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Vibrations et contraintes alternées

dans les turbomachines

par Martial NAUDIN


Ingénieur Arts et Métiers
Chef du Département Turbines à Vapeur de FRAMATOME-THERMODYN
et Jean-Marc PUGNET
Ingénieur Arts et Métiers
Ingénieur Automaticien de l’Université de Grenoble
Chef du Département Recherches et Développements de FRAMATONE-THERMODYN
Expert Principal de FRAMATOME

1. Système vibratoire amorti..................................................................... BM 4 175 - 3


1.1 Étude du mouvement libre ......................................................................... — 3
1.2 Étude de la réponse à une excitation forcée harmonique ....................... — 3
1.3 Conclusion.................................................................................................... — 4
2. Analyse vibratoire d’aubages ............................................................... — 5
2.1 Aubages de turbines à vapeur.................................................................... — 5
2.2 Modes propres des aubages mobiles........................................................ — 5
2.3 Sources d’excitation .................................................................................... — 6
2.4 Diagramme de Campbell ............................................................................ — 7
2.5 Calcul des contraintes statiques et des contraintes dynamiques............ — 8
2.6 Tracé du diagramme de Haigh ................................................................... — 9
2.7 Critère d’acceptation. Coefficient de sécurité............................................ — 11
2.8 Influence de la corrosion............................................................................. — 11
3. Analyse dynamique de flexion d’une ligne d’arbres ...................... — 11
3.1 Différents modes propres de flexion ......................................................... — 11
3.2 Raideurs et amortissements des paliers.................................................... — 12
3.3 Calcul des modes propres de flexion......................................................... — 13
3.4 Sources d’excitation .................................................................................... — 14
3.5 Premier critère d’analyse : stabilité vibratoire de la ligne d’arbres......... — 14
3.6 Second critère d’analyse : niveau vibratoire ............................................. — 15
4. Généralisation.......................................................................................... — 16
4.1 Vibrations d’aubages................................................................................... — 16
4.2 Dynamique d’arbre...................................................................................... — 17
4.3 Machines alternatives ................................................................................. — 17
5. Conclusion ................................................................................................. — 17
Références bibliographiques ......................................................................... — 17

hacun connaît l’histoire de ponts rompus simplement lors de leur traversée


C par un régiment d’infanterie marchant au pas cadencé. Le pont de Tacoma
aux États-Unis s’est effondré lui, six mois après sa mise en service en 1940, sous
l’effet d’un vent régulier mais pas particulièrement élevé. Il avait déjà supporté
des vents à peine moins rapides ou plus violents sans dommage. Ces accidents
sont ici le résultat d’une résonance, coïncidence d’une fréquence propre de
structure et d’une fréquence d’excitation.

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VIBRATIONS ET CONTRAINTES ALTERNÉES DANS LES TURBOMACHINES _________________________________________________________________________

Ces phénomènes vibratoires sont également fréquemment à l’origine des inci-


dents mécaniques rencontrés sur les turbomachines. Un calcul des modes pro-
pres des composants, ainsi que la connaissance des excitations qui sont
susceptibles de leur être appliquées en fonctionnement, permettent d’améliorer
sensiblement la fiabilité et la disponibilité du matériel.
Le développement des moyens informatiques a permis un calcul de plus en
plus précis des fréquences et modes propres grâce, en particulier, aux techni-
ques des éléments finis. De nombreux logiciels ont été développés, parfois
généraux, parfois spécifiques à des études particulières comme par exemple
l’analyse torsionnelle d’une ligne d’arbres. Par contre, la connaissance des sour-
ces d’excitation, si elle s’est beaucoup améliorée, reste encore parfois insuffi-
sante pour expliquer et surtout anticiper des phénomènes vibratoires complexes
que l’on peut rencontrer sur les machines tournantes.
L’objectif de cet article est de présenter à travers deux exemples bien diffé-
rents, choisis dans le domaine des turbomachines, la méthodologie à appliquer
pour effectuer une analyse vibratoire de composants mécaniques aussi com-
plète que possible.
Les aubages mobiles de turbines à vapeur, très riches en modes propres,
sont soumis à des excitations liées à l’écoulement vapeur souvent élevées.
Les concepteurs ont développé de nombreuses techniques pour apporter,
notamment, de l’amortissement afin de réduire l’effet de ces perturbations et
assurer la tenue en fatigue de ces composants.
L’étude dynamique de flexion d’une ligne d’arbres de turbomachines est
indispensable si l’on veut éviter toute surprise lors de sa mise en service. Un bas
niveau vibratoire des rotors est un paramètre important pour assurer une dispo-
nibilité et une longévité élevées des machines tournantes. Il est également
garant de la conservation des jeux internes et donc du rendement.
Les développements théoriques sont largement explicités dans de nombreux
ouvrages techniques et ne sont pas repris dans cet article. Toutefois, l’étude d’un
système vibratoire simple soumis à une excitation forcée est présentée succinc-
tement.
Les critères d’acceptabilité sont donnés à titre indicatif. Ils sont le résultat de
l’expérience ou imposés par des codes de construction de machines tournantes.

Notations et symboles
Symbole Unité Définition

A nombre facteur d’amplification

F N effort

f Hz pseudo-fréquence

m kg masse

N tr/min vitesse de rotation du rotor

T s pseudo-période

Z nombre nombre de distributeurs par étage

α fréquence relative

L nombre décrément logarithmique

σ MPa contrainte

ω rad/s pulsation du système

ω0 rad/s pulsation de l’excitation forcée

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1. Système vibratoire amorti Amplitude


de la vibration

La détermination des contraintes dynamiques utilise les résultats


de l’étude d’un système vibratoire simple (à un degré de liberté), A0
amorti, soumis à une excitation forcée.
A1
A2 A3
1.1 Étude du mouvement libre

L’application de l’équation fondamentale de la dynamique au sys-


tème vibratoire représenté sur la figure 1 donne :
A1 A2 A3 An
= = = + 1 = exp (– L )
d2 x dx A0 A1 A2 An
m ---------- + b ------- + kx = 0 (1)
d t2 dt
Temps
d2 x
où m ---------- représente la force d’inertie,
dt 2 Figure 2 – Mouvement libre d’un système vibratoire amorti,
à un degré de liberté
dx
b ------- représente la force de viscosité ou d’amortissement,
dt

kx représente la force élastique. L’amortissement est alors caractérisé par le « décrément


logarithmique » L, nombre adimensionnel :
La solution générale de l’équation différentielle (1) est de la
forme : A1 A An + 1 b
- = exp æ Ð --------- T ö = exp ( Ð L )
------- = ------2- = ... = -------------
A0 A1 An è 2m ø
b
x = C exp æè Ð --------- t öø sin ( w t + j )
2m
avec :
Elle représente un mouvement pseudo-sinusoïdal (figure 2) qui
b An
diffère d’un mouvement sinusoïdal en ce que l’amplitude L = --------- T = ln --------------
b 2m An + 1
C exp æè Ð --------- t öø décroît d’une oscillation à la suivante suivant une
2m donc avec les équations (2) et (3) :
progression géométrique, pour autant que :
2p b
b2 < 4 km. L = ----------------------------- (4)
4 km Ð b 2
On a :
— la pseudo-pulsation w (rad/s) :

k b2 4 km Ð b 2 1.2 Étude de la réponse à une excitation


w = ----- Ð ------------ = ------------------------------ (2)
m 4 m2 2m forcée harmonique
— la pseudo-période T (s) :
Si la masse est soumise à une force supplémentaire sinusoïdale,
2p
T = ------- (3) on a :
w
d2 x dx
— la pseudo-fréquence f (Hz) : m ---------2- + b ------- + kx = P 0 sin w 0 t
1 dt dt
f = ---
T où P0 est l’amplitude de l’excitation forcée et w0 sa pulsation.
Les constantes C et j dépendent des conditions initiales.
Pour un système amorti, le régime permanent correspond à un
La courbe passant par les points A0 - A1 - A2 - A3 est une expo- mouvement sinusoïdal de la forme :
b
nentielle et a pour équation C exp æ Ð --------- t ö . x = X sin (w 0 t + j )
è 2m ø
avec :

k
X = X 0 ----------------------------------------------------------
b w 0 + ( mw 02 Ð k ) 2
2 2

et :
Amortisseur Ressort
P0
X 0 = ------ ( élongation statique )
k
m x X
A = ------- représente l’amplitude adimensionnelle du mouvement.
Figure 1 – Système vibratoire X0

