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Le Roi Alexandre Jannée et les évangiles Alexandre Jannée naquit vers –130, devint grand-prêtre &
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Le Roi Alexandre Jannée et les évangiles

Alexandre Jannée naquit vers –130, devint grand-prêtre & roi de Judée en –103 et mourut en –76. Il était le fils de Yôhanan Hyrkanus (Jean Hyrcan), le petit-fils de Shimé°on Makabî (Simon Macchabée) et l’arrière-petit-fils de Mathathias ben Hashmônây qui dirigea l’insurrection anti-Séleucide de –167 et qui aboutira à l’in- dépendance de la Judée en –152. Ce roi est déconsidéré dans le Talmud, présenté com- me un simple benêt et dans Flavius Josèphe. Il n’était pas un homme facile, mais ce fut un grand roi ; il est d’ailleurs malheureux que la guerre civile qui éclata sous son règne empêchât la Judée d’accéder au statut de grande puissance qui aurait pu concurrencer Rome pour la possession du Moyen-Orient. Alexandre Jannée a une réputation de grande cruauté, las des révoltes, il fit empri- sonner 800 insurgés et les fera crucifier le même jour, appliquant sans état d’âme, la peine que prévoit le Rouleau du Temple trouvé à Qumran pour la trahison. En effet, des Juifs s’étaient alliés au roi Séleucide de Damas et lui avaient proposé la couronne de Judée, s’il les débarrassait de Jannée. La vie d’Alexandre Jannée ne semble faite que de batailles, de guerres et de révoltes durement réprimées. Si cette partie de la vie d’Alexandre Jannée est connue, les manuscrits de Qumran ont montré que ce roi était aussi un maître spirituel essénien. Vous ne lirez pas cela dans les papiers des qumranologues, parce qu’ils s’obstinent à refuser une comparaison systématique des aspects politiques de ces manuscrits et de l’œuvre de Flavius Josèphe. Le texte trouvé à Qumran et qui sera intitulé Hôdayôth, contient de nombreux aspects autobiographiques qui peuvent se résumer comme suit : l’auteur du texte a été rejeté par son père, exilé de sa patrie, emprisonné, a connu une révolte de ses disciples, a fait une chute (soit une dépression, soit une chute réelle) et enfin, il y décrit sa plongée dans la maladie qui le mènera probablement à la mort.

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Flavius Josèphe dit d’Alexandre Jannée que son père Jean Hyrcan ne le supportait pas dès sa naissance, il l’envoya en exil en Galilée. À la mort de son père, son frère le fera emprisonner ; libéré par la veuve de son frère qu’il épousera, Jannée deviendra en –103 grand-prêtre et roi de Judée ; en –96, il sera contesté par une partie de ses sujets qui entreront en révolte complète ; pendant ses campagnes contre les Nabatéens, il fera une chute dans un précipice et sera presque capturé par Obédas, roi de Pétra ; finale- ment, il tombera malade d’une fièvre quarte qui l’emportera au bout de trois ans. Comme on le voit les passages autobiographiques des Hôdayôth sont conformes à la vie d’Alexandre Jannée : rejet de leur père, exil, emprisonnement, révolte à leur encon- tre, chute, maladie due à la fièvre. Et donc, l’auteur des Hôdayôth ne peut avoir été que le roi de Judée Alexandre Jannée. Le grand nombre de fragments (issus de neuf manuscrits) témoignèrent de la pop- ularité de l’œuvre auprès des Esséniens, ce qui fait d’Alexandre Jannée un essénien. Cette identification permet de mieux comprendre la présence d’une prière en faveur de ce roi retrouvée parmi les fragments des manuscrits de Qumran, il s’agit de 4Q448, colonne B, lignes 1–9 :

Lève-toi, ô Saint, en faveur du roi Jonathan [Alexandre Jannée] et de l’ensemble de ton peuple, Israël, qui est (dispersé) par les quatre vents du ciel. Puissent-ils avoir tous la paix et celle-ci être sur votre royaume et que votre nom soit béni. Yannây (Jannée) est la forme araméenne de Yônathan (Jonathan) et non de Yôhanan (Jean) comme on le croit souvent. Les légendes hostiles que les pharisiens ont colportées à son sujet sont de simples calomnies : il est donc vraisemblable que l’égorgement des enfants et des épouses des 800 pharisiens crucifiés est une invention ; et quant à sa mort due à une ivresse, cela l’est certainement tout autant. L’essénisme de Yannay oblige aussi à repenser les esséniens. En effet, les esséniens sont bien les assidéens des Livres des Macchabées ; quant à l’utilisation de ce nom d’esséniens au lieu de celui d’assidéens par Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe, c’est probablement parce que ce nom d’Assidéens était trop suspect auprès des lecteurs romains de ces deux auteurs. Cette identification montre aussi que les Esséniens ont plus que certainement participé à la grande révolte contre les Romains (ils n’étaient pas des pacifistes) et qu’ils doivent être identifiés aux sicaires du mouvement fondé par Judah le Galiléen. Nous allons maintenant analyser quatre allusions à Alexandre Jannée contenues dans les évangiles ; quatre allusions qui confirment que Jésus était non seulement un essénien, mais qu’il fut en outre un descendant de ce roi, et donc que Jésus fut un messie fils d’Aaron et non un messie fils de David. En effet, plusieurs passages des évangiles dépeignent un Jésus avec des caractéris- tiques aaronides : il pardonne les péchés comme le grand-prêtre le jour de Yom Kip-

