, au jour le jour, a joué
l’A. D. N., qui possède l’information lule immobile, possède un noyau
rence de la présence réelle du témoin, son rôle informationnel, est suscep-
nécessaire à l’élaboration des consti- volumineux, la vésicule germinative.
et elle s’estompe assez facilement. Une tible avec quelque chance de succès
Les gamètes s’édifient au cours de
d’être imprimé sous forme de livre. La tuants des organismes (v. génétique).
oeuvre romanesque comme le Journal
la gamétogenèse, qui comprend une
de l’année de la peste (1722) de Daniel réponse n’est pas évidente. Cela peut Au niveau cellulaire, la cellule*
division réductionnelle, la méiose ; il
Defoe est écrite selon une technique être une question de dimension : un nantie de son stock d’A. D. N. et des
en résulte que les gamètes possèdent
purement journalistique et a longtemps recueil de billets n’a jamais eu de suc- enzymes indispensables aux diverses le nombre haploïde de chromosomes
passé pour un « reportage » authen- cès, alors que certains recueils de chro-
synthèses se reproduit, identique à (n). Lors de la fécondation, la fusion
tique. Inversement, l’Espoir (1937) niques, comme les Propos d’Alain,
elle-même, grâce à la mitose* ; ce du spermatozoïde et de l’ovule donne
d’André Malraux*, qui n’est autre ont eu une immense influence. Cela
mécanisme provoque la division d’une la cellule-oeuf, ou zygote, qui renferme
chose qu’un reportage sur les premiers peut être une question de profondeur
cellule en deux cellules filles porteuses le nombre diploïde de chromosomes
mois de la guerre d’Espagne, publié de l’expérience : les recueils que les
de lots identiques de chromosomes* ; (2n) ; n chromosomes du spermato-
d’ailleurs comme tel par un quotidien plus brillants interviewers ont publiés
en effet, au cours de la mitose, chaque zoïde plus n chromosomes de l’ovule
pour faire connaître les nombreuses
en 1936, constitue un de ses meilleurs
chromosome se dédouble longitu- égale 2n dans le zygote. Toute repro-
romans. personnalités qu’ils ont rencontrées
dinalement en deux chromosomes duction sexuée comporte deux phases
quelques minutes ou quelques heures
La littérature à base de reportage complémentaires, une haplophase à
sont le plus souvent médiocres, alors rigoureusement identiques. La mitose
connaît d’ailleurs de nos jours, paral- n chromosomes et une diplophase à
que les livres d’Edgar Snow sont des constitue le mode de reproduction des
lèlement à l’histoire romancée ou 2n chromosomes.
réussites auxquelles tout le monde se Protistes, ou Unicellulaires. Elle joue
anecdotique, une faveur du public
réfère. On pourrait encore citer bien un rôle essentiel dans l’édification des Réduction chromatique, ou méiose,
supérieure à celle du roman tradition-
d’autres facteurs. L’hypothèse la plus et fécondation constituent les éléments
Pluricellulaires puisque tous les tissus
nel. Dans un monde surinformé, cela
vraisemblable est que le texte journa- fondamentaux de la reproduction
se forment à partir du zygote, qui subit
traduit chez le lecteur un goût croissant
listique ne peut valablement accéder à sexuée (v. fécondation).
pour le fait réel. Il existe également un des mitoses successives.
la forme du livre que s’il dispose d’une Comment se forme la lignée germi-
néo-exotisme qui, par-delà les images Duplication de l’A. D. N. et mitose
dimension matérielle, intellectuelle nale et quelle est l’origine des cellules
de la télévision ou les bruits de fond sont des phénomènes généraux qui pré-
ou affective suffisante pour permettre reproductrices ?
de la radio, demande la réaction indi- sentent une constance remarquable.
au lecteur d’y projeter ses propres
viduelle d’un voyageur bien informé La presque totalité des cellules
concepts, ses propres expériences et Enfin, au niveau de l’organisme plu-
qui, armé d’une connaissance profonde d’un organisme pluricellulaire adulte
donc d’en faire contradictoirement une ricellulaire, une novation intervient :
du pays où il voyage, peut en révéler sont spécialisées ; les cellules offrant
lecture littéraire. la reproduction sexuée. Elle apporte la même spécialisation sont groupées
non seulement les aspects pittoresques,
R. E.
une diversification, car le jeune, tout en tissus, éléments constitutifs des
mais les dessous humains, sociaux, po- F Presse (la).
en ressemblant à ses deux parents, organes ; elles forment le corps, ou
litiques, économiques ou simplement
V. Morin, l’Écriture de presse (Mouton, en diffère ; il porte un mélange des
psychologiques. Quand Lucien Bo- soma. Pour se reproduire, l’organisme
1969). / O. Burgelin, la Communication de
dard, par exemple, écrit sur la Chine, caractères parentaux. Ainsi la repro- a besoin de cellules totipotentes qui ont
masse (Denoël, 1970). / P. Albert, la Presse

il fait à la fois oeuvre de journaliste et (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1973). / M. Paillet, duction sexuée constitue une source de gardé toutes leurs possibilités ontogé-
le Journalisme (Denoël, 1974). niques : ce sont les cellules germinales,
oeuvre d’écrivain. variation ayant une valeur évolutive
(v. sexualisation et sexe). ou gamètes.
L’interview est un cas particulier
du reportage. Cela peut être l’énuméré La reproduction, intimement liée à La théorie de la lignée germinale

contrôlé des réponses à des questions admet que, dès le début du développe-
reproduction la croissance*, en est une conséquence.
ment, les cellules souches de gamètes
préfabriquées, mais cela peut être aussi La croissance de la cellule ne peut se
la rencontre dramatique de deux per- se séparent des autres et poursuivent
poursuivre indéfiniment ; afin que le
Processus assurant l’apparition d’élé-
sonnalités, chacune consciente de ce leur destin. Dans chaque organisme, il
ments et d’organismes nouveaux iden- rapport surface/volume (les surfaces
qu’elle représente : par exemple d’un existe d’une part une lignée germinale,
tiques aux éléments et organismes croissant comme le carré des dimen-
côté la défense d’une politique garan- composée de toutes les générations
parentaux. sions, et les volumes comme le cube
tissant la survie d’une collectivité, de successives de cellules reproductrices,
des dimensions) reste compatible avec
l’autre l’inquiétude, l’angoisse ou sim- et d’autre part une lignée somatique

plement la curiosité de tout un monde.


Introduction la nutrition cellulaire, la cellule doit se comprenant toutes les générations suc-
diviser lorsqu’elle a atteint une dimen- cessives de cellules participant à l’édi-
Il dépend alors de la qualité littéraire La reproduction constitue un caractère
sion limite. Pour l’organisme, la repro- fication des tissus. La ségrégation des
du journaliste de « faire passer » l’in- distinctif des êtres vivants, qui doivent
duction s’effectue lorsqu’un certain deux lignées est précoce ; le germen est
tensité dramatique de l’entrevue et de se reproduire pour assurer leur péren-
ses circonstances. L’Américain Edgar degré de développement, puberté ou indépendant du soma.
nité sur le globe, puisque tous les êtres
Snow, par exemple, sans être à pro- vivants meurent. Ses divers aspects état adulte, est accompli. La reproduc- Des faits confirment cette hypothèse.
prement parler journaliste puisqu’il a interfèrent avec la biologie des orga- tion des êtres vivants se présente sous De nombreux oeufs (Ascaris, Insectes,
publié surtout des livres, a fait revivre nismes vivants ; embryogenèse, mor- deux aspects, la reproduction sexuée et Crustacés, Poissons, Amphibiens, Rep-
la naissance de la Chine populaire par phogenèse, histogenèse, physiologie, la reproduction asexuée. tiles, Oiseaux, Mammifères), tous ani-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

sotropes (oeufs polarisés avec un pôle transforme en un état physiologique Polychètes se reproduisent également la population atteint une grande den-
végétatif et un pôle animal), possèdent germinal. selon ce mode de bourgeonnement. sité, et la division se ralentit. En culture
un territoire à « déterminant germinal » y Formation de bourgeons actifs qui, isolée, si un seul individu est maintenu
correspondant à une ségrégation défini- Déterminisme de ayant achevé leur développement, dans le milieu de culture frais, la lignée
tive des cellules germinales dès les pre- la gamétogenèse ne se détachent pas de l’organisme dure indéfiniment (des lignées ont été
miers stades du développement ; cette souche et forment avec lui une colo- gardées pendant treize ans, vingt-deux
(V. gamète et sexualisation et sexe.) ans). Ces expériences souvent répétées
ségrégation s’effectue à partir d’un nie. Ainsi se constituent les colonies
territoire cytoplasmique présomptif de Cnidaires (Hydraires, Coraux), ont permis d’affirmer que la lignée des
distinct caractérisé par son acide ribo- Reproduction asexuée des Bryozoaires, d’Ascidies. Chez Protozoaires était immortelle. Cette

nucléique (A. R. N.) et ses enclaves. les Bryozoaires, les bourgeons se division de Protozoaires en deux ou en
La reproduction asexuée, ou agame,
À un moment de l’ontogenèse, ces forment à partir de l’ectoderme et plusieurs parties s’accompagne de la
ou blastogenèse, se réalise sans le
cellules germinales primordiales, ou du mésoderme. Chez les Ascidies, le régénération d’organites.
concours des gamètes. C’est un mode
gonocytes, migreront dans la gonade de multiplication et de propagation bourgeonnement est fort complexe ; Le même phénomène se retrouve
(qui est somatique), où s’effectuera la par des éléments plus ou moins com- le point de départ est une vésicule chez les Hydres d’eau douce, des Mé-
gamétogenèse. triploblastique composée des trois duses, des Anémones de mer, qui se
plexes, les bourgeons, émis par l’indi-
Les cellules germinales et les go- vidu souche. Le bourgeon est toujours feuillets : ectoderme, mésoderme et scindent longitudinalement en deux ou

somatique et multicellulaire. endoderme ; la suite du bourgeonne- en plusieurs fragments, chacun régéné-


nades qui les reçoivent ne sont pas
ment varie avec les divers groupes de rant un nouvel organisme. Les Étoiles
toujours des éléments permanents ; La reproduction asexuée est com-
Tuniciers. de mer, les Ophiures sont également
elles apparaissent plus ou moins pré- mune chez tous les végétaux, chez
cocement, leur apparition étant en y Formation de bourgeons dor- capables de se diviser et de régénérer
les Protistes (Protophytes et Proto-
rapport avec le cycle sexuel ; souvent, mants ou résistants. Ces bourgeons les parties absentes. L’architomie s’ob-
zoaires) ; elle est plus rare chez les
elles ne sont présentes que lorsque de protection se forment lorsque les serve aussi chez les Planaires et chez
Métazoaires, où elle n’affecte que les
conditions sont défavorables ; ils sont quelques Polychètes et Oligochètes.
l’animal se reproduit. Plus ou moins organismes simples, et notamment
tardives et passagères, elles dérivent capables de leur résister. Par exemple, Ces derniers présentent une sorte de
des Métazoaires coelomates (Turbella-
les Spongillidés d’eau douce pro- dissociation métamérique. Lumbricu-
du mésenchyme mésodermique. Prove- riés, Polychètes et Oligochètes, Bryo-
duisent des gemmules qui passeront lus, Oligochète d’eau douce, perd ses
nant des blastomères, elles conservent zoaires, Astérides, Tuniciers). Elle
l’hiver. Au printemps, lorsque la segments, et chacun de ceux-ci refait
leur caractère embryonnaire et leur n’existe chez aucun Vertébré : la repro-
température s’adoucit, chaque gem- un individu complet. Chez certains Po-
autonomie. duction est exclusivement sexuée dans
mule redonne une Éponge nouvelle. lychètes (des Syllidiens), des individus
Si beaucoup de faits sont favorables cet embranchement.
La gemmule se compose de cellules sexués se séparent de l’individu souche
à la différenciation précoce des cellules Les modalités de la reproduction
du mésenchyme à caractère embryon- asexué. La séparation des deux portions
germinales, d’autres observations l’in- asexuée varient selon les groupes ;
naire, les archaeocytes, de cellules est suivie de régénération. La souche
firment. En général, il s’agit d’espèces mais deux grands aspects se différen-
nourricières, les trophocytes ; des antérieure régénère ses segments pos-
à oeufs isotropes, où la différenciation cient : la gemmiparité, ou reproduction
spongoblastes sécrètent une enve- térieurs ; la portion postérieure reforme
des champs et des territoires organo- par bourgeonnement, et la scissiparité, loppe de spongine épaisse formée de une tête ; au niveau de plan de scissipa-
génétiques est plus tardive. Il en est ou schizogenèse, ou reproduction par
trois couches ; des spicules consoli- rité se reconstitue un individu complet
ainsi chez l’Hydre d’eau douce : la division. Aucune différence fondamen- dent la coque. et sexué. Un Polychète de la Manche,
gamétogenèse s’effectue à partir de tale n’existe entre ces deux modes, et Dodecaceria, présente un mécanisme
Les Bryozoaires d’eau douce dispa-
cellules interstitielles ectodermiques. souvent l’un passe à l’autre. plus complexe ; un métamère se renfle,
raissent au début de l’hiver ; mais il se
Elles sont, selon les circonstances, devient sphérique et se sépare de la
forme dans le funicule des bourgeons
tantôt somatocytaires, tantôt germi- Gemmiparité souche ; en avant et en arrière du méta-
de protection, les statoblastes ; ceux-
nales. Des facteurs épigénétiques tels
La gemmiparité est la reproduction par mère sphérique se forme un bourgeon,
ci comprennent des cellules mésoder-
que la température peuvent déterminer
un bourgeon produit par l’organisme ; et l’opération se répète deux fois ;
miques d’aspect embryonnaire avec
leur différenciation en cellules germi- chaque métamère produit donc quatre
ce bourgeon subit une ontogenèse des matières de réserve ; autour est
nales. Il n’y a pas de lignée germinale nouveaux individus.
totale et donne un nouvel organisme sécrétée une enveloppe chitineuse avec
préexistante.
identique à l’animal souche. Non uni- parfois deux cavités remplies d’air et Chez d’autres animaux, la division
Chez les Éponges, les Turbellariés, forme, la gemmiparité varie avec les est précédée d’une prolifération et
jouant le rôle de flotteurs. Lorsque les
les Bryozoaires, les cellules germi- groupes zoologiques et présente plu- d’une régénération ; on parle alors de
conditions sont favorables, le stato-
nales apparaissent au moment de la sieurs types de bourgeonnement. blaste se développe et donne une nou- paratomie.
reproduction sexuée ; elles se diffé- velle colonie.
y Formation de bourgeons actifs qui, Chez le Polychète Salmacina, les
rencient à partir de cellules variées
ayant terminé leur organogenèse, se faits ont été bien étudiés. À partir de
mésenchymateuses. Scissiparité, ou schizogenèse
détachent de l’organisme souche. l’oeuf s’édifie un Polychète asexué, qui
En conclusion, la lignée germinale se Des Infusoires Acinétiens forment Lorsqu’il y a scissiparité, l’animal se devient ensuite sexué (il est d’abord
différencie parfois très précocement ; des bourgeons avec macronucleus et coupe en morceaux, et chacun d’eux mâle et ensuite hermaphrodite). La
elle peut être préparée dans l’oeuf non micronucleus ; un étranglement du est capable de reconstituer un animal schizogenèse s’effectue aussi bien dans
segmenté sous la forme d’un territoire cytoplasme isole le bourgeon, qui fi- entier. Chez certains animaux, la divi- un organisme asexué, chez un mâle ou
cytoplasmique à « déterminant germi- nalement se libère. Sur l’Hydre d’eau sion est tout simplement suivie d’une chez un hermaphrodite. La sexualité
nal ». Elle persistera pendant toute la douce bien nourrie se développent une régénération, il s’agit alors d’archi- n’exerce donc pas d’action sur la schi-
vie de l’animal. Mais la différenciation vingtaine de bourgeons par mois, dans tomie. De nombreux Protozoaires se zogenèse, mais cette dernière entraîne
de la lignée germinale peut être fort la zone blastogénique. Ce bourgeon propagent asexuellement par division la régression des cellules germinales.
tardive et apparaître, l’organogenèse est une hernie embryonnaire ecto-en- cellulaire, par une mitose, qui pré- La scissiparité se manifestera à un cer-
étant terminée, au moment de la repro- dodermique qui se développe en une sente des particularités dans les divers tain niveau de la moitié antérieure de
duction, et disparaître ensuite. Dans ce petite Hydre avec formation d’une groupes. Par exemple, une Paramécie l’abdomen par un épaississement an-
cas, l’état physiologique somatocytaire bouche et d’une couronne de tenta- se divise une fois par jour ; au début de nulaire des téguments ; à ce moment,
des cellules mères des gonocytes se cules. Des Méduses, des Éponges, des l’élevage, la multiplication est intense ; toute la portion abdominale, qui se