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L’amplitude maximale A est obtenue lorsque b 2 w 02 + ( mw 02 Ð k ) 2 Facteur


est minimal, c’est-à-dire pour : d'amplification A

k b2 p /L
w 02 = ----- Ð ------------ .
m 2 m2
Il est important de remarquer que la pulsation correspondant à
l’amplitude maximale dépend de l’amortissement et a une valeur :

k b2
w= ----- Ð ------------
m 2 m2
1
différente :
k 1 Fréquence relative a
— de la pulsation naturelle non amortie : w = ----- ; w0
m a=
k /m
k b2
— de la pseudo-pulsation (relation (2)) : w = ----- Ð ------------ . L = 0,02 L = 1
m 4 m2 L = 2,5
L = 0,2
Lorsque le coefficient d’amortissement est faible, ces trois valeurs
Figure 3 – Facteur d’amplification A en fonction de la fréquence
sont très proches et l’amplitude maximale est alors obtenue lorsque
relative
la fréquence d’excitation est égale à la fréquence du système soit :

k
w0 = ----- .
m
Tableau 1 – Facteur d’amplification en fonction
Il y a alors phénomène de résonance. de la fréquence relative pour quatre valeurs
Il est d’usage de poser : du décrément logarithmique

fréquence excitation forcée w0 m α A (Λ = 0,02) A (Λ = 0,2) A (Λ = 1) A (Λ = 2,5)


a = -------------------------------------------------------------------------------------------------- = ---------
- = w 0 -----
fréquence résonateur non amorti k k 0 1 1 1 1
-----
m
0,5 1,33 1,33 1,30 1,19
donc pour l’amplitude adimensionnelle, on a : 0,7 1,96 1,95 1,80 1,37
k 1 0,8 2,77 2,75 2,27 1,44
A = -------------------------------------------------------- = ----------------------------------------------------
b 2 w 02 + ( mw 02 Ð k ) 2 b2 2 0,9 5,26 5,03 2,93 1,44
--------- a + ( a 2 Ð 1 ) 2
km 0,95 10,23 8,71 3,18 1,41
Il vient, en introduisant le décrément logarithmique (relation (4)) : 0,99 47,90 15,13 3,20 1,36
2p b 1 157,08 15,71 3,18 1,35
L = -----------------------------
4 km Ð b 2 1,01 47,38 14,85 3,14 1,33
1,05 9,73 8,17 2,89 1,27
1
A = --------------------------------------------------------- (5) 1,10 4,75 4,51 2,47 1,19
4 L2 a2
----------------------- + ( a 2 Ð 1 ) 2
4p 2 + L 2
pour différentes valeurs de décréments logarithmiques L. 1.3 Conclusion
La courbe de la figure 3 représente le facteur d’amplification
X w0
A = ------- en fonction de la fréquence relative a ( a = ---------------- ) Pour un système vibratoire simple amorti, soumis à une excita-
X0 k¤m tion forcée harmonique :
Le tableau 1 donne pour quatre valeurs de L, le facteur d’amplifi- — le facteur d’amplification est fonction uniquement de la fré-
cation en fonction de a. Les valeurs en gras sont les valeurs maxi- quence relative a (rapport de la fréquence d’excitation et de la fré-
males, résultat de la relation (5). quence propre du système) et du décrément logarithmique L ;
On peut voir que le facteur d’amplification passe par un maxi- — il est calculé simplement par l’équation (5) ;
mum appelé amplification à la résonance pour une valeur de a très — le facteur d’amplification est maximal, lorsque la fréquence
proche de 1 : d’excitation est proche de la fréquence propre du système ; lorsque
l’amortissement est faible (L < 1), ce maximum peut être pris égal à
4p 2 Ð L 2 (relation (6)) : p / L.
a = -----------------------
4p 2 + L 2 Pour une structure plus complexe, le principe reste identique. Le
système devenant multi-degré de liberté, le nombre de modes pro-
et d’autant plus proche que L est petit. Pour de faibles valeurs de L pres est théoriquement égal au nombre de degrés de liberté. Cha-
par rapport à 4p2 et pour a = 1, l’équation (5) se réduit à : que mode propre est caractérisé par une fréquence propre, sa
déformée et son décrément logarithmique associé. Ces modes pro-
p pres peuvent être déterminés par analyse modale numérique ou
A max » ---- (6)
L expérimentale.

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2. Analyse vibratoire Cette méthodologie peut être appliquée dès sa conception à tout
composant mécanique soumis à des excitations dynamiques, si le
d’aubages niveau de contrainte moyen est élevé ou si les excitations sont
importantes. Elle est également appropriée dans la recherche des
causes d’incident d’une pièce présentant un faciès de rupture par
fatigue.
2.1 Aubages de turbines à vapeur
Les différentes phases sont explicitées dans les paragraphes sui-
vants.
Les aubages mobiles montés sur le rotor d’une turbine ont à sup-
porter à la fois des charges constantes telles que les forces centrifu-
ges et des charges dynamiques liées principalement à l’écoulement
vapeur. Si le calcul de certaines grandeurs physiques, telles que les
contraintes centrifuges, est relativement aisé, il n’en est pas de 2.2 Modes propres des aubages mobiles
même des contraintes dynamiques dont la détermination est indis-
pensable lorsqu’apparaissent des phénomènes de résonance.
Lors du dimensionnement mécanique d’un aubage, il est néces- La technologie des aubages mobiles est spécifique à chaque
saire d’effectuer une analyse vibratoire dont les différentes phases constructeur. Ces aubages sont le plus souvent rapportés à la péri-
sont représentées sur le diagramme de la figure 4. phérie des disques du rotor et, exceptionnellement, usinés directe-
ment dans le rotor lui-même, par électroérosion par exemple.

La figure 5 montre un rotor de turbine à vapeur de 7 MW tournant


à 8 000 tr/min et comprenant sept rangées d’aubages mobiles. La
figure 6 représente deux types différents d’accrochage, le premier
étant un montage circonférentiel avec pied type Té, le second un
Calcul des modes propres
montage axial avec pied type sapin.

Détermination des fréquences d'excitation

Tracé du diagramme de Campbell

non oui
Résonance

non Modification de oui


la conception

Calcul des contraintes dynamiques

Tracé du diagramme de Haigh


Figure 5 – Rotor de turbine à vapeur, de 7 MW tournant
à 8 000 tr/min, comprenant sept rangées d’aubages
mobiles [Thermodyn]

non oui
Coefficient de sécurité
acceptable

Modification de la conception Conception retenue

Figure 4 – Dimensionnement mécanique d’un aubage :


organigramme de l’analyse vibratoire Figure 6 – Types d’accrochage d’aubages mobiles [Thermodyn]

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Distributeurs
Plan d'encastrement de l'aubage

