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6GEN607 : Transport et Exploitation d’Énergie Électrique

XV. Écoulement de Puissance


(Load Flow)
INTRODUCTION

L’analyse Load Flow (LF) est une terminologie qui représente un ensemble d’analyse numérique et de
procédures effectuées à l’ordinateur permettant de déterminer la distribution de puissance dans un
système donné – encore plus important – comment contrôler cette répartition de puissance.

Voici ci-après les objectifs les plus importants du LF.


1- La détermination des puissances réactives et actives dans la ligne de transmission basée sur
certaines considérations à priori associées au récepteur ou au générateur.
2- Calcul des différences de potentiel à chaque nœud ou jeu de barre (bus en terminologie anglo-
saxon).
3- Vérifier qu’aucune ligne n’est surchargée. La surcharge peut signifier que la ligne est proche de
la stabilité thermique.
4- Surveillance de la ligne en cas de ré-enclenchement.
5- Détermination de l’écoulement de puissance spécifique qui conduit à un dispatch optimum en
calculant l'état du réseau (P, Q, V, δ,…) dans des hypothèses données de production et de
consommation.
À chaque jeu de barre (nœud), sont définis les 4 paramètres :
P: puissance active injectée ou soutirée
Q: puissance réactive injectée ou soutirée
V: module de la tension
δ: déphasage de la tension.

1. NÉCESSITÉ DE L’ANALYSE LOAD FLOW

L’analyse Load Flow (LF) d’un réseau de distribution contenant une centaine de jeux de barres et de
ligne de transmission apparaît comme un processus complexe.
Considérons un réseau très simplifié avec seulement deux jeux de barres (figure XV-1).

G1

1 2

Récepteur
Figure XV-1 : schéma unifilaire simplifié d’un réseau

Un ingénieur électricien identifiera le problème comme un problème de circuits électriques. La


procédure ‘standard’ pour résoudre un tel problème est de représenter les paramètres de chaque élément
du réseau comme suit :

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Générateur Transformateur Ligne


E ZG ZT ZL

ZR Récepteur

Figure XV-2: schéma électrique unifilaire du réseau à la Figure XIV-1.

Pour simplifier nous avons négligé les impédances shunt du transformateur et les admittances de la
ligne. Le courant circulant de 1 vers 2 est alors :
I = E / (ZG + ZT + ZL + ZR)
Si E est connue, on pourra calculer le courant. Connaissant le courant I, on pourra donc déduire la
tension au niveau des jeux de barres 1 et 2, puis les puissances mis en jeux.
Cette analyse serait linéaire, simple même si on étend l’analyse à plusieurs jeux de barres associant
plusieurs générateurs, cela reviendrait à résoudre un système d’équations linéaires.
L’analyse Load Flow ne peut jamais être réalisée de cette manière aussi simple. Pour les raisons
suivantes :
- Les charges du réseau d’énergie électriques ne se comportent pas de manière à pouvoir les
représenter par une impédance constante.
- En situation réelle, la force électromotrice E du générateur n’est jamais explicitement connue.
En lieu et place d’une résolution ‘circuit électriques’, on écrit plutôt les équations de notre réseau avec
des variables qui peuvent être facilement mesurable et qui ont des significations pratiques. Ces
variables sont :
1. les puissances actives et réactives
2. les amplitudes des tensions au niveau des jeux de barres
Une analyse typique LF est donc un système d’équations en termes de tensions et puissances et
non en terme de tension et courants!

LF est donc la résolution d’un système d’équations non-linéaires. Ce qui élimine la possibilité de
solution analytique dans la plupart des cas. Les solutions numériques se font à l’aide d’ordinateurs.

2. ÉCOULEMENT DE PUISSANCE SUR UNE LIGNE COURTE

Considérons une ligne de transmission sans perte où l’on néglige la résistance linéique et l’admittance,
représentée par la figure XV-3.
On souhaite déterminer la puissance active et réactive au niveau du générateur et du récepteur. Sachant
qu’on a un déphasage δ entre V1 et V2 tel que δ = ∠V2 - ∠V1.
I1 = I2 = I
La puissance complexe au générateur et au récepteur sera :
S1 = P1 +jQ1 = V1 I*
S2 = P2 +jQ2 = V2 I*
On choisit V2 comme origine des phases tel que :

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V1

δ
V2
Le courant dans la ligne : I = (V1 –V2)/Z
S1 = V1[(V1*-V2*)/Z* = [V12-V1V2ejδ]/(−jX) = (V1V2/X) sin δ + j (V12-V1V2cos δ)/X

P1 = (V1V2/X) sin δ W
Q1 = (V12 - V1V2cos δ) / X Var

I1 Z = jX = jLω I2

V1 V2

Représentation de la ligne par phase

Figure XV-3 : Représentation par phase d’une ligne ‘courte’.

