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BOOK 262.4.H361 v.g c. 1 HEFELE # HISTOIRE DES CONCILES

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HISTOIRE

DES CONCILES

d'apkès

LES DOCUMENTS ORIGINAUX

PARIS. IMPRIMERIE JULES LE CLERE ET C"^, RUE CASSETTE , 29.

HISTOIRE

-WHS

DES CONCILES'^

d'après

LES DOCUMENTS ORIGINAUX

PAR

M°' CHARLES-JOSEPH HÉFÉLÉ

ÉVÊQUE DE ROTTENBOURG

TRADUITE DE L'ALLEMAND

PAR M. L'ABBÉ DELARG

TOME NEUVIÈME

PARIS

ADRIEN LE CLERE et G'% LIBRAIRES

ÉDITETJES DE H. S. P. LE PAPE ET DE l'akCHEVÊCHÉ DE VAKIS

Eue Cassette , 29, près Saint-Sulpice.

1873

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HISTOIRE

DES CONCILES

^ LIVRE TRENTE-HUITIEME

V DU QUATORZIEME CONCILE OECUMÉNIQUE TENU A LYON

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v^

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Q

Si^

EN 1274,

JUSQU'A BONIFAGE VIII.

§ 676.

QUATORZIÈME CONCILE OECUMÉNIQUE DE LYON, EN 1274.

Ile 25 juillet 1261, Michel Paléologue, empereur grec de Nicée, ys'était emparé de Gonstantinople, grâce à la trahison des Grecs

-^ habitant cette capitale; il avait mis fin à l'empire latin, ainsi qu'à

c^ l'union momentanée des deux Églises, et avait fait remplacer à

^ Gonstantinople le patriarche latin par le patriarche grec Arsène.

Presqu e à la même époque, U rbain I V montait sur le siège de Saint -

Pierre, et, très-affecté par ce qui venait de se passer, il convoqua

^"^ tout l'Occident chrétien à une nouvelle croisade pour reprendre .y^Gonstantinople. Les FF. mineurs étaient chargés du soin de ^prêcher la croisade. S. Louis, roi de France, devait prendre la

j /^ croix pour déterminer les autres princes par son exemple, et tous

•*- les fidèles devaient, dans la mesure de leurs forces, contribuer

2

QUATORZIÈME CONCILE ŒCUMÉNIQUE DE LYOIV, EN 1274,

au succès de l'entreprise. Venise promit une flotte; d'autres

promesses analogues furent faites de plusieurs côtés ; mais les

Génois furent excommuniés, parce que, par jalousie et par haine

contre Venise, ils s'unirent avec l'empereur Paléologue contre Baudouin II Ce dernier était rentré à Rome en fugitif, et il maria alors son fils Philippe avec une fille de Charles d'Anjou, pour

mieux s'assurer le concours de ce prince, qui était puissant, doué d'une grande prudence, et cependant très-entreprenant. Ces pré-

paratifs préoccupaient beaucoup l'empereur Michel Paléologue,

qui envoya au pape Urbain trois ambassadeurs pour l'assurer de son respect, pour le connaître comme primat et pour lui pro-

poser l'union des deux ÉgHses. Le pape donne les noms de ces

ambassadeurs grecs dans sa réponse, et, comme il indique Alu-

fardes, en laissant voir qu'il remplit le principal rôle, il faut en conclure que cette ambassade est bien celle dont parle Pachy-

mérès. Mais cet historien ne parle que de deux ambassadeurs

grecs, Nicephoritzès et Alubardès , et il raconte que le pre-

mier des deux fut massacré dans la basse Italie comme ayant

trahi son ancien seigneur, l'empereur Baudouin \ Michel Paléo-

dogue avait encore un autre motif de crainte. Il n'avait été au

début que tuteur de l'empereur Jean IV Lascaris, qui n'avait pas

encore atteint sa majoriié. Il fut ensuite associé à l'empire, mais,

son ambition n'étant pas satisfaite, il travailla, au mépris de

tous les serments qu'il avait prêtés, à se défaire de l'héritier de

l'empire. Après la prise de Constantinople, il lui fit crever les

yeux et le fit enfermer dans une prison. De là un grand mécon-

tentement parmi le peuple, et même des révofte&, et Arsène,

patriarche de Constantinople, jusqu'alors ami intime de l'empe-

reur, prononça solennellement contre lui une sentence d'ana-

thème. Au milieu de toutes ces difficultés, une attatyue venant du

dehors aurait été doublement dangereuse pour l'empereur Pa-

léologue ^. Se rendant à s*3s désirs, le pape Urbain IV envoya à

Coinstantinople,. paur négocier la paix, quatre franciscains en

qualité de nonces,, et il leur remit une Mire détaillée adressée à

l'empereur (du 28 juillet 1 263), dans laquelle il l'exhortait for- te ment à travailler à l'union des deux Églises, lui promettant la

