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Jean-Marc Allemand

Pari-ieu
SILO

RENÉ
GUÉNON
et les

Sept Tours du Diable


GuyTrédaniel Éditeur
Le présent livre n’est ni une compilation, ni une nouvelle biographie sur René
Guénon.
L’auteur, dans une analyse minutieuse, situe géographiquement les sept
tours du diable qui, selon Guénon, sont les centres de projection des influences
sataniques à travers le monde.
Les résultats funestes de leur action, tant en Orient qu’en Occident, sont
inexorablement liés au déroulement de l’actuel Age sombre. _ _
Cette étude nous donne aussi d’intéressantes précisions sur les incessantes
attaques de toutes sortes que René Guénon le « Serviteur de I’Unique » eut à
constater et contre lesquelles il opposa tout au long de son existence une
parfaite rectitude et une orientation inébranlable.
RENÉ GUÉNON ET LES SEPT
TOURS DU DIABLE
© Éditions de la Maisnie, 1990
Tous droits de traduction, adaptation et reproduction réservés pour tous pays
ISBN : 2-85707-347-X
JEAN-MARC ALLEMAND

RENÉ GUÉNON
ET I FS
SEPT TOURS DU
DIABLE

GUY TRÉDANIEL ÉDITEUR


76, rue Claude-Bernard 75005 Paris
AVANT-PROPOS

Notre intention en écrivant ce livre n’est pas d’ajouter une


quelconque biographie sur René Guénon, ou de satisfaire à un
exercice de style mondain.
Par ailleurs nous ne souhaitons aucunement participer à de
futiles discussions ou à nous immiscer dans des querelles de tel
ou tel clan.
Il semblerait inutile de rappeler que pour toute étude
envisagée de façon traditionnelle, l’apport enrichissant et
providentiel de l’Œuvre se révèle indispensable. Elle est aussi
un guide précieux pour toute approche du monde de la
Tradition.
La sagesse qui en émane est significative quant à la fonction
de celui qui en fut le transmetteur, et ce de la manière la plus
judicieuse et de la façon la plus impeccable par rapport aux
limitations inhérentes de l’expression humaine.
Au vu de la source d’où provient l’Œuvre, nous constatons
que celle-ci comporte à la fois de nombreuses « clefs » ainsi que
de multiples degrés de compréhension ; ceux-ci constituant de
lumineux points de répère.
Si René Guénon fut un témoin de la Tradition, il ne faut pas
oublier qu’il eut comme attributs de sa mission ceux d’un «
précurseur et d’un avertisseur ».
Ceci n’étant pas sans rapport quant aux incessantes attaques
de toute sorte, qu’il eut à constater et contre lesquelles il opposa
tout au long de son existence une parfaite rectitude et une
orientation inébranlable.
Le serviteur de l’Unique et plus particulièrement la
bénédiction qui jaillit de l’Œuvre projette une telle lumière que
celle-ci depuis son apparition semble insupportable aux «
aveugles » sarcastiques et inconscients ainsi qu’aux « borgnes »
conscients et de foi mauvaise.
En ce qui concerne notre étude sur la contre-initiation ce
n’est nullement dans un but de curiosité que nous avons été
amenés à effectuer nos recherches, ni pour satisfaire à un
certain goût de sensationnel.
Le but de notre ouvrage a été d’abord de rester le plus fidèle
à l’enseignement de René Guénon sans avoir aucunement
l’inconvenance de vouloir y suppléer.
Nous avons exclu de notre travail toute présentation «
érudite » et par là même pompeuse et rébarbative.
Nous avons seulement signalé, et ce uniquement à l’usage de
ceux qui s’y intéressent véritablement, certains faits, ignorés ou
cachés, voire déformés par l’histoire officielle.
Ces faits bien évidemment n’ayant qu’une importance toute
relative, sans leur correspondance symbolique, seule valable du
point de vue traditionnel.

Quelques Eclaircissements
Il convient tout d’abord d’apporter certaines précisions quant
aux natures respectives de la pseudo-initiation et de la contre-
initiation les deux s’enchevêtrant dans de multiples
ramifications.
Comme le désordre actuel est à la fois une sinistre farce et
une Grande Parodie, nous pensons que l’exemple d’un
« spectacle » semble le mieux approprié pour cette comédie
infra-humaine.
Nous pouvons accorder à la pseudo-initiation un aspect
théâtral dans le fait de remettre au « goût du jour » des
traditions éteintes à l’aide de soi-disant cérémonies naturalistes
et païennes.
Tout ceci n’amenant à rien, sinon pour les adhérents et les
participants au plaisir de s’affubler de tenues plus ou moins
exotiques et de parader avec de jolis diplômes ou de rutilants «
bijoux rituels ».
Ce genre d’exhibition pourrait prêter à sourire si il ne servait
de couverture ou d’écran de fumée au milieu des figurants
dociles au rôle dévastateur des acteurs (agents) de la contre-
initiation et de leur permettre de répandre les influences
psychiques inférieures amenant le « rêve moderne » à se
transformer en véritable cauchemar.
Ces acteurs plus ou moins illusionnés eux-aussi se trouvant
inclus dans une contre-hiérarchie, véritable « spiritualité à
rebours ».
La dernière phase de l’acte final se terminant par la brève
apparition du « Grand Instigateur et Imposteur » tout à la fois.
Il serait par ailleurs ridicule et vain de s’enfermer une fois
pour toutes dans le paradoxe dualiste d’une soi-disant
opposition entre « bien et mal » ou de se livrer à de futiles et
angoissantes spéculations eschatologiques.
Si les conditions de l’« Existence Corporelle » sont soumises
et corrélatives aux lois cycliques, il ne faudrait pas oublier
pourquoi et en vue de quoi l’homme a été créé.
En vertu de l’analogie du macrocosme et du microcosme,
l’Homme, en tant que tel, peut être considéré comme un miroir
reflétant les attributs divins, en tant que plan de réflexion.
Ceci est clairement relaté dans le Coran (XV, 29) : « Dès que
je lui aurai donné sa forme parfaite et que j’aurai soufflé en lui
Mon Esprit. »
Outre ce rôle « Axial » il est attribué à l’Adam Primordial une
fonction de lieutenance divine, et pour l’accomplissement de
cette mission, il lui est donné la connaissance du « nom »
(essence) de tous les « habitants » de la Création en vertu du
pacte conclu avec son Seigneur.
Ce pacte correspondant au respect de la Volonté Divine sous
ses trois formes : l’ordre, la défense et la permission ».
Il consiste pour Adam à se conformer à « l’Essence Divine »
et par là même de jouir des bienfaits du Paradis.
La Genèse nous indique que le seul interdit est pour Adam
de manger les fruits de la connaissance du Bien et du Mal.
Adam abusé par Satan, trahira son pacte et ce sera le début de
sa chute qui rompra l’harmonie cosmique.
N’étant pas un « robot » Adam n’est pas laissé dans
l’ignorance de l’arbre et de ses fruits, il est même prévenu de
ce qui peut résulter de son maniement « S’il en mange, il en
mourra ». La perte de sa position privilégiée sera un malheur
pour lui. D’autre part son acte n’ajoutera ni ne retranchera rien
à la Puissance Divine, Coran (CX, 44) : « Dieu ne lèse en rien
les hommes, ce sont les hommes qui se lèsent eux-mêmes. » ,
Adam mangeant les fruits passait de l’unicité de l’existence
c’est-à-dire de l’immuable au contingent. Il sombrait dans la
multiplicité, de « rapproché » il devenait « éloigné ».
L’origine de la contre-initiation est d’origine non-humaine
comme il est dit et ce sans équivoque dans le Coran (II, 34) : *
« Lorsque nous avons dit aux anges Prosternez-vous devant
Adam, ils se prosternèrent à l’exception d’Iblis (Satan) qui
refusa et qui s’enorgueillit ». •
D’autre part il est bon de rappeler que les anges
correspondent à des « états d’existence » supra-humains.
Répercution immédiate de sa rébellion, Satan est déchu et
entraîne Adam dans sa chute, lui assurant que les fruits de
l’arbre le rendront égal à Dieu. Satan, pourrait-on dire,
contamine Adam le faisant passer du théocentrisme pour
l’entraîner dans un égocentrisme toujours plus borné et
destructeur. Cette souillure devra être ôtée par l’épuisement
des possibilités inférieures au début du processus initiatique à
savoir « la descente aux enfers ».
* Expulsé du Paradis où régnait la paix, l’homme sera éprouvé
quant à la pureté de sa Foi et de son intention sincère à
réintégrer sa patrie perdue. La maîtrise de ses passions qui est
en même temps un affranchissement vis-à-vis de ses démons,
s’acquiert par les luttes et les victoires au cours de la guerre
intérieure, appelée en Islam la « Grande Guerre Sainte ». *
Pour « l’Aspirant » le commencement de toute « Réalisation
Spirituelle » est indissociable de l’Initiation.
Celle-ci est l’entrée dans la « Voie » par l’intermédiaire d’une
organisation régulière, sous la conduite d’un maître véritable
dûment autorisé et qualifié.
Cette aide providentielle est indispensable, ceux qui refusent
un maître parlent et abusent de ce mot dans un sens détourné.
La notion de maître véritable, même s’ils en ont un vague
aperçu, leur semble intolérable.
Il s’agit dans tout cela de faux-fuyants et de se recouvrir d’un
vernis intellectuel que celui-ci prenne l’aspect d’un anarchisme
mondain ou de vaniteux cercles « occultistes ». Nous
rappellerons respectivement aux « Tigres de Papier » que la «
masse » écrase et aux autres que le corrosif dissout. Tout ceci ne
formant au fond que quelques facettes de la pseudo-liberté
laïque tant vantée. Ces facettes nous faisant penser à des
mouches agitées qui si elles peuvent voler n’en sont pas moins
prisonnières de leur globe de verre déformant.
La seule liberté à laquelle doit tendre tout être normal ne peut
être que la liberté métaphysique. Le reste n’est qu’un fumeux
carcan de bouffonnerie, de sectarisme ou de sentimentalisme
spiritualiste ; une vie bien ordinaire passée à polir des briques en
espérant en faire des miroirs.
Refuser un véritable maître c’est se laisser abuser par les
mirages et s’éloigner d’une source bénéfique. C’est errer dans le
désert des passions et refuser une oasis de paix.
• D’où le calme intérieur qu’éprouvent les disciples en
présence d’un véritable maître. -
La voie initiatique étant une traversée dangereuse il est
heureux et providentiel de pouvoir profiter de l’expérience de
celui qui nous a précédés et l’a vécue. (L’on peut voir qu’il ne
s’agit en aucune façon de verbiages spéculatifs ou littéro-
philosophiques.) En l’occurrence, il serait absurde et illusoire de
ne pas vouloir marcher sur les traces du « Maître » \
C’est pourquoi, il est compréhensible que le disciple doit être
d’une obéissance absolue.
En son maître le disciple vénère aussi tous les maîtres de
cette lignée, dépositaires du « Trésor initiatique » et forment par
là même la chaîne par laquelle s’effectue la transmission des
influences spirituelles.
Il s’agira donc de parcourir les différentes étapes ou « stations
» qui impliquent à divers degrés une purification de plus en plus
intérieure, source de dévoilements progressifs.
De l’Unité donc, l’homme passait à la dualité, d’Androgyne
Primordial il sombrait dans la multiplicité.
Au juste équilibre se substituaient les oscillations du
désordre.
De par cette dualité, l’être parfait devenait en « balance »
entre les notions de « Bien et de Mal ». C’est pourquoi cette
instabilité permanente est un fléau. Le fléau ne dépendant pas
moins du Principe et, de ce fait, se trouve inclus dans l’ordre
total.
Dans la balance le Principe est figuré par la colonne, celle-ci
pouvant se transformer en glaive de justice lors de la guerre
sainte. Il s’agira alors de rétablir l’équilibre entre les deux
plateaux (yin et yang).
Cette dualité apparente s’exprimera dans l’homme à la fois
par un aspect lumineux ou ténébreux. Selon ses attributions ou
sa nature, l'homme s’orientera par le lumineux vers le spirituel
et par le ténébreux (se mirant dans son propre reflet) sera
soumis à l’influence « satanique ». Il est bien évident puisqu’il ne
domine pas ses passions, ce sont ses passions qui le dominent.
Nous pouvons déterminer ceci par le ternaire suivant :
— ceux qui se soumettent de leur gré à la « Divine Comédie
»,
— ceux qui sont plus ou moins conscients mais qui refusent
de se soumettre (mais qui n’échappent pas de toute façon à leur
prédestination).
Coran (II, 65) : « Soyez des singes abjects ».
— la multitude représentant la masse maléable et hypnotisée
totalement inconsciente : « Peu importe que tu les avertisses ou
que tu ne les avertisses pas, ils ne croiront pas. » Ce que le
Coran affirme aussi.
Si l’on a taxé de naïveté les peuples non encore contaminés
par les « bienfaits de la civilisation moderne », il est d’une
singulière hypocrisie de désigner en un « apport enrichissant » la
propagation de la grossière stupidité et de la bêtise
institutionnalisée2. Tout ceci ne figurant encore que les tréteaux
où ceux qui blasphèment tant ne font que se vautrer devant
leurs « idoles » de toutes sortes \
Qu’elles le veuillent ou non les marionnettes sont tenues
d’abord par une corde centrale les rattachant au Principe,
seulement elles sont tiraillées en tous sens par des fils bien
souvent invisibles mais qui semblent plus solides que des
barreaux de prison pour l’être qui veut échapper à ces toiles
d’araignées tissées, pourrait-on dire, par les « maîtres ès
psychisme ».
Leur fonction est de détourner l’homme de plus en plus loin
de ce pourquoi il a été créé (mouvement centrifuge). Vu leurs
pouvoirs psychiques, ils ne peuvent avoir véritablement prise
que sur des apparences d’hommes suggestionnés et mécanisés.
Ces sinistres personnages sont désignés en Islam comme les
awliyâ es-Shaytân, les saints de Satan et Guénon nous précise : «
Dans l’ésotérisme islamique, il est dit que celui qui se présente à
une certaine porte sans y être parvenu par une voie normale et
légitime, voit cette porte se fermer devant lui, est obligé de
retourner en arrière, non pas cependant comme un simple
profane ce qui est désormais impossible mais comme sâher
(sorcier ou magicien opérant dans le domaine des possibilités
subtiles d’ordre inférieur)4 ».
Cette intention de transformer les êtres humains en cadavres
psychiques est une caricature des “Petits Mystères”. Quant aux
Grands Mystères étant au-delà de l’état humain, ils
sembleraient, malgré tout être inhumainement parodiés par la
contre-initiation, par d’infâmes manipulations génétiques ou par
des “robots” à l’intelligence artificielle ce qui est encore une
marque des “artifices” de leur ténébreux inspirateur.
Tout ceci ne pouvant amener qu’à une grotesque imitation de
la « délivrance finale », mais qui ne peut aboutir qu’à une
anihilation totale.
D’autre part, vouloir faire descendre l’homme de l’animal
n’est-ce pas une profession de foi à rebours déguisée sous le
masque scientifique ?...
Les fameuses découvertes paléonthologiques n’étant que
fumisteries et les théories évolutionnistes de retentissantes «
singeries ». Satan n’est-il pas le singe de Dieu ?
Les savants d’un savoir « ignorant », consécutivement,
prennent de plus en plus d’importance du haut de leur estrade
moraliste et sécurisante. Ils n’ont d’ailleurs pas besoin de cacher
l’aspect ténébreux qu’ils représentent puisque l’écran de fumée
leur est fourni par les hypnotisés qui les encensent. Se
substituant aux authentiques sages, ils jettent çà et là en pâture
aux foules extasiées de prétendus reflets d’immortalité 6.
Ignorant ou niant sa fonction originelle, l’homme moderne
n’est que le produit exacerbé d’une longue dégénérescence.
L’arbre maudit abritait, comme nous pouvons le constater, des
fruits au goût fort amer. D’une lieutenance divine l’homme
moderne est devenu un tyran. De par son inspiration et son
action démoniaque, il propage dans ce monde et ce dans tous
les règnes : « animal, végétal ou minéral » une immense souillure
et ce, dans un saccage frénétique et permanent1.
Toutes ces charmantes choses devant nous conduire vers le
bonheur de « l’Ere du Verseau » et d’un certain Age d’Or,
bercés par les phantasmes de la science-fiction...
Amassant sans répit l’or du diable, l’homme moderne aveuglé
et fasciné s’apercevra peut-être mais un peu tard, que cet or se
transforme toujours en cendres.
Nous pouvons remarquer la « griffe » de la contre-initiation
et l’action de ses séides à certains moments sombres de
l’histoire. Pour développer ce point, nous attirerons l’attention
sur la destruction de l’Ordre du Temple (destruction qui
n’atteignit que sa représentation terrestre) par l’action conjuguée
de Philippe Le Bel et de Guillaume de Nogaret.
Le roi Philippe Le Bel est habituellement désigné comme
précurseur voire comme le modèle d’un chef d’Etat entouré de
ses conseillers laïques. Le Moyen Age le jugera comme
altérateur, et ce à plusieurs reprises, des monnaies 8.
C’est pour ce motif, entre autres, qu’il provoquera des
désordres et des émeutes. C’est lors de l’une d’elles qu’il se
réfugia dans l’enceinte du Temple, à Paris, ce qui lui sauvera la
vie. Il demandera son admission dans l’Ordre, à titre honoraire,
ce qui lui fut refusé au vu de ses « fâcheux » antécédents, alors
qu’elle avait été accordée à un pape (Innocent III) et à plusieurs
souverains. Le but et à la fois l’ambition de Philippe Le Bel n’en
aurait pas moins été de devenir « Grand Maître » et de
s’attribuer les possessions templières.
Cet échec cuisant facilita l’emprise de Guillaume de Nogaret
sur le roi. Nogaret est présenté laconiquement et évasivement
sous les traits d’un haut fonctionnaire, d’un juriste réputé,
affublé de la panoplie du bon serviteur du juste Etat laïque...
Après ces appréciations « officialisées », il nous reste à
montrer l’action antitraditionnelle et « satanique » exercée par
Nogaret qui fut du moins à un certain niveau fort conscient de
son rôle. Il ne cessa d’œuvrer uniquement dans le but de
détruire l’Ordre et ce bien avant l’épisode du « refus »
concernant Philippe Le Bel. Il avait, et ce depuis plusieurs
années, essayé d’obtenir la condamnation de l’Ordre à l’aide de
documents tronqués et de témoignages douteux, auprès de
Clément V, sans résultat d’ailleurs. Nogaret était excommunié
depuis ses calomnies et ses violences envers le pape Boniface
VIII. Il commença son action pernicieuse avec l’aide d’accusa-
tions d’un certain Esquin de Floyran, ancien templier, jugé
indigne de ses fonctions de commandeur et exclu de l’Ordre.
C’est encore Nogaret qui insista lui-même pour arrêter en
personne Jacques de Molay. La suite est connue. Les Templiers
furent torturés par les soins de la justice laïque qui s’empressa
de recueillir une longue liste d’aveux spontanés ! Tous les
interrogatoires furent réécrits, déformés, les phrases
dérangeantes isolées de leur contexte. La marque sinistre de
Nogaret est un « modèle » d’inversion en fondant l’accusation
sur les motifs.
« D’hérésie, de blasphème, de sodomie et de magie noire ! ! !
Contre ceux que saint Bernard désignait comme menant la
guerre par les forces de l’Esprit contre les vices et les démons.
»9
La tragédie s’achèvera par le supplice du dignitaire Geoffrey
de Charnay et du Grand Maître Jacques de Molay. Ce dernier
assignant alors le pape Clément10 et le roi Philippe à
comparaître devant le tribunal de Dieu. Ceux-ci moururent
respectivement le 20 avril et le 29 novembre de la même année.
D’après Guénon, c’est au début du xiv* siècle qu’il faut faire
remonter en réalité la rupture du monde occidental avec sa
propre tradition, rupture marquée par la destruction de l’Ordre
du Temple u, celui-ci constituant par ailleurs un lien entre
l’Orient et l’Occident.
Néanmoins, et ce par la « présence » de Guénon, une
revivification put être tentée lors de la création de l’Ordre du
Temple Rénové. Cette tentative s’achevant par la fermeture de
l’O.T.R. Certains, et en fait toujours les mêmes, ont taxé cette
tentative « de séances spirites », ce qui ne manque pas d’une
singulière et malveillante imagination. Lorsque l’on sait qu’ils
sont les doctrinaires et les propagateurs avoués de ce que
Guénon a justement dénoncé et qui englobe pour le moins le «
spiritualisme » et ses ombres. Leur production littéraire, outre
les inévitables attaques de toute sorte contre Guénon et son
œuvre, est éloquente : de l’apologie de l’Ordre des Templiers
d’Orient du mage noir Aleister Crowley et de ses succédanés,
du Mesmerisme, de fiction historique infamante sur l’Ordre du
Temple sans omettre bien entendu le Grand Monarque et l’Ere
du Verseau u.
Curieusement le point de convergence s’avère toujours être le
dieu Set.
Toutes ces élucubrations chaotiques ont le seul mérite de
rendre d’autant plus appréciable et irremplaçable l’œuvre
guénonienne.
NOTES

1. Le maître est en même temps un pont, un support pour la traversée.


Marcher sur les pas du maître c’est éviter de « s’enliser » dans le bourbier-
psychique.
2. L’exemple des peuples d’Amérique du Nord. Si les colons imprégnés
d’un littéralisme biblique croyaient retrouver sur ce continent le Paradis
Terrestre, ils y apportaient l’Enfer. Ne laissant à leurs victimes que le choix
d’une mort rapide au combat ou celui d’une lente agonie dans des réserves.
La seule échappatoire pour l’Indien étant de devenir « civilisé » en
s’occidentalisant et surtout en n’accomplissant plus les rites.
3. Si les ironistes sont nombreux à se gausser de ceux qui s’inclinent en
direction de la Maison Sacrée, nous sommes en droit de pouvoir sourire de
ceux qui préfèrent le walkman au rosaire, adorent leur écran de télévision, et
où le seul voyage céleste qu’ils connaissent s’effectue au moyen d’avions ou
de fusées.
4. René Guénon : Le règne de la quantité et les signes des temps, chapitre
XXXVIII.
5. Nous ajouterons simplement que « l’homme de Piltdown », prétendu
chaînon manquant entre le singe et l’homme fut fabriqué de toutes pièces par
Conan Doyle (également apologiste du spiritisme). De plus, dans son livre «
Le Monde Perdu », ouvrage de fiction, il y annonçait cette découverte.
Incidemment, Teilhard de Chardin prit une part active aux fouilles...
6. Signalons l’attribution à des réacteurs nucléaires de noms tels qu’Osiris
ou de Super Phénix. L’emploi des termes daïmon et djinn en informatique.
L’apparition, notamment en Grèce, sur les nouvelles cartes d’identité
informatisées du nombre 666 (sous son aspect maléfique bien entendu).
7. Dans la tradition islamique, selon un hadith Qudsi, Allâh qu’il soit
glorifié et magnifié a dit :
« O fils d’Adam, Je t’ai créé pour Moi, et J’ai créé les choses pour toi. Ne
corromps donc pas ce que J’ai créé pour Moi, parce que J’ai créé pour toi ».
8. René Guénon : Le règne de la quantité et les signes des temps, chapitre
XVI, et Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chapitre VII, Editions Véga.
—Jusqu’à la venue au pouvoir de Philippe Le Bel, le trésor royal se
trouvait sous la sauvegarde du Temple. Le trésorier de l’Ordre portait le titre
de trésorier du Roi et du Temple.
—Sous l’Ancien Régime, de Charlemagne à Louis XVI, la valeur de la
livre resta inchangée.
—En Angleterre, sous le règne d’Henri VIII, furent fondus, pour
contribuer à augmenter le trésor royal, de nombreux objets de culte en argent
et en or, datant du Moyen Age. Parallèlement tout ce qui restait d’orfèvrerie
de la même époque en France disparut pratiquement lors des fusions
considérables d’argenterie ordonnées par Louis XIV pour rembourser les
dettes de ses campagnes. La quasi-destruction et disparition des pièces
restantes s’opérant pendant la Révolution.
9. Saint Bernard : Homélie « Louange à la nouvelle chevalerie ».
10. Clément V (appelé par Dante « Pasteur parjuré de plus laide œuvre »).
Outre son rôle inexcusable vis-à-vis de sa fonction, ceci expliquant cela, il se
verra concéder par le roi les dîmes du royaume pendant cinq ans. (Il n’en
profita guère !)
11. Le fief patrimonial du premier Grand Maître de l’Ordre du Temple
Hugues de Payns était Payns en Champagne, dans la forêt d’Orient !..
— L’Occident se divisait en neuf provinces : France, Portugal, Castille et
Léon, Aragon, Majorque, Allemagne, Italie, Pouille et Sicile, Angleterre et
Irlande. L’étroite correspondance entre le Temple et le Roi du Monde se
trouve affirmée . A ce propos voir le chapitre XVI de la Grande Triade,
Gallimard.
12. Nous reviendrons en détail sur ce point dans les chapitres suivants.
LES TOURS DU DIABLE

Dans un compte-rendu du livre de W.S. Seabrook « Aventures en


Arabie », Guénon parlant des sept tours du Diable, centres de
projection des influences sataniques à travers le monde précisait par
rapport à l’auteur qui décrit une de ces tours « que celle-ci peut être
le support tangible et localisé d’un des centres de la contre-initiation
auxquels président les awliya-es-Shaytân et ceux-ci par la
constitution de ces sept centres prétendent s’opposer à l’influence
des sept Aqtâb 1 ou pôles terrestres subordonnés au “Pôle
Suprême”, bien que cette opposition ne puisse d’ailleurs être
qu’illusoire, le domaine spirituel étant nécessairement fermé à la
contre- initiation. »
D’autres sources font clairement mention de ces Tours.
Notamment Dante dans la Divine Comédie (Enfer XXXI, 43, 46)
assimilant le corps des Géants aux tours.
Catherine Emmerich, dont nous citons un passage significatif
extrait des « Mystères de l’Ancienne Alliance » fait aussi allusion aux
Géants, descendants de Tubalcaïn, lui-même fils de Caïn.
« J’ai vu beaucoup de choses sur ce peuple de Géants. Ils se
livraient à la sorcellerie.... Ils se construisaient de grosses tours
rondes en pierre semblable à du mica, au pied desquelles
s’adossaient des constructions plus petites qui conduisaient à de
vastes cavernes. Ils montaient au sommet de ces tours pour
observer le lointain à travers des tubes. Ce n’était pas comme
Emplacement des Tours.
Les Tours reliées entre elles nous donnent la figure parodique de la «
Grande Ourse ».
avec des télescopes/ mais par un procédé satanique. Ils voyaient où
se situaient les autres contrées et s’y rendaient, détruisaient tout,
libérant tout, en abolissant toutes lois. »2 Selon la tradition
nordique, Loki (équivalent du dieu Set) a un mystérieux
observatoire au sommet d’une montagne. Nous reviendrons en
détail sur les chroniques et les légendes ayant trait aux géants et ce
dans des pays éloignés les uns des autres ; au cours de chapitres
ultérieurs 3.
Avant de situer et d’expliquer la localisation de ces tours
matérialisant dès l’origine la révolte des Géants Kshatriyas en
rébellion contre l’Autorité Spirituelle, il convient tout d’abord
• de rappeler que l’Age d’or est l’âge de l’Adam Primordial,
celui de la supracaste Hamsa, composée d’êtres totalement soumis
au Principe. Cet âge laissant un souvenir ineffable de paix et de
bonheur. Lui succède l’âge d’argent ‘qui comporte un degré
d’éloignement par rapport au Principe. La caste unique et
primordiale se scinde en quatre. Le nombre quatre symbolise le
développement complet de la manifestation.
Nous retrouvons donc ce nombre dans l’ordonnance d’une
société traditionnelle (comme l’établissement d’une ville) et plus
particulièrement dans le système des castes tel qu’en Inde, que
connaîtra le Moyen Age occidental.
— caste sacerdotale (Brâhmanes) ; guerrière (Kshatriyas) ; la
caste des Vaishyas (aux fonctions économiques, commerciales et
financières) et les serfs (Shûdras).
Les castes forment un cube, ou un carré dans le sens d’une
parfaite stabilisation. Un ensemble clos, non pas pétrifié, ni
solidifié, mais protégé et orienté vers le Ciel. La déstabilisation
prenant forme par la rupture d’un des côtés. Cette dernière
résultant de la révolte de la deuxième caste, royale, vis-à-vis de la
première, sacerdotale. Celle-ci tenant directement son autorité du
Principe, retransmettant les influences spirituelles, vivifiant et
légitimant par là même le pouvoir temporel. Lors d’une approche
superficielle l’on pourrait souscrire à une dualité, avec
prédominances, alternances et rivalités successives entre ces deux
castes.
Cette façon d’envisager toute chose sous un aspect d’hostilité et
d’opposition, laisse la place seule à l’aspect négateur. Si les faits, au
premier abord, semblent devoir donner raison à la méthode
historico-profane, il ne s’agira à chaque fois que de constatations
s’appuyant sur de fausses bases.
Les deux castes sacerdotale et royale dérivent du Principe,
chacune représentant l’un des aspects de celui-ci.
Pour que s’établisse l’harmonie, il faut non la dualité mais la
complémentarité. La hiérarchie divine présupposant une préséance
divine, la caste sacerdotale (passive vis-à-vis du Principe) est active
(mâle) vis-à-vis de l’autorité royale.
C’est ainsi qu’en Inde lors du sacre du roi, le brâhmane prononce
la formule rituelle « Je suis Cela, tu es Ceci, je suis le Ciel, tu es la
Terre » (Aitareya Brâhmana VIII, 27).
Tout refus de la hiérarchie céleste entraîne pour ceux qui le
provoquent un châtiment. L’éloignement devient une dégradation,
malgré des illusions exaltées et passagères. La caste usurpatrice se
trouve régressée, absorbée voire détruite par la classe en dessous
d’elle. Des Kshatriyas fort conscients de leur rôle, feront preuve de
leur véritable aristocratie et de leur noblesse de caractère. En toute
lucidité, ils seront les précieux auxiliaires de la caste sacerdotale, et
en complète harmonie seront soucieux avant tout de rétablir
l’Ordre divin et par là même l’équilibre, si précaire soit-il en ce
monde. Le souvenir d’un règne au point de vue traditionnel est de
constater son aspect positif, celui du bonheur et de la prospérité ;
ou négatif de la désolation et de la misère.
Nous illustrerons notre propos par les exemples suivants,
démontrant l’unité des formes royales de gouvernement
traditionnel.
Pour les Celtes, le roi est garant du bonheur de son peuple, son
règne doit, entre autres, amener la fructification du sol. Un roi sera
déposé si l’herbe ne pousse pas, les arbres sont sans feuilles et les
épis sans grain.
Tout roi injuste s’attire la malédiction, l’absence de récolte
entraîne la famine, puis les épidémies. Dans chaque tribu, c’est le
druide qui assume la justice.
Dion Chrysostome, Oratio XLIX, souligne même que les
rois ne pouvaient prendre aucune décision sans les druides, et
ce sont eux qui avaient le pouvoir réel,' en fait sur les trônes
d’or de leurs admirables palais, les rois sont les serviteurs des
druides » 4.
Au Pays de Galles lors de l’intronisation, le grand druide
récitait au roi quelques vers l’invitant à bien régner afin
qu’aucune famine ne détruise le peuple,
Un Carolingien, Carloman, s’exprimera ainsi dans son
capitulaire du 21 avril 742 :
« Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, Je Carloman, duc
et prince des Francs, sur le conseil des serviteurs de Dieu et de
mes Grands ai réuni les évêques et les prêtres qui sont de mon
royaume pour qu’ils me donnent conseil sur le moyen de
restaurer la loi de Dieu et de l’Eglise, corrompus au temps des
princes antérieurs, afin que le peuple chrétien pour assurer le
salut de son âme ne se laisse pas entraîner à sa perte par de
faux prêtres. »
Sous les Carolingiens, les actes royaux commencent
toujours par les formules telles « Roi par la grâce de Dieu » «
Avec l’aide du Seigneur, qui a placé sur le trône... » « La divine
Providence nous ayant oint pour le trône royal » « Notre
élévation au trône ayant été faite entièrement à l’aide du
Seigneur » 5.
Ainsi Charlemagne, prit comme modèle Josias qui fit aux
impies une guerre acharnée et s’employa sans relâche à rétablir
partout en Israël le culte du vrai Dieu. Il n’ignorera pas non
plus le but ultime de sa mission ainsi qu’en témoigne le début
de son admonition générale :
« Que la paix, la concorde et l’unanimité régnent entre tout
le peuple chrétien et les évêques, les abbés, les comtes et nos
autres représentants ; entre tous grands et petits, car sans la
paix on ne saurait plaire à Dieu. » 7
En cas de famine ou de calamité publique, il ordonne des prières
expiatoires, des jeûnes et des pénitences. Lors des s victoires sont
célébrées les actions de grâces. Tout désastre ou toute catastrophe
provient d’une transgression de la loi divine. '
Le châtiment est le résultat de l’impiété.
A Byzance, l’empereur dont la désignation première revient à
l’armée doit se rendre ensuite à Sainte-Sophie. Il dépose sa
couronne sur l’autel, ce n’est qu’après l’onction impériale et après
avoir été ceint de la même couronne par le Patriarche, que
l’empereur (le basiléus) est légitimé. De ce fait c’est du Christ lui-
même que l’empereur tient son pouvoir.
Lors de la messe de son investiture il est conduit à l’autel et y
reçoit un ordre ecclésiastique mineur, avant la communion, en
costume de sous-diacre il encence l’autel, puis communie avec les
prêtres. Les autorités laïques sont placés sous la surveillance de
l’Eglise. Celle-ci par l’intermédiaire de ses évêques interviendra et ce
de nombreuses fois, de façon fort efficace, afin de faire cesser les
actes arbitraires des autorités laïques (abus de pouvoir,
malversation, tyrannie).
Nous terminerons cette longue mais nécessaire parenthèse par la
Chevalerie. Avant l’adoubement le futur chevalier déposait son
glaive sur l’autel, des prières accompagnaient ce geste. Des prières
spéciales sont donc récitées pour l’épée, il en va de même pour
chaque arme et insigne : bannière, lance, bouclier, à la seule
exception des éperons dont la remise s’effectuera par un membre
de la caste « guerrière ». Sous saint Louis, ajouté au rôle
consécrateur du prêtre, ce dernier donnera aussi la paumée 9.
Après ces quelques aperçus sur les fonctions royales et
impériales, revenons maintenant aux centres de la contre- initiation.
Nous avons vu l’assimilation des Tours aux Géants. Les Géants
caractérisent la révolte des Kshatriyas. Le terme de géant peut
s’appliquer à eux à cause de la grande taille. Ceci correspondant à la
réalité de cette époque. (N’oublions pas que l’ambiance terrestre est
sujette à des changements.)
Les existences des personnages bibliques, aussi longues soient-
elles, sont exactes, ceci n’excluant en aucune façon le sens
symbolique. Plus l’éloignement devient manifeste, et tout s’accélère
et parallèlement tout diminue pourrait-on dire, le temps dévore
l’espace. Ce qui nous intéresse présentement est la correspondance
symbolique. La révolte elle-même se scinde en deux courants : le
premier ne nie pas le « Ciel » mais veut se l’accaparer, c’est une
tentative d’usurpation. Dans le second, la rupture est radicale,
coupure d’avec le « Ciel ». S’il se présente avec des substitutions
(idolâtries, cultes dégénérés) il tend ensuite vers la négation ; monde
profane et profanateur. Même s’il se cache dans les œuvres de
Nietzche ou sous les aspects d’un savant chétif, c’est la déification
du Surhomme. L’homme profane se veut non plus régent mais
maître de la Création. L’homme s’adore lui-même. C’est l’inversion
de sa fonction originelle. Niant ou ignorant sa fonction légitime, il
s’enferme dans un monde étouffant et banal. Coupé du courant, du
flot des influences spirituelles, il est emprisonné dans une mare
matérialiste toujours plus nauséeuse, s’enlisant de plus en plus sous
une morale trompeuse il arrive à transformer la terre en un bourbier
inhumain. Cette agitation de plus en plus grande du monde
moderne est faite des allers-retours incessants contre les parois
inextricables de la Grande Horizontalité.
Cette Grande Horizontalité fermant malheureusement les limites
que veulent offrir aux masses affolées les « bienfaiteurs de
l’humanité », guides aveugles dirigeant les aveugles.
Détenteurs du savoir ignorant et encyclopédiste, ils semblent
eux-mêmes avoir de plus en plus de mal à supporter leur « raison »
en visant à la remplacer par une intelligence artificielle. Aux deux
extrêmes, nous trouvons le gigantisme et la miniaturisation. Le
gigantisme dans la construction ou dans le machinisme. On ne se
contente plus d’asservir la nature, il s’agit de l’humilier ; l’homme
déifié, produisant une surnature, le terme contre-nature serait plus
exact. Mais que vienne à passer sur ces créations humaines une
tempête, nous entendons des pleurs et des grincements de dents.
Sans savoir vraiment pourquoi, l’on crie à l’injustice, et sous un
cocon moralisateur l’on se prépare à un nouvel assaut prométhéen.
L’homme moderne s’auto-tyrannise, soucieux d’asservir plutôt que
de libérer, il lui faut tout contrôler, tout disséquer, tout analyser.
Cette volonté de tout réduire par la miniaturisation ou de tout
subordonner à pas de géants. De gigantesques appareils ne servent-
ils pas aux « explorations scientifiques » des soi-disant derniers
secrets de la matière. Ce monde humain, plutôt inhumain, de
prétendus libérés, n’a jamais été aussi pesant, écrasant, difforme et
rétréci.
Les illusions d’évasion que prennent les voyages expéditions ou
les exploits sportifs jusqu’au voyage « inter-galactique » ont vite fait
de faire ressortir leur aspect stérile et grotesque. Si au départ, un
bateau est en plomb, on pourra toujours essayer de le faire naviguer
sur toutes les mers du Globe.
Les modes de vie représentés par l’Américanisme ou le
Bolchevisme s’abreuvant en fait à la même fosse.
Des cycles ont précédé le nôtre et d’autres lui succéderont. S’il y
a analogie entre des cycles, il ne peut y avoir en aucun cas une
répétition identique. Une période relativement courte pouvant
toutefois résumer de façon accélérée le déroulement d’un cycle plus
étendu, notamment lors de périodes historiques, le passage presque
direct de la caste royale à un vague pouvoir populaire sombrant
inévitablement dans l’anarchie.
La dégradation s’est faite par étapes successives et plus ou moins
longues. Nous pouvons dire qu’au moment le plus sombre, il n’y a
plus de caste si inférieure soit-elle qui mérite cette désignation. C’est
l’Age noir (le Kali-Yuga),' le noir des ténèbres, à l’inverse de son
sens supérieur celui du non- manifesté.
Les indications contenues dans l’Œuvre Guénonienne
permettent de situer les centres de la contre-initiation.
L’étude des sources traditionnnelles ne faisant que renforcer s’il
en était besoin les dites indications.
Et pour ceux qui veulent l’appui de l’histoire ou de l’archéologie
ces dernières viennent confirmer les précédentes, et ce bien
entendu de façon toute involontaire.
Nous nous trouvons en présence de plusieurs contrées, situées
dans différents pays mais se trouvant étroitement liés entre eux
(pour réunir les diverses pièces de ce puzzle, le symbolisme et les
légendes sont infiniment précieux).
Citons maintenant René Guénon :
« D’après des témoins dignes de foi, il y a notamment dans une
région reculée du Soudan, toute une peuplade lycanthrope
comprenant au moins une vingtaine de mille d’individus, il y a
aussi dans d’autres contrées africaines des organisations secrètes,
telle que celle à laquelle on a donné le nom de société du Léopard,
où certaines formes de lycanthropie jouent un rôle prédominant. »
10