1er mode tangentiel 2e mode tangentiel 1er mode axial 1 en phase


en phase en phase (vue suivant F ) Ailettes
mobiles

Défilement à la vitesse de rotation

Figure 8 – Excitation des sillages distributeurs

Dans la réalité, les longueurs de ruban sont inchangées, mais on a


2.3.1 Sillages distributeurs
amplifié énormément les déformées d'ailette pour la représentation. Il
est important de remarquer que le ruban reste perpendiculaire à L’épaisseur du bord de fuite et l’éventuel décollement coté extra-
chaque extrémité d'ailette. dos de chaque distributeur créent une perturbation dans l’écoule-
1er mode tangentiel, modes déphasés ment (figure 8) et donc des efforts de la vapeur sur les aubages non
constants. En conséquence, si Z est le nombre de distributeurs de
Figure 7 – Représentation symbolique des déformées des modes l’étage, chaque aubage mobile de l’étage concerné reçoit, à chaque
propres de flexion d’aubages liés par groupe de 4 ailettes tour, Z perturbations.
Pour une vitesse de rotation N (en tr/min) de la turbine, la fré-
quence d’excitation des distributeurs est donc :
Les aubages de chaque rangée sont également liés entre eux au
sommet par groupe à l’aide de rubans rivetés, le nombre d’ailettes ZN
par groupe étant déterminé pour limiter les contraintes dynami- -------- .
60
ques.
Il est évident que cette perturbation n’est pas purement sinusoï-
Les logiciels utilisant les méthodes de calculs aux éléments finis dale. Il est donc nécessaire de la ramener, par décomposition en
permettent de déterminer les modes propres avec, pour chacun série de Fourier, en une somme de forces sinusoïdales de fréquen-
d’eux, sa fréquence propre et sa déformée modale. Ces modes sont ces ZN / 60, 2ZN / 60, 3ZN / 60,....
calculés à l’arrêt, mais également en rotation, prenant en compte le
On se limite, généralement, pour les sillages distributeurs, à la
raidissement centrifuge. D’autres paramètres, tels que les caracté-
prise en compte de la fréquence fondamentale ZN / 60 et de sa fré-
ristiques du matériau et la température qui influe directement sur
quence double 2ZN / 60.
ces caractéristiques, sont également à considérer lors de la détermi-
nation de ces modes. Les logiciels fournissent des résultats très fia- Le spectre d’excitation P (t ) s’exprime alors par :
bles, validés par l’expérience, souvent à moins de 2 % des valeurs
ZN ZN
mesurées par analyse modale, y compris en rotation. P ( t ) = P 0 + P 1 sin 2p -------- t + P 2 sin 4p -------- t (7)
60 60
L’amélioration de la connaissance des modes propres de vibra-
tion des composants a participé très largement à l’optimisation des Si l’une de ces fréquences d’excitation est égale ou très proche
machines tournantes (fiabilité, disponibilité, augmentation de la d’une fréquence propre d’aubage, à chaque vibration suivant ce
puissance massique, c’est-à-dire réduction importante de la taille mode, l’ailette reçoit alors une excitation parfaitement synchrone. Il
pour une même puissance). se crée un phénomène de résonance qui peut conduire à des
contraintes alternées inacceptables en regard des caractéristiques
Différentes techniques sont utilisées pour apporter de l’amortis- mécaniques du matériau.
sement ou pour adapter les fréquences des modes, comme par
exemple les fils de liaisonnement ou les étançons soudés.
2.3.2 Discontinuité au plan
Pour un groupe de 4 ailettes liées entre elles par un ruban, la de joint des diaphragmes
figure 7 schématise les principaux modes propres calculés, la défor-
mée du mode permettant de le caractériser. Le ruban, bénéfique
Le stator de turbine est le plus souvent en deux parties avec plan
pour les écoulements secondaires en sommet d’aubes, introduit des
de joint horizontal, afin de permettre le montage aisé du rotor. En
modes propres déphasés suivant tous les degrés de liberté.
conséquence, les diaphragmes qui contiennent les distributeurs
sont également en deux demi-parties, ce qui implique deux dis-
continuités au plan de joint.
2.3 Sources d’excitation Chaque aubage mobile reçoit alors deux excitations par tour, la
2 N
fréquence d’excitation correspondante étant ---------- , que l’on peut
60
Il est primordial de répertorier pour chaque composant étudié, écrire H2. Comme indiqué paragraphe 2.3.1 pour les sillages distri-
toutes les sources d’excitation susceptibles de générer des efforts buteurs, ici tous les harmoniques pairs de la vitesse de rotation sont
non constants significatifs. Chaque type de machine tournante pos- concernés (H4, H6, H8...).
sède des excitations qui lui sont propres et qui nécessitent pour les
recenser une parfaite connaissance de la conception et des spécifi-
cités de la machine concernée. C’est ainsi que, dans une turbine à 2.3.3 Injection partielle à l’admission turbine
vapeur, les excitations auxquelles sont soumis les aubages mobiles
sont liées principalement à l’écoulement vapeur. La liste ci-après ne Le réglage du débit de vapeur traversant la turbine est générale-
saurait bien entendu être exhaustive. ment effectué à l’admission par plusieurs soupapes régulatrices qui

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Plage des vitesses


de fonctionnement

55 Mode tangentiel 2
18

50

16
45 Plage des modes tangentiels déphasés

Marge de séparation

Vitesse maximale
40

Vitesse minimale

Vitesse nominale
14

Fréquence (kHz)
Mode tangentiel 2
35
N

12
Fréquence (kHz)

2Z

30

10 25
Plage des modes tangentiels déphasés
N
2Z
20
8

ZN 15
Mode axial 1 ZN
Vitesse nominale de rotation

6
10
Mode tangentiel 1

4 5
Mode tangentiel 1 H15

Mode axial 1 0
2 2 000 4 000 6 000 8 000 10 000 12 000
H15 Vitesse de rotation (tr/min)

0 Figure 10 – Diagramme de Campbell d’une ailette de turbine


6 000 à vapeur à vitesse variable (turbocompresseur)
2 000 4 000 8 000
Vitesse de rotation (tr/min)

2.4 Diagramme de Campbell


Figure 9 – Diagramme de Campbell d’une ailette de turbine à vapeur
à vitesse constante (turboalternateur)
■ L’utilisation du diagramme dit de Campbell est particulièrement
adapté pour visualiser les risques de résonance. Ce diagramme
alimentent des secteurs tuyères indépendants. L’admission de la consiste (figures 9 et 10) à reporter les fréquences propres d’auba-
vapeur est ainsi réalisée sur une partie seulement de la périphérie. ges calculées précédemment, en fonction de la vitesse de rotation
de la turbine. De la même manière, les fréquences d’excitation
Les aubages mobiles du premier étage reçoivent alors un choc répertoriées pour l’étage considéré sont représentées.
important à chaque tour en entrant et en sortant du secteur d’admis-
On peut noter que les fréquences propres d’aubages sont prati-
sion. Cette perturbation se conserve partiellement sur les étages
quement des horizontales au raidissement centrifuge près et les fré-
suivants. La décomposition en série de Fourier de ces écoulements
quences d’excitation, proportionnelles à la vitesse de rotation N,
non axisymétriques détermine des excitations harmoniques de la
sont des droites passant par l’origine.
vitesse de rotation.
■ Pour une turbine fonctionnant à vitesse constante (turbine
d’entraînement d’alternateur par exemple), la vitesse de rotation est
2.3.4 Conclusion représentée par une verticale qui va couper à la fois les courbes de
fréquences propres et de fréquences d’excitation (figure 9). Si
l’intersection d’une fréquence propre et d’une fréquence d’excita-
D’une façon générale, les soutirages de vapeur, les discontinuités tion est proche de cette verticale, cela signifie que, à la vitesse de
et les obstacles rencontrés par la vapeur lors de sa détente dans la rotation considérée, le mode propre de l’aubage est en résonance
turbine génèrent des perturbations et donc des contraintes dynami- avec cette source d’excitation. Des contraintes alternées de grande
ques. Ces obstacles peuvent d’ailleurs se trouver en aval de l’étage amplitude peuvent alors apparaître et mettre en péril le composant.
considéré comme les raidisseurs situés dans la zone d’échappe- Il est en conséquence souhaitable d’éloigner toute fréquence pro-
ment de la turbine ; en particulier, lorsque les raidisseurs sont situés pre des fréquences d’excitation. La marge de séparation nécessaire
trop près de la dernière rangée d’aubages, ils entraînent sur celle-ci pour s’assurer d’une non-résonance, que l’on peut exprimer en
des excitations non négligeables. Les 15 premiers harmoniques de pour-cent (5 %, 10 %), est fonction de la précision des valeurs calcu-
la vitesse de rotation (H1 à H15) sont considérés dans l’analyse lées ainsi que de la dispersion possible des fréquences propres sur
dynamique des aubages. une même rangée d’aubages.

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■ La figure 10 représente le diagramme de Campbell d’une tur-


bine à vitesse variable (turbocompresseur). Dans cet exemple, on
note une résonance du mode axial 1 avec la fréquence d’excitation
des distributeurs dans la plage de vitesse de fonctionnement. Il est
souvent possible, pour les machines fonctionnant à vitesse cons-
tante, de supprimer une résonance en modifiant la conception de
l’aubage ou la fréquence d’excitation. Par contre, il est d’autant plus
difficile d’éviter toute résonance pour les turbines à vitesse variable
que la plage de vitesse de fonctionnement est grande. On cherche
donc à déplacer les résonances vers les basses vitesses, celles-ci
correspondant à des contraintes centrifuges et des excitations plus
faibles (couple fonction du carré de la vitesse).
Lorsque la marge de séparation n’est pas respectée, on fait
l’hypothèse pessimiste que la fréquence d’excitation est égale à la
fréquence propre considérée et on justifie par calcul que les
contraintes dynamiques résultantes sont acceptables.