(1) Georgks Pachymerès (contemporain grec), de Michaele et Andrwiico Pa-

lœologiH, lib. II, c. 27, 32, 36;

Î263, 19, 22 sqq.

lib, III, c. 2.

Raynald, 1262, 33,. 34,. 39 :

(2)

Pachym. 1,. c. liJD. I,. c. 2:2; lib. II, c. 3 sqq.; lib. III, c. 10 sqq. et c. 14.

QUATORZIÈME CONCILE ŒCUMENIQUE DE LYON. EN 1274.

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paix et l'amitié de l'Occident si celle union venait à s'établir. Mal-

heureusement dans l'esprit de Michel Paléologue, le [)rcmier l)ut

à atteindre était la pacification politique, et il ne voulait s'occuper de la pacification religieuse qu'après avoir obtenu ce f»rcmier

résultat, tandis que le pape voulait suivre l'ordre inverse ^. Aussi

l'empereur poursuivit-il l'anéantissement de tout ce qui restait

de l'empire latin de Constantinople, et il attaqua la principauté latine d'Achaïe, qui avait pour seigneur (juillaume de Villebar-

douin. En face de ces procédés, le pape recommença, au mois de

mai 1264, à prêcher la croisade ^. Sur ces entrefaites, comme les

nonces romains faisaient attendre leur arrivée, l'empereur de

Conslantinople manda auprès de lui l'évêque de CroLone, qui,

tout en étant Grec d'origine, était resté fidèle au siège de Rome, et

il s'enquit auprès de lui des différences dogmatiques existant

entre les deux Églises. Il l'envoya ensuite en députation au pape,

avec la mission de reconnaître encore une fois la primauté du

Saint-Siège, et de lui demander que l'on envoyât au plus tôt à

Constantinople pour traiter de l'union. Urbain IV répondit en

accédant à ses désirs (juin 1264), et il envoya deux frères de

l'ordre des Mineurs, Gérard et Rainer, pour s'occuper de l'union,

conjointement avec l'évêque de Crotone ^. Dans cette circonstance

déjà le pape ne dit pas un seul mot des quatre FF. mineurs

envoyés en ambassade, tandis que plus tard le pape Clément IV

les mentionne de nouveau. Ce fut alors que, sur la demande qui

lui en fut faite, S. Thomas d'Aquin réfuta les erreurs des Grecs

dans son écrit Contra errores Grœcorum '*. Urbain IV étant mort

au mois d'octobre 1264, et son successeur Clément IV voulant organiser une grande croisade pour reprendre la terre sainte,

il se préoccupa de mener à bonne fin le projet d'union avec

l'Église grecque; les relations avec Michel Paléologue se con-

tinuèrent, et le pape l'engagea à ne plus se laisser détourner

d'une œuvre si importante et si sainte par les perfides influences d'évêques et de clercs qui y étaient opposés^.

Pendant ce temps, les nonces du pape à Constantinople, dépas-

(i) Raynald, 1263, 22 sqq.

(2) Raynald, 1-^64, 56.

(3) Raynald, 1264, 56-65.

(4) Pir.HLiiR, Geich. dtr kirchl. Tremmng zwischen Orient itrid OccideH (Hist

de la séiiaralion des deux Eglises d'OrieiiL et d'Occident), Ed. I, ti. 'iH f

(5) Raynald, 1267, 66 sqq.