Outre le Soudan, la société « mère » pour la société du Léopard


se situe au Niger, où il existe des légendes relatives au dieu Set, la
présence « d'éléments » intéressant notre propos provenant de
Libye et du Tchad. Avec le Soudan, nous faisons une large place à
l’Egypte avec les Hyksos. D’autres pays, la Syrie avec les
Phéniciens, les Scythes et les Assyriens :
— les Phéniciens qui constituent une sorte d’anomalie, en
ramenant leurs préoccupations uniquement à des fins commer-
ciales.
« La tendance à tout ramener au point de vue économique, soit
dans la vie intérieure d’un pays, soit dans les relations
internationales est en effet une tendance toute moderne, les
anciens même occidentaux à l’exception peut-être des seuls
Phéniciens n’envisagèrent pas les choses de cette façon. »u
— les Scythes qui propagent une malédiction se trouvent liés
au chamanisme.
— les Assyriens :
« L’esprit Nemrodien procède du principe ténébreux désigné
par ce nom de Set. » 12
L’Irak : les précisions de René Guénon, d’après le livre de W.S.
Seabrook cité au début du chapitre ; berceau de l’empire Assyrien.
L’Iran : avec les Scythes omniprésents et des analogies avec les
sociétés du Léopard.
L’URSS : où nous arrivons en pleine terre de chamanisme
associée au nomadisme, dans son aspect dévié, dissolvant
(présence d’objets scythes accompagnant les pratiques chama-
nistes).
Nous suivrons une certaine progression du Turkestan aux steppes
du Kazakhstan, de l’Oural à la Sibérie, en n’omettant . pas la
jonction avec les Mongols. Rappelons que Gengis Khan
voulut attaquer le royaume du prêtre Jean, mais que celui-ci le
repoussa en déchaînant la foudre contre ses armées 13. - . Dans
l’ouvrage « Sur Isis et Osiris », Plutarque remarque que pour les
anciens Egyptiens, l’assimilation de la Grande Ourse avec Set-
Typhon est totale. v
Or si dans les pays ou les contrées cités nous retenons les
maillons les plus importants de la chaîne contre-initiatique à savoir
; le Soudan, le Niger, la Syrie, l’Irak et l’U.R.S.S. (le Turkestan,
l’Oural et la Sibérie) et que nous relions sur une carte ces différents
pays, nous découvrons une représentation •de la Grande Ourse. Il
s’agit, bien entendu, d’une représentation terrestre et maléfique cela
corrélativement avec la nature de la contre-initiation. L’association
de l’Ourse avec le début de la révolte des Kshatriyas n’exclut en
rien et complète étroitement la légende des Pléiades et de la
Tradition Atlante.
L’aspect céleste et bénéfique de la Grande Ourse assimilé aux
sept étoiles mentionnées dans l’Apocalypse contient en lui-même le
châtiment du règne momentané et illusoire du mensonge 14.
Saint-Yves d’Alveydre, quant à lui, parle : « Des assauts
consécutifs que la synarchie ramide de l’Agneau et du Bélier
Zodiacal eut à subir de la part de l’anarchie grandissante des
Touraniens15, des Yonijas, des Hiksos, des Phéniciens, arborant
comme signe de ralliement de leur naturalisme, l’étendard sanglant
du Taureau. » Et plus loin : « L’histoire du Gouvernement général
du Monde, à partir du moment où s’y intronisa, sous la poussée de
la force multitudinaire, le régime de l’arbitraire flétri par Moïse sous
le nom de Nemrod “voie du Tigre”. » 16
Nous traiterons dans le chapitre sur la contre-initiation en
Occident, des courants antitraditionnels de la Renaissance à la
Révolution Française ainsi que des réminiscences naturalistes
du Romantisme.
NOTES
1. Dans la tradition islamique, les sept Aqtâb sont les pôles régissant les Cieux
planétaires. Pour ce monde, ils sont représentés par les sept Abdâl.
2. René Guénon : Aperçus sur l’initiation, chapitre 2 Editions traditionnelles «
Ce qui fait l’intérêt de certaines visions, c’est qu’elles sont en accord, sur de
nombreux points, avec des données traditionnelles évidemment ignorées du
mystique qui a eu ces visions. On peut citer ici comme exemple les visions
d’Anne-Catherine Emmerich. » Tequi Editeur. Notons aussi qu’en 1891, guidé
par les indications précises d’A.-C. Emmerich, le R.P. Eugène Paulin découvrit le
site et la maison de la Sainte-Vierge à Meryam-Ana-Evi (près d’Ephèse) où Celle-
ci habita pendant neuf ans après la crucifixion, selon la tradition. -
3. En France, une légende provençale explique l’origine de la Crau. Selon cette
légende, les Géants fils de Caïn, régnaient sur cette vaste région. Leur orgueil les
poussa au sacrilège, ils tentèrent de renverser Dieu. Pour arriver jusqu’à lui, ils
voulurent déplacer les montagnes, arracher la Sainte-Victoire, y joindre les
Alpilles et hisser le tout au sommet du mont Ventoux. Mais Dieu décida de les
punir, Il ouvrit la main, trois aigles s’en échappèrent le Mistral, la Foudre et
l’Ouragan qui allèrent ramasser des pierres rondes au
. fond des fleuves et des mers. Un nuage terrifiant obscurcit l’air puis creva tout
d’un coup, ensevelissant les géants. -
4. Il est intéressant de noter que dans la Guerre des Gaules, César ne parle pas
des rois. A cette époque, il n’existait plus de royauté légitime, le pouvoir étant
entre les mains de militaires usurpateurs.
5. Fustel de Coulanges : Histoire des Institutions politiques de l'Ancienne France.
6. La Bible : Le Livre des Rois II, 22,23. Traduction Edouard Dhorme — La
Pléiade.
Il existait au Moyen Age des abrégés d’histoire universelle, les dynasties
régnantes étaient représentées généalogiquement depuis les temps légendaires,
puis bibliques jusqu’à cette époque.
7. Idem. Fustel de Coulanges.
8. Voir à ce sujet les travaux et mémoires du Centre de Recherche d’histoire et
de civilisation byzantine, Paris.
Saint Augustin parle du rôle des empereurs chrétiens dans la « Cité de Dieu »
V, 24.
« Nous les qualifions d’heureux quand ils ont gouverné justement, quand,
parmi les louanges que leur décernaient les flatteurs et les hommages de ceux qui
leur prodiguaient les marques d’humilité, ils ont su ne pas s’enorgueillir pour se
souvenir qu’ils étaient hommes, quand ils ont fait servir la puissance à la
propagation du culte de Dieu, quand ils ont craint Dieu, l’ont aimé et adoré ;
quand ils se sont laissés guider, non par la poursuite d’une vaine gloire, mais par
l’amour de la félicité éternelle.
9. Quand on lit à la messe les épîtres de saint Paul, les chevaliers restent
debout pour l’honorer car lui aussi fut chevalier.
10.René Guénon : le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, chapitre XXVI.
Gallimard.
11. René Guénon : Introduction Générale à l’étude des doctrines hindoues, chapitre
IV. Editions Véga.
12. René Guénon : Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, article sur Sheth.
Gallimard.
13. René Guénon : Le Roi du Monde, chapitre II, note 2. Gallimard.
14. René Guénon : Le Roi du Monde, chapitre X, note 3.
« La Grande Ourse est dans l’Inde le sapta-riksha c’est-à-dire la demeure
symbolique des sept Rishis, ceci est naturellement conforme à la tradition ,
hyperboréenne, tandis que dans la tradition atlante la Grande Ourse est
remplacée dans ce rôle par les Pléiades, qui sont également formées de sept
étoiles, on sait d’ailleurs que pour les Grecs, les Pléiades étaient filles d’Atlas et
comme telles appelées aussi Atlantides. »
15. Les Touraniens constituent l’ensemble des peuples ouralo-altaïques
habitant l’Asie Centrale et Septentrionale au nord de la Perse et auquel
appartenaient les Huns, les Magyars, les Turcs.
16. Saint-Yves d’Alveydre : Mission de l’Inde en Europe. Paris, 1949.
L’EGYPTE (SOUDAN, NIGER)

L’Egypte pharaonique continue d’exercer une fascination qui ne


cesse de grandir à notre époque. La multiplication d’ouvrages sur
ce thème semble vraiment inépuisable. Nous retrouvons l’Egypte,
bien entendu, dans la Bible et le Coran ainsi que dans les
témoignages des auteurs de la période antique. Mais une insistance
particulière est mise dans les ouvrages occultistes où l’on peut
trouver toutes sortes de théories, de prédictions sur l’avenir du
monde. Le noyau de cette agitation trouvant sa source dans la
survivance du culte du dieu Set, le dieu à tête d’âne. A cet égard, le
lecteur pourra se reporter à notre chapitre sur la contre-initiation
en Occident où nous retrouvons les mêmes personnages ayant joué
un rôle dans le plan subversif aboutissant au monde moderne ; les
coïncidences étant loin d’être fortuites. A partir de la Renaissance,
les Européens commencèrent à parcourir l’Egypte et à citer les
monuments antiques dans les relations de leurs voyages. Sur les
instances d’Henri II, puis de Charles IX, un médecin parisien
Pierre Belon séjourna plusieurs années en Orient et notamment en
Egypte. Un peu plus tard, André Thevet, aumônier de Catherine de
Médicis alla à Saqqarah non dans le but de ramener des pièces
archéologiques mais des momies ; avec ces dernières, l’on
fabriquait une poudre considérée comme élixir d’immortalité. Cette
poudre tenait une grande place dans « l’alchimie » de la Renaissance
(selon certains, on assure que François Ier en portait toujours un
petit sachet sur lui).
Le XVII1' siècle lance en quelque sorte la mode de l’orientalisme.
Vers 1672, Colbert enverra une expédition en Egypte, ayant pour
mission de se procurer un maximum de manuscrits et de pièces
anciennes l’Egyptologie officielle ne cessera ensuite de se
développer et de hanter curieusement de nombreux événements
constitutifs du monde moderne
Les anciennes colonies anglaises choisirent en 1776 la pyramide
tronquée comme devant figurer au recto du sceau de la république
qu’elles venaient de fonder. L’œil gravé remplaçant la pierre
manquante du sommet ; on pouvait lire sur le sceau la devise «
Annuit Coeptis » (il favorise nos entreprises), parallèlement était
créé un Comité du Grand Sceau le 4 juillet 1776 composé de
Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et John Adams. C’est à la
date du 15 juin 1935 que fut annoncée la décision de reproduire
sur les billets de banque américains le fameux sceau.
Postérieurement la mentalité anglo-saxonnne et plus
particulièrement anglaise allait être orientée par les révélations de
ceux qui s’intitulaient eux-mêmes les pyramidologistes.
Dès 1859, un mathématicien John Taylor exposera ses théories
relatives à la pyramide de Chéops (dite Grande Pyramide) ; de ses
déductions sortira l’affirmation que les anciens égyptiens
employaient les mêmes mesures que celles en usage en Angleterre
et en Amérique. Sans s’expliquer davantage il reconnaîtra à la
pyramide de recéler de par sa construction une science cachée et
même une prophétie.
Guénon indique d’ailleurs à ce propos : « La science d’Idris est
bien vraiment cachée dans la Pyramide, mais parce qu’elle se
trouve incluse dans sa structure même, dans sa disposition
extérieure et intérieure et dans ses proportions ; et tout ce qu’il
peut y avoir de valable dans les “découvertes” que les modernes
ont faites ou cru faire à ce sujet ne représente en somme que
quelques fragments infimes de cette antique science traditionnelle.
»1
Il est évident que la contre-initation aura sa façon particulière
d’interpréter et de diriger les travaux de la science profane à ce
sujet. Ces divagations se retrouveront dans le livre
, La Grande Pyramide, son message divin de l’ingénieur Davidson.
Selon cet auteur il existait avant le Déluge, une race
extrêmement intelligente qui déposa ses connaissances scienti-
fiques en les codant dans les dimensions de la Grande
Pyramide en prévision de la catastrophe qui les menaçait.’
Toujours d’après ses calculs, Davidson trouva que les anciens
avaient eux-mêmes prédit que leurs secrets seraient découverts
par de nouveaux sages. La période venant après le Déluge
jusqu’au Moyen Age étant comme à l’habitude dénoncée
comme une période d’obscurantisme, il était normal que toutes
les connaissances cachées soient mises à jour par les hommes
de la Renaissance ; cette période de bonheur dans la
*redécouverte scientifique devant s’achever en 2045 -
On ne se priva pas de démontrer que la science moderne
n’était en réalité que la continuation des sciences anciennes,
donc traditionnelles. Si le mythe du Grand Monarque intéresse
plus directement la France, l’équivalent pour le monde anglo-
saxon s’ébaucha à partir de la Grande Pyramide.
Accompagnant l’égyptologie anglaise on vit apparaître une
quantité de travaux proclamant que la race britannique
(incluant l’Amérique) se trouvait constituée par les descendants
de tribus perdues d’Israël. De nombreuses personnalités
venant des horizons les plus divers de la société se mirent à
échafauder les théories les plus extravagantes. Les dimensions
de la Grande Pyramide furent analysées, disséquées. On
mesura les galeries et on divisa les résultats obtenus en sections
; chacune trouvant sa correspondance avec un événement
historique. La prophétie que l’on voulait incluse dans l’édifice
aboutissait à la constitution d’un nouvel Israël. Servant la
propagation de ce courant, une érudition savante vit le jour,
englobant aussi bien les légendes antiques que les anciennes
chroniques. A mesure que l’Empire britannique s’accroissait, la
réalisation du « nouvel Israël » à devenir maître du monde
tendait à s’accomplir. Chaque étape était commentée et
justifiée à grands renforts de citations bibliques. Il est évident
que tout texte tronqué, revu et corrigé peut exprimer tout ce
que veut lui faire dire ses arrangeurs. Toute cette
agitation ne rencontra guère d’échos dans le communauté juive, à
l’exception de certains éléments détachés de leur tradition et qui
élaborèrent progressivement l’idée d’un Etat sioniste. Le
mouvement avait formé une association dénommée la British-Israël
World Fédération qui existait encore à la veille de la Seconde
Guerre mondiale et comportait plusieurs millions d’adhérents de
langue anglaise dans le monde. Elle compta parmi ses membres les
plus célèbres la reine Victoria (que Benjamin Disraeli fit proclamer
Impératrice des Indes), et le roi Edouard VII. Dès le début, l’un
des principaux buts de l’association consistait au retour des juifs en
Palestine sous l’égide du nouvel Israël. Lors de l’effondrement de
l’Empire Ottoman, à la fin de la Première Guerre mondiale, la
Société des Nations institua un protectorat de Palestine qu’elle
confia à la Grande-Bretagne. Cette dernière devait d’ailleurs
assumer sa tâche jusqu’à la création de l’Etat moderne d’Israël2.
*
**

Depuis sa création, l’archéologie ne cesse d’exhumer les vestiges


des civilisations antiques. A cet égard, l’Egypte ancienne continue
d’être particulièrement fertile pour les chercheurs et autres
organisateurs de fouilles. Après la découverte de la tombe du
pharaon Toutankhamon se développa dans l’opinion publique ce
que l’on dénomma la « Malédiction des Pharaons ». Tout ceci
donnant lieu comme d’habitude aux extravagances occultistes ou
aboutissant à un mutisme sarcastique et officiel. Ce n’était pourtant
pas la première fois que se produisaient des incidents fâcheux ; les
influences destinées à protéger les tombeaux ne faisant aucune
différence entre pilleurs de tombes et archéologues patentés. Les
premiers découvreurs étaient généralement des aventuriers, surtout
préoccupés de satisfaire la demande toujours grandissante des
musées européens qui se livraient une farouche concurrence pour
agrandir leurs collections. On accorda donc peu de crédit aux
circonstances étranges de leur mort. La répétition de ces faits et de
leur relation dans plusieurs journaux contribua à répandre la
fascination pour l’Egypte ancienne, s’accompagnant de la curiosité
populaire avide d’étrange et d’exotisme. On put difficilement passer
sous silence le nombre relativement élevé de morts prétendues
incompréhensibles ; à la suite de l’ouverture de la tombe de
Toutankhamon. Bien que se trouvant dans la Vallée des Rois, celle-
ci était restée inviolée jusqu’au moment des fouilles entreprises par
Howard Carter et financées par Lord Herbert Carnavon. Il semble
donc que ce soit un conglomérat psychique particulièrement
puissant et virulent qui se soit déclenché simultanément à la
découverte. L’abondance des pièces archéologiques mises à jour ne
put faire oublier les accidents inexplicables scientifiquement. Ce
genre d’événements n’a strictement rien à voir avec la véritable
spiritualité, par contre il met en évidence les agissements des forces
dissolvantes répandues à travers le monde par les soins
inconscients des archéologues entre autres et leurs conséquences
des plus néfastes. Passant outre l’avertissement gravé sur
l’antichambre du tombeau de Toutankhamon : « La mort abattra de
ses ailes quiconque dérangera le repos du pharaon. » Il faut
constater que le fait d’ouvrir une tombe, même sous le couvert de
l’archéologie, ne s’appelle pas moins une violation de sépulture. Si
les proches villageois furent embauchés comme terrassiers, ils
laissèrent éclater leur indignation et leur angoisse lorsque les
égyptologues jugèrent utile d’enlever le linceul entourant le corps
de la momie, s’émerveillant de trouver de magnifiques amulettes
sans se douter de ce qu’ils manipulaient. (Mais doit-on s’étonner
puisqu’il était de bon ton de s’inviter à déjeuner entre archéologues
et ce dans les tombeaux !) Les forces dirigées pour la protection de
la tombe entrèrent en action avec une régularité croissante, les
journaux qui comptabilisaient les victimes n’en dénombrèrent pas
loin d’une trentaine. Les premières personnes atteintes furent celles
qui faisaient partie de l’équipe des archéologues découvreurs de la
tombe, mais aussi d’autres chercheurs qui ayant trouvé dans des
fouilles antérieures des objets marqués au sceau de Toutankhamon,
•amenèrent Howard Carter à rechercher la tombe du pharaon..
II est à noter qu'avant tous les incidents toutes les victimes
se trouvaient en parfaite santé. Les attaques se déclenchèrent
sous les aspects les plus divers tels que piqûres d’insectes
inguérissables. Plusieurs archéologues succombèrent à des
maladies mystérieuses sans que les examens médicaux puissent
établir la nature du mal. Ceux qui conservèrent un restant de
lucidité déclarèrent à leurs proches notamment Lord Carna-
von, que Toutankhamon était la cause de leurs maux, son
demi-frère qui l’avait accompagné se suicida lors d’une
soudaine crise de démence.
D’autres, sujets à des malaises lorsqu’ils pénétraient dans la
chambre mortuaire furent atteints de dépressions nerveuses qui
les conduisirent au suicide eux aussi. Le docteur ayant
radiographié la momie du pharaon s’écroula le lendemain
frappé d’une crise cardiaque. L’archéologue principal, adjoint
de Carter, fut chaque nuit la proie d’effroyables migraines et de
visions terrifiantes, sa femme progressivement paralysée
mourra peu après. Si les événements qui eurent lieu autour de
la découverte de la tombe de Toutankhamon sont les plus
connus il faut savoir que de nombreux archéologues, et ce dès
le début de PEgyptologie, subirent les mêmes désagréments,
qu’il s’agisse de cancers foudroyants, de paralysies ou
d’aliénations mentales. Avec ce que nous avons dit plus haut,
. on peut se rendre compte de la nature particulièrement
malsaine des forces libérées; Celles-ci n’ont rien perdu de leur
efficacité puisque le même genre d’incidents touchent les
archéologues contemporains sans discontinuité, et même
présentement ; événements dont on ne rend jamais compte
bien entendu d’autant qu’ils sont difficilement réfutables, les
personnalités concernées et rendues de ce fait à une
douloureuse constatation, abandonnent le masque ironique du
scepticisme scientifique.
Comme toute société normale, l’Egypte ancienne est fondée
sur des bases traditionnelles. Si Ton peut considérer la
civilisation égyptienne éteinte, à part la survivance d’une magie
des plus inférieures, la richesse des vestiges tous empreints de
symbolisme (en laissant donc la vision archéologique ou
touristique), et la lecture des auteurs anciens sont autrement plus
enrichissantes que toute la littérature, si érudite soit-elle, se
partageant entre une platitude historique à la façon des manuels
scolaires ou les comptes-rendus de fouilles dans lesquels le
moindre caillou n’échappe pas au fichage, doublé d’une explication
savante.

