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Histoiredesordresmonastiques,religieuxetmilitaires,etdescongregationsseculieresdel'un&l'autresexe,quiontestéestabliesjusque'àpresent;

PierreHélyot,MaximilienBullot

PierreHélyot,MaximilienBullot

r

r

HISTOIRE

DES ORDRES MONASTIQUES,

RELIGIEUX ET MILITAIRES,

ET DES CONGREGATIONS SECULIERES

de l'un & de l'autre fexc, qui ont été établies jufqu'à prefent >

CONTE N A NT

LEUR ORIGINE, LEUR FONDATION, leurs progrès , les évenemens les plus coniiderables qui y fonc arrivés }

LA DECADENCE DES UNS ET LEUR SUPPRESSION? ragrandiiTement des autres , par le meïen des différentes Reformes qui y ont été introduites :

LES VIES DE

LEURS ONDA TE URS

& de leurs Reformateurs' i

AVEC DES FIGURES QUI REPRESENTENT tous les differens habillemens de ces Ordres & de ces Congregations^

TOME CINQUIE'ME.

Quatrième Partie , qui comprend toutes les différentes Congregations y

& les Ordres Militaires qui ont été fournis à la Regle de S. Benoît.

Militaires qui ont été fournis à la Regle de S. Benoît. A PARIS, Chez Nico; las

A PARIS, Chez Nico; las Goss£lin, Libraire, Grand'SalIedu Pal:: , à l'Envie.

M D XVI I I

AVEC APPROBATION ET P RI VI LEGE D rJ .

las Goss£lin, Libraire, Grand'SalIedu Pal:: , à l'Envie. M D XVI I I AVEC APPROBATION ET

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L

DES CHAPITRES

CONTENUS PANS CE CINQUIEME VOLUME.

QUATRIEME PARTIE,

Contenant les différentes Congregations qui fuivent la Regle de faint Benoît-, & les Ordres Militaires qui font compris fous la même Regle.

Chapitre I.

X TIE defaint Benoît Abbé , Patriarche

y des Moines d'Occident , page I.

Chap. II.

Du grand progrès de l'Ordre de faint Be

Chap. III.

noît y & de l' excellence de fa Regle , 7. De l'origine des Religieuses Bénédicti

nes,

17.

H A P. IV.

Des Regles de faint Cefaire , de faint Aurelien, de faint Donat , de faint Fer-

reol , çjr de plußeurs autres qui ont eu

13.

H A p. V. De l'ancienne Congregation du Ment-

Caffin appellée auffi de la Crotte & de

cours en Occident ,

 

faint Benoît ,

37.

Chap. VI.

Des anciennes Congregations de Sicile, 53.

p. VII.

Des anciennes Congregations de France

&

de Marmoutier , 57.

Chap. VIII.

De l'ordre de faint Colomban uni a celui

de faint Benoît ,

65.

Chap. IX.

Des anciennes Congregations de faint Augußin , de faint Benoit Bifcop , de

faint Dunßan & de faint Lanfranc en

Angleterre ,

76.

Chap. X.

Des anciennes Congregations de Fleuri ou

de faint Benoît fur Loire . de faint Be

nigne

de Dijon , & de la chaife-

Dieu ,

. í$.

Tome

í ij

Fleuri ou de faint Benoît fur Loire . de faint Be nigne de Dijon , &

Chap. XI.

TABLE De l'ancienne Congregation de faint

Denis en France ,

99-

Chap. XII.

De la Congregation de Lerins , où il efi

parlé des Religieuses de faint Honorât de Tarafcon , & de celles de M un- fier ou Moifevaut , 1 1 6.

Chap. XIII.

De l'ancienne Congregation de Fuldes en

Allemagne,

115.

Chap. XIV.

Vie defaint Benoit d' Aniane, Réformateur

de

de

l'Ordre de faint Benoity & Général

cet Ordrejn France > 135?.

Chap. XV.

Des Reglemens du Concile d'Aix-la-Cha

Chap. XVI.

pelle de l'an 8 1 7. touchant l'Ordre Mo- naflique , avec la continuation de la vie de faint Benoit d' Aniane, 146. De la Congregation de faint Viclor de

Marfcille y

154.

Chap. XVII.

Chap. XVIII.

Chap. XIX.

Chap. XX.

Chap. X XL

Chap. XXIL

De la Congregation defaint Claude,an- ciennement de Condát,¿r de faint Otan du Mont-Jura au Comté de Bourgo

166.

De l'origine & progrès de l'Ordre de

Cluni premiere branche de celui de

184.

Des Moines Bénédictins Réformes , ou de

.

De la Congregation de Clufe en Pié

iz6.

De l'origine des Camaldules, avec la vie de faintRomuald Fondateur de cet Or

gne ,

'

faint Benoît ,

l'étroite obfervance de Cluni,

mont ,

dre ,

$6.

Des Moines Camaldules ,de la Congrega

tion de faint Michel de Murano , &

des Religieufes Camaldules.

156.

Chap. XXIII.

Chap. XXIV.

Des Ermites Camaldules , de la Congre

gation de faint Romuald, appellee com munément du Mont de la Couronne , avec la vie du V. F. Faul Jufiinien

163,

leur Fondateur ,

Des Ermites Camaldules de France ou de

du Mont de la Couronne , avec la vie du V. F. Faul Jufiinien 163, leur

DES CHAPITRES. Notre-Dame de Confolation ,

175.

Chap. XXV. De la Congregation de Fonte-Avellanat fréfentement unie à l'Ordre des Camal-

dules ,

280.

Chap. XXVI. De la Congregation de Cave, 187. Chap. XXVII. Des Religieuses Benediclines de Notre- Dame de Ronceray a Angers, xy\. Chap. XXV III. Dt Vordre de Fallombreufe>avec la vie de faint Jean Cualbert Fondateur de cet

Ordre ,

29 8.

Des Religieuses de Vordre de Fallombreufe

avec la vie de fainte Humilité leur

317.

Chap. XXX.

321.

Chap. XXXI. De l» Congregation de Sauve-Majour en

316.

Chap- XXXII. De la Congregation d'Hirfauge en Al

33 .

Chap. XXXI 1 1. De l'origine & progrés 4e l'Ordre deci- teaux , avec les vies de faint Robert ,

faint Alberic , & Jaint Etienne , Fon^

Chap. XXIX.

Fondatrice,

De la Congregation de Saffo-Vivo en

Italie ,

France ,

lemagne ,

341.

Chap. XXXIV. Des Abb aies de la Ferté-Pontigni, Clair-

vaux & Morimond,premtere s Filles de

Ctteaux ,

36 S.

dateurs de cet Ordre -

Chap. XXXV. De l'Origine des Religieufes de Ctteaux, appellees en France Bernardines , 373. Chap. XXXVI. Des Moines de Ctteaux delà Congrega tion dite de l'obfervance en Ljpagne avec la vie de Martin de Vargas leur

382.

Chap.XXXVII.Díí Congregations de faint Bernard en

Tofcane & en Lombardie , d'Arragon ,

l'Ordre de

Ctteaux'' avec l'origine de l'Ordre de

Flore ouFleuri , & la vie du Bienheu reux Joachim Abbé Fondateur de cet Or» dre, uni a la Congregation de Cala-

bre ,

388

Réformateur ,

de Rome , & de alabre,de

Abbé Fondateur de cet Or» dre, uni a la Congregation de Cala- bre , 388 Réformateur

TABLE DES CHAPITRES. Ch. XXXVIU.Píí Religieux Réformés de /' Ordre de Ci seaux y appellés en France Feuillafts,^ en Italie , les Réformés de saint Ber nard > avec la vie de Dom Jean de la Barrière leur Réformateur & Institu

teur ,

401.

Chap. XXXIX. Des Religieuses Feuillantines ,

41 *

DesReligieufesRéformées de f Ordre de Ci- teaux en Espagne , dites de la Recol-

4x0.

Ch a p. XLI. Des Religieux Réformés de l'Ordre de Ci- teaux en France , appellés de l étroite

411.

Des Religieuses Bernardines Réformées

des Congrégations de la Divine Provi- dence & de saint Bernard en France & en Savoye> avec lavie de laV.M.Louise Blanche Thérèse de BaHon leur Fonda-

435.

D*s Religieuses Bernardines Réformées

447-

Des Religieuses de Port-Roial de l'Ordre

Chap. XLII.

Chap. XL.

'r

lect-ion ou Recollettes ,

servance ,

trice,

Chap. XLIII.

Chap. XLIV.

dites du Sang Précieux ,

Cha p. XL V.

Cha p. XL VI.

de Ctteaux & Institut du saint Sacre-

455.

Des Religieuses Bernardines Reformées de

L'Abbaïe de Nôtre-Dame de Tart pre mière Maison de Filles de í Ordre de Citeaux,avec la vie de la R.M.Jeanne de saint Joseph de Pourlan leur R'éfor-

matrice,

468.

Des Religieux Bernardins Réformés d' Or-

val , avec la vie de Dom Bernard de Montgatllard leur Reformateur, 4S0.

ment,

HISTOIRE

Bernardins Réformés d' Or- val , avec la vie de Dom Bernard de Montgatllard leur Reformateur,

44"

' 'jrin '

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HISTOIRE D E S ORDRES RELIGIEUX- QJUATRlÉME PART JE, CONTENANT Les Congrégations Religieuses & les

HISTOIRE

D E S

ORDRES RELIGIEUX-

QJUATRlÉME PART JE,

CONTENANT

Les Congrégations Religieuses & les Ordres Mili

taires cjui suivent laReglede saint Benoît.

Chapitre Premier.

Vie de S. Benoît Abbé \9 Patriarche des Moines d'Occident*

de S. Benoît Abbé \9 Patriarche des Moines d'Occident* ' O "N ne Cçaurok trop donner

' O "N ne Cçaurok trop donner de louanges à l' Ordre de saint Benoît, qui depuis fa nais sance a rendu des services trés considéra bles à l'Eglise. C'est à lui qu'une partie du monde est redevable d'avoir quitte l' Idolâ trie &d'avoir abandonné plusieursHeresies,

dans lelquelles des Provinces entières étoient tombées : c'est

à

gées d'avoir conservé la Foi orthodoxe dans ces siécles mal-* neureux où la science & la pieté ne se trouvoient que dans

les Cloîtres illustres. C'est auífi cet Ordre qui a fourni à l'£r

lui que celles qui n'en av oient pas été infectées font obli

Tome V,

"

A

cet Ordre qui a fourni à l'£r lui que celles qui n'en av oient pas été

i

Histoire des Ordres Religieux >v

Vie de s. crlife pendant un long-tems un grand nombre de Papes, de

Cardinaux , d'Archevêques 8c d'Evêques , & qui a produit une infinité d'hommes íìçavans , dont on ne peut assés admi

rer les Ouvrages, 8c qui enrichissent encore tous les jours le Public de leurs écrits. S. Benoît Pere & Fondateur de cetOr- dre si celebre,nâquit àNursi Ville du Duché de Spolette vers l'an 480. II importe peu pour la gloire de ce Saint qu'il soit sorti de la famille des Aniciens qui a donné àRome un grand nombre de Consuls > comme quelques Historiens de cet Ordre ont écrit, ou qu'il ait été petit nls del'Empereur Jus

tinien, comme d'autres ont avancé , fans faire attention que

cet Empereur , bien loin d'être de la famille des Aniciens , étoit au contraire Thrace de Nation , ôc sortoit de très bas lieu , comme remarque le Pere Dom Jean Mabillon , qui rejette aussi les titres de Comte de Nursi Ôc de Marquise de Ferrare , que Thriteme a donné au pere & à la mere de ce saint Fondateur , le titre de Comte n'étant pour lors qu'un titre d'office qui n'étoit pas féodal ni héréditaire , & celui de Marquis n'étant pas encore connu. II est vrai que les parens de notre saint Fondateur étoient nobles , selon le té moignage même de saint Grégoire, qui a le premier écrit sa vie. Son pere se nommoit Eutrope 6c sa mere Abondance, 8c ce saint Pape dit que le nom de Benoît lui fut donné pour marquer mystérieusement les bénédictions célestes dont U devoit être comblé. Ses parens l'aïant envoïé à Rome pour y étudier , il ap préhenda que le mauvais exemple de ceux qui y faisoient kurs études ne fît quelque impression fur son cceur,8c quoi

qu'il ne fît que d'entrer dans le monde , il résolut de s'en re tirer de peur d'être infecté de ses fausses maximes. 11 sortie donc deRome sans avoir fait aucun progrès dans les études,

8c prit le chemin duDéscrt.

le, le suivit seule jusques à un lieu nommé Asile,

donna occasion de faire son premier miracle , en réunissant les parties d'un crible qu'elle a voit cassé : mais notre Saint la quitta fecrettement, & continuant son chemin,alla se cacher

dans un Désert appellé Sublac. II rencontra un Religieux nommé Romain qui lui demanda où il alloit: le Saint le dé couvrit à lui , & Romain aïant approuvé fa resolution , lui garda le secret 5c l'aida à exécuter son dessein. 11 lui donn*

où elle lui

Sanourrice qui s'appelloitC vril

lui garda le secret 5c l'aida à exécuter son dessein. 11 lui donn* où elle lui

Quatrième Partie , Chap. I.

3

même Pliabit de Religion & lui rendit depuis tous les bons vk m s. offices &: toutes les afliftances qui furent en fon pouvoir. Be- Benoit«

noît choifit pour fa retraite une grotte fort petite & fortbaiTe, prcf^ue inacceffible à tous les hommes, que la nature avoit taillée dans l'enfoncement d'un rocher : 'eft ce que l'on ap pelle prefentement la fainte Grotte , où l'on voit encore l'en droit par où faint Romain lui defcendoit de tems en tems par une corde quelques morceaux de pain qu'il fe retranchoit à lui-même , lorfqu'il prenoit fes repas , y attachant une clo chette pour avertir le Saint de les venir prendre. Mais l'en nemi commun ne pouvant fupporter l'aufterité de l'un,ni la charité de l'autre 5 voïant un jour que Romain defcendoit la corde avec le pain qui y étoit lié , caiTa d'un coup de pierre cette petite clochette , que l'on montre encore aujour d'hui , liée tout au tout avec des cercles d'oridans le Tréfor du Monaftere que l'on a bâti en ce lieu. La malice du demon n'empêcha pourtant pas Romain de continuer à fecourir le Saint par des voies plus commodes 6c plus feures ,jufques

à ce qu il plût à Dieu de defcouvrir au móndela fainteté de

ion ferviteur. Un jour de Pâques qu'il foufFroit une faim extrême,Dieu revela à un faint Prêtrele befoin de fon ferviteur, Scluiinf- λira de l'aller fecourir. Quelque tems après des Bergers 'apperçurent de loin & en eurent même de la fraïeur , ne pouvant pas s'imaginer qu'un homme pût faire fa demeure cans ces rochers* Comme il étoit vêtu de peaux , ils cru rent d'abord quec'étoit unebêteimais ils reconnurent bien tôt que c'étoit un ferviteur de Dieu. Plufieurs en furent fi touchés qu'ils fe convertirent , & au lieu qu'auparavant ils ne vivoient eux-mêmes que comme des bêtes , ils commen cèrent à devenir des perfonnes fpirituelles. Tout caché qu'il étoit dans ce Défert , il fut néanmoins attaqué par la tenta tion. Lapenfée d'une femme qu'il; avoit veuc à Rome,s'im-

. prima fi vivement dans fon eíprit & le follicita fi fortement au peché,que pour s'en défendre il fut contraint de fe rout ier tout nud dans des épines que l'on voit encore dans cette Solitude,& fur lefquelles faintFrançois,allant viiiter ce faint lieu par un efprio» de devotion , greffa des rofiers qui don nent encore tous les ans de très belles rofes. L'éclat de ia fainteté qui commencoit à fe répandre au der Aij

don nent encore tous les ans de très belles rofes. L'éclat de ia fainteté qui commencoit

'4

Histoire desOiidres Religieux,

Vie dis. hors , Faïant fait connoître aux Religieux du Monastère de

inoit.

vicouare entre Sublac &Tivoli,ils souhaitèrent ardemment

de l'avoir pour Abbe. Ils le pressèrent avec tant d'instances, qu'il y consentit i mais comme ils étoient accoutumés au U->

bertinage , & qu'ils ne parent supporter la force de ses re montrances , ils se repentirent bicivtôt de leur choix > quel- ques-uns même d'entre-eux se laissèrent tellement emporter àleur passion, qu'ils résolurent de l'empoisonner.Ils mêlèrent donc du poison dans du vin,8c le saint Abbé étant à table, ifs lui présentèrent ce breuvage pour le bénir, suivant la coûti?- me de leur Monastère 5 mais ce Saint aïant fait le signe de la croix , le verre íe cassa aussi-tôt,6c lui fit connoître par là ce qu'il contenoic 11 leur en fit une remontrance charita bles les quitta ensuite comme des personnes incapables de profiter de ses foins. Ce Monastère fut ruiné dans la fuite > mais les Religieux de l'Ordre de saint François en ont fait bâtir un autre fur ses ruines , où ils onrtoûjours conservé la cellule de saint Benoît , & celles des Religieux qui se trou vent taillées dans le roc,comme on le peut voir dans la figure qu'en ont donnée le P. Dom Bernard de Montfaucon dans son Journal d' Italie , Scie P. Dom Jean Mabillon dans ses- Annales Bénédictines. Notre Saint retourna dans fa première Solitude qui devint bien-tôt un lieu très habité j car ses vertus &c ses miracles lui attirèrent fans cesse des visites, &: plusieurs personnes le conju rant d'être leur conducteur dans la voie au- salut :il fut obli gé de les recevoir pour difciples,&: de bâtir douzeMonaste- res à Sublac. CesMonasteres furent celui de la sainte Grotte j de saint Cosme & de saint Damien , à présent sainte Scholas- tiquejde saint Ange après le Lacjde sainte Marie, à présent

saint Laurent >de laint Jérôme jde S. Jean- Baptiste, à présent saint Jcan-des^ Eaux j
saint Laurent >de laint Jérôme jde S. Jean- Baptiste,
à présent
saint Jcan-des^ Eaux j de saint Clément par de-là le lacjde S*
Biaise, aujourd'hui saint Romain jde S. Michel Archange
au dessus de la Grotte j de S. Victorin au pied du mont Por-
cairejde S. Andréj& de la vie Eternelle,à présent le Val saint:
mais tous ees Monastères , fi on en excepte les deux pre
miers, font à présent reduits en simples Oratoires ou Chapel-
les.ou du moins tellement ruinés,qu'il n'en reste plus-que les
quatre murailles. Saint Benoît mit en chacun de ces Mo
nastères douze Religieux avec un Supérieur, fur lesquels
les quatre murailles. Saint Benoît mit en chacun de ces Mo nastères douze Religieux avec un

Quatrième Partie , Chap. T.

5

il qpnferva toûjours une entière autorité, allant de tems en Vu ni s, tems , comme General de tous ces Monafteres, exciter fes BEN0IT

Religieux à une plus haute pieté, fortifier les foibles,animer les laches , exhorter les imparfaits , foûtenir les fermes , rîaïant ooint d'autre occupation que de les convaincre de la fieceffitede la penitence & de l'importance du falut. Dans le partage cependant qu'il fit de tous fes Difcipfes dans ces differens Monafteres , il en retint auprès de lui ûuelques-uns , qu'il jugea avoir encore befoin de fa pre- ience pour être mieux formés à la perfection. Les deux plus itluftres qui fe fournirent à lui,furent Maur & Placide» le premier fils d'Equice , & le fécond de Tertule,tous deux Senateurs Romains , qui les amenèrent eux-mêmes à faine Benoît pour les former à la pietés Placide , que S. Grégoire appelle un enfant , quoiqu'il eût déjà quinze ans , tomba dans un la'CjOÙ il voulut puifer de l'eau : le Saint,quoi qu'ab- fent, connut par revelation le peril cu il étoit , & commanda à Maur de l'aller fecourir. Maur plein d'obéïflance exécuta fes ordres avec tant de ferveur , qu'il ne s'apperçut poinc d'avoir marché fur l'eau , que quand il en eut tiré Placide , & qu'il lui eut fauvé la vie. Cet accident de Maur fart ju ger que faint Benoît ne faifoit point fa demeure ordinaire , comme quelques-uns ont dit , dans le Monaftere de la fainte

í mats dans celui de

fainte Scholaftique qui en eft voifîn. Florent , Prêtre très indigne de fon caractère , aïant atta qué la réputation du Saint par une infinité de médifances 6c de calomnies atroces,aïant tâché de corrompre la chafteté de fes Religieux" , en faifant entrer fept filles toutes nuës dans le jardin de fon Monaftere , & lui aïant même envoïé un pain empoifonné 3 faint Benoît refolut de céder à l'envie de ce méchant homme , fe retira de Sublac , 8c fut conduit au Mont-Caihn par deux Anges fous la forme de deux jeune9 hommes , qui le mirent en poiïèifion de ce lieu , où l'on adoroit encore Apollon. 1 1 fut indigné de voir ces reftes de l'idolâtrie : il travailla promptement à les abolir & à éclairer les peuples du voifinage de la lumière de la foyjôc après avoir brifé l'Idole,renverfé fonAutel,&brûléles bois fuperftitieux

Grotte, qui eft fort éloigné du lac

?ui lui étoient confacrés , il fit conftruire une Chapelle en honneur de faiht Martin, dans le Temple même d'Apollon*

lui étoient confacrés , il fit conftruire une Chapelle en honneur de faiht Martin, dans le

6

HlSTO I RE D E S O M) RES ReLí CIEUX ,

Vif dk s. & une autre fous le nom de saint Jean-Baptiste,dans la^lacc

oùéroit l'Autelg'ecette fausse Divinité.

II bâtit enfin dans ce lieu un grand Monastère : & com

me il occupoit tous fes Religieux à la construction de ce

bâtiment , le démon inquiet & chagrin de voir élever une maison pu tant drhommes dévoient se formerà la pieté & de

venir la bonne odeur de Jésus- Christ par l'éclat de tant de vertus,qu'on a admirées depuis dans une infinité deSaints-

qui en font sortis , tâcha de

moïens les desseins de Benoît , tantôt en dégoûtant

traverser par toute sorte de

les Reli

gieux du travail , tantôt en tarissant les sources où ils pui- ìoient de l'eau pour leur bâtiment, tantôt en rendant comme

immobiles les pierres qu'ils vouloient mettre en uvre, tan tôt en renversant la nuit ce qu'ils avoient élevé pendant le

jour , enfermant même quelquefois fous les ruines plusieurs Religieux qui couroient risque de leur vie , comme il arriva, à un Novice qui fut écrasé sous le pan d'une grande muraille que le démon avoit renversé. Mais que peut l'homme ennemi contre les conseils de Dieuí Benoît plein de ferveur pour l'execution de ses bons desseins»,

& defoy en la puissance de son Dieu , remedioit aisément à

tous ces malheurs par une parole pleine de zèle, il relevoitle courage abbatu de ses Religieux par un signe de croix > il rendoit legerela pierre la plus pesante par une courte prière* il resuscita le Novice aux yeux de tout le monde, &ledémori

confus & vaincu , fut obligé de laisser achever l' uvre de Dieu , & de fuir à la voix de saint Benoît , comme autrefois U avoit fui à celle de saint Antoine. Nous ne rapporterons pourtant point dans cet Abrégé tous les miracles de ce grand serviteur de Dieu , que l'on peut voir dans le second Livre des Dialogues de saint Gré

goire, qui contient toute sa vie > nous dirons feulement qu'il

a. été comme l'Elifée de

son siécle , revêtu de la puissance de

Dieu y. commandant en quelque façon à toute 1a nature,éclai« ré de son esprit , lisant comme les Prophètes dans Pavenir , comme il parut dans la rencontre de Totila Roi des Goths, qui voulant expérimenter par lui-même cet esprit prophéti que de saint Benoît , 1 aborda fous des habits empruntés , & apprit de fa bouche le sac de Rome qu'il devoit faire par la

jeimiffion de Dieu >ie nombre de íès conquêtes la-chute d«

fa bouche le sac de Rome qu'il devoit faire par la jeimiffion de Dieu >ie nombre

Quatrième Partie ,Chap. II, son Roïaume , & la fin de sa vie.

Ce grand Saine prédit par le même esprit la ruine de son °*- l'o*. Monaltere du Mont Caílìn par les Lombards , &. le t'ems de b£hoit.S"

Progie'i

f

fa mort 3 & aïant écé surpris d'une fièvre violente le sixie'me jour de sa maladie, il se fit porter à l'Eglisepar ses Disciples, où aprés avoir reçu le Corps adorable dejESUs-CHRisT avec les sentimens d'une pieté' parfaite,il lui rendit son esprit l'an 543. Son corps fut inhumé dans la Chapelle de saintjean- Baptiste,que lui-même avoit fait bâtirj mais le Monastère dit Mont-Caifin aïant été ruiné par les Lombards , comme il l'avoit prédit, il y demeura long-tems inconnu & caché fous ses ruines, jusques àce que l'an 633. ou vingt ans plus tard,

de

íelon quelques-uns, saint Aiguise, Religieux de l' Abbaïe

Fleury , appellée présentement de saint Benoît du Loir , y aïant été envoïé par Mommol son Abbé , l'apporta cn Fran ce en son propre Monastere,où il demeura jusques à ce qu'il fut transféré à Orléans poUr la crainte des Normands,d'où il fut reporté à Fleury dans la fuite. Ainsi la France se peut glorifier de posséder ce précieux Trésor,nonobstant tout ce <juepeuvent dire les Religieux du Mont-Caífin,qui allèguent une Bulle d'Urbain 1 1. qui prononce anathème contre ceux 2ui nieront que le corps de saint Benoît n'est pas au Mont- !aísin:mais Baronius &d'autres tiennent qu'elle est supposée. Fo'ie^ S.Gregor. libr. z- Dialog. Bulteau. Abrégé de l'hifi. de S. Benoît. Joann. Mabill.^?. SS. Ord. S.Bcnedift. fjecul. I,

& Annal. Benediff. Tom.i- & Bolland. 21. Mars.

Chapitre II.

Du grand progrpe de l'Ordre de saint Benoît, & Je

V excellence de fa Règle.

L'O N n'est pas d'accord ni du tems que saint Benoît écri vit sa Règle , ni si ce fut à Sublac , quoique l'on y mon tre l'endroit où l'on prétend qu'il Pécrivit. Quelques-uns n'é tant point de ce sentiment, disent que ce fut au Mont-Caflìn,

& d'autres qu'il Pacheva dans ce lieu,aprés l'avoir commen

cée à Sublac. Quoiqu'il en soit, c'est cette Règle si éminente en sagesse & en discrétion , si grave & si claire à l'égard du

(áiscours &.du stjle,commeparle.S, Grégoire, si célèbre dans

, si grave & si claire à l'égard du (áiscours &.du stjle,commeparle.S, Grégoire, si célèbre dans

$ Histoire des Ordres Religieux,

Peocxi's l'Eglise que les Conciles l'ontappellée justement Sainte.com- »> L mêle deuxième de Douzy tenu en 874. qui reconnoît qu'el-

ïinoi r. le a été dictée à S.Benoît par le mêmeEsprit,qui est l'Auteur des sacrés Canons , propre à former & conduire un grand nombre de Saints j & comme celui de Soissons,qui lui a don né par excellence le nom de sainte Règle. Saint Benoît y ordonne que Ton reçoive dans son Ordre toute sorte de personnes fans aucune distinction , les enfans, les adoleícensjles adultes , les pauvres &. les riches , tes nobles

& les roturiers , les serviteurs, & ceux qui font nés libres >

les doctes & les ignorans , les Laïques , &: les Clercs : ce qui fait que le P. D. Mabillon ,dans les Annales Bénédictines , condamne les Monastères de cet Ordre qui ne veulent rece voir que des períonnes de noble extraction. Les Enfans,les Novices , & les Profès, dormoient dans des dortoirs différents ; chacun avoit son lit séparé par des toiles ou des planches,& chaque dortoir avoit un Religieux pour veiller fur la conduite des autres. Le Prévôt ou Prieur Îtréfidoit fur toute la Communauté qui étoit divisée en plu-

ieurs dixaines,qui avoient chacune leur F oïen , èc l' Abbé avoit un pouvoir absolu sur tous les Religieux > qu'il gou- vernoit , plus par son exemple & par fa prudence , que par l'authorité. II aidoit le Celíerier dans les choses qui regar- doient le temporelle Prieur, les Doïens 8c les Maîtres dans le spirituel. Tous les Religieux s'entr'aidoient les uns les autres dans le service de la cuìíìne , de la boulangerie , du îardin & des autres Offices , même dans la réception des Hôtes & des Pellerins , qui avoient leurs appartemens leurs réfectoires séparés , &. aufquels on donnoit les mêmes mets qu'aux Religieux , n'étant pas permis de servir de la viande à aucune personne , sous quelque prétexte quere fût ,ou de distinction , ou de dignité. Quant aux Offices Divins,faint Benoît emploïe onze Cha pitres de fa Règle pour en marquer Tordre , le nombre des Leçons , des Cantiques , &c des Répons : depuis le premier Novembre jusques a Pâques on se levoit à la huitième heure

«le lanuit , c'est- à- dite, à deux heuresj l'Abbé

voit sonner les Offices, ou en commettre le foin à un Pere très exact. 11 netoit pas permis après Matines de se recoucher,le tems qui restoit jusques au jour , devoit être emploie à la

lui-même de-

lecture

après Matines de se recoucher,le tems qui restoit jusques au jour , devoit être emploie à

Quatrième Partie ,

9

îefture, à la méditation , & à apprendre des Pfcaumes j après proguï'j Prime ils alloient au travail , ou ils étoient occupés depuis la ^RE1'^^

premiere heure jufques iix heures jufques à dix

à la quatrième , c'eftà dire , depuis Esoir. , à commencer depuis Pâques juf

ques au premier O&obrej & depuis le premier Oclobrejuf- ques au Carême , le travail commencent à Tierce & finifloit à None. On ne difoit aucune Mefle dans les premieres années de l'établiiTement de cet Ordre les jours ouvriers , mais feu lement les Dimanches & les Fêtes folemnelles , aufquels jours tous les Religieux étoient obligés de communier. On

recommençoit la lefture & le travail l'après-dînée : fi quel qu'un ne pouvoit méditer , ni lire , on lui donnoit plus de travail. On donnoit des travaux plus faciles à ceux qui étoient foibles & delrcats,on en donnoit de plus rudes à ceux qui jétoient plusrobuftesjôc fi les Religieux étoient occupés hors le Monaftere,foit à la moiflon, foit a quelqu'autre ouvrage, l'heure de l'Office étant ionnée , ils le recitoient à genoux. L'on donnoit à chaque Religieux deux mets ou portions chaque jour, quelquefois une troifiéme de legumes,une livre de pain , une hemine de vin , c'eft-à-dire, un demi-feptierj dont on gardoit la troifiéme partie , lors que l'on devoit fou ler. Il n'y avoit point de jeûnes entre la Fête de Pâques èc celle de la Pentecôte j mais depuis la Pentecôte jufques au treize Septembre, on jeûnoit les Mercredis & les Vendredis s &. depuis le treize Septembre jufqu'à Pâques tous les 'jours. Le jeûne du Carême étoit plus rigoureux: pendant cetems- là les Religieux fe mortifioient,en retranchant quelque cho- fe de leur boire & de leur manger, de leur fommeil , de leurs converfations , &des autres commodités delà vie. Dans l'un

& l'autre jeûne il n'y avoit qu'un repas. Dans les jeûnes de

Ja Regle il fe faifoit après None , 6c dans ceux du Carême après Vêpres , c'eft-à-dire,au foir. L'abftinence delà viande, au moins des animaux à quatre pieds, étoit perpétuelle , & n'étoit permife qu'aux malades. Plufieurs ont cru que faint Benoît n'aïant défendu que la

viande des animaux à quatre pieds ,

celle des volatiles : entre les autres , Hceftenius eft de ce fentimentjs'appuïant fur l'autorité de fainteHildegarde & de Raban Maur : mais le P. Mabillon dit qu'il n'y a pas d'ap parence que faint Benoît qui n'avoit ordonné à les Religieux,

avoit tacitement permis

Jome F,

£

a pas d'ap parence que faint Benoît qui n'avoit ordonné à les Religieux, avoit tacitement permis

,10

Histoire des Ordr.es Religieux,

que des viandes de vil prix ôí qui ne Hâtassent pas le goût ,

PrOGRï's ^

d e l'o r- eut permis à ceux qui se portoient bien de manger de Bïnoit! S ^a volaille , que l'on ne servoitpour lors que fur la table des

Rois , comme des metz exquis , au rapport de Grégoire de Tours. Cette diversité de sentimens quia toûjours été dans l'Ordre de saint Benoît a fait que la pratique des anciens Monastères fur ce sujet , a été différente : ce que l'on doit entendre après la mort de saint Benoît,où ceux qui ont man*» gé de la volatilleont présumé que ce S. Fondateur n'avoit pas exclus ces sortes de viandes , puisqu'il ne défendoit que celle des animaux à quatre pieds. Les enfans même que l'on offroit dés l'âge de cinq ans- dans les Monastères étoient auífi tenus à l'abstinence, & le Concile d' Aix-la- Chapelle les y obligea encore , ordonnant 411 ne mangeroient de la viande que dans les maladies- La manière de recevoir les enfans est ainsi ordonnée par la Règle de S. Benoît , où ce Saint aprés avoir prescrit dans le Chapi tre 58. la Formule des V ux de ses Religieux,qui consistent en une promesse de stabilité &c d obéissance & de conversion desm ursjil dit dans le Chapitre suivancque si Tenfantqui est offert est en trop bas âge , ses parens doivent faire pour lui cette promesse , en enveloppant leur offrande ôc leur de mande, avec la main de l'enfant , dans la nappe de l' Autel. Après cette cérémonie, ces enfans étoient tellement engagés, qu'étant parvenus à l'âge de puberté , ils ne pouvoient plus

quitter l'Ordre sansêtre traites comme apostats :cequi fut ap- {>rouvé par plusieurs Conciles, entrrautres par le IV. de To-

ede,où il fut décidé que ceux qui dès leur enfance auroient Cm. 4?. ^£ offerts aux Monastères par leur pere 6c qui y auroient

C*».'

reçu l'habit de la Religion , ne le pourroient plus quitter»

& demeureroient Religieux le reste de leur vie. Mais cette

manière d'engager les enfans parut un peu trop dure aux Pè res du X. Concile tenu en la même ville l'an 656. car parle

J sixième Canon ils ordonnèrent que les enfans en bas âge aus-

ouels leurs parens auroient donné ou la tonsure , ou l'habit monachal , pourroient reprendre leurs habits séculiers »

& défendit en mêmetems aux parens d'offrir leurs enfans à

J'avenir , avant l'âge de dix ans, donnant la liberté à ceux qui

auroient été offerts,ou de rester en Religion,ou de retourner dans le monde,lors qu'ils seroient parvenus à l'âge de puberté»

de rester en Religion,ou de retourner dans le monde,lors qu'ils seroient parvenus à l'âge de puberté»

Quatrième Partie , Chai». II.

rr

Quoique ce Concile eût déroge' à cette ancienne rigueur, Progxf'j elle fut encore néanmoins pratiquée enAngleterre,où 1 on re- ^tLD°E *"

cevoit les enfans à l'âge de sept ans, de cinq,de deux & même B£noit.

d'un an.Elle fubsistoit encore en Italie Tan 7i6.puisquefaint Boniface Evêque de Mayence , aïant consulté dans ce tems-

là le Pape Grégoire II.