"

4 QUATORZIÈME CONCILE ŒCUMÉNIQUE DE LYON, EN 1274.

sant les pouvoirs qui

projet d'union qui

nulle part en quoi consistaient ces concessions exagérées, mais

il est permis de conclure des propres paroles du pape (dans

Raynald, 1267, 72 et 79), qu'ils avaient adhéré aux deux points

suivants: a) ils avaient accepté le symbole que les Grecs envoyè-

rent alors comme devant servir de base à l'union ; b) ils admet-

taient que les points différents dans les deux Églises fussent

examinés dans un synode général. Comme réponse, le pape

envoya, au mois de mars 1267, un autre symbole très-précis et

que nous donnons plus loin, et il fit remarquer en outre que la

foi de l'Église était déjà définie et qu'il n'était pas nécessaire de

la discuter dans un concile; mais si les Grecs avaient des doutes

leur avaient été donnés, approuvèrent un

M rejeté par

Clément IV. On ne trouve

sur certains points de la foi, il était prêt à leur envoyer, pour les résoudre, quelques savants. De plus, il consentait à ce que,

l'union une fois conclue, on célébrât un concile pour affermir cette

œuvre. Da.us une seconde lettre, le pape engagea le patriarche

de Constantinople à confirmer ses paroles par des actes el à em-

ployer en faveur de l'union son influence sur l'empereur et sur

d'autres personnages. Ciément IV projeta de confier cette lettre

à quelques dominicains, qui lui semblaient aptes à donner aux

Grecs toutes les explications nécessaires sur la foi orthodoxe ^

Lorsque, au mois de mars 1267, le pape envoya ces lettres,

Arsène, patriarche de Constantinople, était déjà renversé. Nous

avons déjà dit qu'il avait anathématisé l'empereur Michel Paléo- logue, à cause du crime dont il s'était rendu coupable vis-à-vis de

Jean Lascaris, et toutes les tentatives pour le faire revenir sur

cette sentence étaient restées infructueuses. Aussi, grâce aux

intrigues de l'empereur, il fut déposé dans un synode célébré à

Constantinople au mois de mai 1266, et on éleva à sa place sur

le siège patriarcal Germain évêque d'Adrinople.

Pierre Possinus, le savant éditeur de V Histoire des Empereurs

par Pachymérès, a supposé que l'élévation de Germain a eu lieu

la Pentecôte de 1267, parce que autrement elle coïnciderait de
à

trop près avec la déposition d'Arsène \ Mais la lettre du pape, dont nous avons parlé plus haut et qui, tout en étant adressée au

(1) Raynald, mi , 72, 81. - Martène,

2

(3)

G

Vet. Script

t VII, p. 199 sqq.

.

,

imprimées

_

Pachym. I. c. lib. IV, c. 2 sqq. c. 17, 20, 21, 23, 2o.

Dans

ses'Ohservationes Pachymerianœ , \ih . III. Elles ont ete

dans l'édition de Bekker, à Bonn, 1835, t. I, p. 755.

QUATORZIÈME CONCILE ŒCUMENIQUE DE LYOX, EN 1274-

5

patriarche, est datée du mois de mars 1267, prouve que l'éléva-

tion de Germain a eu lieu i)lulôt en 1266 ; il est évident, en effet, que le siège patriarcal n'était pas vacant à l'époque elle a été rédigée, mais au contraire que, peu de temps auparavant, c'est-

à-dire dans les derniers mois de 1266 ou dans les premiers

de 1267, le patriarche de Constantinople avait fait espérer au

pape que l'union pourrait a\roir lieu et qu'il s'emploierait dans

ce but auprès de l'empereur. Or, ce n'est pas Arsène qui, dans

son exil et après sa déposition, aurait pu écrire au pape dans ce

sens, c'est évidemment Germain, et nous verrons plus tard que

ce dernier était en effet 1res- favorable au projet d'union.

Le plan conçu par le pape d'envoyer des dominicains en qualité

de nonces à Constantinople ne put se réaliser, à cause de diverses

circonstances, en particulier parce que quelques-uns de ceux

qu'on voulait envoyer tombèrent malades, et les lettres du pape

furent envoyées sans eux à Gonstanlinoplc '. La situation se trouvait Constantinople empêcha que ces lettres eussent quel-

que résultat. Une grande partie du peuple tenait encore pour Arsène, et l'autorité du pati'iarche Germain était si peu établie

que l'empereur hésita à se faire relever par lui de la sentence d'excommunication. Une circonstance nuisait beaucoup à Ger-