D’après les anciennes chroniques, avant l’arrivée de Ménès,


l’Egypte était morcelée en petits royaumes combattants, formant
respectivement au gré des alliances les coalitions du Nord et du
Sud avec des périodes de prédominance de l’une sur l’autre. Cette
période chaotique prit fin à l’avènement de Menés, considéré
comme l’unificateur de la Basse et de la Haute Egypte. L’histoire
sacrée est indissociable du symbolisme qu’elle véhicule. Comme l’a
précisé Guénon, Ménès représente l’intelligence cosmique qui
réfléchit la Lumière spirituelle et formule la loi3.
En effet, Ménès ceint la double couronne blanche et rouge. Si
les deux royaumes du Nord et du Sud étaient gouvernés par
l’aristocratie, il semble que celle dirigeant le Nord (Horus) soit
restée à sa juste place avec la couronne rouge (couleur attribuée
aux Kshatriyas) alors que le Sud (Set) avec la couronne blanche (en
usurpant cette couleur revenant légitimement à la caste sacerdotale)
indique une révolte des Kshatriyas. Ce que viennent confirmer les
chroniques, où dit-on Ménès épousa la reine du royaume du Sud,
descendante d’une lignée de souveraines qui régnaient sur
différentes peuplades ayant pour dieu, Set. Nous retrouverons
l’élément « rajasique » des Kshatriyas poussé à l’extrême du fait de
la présence d’un pouvoir matriarcal. La reine étant dite héritière de
sept souveraines successives ; celles-ci sembleraient désigner les
ères passées (Manvantaras de la tradition hindoue)
et symboliseraient en quelque sorte la perpétuation contre-
initiatique en relation avec le dieu Set.
Ménès fonda un Centre spirituel à Memphis, situé dans le nome
au nom évocateur de la Muraille Blanche et promulgua le code
des lois qui lui avait été donné par le dieu Thoth. Nous
retrouvons l’Unité des traditions Ménès (Manu) Intelligence
cosmique, formulant la Loi et réfléchissant la lumière spirituelle
(Thoth). La portion du territoire se trouvant au Nord de
Memphis, s’appelant d’ailleurs nome de la Cuisse, ce qui nous
réfèrent directement au symbolisme polaire et à Ménès en tant
que « Roi du Monde ». De cette période de stabilisation,
confirmant le redressement opéré par l’Autorité spirituelle,
Memphis reçoit l’appelation de Balance du Double-pays.
Cette manifestation providentielle et miséricordieuse est tout
d’abord comparable à un feu illuminant et purificateur (tel le
Buisson Ardent) mais Péloignement inévitable et progressif vis-à-
vis de la manifestation, rend ce feu de plus en plus faible ; la
descente cyclique recouvrant le foyer de cendres mais les braises
(influences spirituelles) peuvent être à nouveau opératives et de ce
fait transmettre le feu sacré permettant l’établissement d’un
nouveau Centre spirituel. Le passage et la transmission
s’effectuant pour l’Egypte ancienne de Memphis à Thèbes.
L’allusion à cet éloignement est rapporté dans les légendes
- où Ménès fut tué en chassant un hippopotame (animal sétien)
qu’il poursuivait. Quant à son fils, il meurt assassiné par les
adorateurs de Set.’ Nous constatons l’agitation incessante de la
contre-initiation à l’ombre de la Muraille Blanche, et des forces
dissolvantes prêtes à s’engouffrer dès la moindre fissure.
Avant les périodes d’invasions, lors de son intronisation à
Memphis le nouveau pharaon effectuait une course autour de la
Muraille Blanche. Prenant possession du royaume, il inaugurait sa
fonction de protecteur de la Terre sacrée. Transformant en un
espace consacré le Double-pays, il est responsable de la protection
et de l’équilibre du pays.
- Pharaon est de naissance divine, son véritable père n’est
autre qu’Amon-Rê qui décidant d’un nouveau règne convoque les
douze dieux principaux. Par l’intermédiaire de Thoth, le Maître des
dieux s’unit avec une mortelle 4. Le but du pharaon est de se
conformer à la Loi divine, il se doit d’unir la Terre au Ciel.'
Soigneusement établi et délimité selon son archétype céleste et
prolongement territorial soumis aux influences spirituelles émanant
du Centre initiatique de Memphis, le pays d’Egypte aux yeux de ses
habitants devient le Centre du Monde. Les pays aux alentours
représentent les ténèbres extérieures.,
La préoccupation des Egyptiens sera de garder l’intégrité de leur
sol, toute intrusion devenant une profanation. Les nombreuses
actions guerrières seront menées pour repousser les envahisseurs.
Ceux-ci viendront des pays limitrophes à partir du désert lybique
ou de régions de Palestine, mais c’est surtout à partir du fameux
pays de Kouch (l’actuel Soudan) que déferleront les vagues
successives constituées par des peuplades nomades. Celles-ci
trouvant toujours appui chez les adorateurs de Set ou bien aidant
ces derniers à se révolter.
Composant le Double-Pays, les royaumes du Nord et du Sud
représentent respectivement l’aspect sédentaire et l’aspect nomade.
La réunification de l’Egypte consiste à rassembler ce qui est épars.
Le royaume du Sud ne fut pas pour autant détruit, il s’agissait de
rétablir l’équilibre de la Balance. L’excès dans un sens favorable à
un aspect en ignorant son contraire ne peut être que source de
conflit et de chaos ; c’est s’éloigner de l’Unité pour sombrer dans la
multiplicité.
L’aspect nomade qui avait sa place sur la terre d’Egypte se
trouvait équilibré à sa juste place. Il dévia rapidement, ne portant
plus en lui que des forces corrosives occasionnant des failles dans
la Muraille blanche ; facilitant l’intrusion des influences du
psychisme le plus inférieur, en l’occurrence certaines tribus
nomades du désert incontrôlables et avides de pillage (dissolution).
Par contre, les Egyptiens ne mettaient aucun obstacle à laisser
entrer sur leur territoire les tribus nomades demandant l’hopitalité
en période de famine (symboliquement on « nourrit » des forces
dangereuses par leur
nature, mais qui canalisées sont neutralisées provisoirement)5.
Bien que l’antagonisme entre le dieu Horus et le dieu Set puisse
refléter une opposition entre deux principes s’appliquant aux
peuples sédentaires et nomades, il convient en premier lieu de
s’intéresser aux aspects sous lesquels ils sont représentés.
. Continuation des fêtes sétiennes de l’ancienne Egypte, le Moyen
Age connaîtra la fête de l’âne ou fête des fous (le fou est
l’ignorant, le profane) "où l’on élisait l’évêque de l’âne. A
l’occasion de cette nomination, on frappait des pièces de cuivre
qui servaient par la suite de signe de reconnaissance aux serviteurs
de Pévêque. On introduisait ensuite un âne dans l’église, lors d’un
simulacre de messe en son honneur, ses adorateurs déclamaient
des discours grossiers et obscènes formant la prose de l’âne. Dans
de nombreuses traditions,
l’âne considéré avec répulsion est l’animal incarnant les
forces les plus sinistres..
Un certain nombre d’indications concernant le dieu à tête d’âne
(Set Typhon) se trouve exposé dans le traité de Plutarque : « Sur
Isis et Osiris » 6. Pour ce dernier, « Typhon est aveuglé par la
fumée de l’ignorance et de l’erreur, il ne s’emploie qu’à
déchiqueter et qu’à ternir la parole sacrée. Mais la déesse Isis sait
la rassembler en son intégrité, la maintenir en son ordre, et la
transmettre aux initiés qui se consacrent au culte de la divinité. »
Cette description résume bien le rôle de la contre-initiation.
N’oublions pas non plus le rôle de la revue le Voile d’Isis (Etudes
Traditionnelles) servant de support aux exposés de René Guénon.
L’on retrouve d’ailleurs plus ou moins apparente selon les
circonstances une marque sétienne dans les attaques de toutes
sortes qu’il eut à subir.7 Le pourquoi de ces
- attaques s’explique par le fait que « les Pythagoriciens disaient de
l’âne qu’il est le seul animal qui ne soit pas né conformément aux
lois de l’harmonie et qu’il est de tous de tous les animaux le plus
insensible aux accents de la lyre » 8. Le lecteur se reportera à notre
chapitre sur la « Contre-initiation en Occident » où nous
montrons les correspondances établies
à partir du site de Blois ville natale de Guénon et les analogies avec
la doctrine pythagoricienne. Pour les auteurs anciens, l’assimilation
est totale entre Horus et Apollon "(on vénérera par la suite
Horapollon).
, Apollon dispense la connaissance véhiculée par les sons de sa lyre.
‘A chaque chant précis (invocation, mantra, dhikr), l’initié arrive à
une nouvelle étape (station, demeure) de son voyage initiatique. Ce
parcours ascendant s’effectuant sur l’axe vertical, sur lequel se
situent les différents Cieux, ne peut s’opérer que par l’harmonie
(synonyme de parfait réceptacle) en vertu de l’étroite
correspondance unissant ces derniers entre eux. La juste mesure
doit rendre le son parfait (les chœurs des Anges) afin de véhiculer
correctement la Connaissance par les influences spirituelles. A
l’inverse de la musique des sphères, le braiement de l’âne constitue
une cacophonie, une dysharmonie semblable au bégaiement. Pour
les Egyptiens, la lutte contre les adorateurs de Set s’apparente à la «
petite guerre sainte ». Corrélativement l’annihilation progressive
des tendances désordonnées du psychisme de l’être qui forment le
« Moi » le plus inférieur symbolise la Grande Guerre Sainte contre
le « set » intérieur. Si l’aspect lumineux prédomine, l’être se sentira
attiré par la lumière Apolinienne (l’obtention de la Connaissance) il
orientera donc tous ses efforts vers le but ultime (s’il en est
capable) de transmuer sa « matéria prima » en or philosophai.
L’être ténébreux, quant à lui, se sentira parfaitement à l’aise dans
l’obscurité, en se vautrant dans la fange sétienne.
- Commun à Horus et Apollon, le faucon est un tueur de
serpents. Guénon avait signalé l’anagramme de typhon avec
python. Le serpent sous son aspect néfaste devient l’un des
animaux attribués au dieu Set. Alors que le faucon s’élève dans le
Ciel, le serpent rampe sur le sol, il faut donc que ce dernier soit
combattu et détruit, qu’il s’agisse de la stabilité d’une société
traditionnelle ou bien de l’être expulsant de lui les éléments nocifs
du psychisme.’ Si l’être se laisse envahir, subjuguer, le python
l’enserre progressivement dans un mouvement contraignant et de
plus en plus restrictif.
La vie « ordinaire » avec ses « obligations » en offre l’exemple le
plus flagrant. L’invention de la civilisation des loisirs qui servait de
garde-fous se désagrège inexorablement cernée par les gouffres
causés par les désordres toujours plus nombreux qu’occasionnent
les soubresauts du python avant que ne se lève l’Heure. Cette
force oppressive qui tent à tout réduire à l’aspect commercial,
devient de plus en plus irrespirable9. Que le monde moderne
s’appelle société de consommation cela correspond aussi à la
localisation du « Moi inférieur » au niveau des intestins “. De par
ses déjections, le monde moderne ne transforme-t-il pas peu à peu
la terre en une gigantesque fosse d’aisance ?
Si les adorateurs de Set entourent le monde des anneaux de
python (qu’ils prennent inconsciemment comme base) leur ,
prétendue création s’étouffera d’elle-même. L’agitation incessante
que répandent les forces corrosives à travers le monde et que
caractérise leur origine sétienne ne peut que s’accompagner de
troubles et de catastrophes. ' Dans le processus initiatique, il s’agit
de réintégration, la manipulation nucléaire avec ses tours
déclenche la désintégration synonyme de pulvérisation “. En
définitive, ce plan concerté mondialement afin d’établir une
contre hiérarchie, dont les différentes étapes . sont comme des
sacrifices à rebours, tend à vouloir transformer la terre en
royaume de Set. Or le royaume de Set a pour territoire le désert.’
A une époque où l’on professe à tout va l’humanisme, le monde
devient sans cesse inhumain. Les belles certitudes ne peuvent plus
cacher leur stérilité.
Le désert est aussi le lieu des hallucinations, le monde moderne
ne tente-t-il pas de sauver sa façade au moyen de la suggestion et
de l’hypnose ? Les événements actuels recèlent tous à divers
degrés un élément grotesque. Essayant de s’échapper du bourbier,
les faiseurs de certitude se révèlent finalement bien incertains.
N’éprouve-t-on pas le besoin de faire suivre le mot avenir de celui
du futur ! Le désert au plan terrestre ou pris au sens symbolique
ne cesse de s’accroître. Le fait de se raccrocher à l’avenir-futur
n’empêche pas les savants, devant des évidences irréfutables, de
proposer une panoplie de
cataclymes prévisibles. L’origine de tout ceci découlant bien
évidemment des découvertes scientifiques et de leurs applications
industrielles, contradictoirement on continue à croire au sentiment
décidément tenace du salut par la science et de l’épanouissement de
l’humanité. De cette époque désacralisée ne se dégage qu’un
vulgaire dogme soporifique.
. Ce ne sont donc pas les moyens qui manquent au monde
moderne pour se détruire avec son large choix d’inventions et de
découvertes, Sans avoir nullement l’intention de nous lancer dans
des prédictions ni de succomber dans d’inutiles apitoiements
écologiques, nous constatons plusieurs phénomènes significatifs.
Ainsi la pluie symbolise la descente des influences spirituelles ; on
parle des pluies acides qui détruisent les forêts," or tout arbre peut
être pris comme une représentation terrestre de l’Arbre du Monde,
la destruction ne pouvant avoir d’effet que dans ce monde n’a bien
entendu aucune prise sur l’Arbre Spirituel.
L’arbre est aussi un pont, un gué, un support, l’état naturel du
monde suit et arrive au même état de décomposition. Un arbre
sans racine ou un monde ignorant ou niant les influences
spirituelles se condamne sans retour. Coupé de la Source d’Eau
vive, il s’enfonce dans le désert et ses mirages. Bien que nous
n’ayons aucune considération particulière pour la science profane
et athée, nous relèverons malgré tout deux hypothèses envisagées
par les « savants », possibles quant à leur développement mais que
nous nous garderons bien d’ériger en prédictions. Ce genre
d’événements entraînant les plus grandes terreurs ne visent
finalement que ceux vaguement croyants ou complètement athées
fortement attachés à « ce » monde. Guénon dit d’ailleurs à ce sujet :
« Il semble bien qu’un arrêt à mi-chemin ne soit plus guère
possible, et que, d’après toutes les indications fournies par les
doctrines traditionnelles nous soyons entrés vraiment dans la phase
finale du Kali-Yuga, dans la période la plus sombre de cet “âge
sombre” dans cet état de dissolution dont il n’est plus possible de
sortir que par un cataclysme car ce n’est plus un simple
redressement qui est nécessaire, mais une rénovation totale. » !2
Pour en revenir donc à la première de ces hypothèses, celle-ci
examine le cas bien connu d’un conflit nucléaire avec conséquence
de la chaleur obscure ainsi déclenchée, une nuit totale
accompagnée d’un hiver polaire sur toute la terre ; après l’hiver
revient le printemps saison de l’Age d’or.
Dans la seconde hypothèse, on s’inquiète d’une fissure qui va
en s’élargissant dans la couche d’ozone, celle-ci ayant comme
fonction de filtrer les rayonnements solaires. Paradoxalement,
cette couche d’ozone normale se voit détruite peu à peu par une
ozone artificielle créée par les déchets, les émanations produites
par l’industrie chimique. On accuse particulièrement le gaz
contenu dans les aérosols et par voie de conséquence la
manipulation d’un pulvérisateur, ce qui tend en l’occurrence vers
une pulvérisation généralisée ! (Petite cause, grand effet.) D’autre
part, les signes naturels sont les symboles de l’Ordre divin. La
couche d’ozone artificielle qui obscurcit la vue du Ciel semble
vouloir en être la négation ; puisque cette couche s’étend, elle
semble pouvoir triompher mais d’un autre côté en déchirant le
voile de la couche naturelle, elle prépare la venue de la Vérité par
le rayonnement solaire (le même rayonnement symbolisant à son
tour l’œil frontal de Shiva et comme l’indique Guénon, « un regard
de ce troisième œil réduit tout en cendres ; c’est-à-dire qu’il détruit
, toute manifestation n ». Ceci correspond donc bien à la fin d’un
cycle. La contre-initiation préparant la venue de son maître
travaille en réalité à l’accomplissement du Plan divin. Tout n’étant
qu’inéluctable soumission au Maîtres des . mondes. La lumière
solaire en tant que Vérité embrase la terre en une purification
générale détruisant le mensonge suintant du voile ténébreux: « La
Vérité est venue et l’erreur s’est évanouie, l’erreur assurément était
inconsistante. » (Coran X- VII, 81.)
Selon un dire du prophète Muhammad : « Nul ne verra son
Seigneur avant de mourir. » Il s’agira de la fin d’un monde et non
du monde rappelons-le ; la purification nécessaire devant être
générale. Ce qui est annoncée unanimement par toutes les
traditions ne doit pas engendrer la terreur sauf pour ceux qui ont
quelques raisons évidentes d’êtres châtiés. L’initié lui a déjà subi la
mort et sa descente aux enfers a été son Apocalypse intérieure.
*
**

‘ Loin d’être un peuple conquérant, les Egyptiens se satisfaisaient


pleinement de leur pays,’ Terre Sacrée et Centre du Monde, se
considérant au sens traditionnel comme des têtes noires 4.
Lors de récents colloques coûteux et fastidieux, des savants se
sont réunis pour savoir si l’appellation « tête noire », ne
s’occupant que du sens littéral le plus étroit, laissait entrevoir une
origine africaine des anciens Egyptiens ? Ce qui donna lieu à de
vives altercations entre les tenants et les adversaires de cette
hypothèse, sans qu’il soit fait bien entendu aucune référence au
symbolisme, mais une simple connaissance de ce dernier aurait
rendu caduque toute cette discussion s’enfermant dans des
spéculations sans fin. Selon la science officielle les anciens
pensaient comme les modernes, on doit en conclure que les
Egyptiens auraient adopté cette dénomination sans savoir
pourquoi. On se trouverait en présence d’une amnésie totale dont
tout un peuple aurait été affligé !
L’Egyptien le plus modeste pouvant leur donner la réponse.
Puisque tout ce qui est sacré passe pour superstition en vertu du
dogme moderne de l’évolution et comme toute loi scientifique se
voit tôt ou tard balayée par une autre qui fait considérer la
précédente et ses auteurs avec pitié et condescen-
- dance, et si nous suivons ce raisonnement les « intelligents »
d’aujourd’hui sont par conséquent les « sots » de demain. -
Le souci constant de se protéger aux niveaux terrestre
(envahisseurs) et spirituel (influences désagrégeantes) se trouve
parfaitement résumé dans le poème suivant concernant la Terre
Sacrée d’Egypte :
« Les portes se dressent pour toi, solides comme Horus.
Elles ne s’ouvrent point pour les Occidentaux.
Elles ne s’ouvrent point pour les Orientaux.
Elles ne s’ouvrent point pour les Septentrionaux. Elles ne
s’ouvrent point pour les Méridionaux.
Elle ne s’ouvrent point pour ceux qui sont au centre de la
terre, mais elles s’ouvrent pour Horus.
C’est lui qui les a faites. C’est lui qui les dresse.
C’est lui qui les défend contre tout le mal que Set leur a
fait. » 15
Seul importait donc aux Egyptiens la sauvegarde de la Terre
Sacrée.-A partir du rayon solaire (Horus-Apollon) s’établit la prise
de possession du sol dans les quatre directions cardinales. En
dehors des frontières, n’existe que le chaos peuplé d’influences
démoniaques. Les attaques des démons contre le « Monde » édifié
selon son modèle céleste sont personnifiées par les actions
militaires des peuplades s’infiltrant, propageant la désolation, la
ruine amenant le désert.
Il est aussi parlé dans le poème de « ceux qui sont au centre de la
terre ». Un fait significatif et des plus sinistres se trouve être le
projet devant aboutir prochainement à effectuer un forage pour
arriver au centre de la terre, soit directement aux enfers, domaine
de Lucifer, avec sa lumière obscure ; inversion de la Lumière
Apolinienne 16.
Certaines périodes de décadence permirent l’intrusion de
peuplades nomades que l’on désigne habituellement sous le nom
d’Hyksos, pillant tout, détruisant les temples et réduisant les
habitants en captivité. On attribue la facilité des victoires des
envahisseurs à l’emploi militaire de la cavalerie, inconnue
jusqu’alors des Egyptiens. Les envahisseurs venant par ailleurs des
quatre points cardinaux. Les peuplades du désert oriental par-delà
l’isthme de Suez étaient appelées Sétiou par les Egyptiens, il semble
bien que ces hordes avaient comme montures des hémiones (ânes
du désert) ce qui coïncide avec le rôle de l’âne monture des
influences infernales. Précédemment, après une période d’anarchie,
l’Egypte s’était déjà trouvée la proie d’une tentative d’invasion
jugulée par le règne d’un pharaon, fils d’Amon. En concordance
avec ce règne parfait, les crues du Nil redevinrent normales, la
famine prit
fin. Semblable à la Grande Muraille de Chine ou au mur dressé
par les Romains en Grande-Bretagne, fut édifiée une muraille
jouxtant le désert sur le côté oriental du delta. Les fissures dans la
muraille se transformèrent en une gigantesque brèche lorsque
déferlèrent les Hyksos.
Selon l’historien égyptien Manéthon, les Hyksos occupèrent
son pays pendant plusieurs siècles. On peut traduire le terme
Hyksos comme « Rois Pasteurs ». Ces rois en réalité des roitelets,
gouvernaient sur des tribus dont la principale occupation résidait
dans le pillage. Bien qu’établis de force en Egypte, ils se
ménageront des villages fortifiés dans le désert où ils
entreposeront le butin prélevé. Ces villages se trouveront en
• Syrie, en Palestine, en Phénicie ou plus précisément en pays de
Canaan. A propos de cette région, rappelons qu’elle tire son nom
de Canaan fils de Cham et sujet à la malédiction lancée par Noé.
Après les Egyptiens, les Israélites combattront ces tribus. •
Les Hyksos ne rencontrèrent pas d’opposition de la part des
Nubiens (Soudan) adorateurs de Set, ces derniers se considérant
comme leurs vassaux. Il faut dire que les Hyksos avaient toujours
manifesté du respect pour le dieu Set qu’ils assimilaient à leur
propre divinité Suteh dont F étymologie est plus que
ressemblante. Les deux divinités ayant entre autres animaux
communs l’hippopotame, appellation de Typhon pour les
Egyptiens puisque dans cette même langue Typhon se disait
Thobou et l’hippopotame Tobou, celui-ci représentant l’autorité
acquise par la force brutale. Symboliquement, cet animal vit au
fond des eaux, son corps est la masse, la pesanteur et la
disproportion de ses oreilles par rapport au reste du corps
montrent son inaptitude à l’écoute des sons harmonieux. Il
existait des fêtes nautiques se terminant par la mise à mort de l’un
de ces animaux. Horus avec sa lance (Rayon Céleste) anihilait les
forces rebelles (la lance étant équivalente des flèches, on retrouve
l’analogie avec Apollon tuant Python), le but supérieur de la
chasse consistant en la destruction de l’ignorance profane.
Désigné aussi sous le nom „ d’Anty en Haute-Egypte, Set avait
pour compagne une déesse
lionne Matyt. Dans leur capitale d’Avaris, les Hyksos donneront
comme parèdre à Set la déesse cananéenne Anat en égyptien Anta.
Située sur le territoire de Set, l’ancienne ville de Tjébou s’appelait
pour les Grecs Antéopolis, du nom du géant Antée vaincu par
Héraklès.
Diodore de Sicile parle de figuration de géants, dans les temples
égyptiens, frappés par Osiris. Symboliquement, nous retrouvons
une autre équivalence : celle du géant et du dragon en l’occurrence
le dragon Apophis ou Set ; le premier et le dernier des pharaons
usurpateurs de la lignée hyksos portant le nom d’Apophis.
Sous la conduite d’un Apophis, les Hyksos envahirent donc
l’Egypte ; ce dernier se proclama maître du pays, en réalité les
Hyksos furent stoppés au nord de Thèbes. Tenants du nomadisme
dévié (dissolvant), incapables d’organisation, ils laissèrent en place
les structures traditionnelles existantes non dans un but
d’appropriation ou de justice, mais pour mieux écraser d’impôts les
Egyptiens, il va de soi qu’ils étaient efficacement secondés par les
adorateurs de Set, trop heureux du règne de leur dieu et de
satisfaire ainsi leurs exigences matérielles.
L’arbitraire et l’injustice recouvrant le pays, les Egyptiens
commencèrent à s’organiser afin de lutter contre l’intrusion de
ceux qu’ils appelaient les « immondes », ce terme particulièrement
péjoratif étant dû au grief insupportable et abominable des
envahisseurs d’avoir systématiquement détruit et pillé les
sanctuaires sacrés accumulant forfaits et sacrilèges.
Examinons maintenant les faits historiques au vu de l’exégèse
traditionnnelle. Nous allons voir l’importance de Thèbes dans le
renouveau de l’Egypte et du rétablissement total de la seule
légitimité. Une fois de plus, Guénon nous fait bénéficier de son
savoir en nous parlant de la localisation des centres spirituels, dans
son ouvrage le Roi du Monde « Il semble que l’Egypte en ait compté
plusieurs, probablement fondés à des époques successives comme
Memphis et Thèbes. Le nom de cette dernière ville qui fut aussi
celui d’une cité grecque, doit retenir plus particulièrement notre
attention,
comme désignation de centres spirituels en raison de son
identité manifeste avec celui de la Thébah hébraïque, c’est-à-
dire l’Arche du déluge. Celle-ci est encore une représentation
du centre suprême, considéré spécialement en tant qu’il assure
la conservation de la tradition, à l’état d’enveloppement en
quelque sorte, dans une période transitoire qui est comme
l’intervalle de deux cycles et qui est marquée par un cataclysme
cosmique détruisant l’état antérieur du monde pour faire place
à un état nouveau. » La concision de cet extrait est d’une
remarquable richesse, v
- Les princes thébains refusèrent d’embrasser le culte du
dieu Set. Thèbes s’opposait à Avaris, devenue capitale des
Hyksos.» Avaris, bien avant l’invasion, était la ville des «
théologiens » du dieu Set, ce siège de la contre-initiation se
trouva donc activé pleinement. Rien ne semblait pouvoir
arrêter les Hyksos dans leur progression, ils furent pourtant
stoppés juste avant d’arriver à Thèbes. La contre-initiation
peut exercer son action dans le domaine psychique mais ne
peut accéder au domaine purement spirituel. Thèbes, Centre
de la Hiérarchie Suprême bénéficie de la présence de la
Divinité de la « Shekinah ». -Amon enseignait le corps
sacerdotal de Thèbes. « Thoth, dans son rôle de conservateur
et de transmetteur de la tradition n’est pas autre chose que la
représentation même de l’antique sacerdoce égyptien," ou
plutôt pour parler exactement du principe d’inspiration dont
celui-ci tenait son autorité et au nom duquel il formulait et
communiquait la connaissance initiatique 11.
Nous trouvons mentionnées les invocations à Thoth dans
les manuscrits égyptiens tel que « Thoth, ô fontaine douce à
l’homme altéré dans le désert » ou bien « Salut à Toi, Seigneur
des paroles divines qui préside aux mystères. » La ville où
naquit Thoth, Chmounou signifiant huit en langue égyptienne,
huit en relation avec la justice et l’équilibre ; cette ville sera
appelée Hermopolis par les Grecs, on sait l’importance de
l’ogdoade chez les pythagoriciens, le prêtre de Thoth portant
le titre de Grand des Cinq, le cinq étant le nombre nuptial des
.pythagoriciens, symbolisant l’équilibre entre le yin et le yang. ^
Le principe d’inspiration se trouvant représenté par l’oiseau du
dieu : l’ibis, la blancheur du corps consacré au sacerdoce, par
ailleurs la forme du bec s’apparente à la lettre Nûn en tant que
Grand Nûn céleste.
Toujours en relation avec les mystères de la lettre Nûn, la
rénovation thébaine organisa l’Egypte en vingt-deux nomes, tous
les prêtres avaient le crâne rasé, mais le prêtre de Thoth devait être
chauve, fait apparemment pittoresque, quelque peu inexplicable
pour les égyptologues. Le rasage de la tête s’assimile au
dévoilement initiatique. En son sens supérieur le prêtre chauve
bénéficie d’une contemplation directe, il peut parler à Dieu face à
face. Or cette expression désigne le Roi du Monde, reflet du Pôle
céleste, de Métatron « Ange de la Face » et parèdre de la Shekinah.
Le Tabernacle de la Présence Divine, Résidence de la Shekinah,
étant le Cœur de Thèbes, la chapelle blanche d’Amon. C’est Amon
lui-même qui ordonna la reconquête. Nous trouverons la
représentation terrestre de la Shekinah sous les traits d’une déesse
à corps de femme, en tant que Miséricorde avec une tête de chatte
Bastet et Rigueur avec une tête de lionne Sekhmet, le symbolisme
polaire est confirmé puisque le nome de la Cuisse lui était attribué ;
Fille d’Amon et chargée par son père de châtier les hommes
révoltés. Elle en avait fait un tel massacre que seuls les prêtres
avaient pu arrêter sa fureur en l’enivrant.
En commémoration, tous les ans était célébrée une fête de cinq
jours, pendant le premier mois de l’année (mois de Thoth et de
Janus). Elle figurait aussi comme déesse de l’Amour (désir de la
Connaissance), de la Musique tout comme Apollon. On adorait
Amon sous son aspect particulier de Bélier à Mendès, le Bélier
ayant comme parèdre une déesse Dauphin (Delphes) dans le nome
du même nom.
En relation avec l’aspect bénissant de la Shekinah, la déesse avait
sur son temple une image gravée en relief qui avait le pouvoir
d’exaucer et de guérir. Les prêtres attachés à la déesse exerçaient la
fonction de médecins.
- Thèbes est par excellence la ville d’Amon, la « Ville Sainte ».
Modèle de toutes les villes,’ telle la désignation d’Urbs pour Rome
ou l’appellation de la « Ville » la « Mekke » pour .l’Islani. Selon les
chroniques, Thèbes apparut hors de l’Océan Primitif (que les
Egyptiens appelaient le Noun) et symbolisait la Vittfe originelle à
laquelle le monde entier doit obéir. Le Noun ou Océan Primordial
avait joué le rôle d’un berceau, lieu de manifestation de la Lumière
Divine projetée sur Thèbes. La reconquête s’effectua sous les
règnes de plusieurs pharaons (notamment les Thoutmosis —
enfants de Thoth).*Les Hyksos essayèrent de se liguer avec leurs
anciens vassaux, les Soudano-Nubiens qui profitant de la faiblesse
des Egyptiens avaient constitué le royaume de Koush. Expulsant
progressivement leurs adversaires, les Thébains poursuivirent leurs
anciens envahisseurs jusqu’en Palestine. Commença alors le
Nouvel Empire. Mais cet équilibre relativement fragile fut souvent
menacé dès qu’un signe de faiblesse apparaissait : non-conformité
du règne par rapport au Mandat du Ciel. Les hordes dévastatrices,
tout comme les influences malsaines guettaient la moindre faille
pour s’engouffrer à l’assaut de la Terre Sacrée. Les pharaons
devaient organiser des expéditions dissuasives à l’encontre des
tentatives d’intrusion intermittentes. Les menées sétiennes
continueront à prendre les apparences les plus diverses. Elles se
matérialiseront sous le règne de plusieurs pharaons comme
Akhénaton, Ramsès II et Ramsès III. Les prêtres d’Amon seront
en butte à des persécutions, mais légitimes détenteurs de
l’authentique tradition égyptienne, ils resteront, malgré les
circonstances, toujours omniprésents, même semblant en «
sommeil ».
• Le pharaon Amenhotep (paix d’Amon) changea son nom en
Akhénaton, gloire à Aton (au soleil)’ Il s’agit d’une déviation
naturaliste, un abaissement de compréhension, une déviation, .
une hérésie puisque le symbole est considéré comme une fin en
soi et non susceptible d’élever à la Connaissance. Akhénaton se
sacrera lui-même grand-prêtre d’Aton ' parodiant ainsi le Grand-
Prêtre d’Amon. Il ordonnera pour son intronisation la
construction d’un temple dédié à Aton dans l’enceinte sacrée
d’Amon à Karnak.- La cérémonie, d’ailleurs, tourna court,
interrompue définitivement par la foudre et la grêle. Décidément,
peu à l’aise dans Thèbes, Akhenaton entouré de ses courtisans
partira fonder sa ville sur le site de Tell el Amarna. L’aspect de
révolte, d’inversion, et de dégénérescence, de cette caricature de la
royauté (que l’on retrouvera dans l’apparence féminine
d’Akhenaton) prendra fin après treize années de règne pendant
lesquelles les temples d’Amon furent fermés.
- Avec à nouveau comme capitale Thèbes, le culte d’Amon
redevient florissant. -

*
**

Il ressort nettement dans les livres désignés comme apocryphes


vis-à-vis de l’Ancien Testament que la mission de Moïse était de
renverser les enfants de Set. La lutte de Pharaon, Ramsès II, à
l’encontre de Moïse est riche d’enseignements. Nous nous
référerons aux traditions islamiques qui nous apportent de
précieuses indications. Il est dit que c’est un charpentier (suivant
de façon cachée la religion des fils d’Israël) appartenant à la
famille de Pharaon qui construisit le berceau de Moïse en accord
avec la mère de celui-ci. La tradition occultée du sacerdoce
égyptien participe en tant que « charpentier » à la réalisation du
Plan Divin, du Grand Architecte, facilitant la mission du principe
spirituel Moïse, représentant lui-même le noyau d’immortalité
dans la tradition hébraïque et une des manifestations de l’Avatâra
éternel.-
Le compte-rendu de Guénon du livre de M. Robert Ambelain,
touchant directement au sujet même du dieu Set, nous amène à
citer l’extrait suivant qui éclaire en quelque sorte l’état initiatique
de Ramsès II : « Il s’agit en principe d’une initiation de Kshatriyas,
mais dégénérée par la perte complète de ce qui en constituait la
partie supérieure au point d’avoir perdu tout contact avec l’ordre
spirituel, ce qui rend possibles toutes les “infiltrations”
d’influences plus ou moins suspectes. Il va de soi qu’une des
premières conséquences de cette dégénérescence est un
naturalisme poussé aussi loin qu’on peut l’imaginer. » 18
Nous avons vu le « naturalisme » avec Akhénaton. Quant à
Ramsès II, la rupture avec l’ordre spirituel était effective dès le
début de son règne ; il prétendra au titre de « Chef de la Hiérarche
initiatique ». Il n’arrivera pas malgré ses efforts à faire légitimer sa
prétention, il avait fait dresser sa statue à côté de celle d’Amon.
Totalement sous l’emprise de son Moi inférieur, il se fera
représenter s’adorant lui-même. Importuné de n’avoir reçu
aucune allégeance de la part des prêtres d’Amon il préférera
quitter Thèbes et fit construire une nouvelle ville portant son
nom. Or, cette ville fut édifiée sur le site d’Avaris.' L’illusion à se
considérer comme le Pôle de son
- époque était entretenue par un mystérieux conseiller à la tête du
centre contre-initiatique réactivé sur les ruines d’Avaris.
- Ce conseiller, appartenant aux awliya es-shaytân (saints de
Satan), c’est lui qui se chargera de construire une tour (du diable) à
la demande de Ramsès. Ce dernier voulant ainsi démontrer en
gravissant son édifice que Dieu n’existait pas puisqu’il ne s’était
pas montré malgré ses appels à comparaître. -
Dans le Coran (28), l’épouse de Ramsès s’adresse à celui-ci en
parlant de Moïse : « Puisse-t-il être une fraîcheur d’œil pour moi et
pour toi ! » Ce que refuse Ramsès s’enfonçant
- dans son immense orgueil.' Par rapport à l’initiation dont il est
titulaire, Pharaon ne voit que d’un œil, manipulé par la contre-
initiation, il tend à devenir irrémédiablement borgne et se prépare
à devenir une sorte de monarque à rebours.
. Lors de l’épisode du Buisson Ardent, il est prescrit à Moïse
d’enlever ses souliers afin de ne pas souiller le lieu sacré. Les
souliers de Moïse étaient faits avec de la peau d’âne.’ Moïse foule
aux pieds les passions inférieures qu’il maîtrise, libéré ainsi de
l’emprise tyranique de l’âme passionnelle. Son âme est pacifiée.
Moïse est le Connaissant par Dieu.
Perplexe et dérangé dans son obstination vis-à-vis de Moïse,
Pharaon fait appel aux magiciens (contre-initiation). Se
considérant de par leur orgueil comme égaux voire supérieurs à
Moïse, les magiciens réunissent cent charges de bâtons et de corde
portées par des ânes !
Le serpent de Moïse avale les serpents des magiciens. Tout . se
fond dans l’Unité. L’Unité est supérieure à la multiplicité. Le
spirituel a primauté sur le psychisme. Malgré la patience et les
admonestations de Moïse, Pharaon s’entêtait, esclave de son « ego
démoniaque ». Si un certain fléchissement se faisait sentir chez le
souverain, la haine était aussitôt attisée par son conseiller. La chute
et cet éloignement de la Vérité devaient trouver leur épilogue lors
de l’anéantissement des Egyptiens pendant le passage de la mer
Rouge, où Pharaon et (son pouvoir) son armée à la tête de laquelle
se trouvait son conseiller finirent au « fond des eaux » point de
non-retour de la chute, rejetés dans les ténèbres extérieures.
Toujours d’apres les traditions islamiques, c’est Moïse qui
provoqua volontairement la poursuite des Egyptiens. Ceux-ci
partirent, non pour retenir les Hébreux mais pour récupérer leur
or. Certains juifs doutèrent de la noyade de Pharaon car ils ne
pensaient pas qu’avec son pouvoir celui-ci puisse être noyé. A la
demande de Moïse, Dieu fit remonter les corps et les mêmes qui
doutaient précédemment s’empressèrent malgré les mises en garde
de Moïse de piller les cadavres et de s’approprier l’or. Dirigés et
encadrés par la contre-initiation, les Egyptiens noyés sont les
influences magiques et inférieures neutralisées. La malédiction de
l’or matériel accompagnant les extravagances d’une alchimie
dévoyée. Ceux, parmi les Hébreux, sujets aux errements de leur «
Moi inférieur » subissent en conséquence la domination de leurs
passions inférieures, se créent eux aussi un monde coupé de
l’ordre spirituel et fabriquent un dieu « le veau d’or » semblable à
leurs basses aspirations. Le châtiment exemplaire qui suivit permit
de séparer l’ivraie du bon grain. Cette purification nécessaire fut
dirigée par la tribu sacerdotale de Lévi, en l’occurrence la
hiérarchie initiatique, les Israélites au vrai sens spirituel de ce
terme.
Le règne de Ramsès III déclencha ce que les chroniqueurs
égyptiens désignèrent comme les guerres des Impurs, les
Sétiens aidés des tribus du désert saccagèrent les temples et se
livrèrent, comme à leur habitude, aux pires excès. Après plusieurs
années, les prêtres d’Amon et l’aristocratie thébaine mirent fin au
désordre. Le palais de Ramsès détruit et les Sétiens chassés hors
d’Egypte, la puissance des adorateurs du dieu à tête d’âne s’écroula,
les derniers fidèles du dieu se réfugièrent dans les oasis.
Lors du règne de Ramsès III, hormis le noyau de la tradition, le
développement des sciences inférieures telles que la magie
(pouvant vite tomber au niveau de la simple sorcellerie) avait pris
un développement considérable. Les dieux n’étant plus envisagés
comme différents aspects du dieu Amon lui-même mais comme
des puissances indépendantes.
Par la suite, la dynastie des Ramsès se remarquera par des
désordres continuels, accompagnés de famines. Un Ramsès
destituera un Grand Prêtre d’Amon pour le remplacer par son
favori, ce qui aura pour conséquence la fin accélérée du règne. On
arriva enfin à la création d’un nouveau titre « Grande Prêtresse
d’Amon » rôle tenu par les princesses royales. A travers les
querelles intestines et les luttes incessantes, les prêtres d’Amon
garderont malgré tout intacte la doctrine initiatique. Le Centre
spirituel de la tradition égyptienne se déplacera à l’oasis d’Amon
(oasis de Siouah) où viendra Alexandre Le Grand. Les Grecs
appelaient cet oasis du nom plus qu'évocateur d’île des
Bienheureux et il fallait en partant de Thèbes sept jours pour
parvenir à l’oasis. La domination perse fut pratiquement semblable
à celle des Hyksos. Le souverain Artaxerxès III rendit les honneurs
divins à un âne amené dans le temple de Ptah. *
- Cambyse lança ses troupes à l’assaut de l’oasis d’Amon. On ne
retrouva jamais trace de son armée. Il mourut d’une blessure qu’il
se fit avec son propre poignard, à l’endroit même où il avait frappé
un bœuf consacré à Apis. „
Toutes les tentatives d’élimination à l’encontre de la hiérarchie
initiatique resteront vaines. Jusqu’à l’établissement officiel du
Christianisme par l’édit de l’empereur Théodose, les Fils de Thèbes
resteront fidèles à leur rôle de détenteur de la légitimité de la
tradition égyptienne. La tradition chrétienne fera des temples des
églises, la croix ansée deviendra celle du Christ et l’ibis symbolisera
également le Sauveur. Les chrétiens prieront devant les statues
d’Isis allaitant Osiris, tout comme la Vierge allaitant l’Enfant Jésus.
* «
**