étoit permis aux enfans qui avoient été offerts par leurs pa rens de retourner au monde,ou de se marier lorlqu'ils étoienc

Îurvenus à l'âge de puberté* ce Pontife lui répondit qu'il ne eur étoit pas permis. Cette pratique subsista encore long- tems en Allemagne j car quoique par le 36. Canon du Con- Ann-

tlZ*

cile d' Aix-la-Chapelle il eût été ordonné que les enfans qui avoient été offerts par leurs parens dans les Monastères étoient tenus de confirmer cette offrande lorsqu'ils étoient parvenus dans un âge de sçavoir ce qu'ils failoient, néan moins par le 11. Canon de celui de "Wormes , les enfans of- Ann. t?u ferts aux Monastères par leurs parens étoient encore censés engagés suivant la Règle de saint Benoît & le IV. Concile de Tolède. O ans la fuite du tems , on se relâcha par tout de cette ancienne rigueur , & on ne reçut plus dans les Monastè res les enfans qui étoient offerts par leurs parens , parce que ce n'étoit plus un effet de leur pieté, mais de leur cupidité, ii'offrantplus auxMonasteres que ceuxde leurs enfans que la nature n'avoít pas avantagés ,qui se trou voient disgraciés , difformes,ou stupides, & nullement propres pour le monde, ce qui causa le relâchement dans l' Ordre deS. Benoît. II sem ble que Guillaume Abbé d'Hirsauge ait été le premier qui ait refusé l'oblation de ces enfans > puisque Uldaric dans fa Préface fur les coutumes de Cluny , le louë d'avoir exclus de son Monastère les enfans par le moïen desquels la Disci pline monastique avoit tant souffert. Plusieurs Abbaïes fi rent la même chose. Pierre le vénérable , Abbé de Cluny,fic aussi pour empêcher ces sortes de réceptions,un Statut qui fut confirmé par l'Abbé Hugues V. aïant seulement exce pté de cette Loy six enfans que l'on élevé encore dans l'Ab- baïe de Cluny en habit monastique > mais fans aucun enga gement d'être Religieux. Enfin dans le douzième siécle cette coutume fut entièrement abolie par 1 autorité du Pape Clé ment 1 1 1. & la même chose fut défendue par le Concile de Trente. Pourquoy donc se récrier aujourd'hui contre les

fur quelques doutes , entr 'autres s'il

le Concile de Trente. Pourquoy donc se récrier aujourd'hui contre les fur quelques doutes , entr

i*

Histoire des ORDMS-B^ELiGrËux,

Progre's Pr°fefíìons qui se font à l'âge de seize ans que le même Corï- d » l'o r- cilea determiné,auqucl âce ceux qui s'engaçent dans la Re-

Bínoit. ugion, bien-loind y avoir ete amènes & orrerts par leurs pa- rens , leur résistent le plus souvent pour suivre les attraits de la grâce & se consacrer de bonne heure à Dieu> Quant aux habillemens , ils étoient réglés à la discré tion des Abbés suivant la qualité du païs » plus chaud ou

d'une cu-

cullcôt d'une tunique, la cuculle plus épaissepour PHyver , plus rase pour l'Eté > & un scapulaire pour le travail. Le sca pulaire étoit l'habit de dessus pendant le travail > on 1 otoic pour prendre la cuculle que l'on portoit le reste du jour* Chacun avoit deux tuniques & deux cuculles , foit pour changer les nuits , soit pour les laver. Les étoffes étoient cel les qui se trouvoient dans le païs à meilleur marché. Pour ôter tout sujet de propriété , l'Abbé donnoit à chacun tou

tes les choses nécessaires j c est-à-dire , outre les habits , un; mouchoir , un couteau,une aiguille, un poinçon pour écrire,-

plus froid. Dans les climats tempérés c 'étoit assez

& des tablettes. Leurs lits ifonsistoient en une natte ou pail

lasse, un drap de serge, urìe couverture &: un chevet. Saint Benoît n'a rien déterminé sur la couleur de l'habil- lement j mais il paroit par d'anciennes peintures que la robe que les anciens Bénédictins portoient étoit blanche , & le

ícapulaire noir.Ce scapulaire n'avokpas la même forme que ceux dont on se sert présentement dans cet Ordre. II ressem-

capotes de Matelots , excepté qu'il n'étoic

point ouvert par devant , mais un peu par les côtésj comme

on peut voir dans la figure que nous donnons d'un de ces

anciens Bénédictins , & que nous

Pere Mabillon a données dans ses Annales Bénédictines. Ces sortes de scapulaires étoient depuis long-tems l'habit ordi naire des Pauvres £c des Païfans. II y a encore un grand nombre de Monastères dont le* Religieux prennent le titre d'anciens Bénédictins , plûtôc pour recevoir les revenus qui dépendent de leurs Monastè res , que pour observer la Règle de S. Benoît,qui est presque inconnue dans la plupart de ces Monasteres,qui se diïentdu

grand Ordre,& qui iont soumis aux Ordinaires des lieux où ils font situés, ne formant entre eux aucune Congrégation y Á oa excepte steanmoj^is ççUes des Exemts en frastçe, en

bloit plutôt aux

avons tirée de celles que le

y Á oa excepte steanmoj^is ççUes des Exemts en frastçe, en bloit plutôt aux avons tirée
A

A

A

Quatrième Partie , Chap. II-

13

Flandres 6c en Allemagne. Lorsqu'ils sortent par la ville,ils proore's

font habillés comme lesEcclesiastiquesj ils porcent seulement j*£

un petit scapulaire > & dans la maiíon ils ont conservé quel- benoit. que reste d'habit Monacal , en mettant un camail par dessus

le scapulaire, 6c au Ch ur une grande

coule.

Il

y a des Auteurs qui ont cru que saint Benoît n'a voit

écrit ía Règle que oour le Monastère du Mont-Cassin 3 mais cette opinion se détruit par le témoignage même de saint Benoît , qui dans le 55. Chapitre de cette Règle , ordonne 2ue les vêtemens íeront donnés aux Frères, félon la qualité es lieux où ils demeureront , 6c la température de l'aìr . 6£

qu'il en faudra davantage aux païs froids qu'aux pâïs chauds j 6c quant à la qualité des étoffes , il ordonne aux Religieux de ne s'en point mettre en peine , mais de se con tenter de celles qui se trouveront aux païs où ils demeure ront. Quelques-uns ,comme Gallonius , Prêtre de TOratoire de Rome, dans fa défense des Annales de Baronius , 8c après lui Dom Pierre Menniti , de l'Ordrede saint Basile,dans son Calendrier des Saints de son Ordre, ont aussi avancé que la Règle de saint Benoît n'avoit été publiée qu'après fa mort , l'an 586. par Simplicius, troisième Abbé du Mont-Cassin ,

Gallonius s'étant fondé fur un ancien Manuscrit de la Bi bliothèque du Vatican , qui contient en partie la Règle de saint Benoît, à la tête de laquelle il y a une petite Préface, où on lit ces paroles : Simplicius Chrijli Minifier Magifiri latens opus propagavit. Ce que Pierre Diacre du Mont- Cassin 6c) Sigebertavoient aussi lu il y a plus de cinq cens ans. Haestenius avoit déja refuté Gallonius dans ses Dif- quisitions Monastiques. Le Pere Mabillon le réfute aussi dans ses Annales , 6c cite un ancien Manuscrit de 700. ansy qu'il a vu dans la Bibliothèque de M.de la Marre,Conseiller ^ rl%Jn°£*

au Parlement de Dijon , où au lieu de Latens , on ì\t[Late : Btntdiél.' ce qui change le sens , puisque dans l'un on lit que Simjpli- cius a communiqué à tous l'Ouvrage de son Maître qui etoit caché , 6cque dans l'autre on y lit qu'il a communiqué avec beaucoup détendue l'Ouvrage de ion Maître, c'est- á-dire, que la Règle de saint Benoît qui n'étoît connue* que dans les Monastères qu'il avoir fondés , fut publiée presque par toute la terre : 6c une preuve que saint Benoît l'avoit écrite pour B iij

avoir fondés , fut publiée presque par toute la terre : 6c une preuve que saint

14

Histoire des Ordres Religieux,

p x o cris les Monastères, & qu'il l'avoit fait connoîcre de son vivant.

bre^Y ^ e^ l' Autographe de la même Règle e'crit de la main de

Bïnoit. ce Saint,qu'il donna à S. Maux quand il l'envoïa en France,

& qui a été conservé dans l'Abbaïe de Marmoutier, jusques

dans l'onziéme siécle. II est vrai que Gallonius n'a rapporté ce manuscrit du Vatican ,que pour prouver que saint Maur n'avoit point porté cette Règle en France.ni íaint Placide en Sicile, & que plusieurs Ecrivains ont aussi douté dela mission de saint Maur > mais après ce qu'en ont écrit si sçavammenc Dom Mabillon ôc Dom Thierry Ruinart, pour la prouver , on ne peut rien ajouter , & il faut que les plus incrédules ce- dent à la force de la vérité. La première Mission qui se fit hors de l'Italie,fut celle de saint Placide , que saint Benoît en voïa en Sicile l'an 534. Tcrtulle pere de Placide , qui étoit riche , aïant donné à ce saint Patriarche des terres de grande valeur , il en prit pos session, & commença d'en jouir par Procureurs jmais aïant appris que des personnes puiflantes vouloient usurper celles qui étoient dans la Sicile, il y envoïa saint Placide , avec Gordien & Donat , qui y bâtirent un Monastère. Saint Innocent Evêque du Mans , aïant envoie à saint Benoît Flodegard son Archidiacre, & Harderard son In tendant, pour lui demander de ses Religieux, il choisit saint Maur, auquel il donna pour Compagnons Simplice, Con- stantinien, Antoine & Fauste,pour aller faire dans le Maine l'établissement que souhaitoit le saint Evêque. Ils partirent du Mont-Cassin l'an 543. & arrivèrent la même année en France. Ce ne fut pas néanmoins dans le Maine que le

premier Monastère de cet Ordre fut fondé dans ce Roïau- me:car S. Maur 6c ses Compagnons étant arrivés à Orléans, & aïant appris la mort de saint Innocent Evêque du Mans,

& que celui qui s'étoit emparé de son Siège , n'étoit pas dis

pose à favoriser leur entreprise > ils allèrent dans l'Ànjou , où ils bâtirent le Monastère de Glanfeùil , cjui a été une

source seconde ,qui en a produit une infinité d'autres en ce Roïaume , qui íont des plus célèbres de cet Ordre 5 & si on vouloit croire les Chroniques d'Yepés , & le Menologe «le Bucelin , saint Maur en auroit bâti jusqu'à cent soixante en France,qui en moins de quarante- deux ans auroient eu plusieurs millions de revenu ; & en auroit reformé un plus

en France,qui en moins de quarante- deux ans auroient eu plusieurs millions de revenu ; &

Quatrième Partie , Chap. II.

15

grand nombre. Mais comme ces Auteurs n'ont pas été en pROGRE*¿

r-

cela plus exacb qu'en beaucoup d'autres chofes,on ne doit de

pas leur ajoûter plus de foi , que lorfqu'ils difent que faint benoît, Benoît envoïa de fes Religieux en Efpagne pour y multi plier fon Ordre. Yepés dit que le premier Monaftere de cet Ordre qui y fut fondé l'an 537. fut celui de faint Pierre

de Cardenas > èc

qui fut dans la fuite Evêque de Palencia , y fut envoie pár le faint Fondateur ,avec plufieurs autres Moines. Il y fait même aller auffi une autre Colonie l'an 535). Ces Auteurs à la vérité , n'ont parlé qu'après une Chronique fauiTement

attribuée à Maxime de Sarragofle , qu'Ha;ftenius a auflî fuivie , qui au jugement des Sçavans eft pleine de fables & de rêveries. Mais le P. Mabillon qui n'a cherché dans fes Annales qu'à développer la vérité > reconnoît que les Benediftins n'entrèrent dans ce Roïaume que plufieurs années après. Et comme les Maures au commencement du

huitième iîécle y firent une irruption & ruinèrent plufieurs

Mabillon

ne peut pas determiner en quelle année pofitivement la Regle

de faint Benoît fut connue dans ce Roïaume : il a recours, comme bien d'autres , aux conjectures , & il croit que cette

Bucelin dit que dès l'an 533. faint Turibius»

Monafteres,dont

les Archives furent brûlées, le P.

Regle étoitobfervée dès l'an 6}}.àzm

quelques Monaft eres, fe

fondant fur le témoignage des Peres du I V. Concile de To- lede,qui , comme nous avons déjà dit,ordonnerent que ceux qui auroient été offerts aux Monafteres par la devotion de leurs parens, & qui y auroient reçu l'habit de Religion , ne le pourroient plus quitter , mais demeureroient Religieux lé refte de leur vie : ce fçavant Benedictin croit que cela ne fe peut entendre que de la Regle de faint Benoît,où il eft parlé des enfans qui étoient offerts par leurs parens, qui promet- toient avec ferment qu'ils ne leur donneroient jamais rien, fóit par eux ou par aucune autre perfonne interpofée,depeur

qu'ils n'euiTent un moï'en de fe perdre , c'eft-à-dire , d'aller

contre leur v u,

ou de retourner dans le fiécle : mais comme

la Regle de faint Bafile parle auflî des enfans qui font offerts

par leurs parens , le quatrième Concile de Tolède pouvoit auifi-bien parler des enfans qui étoient offerts dans l'Ordre de faint Bafile , comme de ceux qui étoient offerts dans l'Ordre de faînt Benoît.

étoient offerts dans l'Ordre de faint Bafile , comme de ceux qui étoient offerts dans l'Ordre

ri6 Histoire des Ordres Religieux,

Le tems que l'Ordre de saint BenoîcpaíTa en Angleterreest

6re d^f s! P^us connu.C'est à cetOrdre que les Anglois font redevables

de leur conversion. Le Christianisme y avoit à la vérité été annoncé dès le deuxième siécle.lorsque les Bretons en étoient les maîtres > mais il y avoit été presque éteint depuis que les Anglois & les Saxons peuples Idolâtres en avoìent chassé les Bretons , & à peine yen restoit- il quelque trace. Saint Gré goire y envoïaì'an 596. saint Augustin, Prieur du Monastère de saint André de Rome ,avec plusieuts autres Moines, qui en peu de tems retirèrent des ténèbres de l' Idolâtrie les peu ples de ce païs,qui étoit divisé en plusieurs Roïaumes. Saine Augustin prêcha d'abord dans celui de Kent, & fut le premier Archevêque de Cantorberi. Non seulement les Bénédictins fondèrent plusieurs Monastères dans le Roïaume d'Angle terre , mais l'Eglife de Cantorberi & toutes les Cathédrales qui furent érigées dans la suitc,tinrent encore lieu de Mona stères à ces Religieux qui desservoient ces Eglises 3 ce qui a duré pendant plusieurs siécles , 5c même jusques fous le Rè gne d'Henri VIII. qui commença le malheureux Schisme qui abolit la Religion Catholique dans ce Roïaume: quel ques Eglises Cathédrales , entr'autres celle de Cantorberi, ctoient pour lors desservies par desBenedictins,ôc non pas par des Chanoines. Ce n'est pas seulement l'Angîeterre que les Bénédictins ont éclairée de la lumière de la foyjla Friíe eut aussi le même avantage par le moïen de saint Willibrod ou Wilbrod qui y prêcha l'Evangilc lan 690. II y bâtit le Monastère d'Eter- nac, celui de Sturem,& un autre croche Trêves. Saint Boni- face Archevêque de Mayence etoit aussi Bénédictin. C'est lui que l'Allemagne reconnoît pour son Apôtre : il y fonda l'an 773. les Monastères d'Omenbourg &. d'Ordof , & l'an 774. le célèbre Monastère de Fulde, dont nous parlerons dans la fuite. Enfin il n'y eut point de Provinces où la Règle de saint Benoît ne fût connue dans la suite,& les Monastères de cet Ordre étoient en si grand nombre l'an 1336. que le Pape Benoît XI I.voulant reformer l'Ordre de saint Benoît, lui prescrivit des Reglemens par fa Bulle appellée Bénédi ctine, où il le divise en 37. Provinces, marquant même des Roïaumes entiers pour des Provinces , comme les Roïaumes d'£cosse,deBohême,de Dannemark,de Suede,&c.cequi faic comprendra

BiNom

Proore's

, comme les Roïaumes d'£cosse,deBohême,de Dannemark,de Suede,&c.cequi faic comprendra BiNom Proore's
, comme les Roïaumes d'£cosse,deBohême,de Dannemark,de Suede,&c.cequi faic comprendra BiNom Proore's

Quatrième Partie , Chap. III.

17

comprendre l'étenduë prodigieuse de cetOrdre & le nombre omginï

de ses Monastères.

L'on prétend même que le Pape Jean XXII. qui fut élu bemedic" lan 1316. &tnouruc lan 1334. trouva après une recherche tu,s**

m* Kmu<

exacte qu'il nYsaire , que depuis la naissance de cetOrdre,U en étoit sorti vingt-quatre Papes , près de deux cens Cardi naux, sept mille Afchevêques^uinze mille Evêques, quinze mille Actbés insignes , dont la confirmation appartient au saint Siège , plus de quarante mille Saints & Bienheureux , dont il y en a cinq mille cinq cens qui ont été Moines du Mont-Cassin & qui y font enterrés. Voiez, Antonio Yepés , Chronica General de la Orden de

S. Benito. Gabriel RuccWn, Annal. Benedifi. & Menolog. Be-

nedictinum. Bulteau , Hist de Vord. de saint Benoit. Arnold Wion, Lignum Vit*. Joann. Mabillon, P raf. ait. SS.sacul. J. IV. & V. Le même , Annal. Bencdttt- T om. I. & Veter. ana~ letf. Tom. 3. Hxstenius Difquifit. Aíonajl.

Chapitre III.

De l'Origine des Religieuses BenedìÓîines.

IL n'est pas aisé de fixer au juste l'époque de Porigine des Religieuses Bénédictines : les Historiens les plus exacts ne nt nullement d'accord fur le tems qu'elles ont commencé j les uns voulant qu'il y ait eu des Monastères réglés & for més du vivant meme de saint Benoît > les autres beaucoup de tems après. II est vrai que saint Grégoire le Grand nous rap porte dans la vie de ce grand Patriarche , deux faits assez curieux & assez particuliers , qui pourroient faire croire qu'il y avoit de son tems des Monastères de Religieuses, fur les quels il avoit une entière autorité. Le premier est une réprimande très severe qu'il fît à un de sos Religieux, qui avoit reçu fans fa permission quelque mou choir pour son usage , de quelques Religieuses qui demeu- roient dans un bourg à quelque distance du Mont-Caflin, 3ue le saint Abbé avoit conné à sa direction & à sa coa- uite. La seconde est de deux Religieuses de noble famille,com- jne parle saint Gregoire,dont un homme de pieté vint faire

Tome V,

C

est de deux Religieuses de noble famille,com- jne parle saint Gregoire,dont un homme de pieté vint

i8

Histoire des Ordres Religieux ,

Origine ae gran£^es plaintes à saint Benoît pour le peu dereconnois» des Rìli- sance qu'elles avoient des biens qu'il leur avoit faits , & pour

Beneoktì leur indiscrétion & leurmauvaise manière d'agir.

Sur ces

plaintes, Saint Benoît envoïa dire de fa part à ces Religieuses ces propres paroles : Retenez, vôtre langue» carfi vous ne vous

corriges je vous excommunie

mortes quelque tems après , & aïant çté enterrées dans l'Eglise , sans avoir profité des bons avis du saint Abbé , & sans s'être corrigées de leur indiicretionêc de leurs mauvaises manières jcomme l'on y celebroit la Meffe & que le Diacre , suivant l'usage , dit à haute voix » Si quelqu'un ne communie sas-, qu'il fe retire i leur Nourrice qui avoit coutume de pré senter pour elles une offrande au Seigneur ,étonné de ce qu'à la voix du Diacre, elle les voioit sortir de leurs tombeaux > & aller hors l'Eglise > & se souvenant de ce que saint Be noît leur avoit fait dire pendant qu'elles étoient en vie î elle lui fit sçavoir ce fâcheux événement , qui aïant excité la compassion du saint Abbé , il donna à ceux qui l'étoienc venu trouver, une offrande,& leur dit : Allez, & faites pré senter pour ces Religieuses cette offrande au Seigneur, & elles ne feront plus excommuniées. En effet , cette offrande aïant été ainsi présentée pour elles , lorsque le Diacre vint dire à haute voix à l'ordinaire : gue ceux qui ne communient point , sortent de l'Eglise : elle ne les vit plus sortir comme auparavant > & connut clairement , que puisqu'elles ne se retiroient plus, elles participoient spirituelkment aux saints Mystères , & avoient reçu de Dieu par l'entFemise de son Serviteur le pardon de leur désobéissance , & la grâce de la Communion des Saints. Cependant il est difficile de sçavoir fi ces Religieuses , dont 5>arle saint Grégoire , vivoient dans des Monastères, ou dans eurs maisons particulières »car dans ces tems-là ,.on en voioit quelques-unes enfermées dans des Monastères ,mais qui ne gardoientpas une si exacte clôture,qu'il ne leur fût permis d'en sortir quelquefois pour des causes raisonnables,ou pour quelque utilité* d'autres qui demeuroient dans leurs maisons particulières, dont elles pou voient sortir quand bon leur fem*- Dloit > d'autres enfin qui étoient recluses & quinepouvoienc íbrtir du lieu de leur réclusion , puisque la porte en étoit mu rée. Les Historiens de l'Ordre de saint Benoît ont été foxc

En

effet , ces Religieuses étant

porte en étoit mu rée. Les Historiens de l'Ordre de saint Benoît ont été foxc En
porte en étoit mu rée. Les Historiens de l'Ordre de saint Benoît ont été foxc En

Quatrième Partie , Chap. III. 19 partagés fur ce sujet : les uns n'ont poinc fait difficulté da- Origine vancer que les premières , dont a parlé saint Grégoire, de- meuroientdansunMonasterequeleSaint avoit fait Bâtir dans nídictí- ce Bourg, qui n'étoit pas éloigné du Mont-Caflìn , quec'étoic dans ce lieu que sainte Scholastique avoit fait profession de la Vie Religieuse, & que même elle avoit gouverné cette Communauté : mais le Pere Mabillon toujours exact , n'ose pas rassurer : il trouve seulement que la conjecture est: assez probable : pour Yepes ,il dit positivement que sainte Scho lastique fonda ce Monastère l'an 531. & qu'elle y vêcut selon les règles qui lui furent prescrites par saint Benoît. II ajoute que ce lieu s'appelloit Piombarole , éloigné du Mont- Cassin de quatre milles. Quant à ces Religieuses qui furent excommuniées par saint Benoît , il y en a qui ont cru qu'elles étoient du nom bre de celles qui demeuroient dans leurs maisons particuliè res & ne vivoient point en Communauté : mais ils ne peu vent se persuader qu'elles n'aïent pas été soumises à saintBe- noît , qui n'auroit pû les excommunier s'il n'avoit eu quel que jurisdiction sur elles-.c'est néanmoins ce que le P. Mabil lon n'ose encore assurer , laissant à un chacun la liberté d'en penser ce qu'il voudra.Pour ce qui est dePiombarole,ce sça- vant Bénédictin a trouvé un ancien Manuscrit de plus de 800. ans, dans lequel il est fait mention de deux Monastères dont l'un avoit été bâti pour desh ommes fous ('invocation de la sainte Vierge, & l'autre pour des filles fous le nom de sainte Petronille j mais il ne subsistent plus , ce lieu n'étant présentement qu'une métairie qui appartient à l'Abbaïe du Mont-Cassin. Le tems de la fondation de ces Monastè res n'est point marqué dans ce Manuscrit , & c'est sans au cune preuve qu'Yepesaditquele Monastère de Piomba role avoit été fondé par sainte Scholastique l'an 531. quoi- 3u'il soit vrai dédire, suivant l'ancienne tradition de l'Or- re , que e'étoit à Piombarole que cette Sainte demeuroit,ce qui ne prouve pourtant pas qu'elle y ait fondé un Monastère, -ceux dont nous avons parlé pouvant avoir été bâtis après fa mort. On ne peut donc rien dire de certain touchant la véritable origine des Religieuses Bénédictines : il y a même sujet de croire que ce n'est qu'après la mort de saint Benoîtque quel-

C ij

,.