S2 = V2[(V1*-V2*)/Z* = [-V22+V1V2ejδ]/(−jX) = (V1V2/X) sin δ + j (-V22+V1V2cos δ)/X

P2 = (V1V2/X) sin δ W
Q2 = (V1V2cos δ − V22)/X VAr

Les expressions de Q1 et Q2 montrent que la puissance réactive circulera dans la direction de tension la
plus faible.

Comme on a négligé R (= 0) alors P1 = P2 = P.


En supposant V2 et V1 constant, la seule manière de faire varier P, c’est δ. La Figure XV-4 donne la
variation de P en fonction de δ.
Lorsque δ augmente dans le sens positif (c’est à dire V2 en avance sur V1), la puissance augmente
jusqu’à un maximum Pmax = V1V2/X qui a lieu lorsque δ = 90°.
Si δ est inférieur à zéro, la puissance P2 devient négative. La transmission de puissance se fait alors de
la droite vers la gauche !
Si le système opère à δ ≡ 0°, alors la puissance réactive moyenne circulant le long de la ligne est :
Qmoy = (Q1 + Q2)/2 = (V12 - V22)/2X
Cette équation montre l’étroite dépendance de la puissance réactive avec la différence de potentiel.
Jusqu’à ce point nous avions négligé les pertes par effet Joule RI2 de la ligne. Si nous assumons
maintenant que cette ligne possède une résistance R par phase alors la puissance perdue par effet Joule
est : Pligne = RI2 W
On sait que S = P + jQ = V I* alors : I* = (P + jQ) / V et I = P - jQ /V*

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D’où I I* = I2 = (P2 + Q2) /V2, ce qui permet de déduire que :


Pligne = R [(P2 + Q2)/V2] W

Pmax

δ
-90° +90°

-Pmax

Instable Stable Instable

Figure XV-4 : Distribution de la puissance active en fonction de l’angle de puissance δ.


Cette expression indique que la puissance active et réactive contribue toute deux aux pertes. Il est donc
important de réduire la puissance réactive de la ligne afin de réduire les pertes.
Note: En courant continu, il faut que V1 > V2 pour que la puissance circule dans la bonne
direction. En alternatif, L'amplitude ne détermine pas la direction de la circulation mais c'est plutôt le
déphasage.
N.B. V, I, P et Q représentent les valeurs moyennes mesurées par exemple au milieu de la ligne.

3. METHODE GENERALE DE CALCUL DES RESEAUX


Nous présenterons ici les méthodes générales utilisées par les ordinateurs pour résoudre les problèmes
de réseaux.

3.1 Rappel

ZG
IS ZP ZR
ZR
EG

(a) (b)
Figure XV-5 : rappel des théorèmes de Thevenin et Norton.

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IS = EG / ZP et ZP = ZG

3.2 Matrice d’admittance des jeux de barres

Soit le réseau simplifié suivant :

1 V1 2 V2

3 V3 4 V4

Figure XV-6 : schéma unifilaire simplifié d’un réseau

Ce système peut être représenté par le réseau électrique à la figure XV-7 :


En appliquant la loi des nœuds aux points 1, 2, 3 et 4 on a les équations suivantes :

1 2
Y12

I1 I2
Y13 Y23 Y24

3
4
V1 Y10 Y34 Y20 V2
I3 I4

V3 Y30 Y40 V4

Figure XV-7 : Schéma électrique équivalent du réseau à la figure 6.

I 1 = V1 Y10 + (V1 − V2 )Y12 + (V1 − V3 )Y13


I = V2 Y20 + (V2 − V1 )Y12 + (V2 − V3 )Y23 + (V2 − V4 )Y24
 2

I 3 = V3 Y30 + (V3 − V1 )Y13 + (V3 − V2 )Y23 + (V3 − V4 )Y34
I 4 = V4 Y40 + (V4 − V2 )Y24 + (V4 − V3 )Y34

En réarrangeant ces équations on obtient :

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 I1   Y10 + Y12 Y13 − Y12 − Y13 0   V1 


I    V 
 − Y12 Y20 + Y12 + Y23 + Y24 − Y23 − Y24 
 =2  2
I 3   − Y13 − Y23 Y30 + Y13 + Y23 + Y34 − Y34   V3 
     
 I 4  0 − Y24 − Y34 Y40 + Y24 + Y34   V4 

En posant :

Y11 = Y10 + Y12 + Y13


Y22 = Y20 + Y12 + Y23 + Y24
Y33 = Y30 + Y13 + Y23 + Y34
Y44 = Y40 + Y24 + Y34
Y12 = Y21 = -Y12
Y13 = Y10 = Y31 = -Y13
Y14 = Y41 = -Y14 = 0
Y23 = Y32 = -Y23
Y24 = Y42 = -Y24
Y34 = Y43 = -Y34
Le système se réduit à :