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pour ; il consacre le pain et le vin comme un qohen essénien ; il est consacré à sa nais- sance comme le sont les kohanîm ; l’auteur de l’Épître aux Hébreux décrit Jésus sous la forme d’un grand-prêtre. Il est toujours au Temple et jamais au sanhédrin comme cela devrait être le cas d’un rabbin davidide. Les pharisiens contestent systématiquement

comment

la messianité de Jésus, or les pharisiens attendent un Messie Fils de David expliquer cette hostilité, si ce n’est pas par les origines aaronides de Jésus.

Jésus est-il un descendant direct d’Alexandre Jannée ? D’abord, notons qu’il y a deux généalogies de Jésus, celle de Matthieu dont nous ne nous occuperons pas, et celle de Luc. La généalogie de Jésus par Luc s’étend d’Adam à Joseph ; les ancêtres antérieures à David proviennent de l’Ancien Testament ; notons que Luc a utilisé la Septante, puis- qu’entre Salah et Arfaxad il a Kainan qui est un ajout de la traduction grecque de la Bi- ble. Enfin, Luc prétend que Zorobabel descend de David par Nathan, alors que toutes les traditions juives disent que Zorobabel est un descendant de David par Salomon et par les différents rois d’Israël. La descendance de Zorobabel est décrite dans I Chro- niques et ne correspond absolument pas aux noms que propose Luc. Tout cela fait que les généalogies de Jésus données par Luc et par Matthieu sont en général rejetées comme étant de pieuses fantaisies. Mais en faisant cela, on jette le bébé avec l’eau du bain. En effet, on oublie de regarder si dans les ancêtres récents de Jésus, il n’y a pas des correspondances avec l’histoire proche. Voyons le texte de Luc (3, 23 b –24a) :

[Jésus] étant, comme on le croyait, fils de Joseph, fils d’Héli, fils de Matthat, fils de Lévi, fils de Melchi, fils de Jannaï. Corrigeons d’abord les noms :

[Yehôshu°a] étant, comme on le croyait, fils de Yô s èf, d’’èlyahû, de Mathithyahû, de Levy, de Melchi, de Yannây. Nous n’avons pas corrigé Melchi, parce que tout simplement ce n’est pas un prénom hébreu, et en tant que prénom il ne semble exister qu’en combinaison, comme Melkyah ; mais ce mot qui est certes un nom propre est aussi un nom commun melek qui signifie roi. Reprenons la généalogie avec cette nuance :

[Yehôshu°a] étant, comme on le croyait, fils de Yô s èf, d’’èlyahû, de Mathithyahû, de Levy, du roi Yannây. Le roi Yannây c’est évidemment le roi de Judée Alexandre Jannée. Une telle ascen- dance pour Jésus ferait de lui un prince hasmonéen de Judée autant qu’un kohen Fils d’Aaron. Notons que cette ascendance hasmonéenne permettrait de comprendre les aspects sacerdotaux de Jésus autant que ses aspects royaux : ne voulait-on pas le faire roi. On a

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toujours pensé qu’on voulait le faire roi à cause de son ascendance davidide, plusieurs fois affirmée dans les évangiles ; mais, être le descendant direct du grand Alexandre Jannée était peut-être encore plus prestigieux pour les Juifs de cette époque. Rappelons que quand Agrippa, un petit-fils d’Hérode et de son épouse Maryamné l’Hasmonéenne devient roi de Judée en 38, il est immédiatement acclamé comme Roi de tous les Juifs à Alexandrie, tant le prestige de cette famille était immense. Malheureusement, d’après Flavius Josèphe, Alexandre Jannée n’a eu que deux fils :