Bénédictines : il y a même sujet de croire que ce n'est qu'après la mort de

10

Histoire des Ordres Religieux,

Oricini ques Monastères de filles voulurent suivre sa Règle j puis-

U en auroit fait mention dans fa Règle qui n'a été faite que
U en auroit fait mention dans fa Règle qui n'a été faite que

oimjíiVbÌ S116 SU Y avoit eu des fiues l'eussent suivi de ion vivant,

nedicti-

*"* pour des hommes. Le Pere Mabiílon reconnoît bien que sainte Scholastique a été Religieuse j puisqu'elle est appellée \'anttïmonïalii par S. Gregoire:il la regarde même comme la mere & la conductrice desReligieuses Bénédictines imais en même-tems il avoue qu'il n'est pas certain fi elle a eu d'abord des Disciples & des Compagnes qui aïent suivi son Institut. Le plus ancien Monastère de filles que nous aïons en Fran- jce, qui suive présentement la Règle de saint Benoît,est celui de sainte Croix de Poitiers , que sainte Radegonde > femme de Childebert 1. Roi de France>fit bâtir l'an 544. mais il est certain que la Règle de saint Cesaire y fut d'abord observée. Sainte Clotilde veuve de Clovis I. aulîì Roi de France, fit bâtir peu de tems après celui de Chelles près Paris , mais 11 y a bien de l'apparence quelaRegle de S.Benoît n'y fut pas reçue, puisque ce Monastère aïant été ruiné , & Ste Batilde femme du Roi Clovis II. l'aïant fait reparer, elle y fit venir des Religieuses du Monastère de Joùarre ou l'on gardoit la Règle de saint Colomban , aussi bien que dans la plupart des Monastères qui furent fondés dans le septième siécle, comme dans ceux de Remiremont & de Faremoutier qui ont reçu! depuis celle de saint Benoît. Il est vrai que le IV. Concile d'Orléans tenu l'an 545^ ordonne , que les filles qui auront été offertes par leurs pa- rens dans leur bas âge,ou qui viendront volontairement dans les Monastères où elles doivent être enfermées , demeure ront pendant une année en habit séculier , après laquelle el les recevront l'habit de Religion > & que dans les Monastè res où l'on ne garde pas la clôture , elles demeureront trois ans en habit séculier , devant être plus éprouvées à cause qu'elles dévoient être plus exposées i ce qui semble en quel que façon conforme à la Règle de saint Benoît où il est parlé de l'obsation des enfans & de l'épreuve des Novices i mais comme U est auíïì parlé de l'oblation des enfans dans la Règle de saint Basile & dans plusieurs autres > le Pere Ma^- billon n'a pas voulu tirer de la une conséquence , qu'il y eût dès ce tems-là des Monastères de Religieuses Bénédictines, dont il ne met l'origine que y ers l'an íio.auqueltems il croie

des Monastères de Religieuses Bénédictines, dont il ne met l'origine que y ers l'an íio.auqueltems il

Quatrième Partie , Cha?. III. -

filles,aufquelles ce faint Evêque prefcrivit en quelque façon la Regle de faint Benoît , puifqu'en
filles,aufquelles ce faint Evêque prefcrivit en quelque façon
la Regle de faint Benoît , puifqu'en axant dreiTé une tirée
de celles de faint Cefaire , de faint Benoît ôc de faint Co-
lombanjde foixante ôc dix-feptChapitres qu'elle contient, il
y

en a plus de quarante tire's de celle de faint Benoît. Peu a peu l'on s'accoutuma à fuivre la Regle de faint Benoît feule, foit que les Monafteres l'euiTent demandée,ou que l'on les y contraignît i car le Concile d'Allemagne tenu l'an 741. ou 743. ordonna que les Religieux ôc Religieufes qui demeu- rerqient dans les Monafteres ou dans les Hôpitaux , fecon- duiroient felon la Regle de faint Benoît , ce qui fut auffi con firmé dans le Concile de Leftines au Diocefe de Cambrai, qui fe tint l'an 743. où les Abbés 6c les Moines qui y furent prefens , reçurent cette Regle i mais elle ne fut pas obfervée exactement dans tous les Monafteres tant d'hommes que de filles , ce qui fit que le relâchement s'y étant introduit en peu de tems , l'on n'y connoifloit prefque plus la Regle de faine Benoît , lorfqùe l'Empereur Louis le Débonnaire fit aiTem- bler le Concile d'Aix la Chapelle l'an 817. où l'on établit «ne difeipline uniforme par des Conftitutions qui expliquè rent la Regle , ce qui n'a pas empêché que le relâchement ne fe foit encore introduit dans les Monafteres de l'un 6c de l'autre fexe. Nous ferons voir dans le fixiéme Volume de- cette Hiftoire , comme la plupart des ChanoineiTcs Séculiè res ont fecoiié le joug de la Regle de faint Benoît. Plufieurs autres Monafteres auroient peut-être fait lamêmechofe, fi Dieu n'avoit fufeité dans les deux derniers fiécles de faintes Pilles , qui ont reformé les Monafteres dont elles avoient le gouvernement, 6c où elles ont fait revivre le veritable efprit de S. Benoît. Avant ces reformes la plupart des Religieufes Benedi&ines en France avoient déjà pris l'habit de Cha- noineiTes , comme dans les Monafteres de Montmartre , de la Trinité de Caën , de Xaintes 6c de plufieurs autres où elles portoient des robes blanches , 6c des fùrplis de toile bien fine ôc bien empefée. Il y en avoit d'autres quien fe refor mant fe contentèrent de prendre l'habit , le Bréviaire ôc le* Conftitutions de l'Ordre de Fomevraud , comme à fainte iii

que quelques Religieufes reçurent la Regle de S. Benoît j 6c pour preuve de fon fentiment il cite le Monaftere que Flave « - merede S. Donat, Archevêque de Befançon,fonda pour des **fic,u

"

fentiment il cite le Monaftere que Flave « - merede S. Donat, Archevêque de Befançon,fonda pour

tt

Histoire des Ordres Religieux,

OmoiNt òroix de Poitiers , à Faremoutier , à Joiiarre & à Chelles :

o"omfl£ ce ne ^uc qucn 1614. que Jeanne de Bourbon Abbesse de iudictí. Joiiarre y abolit le Bréviaire de Fontevraud : la résistance

des Religieuses empêcha cette Princesse de leur ôter encore l'habit blanc ÔC le rochet de Fontevraud , qu'elles quittèrent enfin sous l'Abbesse Jeanne de Lorraine l'an 1616. Les Re ligieuses Bénédictines de saint Pierre de Reims prirent aussi cet habit à la persuasion de leur Abbesse Renée de Lorraine première du nom, qui avoit été Religieuse de Fontevraud, Sc qui ne prit possession de cette Abbaïe que l'an 1546. Mais ía nièce Renée de Lorraine qui lui succéda l'an 1601. fit reprendre l'habit noir à ces Religieuses , qu'elle obligea à la Clôture. II y avoit aussi des Monastères où les Religieuses se con- tentoient de porter l'habit blanc sans rocher , & d'autres ou. elles avoientdes habits noirs avec des surplis de toile noire, comme il s'en trouve encore quelques-unes , telles que sont les Religieuses de Bourbourg,deMessines>& quelques autres en Flandres dont nous parlerons en particulier : mais présen tement, le véritable habillement des Religieuses Bénédictines

consiste en une robe noire ,un scapulaire de même, & une tunique par dessous la robe,d'ilne étoffe qui n'est point teinte s'il le peut : au Ch ur & dans les cérémonies elles ont un

habit de serge noire, qu'elles nomment froc ou cuculle

comme les Religieux. II y en a quelques-unes qui ont les tuniques noires aussi bien que la robe , d'autres qui portent , . une tunique blanche. Parmi ces Religieuses Bénédictines, il y en a qui gardent exactement la Règle de saint Benoît , qui ne mangenç de la viande que dans Jes infirmités , qui se levent la nuit pour dire Matines , Sc qui jeûnent très exacte» ment depuis la Fête de l'Exaltation de la sainte Croix jus qu'à Pâques. D'autres qui prennent lc nom de mitigées, mandent de la viande trois fois la Semaine , scavoir le Di- manche , le Mardi & le Jeudi , excepté pendant l' A vent 8í la Septuagesime , & depuis l' Ascension jusqu'à la Pente côte, suivant la modification que l'on prétend avoir été ap prouvée par le saint Siège. Elles ne se levent point la nuit pour clire Matines , les unes les disent à neuf heures du soir-, îes autres à quatre ou cinq heures du matin j 6í comme elles fe font aussi dispensçes du jeûne depuis le quatorze Septçm»

à quatre ou cinq heures du matin j 6í comme elles fe font aussi dispensçes du

grand

à quatre ou cinq heures du matin j 6í comme elles fe font aussi dispensçes du
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i&iLsc ËeneAictîtze Reformée en. /uihit de. CJuxur

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Quatrième Partie , Chap. IV.

13

brejufqu'à Pâques, quelques-unes fe contentent de jeûner Regihp* feulement les Vendredis, depuis la Pentecôte jufqu'àla Nati- ^f^An-

ce jour-là jufqu'àla Touflaints, »,1

vité de Notre- Dame jdepuis

les Mercredis Se Vendredis, & depuis la TouiTaints jufqu'au Carême elles ajoutent encore le Lundi , outre les veilles de quelques Fêtes particulières de l'Ordre. D'autres jeûnent depuis la Pentecôte jufqu'à la TouiTaints , les Mercredis & les Vendredis, & fi en ces jours-là il arrive une Fète,ou que l'Office foit de féconde ClaiTe,elles font difpeniees du jeûne. Ce feroit une trop grande entre prife de vouloir rapporter toutes les autres Observances , chaque Monaftere de Reli- gieufes Benedictines aïant prefque tous des Conftitutions particulières. Voiez, four l'origine de ces Religieufes en general , Antonio Yepés , Chronica General de la orden de S. Bénit. Tom. J. Bulteau , Hiß. de ï Ordre de faint Benoit, Tom. J. Joann. Ma- billon , Pr*f. ad Acia SS.Stcul. & Annal. J. lib. 3.

Chapitre

IV.

Donat O* de faint Ferreol,

eu cours en Occident.

de plußeurs autres qui ont

NO s ne répéterons point ce que nous avons déjà dit dans lapremierePartiede cetOuvrage,au fujet des Re gies d'Orient, de cette grande union qui étoit entre lesMoines des premiers fiécles de l'Eglife , tant en Orient qu'en Occi- dent,qui fembloient ne former qu'une même Congregation, par rapport aux obfervances & aux veftemens, quoiqu'aiTu- jettis à différentes Regles : ce qui faifoit que l'on pafloic aifément d'un Monaftere à un autre , non feulement de La tins aux Latins , de Grecs aux Grecs 5 mais encore de La tins aux Grecs & de Grecs aux Latins. Mais comme la Regle de faint Bafile prévalut à la fin fur toutes les Regles d'Orient, la Regle de faint Benoît prévalut aufli fur toutes les Regles différentes qui étoient fuivies en Occident,à l'ex ception de celle de faint Bafile qui a toûjours été gardée dans plufieurs Monafteres , comme nous avons dit en par-

ception de celle de faint Bafile qui a toûjours été gardée dans plufieurs Monafteres , comme

14

Histoire des Ordr.es Religieux,

Ríglk m lant de cet Ordre- II se peut faire que la Règle de saint »gCsSAAÌjr' Ben°îc ait éclipsé quelques- u ries des Règles d' Irîande , dont

mhek,&c nous avons parlé dans PHistoire des Chanoines Réguliers , au Chapitre XX. de la secondePartie, quoique la plus gran de j>artie des Monastères de ces differens Ordres d'Irlande fussent occupés par des Chanoines Réguliers , lors de la des truction de cesMonasteres. Il nous reste à voir les autresRe- gles d'Occident,qui ont été suivies dans des Monastères , ou conjointement avec celles de saint Benoit, ou seules , & dont il ne reste plus que la mémoire. La première qui se ren contre est celle de saint Cesaire , qui aïant passé de l'état Monastique , dont il avoit fait profession dans l'Abbaïe de Lerins , fur le siège Episcopal d'Arles, fonda une Com munauté de Religieuses dans cette Ville,dont sainte Cesaire sa s ur fut première Abbesse. A peine ce Monastère , auquel on donna d'abord le nom de saint Jean , étoit-il commencé , que les François &c les

aïant assiégé Arles, après la mort d'Alaricj

Bourguignons

ce qui écoit déja' élevé des bâtimens fut presque entière ment renversé. Le siège de la Ville étant fini , íaint Cesaire fit achever le Mpnastere.où il y avoit une grande Eglise , qui en contenoit trois petites , dont l'une étoit consacrée sous

Tin vocation de la sainte Vierge , & les autres dédiées en l'honneur de saint Jean & de laint Martin. 11 fit venir en

, pour s'ins-

truire dans un Monastère de filles , des observances ReguT lieres. II lui donna te gouvernement du Monastère d'Arles, & y fit observer la Règle qu'il avoit dressée pour les filles qui y étoient enfermées. Un des principaux articles, & même le premier , e'toit qu'elles ne dévoient jamais íbrtir du Mo* nastere. On n'en recevoít aucune avant l'âge de six ou sept ans. Elles ne mangeoient point de viande , si elles n'étoient

& leur cocfFure ne pou -

voit être que d'une certaine hauteur marquée dans la Règle. Toutes apprenoiem les Lettres humaines,ausquelíes elles em- ploïoient deux heures le matin : les autres heures du jour étoient destinées pour l'Office & le travail en commun. Quelques - unes transcrivoient les Livres saints , d'autres étoient employées aux ouvrages convenables à leur sexe,mais fur joutes choses à faire des draps pour les habits, car l'Ab* beíTc

suite sa s ur de Marseille où il l'avoit envoïée

fort malades. Leur habit étoit blanc

car l'Ab* beíTc suite sa s ur de Marseille où il l'avoit envoïée fort malades. Leur
car l'Ab* beíTc suite sa s ur de Marseille où il l'avoit envoïée fort malades. Leur

QaATRIfiMEPARTIE .CHAI». IV. fceíTe dévoie tellement pourvoir à cela qu'elle ne fût pas Reghii>i obligée d'en acheter dehors. Elles jeûnoient les Lundis , s' Cmai k*

Mercredis & Vendredis , depuis le premier Septembre jus qu'au premier Octobre , & tous les jours depuis le pre mier Novembre jusqu'à Noël , excepté les jours de Fêtes .&les Samedis. Avant l'Epiphanie il y avoit encore sept jours déjeune , & depuis ce jour là jusqu'au Carême, elles jeû noient les Lundis, les Mercredis &: les Vendredis. II n'y avoit aucun jeûne depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte > mais il étoit permis à l'Abbeíse d'en ordonner quelques- uns , depuis la Pentecôte jusqu'au premier Septembre , fi elle le trouvoit à propos. Sainte Cesaire mourut avant son 9 frère , & l'on mit en ía. place une autre Cesairequi eut sous fa conduite plus de deux cens filles. La Règle de S. Cesairc sut aussi gardée dans le Monastère de sainte Croix de Poi tiers , lorlque sainte Radegonde eut fait bâtir ce Monastère l'an 544. & saint Donat s'en servit pour composer celle qu'il donna aux Religieuses de Besançon. 11 y a eu aussi une Règle de saint Cesaire pour les hommes , que l'Abbé Tedvade son neveu reçut de lui, & qu'il donna par son ordre à plusieurs Monastères : elle est à peu près la même que celle des Religieuses. Les jeûnes y font seulement or donnés tous les jours , depuis lé mois de Septembre jusqu'à Noël. L'on peut rapporter à l'an 506. le commencement de ce Monastère de saint Jean d'Arles , qui a pris depuis le nora de saint Cesaire son Fondateur , & où l'on garde pré sentement la Règle de saint Benoît , auíïï bien que dans celui .de sainte Croix de Poitiers.

Saint Aurelien qui succéda à saint Cesaire au Siège Epis- Ricli di copal d'Arles après Auxone, bâtit aussi deux Monastères ^'IE^RI"

cn cette ville l'an 548. l'un pour des hommes , l'autre pour des filles , ausquels il donna aussi des règles tirées de celle de saint Cesaire en partie , & qui s'accordent aussi en beau coup de choses avec celle de saint Benoît. Dans celle des hommes, il ordonne que les Moines ne sortiront point fans compagnon , qu'ils ne pourront point être promus aux Ordxes sacrés lans le consentement de l'Abbé , qu'aucun ne pourroit.être reçu dans le Monastère avant l'âge de dix ou douze ans. Si quelque Moine avoit fait une faute qui méritât unesevere punition, telle qu'étoic celle d'être fustigé,

Tome F,

D

Moine avoit fait une faute qui méritât unesevere punition, telle qu'étoic celle d'être fustigé, Tome F,

t6 Histoire des Ordres RELTGrEuxv Riglidï on ne pouvoit pas passer le nombre ordinaire qui étoit de mml"" trente-neuf coups. L'usage de la viande étoit défendu? tant aux Moines qu'aux Religieuses. Elle n etoit per mise qu'aux malades : & quand i' Abbé ou l'Abbesse le ju- geoient à propos , ils pouvoient donner du poisson. Les uns

r set! de

& les autres dévoient traviller à quelques Ouvrages pendant

le tems de la lecture , de peur d'être surpris du sommeil. Ils dévoient éviter les procès. Il leur étoit défendu de tenir les enfans fur les Fonds de baptême. Ils dévoient s'appliquer à l'étude. Aucun Laïque de quelque condition, qu il fût ne pouvoit entrer dans les Monastères , & si l'on demandoic quelque Moine ou quelque Religieuse ,. ils dévoient aller au Parloir où ils étoient accompagnés de PAbbé ou de l'Ab besse > ou de ceux qu'ils commettoient à cet effet; Leur ha billement étoit blanc ou de laine naturellement noire. Quant- aux jeûnes , ils étoient à peu près les mêmes que ceux qui font ordonnés par la Règle de saint Cesaire. L'un &: l'autre de ces Monastères ont été détruits dans le huitième siécle par les Sarazins , à ce que l'on prétend, & iln'en reste plus- que la mémoire. Saint Fereol Evêque dUfez , aïant au/fi fonde un Mo*

s. Fuuol. nastere pan 558. dont l'Eglise fut dédiée à S. Fereol martyr,

composa pour lesReligieux qu'il y mit,uneRegle qu'il soumit

à la censure de Lucrece,Evêque de Die. Dans cette Règle

qui est composée de trente neuf Chapitres , les Moines y sont appellés quelquefois Religieux. 11 défend qu'aucune femme , soit Religieuse, soit Séculière , y puisse entrer , fie

que si ies Religieux- étoient obligés do leur parler pour quelque nécessité , ce ne seroit qu'en présence de deux té~ moins avec la permission de l'Abbé , afin qu'il sçût le sujer de leur entretien. Tous les Moines dévoient sçavoir les let tres Humaines : il leur étoit ordonné à tous d'apprendre par

c ur tout

le Pfeautier , même à ceux qui étoienr emploïeV

à la garde des troupeaux , suivant la coutume de ce tems-

là. Outre l' Office qu'ils disoient en commun, ils

encore tous les jours prier Dieu en particulier. 11 ne vou loir pas que l'on donnât le Baptême aux enfans dans son? Monastère : quoique ce fût la pratique dans les autres y parce qu'en plusieurs lieux, tant en Orient , qu'en Occident»

Son instruiiòU les Catecumenes dans les Monastères , oi}1

dévoient

lieux, tant en Orient , qu'en Occident» Son instruiiòU les Catecumenes dans les Monastères , oi}1

Quatrième Pautie , Chaí. IV.

%y

«n leur conferoit ensuite le Baptême. Saint Fereol défendit r«sh n encore aux Moines d'aller à la chasse , de peur qu'en vou- s fiK*w'-'

lant prendre des bêtes, ils ne devinssent eux-mêmes la proie du Démon. Le travail des mains étoit en usage parmi eux j & ceux qui ne pouvoient pas soutenir des travaux pénibles &: laborieux , s'oecupoient à écrire des livres , ou s'appliquoient plus que les autres à la prière. Personne ne Îiouvoit avoir une Cellule à part , soit pour y demeurer , bit pour quelque autre usage , si ce n'étoit l'Abbé ou quel ques ouvriers : & trois fois lan l'Abbé étoit obligé de faire " Ja cuisine , sçavoir , le jour de Noël , le jour de Pâques Sc le jour de saint Fereol Martyr , Patron du Monastère : & afin que les Religieux se ressouvinsent de leurs obligations, on devoit lire la Règle en Communauté tous les premiers jours de chaque mois. Quant à rhabillement,il étoit aufli de couleur blanche ou noire naturelle , ôc ils ne portoient point . de chemise de toile. Quelques Ecrivains aïant cru que le Monastère de Tar- ktc.lv m tiat étoit le même que celui de iamt Maurice d'Agaune , TAKNAr-

dont nous avons parlé dans le Chapitre XII. de la seconde Partie , ont aussi confondu la Règle de Tarnat , avec celle d'Agaune : mais le Pere Mabillon soûtient que ces deux Monastères étoient differens , aussi bien que ces Règles :

ue celui d'Agaune étoit situé au pais de Vellay , Diocèse e Sion, & celui de Tarnat dans le Territoire de Lion fur Je bord du Rhône ?: ce qui a rapport à un article de la Règle de ce dernier Monastère , où il est défendu de passer la rivière fans la permission du Supérieur. La psalmodie perpétuelle étoit établie dans celui d'Agaune, ôc il n'en est point fait mention dans la Règle de Tarnat , ou bien loin que les Religieux fussent dispensés du travail des mains , comme dans celle d'Agaune , ils dévoient au contraire s'y occuper , 8c étoient même exemtés du jeûne au tems de U moisson & des vendanges : mais le Supérieur devoit telle ment modérer le travail le -Mercredi & le Vendredi , que s'il y avoit moïen , les Religieux pussent y observer le jeûne. Par la Règle de Tarnat, if étoit permis aux Religieux d'a voir des Cellules séparées , ce qui est contraire à la Règle d'Agaune. C'est ainsi que l'on appelle la discipline qui s'ob- servoit dans ce Monastère, qui fut rédigée par écrit, par un

ainsi que l'on appelle la discipline qui s'ob- servoit dans ce Monastère, qui fut rédigée par

i8

HrsToikE des Ordres RzlïgïzûXï

Régls di Religieux de Condat, qui composa les Actes de saint Oyarlí Jaxnac. mais la Règle de Tarnac étoit tirée de celles de saint Paco*

me , de saint Augustin , & de saint Cesaire.- Nous nous reservons à parler dans un autre endroit de

saint Colomban. Saint Donat qui a été son Dis-

1^CIEM

' laRegle de

eiple aïant été tiré du Monastère de Luxeuil pour monter sur le siège de Besançon , vers Pan 6Z4. conserva dans PE-

piscopat l'habit & Pesprit Religieux , & afin d'en pratiquer plus aisément les observances , il fit bâtir dans fa Ville Epis copale , un Monastère d'hommes qu'il consacra en Phon*-

saint Paul , & qu'on appelloit autrefois- /« Palais ,

neur de

à cause des ruines d'un ancien Palais qui y restoient encore.

11 y fit observer la Règle de saint Benoit conjointement avec

saint Colomban & l'obser voit lui-même, se retirant

celle de

^ souvent dans ce Monastère. Elavie fa mere étant veuve , entra dans un Monastère de Religieuses qir'clie fit bâtir dans la même Ville 3 6c pour y établir solidement l'obser

vance » elle pria son fils de leur dresser lui-même une Règle. Ce saint Prélat leur en dressa une composée de celles de saint Cesaire , de saint Benoît & de saint Colomban ; mais

la plus grande partie étoit tirée de celle de saint Benoît >

puisque de soixante & dix- sept Chapitres qu'elle contient ,

îl y en a quarante-trois qui font de celle de ce Saint. A

l'égard de POffice Divin, il leur prescrivit un usage, non

jaas exactement conforme, mais semblable en quelque façon

a celui de saint Colomban qui tenoit beaucoup de la ma

nière Irlandoise. Leur Office étoit plus long en hyver qu'en

été , & tant le Samedi que le Dimanche , elles recitoient plus de Pseaumes qu'aux autres jours. Quant à Phabille-

ment , il étoit semblable & de la même couleur que celui des Religieuses- de saint Cesaire, aussi bien que la'coëfFure qui devoir être de la même hauteur que celle qui est aufli marquée dans la Règle de, ce Saint. Saint Donat adressa la sienne à P Abbesse Gaustrude & aux filles dont elle avoit la conduite. Cette Règle fut aussi reçue dans le Monastère de Chamelieres au DioôledeClermonc en Auvergne, qui

a été changé depuis en une Eglise Collégiale : les Monastè

res de Besançon sont passés dans la fuite à d'autres Ordres:

Les Chanoines Réguliers possèdent celui des hommes, Scies» ^linimes celui de& Kìles,

fuite à d'autres Ordres: Les Chanoines Réguliers possèdent celui des hommes, Scies» ^linimes celui de& Kìles,

:

:

Quatrième Partie , Chap. IV. tf ta Règle de Jean Abbé de Biclarea été inconnue à saint Ricin* Benoît d'Aniane , qui n'en a fait aucune mention 5 mais l* ?1** saint Isidore de Seville en parle avec estime, 6c dit que cet Ouvrage devoit être entre les mains de toutes les personnes de pieté. Trithêmeenciteun fragment qui défend aux Rc* ligieux de posséder du bien en particulier. Cet Abbé Jean étoit né à Santaven en Portugal , de parens Goths. Etant jeune , il alla à Constantinople , où il apprit la Langue Grec que avec la Latine. Dix sept ans après il retourna en Es pagne, dans le tems que Leitvigilde persecutoit les Catho- liques. Ce Prince qui étoit Arien ne pouvant l'engaçer dans son hérésie & dans La Secte l'exila à Barcelone, où pendans

dix ans qu'il y demeura , il eut beaucoup à souffrir de la

part des Ariens. Ce fut pendant ce tems là, fur la fin du sixième siécle, qu'il bâtit le Monastère de Biclarc , ou selon» le langage du païs de Valclara , ainsi appelle au nom d'un Bourg, situé au pied du- Montée Ptadcs dans FArchidia- coné de Tarragone en Catalogne , où I on voit encore uns f glife , aux environs de laquelle sont plusieurs ruines qui

peuvent être celles du Monastère que F Abbé Jean y sit bâtir. C'est fans aucun fondement que Mariana a avancé

que cet Abbé y établit F Institut de saint Benoît, -puisque

l'on ne doute point que cet Abbé Jean n'ait dressé une Règle pour ses Disciples. Il fut tiré du Cloître pour être jélévé furie siège Episcopal de Gerondé, que l'on a depuis appelle Cïronne : & c'est ce qui a- donné lieu à quelques Auteurs- de le faire Fondateur de l'Ordre des Gerondins

appellant ainsi les Moines de Biclare du nom de la Ville Episcopale de leur Fondateur. Entre les differens habille-» mens Religieux qu'Abraham Bruin grava en 1577. l'on trouve celui d'un de ces Gerondins , tel que nous l'avons

fait représenter ici. Adrien D-amman- qui a fait de petits

Commentaires- fur ces habillemens de Bruin , dit que l'é-

cussoiv que ces Gerondins portoient fur la poitrine étoic les armes de l'Evèque de Gironne , sçavoir d'or à deux

Pals

de gueules & deux de sinople. Si cela>st ,. ces Geron

dins

auroient subsisté encore après le onzième siécle j puis

que

l'ufage des armoiries n'a été en usage qu'après le db*

ou le onzième siécle. Quant à la couleur de Fhabillemcnt^

(lie étoit blanehe.-

D iij.

en usage qu'après le db* ou le onzième siécle. Quant à la couleur de Fhabillemcnt^ (lie

Histoire des Or.dr.es Religieux, Les Princes Hermenegilde 6c Reccarede , fils du Roi

exil F Abbé Jean , donc

nous venons de parler , avoieut été élevés dans Fheresie d'A- rius par les foins de leur Pere 3 mais ils embrassèrent la Foi

catholique par les instructions de saint Leandre : ce qui attira sur lui la colère du Roi Leuvigilde, qui Fenvoïa auslî cn exil. 11 avoit été tiré du Cloître pour passer sur le siège Episcopal de Seville. Sa soeur s etant retirée dans un Mo nastère , il composa pour elle & pour les filles qui étoierçt avec elle , une règle ou instruction chrétienne qui contient vingt ôc un Chapitres. Il Fexhorta à demeurer toujours dans le Monastère * comme dans un asile de la chasteté , à ne point manger de viande que dans les maladies , à ne point parler aux personnes du dehors qu'en présence de deux ou trois témoins , à partager de telle forte tout son tems, que la prière succédât à la lecture , & la lecture à la prière > à ne rien posséder en propre , à évker les juremens , &C dire toujours la vérité. Enfin il 1 exhorte à ne plus son. ger à son païs natal : ce qui fait juger que cette Sainte a peut-être vécu dans le même Monastère où leur mere étoit morte , comme il paroît par ie dernier Chapitre de cettç Règle. On ne sçait pas précisément où ce Monastère étoit situé i mais le Pere Mabillon conjecture qu'il étoit dans l'Andalousie , & que Ste Florentine & fa mere pouvoient y <être venues de la Provnice Carthaginoise où S. Leandre,

S. Isidore qui fut son successeurs S. Fulgence

Evêque d'Astigice , avec leur s ur Florentine , avoientpris naissance , étant tous enfans de Severian , Duc ou Gouver neur de cette Province , dont la Métropole étoit Tolède. Saint Isidore aïant succédé à son frère saint Leandre sur

§o

reglide

aì?**" Leuvigilde qui avoit envoïé en

fie ses frères,

Rîclï de

S.isiooxr. ie Siège de Seville, composa une Règle pour les Religieux

du Monastère d'Honori , laquelle est conforme en beaucoup xle choses à celle de saint Benoît. Le jeune y est prescrit , depuis le 14. de Septembre jusqu'à Pâques , «xcepté pen dant FOctave de Noël. Les Religieux ne mangeoient pen dant toute la semaine que des légumes & quelques herbages:

quelquefois aux grandes Fêtes iileur étoit permis d'y ajouter un peu de viande 5 mais il étoit libre à un chacun de s'en abstenir, aussi-bien que de vin. Ils jeûnoient pendant le Carême au nain & A l'eau. L'Abbé devoit coûjours manges

aussi-bien que de vin. Ils jeûnoient pendant le Carême au nain & A l'eau. L'Abbé devoit

I

I
I

QtJÀTR.rEME Pautie , CfUtt. ÏY.

p

au Réfectoire avec les Religieux , à moins qu'il ne fût ma- Riom ds lade. Pendant le tems de la réfection , les portes du Mona- s IslD0Kfc-

stère dévoient être fermées pour n'y point donner entrée aux séculiers. Le travail des mains y elt ordonné. Les Religieux dévoient eux-mêmes faire la cuifíne , cultiver le jardin r pétrir le pain qu'ils dévoient manger > mais il y avoit des- Laïques qui étoient emploïés aux bâtimens , à la culture des champs , & à faire le pain pour les hôtes & les malades. Quant aux habits, saint Isidore ordonne que les Religieux n'en porteront point qui soient" remarquables par leur prix

& par leur propreté , ni qui soient vils Sc pauvres > les vcte-

mens précieux ressentant le luxe & la mollesse > & ceux qui

font Girofliers & méprisables , pouvant causer du chagrin ,

ou

meme de la vanité selon le diffèrent caraclere des esprits.