La fondation du Royaume de Koush en Nubie est corrélatif à


l’invasion hyksos ; profitant de celle-ci, les Nubiens détruisirent les
forteresses constituant la ceinture défensive qu’avaient édifiée les
Egyptiens. Lors de la reconquête, les Hyksos proposèrent des
alliances aux Nubiens pour lutter contre les Thébains.
Le pays de Koush prendra toute son importance dans les
chroniques égyptiennes à l’avènement de la dynastie dite «
éthiopienne ».
Après que les Koushites se furent retirés d’Egypte, ils ne
continuèrent pas moins à se proclamer comme les descendants et
les héritiers de la tradition égyptienne. En fait, malgré le vernis
égyptien, avec des temples dédiés à Amon, la prépondérance des
divines adoratrices aboutira à un pouvoir matriarcal. Il semble que
les Koushites aient repris et transporté, en quelque sorte, une
magie inférieure caractéristique d’une Egypte en pleine
dégénérescence. Il existe dans l’ancienne capitale Napata (l’actuel
Djebel Barkal), les vestiges d’un important « Typhonium » dédié à
Set. La nouvelle capitale Méroé se situera non loin de la sixième
cataracte (Kerma). Le culte méroïtique se vouera particulièrement
aux dieux guerriers ; en premier, le dieu lion ou à des héros
divinisés à tête de lion. Cet animal représentant dans le cas présent
uniquement la force,' ceci n’étant pas sans rapport comme nous le
verrons plus loin avec les sociétés d’hommes lions ou d’hommes
léopards.
On attribue à la civilisation méroïtique la technique de la
fonderie et du travail du fer qui se propagea par la suite à travers
l’Afrique saharienne. Outre le fer, on extrayait le cuivre et l’or dans
la zone du Kordofan. L’aspect maléfique des métaux prendra toute
sa signification avec l’usage et l’attrait profanes. Le fer s’associe à
l’usage guerrier ; l’emploi de plus en plus répandu de charrues à soc
en fer contribuera à ruiner le sol et à faire surgir de nouvelles
régions désertiques. Pour le cuivre, on pourra se référer aux
rapprochements signalés par Guénon 19 quant à l’or des termes
comme la fascination ou la soif de ce métal se passent de
commentaires.
La disparition de la civilisation méroïtique n’empêche pas la
continuation de survivances magiques de l’ancienne Egypte.
Bien que le Soudan soit un pays à dominante musulmane, il n’en
est pas moins vrai que certaines tribus nomades ou situées dans des
régions d’accès difficile poursuivent des pratiques animistes. Dans
le secteur du Kordofan, des tribus sont redoutées pour la magie
noire qu’elles auraient acquise lors de séjours prolongés dans les
anciennes mines.
D’autres tribus font remonter à l’époque pharaonique l’origine
de leurs pouvoirs et s’attachent à les pratiquer dans les ruines
d’anciens temples. La peuplade de « lycanthropes » dont parle
Guénon se situe dans la région des Monts Nuba où subsiste un
chamanisme dévié et réduit à des pratiques de sorcellerie.
Si nous appliquons le sens géographique au Soudan, outre le
nom donné au pays actuellement, le terme en lui-même recouvre
plusieurs pays africains dont le Niger et le Nigeria qui intéressent
directement notre propos.
Bien qu’ils ne soient plus aussi importants qu’autrefois et qu’ils
se dissimulent soigneusement, il existe encore certains
groupements dont le plus connu est celui des hommes- léopards ;
le postulant étant admis lors de sa soi-disant naissance en rampant
et en s’enfouissant sous une peau de léopard femelle. L’admis
recevant des griffes de fer lui servant à tuer ses victimes humaines.
Lors des réunions, les membres se livrent à la pratique de la
sorcellerie et au cannibalisme (de même inspiration existent aussi
les sociétés d’hommes- caïmans).
Les femmes se regroupaient sous le nom de femmes- panthères,
s’affublant de masques félins et d’ongles de fer, réputées comme
sorcières et faisant commerce de viande humaine. Les sociétés se
firent discrètes lors de la domination anglaise, elles bénéficièrent
d’une inhabituelle mansuétude de la part des autorités. Il est à noter
que la majorité des hommes-léopards travaillaient dans les mines
d’uranium !
Léopard, panthère ou caïman en tant qu’animaux destructeurs
sont des emblèmes du dieu Set. L’entrée dans la société est un
simulacre d’initiation, en réalité il s’agit de développer un processus
à rebours de la véritable spiritualité et d’entraîner le sujet dans les
prolongements inférieurs et donc infra- humains. Quant au
processus initiatique, celui-ci est une élévation progressive. On
connaît l’Ane d’Or d’Apulée où Lucius est métamorphosé en âne
(en partie par sa fascination pour la magie) ; grâce à l’intervention
d’Isis, il est libéré de sa peau de bête, accepté comme novice par un
prêtre de la déesse qui le prend par la main et le revêt d’une robe
de laine blanche20.
Le fait de se recouvrir délibérément et définitivement d’une peau
de bête représente pour l’être une descente aux enfers sans
possibilité de retour ; dans le cas des hommes-léopards, la
similitude entre l’extérieur : emploi dans les mines d’uranium
(désintégration) et l’intérieur : appartenance au groupement, est
plus que significative.
La descente aux Enfers, purification nécessaire avant la
remontée préludant la nouvelle naissance était connue de certaines
tribus. Le futur initié revêtait une peau de lion, préparé pour
affronter sa descente, il était envoyé dans la brousse jusqu’à
épuisement de ses possibilités inférieures, support momentané
d’influences dangereuses. De par sa préparation, il faisait
parallèlement office pour la tribu de gardien du seuil tant que
durait son état, en protégeant le territoire des incursions d’autres
tribus donc de forces hostiles. Passé un certain temps, il revenait
parmi les siens, on lui enlevait alors sa peau de lion.
Set, lors du meurtre d’Osiris, avait parmi ses complices une reine
du nom de ASO, la révolte des géants est synonyme de celle des
kshatriyas, dans le pays du Niger le nom généralement attribué aux
géants est celui de SAO, anagramme de ASO.
. Il subiste des tumuli que les actuels habitants de ces contrées
considèrent comme les « maisons » des géants ; se gardant bien d’y
déterrer quoi que ce soit, les traditions mettent en garde de ne pas
réveiller le sommeil des géants.
Les archéologues, quand ils le purent, s’empressèrent d’exhumer
le contenu des tumuli se faisant ainsi les propagateurs inconscients
des résidus psychiques.
• Chez les touaregs du Niger, l’âne est considéré comme le plus
méprisable des animaux ; le sobriquet d’âne vise les personnes
affligées de difformités. Les géants sont décrits comme des êtres
violents et rusés portant des oreilles d’âne ; les dessins
préhistoriques leur sont attribués ainsi que divers signes gravés,
ceux-ci sont appelés écriture de Satan. Seuls les sorciers, avec l’aide
des mauvais esprits, peuvent la déchiffrer21. La présence sétienne
est ainsi constatable dès les temps préhistoriques.-
*
**

C’est aussi Apollon faisant pousser des oreilles d’âne au roi


Midas. Byzance connaîtra la sorcellerie et les envoûtements avec
invocation à Set22. En ce qui concerne la fin du cycle, les traditions
islamiques annoncent l’apparition de l’Antéchrist, entouré des
insensés et des magiciens, ayant à ses côtés un âne d’une taille
gigantesque.
Ces mêmes traditions étant par ailleurs en accord avec les autres
formes traditionnelles sur l’apogée fort courte de l’Imposteur,
aboutissement et destruction en fin de compte du plan contre-
initiatique.
Anne-Catherine Emmerich confirme la survivance des
adorateurs de Set.
Nous dirons, pour clore ce chapitre, que les attaques sétiennes
contre le Serviteur de l’Unique démontre une fois de
plus qu’il n’y a que la Vérité qui blesse et soit insupportable
pour les adorateurs ténébreux.

NOTES

1. Le Tombeau d’Hermès E.T., décembre 1936, repris dans Formes


traditionnelles et cycles cosmiques.
2. A Jérusalem, dans le secteur de Mea She’arim, où se sont regroupés les
juifs religieux, refusant autant que peut se faire la modernité, envisagent
Israël au sens spirituel, fort éloigné du sens profane.
3. Le Roi du Monde : chapitre IL
. 4. De même les anciens grecs symboliseront la fondation d’une dynastie où
l’établissement d’un centre spirituel sous le couvert des amours de Zeus. • La
compréhension profane ne voulant y voir qu’atteinte à la morale ou une
apologie du libertinage.
5. Nous ne dissocions pas les faits historiques de leur complément
symbolique. Nous laissons toute autre interprétation « fumeuse » aux
partisans de la lutte des classes. Vu l’état actuel, de prétendues classes qui
seraient d’ailleurs inclassables dans une société traditionnelle sauf en les
situant hors caste !
6. Traduction M. Mario Meunier. Editions de la Maisnie.
7. Dans un compte-rendu d’avril 1933, à propos d’un numéro d’Atlantis
Guénon parlant de Paul Le Cour : « Comme nous l’avons signalé, il tombait
en extase devant le dieu à tête d’âne, parce que dans onagre il voyait Aor-
Agni ! Où de pareilles imprudences pourront-elles bien finir par nous mener
? repris dans Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage. Tome I.
Editions Traditionnelles.
8. Elien. Nat. Anim. X, 28, cité par M. Meunier.
9. Certaines expressions sont explicites tel le serpent monétaire européen. '
10. Saint Paul, Ep. Romains 16, 18 : « Ces gens-là ne servent pas notre
Seigneur le Christ, mais leur ventre, et par leurs propos doucereux et
flatteurs, ils séduisent le cœur des simples. »
11. Nous citons le nucléaire en tant qu’exemple significatif. Par ses
inventions qui sont autant de sacrifices à son idole la science, le monde
moderne se prépare tout entier à sa grande immolation.
12. René Guénon : La Crise du monde moderne, Gallimard.
13. René Guénon : Symboles Fondamentaux : Quelques aspects du
symbolisme de Janus.
14. Idem : Les Têtes noires.
15. M. G. Posner : Richesses inconnues de la littérature égyptienne.
16. Esotérisme de Dante, page 72. Gallimard.
17. Formes Trad. et Cycles Cosmiques.
18. Compte-rendus. Editions traditionnelles.
19. « C’est en réalité le même mot qui en hébreu signifie “serpent” (nahash)
et “airain” ou “cuivre” (nehash) ; on trouve en arabe un autre rapprochement
non moins étrange : nahas “calamité”, et nahâs “cuivre”. » Article sur Sheth
Symboles Fondamentaux.
20. Dans l’Islam, l’aspirant à la Voie, formule sa demande à un Maître en
demandant à être pris par la main ; autre analogie avec la robe de laine des
soufis.
21. De Foucauld et de Calasanti-Motylenski : textes touaregs, Alger 1922.
22. On peut voir une figuration du dieu à tête d’âne sur un des chapitaux de
l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, ou à Sens sur le bénitier de l’église Sainte-
Colombe. Enfin, soulignons à titre anecdotique que l’emblème de l’actuel parti
démocrate aux U.S.A. est une tête d’âne !

Sarcophage de Byblos dit « Sarcophage d’Hiram » (l’Illustration)


Amulette de protection contre le dieu Set trouvée à Byblos (l’Illustration).
SYRIE

Sans nous lancer dans les implications politiques actuelles, nous


nous intéresserons à la civilisation phénicienne localisée
actuellement au Liban mais que l’on peut englober au sens
géographique du terme comme faisant partie de l’aire syrienne ;
telle que pourront la définir les auteurs anciens, particulièrement
ceux de l’Antiquité. Il est bien entendu que le nom de Syrie a pu
s’appliquer à d’autres contrées antérieurement, conformément aux
différents cycles, sans rien changer pour autant au symbolisme
correspondant et inclus dans la géographie sacrée.
Pour Hérodote, parlant des Phéniciens : « Ce peuple qui habitait
autrefois les rives de la mer Erythrée a émigré vers la Méditerranée
et s’est établi dans les régions qu’il occupe maintenant »
- Diverses traditions donnent les Phéniciens comme descendants
de peuplades ayant pour territoire le pourtour de la Mer Morte et
qui se fixèrent sur la côte de Syrie après le cataclysme de Sodome
et Gomorrhe.
Il nous faut considérer deux aspects de la civilisation
phénicienne, le plus connu est celui d’un peuple entièrement basé
sur l’aspect commercial. Les autres peuples n’ignoraient pas non
plus le négoce, mais les procédés employés par les Phéniciens qui
auraient fait l’admiration d’un Machiavel ou d’un homme d’affaires
moderne, étaient pour les anciens synonyme de déloyauté et de
traîtrise.
• L’expansion phénicienne s’effectuera par voie maritime. Les
habitants de Tyr rapportaient qu’après la création du monde,
vinrent des demi-dieux, l’un de leurs fils, un géant vivant de la
chasse fut le premier à s’aventurer en mer sur un tronc d’arbre.
Ce seront surtout les carthaginois qui seront réputés tout à la
fois pour leur rapacité et leur avarice.»
Pour Polybe, à Carthage on ne tient pour déshonorant rien de
ce qui produit un profit. Plutarque, quant à lui, les décrit en ces
termes : « dociles à leurs chefs, ils sont durs envers leurs
subalternes, ils passent d’un extrême à l’autre, car si la crainte les
rend poltrons, la colère déchaîne en eux la sauvagerie.
Opiniâtres dans leurs décisions, ils se montrent récalcitrants et
même inaccessibles aux réjouissances de la vie comme à ce qui
peut l’embellir » (De Républica, Ger III, 6).
„ Une des principales sources de richesse de Carthage
proviendra d’Espagne avec la fondation de la colonie de Gadir' ;
et, la mainmise sur les mines de la région de Tartessos
qu’exploitaient les populations autochtones réduites en escla-
vage.
* L’ancienne Gadir deviendra célèbre, après la soi-disant
découverte de Christophe Colomb, sous le nom de Cadix.’ C’est
de ce port que partiront les conquistadores qui emploieront les
mêmes méthodes au Mexique et au Pérou pour s’approprier les
richesses minières !
Nous avons tâché de faire ressortir ce premier aspect axé sur
le seul profit, trait tout à fait anormal pour l’époque. Nous
constatons que si les villes phéniciennes entretenaient entre elles
d’évidentes relations, il n’en est pas moins vrai que chacune se
voulait indépendante des autres. On ne peut pas seulement
attribuer ceci à la « mentalité commerciale ». Ceci confirmerait
plutôt que le vocable de phénicien regrouperait en réalité des
peuplades différentes. L’indépendance de chaque cité reflétant
le particularisme, la différence de ses habitants vis-à-vis des
autres Phéniciens ou des étrangers.
Après avoir désigné l’aspect néfaste, Guénon relevait avec
justesse le second aspect lumineux incarné en l’occurrence par
Byblos dont il traitait dans la note suivante incluse dans l’article
: « Pierre noire et pierre cubique ».'
« Gebal était aussi le nom de la ville phénicienne de Byblos,
ses habitants étaient appelés Giblim, et ce nom est resté comme
« mot de passe » dans la Maçonnerie.’Il y a à ce propos un
rapprochement qu’il ne semble pas qu’on ait pensé à faire,
qu’elle qu’ait pu être l’origine historique de la dénomination des
Gibelins (Ghibellini) au Moyen-Age, elle présente avec ce nom de
Giblim une similitude des plus frappantes, et si ce n’est là qu’une
coïncidence elle est au moins assez curieuse. » On connaît surtout
la ville de Tyr et son roi Hiram par l’aide que celui-ci apporte à
Salomon pour la construction du Temple de Jérusalem. Le
personnage ne doit toutefois pas être confondu avec le Hiram-Abif
de la Maçonnerie et les rapprochements avec Amon en tant que «
Prince des Architectes ». Le rôle de Byblos s’il apparaît plus discret
n’en démontre pas moins les contacts entre initiés d’Egypte et de
Phénicie, et surtout entre Maçons et Charpentiers. Ceci
représentant l’aspect lumineux opposé aux factions phéniciennes
acquises aux idées sétiennes et alliées aux Hyksos.'
- Il existe les plus étonnantes similitudes entre la légende d’Hiram
et par ailleurs les mythes d’Osiris et d’Adonis, vénéré à Byblos.
Osiris, mis à mort par Set, enfermé dans un coffre et jeté à la
mer, vint s’échouer sur le rivage de Byblos et se fixa entre les
branches d’un tamaris, le roi de la ville émerveillé par la beauté de
l’arbre en fera un pilier de son palais.
Byblos, tout au long de son histoire, gardera sa fidélité vis-à-vis
de l’Egypte. Plus tard, elle accueillera avec joie la venue
d’Alexandre Le Grand. -
Si les ambassadeurs égyptiens allaient sacrifier à Tyr
(originellement une île flottante tout comme Délos) au temple de
Melquart, les prêtres d’Amon venaient directement à Byblos
chercher le bois entrant dans la construction des temples. A
l’inverse, ce sont des maçons attachés aux temples d’Amon qui
sculptèrent les ornementations du sanctuaire d’Adonis. Chez les
égyptiens, Byblos avait comme surnom « La Terre des dieux ». En
relation avec l’Age d’or, les Grecs donnaient Saturne pour
fondateur de la ville.' On peut ainsi mesurer toute l’importance
qu’eut Byblos, par l’intermédiaire de son « noyau », constitué
d’authentiques Giblim.
*
**

Lorsque la puissance de Tyr s’écroula sous les assauts assyriens


lors du règne de Nabuchodonosor, Carthage (Quart Hadasha : la
Nouvelle Ville, fut fondée au vie siècle av. J.-C.) commença son
apogée. L’organisation de Carthage ressemble étrangement à celle
de Florence à l’époque de Dante. Si à la tête de la ville se trouve un
roi, les décisions prises par ce dernier ne sont appliquées que si
elles sont approuvées par l’assemblée des Anciens. Ces Anciens
sont désignés, non pour leur sagesse mais pour leur richesse en tant
que chefs des familles les plus fortunées. Avant tout autre chose,
seule comptera la richesse et les actes de la cité seront guidés par la
recherche du seul profit. Ce qui n’empêchait pas la cité d’avoir
comme dieu Baal-Hammon ; la contradiction apparaît seulement
d’un point de vue superficiel, la mentalité générale n’empêchant
nullement la présence de « Giblim » d’esprit, tout comme Dante à
Florence, cette dernière ayant prise comme saint protecteur Jean le
Baptiste.
L’aspect commercial ne pouvant être compatible avec la pure
spiritualité, ou même avec un aspect exotérique, les institutions
religieuses de Carthage dégénérèrent rapidement, plusieurs
femmes portèrent le titre de « chef » des prêtres de Baal-
Hammon2.
Comme toute dégénérescence s’accompagne d’une coupure
d’avec le domaine spirituel, les Carthaginois n’envisageront plus
qu’une adoration à Baal, puis le processus se dégradant encore
plus et continuant vers le bas, les croyances sombreront dans
l’idolâtrie, l’associationisme (le shirk de l’Islam) pour finir par le
culte des baals. Avant que cette chute se produise, il faut tout
d’abord considérer que Baal-Hammon correspondait à -Saturne
donc comme Régent de l’Age d’or, période d’équilibre. .
Les termes Baal et Hammon représentant respectivement le
domaine du « naturel » et le domaine purement métaphysique
— à savoir le Pouvoir temporel (petits mystères) et l’Autorité
spirituelle (grands mystères). La coupure exclut l’aspect
transcendant, sacerdotal ; seul est envisagé comme une fin en soi
le domaine des petits mystères corrélatif à la royauté. Celle-ci, par
son désir d’indépendance perd en réalité sa liberté. La fonction
royale, faisant son propre malheur, se trouve neutralisée et
finalement devient un jouet entre les mains de la troisième caste,
celle des marchands.
Après Baal, ce sont les baals et l’intrusion de la multiplicité ;
l’initiation royale n’étant plus que l’ombre d’elle-même, sert de
support involontaire aux influences inférieures et à ceux qui les
dirigent.
Cette décadence et déviation tout à la fois ne peut valablement
s’expliquer qu’en se référant au double aspect des symboles.
Si nous envisageons l’aspect positif, nous avons vu que .
Saturne est Régent de l’Age d’or, Age béni entre tous ; or Saturne
est précipité dans le Tartare par son propre fils Jupiter. Ceci
pourrait être interprété comme une révolte, une rebellion, or ü
n’en est rien, il s’agit simplement de la fin de l’Age d’or et du
début de l’Age d’argent, celui de Jupiter. Un cycle arrivant à son
terme, devant par conséquent faire place à son successeur,*suivant
l’ordre de la manifestation. La fin d’un cycle et l’immédiate venue
de son remplaçant amènent un renversement puis un
rétablissement.
• L’ambivalence de Saturne se démontre par la ressemblance
phonétique entre son nom grec de Kronos avec celui de Cronos,
le Temps dévorateur, aspects positif et négatif. - . L’adaption
cyclique nous est fournie par l’anagramme suivant : l’épouse de
Cronos, Rhéa et mère de Jupiter, devient Héra (Junon) parèdre du
Régent de l’Age d’argent.,
La prise de possession par Jupiter ne peut pas mieux s’exprimer
que par la formule employée dans la tradition chinoise à savoir «
l’expulsion des vertus périmées ». Il s’agit en effet de contrecarrer
le côté négatif et par là même les résidus psychiques attachés à
l’ancien cycle devenu en quelque sorte une « Terre des Morts ».
Ceci se traduira à Rome par la célébration des Saturnales, fêtes
qui duraient une semaine, à l’occasion desquelles l’ordre normal et
légitime se trouvait inversé ; le but étant de canaliser et d’épuiser
les influences infernales afin d’éviter qu’elles ne se répandent. Le
monde romain demeurait protégé pour une nouvelle année. Il y a,
bien entendu, plus qu’une simple ressemblance avec la fête de
l’âne.
~ Le culte de Saturne/Cronos prendra une importance
exceptionnelle chez les Phéniciens et plus particulièrement chez
les Carthaginois: La prépondérance de Saturne/Cronos
- comme puissance maléfique se développera à Carthage sous le
nom de Moloch...
En fait, il s’agissait plutôt de pratiques diverses regroupées sous
le nom de sacrifice Molk. Ces pratiques consistant dans
l’application de sciences traditionnelles inférieures tombées dans
la plus extrême dégénérescence et aboutissant comme
toujours à la sorcellerie. .
La Bible nous éclaire en plusieurs points à ce sujet : « Tout
homme d’entre les fils d’Israël et d’entre les hôtes qui séjournent
en Israël qui donnera de sa progéniture au Moloch sera mis à
mort » Lévitique XX, 2.
• « Qu’on ne trouve personne qui fasse passer son fils ou sa fille
par le feu, qui pratique la divination, qui use de charme ou de
sorcellerie, qui opère un enchantement, qui consulte les esprits ou
qui interroge les morts » Deutéronome XVIII, 10.3.
*• Tout ceci se réfère à Saturne en tant que Cronos (père des
géants) puissance maléfique. On connaît la légende où le dieu
dévore ses enfants. Zeus échappant à la folie meurtrière de son
père grâce à un subterfuge de sa mère Rhéa, donnant une pierre à
manger à son mari et faisant rejeter par le dieu le corps de son fils
déjà englouti. Cette pierre neutralise les influences infernales et
permet le début de l’Age d’argent. Les Carthaginois seront connus
par les sacrifices d’enfants à Moloch, Cronos est aussi le temps
qui dévore ses enfants (les cycles). >
Le Temps s’introduit à l’Age d’or, ceci peut désigner
l’apparition de la contre-initiation et donc la perte de l’état
paradisiaque4. Le Temps s’écoule et il ne peut s’écouler que par
une fissure, par où s’introduit la contre-initiation. Mais par son
action, la contre-initiation contribue à sa perte, car l’accélération
du Temps, si elle semble superficiellement favorable aux menées
désagrégatrices, ne les entraîne pas moins vers leur propre
destruction, inévitable avant l’apparition d’un nouvel Age d’or ;
comme le dit Muhyi-d-din Ibn
• Arabi c’est malgré tout dans le dernier tiers de la nuit que les
influences spirituelles sont les plus proches..
L’inclinaison des Carthaginois vers l’aspect de Saturne/
Cronos correspond à leur mentalité « avant-gardiste » pour
l’Antiquité.
L’expansion de Carthage, ramenée à son simple côté commercial
est horizontale, cette expansion qui reflète l’aspect nomade et dévié
concourt à sa propre fin puisque le Temps dévore l’espace.
L’histoire profane considère les guerres puniques en tant que
rivalités commerciales et dont la principale cause serait due, pour
reprendre l’expression moderne, à l’impérialisme romain. Laissant
fort loin ces platitudes, l’histoire sacrée nous explicite à travers les
symboles, la cause véritable du conflit.
Nous prendrons comme exemple le déroulement de la seconde
et avant-dernière des guerres puniques qui amèneront la défaite
définitive de Carthage. On impute généralement le déclenchement
du conflit aux Romains ; en réalité, ce n’est qu’après la prise de la
ville de Sagonte (en Espagne) qui refusait la domination des
Phéniciens que le sénat romain envoya à Carthage une ambassade
afin de savoir si les dirigeants de la ville approuvaient et
cautionnaient par là même les actions d’Hannibal. La réponse étant
affirmative, la déclaration de guerre fut annoncée par Rome, sans
agression ni traîtrise.
Sans entrer dans les détails, les signes et donc les présages que
les Romains interprétèrent dès le début des hostilités laissaient
entendre que la guerre serait longue et difficile.
A aucun moment, les Romains ne sous-estimèrent leurs
adversaires, surtout le stratège redoutable qu’était Hannibal (plus
exactement Hannibaal, celui que Baal conduit).
Si les Romains savaient parfaitement à quoi s’en tenir quant aux
qualités guerrières des Carthaginois, leur inquiétude se tourna
plutôt vers la nature des forces que véhiculaient ces derniers.
Rome, de par sa fonction, était toujours prête militairement ; mais
dans ce cas il s’agissait d’empêcher l’intrusion des forces malsaines.
Il fut procédé à une lustration générale de la ville. Afin de
parfaire la purification et de ne pas permettre aux forces hostiles de
trouver un support dans Rome, il fut aussi décrété le déroulement
d’une Saturnale exceptionnelle d’un jour et d’une nuit, mais d’une
ampleur maximale.
Devant le péril, le sénat envoya consulter l’oracle de Delphes ;
Apollon prescrivit les rites à accomplir et promit la victoire si ceux-
ci étaient correctement opérés ; le fait d’offrir au dieu un tribut sur
chaque prise établissait des liens profonds avec Rome où le temple
du dieu sera édifié, sur le mont Palatin. C’est aussi sur ce mont que
se situait une grotte où se réunissaient les Luperques, confrérie des
prêtres loups qui à l’inverse des sociétés-léopards, effectuaient lors
des Luper- cales, des rites de protection et de purification et
transmettaient des bénédictions au moyen de lanières en peau de
chèvre. Nous pouvons constater l’aspect lumineux et par
conséquent apollinien du loup ainsi que le symbolisme des cornes.
Parallèlement, on trouva dans les livres Sybillins une prédiction
concernant le conflit et enjoignant d’introduire dans la cité la
Grande-Déesse Cybèle. Seule sa présence, pouvant faire basculer
définitivement le conflit dans un sens positif. -
La présence de Cybèle sous plusieurs noms, sous divers aspects
et dans des traditions différentes, ne correspond à aucun
syncrétisme mais prouve une fois de plus l’Unité transcendante qui
préside à toutes les traditions.
* L’aspect le plus connu de Cybèle est celui de la Grande- Mère
correspondant au principe « substanciel de la manifestation
universelle »’ ce qui justifie et démontre la continuation de sa
présence sous des noms multiples et des assimilations diverses
comme autant d’aspects, selon que la déesse soit considérée selon
un symbolisme terrestre ou bien céleste.
La présence de la déesse à Rome se trouvait justifiée par les
circonstances et par un de ces noms OPS : secours.
* Les liens de celle-ci avec Jupiter et Apollon étant loin d’être
fortuits — Cybèle, mère de Jupiter fait élever son fils par ses
prêtres dans une grotte du mont Ida en Crète. La Grande- Déesse
vénérée sous la forme d’une pierre noire (la fameuse pierre ayant
sauvé la vie à Jupiter) vint à Rome depuis l’Asie
Mineure où elle avait son sanctuaire à Pessinonte. Toujours en
Phrygie et non loin de l’ancienne Troie, la déesse avait un temple
sur un mont nommé Ida, tout comme en Crète. *
Rappelons que venant de Crète des marins furent enseignés par
Apollon lui-même pour accomplir les rites à Delphes. Le temple
de la déesse se trouvait comme celui d’Apollon sur le Palatin.
Le Palatin, en tant que mont, ne pouvait que convenir à la «
déesse de la montagne » et à son symbolisme céleste qui la fera
justement assimilée à la Junon Céleste ; elle était représentée alors
avec des clefs. Cet aspect des clefs la fera associer à Janus en tant
que Junon Lucine présidant aux naissances et amenant à la
lumière.
Toujours en relation avec le symbolisme céleste et en
correspondance avec le signe du Capricorne (porte des dieux), les
Luperques seront surnommés les « Amis de la déesse ».
Lorsque Hannibal voudra s’emparer du trésor du temple de
Junon à Crotone, celle-ci le menacera dans un songe de lui faire
perdre la vue (Hannibal était borgne) s’il pillait le sanctuaire ; le
Carthaginois n’insista pas !
Par deux fois s’il n’en avait été empêché par la foudre et la grêle,
Hannibal faillit prendre la cité de Jupiter. A ce propos, il faut noter
que le commandement des légions participant à la guerre contre les
Carthaginois fut confié à Publius Cornélius Scipion. Cicéron relate
la naissance miraculeuse de ce dernier comme étant le fruit d’un
accouplement de sa mère avec Jupiter. Lors de la troisième et
dernière guerre punique, Scipion le jeune prit d’assaut et détruisit
Carthage. Pendant le siège de la cité, les Romains ne pratiquèrent
pas l’évocatio, dans le but de se concilier les divinités de leurs
adversaires ; par contre, après la prise de la ville eurent lieu des
exorcismes afin d’y chasser les influences « sinistres », pour clore
ces rites d’expulsion, on versa du sel sur le site (le sel, en alchimie,
est le résultat de l’équilibre obtenu): Plus tard, lorsque Carthage et
ses environs deviendront la province romaine d’Afrique, l’ancienne
divinité Tanit sera vénérée comme « Juno Coeles- tis ». Quant à la
probabilité de la survivance d’une magie inférieure d’origine
phénicienne, elle n’est pas impossible.
Les Carthaginois entretenaient des contacts avec des tribus
nomades se déplaçant sur de vastes aires géographiques telles que
les déserts de Syrie et de Libye, ou dans des pays comme le
Soudan et le Niger. Ceci correspondant à d’anciennes pistes de
l’Antiquité où circulaient les caravanes transportant les métaux
précieux.
*
**