Hyrcan II et Aristobule II ; on ignore le nom hébreu de Hyrcan (Hyrcan ou Yôhanan), mais d’après les pièces de monnaie le nom hébreu d’Aristobule II semble avoir été Yehûdah. Hyrcan II ne semble pas avoir eu de fils, mais Aristobule II en a eu deux : Yôna- than Alexandre et Antigone II Mathathias. La descendance de Mathathias est incon- nue, mais Yônathan Alexandre a eu un fils Aristobule III et une fille Maryamne l’Has- monéenne. Une descendance de Jannée postérieure au règne d’Hérode ne pouvait être que secrète. En effet, le faible Hyrcan II, simple créature d’Antipater et ensuite d’Hérode, n’a pas été assassiné ; mais tous les autres l’ont été : Aristobule II, empoisonné par Pompée en –49 ; Yônathan Alexandre, décapité par Scipion en –49 ; Antigone II Mathathias décapité par Marc-Antoine en –37 ; Aristobule III noyé par Hérode en –35, à l’âge de 17 ans. Certains estiment qu’Ezéchias, qui commanda une insurrection en Galilée en –47 et qui sera décapité par Hérode pour cela, pourrait avoir été un descendant d’Alexandre Jannée, ou en tout cas un hasmonéen. Les descendants de cet Ezéchias sont Judah le Galiléen qui commanda l’insurrection anti-recensement de 6 ; ses fils Simon le Sicaire et Jacques le Sicaire seront exécutés en 48 par Tibère Alexandre ; son petit-fils Mena- hem prendra le contrôle de la révolte de 66 et sera exécuté par les zélotes (pharisiens appartenant à l’école de Beth Shammay ; notons que certains historiens font de Judah le Galiléen un fils de David, on se demande alors les raisons de l’opposition des zélotes à sa personne qui attendaient justement un Messie fils de David ; par contre, cette oppo- sition est compréhensible si Menahem est un hasmonéen : en effet, les pharisiens vou- laient se débarrasser de cette turbulente famille qui s’était accaparée la grande-prêtrise, normalement apanage des descendants de Tsadôq ce qu’ils n’étaient pas, et la royauté, normalement apanage des descendants de David, ce qu’ils n’étaient pas non plus.) Le dernier descendant officiel sera Éléazar ben Yaïr qui s’est suicidé alors que les Romains allaient pénétrer dans Massada en 73. Face au silence de Flavius Josèphe sur l’ascendance hasmonéenne d’Ézéchias, nous en sommes réduits aux hypothèses : enfant d’une autre épouse inconnue de Jannée ; beau-fils d’Alexandre Jannée, mais on ne sait pas si Jannée a eu des filles ; descendant du frère de Jannée, mais on ignore jusqu’à son nom même si on suspecte qu’il se soit

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appelé Absalom ; Flavius Josèphe mentionne aussi des descendants mâles d’un frère de Jean Hyrcan, mais on ignore tout d’eux. Ce silence de Flavius Josèphe sur l’ascen- dance hasmonéenne d’Ézéchias pourrait avoir une autre origine, lui-même dit que sa mère était une hasmonéenne, mais se garde bien de préciser les liens de sa mère avec la famille hasmonéenne qu’il dit s’être éteinte avec la mort d’Aristobule III. On sait qu’il y eut un grand-prêtre du nom de Joseph Elem qui pourrait avoir été le grand- père de Flavius Josèphe ; or, par le Talmud, on sait qu’il quitta Jérusalem pour exercer des fonctions de juges à Sephoris en Galilée ; peut-être est-ce là que son père épousa cette princesse hasmonéenne qui serait une descendante d’Ézéchias, ce qu’il ne pouvait avouer dans ses ouvrages tant la famille de Judah le Galiléen était haïe par les Romains. Même si on ne connaît pas la manière dont Jésus descend d’Alexandre Jannée, on peut inférer que cette ascendance devait être tenue secrète à cause des risques. En effet, les hasmonéens conservaient un prestige immense auprès des Juifs, leur seule existence était une menace pour le pouvoir de la dynastie hérodienne d’abord, et des Romains ensuite. Bien des Juifs pouvaient être tentés de suivre quelqu’un de la famille de Judah Macchabée qui les avait délivrés de l’oppression séleucide 150 ans plus tôt. En faveur d’une ascendance par Ézéchias plaident les origines galiléennes de Jésus. Mais dans la difficulté de déterminer les liens exacts entre cette famille et Jannée, nous préférons écarter cette hypothèse. En faveur d’une ascendance par Antigone II Mathathias, plaide d’abord le nom de Mathathias, en effet un des petits-fils du Jannée de la généalogie de Jésus s’appelait Mathathias ; mais aussi, qu’au moment de son arrestation, un compagnon de Jésus coupe l’oreille du serviteur du grand-prêtre comme Antigone II Mathathias l’avait fait sur Hyrcan II afin qu’il ne puisse plus redevenir grand-prêtre. En faveur d’une ascendance par Aristobule III, plaide le poisson avec le statère ; en effet, Aristobule III sera noyé par ordre d’Hérode, le poisson pourrait indiquer la ré- surgence de la dynastie hasmonéenne à travers l’action de Jésus. Par contre, Aristob- ule III n’avait que 17 ans au moment de son assassinat, et il serait étonnant qu’il ait fait un mariage secret, et s’il avait fait un mariage officiel, il est probable qu’Hérode aurait fait assassiner cette femme et le ou les enfants qu’elle pouvait avoir eus. Notre préférence va à un descendant inconnu d’Antigone Mathathias qui serait né vers –50, qui avait donc 13 ans à la mort de son père en –37 ; trop jeune pour constituer une menace, il aurait vécu caché et se serait marié, il aurait eu alors au moins un fils Joseph, le père de Jésus. Élyahû et Yosef, devant les risques, auraient dissimulé leur identité, connue seulement de quelques-uns. Jésus aurait été le premier à revendiquer ses origines hasmonéenne et aurait été exécuté pour cette raison, d’autant plus que les fragments d’Egerton montrent que Jésus refusait de payer le tribut aux Romains et que d’après les évangiles il organisa une insurrection au Temple contre Qaïphe qui avait autorisé les marchands normalement installés sur le Mont des Oliviers à faire leurs

