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Module 3 - Chapitre IV

MASTER EN LIGNE

« AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »


(500H)

MODULE 3

- MANAGEMENT DES ENTREPRISES – 100h

CHAPITRE IV – ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT

DURABLE (22h)
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »

Cours élaboré par :

Bruno Amann
Professeur de sciences de Gestion
Directeur de l'IAE
Université de Pau et des Pays de l'Adour (IAE)
BP 575
64 012 Pau cedex
France
Tel : + 33 (0) 5.59.40.81.01
Fax : + 33 (0) 5.59.40.81.00

Appréhender la notion de développement durable ainsi que sa


prise en compte à travers le rapport environnemental ainsi que les
grands principes de la législation environnementale européenne.
Le concept de développement durable est apparu à la fin des
années 1970 et fut tout d’abord utilisé pour orienter les politiques
de développement des nations avant d’être décliné au niveau des
entreprises. On envisagera successivement la prise en compte du
développement durable et le rapport de développement durable (1)
et la législation environnementale européenne et internationale (2).

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INDEX

CHAPITRE IV – ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT DURABLE


(22h)

1. PRISE EN COMPTE DU DEVELOPPEMENT DURABLE ET RAPPORT DE


DEVELOPPEMENT DURABLE ....................................................................................................................... 4
1.1.LA PRISE EN COMPTE DU DEVELOPPEMENT DURABLE ................................................................................... 4
1.1.1 De Bruntland à Johannesburg : les étapes de la construction de la notion......................................... 5
1.1.2 Développement durable : les acteurs et les institutions ....................................................................... 9
1.1.3 Enjeux et application du développement durable dans l’entreprise .................................................. 15
1.1.4 Responsabilité sociale et sociétale de l'entreprise ............................................................................. 27
1.2 LE RAPPORT DE DEVELOPPEMENT DURABLE ............................................................................................... 30
1.2.1 Contenu du rapport de développement durable ................................................................................. 31
1.2.2 Démarche méthodologique ................................................................................................................ 33
1.2.3 Prise en compte des parties prenantes............................................................................................... 36
1.2.4 Identification des enjeux et impacts de l’activité ............................................................................... 39
1.2.5 Les indicateurs de performance ......................................................................................................... 41
1.2.6 Rédaction et diffusion du rapport ...................................................................................................... 44
2. REGLEMENTATION ET NORMALISATION ENVIRONNEMENTALE EUROPEENNE ET
INTERNATIONALE ......................................................................................................................................... 49
2.1 OBLIGATIONS JURIDIQUES EN MATIERE ENVIRONNEMENTALE ................................................................... 49
2.1.1 Au niveau français ............................................................................................................................. 49
2.1.2 Au niveau européen............................................................................................................................ 54
2.1.3 Au niveau international...................................................................................................................... 56
2.2 LA NORMALISATION EN MATIERE ENVIRONNEMENTALE ............................................................................. 58
2.2.1 Les développements de la normalisation environnementale .............................................................. 58
2.2.2 La réflexion sur l’analyse du cycle de vie et étiquetage environnemental......................................... 58
2.2.3 Les développements de la normalisation sociale ............................................................................... 59
3. BIBLIOGRAPHIE.................................................................................................................................... 60

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CHAPITRE IV – ENVIRONNEMENT ET DÉVELOPPEMENT DURABLE


(22h)

1. Prise en compte du développement durable et rapport de


développement durable

Les différentes revues scientifiques en gestion contiennent des travaux sur le développement durable
seulement depuis une dizaine d’années. Ceux-ci font généralement référence à un concept voisin, qui
est celui de responsabilité sociale des entreprises (RSE), qui est étudié depuis plus de cinquante ans1
et mis en pratique depuis plus d’un siècle2. La RSE est d’ailleurs considérée comme la contribution
des entreprises à un développement durable.

L’intérêt pour les recherches sur la responsabilité sociale des entreprises n’est pas resté constant au
cours de ces quarante dernières années. Le nombre de recherches sur la responsabilité sociale des
entreprises a été important durant les années soixante et soixante-dix, avant de décliner durant les
années quatre-vingt (Gray et al. 1995) et de connaître un nouvel essor durant les années quatre-
vingt-dix en raison de l’émergence d’études environnementales (Gray et al. 1997 ; Frost et
Wilmshurst 2000; Antheaume et Teller 2001). Corrélativement à ces travaux, un nombre croissant
d’entreprises européennes promeuvent leur stratégie de responsabilité sociale en réponse à diverses
pressions sociales, environnementales et économiques. Le but est très clairement d’envoyer un
signal aux différentes parties prenantes auxquelles elles ont affaire : salariés, actionnaires,
investisseurs, consommateurs, pouvoirs publics et ONG.

Cette prise en compte croissante du développement durable et de sa traduction à travers la notion de


responsabilité sociale sera envisagée dans un premier paragraphe (1.1. La prise en compte du
développement durable). La manifestation la plus évidente de cet intérêt des entreprises, le rapport
environnemental sera envisagée dans un deuxième paragraphe (1.2. Le rapport environnemental).

1.1.La prise en compte du développement durable

Comment répondre aux besoins actuels sans limiter la capacité des générations futures à satisfaire

1
Pour une étude historique de la responsabilité sociale des entreprises en 1957 : Heald M. (1957), Management’s
responsibility to society : the growth of an idea, Business History Review, Vol.31, p. 375-384.
2
Guthrie et Parker ont réalisé en 1989 une étude de cas sur la communication sociale et environnementale des entreprises de
1890 à nos jours. L’entreprise étudiée diffusait plus d’informations sociales et environnementales au début du siècle
qu’aujourd’hui.

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leurs propres besoins ? Le développement durable implique une vision élargie du bien-être humain,
une perspective à long terme des conséquences des activités actuelles et une coopération globale
pour parvenir à des solutions viables. Le développement durable revient à prendre des décisions plus
judicieuses : à trouver des moyens d’intégrer les aspects économiques, environnementaux et sociaux
à la prise de décisions concernant l’exploitation des ressources naturelles. On envisagera les étapes
de la construction de la notion (1.1.1.), les acteurs du développement durable (1.1.2), les enjeux pour
les entreprises (1.1.3), la responsabilité sociale de l’entreprise (1.1.4) et le rapport de développement
durable (1.1.5.).

1.1.1 De Bruntland à Johannesburg : les étapes de la construction de la notion

L'expression « Développement durable » est apparue de manière officielle en 1987, dans le rapport
« Our common future » du premier ministre norvégien de l'époque. Depuis, cette préoccupation a
gagné le monde entier, avec des incidences croissantes sur tous les secteurs d'activité.
Les 3 P : trois pôles interdépendants du développement durable

Exemple de l’application au secteur de l’acier :

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Les 3 objectifs associés du développement durable sont :


- l’équité sociale (people)
- la préservation de l’environnement (planet)
- l’efficacité économique (profit)

Le concept du développement durable vise à intégrer tout autant les idées de :


- « progrès », force motrice de toutes les transformations technologiques intervenues depuis le milieu
du 19ème siècle,
- « stabilité » ou aptitude de l'humanité à tirer un profit constant d'un écosystème sur une période
illimitée.
- L'appréciation de ce qui est possible technologiquement et réaliste économiquement, participe d’un
jugement sur le niveau de « contrainte » que la génération présente se donne pour objectif de
respecter et sur les capacités ou les potentiels offerts aux générations futures.

Le développement durable est axé sur l'amélioration de la qualité de vie de tous les citoyens du
monde, sans accroître l'utilisation des ressources naturelles au-delà de la capacité de
l'environnement à les régénérer. Il exige la compréhension que l'inaction n'est pas sans conséquence
et que nous devons trouver des voies et des moyens innovants de faire évoluer les structures
institutionnelles et influencer les comportements individuels. Il concerne l'entreprise de l'action, le
changement des politiques et des pratiques à tous les niveaux, du niveau individuel à celui
international.

Le développement durable n'est pas une idée nouvelle. Beaucoup de cultures, au cours de l'histoire
humaine, ont reconnu la nécessité d'une harmonie entre l'environnement, la société et l'économie. Ce
qu'il y de nouveau, c'est l'articulation de ces idées dans le contexte d'une société mondiale basée sur
l'industrie et l'information.

1.1.1.1. 1972 Stockholm

Pour la première fois, les Nations Unies se réunissent pour évoquer l'impact environnemental de la
forte industrialisation des pays développés sur l'équilibre planétaire. Cette conférence donne
naissance à l'UNEP (United Nations Environment Programm). La Conférence des Nations Unies sur
l'environnement, qui a eu lieu à Stockholm en 1972, a réuni des représentants de 113 États et a
marqué le début d'une concertation mondiale des efforts en vue de régler les problèmes
d'environnement. . À la conférence, la Déclaration sur l'environnement a été adoptée pour
« inspirer[...] et guider[...] les efforts des peuples du monde en vue de préserver et d'améliorer

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l'environnement ». Les proclamations et les principes contenus dans cette déclaration visaient les
incidences de l'activité humaine sur l'environnement ; le rôle des gouvernements ; la croissance de la
population ; le sous-développement; l'aide aux pays en développement pour atteindre des objectifs en
matière d'environnement; la nécessité de poursuivre le développement social et économique; le rôle
de la coopération et des organisations internationales; et l'importance des sciences, de la technologie
et de l'éducation. Des liens ont été établis entre la qualité de vie et la qualité de l'environnement pour
les générations présentes et futures.

1.1.1.2. 1987 : la commission Brundtland

En 1986, une commission mondiale de l’environnement et du développement a été mise sur pied par
les Nations Unies afin d'étudier la dynamique de la détérioration de l'environnement à l'échelle
mondiale et d'émettre des recommandations en vue d'assurer une viabilité à long terme aux humains.
Gro Harlem Brundtland, le premier ministre de la Norvège à l'époque, a présidé la Commission. Le
rapport de la Commission, " Notre avenir à tous ", est devenu le modèle de pensée en matière
d'environnement global et il a inspiré l'utilisation grandissante du terme " développement durable ",
défini comme " UN DÉVELOPPEMENT QUI RÉPOND AUX BESOINS DU PRÉSENT SANS
COMPROMETTRE LA CAPACITÉ DES GÉNÉRATIONS FUTURES DE RÉPONDRE AUX LEURS."
Le terme « Développement durable » apparaît de manière officielle, dans le rapport « Our common
future » du premier ministre norvégien, madame Gro Harlem Brundtland. La fracture économique et
sociale entre les pays développés et le Tiers Monde est montrée du doigt et s'ajoute aux
préoccupations exclusivement environnementales des Nations Unies.

1.1.1.3. 1992 : Sommet de la Terre à Rio de Janeiro

Pour la première fois, se réunissent des instances nationales (164 nations et plus de 100 chefs
d'état ) sur ce thème du développement durable. Chaque pays rédige un Agenda 21 (ou comment
améliorer l'équilibre de la planète dans les 10 ans qui viennent, pour que le 21e siècle soit le siècle du
développement durable). Pour la première fois, le débat politique quitte les sphères
gouvernementales pour alerter et mobiliser l'opinion publique : chacun a désormais son rôle à jouer
pour un meilleur développement de l'humanité. « Think Global, Act Local » (Penser au niveau Global,
Agir au niveau Local) est devenu le nouveau leitmotiv depuis les années 90.
La mobilisation envers une action mondiale pour la protection de l'environnement et du bien-être des
génération futures est l'un des plus grands succès de Sommet de 1992. Le Sommet de Rio a ouvert
la porte à une participation sans précédent d'un grand nombre de groupes d'intérêt, d'organisations
non gouvernementales, de représentants du secteur privé et de chefs d'entreprise. Le Sommet a
inauguré une ère où est encouragée la participation de tous dans les affaires internationales.

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1.1.1.4. 2002: Sommet Mondial sur le développement durable à Johannesburg

L’'année 2002 a été marquée par le Sommet mondial sur le développement durable qui s'est tenu à
Johannesburg, en Afrique du Sud. Le SMDD représente l'occasion d'insuffler une énergie nouvelle à
l'engagement mondial pour atteindre au développement durable, avec une attention particulière
portée sur la réduction de la pauvreté.

Travail personnel

Elaborer un tableau synthétique sur les étapes de la prise en compte du développement durable avec
une mise perspective sur l’atteinte des préconnisations à ce jour :

Étape Apports Apport

1.1.2 Développement durable : les acteurs et les institutions

Comme on a pu le voir, les différents domaines auxquels s'applique le développement durable sont
extrêmement larges. De très nombreuses institutions internationales sont concernées et les acteurs
qui permettent sa mise en oeuvre sont très variés. Il s'agit aussi bien des entreprises que des
investisseurs, des ONG, des associations voire de simples citoyens. Seuls ici seront évoqués les
principaux intervenants internationaux.

1.1.2.1. Les Nations Unies

Depuis sa création en 1945, l'Organisation des Nations Unies se consacre au développement


économique et social des populations de ses pays membres. Le Programme pour le Développement
(PNUD), le Programme pour l’Environnement (PNUE) et la Food and Agricultural Organisation (FAO)
sont les institutions qui travaillent plus particulièrement sur des actions en faveur du développement
durable.
Créé en 1966 par une résolution de l'Assemblée Générale des Nations Unies, le PNUD constitue le "
réseau mondial de développement des Nations Unies ". Il œuvre au " développement humain durable
", à savoir donner à l'individu " des moyens d'existence durables " donc " les moyens de survivre sans
compromettre la base des ressources naturelles des générations futures ". Les projets du PNUD ont
pour principal objectif d'aider les pays en développement à mieux utiliser leurs ressources humaines
et naturelles, et à élever les niveaux de vie de façon pérenne par un accroissement de leur
productivité. La lutte contre la pauvreté, la promotion de l'équité, la protection de l'environnement, la

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création d'emplois et la promotion de la femme constituent donc ses priorités absolues. Le
Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) qui a trente ans d'existence a pour
vocation d’" Améliorer la qualité de vie des populations sans pour autant compromettre celle des
générations à venir. " C'est à l'issue de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement, à
Stockholm en 1972, qu'il a vu le jour. L'objectif était " d'encourager et de coordonner les pratiques
écologiquement rationnelles en matière d'environnement ". Née le 16 octobre 1945 à Québec et
composée de 183 Etats membres, la FAO est l'institution phare des Nations Unies dans les domaines
de l'agriculture, des forêts, des pêches et du développement rural. Elle met l'accent sur le
développement rural à long terme, à savoir produire plus et mieux en préservant les ressources
naturelles.

1.1.2.2. Le FMI

Le Fonds Monétaire International (destiné à stabiliser les taux de changes internationaux) a été créé
en 1944. L'article premier des statuts du FMI définit ainsi ses objectifs : promouvoir la coopération
monétaire internationale ; favoriser le développement harmonieux du commerce mondial ; améliorer
la stabilité des taux de change ; établir un système multilatéral de règlement des transactions
courantes ; mettre temporairement à la disposition des États membres des prêts à court terme. Ce
sont les 182 États membres qui fournissent ses ressources au FMI, en or et monnaies nationales. La
quote-part qu'ils versent détermine à la fois le nombre de voix dont ils disposent dans les instances
du Fonds et le volume d'emprunt autorisé. Aucun des prêts du FMI, à l'exception de ceux qui sont liés
aux catastrophes naturelles, n'est accordé sans conditions. L'assistance financière du Fonds est liée
à l'adoption par le pays emprunteur de certaines mesures de politique économique plus ou moins
contraignantes. Ces programmes de stabilisation, appelés " plans d'ajustement structurel ",
établissent les objectifs économiques à atteindre, les politiques à mettre en oeuvre, ainsi que les
critères qui serviront à évaluer l'exécution du programme par le FMI.

1.1.2.3. La BANQUE MONDIALE

Créée en 1944 pour relancer l’économie mondiale, la Banque mondiale, qui compte 183 pays
membres, est aujourd'hui le principal acteur financier de l'aide au développement. Conçue comme
une institution de prêt, la Banque Mondiale a pour but d'aider les pays en développement à s'intégrer
dans l'économie mondiale, en soutenant des réformes et des financements de projets de
développement. La Banque mondiale emploie 8000 personnes, avec un budget de fonctionnement de
1 milliard de dollars annuel. Le conseil des gouverneurs est constitué par les représentants des 183
pays membres. Huit pays détiennent une " chaise " permanente : Etats-Unis, Japon, Allemagne,
France, Royaume-Uni, Russie, Chine, Arabie saoudite. Les droits de vote sont fixés
proportionnellement aux contributions financières, les cinq actionnaires les plus importants étant

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l'Allemagne, les États-Unis, la France, le Japon et le Royaume-Uni. Le président de la Banque est
traditionnellement un ressortissant du pays actionnaire le plus important de l'institution, à savoir les
États-Unis. La Banque mondiale, acteur clé de l'aide au développement, fait l'objet de vives critiques
de la part des O.N.G., qui lui reprochent, au nom de la lutte contre la pauvreté, d'inciter les pays du
Sud à exploiter de manière intensive leurs ressources naturelles. Ces critiques ont conduit la Banque
mondiale à réexaminer sa politique de financement des activités pétrolières, minières et gazières..
Elle a dorénavant intégré des critères de développement durable dans l'octroi de ses subventions.