main; contrairement aux canons, il avait échangé un siège épis-

copal pour un autre (Adrinople pour Constantinople) ; c'est sur-

tout ce que faisait valoir le confesseur de l'empereur, Joseph,

abbé de Gélasium, qui avait joué le principal rôle lorsqu'il s'était

agi de renverser Arsène, et qui travaillait maintenant à ren- verser Germain. De concert avec l'empereur et tout en parais-

sant agir de lui-même, l'abbé Joseph conseilla au patriarche Germain d'abdiquer, en lui démontrant qu'il ne pourrait pas se

maintenir contre la volonté générale et qu'il avait à craindre une

déposition infamante. L'évéque de Sardes ayant quelque temps

après écrit au patriarche une lettre sur le même ton, celui-ci

comprit que l'empereur voulait qu'il abdiquât, et il résigna sa

charge le 14 septembre 1267. Le 28 décembre suivant, grâce à

une très-haute influence, l'abbé Joseph fut élu patriarche, et il

saisit la première occasion pour absoudre solennellement l'em-

pereur. Le nouveau patriarche n'était pas favorable aux Latins et,

d'un autre côté, comme le parti d'Arsène continuait à agiter

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QUATORZIÈME CONCILE ŒCUMENIQUE DE LYON, EN 1274.

intérieurement l'Église grecque, l'empereur laissa dormir la

question de l'union des deux Églises jusqu'à ce que Les grands

préparatifs militaires faits par S. Louis et par son frère Charles

d'Anjou, en 1269 et 1270, le remplirent d'une nouvelle crainte.

Il se demanda si l'armée des croisés ne se dirigerait pas vers

Constantinople pour y rétablir Baudouin II. Aussi, au rapport de

Pacbymérès (V,8), envoya-t-il au pape des messagers secrets, des

frères des ordres mendiants (le pape Clément était mort sur

ces entrefaites, le 29 novembre 1268, et Grégoire X ne fut élu que

le 1" septembre 1271), pour lui demander, ainsi qu'aux cardinaux,

de défendre au roi Charles d'Anjou de s'attaquer à des chrétiens qui reconnaissaient la primauté du pape et qui étaient disposés à

rétablir l'union. L'empereur Michel Paléologue s'adressa égale-

ment à S.Louis pour qu'il agit auprès de son frère [ibid. V, 9),

et il lui proposa en même temps d'être arbitre des différences

existant entre les Grecs et les Latins. Comme le Saint-Siège était

"vacant, le roi Louis informa les cardinaux de la demande qui lui

était faite, ajoutant que comme laïque il ne pouvait pas pro-

noncer sur des affaires ecclésiastiques, et ceux-ci lui répondirent

(15 mai 1270) de se défier des Grecs, qui n'étaient inspirés par

aucune bonne foi dans toute cette affaire. Néanmoins, sur le

désir exprimé par S. Louis, les cardinaux chargèrent un de leurs

collègues, Rodolphe d'Albano, de se prêter à la conclusion d'un traité, si cette conclusion devenait possible, mais sans oublier de

prendre toutes les précautions nécessaires. Ils déclarèrent du

reste vouloir s'en tenir au symbole de Clém.ent IV *.

Peu de temps après, le roi S. Louis mit à la voile pour Tunis,

et l'empereur grec lui députa de nouveaux ambassadeurs, le cé-

lèbre cbartophylax Beccus et l'archidiacre Meliteniotes. Lorsque

ces ambassadeurs arrivèrent en Sicile, le roi était déjà parti pour

l'Afrique ; ils l'y suivirent et le trouvèrent déjà atteint par la

maladie; le roi leur promit cependant de s'employer à rétablir

la paix entre son frère et l'empereur de Constantinople. Malheu-

reusement, le roi S. Louis ne tarda pas de passer de vie à

irépas, et le légat nommé par les cardinaux succomba aussi

quelque temps après.

Lorsque, dans les derniers mois de l'année 1271, Grégoire X

(1) Raynald, 1270, 1-5.— Martène, 1. c. 208-217. (2) Pachym. lib. V. 9. Raynald, 1272, 26.

QUATORZIÈME CONCILE ŒCUMENIQUE DE LYON, EN 1274.