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

transforme en bourgeon, s’opacifie en demeure continue. Dans cette zone, les par les mécanismes organogénétiques, gonozoïdes). La reproduction asexuée
raison du remaniement et de la diffé- éléments somatiques jouissent d’un aboutissent à la réalisation d’orga- exerce dans ce cas une action analogue
renciation des mésoblastes et des fibres « isolement physiologique » (expres- nismes identiques à l’individu souche. à une polyembryonie retardée ; elle
musculaires. En avant du plan de scis- sion de C. M. Child) et souvent d’un Lors de l’édification du blastozoïde, les intensifie la reproduction sexuée. D’un
siparité se forment un pygidium et une isolement morphologique. Les cellules activités des cellules blastogénétiques oeuf unique ou d’un oozoïde se déve-
zone antépygidienne appartenant au blastogénétiques peuvent provenir s’associent à celles des tissus anciens, loppent, par bourgeonnement, un grand
zoïde antérieur. Leur réalisation ache- de l’un des trois feuillets de l’animal qui sont déjà dans le bourgeon et qui
nombre d’individus sexués.
vée, la libération du bourgeon, ou blas- souche : mésenchyme, endoderme, subissent des changements plus ou
Dans de nombreux blastozoïdes
tozoïde, qui se sera édifié est possible. ectoderme ; les divers tissus sont aptes moins importants : c’est la morphal-
L’édification du bourgeon se fait ainsi : sexués (chez les Tuniciers, les Bryo-
à les former. Ces cellules ont déjà par- laxie (terme de T. H. Morgan).
l’épaississement tégumentaire reforme ticipé aux structures et aux fonctions zoaires, les Annélides), le germen

la tête et le segment prothoracique ; somatiques de l’animal, mais, dans la s’édifie de novo à partir de cellules
Rapports entre
en arrière, les segments abdominaux zone blastogénétique, elles acquièrent somatiques ; une Planaire dépourvue
la gamétogenèse et
se transforment en segments thora- de nouvelles compétences. Elles se de gonades peut subir une scissiparité ;
la blastogenèse
ciques du bourgeon. Le blastozoïde se dédifférencient et reviennent à l’état les blastozoïdes qui se forment auront,
détache de la souche lorsque sa tête et embryonnaire (v. dédifférenciation Les deux types de reproduction corres-
quand même, des gonades, réalisées de
son panache branchial sont constitués, et histolyse). Cette dédifférenciation pondent à deux états physiologiques
novo. Il n’existe donc pas de barrière
et que ses parapodes abdominaux sont est partielle ou superficielle lorsque différents ; la reproduction sexuée
infranchissable entre le germen et le
changés en parapodes thoraciques. La ces cellules reprennent rapidement voit se succéder gamétogenèse, fé-
soma.
libération du bourgeon s’effectue dix leur activité histologique première. condation, oeuf (ou zygote), individu
(oozoïde), alors que la reproduction Certes, la régénération des gonades
jours après le début de la morphoge- Mais elle peut être profonde et totale,
asexuée requiert une blastogenèse est impossible chez les Arthropodes
nèse. Ce phénomène se répète deux ou les cellules blastogénétiques formant
avec formation de cellules capables de et les Vertébrés, mais l’ablation d’un
trois fois successivement et entraîne la alors des tissus et des organes fort
diminution progressive de l’individu former seules un nouvel individu, le membre n’entraîne pas davantage de
différents de ceux dont elles pro-
souche. Des arrêts dans le bourgeonne- viennent. Cette nouvelle orientation blastozoïde. régénération dans ces groupes, où le

ment sont donc indispensables. nécessite des modifications de taille et Ces deux états physiologiques pouvoir de régénération est très faible.

Chez d’autres Polychètes (des Syl- des changements biochimiques ; il y a peuvent coexister soit en deux régions Lorsque la faculté de régénération est

lidiens), la schizogenèse n’est pas une « transdétermination ». différentes du même organisme soit, grande, le germen régénère comme les

reproduction asexuée ; elle favorise Dès que les somatocytes, quelle que plus rarement, dans la même région. autres tissus.
seulement la reproduction sexuée. Les soit leur origine, commencent une blas- Chez les Bryozoaires phylactolémates, En somme, chez tout animal, deux
segments postérieurs, porteurs des pro- togenèse, leur aspect rappelle celui des les spermatogonies se forment aux
états physiologiques existent, l’un ga-
duits génitaux, se séparent de l’animal cellules germinales primaires lorsque dépens des cellules mésoblastiques du
métique, l’autre blastogénétique. Selon
souche ; libérés, les produits génitaux débute la gamétogenèse. Parfois, cel- funicule, qui est aussi le siège de l’édi-
le degré d’organisation, deux solutions
poursuivent leur maturation sexuelle, lules gamétiques et cellules blastogé- fication des statoblastes.
se présentent ; chez certaines espèces,
et ainsi seront disséminés les gamètes. nétiques sont même identiques. Les Mais les deux modes de reproduc-
les deux états, gamétique et blastogé-
À la scissiparité lente et parato- cellules blastogénétiques trouvent tion, sexuée et asexuée, peuvent aussi
nétique, se manifestent dans un même
mique s’ajoute parfois une scissipa- dans la zone particulière de blasto- s’exclure. On constate alors une alter-
animal soit simultanément, soit succes-
rité hâtive, continue ou intermittente, genèse un ensemble de facteurs phy- nance de générations sexuée et asexuée.
sivement ; chez les autres, seul l’état
lorsque le dernier segment de l’ani- siologiques permettant à ces cellules, Le cycle des Sporozoaires coccidi-
gamétique se manifeste.
mal souche produit rapidement des somatocytaires, de se dédifférencier et formes comprend une schizogonie, qui
bourgeons nouveaux, qui forment une d’acquérir un pouvoir ontogénétique, correspond à la propagation infectieuse
chaîne. Cette succession s’observe en tout comme la gonade, elle-même dans l’hôte parasite, et une gamogo- Passage de la
particulier chez des Polychètes (Auto- somatique, constitue un milieu où les nie, qui prépare la dissémination des blastogenèse à la
lytus) et chez des Oligochètes limicoles gonocytes peuvent effectuer leur ga- spores d’un hôte à un autre. Chez les parthénogenèse
(Nais, Stylaria, Aeolosoma...). métogenèse. L’édification du blasto- Métazoaires, lorsqu’il y a alternance,
Les Volvox, Phytoflagellés formant des
zoïde correspond à une régénération l’oozoïde et les blastozoïdes sont dif-
Deux facteurs interviennent dans
colonies abondantes dans les ruisseaux
naturelle ; cependant, l’ontogenèse est férents. Les Polychètes Syllidiens en
la scissiparité paratomique des Poly-
parfois totale, au même titre que celle donnent un excellent exemple. Les et les étangs, possèdent une reproduc-
chètes. Elle ne se produit que lorsque
d’un embryon ; ainsi, dans les gem- blastozoïdes sexués, dotés de carac- tion agame primordiale, réalisée par
l’animal possède un certain nombre
mules d’Épongés, des archaeocytes tères particuliers, sont seuls capables des spores, et une reproduction sexuée,
minimal de segments : au moins une
provenant du mésenchyme édifient de reproduction sexuée ; la reproduc- assurée par des gamétocytes (ovocytes
soixantaine pour Autolytus pictus, de
totalement une nouvelle Éponge, y tion asexuée produit, à partir d’un seul activés par la copulation avec un mi-
vingt-six à trente pour Autolytus iner-
compris les cellules germinales et les oozoïde asexué, un grand nombre de crogamète). Spores et ovocytes fécon-
mis ; la longueur, conséquence de la
archaeocytes qui feront les gemmules blastozoïdes sexués ; les Tuniciers pré- dés édifient, à la suite de nombreuses
croissance, exerce donc une action. En
de la prochaine génération. Le plus sentent des faits analogues. La masse divisions, de nouvelles colonies ; ils
outre, un facteur endocrinien inhibiteur
souvent, dans l’organogenèse blasto- germinale logée dans l’oozoïde ne se possèdent donc une action ontogéné-
de la scissiparité se trouverait dans
génétique, des ébauches différentes développe pas, les conditions internes
la région proventriculaire, mais son tique. La spore blastogénétique est
collaborent. L’autorégulation de la ré- étant défavorables ; elle passera, en
action s’affaiblit au cours de la crois- haploïde ; elle n’a été l’objet ni de
génération révèle l’importance des mé- se partageant, dans les divers blasto-
sance somatique. maturation, ni de sexualisation, ni de
canismes capables d’orienter l’activité zoïdes et se différenciera en ovaires
fécondation. La blastogenèse du Vol-
génétique et de coordonner toutes les et en testicules lorsque les conditions
Origine des cellules vox correspond physiologiquement à
informations, afin que le programme se physiologiques seront satisfaisantes.
blastogénétiques une parthénogenèse*.
réalise et que naisse un organisme spé- Entre l’oozoïde blastogénétique et les
Les animaux blastogénétiques possè- cifique et viable. Il faut noter que des blastozoïdes sexués s’intercalent des La gamétogenèse et la fécondation

dent une zone somatique localisée, la ontogenèses diverses, soit par les ori- blastozoïdes assumant des fonctions ne sont donc pas toujours indispen-
zone blastogénétique, où la croissance gines (oeuf, bourgeon, régénérat), soit précises (gastérozoïdes, phorozoïdes et sables à l’ontogenèse, du fait que le

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

« programme génétique » est présent bain d’activation. Non fixées, les l’image : développement à sec, dépôt consiste à perforer une feuille de papier
dans chaque cellule de l’être vivant. images restent visibles quelques mois. de la poudre, ou toner, par un rou- recouverte d’une couche imperméable
A. T. L’utilisation d’un fixateur les rend leau magnétique, par une brosse ou à l’encre, puis à utiliser cette feuille,
F Cellule / Dédifférenciation et histolyse / stables. Pour la reproduction de pages sous forme de nuage d’aérosol, déve- ou stencil, à la manière d’un pochoir.
Fécondation / Femelle / Gamète / Génétique /
imprimées sur papier opaque, on pro- loppement liquide, électrophorèse, Le stencil est préparé par frappe sans
Génital / Mâle / Mitose et méiose / OEuf / Sexua-
lisation et sexe. cède par réflectographie, ou photogra- mouillage sélectif. Des machines ruban sur machine à écrire, par dessin
phie par réflexion, en insolant le papier automatisées tirent autant de copies à la molette ou au stencillographe à
A. Weismann, Das Keimplasma. Eine
Theorie der Vererbung (Iéna, 1892). / M. Aron sensible à travers son support. Dans le qu’on le désire à une cadence attei- pointe vibrante, ou encore par report
et P.-P. Grassé, Précis de biologie animale transfert par diffusion, un papier spé- gnant dix à la minute. photographique. Le tirage s’effectue
(Masson, 1947 ; nouv. éd., 1966). / J. Rostand
cial est exposé par réflexion et il s’y sur machine du type rotatif dans la-
et A. Tétry, la Vie (Larousse, 1962). / E. Wolff