2.5 Calcul des contraintes statiques


et des contraintes dynamiques

2.5.1 Contraintes statiques

Les contraintes d’amplitude constante dites contraintes moyen- a pied d'aubage


nes ou statiques sont relativement faciles à calculer. De nombreux
logiciels de résistance des matériaux permettent de déterminer,
avec une très bonne précision, la valeur des contraintes moyennes
et, en particulier, dans les sections les plus sollicitées.
Les calculs aux éléments finis sont quant à eux utilisés pour déter-
miner les contraintes locales, qui intègrent les concentrations de
contraintes dans les zones avec accident de forme (congé...).
Dans l’exemple précédent d’aubages de turbines à vapeur, ces
contraintes résultent des forces centrifuges ainsi que des efforts
moyens de la vapeur qui correspondent au couple transmis et au
degré de réaction de pression de l’étage. La figure 11 montre une
visualisation des contraintes centrifuges dans un pied d’aubage
type sapin. L’ailette, soumise à une accélération de 27 000 g, est non
représentée et a été modélisée par un champ de pression à la partie
supérieure de la plate-forme.
Les zones rouges correspondent aux contraintes radiales les plus
élevées en traction et donc aux concentrations de contrainte.
Les zones bleues, au contraire, sont en compression.
Les zones jaunes indiquent les contraintes de traction modérées
et les zones vertes les contraintes de traction faibles.

2.5.2 Contraintes dynamiques b gorge dans rotor

La légende en couleur indique la contrainte en pascals


La force d’excitation, après décomposition en série de Fourier, est
de la forme : Figure 11 – Visualisation des contraintes centrifuges dans un pied
d’aubage type sapin [Thermodyn]
F (t ) = F0 + F1 sin wt + F2 sin 2wt +...

La charge constante F0 permet de déterminer la contrainte


2.5.2.1 Principe de la réponse modale
moyenne résultante.
La contrainte dynamique est fonction de la position relative des Le système étant multidegré de liberté, l’équation différentielle
dynamique est matricielle :
w 2w
fréquences d’excitation æ ------- , ---------- ...ö par rapport aux fréquences
è 2p 2p ø
d2 d
propres. Il est alors nécessaire d’étudier la réponse modale du sys- [ M ] --------- { X } + [ B ] ------ { X } + [ K ] { X } = { F ( t ) }
tème à l’excitation appliquée. dt 2 dt

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avec [ M] matrice des masses, Dans le cas d’une résonance du premier mode tangentiel avec la
[B ] matrice des amortissements, fréquence d’excitation des distributeurs, la charge sur les aubages
[relation (7)] se réduit à :
[K ] matrice des raideurs.
ZN
La recherche des fréquences propres et modes propres { F i } P ( t ) = P 0 + P 1 sin æè 2p -------- öø t
(valeurs propres et vecteurs propres) solution de : 60

d2 ZN
[ M ] -------- { X } + [ K ] { X } = { o } et la fréquence du premier mode tangentiel est -------- .
d t2 60
La charge moyenne P0 appliquée sur chaque aubage est l’effort
permet de passer des déplacements physiques {X } au vecteur des
participations modales {q } (vecteur de scalaires) par le changement qui transmet le couple de la vapeur au rotor. Les contraintes moyen-
de base : nes correspondantes, s0, sont calculées dans les sections les plus
sollicitées de l’aubage.
{ X } = [ F] { q }
ZN
Le déplacement est une combinaison linéaire des différentes L’amplitude P1 de l’excitation sinusoïdale de fréquence -------- est
60
déformées modales, le coefficient s’appliquant sur chacune d’entre une fraction (5 % à 30 %) de P0 et est fonction de la vitesse de la
elles étant la participation modale {qi }.
vapeur et de la géométrie de l’étage.
Le report de cette notion et la prémultiplication par [F]t donne, Seul, dans cet exemple, le premier mode tangentiel répond avec
compte tenu des propriétés mathématiques des matrices : une amplitude importante. En première approximation, parce que la
déformée dynamique est proportionnelle à la déformée statique, la
d2 d contrainte dynamique alternée sa résultante est :
[ I ] -------- { q } + [ F ] t [ B ] [ F ] ------ { q } + [ w i2 ] { q } = [ F ] t { F ( t ) }
d t2 dt
P1
où [I] est la matrice identité, s a = A ------ s 0
P0
[ w i2 ] est la matrice diagonale des valeurs propres. p
A étant le facteur d’amplification à la résonance æè » ---- öø , on a :
On peut ainsi ramener le système matriciel de départ en un sys- L
tème d’équations différentielles découplées, dans la mesure où p P1
s a = ---- ------ s 0
l’amortissement est considéré comme visqueux, et s’écrivant par L P0
exemple sous la forme de l’équation de Basile :
L est une caractéristique du mode concerné.
[ B ] = a [K ] + b [ M ]
Pour le premier mode tangentiel, L est généralement compris
d 2 qi Li wi d qi entre 0,01 et 0,04 pour des aubages rapportés au rotor. Les contrain-
------------ + ------------- --------- + w i2 q i = f i ( t ) tes alternées résultantes atteignent alors des valeurs qui peuvent
d t2 p dt être inacceptables. Un aubage, par exemple dimensionné avec une
avec wi pulsation modale du mode i, contrainte au couple vapeur de 20 MPa dans la section la plus char-
gée, doit en résonance supporter une contrainte dynamique de
Li décrément logarithmique du mode i, p
20 ------------ 0,2 = 600 MPa pour des valeurs moyennes de L et P1 / P0.
qi participation modale du mode i. 0,02
La force modale d’excitation : Nota : au cours de sa détente dans la turbine, d’étage en étage, la vapeur applique sur
chaque aubage un effort vapeur. Cet effort induit sur chaque aubage des contraintes. C’est
également cet effort qui donne un couple sur le rotor qui est le couple moteur. La
}t
fi (t ) = {Fi {F (t )} contrainte induite dans l’aubage est appelée « contrainte au couple vapeur ».

dépend donc de la forme modale {Fi}, c’est-à-dire de la localisation Afin de réduire ces contraintes dynamiques, il est générale-
de la force F (t ) par rapport aux ventres et nœuds de vibration. ment nécessaire d’apporter un amortissement supplémentaire soit
par l’intermédiaire de frottements (fils amortissants traversant les
Chaque équation différentielle est traitée suivant les principes du ailettes par exemple), soit par un liaisonnement mécanique des
paragraphe 1.2 et l’on revient dans l’espace physique par : ailettes entre elles par groupe (ruban riveté au sommet) qui apporte
{ X } = [ F] { q } de l’amortissement mais surtout une diminution de la force modale
d’excitation {Fi }t {F } par effet de déphasage entre les ailettes d’un
{ sa } = [ S ] { q }
même groupe.
[ S ] étant la matrice des contraintes modales issues de [F] par la loi Dans tous les cas, il faut vérifier que ces contraintes alternées sont
de Hooke pour autant que l’on reste dans le domaine élastique et acceptables, compte tenu des contraintes moyennes appliquées.
sa la contrainte alternée. L’utilisation d’un diagramme de fatigue permet alors de visualiser
Lors des calculs, il apparaît que, généralement, sa est essentielle- simplement le coefficient de sécurité.
ment créé par l’une seulement des contraintes sai, qu’il est facile
d’identifier dès l’origine, en particulier lorsqu’il y a proximité d’une
résonance.
2.6 Tracé du diagramme de Haigh
2.5.2.2 Exemple des aubages de turbine.
Sillages distributeurs 2.6.1 Limite d’endurance
Pour les aubages de turbine, lorsque la fréquence d’un mode est
proche d’une fréquence d’excitation, le décrément logarithmique La capacité d’un matériau à supporter des charges dynamiques
pour chaque mode propre étant très faible, le facteur d’amplification est quantifiée par sa limite de fatigue. Elle correspond à la plus
conduit à des contraintes dynamiques élevées, qu’il est nécessaire grande contrainte alternée sinusoïdale pour laquelle il n’est pas
de calculer. observé de rupture après un nombre infini de cycles.

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du grenaillage de précontrainte fréquemment utilisé pour des piè-


Contrainte
ces très sollicitées en fatigue.
alternée
■ État de surface : la fatigue est un phénomène de surface et les
essais normalisés sont effectués sur une éprouvette rectifiée.
■ Taille de la pièce : la limite d’endurance diminue lorsque les
dimensions d’une pièce augmentent.
■ Niveau de la contrainte statique (§ 2.6.2).