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apprit en Syrie la nouvelle de son élévation au trône ponlirical, il

envoya, pendant qu'il se rendait à Rome, des lettres et des mes-

sagers à l'empereur Michel Paléologue, pour l'assurer qu'il était

tout disposé à s'employer en faveur de l'union ecclésiastique.,

pour la réalisation de laquelle le moment lui semblait très-favo- rable. Pacliymérès est d'avis (V,10 et 1 1) que le pape parlait avec

une pleine bonne foi, tandis que l'empereur n'agissait que sous

l'influence de la frayeur que lui inspiraient les Latins, et si ses

prélats n'avaient pas fait de l'opposition, c'était parce qu'ils

étaient persuadés que l'union projetée n'aurait jamais lieu.

Grégoire X regarda, en effet, l'union avec les Grecs et la reprise

de la terre sainte comme le double but qu'il fallait atteindre.

Après la mort de Gonradin et avant que S.Louis dirigeât sur

Tunis la dernière croisade, le roi de Chypre Hugues 111 avait été

couronné à Tyr, le 24 septembre 1269, en qualité de roi de Jéru- salem; mais, après la fin stérile de l'expédition contre Tunis, le

sultan d'Egypte Ribars renouvela ses attaques contre la Palestine et enleva aux chrétiens plusieurs de leurs forteresses. Le prince royal d'Angleterre Edouard, qui, ainsi que nous l'avons vu, alla

de Tunis en Palestine et débarqua à Ptolemaïs le 9 mai 1271, était

trop faible pour résister à un pareil ennemi et il ne dut qu'à sa

grande dextérité et à sa force personnelle d'échapper au poignard

d'un assassin. Il quitta la Palestine peu de temps après (août 1 272),

et ne tarda pas à monter sur le trône d'Angleterre. De son côté, le

roi Charles d'Anjou obtint du sultan une trêve de dix ans et dix

mois pour Jérusalem et Chypre. Avant qu'elle fût conclue, le

pape Grégoire, qui, lore de son voyage en Palestine, s'était rendu compte du pericidum imminens^ avait déjà fait des préparatifs

pour envoyer sans délai du secours ; il comptait sur la célébration

d'un concile œcuménique pour faire beaucoup plus par la suite.

C'est ce que raconte Grégoire lui-même avant son sacre, et il

ainsi

écrivit aussi dans ce sens à Philippe III, roi de France,

qu'aux villes de Pise, Gênes, Venise, Marseille, etc., et à des

seigneurs, demandant partout des vaisseaux, des soldats et de l'argent. Le roi de France devait fournir 25,000 marcs d'argent

et, en retour, le pape lui donnait une caution sur les biens

des templiers. Philippe donna, en effet, la somme promise qui fut aussitôt comptée au patriarche de Jérusalem, afin qu'il or-

ganisât une armée, et, en outre, ce même souverain manifesta le

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QUATORZIÈME CONCILE ŒCUMÉNIQUE DE LYON, EN 1274.

désir de partir lui-même pour la Palestine, si bien que le pape

dut modérer son zèle *.

Grégoire X avait à peine été sacré à Rome, le 27 mars 1272, qu'il se hâta, dans les jours qui suivirent son sacre, d'appeler les

princes et les seigneurs au secours de la terre sainte. Il défendit

à tous les chrétiens, en particulier à ceux de Gênes, de vendre

aux Sarrasins

des armes, etc. Il se

plaignit des débauches

insensées et des péchés contre nature que commettaient les

chrétiens de la Syrie, et il convoqua pour le 1'^ mai 1274

un

synode général, dont le triple but était la réforme de l'Église,

l'union avec les Grecs et les secours à procurer pour la terre

sainte. Il avait, ajoute-t-il, de bonnes raisons pour ne pas indi-

quer le lieu oîi s'ouvrirait le concile; il se contentait présente-

ment d'envoyer de tous côtés des prédicateurs pour la croisade. Il fallait qu'au moment voulu tous les prélats fussent exacts à se

rendre à l'invitation du pape, et qu'ils assistassent au synode; il

suffisait qu'il restât dans chaque province deux évêques pour

l'expédition des affaires courantes. Les chapitres des cathédrales et autres devaient aussi envoyer des députés. Jusqu'à la réunion

du concile, tous devaient s'enquérir de ce qui avait besoin d'être

réformé ^.