(sous la dir. de), l’Origine de la lignée germinale


forme une image latente aux endroits Thermocopie quelle le stencil, tendu sur un cylindre,
chez les vertébrés et chez quelques groupes touchés par la lumière. Ce négatif est est encré par-dessous au moyen d’une
Les substances de couleur sombre ab-
d’invertébrés (Hermann, 1964). / P. Brien, Bio-
placé en contact avec le papier copie, et bande de tissu, avec une encre grasse et
logie de la reproduction animale. Blastoge- sorbent davantage la chaleur que celles
nèse. Gamétogenèse. Sexualisation (Masson, des rouleaux les font passer ensemble peu fluide. Très automatisés, les dupli-
de couleur claire. On utilise un papier
1966). / P.-P. Grassé, A. Hollande, P. Laviolette, dans un bain chimique. Les ions d’ar- cateurs de ce genre peuvent produire
sensible translucide qu’on met en
V. Nigon et E. Wolff, Précis de biologie générale
gent non touchés par la lumière sur le 1 500 à 2 000 exemplaires à l’heure.
(Masson, 1966). / C. Houillon, Introduction à contact avec le document à reproduire,
négatif sont transférés par diffusion sur
la biologie, t. IV : Sexualité (Hermann, 1967). et on insole à la lumière infrarouge.
/ J.-P. Gautray et coll., Reproduction humaine le papier copie et, réduits chimique- Duplication offset
Les noirs du document absorbant l’in-
(Masson, 1968).
ment, produisent l’image positive. L’essor de la reprographie est dû pour
frarouge, leur température augmente
et provoque un changement thermique une bonne part aux duplicateurs offset,
Diazocopie qu’on appelle aussi offset de bureau.
aux endroits correspondants du papier
On emploie pour le tirage de plans sensible. C’est un procédé à sec, très Ce sont de véritables machines à impri-
reprographie tracés sur calque des papiers du type mer capables d’une haute production
rapide, qui n’exige aucun révélateur,
diazo, dont la couche sensible est mais les noirs du document doivent et d’un travail de qualité si elles sont
Ensemble des techniques permettant
détruite par la lumière ultraviolette. contenir du graphite ou des sels métal- correctement conduites. Leur automa-
de reproduire un document original L’action d’un alcali, en général de liques. Pour surmonter cette difficulté, tisation a été de plus en plus poussée,
par copie ou par duplication, sur papier l’ammoniac, colore les zones qui ont on fait de la thermographie-trans- et bien des perfectionnements apportés
ordinaire ou spécial.
été protégées de la lumière par les par- fert par l’intermédiaire d’un négatif, aux machines offset de grand format
Certains spécialistes trouvent cette ties opaques de l’original. Les copies ont eu pour origine des simplifications
par exemple aux sels d’argent, insolé
définition trop limitative et y ajoutent sont très bon marché, mais il faut que sur les duplicateurs. Leurs plaques
d’après la technique reflex en lumière
tous les procédés et méthodes, autres l’original soit transparent. d’impression peuvent être obtenues
ordinaire.
que la communication orale, de trans- par tous les procédés de reproduction :
mission d’une information d’une per- Électrophotographie photocopie, diazocopie, électrophoto-
Autres procédés de reproduction
sonne à une autre : copie de documents, graphie, thermocopie, ainsi que par les
Ce procédé utilise la propriété que Ceux-ci utilisent soit la photopolyméri-
reproduction de plans, impression dans méthodes classiques de confection des
possède les photoconducteurs (sélé- sation, dans laquelle l’adhérence d’une
des ateliers intégrés, photographie, plaques offset. Selon l’importance du
nium, oxyde de zinc) normalement couche à son support est modifiée par
microfilm. tirage à effectuer, elles sont en papier
isolants de devenir conducteurs de l’exposition à la lumière et où les par-
Techniquement, on peut faire une plastifié ou en métal mince.
l’électricité sous l’action de la lumière. ties non insolées s’enlèvent en même
distinction entre reproduction et dupli- Direct ou transfert, il a pris une place temps que la pellicule de protection,
cation. La reproduction d’un document prépondérante dans les techniques de Les problèmes juridiques
soit la décomposition électrolytique
permet de le multiplier à partir de lui- reproduction. d’un colorant dans les zones insolées. posés par la reprographie
même, soit directement, soit en pas-
y Le procédé Xérox est un procédé Les procédés de reproduction et de dupli-
sant par un intermédiaire négatif. La
transfert. Un intermédiaire, tambour Duplication cation ont atteint une telle efficacité que
duplication consiste à créer un modèle
ou plaque, enduit d’une couche au des détenteurs de matériels peuvent être
(cliché, plaque, stencil) à partir duquel Duplication à l’alcool tentés d’en faire un usage intensif au ser-
sélénium, est chargé d’électricité
sera tiré le nombre désiré d’exem- vice d’un public d’utilisateurs, battant ainsi
positive, puis insolé sous l’original. C’est la version moderne de la copie
plaires, par des méthodes ressemblant en brèche les textes qui protègent la pro-
Sous les zones noires de l’original, il de lettres d’autrefois. On réalise une
à celles de l’imprimerie. priété* littéraire couverte en France par
n’est pas éclairé et conserve sa charge matrice, ou cliché, sur papier surglacé
la loi du 11 mars 1957. Un litige opposant
positive ; sous les zones blanches, ou couché, placé sur une feuille de le Centre national de la recherche scienti-
Reproduction il est éclairé et perd sa charge posi- papier carbone spécial dit « hecto-gra- fique et trois maisons d’édition s’estimant

Photocopie tive. On dépose alors sur son image phique ». Le colorant du carbone est lésées, clôturé par un jugement du tribunal

transféré au dos du cliché par pression de grande instance de Paris le 28 janvier


une poudre résineuse colorée chargée
Relativement simple, ce procédé donne 1974, éclaire les limites juridiques appor-
négativement. Puis on place dessus du crayon ou frappe de la machine à
des copies de qualité photographique, tées à l’usage des procédés de reprogra-
une feuille de papier qui reçoit une écrire. Le cliché, portant une image à
mais exige des papiers spéciaux et une phie, même lorsque ceux-ci sont mis à la
nouvelle charge positive. La poudre l’envers, est enroulé sur le tambour du disposition du public dans un dessein de
solution de développement. La couche
est attirée sur ce papier et est fixée à duplicateur, puis on imprime sur du pa- diffusion scientifique et culturelle.
sensible la plus connue est la couche
sa surface par cuisson. Le très gros pier légèrement humecté par un feutre L’usage intensif des reproductions tex-
photographique aux halogénures
avantage de ce procédé est de pouvoir imbibé d’alcool. L’alcool dissout un tuelles d’articles, de fragments de livres
d’argent. Les premiers photocopieurs
utiliser un papier quelconque. peu du colorant porté par le cliché et (voire d’ouvrages entiers) par des procédés
travaillaient de façon classique : pose,
modernes est susceptible, en effet, d’at-
l’on obtient une impression à l’endroit
développement, fixage. Les appareils y L’électrophotographie directe
teindre les éditeurs détenteurs de droits de
de la couleur du carbone utilisé.
actuels utilisent surtout le procédé plus (Électrofax) utilise un papier couché propriété littéraire et de léser gravement
simple de développement-stabilisation. à l’oxyde de zinc et donne direc- leurs intérêts.

La couche sensible du papier contient tement une copie, sans tambour ni Duplication au stencil
La loi du 11 mars 1957 définit la repro-
le produit révélateur, et le traitement plaque intermédiaire. Les variantes Ce procédé date d’une centaine duction de l’oeuvre littéraire ou artistique

consiste en un seul passage dans un concernent le mode de coloration de d’années (Miméographe, Ronéo). Il comme étant « la fixation matérielle de

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

l’oeuvre par tous procédés qui permettent tout au-dessus du sol. Quelques Rep- ordre des Chéloniens, ou Tortues. Amphibiens. La production constante
de la communiquer au public d’une ma- tiles fossiles, les Oiseaux et les Mam- y Sous-classe des Synapsides, ou de kératine dans des couches toujours
nière indirecte ». Les contraintes — à la
mifères ont au contraire des membres à renouvelées de cellules épidermiques
lettre — sont sur ce point sévères : toute Théromorphes (une fosse temporale
stylopode vertical et parasagittal, plus basse) : entraîne une élimination des couches
reproduction destinée à un usage collectif
donne prise à l’interdiction prévue par la favorables à la course. ordre des Pélycosauriens (fossiles du les plus superficielles, soit sous forme
loi, même si les copies ne sont pas mises de lambeaux (Lézards), soit sous forme
Permien) ;
en vente : il suffit que les reproductions de desquamation permanente (Tortues,
Généralités ordre des Thérapsidés (fossiles du Per-
soient destinées à un usage professionnel Crocodiles), soit enfin sous forme d’un
mien à caractères prémammaliens).
(un cours, par exemple), à la location, voire Les principaux caractères généraux des fourreau complet que l’animal perd en
au prêt ; la circulation des reproductions y Sous-classe des Euryapsides (une
Reptiles sont : la peau fortement kéra- une seule fois (mue des Serpents). On
n’est même pas nécessaire. Par contre, la fosse temporale haute) :
tinisée, recouverte d’écailles épider- connaît mal le déterminisme de cette
reproduction de textes à usage individuel ordre des Sauroptérygiens, ou Plé-
demeure licite. L’article 41 (2°) soustrait en miques et pratiquement dépourvue de mue, qui commence dans la région
siosaures (fossiles aquatiques du
effet au consentement discrétionnaire des glandes cutanées ; le condyle occipital des lèvres. Les Serpents peuvent muer
Secondaire) ;
ayants droit « les copies ou reproductions unique par lequel le crâne s’articule sur jusqu’à une dizaine de fois par an, ce
strictement réservées à l’usage privé du ordre des Ichtyosauriens, ou Ichtyo-
la colonne vertébrale ; le coeur dont le nombre diminuant avec l’âge.
copiste et non destinées à une utilisation saures (fossiles aquatiques du
ventricule commence à se subdiviser Le derme contient des chromato-
collective [...] ». Secondaire).
en deux cavités (les deux ventricules phores, responsables de la coloration
C’est donc l’usage collectif de la repro- y Sous-classe des Diapsides (deux
sont distincts chez les Crocodiliens) ; des Reptiles et même de la faculté
graphie qui est prohibé, et non pas sa tech-
fosses temporales) :
nique : si la loi parle de « copiste » et si, à la la persistance des deux crosses aor- qu’ont certains d’entre eux de modi-
superordre des Lépidosauriens :
lettre, il semble qu’il faille copier soi-même tiques ; enfin et surtout l’existence fier leurs couleurs. On distingue, parmi
le document que l’on veut utiliser pour son ordre des Rhynchocéphales (Hattéria) ;
d’oeufs télolécithiques pouvant se ces chromatophores, les mélanophores,
usage personnel, le jugement du tribunal ordre des Squamates, ou Saurophidiens
développer entièrement hors de l’eau, qui contiennent des mélanines brunes,
de Paris interprète largement cette préci- (Lézards, ou Sauriens, et Serpents, ou
grâce à l’existence d’une annexe em- les xanthophores, qui contiennent des
sion. Le législateur n’a pas eu l’intention de Ophidiens) ;
bryonnaire, l’amnios, poche emplie de lipochromes jaunes ou rouges, les
prohiber l’usage de processus modernes
superordre des Archosauriens :
de reproduction, qui restent licites en liquide dans laquelle l’embryon peut allophores, qui renferment des pig-
ordre des Thécodontes (fossiles du
leur principe. Les copies obtenues par des effectuer son développement. Ce sont ments violets ou roses, et les guano-
Trias) ;
moyens modernes sont bien des « copies » phores, remplis de cristaux de guanine
essentiellement la structure de la peau,
autorisées par l’article 41, bien qu’elles ne ordre des Saurischiens (fossiles du
organisée de telle sorte qu’elle peut blanche, mais qui diffractent la lumière
soient plus des « copies » au sens strict, Secondaire) ;
protéger l’organisme de la dessicca- et donnent en particulier des teintes
effectuées manuellement. ordre des Ornithischiens (fossiles du
tion en milieu terrestre, et la présence bleues. Ces chromatophores sont situés
Le délit résidait donc dans le fait que le Secondaire) ;
de la poche amniotique qui ont permis à des niveaux différents du derme ;
C. N. R. S. avait diffusé à un tel point ses ordre des Ptérosauriens (fossiles vo-
aux Reptiles de se lancer vraiment à par exemple, les guanophores sont les
reproductions (délivrance sans contrôle à lants du Secondaire) ;
toute personne qui en faisait la demande) plus superficiels, tandis que les méla-
la conquête des milieux terrestres. On ordre des Crocodiliens.
qu’il avait été amené, pratiquement, à groupe dans l’ensemble des Amniotes nophores sont les plus profonds. De
réaliser une diffusion « publique » ou, au On réunit souvent les deux ordres plus, dans chaque chromatophore (gua-
les trois classes (Reptiles, Oiseaux et
moins, « collective » et non pas une diffu- des Saurischiens et des Ornithischiens nophores exceptés), les pigments colo-
Mammifères) qui possèdent cette an-
sion à usage personnel. dans l’ensemble des Dinosauriens, ou rés peuvent se manifester soit sous une
nexe embryonnaire.
J. L. Dinosaures. phase dispersée — et l’animal prend la
couleur correspondante —, soit sous
G. B. Classification
Organes et fonctions une phase concentrée : la cellule pig-
F Offset / Photographie / Xérographie.
Les Reptiles actuels comprennent mentaire devient alors claire. Le jeu
P. Descroix, Technique de la reprographie et
La peau
quatre ordres, dont l’ensemble repré- de dispersion ou de concentration des
ses applications (Le Prat, 1966). / K. H. S. Engel, Comme celle des autres Vertébrés, la
Die Reprographie und ihre praktische Anwen- sente environ 6 000 espèces. Il s’agit divers pigments permet les colorations
peau des Reptiles comporte un épi- les plus variées. Chez les Caméléons*,
dung (Dortmund, 1967). / S. Lermission et des Chéloniens, ou Tortues*, des Cro-
A. Lucas, Photocopie et reprographie (P. U. F., derme pluristratifié et un derme sous-
codiliens*, des Rhynchocéphales (Hat- le contrôle des chromatophores semble
coll. « Que sais-je ? », 1974). jacent lâche et bien vascularisé. L’épi-
téria*) et des Squamates (Lézards* et être purement nerveux, sous la dépen-
derme est souvent épaissi par une forte
Serpents*). Mais les Reptiles fossiles dance du système nerveux autonome :
kératinisation, à l’origine des écailles
furent bien plus nombreux et diversi- la section des nerfs correspondants
épidermiques des Lézards, de nom- entraîne l’assombrissement de la co-
fiés que les Reptiles actuels, notam-
Reptiles breux Reptiles du Secondaire et des loration. Chez les Anolis américains,
ment pendant toute la durée de l’ère
Serpents, des plaques cornées épaisses Iguanes dont la coloration est au moins
secondaire, et les systématiciens et
Classe de Vertébrés poecilothermes des Crocodiliens et des Tortues ; assez aussi remarquable que celle des Camé-
paléontologistes ont tenté de don-
fondamentalement tétrapodes et parfai- fréquemment, ces phanères cornés sont léons, on a pu montrer que le méca-
ner de ces animaux une classification
tement adaptés à la vie terrestre. doublés d’une ossification dermique nisme est purement hormonal, sous la
d’ensemble aussi logique et structurée profonde.
Les Reptiles proviennent phylogé- dépendance de l’hypophyse : l’abla-
que possible. La clé primordiale de
nétiquement des Amphibiens fossiles. La peau des Reptiles est pratique- tion de cette glande fait pâlir l’animal
cette classification est constituée par
Ils ont donné naissance d’une part aux ment dépourvue de glandes. Quand — qui devient vert —, tandis que des
la structure du crâne, et notamment
Oiseaux, d’autre part aux Mammifères. elles existent, elles sont très localisées extraits hypophysaires le font virer
par la présence et le nombre des fosses
Les nombreux caractères qu’ils ont en et semblent intervenir surtout dans le au brun. C’est le lobe intermédiaire
temporales. Nous donnons ci-dessous
commun avec les Oiseaux font qu’on rapprochement sexuel par l’odeur de de l’hypophyse qui intervient dans ce
l’une des classifications possibles, em-
réunit souvent ces deux classes dans la sécrétion produite. Cette absence de mécanisme. Enfin, le Phrynosome, ou
pruntée à A. S. Romer.
l’ensemble des Sauropsidés. Le terme glandes, de même que la forte kératini- Crapaud cornu, autre Iguanidé améri-
Reptile traduit le mode de locomo- y Sous-classe des Anapsides (pas de sation de l’épiderme, doit être considé- cain, réagit aussi bien à la commande
tion des Reptiles actuels, qui ont des fosses temporales) : rée comme une adaptation permettant à nerveuse qu’à l’action hormonale.
membres à stylopode horizontal, si ordre des Cotylosauriens (fossiles du ces animaux de survivre en atmosphère Dans tous les cas, le point de départ
bien que le ventre s’élève peu ou pas du Permien) ; sèche, ce que ne peuvent supporter les du réflexe d’adaptation pigmentaire