1.1.2.4. L’OIT

Créée en 1919 pour promouvoir la justice sociale par l'amélioration des conditions de vie et de travail
dans le monde, l’Organisation Internationale du travail est devenue une institution spécialisée de
l'ONU en 1946. Composée de délégués des gouvernements, des employeurs et des travailleurs
désignés par chaque état, l’OIT élabore, développe et promeut un système de normes internationales
du travail qui prévoit notamment, la liberté syndicale, le droit d'association et de négociation
collective, l'abolition du travail des enfants et du travail forcé ainsi que l'élimination de toute
discrimination en matière d'emploi et de profession.

1.1.2.5 .L’OMC

L’Organisation Mondiale du Commerce, crée en 1994, est une organisation multilatérale permanente
qui élabore des règles concernant l’échange de marchandises ainsi que celui des services. Elle est
aussi compétente pour la propriété intellectuelle. Ses décisions servent de cadre réglementaire pour
les échanges marchands Nord-Sud. L'OMC a succédé en 1994 au GATT, l' accord général sur les
Tarifs Douaniers et le Commerce. Sans structure fixe et sans statut juridique, le GATT ne jouait un
rôle que dans les cycles de négociations internationales (les " rounds "). L'OMC en revanche est une
organisation multilatérale permanente, dont les règles s'appliquent non seulement aux échanges de
marchandises, mais également aux services et à la propriété intellectuelle.

1.1.2.6. L’OCDE

L’Organisation de Coopération et de Développement Economique rassemble 30 pays (dont les pays


européens, le Mexique, l'Australie, les États-Unis), qui produisent à eux seuls les deux tiers des biens
et des services dans le monde. Elle a pour mission d'examiner et d'élaborer leurs politiques
économiques et sociales. A travers ses " principes directeurs ", l'OCDE met également en oeuvre des
instruments non contraignants à l'intention des entreprises multinationales. L'OCDE a pour mission de
" renforcer l'économie de ses pays membres pour la rendre plus efficace, de promouvoir l'économie

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de marché, de développer le libre-échange et de contribuer à la croissance tant dans les pays
industrialisés que dans les économies en développement ". Ses travaux s'efforcent d'analyser et
d'anticiper tous les aspects économiques, sociaux, et éducatifs de l'évolution des sociétés
développées, afin d'élaborer les politiques économiques et sociales des états.

1.1.2.7. Les O.N.G.

Les Organisations Non Gouvernementales sont des acteurs importants du développement durable
grâce aux actions qu’elles mènent en faveur du développement ou de l’environnement mais aussi et
surtout parce qu’elles mobilisent l’opinion publique internationale sur des questions
environnementales et sociales et/ou nouent des partenariats avec des institutions, des
gouvernements ou des entreprises sur les mêmes sujets.
Historiquement, la demande de responsabilité environnementale a été portée par de grandes ONG
écologistes très médiatiques comme Greenpeace, le Fonds Mondial pour la nature (WWF) ou les
Amis de la Terre (Friends of the Earth). Elles ont contribué à faire prendre conscience de la fragilité
de l’équilibre des milieux naturels. Même si leur représentativité ou leur légitimité est souvent
contestée, ces O.N.G. constituent des groupes de pression non négligeables dans lesquels de
nombreux citoyens, clients ou consommateurs se reconnaissent.
De nombreuses O.N.G. plus sectorielles ou locales se sont créées à côté de ces « poids lourds ».
Elles jouent, désormais, un rôle déterminant dans la constitution d’une conscience environnementale
et sociale. Souvent peu médiatisées, certaines d’entre elles ont réalisé un important travail de
compréhension et d’explication des problèmes environnementaux et prennent une part active dans la
préparation et le suivi des grandes conférences internationales. Les O.N.G. ne s’appuient plus
seulement sur leur force de mobilisation internationale mais également sur une capacité d’analyse, de
réflexion et de proposition qui s’est améliorée depuis le Sommet de Rio. Autrefois, presque
exclusivement focalisées sur des programmes de conservation de la nature, elles tendent, depuis
quelques années, à investir les grandes questions politiques et économiques du développement
durable.
Enfin, certaines O.N.G. sont passées d’une position strictement contestataire à une position
réformatrice et sont ouvertes à des partenariats avec des entreprises privées 61. Pour ces O.N.G., il
s’agit moins de dénoncer et de refuser la mondialisation, la pollution, etc. que de proposer des
solutions acceptables, de rechercher des compromis et des aménagements et de défendre des
principes éthiques dans la résolution des questions internationales. Bien que la plupart des O.N.G.
continuent d’affirmer leur hostilité à l’approche libérale défendue par les institutions économiques
internationales, elles sont de plus en plus favorables à la mise en place de garde-fous internationaux.

1.1.2.8. Les Sommets internationaux

Module 3 – Chapitre IV 12
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Entre le premier sommet de la terre à Rio, en 92, et celui de Johannesburg, en 2002, a émergé la
prise de conscience des enjeux du développement durable. En revanche, les engagements concrets
des Etats pour parvenir à concilier économie, environnement et développement se sont rarement
traduits en actes et les constats dressés par les diverses institutions internationales (PNUE,
ONUSIDA…) sont de plus en plus alarmants.

1.1.2.9. L’Union Européenne

En juillet 2002, la commission a adopté une stratégie destinée à favoriser la Responsabilité Sociale
des Entreprises. Elle a créé un «forum plurilatéral européen» qui réunit partenaires sociaux, réseaux
d'entreprises, société civile, consommateurs et investisseurs pour qu’ils échangent leurs meilleures
pratiques, établissent des codes de conduite et parviennent à un consensus sur les méthodes
d'évaluation et l’attribution de « labels sociaux». Cette stratégie doit compléter les initiatives déjà
adoptées par les entreprises ou par des institutions telles que l'OCDE et l'ONU. La Commission, qui a
sorti un livre vert sur la RSE en juillet 2001, publiera, en 2004, un rapport sur les travaux du forum
plurilatéral européen.

QU'EST-CE QUE LA RESPONSABILITE SOCIALE DES ENTREPRISES? Le


point de vue de la Commission Européenne
La plupart des définitions de la responsabilité sociale des entreprises décrivent
ce concept comme l'intégration volontaire des préoccupations sociales et
écologiques des entreprises à leurs activités commerciales et leurs relations
avec leurs parties prenantes.
Être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux
obligations juridiques applicables, mais aussi aller au-delà et investir
"davantage" dans le capital humain, l'environnement et les relations avec les
parties prenantes. L'expérience acquise avec l'investissement dans des
technologies et pratiques commerciales écologiquement responsables suggère
qu'en allant plus loin que le respect de la législation, les entreprises pouvaient
accroître leur compétitivité. L'application de normes sociales dépassant les
obligations juridiques fondamentales, par exemple dans le domaine de la
formation, des conditions de travail ou des relations entre la direction et le
personnel, peut également avoir des retombées directes sur la productivité.
C'est ainsi que s'ouvre une voie permettant de gérer le changement et de
concilier le développement social et une compétitivité accrue.
La responsabilité sociale des entreprises ne devrait néanmoins pas être vue
comme un substitut à la réglementation ou à la législation concernant les droits

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sociaux ou les normes environnementales, y compris à l'élaboration d'une
nouvelle législation appropriée. Dans les pays où de telles réglementations
n'existent pas, les efforts devraient se concentrer sur la mise en place du cadre
réglementaire ou législatif adéquat afin de définir une base équitable, à partir de
laquelle les pratiques socialement responsables peuvent être développées.
Même si, à ce jour, la responsabilité sociale des entreprises est principalement
promue par de grandes sociétés ou des multinationales, elle revêt une
importance dans tous les types d'entreprises et tous les secteurs d'activité, de la
PME à la multinationale. Il est capital qu'elle soit plus largement appliquée dans
les PME, y compris les micro-entreprises, puisque ce sont elles qui contribuent
le plus à l'économie et à l'emploi. Bien que de nombreuses PME assument déjà
leur responsabilité sociale, notamment au travers d'un engagement local, une
sensibilisation et un appui plus marqués à la diffusion des bonnes pratiques
pourraient faciliter la promotion de la responsabilité sociale parmi cette catégorie
d'entreprises. Les coopératives de travailleurs et les programmes de
participation, ainsi que d'autres formes d'entreprises de type coopératif,
mutualiste ou associatif, intègrent dans leur structure les intérêts d'autres parties
prenantes et assument d'emblée des responsabilités sociales et civiles.
Un certain nombre d'entreprises obtenant de bons résultats dans le domaine
social ou la protection de l'environnement indiquent que ces activités peuvent
conduire à une meilleure performance et générer davantage de profits et de
croissance. Pour de nombreuses entreprises, il s'agit d'un nouveau champ
d'action requérant encore une évaluation à long terme. L'impact économique de
la responsabilité sociale des entreprises peut être ventilé en effets directs et
indirects. Des résultats positifs directs peuvent par exemple découler d'un
meilleur environnement de travail se traduisant par un engagement plus marqué
et une plus forte productivité des salariés, ou provenir d'une exploitation efficace
des ressources naturelles. En outre, les effets indirects sont le fruit de l'attention
croissante des consommateurs et investisseurs, qui élargira les possibilités de
l'entreprise sur le marché. Inversement, la réputation d'une entreprise peut
parfois pâtir des critiques formulées à l'encontre de ses pratiques commerciales.
Une telle situation peut nuire aux atouts fondamentaux d'une entreprise, tels que
sa marque ou son image.
Les institutions financières ont de plus en plus recours à des listes de critères
sociaux et écologiques pour évaluer le risque de prêt ou d'investissement vis-à-
vis des entreprises. De même, le fait d'être reconnue comme une entreprise
socialement responsable, par exemple en étant représentée dans un indice
boursier de valeurs éthiques, peut jouer en faveur de la cotation d'une entreprise

Module 3 – Chapitre IV 14
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et apporte donc un avantage financier concret.
Les indices sociaux des marchés boursiers constituent des références utiles
pour prouver les répercussions positives, sur les performances financières,
d'une sélection fondée sur des critères sociaux: depuis son lancement, en mai
1990, le Domini 400 Social Index (DSI) a dépassé de 1% le S&P 500 en termes
de rendement global annualisé (compte tenu d'un ajustement des risques),
tandis que le Dow Jones Sustainable Index a progressé de 180% depuis 1993,
contre 125% pour le Dow Jones Global Index.Il est difficile d'évaluer avec
précision ce qui détermine la rentabilité financière d'une entreprise socialement
responsable. Les études (Industry Week, 15 janvier 2001) montrent que 50%
des excellents résultats des entreprises socialement responsables sont
imputables à leur engagement social, tandis que l'autre moitié s'explique par les
performances de leur secteur. Une entreprise socialement responsable est
censée enregistrer des bénéfices supérieurs à la moyenne puisque son aptitude
à résoudre avec succès des problèmes écologiques et sociaux peut passer par
une mesure crédible de qualité de la gestion.
Il serait nécessaire de disposer d'une meilleure connaissance de l'impact de la
responsabilité sociale des entreprises sur leurs performances économiques ainsi
que de plus amples études sur ce sujet. De nouvelles recherches conjointes
pourraient être réalisées dans ce domaine par les entreprises, les pouvoirs
publics et les établissements universitaires. Ces efforts pourraient être soutenus
par les programmes-cadres de recherche et de développement technologique.

Commission des Communautés Européennes, 2001, Livre Vert: Promouvoir un


cadre européen pour la responsabilité sociale des entreprises.

Par delà ce qui précède, il est évident que les États et les différentes collectivités, les partenaires
sociaux ont un rôle majeur dans le développement durable. Il en est de même pour les entreprises.

1.1.3 Enjeux et application du développement durable dans l’entreprise

1.1.3.1. Enjeux stratégiques du développement durable pour l’entreprise : la pression de la sphère


sociale

Les crises écologiques et sanitaires des années 90 (Affaires Erika, vache folle, OGM…),
l’accélération des fusions et restructurations d’entreprises, une demande accrue d’information de la

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part des actionnaires et l’émergence d’un mouvement contestataire de la mondialisation (Conférence
de l’OMC à Seattle en décembre 1999 et Sommets européens de Göteborg en juin 2001 et de Gênes
en juillet 2001) ont joué un rôle de catalyseur de l’élargissement des attentes sociales vis-à-vis des
entreprises.

Facteurs de pressions sur l’entreprise

Le concept du développement durable ne se résume pas uniquement à des querelles sémantiques


ou à la réaction à des contrecoups commerciaux (boycott des produits ou image de marque
dégradée) et financiers (baisse des actions boursières suite au retrait des investisseurs). La
démarche de développement durable pour une entreprise est, avant tout, un chemin d’apprentissage
et d’amélioration continue, qui se parcourt modestement, pas à pas. Il n’est demandé à aucune
d’entre elles d’avoir « le niveau de perfection », inaccessible et inexistant d’ailleurs, du
développement durable. Il ne s’agit pas de reprendre tout à zéro, mais simplement d’intégrer les
éléments déjà connus dans l’entreprise en les orientant selon leur valeur d’utilité pour la société.

Comme cela a été vu, le développement durable s’articule autour de 3 aspects indissociables et
nécessaires à un développement à long terme :

Module 3 – Chapitre IV 16
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- le respect de l’environnement
- l’équité sociale
- la rentabilité économique.
Concrètement, cela signifie que l’entreprise doit respecter de manière égale ses « stakeholders »
(parties prenantes), c’est à dire : salariés, actionnaires, fournisseurs, clients, environnement. Elle doit
intégrer à sa politique, de manière équilibrée, toutes leurs attentes : intégrité et bon sens doivent
cohabiter. L’action de tous (entreprises, collectivités locales et citoyens) et à tous les niveaux
(international, national et local) est nécessaire. La prise en compte du développement durable est
donc pour l’entreprise intimement lié à sa pérennité.
Cela constitue, en quelque sorte, le passage d’une économie de primat de l’actionnaire à une
économie plus responsable face aux divers enjeux sociaux et environnementaux de la planète.
Les entreprises ont acquis un pouvoir et une position considérables dans le monde contemporain. A
ce titre, la société civile leur demande d’assumer une relation avec tous leurs marchés, c'est-à-dire
avec la société, dans le but de réconcilier le triangle : « Economie-Environnement-Social » ou «
Profits-Planet-People » (voir schéma plus haut).
Cette nouvelle démarche voit sa raison d’être renforcée à travers les problèmes majeurs posés par la
mondialisation et la globalisation de l’économie, à savoir :
- la mondialisation des productions et des marques
— l’accroissement des écarts sociaux entre les populations
- l’épuisement des ressources naturelles au profit des pays riches.
Ainsi, la responsabilité d’entreprise viendrait légitimer ce capitalisme global, en intégrant l’éthique au
cœur de l’activité de l’entreprise.
En réponse à la mondialisation, le consommateur, a pris conscience de la nécessité de prendre en
compte tous les aspects de la fabrication d’un produit et plus seulement sa qualité première. C’est ce
que l’on appelle la « consommation engagée ».
En effet, le « consommateur citoyen » attend aujourd’hui d’un produit mis sur le marché :
- qu’il respecte l’environnement dans l’utilisation des matières premières et de l’énergie qu’aura
nécessité sa fabrication, et dans la gestion de ses déchets,

Une petite histoire pour réfléchir...

Dans la forêt de Sarawak en Malaisie, un chasseur Iban s'apprête à tuer un


sanglier barbu. Il s'aperçoit alors que le sanglier est une femelle qui attend des
petits. Il baisse son arme. Il réfléchit. S'il abat le sanglier, il ramènera de la viande
fraîche au village pour le prix d'une matinée d'efforts et d'une cartouche. Mais il sait

Module 3 – Chapitre IV 17
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aussi qu'en tuant le sanglier, il tuera aussi les petits et qu'il y aura encore moins de
sangliers à partager entre les siens. Les sangliers se font de plus en plus rares
dans cette région. Le chasseur n'a pas besoin de tuer le sanglier, car les villageois
élèvent des cochons et des poulets. Mais s'il ne le tue pas, quelqu'un d'autre
risque de le faire à sa place, et le chasseur sera deux fois perdant. Que faire ?
L'histoire du chasseur Iban fait ressortir deux questions importantes :
1) C'est à lui de choisir s'il va agir dans le sens d'une utilisation durable des
ressources.
2) Ses intérêts sont liés aux actions des autres et ils en dépendent. Si aucun
chasseur ne tue le sanglier et ses petits à naître, leur nombre augmentera pour le
profit de tous.
Thème de réflexion : quels sont nos sangliers, à nous qui ne sommes pas des
Ibans ?

D'après « Le développement durable : un choix s'impose », WWF international,


1995

- que son mode de production respecte des critères éthiques notamment en matière de conditions de
travail par le biais des normes définies par l’Organisation Internationale du Travail, et ce, quelle que
soit la localisation géographique du lieu de production.
Cependant, l’absence d’informations et de référentiels éthiques a de quoi décourager le plus aguerri
des consommateurs qui souhaiterait, par son achat, promouvoir l’intérêt général.
C’est dans ce contexte, en réponse à la demande croissante de transparence de la part des
stakeholders, que s’est développé le cadre de la responsabilité sociale des entreprises.
Les moyens et outils de la responsabilité sociale sont nombreux : normes de certifications vis-à-vis
des clients, labels pour les consommateurs, chartes et accords sociaux pour les collaborateurs,
indicateurs divers vis-à-vis des actionnaires.