2.6.2 Effet de la contrainte statique


Air à 15 ¡C
sD
Air à 200 ¡C En l’absence de données expérimentales sur la fatigue, il est tou-
tefois possible de représenter, pour un acier, la limite d’endurance
Air à 400 ¡C en fonction de la contrainte statique. Des études statistiques condui-
tes par le CETIM [1] donnent la limite de fatigue sD d’un acier en
Milieu A3 (eau + 3 % NaCl) fonction de sa résistance à la rupture Rm.
Pour un matériau de résistance à la rupture Rm, limite d’élasticité
0 101 102 103 104 105 106 107 108 109 Re et limite d’endurance sD connues, plusieurs tracés de limite
Nombre de cycles à rupture d’endurance en fonction de la contrainte statique sm ont été propo-
sés (figure 13) et représentés sur un diagramme de Haigh ; il
Figure 12 – Courbe de Wohler pour les aciers consiste à porter les contraintes dynamiques en ordonnée et les
contraintes statiques en abscisse :
— la droite de Goodman relie la limite d’endurance à la résis-
Lors d’une série d’essais à des niveaux de sollicitation dynamique tance à la rupture et est une bonne approche pour les aciers à carac-
différents, on relève le nombre de cycles à rupture en fonction de la téristiques élevées ;
contrainte appliquée, ce qui conduit aux courbes de Wölher — la droite de Soderberg, la plus conservatrice, relie la limite
(figure 12). Pour les aciers, cette courbe présente une asymptote d’endurance à la limite d’élasticité ;
au-delà de 106 à 107 cycles, qui constitue la limite d’endurance sD.
— la courbe de Gerber est une parabole centrée sur l’axe des
Cette valeur est statistique en raison de la disparité des résultats et
ordonnées ; elle ne peut donc être utilisée que dans le domaine des
est associée à un intervalle de confiance (50 % - 90 %) à partir d’un
contraintes statiques de traction.
écart-type défini expérimentalement en utilisant par exemple la
méthode de l’escalier. C’est toutefois le tracé dont la construction est définie dans les
normes allemandes VDI qui tend à se généraliser (figure 13).
Il est fondamental de noter ici que les sollicitations qui nous inté-
ressent ont des fréquences telles que le nombre de 107 cycles est Le diagramme de Goodman, utilisant en ordonnée la somme des
souvent atteint en quelques heures et qu’en conséquence la rupture contraintes statique et dynamique est aussi très connu, mais s’avère
par fatigue peut intervenir très rapidement. moins pratique que le diagramme de Haigh.
Lorsqu’elle survient après un nombre de cycles limité (inférieur à
104 ou 105 cycles) sous contrainte dynamique élevée, la rupture est
dite olygocyclique. Contrainte
Plusieurs facteurs influent sur la limite d’endurance pour un alternée
matériau donné [1]. sa

■ Type de sollicitation : si on appelle sD la limite d’endurance d’un


acier en traction-compression, on peut utiliser le coefficent Kp pour
estimer la limite d’endurance

s D¢ = K p s D

pour d’autres sollicitations. Ce coefficient a pour valeur :


— en flexion plane : Kp = 1,16 ;
— en flexion rotative : Kp = 1,1 ; sD
1 4 3
— en torsion : Kp = 0,6. sD
Nota : flexion plane : moment de flexion alternée, de direction fixe par rapport à la 2
pièce.
flexion rotative : moment de flexion fixe, de direction tournant par rapport à la
pièce. 2

sD
2
■ Température : sD varie généralement comme la résistance à la
rupture Rm du matériau, le rapport sD/Rm restant pratiquement
constant. O Re Rm
Contrainte statique s m
■ État des contraintes résiduelles : ce sont les contraintes qui exis-
tent dans une pièce lorsqu’elle n’est soumise à aucune force exté- 1 : droite de Goodman 3 : parabole de Gerber
rieure. Des contraintes résiduelles de compression en surface 2 : droite de Soderberg 4 : construction VDI
peuvent améliorer sensiblement la tenue en fatigue. Elles sont ins-
tallées parfois volontairement dans ce but. C’est le cas, par exemple, Figure 13 – Diagrammes de Haigh

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Contrainte
2.8 Influence de la corrosion
alternée
sa
Pour la plupart des matériaux, la corrosion sous contrainte
entraîne un abaissement spectaculaire de la limite d’endurance.
Pour les aciers en particulier, il n’est alors plus possible de définir de
limite acceptable, la courbe de Wölher ne présentant plus d’asymp-
tote (figure 12).
La présence simultanée de corrosion et de contraintes alternées
sD
B est fréquemment à l’origine de ruptures mécaniques où l’on
D observe, sur le faciès de rupture de la pièce, des fissures multiples
F qui résultent des piqûres de corrosion. Des ruptures en fatigue,
rencontrées après un nombre de cycles très importants sous faible
A + C+
E+ contrainte dynamique, s’expliquent souvent par ce phénomène qui
ne trouve une solution que dans la suppression des conditions qui
ont créé cette corrosion (choix approprié du matériau, protection du
O Rm matériau par revêtement, suppression des agents corrosifs...).
Contrainte statique s m

contrainte maximale : coefficient de sécurité :


en A : tenon tenon : OB/OA 3. Analyse dynamique
en C : profil profil : OD/OC
en E : pied pied : OF/OE de flexion d’une ligne
d’arbres
Figure 14 – Exemple d’un diagramme de Haigh pour des ailettes
de turbine
Toute machine tournante en fonctionnement génère des vibra-
tions dont les amplitudes dépendent essentiellement :
— de la géométrie du rotor ;
2.7 Critère d’acceptation. — de la raideur des paliers et de son supportage ;
Coefficient de sécurité — de l’amortissement apporté par ces mêmes paliers ;
— des sources d’excitation, tel que le balourd par exemple ;
— de la vitesse de rotation du rotor.
Il est possible de porter (figure 14) sur un diagramme de Haigh, L’analyse dynamique de flexion d’une ligne d’arbres consiste à :
par exemple, les contraintes moyennes et dynamiques des zones — déterminer les fréquences et les déformées des modes pro-
les plus sollicitées. Ces contraintes locales doivent intégrer le coef- pres amortis de flexion des rotors ;
ficient de concentration de contraintes en chaque point consi- — vérifier que leur marge de séparation par rapport aux fréquen-
déré. Pour des charges statiques, ce coefficient est défini, en ces d’excitation est suffisante ;
résistance des matériaux, comme le rapport Kt entre la contrainte — s’assurer que le niveau vibratoire en tout point du rotor est
dans le rayon à fond d’entaille et la contrainte moyenne dans la sec- compatible avec les jeux internes de la machine.
tion considérée. Kt peut être déterminé par un calcul aux éléments Dans le cas d’une ligne d’arbres composée de rotors liés entre eux
finis ou par photoélasticimétrie. Ce coefficient prend une valeur Kf par des accouplements flexibles, l’analyse est en général simplifiée
différente de Kt pour des sollicitations alternées, celles-ci amenant en étudiant séparément chaque rotor avec son demi accouplement
très vite le matériau à l’état plastique à fond d’entaille. On se repor- correspondant.
tera utilement à une publication du CETIM [1], qui propose une
méthode pour sa détermination, ainsi qu’à la référence bibliographi-
que [9]. Toutefois, Kf étant pratiquement toujours plus faible que Kt,
on peut prendre cette dernière valeur en première approximation. 3.1 Différents modes propres de flexion
Le coefficient de sécurité est alors défini directement par le
OB En négligeant l’amortissement, on peut modéliser simplement
rapport --------- en chaque point calculé.
OA l’ensemble rotor-palier selon la figure 15, puis selon la figure 16 en
prenant en compte la flexibilité de l’arbre, sa masse et son inertie
Dans le cas de sollicitations complexes, il est nécessaire de transverse.
déterminer les contraintes dynamiques en appliquant les mêmes Plusieurs modes de déformation peuvent ainsi apparaître en fonc-
hypothèses que pour les contraintes moyennes (critères de Tresca tion des raideurs respectives du rotor et des paliers, traduit par les
ou de Von Mises pour les sollicitations statiques et Tresca pour les schémas de la figure 17 :
dynamiques).
— si la raideur du rotor est très grande par rapport à celle des
L’objectif est, bien entendu, d’obtenir un coefficient de sécurité au paliers, les modes calculés les plus bas en fréquence sont des
moins égal à 1. Toutefois, la difficulté réside dans une bonne modes dits de « corps solide » ou « modes de paliers », l’arbre se
connaissance des sources d’excitation. Si la fréquence d’une pertur- déplaçant sans fléchir ;
bation est généralement aisée à définir, il n’en est pas toujours de — si la raideur des paliers est très grande par rapport à celle du
même de son amplitude, qui fait souvent l’objet d’investigation de rotor, ce sont les modes de flexion du rotor qui apparaissent en pre-
la part des fabricants de turbomachines (essais, retour d’expé- mier.
rience...). Aussi, une moindre confiance dans la valeur de cette force Les premiers modes propres de certains rotors de turbines à
d’excitation doit conduire à rechercher un coefficient de sécurité vapeur particulièrement rigides sont des modes de paliers, alors
d’autant supérieur à 1. que des rotors très flexibles, que l’on trouve par exemple dans des