Nous trouvons dans la Bible au chapitre VI de la Genèse,


brièvement relaté l’épisode de l’union des enfants de Dieu avec les
filles des hommes ; ce qui, indiquait Guénon, montrait par là
même la lointaine origine de la contre-initiation.
De plus amples précisions existent en l’occurrence dans le Livre
d’Hénoch reconnu comme canonique par l’Eglise copte d’Ethiopie.
Complémentaire à cet ouvrage s’est conservé un texte d’origine
grecque intitulé « Le Livre des secrets d’Hénoch »..
Bien que la Syrie primitive désigne tout autre chose que le pays
actuel du même nom, il n’en est pas moins vrai que celui-ci peut
tout aussi, de façon secondaire, se rapporter au même
symbolisme.
• Le Livre d’Hénoch considère le Mont Hermon comme l’endroit
où se produisirent les événements qui entraînèrent la chute des
anges rebelles. De l’union naquirent les géants qui amenèrent le
malheur sur la terre en utilisant les secrets des anges afin d’obtenir
une puissance acquise au moyen de la magie puis de la sorcellerie.
L’Hermon était le territoire de Og, le chef des géants (les réphaïm)
que Moïse combattit ; les âmes des géants morts se transformant
en influences errantes prêtes à provoquer les désordres sur terre. •
- Les compagnes des anges révoltés deviendront des Sirènes.. En
rapport avec ce que nous développerons un peu plus loin, il faut
noter que les Sirènes en tant que « pêcheuses d’hommes »
constituent le contraire du « Christ pêcheur d’hommes ». Si le
côté christique a le sens d’une élévation, celui des Sirènes
correspond à une chute au fond des eaux. Rappelons la ..
supériorité d’Orphée, à bord de l’Argos, vis-à-vis des Sirènes,
réduisant à néant leurs sortilèges, grâce à son chant et à sa lyre.
- Sans trop nous éloigner de notre sujet, nous signalerons
qu’était attribuée à Orphée l’institution des mystères sacrés
d’Apollon et de Dionysos. Enfin, l’âme d’Orphée fut accueillie
dans l’Ile des Bienheureux !
Ce que nous avons dit précédemment sur le mont Hermon
pourrait faire considérer celui-ci comme un lieu néfaste et de
malédiction, ceci concernant l’aspect négatif et sombre.
Sous son aspect lumineux, le mont Hermon peut symboliser
l’Axe du Monde, et par conséquent la Montagne sacrée et
polaire. La Bible fait allusion à cette primauté en parlant de la
rosée de PHermon descendant sur les montagnes de Sion ; il y
est fait aussi mention comme d’un lieu de bénédiction de Iahvé
en relation avec l’immortalité.
. Ceci nous amène directement à la fonction d’Hénoch, dans le
livre du même nom, les anges rebelles font appel à lui pour
intercéder auprès de Dieu afin d’obtenir leur pardon. La
demande sera ultérieurement rejetée ; par contre, Hénoch
visite le groupe des anges se situant au même degré d’où
étaient tombés les révoltés. Ces anges se lamentent de leur
sort, depuis la révolte c’est un lieu de sommeil ; sur les conseils
d’Hénoch les anges restés fidèles accomplissent de nouveau
leur fonction. La révolte ne peut être que superficielle et
momentanée, elle s’installe d’elle-même à un niveau inférieur et
ne peut jamais affecter le « noyau » spirituel et éternel. Cette
notion d’éternité en relation avec l’immortalité se référant à
l’Embryon d’Or, solaire. •
Dans la tradition islamique, la sphère du Soleil est celle de
Seyidna Idris, Pôle Universel. En Islam, Seyidna Idris est .
assimilé soit à Hénoch-Hermès,* Elie ou Khidr (Khadir) et la
Montagne polaire est nommée Qâf \ Elle est constituée d’une
émeraude ; le vert couleur de la Connaissance intégrale. -
Qâf se situe au confluent des deux mers (le barzakh) ; il s’agit en
l’occurrence du monde intermédiaire c’est-à-dire « l’unique point
qui demeure fixe et invariable dans toutes les
• révolutions du monde 5. Ceci correspondant à la « Résidence »
du Roi du Monde. Selon les modalités propres à chaque tradition,
le nom d’Hénoch (Hermès) s’il est parfois directement assimilé
lui-même au Roi du Monde recouvre par ailleurs de nombreuses
et diverses attributions. *
Tout comme le Christ, Moïse est un pêcheur d’hommes et est
dépositaire d’une science correspondant à son mandat. Avant de
commencer son voyage pour aller vers Khidr, Moïse se munit
comme provision d’un grand poisson salé. Celui-ci revint à la vie
lorsqu’une goutte provenant d’une source le toucha. Moïse
comprend qu’il est arrivé en présence de Khidr. Moïse est le Pôle
de son temps et assure donc l’équilibre (le sel) du cycle ; le
poisson qu’il tient entre ses mains symbolisant , celui-ci. Moïse,
malgré son rôle élevé dans la hiérarchie initiatique ne possède
qu’une infime partie de la Connaissance. De même que lors de la
venue du Nouvel Age d’or, de nouveaux cieux apparaîtront ;
Khidr, lui, se tient dans l’éternel présent ou l’éternel printemps
toujours en relation avec l’Age d’Or. Le printemps, où tout
reverdit, époque de l’année où le Simôrgh (équivalent du Phénix)
s’envole pour la Montagne Qâf. Khidr est aussi appelé Khadir : le
Verdoyant. En relation avec Seyidna Idris et la fin du cycle,
rappelons que le Nûn est la lettre planétaire du soleil. Par rapport
à l’Hindouisme, nous trouvons dans l’Islam, ultime tradition et
synthèse, que Pémeraude est la couleur attibuée à Muhammad,
par ailleurs Idris est donné pour originaire de l’Hindoustan, or
dans l’ésoté- risme islamique, l’Hindoustan s’applique à une région
située au sommet de la Montage Qâf. Il y a là une référence à
l’Hindouisme de Guénon, que ne risquent pas de trouver les
suppositions et les investigations profanes !
Selon nos dires antérieurs sur les modalités d’adaptation
inhérentes à chaque forme traditionnelle particulière, le Livre ‘ des
Secrets d’Hénoch relate non seulement la lutte de ce prophète vis-
à-vis de la contre-initiation mais aussi son ascension à travers les
sept cieux. Ensuite, Hénoch est oint par l’archange Michel, il lui
est remis un calame, outre son attribution de scribe divin et de
transmetteur des Livres sacrés, il est nommé témoin pour le
Jugement dernier. Toutefois, le plus important est la description
de la naissance miraculeuse de Melchissedec. Après quarante
jours, Melchissedec en prévision du Déluge est placé dans le
Paradis de l’Eden et reçoit l’investiture de Chef des Prêtres du
Seigneur.*
- Guénon notait que : « le nom de Melchissedec, ou plus
exactement Melki-Tsedeq, n’est pas autre chose, en effet, que le
nom sous lequel la fonction même du Roi du Monde se trouve
expressément désignée dans la tradition judéo- chrétienne » 6.
Par ailleurs, dans certains cercles ésotériques de l’Ismaélisme «
l’Imam éternel » a pour nom Melchissedec notamment dans
l’ordre des Assasis, gardiens de la Terre Sainte, tout comme les
Templiers avec lesquels étaient établis au niveau ésotérique des
liens profonds. *
Lorsque le prophète Elie fut enlevé au Ciel, son manteau
retomba sur Elisée, ce qui correspond en Islam à l’investiture de la
Khirqa. L’une des modalités de la transmission initiatique
s’effectue donc par l’investiture de la Khirqa que l’on peut qualifier
de « manteau initatique ».
Outre ses trois rencontres avec Khidr, Muhyi-d-dîn Ibn’Arabi
reçut parallèlement par trois fois la Khirqa Khadiriyya. Nous
citerons à cet effet le texte suivant extrait d’un recueil du Maître
connu sous le nom : « les Soufis d’Andalousie » 7, concernant un
soufi ‘Ali Ibn ‘Abdallah. Cet homme se consacrait à la discipline de
l’âme ; il fut le disciple de ‘Alî al-Mutawakkil (et d’autres). J’allai
une fois lui rendre une visite qu’il m’avait faite. Quand j’entrai chez
lui, il me fit asseoir à un endroit particulier de la pièce. Lorsque je
lui en demandai la raison, il me répondit qu’al-Khadir s’était assis à
cet endroit, et qu’il avait voulu ainsi me faire profiter de la barakah
qui s’y attachait. » Il poursuivit en me racontant ce qui s’était passé
lors de la visite d’al-Khadir : « Bien que je n’eusse pas mentionné la
Khirqa, il sortit une petite coiffe de coton et me la posa lui-même
sur la tête. Ensuite je l’enlevai, la baisai et la plaçai entre lui et moi.
Il me dit alors : « O Alî, voudrais-tu que je te confère l’investiture
avec la Khirqa ? » Je répondis : « O Maître, qui suis-je pour en
décider ? » Il la prit alors entre ses mains d’une manière différente
et la plaça sur ma tête. Je demandai à Alî : « Fais pour moi ce qu’il
fit pour toi. » Il prit une étoffe et accomplit exactement le même
rite. J’ai moi-même conféré cette investiture selon la tradition
transmise par la chaîne (silsilah) des maîtres spirituels, et c’est de
cette façon que j’investis les autres avec la Khirqa. »
Il existe aussi la Khirqa du Cheikh al-Akbar : Khirqa Akbariyya
dont bénéficia l’Emir Abdel-Qâdir.
Les rencontres avec Khidr sont aussi mentionnées dans le
soufisme persan. L’un des maîtres de la tariqah Mawlawî8, Shams
(le soleil) de Tâbriz était surnommé le bien-aimé de Khidr. Il ne
faudrait pourtant pas juger les contacts avec Khidr comme banals
et fréquents. Dans le cas de Guénon, nous nous trouvons en
présence d’un fait exceptionnel. Tout comme Hermès, Khidr joue
le rôle d’échanson venu du Centre
* Suprême. Hermès était aussi le dieu de l’éloquence, de l’art
oratoire et avant tout le Scribe divin." L’Œuvre du Cheikh Abd-al
Wahid est pleine de ces qualités. Œuvre providentielle dans le
désert des pitreries occultistes et des faux-semblants de la contre-
initiation.
„• Le Maître est bien la « boussole infaillible » tout comme Khidr
apparaît à quiconque s’égare dans le désert, libre est le choix de le
suivre ou non: Il y a l’Hermon, Montagne céleste et l’hémione,
l’âne ! Si Khidr se trouve à côté de la source de Vie, la contre-
initiation se situe à côté de l’égout que constitue le monde
moderne ; mais la noyade de Pharaon ne fut-elle pas sa
purification ?
Sans nous étendre outre mesure, nous pouvons dire que le
Cheikh Abd-al Wahid marcha sur les pas de Seyîdna Shîth, Sheth ;
ceci confirme bien son rôle de Précurseur et d’Avertisseur. Dans
le soufisme persan, Sheth est considéré comme le premier soufi.
Pour clore ce chapitre, nous signalerons que les soldats
constituant l’arrière-garde de l’armée scythe pillèrent le temple
d’Aphrodite Céleste (Dercéto, parèdre d’Apollon) dans la ville
d’Ascalon. Les auteurs du sacrilège et leurs descendants furent
soumis à la malédiction de la déesse qui les transforma en Enarées
(efféminés). Les liens entre les Scythes et le chamanisme étant
plus qu’évidents, nous reviendrons sur ce sujet dans un chapitre
ultérieur.

NOTES

1. Hérodote I, Traduction Barguet. La Pléiade.


2. Lorsque nous parlons de cet aspect féminin, il s’agit en ce cas de la
caractérisation d’une déviation et non d’un littéralisme misogyne. Le terme de
parèdre s’appliquant au sens supérieur et toute femme, si elle possède les
qualifications nécessaires peut être initiée selon les modalités inhérentes.
3. Traduction Dhorme. La Pléiade.
4. L’apparition des premières horloges dites mécaniques date de la fin du
Moyen Age.
5. Un hiéroglyphe du Pôle : Symboles fondamentaux.
— Nous retrouvons la Montagne polaire dans toutes les traditions, citons entre
autres, le Mont Mérou dans l’Hindouisme ; Mont salvat, résidence du Graal,
l’Olympe...
6. Le Rot du Monde : chapitre VI.
7. Rûh al-quds et ad-Durrat al-fâkhirah. Editions Orientales, Traduction
R.W.J. Austin, version française par Gérard Leconte.
8. Ordre plus connu sous le nom de « derviches tourneurs ».
L’IRAK

D’après Guénon, l’esprit « Nemrodien » procède du principe


ténébreux désigné par ce nom de Set, sans pour cela prétendre que
celui-ci ne fait qu’un avec Nemrod lui-même La Bible nous
renseigne succinctement sur le personnage de Nemrod en le
désignant dans la Genèse comme un « héroïque chasseur ». La
généalogie montre que celui-ci est un des géants nés de l’union des
fils du Ciel et des filles des hommes.- Certains textes apocryphes par
contre, ainsi que les traditions islamiques nous fournissent de plus
amples éléments.
Citons premièrement les sources apocryphes. Selon celles-ci lors
de l’édification de la tour de Babel (la tour matérialisant le défi et la
révolte du pouvoir temporel à l’égard de l’autorité spirituelle) les
princes de la terre demandèrent à chaque habitant de prendre en tant
qu’engagement personnel une pierre pour contribuer à la
construction. Cet engagement personnel présentant une certaine
analogie avec la marque de la « Bête » dont parle l’Apocalypse.
Douze hommes refusèrent d’acquiescer, parmi eux Abram
(Abraham). Mis en demeure d’obtempérer, un délai leur fut accordé
sur l’insistance d’un prince qui partageait secrètement leur croyance2.
Celui-ci leur permit de s’échapper, onze se réfugièrent et se
cachèrent au sommet d’une montagne ; seul Abram totalement
confiant en Dieu, refusa de partir.
Le délai expiré, les princes révoltés et leurs séides ne trouvant plus
qu’Abram reportèrent à son encontre toute leur
haine et décidèrent de le jeter dans un brasier. Un tremblement de
terre se produisit alors, la fournaise créée par les adversaires du
Patriarche se retourna contre eux et les consumma, Abram ne
subissant aucun dommage de la part du feu. Bien que stoppée
provisoirement des suites de l’intervention d’Abram la tour de Babel
ne fut pas moins perpétuée.
Cette continuation se poursuivant jusqu’à nos jours mais reposant
sur une précarité grandissante la tour malgré toute tentative de
solidification (significatif est l’envahissement du béton) ne s’appuie
que sur du sable (évidence d’une ancienne pulvérisation).
Si nous nous reportons maintenant aux traditions islamiques nous
voyons Nemrod vivant dans Babylone ayant à ses côtés le propre père
d’Abraham remplissant à la fois les rôles de vizir et de sculpteur
d’idoles. Or justement l’année de la naissance d’Abraham les devins
prévinrent Nemrod de la venue au monde d’un enfant qui briserait
plus tard les idoles. Le roi décida pour l’année de la mise à mort de
tous les mâles nouveau-nés 5. La mère du futur prophète le fera passer
pour mort et le cachera dans une caverne. Après un certain laps de
temps, elle racontera tout à son mari et celui-ci présentera son fils à
Nemrod, comme revenant d’un lointain voyage. Abraham, prêt,
commencera sa mission au grand jour..
Accusé d’avoir détruit les idoles des temples, Abraham est
convoqué par le roi qui l’interroge. Nemrod se considérera l’égal de
Dieu en donnant la mort à un condamné et en donnant la vie à un
autre en le graciant ! Devant cet aveuglement manifeste Abraham mis
en demeure Nemrod de faire se lever le soleil du côté de l’Occident.
Pris en défaut dans son orgueil et montrant son impuissance Nemrod
fit emprisonner le prophète. A la mort du père d’Abraham il
condamna le prophète à être brûlé»4 et fit apporter des charges de bois
par des ânes et des chameaux. Les chameaux renversaient leur charge
Abraham les bénit, à l’inverse il maudit les ânes qui portèrent tout le
bois.
Afin de mieux voir le supplice Nemrod fit élever une tour dans son
palais, il put constater que par la Grâce divine et à la demande du
prophète le feu devenait froid.
L’échec de Nemrod est une abdication vis-à-vis d’Abraham. Dans
d’autres relations sur Nemrod, nous apprenons que ce dernier se fit
ensuite construire une sorte de caisse pour s’élever dans les airs au
moyen de vautours et lança des flèches contre le Ciel.
Malgré un ultime avertissement, Nemrod s’entêta et voulut
combattre Dieu.» Dieu alors envoya contre Nemrod et ses troupes
une armée de moucherons dont les piqûres les décimèrent. Voulant
écraser un moucheron Nemrod ne put s’empêcher de l’aspirer, celui-
ci était le moucheron le plus faible, borgne et boiteux. L’insecte
commença à ronger le cerveau du roi. A la demande du roi toute
personne rencontrée devait lui taper sur la tête faisant ainsi s’envoler
le moucheron un court instant, seul répit à son supplice.
Loin d’un quelconque souci de pittoresque tout ceci nous amène à
plusieurs commentaires.
Tout d’abord, lorsque Abraham somme Nemrod de faire lever le
soleil à l’Occident ceci semble avoir une connotation . apocalyptique,
en réalité Nemrod est voilé à la Connaissance, sombre dans la
confusion et finalement dans l’ignorance la plus totale, ' l’épisode
parodique des deux prisonniers en témoigne.
Le soleil se levant à l’Occident symbolise la véritable illumination,
le soleil perpétuel qui à l’inverse du phénomène physique ne se
couche jamais ; tout comme au milieu du feu, Abraham est à côté
d’une fontaine, en l’occurrence la source de Vie. Quant au rôle joué
par les ânes il se réfère directement à la présence sétienne. La
construction au-dessus du palais de Nemrod est significative.
Au sujet du supplice il est dit dans le Coran (21, 69). « Nous dîmes
ô feu sois fraîcheur et paix pour Abraham ».
En dehors dé toute historicité Abraham et Nemrod représentent
respectivement un principe lumineux et un principe ténébreux. Vis-à-
vis du feu Abraham symbolise l’aspect supérieur lumineux et solaire ;
Nemrod lui correspond . à la chaleur ; aspect inférieur. Cette absence
de luminosité ne doit pas nous étonner puisqu’il est un descendant
des anges déchus.'La volonté de puissance peut-être assimilée à une
passion brûlante et l’orgueil à une passion dévorante qui débouche sur
l’exaltation du « moi » inférieur se traduisant par un égocentrisme
forcené. Cet aspect brutal et dévorant rappelle aussi le côté négatif et
destructeur des bêtes de proie comme le tigre. Par ailleurs, une proie
morte se transforme rapidement en charogne tout comme une
puissance brutale avec d’épisodiques satisfactions pour leur
possesseur n’est que brève et fuyante, totalement soumise au devenir.
La chasse ne devient plus une destruction de l’ignorance mais une
poursuite effrénée, une chasse aux spectres ! Le chasseur finit par
devenir gibier, ignorant la correspondance qu’il porte en lui en tant
que microcosme, la raison cartésienne le fait se rétrécir, et caricature
de lui-même, il se met plus bas qu’un moucheron borgne et boiteux
Cette vision rétrécie est imagée par Nemrod s’enfermant dans une
caisse et s’envolant porté par des vautours ; jouant ici le rôle des
influences infernales et aveuglantes 6. Il y a là une parodie de
l’ascension céleste au cours du voyage initiatique, parodie que nous
retrouvons dans la conquête spatiale, imitation de la sortie du cosmos,
vaine prétention à la Porte des dieux..
Le principe ténébreux Nemrodien est synonyme d’égarement qui
entraîne vers l’infra-humain, d’ailleurs corrélatif à moindre échéance
d’une animalité traduisant un engloutissement de l’être par les forces
psychiques les plus inférieures ; la lycanthropie pouvant en résulter.
Abraham en tant que principe lumineux ne peut être atteint par le
feu, se trouvant au-delà des passions. Que peut d’ailleurs le feu contre
le soleil ?
L’impuissance de Nemrod par rapport à Abraham montre bien les
différences de « niveau ». La présence de la Source de Vie signifie que
le prophète a atteint le centre de son être, de ce fait en tant que rayon
solaire il est relié au soleil spirituel qui ne se couche jamais.* Désigné
comme Khalîl Allah, l’Ami intime de Dieu, Abraham est lui-même un
soleil. Il est considéré en
Islam comme le Pôle de son époque, ce que confirment les écrits
apocryphes par l’établissement du centre spirituel à la tête duquel se
trouve le prophète.
« Vous avez un modèle salutaire et excellent en Abraham et dans
ceux qui sont avec lui ». Coran LX, 4.
Abraham par sa fonction ainsi que par sa position axiale devient
pour son temps l’Axe du Monde. Abraham est l’Homme Parfait,
miroir de l’Essence divine.
« Dis ! Certes mon Seigneur m’a guidé sur une voie droite,
conforme à la religion axiale, la tradition immuable d’Abraham était
parfaitement pure et non celle des infidèles associateurs. » Coran
VI, 161.
Abraham ne représente pas seulement la jonction entre le
Judaïsme et l’Islam ; ce nom désigne tout un peuple agissant en
parfaite conformité avec l’Ordre divin, en l’occurrence qu’il vive
pleinement sa tradition.
. « Certes Abraham était une communauté. » Coran XVI, - 120.
« Qui donc si ce n’est l’insensé, s’écarte de la religion d’Abraham
» Coran II, 130.
Abraham constitue le rappel immuable entièrement axé vers
l’Unité métaphysique.
Citons les paroles du Prophète de l’Islam : « La chose la plus
excellente que j’ai dite, moi et les prophètes qui m’ont précédé c’est
Lâ ilâha ilia llâh. » — J’atteste qu’il n’y a pas de divinité si ce n’est
Dieu.
En relation avec ce que nous avons dit plus haut, Abraham opéra
un redressement nécessaire par la situation résultant de la révolte
des kshatriyas. Selon la généalogie biblique Abraham était l’un des
descendants de Sem, l’un des trois fils de Noé, or Sem est considéré
aussi comme le père de tous les fils d’Heber. Heber eut lui-même
deux fils Péleg et Joktan ; la Genèse précise que la Terre fut
partagée à cette époque, Péleg signifant division, il pourrait y avoir
là une allusion à cette révolte. '
Il nous faut effectuer certains rapprochements, les apocryphes
bibliques tout comme les traditions islamiques nous
.informent que le père d’Abraham, Térakh était un grand
soldat, vizir du roi de Babylone Nemrod. Nous retrouvons
l’élément féminin propre aux kshatriyas puisqu’il est dit que les
habitants adoraient un dieu lunaire. -
On donne pour lieu de naissance d’Abraham Ur en Chaldée
ce nom « désigne en réalité non pas un peuple particulier mais
bien une caste sacerdotale »1. La venue d’Abraham en
Babylonie coïncide avec le règne d’Amraphel roi de Schinear 8
ce roi peut-être identifié à Hammourabi. ’ Il ne faut voir là
aucune opposition entre le roi et le prophète. Avant le règne
d’Ammourabi le pays est divisé en petits royaumes, le pouvoir
royal se désagrège dans la multiplicité, illustrée par les luttes
incessantes entre roitelets.
Nous assistons alors à une action conjuguée Abraham
expulsant de Babylone la contre-initiation et neutralisant ainsi
le principe Nemrodien pervertissant une aristocratie dégéné-
rée. Babylone revient à sa fonction première, ancien centre
initiatique en sommeil, revivifié il peut devenir à nouveau .
opératif. Parallèlement le pouvoir temporel échoit à Hammou-
rabi, représentant légitime de l’autorité royale. -
Sur la fameuse stèle d’Hammourabi on peut voir le roi
recevoir de Shamash, dieu de la Lumière, la Législation sacrée.
Les historiens grecs de l’Antiquité assimileront Shamash à Apollon.
Tout comme Apollon détruit Python, Abraham rayon solaire perce
les ténèbres nemrodiennes ; les premiers ' paragraphes du code
d’Hammourabi visant particulièrement les magiciens noirs et autres
sorciers !
D’après l’enseignement de Guénon « Bab-Ilu » signifie porte
du Ciel ce qui est une des qualifications appliquées par Jacob à
Luz, d’ailleurs il peut avoir aussi le sens de maison de Dieu
comme Beith-El ; mais il devient synonyme de confusion
(Babel) quand la tradition est perdue ; c’est alors le renverse-
ment du symbole, la Janua Inferni prenant la place de la Janua
Coeli9.
Babylone prit le rang de capitale et y fut construite la célèbre
ziqqurat sur les ordres du maître des dieux Marduk dont les
prêtres, souligne Hérodote, s’appellent les Chaldéens. L’édi-
fice constitué de sept étages (de sept degrés) correspondant aux sept
cieux, elle est analogue à l’échelle de Jacob.‘On retrouve dans les textes
babyloniens la ziqqurat sous les termes éloquents tels que : La maison
des sept directions du Ciel et de la Terre ; la pierre fondamentale du
Ciel et de la Terre.
Ces dénominations ne pouvant être plus significatives, surtout si
l’on sait que les premiers souverains de Babylone faisaient précéder
leur nom de « roi du peuple à la tête noire ». Babylone devenant «
Cœur du Monde ».' Lieu parfait de réflexion en concordance avec son
archétype céleste, le grand sanctuaire de Babylone avait d’ailleurs pour
nom le « Bosquet de Vie » du fait de ce rapport privilégié, ceci se
retrouvant dans l’ontologie du « Buisson Ardent ».
• La capitale de l’empire babylonien est le centre de la Terre Sacrée, le
terme Porte du Ciel s’associe à celui de Porte des Dieux et par
conséquent au Capricorne. Le sanctuaire principal de Marduk se
trouvait à Babylone. Le nom du dieu signifiant en sumérien le
Bouvillon brillant du Soleil ; le Capricorne est à la fois moitié-bouc et
moitié dauphin. Pour cette tradition, la partie supérieure est
représentée par Marduk, le « support » est constitué par le dauphin
Shamash (Apollon).' En rapport avec la géographie sacrée et le
Zodiaque, les sanctuaires secondaires mis à jour mesuraient tous
douze mètres de hauteur.
Les traditions sumériennes gardaient le souvenir d’un déluge
abolissant le cycle précédant l’avènement d’Hammou- rabi. La
destruction de cet ancien monde avait pour cause des usurpations
royales répétées et dirigées contre l’autorité spirituelle. Le pays de
Sumer étant ensuite sorti de la mer. A ce propos lors des fouilles en
Mésopotamie, les archéologues ne purent aller plus loin que la couche
de sable fin et de coquilles qu’ils rencontrèrent, témoignage de ce
déluge. Il est amusant de constater que cette ultime couche fut datée
du vie siècle avant Jésus-Christ, cette date correspond justement à l’une
des barrières de l’Histoire signalée par Guénon 10.
Le récit babylonien du Déluge présente d’étonnantes similitudes
avec ce que nous en rapporte la Bible. A l’origine se trouvait le
domaine de la Sagesse (la Pure Contemplation) où régnait Ea, il s’agit
en l’occurence de l’Age d’or, Ea correspondant à Saturne ; mais peu à
peu se produisit une dégénérescence, éloignement vis-à-vis de la
Manifestation. Toujours à la suite des révoltes contre l’autorité
spirituelle le monde s’enfonce inexorablement dans le chaos
personnifié par Tiamat.
Si nous nous référons aux correspondances traditionnelles
suivantes : Occident, Automne, Vieillesse, Bilieux, Race Rouge, Terre,
nous constatons ceci : bien évidemment,
- l’Occident est le lieu où le soleil se couche annonçant la fin de l’Age
d’or, l’Automne confirme cet achèvement que concrétise, elle-même,
la vieillesse.
Le terme bilieux trouve une certaine résonance dans le fait que
dans la tradition que nous étudions les démons sont dits provenir de
la bile d’Ea. La bile présentement évoque l’acidité dont se dégage
l’aspect dissolvant, corrosif des forces malsaines, les conditions
cycliques permettant à celles-ci de s’introduire et de se former dans le
corps d’Ea, de fissurer l’édifice traditionnel.
Ce moment de vulnérabilité qui correspond à un affaiblissement et
à une irrégularité dans l’accomplissement des actes rituels favorise
donc l’intrusion des démons, les structures traditionnelles s’écroulent
et il ne reste bientôt plus qu’un . cadavre psychique dont se revêt
Tiamat ; le terme de Race Rouge, en ce cas, indique le courant
Nemrodien, les géants et les kshatriyas révoltés ; la Terre souligne le
temporel et la coupure d’avec le Ciel. -
Dans les derniers temps du cycle, Ea réussit par l’intermédiaire de
Shamash à prévenir du Déluge imminent un juste du nom de Um-
Napishtim et lui conseille de construire un navire, dont il lui
communique les mesures, afin de s’y réfugier avec les siens et d’y
emmener les animaux. Du commencement et jusqu’à la fin du
Déluge, l’embarcation est constamment guidée par le dieu-poisson
Oannès.
Tout d’abord si nous regardons le nom de Um-Napishtim et
t que nous le décomposons, nous voyons l’indéniable analogie entre le
premier terme Um et le monosyllabe Om, le second terme marquant,
quant à lui, la présence de l’Elite initiatique, dépositaire de la
Connaissance chiffrée et contenue dans les mesures du navire, qui est
l’Arche transportant le noyau nécessaire à l’éclosion du nouveau cycle.
Les animaux figurent l’innocence par la conformité avec leur nature
propre. L’Arche est guidée par le dieu-poisson Oannès une des
figurations d’Apollon ; les Napishtim sont les prêtres-marins (comme
à Delphes) qui ont accompli avec succès la navigation périlleuse.
On peut constater que malgré le temps, le symbolisme est
inaliénable et immuable même à notre époque où les légendes
ressemblent fort, à travers les interprétations profanes, aux restes
éparpillés et flottants d’un navire abîmé dans la tempête moderne.
Au Ciel, ils déchirent ; sur terre, ils répandent la
destruction, ils sont les fils de l’Enfer.
Au Ciel ils vocifèrent, sur Terre ils chuchotent, ils sont le
crachat de bile des dieux n.
Ainsi est décrite l’action des forces dissolvantes, nouvelle analogie
avec « ceux qui ravagèrent le Paradis ». le chuchotement peut être
interprété comme se rapportant à l’enseignement dérobé et transmis
aux Géants. Les Anges rebelles ou les anciens dieux (attributs, noms
divins) deviennent des démons. L’ordre des Hiérarchies célestes étant
ainsi troublé, les dieux n’ont plus l’efficacité opérative de résister au
chaos, celui-ci et ses hordes prenant alors possession du monde.
. Les dieux pris de panique s’enfuirent ; seul Marduk représentant le
Principe divin et régent du nouveau cycle qui allait s’instaurer osa
s’opposer à Tiamat et au chef des démons Kingu..
Le récit babylonien de la Création retranscrit cette lutte. Marduk se
munit d’un grand filet, d’un arc avec ses flèches, d’un sabre courbe et
reçoit l’éclair, la foudre, les quatre vents et les tempêtes. Quant à
Tiamat, elle est assistée de Kingu „ secondé par onze monstres.
Marduk enveloppa Tiamat dans son filet, la magie employée par celle-
ci fut balayée par une
formidable tempête. Ensuite, Marduk lança ses flèches, tua Tiamat et
Kingu, les démons se dispersèrent. Marduk reprend alors les tablettes
du Destin qu’avait volées Kingu, puis le dieu se saisit du cadavre de
Tiamat, en lava les intestins, le fendit en deux moitiés, de l’une il fit le
Ciel et de l’autre la Terre et à partir du sang de Kingu il créa l’homme.