U

marque la forme & la qualité de ieurs habits , qui sonc

une tunique ,- un capuce , un scapulaire , Ou petite robe de peaux , un bon- manteau ou froc y mais il leur défend de porter du linge , ni de se servir de certains vêtemens , 8c de certaines chaussures qui étoient en nsage chez les autres

Moines: ce qu'il improuve comme un abus. Ils dévoient aussi avoir la tête rasée. Le P. Bonanni , dans son Catalogue des Ordres Religieux- , a donné Thabillement d'une Reli

gieuse de l'Ordre de saint Isidore , 5c dit que la figure qu'il

a fait graver , représente sainte Florentine , s ur de ce-

saint Prélat , laquelle étoit Abbesse d'un Monastère de cet

Ordre vers lan 55)7. & qu'il l'a copiée fur celle que le Pere Beurier Celestin avoit donnée. Schoonebeck a fait aussi graver l'image d'une de ees Religieuses , & dit que sainte Florentine aïant fondé un Monastère vers l'an 55)8.

donna à ses Filles les Règles qui lui avoient été prescrites

par saint 1 sidore. Mais les uns & les autres se

sont trompés;-

Êuisque l'on ne suivoit point la Règle de saint I sidore dans : Monastère de sainte Florentine j mais celle de S. Leandre,

comme il paroît par le titre de cette Règle , & par la Préface^ qui commence ainsi : Leander Dei mi^trïeordiam fergratx.

m Chrifio mi ht f lia & forori Florentin*

Ferquirenti mihìr

firor carijjima Florent! na , qttibus te divitiarum cumulis h*-- rtdtm facetem , &c. Ce qui se prouve aussi par plusieurs* Chapitres de cette Règle. Cdle de saint Isidore au contraire-

ae fut faite que pour des hommes adressée aux Moine*

Chapitres de cette Règle. Cdle de saint Isidore au contraire- ae fut faite que pour des

s^sido eE

yL

Histoire des Crdres KtiÀùttwx; Monastère d'Honori , comme il paroîc par la Préface qui'

'

commence ainsi : Sanclts fratribus in C nobio Honorianénfi

'Règle de

confiitutis Jfidorus , &c. Quant à ce Monastère, il n'en reste plus que la mémoire» &. on ignore même le lieu où il étoit n me. Saint Fructueux Archevêque de Brague , a 'beaucoup

s. ruEux, f r u c- contribué premjer à Monastère la propagation qu'il de y bâtit l'état dans Monastique les montagnes en Espagne. d' A-

sturiefut nommé Complute , parce qu'il étoit decíié à saint Juste & à S.Pasteur,qui avoient souffert le martyre à Com plute ville duRoïaume de Castille , qu'on a depuis appelle Mcala de Hcnn arcs. Il s'y forma une Communauté fort nombreuse de Moines , auíquels saint Fructueux donna une Règle & un Abbé. Entre les autres Monastères qu'il fonda depuis,celui de None fut destiné pour des filles,dont laBien- heureuseBenoîte fut Abbesse.Non seulement les personnes de l'un & de l'autre sexe .qui étoient libres,&quin'étoientpoinc engagésdans le mariageimais même les personnes mariées ac couraient de toute part à S. Fructueux pour embraster avec leurs enfans la profession Monastique.C'est pourquoi il éta blit une nouvelle observance reguliere,accommodée ài'infir- mité de l'un & dé l'autre sexe. Les hommes & les garçons demeuroient dans les Monastères d'hommes , & les femmes

& les filles dans des Monastères de leur sexe : ce qui ne se

pratiquoit pas daus pluíìeWsfauxMòiiasteresd.'Espagne,où fans aucune distinction de iexe , les hommes demeUroient avec leurs femmes,& les enfans avec les serviteurs,dònnant le titre d'Abbé à un Supérieur qui ne leur commandoit que ce qu'ils vouloient : & s'ils recevoientdelui la Bénédiction , c'étoit pour satisfaire plus impunément leurs cupidités : ce qui avoit été inventé afin que ces sortes de .personnes , fous une fausse apparence de profession Religieuse , fussent çxemtes des Charges publiques. Les Prêtres qui fondoienc ces fortes de Monastères y étoient poussés ou par un désir de passer pour vertueux , ou par la crainte de perdre leurs dixmes & d'autres gains > s'ils ne les assuroient par ces éta- tlissemens qui étoient agréables au peuple j mais saint Fru-

- itueux,pour empêcher que ses Disciples ne se portassent au lelâchement , leur défendit d'avoir aucun commerce avec

f£S faux Monastères. L'on vivoit bien d'un autre manière dan$

, leur défendit d'avoir aucun commerce avec f£S faux Monastères. L'on vivoit bien d'un autre manière

> «

-

Quatrième Partie , Chap. IV. 33

dans les íiens * comme il paroit par la Regle commune qu'il reclh i

a écrite, & par une autre Regle particulière pour les Moines

qui vivoient dans une obfervance très étroite. Par la Regle commune il eft défendu à qui que ce foit de bâtir à fa volon té un Monaftere fans en avoir auparavant confulté la Con grégation , & fans en avoir la permiffion del'Evêque,qui de- voit approuver la Regle & la maniere de vivre que l'on de voir pratiquer dans ce Monaftere. Si des perfonnes mariées

fe préfentoientavec leurs enfans pour embraiTer la profeffion Monaftique , les hommes & les garçons étoïent envoies dans desMonafteres d'hommes, & les femmes & les filles dans des maifons de leur fexe , où ils dévoient obéir jufqu a leur mort à l'Abbé ou à l'AbbefTequi en étoient Supérieurs. On avoit grand foin des enfans : on les y recevoir à l'âge de fepc ans< On ufoit auffi de beaucoup d'humanité envers les vieil lards : &: les uns & les autres étoient exemts des travaux pe nibles. Comme les Moines & les S urs ne pouvoient pas de meurer enfcmble dans un même Monaftere, ils avoient auffi leurs Oratoires feparés. On élifoit entre les Moines des vieillards d'une vertu éprouvée pour avoir foin des f urs ,

u °*'

& le foin des procès étoit commis à des Laïques , qui ne dé

voient jamais prêter aucun ferment. Ils faifoient tous un paft en forme de profeffion fol emnelle,par lequel ils s'engageoienc

à Dieu & à leur Abbé ou à leur Abbeile, 6c promettaient de

vivre felon les préceptes des Apôtres Se conformément à la Regle des Peres : s'ils faifoient le contraire, ils confentoient d'être punis felon la qualité de la faute , &; même d'être dépouillés de leurs habits Religieux & chafTés du Mo naftere s'ils y perfiftoient avec opiniâtreté. Quiconque

avoit été excommunié pour quelque faute , étoit renfermé dans une chambre obfcure , où on ne lui donnoit que du pain & de l'eau. Il n'eft fait aucune mention dans cette Re gle commune des jeûnes & de la qualité des alimens , finon qu'elle ordonne que ceux & celles qui auroient commis de grands péchés dans le monde feraient privés de viande , de bière & de vin. L'autre Regle qui étoit pour les Moines en particulier avoit beaucoup ae rapport à celle de faint Benoît. Ils dévoient s'abftenir de viande. Les volatilles n'étoient per- mifes qu'aux malades &aux voïageurs : l'on nefervoità la Communauté quedes legumes & des herbages & rarement.

T*mc .

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&aux voïageurs : l'on nefervoità la Communauté quedes legumes & des herbages & rarement. T*mc .

34

Histoire des Ordres Religieux,

rtgle di du poisson de rivière ou de mer : l'usage même du vin & de tubuV C l'iwnte étoit interdit pendant le tems du Carême. La le

cture & le travail se succedoient l'un à l'autre , comme il est ordonné dans la Règle de saint Benoît:le jeûne étoit pareil lement préscrit depuis le 14. Septembre jusqu a Pâques , & dans le Monastère de Complute ou de saint Juste èc de saint Pasteur, on y jeûnoitun Carême avant la Fête de ces Saints Martyrs qui se célèbre le 6. d'Août , lequel Carême com- mençoitle 17. Juin. reçu du II y a dans le Code des Règles , une Règle du Maître, AiAîrRE. font l'Auteur est inconnu : mais il est certain qu'elle a été

écrite dans le septième siécle 3 & qu'elle a été tirée en partie de celle de saint Benoît , quoique l' Auteur s'écarte de fa Discipline en divers points importans. II y a de l'apparence que cette Règle du Maître a été dressée en France j parce que l'on y remarque des expressions ôedes termes singuliers qui étoient alors en usage parmi les François. L' Auteur d'ailleurs fait assez connoître qu'il n'étoitpas d'Italie > puis qu'en par lant des Moines vagabonds qui passoient leur vie à courir d'un paîs en un autre , il observe qu'il y en avoit parmi eux qui feignoient de venir d'Italie. L'on ne sçait point si elle a été observée dans aucun Monastère de France : mais il y a bien de l'apparence que dans quelque Monastère où. elle- ait été reçue , on n'y 'aura pas mis en pratique ce qui est ordonné au Chapitre XIII. que fi un Religieux excommu nié persiste dans son obstination , & ne donne pas satisfac tion à l' Abbé, le troisième jour à l'heure de None , il soit enfermé, êí reçoive tant de coups de fouet , qu'il puisse ex pirer fous les coups. L'ordre qu'il prescrit pour 1'Office Divin est diffèrent de celui de saint Benoît. II y a aussi de la- diversité dans les jeûnes > car hors le Carême le Maître ne' veut point oue les Religieux Jeûnent le Jeudi 5 & la raison de cette Discipline, est que Je sus-Christ étant monté ce jour-lâ au Ciel , il n'en faut pas faire un jour de tristesse & de pénitence. Les Dimanches du Carême on dînoitjmais on ne foupoit point : de forte que Ton ne faisoit qu'un repas c*e jour- la , non plus qu'aux jours de jeûne 5 toute la dif férence consistoit , en ce qu'au lieu de manger le soir , ost ri6LE mangeoit à midi. d'un cer- - La Rede d'un certain Pere est pour le moins auífi ancien

manger le soir , ost ri6LE mangeoit à midi. d'un cer- - La Rede d'un certain

Quatrième Partie , Chap. IV.

35

ne que celle du Maître , & exigeoit une-grande perfection Rioti

de ceux pour qui elle fut dreûee j l'on ne fçait dans quel pais tainPuST elle étoit en uiage, n'y aïant rien dans cette Regie qui le puifle faire connoître. Elle défend aux Religieux lufage de la viande & du vin. L'indulgence dont elle ufe envers les Frères qui demeuroient dans les montagnes fteriles , & où on ne trouvoit point de pain , eft feulement de leur permettre de boire du lait mêlé d'eau. Si quelque Religieux étoit dé- fobéïflant & qu'il murmurât , s'il diioitdes menfonges , s'il juroit, ou feulement s'il étoit fujet à tenir des difcours oififs

& inutiles , on le mettoit en prifon , & s'il ne fe corrigeoit

pas , on le chaiToit du Monaftere. Il y a de l'apparence que

ce Monaftere d'Hommes , pour qui cette Regle fut dreiTée , étoit double , ou proche d'un autre de Filles car la Regle

porte qu'on verra rarement les S urs , & défend de leur j parler fouvent. Elle ordonne néanmoins qu'on les affiliera par des aumônes ou par des prefens , qu'on leur fera tenir par des perfonnes Aires & de vertu éprouvée. C'eft ce qui pourroit donner lieu de croire qu'une autre Regie qui ie trouve auflî dans le Code des Regles, & qui a pour titre , la Regle d'tm certatnPerc, laquelle a été dreflee pour des Filles, pouvoit auflî avoir eu pour Auteur celui de la premiere, & qu'il auroit drefle des Loix Monaftiques pour les deux fe

otes ,qui demeuroient féparément dans ce Monaftere double:

mais ces deux Regles n'ont gueres de rapport enfemble: cet te dernière étoit très auftere j les Religieuies jeûnoient tous les jours depuis la Pentecôte jufqu'au Carême de l'année fui-

vante, excepté les grandes

gées de rravai -1er plus qu'à l'ordinaire. Le jour de leur jeûne regulier,elles ne mangeoient que vers les deux ou trois heu res après midi , & le Carême le foir. Elles ne mangeoient d'ordinaire que des legumes, & ne bûvoient que de la bière.

Fêtes , ou lorfqu'elles étoientobli-

On leur donnoit un peu de vin aux Fêtes , ou lorfque

Ab

beile leur en accordoit à caufe de leur grand travail ou de

l'arrivée de quelque hôte. Dans le V 1 i . Chapitre de cette Regle , il eft défendu à l'Abbefle , à la Prieure , ou à celle qui aura étécommiiè par l'Abbefle, de reveler les confef-

hons des S urs , dont les péchés-, doivent être manifeftés qu'à Dieu

aucune Religieufe de recevoir les confeflions , ou d'enjoin-

foit légers ou »riefs , né feul 5 & il eft défendu à

E ij

de recevoir les confeflions , ou d'enjoin- foit légers ou »riefs , né feul 5 &

3<5

Histoire des Ordr es Religieux,

r i « us dre une pénitence sans ordre de l'Abbesse. Mais ces fortes DxLn Pire ^e confessions n'e'toient pas des confessions sacramentelles i

& la Règle de ces Religieuses ne prétendoit fans doute les

obliger qu'à de'couvrir a leur Supérieure leur intérieur > ou

à la personne qu'elle commettoit pour cela , selon ce qui se pratique encore présentement dans quelques ^Ordres. En

effet , quoique Jonas,dans la Vie de sainte Fare, Abbesse de Faremoutier , dise que les Religieuses de ce Monastère étoient aussi obligées de confeíler à l'Abbesse les péchés , même les plus griefs,qu'elles avoient commis dans le monde, & qu'il ne faste pas mention du Prêtre > néanmoins le mi nistère du Prêtre n etoit pas pour cela exclus , comme re-

puisque saint Colomban , dont ce Monastère de sainte Fare ,

t*&- W- après avoir marqué dans le Chapitre premier de son Peni- tentiel , que l'on se confesseroit & que l'on découvriroit sa conscience avant que de se mettre à able , & avant que de se coucher , ordonne dans le Chapitre XXIX. que l'on déclarera ses fautes à un Prêtre. II s'est néanmoins trouvé des Abbesses tant en Orient qu'en Occident , qui ont eu assez de témérité pour croire qu'elles pouvoient entendre laisam 7*'- kS confessions de leurs Religieuses. Balsamon rapporte risGrt.coUr. l'exemple de quelques Abbesses parmi les Grecs qui de- mttrr' 34" mandèrent au Patriarche d'Antioche la permission d'en

tendre les confessions des Religieuses qui leur étoient sou mises : ce que ce Prélat ne voulut pas accorder,avec raison , disant que cc pouvoir ne devoit être donné qu'aux Prêtres. Nous parlerons dans la fuite de cette Histoire d'une Abbesse du Monastère de la Huelgas . de l'Ordre de Cîteaux en Espagne , qui prétendant avoir le même pouvoir que les Abbes de l'Ordre , & que tout ce qui leur étoit permis , lui étoitaussi permis , benissoit les Novices , expliquoit l'Evan- gile , montoit en Chaire pour prêcher , & entendoit les con fessions de ses Religieuses. II y a eu aussi une Règle soûs le nom de saint Eugippe, Abbe de saint Severin de Naples , dont on n'a plus de con- noissance. II s'en trouve encore une dans le Code des Rè gles des saints Abbés Paul & Etienne , que quelques- uns ont cru avoir été Solitaires d'Egypte. Holltenius a donné celle de saint Aélrede, Abbé de Rival en Ecosse,

jMabilion , marque le Pere Mabillon j l' Institut étoit observé dans

de saint Aélrede, Abbé de Rival en Ecosse, jMabilion , marque le Pere Mabillon j l'

Quatrième Partie , Chaf. V.

37

contiene de inftru&ions qu'il donne à fa f ur , qui s'é- reglispb

«oit retirée dans un Monaftere : mais ce Saint vivoit encore differ n-

qui

dans le XIII. iiécle. Hacftenius fait encore mention de î0nnes. quelques anciennes Regles , dont on n'a plus de connoif- fance. Enfin il y a eu encore en France la Regle des Grignans , <mi eft auffî prefentement inconnue. Elle e'toit obfervée par une Congregation de Moines,quiétoient au nombre de qua tre cens dans differens MonaftereSjdont leprincipaf étoit ce lui de Grigny , qui avoit donné fqn nom à la Congregation, & étoit bâti hors des murs de Vienne en Dauphine , fur le bord du Rhône. Fote^ Hacftenius , Difquijît. Monafl. Bulteau , Hifloire de Vordre de fatnt Benoit. D. Jean Mabillon , Annal. Benedict. . I. Luc Holftenius,CW. Rcgul. & le P. Le Mege, Pref. fur la Regle de fatnt Benoît.

Chapitre V,

De î'ancienne Congregation du Mont-CaJJîn , appellee aujfî

de la Grotte & de faint Benoît.

QU o i QU E dès Ies premieres années de 1'établiíTement -

de l'Ordre de faint Benoît , il femble qu'il ait été di-

j¡f oTr"'

i plufieurs Congrégations,elles ne formoient pas nean- Cassin.

moins de corps diftincts & feparés.La premiere qui ait,pour ainfi-dire , formé un Ordre nouveau fortide la tige de celui de faint Benoît ,eft celle de Cluny , qui ne fut fondée que l'an ^io. La plus ancienne de ces Congrégations eft celle du Mont-Caffin,ainfi appellée du nom de ce celebre Monaftere, Chef de tout l'Ordre de faint Benoît. On lui a donné auili le nom de la fainte Grotte , à caufe du Monaftere qui a été bâti où étoit la Grotte ou Caverne , qui fervit de premiere demeure à faint Benoît, lorfqu'il fe retira à Subiago : quel ques-uns ont auffi donné à cette Congrégation le nom de faint Benoît,Patriarche de cet Ordre. Il ne fe paila rien de confiderable fous le gouvernement de l'Abbe Conftantin , <qui fucceda à faint Benoît. Simplicius qui prit la place de Conftantin,contribua beaucoup à la propagation de cet Or dre , aïant publié la Regle du faint Fonctateur,qui n'étok Eiij

beaucoup à la propagation de cet Or dre , aïant publié la Regle du faint Fonctateur,qui

38

Histoire des Ordres Religieux ,

Congre- guercs connue que dans les Monastères qui avoient été Fort»

y "0 dés de son vivant , & il excita les autres Communautés Re- Oìsin. ligieuses à la recevoir 6c à s'en servir pour perfectionner

leurs Observances. Vital &: Bonit furent Abbés du Mont-Canin après Sinv- plicins > mais le gouvernement de Bonit ne fut pas tran quille. Ce fut de ion tems que la prédiction de saint Benoît «'accomplit. Ce Saint avoit averti ses Disciples que tous les édifices du Mont-Caflìn seroient renversés par les Lombards. Il n'a voit pu détourner ce malheur , ni par ses prières > ni Î>ar -ses larmes > il avoit seulement obtenu de Dieu que tous es Religieux échapperaient des mains de ces Barbares- La chose arriva comme il l'avoit prédite l'an 580. les Lombards conduits par un de leurs Chefs , attaquèrent de nuit les Mo nastères & s'en rendirent les maîtres. L'Abbé Bonit & ses Religieux ne laissèrent pas de se sauver , emportant avec eux quelques meubles & quelques Livres , entre lesquels étoit .'Autographe de la Règle & le poids du pain, avec la mesure du vin qu'elle prescrit pour le repas. Ils vinrent à Rome,où ils furent favorablement reçus du Pape Pelage II. qui leur {>crmit de bâtir près le Palais de Latran , un Monastère, fous e titre de saint Jean-Baptiste , de saint Jean-l'Evangeliste & de saint Pancrace. II y avoit près décent quarante ans que les Bénédictins demeuroient dans ce Monastere,aïant presque perdu l'espe- rance de retourner à celui du Mont-Casfin , qui selon toutes les apparences, devoir demeurer enseveli sous ses ruines. II avoit servi pendant un tems de retraite aux bêtes sauvages > mais quelques Solitaires & Anachoretfes y avoient établi leur demeure Tan 710. lorsque le Pape Grégoire 11. qui âppliquoit tous ses foins à faire fleurir l'état Monastique > après avoir non feulement fait rétablir à Rome plusieurs Monastères ruinés , en avoir fondé de nouveaux, & changé même fa maison cn un Monastère , songea à relever les bâti mens de celui duMont-Cassin.Petronax,qui fut l'instrument dont il fe servit pour exécuter son dessein , étant venu à Rome pour y visiter les saints lieux , avoit peut être eu des sein de fonder quelque Monastère : mais le Pape Grégoire lui persuada d'aller au Mont-Caflìn , &l'engagea de travail ler au rétablissement de ce Monastère. On ne sçaic s'il étoic

au Mont-Caflìn , &l'engagea de travail ler au rétablissement de ce Monastère. On ne sçaic s'il

Quatrième Partie , Chap. V.

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déjà eng-aee dans la profeffion Monaftique : il eft feur au Congrí.:

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moins qu il croit originaire de Bretie,ôc qu il joignoit a une Mom-

noble extraction beaucoup de pieté. Il alla donc au Mont-CASSIN"

Caffin l'an 710. il commença à le rebâtir , & forma une nou velle Communauté,qui fut compofée de quelques Religieux qu'il avoit amenés de Rome , Se de la plus grande partie de ces Solitaires qu'il y trouva, il gouverna cette Communauté en qualité d'Abbé: il y bâtit deux Monafteres , le principal fur la montagne , à l'endroit même où il étoit du tems de faint Benoît , l'autre fous le titre de faint Sauveur proche le Château de Caffin , au pied de la montagne , aux environs duquel l'on a bâti depuis la ville de faint Germain. 11 reftoit de l'ancien Monaftere une tour que l'on voit encore aujour d'hui , ôc, où , felon un ancien manuferit , à certaine Fêted© l'année ( peut-être étoit- ce celle de faint Benoît ) les Grecs &les Latins faifoient l'Office : ce qui fait douter fi l'Abbé Petronax inftitua des Moines Grecs dans le Monaftere de faint Sauveur , ou s'il avoit établi des Moines Grecs & des" Latins dans celui d'en haut , ou fi les Grecs ne venoient point d'un certain Monaftere voifin pour célébrer l'Office dans celui du Mont- Caffin. Mais comme Leon d'Oftie die que les Moines des deux Monafteres de Caffin fe trouvoient le Mardi de Pâques dans l'Eglife Paroiffiale de faint Pierre dans la ville de faint Germain , que l'on appelloit pour lors de faint Pierre , où ils celebroient la Meffe avec un chant

mêlé de Grec & de Latin jufqu'à la fin de Evangiles & que

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cette folemnité fubfiftoit encore du tems de l'Abbé Theode- mare , comme il paroît par fes Lettres à l'Empereur Charle magne j il fe peut faire que cette folemnité ait été inftituée

par l'Abbé Petronax. Dieu donna une grande benediction à fes travaux , & fi Communauté devint fort norrtbreufe en peu de tems : il y eut même des Princes qui voulurent être de fes Difciples , comme Carloman Duc & Prince des François , fils du fa meux Charles-Martel Maire du Palais. Ce Prince qui avoit eu en partage l'Allemagne & la Thuringe , après avoir foû- mis parla force de fes armes , avec le fecours de Pepin fori frère , ces peuples quis'étoient révoltés en plufieurs rencon tres , renonça à fes Etats & vint à Rome,où il reçut l'an 747. la tonfure Cléricale & l'habit Monaftique des mains du Pape Cl j :, >>

il reçut l'an 747. la tonfure Cléricale & l'habit Monaftique des mains du Pape Cl j

40

Histoire des Ordres Religieux,

Congre- Zacharie. Il se retira ensuite sur le Mont-Soracte , où il joí- cation dp gnit á une Eglise de saint Silvestre qui v étoit déja , un Mo--

Cassin/" nastere qu'il fit bâtir , & où il demeura quelque tems : mais- s'y trouvant trop importuné de visite , il alla au Mont-Cassin pour y vivre fous l'obéïssance de l' Abbé Petronax. Trois- ans après , lan 750. Rachis , qui étant Duc de Frioul , suc choisi par les Lombards , pour succéder à leur Roi Luit- prand , conçut tant de mépris des choses du monde , que suivant 1 exemple de Carloman , il alla trouver à Rome le Pape Zacharie , dont il reçut la tonsure Cléricale & l'ha- bit Monastique. Tasie sa femme , &. ía fille RetrudeTprirent aussi l'habit de Religion , òc le Pape les envoïa tous au Mo nastère du Mont-Caffin où Rachis se soumit aux observan ces Régulières: Tasis & Ratrude bâtirent à quatre milles du Mont-Cassin le Monastère dePiombarole où elles se retirè rent & vécurent dans l'observance d'une exacte Discipline. La réputation de l' Abbé Perronax s'étoit répandue dans les- païs éloignés. Saint Boniface Archevêque de Mayence, aïant fait bâtir la célèbre Abbaïe de Fulde en Allemagne > dont le Prieur Carloman fut Fondateur , puisqu'il donna le lieu sur lequel elle fùt bâtie , designa pour premier Abbé de ce Monastère saint Sturme. Mais voulant que la Règle de saint Benoît y fut exactement observée , il envoïa ce nouvel Abbé au Mont-Cassin pour y remarquer soigneusement Sc les observances & les usages ,afin de les faire pratiquer en suite à Fulde. Gisulfe Duc de Benevent édifié del'exacte observance des Religieux du Mont-Cassin leur donna le ter

ritoire d'alentour. La Duchesse Seauniperge fa femme, vou- lanc imiter fa pieté , convertit en
ritoire d'alentour. La Duchesse Seauniperge
fa femme, vou-
lanc imiter fa pieté , convertit en une Église qui fut dédiée
en l'honneur de l'Apôtre saint Pierre , un Temple qui se
trouvoit dans le Château de Cassin>&: qui y avoitécé bâti
par les Païens
pour y honorer leurs fausses divinités. Un des
íùjets du Duc de Benevent,offrit aussi au Monastère de faine
Benoît une Eglise de saint Cassien qu'il avoit fait bâtir á.
Cingle,avec les terres qui en dependoient : ce que ce Prince
confirma , &. l'Abbé Petronax , de ion consentement , fit bâ
tir au même lieu un Monastère pour des Religieuses. Le
Pape Zacharie pour remoigner aussi l'estime qu'il faifoitde
cet Abbé & de ces Religieux , les protegeoit en toutes sortes
«ìe rencontres. II leur envoïa h Reglq écrite de 1* main de
saint
de ces Religieux , les protegeoit en toutes sortes «ìe rencontres. II leur envoïa h Reglq

Quatrième Partie Chap. V.

4t

faint Benoit avec le poids du pain Se la mefuredu vin qu'elle concrb-

preferir, qui avoient été autrefois portés à Rome. 11 leur or donna des Livres de l'Ecriture- Sainte &. des ornemens pour Cas sin, kurEglife. Ilexemta leur Mona itere , & les autres qui en* dépendoient, de la Jurifdiction des Evêques,& entr 'autres» privileges il leur accorda la permiffion de chanter à la Melïe les Dimanches & les Fêtes le Gloria in excelfis , ce qui n'étoit pas pour lors permis à toutes fortes de Prêtres5comme on le peut'voir parla Bulle de cePape du 18. Février 741. qui eft inlerée dans le Bullaire de cette Congrégation. Enfin l'Abbé Petronax après avoir gouverné cette Abba ïe pendant trente deux ans , mourut le 30. Avril 750. 11 eut pour fuccefleur Optât , qui crut que par le credit du Prince Carloman Religieux de fon Abbaïe , il pourroic recouvrer le Corps de faint Benoît , qui avoit été porté en- France avec celui de fainte Scholaftiqueprès de cent ans au paravant par faint Aigulfe, que Monmol Abbé de Fleury avoit envoie au Mont-CaiTin pour chercher ce précieux tre- for , qu'il trouva enfeveli fous les ruines de l'Eglifedu Mo- nailcre. Optât envoïa de fes Religieux au Pape Zacharie pour lui demander des Lettres de recommandation auprès du Roi de France, & le prier d'emploïer fon autorité pour contraindre les Religieux de Fleury à reftituer le corps de leur faint Fondateur. Mais ceux qui furent en voïés en Fran ce ne réüffirent pas dans leur AmbaíTade,quoiqu'ils euiTenc la protection du Roi,qui envoïa des perfonnes à Fleury pour

enlever de force le Ccrps de faint Benoît : car ceux-ci aïanc été couverts de ténèbres en entrant dans l'Eglife , en furent tellement troublés , qu'aïant demandé pardon l'Abbé & aux Religieux , ils retournèrent vers le Roi : & l'Archevê que de Roiien qui étoit porteur des Ordres de ce Prince , fe contenta de demander quelque peu des Reliques du Saint , pour les envoler au Mont-Caifin , afin que ce lieu qui avoit

e'té illuftré par fapréfence, ne fût pas privé tout- à- fait d'un

fi grand trefor.

Les richeffes de cette Abbaïe, & les Monafteres de fa dé

pendance , augmenroient de jour en jour par la libéralité de lnfieurs perlonnes qui y donnoient tous leurs biens. Sous Abbé Thomichisqui fucceda à Gratian l'an 76' . Gen* rilhomme de Benevent , nommé Leon , fe donna avec tou*

Tome Vt:

5;

fucceda à Gratian l'an 76' . Gen* rilhomme de Benevent , nommé Leon , fe donna

4*

Histoire des Ordres Religieux f-

Cohjri- fes biens au Monaftere du Mont-Caffin: la donation fut mont.01 écrite de fa propre main, Se futmife à l'endroit où avoit e'té Casmn. autrefois le Corps de faint Benoît. Elle contenoit entr'autres

choies que tous fes Serfs ou Efclaves .aufquels il venoit de

donner la liberté , feroient VaiTaux

tous leurs biens dépendroient d'elle , & que tous les mois il y en auroit quatre qui ne s'occuperoient qu'au fervice des Religieux , &. leur obéiraient en tout j qu'ils ne pourroienc vendre qu'entre eux leurs biens,&s'en faire donation l'un à l'autre j & que les biens de ceux qui mourraient fans enfans,

appartiendraient au Monaftere:mais que les Moines ne pour raient vendre leurs enfans comme elclaves , les devant re-< garder comme perfonnes Charlemagne étant en Italie l'an 787. alla par devotion au Mont-Caffin , fie fe recommanda aux prières des Reli- frieux : il leur accorda des Lettres pour les maintenir dans

a joüiflance de leurs biens 5 il confirma leurs Privileges , leur en accorda de nouveaux, & leur conferva le droit qu'ils avoient d'élire leur Abbé. Theodemar l'étoit pour lors : ce fut dans ce voïage qu'il demanda à Charlemagne le Mo naftere de Glanfeiiil , fondé en France par faint Maur , fe plaignant à ce Prince, 6c au Pape Adrien I.dece que ce Monaftere de Glanfeiiil , qui dépendoit dans fon origine de celui du Mont-Caffin , en avoit été fouftrait > & de ce qu'il avoit été dépouillé de fes biens par l'Abbé Gaïdulfe , qui étoit un très méchant homme. LePape &. l'Empereur eurent égard aux remontrances de l'Abbé Theodemar j Glanfeiiil fut reditu é au Mont>Caflin j & il fut ordonné que quand l'Abbé ferait mort, celui du Mont-Caffin en nommerait un autre, qui recevrait de lui la benediction, Sc irait tous les cinq ans au Mont-Caffin, où il prendrait la place du Prieur. Les Moines de faint Maur-des Foflez près Paris , chez lef- quels l'on porta le corps de S.Maur l'an 8 6 8.par les ordres du Roi Charles le Chauve, dans la crainte des Normans , qui ravageoient la France depuis pluiieurs années , aiïujet- tirent à leur Monaftere celui de Glanfeiiil 5 mais ceux du Mont- Caffin le réclamèrent une féconde fois , & portèrent leurs plaintes au Pape Urbain II. qui aïantvu la Bulle d'Adrien I. leur fit reftituer ce Monaftere, qui a été de leur dépendance pendant près de deux iiécles. y-

de Abbaïe } qu'eux Se

reftituer ce Monaftere, qui a été de leur dépendance pendant près de deux iiécles. y- de

Quatrième Partie , Chap." V. 43 Tandis que les Normans ravageoient la France, & re- CoNGRI. duisoient en cendres la plus grande partie des Monastères, cation o» les Sarrasins en Italie ne cauloient pas moins de maux. Ils Ca*mj£ pillèrent le Territoire de Rome , saccagèrent le bourg de S. Pierre , 8t l'Eglise de ce Prince des Apôtres ne fut pas à I'abri de leurs insultes. Ils allèrent au Mont-Cassin pour mettre encore ce Monastère dans le même état de désolation» ©ù la fureur des Lombards , l'avoit autrefois réduit , n'y aïant pas laissé pierre fur pierre. Mais Dieu écouta les prières des Religieux qui se couvrirent de cendres & decili- ces: & la nuit que les barbares avoient choisie pour ravager le Monastere,aïant été emploïée à la prière & àl oraison, il fut pour cette fois préservé de leurs insultes : car par un mira cle surprenant , lorsque les Sarrasins se dispofoient à passer la rivière de Liris ou de Garillan , le tems qui étoit extrê mement íerein , se changea tout d'un coup : il tomba une pluie si prodigieuse , que cette rivière déborda, òc les Sarra sins furent obligés de s'en retourner , s'étant contentés d'à-- voir brûlé deux Prieurés des dépendances du Mont- Caílìn. Bassace étoit pour lors Abbé de ce Monastère. C'étoit la coutume détenir le dernier jour d'Août un Chapitre Gene- ral,oìi se trouvoient les Religieux des Monastères de la dé pendance de cette Abbaïe. L'Abbé les entretenoit des de voirs de l'Observance,& les exhortoit à s'en bien acquitter- Le jour suivant on faisoit le choix de ceux qui dévoient de meurer dans chaque Prieuré où on les envoïoit,pour y exer cer les fonctions qui leur étoient commises. Bassace qui avoit gouverné cette Abbaïe pendant dix-huic ans, étant mort l'an 856. Berthaire l'un de les Disciples , suc élu en fa place j & comme il voulut mettre à couvert son Monastère de toutes insultes , il l'environna de tours & de fortes murailles, Si commença á bâtir une ville aux environs-' de celui de saint Sauveur au pied de la montagne. II fit d'au tant plus aisément cette dépense , que son Abbaïe augmen- toit chaque jour en richesses, par les grandes donations que1 l'on y faisoit. Mais ces précautions furent inutiles : car les» Sarrasins étant retournés au Mont-Caísin l'an 866. ils y fi rent quelque dégât, & jetterent des meubles & des ornemens» d'Eglise dans le fleuve , ou les brisèrent , mais ils] épargnè rent pour lors les bâtimens, moïenant une somme] d'argenc

dans le fleuve , ou les brisèrent , mais ils] épargnè rent pour lors les bâtimens,

'44

Histoire Ces Ordres Religieux,

offrit. Attirés cependant par les grandes richeíTes

Mo'n r-Dt 1" étoient dans ce Monaftere , ils y retournèrent pour une

Congre- qu'on leur

Capouë , prièrent un faint homme nommé Jean , qui étoit Archidiacre de l'Eglife de
Capouë , prièrent un faint homme nommé Jean
, qui étoit
Archidiacre de l'Eglife de Capouë , de prendre le gouver
nement de cette Communauté de Teane. Il l'accepta , prit
l'habit Monaftique, & a'fant été élu Abbé par les Religieux,
il les fit confentir à venir demeurer à Capouë. Mais comme
il n'y avoit point de Monaftere en cette ville , cet Abbé ac
quit par échange de celuide faint Vincent de Voltornc, une
petite Eglife à la porte faint Ange , où trois Moines fort
vieux demeuroient,dans une petite maifon qui u etoit bâtie
que de bois. Il y fit conftruire par les libéralités de plufieurs
perfonnes une Eglife en l'honneur de faint Benoît , avec un
Monaftere,où il afTembla plus de cinquante Religieux.
Quoique le Monaftere du Mont-Caffin fût inhabité , il
étoit cependant toûjours reconnu pour le Chef de tout l'Or
dre. Le Pape Marin II. lui accorda plufieurs Privileges l'an

Çassin. troifiéme fois , l'an 884« Ils attaquèrent le Monaiiere d'en- haut le 4. Septembre , & le reduifirent en cendres , &. fix fe- maines aprés,ils en firent autant à celui de faint Sauveur au bas de la montagne. Ils tuèrent au pied de l'Autel de faine Martin l'Abbé Berthaire , qui comme un bon Pafteur , s'ex- pofa à la mort pour conferver fon troupeau 5 car tous fes Religieux échappèrent à la rage de ces barbares, chacun em portant ce qu'il pouvoit du trefor de leur Eglife , & des au tres meubles. Ils fe retirèrent à Teane dans le Prieuré de S- Benoîr, où ils élurent pour Abbé Angelar, qui étoit Prieur du Mont-Caffin,Sc que fon mérite fit élever iur le Siège Epif- copal de Teane. Deux ans après il entreprit de rétablir le Monaftere de faint Sauveur i ce qui ne lui fut pas difficile à exécuter , parce que les biens du Mont-Calîin s'accrurent beaucoup pendant fon adminiftration. L'Abbé Leon l'an 5)04. fit rebâtir celui du Mont-Caffin, vingt- fept ans après fa deftruction. Un accident imprévu réduifit en cendres celui de Teane , où la plupart des Livres du Mont-Catïîn fu rent brûlés, avec l'Autographe de la Regle de faint Benoît. Les Religieux n'abandonnèrent pas pour cela Teane í ils y réitèrent encore jufques en l'an 5715. que l'Abbé Leon étant mort , ôc ne fe trouvant perfonne parmi les Religieux capa ble de lui fucceder , Landulphe fie Antcnulphe, Princes de

mort , ôc ne fe trouvant perfonne parmi les Religieux capa ble de lui fucceder ,

''Quatrième Partie , Chap. V.