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affaires dans l’enceinte même du Temple. Ces marchands furent chassés du Temple par Simon Macchabée en –152. Des affirmations de Jésus que les marchands souillent la maison de son père ne s’entendraient pas de son père divin, mais bien de ses pères humains qui furent grands-prêtres du Temple. C’est donc dans la généalogie de Jésus que nous trouvons la première allusion à Alexandre Jannée.

La Parabole des sept esprits En Matthieu 12, 43–45 et en Luc 11, 24–26, nous lisons le passage suivant :

Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cher- chant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit : « Je retournerai dans ma mai- son d’où je suis sorti » — et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Chez Matthieu la péricope suit les deux péricopes sur la génération méchante et adultère ; alors que chez Luc elle les précède. La mention des sept esprits qui envahissent une personne nous avait d’abord fait penser à des allusions astrologiques et nous étions conforté dans cette interprétation par des similitudes avec les Testaments des Douze Patriarches (Testament de Ruben 2, 1–9 & 3, 1–8) :

Et maintenant, écoutez, mes enfants, ce que j’ai vu quant aux sept esprits d’égarement pendant ma repentance. Sept esprits ont été distribués à l’homme, ce sont les responsables des méfaits de la jeunesse. [Sept esprits lui ont été donnés lors de la création, pour que par eux soit accomplie toute œuvre humaine. Le premier est l’esprit de vie, par lequel est établie la constitution de l’homme ; le deuxième est la vue, d’où naît le désir ; le troisième est l’ouïe qui permet l’ensei- gnement ; le quatrième est l’odorat, d’où naissent les odeurs pour inspirer et pour expirer ; le cinquième est le langage, d’où naît la connaissance ; le sixième est le goût, qui nous fait manger et boire et qui produit la force, car dans la nourriture est le fondement de la force ; le septième est celui de la procréation et de l’acte charnel, par qui s’unissent, au travers de la sensualité, les péchés. Aussi, est-ce le dernier dans l’ordre de la création et le premier dans l’ordre de la jeunesse, car il est rempli d’ignorance, et c’est cette dernière qui conduit le jeune homme comme un aveugle dans la Fosse et comme un animal dans le précipice.] Il y a en outre un huitième esprit, celui du sommeil, qui produit l’extase et l’apparence de la mort. À tous ces esprits se mêlent les esprits de l’égarement. Le premier, celui de la lux- ure, réside dans la nature et dans les sens ; le deuxième, l’esprit de la gloutonnerie réside dans le ventre ; le troisième, l’esprit de querelle, réside dans le foie et dans

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la bile ; le quatrième, l’esprit de la coquetterie et d’ensorcellement, vise à séduire grâce à des artifices ; le cinquième, l’esprit d’orgueil, pousse à la vantardise et à la fatuité ; le sixième, l’esprit de mensonge, pousse à forger des fables contre son ennemi et son adversaire, et à cacher ses sentiments à ses parents et à ses proches ; le septième, l’esprit d’injustice, d’où viennent les vols et bénéfices, tend à satisfaire, les appétits du cœur voué à l’amour du plaisir ; l’injustice a, en effet, des relations d’affaires avec les autres esprits. À tous ces esprits, se joint par l’égarement et l’illu- sion, l’esprit du sommeil qui est le huitième esprit. Ainsi périssent tous les jeunes gens qui enténèbrent leurs esprits loin de la vérité, sans comprendre la Loi de Dieu ni entendre les avertissements de leurs pères, comme j’en fis moi-même la triste expérience dans ma jeunesse. Mais aussi avec Philon d’Alexandrie (De Opificio mundi §§117–119) qui écrit :