Le pape recommanda particulièrement la cause de la terre

sainte à Edouard, prince l'oyal d'Angleterre, Néanmoins ce prince

regagna l'Europe au mois d'août 1272. Heureusement les troupes

recrutées par le patriarche de Jérusalem arrivèrent en Orient au moment du départ du prince anglais, ce qui consola un peu les chrétiens ^. En revenant en Angleterre, Edouard apprit de

Charles d'Anjou la nouvelle de la mort de son père Henri III

(16 novembre 1272) ; il alla cependant à Orviéto, où il délibéra

avec le pape sur les plus importantes questions de l'époque *. Auparavant déjà et dès le 24 octobre 1272, Grégoire avait in-

vité au prochain synode l'empereur grec Michel Paléologue et

Joseph patriarche de Gonstantinople. 11 les aurait même invités plus tôt , si les cardinaux ne lui avaient conseillé d'attendre

que l'empereur eût répondu aux propositions de Clément IV

(1) Ravnald, 1272, 4-8 incl. et 17.

(2) Raynald, 1272,

9, 12, 13, 17, 21, 24. Mansi, t. XXIV, p. 39. Hard.

t. VII, p. 669.

(3) Raynald, 1272, 2.17. (4) Palli, Gesch. von England, Bd. IV, S. 5 f.

QUATOEZIÈME CONCILE ŒCUMENIQUE DE LYON, EN 1274.

9

(ainsi qu'à la première lettre de Grégoire) ^ L'empereur finit

par envoyer Jean Parastron, de l'ordre des Mineurs. C'était un

Grec d'origine, mais qui connaissait les deux langues et qui s'était beaucoup employé à Gonstaiitinople en faveur de l'union ^.

Parastron apporta de bonnes nouvelles, ainsi qu'une lettre de l'empereur, dans laquelle ce prince exprimait le vif regret que Grégoire ne fût pas revenu de la Palestine en passant par Cons- tantinople; il aurait été très-heureux de conférer de vive voix avec lui pour arriver au moyen d'extirper le schisme. Grégoire

envoya alors de nouveau à l'empereur le symbole déjà envoyé

par son prédécesseur et auquel il déclarait vouloir s'en tenir; en

outre, il députa un frère mineur à Gonstantinople en qualité d'a-

pocrisiaire ^ Le désir du pape était que l'empereur, ainsi que le

clergé et le peuple, acceptassent le symbole par-devant les quatre

envoyés. Cela fait, ajoutait Grégoire, l'empereur aurait, comme

les autres princes catholiques, le droit d'assister en personne au

synode œcuménique ou d'y envoyer ses représentants, afin d'y

aider de ses conseils le pape et l'assemblée. Des exhortations de même nature furent envoyées par le Saint-Siège au patriarche

et à ses évèques. Le pape défendit à la même époque aux Véni-

tiens de conclure, sans son assentiment, un nouveau traité avec les Grecs; car il avait remarqué que ceux-ci étaient plus ou moins

empressés à rétablir l'union, suivant que leur situation politique

laissait plus ou moins à désirer; aussi le pape leur avait-il déclaré

que, l'union ecclésiastique une fois conclue, il s'occuperait de

les réconcilier avec l'Occident; mais d'ici il ne pouvait y avoir

qu'une trêve '*. Jean Parastron, étant revenu à Constantinople avec les quatre

nonces du pape, recommença ses efforts pour arriver à l'union ; il

eut des conférences avec le patriarche et les évèques, montra la plus gi ande déférence pour les rites de l'Église grecque, engagea

les Latins à ne pas attacher une trop grande importance à l'addi-

tion du Filioque, et, d'un autre côté, s'employa à démontrer aux

Grecs par de bonnes raisons l'orthodoxie de cette formule; il

(1) Raynald, 1272, 25.

(2)

G. Pachyji. 1. c. lib. V, c. 11.

(3) C étaient Jnrùme d'Ascoli , plus tard Nicolas IV, Raymond Bérenger,

Bonauratia de Saint-Jean in Peneceto, et Bonaventure de Mugallo. - Ray-

NALD,'1272, 28.

(4) Raynald,

1272, 25-31. Martène, 1. c. p. 217 sqq. 226, 229, 233.

Mansi, t. XXIV, p. 42-50. Hard.