1.1.3.2. Enjeux stratégiques du développement durable pour l’entreprise : la pression de la sphère


financière

Les milieux financiers et les investisseurs émettent, eux aussi, des signaux croissants de cette
nécessité de prise en compte.
En 1999, le gérant de fonds suisse SAM crée le « Dow Jones Sustainability Group Index », qui
effectue chaque année une enquête sur la prise en compte du développement durable par les 2 000
entreprises ayant la plus grosse capitalisation boursière. Environ 230 groupes mondiaux y sont
sélectionnés.
Cet index et le travail d’agences de rating spécialisées dans le développement durable, ont permis le

Module 3 – Chapitre IV 18
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développement des « investissements socialement responsables ». Ils évaluent la performance de
l’entreprise, à partir de critères financiers, mais aussi environnementaux et sociaux : prévention des
risques et des pollutions, respect des normes sociales, non-discrimination raciale ou sexuelle… Sont
ainsi exclus des secteurs tels que l’armement.
Les premiers fonds éthiques sont apparus dès 1920 aux États-Unis, créés par des congrégations
religieuses refusant d’investir dans les valeurs dites « du péché » : tabac, alcool, armes à feu, jeux,
etc… Dans les années 70, est apparu le concept de l’investissement socialement responsable qui
étend cette logique d’exclusion aux valeurs de l’armement, du tabac ou celles contraires aux droits de
l’homme. L’investissement socialement responsable a apporté, notamment dans la seconde moitié
des années 80, sa contribution à la lutte contre l’apartheid, en participant au boycott des
investissements en Afrique du Sud.
L’essor véritable des fonds éthiques ne s’est, pourtant, réalisé que dans les années 1990. D’une
logique d’exclusion et de combat, les fonds évoluent alors vers une démarche économique de prise
en compte de critères environnementaux et sociaux dans les décisions d’investissement.
L’investissement socialement responsable se décline en trois familles de produits financiers :
- les fonds de partage : une partie ou l’intégralité des plus-values réalisées par les actions et/ou les
obligations investies est reversée à des associations humanitaires ou caritatives,
- les produits financiers solidaires : ces produits bancaires sont une alternative aux circuits bancaires
traditionnels (souscription de parts sociales d’organismes caritatifs, investissement
direct dans de jeunes entreprises ou encore souscription au livret d’épargne solidaire très peu
rémunéré permettant d’accorder des prêts pour des projets locaux de création de TPE en milieu
urbain ou rural),
- les fonds éthiques : à l’instar des fonds traditionnels, ils sont composés d’actions et d’obligations ; il
peut s’agir de fonds de développement durable qui sélectionnent des entreprises en fonction des
notes qui leur sont attribuées par des agences de notation sociale et environnementale.
Les fonds éthiques se placent résolument au sein du système tandis que les fonds solidaires visent à
ouvrir ce dernier à ceux qui en sont exclus.

Processus de fonctionnement de l’investissement socialement responsable

Module 3 – Chapitre IV 19
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A rentabilité égale, ces fonds permettent aux investisseurs de s’engager concrètement pour le
développement durable. Ils peuvent aussi influer sur les décisions des assemblées d’actionnaires.
Ainsi, quinze investisseurs institutionnels de Mitsubishi ont repris à leur compte les revendications
d’O.N.G. pour contraindre l’entreprise à abandonner un projet d’usine de sel, site de reproduction des
baleines.
La majeure partie de ces investissements est réalisée aux États-Unis, où un huitième des sommes
épargnées dans les fonds professionnels est engagé dans l’investissement responsable, soit 2 350
milliards de dollars. Mais leur croissance est très rapide en Europe. L’investissement responsable
pèse aujourd’hui environ 3 000 milliards d’euros dans le monde. En France, les parts de marché de
l’ISR sont de 1 %, avec 1 milliard d’euros d’encours. Le nombre des fonds d’investissement
socialement responsables est passé d’une dizaine en 1998 à plus de 40 en 2001. Les récentes
dispositions légales françaises (loi NRE) devraient accélérer cette progression.
La prise en compte du développement durable est de la responsabilité globale des entreprises, y
compris de leur responsabilité économique, dans un contexte où les enjeux du développement
durable : protection de l’environnement, transparence, éthique, deviennent partie intégrante de
l’évaluation de leur performance

1.1.3.3. Enjeux stratégiques du développement durable pour l’entreprise : la pression de la sphère

Module 3 – Chapitre IV 20
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internationale

Les institutions et organisations internationales ont initié des recommandations ou des principes
directeurs, qui vont de la simple déclaration à l’établissement de grilles d’indicateurs pour l’action et
l’évaluation.
- le global compact « pacte mondial » de Kofi Annan
Le Pacte Mondial est un appel lancé, en janvier 1999 au Sommet de Davos, par Kofi Annan,
secrétaire général des Nations Unies (Prix Nobel de la Paix en 2001). Cet appel met au défi les chefs
d’entreprises de contribuer à poser les fondements sociaux et environnementaux nécessaires, pour
soutenir une nouvelle économie mondiale et faire en sorte que la mondialisation bénéficie à tous les
peuples de la Terre. Il invite le secteur privé à adhérer au Pacte et à travailler avec les Nations Unies,
en partenariat avec les organisations syndicales et les O.N.G., sur la base de neuf principes
s’appliquant aux droits de l’homme, aux conditions de travail et à la protection de l’environnement. Le
Global Compact a donné une impulsion politique forte à la nécessaire contribution de multinationales
aux enjeux mondiaux du développement durable.
En revanche, son adhésion par les entreprises ne fait l’objet d’aucune procédure de vérification de
ces principes. Certaines d’entre elles ont adopté les principes directeurs du GRI pour l’élaboration de
leurs rapports développement durable.
- Global Reporting Initiative (GRI)
Le GRI a été créé en 1997, à l’initiative du CERES (Coalition for Environmentally Responsible
Economies) et le PNUE (Programmes des Nations Unies pour l’Environnement). Basé à Amsterdam,
il réunit aujourd’hui environ 1500 membres, entreprises, fédérations professionnelles, ONG, experts.
Sa mission essentielle consiste à produire des « lignes directrices » pour l’élaboration des rapports
annuels de développement durable. Un travail important a été réalisé pour spécifier des normes et
indicateurs (plus de 90), d’évaluation de performance, sociaux, environnementaux et économiques.
Des grilles de critères ont été élaborées pour harmoniser la communication des performances. Cette
initiative marque un progrès important en incitant les entreprises à passer de la déclaration
(Engagement, Charte…) à une réelle évaluation des performances, des résultats obtenus et des
marges de progrès à atteindre.
- Les principes directeurs de l’OCDE (révisés en 2000)
Ces principes directeurs ont été élaborés à l’attention des multinationales par les gouvernements des
pays membres de l’OCDE, ainsi que ceux de l’Argentine, le Brésil et le Chili. Ils font partie de la
Déclaration de l’OCDE sur l’investissement international et les entreprises multinationales. Objectif :
contribuer à améliorer le climat de l’investissement international et à renforcer la confiance mutuelle
entre les entreprises multinationales et les sociétés au sein desquelles elles opèrent. La promotion de
ces principes directeurs (non contraignants) revient à des points de contact nationaux (PCN), qui
peuvent fournir des avis si les principes directeurs sont enfreints. Mais ces avis, sans force de loi,
n’ont que peu d’efficacité. En France, le PCN est coordonné par le Trésor et réunit représentants du

Module 3 – Chapitre IV 21
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patronat et des syndicats.
1. Contribuer aux progrès économiques, sociaux et environnementaux en vue de réaliser un
développement durable,
2. Respecter les droits de l’homme des personnes affectées par leurs activités, en conformité avec
les obligations et les engagements internationaux du gouvernement du pays d’accueil,
3. Encourager la création de capacités locales, en coopérant étroitement avec la communauté locale,
y compris les milieux d’affaires locaux, tout en développant les activités de l’entreprise sur le marché
intérieur et sur les marchés extérieurs, d’une manière compatible avec de saines pratiques
commerciales.
4. Encourager la formation de capital humain, en particulier en créant des possibilités d’emploi et en
facilitant la formation des salariés,
5. S’abstenir de rechercher ou d’accepter des exemptions non prévues dans le dispositif législatif ou
réglementaire concernant l’environnement, la santé, la sécurité, le travail, la fiscalité, les incitations
financières ou d’autres domaines,
6. Appuyer et faire observer des principes de bon gouvernement d’entreprise et mettre au point et
appliquer de bonnes pratiques de gouvernement d’entreprise,
7. Élaborer et appliquer des pratiques d’autodiscipline et des systèmes de gestion efficaces qui
favorisent une relation de confiance mutuelle entre les entreprises et les sociétés dans lesquelles
elles exercent leurs activités,
8. Faire en sorte que leurs salariés soient bien au fait des politiques de l’entreprise et s’y conforment,
en les diffusant comme il convient, notamment par des programmes de formation,
9. S’abstenir d’engager des actions discriminatoires ou disciplinaires à l’encontre de salariés qui
auraient fait des rapports de bonne foi à la direction ou, le cas échéant, aux autorités publiques
compétentes, concernant des pratiques contraires à la loi, aux Principes directeurs ou aux politiques
de l’entreprise.
10. Encourager, dans la mesure du possible, leurs partenaires commerciaux, y compris leurs
fournisseurs et leurs sous-traitants,à appliquer des principes de conduite des affaires conformes aux
Principes directeurs.
11. S’abstenir de toute ingérence indue dans les activités politiques locales
1.1.3.4. Enjeux stratégiques du développement durable pour l’entreprise : la pression des parties
prenantes

Plusieurs objectifs (non exclusifs) peuvent expliquer la prise en compte du développement durable
par l’entreprise? Etablir un dialogue constructif avec l’ensemble des parties prenantes
Un exemple de « bonnes pratiques » Ben & Jerry’s
Créée en 1978 par deux amis d’enfance, Ben COHEN et Jerry GREENFIELD et, la marque de
crèmes glacées américaine, compte aujourd’hui plus de 300 points de vente dans le monde, trois
usines de fabrication et réalise, en 2000, un CA de 250 millions de $. Elle a fondé sa réputation sur la

Module 3 – Chapitre IV 22
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qualité de ses produits et sa philosophie iconoclaste (« if it’s not fun, why do it ? ») et sur le concept
de prospérité partagée (caring capitalism), avec un principe fondateur : parce qu’une entreprise
travaille et s’enrichit grâce à la communauté dans laquelle elle est implantée, son activité doit
bénéficier à cette communauté (fournisseurs, employés, actionnaires ...) autant qu’à l’entreprise elle-
même.
Six ans plus tard, Ben & Jerry’s ouvre son capital pour financer son développement, en réservant
l’offre de vente d’actions aux habitants de l’Etat du Vermont, grâce à qui l’entreprise s’est développée
et avec laquelle les fondateurs veulent partager leur prospérité : l’investissement minimum est fixé à
un seuil anormalement bas et une famille du Vermont sur cent devint ainsi actionnaire.
Pour aller plus loin, Ben & Jerry’s crée alors sa Fondation, chargée de redistribuer 7,5 % des résultats
bruts de l’entreprise à des associations d’aide aux personnes défavorisées. Mais, dépassée par le
nombre de demandes, la société Ben & Jerry’s conclut que le mécénat n’est pas suffisant et décide
d’intégrer la responsabilité sociale dans le cadre même de son activité. Elle révolutionne alors les
pratiques entrepreneuriales en se dotant d’une triple mission (produit, sociale et économique) et en
s’engageant à mesurer sa performance sociale au même titre de sa performance économique. Ben &
Jerry’s insère donc, dans son rapport annuel, pendant dix ans, un rapport social qui devient un outil
stratégique primordial pour piloter la triple mission de l’entreprise.
Cet engagement de progrès conduit au fil des ans, Ben & Jerry’s à :
- adopter une politique d’approvisionnement à prix garantis (le café est acheté à une coopérative de
producteurs mexicains indépendants et le lait aux fermes familiales du Vermont, en échange de quoi
les fermiers s’engagent à ne pas utiliser d’hormones de croissance bovine),
- créer une forme originale de boutiques solidaires, les « partnershops » (les Brownies sont achetés à
une pâtisserie new-yorkaise, entreprise de réinsertion d’anciens délinquants et de personnes en
difficultés),
- utiliser ses « packagings » pour informer et mobiliser ses clients sur différentes causes, et à réduire
ses impacts environnementaux (recyclage des surplus et déchets, packaging sans dioxine, gestion
écologique des sites administratifs).

de l’entreprise ; mieux appréhender par l’entreprise l’ensemble des attentes de ses parties prenantes
(c’est à dire en fait et, de ce fait, mieux appréhender les futurs risques et opportunités de son activité.

Un exemple de « bonnes pratiques » The Body Shop


Après 25 ans d’existence, The Body Shop a réalisé, en 2000, un chiffre d’affaires de 635 millions de
livres (chiffre de 2000) et compte près de 90 millions de clients dans plus de 1800 boutiques à travers
le monde. Créée en 1976 par Anita Roddick, cette marque cosmétique anglaise est célèbre pour ses
400 produits et accessoires à base de composants naturels mais fonde surtout son succès sur un
engagement citoyen fort et une façon originale d’aborder le commerce.
L’enseigne multiplie depuis l’origine ses campagnes auprès du grand public, participant ainsi à la

Module 3 – Chapitre IV 23
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création d’un nouveau concept, l’ « ad-tivism » (combinaison de publicité et d’activisme en anglais).
Certaines d’entre elles sont directement liées à son activité et sont fondées sur un « parler vrai » en
porte-à-faux avec le discours habituel du secteur cosmétique : sa campagne « Self Esteem »
dénonçait par exemple les stéréotypes de la beauté imposés par l’industrie. L’enseigne prend
également position sur des thèmes plus politiques, comme la défense des droits de l’homme
(campagne « Make your Mark », qui a mobilisé plus de trois millions de clients) et n’hésite pas à
dénoncer les pratiques d’autres entreprises (appel au boycott de Shell en 1995 après l’exécution de
militants pacifistes au Nigeria ou du groupe Exxon pour sa position anti-Kyoto).
Cet engagement se traduit également dans la conception de ses produits. L’enseigne a très tôt mis
en place un programme de commerce équitable avec les pays du Sud qui lui fournissent les matières
premières naturelles (achat direct d’ingrédients essentiels à la composition des produits, comme le
beurre de karité, l’huile de graines de sésame, les fèves de cacao, le miel, l’algue de mer au
producteur à un prix « juste », assurant le développement économique local) et a développé des
gammes à base de composés issus de l’agriculture biologique (AB). Mais c’est sans doute son
combat contre les tests sur les animaux qui l’a rendue célèbre outre-Manche : elle a été le premier
fabricant cosmétique international à pouvoir distribuer ses produits sous la mention " Non Testé sur
les Animaux " (démarche certifiée ISO 9002) et a largement influencé la loi britannique bannissant
ces tests dans l’industrie cosmétique.
The Body Shop a, par ailleurs, mis en place une politique environnementale : réduction des
emballages, récupération et recyclage des récipients et utilisation d’énergie renouvelables
(participation à une ferme éolienne). L’aménagement de ses magasins fait également l’objet
d’attentions particulières (matériaux recyclés, bois certifié FSC). Enfin, l’entreprise a été l’une des
premières à publier un bilan éthique, écologique et social, réalisé par des auditeurs extérieurs, pour
rendre publiquement des comptes sur ses pratiques.

Un exemple de « bonnes pratiques » Patagonia


Spécialisée dans les vêtements de haute qualité destinés aux sports se pratiquant en pleine nature,
Patagonia a réalisé, en 2000, un chiffre d’affaires de 182 millions de dollars et emploie 900 employés
dans le monde. Depuis sa création, cette entreprise californienne affiche comme mission d’utiliser
cette dynamique économique pour « imaginer et mettre en œuvre des solutions à la crise écologique
».
Dès les années 1970, Patagonia participe à des programmes de soutien aux ONG
environnementales allant jusqu’à instaurer une "taxe volontaire pour la Terre" (10 % des profits
annuels sont distribués au monde associatif). Au milieu des années 1980, consciente de la
contradiction possible entre sa forte croissance et sa volonté de minimiser son impact
environnemental, l’entreprise s’engage dans une restructuration de ses activités : réduction de ses
gammes, limitation volontaire de sa croissance, politique environnementale sur ses sites, éco-

Module 3 – Chapitre IV 24
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
conception des produits, process de fabrication écologiques...
L’industrie textile étant particulièrement polluante, Patagonia lance, au début des années 1990, une
étude des impacts environnementaux de certains produits, pour réorienter éventuellement ses choix
de production (matières premières et procédés de fabrication).
Cette étude se traduira notamment par une garantie à vie proposée sur certains produits (la durabilité
est le premier critère écologique), des packagings recyclés et réduits au strict minimum, la création
d’une laine polaire faite à partir de bouteilles en plastique recyclées et le passage au coton bio dès
1996. En 2000, Patagonia a fait un nouveau pas en avant, en concevant selon les principes de
l’architecture écologique son entrepôt de Reno : panneaux solaires, système de chauffage et
d’éclairage éco-efficients, matériaux recyclés...
Une démarche permanente de pédagogie est organisée à l’attention des employés, des partenaires
et des clients, auprès de qui Patagonia veut promouvoir une "conscience écologique" : catalogues,
site internet et campagnes promotionnelles sont autant de supports d’information et de sensibilisation.
Ainsi mobilisés, les clients approuvent les choix de l’entreprise, acceptant de payer plus cher des
produits respectueux de l’environnement (hausse du prix de 10 % en moyenne), tandis que les
partenaires participent activement à la mise en place de nouveaux procédés de fabrication. En outre,
les équipes sont formées pour diffuser cette culture écologique sur les lieux de vente : les salariés
peuvent d’ailleurs prendre un congé sabbatique de deux mois et demi par an, financé par l’entreprise,
pour effectuer un service volontaire dans une ONG environnementale de leur choix.