Ceci nous amène aux constatations suivantes : si nous examinons les
armes et les parures (attributs) de Marduk nous le voyons se servir en
premier lieu d’un filet ; il stoppe l’action de Tiamat en l’enveloppant, le
filet devient un substitut de l’Existence universelle, composée des
différents mondes figurés par les Hiérarchies célestes, les Etats
multiples. La révolte des Anges rebelles ayant provoqué une «
déchirure » celle-ci doit être neutralisée et le passage entre les mondes
rétabli avec de nouvelles mailles, les forces infernales sont expulsées et
rejetées dans les ténèbres extérieures. -
C’est à cela que fait allusion l’extrait suivant de l’Evangile de Saint
Matthieu : « Le Royaume des Cieux est semblable à un filet jeté dans la
mer et qui ramasse des choses de toute espèce. Quand il a été rempli,
l’ayant remonté sur le rivage et s’étant assis, ils ont recueilli les bonnes
choses dans les corbeilles, et les mauvaises, ils les ont jetées dehors. »12
Les flèches coagulent l’aspect volatil incontrôlé.
Tiamat exprime la multiplicité, tout comme les écailles sur le corps
de Pythonl3. La foudre et l’éclair montrent la stabilisation, le retour à
l’Unité. La foudre localise l’Axe du Monde, l’Arbre du Monde. La
matérialisation se traduisant par le grand sanctuaire de Marduk. Le
sabre courbe renforce l’aspect polaire et évoque la lettre arabe Qâf de
même forme, hiéroglyphe du Pôle.
Les quatre vents sont synonymes des quatre points cardinaux ;
ceux-ci en relation avec le carré et le cube soulignent la stabilité et
correspondent bien à la Paix revenue lors du redressement opéré et de
l’apparition des nouveaux Cieux. C’est à partir du carré que se
conçoivent les plans des villes et des édifices fondés de façon
traditionnelle, le carré
partagé ensuite en douze parties trouvera sa correspondance
zodiacale.
Marduk possesseur des quatre vents et recouvrant les tablettes
du Destin peut donc ordonner le nouveau cycle. A la fin du cycle
précédent (Ea) le temps va en s’accélérant, les démons détenant
illégitimement les tablettes du Destin). L’accélération est
corrélative à l’agitation des forces ténébreuses à l’instar des
soubresauts de Python. Kingu et ses onze séides sont une parodie
contre-initiatique d’un centre spirituel.
L’attachement acharné à la possession des tablettes du Destin
montre par là même la limitation de ces forces, croyant dompter le
Temps, elles en deviennent les proies et entraînent vers sa perte ce
monde qu’elles prennent pour leur création, en le jetant en pâture
au Temps-dévorateur, à « l’appétit » de plus en plus vorace, croyant
le dominer. On ne peut s’empêcher de penser entre autres inepties
aux courses acharnées contre le Temps qu’illustrent en général les
compétitions sportives. En , conséquence, le règne sinistre ne peut
durer bien longtemps.* Cette prise de pouvoir à l’aide des «
pouvoirs » est pareille à un navire qui sombre et qui juste avant de
s’engloutir dans les flots se redresse brièvement.
Lorsque Marduk fend en deux le corps de Tiamat, il scinde en
deux parties égales (yang et yin) l’Œuf du Monde et en extrait
l’Embryon d’or resté protégé pendant la période cataclysmique et
séparative des deux cycles. L’Embryon parallèlement au nouveau
cycle peut se développer ; le Rayon dispense l’Illumination. « Et la
Lumière fut » comme il est dit dans la Genèse.
Mais avant de procéder à la Création, Marduk entreprend de
nettoyer soigneusement les intestins de Tiamat. En effet, comme
l’exprime Ibn Arabi « la faim procure la connaissance de Satan » ;
ceci n’est pas sans rapport avec la forme serpentine des intestins,
localisation du « moi » inférieur, le python que l’on doit combattre.
Le jeûne est appelé en Islam la mort blanche. Le jeûne constitue
non seulement une purification mais une domination, un
piétinement des tendances inférieures. L’homme en tant que
microcosme doit se délivrer
de toutes les impuretés comme Jésus chassa les marchands du Temple
selon l’enseignement de l’excellentissime Maître Eckhart.
On retrouve différentes allusions à tout cela, dans des expressions
familières sans que le sens profond en soit perçu : « se sentir le cœur
léger » et pour le ventre les « lourdeurs » d’estomac. Les intestins
deviennent un support, un cheval de .Troie dans l’organisme. « Avoir
l’estomac noué » symptôme de l’angoisse qui ouvre une faille laissant
le passage aux démons, conduisant à la folie et à la possession
démoniaque. Le possédé est « fermé » à recevoir toute nourriture
spirituelle, bloqué par les anneaux de Python, il est rempli de bile; Le
Temple est soumis au pillage, au lieu d’être rempli d’or (influences
spirituelles) et devient peu à peu submergé par la boue.
• Parodie du jeûne et du majdhûb, le possédé devient d’une maigreur
effrayante.'Quant Dante arrive au troisième cercle de l’Enfer, il y
trouve ceux dont les appétits ne furent jamais rassasiés, qu’il nomme «
maudits profanes ». Il les trouve soumis à la garde de Cerbère, fils de
Typhon.
Le Prophète de l’Islam déclara dans un sermon : « Même si on lui
donnait une vallée pleine d’or, le fils d’Adam en voudrait une seconde
et si on lui en donnait une seconde, il en voudrait une troisième. La
terre de la tombe seule donne la satiété au ventre du fils d’Adam. Il est
cependant d’autres qui se tournent vers Dieu. »
. L’Envoyé définit le jeûne ainsi : « Toute chose a son aumône
purificatrice, l’aumône purificatrice du corps est le jeûne. » »
On peut mesurer toute l’importance du jeûne que l’on présente
comme les restes d’un fanatisme décadent voire d’une tendance au «
masochisme ». Il reste aux médisants, aux « je-sais-tout » le jogging ou
les cures d’amaigrissement et les produits « naturels ». Le tout pouvant
être accompagné de mouvements blasphématoires récemment baptisés
(à rebours) de prière à Allah !
Un « Ange » pourchassant un « démon » à l’aide du vajra (symbole du
Verbe).
Voici venue la Vérité et l’erreur a disparu.
L'erreur finit toujours par succomber.
Coran XVIII, 81.
Parallèlement au démembrement de Tiamat, Marduk crée l’homme
avec le sang du démon Kingu, ceci ne pouvant s’interpréter qu’en
effectuant le rapprochement qui s’impose avec le symbolisme du sang
et sa correspondance avec l’élément feu. L’ambivalence de ces deux
symboles permet d’expliciter le récit de la Création. Il nous est
indispensable de recourir à plusieurs termes trouvant leur place dans
deux énumérations différentes. Le premier groupe réunit : la lune, la
chaleur, le sang (aspect inférieur), l’âme, le cerveau ; le second se
décompose comme suit : lumière, souffle, Esprit, cœur.
Le chaos indifférencié, Tiamat, masse lourde et aveugle, est mue et
animée par le sang de Kingu. Le sang dont la fonction est de relier
l’organisme corporel à l’âme est envisagé sous son aspect inférieur.
L’âme non purifiée devient le support des passions, des démons. Au
lieu d’avoir la maîtrise, l’homme s’assujettit à l’esclavage d’un « noir
maître » antithèse du Maître spirituel et en conformité avec l’adage
soufique « Qui n’a pas de maître a Satan pour maître ».
Le sang vicié devient le véhicule des influences infernales ; comme
le pacte avec le Diable est écrit avec le sang du signataire. L’homme
château-fort doit être d’une vigilance constante sur ses remparts ;
Tiamat aiguillonée par Kingu peut ?' se réveiller et par la moindre
brèche s’immiscer et transformer la forteresse en ruine. Moins évident
à un autre niveau, ceci explique l’acharnement d’un Richelieu et le «
rasement » des châteaux. >»
Le souci de se protéger se rencontre unamiment dans toutes les
sociétés traditionnelles, ainsi, en Chine on neutralisait ces influences,
considérées comme échappées du sol fendillé, en sacrifiant à la Terre,
afin d’y faire rentrer les démons, en faisant s’écouler le sang animal
provenant de morceaux de viande crue.
Le sang impur parcourant l’âme non pacifiée fait influer celle-ci sur
le cerveau et par voie de conséquence nous donne la raison
cartésienne qui se veut une libération, similairement à
l’idée d’évolution qui n’est en réalité qu’une régression que
l’on retrouve dans la psychanalyse.
Le redressement opéré par Marduk n’ayant pu s’effectuer
que par le renversement des Pôles et l’écroulement de la tour
de Babel. Celle-ci illustre parfaitement toutes les menées
antitraditionnelles si elle en impose à ceux que le monde
moderne impressionne, devenu leur miroir, la tour ne
comporte pas d’escalier. La tour n’est qu’une accumulation de
données scientifiques mélangées au vernis dit intellectuel, les
découvertes donnant un semblant de brillance (la pyrite de fer
s’appelle l’or des fous !).
Si l’on pénètre dans cette tour à défaut d’escalier, on
constate qu’elle repose sur un cul-de-basse-fosse. On sait qu’il
s’agissait dans un sens originel et légitime de l’endroit où on
reléguait ceux qui troublaient l’Ordre ; dans le cas présent, il
s’agit d’une fosse humide, le fond des eaux où essaie de
s’accrocher le monde moderne, on peut en constater les
résultats. Mais puisque nous sommes en pleine inversion et
pour revenir plus précisément à notre sujet, nous dirons que la
tour de Babel est avant tout la parodie du Rayon solaire et
illuminateur. Par ce Rayon se développe l’Embryon d’or ; la
science profane, quant à elle, signe son enfoncement dans la
* multiplicité chaotique avec les références non pas à la
Lumière,
mais au siècle des lumières.
La tour s’enfonce inexorablement, l’Embryon d’or se
trouvant parodié lui aussi par le noyau nucléaire. Profitant des
procédés de la technologie moderne et des moyens hypnoti-
ques dont elle dispose, la contre-initiation dans son entreprise
mondiale de vampirisme vise à repeupler à sa façon la présente
humanité par des cadavres psychiques, où les morts-vivants
croient vivre !

*
**

Le récit babylonien de la Création fait directement allusion


au processus initiatique et par conséquent à la « Grande Guerre Sainte » et
inclut aussi la réalisation ascendante.
Il existe une autre version de la Création, englobant le sens contenu dans
la première, plus complète puisque envisageant ce que l’on dénomme la
réalisation descendante. Mais citons d’abord le texte, pour créer l’homme,
Marduk s’immole lui-même « Je solidifierai mon sang, j’en ferai l’os, je
dresserai l’homme debout, en vérité l’homme sera, je bâtirai l’homme... » M.
Si nous dégageons le symbolisme, nous voyons que l’immolation est à
proprement parler un sacrifice, le sang pur au début un caillot synonyme de
l’Embryon d’or que contient tout être et qui le relie au Principe. « J’en ferai
l’os » la colonne vertébrale où se situent les centres subtils. « L’homme
debout » à l’inverse d’une attitude pythonienne ; — « je bâtirai l’homme »
référence au microcosme.
L’homme devient habitant de la Terre, rappel du Pacte primordial et de
la fonction de lieutenance divine qui est normalement dévolu à l’homme
digne de ce nom ; si celui-ci devient renégat, il renie ses origines qu’il en
soit conscient ou non.
En ce qui concerne la réalisation descendante, il est dit dans l’Evangile
selon saint Jean (III. 13) « Nul n’est monté au Ciel, sinon celui qui est
descendu du Ciel ». La réalisation descendante comporte nécessairement un
côté sacrificiel.' C’est un pont reconstruit, nouveau passage entre le Ciel et
la Terre. Rétablissement opéré par la venue d’un être de Lumière en tant
que prophète et envoyé.
L’aspect sacrificiel est démontré le plus souvent par le refus, la haine et le
rejet du Message, s’adressant à tous sans distinction ; ce n’est qu’après que
le bon grain est séparé de l’ivraie. Il y a beaucoup d’appelés mais peu
d’élus.' D’ailleurs après le rayonnement correspondant à la présence d’un «
Envoyé » la luminosité du Message semble s’estomper, s’éloigner
progressivement, c’est ce qui peut paraître aux yeux, mais en réalité dans
son « essence », dans son noyau elle reste identique à un vase seulement
accessible par la vision du cœur, nimbée de la Foi. Il est bien connu que si
les aveugles ne voient pas la lumière, le soleil n’en existe pas moins !
« Ils ont des cœurs avec lesquels, il ne comprennent rien. » (Coran VII,
179).
Cycliquement le Maître des Mondes de par sa Clémence divine projette
providentiellement en ce monde, sa Miséricorde qui se manifeste par la
venue d’un Homme Universel qu’il s’agisse de Jésus, de Muhammad ou de
Bouddha. Ces étincelles divines qui sont comme des larmes de feu
s’écoulent toutes de la « Colonne de Lumière » immuable, celle de l’Avatâra
éternel ; comme les traditions sont elles-mêmes les rayons de la Tradition
primordiale. D’après l’adage soufique l’eau prend la couleur du récipient,
c’est pourquoi trouver des oppositions insurmontables qui n’existent pas
en réalité, démontre pour le moins une vision faussée et restrictive.
Caricature de l’Unité on assiste à un affinement méthodique de l’uniformité
prônée par les bateleurs du mondialisme.
. La descente de l’Homme Universel représente l’Alliance du sang. La Terre
est alors nimbée d’une auréole de lumière. Le lien entre Ciel et Terre est
rétabli,' les gouttes de sang embrassent la totalité de la Terre. Chaque
goutte de sang remplit une coupe que boit le pèlerin pendant le voyage
initiatique. Après avoir vidé une coupe, s’il n’est pas rassasié, il peut
continuer selon ses possibilités et se désaltérer à une autre étape. Si les
coupes ne libèrent toujours pas de la soif, il peut transformer la coupe en
nef et partir sur le Grand Océan.
A l’inverse, des extériorisations de la vie profane qui sont essentiellement
fondées comme leur nom l’indique sur les apparences et dépendantes d’une
activité basée sur les habitudes banales que l’on essaie de valoriser
épisodiquement, malgré les turpitudes d’une morale chancelante, par les
cérémonies d’une « religon » laïque. Alors que la vie terrestre devrait être
sanctifiée à chaque instant en conformité avec la Loi divine. Loin de toute
singerie, de toute robotisation, sans heurts et librement conduit par son «
soi » l’être de toute sa volonté, bien orienté serait à sa juste place.
Comme le Grand Homme, le Petit Homme doit répéter le sacrifice
neutralisant son ego, il offre en oblation son « soi » libéré par le feu, son soi
s’élevant par le feu du sacrifice et se mêlant au « Soi ».
Le sacrifice attire la bénédiction qui se traduit par la descente des
influences spirituelles. Dante en parlant de sang parfait dans son chant
XXV du Purgatoire décrit ce processus qui transforme l’Homme et la
Terre en Miroir céleste en y établissant le Paradis. Le sang du sacrifice
amène à tous la prospérité. La pleine pratique des rites (vivification) permet
la réinstauration du Paradis terrestre. Cette prospérité se trouve mise en
relief dans les premières lignes de la lrc épître de saint Pierre qui s’adresse «
à ceux qui ont été élus selon la prescience de Dieu le Père et sanctifiés par
l’Esprit pour obéir à Jésus-Christ et être aspergés de son sang, à vous
Grâce et Paix en abondance », et pour saint Paul « Nous avons accès au
Sanctuaire par le sang de Jésus ».
• On peut dire que le cœur du gnostique se nourrit des gouttes de sang de
la Rosée céleste, tout comme il se doit de vivre selon ses possibilités
chaque Nom divin. *
Le sang sacrificiel est le fil qui maintient entre eux les grains du rosaire,
l’abandon des rites provoque la rupture du fil et inévitablement les Noms
finissent par être considérés comme puissances indépendantes. La Queste
sera de retrouver ces grains assimilés à des perles ou à des joyaux, dans
d’autres légendes il faudra parvenir à réveiller une princesse.,
Lorsqu’il y a une volonté de détruire les structures traditionnelles,
l’empêchement de pratiquer ou l’entretien du doute, les rites sombrent vite
dans l’oubli, en Islam l’invocation ou Dhikr signifie rappel ou souvenir.
L’acte d’adoration constitue un cercle de flèches lumineuses entre
l’Adoré et l’adorateur. L’acte en tant que clef est le sésame, l’accès au
Trésor divin, à la Connaissance. Le plan pour parvenir au Trésor est
l’enseignement du Maître spirituel ; chaque voyageur pourra puiser dans le
Trésor ce qui lui convient, à la mesure de son vase, de son cœur. L’acte
d’adoration est aussi une protection, si les murailles sont soumises à rude
épreuve, le donjon est le souterrain qui conduit au cœur, sous la protection
de Son Seul Seigneur.
Négliger l’adoration, c’est penser pouvoir arrêter une armée ennemie
sans avoir d’armes et s’abriter derrière un château de sable. Les
conséquences extrêmes s’extériorisant par la pulvérisation des défenses
comme le S.I.D.A., maladie et reflet du monde actuel. Les origines
embrouillées pouvant fournir les dés pipés aux « miracles » du Grand
Imposteur et illusoire « sauveur ». Le S.I.D.A. est le véritable visage du
monde moderne qui essaie de se cacher sous sa peau d’âne qui sera rongée
inéluctablement par ses folies incontrôlables.
« En vérité, Allah créa le Monde et quand il eût terminé ; le Lien du Sang
se leva et dit « Ceci est la station de celui qui cherche refuge contre toute
rupture » 16.
Les rites constituant l’Essence de toutes les sociétés traditionnelles et le
symbolisme étant immuable, s’applique aussi à la « société » babylonienne.
Nous ne pensons donc pas nous éloigner du présent sujet de ce chapitre en
développant maintenant la concordance existant entre le sang, la vigne et le
vin.
Il serait illusoire de vouloir résumer un tel symbolisme, nous nous
appuierons sur les exemples suivants :
— Dans la Genèse, Elohim désigne son arc (le Nûn supérieur) comme
signe d’Alliance avec Noé. Ensuite Noé inaugurant un nouveau cycle y
dépose la Connaissance, pour qu’elle puisse être profitable aux hommes, en
y plantant la vigne. Noé but du vin, s’enivra et se dénuda dans sa tente.
Noé entra en contemplation, l’absorption de la Connaissance lui procura
l’ivresse spirituelle. Le fait de se dénuder est une rupture vis-à-vis du
monde profane, le vêtement est l’écorce.
L’ivresse spirituelle ne peut être jugée d’après les appréciations profanes
ou littéralistes, celles de la « lettre » sans l’Esprit, fondées sur les seules
apparences. La nudité de Noé correspond à son « état » paradisiaque
comme la tente est un rappel du Paradis et son mât devient l’Axe du
Monde.
Citons maintenant le texte : « Cham, père de Canaan vit la nudité de son
père et en fit part à ses deux frères au-dehors.
Sem et Japhet prirent un manteau et le mirent à eux deux sur leur épaule,
puis marchèrent à reculons et couvrirent la nudité de leur père. Noé
s’éveilla de son vin et apprit ce que lui avait fait son jeune fils. Il dit :
Maudit soit Canaan ! Il sera pour ses frères l’esclave des esclaves ! Puis il dit
Béni soit lahvé, le Dieu de Sem, et que Canaan lui soit esclave ! Qu’Elohim
dilate Japhet et qu’il habite dans les tentes de Sem ! Que Canaan leur soit
esclave ! » 17
Les attitudes seront donc déterminantes pour la succession du Prophète
et l’ordonnancement hiérarchique des castes.
Ceci apparaît sans équivoque dans l’emploi des Noms divins par Noé.
Iahvé se réfère au Principe suprême mais en tant que Nom totalisateur, il
comporte une fonction divine reliée à l’adoration générale, incluant toute
société traditionnelle. Le Nom suprême contient les Qualités divines
représentées par les Noms divins. Au niveau ésotérique, il s’agira d’abord
pour l’adorant de s’assimiler ces Noms, ces « essences de l’Essence. » Par
l’amour du vin supérieur, coupe après coupe le cœur se dilate par l’ivresse
spirituelle.
Les tentes de Sem sont les réceptacles des influences spirituelles. «
Qu’Elohim dilate Japhet et qu’il habite dans les tentes insiste sur la
préséance de l’Esprit sur la lettre et montre que Sem est le noyau et le
gardien de l’ésotérisme. Japhet habitant les tentes montre un peuple bien
guidé et bien orienté.
En effet dans la Chaîne des Mondes, Guénon note l’équivalence entre
Elohim et Allahumma et pour Michel Vâlsan le Nom divin Allahumma
s’applique à une descente du Principe divin vers le cœur en relation avec
l’Avatâra primordial18. La dilatation du cœur, conséquence de sa
vivification, dispense les bénédictions transmises respectivement par les
rites religieux et les rites initiatiques ; ces deux aspects se rejoignent dans la
notion de sacrifice.
Nous prendrons commme second exemple la légende de Dionysos-
Bacchus. Les références Apolliniennes que l’on peut constater au cours de
nos différents chapitres et présentement par cette légende nous amènent en
tant que synthèse à ne négliger aucune correspondance symbolique, ne
nous éloignant finalement pas de notre sujet.
Notre approche nécessitant par elle-même une certaine dilatation de
notre exposé ; loin des nouvelles approches analytiques des textes qui ne
sont en réalité que les reculs causés par une myopie intellectuelle et
mensongère. Il existe par ailleurs plusieurs versions de la légende de
Dionysos- Bacchus chacune contenant sa part de symbolisme. L’assimila-
tion de Jésus avec Dionysos ne constitue en aucune façon un syncrétisme
mais montre bien au contraire la continuité par les manifestations
successives de l’Avatâra éternel du Savoir initiatique.
La version la plus connue, mais la plus brève rapporte la .naissance de
Dionysos comme fruit de l’union entre Zeus et Sémélé, fille de Cadmos,
roi de Thèbes. A la demande de Sémélé, Zeus se montra dans tout son
éclat, sans voile ; Sémélé ne pouvant le supporter, mourut. De ses
entrailles Zeus retira Dionysos et le garda dans sa cuisse, jusqu’au terme de
sa naissance. *
Une version plus complète était exprimée dans l’Orphisme, celle-ci
trouvant sa forme définitive lorsque le culte du dieu arriva à Rome et
s’adapta à la mythologie romaine avec quelques variantes, mais où nous
constatons dès le début l’aspect sacrificiel.
» Zeus (Ciel) féconde Sémélé (Terre) * aboutissant à la naissance de
Dionysos ; sur les conseils d’Héra (Manifestation universelle) déguisée en
nourrice, Sémélé obtient de Zeus qu’il lui apparaisse dans sa splendeur,
l’écorce Sémélé se fendille, Zeus recueille l’embryon,
. Sémélé était fille de Cadmos, roi qui fonda Thèbes, peu après avoir
consulté à Delphes l’oracle d’Apollon. A l’emplacement futur de la ville se
trouvait un dragon (Python) que tua Cadmos, après cette neutralisation il
épousa Harmonie (la Paix) fille d’Aphrodite (Amour). Les Charités filles
d’Hélios, membres du cortège d’Apollon tissèrent la robe de la mariée ; au
nombre de trois, elles portent les noms significatifs suivants : Aglaé-la
Lumineuse, Thalie-Celle qui fait éclore, fleurir ; Euphrosine-Celle qui
réjouit le cœur ! •
• Dans une légère variante, Zeus avait engendré avec Perséphone déesse
des Enfers (ce qui renforce malgré les apparences le côté sacrificiel) un
enfant qui devint son favori, nommé Zagreus. Jalouse, Héra fait dévorer
l’enfant par les Titans, ceux-ci le déchiquetèrent mais ils ne purent détruire
le cœur qu’absorba Zeus. Le « cœur » après l’union avec Sémélé réapparaît
comme Embryon. Après sa descente aux Enfers, Zagreus devint par sa
seconde naissance Dionysos. Il est rapporté que Zeus foudroya les Titans.,
Sur ordre de Zeus, Hermès prenant l’enfant dans ses bras, l’emmena sur
le Mont Nysa (Montagne Polaire), le déposa dans un berceau d’or, dans
une grotte au cœur de la Montagne et le confia aux Nymphes (influences
spirituelles). Nous trouvons réunis les symboles du cœur, de la montagne et
de la caverne ; la sortie de la caverne suivie du retour qui constitue
proprement dit le sacrifice de Dionysos. Le sacrifice étant à la fois
communion, offrande et transmission.
La grotte était recouverte de vigne, celle-ci grandissant simultanément à
la croissance de l’enfant. Dionysos prit un jour des grappes de raisin, les
pressa, en fit du vin qu’il mit dans une coupe d’or (Cette coupe est la
nouvelle Alliance en mon sang versé en votre faveur. Saint Luc XXII, 20).
Dionysos voulut faire partager au monde les bienfaits de ce breuvage. Son
Message fut souvent reçu avec hostilité et incompréhension. Plusieurs
passages de la légende sont révélateurs à cet égard.
Voyageant sur un âne, le dieu arriva à Thèbes afin d’y établir ses
Mystères, le pouvoir temporel personnifié par le roi Penthée s’y opposa. Le
dieu détruisit par la foudre le palais du rebelle. Le dieu enseigna la culture
de la vigne à Icare, mais celui-ci ayant transgressé la discipline du secret en
offrant du vin sans discernement à des non-qualifiés récolta en retour de la
part des ivrognes « moult » bastonnades.
Avant le déroulement des Bacchanales à Rome avaient lieu les fêtes du
vin, dédiées à Jupiter. On présentait le vin nouveau
Procession de Marduk à BabyloneOn reconnaît parmi les attributs du dieu : les
cornes, la hache et le vajra..
au dieu sans qu’il soit fait la moindre allusion à la culture de la vigne ainsi
qu’aux vendanges. Le vin prenant alors la signification équivalente du Soma
dans l’Hindouisme, breuvage spontané et originel. Le divin breuvage ne
pouvant être goûté et savouré que par le processus initiatique. Nous
citerons l’Evangile selon St Jean : « Je suis la vraie vigne et mon Père est le
vigneron » (XV, 1).
Le processus débutant lors des Bacchanales où avaient lieu les initiations
des « Amoureux du dieu » et de la Connaissance. L’Amour par le vin
supérieur, sang du dieu était alors pleinement répandu à l’intention des
Fidèles d’Amour. C’est ainsi que l’on faisait s’écouler à partir du temple de
Vénus, de grandes quantités de vin.
Profitant du masque populaire, laissant la lie boire jusqu’à la lie, les
Fidèles d’Amour pouvaient en paix savourer le divin breuvage, en buvant
selon le degré de réalisation propre à chaque Fidèle.
• A Dionysos étaient consacrés le Phénix, oiseau de la Montagne polaire et
la Huppe similaire à ce dernier, en rapport avec la « Langue des oiseaux »
désignant les états supérieurs.
Le sacrifice dionysiaque rétablit le pont, facilitant le passage vers les états
supérieurs. Ce passage ne pouvant rester ouvert qu’en perpétuant les rites,
ceci étant valable pour toutes les traditions. .
*
**

D’après les chroniques babyloniennes, lorsque la période du Déluge fut


passée la royauté redescendit du Ciel. Ainsi commença une nouvelle
dynastie avec comme fondateur Hammourabi, ce roi se qualifiera de bon
pasteur ayant rassemblé son troupeau dispersé et l’ayant fait paître dans
l’abondance 19.
Les premiers rois babyloniens n’auront d’autre but que de présider à la
construction des temples. A chaque règne le sceau
Clochette de bronze, on peut y voir un prêtre d’Oannès (le « Sauveur ») opérant un
exorcisme. Musée de Berlin.
du souverain sera gravé sur les édifices, accompagné d’une dédicace non
pour célébrer sa gloire, mais simplement pour témoigner de son amour au
dieu.
Le roi était le « Patési » terme signifiant « représentant du dieu sur la
terre ». Le roi désigné ne pouvait véritablement entrer dans sa fonction
avant d’avoir reçu son autorité des mains du Grand-Prêtre de Marduk.
Vêtu en prêtre lors de son investiture, le futur souverain devait porter en
procession une statuette du dieu tout le long des murailles de Babylone.
Les rites les plus importants avaient lieu lors des fêtes du Nouvel An.
Celles-ci se déroulaient dans la capitale, cœur de l’empire et le roi devait s’y
rendre impérativement.
Les fêtes duraient douze jours et débutaient par la lecture du texte de la
Création par le Grand-Prêtre. Le roi avec sa suite venait faire acte
d’allégeance à Marduk et déposait les insignes royaux aux pieds du dieu. A
la fin du rite, après avoir donné au roi un soufflet symbolique, le Grand-
Prêtre lui redonnait les insignes de sa fonction. Le roi purifié et en pleine
conformité avec le Mandat du Ciel pouvait à nouveau régner pendant les
douze mois de la nouvelle année.
Cette revivification du roi coïncidait avec l’élimination de l’année
écoulée. L’année est un petit cycle s’amoindrissant au fur et à mesure de
son déroulement, courant vers la décadence pour finir dans le chaos. La fin
de l’année comportant les résidus du cycle devient comme un corps malade
en proie aux attaques des démons, il faut donc procéder à l’expulsion de
ceux-ci. L’instauration d’une nouvelle année s’impose pour que le nouveau
cycle apporte bonheur et prospérité.
L’autorité spirituelle, les racines apportent à l’arbre de l’autorité royale la
nouvelle sève (influences spirituelles), l’arbfe nourrit par ses fruits, le
peuple.
Afin d’assainir le royaume on déclenchait une « fête de l’âne ». On
couronnait à Babylone, au milieu des mascarades, un roi des fous ; il se
déroulait alors la représentation du combat de Marduk contre Tiamat,
figurée par deux groupes d’opposants (comme en Egypte où l’on mimait la
lutte entre Horus et Set) où le roi tenait le rôle principal,'ayant vaincu les
ténèbres le souverain accompagnait à la suite des prêtres le cortège de
Marduk. Après une purification générale le Grand-Prêtre hors de la ville,
noyait un bouc noir, dont le corps devait s’enfoncer jusqu’au fond des
eaux ! Puis après une nouvelle récitation de la Création, l’année
commençait.
• Le bouc noir pour les Babyloniens était l’animal du dieu de la peste.,La
mise à mort de cet animal empêche rituellement la peste psychique et son
cortège de malheurs de se répandre dans le royaume. On représentait aussi
Nergal, dieu des Enfers sous la forme d’une timbale en cuivre, outre
l’aspect maléfique attaché à ce métal, la timbale envisagée dans un sens «
sombre » s’oppose au calice, le « pied » de ce dernier est axial, la timbale
n’a pas de « racine », elle est restreinte par rapport au calice ou au vase. Le
calice est la coupe sacrée, la timbale sert à boire le vin terrestre.
Les rites ont donc pour but d’attirer les influences spirituelles et
d’empêcher l’intrusion des forces malfaisantes. Le royaume tout comme
chaque habitant se doit d’être préservé des forces du chaos, des démons. •
L’intrusion des ennemis dans un royaume se caractérise par l’invasion,
par les brèches ouvertes dans les murailles, le
• Babylonien redoutait une autre intrusion, celle du « démon du mal de
tête » signe précurseur de la possession,'les douleurs lancinantes
ressemblant aux tentatives de l’adversaire pour saper les murailles d’un
château fort. Si le corps, si le royaume s’écroule c’est que la tête est malade
ou vide. A la tête du royaume le souverain par suite d’une déficience n’est
plus un support valable pour gouverner avec l’efficacité requise. Il se peut
aussi que parmi les prétendants il n’y en ait aucun qui réunisse les
qualifications nécessaires ; c’est pourquoi l’on cite souvent le refus de
l’autorité spirituelle à nommer et à cautionner un roi sans véritable
légitimité.
Un prétendant peut toujours s’élire roi, cela peut tout au plus retarder
une échéance, mais qui de toute façon sera fatale et inéluctable. De deux
malades incurables, le moins touché par la maladie, apparaîtra
trompeusement en meilleure santé !
. Dans le cas qui nous intéresse la chute du royaume babylonien
fut provoquée lors de la célébration des fêtes du Nouvel An, en effet le
déclenchement de cette « fête de l’âne » impliquait une ouverture aux forces
malsaines'que l’on canalisait et encadrait ; entrées non par traîtrise mais
envisagées comme des hôtes indésirables dont on finirait par se libérer.
Dans la lutte rituelle contre Tiamat la présence du roi était non
seulement importante mais indispensable. Or le roi parti pour faire cesser
des troubles ne put revenir à Babylone pour y assumer son rôle. N’ayant
pas été revivifié par les bénédictions, le roi privé du contact d’avec le Ciel
perdait son royaume.
Sans souverain le pays sombrait dans le chaos et devenait la proie des
démons, ce qui se traduisit par l’invasion des Kassites dont la présence en
Babylonie fut similaire à l’action des Hyksos en Egypte, qui date par ailleurs
de la même époque.
La couronne est tout autre chose qu’un objet de parade ou de
décoration. Pas de roi sans couronne et pas de royaume sans roi. Le roi
doit guider son peuple vers le Paradis Terrestre. Le Paradis est un jardin ;
sans la vigilance du roi, l’ivraie peut y pulluler et étouffer le bon grain. Le
royaume est le jardin du roi, dans les rites agraires celui-ci féconde la Terre
en la labourant le premier. Le roi devra ensuite semer les graines qui lui ont
été transmises par l’autorité spirituelle, sans graine la meilleure terre ne
produit rien. Le jardin sans faille de forme parfaite est rond, abrité et
protégé des prédateurs par des murailles ; et la présence des influences
spirituelles qui circulent par les rites y forme un cercle continu et vivifiant.
... Que se soit une couronne ou un bandeau liseré de fils d’or, l’emblême
royal enserre la tête du souverain. Le roi est la tête du royaume, et le
royaume est figuré par le sommet du crâne. La tête ceinte de la couronne «
crénelée » est protégée par des murailles. En ceignant la couronne le roi se
place dans l’Axe divin ; par sa position droite et axiale, il est bien « disposé
» pour recevoir les bénédictions, source de prospérité dont profite le peuple
(abondance des récoltes).
. Comme la Terre se fatigue et arrive à s’épuiser, le souverain doit se
régénérer, un monarque déficient apporte le malheur. Le souverain renaît
tous les ans pour poursuivre son « Mandat ». Purifié intégralement, investi
et béni de nouveau il sera le « Soleil » tout au long des douze mois de la
Nouvelle Année. '
C’est pourquoi lorsque le peuple savait ce que représentait pour lui un
bon roi, il ne se sentait nullement humilié, ni rabaissé en s’inclinant devant
la couronne, même en l’absence du monarque. Lorsque la royauté ne sera
plus que l’ombre d’elle-même et que le titre de roi deviendra un simple
apparat, la survivance et le souvenir du monarque tel qu’il doit être au
véritable sens du terme se traduira par un malheureux appel, un recours au
roi, réminiscence confuse d’un bonheur perdu pour un peuple ne
demandant finalement qu’à être guidé sur la Voie droite.
Par ailleurs, la royauté sans l’aide de l’autorité spirituelle va à sa perte.'Les
fils d’or soutiennent l’étoffe rouge du bandeau, si le roi s’approprie les fils
d’or, sa cupidité toute matérielle est satisfaite, mais la royauté s’effrite peu à
peu comme l’étoffe rouge qui n’est plus maintenue se désagrège au fil du
devenir et en arrive à n’être plus de nos jours qu’un rideau de théâtre !
. L’empêchement de la revivification du roi et donc de la perpétuation de
l’Alliance entre le Ciel et la Terre précipita le royaume babylonien dans le
chaos.' On comprend mieux les menées antitraditionnelles, véritables cris
de haine démoniaque contre l’accomplissement des rites. La non-pratique
des rites parodie du Non-agir augmente la puissance des démons.
Pourquoi l’acharnement contre de soi-disant vieux morceaux d’os que
seraient les reliques ? Les profanateurs montrent qu’ils suivent une
direction infra-humaine puisqu’ils se transforment en chiens enragés !
*

La grande mascarade s’étendit, le royaume babylonien s’écroula et dut


subir pendant plusieurs siècles l’invasion et la domination de peuplades,
dont l’élément principal était constitué par les Kassites, montagnards venus
d’Iran. S’impo-

Les Assyriens pillant un temple.