 I1   Y11 Y12 Y13 Y14  V1 


I   Y Y22 Y23 Y24  V 
 2  =  21   2
 I 3   Y31 Y32 Y33 Y34  V3 
     
 I 4   Y41 Y42 Y43 Y44  V4 

3.3 Définition

Yii = admittance propre (ou admittance du point moteur i)


Yki = Yik = admittance mutuelle (ou admittance de transfert entre i et k).
Pour un réseau général de N nœuds, on pourra écrire de ce qui précède :

I = Ybus V (1)

 Y11 Y12 Y13 Y14 


Y Y22 Y23 Y24 
Avec Ybus =  
21

 Y31 Y32 Y33 Y34 


 
 Y41 Y42 Y43 Y44 
Cette équation est appelée ‘équation nodale du réseau’.

Ybus désigne la matrice d’admittance des barres, tandis que V et I sont respectivement les matrices
tensions et courants aux N nœuds (jeux de barres) du réseau.

On distingue trois types de nœuds :

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Nœud consommateur (Load bus) : est un jeux de barre pour lequel P et Q sont connus tandis que V
et δ sont à déterminer.
Nœud producteur (Generator bus) : est un jeux de barre pour lequel l’amplitude de la tension
générée V ainsi que la puissance correspondante P sont connus, tandis que Q et δ sont à déterminer.
Nœud bilan (Swing bus) : est une barre génératrice pour lequel V et δ sont spécifiés, P et Q sont à
déterminer. C’est le plus souvent le nœud producteur le plus puissant. Il est pris comme référence. Vu
le grand nombre de niveau de tension sur un réseau maillé, on choisira de résoudre les problèmes de
LF en utilisant la représentation par unité : V∠δ = 1 ∠0° par unité.

4. PROCEDURES ITERATIVES

Dans le cas idéalisé, on peut obtenir l’expression analytique de l’écoulement de puissance. Cependant
dans les systèmes réels, une expression explicite analytique n’est pas possible à cause des fluctuations
de charges au niveau des jeux de barres d’une part et d’autre part parce que la tension au niveau du
récepteur peut ne pas être connue à l’avance. Alors des méthodes numériques doivent être utilisées
pour déterminer les inconnues, généralement à travers des procédures itératives.

De ce qui précède, on peut écrire que le courant entrant dans le nœud k est donné par :
N
Ik = ∑Y
n =1
kn Vn (2)

qui peut être réécris comme suit:


N
I k = Ykk Vk + ∑Y
n =1
kn Vn
n≠k

En résolvant pour Vk, on obtient:


N
Ik 1
Vk =
Ykk

Ykk
∑Y
n =1
kn Vn
n ≠k

Sachant que : Sk = Vk Ik* alors Sk* = Vk* Ik.


On a: Sk* = Vk* Ik = Pk - jQk.
Pk − jQ k
D'où : I k = *
Vk
Finalement pour les N nœuds:
 
1  Pk − jQ k N

Vk =  *
− ∑ Ykn Vn  pour k = 1, 2, …, N.
Ykk  Vk n =1 
 n≠k 
Cet ensemble de N équations constitue les équations de l'écoulement de puissance (Load Flow). Il se
résout numériquement.

5. MÉTHODES DE RÉSOLUTION

On part des valeurs connues, on attribue des valeurs "fausses" aux variables inconnues et on calcule les
nouvelles valeurs par le système non linéaire.

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De nombreuses méthodes ont été utilisées (Gauss, Gauss-Seidel, Newton-Raphson, relaxation,


résidus,…) dont les plus connus sont les suivantes :

5.1 Gauss-Seidel
 
1  Pk − jQ k N
(i ) 
Vk
( i +1)
= − ∑Y Vn  pour k = 1, 2, …, N.

( )
Ykk  V (i ) *
k
n =1
n≠k
kn


5.2 Newton-Raphson
Les méthodes les plus utilisées actuellement sont les variantes de la méthode de Newton-Raphson
(NR).
Pour appliquer la méthode de NR à un problème de LF, pour le nœud k on pose:
Vk = Vk ∠δ k

Vn = Vn ∠δ n

 Ykn = Ykn ∠θ kn
Alors à partir des équations précédentes:
N
Pk − jQ k = ∑V k Vn Ykn ∠(θ kn + δ n − δ k )
n =1

ce qui permet de déduire:


N
Pk = ∑V k Vn Ykn cos (θ kn + δ n − δ k )
n =1

N
Qk = ∑V k Vn Ykn sin (θ kn + δ n − δ k )
n =1

Bibliographie
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générale Bibliothèque UQAC : TK3001S848).
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Olle I Elgerd, ‘Basic Electric Power Engineering’ Adison Wesley Publishing company, Inc.,
1977(Collection générale Bibliothèque UQAC : TK1001E41).

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