La croissance économique sur le long terme ne pourra se faire au détriment du maintien du progrès
social et du respect de l’environnement. L’entreprise, elle, ne pourra se développer de manière
durable si elle ne reconnaît pas sa responsabilité sociétale à l’égard de ses parties prenantes (voir
infra) ; et ce notamment parce qu’elle est de plus en plus considérée comme responsable des
conséquences sociales et environnementales de son activité.
Parmi toutes les parties prenantes de l’entreprise, la communauté financière est l’audience la plus
privilégiée.

Plusieurs arguments laissent penser qu’il existe un lien entre la performance sociétale et la
performance économique d’une entreprise :

- L’entreprise « responsable » serait mieux armée pour faire face aux risques menaçant son activité
tels que les mouvements sociaux, les accidents industriels, les changements brutaux de
réglementation… (c’est en fait ce que l’on appelle en économie l’internalisation des externalités).

- L’entreprise « responsable » réaliserait des économies substantielles en améliorant l’efficacité avec


laquelle elle utilise ses ressources (concept d’éco-efficience) ;

Module 3 – Chapitre IV 25
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »

- L’entreprise « responsable » bénéficierait d’un avantage de marché face à ses concurrents grâce à
de nouveaux critères de différenciation (innovation dans les produits ou services, nouvelles relations
avec les parties prenantes…) ;

- L’entreprise « responsable » bénéficierait d’une meilleure réputation.

Bien entendu, l’entreprise ne peut satisfaire les besoins et les attentes de toutes ses parties
prenantes. Elle doit faire des choix et prendre des décisions qui aillent dans le sens de la création de
valeur. Cependant, le meilleur moyen d’optimiser ses choix est de connaître la position de ses parties
prenantes. La prise en considération du développement durable et du rapport de développement
durable qui en résulte apparaît comme un outil de dialogue et de formalisation de la bonne
compréhension de ces attentes. D’ailleurs, ce n’est pas parce que l’entreprise sera consciente de ces
attentes qu’elle devra y apporter une réponse favorable ! Mais c’est seulement parce qu’elle les
comprendra, qu’elle pourra déterminer le meilleur moyen de développer son activité de manière
durable…

La demande de commerce équitable.

Par commerce équitable ou alternatif, l’on vise à ce que « les producteurs des
pays en développement se voient assurer un prix minimum supérieur aux cours
mondiaux (…) et donc une part plus importante de la valeur totale du produit fini »
59 pour contrecarrer la pression des intermédiaires. Le prix du produit fini est
généralement de 5 à 10 % supérieur.
Le système de commerce équitable a été créé en Europe et en Amérique du Nord
par des organismes de développement international désirant appuyer les artisans
et les producteurs des pays du Sud. C'est en 1946, en Amérique du Nord, que le
Mennonite International Development Agency (maintenant connu sous le nom de
Comité central mennonite) fonda le premier projet d'achat direct auprès d'artisans
pauvres d'Amérique latine. En Europe, en 1950, Oxfam commença à organiser la
vente d'artisanat fabriqué par des réfugiés chinois dans des magasins en Grande-
Bretagne, et peu de temps plus tard, un groupe de militants et militantes
néerlandais commença à importer directement des sculptures en bois haïtiens afin
d'aider les artisans et artisanes à devenir économiquement autonomes. En
éliminant les intermédiaires, le commerce équitable vise à laisser une plus grande
part des profits aux producteurs.

Module 3 – Chapitre IV 26
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
L’exemple de la commercialisation du café

Le système du commerce équitable s’inspire, en quelque sorte, du système


Stabex, mis en place par la Commission européenne dans les pays ACP, qui est
un système de stabilisation des recettes d’exportation. Le Stabex intervient après
constatation des pertes de recettes d’exportations, sans intervention sur le marché.
« Par pays, un niveau de référence est fixé, et le système garantit au pays
bénéficiaire, un transfert de ressources financières égale en totalité ou partie à la
différence entre la valeur effective et ce niveau de référence ». Ce système peut
être illustré par la commercialisation du café (Cf. Schéma supra), produit dont le
cours a chuté de 50 % au cours de ces dernières années, soit un niveau de prix le
plus bas depuis 30 ans.
Le « commerce équitable » ne représente aujourd’hui pas plus de 0,008 % des
échanges commerciaux internationaux même si cette part s’accroît
progressivement. Il connaît une croissance annuelle de 5 % en moyenne.

1.1.4 Responsabilité sociale et sociétale de l'entreprise

Comme on l’a vu,(1.) la responsabilité sociale de l’entreprise peut être considérée comme la
contribution de l’entreprise au développement durable.

Module 3 – Chapitre IV 27
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
Malgré les années de recherche, les limites de la responsabilité sociale demeurent floues et assez
dépendantes du contexte dans lequel elle doit s’exprimer. Capron l’exprime ainsi :
« Jusqu’où va la responsabilité sociale ? Il n’existe pas de réponse universelle et atemporelle : les
frontières sont changeantes selon les époques, selon les catégories d’individus concernés et selon
les attentes et la force de pression des sociétés civiles ; elles résultent de la culture, de l’histoire et
des institutions de chaque pays. » (Capron 2000b, p. 409)
Ne peut-on tout de même pas essayer de définir ce qu’est la responsabilité sociale ? Decock Good,
après avoir passé en revue plusieurs définitions, se risque à la tâche. Pour elle, « la responsabilité
sociétale de l’entreprise procède de l’idée selon laquelle les entreprises, par delà les prescriptions
légales ou contractuelles, ont une obligation envers les acteurs sociaux» (Decock-Good 2000a, p.
23). La responsabilité sociétale3 établit alors un lien entre l’entreprise et la société allant au-delà de
toute responsabilité contractuelle. Pour certains, c’est un contrat social qui se met en place (Gray et
al. 1988). Ce contrat social doit permettre de répondre à plusieurs objectifs. Decock Good (2000b)
identifie les huit objectifs suivants :
- répondre à des pressions externes ;
- répondre à des pressions internes ;
- adopter une éthique d’entreprise ;
- améliorer l’image de l’entreprise ;
- gérer et améliorer la position concurrentielle ;
- gérer l’incertitude liée à la législation ;
- réduire les coûts ;
- créer une culture d’entreprise.

A cette liste, il est possible de rajouter plusieurs arguments :


- La démocratisation de l’information par le biais des progrès dans la technologie de l’information
- Un nombre accru d’organisations non gouvernementales (ONG) qui sont importantes dans la
perception négative de l’incidence du capitalisme et du comportement des entreprises sur
l’environnement
- Les pressions exercées par les parties prenantes pour que les entreprises soient ouvertes et
transparentes au sujet de leur performance environnementale
- La performance éthique de la chaîne d’approvisionnement (c’est à dire l’harmonisation des
pratiques environnementales du fournisseur conformément aux codes et aux normes de l’entreprise
qui achète)
- La fusion de l’économie industrielle et du savoir ainsi que la hausse associée de l’importance des
actifs incorporels comme la réputation, la marque, le capital intellectuel et social

3
D’après Capron (2000b), le sociétal recouvre un domaine plus large que celui du social. Les termes
social et sociétal sont pourtant employés ici pour signifier la même chose. Ils recouvrent une réalité
qui va au delà de la dimension humaine pour inclure l’environnement au sens large.

Module 3 – Chapitre IV 28
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- L’intérêt grandissant des marchés financiers dans la relation entre la performance environnementale
et la plus-value du cours de l’action, de même que l’importance grandissante de la performance
environnementale pour l’investissement éthique et les fonds de pension institutionnels (voir plus haut
1.1.4)
- La réalisation de plus en plus nette de la nature globale de certains problèmes environnementaux
(par exemple le Sommet de Kyoto sur le réchauffement de la planète) et les conséquences qui y sont
associées pour le commerce

Tableau 1 : Les différentes interprétations des principaux critères du développement durable en


fonction du secteur d’activité et de la taille des organisations

Les principaux thèmes Variation selon les secteurs Variation selon la taille
d’activité
Les rapports à l’environnement Importante Importante
Les rapports à la société civile Forte Faible
La gestion des ressources Faible Très faible
humaines
Le management de la qualité et Très faible Forte
les relations clients/fournisseurs
Le gouvernement d’entreprise Nulle Nulle

Source : Férone et al. (2001, p. 191) et Cowen et al. (1987)

Pour la Commission des Communautés Européennes (2001), les entreprises doivent investir
davantage dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes. Mais,
même si les dynamiques relationnelles entre l’entreprise et ses parties prenantes s’exercent dans un
environnement où la responsabilité sociale est en voie d’institutionnalisation, les conditions d’une
évaluation fiable et pertinente pour les parties prenantes restent largement à définir (Capron et
Quairel 2002).
Tenter de mesurer la responsabilité sociale d’une entreprise va nécessiter de mettre en place un
système d’information utilisant des indicateurs autres que financiers.

Tout ceci va être ensuite formalisé à travers le rapport de développement durable.

Module 3 – Chapitre IV 29
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1.2 Le rapport de développement durable

L’utilité de ce rapport4, en termes de construction du dialogue a déjà été mise en évidence (1.1.4.).
La décision de rédiger un rapport de développement durable correspond à une décision totalement
volontaire de la part de l’entreprise qui, par souci de transparence et d’ouverture vis-à-vis de ses
parties prenantes (mais également dans un souci de prise en compte des différentes attentes (voir
supra) , décide de les informer sur les différents impacts de son activité. Ce souci de communication
correspond également à une réponse aux évolutions législatives, (en France notamment avec la loi
sur les Nouvelles Régulations Economiques loi NRE).
Quel est l’objectif du rapport de développement durable ? Est-ce d’établir un dialogue constructif avec
l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise ? Ou bien est-ce un moyen trouvé par l’entreprise
pour mieux appréhender l’ensemble des attentes de ses parties prenantes et, de ce fait, pour mieux
appréhender les futurs risques et opportunités de son activité ? La croissance économique sur le long
terme ne pourra se faire au détriment du maintien du progrès social et du respect de l’environnement.
L’entreprise, elle, ne pourra se développer de manière durable si elle ne reconnaît pas sa
responsabilité sociétale à l’égard de ses parties prenantes ; et ce notamment parce qu’elle est de plus
en plus considérée comme responsable des conséquences sociales et environnementales de son
activité. Parmi toutes les parties prenantes de l’entreprise, la communauté financière est l’audience la
plus privilégiée.
Bien entendu, l’entreprise ne peut satisfaire les besoins et les attentes de toutes ses parties
prenantes. Elle doit faire des choix et prendre des décisions qui aillent dans le sens de la création de
valeur. Cependant, le meilleur moyen d’optimiser ses choix est de connaître la position de ses parties
prenantes. Le rapport de développement durable apparaît comme un outil de dialogue et de
formalisation de la bonne compréhension de ces attentes. D’ailleurs, ce n’est pas parce que
l’entreprise sera consciente de ces attentes qu’elle devra y apporter une réponse favorable ! Mais
c’est seulement parce qu’elle les comprendra, qu’elle pourra déterminer le meilleur moyen de
développer son activité de manière durable…
Bien que l’entreprise ne puisse pas communiquer sur tous les aspects de son activité (soit parce que
certaines informations sont trop riches pour un document à pages limitées, soit parce que certaines
informations relèvent de son savoir-faire), le rapport de développement durable doit être un outil qui
lui permette de mieux comprendre les interactions entre ses actions envers chacune de ses parties
prenantes, la perception ainsi que la réaction de ces derniers à leur encontre.

4
Ce développement est très largement basé sur la méthodologie préconisée par l’ORSE
(Observatoire sur la Responsabilité Eociale des Entreprises)

Module 3 – Chapitre IV 30
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1.2.1 Contenu du rapport de développement durable

Les premiers rapports non-financiers publiés par les entreprises ont été des rapports environnement.
Ils correspondent historiquement à la prise de conscience par les entreprises de l’intérêt économique
d’une bonne gestion de l’environnement : la diminution des consommations de ressources naturelles
et la réduction des déchets produits par l’entreprise sont en effet directement traduites en économies
financières, de sorte que la quantification des progrès et des bénéfices est à la fois facile et
gratifiante…
35 % des 250 plus grands groupes mondiaux ont ainsi publié un rapport environnement en 2001
selon une étude IEM/KPMG. Puis les entreprises ont élargi leur approche et se sont tournées vers les
rapports Hygiène Sécurité Environnement (HSE) avant de vouloir produire, comme c’est le cas
aujourd’hui, des rapports de développement durable.
Dans certains pays comme la France, l’exercice devient même obligatoire avec la loi sur les
Nouvelles Régulations Economiques (NRE) adoptée le 15 mai 2001.
Mais l’intégration des deux dimensions (environnementale et sociale) est encore peu fréquente, sans
doute parce que la définition d’une bonne performance sociale reste fortement dépendante du
contexte culturel et du secteur, rendant plus difficile le choix d’indicateurs sociaux pertinents.
Enfin, l’intégration de la dimension économique reste un défi pour la quasi-totalité des rapports. Alors
que les règles du reporting comptable, qui a plus de 60 ans, ne font pas encore l’unanimité, il n’est
pas étonnant qu’il en soit de même pour le reporting de développement durable qui est très récent (4
ans seulement).

1.2.1.1. Rapport de développement durable et rapport d’activité

Le rapport de développement durable se distingue du rapport d’activité traditionnel :


- parce qu’il procède d’une approche dynamique et stratégique, qui fait le bilan du passé mais se
projette aussi dans l’avenir (souvent avec prise d’objectifs précis), - parce qu’il décrit l’approche de
l’entreprise d’une manière qui rend compte de ses valeurs et de sa culture,
- parce qu’il intègre souvent les points de vue de parties prenantes externes,
et parce que son périmètre s’étend au-delà du périmètre consolidé dans le rapport annuel pour
prendre en compte les impacts indirects de l’entreprise, en amont et en aval de son activité, via ses
fournisseurs ou ses clients par exemple.
Il est important de noter que, dans le cas d’une fusion des deux rapports, la partie économique ne
saurait être réduite au rapport financier « classique » : la dimension économique du développement
durable comprend en effet des aspects comme la contribution de l’entreprise au développement
économique des territoires dans lesquels elle est implantée ou la création de richesses pour
l’ensemble de ses parties prenantes (contre les seuls actionnaires) dont il est important de rendre
compte.

Module 3 – Chapitre IV 31
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Enfin, il convient de signaler qu’une difficulté importante pour les entreprises tient à une autre
spécificité du rapport de développement durable : là où le rapport annuel correspond aussi à un
exercice de communication institutionnelle visant à valoriser l’image de l’entreprise, la crédibilité du
rapport de développement durable repose sur sa capacité à aborder de front les succès de
l’entreprise mais aussi ses faiblesses, à partir de l’idée que nul n’attend d’une entreprise qu’elle soit
parfaite mais simplement qu’elle soit honnête sur sa démarche, ses progrès et les difficultés
rencontrées.

1.2.1.2. Utilité du rapport de développement durable

La rédaction d’un rapport de développement durable est certes source de contraintes mais aussi
d’opportunités pour l’entreprise puisqu’elle permet notamment :
- De mieux comprendre les implications du développement durable pour les activités de l’entreprise et
organiser sa réflexion stratégique sur le sujet
- D’identifier les risques sociétaux auxquels l’entreprise pourrait être confrontée et les opportunités de
marché que présente la démarche
- De mieux piloter la performance sociale et environnementale de l’entreprise - D’identifier et faire
connaître les meilleures pratiques internes - De comparer la performance de l’entreprise à celle de
ses concurrents qui publient aussi un rapport
- De sensibiliser les salariés et les autres parties prenantes à la démarche du développement durable
- D’initier ou renforcer le dialogue avec les parties prenantes (y compris les agences de rating social
et environnemental)
- D’améliorer la réputation et la crédibilité de l’entreprise

1.2.1.3. Principes des rapports de développement durable

- Approche inclusive, prenant en compte les attentes de tous les stakeholders.