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

augmentation du nombre de vertèbres cule sur le carré, qui a lui-même, no-


(jusqu’à 400). tamment chez les Serpents, une assez
grande mobilité par rapport au neuro-
La reptation serpentine s’effectue
crâne ; grâce à cette disposition, les
le plus souvent par mouvements laté-
Serpents peuvent avaler des proies de
raux ; l’animal prend appui sur les
grande taille. L’oreille moyenne com-
aspérités du sol et contracte alternati-
porte, comme chez tous les Tétrapodes
vement de longs muscles latéraux ; les
à l’exception des Mammifères, un seul
est rétinien. On exagère souvent les vertébrale, la ceinture pelvienne vient Boïdés peuvent ramper en ligne droite
osselet, ou columelle, qui transmet les
facultés de mimétisme des Caméléons se souder aux apophyses des deux ver- en mettant en jeu des muscles médio-
vibrations du tympan à la fenêtre ovale.
et des Reptiles en général : ils peuvent ventraux, tandis que les Vipères pro-
tèbres sacrées ; les vertèbres caudales,
tout au plus assombrir ou éclaircir leur gressent en faisant alterner deux points Dans la cavité buccale, ce sont le
en nombre très variable, ainsi qu’une
coloration générale et l’adapter ainsi d’appui, antérieur et postérieur. dentaire à la mâchoire inférieure, le
ou deux vertèbres présacrées chez
aux couleurs du milieu où ils vivent prémaxillaire et le maxillaire à la mâ-
La reptation n’est pas le seul mode
certains Lézards, sont dépourvues de
habituellement. choire supérieure qui portent les dents ;
de locomotion des Reptiles. Certains
côtes. Les Tortues possèdent un petit ces dernières sont en général coniques,
Lézards sont assez agiles et courent
nombre de vertèbres amphicoeles (bi- plus pointues en avant, plus émoussées
Le squelette rapidement, notamment le Basilic,
concaves) et non mobiles. en arrière, et leur rôle essentiel est de
La colonne vertébrale, qui constitue qui devient alors bipède, la queue fai-
retenir les proies plutôt que de les frag-
l’axe squelettique du tronc et de la sant office de balancier. D’autres, les
Membres et locomotion menter. Dans la majorité des cas, les
queue, comporte un nombre variable, Caméléons par exemple, sont arbori-
dents sont soudées par toute leur base
mais élevé, de vertèbres le plus souvent Ceintures et membres ont la disposi- coles ; main et pied forment des pinces
(fixation acrodonte), ou par leur face
procoeles, c’est-à-dire concaves vers tion typique des Tétrapodes à membre qui permettent à l’animal de saisir fer-
externe à l’os dentigère (fixation pleu-
l’avant et convexes vers l’arrière. Cette transversal, c’est-à-dire à humérus et mement les rameaux. Les Geckos, pour
rodonte) ; chez les Crocodiliens, toute-
structure donne une grande souplesse grimper sur les surfaces verticales,
fémur horizontaux et perpendiculaires fois, chaque dent est fixée dans son al-
au corps tout entier et permet les mou- présentent des ventouses aux quatre
au plan de symétrie du corps. Cette véole. On trouve encore, chez quelques
vements d’ondulation latérale qu’uti- membres. Une autre espèce arboricole,
disposition, primitive, nécessite de espèces, des rudiments de denture vo-
lisent de nombreux Reptiles pour se le Dragon volant (Agamidé de l’Inde),
fortes masses musculaires pour sou- mérienne ou palatine. Chez les Reptiles
déplacer. Chez les Serpents et l’Orvet, peut en outre se laisser planer sur plu-
lever le corps au-dessus du sol. Les à denture acrodonte, il existe une seule
il existe en outre une cavité synoviale sieurs mètres grâce à un repli cutané de
génération dentaire ; chez les autres,
entre deux vertèbres consécutives. membres sont fondamentalement pen- ses flancs que soutiennent les côtes très
les dentitions se succèdent et on peut en
tadactyles, et le nombre de phalanges allongées. Enfin, parmi les Reptiles qui
Dans la région immédiatement en ar- compter une vingtaine ou plus au cours
rière du crâne, la disparition des fentes le plus fréquent est 2, 3, 4, 5, 3. Pen- sont redevenus aquatiques, les Tortues
de la vie. Seuls les Serpents montrent
branchiales — encore fonctionnelles dant le déplacement, les membres anté- marines ont différencié des palettes
une différenciation dentaire, par les
chez les Amphibiens — et la formation rieurs soulèvent le thorax, tandis que natatoires, tandis que les Crocodiliens
crochets qui sont liés aux glandes veni-
du cou s’accompagnent de la différen- les membres postérieurs poussent le se déplacent par battements latéraux de
meuses (glandes salivaires modifiées).
ciation des deux premières vertèbres en la queue.
corps vers l’avant. Chez de nombreux La présence et l’emplacement de ces
atlas et axis, ce qui permet aux Reptiles Reptiles, on assiste à la régression ou crochets sont à l’origine de la classifi-
des mouvements latéraux de la tête. En La tête
même à la disparition des membres. cation de ce sous-ordre. Les Aglyphes
arrière de cette région nucale, qui com- Le crâne des Reptiles est moins aplati
C’est le cas chez un certain nombre de sont dépourvus de crochets ; les Opis-
porte cinq à sept vertèbres cervicales, que celui des Amphibiens. Alors qu’il thoglyphes ont les crochets situés en
Lézards — Scinque, Orvet, Amphis-
toutes les vertèbres troncales portent est très massif chez les Tortues et, à un arrière sur la mâchoire supérieure ;
bène — et chez tous les Serpents. Chez
des côtes dont les parties ventrales moindre degré, chez les Crocodiles, il chez les Protéroglyphes, ces mêmes
ces derniers, membre antérieur et cein-
s’articulent sur un sternum ; chez les montre chez les Squamates une fenes- crochets sont situés en avant ; dans ces
Tortues, les côtes fusionnent en partie ture pectorale ont disparu totalement,
tration qui l’allège beaucoup. Il existe, deux cas, les crochets sont canaliculés
avec la carapace dorsale, et le sternum tandis que des rudiments de ceinture comme chez les Oiseaux, un seul — un sillon antérieur permet l’écoule-
avec le plastron ventral. pelvienne peuvent subsister chez les condyle occipital pour l’articulation ment du venin* dans la proie mordue
Alors que la ceinture pectorale n’a Ophidiens primitifs (Boïdés). Cette de la colonne vertébrale. La mandibule —, tandis que, chez les Solénoglyphes
jamais de connexions avec la colonne apodie s’accompagne souvent d’une est formée de nombreux os ; elle s’arti- (Vipère*), le crochet, situé également à

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

est longitudinal chez les Crocodiliens, Chez la majorité des Reptiles actuels, prunte alors le foramen de Panizza en
transversal chez les autres Reptiles. le ventricule est incomplètement cloi- sens inverse, ce qui fait passer du sang
sonné en deux chambres d’où partent réduit au niveau du glomus carotidien
L’appareil respiratoire les deux crosses aortiques d’une part, et permet de déclencher la remontée en
Les Reptiles respirent par des pou- le tronc pulmonaire de l’autre. Une surface quand la teneur en gaz carbo-
mons moins complexes dans leur telle disposition, sans réaliser vrai- nique atteint un certain seuil.
structure que ceux des Mammifères. ment la séparation des deux sangs,
Bien que poecilothermes, les Rep-
La voie d’accès de l’air aux pou- envoie néanmoins la plus grande par-
tiles ont une température interne qui
mons passe par la cavité nasale, que tie du sang hématosé dans les crosses
diffère de celle du milieu extérieur. Les
les choanes relient à l’arrière-bouche, aortiques, et la plus grande partie du
processus métaboliques et l’exposition
au voisinage immédiat de la glotte. Il sang réduit dans le tronc pulmonaire.
au soleil leur permettent d’élever leur
existe en effet un palais secondaire, Chez les Crocodiliens existent deux
ventricules parfaitement distincts : du température interne, tandis que le halè-
qui isole en grande partie les voies
respiratoires des voies digestives en ventricule droit partent le tronc pul- tement, quand il fait trop chaud, ou la

reportant vers l’arrière l’orifice des monaire et la crosse aortique gauche, fuite dans un terrier leur permettent de