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1er mode 2e mode


Arbre Disques Arbre

2 nœuds de vibration 3 nœuds de vibration


Raideur Raideur
du palier du palier Figure 18 – Modes de déformations de l’ensemble rotor-paliers :
cas général

Schématisation simplifiée d'un rotor sur palier sans amortissement

Figure 15 – Schématisation simplifiée d’un rotor sur palier


sans amortissement
Figure 19 – Mode de déformation de bout d’arbre

m À chacun de ces modes propres est associée une fréquence pro-


pre qui, pour le schéma simplifié de la figure 18, peut être calculée
Jt simplement par :

K
w = -------
Raideur Raideur m
de l'arbre de l'arbre
avec w 2pf pulsation,
Raideur Raideur f fréquence,
du palier du palier
m masse du rotor,
K raideur équivalente du système paliers-rotor.

m : masse du rotor Jt : inertie transverse


La figure 19 représente une autre déformée d’arbre couramment
rencontrée en analyse de flexion. Elle correspond au fléchissement
Schématisation simplifiée d'un rotor sur palier sans amortissement d’un bout d’arbre sous l’effet d’un élément en porte-à-faux tel qu’un
demi-accouplement.
Figure 16 – Schématisation simplifiée d’un rotor sur palier
sans amortissement, tenant compte de la flexibilité de l’arbre

3.2 Raideurs et amortissements


des paliers
Raideur des paliers Raideur des paliers
<< Raideur du rotor >> Raideur du rotor
Afin de limiter les effets pervers des excitations auxquels est sou-
1er mode
mis le rotor, on a cherché à apporter le maximum d’amortissement
par l’intermédiaire des paliers.
Les turbomachines à haute vitesse de rotation sont généralement
équipées de paliers hydrodynamiques, paliers dont le fonctionne-
ment [2] est représenté selon la figure 20.
Le film d’huile, créé par la rotation de l’arbre à l’intérieur du palier,
génère une raideur et un amortissement visqueux dont les caracté-
2e mode
ristiques doivent être déterminées avec le plus grand soin. Prenant
en compte l’amortissement, la figure 16 doit alors être modifiée
Figure 17 – Modes de déformations de l’ensemble rotor-paliers comme indiqué sur la figure 21.
en fonction de leur raideur respectives Les paramètres de raideur et d’amortissement d’un palier sont
fonctions de la charge (amplitude et direction) appliquée par le
rotor, ainsi que de la vitesse de rotation. Charge et vitesse ont une
compresseurs centrifuges, ont leurs premiers modes proches de influence directe sur l’épaisseur du film d’huile. La modélisation de
ceux présentés figure 17, avec des déplacements nuls au droit des l’équilibre des forces de pression du film d’huile à l’aide de l’équa-
paliers. Toutefois, ces cas extrêmes sont peu représentatifs de la tion de Reynolds, dans les directions verticales et horizontales, per-
majorité des machines tournantes à vitesse élevée. met de calculer ces différents paramètres qui sont des fonctions non
linéaires de la charge appliquée aux paliers.
En règle générale, il y a lieu de prendre en compte la flexibilité de Cette charge, pour la détermination des caractéristiques dynami-
chacun des composants rotor et paliers pour déterminer les modes ques du palier, doit prendre en compte non seulement le poids du
de déformation, aucune ne pouvant être négligée. Cela conduit rotor, mais également tous les efforts appliqués à celui-ci, comme,
alors à des déformées selon la figure 18. par exemple, les injections partielles sur les étages d’admission des
Il est important de noter que pour des rotors très flexibles, les turbines à vapeur qui conduisent à des réactions aux paliers parfois
nœuds de vibrations (points de déformée du rotor sans déplace- très éloignées de la verticale.
ment) sont situés dans le plan des paliers. Par contre, les autres Des logiciels, développés par les universités ainsi que par les
types de rotors présentent des déplacements dans ces paliers qui fabricants de paliers, fournissent, pour un type de palier donné, 8
permettent de générer des forces d’amortissement aux excitations coefficients qui définissent la matrice de raideur et d’amortissement
appliquées au rotor. du palier, soit :

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y
Ligne des centres

Coin d'huile
convergent
Coussinet
Oc
x
3

Rotor + Or O
B

cour n de
Épaisseur minimale

du p ure
atin
du film d'huile

b
Rayo

Ra otor
du
yon
r
Pression b
hydrodynamique
A
a

P (poids du rotor)

Oc centre du coussinet Or centre du rotor


O : centre du rotor et du palier
A : jeu radial
Figure 20 – Fonctionnement d’un palier hydrodynamique B : entraxe rotor-rayon de courbure du patin
Précharge géométrique : B / (A + B )
Position du pivot : a / b (0,5 pour pivot centré)

Figure 22 – Géométrie d’un palier à patins oscillants

Jt D’autres coussinets, à géométrie fixe, comme les coussinets


demi-décalés, ont également des capacités de charge et d’amortis-
sement très intéressantes.
De nombreux paramètres influent sur les caractéristiques de rai-
Arbre
deur et d’amortissement des paliers. En plus de ceux déjà indiqués
(charge et vitesse de rotation), on peut également citer :
— la géométrie du palier et le rapport L /D (largeur/diamètre) ;
Palier Amortissement
— le type d’huile utilisée et en particulier sa viscosité ;
— les variations de température de l’huile.
Pour les coussinets à patins oscillants, la géométrie du palier est
définie par le jeu entre le rotor et les patins, par la précharge géomé-
m : masse du rotor Jt : inertie transverse trique et la position du pivot (figure 22).
La précharge
Figure 21 – Schématisation simplifiée d’un rotor sur palier
avec amortissement
B
--------------
A+B
avec A jeu radial,
— 2 raideurs et 2 amortissements directs Kxx , Kyy , Cxx , Cyy ;
B entraxe rayon du rotor - rayon de courbure du
— 2 raideurs et 2 amortissements croisés Kxy , Kyx , Cxy , Cyx . patin,
varie généralement de 0,2 à 0,9, les valeurs les plus fréquentes étant
Il est à noter que les raideurs croisées ont un effet déstabilisant,
comprises entre 0,3 et 0,5. C’est ce paramètre qui est généralement
car elles provoquent sur le rotor une réaction dans le sens opposé
optimisé pour ajuster en final les caractéristiques d’un coussinet
aux forces d’amortissement.
afin d’améliorer la stabilité d’un rotor particulièrement sensible.
Les coussinets à patins oscillants, les plus fréquemment utilisés
dans les machines tournantes à vitesse de rotation élevée, présen-
tent l’avantage de termes croisés particulièrement faibles. Le
tableau suivant donne les caractéristiques type d’un coussinet à 5
3.3 Calcul des modes propres
patins (diamètre 160 mm ; vitesse 6 500 tr/min ; charge 5 840 N) : de flexion

■ Les logiciels utilisés pour la détermination des modes propres de


Kxx : 7,8 · 107 N/m Cxx : 1,2 · 105 N · s/m flexion sont basés soit sur les méthodes de matrices de transfert,
soit sur les méthodes modales aux éléments finis. L’article Dynami-
Kyy : 1,85 · 108 N/m Cyy : 2,0 · 105 N · s/m que des rotors en flexion [3] décrit une méthode de calculs large-
Kxy : - 6,5 · 105 N/m Cxy : 6,6 · 102 N · s/m ment appliquée aux domaines des turbomachines. Les effets
gyroscopiques sont pris en compte, de même que toutes les matri-
Kyx : 6,5 · 105 N/m Cyx : -7,0 · 102 N · s/m ces d’impédance complètes des liaisons (paliers, étanchéité...). Les