- Transversabilité et exhaustivité (couverture de toutes les activités, de toutes les zones
géographiques, de tous les impacts amont/aval). Souvent, la structure de l’entreprise est trop
complexe pour que celle-ci puisse fournir une information exhaustive !
- Comparabilité (dans le temps et avec les concurrents)
- Régularité de publication
- Approche rendant compte des systèmes de management et de la stratégie adoptée, au-delà de la
simple mesure de la performance
- Transparence et accessibilité des informations - Vérification extérieure
- Amélioration continue au fil des rapports
Les lignes directrices existant sur cette question (Global Reporting Initiative) mais aussi les études et
les prix qui se multiplient s’accordent généralement sur les caractéristiques suivantes pour les

Module 3 – Chapitre IV 32
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meilleurs rapports :
- Le rapport aborde les principales problématiques liées à l’activité (par exemple : externalités
négatives intrinsèques à l’activité, lobbying, restructurations, fin de vie des produits, crises et
dilemmes, responsabilité historique de l’entreprise, etc.) ;
- Le rapport permet d’évaluer de manière « objective » et comparable de la performance de
l’entreprise (avec des indicateurs de performance chiffrés, des benchmarks externes, les notes des
agences de rating social et environnemental, des points de vue externes sur l’entreprise, etc.) ;
- Le rapport argumente de manière précise sur le lien entre développement durable et création de
valeur (business case), évoquant notamment les implications à long terme du développement durable
sur les activités et le business model de l’entreprise ;
- Les données fournies dans le rapport ont été vérifiées (données quantitatives ou faits précis) ou
sont présentées avec des avis externes qui en confirment la crédibilité (méthode de reporting et
contenu du rapport).

Travail personnel :
Rechercher les sites internet et télécharger les rapport développement durable :
- Shell: analyse des indicateurs, des avis externes et scenarii à long-terme d’évolution du marché,
- Nike : analyse du traitement des sujets délicats : conditions de travail chez les fournisseurs
notamment,

1.2.2 Démarche méthodologique

Les cibles des rapports sont aussi variées que les raisons de se lancer dans la démarche:
sensibilisation et motivation des publics internes, agences de rating en attente d’informations
quantifiées, ONG et agences gouvernementales spécialisées interpellant l’entreprise pour avoir des
informations détaillées sur les sujets qui les concernent, médias et étudiants en quête d’une vision
globale de la stratégie de l’entreprise, etc...
La diversité des publics engendre une difficulté : répondre à tous avec un même document. Il est
donc particulièrement important de se poser, avant d’entamer la démarche, la question des cibles et
des objectifs du rapport, afin notamment d’envisager dès le départ les différentes formes du rapport et
de sa diffusion.

1.2.2.1. Mise en place d’une organisation en interne

L’organisation de base commence généralement avec la désignation d’une équipe responsable de la


démarche qui se chargera de la collecte des informations en interne, de l’analyse des enjeux et de la
performance, des recommandations stratégiques (objectifs), de la rédaction et de la coordination de
l’ensemble.

Module 3 – Chapitre IV 33
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Cette équipe, qui rapporte au PDG et au Comité de Direction, s’appuie elle-même sur un comité de
pilotage transversal, comprenant des représentants des différentes directions et filiales concernées,
et qui validera l’analyse, les recommandations d’objectifs et le rapport rédigé.
Cette organisation peut être complétée, le cas échéant, par :
• des groupes de travail internes (produisant de l’analyse et des recommandations sur des sujets
précis),
• par des consultants (pour l’analyse, le contenu et la consultation de parties prenantes externes),
• par une agence de communication (pour le graphisme et la réalisation),
• par des auditeurs internes ou externes (pour les processus de consolidation, la validation des
données chiffrées)
• et par un comité de parties prenantes externes (pour la validation des enjeux et de l’analyse).

1.2.2.2. Choix de l’approche

Selon l’avancée de sa démarche de reporting, l’implication de sa direction et les objectifs qu’elle


poursuit avec la publication du rapport, l’entreprise peut plutôt s’orienter :
- Vers une approche « bilan » qui rend compte de la réflexion, de la politique, de la performance et
des objectifs de l’entreprise. La fonction principale d’un tel rapport est d’informer, à la manière d’un
état des lieux, sur la performance sociétale de l’entreprise. Parmi les meilleurs exemples de cette
approche : Danone.
- Vers une approche « stratégique » dont l’objectif est de faire progresser, voire de repenser la
stratégie de l’entreprise à partir des impératifs du développement durable :
intégration de nouvelles problématiques, identification de nouveaux objectifs, développement de
nouvelles structures.
L’objectif de cette approche, qui nécessite par définition une plus forte implication de la direction dans
la démarche, est d’intégrer le développement durable dans la stratégie de l’entreprise et de le faire
comprendre.
Parmi les entreprises qui suivent une telle démarche : Shell, Novo, Interface, Lafarge.
Travail personnel :
Rechercher les sites internet de Shell, Novo, Interface, Lafarge
Analyser la démarche retenue pour l’élaboration du rapport développement durable

1.2.2.3. Choix de la méthode de travail

Selon l’approche choisie, la méthode et les outils privilégiés dans l’élaboration du rapport pourront
varier sensiblement :
- Dans l’approche « bilan »
Les outils principaux sont les lignes directrices guidant les entreprises sur le choix des informations à

Module 3 – Chapitre IV 34
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faire remonter sur leur performance sociale et environnementale (notamment NRE, Global Reporting
Initiative et autres standards HSE).
Une majeure partie du travail consistera à recueillir les données en interne et à les présenter ensuite
de manière intelligible (contexte, évolution dans le temps, explication). La consultation des
stakeholders pourra être utile, notamment pour connaître les attentes des agences de rating social et
environnemental, ainsi que des publics influents (organismes de régulation, syndicats, etc.), pour ce
qui concerne la présentation de la performance et la présence des bons indicateurs.
Enfin, dans cette optique, une perspective d’évolution intéressante dans le temps est le reporting en
ligne sur Internet, qui permet de mettre à jour les données très régulièrement et de donner des
informations détaillées sur les performances (évolution dans le temps, performances des sites, etc.-
voir notamment ce que fait Renault).
- Dans l’approche « stratégique »,
Les principaux outils seront ceux qui permettent de piloter une large consultation des stakeholders
(par exemple : AA 1000) mais aussi les études sectorielles (WBCSD, PNUE, etc.), souvent elles-
mêmes fondées sur une consultation des parties prenantes, qui tentent d’identifier les principaux
enjeux du développement durable, à terme, pour le secteur et les perspectives d’évolution pour le
marché.
La consultation des stakeholders est d’une importance majeure dans les étapes de travail, en
particulier celle visant à connaître les attentes en matière d’information et de pratiques des
organismes spécialisés sur le développement durable (par exemple : New Economics Foundation,
Accountability, Programme des Nations-Unies pour l’Environnement, PNUD, etc.) et des experts «
proactifs » ou militants (ONG sociales ou environnementales).
Dans cette optique, la perspective d’évolution de la démarche dans le temps s’inscrit plutôt dans une
fréquence plus faible (tous les deux ou trois ans), avec un reporting de type « bilan », plus léger et
moins introspectif, en parallèle.

1.2.2.3. Timing et questions matérielles

La première étape, une fois la méthode définie, est d’élaborer un planning de travail, généralement
calé sur la publication du rapport annuel, en sachant que le temps de rédaction du rapport à
proprement parler varie entre 2 et 6 mois, selon l’approche choisie et selon la disponibilité des
informations en interne.
Le nombre de pages retenu pour le rapport influe également sur le timing et la charge de travail :
concrètement, l’approche « bilan » pousse à la multiplication du nombre de pages au fil des ans
(accumulation des données chiffrées au fur et à mesure de la mise en place d’un reporting spécifique
dans l’entreprise) mais les entreprises ayant plusieurs années d’expérience dans ce domaine
considèrent généralement qu’un rapport doit comprendre entre 50 et 80 pages, pour réussir le pari
difficile d’allier exhaustivité et attractivité.

Module 3 – Chapitre IV 35
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Certaines entreprises choisissent pour régler cette question, ainsi que celle des cibles, de publier un
rapport complet et un "executive summary" d’une douzaine de pages environ, une démarche qui
permet notamment de sensibiliser les publics internes par une démarche de diffusion assez large.

1.2.2.4. Exemples

Il n’existe pas en la matière de « meilleures pratiques », mais plutôt quelques règles simples, parmi
lesquelles la sensibilisation préalable des personnes impliquées, le signe clair d’un soutien de la
direction et l’implication des principales directions.
Deux exemples très différents sont présentés ci-dessous :
- Shell organise sa démarche autour d’un « Sustainable Development » Group composé de 25
managers (communication, R&D, juridique, etc.), en charge de la collecte des données et de la
rédaction du rapport. Ce comité définit aussi la politique et la stratégie du groupe en matière de
développement durable, et rapporte à un comité de directeurs du Groupe.
- Chez Carrefour, un comité de pilotage transversal rassemble 15 à 20 personnes issues des filiales
ou des différentes directions. Il est chargé de valider chaque mois les
orientations prises au fil de l’élaboration du rapport par l’équipe interne qui en est chargée (2
personnes), assistée par des consultants dont la prestation est assez complète (interviews internes et
externes, plan détaillé, rédaction).

1.2.3 Prise en compte des parties prenantes

1.2.3.1. Motifs de la consultation des parties prenantes

Pour être crédible, le rapport de développement durable croise théoriquement deux points de vue :
- celui de l’entreprise qui définit ce qu’elle estime être sa responsabilité sociale, s’auto-évalue et se
donne des objectifs ;
- et celui des parties prenantes qui indiquent comment ce qu’elles attendent de l’entreprise et
comment elles perçoivent cette performance.
Le rapport de développement durable n’est donc pas un exercice de valorisation des « bonnes
nouvelles » : il doit permettre d’intégrer les critiques et d’entamer un dialogue avec l’ensemble des
parties prenantes pour nourrir la démarche de progrès de l’entreprise.
Une première étape dans l’élaboration du rapport de développement durable consiste donc pour une
entreprise à bien connaître ses parties prenantes.
Certaines entreprises (VanCity, The Co-operative Bank) consacrent plusieurs pages au sujet :
- liste exhaustive des stakeholders identifiés, profil de chaque groupe,
- moyens de dialogue utilisés,
- principales attentes exprimées,

Module 3 – Chapitre IV 36
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- engagements actuels et existants pour répondre aux attentes,
- indicateurs-clefs de performance correspondant à ces attentes, etc.

Si les groupes de stakeholders « classiques » sont faciles à identifier pour l’entreprise (par exemple :
comité d’entreprise, partenaires sociaux, employés, clients, fournisseurs, etc.), l’implication et la
consultation d’autres groupes posent la question de la légitimité :
faut-il inclure des groupes minoritaires, certes influents pour mobiliser les médias et faire évoluer
l’opinion, mais dont la représentativité peut-être mise en cause ?
L’un des objectifs du rapport de développement durable est d’identifier les futurs enjeux de la société
pour permettre à l’entreprise d’adapter sa stratégie, ce qui revient à identifier les « bons » leaders
d’opinion car, comme le souligne Lise Kingo chez Novo Nordisk :
« Initialement, il n'y avait que trois types de stakeholders : les autorités, les investisseurs et les
clients.
Aujourd'hui, une entreprise comme Novo prend en compte, dans sa stratégie, l'avis et l'existence de
très nombreux stakeholders : les médias, les employés, les universités, les communautés locales, les
compagnies d'assurance, les fournisseurs, les consommateurs, les organisations commerciales et les
ONG.
L'intérêt du dialogue avec les ONG, c'est qu'il permet de savoir quels seront à moyen terme (2 ou 3
ans) les sujets qui intéresseront les médias».
Certaines entreprises préfèrent ne pas solliciter les parties prenantes pour la rédaction de leur
premier rapport de développement durable. Le premier rapport sert alors à initier la démarche et
permet à l’entreprise d’exprimer sa propre compréhension de ce que sont les enjeux (réels ou perçus
par ses parties prenantes) de son activité.
Les parties prenantes sont consultées dans un deuxième temps pour faire progresser la démarche et
se prononcer sur l’approche utilisée.

1.2.3.2. Méthodes de la consultation des parties prenantes dans une démarche de reporting

Les objectifs fondamentaux sont:


- Connaître les informations attendues par les stakeholders
- Identifier les perceptions externes des problématiques-clés de l ’activité
- Connaître les perceptions externes de la performance de l ’entreprise (quantifiée ou non)
- S’ouvrir à de nouvelles opportunités de collaboration
- Insérer des citations dans le rapport (renforce la crédibilité)

Plusieurs méthodes existent et peuvent être utilisées conjointement selon le public visé : - Les outils
existants de consultation (exemple : études clients, enquêtes de satisfaction internes, initiatives
sectorielles, etc.) doivent être utilisés, si possible en faisant progressivement évoluer leur contenu

Module 3 – Chapitre IV 37
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pour intégrer les aspects développement durable.

- La consultation à grande échelle, comme l’ont fait The Co-operative Bank (étude quantitative sur 2
millions de clients et groupes qualitatifs de fournisseurs, employés et clients) ou The Body Shop
(5000 clients, employés, fournisseurs, franchisés, actionnaires et ONG bénéficiaires de dons
consultés par questionnaires et groupes qualitatifs).

- Les interviews d ’experts et de leaders d ’opinion spécialisés sur le développement durable ou sur
certaines problématiques : rapide et peu coûteuse, cette méthode (utilisée par Carrefour, Lafarge,
etc.) nécessite un premier repérage intuitif des enjeux et permet d’obtenir des citations à insérer dans
le rapport.

- L’organisation de réunions spécifiques, une ou deux fois par an, selon un principe simple :
l’entreprise expose sa stratégie, ses réalisations et les difficultés rencontrées, les stakeholders
(agences de rating, ONG, syndicats sectoriels ou internationaux, clients, etc.) réagissent et expriment
leurs attentes, les dirigeants de l ’entreprise écoutent et intègrent les attentes recueillies au prochain
rapport de développement durable, à la stratégie, aux pratiques, etc. Une solution choisie par Ford,
SITA, Shell, Danone, etc.
Par cette stratégie, l’entreprise prend le risque maîtrisé d’augmenter le niveau d ’information des
participants et d’accélérer la circulation de cette information (les participants sont aussi leaders
d’opinion).
Pratiques et standards internationaux

- Le standard AA1000 développé par l’institut britannique AccountAbility offre un cadre formalisé et
auditable (procédures) pour le dialogue avec les stakeholders. L’utilisation concrète de ce standard
est présentée en détail dans l’intervention de Bureau Véritas au sujet de sa vérification du rapport de
British American Tobacco : www.accountability.org.uk
- Le référentiel de bonne pratique SD 21000 en développement par l’AFNOR a pour objectif
d’apporter une aide à la réflexion aux responsables et décideurs d’entreprises pour la prise en
compte du principe de développement durable lors de l’élaboration de leur politique et de leur
stratégie.

- L’intégration des stakeholders dans l ’organisation de l ’entreprise : certaines entreprises


particulièrement abouties dans la démarche évoluent vers une consultation en continu, avec par
exemple un comité consultatif permanent (British Telecom) ou encore l’intégration de représentants
des stakeholders au conseil d ’administration (SITA) ou très directement à la démarche de reporting
(Camelot).

Module 3 – Chapitre IV 38
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1.2.3.3. Exemples

- Shell a lancé depuis plusieurs années « Tell Shell », un programme dans lequel la compagnie
pétrolière s’engage à écouter et à diffuser les critiques exprimées par leurs parties prenantes.
En les reprenant sur son site ou dans ses rapports, Shell n’apporte pas forcément de réponses à ces
contestations (mais indique tout de même qu’elles existent et que le Groupe en prend acte).
- La loterie britannique Camelot a choisi d’intégrer les stakeholders à la démarche de reporting : un
comité de pilotage indépendant composé de huit stakeholders représentatifs des publics de
l’entreprise dirige la démarche.
Ces intervenants se réunissent quatre fois par an pour débattre des enjeux et activités du Groupe sur
la base d'un ordre du jour préparé par Camelot (mais les discussions sont ouvertes et tous les sujets
peuvent être abordés).
Ce comité apporte surtout des conseils quant aux méthodologies à adopter ; il est également le
garant du fait que l'ensemble des préoccupations des stakeholders de l’entreprise seront pris en
compte.
Le rapport est alors élaboré en interne sur la base de ces réunions par une équipe de deux
personnes puis validé par les dirigeants de Camelot .
- Le groupe Ciment Calcia a innové lors de la publication de son rapport, en invitant un ensemble de
représentants des parties prenantes (ONG,…) pour une séance publique de critique qui remplace
avantageusement la traditionnelle conférence de presse et inverse la posture de communication de
l’entreprise (du monologue au dialogue).
- SITA organise chaque année depuis 1999 une réunion de parties prenantes rassemblant une
quinzaine de personnes : le Groupe fait un point sur sa démarche, ses succès et les difficultés
rencontrées, puis se met à l’écoute des attentes, suggestions et critiques des stakeholders.
SITA a en outre intégré un représentant de la société civile, expert du développement durable à son
Comité Développement Durable.