choanes. Cette disposition est parti- et du ventricule gauche part la crosse supporter des températures externes
culièrement nette chez les Crocodiles, aortique droite ; une telle disposi- élevées (jusqu’à 45 °C).
qui peuvent ainsi se nourrir sous tion semble aboutir à un mélange des
l’eau. La trachée-artère conduit aux deux sangs au confluent des deux L’appareil excréteur
deux bronches ; chez les Serpents et crosses aortiques. Notons toutefois,
Les reins des Reptiles sont des organes
quelques Lézards apodes, un des pou- d’une part, que les artères carotides
pairs, assez massifs, situés dans la ré-
mons dégénère (le gauche chez les ne reçoivent que du sang oxygéné,
gion postérieure de la cavité abdomi-
Serpents, le droit chez les Amphis- car elles partent de la crosse aortique
nale. Ils proviennent, comme ceux des
bènes). La structure pulmonaire in- droite, d’autre part que, à l’endroit
Oiseaux et des Mammifères, de l’évo-
terne est relativement simple chez les où les crosses aortiques se croisent,
lution d’une ébauche métanéphritique
Reptiles les plus primitifs : la bronche elles communiquent par le foramen de
débouche dans le sac pulmonaire, qui apparaît (dans l’espace et dans le
Panizza. Ce foramen laisse passer le
incomplètement partagé en chambres temps) à la suite du rein embryonnaire,
sang de la crosse aortique droite dans
respiratoires pourvues d’alvéoles ; ou mésonéphros. L’urine, collectée par
la crosse gauche quand l’animal res-
l’évolution de la structure pulmonaire des uretères secondaires, aboutit, chez
pire normalement, si bien que les deux
se traduit par une ramification des les Tortues et la majorité des Lézards,
crosses aortiques reçoivent du sang
bronches et un découpage plus intense dans une vessie urinaire d’origine
la partie antérieure de la mâchoire, a la oxygéné ; en revanche, quand l’ani-
des chambres respiratoires ; quelque- allantoïdienne. Le rein embryonnaire
structure d’une aiguille hypodermique. mal est en plongée sous l’eau, la cir-
fois, comme chez les Caméléons, ces
Chez les Tortues, un bec corné rem- culation pulmonaire est ralentie, ce qui mésonéphritique et son uretère, le
chambres sont suivies de diverticules
place les dents, qui font défaut. augmente la pression sanguine dans la canal de Wolff, disparaissent chez la
non cloisonnés, disséminés entre les
crosse aortique gauche ; le sang em- femelle adulte, alors qu’ils se mettent
organes abdominaux, les sacs aériens
Régime alimentaire
(semblables à ceux des Oiseaux). Les
et tube digestif
Reptiles respirent par des mouvements
Bien que certaines Tortues soient des de la cage thoracique ; chez les Croco-
herbivores stricts et que d’autres soient diles s’y ajoutent les mouvements du
carnivores, bien que les régimes ali- diaphragme, non homologue de celui
mentaires soient également des plus des Mammifères ; peut-être qu’inter-
variés chez les Lézards — le plus sou- viennent également, comme chez les
vent omnivores à prédominance carni- Amphibiens, des mouvements du

vore ou insectivore —, on n’observe plancher buccal (déglutition de l’air).

pas chez les Reptiles de corrélation Sans doute, certaines Tortues aqua-

étroite entre le régime alimentaire et la tiques ont-elles en outre la possibilité


d’effectuer des échanges respiratoires
denture ou la forme du bec.
dans l’eau, au niveau de la muqueuse
La langue des Reptiles est massive
buccopharyngée, très vascularisée.
et charnue chez les Tortues et les Cro-
codiliens ; chez les Squamates, elle L’appareil circulatoire
devient un organe protractile pouvant
L’existence des poumons introduit
servir à la capture des proies (Camé-
chez les Vertébrés Tétrapodes une
léon, Gecko) ou à l’analyse tactile et
petite circulation (pulmonaire) à côté
olfactive du milieu ambiant (Vipère).
de la circulation générale. À cet effet,
Le tube digestif comprend tous les
l’atrium, unique chez les Poissons, se
organes typiques des Vertébrés. La
subdivise en deux oreillettes distinctes
longueur de l’intestin est fonction du dès le stade Amphibien : l’oreillette
régime alimentaire : il est très long droite reçoit le sang qui vient du corps,
chez les Tortues herbivores, très court et l’oreillette gauche le sang qui vient
chez les Lézards à régime carnassier. des poumons. La séparation du sang
L’intestin débouche dans un cloaque, des deux circulations au niveau des
où confluent également les conduits ventricules se fait plus tardivement
urinaires ou génitaux. L’orifice cloacal dans la phylogénie des Vertébrés.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

régression oculaire importante chez cérébraux est plus grande que chez
les espèces fouisseuses, notamment les Anamniotes. Le cervelet comporte
les Serpents Typhlopidés. Quelques une zone archicérébelleuse (liée aux
Reptiles actuels (Hattéria, Lézard vert, réflexes d’équilibration dont le point
Orvet) possèdent en outre un oeil pinéal de départ est l’oreille interne) et une
impair, situé au milieu de l’os pariétal zone paléocérébelleuse, où viennent
et qui montre une structure rétinienne se projeter les afférences provenant
nette, mais régressée. Cet oeil est lié à des fuseaux neuromusculaires. Au
l’épithalamus par un tractus nerveux. niveau de l’hémisphère cérébral, le
pallium se différencie en une région
Seuls parmi les Reptiles, les Cro-
ventrale olfactive, une région dorsale
codiliens ont, comme les Oiseaux, un
d’intégration et, chez quelques espèces
court conduit auditif externe. Tous,
tout au moins, en une région intermé-
Serpents exceptés, possèdent une
diaire où certains neurologistes voient
oreille moyenne, ou caisse du tym-
l’ébauche de ce qui sera le néocortex
pan, qui communique largement avec
des Mammifères.
le pharynx et qui contient un osselet,
la columelle, reliant le tympan à la fe-
nêtre ovale. L’oreille interne comporte Reproduction
au service de l’appareil génital chez les elle intervient probablement comme un diverticule ventrocaudal (absent Caractères sexuels secondaires
mâles. vecteur pour l’analyse olfactive du chez les Poissons et les Amphibiens),
Les Reptiles sont gonochoriques et
substrat sur lequel l’animal se déplace. la cochlée, siège des processus audi-
On connaît assez mal l’excrétion des l’hermaphrodisme y est très rare. Le
En effet, l’organe olfactif des Rep- tifs ; toutefois, à l’inverse de celle des
Reptiles. Chez les Tortues, elle se fait dimorphisme sexuel est très discret
tiles, qui s’ouvre à l’extérieur par les Mammifères, cette cochlée est recti-
sous forme d’urée et chez les Crocodi- chez les Crocodiliens ; chez les Tor-
narines et dans la cavité buccale par les ligne. Le reste de l’oreille — saccule,
liens sous forme d’ammoniaque. Chez tues et les Serpents, il affecte surtout la
choanes, et que l’animal utilise pour utricule, canaux semi-circulaires —
les Squamates, qui vivent souvent dans taille : ce sont les femelles qui sont les
suivre ses proies à l’odeur, est doublé assure les fonctions d’équilibration.
des biotopes secs et ont à économiser plus grosses chez les Tortues palustres
l’eau, l’excrétion se fait, comme chez d’un organe accessoire, l’organe vo- Il semble que les Reptiles aient une ou les Couleuvres, tandis que chez
les Oiseaux, sous forme d’acide urique méronasal de Jacobson, surtout déve- assez bonne audition, notamment les les Tortues terrestres, les mâles l’em-
et les urines sont presque solides. loppé chez les Squamates ; cet organe Lézards, dont les performances dif- portent nettement en taille. Les carac-
s’ouvre au plafond buccal par deux fèrent peu de celles des Mammifères ; tères sexuels secondaires, permanents
L’appareil génital orifices antérieurs aux choanes et dans en revanche, les Serpents ont vraisem- ou saisonniers (parure de noce), sont
lesquels s’enfoncent les deux pointes blablement une audition faible des vi- surtout développés chez les Lézards
Les Reptiles sont des animaux gono-
de la langue bifide quand elle est au brations aériennes, qu’ils compensent et affectent, outre la taille, des orne-
choriques (à sexes séparés), et les
repos ; on suppose que cet organe, qui par une sensibilité poussée aux vibra- mentations variées (cornes de certains
gonades sont paires. Le testicule du
analyse les odeurs de la cavité buccale, tions du substrat. Caméléons), des glandes cutanées odo-
mâle, situé en avant du rein, est évacué
est également capable d’analyser les rantes (glandes fémorales des Lézards)
par le canal de Wolff, qui représente Certains Serpents, notamment le
molécules odorantes qui ont pu venir ou la coloration tégumentaire.
donc successivement l’uretère du mé- Crotale, possèdent un organe senso-
au contact de la langue. Cette dernière,
sonéphros embryonnaire puis le canal riel céphalique très particulier, dont il
chez les Lézards et les Serpents, inter- Comportement sexuel
déférent. Ce dernier aboutit au cloaque. semble qu’on n’ait pas trouvé l’équi-
vient donc simultanément par ses ré-
L’Hattéria mis à part, les Reptiles pos- valent chez d’autres animaux. Il s’agit Chez la plupart des espèces, les deux
cepteurs tactiles, gustatifs et olfactifs.
sèdent un organe copulateur pour prati- d’un organe thermorécepteur, sensible sexes sont en nombre à peu près égal.
quer la fécondation interne. Cet organe Les yeux des Reptiles sont protégés à la radiation calorifique qu’irradient L’accouplement est précédé par la re-
est un pénis impair chez les Tortues et par deux paupières horizontales et une les animaux à sang chaud. Cet organe cherche du partenaire sexuel, recherche
les Crocodiles ; il est représenté par nictitante verticale. La paupière ven- est situé entre la narine et l’oeil et com- qui est presque toujours le fait du mâle.
deux hémipénis symétriques chez les trale, qui est la plus grande, est sou- prend essentiellement deux chambres La détection de la femelle se fait vi-
Lézards et les Serpents. vent transparente. Chez les Lézards que sépare une fine membrane inner- suellement chez les Lézards, qui ont un
L’ovaire de la femelle est également nocturnes ou fouisseurs et chez tous les vée par le nerf trijumeau. La sensibi- dimorphisme sexuel accusé, olfactive-
situé en avant du rein, au plafond de la Serpents, les paupières mobiles sont lité de cette fossette faciale est élevée : ment chez les autres groupes, notam-
cavité abdominale ; l’oviducte est un remplacées par la lunette, membrane l’animal peut détecter des variations ment les Serpents. Comme cette détec-
long ruban contourné, dans la lumière cutanée transparente qui recouvre la de température ambiante de l’ordre de tion ne se fait que lorsque la femelle est
duquel l’oeuf fécondé s’entoure suc- cornée et est éliminée et remplacée 0,4 °C, et un Crotale aveugle et privé en rut, il faut en conclure qu’il existe
cessivement d’albumine (le blanc de à chaque mue. La glande lacrymale d’olfaction est capable de réagir à un chez cette dernière un cycle glandu-
l’oeuf), puis d’une enveloppe calcaire manque chez la plupart des Serpents. objet chaud et même de le localiser. On laire lié au cycle oestrien. L’accou-
ou parcheminée. Aux hémipénis des La rétine des Reptiles nocturnes a décrit des organes analogues chez le plement, qui a lieu le plus souvent au
mâles correspondent les hémiclitoris comporte uniquement des bâtonnets ; Boa. printemps, peut être précédé de com-
des femelles. celle des Reptiles diurnes comporte portements complexes, dits « danses

surtout ou uniquement des cônes. La Le système nerveux prénuptiales », surtout développés chez
Les organes des sens vision est certainement bonne chez ces Les Reptiles sont les premiers Verté- les Serpents. Les Tortues d’eau douce

animaux, dont beaucoup possèdent une brés chez lesquels le nombre de nerfs s’accouplent dans l’eau après que le
Les téguments des Reptiles sont riches
fovéa. La rétine des Tortues possède, crâniens se fixe à 12 paires, comme mâle a fait vibrer ses membres anté-
en terminaisons tactiles. Chez les
comme celle des Oiseaux, des inclu- chez les Oiseaux et les Mammifères, rieurs devant la tête de la femelle.
Squamates, la langue mobile, rétrac-
tée dans une gaine à l’état de repos, sions lipidiques rouges ou orangées à par incorporation au crâne d’un cer-
est utilisée pour analyser tactilement fonction inconnue ; l’oeil des Lézards tain nombre de métamères occipitaux. Fécondation et ponte

le milieu extérieur. La langue porte renferme un cône papillaire, semblable L’encéphale reste rectiligne, mais L’élevage de femelles de Serpents et
également les bourgeons du goût, et au peigne des Oiseaux. On observe une l’importance relative des hémisphères de Tortues isolées de tout mâle a per-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