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modes propres éventuels de supportage sont également introduits ■ Lignage incorrect ou délignage en cours de fonc-
si nécessaire, car ils peuvent déplacer les fréquences propres du tionnement
rotor ou répondre aux excitations.
Si l’utilisation d’accouplements flexibles entre 2 rotors d’une
Les résultats du calcul comportent les valeurs propres complexes même ligne d’arbres limite l’amplitude de ces excitations, il n’en est
(la partie imaginaire étant la fréquence propre et la partie réelle pas de même pour les accouplements rigides qui nécessitent des
l’amortissement associé) et les vecteurs propres (déformées moda- précautions importantes lors du lignage.
les).
Les fréquences d’excitation sont la fréquence de rotation du rotor
■ Sensibilité des modes propres à une excitation
N
H1 et ses premiers harmoniques, en particulier 2 ------ que l’on
Deux autres résultats sont également fournis pour chaque mode 60
propre. nomme H2, s’il s’agit d’un délignage angulaire.
● La précession
■ Frottements internes entre parties tournantes et éléments
Les effets gyroscopiques décomposent les modes propres en un du stator
mode à précession directe (la déformée se déplace dans le sens de
rotation du rotor), excitable par le balourd, et un mode à précession Ils peuvent se produire, par exemple, au niveau des étanchéités.
inverse, excitable par des frottements.
Les fréquences d’excitation sont la demi-fréquence de rotation et
● L’amortissement ses harmoniques (H1/2, H1, H3/2...).
Il représente la capacité du système à limiter l’amplitude de
réponse à des excitations proches des fréquences propres. Un ■ La liste donnée pour ces excitations ne saurait être exhaustive.
amortissement négatif entraîne des contacts rotor - stator par insta- Chaque type de machine tournante possède ses sources d’excita-
bilité vibratoire et est donc à proscrire. Un amortissement positif fai- tion spécifiques. Par exemple, l’engrènement des dentures dans un
ble réduira la fiabilité de l’installation. L’obtention d’amortissements réducteur ou un multiplicateur de vitesse, les écoulements de gaz
importants est l’une des principales difficultés de la dynamique des dans les étanchéités des compresseurs, particulièrement sensibles
rotors de turbomachines. dans les compresseurs à haute pression [4], les fréquences de pas-
sage des tuyères, aubages et diffuseurs et, d’une façon générale,
tous les obstacles rencontrés dans les écoulements des turbomachi-
nes. Il y a alors lieu de recenser, lors de l’analyse de flexion d’une
3.4 Sources d’excitation ligne d’arbres, les sources potentielles en fonction des spécificités
de la machine tournante concernée. Le retour d’expérience est
indispensable pour décider des sources d’excitation à considérer,
Le rotor en rotation est soumis à des excitations diverses, compte tenu de l’amplitude de la force d’excitation qu’elles peuvent
d’amplitudes et de fréquences très différentes. Ces excitations peu- générer.
vent résulter, en particulier :
— du balourd ;
— de l’instabilité du film d’huile ; 3.5 Premier critère d’analyse : stabilité
— d’un lignage incorrect ou d’un délignage en fonctionnement ;
— de frottements internes.
vibratoire de la ligne d’arbres
■ Balourd
Les modes propres pris en compte sont ceux dont les fréquences
Il est généré lors de la fabrication du rotor ou créé par des dépôts
sont à l’intérieur ou proches des plages de vitesse de fonctionne-
solides, des déplacements ou des ruptures de composants de
ment y compris durant la phase de démarrage.
l’ensemble tournant.
La fréquence d’excitation est la fréquence de rotation du rotor

N 3.5.1 Diagramme de Campbell


f = ------
60
On visualise l’ensemble de ces calculs à l’aide d’un diagramme de
que l’on nomme communément H1 et l’amplitude de la force d’exci- Campbell associé à la déformée des modes propres, tel que repré-
tation est proportionnelle au balourd et au carré de la vitesse de senté sur la figure 23. Les fréquences d’excitation prises en compte
rotation. sont au minimum H1, H2 et H/2. Les courbes de gauche représentent
Il y a « vitesse critique de flexion » lorsque la rotation est en réso- les déformées du rotor à l’arrêt et les courbes de droite les défor-
nance sur la fréquence propre. mées du rotor dans l’espace en rotation. Dans les deux cas (à gau-
che et à droite), les 2 courbes du bas représentent le 1er mode de
■ L’instabilité du film d’huile de certains paliers flexion et les 2 courbes du haut le 2e mode de flexion. Les défor-
mées modales du rotor à l’arrêt sont planes, celles en rotation sont
Si ce phénomène d’instabilité peut apparaître lors du fonctionne-
elliptiques en raison du couplage gyroscopique, ellipses d’autant
ment avec des coussinets lisses, il est inexistant pour les coussinets
plus aplaties que l’anisotropie des paliers est élevée.
à patins. C’est pour cette raison, entre autres, que des codes de
construction imposent, lors de la conception de certaines machines
tournantes équipées de coussinets lisses, qu’elles doivent être étu-
diées pour recevoir sans modification des coussinets à patins. 3.5.2 Amortissements nodaux
La fréquence d’excitation est légèrement inférieure à la demi-
vitesse de rotation du rotor : Les modes propres prennent en compte le plus possible de phé-
nomènes physiques (rotor, paliers, mais aussi impédances, masse,
N raideur, amortissement des interactions fluides - structures au
f » 0,45 ------
60 niveau des étanchéités et des roues de turbomachines).

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Modélisation rotor

Palier Palier

500 Hz Plage de
fonctionnement

400

300

Vitesses critiques H2

200

H1

100

H/2

10 000 N (tr/min)

Figure 23 – Diagramme de Campbell et déformées associées

3.5.3 Positionnement des vitesses critiques 3.6 Second critère d’analyse :


niveau vibratoire
Les vitesses critiques doivent être éloignées de la plage normale
de fonctionnement de la ligne d’arbres. On comprend aisément que
les marges souhaitables de séparation entre vitesses critiques et 3.6.1 Calcul de réponse au balourd
plage de fonctionnement sont fonction de l’amortissement des
modes considérés et qu’elles augmentent lorsque l’amortissement Les logiciels utilisés pour la détermination des modes propres de
diminue. flexion permettent également d’effectuer des calculs de réponse à
un balourd. Cette analyse consiste à déterminer, pour chacune des
On se reportera utilement aux codes API (American Petroleum vitesses critiques, la réponse du rotor à des balourds prédéfinis et
Institute) [5] [6] [7], qui définissent, en fonction de l’amortissement, judicieusement placés de façon à avoir une réponse importante du
les marges de séparation minimales entre une vitesse critique et la rotor.
plage de fonctionnement.
Ainsi, pour évaluer l’incidence d’un balourd sur le premier mode
Une vitesse critique, résultat d’une première étude, ne répondant de flexion, on placera ce balourd au maximum de la déformée, soit
au voisinage du centre du rotor.
pas à ce critère, doit alors être soit déplacée, soit amortie davantage,
en intervenant sur la géométrie des mobiles et sur les caractéristi- Par contre, pour un mode de bout d’arbre (figure 19), le balourd
que des paliers. sera placé à l’extrémité de ce bout d’arbre.

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dements. Le non-respect de ces critères conduit également à


28
modifier la géométrie des rotors ou les caractéristiques des paliers.
Plage de
24 fonctionnement
En conclusion, les résultats d’analyse dynamique de flexion

Déplacement relatif rotor/stator


d’une ligne d’arbres sont satisfaisants si les vitesses critiques
sont suffisamment éloignées de la plage de fonctionnement, si

simple amplitude (mm)


20
le balourd acceptable est suffisamment élevé et si les vibrations
restent inférieures aux jeux internes.
16
2

12
3 1 4. Généralisation

5 250 tr/min
8

Les vibrations et les contraintes alternées que les turbomachines


4 engendrent sont l’un des phénomènes fondamentaux à prendre en
compte lors de leur conception. En effet, les fissures par fatigue sont
l’une des principales causes d’avaries, et la surveillance des com-
0
portements dynamiques donne une excellente idée de la santé de la

1 000

2 000

3 000

4 000

5 000

6 000

7 000

8 000

9 000

10 000

11 000
machine.

Vitesse de rotation (tr/min) Deux exemples ont été traités dans cet article, pour mettre en évi-
dence certains comportements, sans pour autant être exhaustifs sur
1 : palier avant 2 : milieu du rotor 3 : palier arrière les sujets abordés.
Figure 24 – Évolution des vibrations lors de la montée en vitesse.
Courbe calculée de réponse au balourd placé au milieu du rotor

4.1 Vibrations d’aubages


On obtient alors l’amplitude des vibrations en chaque point du
rotor pour un balourd donné. Ces calculs sont à réaliser sur toute la
plage de fonctionnement normal de la turbomachine, ainsi que pour L’exemple du paragraphe 2 a traité essentiellement le cas d’auba-
la phase de montée en vitesse. ges « moyenne pression » liés entre eux par un ruban où les princi-
paux modes propres observés sont surtout assimilables à de la
Un exemple de courbe de réponse est donné sur la figure 24. Le flexion.
calcul a été ici effectué avec un balourd placé au centre du rotor
pour toute la montée en vitesse.
■ Dans le cas d’aubages « basse pression » de turbines, plus
On peut remarquer que, au passage de la vitesse critique, si le élancés, les modes propres de torsion ont également beaucoup
niveau vibratoire aux paliers reste modéré, il est beaucoup plus d’importance. Le couplage flexion-torsion, lié au fait que le centre
élevé au centre du rotor. de torsion est différent du centre de gravité de chaque section
droite, baisse les fréquences propres. On s’intéresse alors à l’excita-
Les techniques d’équilibrage [8] permettent de réduire le balourd tion vapeur créée par l’anisotropie azimutale de l’écoulement sous
de construction installé sur le rotor. l’effet d’une injection partielle de vapeur à l’amont par exemple, ou
par un soutirage en cours de détente ou encore par le changement
de direction pris par la vapeur à l’échappement pour aller au con-
3.6.2 Sensibilité du rotor au balourd denseur.