1.2.4 Identification des enjeux et impacts de l’activité

"A peu d'exceptions près, les 50 meilleurs rapports n'abordent pas ce que nous considérons
comme les impacts principaux associés à l'activité : la dépendance du monde liée aux énergies
fossiles pour une compagnie pétrolière, la croissance exponentielle du trafic aérien pour une
compagnie aérienne ou un aéroport, la dégradation continue des écosystèmes pour une entreprise
d'extraction ou d'exploitation forestière, et ainsi de suite… » (- Global Reporters UNEP/ SustainAbility
- 2000). La remarque se suffit à elle même.

Module 3 – Chapitre IV 39
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1.2.4.1. Compréhension des enjeux

La compréhension des enjeux est un enjeu-clef pour le reporting de développement durable :


- D’abord par ce que ce dernier est une démarche de progrès continu : c’est le rôle des rapports
successifs que d’aider l’entreprise à progresser dans sa compréhension de ses impacts
économiques, sociaux et environnementaux, directs ou indirects. L’idée pour l’entreprise est de
rendre compte progressivement de la façon dont elle intègre les enjeux du développement durable à
sa stratégie, au fur et à mesure qu’elle y est confrontée dans le cadre de ses activités.
C’est d’ailleurs ce que recommande la loi NRE française, en invitant les entreprises à rendre compte
de « la façon dont elles prennent en considération les conséquences sociales et environnementales
de leur activité ».
- Ensuite parce que c’est la prise en compte des « vrais » enjeux du développement durable pour
l’activité de l’entreprise qui fonde la crédibilité des rapports.
Il est important de noter que le rapport de développement durable existant pour répondre aux
questions et attentes des stakeholders, les enjeux qui y sont traités doivent être aussi bien les enjeux
réels que les enjeux perçus .
Ce qui est un enjeu pour un groupe de stakeholders dans sa relation avec l’entreprise est un enjeu
pour l’entreprise, même si les experts internes affirment qu’il n’y a aucun fondement
scientifique/technique car dans tous les cas, la perception influe la réputation.

1.2.4.2. Les outils existants pour identifier les enjeux

- Outil n°1 : l’Agenda 21 issu du Sommet de Rio 1992 qui fait notamment allusion aux modes de
production et de consommation insoutenables à terme, à la nécessité de permettre aux
pauvres d'avoir des moyens d'existence durables, à la réduction des risques pour la santé dus à la
pollution et aux menaces écologiques, à la sensibilisation du public au développement durable, etc.
- Outil n°2 : la GRI ou la NRE, notamment pour les enjeux non-sectoriels liés à la Gestion des
Ressources Humaines GRH ou aux principales émissions liées à la production (CO2, Nox, Sox, etc.)
- Outil n°3 : les études sectorielles publiées par le WBCSD (ciment, transport, énergie, etc.), le PNUE
(finance, assurance, tourisme, eau, etc.), l’IBLF (tour-opérateurs, agro-alimentaire, etc.) et d’autres
organismes spécialisés (banques, consultants, etc.)

1.2.4.3. Les questions clefs pour identifier les enjeux

¾ Quels sont les problèmes dans mon secteur d’activité ?


- Analyse du cycle de vie des produits / services

Module 3 – Chapitre IV 40
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- Analyse des problèmes sociaux et de l’impact économique en amont (fournisseurs) et aval (clients)
- Analyse des pratiques alternatives qui émergent pour résoudre ces problèmes (exemple :
commerce équitable, bio, investissement éthique, etc.) et des opportunités correspondantes.
- Résultats des consultations de stakeholders
¾ Qui a la responsabilité opérationnelle des impacts ?
- Clarification de la marge de manœuvre de l’entreprise (contrôle ou influence ?) § Quelle est
l’influence de l’entreprise sur les publics concernés ?
- Via contrats, lobbying, marketing et publicité, etc.
- Quelle possibilité d’action ?
¾ Pourquoi et comment aborder les enjeux sensibles ?
Paradoxalement, le fait qu’un rapport de développement durable aborde les sujets « sensibles »
fonde sa crédibilité, et améliore du coup l’image de l’entreprise et la perception de sa démarche.
Cela lui permet en outre de prendre le leadership en introduisant de nouveaux critères de
performance auxquels elle seule sera préparée. Accessoirement, cela permet aussi de rationaliser les
débats sur des questions « affectives » comme les licenciements et de maintenir une veille sur des
enjeux émergents.
Ces enjeux gagnent donc à être abordés de manière honnête, c’est-à-dire en reconnaissant l’enjeu et
le dilemme qu’il pose, en plaçant l’entreprise dans une position d’apprentissage sur le sujet et
d’écoute des attentes (souvent contradictoires) de ses stakeholders.
Souvent, la simple reconnaissance d’un problème (même si l’entreprise n’a pas la solution) est
facteur de leadership pour les agences de rating, les médias, etc.

1.2.4.4. Exemples

- BP : corruption et financement de partis politiques


- Ford : Dilemme lié aux 4x4 (Sport Utility Vehicules) et affaire Firestone
- Lafarge : projet contesté de la super-carrière de Rodel et respect des Droits de l’Homme
- Novo dont le dernier rapport est nommé bien à propos « Dealing with dilemmas »
- Talisman : présence dans des pays ne respectant pas les droits de l’Homme

1.2.5 Les indicateurs de performance

1.2.5.1. Les écueils à éviter dans la production d’indicateurs

- Des indicateurs globaux d’émissions ou de nuisance ne parlant pas aux riverains des sites et ne

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rendant pas compte des différences de performance entre les sites (problème de l’échelle
globale/locale).Il faut être conscient que les grands groupes internationaux sont, dans de nombreux
cas, incapables de fournir des indicateurs globaux !
- Des indicateurs (positifs ou négatifs) ne correspondant pas aux principales problématiques -
Manque de signification pour le public ciblé
- Pas de lien avec la performance financière
- L’économie : le domaine paradoxalement le moins développé (réduction de la partie économique du
développement durable à la partie financière)

1.2.5.2. Des indicateurs d’impacts aux indicateurs de déploiement, des indicateurs négatifs aux
indicateurs positifs

Très souvent aujourd’hui, les rapports qui affichent des indicateurs situent ceux-ci dans une approche
défensive visant à réduire les impacts négatifs de l’entreprise.
Dans cette perspective, les indicateurs sont des indicateurs de performance (permettant de suivre
celle-ci à long terme) ou des indicateurs de déploiement portant sur les moyens (taux de suggestions
des employés, nombre de comités développement durable dans les filiales, investissements, taux
d’ISO 14000, taux d’audit des sites, taux de produits verts dans l’offre, etc.).
De manière croissante, les entreprises tentent de compléter cette approche par des indicateurs plus
positifs rendant compte de la contribution économique et sociale de l’entreprise aux stakeholders.
Ils peuvent par exemple concerner les impacts sociaux et environnementaux positifs (nombre de
personnes travaillant grâce au groupe, y compris chez les sous-traitants ou fournisseurs) mais aussi
la contribution du groupe à la réduction des impacts chez les clients (ex : économies d’accidents de
voiture) ou vis-à-vis de l’environnement ex d’émissions de CO2 liées à une innovation automobile,
etc.).

1.2.5.3. Choix des indicateurs

Trois méthodes, complémentaires, peuvent être utilisées :


- Partir des problématiques identifiées et des objectifs spécifiques que se donne l’entreprise, puis
construire des indicateurs en conséquence (les lignes directrices sont utilisées comme boîte à outils)
- Partir des lignes directrices et adapter les indicateurs standardisés aux spécificités de l’activité et
aux données disponibles
- Impliquer des stakeholders dans le choix des indicateurs
A titre indicatif, voici les critères retenus par Shell pour choisir un indicateur-clef de performance :
- Sous le contrôle de l’entreprise ou sur lequel celle-ci a une forte influence - Correspond à un objectif
clair
- Pertinent pour les lecteurs internes et externes - Plus ambitieux que la conformité légale -

Module 3 – Chapitre IV 42
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Correspond à des activités-clés
- Comparable - Vérifiable
- Pertinent au niveau corporate
- Fondé sur des sources d'information existantes

1.2.5.4. Présentation des indicateurs

- Choisir un petit groupe d’indicateurs clefs (une trentaine maximum) pour leur pertinence particulière
au regard des enjeux ou de la stratégie de l’entreprise, et rendre des comptes régulièrement sur leur
évolution.
- Utiliser des ratios pour permettre la comparaison entre entreprises (par exemple : indicateurs d’éco-
efficience du WBCSD pour les émissions et les consommation). Ex Suez qui en a mis en œuvre dans
les domaines de l’énergie produite, l’eau traitée ou les déchets valorisés
- Afficher un benchmark sectoriel (performance des concurrents – voir le benchmark britannique de
Business in the Environment, très utilisé dans les rapports outre Manche –ou moyenne du marché)
- Donner un ordre de grandeur plus « parlant » pour le grand public (consommation énergétique
d’une ville ou d’un pays, surface exprimée en terrains de football, etc.)
- Rapporter la performance à un référent parlant (exemple : empreinte écologique du WWF évaluant
la surface de terre nécessaire pour produire l'ensemble des matières consommées par l'entreprise et
désagréger l'ensemble des déchets et polluants qu'elle rejette ; indicateur de salaire SUEZ comparé
au salaire minimum local).
- Intégrer les notes des agences de rating social et environnemental

1.2.5.5. Les règles à suivre pour fixer des objectifs

L’exercice de détermination d’objectifs est difficile pour les entreprises, toujours réticentes à afficher
des ambitions chiffrées et datées qu’elles pourraient ne pas parvenir à tenir dans l’avenir.
Les objectifs, pour être valables, doivent être plus ambitieux que les simples projections de
performance (fondées sur une stratégie de business as usual), et ne pas méconnaître les moyens à
utiliser.
Ils doivent guider pragmatiquement la progression de l’entreprise et peuvent être : - à court-terme
(l’objectif peut être de … fixer un objectif ou de définir un standard), - à moyen terme (objectifs
opérationnels correspondant aux démarches existantes : réduction des émissions de CO2, taux
d’audits, etc.)
- ou à long-terme (les objectifs sont alors plutôt des ambitions de type « apporter plus à
l’environnement ce que l’entreprise lui prend »).
Beaucoup des meilleurs rapports de développement durable affichent des objectifs chiffrés et précis
(voir notamment le rapport de The Co-operative Bank ou celui de Suez pour ce qui concerne

Module 3 – Chapitre IV 43
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l’environnement). Les rapports commencent chaque année par un suivi récapitulatif des objectifs en
fonction de leur échéance (cf. rapport Novo Nordisk).
Plusieurs entreprises choisissent de formaliser leurs objectifs et de les présenter ensemble dans une
feuille de route sur plusieurs années comme celle de Shell ou SITA.

1.2.5.6. Exemples

- The Co-operative Bank, Lafarge et United Utilities intègrent directement des tableaux comparant
leur performance à des benchmarks externes.
- Lafarge, Danone, Carrefour, Crédit Suisse, UBS, WMC, SUEZ intègrent les notes des agences de
rating « développement durable ».
- Un nombre croissant d’entreprises impliquent des stakeholders dans la définition des indicateurs
comme Danone avec la Fédération syndicale internationale, Lafarge avec WWF,
Shell avec Amnesty International, The Co-operative Bank avec The Natural Step, etc.

Pratiques et standards internationaux

- Les lignes directrices GRI 2002 (nouvelle classification des indicateurs « core » ou « additional ») et
les adaptations sectorielles à venir : www.globalreporting.org
- Les lignes directrices sectorielles, notamment du PNUE avec des indicateurs développés pour le
tourisme ou les finances : voir www.unep.org, et du CERES qui a produit une liste de
questions pour le secteur financier (Financial Services Form), énergie (Electricity and Gas Form),
Green Hotel Initiative : voir www.ceres.org
- Spécifiquement sur le secteur banque/finance, voir le travail d’EPI-Finance (Environmental
Performance Indicators) utilisé par UBS et Crédit Suisse notamment : www.epifinance.com
- Les sources de benchmark externe : les agences de rating ou autres organismes (SAM, Banque
Sarasin, Innovest, De l’éthique sur l’Etiquette) produisent spontanément des études sectorielles, de
même qu’en Grande Bretagne, des associations d’entreprises comme BiTC (Business in the
Community) et BiE (Business in the Environnement) sur les entreprises du FTSE 100.
En outre, un nombre croissant de classements comparatifs comme celui du Great Place to Work
Institute sont publiés chaque année.

1.2.6 Rédaction et diffusion du rapport

1.2.6.1. Vérification des données

La définition du concept de « vérification » est encore mal définie concernant les rapports de

Module 3 – Chapitre IV 44
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développement durable.
Que le concept soit évoqué au sens strict (vérification du contenu) ou au sens large (points de vue
indépendants sur le rapport), l’objectif est clair : il s’agit d’augmenter la crédibilité des rapports, et
ainsi celle de la démarche de l’entreprise, alors même que de nombreux « observateurs » (voir
notamment les études menées conjointement par Sustainability et le PNUE) constatent encore qu’il
existe une inadéquation entre les attentes des stakeholders et le contenu des rapports de
développement durable.
En l’absence de standard international, la tentation est parfois grande de traduire en termes sociaux
et environnementaux les méthodes de vérification comptable, mais on constate alors une
inadéquation entre les éléments sur lesquels portent les attentes (par exemple : diminuer sa
contribution globale au changement climatique – via les processus productifs, l’utilisation des
produits, etc.) et ceux qui sont vérifiés (par exemple : émissions directes de CO2 des usines).
Concrètement, la vérification peut porter sur trois types d’éléments:
- Les données chiffrées (la vérification porte alors sur la cohérence du système de calcul et de
collecte des données, sur l’origine des données auprès de la source, sur la cohérence
des résultats)
- Les actions de l’entreprise (par exemple : diffusion d’un code de conduite, mise en place d’un
système de management)
- La prise en compte par l’entreprise des impacts de son activité et des attentes de ses parties
prenantes ou « stakeholders », notamment dans le choix de ses indicateurs et de ses objectifs (la
vérification porte alors sur le process de dialogue avec les stakeholders, notamment dans le cadre du
standard AA 1000, et sur la prise en compte effective des conclusions de ces consultations dans le
rapport)

Choix d’un vérificateur

Les nouvelles lignes directrices de la GRI concernant le choix d’un vérificateur mettent en avant
l’indépendance et la compétence…
La GRI recommande aussi de choisir un vérificateur qui n’a pas de problème de conflit d’intérêt, c’est-
à-dire qui n’est pas concerné par la conception et la mise en place de systèmes de surveillance et de
reporting ou par la réalisation du rapport.
Concrètement, certains considèrent aujourd’hui que sur des problématiques spécifiques (respect des
droits fondamentaux dans les pays du Sud, couverture des enjeux environnementaux, etc.), seule
une ONG spécialisée peut apporter une « validation » du contenu en apportant son point de vue
critique.
D’autres tendent à considérer qu’en l’absence de standard international, l’intégration lors de la
réalisation du rapport de points de vue externes (par exemple : interviews de stakeholders sur la
performance de l’entreprise) a autant de valeur qu’une certification par un cabinet indépendant.

Module 3 – Chapitre IV 45
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Dans tous les cas, la vérification est souvent jugée moins incontournable pour les premières éditions
d’un rapport, puisque l’entreprise entame sa démarche et cherche surtout à identifier les enjeux (c’est
sur ce point que peut alors porter la validation externe éventuelle) et à définir ses objectifs.
Par contre, une fois que sa démarche est un peu plus mature, il lui devient nécessaire de faire
certifier les informations car c’est alors l’évolution des données d’une année sur l’autre qui occupe
une importance centrale.

Exemples de pratiques

- Rapport Camelot : vérification du process AA1000 et fourniture de benchmarks par le vérificateur


- Rapport BAT (British American Tobacco) : vérification de l’AA1000 et GRI (part C)
- Rapport The Co-operative Bank : avis de stakeholders externes/ONG (et vérification de l’AA1000 à
venir)
- Rapport Rio Tinto : vérification de l’AA1000/ GRI et description des impacts
- Rapport Carrefour : vérification des données chiffrées par l’audit interne (implication et pédagogie)
- Rapport Suez : vérification par l’audit externe des procédures de consolidation de données et de la
qualité de quelques indicateurs « clé »

1.2.6.2. Rédaction du rapport

Le plan reflète l’approche de l’entreprise et la maturité de sa démarche, notamment dans la façon


dont elle comprend et prend en considération ses impacts sociaux et environnementaux.
Concrètement, la nature des informations à indiquer dans les premières pages du rapport varie
généralement assez peu (voir lignes directrices de la GRI) :
- Partie 1 : « Le profil du groupe » (y compris éditorial ou interview du Président, profil de l’entreprise :
répartition géographique du CA, des achats et des effectifs, principaux flux économiques avec les
stakeholders, périmètre du rapport, cartographie des principaux impacts directs ou non :
contrôle/influence, chiffres clefs et renvoi aux pages, cartographie des implantations et des risques,
etc.)
- Partie 2 : « Le pilotage de notre démarche » (y compris historique de la démarche, gouvernance,
systèmes de management, vision stratégique du développement durable et principes de la démarche,
bilan des engagements et feuille de route, participations aux initiatives internationales et suivi,
présentation des stakeholders, etc.)
- Partie 3 : « Nos impacts sociaux et environnementaux »
C’est surtout cette troisième partie qui doit être adaptée en fonction des caractéristiques de
l’entreprise.