Les statues des divinités en métal précieux sont ensuite brisées et


pesées.
sant en véritables parasites les envahisseurs soumirent le pays à leur pénible
joug. Sans art traditionnnel les Kassites laisseront comme seules traces de
leur passage des bornes grossièrement sculptées divisant l’ancien empire en
plusieurs petits royaumes qui ne tardèrent pas à s’opposer les uns aux
autres.
Cette période cessant à l’arrivée de nouveaux envahisseurs ; on serait
tenté de dire que les hyènes s’enfuirent devant la venue du « peuple du
Tigre ». Un nouveau cycle apparaît (après les ténèbres des forces
dissolvantes et errantes donc incontrôlées) qui semble plus stable, mais qui
comme descente cyclique n’en confirme pas moins la chute.
L’établissement de la puissance assyrienne est le résultat d’une révolte
contre l’ancienne caste sacerdotale babylonienne. Les Assyriens sont classés
habituellement comme un peuple militaire terrorisant ses voisins
géographiques, avec cet exemple il est facile de constater que le pouvoir
coupé de sa légitimité s’enfonce dans l’orgueil et la brutalité et devient
purement et simplement une puissance oppressive. Déjà Hammourabi
s’était opposé victorieusement aux Assyriens et avait détruit par deux fois
leur cité-forteresse de Mari en Syrie.
Sans insister plus sur la réputation de férocité des Assyriens, nous
examinerons plutôt quelques faits significatifs.
- Le terme Assyrien provient de la ville d’Ashur, première capitale, mais il
est intéressant de noter que le nom d’Ashur est le vocable de Marduk sous
son aspect guerrier ce nom de rigueur est envisagé comme puissance
indépendante. Il y a une transformation radicale entre la mythologie
babylonienne et la religion de l’Etat assyrien.
* En premier lieu, les temples blancs à l’origine furent recouverts de
couleur rouge' Le monarque babylonien était le Patési, le représentant du
dieu sur la terre, sous les Assyriens le terme, de singulier deviendra pluriel,
les Patésis seront les différents gouverneurs.
Le roi préside les rites ; le Grand-Prêtre nommé par lui n’a plus qu’un
rôle accessoire, ce titre en viendra à disparaître au profit des Grandes-
Prêtresses souvent les propres filles des monarques. Les temples sont
construits de façon différente.
Dans le temple babylonien l’entrée du sanctuaire est dans l’axe de l’édifice,
en ligne droite ; à l’opposé, l’accès et la circulation dans le temple assyrien
s’effectuent selon une ligne brisée (sans aucun rapport avec le labyrinthe).
La ligne brisée marque bien la coupure d’avec la Voie droite de la
légitimité ; malgré une apparence d’ordre, les Assyriens portent en eux
l’insatisfaction de la révolte et par conséquent de l’éloignement. Ce qui se
retrouvera par les nombreux changements de la capitale alors . que
Babylone « Cœur du Monde » s’apparentait à la sereine stabilité. .
Dans leur mythologie les Assyriens évinceront Marduk en lui attribuant
un fils Nabu dont ils feront leur dieu principal. Ce dieu s’adaptait
parfaitement avec la caste des Kshatriyas révoltés puisqu’il était avant tout
un dieu des lettres (dans un sens juridique) il ne faut pas confondre cette
attribution avec celle du dieu Thoth, en Egypte. Nabu par sa fonction
légitimise l’ordre assyrien ; il s’agit en l’occurrence de la lettre mais sans
l’Esprit, puisque la révolte entraîne une coupure qui ne laisse plus entre les
mains des Kshatriyas qu’une possibilité de réalisation incomplète,
l’accentuation caractéristique sur le Devenir fera de Nabu le possesseur
des tablettes du Destin.
Nous retrouverons ce trait dans les chroniques assyriennes où le souci
du roi est de montrer à son peuple ses exploits guerriers et de devenir par
là-même un héros immortel, vénéré par les futures générations. Ceci se
traduisant dans l’art assyrien par la disparition progressive des scènes
rituelles pour laisser place à la représentation naturaliste de scènes de la vie
ordinaire, les rois ne manquant pas de se rendre hommage par les bas-
reliefs où ils sont figurés chassant les bêtes féroces, ou bien couverts de
bijoux brisant et pesant les statues en métal précieux des dieux des villes
conquises.
*
**

Si le cas de lycanthropie de Nabuchodonozor, deuxième du nom est


relativement connu par la description qui en est donnée dans la Bible au
livre de Daniel (IV, 30, 31) son successeur Nabonide (Nabunide,
Nabinidus selon les auteurs) ne fut pas épargné par cet état fâcheux.
En effet, Nabonide lors de l’une de ses campagnes le menant à travers le
Liban, la Syrie et l’Arabie tomba subitement malade et se sentit possédé par
un démon. Durant sa maladie il séjourna plusieurs années dans le désert où
il fit établir sa résidence. Après cette période d’isolement il revint dans son
pays, complètement étranger aux affaires de son royaume qui allait à sa
perte. Nabonide n’avait plus comme seule préoccupation que de faire
effectuer des fouilles archéologiques en Sumérie !
L’empire assyrien s’étant établi et maintenu par la cruauté la plus inouïe,
celle-ci engendra une inéluctable réaction, implacable de la part des peuples
alentour. A titre d’exemple l’historien grec Xénophon relate qu’il n’y avait à
son époque (soit environ deux siècles après sa destruction) plus aucune
trace visible de Ninive.
Pour la tradition babylonienne les démons étaient les enfants des dieux
qui s’étaient alliés avec Tiamat lors de sa lutte contre Marduk. On leur
assignait comme domaine les bas-fonds de la Terre dont ils sortaient pour
répandre la désolation et faire ainsi couler le sang afin de s’en abreuver (le
sang dans son aspect inférieur est la liaison avec les entités infernales). Ces
démons étaient invoqués par des magiciens noirs fréquentant et pratiquant
dans d’anciennes ruines. De nombreux rituels d’exorcisme existaient à
l’encontre des sorciers et des sorcières dont on ne mésestimait pas les
actions funestes.
* L’appelation qui revient sans cesse au sujet des démons est celle des «
Sept ». Ces « Sept » démons principaux sont décrits dans un texte :
De ces Sept, le premier est le Vent du Sud.
Le deuxième est un dragon dont la gueule est béante,
Le troisième est une panthère furieuse.
Le quatrième est un serpent terrible.
Le cinquième est un lion effrayant. .
Le sixième est une masse rampante.
Le septième est un ouragan funeste 20.
On constate qu’avec cette description, la boucle est bouclée, .en effet
nous trouvons premièrement cité le Vent du Sud, une des désignations de
Set en Egypte et le septième démon est un ouragan synonyme de Typhon,-
les coïncidences ne s’arrêtent pas là ; la parèdre habituelle des démons la «
lamashtu » avec comme monture un âne et assise grimaçante sur celui-ci,
vogue en barque sur la rivière des Enfers (sinistre opposition à la barque
de Janus). Il faut aussi signaler que dans l’art babylonien les démons sont
représentés avec des dissymétries faciales.
On figurait le Vent du Sud sous la forme du démon « Pazuzu ». Ce
démon particulièrement horrible dont le Musée du Louvre possède une
statuette bien connue se retrouve curieusement reproduit dans presque
tous les manuels scolaires. Le louvre a maintenant sa pyramide, établie sur
l’ancien chantier de fouilles au cœur de Paris, à six cent soixante-six
facettes ! Un autre chaînon est présent avec le Panthéon laïque
originellement conçu comme église afin d’y recevoir les reliques de sainte-
Geneviève.
Le « Pazuzu » fit une spectaculaire réapparition il y a quelques années
dans le film « l’Exorciste ». La première partie se déroulant en Irak. Lors
de fouilles archéologiques un prêtre catholique émule de Teilhard de
Chardin exhume une statuette du Pazuzu, aussitôt les forces malignes
entrent en action. Ces forces étant présentes pendant le tournage du film,
émaillé de fâcheux incidents.
Le film s’inspirait d’un cas de possession constaté dans l’Etat du
Maryland aux Etats-Unis, sur un adolescent. La marque du film, il serait
plus exact de dire la griffe de celui-ci ne laisse subsister aucun doute. Au
début le film se déroule dans un « cadre » musulman et l’on veut faire
croire que l’appel à la prière du muezzin est un appel aux forces infernales
!
Nous ne saurions terminer ce chapitre sans revenir sur le livre de W.B.
Seabrook Aventures en Arabie. Dans la quatrième et dernière partie de
l’ouvrage intitulée « Chez les Yezidees » et comportant deux chapitres : «
Dans la montagne des Adorateurs du Diable » et « Dans la cour du
Serpent », l’auteur relate sa visite chez les Yezidees.
Une conversation avec l’un de ses amis, ancien capitaine de l’armée
turque, bien que lui semblant incroyable éveille sa curiosité, ayant déjà
entendu parler des Sept tours du Diable qu’il considère comme une
légende. Toutefois la possibilité de voir de ses yeux une de ces fabuleuses
tours le pousse à entreprendre une expédition en territoire yezidee, près
des -ruines de Ninive. (Souvent les archéologues ont été surpris des
précisions apportées par les Yezidees sur tel ou tel fait d’histoire
concernant les Assyriens),- Après avoir usé de ses relations, Seabrook
réussit à se faire présenter un vieux professeur dont la « marotte » est
l’étude du culte Yezidee ; lancé sur son sujet préféré, le vieil érudit
prodigue à Seabrook quantité de renseignements, notamment „ ceux qu’il
a lui-même puisé dans le « Livre Noir » des Yezidees où il serait dit que «
Dieu créa successivement sept esprits dont le premier fut Satan, qu’il
établit au gouvernement suprême de la Terre pour une période de dix
mille années. En raison de quoi, les habitants de la T erre ne peuvent
prospérer qu’en rendant hommage à Satan et en l’adorant. '•
Seabrook prend comme guide le vieil homme pour l’accompagner dans
son voyage. Pris pour un Anglais, il est accueilli avec bienveillance par le
chef officiel des Yezidees, les Anglais protégeant ces derniers de l’hostilité
unanime et de l’exécration des populations alentour.
Après avoir passé la nuit dans la forteresse yezidee, le chef des
adorateurs les conduisit au sanctuaire de « Cheik-Adi », où ils virent un
temple se dressant à flanc de montagne, cette dernière étant parcourue
d’un réseau de souterrains que sera autorisé à entrevoir Seabrook. L’auteur
arrive ensuite à la -fameuse tour dont il fait la narration suivante : «
Derrière le temple surmontant une autre éminence plus élevée, était une
tour blanche, semblable à la pointe finement taillée d’un crayon, et d’où
partaient des rayons d’une éblouissante lumière qui nous venaient frapper
les yeux.... » « Cette tour s’élevait du toit plat d’une voûte en maçonnerie,
blanchie à la chaux, et le sommet brillant, d’où partaient dans toutes les
directions des rayons de lumière, en était constitué par une boule de cuivre
soigneusement polie... ». A une question il est répondu à Seabrook que les
« prêtres » réguliers s’abstiennent de toute pratique dans la tour, seuls
certains magiciens s’y réunissent pendant plusieurs jours, régulièrement.
Avant de repartir, l’auteur a un entretien avec un « prêtre » régulier qui
lui expose différents aspects des croyances de son peuple, du moins ceux
dont il était autorisé à parler.
Il est formellement interdit aux Yezidees de prononcer le nom de Satan
car il est dit dans le « Livre Noir » « . . . Ne prononce jamais mon nom, ni
ne parle de mes attributs, de peur de te rendre ainsi coupable, car tu n’as
point de ceux-ci une vraie connaissance, mais vénère mon image et mes
symboles ». Satan est adoré sous la forme d’une idole de grande dimension
qui représenterait un oiseau, plus exactement un paon en airain, Satan étant
appelé « l’Ange Paon ».
Seabrook ne put voir cette idole, cachée dans un endroit secret dans la
montagne d’où elle était apportée au temple, à l’occasion de célébrations.
Une certaine hétérodoxie surgit lors des propos du « prêtre » puisque
celui-ci déclare que les Yezidees croient en Dieu mais comme Celui-ci est
trop loin de la Terre, il ne peut y avoir aucun contact et par conséquent
puisque l’Ange Paon est maître de la Terre c’est à lui qu’il faut s’adresser, il
n’est pas « l’esprit du mal » mais simplement « l’esprit de puissance ».
C’est ainsi que Guénon disait justement (dans le compterendu de
l’ouvrage de Seabrook) que « ...Comme beaucoup de sectes hétérodoxes,
les Yezidees peuvent être utilisés pour faciliter l’action de forces qu’ils
ignorent. »
Il en est de même pour le chamanisme que nous nous proposons
d’étudier dans le chapitre suivant.
1. Article sur Sheth, Symboles Fondamentaux.
2. Ce qui montre clairement qu’il existe toujours, même au sein d’un
milieu hostile, un germe potentiel et rénovateur. Juger un peuple, une
caste, au vu de ses éléments les plus néfastes et finalement les plus
vulgaires, avec ou sans un masque intellectuel, ne peut engendrer que les
fanatismes sous les formes les plus diverses mais qui ne sont, sans s’en
douter constitués que par des exécutants manipulés.
3. Tout comme Pharaon pour Moïse et Hérode pour le Christ.
4. L’erreur s’efface devant la Vérité. C’est pourquoi il est dit que
l’Antéchrist sera incapable de répondre à toute question d’ordre
métaphysique.
5. Nemrod est borgne en un sens, mais au royaume des aveugles le
borgne n’est-il pas roi ?
6. Le vautour est pris ici dans son aspect maléfique, opposé à l’aigle.
7. Place de la tradition atlantéenne dans le Manvantara. Voile d’Isis
1931, repris dans Formes traditionnelles et cycles cosmiques.
8. Genèse XIV, 1.
9. Roi du Monde, chapitre XI.
10. Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps.
11. Dhorme, Choix de textes assyriens et babyloniens, Paris, 1907.
12. Saint Matthieu XIII, 48-49.
13. On peut voir sur les bas-reliefs babyloniens, Marduk armé du double
trident lançant la foudre sur Tiamat. Outre l’analogie avec le Vajra les
scènes sculptées ressemblent fortement aux représentations de Saint
Georges terrassant le Dragon.
14. Cf. Dhorme, déjà cité.
15. Epître aux Hébreux X, 19.
16. « La Niche des Lumières » Ibn Arabi, traduit par Muhammad Vâlsan
Editions de l’Œuvre.
17. Genèse IX, 22-27, La Pléiade.
18. Les Hauts Grades de l’Ecossime. Editions Traditionnelles 1953.
19. Cf. Dhorme, déjà cité.
20. Idem.
LE CHAMANISME (L’U.R.S.S.)

- Après le Niger, le Soudan, la Syrie et l’Irak, nous traiterons


maintenant des trois derniers centres de la contre-initiation,,
ceux-ci étant établis dans des territoires faisant partie de
l’U.R.S.S. difficilement identifiables ; ils sont néanmoins
localisables grâce aux indications fournies par Guénon dans
plusieurs de ses écrits et plus spécialement pour le présent
sujet, dans le chapitre intitulé « Chamanisme et sorcellerie »,
inclus dans le Règne de la Quantité et les Signes des Temps que l’on
peut considérer à juste titre comme le « Livre » du dévoilement
du plan contre-initiatique. Afin de cerner plus directement
notre sujet, nous citerons le Maître parlant des forces
psychiques inférieures dont s’occupe en quelque sorte le
chamanisme : « Il peut arriver que certains, opérant de façon
plus consciente et avec des connaissances plus étendues, ce qui
ne veut pas dire d’ordre plus élevé, utilisent ces mêmes forces
pour de tout autres fins, à l’insu des chamans ou de ceux qui
agissent comme eux, et qui ne jouent plus en cela que le rôle
de simples instruments pour l’accumulation des forces en
question en des points déterminés. Nous savons qu’il y a ainsi
par le monde, un certain nombre de réservoirs d’influences
dont la répartition n’a assurément rien de fortuit et qui ne
servent que trop bien aux desseins de certaines puissances
responsables de toute la déviation moderne. »
Le fait que tous les centres se trouvent dans des régions
difficilement accessibles ou peu hospitalières n’explique pas le
silence ni les explications stéréotypées, voire banales et confuses
recouvrant les légendes et justement certains aspects historiques
bien précis. Il ne reste qu’une pénible et ennuyeuse impression de
vide devant les analyses savantes et artificielles. Cela n’étonne pas
outre-mesure puisqu’il ne s’agit bien entendu que d’études
n’envisageant que le seul aspect profane se rapportant à de soi-
disant coutumes, juste bonnes à être recensées afin de les faire
figurer dans un patrimoine national.
Entre les interprétations ethnologiques ou psychanalytiques, il
convient d’étudier et de méditer les légendes en correspondance
avec l’histoire sacrée et donc de faire ressortir le véritable sens
symbolique afin de profiter judicieusement de la synthèse acquise.
Si nous essayons de trouver les jonctions entre les deux derniers
centres cités (Irak et Syrie) et celui le plus proche en Union
soviétique à savoir dans le Turkestan, nous voyons comme un lieu
de relais de passage le territoire correspondant à l’Iran actuel, bien
que d’un nombre restreint on peut signaler .la présence de Yezidees
dans cette partie du Kurdistan ; ils sont considérés comme les
descendants des habitants de Ninive ayant réussi à s’enfuir lors de la
chute de la ville. On trouve aussi des vestiges assyriens dans cette
région du Kurdistan notamment l’ancien canal que fit creuser
Sennache- rib. A propos de ce roi, il est dit dans la Bible que l’Ange
de Iahvé envoya la peste à son armée qui assaillait Jérusalem.
Sennachérib leva le siège de la ville et rentra à Ninive où profitant
de l’affaiblissement de son prestige, il fut assassiné par ses fils. Il est
bien précisé dans le Livre Saint que C’est Iahvé qui envoie les
Assyriens comme épreuve à Israël, le roi n’est qu’un exécutant entre
les mains de l’Eternel. Par ailleurs les Assyriens représentant aussi la
contre-initiation ne peuvent dépasser une certaine limite et
l’obtention d’une victoire toute matérielle ne peut les amener à
s’immiscer dans le domaine spirituel. Ainsi selon certaines traditions
lorsque les armées de . Nabuchodonozor détruisirent Jérusalem, les
prêtres du temple de Salomon montèrent sur le toit du sanctuaire en
flamme, en jetèrent les clefs vers le Ciel ; celles-ci furent recueillies
par une main descendant des Cieux.,
Ce sont les Mèdes regroupant à l’origine diverses peuplades des
montagnes d’Iran qui feront s’écrouler l’empire Assyrien donnant
ainsi naissance à leur propre empire. Leur sédentarisation simultanée
amena en peu de temps leur chute, les chroniqueurs remarquèrent
que la décadence des rois s’accompagnait d’un pouvoir oppressif,
notant également l’apparence de plus en plus efféminée des
souverains. A l’inverse, on peut dire que c’est un roi, un monarque
au sens véritable du terme ,qui mit fin à la domination Mède, en
l’occurrence Cyrus le Grand, fondateur de l’empire Perse.’Dans
l’épopée Achémé- nide, Cyrus sera figuré comme un sanglier
attaquant l’empire Mède, l’habit royal sera constitué de trois étoffes,
une rouge et les deux autres l’entourant de couleur blanche.
Légitimement, tout roi investi régulièrement était nimbé d’une
auréole lumineuse le Xvarnah qu’il pouvait matérialiser sous la forme
d’un bélier. Les bénédictions attachées au Xvarnah restant « rayon-
nantes », les corps des rois défunts étaient momifiés selon un rituel
précis . c’est pourquoi lors de leur pleine puissance, profitant de
leurs incursions en territoire Perse, les Assyriens cherchaient à
s’emparer des momies des anciens souverains.
Etant mandaté par l’autorité spirituelle comme le confirme son
surnom de « sanglier », Cyrus le Grand fut un excellent monarque. Il
s’empara de Babylone, les prêtres de Marduk avaient été
particulièrement exposés aux outrages de l’Assyrien Nabonide,
l’intolérance ayant continuée sous les Mèdes. Cyrus vint sacrifier
dans le sanctuaire du dieu en s’y déclarant le serviteur. D’autre part,
les Juifs fêtèrent avec allégresse la venue de ce monarque, les
prédictions contenues dans les écrits du Second Isaïe
s’accomplissaient par la venue d’un libérateur. En effet, Cyrus rendit
la liberté aux exilés et leur permit de rentrer à Jérusalem et en Judée
qui était devenue une satrapie (province perse) à la tête de laquelle il
fit nommer un Davidide. Avant de laisser partir les exilés, il fit
restituer tous les objets rituels, pris lors du sac de Jérusalem par les
troupes
de Nabuchodonozor, afin que ceux-ci puissent à nouveau être
déposés dans le Temple de Salomon lors de sa reconstruction.
Il faut noter aussi que lorsque l’école d’Athènes fut fermée (vie
siècle après Jésus-Christ) sept sages dépositaires de cet
enseignement partirent en Perse. Déjà depuis un certain temps
dans ce pays s’étaient réfugiés des Nestoriens.
On peut se rendre compte que le déroulement historique
lorsqu’il est mis en correspondance avec sa véritable significa-
tion permet à qui veut bien s’en donner la peine de retrouver
le fil d’Ariane symbolique qui éclaire bien des choses comme
on peut le constater.
Nous parlerons maintenant des Scythes qui constituent le
point commun à l’origine du chamanisme et de sa présence
.toujours actuelle avec les peuples habitant le Turkestan,
l’Oural et la Sibérie. " Nous n’ignorerons pas non plus les
coïncidences existant avec certains événements de l’histoire
des Mongols et de ses prolongements parfois inattendus. Il ,J

s’agit d’un courant dont les ramifications par le fait d’un


nomadisme dévié se retrouvent bien souvent loin de leur lieu
d’origine, c’est pourquoi nous ne manquerons pas de relever ‘
des éléments lointains mais toujours concordants. *

Outre le folklore des descendants actuels des Scythes c’est-


à-dire les Ossètes dont nous parlerons plus loin, nous
disposons de plusieurs matériaux d’étude ceux-ci nous étant
fournis par les auteurs anciens de la période dite antique
comme Ovide et le chroniqueur-voyageur Hérodote. Nous
commencerons par Ovide que l’on peut qualifier de Fidèle
d’Amour, dont les écrits ont un aspect intérieur plus marqué,
et force est de constater à nouveau la présence d’éléments
contre-initiatiques.
Borée régnait en maître en Scythie, celui-ci Vent du Nord
était le responsable des tempêtes et du froid glacial, le Serpent
habitait dans ce voisinage, situé non loin du pôle glacé.
Le prophète haïe prédisant la chute de Jérusalem et sa ruine par
Assyriens.
Gravure de Holbein (xvf siècle).
Par l’intermédiaire de son élu, Triptolème, la déesse Cérès
désirant faire profiter de ses bénédictions les Scythes adressa à
leur roi des présents. Celui-ci fit un semblant de bon accueil à
l’envoyé, mais jaloux de n’avoir pas été directement élu, il tenta
de tuer l’envoyé pendant son sommeil à l’aide d’une épée.
Cérès intervint et changea le roi en lynx, animal tacheté et au
pelage roux ! A titre anecdotique la plupart des personnages ‘de
diverses époques ayant joué un rôle contre-initiatique et que
nous citons dans les différents chapitres de notre ouvrage
avaient les cheveux de cette couleur, habituellement donnée
pour celle de Set-Typhon ! '
Cérès en envoyant Triptolème agit de façon miséricordieuse
afin de permettre une régénération. La contre-initiation s’y
oppose farouchement imbue de ses prérogatives terrestres par
l’intermédiaire du roi scythe, kshatriya révolté.
En rapport avec l’Embryon d’or, Triptolème était le roi
légendaire d’Eleusis auquel la déesse avait confié le premier
grain de blé. Lorsque Thésée vainqueur du Minotaure
revendiqua légitimement son droit à régner, Médée tenta de
l’empoisonner avec un breuvage mortel provenant de Scythie
fabriqué avec la bave de Cerbère, celui-ci étant fils d’Echidna
sœur de Typhon !
On donne pour lieu d’origine des Scythes les steppes d’Iran
et d’Asie Centrale, peuple éminemment nomade on trouve des
traces de sa présence en des endroits aussi éloignés que le
Caucase, le Danube ou le Proche-Orient. Les Scythes
ravagèrent la Palestine conformément à ce qu’avait prédit dans
la Bible le prophète Jérémie les désignant comme le « loup des
steppes » en compagnie des Assyriens symbolisés quant à eux
par le léopard (toujours un animal tacheté). Les Scythes
n’hésitant pas à s’attaquer aux Assyriens, ces derniers
mentionnant dans leurs chroniques l’incroyable cruauté de
leurs adversaires ce qui mérite d’être souligné venant de leur
part.
Les Scythes après avoir massacré en grande partie les
habitants de Cimmérie commencèrent à s’établir dans cette
• région située au Nord de la Mer Noire" et poussèrent
tout d’abord leur migration le long des côtes. Ce pays appelé
par les anciens le Pont-Euxin était censé se trouver aux
extrémités du monde, territoire d’Hypnos et frère de Thanatos
(la mort) considéré comme un lieu de ténèbres. Le chamanisme
emploie les anciens objets rituels des Scythes concourant ainsi à
répandre la suggestion, hypnose caractéristique du monde -
moderne. Hypnos était donné pour fils d’Erèbe, transformé en
fleuve des Enfers pour avoir soutenu les titans dans leur lutte
contre Jupiter. „
Dès l’époque des tsars on commença officiellement à
exhumer les vestiges scythes. Les fouilles commencèrent en
Ukraine vers l’année 1763. Elles furent effectuées de façon
intensive lors de la seconde moitié du XIXe siècle (le Manifeste
du Parti Communiste date de 1848) et en 1912-1913 juste donc
avant la Première Guerre mondiale qui devait entraîner la
chute du régime tsariste et aboutire à la révolution de 1917.
Quels que soient les changements de régime ou de dirigeants
les archéologues continuent sans relâche à déterrer les restes de
la civilisation Scythe qui sont enfouis sous les innombrables
tumuli (dont il n’est pas rare que la hauteur avoisine les vingt
mètres). A titre d’exemple, rien que pour la région de Nikopol,
près du Dniepr, on dénombra près de trois cents tumuli qui
furent explorés...
. Dans le premier livre de son Enquête, Hérodote nous parle
de la fameuse malédiction des Enarées.Jl revient en détail sur
les Scythes dans son quatrième livre et relate les traditions des
peuples alentours, certaines observations étant particulièrement
dignes d’intérêt. Le nomadisme dévié se traduit par des
conquêtes par la force brutale alliée à la soif de possession ; il
en était autrement à l’origine comme le montrent les légendes
citées par l’historien grec.
Les Scythes disaient venir d’un pays désertique, ils faisaient
remonter leur origine à Targitaos fruit de l’union entre Zeus et
la fille du fleuve Borysthène (Dniepr). Targitaos eut trois fils
dont il est facile d’établir la correspondance avec les castes. Il
est dit qu’il tomba du Ciel plusieurs objets d’or : une charrue et
un joug, une hache et une coupe. L’aîné voulut prendre ses
objets, mais ceux-ci s’enflammèrent à son approche, il en fut
de même pour le second fils, seul le plus jeune put librement
prendre les objets. Ses deux frères reconnurent son élection,
son Mandat du Ciel pour se trouver à la tête du royaume. Par
réflexion sur le plan terrestre, le plus jeune n’en est pas moins
le premier, le véritable aîné en tant que noyau désigné par la
coupe symbole de la caste sacerdotale et réceptacle des
influences spirituelles qu’elle dispense aux autres castes.
Que l’on constate progressivement un affaiblissement du
système des castes, de son éclatement puis de sa suppression
on ne doit jamais oublier la conformité originelle de toutes les
traditions et l’immutabilité des symboles. Ainsi, Hérodote -
parle de l’antique Olbia (surnommée la ville heureuse) où était
édifié un temple consacré à Cérès. Olbia est phonétiquement
proche du latin Alba, nom du premier emplacement de Rome,
ce vocable s’applique à un vêtement blanc (sacerdotal!) ou à
une perle blanche ; les trois significations se complétant. Le
nom d’Albe se rattachant à l’idée d’un centre spirituel.'Olbia
ville fondée à l’embouchure de PHypanis (l’actuel Boug) avec
donc le temple de Cérès déesse du premier grain, le grain est
l’Embryon d’or, la perle symbolise elle aussi le « noyau »
d’immortalité, le coquillage représentant l’Œuf du monde. -
Saint Jean (fils du tonnerre) parle du Christ comme du Grain
par excellence,''•la perle est dite née de l’éclair ou de la chute
des gouttes de rosée (influences spirituelles).
En se basant sur les correspondances qu’offre la géographie
sacrée, le site d’Olbia avait été jugé remarquable. Olbia centre
spirituel est donc le « cœur », et le sang le fleuve Hypanis
véhiculant les influences spirituelles. L’eau du fleuve réputée
pour sa saveur par les anciens devenait à un certain endroit
subitement saumâtre. L’Hypanis finit dans une région se
transformant progressivement en désert et aboutissant au pays
de ceux que nomme Androphages (mangeurs d’hommes)
Hérodote.
Il y a coupure avec les influences spirituelles, il ne reste que
les influences psychiques inférieures, agissant à rebours vers
l’infra-humain avec le cannibalisme assimilable à la lycanthro-
pie tendant vers la désintégration, le désert. Les Neures voisins
directs des Androphages avaient la possibilité de se transfor-
mer en loup et les Agathyrses peuple le plus proche étaient
appelés les « efféminés ».
Les descendants actuels et en ligne directe des Scythes sont
donc les Ossètes, ce peuple forme actuellement deux
républiques de l’Union soviétique, respectivement l’Ossétie du
nord et l’Ossétie du Sud. Entre ces deux républiques se trouve
le mont Kazbeck ; c’est sur ce mont que d’après diverses
légendes fut enchaîné Prométhée. Celui-ci fils dejapet l’un des
titans voulut faire des statues d’hommes avec du limon. Ne
pouvant leur donner vie il déroba selon plusieurs versions une
étincelle au char du Soleil, et selon d’autres une étincelle de la
forge d’Héphaïstos (Vulcaïn). De même dans les traditions
islamiques il est dit qu’un sinistre personnage doué de pouvoirs,
put à l’aide de ceux-ci déceler la présence de l’Ange Gabriel ; et
profitant de l’absence de Moïse, il prit des poignées de terre
touchées par l’Ange et les lançant ensuite sur le « veau d’or » lui
donna une apparence de vie.
Les Ossètes ont bien conservé un corpus de légendes où l’on
peut constater la présence d’éléments concordants et similaires
avec d’autres traditions. Il est fait mention en premier lieu d’une
ère de bonheur présidée par la caste sacerdotale avec à sa tête
ceux désignés comme les « Intelligents ». Arrive ensuite un cycle
de Héros en lutte contre les Géants. Le chef des Géants ayant
réussi à obtenir par ruse quelques bribes éparses de la
Connaissance, ce qui l’encouragea dans l’utilisation et l’illusion
des pouvoirs. La légende est explicite puisqu’elle rapporte que
les Géants construisirent une citadelle en un lieu élevé où ils
s’établirent avec leur père, celui-ci étant de surcroît borgne et
lycanthrope ! L’accentuation est mise sur les actes malveillants
et tyranniques exercés sur les populations voisines. Un héros
monté sur un fabuleux cheval osa s’opposer à leur règne et au
terme d’une terrible lutte parvint à les détruire ; mais suivant
l’ordre de leur père « loup garou », les Géants avant de
succomber réussissent à tuer le merveilleux cheval. Malgré la
victoire sur les Géants commence une chute inexorable.
Sans le cheval intermédiaire et guide céleste les kshatriyas par
leur seul bon vouloir n’ont pas les moyens efficaces pour
stopper la chute. Eux-mêmes soumis à la dégénérescence après
avoir rétabli la justice deviendront des oppresseurs. Le roi
pourfendeur de Géants avant de mourir, pressentant les
calamités futures jeta son épée dans la mer Noire, celle-ci
devant réapparaître et être remise à « l’élu » qui rétablira à
nouveau l’Ordre. On songe bien évidemment à la mort du roi
Arthur et à la célèbre épée Excalibur.
Dans d’autres légendes, il est fait allusion à un peuple de
nains les C’Ans animés d’une force redoutable. Ils vivaient à
une époque où le soleil brillait continuellement et où étaient
inconnus le vent et la neige. Se refusant à reconnaître l’Autorité
divine, ils se considéraient les maîtres de la Terre. Il leur fut
envoyé comme signe avertisseur un enfant (descendu du Ciel
dans un berceau d’or) grandissant d’heure en heure.
Interprétant cette venue comme une soumission et une
reconnaissance à leur propre autorité, ils continuèrent leurs
actes sacrilèges et leurs propos blasphématoires. Lorsque «
l’avertisseur » remonta au Ciel ils décidèrent qu’il était aussi en
leur pouvoir d’arriver au Ciel. Ils commencèrent à construire un
escalier monumental de roches et d’arbres afin d’y accéder. Leur
entreprise dura sept jours, alors le soleil disparut, des flocons de
neige se mirent à tout recouvrir puis il y eut un formidable
embrasement et les C’Ans disparurent *. Il subsiste néanmoins
des vestiges nommés enclos des C’Ans, ceux-ci consistant en
des ruines de pierres calcinées ! Les terres alentour gardant
encore la trace d’un feu violent que ne peuvent expliquer les
archéologues...
Est-il nécessaire de rappeler que chaque peuple lorsque cela
est nécessaire reçoit un avertisseur dont la majorité (la quantité)
rejette le message et lui témoigne de l’hostilité, voire une haine
virulente. En complément nous ajouterons le fait suivant : le
Prophète de l’Islam en compagnie de Fidèles Compagnons
passa par l’endroit désolé et désertique où étaient les ruines des
habitations de l’ancien peuple des Thamoudes, châtiés par le feu
pour avoir, malgré les avertissements de leur propre prophète
Çalih, persisté dans des agissements semblables à ceux des
C’Ans. Arrivant à proximité de ce lieu résiduel et maudit : « Le
Prophète recouvrit son visage d’une aile de son manteau, afin
d’éviter la vue de ces vestiges de l’impiété. Il voila sa bouche et
ses narines pour ne point respirer l’air impur qui s’exhalait de
ces ruines et poussa sa monture afin de s’en éloigner au plus
vite. »2
La mentalité actuelle se chargeant de transformer ces endroits
en curiosités archéologiques et en sensations touristiques !
*
**