45

944. & le maintint dans la possession de tous ses biens, & de Cong ut-

tous les Monastères tant d'hommes que de filles qui e'toient m onV* de fa dépendance, & confirma le droit que les Religieux Cassik. avoient d'élire leur Abbé. Le Pere Mabillon dit que ce Pape accorda à cet Abbé la permission de chanter à la Messe les Fêtes & Dimanches le Gloria, in excelfis : mais nous avons remarqué ci-dessus que le Pape Zacharie avoit accordé aux Religieux de cette Abbaïe la même grâce deux cens ans auparavant. Peut-être ce sçavant Bénédictin a-t-il trouvé la Bulle de Zacharie suspecte, ce qui l'a pu empêcher de parler de ce Privilège plutôt qu'en l'an 5)44. & il n'a pas apparemment combattu cette Bulle , pour ne pas faire de peine aux Bénédictins de la Congrégation du Mont-Cassin , qui comptent fort fur toutes les.Bulles inférées dans leur Bul- 1 laire , quoique cependant il y en ait plusieurs de douteuses, principalement celles du Pape Zacharie. Comme les Princes de Capouë avoient assujetti le Mona stère de saint Benoît de Capouë à leur domination , ce qui avoit été cause que les Religieux avoient abandonné les Ob servances Regulieres,pour vivre à la façon des séculiers , le Pape Agapet II. l'an 5)46. à la sollicitation de l'Abbé Bau- doùin , obligea ces Religieux de retourner au Mont-Cassin,

pour y vivre dans les Observances Régulières. I ls n'y allè rent néanmoins que fous l'Abbé Aligerne,qui fut élu l'aa 5>4<>. & ce Monastère qui avoit demeuré pendant soixante & dix-sept ans comme désert & abandonné , depuis fa der

niere déstruction par les Sarrasins , fut de nouveau habité par une nombreule Communauté qui se forma dans la fuite, où l'on vit en quelque façon revivre l'efprit de leur Fonda teur fous le gouvernement d' Aligerne,qui , comme un autre

, a été le Restaurateur , non feulement des édifices

matériels de cette Abbaïe , mais encore de l'Obfervance Régulière. Il fit achever les bâtimens qui avoient été com mencés par les Abbés Léon & Jean , tk recouvra la plûparc des biens qui avoient été usurpés par les Comtes de Teane Sc d'Aquino : ce qui lui attira beaucoup de persécutions, prin cipalement de la part d'Adenulphe Comte d'Acjuino , qui voïant qu'il lui redemandoit ce qu'il avoit usurpe à son Mo nastère , & que sur le refus qu'il en avoit fait , cet Abbé en avoit porté ses plaintes à Landulphe Prince de Capouë , il eo

Petronax

le refus qu'il en avoit fait , cet Abbé en avoit porté ses plaintes à Landulphe

46

Histoire des Ordres Religieux,-

ATioNmi ^ut ^ *rrlt^ <VX^ ^e fit enlever , 6c l'aïant fait couvrir d'une

mont-

Casìin. au p6Upie> Mais le Prince de Capouë voulant venger raf-

peau d'ours , il l'exposa à des chiens pour servir de spectacle

front fait à Aligerne, commanda à Adenuíphe de le venir trouver. Ce Comte aima mieux se révolter contre son Prince que d'obéir : ce qui obligea Landulphe de venir à Aquino> avec des troupes. Adenuíphe s'y votant assiégé , & ne pou vant évker de tomber entre les mains de son Seigneur , se

mit une corde au col, & se fit ensuite conduire par sa femme en la présence du Prince pour implorer sa clémence > mais Landulphe le livra ainsi lie entre les mains de l'Abbé Aliger ne , & lui fit restituer tous les biens qu'il avoit pris à for* Abbaïe. .11 y a de 1 apparence que l'Obscrvance Régulière , qui avoit été rétablie auMont-Cassin par l'Abbé Aligerne,souf-" frit quelque atteinte fous le gouvernement de Manson , qui lui succéda Pan ^86^ òc qui bien loin de suivre ses traces ^ mena au contraire une vie toute opposée, qui reflentoit plus celle d'un Séculier addonné à ses plaisirs , que celle d'un»

successeur de saint Benoît.

II se raisoit suivre ordinaire

ment par un grand nombre de Domestiques vêtus de soie :

il avoit de grands équipages , & frequentoit souvent la-

Cour de PEmpereur. L'envie de dominer lui fit commencer une Fortereííe y où saint Thomas drAquin a pris naissance

<lans la fuite : ce qui donna de la jalousie aux- Princes de Capouë , qui appréhendoient qu'il ne voulût se rendre maî tre de toute la Province. Alberic Evêque de Marsico , qui avoit envie de s'emparer de PAbbaïe du Mont- Cassin pour la donner à un fils qu'il avoit eu d'une Concubine, profitant de la jalousie des Princes de Capouë , convint d'une somme d'ardent avec quelques Bourgeois de Capouë , & quelques méchans Moines,pour se saisir de l'Abbé , & lui crever les yeux : ccux-ci aïant exécuté leur promesse l'an 996. mi rent les yeux de cet Abbé dans un linge pour les porter à cet indigne Prélat , afin de recevoir de lui la récompense de- ìeur crime f mais par un juste jugement de Dieu , ce mé chant Evêque mourut à la même heure que Manson avoit été privé de la vûë. Comme il est plus aisé de tomber dans le relâchement que de sert relever , il est à croire que les Religieux du Mont

Comme il est plus aisé de tomber dans le relâchement que de sert relever , il
Comme il est plus aisé de tomber dans le relâchement que de sert relever , il

Quatrième Partie , CriAp. V. 47

Caiïïn ne profitèrent point, ni des avis , ni de l'exemple que Covent.

leur donna leur Abbe Jean 1 1. fuccefleur de Manfon , qui

étoit un très iâint homme , &c que ce fut ce qui l'obligea à « . renoncer à cette Dignité , pour fe retirer dans une folitude avec cinq ou fix Religieux , qui voulurent apparemment éviter le relâchement. Ceux qui relièrent au Mont-Caf- iln ne profitèrent pas davantage des inftruftions que leur donna Jean III. qui fut élu après la démiffion volontaire de Jean I L Cet Abbé fit paroitre beaucoup de confiance Se de grandeur d'ame dans toutes les adverficés qui lui arrivè rent pendant les douze années de fon gouvernement : car pendant qu'il ne fongeoit qu'à embellir Eglife, à faire de nouveaux bâtimens & à augmenter le nombre des Monafte- res de fa dépendance , un grand tremblement de terre qui dura pendant quinze jours, endommagea notablement - glife. D'un autre côté les Princes voifins par les vexations qu'ils lui firent , l'obligèrent de fe retirer a Capouë j & fes Moines pendant fon abfence lui aïant fufeité une perfecu- tion domeiHque , le dépoferent & élurent en fa place un au tre Abbé. Mais le Schifme ne dura que fept mois , & les' troubles aïant été appaifés , l'Abbé retourna au Mont- Caiïin , où il mourut l'an loio. Ce cjue l'on pourroit con

Jf "r

damner dans la conduite de cet Abbe , 'eft

vivant , fait reconnoitre pour fon fucceíTeur par une partie de fes Religieux , un de fes parens qui n'étoit encore que Novice, ce qui caufa un nouveau Schifme. Il y eut un troifiéme Schifme en 1116. & un quatrième l'an 113S. & de tems en tems le Mona itere fe trouvoit vexé par la tyrannie des Seigneurs voifins. L'an 1030. Pandulphe Prince de Capouë , s'empara prefque de tous les bourgs ÔC villages qui lui appartenoient , dont il mit en pofTeiïion les Normans , qui fuivoient fon parti , & qui étoient pour lors répandus dans l'Italie. Il enleva les vafes facrés &. les orne- mens , & donna le Gouvernement de la ville de faint Ger main & du Mona itere du Mont-Caflin , à Tôdin , l'un des Serviteurs de cette Abbaïe, qui traita les Moines avec tant de dureté , qu'il fit manger les Serviteurs dans leRefedoire, où jufqu'alors aucun Laïque n'avoit été admis , & qu'un jour de l'AfTomption de la Vierge, ils ne purent pas avoir de

d'avoir de fon

vin pour dire la MeiTe.

qu'un jour de l'AfTomption de la Vierge, ils ne purent pas avoir de d'avoir de fon

'4?

Histoire des Ordres Religieux,

Congre.

Richer qui fut Abbé en 1037. fut obligé de lever des-

Mont-D1' Troupes pour recouvrer les terres qui avoienrété usurpées.

Cajsin. 11 disputa le passage du- Garillan aux Comtes d'Aquino &. aux Normans qui étoient avec eux j mais aïant été forcé, il fut fait prisonnier , & pendant quinze jours tout le Ter ritoire de Caflìn fut en proie à l'ennemi. L'Abbé aïant été mis en liberté, alla en Allemagne ,d'oìril ramena des trou pes avec le secours desquelles il"contraignit les Normans qui occupoient les terres de l'Abbaïe , de lui prêter serment de fidélité: mais ils le violèrent peu de tems après jcar se voïant en grand nombre , ils bâtirent le château de saint André pour leur servir de place d'armes &: de retraite , fans avoir égard aux défenses de l'Abbé, qui eut recours alors aux armes spirituelles de la prierej &qui par le secours de faine Benoît , fit plus qu'il n'auroit fait avec des troupes re- Êlées : car les' Normans étant venus au Mont-Cassin fous . conduite de Rodolphe T fous prétexte de traiter de paix > mais en effet dans le dessein de faire prisonnier l'Abbé ou de le tuer , ils entrèrent dans l'Eglise comme pour faire leurs prières , aïant laissé leurs armes à la porte, suivant la cou tume de ce tems là , auquel il n'étoit pas permis d'entrer dans l'Eglise avec des armes. Les serviteurs de l'Abbaïe s'en étant apperçus , se saifirent des armes & des che vaux des Normans , sonnèrent le tocsin pour faire prendre les armes aux habitans des lieux circonvoisins , & se jette- rent sur les ennemis , dont ils en tuèrent plusieurs & firent prisonnier Rodolphe leur Chef avec plusieurs autres , de forte qu'en un seul jour les Moines du Mont-Caffin reoxr- vrerent tous les lieux qui avoient été usurpés, à la reserve des Châteaux de saint Victor & de saint André , dont ils chassèrent auflì quelques jours après les Normans : après quoi l' Abbé ne se fiant plus à leur serment , fit entourer de murs tous les Châteaux qui dépendoient de l'Abbaïe & y mit garnison. Le Monastère du- Mont-Caíîìn prir un nouveau lustre sous le gouvernement de l'Abbé Didier ,depuis Pape , fous le nom de Victor I I I. qui est regardé comme un des Res taurateurs dd cette célèbre Abbaïe. II fit abbattre l'ancien- ne Eglise lan 1066. & en fit rebâtir une autre avec toute

Ia magnificence possible } aïant fait venir de Rome avec beaucoup

lan 1066. & en fit rebâtir une autre avec toute Ia magnificence possible } aïant fait

QUATRIEME I>ARTÏÏ 1 V.-'

4*

Beaucoup de depenfe, des marbres , des colomnes , des Congrí- bafes & autres matériaux. Il env-oïa mefme jufqu a-Con^- mont" DC

ûantinople pour faire venir d'habiles-Architectes. L'Eglife Catí lMt fut achevée au bout de cinq ans, & la Dédicace s'en fit avec beaucoup de folemnité Se un grand concours de Prélats r car il y eut dix Archevêques & quarante trois Evêques qui y aififterent avec Richard Prince de Capouë, fon fils

& fon frere,Gifulphe Prince de Salerne,StLandulphePrince

de Benevent, ôcplufieurs autres Seigneurs. L'Abbé Didier ne fe contenta pas d'avoir fait rebâtir l'Eglife , il ajouta encore plufieurs édifices au Monaftere , dont les richefles- augmenterent dans la fuite par les grandes donations quilui furent faites. Le Schiime qui arriva dans l'Eglife l'an 1130. après la. mort du Pape Honorius 1 1 . penfa caufer encore la ruine de

ce Monaftere. Le même jour qu'Innocent II. fut élu cano* niquement pour fucceiTeur d'Honorius , le Cardinal Pierre de Leon aïant une puiflante faction dans- Rome , fe fit auiîi f>roclamer Pape fous le nom d'Anaclet IL La Franced'Al- emagne , & l'Angleterre reconnoiflbient Innocent. L'Italie fuivit le parti d'Anaelet , qui pour y attirer Roger Duc de la Poüille ,. & fe le pendre plus favorable , érigea fes Etats en Roïaume fous le nom de Sicile. L'Empereur Lothaire étant venu en Italie pour rétablir le Pape Innocent fur fon,. Siège , fe fit couronner par ce Pontife dans le Palais de Latran, &. fa prefence pacifia tous les troubles. Mais à. peine ce Prince fut- il parti , que Roger s'étant mis en cam pagne avec une armée , s'empara de prefque toutes les terres du faint Siège. L'Empereur qui n'avoit rien diminué de fon affection pour l'Eglife >- retourna en Italie avec une puiflante armée. Pendant qu'il étoit en chemin , Guarin- Chancelier de Roger voulut contraindre les* Moines dm Mont-Caflin d'abandonner leur Monaftere entre les mains, de fes gens pour s'oppofer à l'Empereur : mais ils n'y vou* 1 lurent pas confentir,& déclarèrent qu'ils combattroient juf-- qu'-à la mort , & qu'ils fouffriroient plutôt d'être réduits à manger la .chair des chevaux., des chiens & des rats, que de conientir que leur Monaftere tombât entre les mains des * Séculiers. Senioreft qui étoit pour lors Abbé , croïant flé chir l'efprk du Chancelier., lui envoïa douze de fes plue^ Zome p

1

qui étoit pour lors Abbé , croïant flé chir l'efprk du Chancelier., lui envoïa douze de

Histoire des Ordres Religieux,

Congre- anciens Religieux nuds pieds , pour le prier de leur accor* mJnt- DV der du tems , afin de convoquer le Chapitre general , pour

Casun. prendre l'avis des Religieux qui demeuraient dans les Mo-

nafteres de la dépendance du Mont-Ca(lin. La Commu nauté conduifit ces douze Religieux à la porte du Mona- ftere fondant tous en larmes : ils rentrèrent enfuite dans l'Eglife en frappant leur tête contre le pavé : ils imploraient

h mifericorde de Dieu & le fecours de faint Benoît. Ils

Jfirent des Procédions, où ils portèrent, entre autres Reliques,

bras de l'Apôtre faint Mat

thieu & un bras de faint Maur : ce qui aïant irrité davan

du Bois de la Vraïe-Croix , un

tage le Chancelier , il menaça de faire couper le nez & les

Se leurs habits jufqu 'à la moitié

des cuhTes. L'Abbé Seniorecl voïant qu'il n'y avoit plus d'efperance de le fléchir , mit fon Monaítere fous la protection de Lan- dulphe de faint Jean qui tenoit le parti de l'Empereur. Il y

envoïa des foldats & y vint lui-même peu de tems après. Mais dans le tems que le Chancelier de Roger menaçoit de venir ruiner le Monaftere , il mourut fubitement. L'Abbé Seniorecl étant'mort audi l'an 1 137. il y eut quelque diviiion entre les Religieux de cette Abbaïe au fujet de 1'éleétion 4'un nouvel Abbé. Raynaud de Tofcane, felon ce que dit

M. Ange de la Noce , rut élu tumultuairement , & reconnut

(d'abord Antipape Anaclet. Il fe fournit cependant à l'obéïf- iance d'Innocent II. par l'entremife de l'Empereur Lo- chaire , & fut enfin dépofé , après que le Pape eut fait exa miner fon élection qui ne fe trouva pas canonique.

Les évenemens les plus remarquables qui arrivèrent dans

la fuite dans cette Abbaïe regardent le gouvernement fpi-

ritucl. Lorfque faint Celeftin fut élevé fur la Chaire de faine

Pierre l'an 1x574. il vint au Mont- Caflin , 5c voulant l'unir la Congregation qu'il avoit fondée & qui a porté fon nom, il perfuada. aux Religieux de quitter leur habit pour pren dre celui de laCongregation qui étoit gris & d'une étoffe très gradiere, Il y envoïa près de cinquante Religieux de cette Congregation nouvelle, & y nomma pour Abbe Angelar qui étoit de même Congregation, & qui ne gouverna que cinq mois : car le Pape faint Celeftin aïant renoncé cette même #nnée au Pontificat , Boniface V 1 1 L qui lui fucçeia , cada

lèvres à tous les Religieux ,

renoncé cette même #nnée au Pontificat , Boniface V 1 1 L qui lui fucçeia ,

Quatrième Partie , Cha?. V.

51

tout ce qu'il avoit fait, excepté les Cardinaux. Les Celeftins £¡¡? ¡£ forcirent du Mont-Caffin, 2c il fut rendu aux Bénédictins qui Mont-. le poflederent, & élurent leurs Abbés jufqu'enl'an 318. isl"tr

qu'après la mort de l'Abbé Ifuard le Pape Jean XXII. en donna l'adminiftrarion à Odon Patriarche d'Alexandrie : & après la mort de ce Prélat , qui arriva l'an 1313. le même Pat>e érigea le Mont-Caffin & tout fon Territoire en Evê- ché, ôt fupprima la dignité d'Abbé. Il y eut neuf Evêques de fuite : & après la mort d'Ange des Urfins qui fut le der nier , & qui mourut l'an 1367. Urbain V. confiderant que- pendant près de quarante- quaere ans que ce Monaftere n'a- voit point eu d'Abbés , l'obfervance Reguliere en avoit été prefque bannie , lui reftitua le titre d'Abbaïe , 6c fupprima la dignité Epifcopale : il prit ce Monaftere fous fa prote ction , en fut lui-même Abbé , ôç le fit gouverner par fes Procureurs, jufqu'en l'an 1370. qu'il mourut. Après fa mort Barthelemide Sienne fut élu Abbé l'an 1371. Mais quoique Pape eût érigé le Mont-Caffin & tout fon Territoire en Evêché , l'on peut dire qu'il ne fit pas un nouveau Diocêfe, puifque les Abbés du Mont-Caffin avoient toûjours eu une jurHdidion prefque Epifcopale , comme ils l'ont encore. Ce Pontife ne démembra rien des autres Diocêfes pour former celui de Caffin : & lorfque le Pape Urbain V. fupprima la dignité Epifcopale, il ne diminua rien de la jurifdiftion de l'Abbé du Mont-Caffin , qui aiTemble un Synode , confère les Ordres mineurs , non feulement à fes Religieux , mais aux Séculiers qui Tont de fa jurifdiftion , leur donne le'Sa- crement de Confirmation , fit joiiit de plufieurs droits qui n'appartiennent qu'aux Evêques. Après que le Pape Urbaifi V.eut rendu le titre d'Abbaïe à ce Monaftere , il rut toûjours gouverné par des Abbés Ré guliers , jufqu'en l'an 1454,. Pirrhus Tomacelli aïant été' élu en 1 415?. gouverna cette Abbaïe pendant dix-huit ans ; mais aïant voulu retenir le Château de Spolette contre la volonté du Pape Eugene I V. ce Pontife le ht enfermer dans Château Saint- Ange , où il mourut l'an 1437. après avoir été privé de fon Abbaïe peu de tems auparavant. Elle de meura fans chef pendant huit ans & demi,jufqu'enl?ani44¿- <ju'Antoine Caraffa dernier Abbé Regulier perpétuel fut élu pour la gouverner. Mais aprèsfa mort qui arriva l'an 1 454^ -

6ij

Caraffa dernier Abbé Regulier perpétuel fut élu pour la gouverner. Mais aprèsfa mort qui arriva l'an

p,

Histoire des Ordres RtucviuXi

congrí- ce Monaftere fut donné en commende au Cardinal Loííifi

do

Scarampi patriarche d'Aquilée. Le fécond Abbé

, mendataire fut le Pape Paul II. qui le fit gouverner par fes

Legats depuis l'an 14*65. jufqu'àfa mort. Jean d'Arragon

en fuite. Enfin le

Cardinal Jean de Mediéis -qui fut enfuite Pape fous le nom de Leon X. en aïant été pourvu. , s'en démit entre les du Pape Jules 1 1. qui l'unit l'an 1504. à la Congregation de iainte Juftine de Padouc dont nous parlerons dans la fuite. Mais avant cette union il y a de l'apparence que l'ancienne Congregation du Mont-Caffin ne mbfiftoitplus, & que les différentes revolutions arrivées dans le gouvernement fpi- rituel de xette Abbaïe , avoient empêché la tenue des Cha pitres Généraux. Si l'on veut ajouter foi à ce que dit Wion & quelques autres Auteurs , l'Abbé du Mom-Caffin fe qualifioit Pa triarche dé la fainte Religion , Duc & Prince de tous les Ab bés & Religieux , Vice-Chancelier de l'Empire , Chan celier des Roïaumes de Tune & l'autre Sicile, de Jerufalem ,& de Hongrie , Comte & Redeur de la Champagne , terre de Labour, & Provinces maritimes , Vice- Empereur & Prince de la Paix : mais fi cela étoit vrai , M. Ange de la Noce n'auroit pas manqué d'en parler. Il paroît feulement far la chronique de Paul, Diacre de cette Abbaïe, que Empereur Lothaire donna à l'Abbé Gnibalde le titre de Chancelier & de grand Chapelain de l'Empire 5c celui de Prince de laPaix: ôcM. Ange de laNoce,dit qu'il eft le premier Baron du Roïaume deNaples. Ponce Abbé de Gluni s étant xencontré à Rome avec l'Abbé du Mont-Caffin dans un Concile , & aïant voulu s'attribuer la qualité d'Abbé des Abbés, on lui demanda fi Cluniavokcommuniqué la Regle de faint Benoît au Mont-Caffm, on le Mont-Caífin à.Cluni » Se aïant confeiTé ce qu'il ne pouvoit nier , on infera que

fils de Ferdinand Roi de Naples , l'obtint

c'étoit avec juftice <yie l'Abbé du Mont-Caffin prenoit ce titre qui lui avoit été accordé par les Souverains Pontifes, pareeque c'étoit du Mont-Caffin que la Regle de faint Be noît s'étoit répandu e par tout le monde. 'eft pour cette raifon que faint Odilon , qui étoit auilî Abbé de Cluni , s'é- trouvé au Mont-Caffin , & aïant été prié d'y célébrer la folemnelle a<yec la Croflb en main, ne voulut jarnai|

Mont-Caffin , & aïant été prié d'y célébrer la folemnelle a<yec la Croflb en main, ne

Quatrième Partie , Chap. VT." 55 iwrroîtreavec cette marque devant le chef des Abbe's , c'eft- à-dire, devant l'Abbé du M ont-Caffin. Foïez, Leon d'Oftie , Chronic. Monaß. Caffin. cum notis Angdi de Nuce. Anton. Tornamira. orig. e frog. de//a Cong. Cajfinenfe. Arnold 'Wion , Lignum vit*. Bulteau , Hiß. de l'Ord. de S. Benott. D.Jean 11 , »» /. Benedict. Cor-? nel. Margarin , Bullar. Cajßnenfe.

Chapitre VI.

^SSïi.

Des Anciennes Congregations de Steile.

SA i N T Placide aïant éte'envoïé en Sicile par faint Be noît , comme nous avons dit dans le Chapitre II. il y bâtit un Monaftere proche Mefline fur le bord delà mer» dont l'Eglife fut conlacrée à Dieu fous l'invocation de faine Jean Baptifte , & fa Communauté fe trouva en peu de tems compofée de trenteReligieux qu'il gouvernoit avec une íageíTe admirable. Eutiche & Vi&orin Tes frères , avec leur f ur Flavie l'étant venu voir l'an 541. ne furent pas plu tôt arrivés à Meiîine , qu'une armée navale d' Infideles y aborda. Ces Barbares étant defeendus à terre , allèrent

frères, fa f ur

Se tous les Religieux , aufquels ils firent foufFrir d'horri bles tourmens pour les obliger à renoncer ^Jesus-Christ. Mais les voîant fermes dans leur foi , ils leur procurèrent la Couronne du Martyre. Non contens decela,il reduifirent le Monaftere en cendres, 8c ne laiflerent que l'Eglife, où Gor dian , le feul Religieux de ce Monaftere qui évita la fu reur de ces Barbares , donna la fepulture aux corps des Saints Martyrs. Comme l'on a donné le nom de Sara- fins à ces Infideles qui abordèrent en Sicile l'an 541. cela a donné lieu à quelques - uns de douter de la vérité de cette Hiftoire. Mais que ces infideles aient été Sarafins , Efclavons ou Goths > qu'ils aient été idolâtres ou Ariens, c'eft une ancienne tradition qui eft prefque univerfelle- ment reçue que faint Placide & fes compagnons ont été martyriiés en Sicile, & qu'ils ont été les premiers de l'Ordre <ie faint Benoît qui aient répandu leur lang pour la defenfc de Jesus-Chrjít.

au Monaftere, prirent faint Placide, fes deux

G nj

qui aient répandu leur lang pour la defenfc de Jesus-Chrjít. au Monaftere, prirent faint Placide, fes

54

HISTOIRE DES OrDR.ES RELIGIEUX;

Cuncrh-

Après la mort de saint Placide , on envoïa du Mont-Ca flìa

SmujH M 611 Sicile d'autres Religieux pour réparer ce Monastère, au

quel on donna le nom de saint Placide : mais environ trois cens ans après , les Sarrasins s'étant emparés de cette iíle , ôc y aïant détruit ou ravagé les Eglises, ce Monastère, setrou va

enveloppé dans cette ruine commune. Baronius lan 665?.rap porte des Lettres des Moines de Sicile
enveloppé dans cette ruine commune. Baronius lan 665?.rap
porte des Lettres des Moines de Sicile à ceux de la Congré
gation du Mont-Cassin qui demeuroient pour lors àRome au
Palais deLatran ,par leíquelles ils les prient d'avoir compas
sion d'eux , de ne les point abandonner 2c de leur envoïer de
quoi réparer le Monastère de saint Placide , les villes , les
bourgs , les Châteaux 6c les biens qui en dépendoient. Elles
font accompagnées d'autres Lettres du Pape V italien adres
sées à ces Moines de Sicile,par lesquelles il les console 6c les
exhorte d'aider les Religieux de la Congrégation de Cassin
qu'il leur envoie pour rétablir les Monastères de Sicile qui
avoient été ruinés par les Barbares? mais ces Lettres ont pa
ru suspectes au Perc Dom Mabillon à cause qu'A nastase
le Bibliothequaire ne met cette incursion des Sarrasins que
fous le Pape Adeodat , 6c non pas fous V italien dont Baro
nius met la mort l'an 665). quoiqu'il ait encore vécu jus
ques en l'an 673- ce qui rend encore ces Lettres plus suspe
ctes. Apparemment que M.Ange de la Noce les a crues auílì
supposées , puisqu'il les a omises dans la nouvelle édition
qu'il donna en 1668. de la Chronique du Mont-Caísin par
Léon d'Ostie , quoiqu'elles se trouvassent dans l'appendix
des anciennes éditions , & qu'Ascagne Tambourin les eût
aussi rapportées tout au longisi l'on pouvoit même ajourer
foy à ces Lettres , on en tireroit une induction qu'il n'y avoit
point de Congrégation particulière en Sicile,ôc que les Moi
nes du Monastère de saint Placide 6c des autres étoient de
la Congrégation du Mont-Cassin, puisque celles qui font
adressées aux Moines de cette Congrégation , disent que les
Sarasins firent un carnage des Moines du Mont-Caslìn :
eommeChef des Monastères de l'Ordre de saint Benoît en
Sicile x 6c qu'ils eussent formé une Congrégation séparée ,.
des Monastères de l'Ordre de saint Benoît en Sicile x 6c qu'ils eussent formé une Congrégation

Quatrième Partie , Chat. VI.