Mais, puisque les réalités terrestres dépendent des réalités célestes en vertu d’une certaine sympathie naturelle, la raison de l’hebdomade, ayant tiré son orig- ine des sphères supérieures, est descendue vers nous, en entrant en rapport avec les races mortelles. Par exemple, la partie qui est en dehors de notre centre direc- teur se divise en sept : les cinq sens, l’organe de la phonation et enfin la puissance génitale. Toutes ces parties, comme dans les spectacles des marionnettes, com- mandées par le centre directeur au moyen de fols, tantôt restent en repos, tantôt se meuvent, chacune selon les figures et les mouvements qui lui sont appropriés. Il en est de même du corps ; si on entreprend d’en examiner les parties externes et les parties internes, on trouvera le nombre sept à propos des unes et des autres. Ce qui apparaît à l’extérieur, c’est la tête, la poitrine, le ventre, les deux bras et les deux jambes ; et ce qui, à l’intérieur, porte le nom de viscères, c’est l’estomac, le cœur, le poumon, la rate, le foie et les deux reins. La tête à son tour, qui est dans l’animal le centre principal de direction, dispose de sept organes très nécessaires que voici : les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines, et en septième lieu, la bouche, par où se fait, comme dit Platon, l’entrée des choses périssables, et la sortie des choses incorruptibles. Car c’est par là que pénètrent les aliments et les boissons, nourriture corruptible d’un corps corruptible, et que sortent les paroles, lois immortelles de l’âme immortelle, par lesquelles la vie rationnelle est gouvernée. [Texte établi, introduit, traduit et annoté par Roger Arnaldez. Paris, Éditions du Cerf, 1961.] Néanmoins ces deux textes n’éclairent pas réellement la Parabole des Sept Esprits. Lagrange dans son étude sur l’Évangile de Matthieu, y voit une prophétie de la con- dition des Juifs suite à leur refus du Christ, à cause de la mention et la dernière condi- tion de cet homme est pire que la première ; cette interprétation est purement chréti- enne et ne colle que très difficilement avec le texte, à moins de voir dans Jésus l’esprit impur expulsé du corps. En réécrivant le texte on peut effectivement y trouver une

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interprétation astrologique ou chrétienne, mais telle quelle ce texte n’a pas d’aspects astrologiques ou chrétiens. Devant l’impossibilité de faire coller les interprétations précédentes à la parabole, nous proposons une interprétation alternative :

Parabole des Sept Esprits Lorsque l’esprit impur est sorti

Commentaire Les idées pharisiennes. Jannée a supprimé les traditions pharisi- ennes. donc de la Judée. les pharisiens se sont réfugiés en Syrie, les pharisiens sont pourchassés par Jannée. Salomé Alexandra autorise les insurgés à rentrer en Judée donc quand les pharisiens se réinstallent en Judée les traditions orales pharisiennes ne sont plus appliquées, le Temple a été purifié de leurs traditions d’hommes Salomé Alexandra meurt, Hyrcan est chas- sé, et Aristobule II rétablit les usages sad- ducéens en –66. Il va demander de l’aide aux nations étrangères, ce qui désigne l’alliance d’Hyr- can et d’Hérode, et des Nabatéens et finale- ment des Romains qui soutiendront Hyrcan et les pharisiens. Ce sont les Romains. Pompée profane le Temple en –63. les Romains occupent la Judée et décident de tout. la Judée est partiellement occupée et soumise à Hérode à cause des pharisiens révoltés. Ce passage étant absent chez Luc, il est pos- sible d’y voir une glose de Matthieu ; sinon, cette génération, celle de Jésus donc, est méchante parce qu’elle refuse de se révolter contre Rome malgré l’oppression qu’elle sub- it de la part de l’occupant romain.

d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit : « Je retournerai dans ma mai- son d’où je suis sorti » — et, quand il arrive,

il la trouve vide,

balayée

et ornée.

Il s’en va et il prend avec lui sept autres esprits

plus méchants que lui ; ils entrent dans la maison s’y établissent

et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante

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On ne sait pas exactement ce qui a mené à la révolte des pharisiens ; mais une révolte de cette intensité ne peut avoir que des raisons fiscales, c’est pourquoi la condition de cet homme, de la Judée donc, est pire que la première. Les pharisiens en se révoltant contre Jannée sont maintenant accablés d’impôts. On peut faire ce que l’on veut, tourner le texte comme on veut et excepter de le réécrire dans sa totalité, notre interprétation est conforme au texte, et est un soutient total aux décisions antipharisiennes de Jannée. Aucun historien, du moins à notre connaissance, n’a remarqué que les fêtes qui sont établies dans le Rouleau du Temple trouvé à Qumran, impliquaient plus d’impôts. En effet, ces fêtes sont simplement des impôts nouveaux : il est probable que les guerres de Jannée coûtaient très cher, et le souverain n’avait que les taxes pour les financer.

Jean le Baptiste ou Alexandre Jannée ? En Matthieu 11, 12–13 et en Luc 16, 16, on lit un passage très étrange.

Matthieu 11, 12–14

13. Car tous les prophètes et la loi

ont prophétisé jusqu’à Jean ;

12. Depuis le temps de Jean Baptiste

jusqu’à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en s’emparent.

14. et, si vous voulez le comprendre,

c’est lui qui est l’Élie qui devait venir.

Luc 16, 14–16 14. Les pharisiens [

15. Jésus leur

dit :

Vous, vous cherchez à paraître justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs ; car ce qui est élevé parmi les hom- mes est une abomination devant Dieu. La loi et les prophètes ont subsisté jusqu’à Jean ; depuis lors,

]

le royaume de Dieu est annoncé, et chacun use de violence pour y entrer. Il est plus facile que le ciel et la terre pas- sent, qu’il ne l’est qu’un seul trait de lettre de la loi vienne à tomber.