Les turbomachines sont surveillées en fonctionnement à l’aide de ■ Les aubages mobiles des compresseurs axiaux, et en particu-
capteurs de vibrations placés à l’intérieur des corps de palier pro- lier les premiers étages des moteurs aéronautiques sont étudiés
ches des coussinets. Ils mesurent les déplacements relatifs du rotor pour résister au flottement, phénomène d’instabilité couplée aéro-
par rapport au stator. mécanique. Les aubages vibrant sous l’effet de différentes sollicita-
tions, les écoulements interaubes sont perturbés par les déplace-
Le niveau maximal acceptable est fonction de la vitesse de rota- ments des aubes, ce qui induit des réactions aérodynamiques sur
tion. Des normes internationales telles que CEI, VDI, ISO définissent les profils. Dans ce cas, le mouvement vibratoire peut être amplifié
des limites, pour différents types de turbomachines. Par un calcul de jusqu’à l’instabilité totale et la rupture. Ce flottement a été très étu-
réponse au balourd, on détermine la valeur du balourd qui conduit dié pour le premier mode de torsion, mais peut aussi affecter le pre-
à une amplitude de vibrations correspondant à la limite retenue. On mier mode de flexion dans certaines conditions de fonctionnement.
vérifie alors que ce balourd est largement supérieur à la tolérance
d’équilibrage imposée lors de la fabrication du rotor en usine. À titre ■ Dans les moteurs aéronautiques, de nombreux développe-
d’exemple, le code API [5] [6] [7] impose que ce balourd soit au ments sont consacrés aux moyens permettant d’apporter un amor-
moins le double de la tolérance d’équilibrage. tissement suffisant par des petites masselottes frottant sous les
Ces calculs fournissent, également, la déformée et donc les vibra- plates-formes et limitant les amplitudes vibratoires.
tions en tout point du rotor. Il reste alors à contrôler, y compris pen-
dant la phase de montée en vitesse, que les amplitudes de vibration ■ Les parties statoriques des turbines et en particulier les aubages
pour ce balourd maximal ne dépassent pas les jeux internes de la fixes sont également sollicités en fatigue. Ces derniers sont excités
machine, en particulier au droit des étanchéités, jeux volontaire- à haute fréquence par les sillages des aubes mobiles de l’étage pré-
ment faibles afin de limiter les fuites internes et d’optimiser les ren- cédent.

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4.2 Dynamique d’arbre Ces lignes d’arbres sont le siège d’excitation en torsion dont la
fréquence est un harmonique 6, 12, 18, 24... de la fréquence délivrée
au rotor (et même une combinaison linéaire avec les harmoniques
Les turbomachines comme les turbines à vapeur, les turbines de du réseau si le moteur est synchrone !).
détente et les compresseurs centrifuges multi-étagés, font partie
■ Toujours dans les turbomachines, on trouvera également des
des machines tournantes où les aspects de dynamique de flexion
couplages entre les phénomènes déjà évoqués, tel que le couplage
d’arbre sont très importants, car leur fonctionnement est toujours
flexion-torsion dans les engrenages, ou le couplage torsion d’arbre-
supercritique.
flexion d’ailettes « basse pression ».
D’autres aspects relatifs à la stabilité vibratoire des rotors sont
également fondamentaux pour la conception des compresseurs
centrifuges multi-étagés à très haute pression (pression de refoule- 4.3 Machines alternatives
ment au-delà de 300 bars). Les dispositifs d’étanchéité interne, limi-
tant les recirculations entre étages, génèrent des raideurs croisées
(force de réaction perpendiculaire à la direction du déplacement) qui Dans le domaine des machines alternatives (moteurs thermiques
affectent la stabilité en « consommant » la capacité d’amortisse- ou compresseurs alternatifs), ce sont d’autres phénomènes qui
ment des paliers [10]. Différents dispositifs technologiques ont été interviennent.
développés (alimentation axiale voire dans la direction inverse au Dans une rotation, le déplacement des centres de gravité des dif-
sens de rotation des étanchéités internes, dispositifs antitourbillon, férents organes et les effets de fond générés par le fonctionnement
léchettes statoriques et non rotoriques d’étanchéité, nids non continu provoquent des torseurs (forces et couples) d’intensité
d’abeilles...) et caractérisés en terme d’impédance mécanique pour variable qui secouent l’ensemble de la structure de la machine.
répondre à ces problèmes. Le même type de phénomène a été ren-
contré aussi dans les turbopompes d’alimentation des moteurs des Sur le plan de la dynamique d’arbres, les phénomènes de torsion
lanceurs spatiaux aéronautiques et sur des rotors de turbines en sont très importants puisque les couples appliqués ne sont pas sinu-
porte-à-faux. soïdaux avec la rotation et comportent donc un taux élevé d’harmo-
niques. À vitesse variable, on excite alors obligatoirement les
Si les rotors de grosses turbomachines sont portés par des paliers modes propres, soit de torsion, soit de structure.
hydrodynamiques générant leurs propres amortissements, les Les aspirations et refoulements de ces machines créent des écou-
petits rotors, tournant très vite, sont montés sur roulements à billes. lements pulsés. Sur les moteurs, on installe des silencieux avant la
La source d’amortissement est alors très faible, et des dispositifs mise à l’air des gaz brûlés. Sur les compresseurs alternatifs, on ins-
annexes extérieurs utilisant notamment l’écrasement de films talle des bouteilles « anti-pulsatoires », qui sont également des
d’huile (« squeeze film ») doivent être introduits. silencieux, destinées à affaiblir les niveaux de pulsation de pression
dans les réseaux de tuyauteries qui risqueraient de mettre en réso-
■ L’étude de la flexion (§ 3) n’est qu’un aspect de la dynamique de nance mécanique ces réseaux à certains régimes.
rotor, les phénomènes de torsion de ligne d’arbres sont tout aussi
importants. Par opposition à la flexion, où bien souvent des accou-
plements flexibles découplent les comportements vibratoires des
rotors, la torsion met en jeu la totalité de la ligne d’arbres. Ces phé-
nomènes sont extrêmement importants dans les lignes incluant une
5. Conclusion
machine électrique en raison des couples d’excitation instationnai-
res très élevés générés en cas d’incidents électriques (court-circuit Les comportements vibratoires des machines sont extrêmement
biphasé, court-circuit triphasé, faux couplage d’un alternateur, cou- variés. Ils sont typiques de la machine envisagée. Chaque machine
ple pendulaire de démarrage d’un moteur asynchrone...) et pouvant est le siège d’excitations dynamiques extrêmement diverses et spé-
dépasser 10 fois le couple nominal en valeur de pointe. cifiques de son fonctionnement. Les organes fixes et mobiles sont
La réponse instationnaire de la ligne d’arbres est calculée et, pour des structures vibrantes. L’ensemble vit et répond en fonction de ses
les contraintes oscillatoires dépassant la limite de fatigue, on déter- caractéristiques modales et de ses capacités d’amortissement.
mine un endommagement dont on déduit le nombre d’incidents Chaque régime vibratoire génère des contraintes dynamiques qui
électriques acceptables par la ligne d’arbres. sollicitent les pièces en fatigue. Il est impossible qu’une machine,
dont la conception devient de plus en plus poussée sous l’aspect
■ Les moteurs électriques à courant alternatif à vitesse variable énergétique, ne vibre pas, mais tout le savoir-faire du constructeur
sont un cas particulier, car les générateurs de fréquence ne délivrent s’attache à ce que les capacités de résistance en fatigue puissent
pas une tension rigoureusement sinusoïdale. admettre ces contraintes alternées.

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