55

elle fut décruite apparemment par l'incurfion des Sarrafins congrï. qui réitèrent en cette Lile juiqu'en l'an 1070. qu'ils en fu- cation de rent chafles par les Normans qui y rétablirent le Chriftia- c

nifme. Leur Prince Roger qui rut le premier Comte de Si cile donna le lieu où e'toit cë Monaftere de faint Placide Chevaliers de faint Jean de Jerufalem qui le pofledent en core aujourd'hui^ qui voulant faire travailler à leur Eglife l'an 1588. trouvèrent les Corps de faint Placide & de fes compagnons , dont la tranílation fe fit avec beaucoup de pompe & de cere'monie , comme l'on peut voir dans la rela tion qui en a été faite par le Chevalier Philippes Goth , la

quelle fut imprimée à Melîîne l'an 155)!. Le Monaftere de faint Placide aïant été donné aux Che valiers de faint Jean de Jerufalem , ou au moins le lieu où il étoit fitué qui eft devenu un Prieuré de cet Ordre fous le ti tre de faint Jean-Baptifte ,1'on a bâti depuis à dix milles de Mefline l'an 1 36 1 . un autre Monaftere qui a aufli pris le nom de faint Placide afin de conferver la memoire de celui qui avoit été le Propagateur de l'Ordre de faint Benoît en Sicile»

& il a été membre d'une Congrégation qui a fubfifté pen

dant quelques années dans ce Roïaume , fous le titre de faint Nicolas d'Arènes. Dès l'an 1456. les Moines du Monaftere de faint Nicolas d'Arènes à Catane , avec leur Abbé Jean-Baptifte Plata-

mon, voulant ériger une Congregation en Sicile , à l'imita tion de celle de iainte Juftine de Padouë , firent d'abord union avec les Monafteres de Nuova Luce , de fainte Marie délia S cala , de Jofaphat de Paterne, & de faint Placide de Meffines > les Abbés renoncèrent au gouvernement de ces Monafteres , pour les foûmettre libres à la nouvelle Con gregation. Us obtinrent pour cet effet du Pape Calixte III. un Bref du 3. Juillet 1456. adreifé à l'Archevêque de Pa- lerme & au P. Julien Maïali , Moine du Monaftere de fiinc Martin délie Scale , afin qu'après avoir pris communication de toutes chofes , Se avoir entendu les Abbés & les Moines, ils érigeaiTent cette Congregation,s'ils rrouvoient que ce fut, un avantage pour l'Ordre de faint Benoît : mais l'année fuivante ce Pontife aïant encore donné un autre Bref , où Pautoi ici du Roi étoit bleiTée , cette union n'eut point de lieu.

Pontife aïant encore donné un autre Bref , où Pautoi ici du Roi étoit bleiTée ,

56*

Histoire des' Ordres Religieux.

Congre- Gomme la Congregation de fainte Juftine augmentoit de

Siciti. jour en jour , & que i'Obfervance Reguliere y étoit exacte ment gardée , le Pere Grégoire de la Matina, Abbé de faint Martin délie Scale à Palerme, fit fon poffible en 1475. pour

y faire unir fon Monaftere , auffi-bien que le Pere Leonard

Cacciola , Abbé de celui de faint Placide , qui fcachant que

le Pere Grégoire de la Matina poftuloit cette union , fe joi gnit à lui pour le même fujet en 1476. Les Abbés de fainte ivlarie del Parto , de faint Nicolas de Catane, & de fainte Marie de Licodia , firent auffi la même chofe , y. emploïant

le credit du Viceroi & du Senat de Palerme , qui écrivit

pour l'obtenir. L'Abbé de fainte Marie del Parto fut député pour la demander aux Supérieurs de la Congregation de îàinte Juftine , qui envoïerent en Sicile les Abbés de faine Severin de:Naples , de faint Ange de Gaïete, 8c de Peroufe, Íour s'informer de l'état, des Monafteres qui demandoient.

.

Mais l'Abbé de fàint Placide changeant de fentiment, fol* licita les Monafteres de Sicile à travailler de nouveau à l'ev

reftion d'une Congregation particulière en ce Roïaume : ce

qui lui réiiffit en partie » car les Abbés de faint Nicolas d'Arenesjde Catane,de fainte Marie de Licodia, .& le Prieur de l'Eglife Métropolitaine de Montreal s'unirent à lui , &

s?adreflerent au Pape Sixte

union*

" '

IV.

quipar une Bulle du 3. Juil

let 1483. leur permit d'ériger une nouvelle Congregatioa de I'Obfervance de faint Benoît en S icile,ôc d'élire unPrén\-

dent General avec deux Vifiteurs j ordonnant qu'ils euflent

à garder les mêmes Conftitutions ôc Ufages que les Moines

de la Congregation de fainte Juftine , dont il leur commu niqua les Privileges , avec pouvoir d'unir à leur nouvelle Congregation tous les Monafteres du Roïaume qui vou- droient embrafTcr fes Obfervanees : ce qui eut un heureux fuccès : car les anciens A bbés fe démirent entièrement du gouvernement de leurs Monafteres , qu'ils fournirent à cette même Congregation , fe contentant du fimple titre d'Abbés pendant leur vie. Ainfi commença la nouvelle Congregation de Sicile, qui prit le nom de faint Nicolas d'Arènes , à caufe de l'anti quité de ce Monaftere fur les autres , dont il fut le Chef. Le premier Chapitre General .devoit s'y tenir la même année :

«

ce Monaftere fur les autres , dont il fut le Chef. Le premier Chapitre General .devoit

Quatrième Partie, Cha*. VIL

57

Con«m.:

les Abbés des France, ït

Monafteres s'étoient refervé ce titre pendant leur vie, & le £ôuiujL"

premier General fut Dom Eüfebe de Meflïne , Moine da Monaftere de faint Placide. L'Abbé de .faim Martin de lie Scale , qui n'avoit pu obtenir de la Congregation de fainte Juftine d'y pouvoir aggreger fon Monaftere, l'unit à celle de Sicile } & cette anion Fut reçuë dans le Chapitre Gene ral qui fe tint l'an 148 5. Le Monaftere de fainte Marie de Fondro y fut auifi uni l'an i486. & celui de fainte Marie de Cangi en 1490* Ce furent là tous les Monafteres qui com- poferent cette Congregation. Le General voïant que l'an 1504. le Monaftere du Mont-Caffin avoir été uni à la Con gregation de fainte Juftine , qui avoit pris le nom de ce Monaftere , Chef de l'Ordre de faint Benoît , demandai que toute fa Congregation y fût auifi unie : ce que le Pape Jules II. accorda l'an 1 506. Se l'Abbé D. Ignace Squar- cialupi du Monaftere de Florence , prit poiTeifion des Mo nafteres de cette Congregation de Sicile au nom de celle du

n'élut d'abord que des Prieurs , à caufe que

il fut néanmoins celebré dans celui de faint Placide , oit on

Mont-Caffin, Voiez, Bulteau , Hiß. de l'Ordre de faint Benott. Mabillon » Annal. Bened. T . I. Pietro Ant. Tornamira , Origin. & Prog, délia Cong. Caftnenfe. Bullar. Cajfin. & A fcag. Tarn-

bur, de Jtir. Abbat. Difput. 14. au&ß.

4.

Chapitre VII.

Des Anciennes Congregations de France

Aitxrmouùer.

& de

E il s'eft trouvé des Critiques qui' ont combattu! la vérité du martyre de faint Placide en Sicile , il s'en eft trouvé auifi fur la fin du dernier fiécle qui ont combattu la vérité de la Miifion de faint Maur en France. M. Baillet dans fon recueil dévies des S S. dit au fujet de cette Million de faint Maur , qu'il ne veut point entrer en difpute fur cette matière i & fait aiTez connoître dans la fuite du difeours que fon fentiment n'eft¡ pas que ce Saint foit venu en Fran ce. 'eft ce qui a donné lieu à la fcavante duTertation queD, Thierry Ruinart Benedi&in de la Congregation de faint

Tome V*

H

ce qui a donné lieu à la fcavante duTertation queD, Thierry Ruinart Benedi&in de la Congregation

58

Histoire des Ordr.es Religieux ;

Congre- Maur a donnée au public l'an 1702. où il prouve par des ar- France et gumens tr^s ^orts ^ ^ont Maillet n a Pas néanmoins été de m ar convaincu ) que S. Maiu\Fondateur de l'Abbaïe de Glan- mou m*, fgyji en Anjou , est: le Disciple de saine Benoît,& qu'il suc

envoïé en France parce saine Patriarche des Moines d'Oc cident. C'est donc ce Disciple de saint Benoît que noús recon- noissons pour le Fondateur de PAbbaïe de Glanfeuil. II

étoit parti du Mont-Caíïïn avec trois Religieux que faine Benoit lui avoit donnés,& il avoit été accompagné par Flo- degard Archidiacre de saint Innocent,Evêque du Mans,ôC ]?ar Harderad son Intendant, qui avoient été les demander

a ce saint Patriarche de la part de ce Prélat qui vouloit les

établir dans son Diocèse. Mais étant arrivés à Orléans, & y aïant appris la mort de saint Innocent,& que celui qui avoit usurpé Ion Siège n'étoit pas disposé à les recevoir , ils allè

rent en Anjou fur les assurances que leur donna Harderad qu'ils pourroient s'y établir par le crédit d'un Seigneur nommé Flore, qui étoit en faveur auprès de Theodebert Roi d'Austrasie , à qui cette Province oDéïíToit en partie.En efFet Flore eut tant de vénération pour saint Maur , que non content d'avoir fondé pour lui unMonastereà Glanfeuil fur la rivière de Loire dans le Diocèse d'Angers , il lui offrit encore son fils Bertulfe âgé de huir ans,pour être élevé fous

fa discipline] & n'étant pas encore satisfait d'avoir fait bâtir ce Monastère 6c d'y avoir donné son fils , il s'y donna lui- même , après avoir demandé permission au Roi de se retirer de la Cour : ce qu'il obtint de ce Prince,qui s'y étant trouvé

le jour qu'il devoit prendre l'habit pour honorer la cérémo

nie de fa présence" , lui coupa lui-même les cheveux , donna au Monastère une terre considérable , St confirma les do

nations que Flore y avoit faites.

Huit ans après l'arrivée de saint Maur en France , l' Ab* ' baïe de Glanfeuil fut dédiée par Eutrope Evêque Diocé sain accompagné de plusieurs autres Evêques de la Provin*

'v

cc. On y avoit bâti quatre Eglises dont la première fut con-

- sacrée en Phonneur de saint Pierre,la seconde en l'honneur de saint Martin , la troisième qui étoit la plus petite , porta le

nom de saint Severin , Apôtre des Bavarois,& la quatrième qui étoit en forme de tour quarrée , à l'entrée du Mona-

saint Severin , Apôtre des Bavarois,& la quatrième qui étoit en forme de tour quarrée ,

Quatrième Partie , Chap. VIT.

59

Here eut pour titre faint Michel Archange. Les Religieux Congiu- qui y étoient pour lors , au nombre de quarante, fe multiplie- fr «*" rent beaucoup dans la fuite, de forte que vingt-fix ans après DE Ma r- Ia conftruction de ce Monaftere , il y en avoit cent quaran- M0UTI£Ä*

te > lequel nombre fut fixé par faint Maur , parce que le re- venu ael'Abbai'en'en pouvoit pas nourrir davantage. Saine Maur aïant gouverné ce .Monaftere pendant plufieurs an nées, ôefentant fes forces diminuer,refolutde ne plus fortir du Monaftere,& de fe repofer pour le gouvernement de fa Communauté,fur le Prieur,& Kiries autres Officiers de fa Maifon.ll fedémit ènfuitede laCharge d'Abbé,& aïant fait élire en fa place Bertulfe, fils de Flore Fondateur de ce Mo naftere , il fe renferma dans une cellule proche l'Eglife dé faint Martin , avec deux Religieux qui voulurent bien de meurer avec lui,& le foulager dans fa vieilleiTe. Ce fut dans ce lieu qu'il eut une révélation que Dieu devoit bien-tôt re tirer du monde la plupart de (es Difciples. En effet il en mourut , en cinq mois ~, cent feize > enforte que la Commu nauté fut réduite à vingt- quatre perfonnes. Ce faint Abbé ne furvêquit pas long-tems à cette perte , étant mort le 15. Janvier 584. Ce que Bucelin Se quelques autres Auteurs ont avancé que faint Maur avoit bâti jufqu'à cent foixan.te Monafte- res.en France , & reformé encore un plus grand nombre, «il fans aucun fondement : il n'y a pas non plus d'apparen ce que leMonaftere de Glanfeiiil ait été le Chef d'une Con- gregation,à laquelle plufieurs Ecrivains ont donné le nom de Congregation,de France. Il eft bien plus croïable que pen dant que faint Maurvivoit , ce Monaftere dépendoit de ce lui du Mont-Caffin i puisqu'il lui a été encore fournis dans la fuite,jufques en l'an 755. que le Roi Pépin aïant donné ce Monaftere de Glanfeiiil avec tout les biens qui en dépen- doient à Gaidulfe originaire de Ravene , homme très cruel, il le ruina entièrement , & perfécuta cruellement les Reli gieux qui y étoient au nombre de cent quarante , comme ä avoit été fixé par faint Maur. La plupart ne pouvant fup- porter les mauvais traitemens de ce tyran qui leur refufoit jufqu'aux chofes neceflaires pour la vie , abandonnèrent le Monaftere. Il y en eut feulement quatorze qui y refterenc pour chanter l'Office Divin j mais à la fin étant abbatus de H ij

Il y en eut feulement quatorze qui y refterenc pour chanter l'Office Divin j mais à
Il y en eut feulement quatorze qui y refterenc pour chanter l'Office Divin j mais à

6o

Histoire des Ord-res Reli<siEUX>

congre fa¡m & ¿e mifere, &ne pouvant obferver la Rede , ils pri-

Francj,et rent 1 habit de Chanoines.

MouiuR. Gaidulphe fe fervit de cette occafion pour les chaffer du.

.

Monaftere , & mit en leur place cinq Chapelains. Il ruina entièrement les lieux Réguliers , commençant par l'Eglife qu'il renverfa de fond en comble , afin que les Religieux n'y {>uffent pas revenir. Il brûla ou jetta dans la riviere de Loire es ticres & les aftes des donations qui avoient été faites à cette Abbaïe , à la réferve de quelques-uns qu'il mit eu dépôt dans faint Aubin d'Angers, où ils furent aullî perdus {>endant les ravages des Normans. Mais il ne joiiit pas ong-tems du fruit de fes crimes > car aïant appellé fes amis pour fe réjoiiir avec lui de l'extinftion de l'Ordre Monafti- Íiue dans Glanfeiiil , il mourut au milieu du feilin. Après a mort tous les biens de cette Abbaïe furent en proïe à tous les Seigneurs de la Province : le Comte d'Anjou , & plu sieurs autres perfonnes , s'emparèrent des terres & des re venus de Abbaïe , qui demeura déferte & inhabitée juf- que fous le regne de l'Empereur Louis le Débonnaire; quoique dès l'an 78 1. elle eût été reftituée au Mont-Caffin , comme étant de fa dépendance, par le Pape Adrien 1 . 8c par l'Empereur Charlemagne , comme nous avons dit dans le .Chapitre quatrième. L'Empereur avôit donné cette Abbaïe au Comte Rori- . ^non , qui touché de companion de l'état pitoïable où elle etoit réduite , en fit relever les bâcimens , fit venir des Reli gieux de Marmoutier , pour rétablir les Obfervances Régu

dans ce Monaftere , qu'il foûmit quelques années

lières

après à celui de faint Pierre-des Foffez , appellé depuis faint Maur , & en obtint la confirmation de l'Empereur. Mais Pepin I. Roi d'Aquitaine , aïant donné ce Monafterç de Glanfeiiil à Ebroïn , qui fut enfuite Evêque de Poitiers,du vivant même du Comte Rorignon , qui étoit proche parent de ce Prélat , il y laifla les Moines de faint Pierre des FoiTez tant que le Comte vécut 5 mais après fa morr,leur aïant de mandé par quel titre Glanfeiiil leur avoit été fournis , & n'aïant pu reprefenter les Lettres de l'Empereur Louis le Débonnaire , qui avoient été enlevées ou brûlées malicieu sement , Ebroïn les fit fortir de ce Monaftere. Ils y rentrè rent néanmoins quelque tems après , & il leur étoit encore

, Ebroïn les fit fortir de ce Monaftere. Ils y rentrè rent néanmoins quelque tems après

Quatrième Partie , Chat. VIT.

61

soumis , lorsque lan 868. l'on porta chez eux le Corps de Cohgkt. saint Maur , que l'on avoit retiré de Glanfeuil , pour le fau- p£"°cN"î

ver de la rage des Normans : ce qui lui a fait donner dans de m a k- Ja fuite le nom de ce Saint. Mais fous le Pontificat d'Urbain *M T"**

1 1. les Moines du Mont-Caífin aïant encore reclamé Glan feuil , il leur fut
1 1. les Moines du Mont-Caífin aïant encore reclamé Glan
feuil , il leur fut restitué > 8c ils l'ont possédé pendant près
de deux siécles. A la vérité si Glanfeuil n'a pas été C hef
d'une Congrégation, étant le premier Monastère de l'Ordre
de saint Benoîc en France , il doit être regardé comme une
source seconde qui en a produit une infinité d'autres , par
rapport à la Règle de saint Benoît qu'il leur a communi
quée, dont saint Maur avoit reçu l' Autographe , écrit de la
main de ce saint Fondateur,en partant duMont-Cassin,avec
.un poids, 6c un vase pour mieux observer ce qu'elle prescrit
de la quantité du pain 8c du vin dans le repas.
Le Monastère de Marmoutier , qui fut l'un de ceux qui
reçurent cette Règle , doitêtre regardé comme le Chef de la
plus ancienne Congrégation de l'Ordre dê saint Benoît ert
France , aïant eu plus de deux cens Prieurés de fa dépen
dance. Cette célèbre Abbaïe eut pour Fondateur le Grand
saint Martin Archevêque de Tours. Il exerça d'abord la
profession Religieuse à Milan , d'où aïant été chassé par les
Ariens , ilpaíïa dans Piíle d'Albengue, qui est proche la
-côte de Gennes , où il mena pendant quelque tems une vie
solitaire. Il quitta ensuite cette retraite , sur lavis qu'il eut
que saint Hilaire qui avoit été banni par les Hérétiques,
retournoit en son Diocèse, 6c l'aïant suivi en France, il
bâtit le Monastère de Ligugé proche Poitiers , où après
avoir demeuré environ quinze ans , il en fut tiré pour
rem
plir le Siège de Tours. Etant devenu Evêque , il ne cessa
pas pour cela de vivre en Religieux j 6c pour pratiquer
.toujours exactement les exercices Monastiques , il fonda un
Monastère proche fa ville Episcopale , dont la Communauté
fut en peu de tems de quatre-vingt Religieux, qui menoient
avec lui une vie austère 6c pénitente. Personne n'avoit rien
en propre , tout étoit en commun , il n'étoit pas permis de
rien vendre , ni de rien acheter , quoique ce fût la coutume
des Moines de cetems-là. L'unique art que l'on y exerçoic
étoit de transcrire des Livres i encore n'y avoit-t-il que les

jeunes qui y fuient emploies ; 8c ies anciens ne soccu» H iij

transcrire des Livres i encore n'y avoit-t-il que les jeunes qui y fuient emploies ; 8c

6i

Histoire des Ordres Religieux,

CoNGti- poienc que de la prière. Il étoit rare que l'on fortît de fa ïrancïet cellule,, à moins que cene fut pour fe rendre au lieu delà t. Mar prière, ils ne faifoient qu'un repas par jour j Tufare du vin

n etoit permis qu aux malades , quoique le lieu ou le Mo- nailcre étoit
n etoit permis qu aux malades , quoique le lieu ou le Mo-
nailcre étoit fi tué fût un grand vig oble. La plupart n'é-
trient habillés que d étoffes de poil de chameau j c'étoit
un crime parmi eux d'avoir un habit qui reffentît un peu la
molleiTe , quoiqu'il y eût dans cette Communauté un grand
nombre de perlonnes de qualité. Telle étoit la Difcipline
qui s'obfervoit dans ce Monaftere,qui fut appellé Marmou-
//ît, après la mort de faint Martin , comme quidiroit,/^
grand, Monaflere ,pour le diftinguer des autres que ce Saine
avoit fait bâtir , principalement lorfque l'on en eut élevé un
fur Ton tombeau , qui a porté fon* nom depuis , & qui eil
prefentement un Chapitre de Chanoines Séculiers»
Lorfque ce Monaitere de Marmoutier eut dans la fuite
reçu la Regle de faint Benoît, plufieurs Seigneurs l'enrichi-
rent par les donations qu'ils y firent , tant à caule de la gran
de devotion que l'on portoir en France à faint Martin fon
Fondateur, qu'à caufe de faint Benoît, pour lequel on n'a-
voit pas moins de veneration , & dont la Regle étoit prati
quée avec beaucoup d'exactitude dans ce Monaflere. Les
Rois de France le prirent même fous leur protection. Mais
λeu de tems après les Normans en interrompirent la Regu-
arité: car y étant venus l'an 853. ils paflerent au fil de l'é-
péecent feize Religieux , n'y en aïanteu que vingt- quatre
qui fauverent leur vie , en fe cachant dans des cavernes-
Leur Abbé Heberne s etoit auffi retiré dans un lieu fecret »
mais ces Barbares l'y aïant découvert , 8c s'étant faifis de
lui , ils lui firent fouffrir de cruels tourmens , pour l'obliger à
declarer l'endroit où étoit le Tréfor de l'Eglife , & les grot
tes où s'étoient réfugiés les Religieux j mais ce fut inutile
ment, il ne voulut rien avouer. Les ennemis s'étant retirés,les
Chanoines de faint Martin & les Bourgeois' de Tours allè
rent confoler ces Religieux , qu'ils reconduifirent avec leur
Abbé dans leur Eglile , & aufquels ils procurèrent toutes
fortes de fecours. Six mois après , comme on eut avis que les
Normans retournoient vers la ville de Tours , & qu'ils
avoient deilein de l'affieger , douze Chanoines de l'Eglife de
fains Martin , pour fouftraire fon corps à la fureur de ces
de l'affieger , douze Chanoines de l'Eglife de fains Martin , pour fouftraire fon corps à

Quatrième Partie , Chap. VII.

63

Barbares , prirent ces faintes Reliques,& e'canc accompagnés Congrí de l'Abbé Heberne, & des vingt- quatre Religieux de Mar- FrIn°NSI> DE ANCE IT moutier , ils les tranfporterent à Cormeri , à Orleans,à faint °EQ ^ A R- MOUTIER.

Benoît du Coire, & enfin à Auxerre , où elles ont été pen dant trente & un ans; & comme lî ce Saint eût voulu procu rer de l'honneur à ceux qui avoient eu foin de fes faintes Reliques , tous les Religieux de Marmoutier furent élevés à l'Epifcopat , ou furent élus Abbés dans des Monafteres de Bourgogne > & l'Abbé Heberne qui ne quitta point le Corps de faint Martin , eut la joie vers l'an 887. de le reporter à Tours , où après la mort de l'Archevêque Adalaud , il fut mis à fa place , & gouverna le Diocéfe pendant vingt-fept ans. Marmoutier fut comme defert & abandonné pendant tout

cetems-là,& pendant prefque tout le dixième iîecle,il n'y eut que quelques Chanoines Réguliers qui y firent l'Office Di vin , & des Laïques en furent Abbés. Hugues de France , dit le Grand , fils du Roi Robert III. pofleda cette Abbaïe, auiïi-bien que fon fils Hugues Capet > Mais aïantété donnée

Cluni , il la rendit aux

Moines Benediftins , ce qui paroît être arrivé fur la fin du Regne du Roi Lothaire. On y mit d'abord treize Religieux d'une très fainte vie,aufquels on donna pour Abbé G uilibert ou WiHbert. Mais quoique faint Mayeul eût été le Reftau-. rateur de cette Abbaïe , elle ne fut pas pour cela foûmife à Cluni , non plus que beaucoup d'autres qui furent réfor mées par les Religieux de cette Congrégation j car le Pape Grégoire V.aïant confirmé à la prière de l'Empereur Othon 1 1 1 . les Monafteres qui dépendoient de Cluni , il n'eft point

fait mention de Marmoutier dans les Lettres qui en furent

expédiées. L'exafte difcipline que l'on obfervoit dans ce Monaftere lui attira l'eftime deplufieurs perfonnes qui y firent des do nations confiderables : le nombre des Religieux augmenta , ils retirèrent plufieurs Monafteres des mains des feculiers qui s'en étoient emparés : ôc fous le gouvernement de l'Abbé Albert, qui fut élu l'an 1034. il etoit devenu très illuftre par le grand nombre de Monafteres qui lui étoient foûmis,

& il le fut encore bien davantage dans la fuite, puifque

faine Odilon Abbé de Cluni étant mort à Souvigni dans le

à faint Mayeul quiétoit auifi Abbé de

la fuite, puifque faine Odilon Abbé de Cluni étant mort à Souvigni dans le à faint

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Histotre des Ordres Religieux ,

Congui- Bourbonnois i les Religieux de ce Monastère écrivirent I beTfrance Albert Abbé de Marmoutier pour lui en donner avis,8í lui

ttMMu; donnèrent le titre & Abbé des Abbés*

L 'estime que l'on avoit pour les Religieux de Marmou tier s'augmenta de telle íorte , que vers l'an 1064. il n'y avoit aucune Province qui ne voulût en avoir : c'est pour quoi quelque part que l'on allât , l'on trouvoit des Monastè res de la dépendance de cette Abbaïe 1 8t même il y en eut jusqu'en Angleterre. Entre les exercices de pieté de ces Re ligieux on loue fur tout celle qu'ils faisoient paroìtre à l'é- fard de leurs frères qui étoient à l'agonie.- Le P ère Ma illon dansses Annales parle avec éloge des jeûnes,des priè res , des macérations r & des pénitences qu'ils oratiquoienc cour leur procurer une bonne mort : & parlant a ce sujet de la mort d'un bon frère de ce Monastère , il fait remarques qu'il reçut deux jours de fuite le saint Viatique , & com munia fous les deux espèces , apparemment suivant l'usagc qui subsistoit pour lors dans cette Abbaïe- Deux Archevêques de Tours , nommés Rodolphe in*» quiettercnt ces Religieux fur leurs Privilèges : mais ils fu rent déboutés de leurs prétentions dans plusieurs Conciles Provinciaux , où les Religieux furent maintenus dans leurs Privilèges : 8c comme ces Religieux écoient toujours mo lestés mr le même sujet r le Pape Urbain il. dans le Con cile de Clermont , après avoir rait la lecture du privilège, qui les soûmettoit immédiatement au saint Siège , ordonna qu'il fèroit observé , & confirma le décret du Pape Grégoire VII. qui défendoit à tous Evêques d'indiquer aucuns station publique dans l'Eglise de Marmoutier , afin que les Religieux ne fussent point interrompus dans leurs exercices , ni d'exiger aucune obéïssance,ou soumission des Abbés , ni de fulminer aucune excommunication contre le Monastère ou ces Religieux > quelque part qu'ils demeurassent : ce qui étoit seulement réservé au souverain Pontife , sous ta prote ction duquel ils étoient. tv' Chopin- dk que les Rois de France se qualifient Abbés de ce Nlonaitere , & que quand ils y font leur entrée , ils- ju rent fur les saints Evangiles , comme les autres Abbés , qu'ils en conserveront les privilèges & les franchises. Les Comtes d'Anjou se qualifìoient Moines de ce Monastère : & un

les privilèges & les franchises. Les Comtes d'Anjou se qualifìoient Moines de ce Monastère : &

; Quatrième Partie , Chap- VIII.

?j

On Archevêque de Tours aïant voulu excommunier Go- 0» ift»

defroi, Duc de Normandie, 6c Comte d'Anjou, ce Prince ban,01,01*" lui répondit qu'il ne craignoit point fon Excommunication , àcaufe qu'il étoit Chanoine de faint Martin 6c Moine de Marmoutier. Des deux cens Prieurés , qui comme nous l'a~ vons dit cy-deflus,étoient de la dépendance de cecelebreMo- naftere,il y enavoit z6. dans lefeul Diocêfe de Chartres. Le Monaftere deMarmoutier fut un de ceux quicompoferent la Congregation des Exempts , dont nous parlerons dans la fuite : mais la reforme y aïant été introduite par les Reli gieux Benedi&ins de la Congregation de faint Maur , il lui uni l'an 1637. à cette Congregation qui a fait rebâtir ce Monaftere avec beaucoup de magnificence.

JH. & IV.

Yepés , Chronique generale de l'Ordre de faint BenottyTome I. Bulteau , Hißoire de l'Ordre de faint Benott, Tome I.