On peut le vérifier : la même espèce de le Dragon volant a acquis une mem-


Lézard, qui vit en moyenne deux ans brane qui lui permet d’effectuer des
dans la zone tempérée chaude, où elle vols planés d’un arbre à l’autre. Enfin
est active toute l’année, vit quatre ans quelques Lézards sont adaptés à la
ou plus et atteint une taille supérieure vie semi-aquatique, comme le Varan
dans la zone tempérée froide, où elle du Nil, qui se nourrit de Poissons, ou
subit un repos hivernal. le grand Iguane des Galápagos, qui
La longévité des Reptiles est effecti- plonge en mer pour y rechercher les
vement élevée, malgré les exagérations Algues dont il se nourrit.
qu’on est parfois tenté de faire. Des Les adaptations sont bien moins ac-
élevages ont montré que les Serpents cusées chez les Serpents, dont la forme
peuvent dépasser une longévité d’une est peu modifiée par le milieu où ils
vingtaine d’années, les Crocodiliens vivent. La plupart sont purement ter-
et les Tortues une longévité d’une cin- restres et creusent en général un terrier.
quantaine d’années ou plus.
D’autres (Typhlops) sont fouisseurs et
se déplacent dans le sol, tandis qu’un
mis de constater que les spermato- mitif que le placenta allantoïdien des Écologie et répartition bon nombre d’espèces sont arboricoles,
zoïdes introduits dans les voies géni- Mammifères. géographique leurs formes les camouflant à mer-

tales femelles peuvent y conserver leur veille parmi les arbres. Il existe trois
Les Reptiles actuels sont surtout des
pouvoir fécondant pendant plusieurs L’oeuf familles de Serpents aquatiques. Deux
animaux de pays chauds : le nombre
Alors que la plupart des Amphibiens d’espèces diminue fortement quand sont asiatiques, et leurs représentants
années.
sont inféodés au milieu aquatique pour se rencontrent dans les fleuves, où ils
on passe de la zone intertropicale à la
La plupart des Reptiles sont ovipares
leur reproduction, les Reptiles ont pu zone tempérée froide ou aux régions se nourrissent de Poissons ; les yeux et
et pondent leurs oeufs dans des cavités
s’affranchir de cette nécessité grâce à d’altitude. Une des adaptations à la vie les narines sont en position dorsale sur
naturelles ou dans des nids aménagés.
l’existence de l’oeuf amniotique. En dans les pays froids ou en montagne est la tête. Les Serpents les mieux adaptés
Les oeufs sont en général abandonnés appartiennent à la troisième famille,
effet, l’oeuf des Reptiles — qui com- la viviparité, qui permet de garder les
sans soin ; toutefois, les Pythons incu- oeufs à l’abri du gel. On a vu de même celle des Hydrophidés, Serpents ma-
porte, comme celui des Oiseaux, une
bent leurs oeufs en s’enroulant autour, forte proportion de vitellus, ou jaune — que les espèces boréales ou d’altitude rins protéroglyphes et très venimeux :
tandis que les Cobras les pondent dans se développe en mettant en place, outre subissent un repos hivernal, alors que leur queue est aplatie latéralement et

un terrier que surveillent conjointe- l’embryon, des annexes embryonnaires les espèces plus méridionales sont ac- sert à la locomotion dans l’eau, tandis

ment le mâle et la femelle. Le nombre au nombre de trois : la vésicule vitel- tives toute l’année. L’étude des restes que les écailles ventrales du corps, qui

d’oeufs pondus varie de quelques uni- line, qui entoure le vitellus et permet fossiles des grands Reptiles de l’ère n’ont plus à fournir de point d’appui
son utilisation par l’embryon au fur et secondaire laisse penser que la plupart pour la reptation, deviennent lisses.
tés (Lézards) à la centaine (Tortues
à mesure de son développement ; l’al- d’entre eux étaient homéothermes, ou Les Hydrophidés, qui sont ichtyo-
marines). Ces dernières, si adaptées
lantoïde, diverticule de l’intestin pos- pour le moins endothermes, c’est-à- phages, sont les seuls Reptiles à ne pas
qu’elles soient à la vie aquatique, re-
térieur, qui joue pour l’embryon le rôle dire possédaient une température in- revenir à terre pour la reproduction ;
viennent sur les plages pour pondre en
de rein d’accumulation et de poumon ; terne nettement supérieure à la tempé- ils sont en effet vivipares, et les jeunes
milieu sec. Les Oiseaux font un car-
enfin et surtout l’amnios, qui enve- rature ambiante. naissent en mer.
nage des Tortues nouveau-nées quand loppe l’embryon d’une cavité emplie Les Lézards peuvent être classés, Tous les Crocodiliens sont amphi-
ces dernières doivent gagner la mer de liquide. du point de vue écologique, en cinq bies et montrent des adaptations à la
proche. catégories. Les formes lourdes aux vie aquatique : queue aplatie latérale-
Croissance membres courts creusent des terriers ment, pieds palmés, yeux et narines en
Viviparité ou se réfugient sous les rochers ; elles
L’éclosion ou la mise bas libère des position dorsale sur la tête. Ce sont en
Quelques espèces de Reptiles, essen- sont le plus souvent herbivores, et
jeunes qui ont le même habitus et la général des carnassiers qui chassent à
leur robe est mimétique du milieu où
tiellement des Squamates, font leurs même biologie que les adultes. Les l’affût et peuvent à l’occasion s’aven-
elles vivent. Les formes élancées aux
petits vivants. Dans certains cas (Lé- parents ne se soucient pas de les proté- turer sur les berges. Les espèces
membres allongés sont des coureurs
zard vivipare, Orvet), la femelle retient ger, et la mortalité des jeunes est sou- ichtyophages, comme le Gavial, ont le
qui utilisent la rapidité de leurs dépla-
les oeufs fécondés dans ses oviductes et vent élevée. La croissance est rapide museau allongé.
cements soit pour échapper à leurs
y développe des structures permettant au début, puis son rythme diminue sans Il est facile de reconnaître les Tor-
ennemis, soit pour capturer les proies
à l’oeuf des échanges respiratoires ou cesser jamais ; comme la longévité des tues terrestres des Tortues aquatiques :
dont elles se nourrissent. Les formes
aqueux. On dit qu’il y a incubation, et Reptiles est souvent grande — toujours les premières ont une carapace for-
fouisseuses ont la tête tronconique, le
supérieure à celle des Mammifères de tement bombée et des membres en
ce mode de reproduction diffère peu de corps massif et les membres réduits,
même taille —, ces animaux peuvent colonne comme ceux des Éléphants ;
la nidification. Dans d’autres cas (Lé- sinon absents ; le type en est le Scinque
parvenir à une taille importante. leur nourriture est variée, mais surtout
zard d’Australie Lygosoma, Vipère), des boutiques, qui s’enfonce et se
Croissance continue et forte lon- déplace avec facilité dans le sable. Le herbivore. Au contraire, les Tortues
on a pu montrer que l’embryon tire
gévité sont à rapprocher de la poeci- quatrième type correspond aux espèces aquatiques, qu’elles soient palustres
de l’organisme maternel, outre l’eau
lothermie des Reptiles ; ces animaux grimpeuses, qu’elles soient munies à ou marines, ont une carapace aplatie
et l’oxygène, des substances nutritives
passent en effet par des périodes d’hi- l’extrémité des membres de pelotes et ovalaire et des membres palmés ou
qui transitent par l’intermédiaire d’un
bernation pendant le cycle annuel, ou adhésives comme la Tarentole, ou transformés en palettes natatoires ;
organe particulier, le placenta. Ce der-
par des périodes de repos pendant le de fortes griffes et d’une queue épi- elles ont un régime surtout carnassier.
nier est dit vitellin, car les vaisseaux qui cycle nycthéméral, au cours desquelles Parmi les Tortues marines à palettes
neuse pour grimper le long des troncs
l’irriguent du côté foetal proviennent de les processus métaboliques sont forte- rugueux, ou encore de « pinces » aux natatoires, citons la Tortue franche,
la vésicule vitelline. Le placenta vitel- ment ralentis, ce qui éloigne d’autant quatre membres comme les Camé- mangeuse d’Algues renommée pour
lin est phylogénétiquement plus pri- les manifestations de la sénescence. léons ; parmi ces Lézards arboricoles, les potages qu’on en tire, et la Tortue

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

Caret, dont on utilise les écailles pour caractère sacro-saint de la propriété. de fer transcontinental et l’élévation rité du pays. Quand survient la crise de
la marqueterie. Bonnet blanc et blanc bonnet ? des barrières douanières. En 1856, il 1929, il n’est pas prêt à réagir ; le pou-

Les Reptiles sont en majorité des présente un candidat, John C. Frémont, voir l’a usé ; ses leaders ont peu d’ima-

animaux sédentaires qui n’effectuent Le parti jusqu’en 1953 aux élections présidentielles et obtient gination et encore moins d’audace ou

pas de migrations, mais délimitent au la majorité des voix dans 11 États (sur de dynamisme. L’initiative passe alors
En fait, les apparences sont trom-
contraire un domaine vital dont ils 31), tous situés dans le Nord et l’Ouest. aux démocrates (1933), remarquable-
peuses : par son histoire comme par ses
sortent peu. Ils sont, pour la plupart, ment conduits par Franklin D. Roose-
Quatre ans après, plus raisonnable
tendances actuelles, le parti républicain
solitaires et fortement agressifs envers et modéré, Abraham Lincoln* profite velt*. Les républicains glissent de plus
ne se confond pas avec son rival. Il naît
leurs congénères. Il existe toutefois des en plus vers la droite et pendant vingt
de la division des démocrates et, avec
d’une crise. Au milieu du XIXe s., les
exceptions, comme les rassemblements ans sont écartés du pouvoir. L’acces-
38 p. 100 des suffrages populaires,
Américains sont profondément divisés
de Serpents au moment de l’hiberna- devient président des États-Unis. Un sion de D. D. Einsenhower* à la prési-
sur la question de l’esclavage. D’un
tion (dans ce cas, les accouplements dence en 1953 correspond au renouvel-
républicain au pouvoir ! Onze États
côté, les démocrates, réorganisés et re-
peuvent avoir lieu au réveil printanier, lement, à la mise à jour du Grand Old
du Sud font sécession (v. Sécession
vivifiés au temps du président Andrew
ce qui évite la recherche du partenaire Party (GOP).
[guerre de]). Le conflit dure quatre ans
Jackson*, inclinent de plus en plus vers
sexuel) ou les colonies que constituent (1861-1865) ; le parti républicain sau-
les « slavocrates », le poids du Sud se
certaines espèces herbivores, comme vegarde l’Union et en profile pour faire Le parti aujourd’hui
renforce considérablement. D’un autre
les Iguanes des Galápagos. Quand la passer dans les actes l’essentiel de son
côté, les whigs, ou républicains-na- Aujourd’hui, le parti n’est plus majo-
densité de population dans un biotope programme.
tionaux, qui depuis 1834 combattent ritaire. Il peut, au maximum, compter
déterminé atteint un certain seuil, cer-
Jackson et les jacksoniens, se divisent Dès lors, il est assuré d’une supério- sur 40 p. 100 des électeurs. Pour porter
taines espèces développent un compor-
en une aile sudiste — les whigs du rité incontestable sur son adversaire. son candidat à la présidence des États-
tement territorial ou une hiérarchie so-
coton —, de plus en plus attirée par les Jusqu’en 1913, tous les présidents sont Unis, il lui faut mordre sur l’électorat
ciale, qui sont néanmoins relativement
démocrates, et une aile nordiste — les républicains, à l’exception de Stephen démocrate ou tirer profit de la division
rares chez les Reptiles.
whigs de la conscience —, qui se rap- Grover Cleveland* (élu en 1884 et des adversaires. Alors que les démo-
R. B.
proche des abolitionnistes. Cessant de réélu en 1892) ; puis, de 1921 à 1933, crates choisissent souvent leurs chefs
F Caméléon / Crocodiliens / Dinosaures / Hat-
téria / Ichtyosaures / Lézards / Ptérosaures / Ser- nationaliser la vie politique, les partis c’est de nouveau le « parti de Lincoln » parmi les fils de familles aisées — ce
pents / Théromorphes / Tortues. se « sectionnalisent ». qui est au pouvoir. Mais, depuis 1865, fut le cas de F. D. Roosevelt ou des
A. Bellairs, The Life of Reptiles (Londres, À partir de 1852, le parti whig se il a évolué... frères Kennedy* —, les républicains
1969 ; 2 vol.). / C. Gans, Biology of the Reptilia préfèrent faire appel aux self-made
décompose tout à fait ; plusieurs pe- De 1865 à 1870, les « radicaux »
(Londres, 1969-70 ; 3 vol.). / P. P. Grassé (sous
tites formations politiques cherchent l’emportent et s’efforcent d’imposer men — comme Nixon* — ou aux
la dir. de), Traité de zoologie, t. XIV, fasc. 2 et
3 : Classe des Reptiles (Masson, 1970 ; 2 vol.). à prendre sa place. En 1854, la loi du leur idée de la reconstruction, le pré- hommes providentiels — comme le
/ P. Janvier, le Monde des Reptiles (A. Michel, général Ulysses Simpson Grant (1822-
Kansas-Nebraska (Kansas-Nebraska sident Andrew Johnson, qui fait mine
1973).
Bill), qui laisse, en violation du com- de leur résister, est mis en accusation 1885) et Eisenhower, tous deux auréo-

promis du Missouri (1820), aux habi- et acquitté de très peu (1868). Puis mi- lés du prestige de la victoire militaire.
tants de ces territoires le droit de déci- noritaires au sein de leur propre parti, L’électorat républicain habite, en gé-

der s’ils auront ou non des esclaves, ils laissent la place aux partisans de la néral, le Middle West et l’Ouest, les
républicain déclenche chez les abolitionnistes du campagnes et les banlieues. Il se com-
réconciliation : « agiter la chemise san-
(parti) Nord et de l’Ouest un mouvement glante » devient vite de très mauvais pose d’hommes d’affaires, de cadres,
spontané de protestation. Au cours goût ; les industriels, les financiers, le d’Américains de vieille souche (ceux

d’une réunion publique qui se tient à monde des affaires mettent au second qu’on appelle les « white anglo-saxon
Un des deux grands partis politiques
Ripon (28 févr. 1854) dans le Wiscon- plan le problème noir et abandonnent protestants »). Depuis une dizaine
américains.
sin, d’anciens whigs, des abolition- le Sud au parti démocrate : ils se pré- d’années, le parti s’est implanté dans le
Pour un observateur étranger, le
nistes de toutes origines, et des démo- occupent surtout du développement Sud : là, les adversaires de la déségré-
bipartisme aux États-Unis reste mys-
crates indépendants décident de s’unir économique des États-Unis. Quant gation refusent d’associer leurs voix
térieux. Quelle différence sépare les
contre cette mesure législative et se aux fermiers de l’Ouest, cessant de à celles des démocrates du Nord ; ils
républicains des démocrates ? Les
donnent l’appellation de républicains. craindre la concurrence servile, ils se préfèrent voter républicain, au moins
symboles ne sont pas semblables
lancent dans la production à outrance pour les élections présidentielles. C’est
(l’âne pour ceux-ci, l’éléphant pour Leur programme unit deux thèmes de
avec l’inévitable menace de la surpro- que les républicains, contrairement à
ceux-là), mais les deux partis se sont revendications. Le premier se résume
duction. La différence entre républi- ce qui fut dans le passé, répugnent à
organisés sur le même modèle et les dans une opposition à l’esclavage ;
cains et démocrates s’estompe ; elle laisser le gouvernement fédéral venir
conventions nationales qu’ils tiennent mais si les « radicaux » veulent libérer
demeure toutefois sur quelques points : en aide aux Noirs des ghettos du Nord
tous les quatre ans pour désigner leur partout et immédiatement les esclaves
les premiers sont protectionnistes et et préfèrent que les États s’occupent
candidat à la présidence se ressemblent noirs, les « modérés » acceptent que
veulent une monnaie solide, fondée eux-mêmes du problème racial.
à quelques nuances près. L’idéolo- le Sud conserve son institution parti-