Module 3 – Chapitre IV 46
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
Concrètement, cinq approches sont généralement adoptées et parfois combinées pour cette
troisième partie, selon la façon dont l’entreprise structure sa démarche et sa compréhension du sujet :
- structure « triple bottom line » (Economie, Environnement, Société)
- structure par groupe de “stakeholders” (par exemple : Actionnaires, Employés, Clients,
Fournisseurs, etc.)
- structure « cycle de vie » (de l’amont à l’aval : produits et fournisseurs, logistique, sites, clients,
communautés locales)
- structure par problématique ou priorité d’action pour l’entreprise (droits de l’Homme, recyclage,
qualité/sécurité, etc.)
- structure par secteur d’activité (pour les grands groupes avec des activités trop différentes et
spécifiques)
Et le rapport se conclut généralement par :
- différents textes sur la méthodologie de reporting (consultation de stakeholders, etc.), - les
standards utilisés (GRI, AA1000 …),
- une table de cohérence avec les éléments demandés par la NRE/GRI (et justification des éléments
non-fournis),
- les éventuelles validations,
- des liens internet pour en savoir plus,
- un glossaire le cas échéant, etc.

Le rapport de développement durable marque la fin de la communication corporate orientée « bonnes


nouvelles » : l’entreprise s’y place en position d’apprentissage, avec un double engagement de
transparence sur ses succès, mais aussi sur les difficultés.
Le ton doit donc être humble plutôt que triomphaliste (crédibilité en externe) et enthousiasmant ou
dynamique plutôt que descriptif (mobilisation de l’interne).
La pédagogie est un impératif permanent, à la fois parce que les stakeholders (y compris financiers)
ne sont pas encore totalement au fait de tous les aspects du développement durable (par exemple :
impacts directs/indirects, écologie industrielle, éco-efficacité, dialogue avec les stakeholders,
business case, etc.) et parce que le rapport vise un large public, avec des niveaux d’information et de
connaissances techniques variés.
Les meilleurs rapports sont ainsi ceux qui privilégient les encadrés pédagogiques au fil du texte, les
renvois vers des sites internet, les représentations visuelles et schématiques des process ou des
impacts, les comparaisons sectorielles, etc.
Les écueils à éviter lors de la rédaction sont la langue de bois, l’abus des sigles et termes techniques
utilisés par la direction HSE en interne, la confusion entre engagements et réalité (par exemple : «
Nous contribuons au » respect les droits de l'Homme… pour dire « Nous avons comme ambition de
contribuer au »), et l’évitement des termes « sensibles » (ex :lobbying)

Module 3 – Chapitre IV 47
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
Plus encore qu'un rapport annuel, le document doit être facile et agréable à lire. En effet, à la
différence du rapport annuel qui dispose de publics « captifs » (analystes, actionnaires cherchant des
informations), le rapport de développement doit séduire la plupart des lecteurs (notamment l’interne)
pour atteindre son objectif pédagogique.
Quelques principes-clefs de mise en page consistent donc à - Eviter l'austérité surtout pour les
rapports longs - Privilégier plusieurs entrées et niveaux de lecture, et des doubles pages
compréhensibles indépendamment les unes des autres
- Choisir des illustrations en accord avec le contenu (principe de réalité) en évitant les photos issues
de banques d’image (par définition génériques et non-spécifiques) de même que les photos trop
techniques ou de mauvaise qualité
Concernant la question de la cohérence graphique avec le rapport annuel, une cohérence minimale
est souhaitable (charte graphique de l’entreprise, typos, format, grille de base - une colonne ou deux,
circulation des blancs, etc.) si les deux documents sont séparés et diffusés ensemble.
Mais il est recommandé de prendre garde au risque de confusion (en interne et en externe) si les
deux documents sont trop proches. Suez a opté pour faire, du rapport annuel d’activités et celui du
développement durable, un seul document.
Enfin, le rapport de développement durable, cohérence oblige, est un « laboratoire » de nouvelles
pratiques responsables pour les documents de communication

Il est l’occasion de définir la politique de l’entreprise et de diffuser de nouveaux procédés de


réalisation écologiques, à la fois sur le choix du papier (recyclé, labellisé, certifié ou écologique) et sur
les procédés de photogravure (exemple : Computer to Plate sans films) et d’impression (encres à
base végétale).

1.2.6.3. Diffusion du rapport

Pour faciliter la lecture et la diffusion du rapport, un nombre croissant d’entreprises en adaptent le


contenu à d’autres supports comme une version abrégée destinée à une diffusion plus large (via la
presse pour Shell, ou pour l’interne chez Lafarge) ou une adaptation destinée au site web (allant du
simple téléchargement de la version PDF à l’ajout de documents complémentaires plus détaillés et à
un site intégralement consacré au sujet comme chez Renault, EDF ou Interface).
En interne, les entreprises soulignent la nécessité d’une démarche pro-active lors de la parution pour
garantir la visibilité et la lecture du rapport, avec selon les cas des extraits diffusés dans les journaux
internes, des roads shows internes ou des séminaires de travail sur le déploiement de la démarche…
En externe, outre la diffusion naturelle par les managers à leurs contacts (presse, élus, etc.), le
rapport doit être « vendu » auprès d’un public « ciblé » (fichier qualifié d’experts et d’ONG), mais
aussi auprès des analystes et des stakeholders-clefs (actionnaires, clients, fournisseurs, élus).

Module 3 – Chapitre IV 48
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
Le principe d’une réunion publique de commentaires (Ciments Calcia, Lafarge,) ou de réunions
thématiques de stakeholders (Camelot, Danone) permet de recueillir les feedbacks d’une marnière
plus organisées que les traditionnelles lettres de feedbacks insérées à la fin des rapports mais dont
peu de gens se servent semble-t-il.
Pour inviter au feedback, certains comme le Groupe Novo intègrent au fil du rapport les noms et
adresses e-mail des responsables concernés.

Les rapports de développement durable s’adressent à l’ensemble des parties prenantes ; et sont
rédigés dans cet esprit. En réalité, il semble que seuls très peu de gens les lisent; surtout si l’on se fie
aux nombres de commentaires que les entreprises reçoivent (malgré la mise en place de systèmes
pour recueillir les appréciations).
Ceci nous laisse penser que les entreprises doivent encore faire des efforts pour bien identifier leurs
cibles et les moyens de les atteindre.

2. Réglementation et normalisation environnementale


européenne et internationale

La quasi-totalité des activités humaines est concernée par des contraintes imposées par la gestion de
l'environnement ; a fortiori, lorsque cette activité relève de l'ordre de la production économique.
Conséquence de cette évolution, le droit de l'environnement, dont les origines sont très largement
européennes voire internationales, a subi de profonds remaniements et chaque domaine de
l'environnement possède aujourd'hui son texte clé : air et pollution, atmosphérique, bruit, eau,
déchets, installations classées, protection de la nature et des paysages, produits chimiques et
antiparasitaires, organismes génétiquement modifiés...
Ce module a pour but de sensibiliser les étudiants à ce paramètre de plus en plus important pour
l’entreprise. On envisagera les obligations juridiques en matière environnementale (2.1.) et la
normalisation en matière environnementale (2.2.).

2.1 Obligations juridiques en matière environnementale

Afin de favoriser la diffusion du développement durable en tant qu’objectif de société, les pouvoirs
publics ont récemment pris des mesures qui devraient avoir un fort impact sur la vie des entreprises.

2.1.1 Au niveau français

2.1.1.1. La loi sur les nouvelles régulations économiques

Module 3 – Chapitre IV 49
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »

La loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) du 15 mai 2001 vise directement la gestion
de l’entreprise en demandant, aux sociétés cotées , d’indiquer, dans leur rapport annuel, « la manière
dont elles prennent en compte les conséquences environnementales et sociales de leur activité ».
Le décret d’application5 de l’article 116 de cette loi précise le type d’informations environnementales
et sociales devant figurer dans les rapports aux actionnaires des entreprises cotées sur le premier
marché, à compter de 2003.

En octobre 2001, la Commission des Opérations de Bourse (COB)6 recommandait déjà aux sociétés
cotées de fournir, dans leur rapport d’exercice clôturé au 31 décembre 2001, l’information pertinente
concernant « les risques et charges pouvant avoir des conséquences importantes sur leur situation
financière ». Pour ce faire, celles-ci pouvaient s’inspirer, pour leur rapport annuel, des
recommandations de la Commission européenne du 30 mai 2001 en matière de normes comptables ,
beaucoup plus contraignantes que les normes françaises7.

Le décret NRE vise, tout d’abord, le bilan environnemental de l’activité de l’entreprise. Ainsi
l’entreprise doit-elle évaluer l’impact de son activité en termes de « consommation de ressources en
eau, de matières premières et d’énergie avec, le cas échéant, les mesures prises pour améliorer
l’efficacité énergétique et le recours aux énergies renouvelables, les conditions d’utilisation des sols,
les rejets dans l’air, l’eau et le sol affectant gravement l’environnement ainsi que les nuisances
sonores ou olfactives et les déchets et dont la liste sera déterminée par Arrêté des Ministres chargés
de l’Environnement et de l’Industrie ».

Cependant, seules les informations pertinentes et significatives « en fonction de la nature de l’activité


et de ses effets » seraient renseignées, ce qui laisse ainsi une marge d’appréciation aux sociétés.
Les sociétés devront donner des informations relatives aux objectifs environnementaux assignés aux
filiales à l’étranger.
Il est prévu également, dans le même rapport, que l’entreprise fasse un bilan social, en l’obligeant à
publier des informations sur :
- sa politique de recrutement (en distinguant les contrats à durée déterminée et ceux à durée
indéterminée),

5
Décret n° 2002-221 pris pour l’application de l’article L225-102-1 dans le Code de commerce et
modifiant le décret n° 67-236 du 23 mars 1967 sur les sociétés commerciales, JO du 21 février 2002.
Information : http://www.legifrance.gouv.fr.
6
Bulletin n° 361, pp 23-25.
7
La recommandation L. 15633 à L. 15642, publiée au JOCE du 13 juin 2001, incite, en effet, les
sociétés cotées à intégrer les principes comptables posés dans les directives européennes en
matière de comparabilité de données environnementales et les normes correspondantes du Comité
international des normes comptables (IASC), à savoir les normes IAS 36, 37 et 38 (dépréciations
d’actifs, provisions et immobilisations incorporelles). Information: http://europa.eu.int/eur-
lex/pri/fr/oj/dat/2001/l_156/l_15620010613fr00330042.pdf.

Module 3 – Chapitre IV 50
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
- sa capacité à promouvoir auprès de ses sous-traitants et à faire respecter, par ses filiales, les
conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT),
- ses plans de réduction des effectifs et leurs motifs,
- ses mesures de sauvegarde de l’emploi (efforts de reclassement, réembauches et mesures
d’accompagnement),
- son organisation du temps et des conditions de travail (salariés à temps plein et partiel, absentéisme
et ses motifs, heures supplémentaires, hygiène et sécurité),
- sa politique salariale (rémunérations, charges sociales, formation).
Le décret vise à renforcer l’ancrage territorial de l’entreprise en l’incitant à prendre en compte l’impact
régional de ses activités et en entretenant des relations avec les populations riveraines, les
associations et les syndicats.
Enfin, la loi consacre, désormais, une distinction entre le statut de propriétaire (actionnaires ou
représentants) et celui du dirigeant, la diffusion des rémunérations des dirigeants des sociétés cotées
et l’accroissement des moyens de contrôle et de surveillance à la disposition des administrateurs
indépendants : comités d’audit, de rémunération, de nomination mais aussi comités stratégiques, de
développement international.

2.1.1.2. La loi sur l’épargne salariale

La loi n° 2001-152 du 19 février 2001 sur l’épargne salariale 20 permet une extension de l’épargne
salariale ; aujourd’hui, moins d’un tiers des salariés des entreprises françaises bénéficie de dispositifs
d’épargne salariale grâce à une franchise d’impôts sur le revenu et sur les plus-values tirées de ces
placements.
Cette loi stipule également que « les organismes de placement collectif en valeurs mobilières
auxquelles sont affectés les fonds recueillis par les plans d’épargne d’entreprise (PPE),
interentreprises (PPI) et les plans partenariaux d’épargne salariale volontaire (PPESV) sont tenus de
rendre compte annuellement de la mesure dans laquelle ils prennent compte des considérations
sociales, environnementales ou éthiques, tant dans la sélection, la conservation et la liquidation des
titres ».
Ces mesures s’apparentent à la loi anglaise « Trustee Act » de juillet 2000 qui impose à tous les
administrateurs de fonds de pension de communiquer, au sein d’une « déclaration de principe », leur
politique en matière de développement d’investissement socialement responsable.
On notera, enfin, que le Comité intersyndical de l’épargne salariale (CIES), créé début février 2002
par la CFDT, la CGT, la CFTC et la CFE-CGC, publiera chaque année un rapport sur les pratiques
des gestionnaires de fonds. En mars 2003, le comité lancera également un nouveau cahier des
charges pour les offres « épargne salariale » désirant recevoir leur label. Eulia, la filiale commune de
la Caisse des dépôts et consignations et de la Caisse nationale des caisses d’épargne, qui a retiré sa
participation dans l’agence française de notation sociale et environnementale des entreprises, Arese

Module 3 – Chapitre IV 51
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
(Cf. Infra ), pour entrer dans le capital de l’Agence de notation de Nicole Notat, sera bientôt labellisée.
Sept offres « épargne salariale » sont aujourd’hui labellisées : Axa Génération (Axa Investment
managers) ; Pacteo Label (Crédit Lyonnais asset management) ; Fructi ISR (Interépargne, groupe
des Banques populaires) ; Expansor (Interexpansion, groupe Ionis) ; Macif Epargne (La Macif) ;
Horizon Solidarité (Prado Epargne) et Pérennité (Société générale Asset Management).

2.1.1.3. Le nouveau code des marchés publics

La réforme du Code français des marchés publics, adoptée en mars 2001, s’inspire très fortement
des réflexions menées à l’échelle européenne.8 En effet, en mai 2000, la Commission a décidé de
renforcer le dispositif réglementant la passation des marchés publics par la mise à jour de la
législation européenne existante. Le Code français des marchés publics autorise, désormais,
l’introduction des considérations sociales ou environnementales dans les clauses d’un marché public
(art. 14).
Ainsi, les cahiers des charges du maître d’ouvrage pourront comprendre des dispositions visant à «
promouvoir l’emploi de personnes rencontrant des difficultés particulières d’insertion, à lutter contre le
chômage ou à protéger l’environnement ».
Ces clauses pourront consister en l’emploi d’un nombre défini de jeunes chômeurs ou de chômeurs
de longue durée ou encore, en cas de sous-traitance, en une exigence de sous-traitance d’un lot ou
d’une fraction du marché à une entreprise d’insertion de gestion de déchets. Le but poursuivi n’est
pas la consécration de la clause du « mieux-disant-social ou environnemental » en tant que critère de
sélection des entreprises, mais l’instauration de nouvelles conditions d’exécution figurant dans le
cahier des clauses administratives particulières.

Ces dispositions sociales viennent également compléter la loi n° 99-478 en date du 9 juin 1999,
intégrée au Code de l’éducation, qui dispose que « pour les achats de fournitures destinés aux
établissements scolaires, les collectivités publiques et établissements concernés veillent à ce que la
fabrication de produits achetés n’ait pas requis l’emploi d’une main d’œuvre enfantine dans des
conditions contraires aux conventions internationales reconnues ». On notera qu’en Belgique, les
entreprises qui investissent sans se soumettre aux Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des
multinationales (Cf. Infra) ne peuvent participer aux appels d’offres publics belges.

L’on notera également que la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE) a considéré,
tout récemment, qu’une municipalité était fondée à intégrer des critères environnementaux dans ses
appels d’offre, sous réserve du respect de certaines conditions (CJCE, 17 septembre 2001, Aff.
C.513/99, Concordia Bus Finland).

8
La passation des marchés publics est encadrée par les Directives couvrant les services
(92/50/CEE), les fournitures (93/36/CEE), les travaux (93/37/CEE) et les services publics (93/38/CE).

Module 3 – Chapitre IV 52
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »

L’ETAT peut, en effet, donner l’exemple en adaptant ses achats et ses marchés. Le Parlement du
Bade-Wurtemberg a ainsi été l’un des premiers Lander à imposer l’achat exclusif d’huiles de moteur
régénérées et de pneus rechapés pour tous les véhicules appartenant au Land. En France, la
communauté urbaine de Dunkerque, les villes de Tours, d’Angers et de Lille ainsi que le conseil
général de l’Ardèche ont décidé d’intégrer des critères sociaux et environnementaux dans leurs
procédures d’achats publiques. La création du premier réseau européen d’acheteurs responsables, «
The European Green Purchasing Network » et l’édition du guide pratique d’achats publics verts de la
Commission Européenne ont pour objectif de faire progresser les politiques d’achats des collectivités.