Vo'iez, Joann. Mabill. Annal. Bene

Chapitre VIII*

De l'Ordre de faint Colomban uni a celui de faint Benoît,

CE ne fera point interrompre le cours de l'Hiftoire de l'Ordre de faint Benoît, que de parler de celui de faint Colomban , puifque prefentement ces deux Ordres

font unis enfemble. Yepés, Bucelin 6c plufieurs autres Ecri vains n'attribuent point d'Inftitut particulier à faint Colom ban. Ils prétendent même qu avant que de fortir d'Irlande il embraila la Regle de faint Benoît , ôc que s'il preferivic

à fes Difciples des Loix Monaftiques , ce ne fut que pour

lervir de modification ou de fupplement à cette Regle. D'au tres tiennent pour certain que l'Inftitut de faint Colomban

à été different de celui de iaint Benoît, Ces deux opinions

ont fait naître une autre difpute , les uns foûtenant que ces- deux Regles furent réunies 6c gardées enfemble à Luxeuit

& dans d'autres Monafteres avant le huitième fiécle , 6c les

autres conteftant cette union 6c difant qu'elle ne fut intro^ duite dans les Abbaïesde TObfervance de faint Colomban? que lorfqu'elles eurent befoin de reforme. Il eft certain que ceux qui ont prétendu que faint Co- Jarnban,avant que de fortir d'Irlande» avoit embraiTé la Re--

7mtV*

l

que ceux qui ont prétendu que faint Co- Jarnban,avant que de fortir d'Irlande» avoit embraiTé la

6

Histoire ces Ordres Reiigieux*

ORpm de pr{e de saint Benoît , se sont trompés , puisque ce Saint sortît

.an. cl Irlande avant que cette Règle y eut ete connue , ôt que si-tôt qu'il eut fondé son premier Monastère en France , il sit pratiquer les mêmes observances qu'il avoit apprises dans le Monastère de Binchor où il avoit été Disciple de saint Comgal. D'ailleurs ses Religieux avoient les mêmes sen- timens que les Irlandois , touchant la célébration de là Fête de Pâques,qu'ils celebroient le quatorzième jour de la lune d'après l'équinoxe du Printems , lorsque ce jour arrivoit un Dimanche , ce qui étoit en quelque façon imiter les Juifs qui la celebroient toujours le quatorzième jour de la lune, au lieu que les Romains , les François &í les autres Occiden taux differoient au Dimanche suivant > ce qui fit que le Roi Thierri se plaignit fortement de ce que ce Saint difFeroiten coutumes d'avec les François. D'ailleurs ce qui se passa dans le Concile de Maçon tenu i'an 6i}. prouve assés que faine Colomban avoit fait une Règle , puisqu'elle y fut examinée , Qu'elle y fut défendue contre les calomnies d'Agrestin Moine e Luxeiiil , & qu'il n'y est fait aucune mention de la Règle de saint Benoît , non plus que dans le Penitentiel qui l'ac- compagne : ce qui fait voir que la Règle de saint Colomban ne peut pas avoir servi de supplément à celle de saint Benoît. Ainsi il est vrai de dire que l'Ordre de saint Colomban a écé diffèrent de celui de saint Benoît : à moins que l'on ne veuille dire que dans ce tems-là l'Ordre de saint Colom ban , celui de saint Benoît & les autres ne formoient qu'un seul Ordre Monastique, quoiqu'ils eussent des règles diffé rentes , puisqu'ils écoient institués pour une même fin , qui etoit la séparation du monde & du commerce des séculiers, l'abandon de toutes choses, & le désir détendre à une plus grande perfection. Quant à l'obscrvance des Règles de saint Colomban & de saint Benoît dans un même Monastère , les fondations de saint Baste , l'an 6zo. de Beze,l'an 619- de So- lignac,l'an (i31.de Fleuri, vers l'an 640. de Haut- Villiers, i'an 662. &. de quelques autres qui sontdu même tems , font foi que ces deux Règles étoient observées dans ces Monas- - teres,& prouvent en même tems que les Règles de saint Be noît & de saint Colomban étoient conjointement gardées dans des Monastères avant le huitième siécle. Mais enfin dan? la fuite la Règle de saint Benoît prévalut sur celle de

des Monastères avant le huitième siécle. Mais enfin dan? la fuite la Règle de saint Benoît

Quatri emé Partie , Chap. VIIT. ' faint Colomban 8c fut obfervée feule dans les Monafteres de 0"*« *«

nobiervance. Ce Saint naquit en Irlande vers l'an 5(3 o. dans la Province de Lagenie ou Leinfter. Dès fa jeunelle il s'appliqua aux:

fcicnces 8c y fit beaucoup de progrès. Comme il étoit bien fait , craignant de fuccomber aux attaques de la volupté ,

il quitta ion païs malgré la refiftance de fa mere j & paflant dans une autre Province d'1 rlande , il fe mit fous la conduite du venerable Silène qui avoit un don merveilleux pour for mer fes difciples aux études & à la pieté. Il fît un fi grand grogrèsdans fon école,qu'en peu detems il acquit une intel ligence parfaite de l'Ecriture- Sainte,8c compofa même quel ques traités , entr'antres un Commentaire fur les Pfeaumes. Son amour croUTant pour Dieu de jour en jour , il quitta entièrement le monde, 8c fe fit Religieux au Monaftere de Benchor , fous l'Abbé Comgal ou Commogelle , ôù aïant demeuré plufieurs années , 8c voulant à l'exemple d'Abra ham paffer dans une terre étrangère , il communiqua fon deffein à l'Abbé , qui avec beaucoup de peine lui accorda douze Religieux, avec lefquels il alla d'abord en Angleterre,

enfuite dans la Gaule. Il étoit pour lors âgé de

trente ans : Gontran regnoit en Bourgogne , 8c Childebert:

en Auftrafie. Ledefertde Vauge,quoique fterile & plein de

rochers , lui parut agréable : tf s'y arrêta , 6c choifit pour fa demeure un vieux Château ruiné, nommé Annegray ,où il pratiqua avec ceux qui l'accompagnoient tous les exercices de la profeffîon Religieufe. Leur aufterité étoit fi grande qu'ils ne vécurent d'abord qued'herbes 5c d'écorces d'arbres:

de forte qu'un frère étant tombé malade,il ne put être foulage que par la prière & le jeûne des autres : mais il vint un hom me , envoie miraculeusement de Dieu , qui leur apporta du pain 8c des vivres , les priant de demander au Seigneur la guerifon de (a femme qui étoit malade» Une autre fois aïant encore été réduits pendant neuf jours à ne manger que des herbes 6c des écorces d'arbres , Caramtoc Abbé du Mona£~ tere de Salice , fut averti en fonge de pourvoir a leurs be- foins. Il envoïa Marculfe fon cellericr leur porter des pro- vifions : 8c comme il ne fçavoitpas le chemin , il pria Diea

Reconduire les chevaux Monallere d'Annegray.

d'où il vint

, qui allèrent d'eux-mêmes droit au

1 ij

BAÍi.

Reconduire les chevaux Monallere d'Annegray. d'où il vint , qui allèrent d'eux-mêmes droit au 1 ij

£8

Histoire des Ordres Religieux,-

Ordrh m Le nom de S.Colomban étant devenu celebre,attira auprès s. Colom- Je juj une infinité de personnes qui venoient le trouver de

toutes parts , soit pour lui demander la guérison de leurs maux , soit pour se mettre sous fa conduite. C'est ce qui lui Ht prendre le dessein de bâtir un nouveau Monastère dans le même désert: il trouva heureusement à huit milles d'An- negray un vieux Château nommé Luxeiiil , qui avoit été autrefois très fort: il commença à y bâtir un Monastere,qui fut bien- tôt rempli , & qui servit de modelé à plusieurs au tres. Le P. Mabillon en met la fondation vers l'an 590. La

Communauté fut en peu de

tems si nombreuse , qu'au rap

port de saint Bernard , dans la Vie de saint Malachie , les Religieux suivant l'exemple des Acemetes , se partageoienc par bandes pour chanter fans interruption l'Otfìce Divin. Le Pere MaDillon ne nie pas absolument cette psalmodie continuelle > mais il apporte des raisons qui lui donnent lien d'en douter. Comme les Disciples de saint Colomban augmentoient de jour en jour , ces deux Monastères ne suffisoient pas pour les contenir j c'est pourquoi il fit bâtir le Monastère de Fontaine , à une lieuë de Luxeiiil , où il y eut dans la fuite jusqu'à soixante Religieux j soumit ce Monastère , & celui cTAnnegrai à Luxeiiil, quienétoit le Chef, comme le plus considérable des troisj & c'est de-là qu'est venue la première origine des Prieurés , qui aì'ant été fondés par des Abbaïes, en dépendoient. Saint Colomban aïant fondé les trois Monastères de Lu xeiiil , d'Annegray ôc de Fontaine, comme nous lavons dit, les gouvernoit en qualité de General i &í afin que la même Discipline y fût également observée, il leur donna une Règle, qui ne contient que neuf Chapitres. L 'obéissance [aveugle en toutes choses , quoique dure & répugnante , y est expres sément recommandée i le silence étroit y est ordonne } le jeûne, la prière, & le travail continuel y sont prescrits} des herbes , des légumes , de la farine détrempée d'eau , avec un petit pain y étoient toute la nourriture qui leur fut permise , encore ne la prenoient-ils que le soir , &c elle devoit être pro portionnée avec le travail : à l'égard de la psalmodie , elle étoit ou plus longue ou plus courte , selon la diversité des.

jours ou des faisons

.

.

de la psalmodie , elle étoit ou plus longue ou plus courte , selon la diversité

Quatrième Partie , Chap. VIII.

69

Après la Règle fuit le Penitenticl , c'est-à-dire, les correc- Orn*r nt tions des fautes ordinaires des Moines. La punition la plus bA"^Ol0M"

fréquente sont les coups de foiiet, fix pour les fautes légè res, & pour les autres à proportion , quelquefois jusqu'à deux cens j mais jamais plus de vingt-cinq à la fois. Souvent on condamnoit au silence , ou à des jeânes extraordinaires i ce qui s'appelloit simplement Superposition , & quelquefois à certains nombres de Pseaumes. Par exemple , celui qui

n'avoit pas fait le signe de la Croix fur fa cuillère , ou qui avoit toussé au commencement d'un Pseaume , ou qui ap prochant de la sainte table , avoit touché le Calice avec les dents, ou qui étant Prêtre n'avoit pas rogné ses ongles avant que d'offrir le saint Sacrifice , ou qui étant Diacre , n'avoit pas rasé sa barbe , recevoit six coups de foiiet. Si quelque Frère voulant sortir du Monastère , ne s'étoit pas humilié pour demander la bénédiction , & après lavoir reçue , n'a voit pas fait le signe de la Croix , 6c ne se presentoit pas de vant la Croix , il recevoit douze coups de foiiet j & cin- quante,si en rentrant dans le Monastère , il venoit la tête couverte , 8í ne demandoit pas la bénédiction , ou s'il man- eoit fans l'avoir prise , ou qu'il eût fait du bruit pendant Oraison. Si quelqu'un avoit j>arlé familierement,étant seul avec une femme , il devoit jeûner deux jours au pain & à l'eau ,ou recevoir deux cens coups de foiiet. Si quelqu'un avoit manqué à fermer la porte de l' Eglise , il disoit douze

j s'il avoit crache ou touché l'Autel, vingt-quatre

Pseaumes j & s'il avoit touché la muraille, six- Ils portoient

fur euxjôc ceux qui l'avoient perdue, de voient

être un an en pénitence. Ceux qui en avoient laissé corrompre

les espèces , en forte qu'il n'en restât rien du tout , étoient six mois en pénitence. Si l'on y trouvoit encore quelques restes,

quarante jours. Si elle avoit

Pseaumes

l'Eucharistie

ils faisoient pénitence pendant

changé de couleur , 6c qu'elle fut rouge , on leur impofoit vingt jours de pénitence i & si elle étoit de couleur hyacinte , seulement quinze jours. Si elle n'avoit pas changé de cou leur , & qu'elle fût seulement attachée au vase dans lequel ils la port6ient,ils n'en faisoient que sept jours. Il y a bien des choses dans ce Penitentiel qui paroisscnt des minuties, 6c qui font connoître quelle étoit la Discipline severe des Monar;

Aères de ces premiers siécles.

des minuties, 6c qui font connoître quelle étoit la Discipline severe des Monar; Aères de ces

Histoire des Ordres Religieux» il y avoit deux Oeconomes dans chaque Monastère , un.

Ck^re di

ban. grand & un petit. Le grand étoit le Prevot , charge' des af faires extérieures , afin que l'Abbé n'eût que le soin des» ames : le petit étoit chargé du détail de la maison. Les Moi nes changeoient d'habit pour la nuit , ils reprenoient ensuite l'habit du jour , après en avoir demandé permission à cha que fois. Ils demeuroient assis tandis que l'on sonnoit l'Of- fice , excepté les Penitens ,qui se tenoient debout. Ils se la- voient souvent la tête, & U n'étoit permis aux Penitens de la laver que les Dimanches. Saint Colomban dans ce Peni- tenticl distingue deux sortes de péchés : les péchés mortels , que l'on devoit confesser au Prêtre 5 & les moindres péchés que l'on confessoit souvent à l'Abbé, ou à d'autres qui n'é- toient pas Prêtres , avant que de se mettre à table ou au lit. II paroît aussi par ce Penitentiel , que dans ce tems-là la Communion fous une feule efpece étoit quelquefois en usage j car il est ordonné que les Novices n'approcheront pas du Calice à la Communion. Saint Colomban, qui en passant de l'Irlande en France , avoit changé de païs , mais non pas de discipline , princi palement au sujet de la Pâque qu'il celebroit au jour mar qué dans le Calendrier des Hibernois , donna occasion aux Ecclésiastiques de son voisinage qui s'en apperçurent > de blâmer ouvertement fa conduite > parce que , selon ce Calendrier , on celebroit quelquefois cette grande Fête le même jour que les Juifs , comme nous l'avons dit ci- des sus y c'est pourquoi ce Saint écrivit fur ce sujet deux Let

tres à saint Grégoire

, qui ne lui

furent pas rendues. Il écri

vit aussi aux Prélats de France, qui tenoient un Synodedans quelques villes de Bourgogne j mais on ne sçait point si ce Concile fit quelque Décret touchant la Fête de Pâque. II écrivit l'an £05. au Pape Boniface III. sur le même sujet , envoïa copie des Lettres qu'il avoit écrites à faintGre- goire , le priant de hii permettre de ne point recevoir là- dessus les Règles des François , mais de célébrer toujours la Pâque avec les Disciples , comme ils l'avoient appris de leurs Pères. On ne sçait point non plus quelle réponse lui ftt le Pape j mais il est probable que ce Saint étant en Italie, comme nous le dirons dans la fuite , avoit abandonné pour lors ta Tradition des Hibernois; c'est ce qui paroît tant par les

le dirons dans la fuite , avoit abandonné pour lors ta Tradition des Hibernois; c'est ce

Qu atrieme Partie , . VIII. Lettres qu'il écrivit du Monaftere de Bobio au Pape Boni- face I V. au fujet des trois Chapitres , que par le oncile de l\ Mâcon , dans lequel il n'eft fait aucune mention de la cele bration de la Pâque, quoi qu'Agreftin y eût fait des plain tes de plufieurs lingularités que faint Coloraban avoit in troduites dans fes Monafteres. Ce Saint donnoit librement des avis aux Princes & aux Rois , & Thierri Roi de Bourgogne qu'il reprit de plufieurs crimes infames & fcandaleux , en auroit heureufement pro fité , fi la Reine Brunehaut fa grand'-mere,"qui l'entretenoic dans le vice, n'y eût mis quelque obftacle. Etant un jour refté à la Cour, cette Princefle lui prefenta les enfans natu rels de ce Roi , afin qu'il leur donnât fa benedi&ion j mais il ne jugea pas à propos de le faire. Ce refus irrita tellement Brunehaut , qu'elle refolut de le perdre. Elle engagea dans fa naffion tous les Grands du païs , même les Eveques. Le pretexte que l'on prit pour le perfecuter , furent les nou veautés qu'il avoit introduites dans fes Monafteres , le trop de fecret , & la grande retraite que l'on y gardoit j 8c qu'au lieu de laiffer entrer les feculiers par tout , il y avoit un lo gis feparé du Monaftere deftiné pour les recevoir j mais le Saint ne voulant rien changer dans ce point de Difcipline » fut relegué à Befançon, ou la délivrance miraculeufe qu'il

fit de tous les prifonniers de la ville lui aïant fait donner

liberté de retourner à Luxeiiil , on l'en tira de force pour le conduire à Nantes en Bretagne , au milieu d'une troupe de Soldats , dans le deiTein de le faire repaiTer en Irlande. Mais Dieu en difpofa autrement par un grand nombre de miracles qu'il fit pour s'oppofer à fon exil. Entre les autres le vaiiTeau préparé pour fon paíTage ne put jamais monter en λleine mer , & fut toûjours rejette fur le rivage: de forte que es gardes touchés de ce miracle , le laiiTerent en liberté. Il vint trouver Clothaire fils de Chilperic qui regnoitdans la France Occidentale qu'on appelloit Neuftrie , & il en fut reçu avec' une bonté extraordinaire. Il refufa de s'établir dans fes Etats & d'y bâtir un Monaftere , fçachant bien que Dieu l'appelloit ailleurs. Il paila à la Cour de Theodebert Roi d'Auftrafie,qui le reçut avec la même bienveillance , 8c ce Prince lui offrit avec une bonté 8c une generofité Royale

& chrétienne de lui donner dans fes Etats quelque lieu com-.

la

lui offrit avec une bonté 8c une generofité Royale & chrétienne de lui donner dans fes

7*

Histoire des Ordres Religieux J

©rdre Bt modepourlui & pour ses Disciples proche" de quelques peiî- s^Colom pies encore infidèles , ausquels il pourroit prêcher la Foy 6c

îes grandes vérités de la Religion,Ce Saint toûjours plein de

zcle , aïant accepté ces offres, passa à

toûjours le fleuve , entra dans PAar ,de-là dans la Leinat,

& s'avança jusqu'à l'extrémité du lac de Zuric. Etant venu à

Zug , il trouva cette solitude fi agréable qu'il résolut de s'y arretcr. Les habitants de ces lieux étoient cruels & impies :

ils adoroient encore des Idoles , leur offroient des sacrifices,

& observoient les augures & les divinations. Ce Saint en

convertit plusieurs par ses prédications : mais saint Gai qui Taccompagnoit aïant brûle les Temples des Idoles & jette dans le lac toutes les offrandes qu'il y trouva , ces Barbares en furent si irrités qu'ils résolurent de le tuer , & de chasser de leur pais saint Colomban après l'avoir fouetté & mal traité.

Leur dessein aïant été connu du Saint , il résolut d'aban donner ces coeurs endurcis , & passa avec ses Religieux à un Bourg nommé Arben fur le lac de Constance. Là , il trouva un Prêtre nommé Willimar qui lui indiqua vin lieu fertile & agréable environné de montagnes ,où étoient les ruines d'une petite ville nommée Bregentz. Saint Colomban

y étant arrivé avec ses compagnons , y trouva un Oratoire

Mayenceôí remontant

dédié à sainte Aurelie » auprès duquel ils firent de petits lo

gements. La présence de saint Colomban fut très utile en ce païs-là i car il procura la conversion de quantité de païens. Une famine y étant survenue , ses Disciples furent plu

sieurs jours fans prendre de nourriture : mais Dieu proté geant visiblement ses íerviteurs,leur envoïa de petits oiseaux extraordinaires que l'on pouvoit prendre aisément à la main,

& ils en vécurent jusqu'à ce que Gaudence Evêque de

Constance , leur aïant envoïé du bled » ces oiseaux s' envo

lèrent. Cependant la guerre s'étant renouvellée entre Theodc-

bert ÒC Thierri , &c le premier aïant été fait prisonnier dans

la bataille de Tolbiac , on lui coupa les cheveux & un peu

après on lui ôta la vie par les Ordres de Brunehaut. Comme Thierri par le moïen de cette victoire devenoit maître du pals de son ennemi , saint Colomban , jugeant qu'il n'v avoir flus.de suxetépoux lui de demeurer dans le Monastère qu'il

ennemi , saint Colomban , jugeant qu'il n'v avoir flus.de suxetépoux lui de demeurer dans le

Quatrième Partie , Chap. VIII.

73

avoit fait bátir,puifque ce Prince s'étoit declaré fon perfecu- oabri i>e teur s fe de'termina à paiTer en Italie où il fonda Abbaïe de ^OLCÍ<'

Bobio auMont- Apennin. Mais à peine y eut-il fixé fa demeu re, que Clothaire ( qui s'écoit rendu maître de toute la Fran ce, après lannort de Thierri , qui arriva peu de tems après > aïant fçu fa retraite , envoïa ^chercher faint Euftafe, qui gouvernoit le Monaftere de Luxeiiil , & le pria d'aller trou ver faint Colomban , &. de mener avec lui ceux qu'il vou drait de fa nobleiTe pour être les cautions de fa bonne volon-

té , afin d'inviter ce faint homme à le venir trouver. Euftafe s'acquita fidellement de fa commifïïon. Saint Colomban le

reçut avec une grande joïe & le chargea de l'excufer auprès du Roi fur l'impoiTibilité où il étoit de retourner en France ,

& de lui dire qu'il lui demandoit feulement ia protection

pour le Monaftere de Luxeiiil. Il donna une Lettre à faint Euftafe pour ce Prince , qui l'aïant reçue avec bien de la fatisfaction ( quoiqu'elle fut pleine d'à vis pour le corriger) accorda fa protection au Monaftere de Luxeiiil , l'enrichit de grands revenus & en étendit les limites autant que faint Euitafe le fouhaita. Pour ce qui regarde S. Colomban,aïanc demeuré un peu plus d'un an à Bobio , il y mourut le 22. Octobre 615. au grand regret de tous fes Difciples qu'il avoit formés avec un zele incroïable à la vertu & a la perfe ction. Ce fut de ce Monaftere de Bobio qu'il écrivit l'an 5 13. au Pape Boniface IV. au fujet des trois Chapitres ( 'eil ainfi qu'on appelloitles écrits de Theodore de Mopfuelte , de Theodoret,contre ceux de faint Cyrille , & la Lettre d'I- bas à Maris Perfan , que le cinquième Concile General avoit condamnés , comme favorables à l'Heréfie de Neftorius ) j mais faint Colomban étoit mal inftruit du fait & prévenu par les Schifmatiques , puifqu'il fuppofoit que le Pape Vigile étoit mort Hérétique , & qu'il s'étonnoit que l'on reci tât fon nom avec ceux des Evêques Catholiques. Saint Colomban aïant été obligé de quitter Luxeïiil , y avoit laiiTé faint Attale pour y faire la fonction de Prieur j mais aïant appris que quelques feculiers s'étoient emparés d 'une partie de fonMonaftere ( comme fi fa difgrace eut été un titre qui autorisât leur ufurpation , ) il y envoïa S. Eu

ftafe pour gouverner cette Communauté. Ce Saint retirades

mains des ufurpateurs les biens qui appartenoient au Mona-

Tome V.

pour gouverner cette Communauté. Ce Saint retirades mains des ufurpateurs les biens qui appartenoient au Mona-

74

Histoire d es Ordr.es Religieux,

s*Co om* ^ere' ^ ?rlt un »ran<1 f°*n ^ y rnamtenir la Discipline étâ- ban.OI,°M blie par íaint Colomban. II eut un grand nombre de Disci

ples entre lesquels e'toit saint Romaric qui fonda l'Abbaïe de Remiremont : il y en eut même plusieurs qui furent Evê ques. Mais la paix de son Monastère fut troublée par Agre- stin dont nous avons déja parlé : car cet homme inquiet & turbulent ( qui aiant été Secrétaire de Thierri , s'étoit fait Moine par une chaleur de dévotion qui ne dura guerre) aïant embrassé le parti de ceux d' Aquilée , qui étoient alors

dans le Schisme , qu'a voient excités les défenseurs des trois Chapitres , n'oublia rien pour pervertir les Disciples de ce Saint. II écrivit à ce sujet a Attale Abbé de Bobio & succes seur de saint Colomban , l'accusant d'erreur de ce que re stant dans la Communion de l'Eglise Romaine , il condam- noit les trois Chapitres. II retourna ensuite à Luxeùil , où il tâcha d'attirer íaint Eustase dans son erreur. Mais com me ce saint Abbé écoittrop éclairé pour donner dans ses sen- timens > & qu'au contraire bien loin d'y entrer , il l'avoit chaste de son Monastère comme un perturbateur & un sé ditieux^! entreprit de faire condamner la Règle de saint Co- lombamil attira pour ce sujet dans son parti Abellin Evêque de Geneve,son parent : ils allèrent tous les deux trouver le Roi Clothaire , pour Pâturer aussi de leur côté 5 mais ce Prince avoit toujours éu trop d'estime pour saint Colomban, {>our condamner sa doctrine : il leur remontra au contraire 'injure qu'ils faisoient à la mémoire de ce grand Saint: & comme ses remontrances furent inutiles , il renvoïa cette af faire au jugement des Evêques ,ne doutant point que lors

3u'ils seroient assemblés dans un Concile , saint Eustase ne éfendît bien la cause de saint Colomban. Le Concile se tint à Maçon Pan 613.011 plusieurs Evêques de Bourgogne se trouvèrent. Les plaintes qu'Agrestin porta au Concile contre la Règle de saint Colomban , furent,que les Religieux faisoient souvent le signe de la Croix sur leurs cuillères , fur les pots & fur les vases > dont ils se ser- voient pour boire ou manger 5 qu'en entrant & en sortant du Monastère, ils demandoient la bénédiction > qu'ils ne secon- formoient point aux autres Religieux de l'Eglise , & qu'ils avoient plusieurs singularités dans la célébration de la Meííe

& dans, le chant de l'Office. Mais ces Apostats aïant été con-

dans la célébration de la Meííe & dans, le chant de l'Office. Mais ces Apostats aïant

Quatrième Paktie , Chap. VIII.

75

fondus par les réponfes de faint Euftafe , forma une autre Ordre di plainte contre les Moines de S. Colomban,de ce qu'ils diffe- *Cet0i*-

roient des autres dans la tonfure , qu'ils portoient à la ma niere des Irlandois. Il eft à remarquer que les Irlandoisné fe rafoient la tête que par devant en demi- cercle, c'eft-à-

dire , d'une oreille

point. Ge qu'ils faifóient , difoient-ils , pour imiter l'Apôtre

à l'autre , le deff us de la tête ne l'étant

taint Jean , au lieu que les Romains , qui précendoient imi

taint Jean , au lieu que les Romains , qui précendoient imi ter l'Apôtre faint Pierre,

ter l'Apôtre faint Pierre, fe rafoient tout le deflus de la tête,

& laiiïoient en bas des cheveux en forme de cercle , & que

les Grecs fe rafoient toute la tête , fans y laiffer de cheveux,

voulant être femblables par-là , à ce qu'ils difoient , à faint Jacques , frère de J e s s-C r i s t , & à l'Apôtre S . Paul) mais apparemment que ceux-ci ont changé de fentiment dans la luite , puifqu'ils ne fe raient plus , & laiflent croître entièrement leurs cheveux. Le Concile n'eut point d'égard à ce reproche d'Agreftin,

& les Prélats emi s'étoient laiflTés furprendre par fon faux

2ele , aïant été déiabufés , ils l'obligèrent de le reconcilier

avec fon Abbé , qui l'embraffa , & lui donna le baifer dé Îaix. Mais ce témoignage d'amitié ne fit aucune impreflion

iir le c ur de ce miferable , qui confervant toujours de la baine contre le Saint , & continuant de blâmer la conduite

& fon Obfervance recommença à troubler les Monaftcres.

Il alla à Remiremont , où l'on gardoit la Regle de faint Colomban > il porta faint Amé & faint Romaric à méprifer" cette Regle , & à introduire une nouvelle Obfervance , pro fitant de la méfmtelligence qu'il y avoitentr'eux, 6c faint Euftafe. 11 alla auflî trouver fainte Fare à Meaux , pour l'exhorter d'abandonner cette Regle : mais en aïant été me- prifé , il retourna à Remiremont , où il trouva que faint Amé & faint Romeric avoient repris les Obfervances de faint Colomban. 11 y eut néanmoins plufieurs Religieux de ce Monaftere qui fe laifferent feduire par ce miferable j mais la vengeance divine fe fit fentir fur plus de cinquante de ceux qui favorifoient fon parti j deux furent déchirés par des loups enragés , qui entrèrent de nuit dans le Monaitere> un autre nommé Plaurelius fe pendit 5 la foudre tomba fur la Maifon,& en tua vingt 5 les autres moururent de fraïeur, u autrement. Enfin Agreflin lui-même fut tué d'un coup Kij

en tua vingt 5 les autres moururent de fraïeur, u autrement. Enfin Agreflin lui-même fut tué

Histoire des OrdresReligieux,

Ordre m de hache par fon Valet , à caufe qu'il abufoitde fa femme, ban?1,0"" & ï>érh ainfi un mois avant la fin de l'année , dans laquelle

faint Euftafe l'avoit cité au Jugement de Dieu. Saint Amé

& faint Romaric étonnés de cette mort,fe réconcilièrent avec faint Euftafe. Abellin Evêque de Geneve
& faint Romaric étonnés de cette mort,fe réconcilièrent avec
faint Euftafe. Abellin Evêque de Geneve , & les autres
Evêques de France , qui avoient favorifé Agreftin , devin
rent les Protecteurs de la Regle de faint Colomban. L'on
fonda dans la fuite plufieurs Monafteres, où elle fut établies
comme à Solignac proche Limoges , à Corbie , à Sales , ôc
dans d'autres Monafteres , qui furent fondés dans le Berry,
& dans plufieurs autres Provinces.
Les Religieux de faint Colomban étoient habillés de
blanc.Nous donnons ici la figure d'un de ces Religieux,telle
que l'a donnée Abraham Brun , & telle qu'elle a été copiée
par SchoonebecK &. le P.*Bonanni: nous y avons feulement
changé la tonfure , que nous avons mife felon l'ancien ufage
des Hibernois , qui fut un des fujets de plaintes d'Agreftin
dans le Concile de Mâcon.
Votez, Yepés & Bucelin . Annal. Ord. S. Benedict. Bulteau,
Hiß. de
Ordre de faint Benott , Tom. I. Mabillon , Annal.
Benedict. Tom. I. & Fleury,H//?. de l'Eglife, . VIII.

Chapitre IX.

Des anciennes Congregations de faint Auguflin , de faint

Benoît Bifcop , de faint Dunflan , * de faint Lanfranc

en Angleterre.

G Eux qui ont parlé des différentes Congregations de

l'Ordre de faint Benoît, en ont mis quatre en Angle terre , fous les noms de faint Auguftin , de faint Benoît

les

Moines Benedidins en Angleterre , que l'on appelloit les Moines Noirs i auífi- bien qu'en d'autres Provinces , pour les diftinguer de ceux de Cîteaux , n'ont jamais formé de dif férentes Congrégations : ils étoient compris fous le nom de

Bifcop , de faint Dunftan , 6c de faint Lanfranc. Mais

Moines Noirs , ii on en excepte les Monafteres qui dépen- doientdes Congrégations de Cluni &de Tyron , que l'on

difoit de l'Ordre de Cluni & de Tyron , & ceux qui dé-

Congrégations de Cluni &de Tyron , que l'on difoit de l'Ordre de Cluni & de Tyron

1

1

Quatrième Partie , Chap. IX.