Si nous suivons la chronologie évangélique, Jean Baptiste est mort depuis quelques jours, quelques semaines au pire, quels changements ont bien pu se produire pour que soudainement les violents s’emparent du royaume et que cessent les prophètes. Ce texte est parfaitement incohérent, quand Jésus parle, on a l’impression qu’entre la mort de Jean et lui, il s’est écoulé des dizaines d’années.

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Notons que si Matthieu dit Jean Baptiste, Luc dit simplement Jean. Ce qui fait trois possibilités : le premier Jean étant effectivement Jean Baptiste, le second ne pouvant être que Jean Hyrcan et le troisième serait une erreur pour Yannây, ce nom est la forme araméenne de Yônathan mais a parfois été pris pour la forme araméenne de Yôhanan. Pour des raisons de cohérence, Jean le Baptiste est exclu ; dans la mesure où Yannây s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Jean Hyrcan, nous penserions plutôt que le Jean en question est bien le roi Alexandre Jannée. Nous n’excluons néanmoins pas que ce soit Jean Hyrcan puisque Flavius Josèphe le considère comme un prophète et même comme étant le prophète comme Moïse, puisqu’Hyrcan comme Moïse cumulaient prophétie, grande-prêtrise et souveraineté sur le peuple, alors qu’il ne dit rien de tel au sujet de Jannée, mais peut-être ne le peut-il pas si les sicaires sont bien les successeurs de la garde jannéenne et au sein de laquelle son souvenir restait vif. Quant au royaume dont s’emparent les violents, c’est assez clairement le royaume de Judée dont se sont emparés les Romains. L’original devait être ainsi :

La loi et les prophètes ont subsisté jusqu’à Jannée ; depuis lors, le royaume [de Judée] est forcé, chacun use de violence pour y entrer (s’en emparer). Ceux qui veulent s’en emparer sont les pharisiens, les Romains, Hérode, etc.

Alexandre Jannée et la Parabole des mines Cette parabole nous a été transmise en trois versions, celle de Matthieu (24, 14–30) ;

celle de l’Évangile des Nazaréens et celle de Luc (19, 11–27). Les trois versions diffèrent sensiblement, nous en proposons néanmoins une lecture synoptique aux pages 198– 200 du présent ouvrage. Outre que Luc utilise des mines alors que Matthieu utilise des talents, la principale différence entre leurs deux versions est que Luc donne des détails sur les raisons pour lesquelles un puissant personnage confie ses biens à ses serviteurs. Nous allons donc nous concentrer sur celui-ci et supprimer les parties relatives aux serviteurs ou à ce qui leur est confié :

Un homme de haute naissance s’en alla dans un pays lointain, pour se faire investir de l’autorité royale, et revenir ensuite. Il appela dix de ses serviteurs, leur donna dix mines, et leur dit : « Faites-les valoir jusqu’à ce que je revienne. » Mais ses concitoyens le haïssaient, et ils envoyèrent une ambassade après lui, pour dire : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. » Lorsqu’il fut de retour, après avoir été investi de l’autorité royale, il fit appeler auprès de lui les serviteurs auxquels il avait donné l’argent, afin de connaître comment chacun

Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu

l’avait fait valoir. 16

que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence. Il est impossible de déterminer avec certitude si ce personnage fait partie de l’origi- nal hébreu de la parabole, s’il a été ajouté par Luc ou retiré par Matthieu.

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L’idée qu’il a été retiré par Matthieu ne peut-être exclue, la parabole fait un peu trop clairement allusion à Alexandre Jannée ; or, ce dernier restait l’idole du judaïsme nationaliste, et donc un modèle pour de nombreux révolutionnaires juifs hostiles aux Romains. Voyons ce que dit Flavius Josèphe à son propos (Antiquités Juives §§ 372–383), en particulier sur la révolte qu’il dut subir et sur la répression contre ses ennemis :