gie joue dans les programmes un rôle culière tout en refusant de la laisser sur le monométallisme ; les seconds S’agissant de la vie économique et

limité : les plates-formes électorales s’implanter sur les terres nouvelles de préfèrent l’abaissement des droits de sociale, le parti s’est lentement remis
sont vagues et cherchent à attirer le l’Ouest. Le second thème touche à la douane et ne restent pas insensibles du choc qu’a provoqué le New Deal.
plus grand nombre d’électeurs. Aucun vie économique : le Nord-Est, indus- aux arguments des bimétallistes. Au Jusqu’en 1940, il est systématiquement

des deux partis ne met en question la triel, réclame des droits de douane pro- début du XXe s., le vent du progressisme hostile à l’extension des pouvoirs du
Constitution, aucun ne refuse de subir tectionnistes, et l’Ouest, agricole, des redonne vie chez les républicains à une gouvernement fédéral. Ce serait, sou-
la loi de la majorité ni de respecter les moyens de transport et des terres à bon aile « radicale » qui veut un renou- tient-il, faire le lit du socialisme et aller
droits de la majorité, aucun ne recom- marché. Aussi le parti inscrit-il dans veau de la vie politique et économique contre la tradition de l’individualisme,
mande l’usage de la violence ni ne son programme l’attribution gratuite et trouve un leader en la personne de fondement du caractère américain.
conteste le droit de l’individu à la réus- d’un homestead, c’est-à-dire d’une par- Théodore Roosevelt*. Le parti éclate Puis il comprend son erreur et adopte
site économique et sociale, la liberté celle de terres publiques de 160 acres, en 1912, puis refait son unité, avant une attitude assez proche de celle des
de la presse et des réunions publiques, à tout fermier qui s’engage à la mettre de connaître une nouvelle scission en démocrates, sauf à faire voter en 1947
la nécessité de la libre entreprise, le en culture, la construction d’un chemin 1924. De fait, il s’endort sur la prospé- la loi Taft-Hartley (Taft-Hartley Act),

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

qui limite les activités des syndicats. meilleur parti en 1968 et en 1972. Mais On ne refera pas le « coup de 1830 », travail. Le banquier Michel Goudchaux
Mais il n’en conserve pas moins une les républicains ont subi les consé- et la pression populaire exige et obtient (1797-1862) aux Finances, Marie aux
solide méfiance à l’égard des dépenses quences de l’affaire du Watergate, et, la proclamation de la république (24- Travaux publics et Adolphe Crémieux
fédérales : s’il intervient trop, le gou- malgré les efforts du président Gerald 25 févr.), sauf ratification ultérieure (1796-1880) à la Justice représentent la
vernement de Washington devra aug- Ford pour redonner au parti une image par le peuple, précise Lamartine, ce qui bourgeoisie. La révolution est pour eux
menter les impôts et détruira l’esprit de marque attrayante, les élections de institue de facto le suffrage universel un simple changement dans le person-
d’initiative, hérité des pionniers ; les 1976 portent à la présidence le démo- (dont le principe sera adopté le 2 mars). nel dirigeant et dans la représentation
affaires marcheront moins bien. crate Jimmy Carter. des vrais intérêts du pays, trop long-
D’autre part, et pour la première
Longtemps isolationniste, surtout A. K. temps mis à l’écart par l’exclusivisme
fois, la question sociale est posée par
par esprit nationaliste, le parti répu- F Démocrate (parti) / Eisenhower (D. D.) / États- des notables orléanistes.
les insurgés. Aux neuf républicains et
Unis / Lincoln (A.) / Nixon (R.) / Roosevelt (T.) /
blicain, là aussi, a fait amende hono- démocrates du Gouvernement provi- Les premières décisions du Gouver-
Sécession (guerre de).
rable après 1940. Avec plus d’énergie soire, les ouvriers font ajouter deux nement provisoire sont d’inspiration
C. Rossiter, Parties and Politics in America
et moins de mauvaise conscience, socialistes, Louis Blanc* et un ouvrier, nettement démocratique : abolition de
(Ithaca, N. Y., 1960, nouv. éd., 1964 ; trad. fr.
il a défendu le rôle de gendarme que Démocrates et républicains, Seghers, 1965). / Albert (1815-1895). Dès les premières la peine de mort en matière politique
les États-Unis se sont donné depuis G. H. Mayer, The Republican Party (New York,
heures du nouveau régime, sous la (26 févr.), liberté de presse et liberté de
1964 ; 2e éd., 1967). / A. Kaspi, la Vie politique
1945. Pour discréditer l’adversaire dé- pression d’une manifestation armée réunion, déclaration de paix au monde
aux États-Unis (A. Colin, 1970).
mocrate, il n’a pas hésité à soutenir la d’ouvriers, le gouvernement doit dé- due à Lamartine (4 mars).
campagne violemment anticommuniste créter le droit au travail et l’organisa- La peur du vide et de l’anarchie
du sénateur Joseph McCarthy, même tion du travail (25 févr.). À défaut de entraîne un ralliement massif de cer-
s’il a refusé de la mener jusqu’à ses ul- mesures pratiques immédiates, c’est
times excès. Les républicains acceptent
République (Ire) tains milieux d’affaires, de l’adminis-
déjà un engagement d’une grande por- tration, du clergé et de l’armée aux
volontiers de négocier avec l’ennemi tée sociale. Nouvelle manifestation nouvelles autorités. Ces républicains
potentiel, qu’il soit russe ou chinois, F RÉVOLUTION FRANÇAISE DE
le 28, menée par les corporations de du lendemain accourent en foule aux
dans un esprit empreint de réalisme. 1789.
travailleurs avec bannières et chants cérémonies, aux réceptions du nouveau
Ce qui compte, ce sont les rapports professionnels. régime, bien décidés à soutenir les ré-
de puissance ; l’Amérique défendra
On réclame cette fois un ministre du publicains de la veille, qui constituent
ses idéaux si elle possède de puissants
Travail et des mesures précises concer- encore pour eux un pis-aller, face au
moyens militaires et s’en sert dans les République (IIe) péril socialiste qui grandit. C’est que
nant le régime salarial et la durée du
circonstances graves. De Théodore
travail. Louis Blanc et Albert arrachent les travailleurs semblent alors obtenir
Roosevelt à Richard Nixon* et à Ge- Régime politique français établi à la
à leurs collègues, sinon ce ministère d’évidentes satisfactions. Le 27 février
rald Ford, on retrouve la même real- suite de la révolution de février 1848
du Travail, que refusent obstinément sont créés des ateliers nationaux, que
politic, que détestaient à des degrés et qui prit fin le 2 décembre 1852 par la
Lamartine et Marie (1795-1870), du beaucoup imaginent être la réalisation
différents T. W. Wilson* et Franklin proclamation de l’empire.
moins une « Commission du gouver- du projet d’ateliers sociaux de Louis
D. Roosevelt. Mais, répliquent les ré-
nement pour les travailleurs », chargée Blanc. Le 2 mars, la Commission du
publicains, les hésitations et les fausses
La République d’étudier les problèmes du travail et Luxembourg obtient l’abolition du
manoeuvres des démocrates conduisent
démocratique et sociale de proposer des solutions. On lui af- marchandage et la réduction de la jour-
le pays dans des guerres dont seuls, par
(févr.-avr. 1848) fectera le palais de l’ex-Chambre des née de travail de 11 à 10 heures à Paris
notre solide réalisme, nous parvenons
pairs, d’où le nom de Commission du et de 12 à 11 heures en province. Bien
à le tirer, comme ce fut le cas pour la Le 24 février 1848, Louis-Philippe Ier*
plus, les 700 délégués, faisant preuve
Luxembourg. À vrai dire, dans leur
Corée ou l’Indochine. abdique. Quelques milliers d’insurgés
majorité, les républicains au pouvoir d’une remarquable maturité, exigent à
Le parti républicain semble regrou- parisiens ont eu raison en quarante-huit
leurs côtés des représentants patronaux
apparaissent débordés par ces événe-
per les conservateurs. Pourtant, à l’in- heures (v. révolutions de 1848) d’un
(ils seront plus de 200), afin d’assu-
ments, qu’ils n’ont pas prévus, et par
térieur, les débats ne manquent pas, régime apparemment solide. Toutes
rer la validité des décisions prises. La
ces exigences sociales, qu’ils n’étaient
et les tendances s’opposent. Une aile les combinaisons péniblement écha-
commission intervient dans de nom-
guère préparés, par leur origine sociale,
franchement réactionnaire, représen- faudées par les personnalités orléa-
breux conflits du travail et contribue
à comprendre et à satisfaire. La pré-
tée par le sénateur Barry Goldwater ou nistes, Odilon Barrot ou Thiers*, pour
au succès de certaines négociations.
sidence du gouvernement est confiée
Ronald Reagan, le gouverneur de Cali- empêcher l’irréparable, s’écroulent. Le
Mais, surtout, elle favorise la création
à Jacques Charles Dupont de l’Eure
fornie, parvient quelquefois à imposer peuple, maître de la rue, envahit l’As-
de multiples associations coopératives
(1767-1855), octogénaire survivant
sa loi : basculant à droite, comme en semblée et fait échouer la régence. Fort
de production (Société fraternelle des
de la révolution de 1830. Un glorieux
1964, le parti court alors à la défaite. opportunément, Lamartine* et ses amis
tailleurs de Paris, Association des mé-
ancêtre sans plus.
Une aile libérale, où l’on retrouvait en font acclamer par les manifestants une
caniciens de Cail), bénéficiant parfois
1968 Nelson A. Rockefeller, le gou- liste de personnalités susceptibles de Lamartine, fraîchement converti à
des commandes de l’État.
verneur du New York, John V. Lind- constituer le nouveau gouvernement. l’idée républicaine, prend les Affaires

say, le maire de New York, et Spiro Il s’agit en majorité de bourgeois répu- étrangères. Le prestigieux écrivain
La grande peur
T. Agnew, le gouverneur du Maryland, blicains de la tendance du National, s’en tient aux grands principes. Paix
du printemps 1848
tâchait de faire sentir son poids, qui, le journal d’Armand Marrast, appelés à l’extérieur, paix à l’intérieur, une
aujourd’hui, s’est réduit encore par les en fait rapidement à partager les hon- république fraternelle sans factions, La révolution avait relancé et aggravé
défections et les divisions. Au niveau neurs et les responsabilités avec leurs sans classes et sans démagogues. Au la crise économique. En quelques
national, les républicains sont condam- concurrents de la Réforme, démocrates ministère de l’Intérieur siège Ledru- semaines, c’est une fuite généralisée
nés à trouver l’homme qui puisse satis- et proches des insurgés. Conformément Rollin*, chef de file des radicaux, un de capitaux. Le crédit étant mort, de
faire la vieille garde, les libéraux et à la tradition, le pouvoir révolution- politicien d’envergure médiocre, un nombreuses entreprises industrielles et
attirer des démocrates et des indépen- naire reçoit la consécration populaire à tribun qui singe Danton, généreux et maisons de commerce ferment. Bien-
dants. L’insuccès d’un président démo- l’Hôtel de Ville. Révolution surprise à sincère, mais irréfléchi et influençable. tôt, c’est le tour de l’atelier et de la
crate est un secours inappréciable, tout plus d’un titre. En premier lieu, les pro- Pour lui, la démocratie politique est la boutique. La crise s’étend en province.
comme le choix d’un candidat démo- grès de l’expérience politique chez les panacée, susceptible de régler tous les Partout des faillites à la chaîne, et les
crate trop « radical » : Nixon en tira le révolutionnaires parisiens sont patents. problèmes, à commencer par ceux du loyers ne rentrent pas dans cette na-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