2.1.1.4. L’assurance-crédit à l’export

Ce n’est que depuis peu que les agences d’assurance-crédit à l’export prennent en compte l’impact
environnemental des projets qu’ils garantissent. Cette prise en compte s’explique par le fait que le
risque environnemental est désormais considéré comme partie intégrante du risque financier pour les
assureurs. Tous les assureurs-crédit n’avancent, toutefois, pas au même rythme dans ce domaine.
L’on voit ainsi encore des assureurs accorder leur garantie à des projets alors que d’autres
opérateurs ont pu dénier la leur au motif que ces projets étaient peu respectueux de certains critères
environnementaux.
En 1999, un groupe de travail sur les crédits à l’exportation et l’environnement a été mis en place
dans le cadre de l’OCDE. En décembre 2000, ce groupe a adopté une déclaration par laquelle les
Etats s’engagent à faire en sorte que les crédits à l’exportation bénéficiant d’un soutien public soient
assortis avec les objectifs de développement durable. Le groupe de l’OCDE sur les crédits à
l’exportation a, enfin, adopté, en juillet 2001, une Déclaration destinée à décourager l’octroi de crédits
à l’exportation bénéficiant d’un soutien public pour financer des dépenses improductives dans les
pays pauvres très endettés au motif que ces crédits publics peut accroître inutilement la demande
d’importations, aggraver la dette de ces pays et le risque-pays.
Ces recommandations ont été transposées au plan national. Les agences d’assurance-crédit
imposent, désormais, aux entreprises assurées, un nombre de plus en plus important de principes et
de règles à respecter, que ce soit dans le domaine de la lutte contre la corruption9, dans celui du
respect de l’environnement10 et plus récemment dans celui de l’aide au développement. Aux Pays-
Bas, les entreprises qui investissent sans se soumettre aux Principes directeurs de l’OCDE à
l’intention des multinationales (Cf. Infra) se voient retirer toute garantie pour obtenir des crédits à
l’exportation.

9
Déclaration d’action concernant la corruption et les crédits à l’exportation bénéficiant d’un soutien
public (1997).
10
Déclaration d’intention sur les crédits à l’exportation bénéficiant d’un soutien public et
l’environnement (1998)

Module 3 – Chapitre IV 53
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
En France, lorsque les entreprises déposent un dossier d’assurance-crédit auprès de la Compagnie
d’assurance française du commerce extérieur (Coface), elles doivent, désormais, répondre à un «
questionnaire environnemental ». Une unité d’évaluation environnementale a également été créée à
la Coface et, depuis avril 2001, l’on peut consulter, sur les sites Internet du Ministère de l’Economie et
des Finances et de la Coface, la liste des projets garantis. Enfin, depuis 2001, les entreprises, qui
demandent une garantie à la Coface, doivent certifier que le contrat faisant l’objet de cette demande
n’a pas été obtenu par des actes relevant des articles du Code pénal introduits par la loi de juillet
2000.

2.1.1.5. Les financements publics pour l’aide au développement

Les protocoles de prêts aux Etats étrangers comprennent, par ailleurs, des clauses de transparence
qui stipulent que les entreprises bénéficiant des financements de ce type ne sauraient être impliquées
dans des pratiques de corruption .
Par ailleurs, « la DREE dispose de différents instruments financiers, sous forme d’avances ou de
garanties, qui aident à la maîtrise des risques particuliers liés aux opérations internationales ».
L’impact de l’environnement est pris en considération lors de l’examen des projets présentés pour un
concours du Fonds d’études et d’aide au secteur privé (FASEP)11 ou de la Réserve Pays Emergents
(RPE)12. Les critères utilisés ont été formalisés et systématisés en 2001.

2.1.2 Au niveau européen

La Commission a adopté plusieurs textes qui vise à renforcer l’approche éthique et équitable dans les
échanges internationaux.

2.1.2. 1. La Communication de la Commission sur les normes sociales et ses applications

La Commission Européenne a publié un Livre vert sur la responsabilité sociale des entreprises et un
Livre blanc sur la gouvernance européenne , invitant l’ensemble des acteurs concernés (entreprises,
partenaires sociaux, pouvoirs publics et ONG) à participer à ce débat de société. La responsabilité
sociale des entreprises (RSE) est intimement liée au développement durable pris au sens de
développement économique, social et environnemental et à la prise en compte de l'éthique dans la
conduite des affaires.

11
Le FASEP a pour but de promouvoir l’expertise française en amont de projets d’exportation ou
d’investissement d’origine française ; il prend, selon les cas, la forme d’une avance ou d’un don
12
La RPE a pour but de favoriser les projets participant aux progrès économiques des pays
emprunteurs ; prenant la forme de crédits – en remplacement des protocoles financiers –, ces
enveloppes de crédits à répartir entre différents projets doivent comprendre un élément « don» d’au
moins 35 % et exclure les projets susceptibles de se financer sur le marché.

Module 3 – Chapitre IV 54
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
Le Livre vert relatif à la promotion d’un cadre européen pour la responsabilité sociale des entreprises
a eu pour prolongement une Communication de la Commission de juin 2002 dans laquelle cette
dernière définit la stratégie de l’Union Européenne en matière de « promotion d’un socle de normes
de travail et amélioration de la gouvernance sociale dans le contexte de la globalisation » et
préconise une utilisation accrue des instruments de l’Organisation Internationale du Travail.
La Commission propose également d’intégrer les normes sociales dans les différents instruments
politiques tels que les projets de développement et les accords bilatéraux.
C’est ainsi que le nouveau système de préférences généralisées (SPG) élargit les préférences
tarifaires et améliore le taux d’accès des produits des PED aux marchés de l’Union Européenne mais
exige, en contrepartie, par le biais d’un régime spécial d’encouragement (RSE), le respect de normes
sociales renforcées dans les PED. En d’autres termes, l’Union suspendra les avantages du SPG à un
pays bénéficiaire qui ne respecte par les normes fondamentales du travail. Un autre régime spécial
d’encouragement exige la protection de l’environnement dans les PED (et notamment la gestion
durable de la forêt tropicale). S’agissant des Pays les Moins Avancés (PMA ), le régime qui leur est
offert et notamment l’extension des droits et quotas sur tous les produits via l’initiative « Tous sauf les
Armes » (TSA) n’est pas remis en cause par le nouveau SPG ; il est maintenu jusqu’en 2004.
On notera, à cet égard, que les Etats-Unis devraient également appliquer cette nouvelle
conditionnalité dans leurs relations avec les pays bénéficiaires du SPG : un nouveau texte requiert,
désormais, des pays sollicitant ce régime de faveur, l’application des principes de non-discrimination
en matière sociale et de droit du travail posés à l’OIT.

2.1.2. 2. La Communication sur un partenariat mondial pour un développement durable

Dans cette communication de février 2002, la Commission définit les responsabilités respectives des
institutions financières pour assurer une globalisation durable. La Communication vise à « proposer
des actions concrètes pour un développement mondial durable et un monde plus juste ».
« L’Europe est de plus en plus à l’avant-garde pour la protection de l’environnement, l’aide au tiers-
monde, l’ouverture du commerce international aux pays pauvres et tout ce qui peut être résumé dans
l’expression « maîtrise de la globalisation » ». Dans le cadre des relations de l’UE avec les PED, l’on
citera également la Communication sur « L’intégration de l’environnement dans le processus de
développement durable » de 1999.

2.1.2. 3. Les déclinaisons sectorielles

Enfin, il existe un certain nombre de textes adoptés à l’usage de certains secteurs d’activité. La
Commission a ainsi édicté plusieurs communications en matière de :

Module 3 – Chapitre IV 55
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
- environnement (« Environnement et développement durable et soutenable : programme
communautaire » 1996 ; « Système de gestion et d’audit EMAS : participation volontaire des
organisations », 1998),
- transports (« Transport aérien : incidences sur l’environnement, pour une croissance durable »,
1999),
- énergie (« Energie et développement durable : programme pluriannuel – Energie intelligente pour
l’Europe - 2003-2006 », 2002),
- urbanisme (« Développement urbain durable : environnement au niveau local et cadre
communautaire de coopération », 1999),
- tourisme (« Une approche coopérative pour l’avenir du tourisme européen », 2001), etc.

2.1.3 Au niveau international

« Compte tenu de la nature transnationale de nombreux débats éthiques, depuis les conditions de
travail jusqu’à la pollution, il n’est pas étonnant que les organisations internationales [plus que les
Etats] voient dans la responsabilité sociale [et environnementale] des entreprises un champ d’action
promis à un bel avenir » . Plusieurs types d’instruments internationaux, de nature et de portée
diverses, visent à intégrer des critères éthiques dans l’action des entreprises. Mais la contribution
majeure des organisations internationales en la matière demeure tout de même analytique, ce qui est
loin d’être négligeable dans un domaine où il importe que les coûts et bénéfices de chaque solution
envisagée soit appréciée au plus juste.

2.1.3.1. Les principes directeurs et conventions de l’OCDE

Il existe ainsi plusieurs textes – plus ou moins anciens – émanant de l’OCDE qui ont été, pour
certains, récemment réactualisés et qui connaissent une influence croissante :
- les Principes Directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales : ces normes de
bonne conduite des entreprises, révisées en 2000, visent à inciter les grandes entreprises à avoir
un comportement responsable dans les domaines environnemental et social ; ces Principes
comportent également des recommandations sur les droits de l’homme, la lutte contre la corruption,
la protection des consommateurs ; ils ne sont pas des substituts au droit applicable ; ils n’ont pas de
valeur juridique contraignante mais sont entourés de mécanismes de mise en œuvre très rigoureux ;
les Principes Directeurs peuvent servir de référence commune pour les codes de conduite mis en
place par les entreprises (Cf. Infra) ; la mise en œuvre de ces Principes est assuré, dans chaque
pays, par un PCN (Point de Contact National) qui se charge de répondre aux saisines dont il fait
l’objet quant à la conformité du comportement d’une entreprise multinationale au regard des Principes
directeurs.

Module 3 – Chapitre IV 56
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
Pour l’heure, seuls les pays membres de l’OCDE, trois pays d’Amérique latine (Argentine, Brésil et
Chili), la République slovaque et, tout récemment Israël, ont adopté ces Principes. La légitimité de ce
texte est amoindrie sans la participation d’autres Etats hors OCDE.
- les Principes de l’OCDE relatifs au gouvernement d’entreprise : ils préconisent la protection des
droits des actionnaires, notamment des actionnaires minoritaires et étrangers, et soulignent que la
réputation et le succès d’une société à long terme dépendent également de facteurs éthiques et de la
conscience des problèmes environnementaux et sociaux.
- Le Convention de l’OCDE sur la lutte contre la corruption : elle vise à mettre fin à la corruption des
agents publics étrangers dans le cadre des échanges commerciaux internationaux ; 21 pays
industrialisés l’appliquent à l’heure actuellement. Le Center for International Crime Prevention a le
projet d’étendre la Convention aux pays en développement.

2.1.3.2. Les conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)

Il existe huit conventions sur les droits et principes fondamentaux des travailleurs.
- la convention sur le droit d’organisation et de négociation collective (C 98),
- la convention sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical (C 87),
- la convention sur l’élimination du travail forcé ou obligatoire (C 105),
- la convention sur les pires formes de travail des enfants (C 182),
- la convention concernant la discrimination en matière d’emploi et de profession (C 111),
- la convention sur l’âge minimum requis pour occuper un emploi (C 138),
- la convention sur l’égalité de rémunération entre hommes et femmes pour un même poste (C 100),
- la convention sur le travail forcé (C 29).

2.1.3.3. Le « Pacte Mondial » des Nations Unies

Le Pacte Mondial est une initiative émanant du Programme des Nations Unies pour l’Environnement
(PNUE) ; il est une sorte de contrat volontaire, de partenariat entre les entreprises et les Nations
Unies pour que soit mieux prise en compte la dimension environnementale par le monde des affaires.
Le Pacte Mondial encourage les entreprises à adhérer à différents principes dans le domaine des
droits de l’homme, des droits sociaux et de l’environnement, en s’appuyant, pour cela, sur la
Déclaration universelle des droits de l’homme, les conventions de l’OIT (Cf. Supra) et la Déclaration
de Rio en matière environnementale. « Le Pacte Mondial a toutefois été critiqué par certaines ONG
pour le caractère imprécis des principes énoncés (...) et l’absence de contrôle vis-à-vis des
entreprises qui s’en réclament » 39.

Module 3 – Chapitre IV 57
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »
Reste enfin, le projet - non décidé à Johannesburg – de la création d’une organisation mondiale de
l’environnement que soutiennent la France et l’Allemagne notamment.

2.2 La normalisation en matière environnementale

Les différentes dispositions aujourd’hui en vigueur ou en gestation sont, d’une certaine façon, la
consécration, à l’échelle souvent internationale, de développements récents en matière de
normalisation environnementale (ISO 14 000 et Règlement Eco-Audit) mais aussi sociale. Ils sont
aussi le fruit d’une réflexion plus générale sur l’analyse de cycle de vie des produits et services.
Les normes internationales se sont, en effet, particulièrement développées ces dernières années
(ISO 14 000, ISO 18 000), les premières tentatives de normalisation étant apparues dans les années
60 de manière à développer un modèle d’assurance-qualité.
L’avenir devrait être à la certification internationale des systèmes de gestion sur certains marchés
d’exportation, dans un premier temps, pour les questions environnementales, dans un second temps,
pour les questions sociales.

2.2.1 Les développements de la normalisation environnementale

Le décret NRE considère, à juste titre, les démarches de certification comme un moyen de se
conformer aux dispositions législatives et réglementaires en matière d’environnement.
C’est dans cet esprit que le Conseil des Communautés Européennes a adopté, le 19 mars 2001, une
première révision de la démarche globale de management environnemental et d’audit , désignée «
EMAS » (Environmental Management and Audit System). Le règlement n° 761/2001, désormais
compatible avec les normes ISO 14 001, consacre un consensus européen autour de méthodes de
management permettant de garantir qu’une entreprise maîtrise correctement son environnement.
Le succès rencontré, tant par le système communautaire EMAS que par les normes ISO 14 001, au
sein de l’Union est, toutefois, très inégal. En janvier 2002, 3 976 sites étaient enregistrés « EMAS »,
dont 2641 en Allemagne, 421 en Autriche, 202 en Suède et 35 en France. Plus de 16 500 entreprises
étaient certifiées ISO 14 001, dont plus de 1400 en France, 3 400 en Allemagne, 2 500 en Angleterre,
2002 en Espagne.
On constate donc un certain retard de la France en la matière. Pourtant, les entreprises qui ont lancé
des démarches de management environnemental et d’audit, quel que soit le support utilisé (système
« EMAS » ou normes ISO 14 001), y ont trouvé de nombreux intérêts, notamment en termes de
protection de la valeur patrimoniale, de valorisation de l’image, etc.

2.2.2 La réflexion sur l’analyse du cycle de vie et étiquetage environnemental

Module 3 – Chapitre IV 58
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Parallèlement à la démarche de management environnemental, la normalisation a donné naissance
des outils pratiques pour intégrer l’environnement dans la conception des produits (éco-conception).
Le document FDX 30-310 (fascicule de document expérimental) a ainsi pour ambition de proposer
des principes généraux afin d’aider les concepteurs à intégrer, avec des repères appropriés, la
réduction des impacts potentiels sur l’environnement dans leurs pratiques. La future norme ISO 14
062 concernera l’intégration de l’environnement dans la conception des produits au niveau
international.
En favorisant dialogue et partenariat entre producteurs, distributeurs, acheteurs, et consommateurs,
la démarche d’éco-conception intègre différentes parties prenantes au développement durable. Ainsi,
quand le fournisseur négocie avec son client, le dialogue porte sur un ensemble de produits et de
services répondant à une ou plusieurs fonction(s) afin de satisfaire un besoin.

2.2.3 Les développements de la normalisation sociale

En matière sociale, des initiatives regroupant des syndicats, des ONG et des entreprises se sont
également développées pour élaborer des standards privés communs. L’élaboration, en 1997, du
standard Social Accountability 8 000 (SA 8 000) , par l’ONG américaine Council for Economic
Priorities (CEP), en partenariat avec de grandes entreprises, des syndicats et des universitaires, est
la principale de ces initiatives. Cette norme s’appuie sur les conventions de l’OIT, la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme et la Convention des Nations Unies sur les droits des enfants,
pour définir un management socialement responsable. Elle couvre neuf champs essentiels : le travail
des enfants, le travail forcé, l’hygiène et la sécurité, la liberté syndicale et le droit de négociation
collective, la discrimination, les pratiques disciplinaires, le temps de travail et les rémunérations
La norme SA 8 000 peut être recherchée par les entreprises pour garantir le respect des droits
fondamentaux des travailleurs dans l’ensemble du monde. Le champ d’application de la SA8000
concerne l’ensemble de la chaîne de valeur ajoutée d’une entreprise, de ses fournisseurs et sous
traitants jusqu’au service après-vente. Des entreprises, comme Reebok ou Toys’R Us,
indépendamment des pratiques sociales reconnues légalement dans les pays en développement où
elles sont installées

Module 3 – Chapitre IV 59
MASTER en ligne « AUDIT ET MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL »

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