Cependant Alexandre vit ses compatriotes se révolter contre lui ; le peuple se souleva pendant la fête (des Tabernacles) ; comme le roi était devant l’autel, sur le point de sacrifier, il fut assailli de citrons : c’est, en effet, la coutume chez les Juifs que le jour de la fête des Tabernacles chacun porte un thyrse composé de rameaux de palmiers et de citrons ; c’est ce que nous avons déjà exposé ailleurs. Ils l’injurièrent, lui reprochant d’être issu de captifs, et indigne de l’honneur d’offrir les sacrifices. Alexandre, irrité, en massacra environ six mille ; puis il entoura l’autel et le sanctuaire jusqu’au chaperon d’une barrière de bois que les prêtres seuls avaient le droit de franchir, et il empêcha ainsi l’accès du peuple jusqu’à lui. Il entretint, en outre, des mercenaires de Pisidie et de Cilicie ; il ne se servait pas, en effet, de Syriens, étant en guerre avec eux. Après avoir vaincu les populations arabes de Moab et de Galaad, qu’il contraignit à payer un tribut, il détruisit de fond en comble Amathonte, sans que Théodore osât l’attaquer. Mais ayant en- gagé le combat contre Obédas, roi des Arabes, il tomba dans une embuscade, en un lieu escarpé et d’accès difficile ; précipité par un encombrement de chameaux dans un ravin profond, près de Garada, bourg de la Gaulanitide, il s’en tira à grand-peine, et s’enfuit de là à Jérusalem. Cet échec lui ayant attiré l’hostilité du peuple, il le combattit pendant six ans et ne tua pas moins de cinquante mille Juifs. Il pria alors ses compatriotes de mettre un terme à leur malveillance à son égard ; mais leur haine, au contraire, n’avait fait que croître à la suite de tout ce qui s’était passé ; comme il leur demandait ce qu’ils voulaient, ils répondirent d’une seule voix : « Ta mort » et envoyèrent des députés à Démétrius l’Intempestif pour solliciter son alliance. Démétrius avec son armée, grossie de ceux qui l’avaient appelé, vint camp- er aux environs de la ville de Sichem. Alexandre, à la tête de dix mille deux cents mercenaires et d’environ vingt mille Juifs de son parti, vint à sa rencontre. Démétrius avait trois mille hommes de cavalerie et quarante mille d’infanterie. Les deux adversaires firent chacun des tentatives pour essayer de provoquer la défection, l’un, des mercenaires d’Alexandre en leur qualité de Grecs, l’autre, des Juifs qui s’étaient joints à Démétrius. Ils ne purent réussir ni l’un ni l’autre, et durent engager le combat. Démétrius fut vainqueur ; tous les mercenaires d’Al- exandre périrent, donnant un bel exemple de fidélité et de courage ; beaucoup de soldats de Démétrius furent aussi tués.

12 stephan hoebeeck • le roi alexandre jannée & les évangiles

Alexandre s’enfuit dans la montagne, et dix mille Juifs environ se réunirent autour de lui par compassion pour ce changement de fortune. Démétrius alors prit peur et se retira. Les Juifs, après son départ, continuèrent la lutte contre Al- exandre, mais furent vaincus et périrent en grand nombre dans les combats. Al- exandre enferma les plus puissants d’entre eux dans la ville de Béthomé et l’as- siégea. Devenu maître de la ville et de ses ennemis, il les ramena à Jérusalem ou il les traita de la manière la plus cruelle : dans un banquet qu’il donna à la vue de tous, avec ses concubines, il fit mettre en croix environ huit cents d’entre eux, puis, pendant qu’ils vivaient encore, fit égorger sous leurs yeux leurs femmes et leurs enfants. C’était se venger de tout le mal qu’on lui avait fait, mais une ven- geance trop inhumaine, même pour un homme qui avait été poussé à bout par les guerres qu’il avait soutenues et qui avait couru les plus grands dangers de perdre la vie et son royaume ; car ses ennemis, non contents de le combattre avec leurs propres forces, avaient fait appel à l’étranger et l’avaient finalement réduit à la nécessité d’abandonner au roi des Arabes, pour qu’il ne s’alliât pas à eux dans la guerre dirigée contre lui, ses conquêtes de Galaad et de Moab et les places fortes de cette région ; en outre, ils l’avaient abreuvé d’outrages et de calomnies de toute sorte. Il semble bien cependant qu’il n’agit pas en ceci conformément à ses in- térêts, et l’excès de sa cruauté lui valut de la part des Juifs le surnom de Thracidas. La masse des rebelles, au nombre d’environ huit mille, s’enfuirent dans la nuit et

restèrent en exil tant que vécut Alexandre. Celui-ci, délivré de tout souci de leur côté, termina son règne en paix. L’histoire des évangiles est à peine modifiée, ce roi veut se faire investir à l’étranger, alors que Jannée part à la conquête d’autres pays ; ses concitoyens se révoltent, font alliance avec l’étranger et se font finalement massacrer. Jannée, vu élogieusement par Jésus, est clairement le centre de cette parabole. Nous avons dit que les serviteurs ont trois narrations différentes, examinons-les :