77

pendoient de quelques autres Monastères de France,comme

des Abbaïes de saint Denys en France, de Marmoutier , de 0 r e> T-* Fecam , du Bec , de saint Oiicn,Scc. Saint Benoît Biscop , yA°s" S

AN"£M"

saint Dunstan* & saint Lanfranc ont été plutôt les restaura- rEniu,1-*5 teurs de la Discipline Monastique en Angleterre,que fonda teurs de Congrégations différentes : c'est pourquoi le Perc Clément Reyner Bénédictin de la Congrégation d'Angle terre regarde cette Congrégation en difFerens âges 3 le pre mier fous saint Augustin Apôtre de ce Roïaume l'an 596. le second sous saint Benoît Biscop vers l'an 703. le troisième sous saint Dunstan vers l'an 5700. le quatrième fous saint Lanfranc l'an 1077. dans lesquels elle n'avoit pas encore, dit-il , la forme de Congrégation , n'en aïant plûtót que l'ombre Sc la figure 3 mais dans le cinquième âge elle pue être , ajoûte-t-il , appellée véritablement Congregation^Xoú- que l'an ÏZ15. dans le Concile General de Latran , il fut ordonné, de tenir des Chapitres Généraux dans chaque Province. Elle se perfectionna davantage dans le fixiéme âge après que le Pape Benoît XII. aïant renouveilé l'an 1336. le décret du Concile de Latran touchant la tenue des Chapitres Généraux , il fit par fa Bulle , appellée Beneàittine , des Reglemens jpour la réforme de l'Ordre de saint Benoît , 5c elle alla toujours en augmentant , jusqu'au malheureux Schisme dont le Roi Henri VIII. fut l'Auteur , & sous le règne duquel les Monastères d'Angleterre aïant été détruits, cette florissante Congrégation de Bénédictins périt tout d'un eoup , 8c se vit dans la uiite reduite à un seul Religieux,qui l'an 1607. procura son rétablissement. Elle prit pour lors une seconde naissance dans une terre étrangère 3 d'où elle s'est répandue en plusieurs autres Provinces , qui lui ont donné aíyle , étant bannie & proscrite de son propre païs. Nous allons rapporter ce qui lui est arrivé en partie jus- u'au Schisme d'Angleterre,en attendant que nous parlions e son rétablissement , & l'on verra les différentes Réformes ausquelles on a donné le nom de Congrégation. Les Anglois & les Saxons , peuples Idolâtres , sortis d'Al lemagne , aïant chassé les Bretons de l'ifle de la Grande- Bretagne , que l'on a depuis appellée Angleterre, y abolirent le Christianisme , qui y avoit été annoncé dès le deuxième siécle : mais environ deux cens quarante ans après leur éca-î

, qui y avoit été annoncé dès le deuxième siécle : mais environ deux cens quarante

?8

Histoire des Ordr.es Religieux,

Ancien- plissement dans cette ifle , saint Grégoire le Grand voulut les ckï g a-N retirer des ténèbres de l' Idolâtrie. La première pensée lui ert

T,' ° N S vint avant que d'être élevé au souverain Pontificat. Un jour

à Rome , où il fut élu souverain Pontife après la mort de
à Rome , où il fut élu souverain Pontife après la mort de

Pelage II. Cette élec"tion,quoique contraire à ses desseins , n'en empêcha pas l'execution >car en 596. qui étoit la sixiè me année de son Pontificat , il envoïa des Missionnaires dans la Grande- Bretagne , pour tâcher d'établir le Christianisme . parmi les Anglois & les Saxons , qui la possedoient presque entièrement, &: Pa voient partagée en sept Roïaumesjsçavoiry cclui de Kent , dont la principale ville est Cantorberi celui

de Sussex , ou des Saxons Méridionaux j celui d'Estangle , ou des Anglois Orientaux j celui d'Essex , ou des Saxons Orientaux , qui avoient Londres pour capitale > celui de Merce ,ou des Anglois Mediterranéens j celui de Nortum- bre , dont la capitale étoit Yorck ; ôc celui de Westsex, ou des Saxons Occidentaux > & il choisit pour Chef de cette Mission saint Augustin , Prieur de son Monastère de saine André de Rome,auquel il donna pour Compagnon plusieurs- Religieux , leur ordonnant de lui obéir eomme à leur Abbé. L'année suivante ils abordèrent en Angleterre , & des cendirent à 1'isle de Tanet , qui étoit du Roïaume de Kent,

où il y avoit plus de disposition & d'ouverture à l'Evan^ile,

à cause qu'Ethelbert qui en étoit Roi , avoit épouse une

Princesse du Sang Roïal de France , nommée Berthe, qui étoit Chrétienne , &. ne s'étoit mariée à ce Prince, qu'à con dition qu'elle pourroit vivre selon les Loixdu Christianisme,

sous la conduite de Lindhard Evêque de France , qu'elle avoit amené avec elle.

te mi. " passant dans le Marché de Rome , où il y avoit de jeunes Esclaves Anglois, qu'an Marchand expoloit en vente > il les trouva fi beaux & si bienfaits, qu'il demanda de quel païs ils étoient, & si on y faisoitprofeíîion du Christianisme. Aïant sçu qu'ils étoient Idolâtres , il fut si touché de voir que des- jeunes gens doués d'une si grande beauté étoient fous l'empi- redit Démon , qu'il entreprit lui-même la conversion de ces Íieuples j mais comme il le disposoit pour leur aller prêcher 'Evangile, le peuple Romain qui avoit pour lui une grande vénération , ne pouvant se résoudre à le voir partir, le retint

le peuple Romain qui avoit pour lui une grande vénération , ne pouvant se résoudre à

Quatrième Partie , Chap. IX.

j$

Ethelbert après une Conférence qu'il eut avec saint Au- ancihk:

gustin & ses compagnons , leur permit de s'établir dans son 0" EG°A"' Roïaume. II y avoit près de Cantorberi Capitale de cc ^Ànou. Roïaume une ancienne Eglise dédiée pour lors a saint Mar- «km, tin , qui avoit été bâtie du tems que les Bretons écoient mai- tres de la Grande-Bretagne,où la Reine Berthe avoit accou tumé de faire ses prières. Ce fut-là ou les nouveaux Mission naires commencèrent à prêcher &à faire toutes les fondions du Christianisme , jusqu'à ce que le Roi aïant été con verti , ils eurent permission d'annoncer PEvangile par tout le Roïaume, & de construire de nouvelles Eglises. Après la conversion du Roi , Augustin vint en France , où il reçut le caractère Episcopal,par les mains de Virgile, Evêque d'Ar les j d'où étant retourné en Angleterre , il établit ion Siège Episcopal à Cantorberi, où l'an 601. il bâtit une Eglise sous le titre de saint Sauveur , outre un Monastère qu'il fonda dans la même ville fous le nom de saint Pierre,& de saint Paul : il fit de sa Cathédrale un autre Monastère , où pour Chanoines il mit des Moines de l'Ordre de saintBenoît, qui y ont toujours demeuré,jusques fous le règne d'Henri VIII. ce qui servit d'exemple à plusieurs Cathédrales qui furenc fondées en ce Roïaume , comme celles d'Yorck, deRoche- ster , de Vincester , de Durham , de Lindisfarne , d'Ely ,de Coventry , de Dorcestre , de Salifburi & de Wilton. Ro bert du Mont , qui a continué la Chronique de Sigiíbert , assure que de son tems ( c'étoit vers la fin du douzième sié cle) de dix-sept Eglises Cathédrales qu'il y avoit en Angle terre , il y en avoit encore huit possédées par les Bénédictins, huit par des Chanoines séculiers , & une par des Chanoines Réguliers. Saint Augustin ne fonda que la Cathédrale, Sc le MonasteredeS.Pierre&deS.Paul,quifutappellédeson nom après fa mort arrivée l'an 6 ©7. Ses disciples en fondèrent plu sieurs autres tant d'hommes que de fílles,dont Ieplus célèbre fut celui de Westminster fondé l'an <jp5.par S.Melit Evêque . Ae Londres , qui prêcha TEvangile dans le Roïaume d'Es- sex ou des Saxons Orientaux , ou il convertit le Roi Seberth avec plusieurs de ses sujets. Les bâtimens de ce Monastère subsistent encore dans toute leur magnificence : l'Eglise a «é changée en temple qui sert à l'exercice de la Religion Anglicane. C'est-là que depuis long-tems, les Rois d'Angle-

en temple qui sert à l'exercice de la Religion Anglicane. C'est-là que depuis long-tems, les Rois

îo

Histoire des Ordres Religieux,

anciin. terre se font couronner , & où ils ont aussi leur sépulture , &

" c'est: dans cette même Abbaïe que se tiennent les Assemblées

ms Con

R E G A- I OÌN S

b'Amcli-

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C

du Parlement. Le Monastère de Glastemburi dont l'Eelise ( à ce que l'on prétend ) e'toit la plus ancienne d'Angleterre , eut d'a bord des Solitaires que saint Patrice ( à ce que l'on croit aussi ) engagea à vivre en commun , à limitation des Moines d'Egypte j mais la Règle de saint Benoît y fut observée dans la fuite, lors qu'elle eut été connue en Angleterre : & après. qu'Ina Roi des Saxons Occidentaux eut fait rebâtir ce Mo nastère Pan 715. on lui donna la qualité de Fondateur de ce même Monastère , qui a été aussi un des plus célèbres de

FOrdre de saint Benoît. Entr 'autres privilèges dont il

soit , l' Abbé & les Religieux pouvoient délivrer les crimi nels que l'on conduisok au supplice,si l'un deux se trouvoic dans le chemin par où passoient ces misérables, cn quelque lieu du Roïaume que ce fut, ce qui leur fut accordé par le Roi Edgar l'an 5)71. Pendant que les Monastères de l'Ordre de saint Benoît, se multipíioient dans plusieurs endroits , les Hibernois en. établirent auslí d'autres dans le Roïaume de Nortumbre. Oswi qui en étoit Roi voulant y faire revivre la Foi dont il avoit été éclairé , étant réfugié & comme en exil en Irlande, fît venir saint Aidan qui fut le premier Evêque de Lindis-

joùis-

fàrne, où il établit, aussi bien que dans les Monastères qu'il fonda » l'observancc Monastique ; mais telle qu'elle étoit en

usage

ce Roïaume , les autres coutumes , principalement en ce qui regardoit la célébration de la Fête de Pâques : ce qui par tagea les Chrétiens de ce païs , les uns approuvant I'uíage des irlandois , introduit par saint Aidan leu* Apôtre , & les aùtres préférant celui de Rome. II arriva qu'Alfrid qui règnoit avec son pere Ofwi , se réglant sur la supputation des Irlandois , célébra dans une année la Fête de Pâques pendant que la Reine fa femme qui avoit pour dire^eur un Prêtre Romain , jeùnoit encore le Carême. Ce défaut d'u- mformité à l'égard de la principale des folemnités de notre Religion aïartt eu des suites fâcheuses , on tint pour y re médier un Synode l'an 664. dans l'Abbaïe de Streneshal ,

chez les Irlandois, dont il faisoit auíîi pratiquer <Ians

iont sainte Hilde étoit Abbesse, Osvi > qui tenoit aussi les

S^S^

-

il faisoit auíîi pratiquer <Ians iont sainte Hilde étoit Abbesse, Osvi > qui tenoit aussi les

Quatrième Partie , Chap. IX. %t ufases des lrlandois , s'y trouva avec le Prince .(on fils > qui

avoit deja abandonne ees coutumes , aiant ete initruit de c r t a a.

Anckw

Rome par faint Wilfrid. Colman Evêque de Lindisfarne y

foûtint les pratiques des lrlandois : Wilfrid y défendit celles .

^ °"[

de Rome, ôc attira dans fon parti le Roi Oiwi & un grand nombre de perfonnes , entre lefquelles fut faint Cedde Evê que de Londres , qui affilia à la Conference , & qui avoit auffi introduit dans fon Diocêfe les ufages des lrlandois. Mais Colman demeurant toujours ferme dans fes fentimens, quitta l'Ifle de Lindisfarne avec tous les lrlandois qui y étoient , & environ trente Moines Anglois , & fe retira dans l'Ifle d'Inisbofinde,où il les mit dans unMonaftere qu'il y fie bâtir. Mais comme les Anglois ne pouvoient pas s'accorder avec les lrlandois , ils les quittèrent & bâtirent un íütre Monaílere dans l'ifle de Maïo , où ils vécurent dans la fuite fous la Regle de faint Benoît , qui fut reçue auffi dans les . autres Monafteres qu'occupoient les lrlandois , mais parti culièrement dans celui de Rippon que les lrlandois aimèrent mieux abandonner que de quitter leurs coutumes , lorfque Wilfrid en fut Abbé. Saint Benoît Bifcop avoit été Officier du Roi Ofwi & fortoit d'une famille noble du Roïaume de Nortumbre : il quina la Cour à l'âge de vingt-cinq ans , & alla par devo tion à Rome. Etant de retour en Angleterre , il s'appliqua à l'étude des chofes faintes , & cinq ou fix ans après il retour na, à Rome avec le Prince Alfrid fils du Roi Ofwi. Delà il fe retira à Lerins , où il fitprofeffion de la vie Monaftique, 11 fit encore un voïage à Rome, d'où étant retourné en An gleterre , il fut fait Abbé de faint Auguftin de CantorberL Mais après avoir exercé cette Charge pendant deux ans , il la ceda à faint Adrien pour aller de nouveau en Italie ,d'où il rapporta quantité de livres. Il demeura quelque tems au près de Kenwakjue Roi des Saxons Occidentaux , & après la mort de ce Prince , il reparla dans fon pais de Nortumbre, ©ù le Roi Egfrid lui aïant donné une terre , il y fonda le Monaftere de Wiremuth l'an 674. Dans les differens voïa- ges qu'il avoit faits , il avoit vifité dix-fept Monafteres , 6c établit, ce qu'il y avoit vu de meilleur, dans celui de Wire muth & dans celui de Jarrow qu'il bâtit auffi. Ces deux Mo-

aafteres étoient à deux lieues l'un de l'autre » &. les Religieux

Tome F.

L

bâtit auffi. Ces deux Mo- aafteres étoient à deux lieues l'un de l'autre » &. les

$i

Histoire des Ordres Religieux,

m^coT y demeuroient , 'étoient si parfaitement unis qu'ils sem- g R i o *.' bioient ne faire qu'une même Congrégation. C'est dans ce d'able- Monastère de Jarrow que le vénérable Bede fit profession de ThRRt. la vie iMonastique.

L'Ordre de saint Benoît se multiplia beaucoup en Angle terre dans lc siécle suivant : & entre les Monastères qui y furent fondés , fut la célèbre Abbaïe de saint Alban , dont Offa Roi des Merciens fut le Fondateur- Il y en a qui pré tendent que ce fut pour expier le crime qu'il avoit commis en faisant tuer saint Ethelbert Roi d'Estangle , qu'il avoit attiré à sa Cour sous prétexte de lui donner fa fille en ma riage : mais le Pere Mabillon croit qu'il avoit fait déja bâ tir cette Abbaïe l'an 790. & il ne ht tuer le Prince Ethel bert que l'an 793. Cette Abbaïe fut une des plus célèbres d'Angleterre. Elle avoit onze Monastères de fa dépendance & deux Hôpitaux fameux , & l'Abbé prenoit le titre de premier Abbé d'Angleterre. Ce fut cette même année que les Danois ou Normans en trèrent en Angleterre. La désolation de PEglise de Lindis- farne , où ils tuèrent la plus grande partie des Religieux, & prirent les autres pour les emmener captifs avec les richesses de cette Eglise , ne fut que le coup d'essai de leur fureur. Jls y retournèrent Tannée suivante , pillèrent l' Abbaïe de Jarrow , ravagèrent plusieurs Monastères , & pendant près d'un siécle qu'ils restèrent en cette iste , il n'y eut point de Monastère qui ne se ressentît de la rage & de la cruauté de ces Barbares. Mais ils furent enfin chassés des Provinces qu'ils occupoient après la défaite de leur Prince Godron ou Guchrum par Alfred Roi de Westsex , qui l'obligea de se faire baptiser. II fut son parrain & le nomma Edeìstran. II lui donna ôc aux Danois qui s'étoient convertis avec lui les deux Roïaumes d'Estangle & de Northumbre , qui étoient presque déserts & des plus exposés- aux incursions des Païens, &se réserva le reste de 1* Angleterre qui avoit été toute soûmise à sa domination , après avoir été par son moïen affranchie du joug des Danois. Ce Prince s'appliqua à faire refleurir la pieté , la justice & les Lettres. II fit bâtir deux Monastères , l'un pour des hommes dans Tifle d'Atheiney qui lui avoit servi de refuge pendant la guerre des Danois,

& l'autre pour des filles à Saliíbury. Mais comme il ne trou

avoit servi de refuge pendant la guerre des Danois, & l'autre pour des filles à Saliíbury.

Quatrième Partie , Chap. IX.

Î3

voie point en Angleterre de Religieux pour peupler celui Axant-

d'Atheiney, il y en mit de diverses nations , & ordonna qu'on

J^^*

y

élevât des enfans dans l'esperance qu'étant instruits dans r 10m

la

pieté, ils embrassçroient la profession Monastique. Il tìt terre.1"*

bâtir un troisième Monastère a Wilton que l'on appella le nouveau Monastère, pour le distinguer de l'ancienquiavoit

été changé en Cathédrale j mais il ne put pas le finir , ce qui

ne fut fait que fous le Règne d'Edouard son fils. II fallut du tems pour reparer tous les Monastères qui

avoient été détruits par les Danois. II y en avoit déja environ cinquante qui étoient relevés fous le Règne du Roi Edgar ,. qui aïant fait des Loix pour les Ecclésiastiques qui vivoienc dans un grand désordre , la plupart étant mariés , voulut aussi en faire pour les Moines , afin que l'uniformité dans- les observances fût pratiquée dans tous les Monastères. Ce lui de Glastemburi avoit été reparé par saint Dunstan qui y avoit été élevé par des Irlandois qui y demeuroient pour instruire la jeunesse. II n'y avoit plus de Moines pour lors, & les Rois s'étoient empares de tous les domaines de ce Mo nastère. Dunstan après y avoir commencé ses études , alla

à Cantorberi auprès de l' Archevêque Athelme son oncle

qui le recommanda au Roi Edelstan & le mit à son service. Son mérite lui aïant attiré des envieux & voïant que le Roi avoit ajouté foi à la calomnie , il quitta la Cour de lui-mê me , fans attendre qu'il fût congédié , & se retira auprès de l'Evêque de Wìnccster son parent , qui lui persuada d'em brasser l'état Monastique. Il en reçut l'habit de la main de l'Evêque qui ensuite l'ordonna Prêtre , lui donnant pour titre l'Eglife de Notre-Dame de Glastemburi : car les Moi» nés non plus que les autres n'étoient point ordonnés fans titre.

II

y alla ensuite pour desservir cette Eglise près de laquelle

il

se fit une petite cellule qui n'avoit que cinq pieds de long,,

deux 8c demi de large , & la hauteur nécessaire pour y pou voir être debout. II jeûnoit& prioit assiduëment. Cette mâr siiere de vivre lui attira bien-tôt des visites de toutes fortes

de personnes qui publioient ses vertus. Son pere & fa mère étant morts , il se trouva seul héritier 3 car dans ces tems là en Angleterre , comme aifteurs , les Moines n'étoient point exclus des successions. Saint Dunstan donna à son Eglise fes terres les plus proches qui étoient à lui , & du reste â& Lij

Saint Dunstan donna à son Eglise fes terres les plus proches qui étoient à lui ,

#4 Histoire des Ordres Religieux, son patrimoine , il fonda cinq Monastères en divers lieux. Le Edelstan lui aïant donné tout ce qui étoit de son Do maine à Glastemburi , il commença peu de jours après à y

Ancifn. * * eg it ions

ïírríÌ"" jetter les fondemens d'une Eglise magnifique, & à y bâtir des lieux réguliers : & quand tout fut achevé , il y assem bla une grande Communauté de Moines dont il fut Abbé. Après la mort du Roi Edmond qui fut assassiné lan 5)46. Edrede son frere,mit toute fa confiance en saint Dunstan, 6c voulut même lui donner PEvêché deWincester qu'il refusa. Ce Prince étant mort, son neveu Edùin , Prince très dé bauché ôc fans conduite , ne pouvant souffrir les avis de saint Dunstan, l'envoïa en exil après avoir fait un E dit pour ôter les biens de tous les Monastères. On vint à celui de Gla stemburi , où après avoir fait l'inventaire de tout ce qui lui appartenoit, on enleva le saint Abbé qui s'embarqua pour passer en Flandres , où il se retira dans le Monastère de saint Pierre de Gand. Le Roi Edùin étant devenu insup portable à ses peuples, fut chassé , & on reconnut pour Roi ion frère Edgard Tan 257. Peu de jours après son élection, il tint une Assemblée generale de tout son Roïaume . où U cassa toutes les Loix injustes de son frère , & rappella glo rieusement de l'exil saint Dunstan , qui fut contraint d'ac cepter l'Evêché de Worcester > quelque tems après celui de Londres , 6c enfin malgré ses résistances l' Archevêché 4e Cantorberì, Ce fut lui qui sollicita le Roi Edgar à faire ré tablir dans tous les Monastères , par son autorité , la disci pline régulière qui en avoit été bannie par les ravages des Danois. Ce Prince fit venir des Moines de saint Benoît sur Loire en France, & de saint Pierre de Gand en Flandres. On ramassa ensemble ce qui parut plus convenable des pratiques qui s'ojbfervoient dans ces deux Monastères pour pn faire un règlement gênerai qui deyoit être observé dans tous les Monastères d'Angleterre : 6c comme ce reglemenc fut dressé par íaint Dunstan , 6c qu'il emploïa l'authorité iáu Prince pour le faire observer, on peut dire qu'il a été le Restaurateur de l'Observance Monastique en Angle- ferre. Ces Reglemens furent observés dans les Monastères d'An gleterre, jusqu'au tems que Guillaume Duc de Norman- 5ietjfcajiant conquis ce, Roïaume, saint Lanfranc fut foit

gleterre, jusqu'au tems que Guillaume Duc de Norman- 5ietjfcajiant conquis ce, Roïaume, saint Lanfranc fut foit

¡QuAtMEME Partie , Chap. IX.

ff

Archevêque de Cantorberi l'an 1070. Comme il avoit été - Prieur de i'Abbaïe du Bec & Abbé de faine Etienne de Caën qErs e a*"

en Normandie , voïant que les Moines de fon Eglife diffe- roient beaucoup dans les obfervances de ceux de France, terre. \ il leur donna des Statuts conformes aux coutumes & pra tiques qui s'obfervoient dans les Monafteres les plus cele bres de l'Ordre , y aïant feulement ajouté & retranché quel que peu de chofes , principalement pour ce qui regarde 1* celebration de quelques Fêtes. Il y a un Chapitre particulier qui regarde les negligences que l'on peut commettre à l'é- fard de la fainte Euchariilie. Par exemple, quand la fainte ioftie étoit tombée à terre ou le précieux Sang répandu , foit à terre , ou dans un lieu où on ne pouvoit pas tout ra- xnafler , on en donnoit auffi-tôt avis à l'Abbé ou au Prieur qui devoit venir fur le lieu avec quelques Religieux pour faire ce que preferivent les Rubriques en pareilles occaiions:

mais au premier jour de Chapitre celui qui avoit commis la faute , difoit fa coulpe , & recevoit la difeipline fur les épau les. On lui enjoignoit une pénitence, ôc étamr-retourne à fa place tous les Prêtres qui etoient prefens fe levoient , & al- ioient fe préfenter pour recevoir auffi la difeipline : mais celui cnii préfidoit , n'en retenoit que fept , & renvoïoit les autres a leur place. A la fin du Chapitre tout le monde étant profterné , difoit les fept Pfeaumes de la penitence & d'autres prières en fortant du Chapitre. Si le Sang étoit feulement tombé fur le Corporal , l'endroit où il étoit tombé, étoit lavé trois fois , les Religieux dévoient boire la premiere Ablution, & les deux autres étoient jettées dans la Pifcine. Si quelque Religieux étoit malade & qu'il ne pût pasfui- .vre les exercices de la Communauté , il ne laiflbit pas que de tlemeurer avec les frères , après en avoir demandé permif- lîon à l'Abbé 5 mais fi la maladie augmentoit jufqu'à ne pou voir demeurer avec la Communauté , il étoit conduit à l'infir merie cù il pouvoit manger de la viande : & du moment qu'il en avoit mangé , en quelque lieu qu'il allât , il avoit tou jours la tête couverte & devoit avoir un bâton pour fe foû- tenir. JLorfque quelqu'un revenoic en fancé, fi pendant fa maladie il avoit mangé de la viande , il venoit au Chapitre où aïant demandé pardon d'avoir tranfgreiTé l'ordre, il en demandoit l'abfolution à l'Abbé,aux pieds duquel il fe prof- L iij

d'avoir tranfgreiTé l'ordre, il en demandoit l'abfolution à l'Abbé,aux pieds duquel il fe prof- L iij
d'avoir tranfgreiTé l'ordre, il en demandoit l'abfolution à l'Abbé,aux pieds duquel il fe prof- L iij

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Histoire des Ordres R.ELiciEuxt

ternoic pour la recevoir i aprés quoi étant retourné à fa place

o rS£Cc°a- il remercioit la Communauté de la charité qu'on avoit eue

: ^ ^ étant à l'Infirmerie il n'a voit pas mangé de

jt£kri.L " viande, l'Abbé lui marquoit seulement l'heure qu'il dévoie

retourner à la Communauté , aprés qu'il en avoit demandé la permission. Aprés que quelqu'un avoit prononcé ses V ux , l'Abbé lui mettoit le capuce fur la tête : il devoit communier trois jours defuite,& le troisième jour,pendant laMelIe,FAbbé lui abaissoit son capuce. II devoit garder un étroit silence : il n'alloit point à la Procession , ne lisoit point, nechantoic point : 6c au premier Chapitre , le maître des Novices de voit demander à l'Abbé permission pour que le nouveau* Proses pût lire > chanter & raire tous les exercices de la Com munauté. Du jour que le Profés en avoit reçu la permission» il pouvoit exercer les Ordres , excepté celui de Prêtrise i car il iie pouvoit pas célébrer la Messe pendant la première année de fa profession , si ce n'étoit qu'il eût mene dans le monde une vie trés chaste , & qu'il en eût une permission spéciale de l'Abbé. La manière d'offrir les enfans est encore préferite dan» ces Statuts. Celui qui étoit offert, aprés qu'on lui avoit faic la couronne, portoit en ses mains une Hostie & un Calice* dans lequel il y avoit du vin : aprés l'Evangile fes parens l'offroient au Prêtre qui difoit la Messe, pour recevoir l'O- blation. Les parens envelopooient la main de l'enfant dans la nappe de l'Autel , & l'Abbé le recevoit. Les parens , com me nous l'avons dit ailleurs , promettoìent qu'ils ne porte- roient jamais l'enfant à quitter l'Ordre, ni par eux mêmes, ni par quelqu'autre personne que ce pût être,&qu'ils ne lui d on- neroient jamais rien qui pût l'engager à fa perte. Cette pro messe étant écrite en présence de témoins , ils la dévoient lire tout haut , & la mettre ensuite sur l'Autel. Aprés cela l'Abbé revêtoit l'enfant de la Cuculle , le faisoit conduire Î)our le faire raser & habiller , suivant la coûtume de 'Ordre. Ces Statuts de saint Lanfranc furent aussi observés dans- les autres Monastères de l'Ordre de saint Benoît en Angle terre , & lorsque l'an 1x15. le Concile de Latran eut ordon né de tenir des Chapitres généraux dans chaque Province*

t,a°n s Pour

anciïn-

1x15. le Concile de Latran eut ordon né de tenir des Chapitres généraux dans chaque Province*

Quatrième Partie , Chap. ÏX. 87 les Bénédictins en Angleterre fe divilerentendeux Provin-

ces qui furent celles de Cantorberi 6c d'York, dans lef- " °-" quelles , conformément au Décret du Concile general , on r ,l 0 M *

Aucun-

tint des Chapitres tous les trois ans. Mais commepeuà peu ^ ?1-* cette pratique s'abolit , le Pape Benoît XII. environ cent ans après aïant renouvelle le Décret du Concile de Latran , tous les Benedidins d'Angleterre unirent les deux Provin ces de Cantorberi 6c d'York en une , 6c ne firent plus qu'un même Corps. Le premier Chapitre general fut celebré l'an 1338. à Northampton: on y fit des Reglemens ôc on y élut des iVifiteurs , des Difiïniteurs , 6c des Préfidens pour préfider au premier Chapitre qui fe devoit tenir : ce qui fut tou jours pratiqué depuis jufqu'au Schifme , qui en aboliflanten Angleterre la Religion Catholique , y détruifit l'Ordre Mo na ftique. Le fujet que l'on prit pour fupprimer les Monafteres , fut le refus cj[ue la plupart des Religieux firent de reconnoitre la primauté du Roi Henri VIII. 6c la qualité de Chef de î'Eglife Anglicane qu'il avoir prife :ceux mêmes qui y con- fentirentne furent pas mieux traités que les autres : on leur objecta les defordres qu'il y avoit dans leurs Monafteres , comme de juftes motifs pour les en chafler. Le premier Acte de Primauté que fit ce* Prince , fut de donner à Thomas Cromwel, qui n'étoit que le fils d'un Maréchal , la qualité de fon Grand Vicaire , 6c Grand Officiai , ou Vice- Regent, uoiqu'il ne fut que Laïque. Cromvel pour faire la vifite es Monafteres , nomma un autre Laïque,appellé Lée,avec plufieurs perfonnes affidées , qui dans le cours de leurs viii- ' tes , qu'ils commencèrent en 1 535. 6c dans leurs procès ver baux , aïant fuppofé beaucoup de crimes aux Religieux,en engagèrent un grand nombre , pour éviter la punition dont on les menaçoit, à mettre leurs Abbaïes ôc leurs Monafteres à la diferetion du Roi : ce qui étoit tout ce que la Cour de- mandoit. L'Abbaïe de Langder en Angleterre , de l'Ordre de Pré-

étoit dédiée à la fainte Vierge 6c à S. Thomas de

Cantorberi , fut une des premieres qui fut remife entre les mains du Roi j parce que l'on aceufa l'Abbé d'un crime , foit vrai foit fuppofé , pour lequel on le menaça d'une puni

tion très rigoureufe. Cette premiere refignation fut iuivie

montré,qui

, pour lequel on le menaça d'une puni tion très rigoureufe. Cette premiere refignation fut iuivie

ÌJ

Histoire "bis Okdr.es Religieux»

k^sNCCon ^e P^u^eurs autres , qui se firent jusqu'à l'ouverture dú

o r e o a-

Parlement qui s'assembla au mois de Février 1 536. Comme

«'angle-

l'on Y ^c publiquement lecture des procès verbaux de visite

m&a£. de tous les Monastères , les deux Chambres témoignèrent

tant d'indignation contre les déreglemens des Religieux,que fans examiner s'ils étoient véritables ou non , elles consenti rent d'abord à la suppression des petits Couvens,que le Roi demandoit : car on nosoit pas encore s'attaquer aux plus considérables. Mais comme la Cour n'étoit pas contente , quoique le Parlement eût donné au Roi tous les petits Cou- vens qui avoient été supprimés , avec tous les biens qui en dépendoient , lesquels Couvens étoient au nombre de trois cens soixante 8c seize, de diíFerens Ordres: le Parlement qui s'étoit rassemblé au mois de Juin 1536. fit une Loi , par laquelle onannulla les Immunités , Privilèges & exemptions que la Cour de Rome avoit accordés aux Monastères. Le Roi ordonna que l'on feroit une nouvelle visite des Maisons qui restoient encore , & qu'on examineroit particulièrement la vie des Moines , leur disposition envers le Roi » & leurs sentimens fur la Primauté Ecclésiastique. Lée fut encore

hien au gré

de la Cour , que pour récompense on lui donna l' Archevê ché d' Yorc k aprés la mort du Cardinal de Wolsey. Ces nouvelles recherches, qu'on peut appeller de cruelles persécutions , obligèrent plusieurs Abbes & Religieux à remettre leurs Maisons au pouvoir du Roi. L'Abbaïe de Furness, de TOrdre de Cîteaux , de mille livres sterling de revenu , donna l'exemple à plusieurs autres. II y eut cepen dant plusieurs Abbés £c plusieurs Prieurs , qui aimerenc mieux souffrir la mort , que de resigner leurs Maisons , &

1 qui furent en effet exécutés , fous prétexte de rébellion & de désobéissance. De ce nombre furent l'Abbé de Glastem- bury , qui avoit cinquante mille livres tournois de revenu > l'Abbé de Reading,qui en avoit trente mille , & celui de Glocestre , qui étoient tous trois de l'Ordre des Moines Noirs. On ne s'attaqua aux Abbaïes de "Westminster » de saint A lban , de saint Edmond , de sainte Marie d' Yorck , de Peterboroug , de Croyland, de Teukelsburg, de Ta- yestok,& de quelques autres du même Ordre,qu'à la fin de

««te persécution j mais il ne fut pas difficile au Roi de s'em- * pare?

chargé de cette Commission, dont il s'acquitta si

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QUATRIENÍE PARTÍE , ChAP. X.