tion de propriétaires. Les riches fuient doux illuminés et les violents, les évan- tile de gardes nationaux mobiles et de (Pierre Antoine Berryer, le comte Fré-
Paris comme à l’époque du choléra en gélistes et les sectaires. L’influence leurs camarades des ateliers nationaux, déric de Falloux) ou de février 1848
1832. Les bureaux des compagnies de de ces derniers, comme la Société soigneusement mis en place par Ledru- (Odilon Barrot, Armand Dufaure).
transport sont assiégés. Dans certains républicaine centrale d’A. Blanqui*, Rollin. Le gouvernement prend dans Enfin, une centaine de démocrates et
quartiers riches, on brade chevaux, ta- est encore modeste. Mais l’écho que les jours suivants une grave décision : de socialistes, les grands perdants des
bleaux de maître, bijoux et on renvoie rencontrent les théoriciens du commu- l’armée, exilée de Paris depuis février, élections. La majorité de leurs listes, à
les domestiques. Le chômage s’étend, nisme de 1848, avec leurs projets de rentre dans la capitale pour faire face commencer par celle du Luxembourg,
les grèves se multiplient et s’éternisent. répartition des biens et des richesses, à des affrontements plus sérieux, que est écrasée. Blanqui, F. V. Raspail*
Longtemps, l’historiographie de 1848 est chaque jour plus profond dans la bien des républicains dits « modérés » sont largement battus. Louis Blanc est
a fait une large part, une trop large masse de chômeurs qui se rue sur Paris. appellent de leurs voeux. élu de justesse. Le résultat est clair.
part au climat de fraternité généreuse Classes possédantes et paysannerie ont
Le climat préélectoral est inquiétant.
et de concorde démocratique qui avait La défaite du prolétariat assuré le triomphe d’adversaires déter-
La crise financière s’aggrave. Louis
jailli dans le sillage de février. De bons minés de la démocratie sociale et le
parisien (avr.-juin 1848) Antoine Garnier-Pagès (1803-1878),
prêtres bénissaient les arbres de la succès d’adversaires de la République
nouveau ministre des Finances, se
liberté plantés en choeur par l’ouvrier Le Gouvernement provisoire, placé tout court.
heurte au « mur d’argent ». Les me-
et le bourgeois. Le travailleur barbu et dans une situation impossible, se
sures prises pour relancer le crédit, en Le Gouvernement provisoire cède la
musclé devenait l’apôtre du temps de la contente de louvoyer. Céder constam-
multipliant les comptoirs d’escompte place à une Commission exécutive de
réconciliation : « Chapeau bas devant ment à la pression de la rue, c’est
en province, sont limitées par l’obs- cinq membres (10 mai). La nouvelle
la casquette. » Image d’Épinal que tout s’aliéner la classe moyenne, discré-
truction des possédants et des milieux Chambre fait un choix significatif en
cela, assez loin de la réalité. La révo- diter l’idée républicaine et achever la
d’affaires. L’encaisse de la Banque n’élisant que les membres les plus
lution a libéré des forces puissantes et ruine de l’État. Il faut rassurer, tout
de France diminuant chaque jour, on modérés de l’ancien gouvernement
réveillé des haines farouches. À Lyon, en veillant à éviter une dangereuse
(Lamartine, Garnier-Pagès et Marie).
décrète le 15 mars le cours forcé des
la patrie des canuts, les ouvriers bri- réaction conservatrice. Dès le mois de
billets et, pour trouver des ressources, Elle veut écarter Ledru-Rollin et ne
sent les métiers concurrents, saccagent mars, le gouvernement a mis sur pied
cède qu’à contrecoeur aux instances
un supplément d’impôt de 45 centimes
les ateliers des couvents et des prisons. une force d’ordre en créant 24 ba-
de Lamartine. Le nouveau ministère
par franc (18 mars). Compte tenu du
Partout bateliers et rouliers, vaincus de taillons de gardes mobiles, corps soldé
désigné par cette commission est à
système fiscal alors en vigueur, c’est
la révolution industrielle, se lancent à et recruté dans le sous-prolétariat, et
l’image de la majorité. Adrien Recurt
faire peser la charge sur la paysanne-
l’assaut des lignes de chemin de fer, s’est assuré un appoint en confiant un (1798-1872) remplace Ledru-Rollin à
rie, déjà durement atteinte par la crise.
brûlent les gares et les entrepôts. Dans service d’ordre aux élèves des grandes
l’Intérieur. Le ministère de la Guerre
Ledru-Rollin entend contrecarrer l’ac-
les campagnes, ouvriers agricoles et écoles et à la jeunesse dorée des beaux est confié à un homme à poigne, le gé-
tion des notables. Pour stimuler le zèle
paysans ruinés réoccupent les terres quartiers. Émile Thomas, directeur des néral Cavaignac (1802-1857), rappelé
républicain, il crée des « commissaires
communales amodiées. Des châteaux ateliers nationaux, organise militaire- d’Algérie. La Constituante est bien dé-
de la République » en province, initia-
sont pillés ; on fait un mauvais sort aux ment « ses » ouvriers en une véritable cidée à mettre au pas les démagogues.
tive malheureuse qui aboutit au résul-
usuriers, gardes forestiers et receveurs armée au service du pouvoir, utilisable Elle refuse la création d’un ministère
tat inverse. Bien des commissaires ne
des contributions. Les prolétaires s’en comme troupe de choc, voire comme du Progrès, réclamé par Louis Blanc,
sont que de maladroits agitateurs, dont
prennent aussi aux ouvriers étrangers clientèle électorale. Dans un premier et la modification de la loi sur les asso-
l’activité désordonnée et l’autorita-
qui acceptent de bas salaires. Des temps, le gouvernement manoeuvre ciations. Une agitation se déclenche
risme verbal n’aboutissent qu’à semer
Belges, des Piémontais sont lynchés. habilement. en province, suscitée par les classes
la panique. De véritables émeutes sont
Les travailleurs de Rouen marchent Il fait d’abord échouer, le 16 mars, populaires exaspérées par les mauvais
déclenchées contre eux. Le jeu du mi-
sur Sotteville en hurlant : « Mort aux résultats des élections. À Rouen, les 27
une manifestation des compagnies
nistre de l’Intérieur, qui se veut subtil,
Anglais ! » d’élite de la garde nationale, les et 28 avril, les quartiers ouvriers sont
divise les forces démocratiques sans
Le désordre s’amplifie. Le succès « bonnets à poils », qui prennent pré- canonnés. Le 15 mai à Paris, les clubs
affaiblir les conservateurs.
relatif du mouvement coopératif terro- texte de leur dissolution pour marcher manifestent contre la politique de non-
rise le patronat, qui y voit une menace D’un côté, il appuie en secret les intervention en faveur des révolutions
sur la place de Grève, en poussant
d’expropriation générale entreprise légions de révolutionnaires étran- européennes. La Chambre est envahie,
des cris hostiles aux socialistes et à
avec la complicité de l’État républi- gers, comme les Voraces lyonnais sommée d’abord d’aider la Pologne*,
Louis Blanc. Les clubs, rameutés en
cain. L’action des clubs populaires, qui attaquent en Savoie, avec un total puis de créer un impôt sur la fortune.
catastrophe, font une conduite de Gre-
surgis en masse dans les grandes villes, insuccès d’ailleurs, au début d’avril.
noble aux « réactionnaires », un peu Dans un désordre invraisemblable,
contribue à accréditer l’idée d’une De l’autre, il tisse de multiples intri-
trop présomptueux. Le lendemain, le meneur de cette action, un provo-
vague socialiste irréversible. À Paris, gues pour déconsidérer les clubistes
100 000 ouvriers défilent des Tuileries cateur, Aloysius Huber (1815-1865),
les lieux de travail, ateliers ou chan- parisiens en prêtant la main à des
à l’Hôtel de Ville pour la défense de décrète la dissolution de l’Assemblée.
tiers, sont le siège de multiples assem- la République et font un triomphe au manoeuvres antisocialistes, dont son
Armand Barbès, Blanqui et Raspail,
blées de corporations, fort pacifiques collègue Louis Blanc est la première
Gouvernement provisoire. Un mois pleinement inconscients, entraînent la
d’ailleurs. On discute et on proclame victime.
plus tard, retournement complet de la foule à l’Hôtel de Ville et forment un
d’abondance dans les arrière-salles de situation. Les élections à l’Assemblée Le 23 avril 1848, le peuple français gouvernement. Faute capitale. La garde
cabarets, dans les églises et les guin- constituante, primitivement fixées au se prononce en envoyant à l’Assemblée nationale et l’armée nettoient le palais
guettes des barrières. 9 avril, ont été reculées au 23 sous la une puissante majorité conservatrice. municipal et arrêtent les chefs clu-
C’est le temps des universités popu- pression des clubs, conscients de la Sur 880 sièges, 600 environ reviennent bistes, qui se sont mis eux-mêmes hors
laires, des sociétés pour l’instruction du réaction conservatrice, qu’alimentent à un bloc de modérés, républicains la loi. L’opinion est scandalisée par ce
peuple et des clubs de femmes. Ici, des le mécontentement devant la dégrada- du lendemain pour la plupart, farou- sacrilège commis à l’égard de la repré-
apôtres du progrès, confus et empha- tion de la situation économique et la chement antisocialistes. Lamartine, sentation nationale. Il est temps d’en
tiques, vaticinent autour de mirifiques peur du désordre. Les révolutionnaires élu dans 10 départements et en tête finir. C’est ce que pense la majorité des
projets de société. Là, au contraire, on veulent une nouvelle prorogation et à Paris, triomphe. Derrière viennent Constituants, en particulier les roya-
traite de problèmes réels et urgents, lancent la journée du 16 avril. Échec les royalistes, essentiellement légiti- listes, qui viennent, à la faveur d’élec-
bureaux de placement, assistance aux complet. Quelques milliers d’ouvriers mistes, avec 200 sièges. C’est la pre- tions complémentaires, de retrouver un
infirmes, travail des enfants. Il y a les sont noyés au milieu d’une foule hos- mière revanche des vaincus de 1830 leader, Thiers. La réaction attaque le

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 17

ministre des Finances, Eugène Duclerc l’affaire est complexe. Les notables bien ternie dans les cercles conserva-
(1812-1888), auteur d’un projet de veulent maintenir les prérogatives par- teurs, qui ne se font aucune illusion sur
loi sur la nationalisation des chemins lementaires qui assurent harmonieu- la moralité de cet aventurier, de ce dé-
de fer et l’embauche des ouvriers sur sement la représentation des intérêts.
classé criblé de dettes, non plus que sur
les chantiers ferroviaires. L’assaut La peur sociale leur fait souhaiter un
ses ambitions. Mais les chefs du parti
est donné aux ateliers nationaux, qui exécutif fort, dont ils craignent dans le
de l’Ordre veulent se servir du person-
comptent plus de 100 000 inscrits même temps qu’il serve une ambition
nage, que l’on croit sans envergure et
à la fin de mai. Le 21 juin, un décret trop connue. Les principales disposi-
prononce leur dissolution de fait. La tions de la Constitution votée le 4 no- qui, lors de sa nouvelle apparition à la

brutalité de la mesure, assortie de vembre soulignent ses contradictions. Chambre (il a été réélu en septembre
modalités inacceptables (« l’armée ou Les libertés fondamentales sont solen- dans 4 départements et à Paris, où il
la Sologne »), renforce la thèse de la nellement confirmées, mais le droit au réunit 100 000 voix), a fait une piètre
provocation délibérée. La réponse du travail est éliminé du préambule. Une
impression. D’ailleurs, Thiers tranche :
prolétariat parisien, c’est l’insurrec- seule Chambre élue pour 3 ans au suf-
« C’est un crétin que l’on mènera. »
tion du 23 au 26, les sanglantes jour- frage universel a la totalité des pouvoirs La réaction (1848-1850)
En attendant, le prince promet tout à
nées de juin, noyées dans le sang par législatifs, ces derniers étant soigneu-
Le nouveau président appelle Odilon
tout le monde. À droite, la liberté de
Cavaignac, muni des pleins pouvoirs. sement séparés de l’exécutif, confié
Barrot, l’ancien chef de la gauche dy-
pour 4 ans à un président élu aussi au l’enseignement et la restauration — à
Quelques soulèvements locaux à Mar-
nastique, à la direction de son premier
seille et à Lyon sont brisés. Mais la suffrage universel. On a pris quelques défaut de la Restauration... — de l’au-
cabinet. Prudents, les autres chefs du
République a reçu un coup dont elle ne précautions. Le chef de l’État ne peut torité de l’État. À gauche, la justice
se relèvera pas. dissoudre la Chambre, n’est pas immé- parti de l’Ordre se récusent, à l’excep-
sociale. L’ouvrier s’entend rappeler
diatement rééligible et, s’il n’obtient tion du comte de Falloux, nouveau
que le neveu de l’Empereur a constam-
pas la majorité absolue aux élections, ministre de l’Instruction publique et
La mise en place ment soutenu un projet d’amnistie pour
est alors désigné par l’Assemblée. Pour
des institutions les condamnés de juin, et qu’il est des cultes. Désireux de se concilier
une éventuelle révision de la Constitu-
(juill.-déc. 1848) l’auteur de l’Extinction du paupérisme. l’appui de l’Église, le gouvernement
tion, il faut réunir les trois quarts des
Les relations équivoques que Louis fait un premier coup de force. Un corps
Le retour à la paix intérieure se fait suffrages parlementaires.
Napoléon entretient avec Louis Blanc expéditionnaire, commandé par le gé-
attendre. Le marasme économique La campagne électorale pour la pré-
persiste, et, si une certaine reprise se et Proudhon* témoignent de l’étrange néral Oudinot (1791-1863), avait été
sidence va bouleverser les données du
fait sentir ici ou là dans l’industrie, le problème. À gauche, c’est la division fascination qu’exerce le démagogue envoyé en Italie pour faire contrepoids
bâtiment est toujours au point mort. totale. Les radicaux de la Montagne à l’intervention autrichienne contre les
sur des démocrates peu lucides. Le
Le mécontentement se déplace en pro- avec Ledru-Rollin, les socialistes avec régimes libéraux, qui battait son plein
10 décembre 1848, c’est le triomphe,
vince, en particulier dans la paysan- Raspail, alors en prison, vont séparé- qui consacre l’excellente stratégie du en ce début de 1849. Cette décision
nerie. Les prix agricoles sont encore ment à la bataille. Entre eux, un fossé
parti de l’Ordre, l’habileté du prince, s’inscrivait parfaitement dans la ligne
bas, et les 45 centimes, que l’on s’est de sang, les journées de juin. Lamar-
mais surtout le poids de l’électoral politique étrangère française depuis
gardé d’abroger, suscitent de violentes tine, totalement discrédité auprès des
paysan et, à travers lui, la gravité des 1831. Oudinot reçoit pour mission de
manifestations, qu’exploitent de nou- modérés, espère