Serviteurs Évangile de Matthieu Évangile de Luc Évangile des Nazaréens

I er

serviteur

don

utilisation du don placement placement placement

gains

récompense non précisé 10 villes non précisé

5 talents

double

1 mine

dix

5 talents

double

II e serviteur 1 mine

cinq

don

utilisation du don placement placement enterré

gains

récompense non précisé 5 villes jeté dehors

2 talents

double

5 talents

rien

stephan hoebeeck • le roi alexandre jannée & les évangiles

13

don

1 talent

III e serviteur 1 mine

5 talents

utilisation du don

enterré

enterré

dilapidé

gains

rien

rien

perte

récompense

jeté dehors

jeté dehors

exécuté

Quelle est la bonne version ? Nous pensons que c’est celle conservée par l’Évangile des Nazaréens ; en effet, il existe au sein du judaïsme à l’époque de Jésus trois écoles :

celle des esséniens ou assidéens à laquelle appartenait Alexandre Jannée et Jésus, celle des sadducéens et celle des pharisiens. Si les esséniens correspondent sans l’ombre d’un doute au I er serviteur, c’est-à-dire : ceux qui multiplient les révélations tirées de la To- rah ; il est plus malaisé, par contre, de deviner quel serviteur correspond aux pharisiens et quel serviteur correspond aux sadducéens : celui qui enterre la parole et celui qui dilapide. Le serviteur qui enterre la parole pourrait viser les sadducéens et celui qui dilapide les pharisiens puisque ces derniers sont appelés dans les manuscrits de Qum- ran : les chercheurs de choses légères ou halaqôth (notons le jeu de mots entre halaqôth [תוקלח] et halakôth [תוכלה] ou décisions rabbiniques) : ils dilapident la sagesse de la Torah. Mais on pourrait tout autant dire que le serviteur qui enterre la parole, c’est le pharisien et le serviteur qui dilapide la parole serait une allusion aux sadducéens corrompus. Autre interprétation possible : ceux qui luttent contre les Romains, ce sont ceux qui font fructifier l’héritage d’Israël ; ceux qui s’abstiennent, ce sont ceux qui enterrent la parole ; quant aux maudits qui collaborent avec les Romains, ce sont ceux qui dilapi- dent leur héritage. Nous ne savons que conclure des détails que donne Luc sur le terrible personnage :

a-t-il compris que la parabole vise les collaborateurs des Romains et veut-il charger les pharisiens ? Matthieu a-t-il supprimé les détails afin de masquer l’allusion à Jannée ? C’est possible ! mais en l’absence d’un original hébreu, nous ne saurons jamais si c’est une insertion de Luc ou une suppression de Matthieu.

Conclusion Comme nous l’avons vu, les évangiles contiennent au moins quatre allusions à Alex- andre Jannée, comme ancêtre de Jésus et comme défenseur féroce de la loi et la Judée. Ces passages ont été édulcorés, c’est ainsi que Jannée est devenu un descendant de Zorobabel, le royaume de Judée est devenu le royaume des cieux ou de Dieu, etc. Le Jésus de l’histoire s’inscrit dans la lutte entre kohens et rabbins, entre le temple et le sanhédrin, entre descendants d’Aaron et descendants de David. D’autres passages comportent des allusions très hostiles aux pharisiens : Ils viennent à vous avec un vêtement de brebis, mais ce sont des loups ravissants. Qui vient avec un

14 stephan hoebeeck • le roi alexandre jannée & les évangiles

vêtement de brebis ? Les pharisiens car ils sont vêtus de laine, opposés au kohens qui sont vêtus de lin. S’élargissent vos phylactères, s’allongent vos tsitsith ! Un seul Juif porte des phylactères rectangulaires, c’est le grand-prêtre ; les autres Juifs quand ils prient portent de petites boîtes cubiques sur la tête. Les phylactères qui s’élargissent sont une accusation de Jésus contre les pharisiens qui ambitionnent d’être des grands-prêtres. Quant aux tsitsith qui s’allongent, cela signifie que les écoles juives se distinguaient peut-être par cela : plusieurs nœuds et fils pendants pour les pharisiens (c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui) ; fils tressés et courts pour les esséniens. Une question que bien des gens se poseront, c’est : avait-il raison de s’opposer aussi durement aux pharisiens ! Nous dirions qu’il avait ses raisons historiques et familia- les ; mais qu’aujourd’hui, cette guerre entre pharisiens qui deviendront les Juifs d’aujo- urd’hui et assidéens qui deviendront les chrétiens et les musulmans doit être enterrée.

Le Jésus historique est ce que nous appellerions aujourd’hui un intégriste de ten- dance ultranationaliste religieuse et non le pacifiste que l’on veut nous faire croire. Les évangiles qui nous sont parvenus ne sont pas anciens, si on prend le Discours eschatologique, on remarquera que les allusions historiques concernent la Seconde Guerre judéo-romaine de 132–135 et non la première de 66–70. Les deux guerres judéo-romaines, autant que la révolte des Communautés de 115–118, vont anéantir les communautés juives et chrétiennes. C’est ainsi que naîtra le Talmud qui s’oppose à toute reconstruction du royaume de Judée et que naîtront les évangiles qui transfor- ment le royaume de Judée en royaume céleste et évanescent. Les rédacteurs finaux des évangiles effaceront tant qu’ils pourront les passages trop gênants afin de présenter un bon petit Jésus déifié et qui ne se révolte pas contre Rome, mais qui n’a quasi plus de rapports avec le Jésus historique : kohen, prince hasmonéen de Judée, insurgé hostile aux Romains, rigoriste.

— Stephan Hoebeeck