De nombreux travaux ont été consacrés au chamanisme.


Celui-ci étant plus que largement répandu, en de nombreux
points, diversement selon les peuples constituant l’Union
soviétique. Plusieurs endroits et particulièrement ceux qui nous
intéressent sont des foyers assez vivaces pour servir de supports
aux centres contre-initiatiques.
Le mot chaman tel qu’il est communément orthographié fit
son apparition sous cette appellation à partir du xvne siècle dans
les langues européennes à la suite des récits de voyages
d’explorateurs. Le mot est d’origine Toungouse (peuplade de
Sibérie Orientale) chan-man.
Le chamanisme remonte fort loin outre les analogies
symboliques, on retrouve reproduits sur les tambours des
chamans les dessins ornant les gravures rupestres de plusieurs
régions, surtout la Mongolie et la Sibérie. Les légendes
concernant l’origine du chamanisme font tout d’abord état
d’une légitimation du premier chaman envisagé comme prêtre
et sacrificateur, la Connaissance lui ayant été octroyée par un
aigle blanc. Les chamans sont dits originellement « enfants du
Soleil » offrant les sacrifices afin d’éviter l’action des esprits
malveillants, mais il semble qu’il y ait eu rapidement
dégénérescence ; à ce propos les traditions les plus récentes
considèrent que la femme chamane est antérieure au chaman et
que ses pouvoirs lui sont supérieurs, allusion à l’aspect passif du
chaman. D’ailleurs, dans la plupart des cas la relation du
chamane avec son « esprit familier » (zoomorphe) l’oblige à se
transformer en femme, le chaman devenant l’épouse de cet
esprit. Ainsi chez une peuplade les Tchouk-tches les chamans
sont les « hommes mous » que les esprits obligent à s’habiller et
à vivre comme des femmes.
Quant à la dégénérescence proprement dite on peut en
trouver certains échos qui font d’ailleurs penser au chapitre VI
de la Genèse. Différentes légendes parlent de l’union d’êtres
venus de la constellation des Pléiades avec les filles des
hommes. Au début la cosmologie mentionne seulement le Ciel,
la Terre et l’Homme conçu comme médiateur. La notion
ajoutée que l’on peut faire correspondre aux Enfers est tardive
et par là même beaucoup plus récente. Les hommes doivent
consacrer les lieux appropriés comme autant de « nombrils » de
la Terre afin que ceux-ci soient dans l’axe du « nombril du Ciel »
symbolisé par l’Etoile polaire ; celle-ci étant appelée le Pilier d
’or permettant l’accès à la Montagne d’or, or ces appellations
changeront et deviendront désormais le Pilier de fer et la
Montagne de fer. Si il n’y a pas véritablement de traditions
apocalyptiques dans le chamanisme, il est cependant fait
allusion à la destruction de ce monde du fait de fissures de la
Terre, or en dessous de la Terre se trouvent les Enfers domaine
d’Erlik-Khan ancien guerrier céleste chassé du Ciel alors qu’il
commençait à percer les étoiles avec ses flèches, ne voulant rien
admettre au-dessus de sa puissance. Echo de cette révolte des
kshatriyas les dénominations dans plusieurs dialectes de Père-
lune et Mère-soleil, les mots désignant la lune et l’ours étant
pratiquement les mêmes.
On fait naître habituellement le chaman d’un aigle ayant des
plumes de fer, l’enfant est ensuite confié à une sorcière borgne
qui éduque le futur chaman dans un berceau de fer et en le
nourrissant de lait caillé ; puis trois esprits dépècent le corps et
remplacent les os par du fer. Les chroniques mongoles donnent
la date de l’An Mil de notre ère comme début de la volonté de
puissance des chamans avec comme seule préoccupation la
recherche de pouvoirs de plus en plus grands. En relation avec
ceci, plusieurs peuplades divisent les chamanes en deux classes,
respectivement les chamans blancs guérisseurs et les chamans
noirs entretenant des contacts avec les démons et n’agissant que
pour répandre le malheur. Le chamanisme est devenu la
pratique de sciences traditionnelles les plus inférieures, plus ou
moins déviées, voire dévoyées et employées aux fins que l’on
sait.
Bien qu’omniprésent le chamanisme n’a jamais eu à
supporter les tracasseries, les persécutions qu’ont eues ou que
subissent encore les croyants des trois religions du Livre. Dans
des périodes difficiles pour lui le régime marxiste n’a pas hésité
à jouer de la plus hypocrite bienveillance envers les représen-
tants des autorités religieuses. Ces autorités de façade n’ont
d’ailleurs jamais abusé les vrais croyants à quelque confession
qu’ils appartiennent. Les soi-disant changements actuels
confirment que le marxisme termine de jouer son rôle, le fait
d’adapter les valeurs démocratiques montre simplement le
resserrement et l’établissement mondial d’un pouvoir hiérar-
chisé contre-initiatique. Le chamanisme bénéficie donc d’une
certaine bienveillance alors que l’Islam gêne de plus en plus les
dirigeants communistes. Se faisant le porte-parole de cet
embarras M. Gorbatchev déclarait dans un discours prononcé à
Tachkent capitale de l’Ouzbékistan : « Nous devons mener une
lutte résolue et impitoyable contre les phénomènes religieux.
Nous devons intensifier parmi les masses l’agitation politique et
la propagande en faveur de l’athéisme... Certains membres du
Parti croient pouvoir participer à des cérémonies musulmanes,
ils doivent savoir que le Parti ne tolérera plus le moindre
décalage entre les mots et les actes... »3 Les événements
d’Afghanistan n’ont pas dû arranger la mentalité de M.
Gorbatchev à ce sujet. Si le retrait des troupes communistes de
ce pays résulte pour une bonne part de la peur d’un
soulèvement général parmi les républiques soviétiques à
dominante musulmane il ne faudrait pas oublier d’autre part que
l’Armée rouge a fait connaissance avec la « Guerre Sainte » sous
les traits notamment de celui que la presse occidentale a nommé
le commandant Massoud et dont M. Du Pasquier donne un
juste portrait : « Ahmad Shad Massoud, le célèbre chef de
guerre auquel la Résistance doit certains de ses plus beaux
succès militaires, est lui-même fervent soufi et outre les devoirs
religieux incombant à tout musulman, pratique assidûment la
voie spirituelle de l’Ordre nasqshbandi. C’est sans doute ce qui
ajoute à son autorité le rayonnement personnel dont parlent
tous ceux qui l’ont approché. » 4
*
**

Nous ne développerons aucune considération sur la


militarisation à outrance qui accompagne inévitablement le
marxisme et lui sert de base. Cet aspect guerrier à outrance et
totalement inversé est l’aboutissement ultime de la révolte des
Kshatriyas ; en ce sens l’U.R.S.S. est bien la terre de l’Ourse.
L’un des trois centres se trouverait être situé dans le
Turkestan. Ce nom recouvre aujourd’hui un territoire fort vaste
constitué par : l’Ouzbékistan, le Turkménistan, le Tadjikistan, le
Kirghizistan et le Kazakhstan. Ces régions étant peuplées par les
ethnies Turco-mongole Kirghize et Ouzbek ainsi que par les
Turcomans ; mais le territoire exact qui nous intéresse est
précisément le Turkestan Occidental, région en grande partie
occupée par un désert le Kyzyl-Koum. C’est dans cette région
que s’arrêta la progression des hordes mongoles. On sait que
Gengis-Khan essaya vainement d’attaquer le royaume du
Prêtre-Jean, Saint-Yves d’Alveydre parle dans son livre Mission de
l’Inde de la Terre Sainte n’ayant jamais été profanée par l’action
entre autres du royaume Touranien de Haute-Tartarie, ce qui se
réfère à l’empire de Gengis-Khan. Le terme Touranien
englobant aussi les Huns sur lesquels nous reviendrons plus loin
à propos d’Attila.
Le Turkestan est le lieu d’arrêt de la « poussée » mongole.
C’est non loin de là, à Samarkand, que Tamerlan établira sa
capitale. Les croyances chamanistes se mélangeant avec celles
des tribus nomades turques. Tous ces événements sont
rapportés dans « l’Histoire secrète des Mongols » 5 regroupant
les chroniques de ce peuple et contenant de très précieuses
indications.
Gengis-Khan naquit non loin du lac Baïkal, surnommé le Lac
des Esprits, dans une tribu bouriate, or c’est justement chez les
Bouriates que l’on signale pour la première fois la très nette
division entre chamans blancs et chamans noirs. Lorsque
Gengis succéda à son père il reçut la visite de trois mystérieux
personnages (c’est-à-dire l’ambassade envoyée par le Prêtre-
Jean) qui lui prédirent : nous te ferons Khan. Mais il apparaît
que le futur khan des Mongols n’ait jamais voulu reconnaître
d’autre autorité que la sienne. La réalisation spirituelle ne lui
était pas inconnue mais du fait d’une instabilité renforcée par
son orgueil il se révélera vite indigne de mener à bien sa mission
de restaurateur et d’unificateur ce qui l’entraînera («
horizontalement ») a juguler son instabilité dans un désir de
conquêtes.
Son règne coïncida avec une recrudescence du chamanisme.
Signe d’éloignement et de multiplicité les croyances Bouriates
substituent aux noms divins 99 dieux se répartissant en 55 dieux
bons et en 44 mauvais.
Les chroniques parlent de Gengis-Khan comme s’adonnant à
la magie et de ses entretiens avec les démons. Gengis-Khan était
entouré par les chamans d’une même famille. Parmi celle-ci,
celui qui avait le plus d’importance, le devait au fait d’avoir
transgressé les tabous en se rendant auprès du père mourant de
Gengis-Khan ; ce dernier avant d’expirer avait confié au
chaman le soin d’éduquer son fils. Gengis-Khan desserrera de
façon brutale l’emprise de ce groupe de chamans toujours plus
puissant qui voulut même à un moment le supplanter. Ce
groupe restant par la suite dans l’ombre des pérégrinations
mongoles.
Avant de porter le nom de Gengis-Khan, le futur chef des
Mongols s’appelait Temüdjin du nom d’une ville des Tatars
conquise par son père, au moment de sa naissance. Plus tard,
lorsqu’ils le verront « possédé » à intervalles réguliers par les «
esprits » consécutivement à la recherche de pouvoirs, les
Mongols relieront ce fait avec les attitudes habituelles des
forgerons « noirs ». Un proverbe de ces régions mentionne que
le chaman et le forgeron sont du même nid. La prédominance
étant octroyée au forgeron qui n’a rien à craindre de l’adversité
d’un chaman. Le forgeron pouvant capturer l’âme du chaman et
la brûler.
C’est peut-être pourquoi certains chamans dont nous avons
parlée plus haut ne purent se débarrasser de Gengis-Khan ;
l’assimilation avec un forgeron se renforçant, car le nom de
Temüdjin est fort proche du mot mongol Temürdjin désignant
un forgeron, le mot fer se disant par ailleurs Temür.
* Dans plusieurs légendes, les Mongols se donnaient pour les
descendants d’un peuple de forgerons travaillant à l’intérieur de
montagnes de l’Altaï et c’est en extrayant un filon de fer qu’ils
seraient sortis du monde souterrain. *
Tamerlan lui sera connu sous le surnom de Timur-Leng
littéralement « Fer-Boiteux », fer par rapport aussi à ses
pouvoirs et à son entourage chamaniste ; et boiteux parce qu’il
était affligé de cette infirmité.
Gengis-Khan insatisfait malgré sa puissance, eut un moment
comme seule préoccupation la recherche d’une médecine
d’immortalité, dans le but d’obtenir justement une immortali-
té.... terrestre ! Les chroniques mentionnent une rencontre avec
un sage taoïste, cela ne surprendra guère de savoir que Gengis-
Khan fut éconduit. Amer, il se lança à nouveau dans la guerre et
tâcha d’oublier sa déception dans les plaisirs terrestres.
Gengis-Khan avait pris comme emblème un loup d’or mais
bien vite c’est le loup sous son aspect sinistre qui devait
caractériser son règne. Le loup étant généralement la forme de
prédilection de certains chamans.
Nous avons évoqué à plusieurs reprises la lycanthropie dans
ce livre, ce terme est relaté en détails dans la mythologie
grecque. Connu pour sa tyrannie, le roi Lycaon se livrait à
l’anthropophagie. Il reçut la visite de Zeus, sous un déguise-
ment. Il fit servir au repas les restes d’un enfant, devant cette
monstruosité Zeus le changea en loup.
Ovide en fait une description saisissante dans ses Métamor-
phoses : « Lycaon terrifié s’enfuit et réfugié dans le silence de la
campagne il pousse de longs hurlements, fait de vains efforts
pour retrouver la parole ; c’est de tout son être qu’afflue à sa
bouche la rage... Ses vêtements se muent en poils, en pattes ses
bras ; il devient loup, mais il garde encore des vestiges de sa
forme première ; même couleur grisâtre du poil, même furie sur
ses traits, même yeux luisants ; il reste l’image vivante de la
férocité. »6
Les cas, voire les épidémies de lycanthropie accompagnent
toujours la manipulation de résidus psychiques situés bien
souvent à l’ancien emplacement de centres spirituels. Ainsi la
localisation du Turkestan n’est pas fortuite puisque Hérodote y
signale la présence d’hommes aux crânes rasés « les Chauves »,
ceci s’appliquant aux membres d’une organisation initiatique.
Ces hommes étant entourés du plus grand respect, reconnus
comme juges incontestés par toutes les populations et pouvant
octroyer le droit d’asile. Ils habitaient sous des tentes de feutre
blanc, couleur qui évoque l’aspect sacerdotal. Le Turkestan n’est
pas un hasard, ni le fait d’un choix arbitraire. Hérodote précise
que ces hommes vénéraient Argimpasa équivalent d’Aphrodite
déesse de l’Amour et de la Beauté, Amour sacré, Amour de la
Connaissance nous constatons bien de la sorte la présence de
Fidèles d’Amour.
Lors de leurs différentes migrations, les Huns entrèrent en
contact avec les descendants d’anciennes tribus Scythes. C’est
dans une contrée Scythe qu’Attila pût recouvrir sa cupidité (son
amour de l’or était bien connu) d’une soi-disant élection du Ciel
afin d’établir son royaume sur toute la Terre ! C’est un berger
qui découvrit, recherchant la cause des blessures de ses bêtes,
une épée enfoncée dans le sol.
D’après les tribus Scythes, il s’agissait d’une épée tombée du
Ciel, l’épée de leur dieu de la guerre (assimilé à Arès-Mars) et
dont seuls pouvaient se servir les rois Scythes légitimes.
L’appropriation de cette épée par Attila fut considérée
comme le signe d’une mission div.ine par son peuple, alors que
les descendants des Scythes prédirent que l’emploi détourné de
cette épée amènerait la ruine des Huns qui commença
effectivement par leur défaite des Champs Catalauniques. On
songe aux paroles du Christ à propos de « ceux qui prennent le
glaive et périront par le glaive ». Sans mandat du Ciel tout
pouvoir se disqualifie et l’appui sur la seule force est bien
éphémère.
Ainsi dans les premiers temps de Rome, en rapport avec la
nature dangereuse des influences de Mars le temple du dieu était
en dehors de la cité. On invoquait Mars seulement pendant la
durée d’un combat. Les forces mises en action étaient dirigées
par des membres du Collège des Saliens (institué par Numa),
spécialement instruits à cet égard. Accompagnant les légions ils
« opéraient » lors des batailles, revêtus de robes blanches tenant
des boucliers consacrés en argent.
Les défaites étant attribuées à des fautes, à des transgressions
devant être effacées avant le combat par des expiations et des
purifications de la part des autorités militaires, sinon les légions
devenant en conséquence des supports imparfaits. Malgré
l’aspect guerrier de Rome il faut savoir que c’est le prêtre de
Jupiter qui lançait le javelot de Mars sur le territoire ennemi afin
de signifer le début des hostilités et c’est toujours à Jupiter seul
qu’était attribuée la victoire.
*
* *

Nous avons dit que le chamanisme est implanté pratiquement


sur tout le territoire soviétique avec dans plusieurs régions des
foyers plus ou moins virulents, ceci autour des « réservoirs
d’influences psychiques inférieures ». Il nous restait à localiser
les deux derniers centres, nous nous sommes référés aux
traditions et aux légendes. Parallèlement, l’appui d’indications
contenues dans les écrits de René Guénon nous
confirmait dans nos recherches. Sans plus attendre, nous
pouvons dire que les deux centres en question se trouvent en
Sibérie Occidentale : l’un à l’embouchure du fleuve Ob et
l’autre plus au Nord à savoir l’île de Belyy vers la mer de Kara ;
entre ces deux points nous avons la presqu’île de Iamat,
appelée presqu’île des Samoyèdes. Ce peuple habite les régions
des « deux réservoirs ».
On reconnaît aux Samoyèdes de pratiquer le chamanisme le
plus ancien. A cet égard on a pu constater que le language
samoyède se compose d’environ quatre mille mots, alors que
le chaman, lui, utilise un vocabulaire de près de douze mille
mots. Lors des rites chamaniques, les paroles prononcées sont
incompréhensibles pour l’assistance. Expliquant l’emploi de ,
ces termes archaïques, les chamans disent qu’ils parlent le
language d’un Age d’or où les hommes et les animaux vivaient
et parlaient ensemble !
Outre les vestiges mis à jour sur la presqu’île des Samoyèdes
que l’on date d’une période fort ancienne, il faut noter à
l’extrémité de cette terre maintenant désolée l’île de Belyy, or
Belyy signifie blanc et l’on sait qu’île Blanche est la désignation
d’un centre spirituel.
René Guénon dit à ce propos : « Toute Terre des Dieux
siège d’un centre spirituel devient une terre des morts lorsque
ce centre a disparu. » 7 Citons aussi à cet égard l’extrait de
l’article « Chamanisme et sorcellerie » : « ...On y rencontre
également des rites comparables à quelque-uns de ceux qui
appartiennent à des traditions de l’ordre le plus élevé : certains,
par exemple, rappellent d’une façon frappante des rites
védiques, et qui sont même parmi ceux qui procèdent le plus
manifestement de la Tradition primordiale. »
Dans les régions voisines, ces endroits ont la réputation
d’être le pays des maladies et des maléfices.
Sans nous étendre plus que de raison, nous pouvons dire
que les actes de sorcellerie sont semblables à ceux pratiqués
par certains groupes soudanais des monts Nuba, ils offrent
aussi les plus grandes similitudes avec ceux pratiqués par les
sociétés « Léopards ».

\
Parmi les peuples habitant l’embouchure de l’Ob, les plus
anciennes croyances se sont perpétuées chez quelques tribus
Samoyèdes, ainsi que chez les Ostiaks et les Vogoules ;
l’ensemble de ces populations ne dépassant pas environ trente
mille individus.
Au sujet de ces croyances l’on ne peut parler d’un « Au-delà »
mais plutôt de données confuses. On tient en grande crainte le
dieu des Enfers, les chamans « descendent » au septième cercle
de l’Enfer où est situé son palais, afin de demander sa
protection contre les calamités. Les divers objets employés lors
des rites remontent à l’époque Scythe.
. Il est célébré les fêtes de l’Ours, un culte est rendu à cet animal
considéré comme supérieur à l’homme. En tant qu’esprits
auxiliaires du chaman, l’ours est associé au tigre. -Il est dit
qu’avant que l’ours soit considéré comme le roi des animaux,
avaient droit à ce titre seulement le sanglier et l’élan ! On
remarquera encore une fois par ce symbolisme la référence à
une révolte de kshatriyas.
Selon différentes légendes l’ours, malgré l’interdiction de son
père, regarda vers la Terre lorsqu’une fissure se forma dans la
Voûte céleste. Il fut alors envoyé sur la Terre dans un berceau
d’or, et tenu en laisse par une chaîne d’argent accrochée à son
museau. On retrouve la trace du Déluge dans .les récits
Samoyèdes ; seuls sept sages furent épargnés et trouvèrent
refuge dans une barque.
S’il arrive que le chaman n’ait pas à sa disposition ni son
habit ni ses instruments il lui suffit de s’accompagner de son
miroir, seule chose obligatoire et indispensable.
Le chamanisme sous son aspect le plus funeste n’est plus ou
moins consciemment qu’une nécromancie déguisée. A propos
de ce genre d’évocations, on retrouve le mot Ob dans la
Tradition hébraïque (avec bien entendu des équivalents dans les
autres traditions). Les conséquences et les dangers de ces
évocations ont été mis en relief dans l’Erreur spirite au chapitre
intitulé « L’explication des phénomènes » auquel le lecteur
pourra se reporter. A titre d’exemple, Guénon cite la Bible : le
Premier Livre de Samuel, XXXVIII.
Le roi Saül s’étant vu retirer le Mandat du Ciel et par là même
les bénédictions inhérentes, en arrive à demander l’aide d’une
nécromancienne afin d’évoquer le prophète Samuel mort
depuis peu. Le péril Philistin figure son châtiment ainsi qu’il
l’apprendra par l’évocation.
Nous voyons donc Saül réprouvé offrant l’image d’une
royauté sans support spirituel, cette déchéance s’accompagnant
du recours à de basses pratiques, en totale contradiction avec
les prescriptions formelles contenues dans le Lévitique.
Saül s’est coupé lui-même du Ciel, son royaume devenant une
terre stérile. La Miséricorde divine choisissant le roi David
comme vivificateur. >
Lorsqu’un centre spirituel a cessé de remplir sa fonction pour
différentes raisons d’ordre cosmologique les « résidus » ne
peuvent plus intéresser que ceux qui pensent accumuler les
pouvoirs; dont la recherche si elle nous fait penser à un sinistre
tonneau des Danaïdes n’empêche pas pour beaucoup de s’y
noyer irrémédiablement !

NOTES

1. Pour l’ensemble des légendes Ossètes, le lecteur pourra se reporter à


l’ouvrage de Heinrich von Klaproth, Mémoire dans lequel on prouve l’identité des
Osses, peuplade du Caucase avec les Alains du Moyen Age Paris, 1868, et M. Emile
Benveniste Etude sur la langue des Ossètes, Paris 1959.
2. M. Etienne Dinet, La vie de Mohammed Prophète dAllah.
3. Cf. Le spectacle du Monde, mars, 1987.
4. L’Islam entre tradition et révolution, Edition Tougui.
5. Traduction Pelliot, Paris, 1949.
6. Traduit par M. Chamonard, Gamier-Flammarion.
7. Le Symbolisme des Cornes : Symboles Fondamentaux.
LA CONTRE-INITIATION EN OCCIDENT

La contre-initiation se cache sous de multiples aspects et sous


les masques les plus divers, n’hésitant en aucune façon à se
revêtir d’une couverture « soi-disant » traditionnelle pour qui
s’en tiendrait uniquement aux apparences.
Les personnages, les fonctions, les attributs se heurtent,
s’opposent en surface, mais convergent inexorablement à la
réalisation du but fixé.
Lorsque nous nous pencherons sur tel ou tel fait significatif,
il ne faudra pas oublier que le Traditionnel et le Légitime se
rattachent toujours au Principe. Seule la métaphysique est au-
delà de l’illusoire dualité. Malheureusement le titre ou la
fonction d’un personnage ne correspond guère souvent à ce
qu’il devrait être en réalité. Toute généralisation est un piège,
notamment en ce qui concerne la caste guerrière. La véritable
noblesse ayant eu sa large part de victimes ; quant à l’autorité
spirituelle, elle ne fut bien souvent au niveau humain que
piteusement représentée. L’habit ne faisant pas le moine, la tiare
un pape ou l’épée un chevalier. Un titre acheté n’apportant
aucune vertu de transformation.
A chaque fois, la déviation et la dégradation proviennent
inévitablement de l’orgueil et de la cupidité..
« La Renaissance marque sous tous les rapports la consom-
mation de la rupture du monde occidental avec ses propres
doctrines traditionnelles \
Le terme Renaissance (rinacista) apparaît pour la première
fois en Italie vers 1550. Ce terme sera repris en France par les
auteurs de l’Encyclopédie pour signifier, selon eux, l’épanouis-
sement des lettres et des arts du quatorzième au seizième
siècle. La Renaissance s’appuie sur une résurgence, une
exhumation des résidus psychiques de l’Antiquité dite «
classique ».
Pour l’Occident, il s’agissait avant tout de l’Antiquité
romaine (les débris de cette religion se transformant en
superstition pour aboutir à la plus basse sorcellerie). Le
Christianisme venant recouvrir providentiellement toutes ces
dangereuses et néfastes émanations.
Curieusement le point de départ ne se trouve pas à Rome
mais à Florence jouant un rôle de condensateur. Dante se
définit Florentin de naissance, non de mœurs. Il décrit
Florence comme « un rejeton de celui qui fut ingrat à son
faîteur »2, soit en terme direct une ville luciférienne. Tradi-
tionnellement, toute ville est fondée d’après les lois que revêt la
géographie sacrée et des rites appropriés qui en découlent.
La fondation de Florence, anciennement étrusque, ne fut
pas accomplie selon le rite normal, comportant la consécration
du lieu et l’établissement des limites de la cité. Le rituel donc
ne fut pas opéré par un « Lucumon » prêtre étrusque ; sans
entrer dans les détails, le prêtre devait tracer le sillon sacré, à
l’origine de la cité, au moyen d’un soc « préparé » que tiraient
une génisse et un taureau blancs. A la fois anomalie et
inversion, la cité se trouvait marquée et prédisposée à jouer un
rôle des plus funestes.
Dès le début du Moyen-Age l’usure y est de pratique
courante. Les marchands, véritables maîtres de la cité,
n’hésitent pas à s’attribuer comme enseigne l’aigle (détourné de
son symbolisme premier en devenant en ce cas synonyme de
rapacité).
A cette époque, Florence tend à devenir le principal centre
des financiers, une capitale de l’argent.
L’histoire de Florence offre un résumé de l’obscurité actuelle
ainsi qu’une répétition de ce qui allait advenir des
bouleversements antitraditionnels nous menant inévitablement
à la situation présente.
La classe marchande supplante l’aristocratie terrienne en
s’appuyant sur les anciens serfs, véritablement déracinés, ne
jouissant plus d’aucune protection que leur accordait la
féodalité, transformés en ouvriers, soumis sans protection aux
caprices des riches marchands. Ces pauvres êtres manipulés
feront obstacle à un juste retour, que pourrait leur procurer
tout sursaut de l’aristocratie. Les nobles devenant dans
l’opinion populaire les fauteurs de misère et empêchant la
prospérité économique pour tous. S’il y eut bien quelques
nobles comme garniture au conseil de Florence, les décisions
sont prises par les marchands 3. Une famille marquera le pas sur
les autres, en l’occurrence les « Médicis ». Elle s’établissait en
fixant les impôts ridicules pour ses auxiliaires, exorbitants et
ruineux pour les aristocrates. Ainsi s’établit la suprématie des
marchands, protégés par des ouvriers (non plus des artisans)
entièrement à leur merci. Dante, outre sa fonction ésotérique,
n’en était pas moins un polémiste qui visait juste. S’adressant au
pouvoir : « Vous qui outrepassez les lois divines et humaines »
et au peuple : « Ainsi là où vous vous regardez comme les
chevaliers servants d’une fausse liberté, vous allez choir dans les
prisons d’un esclavage certain. » 4 Lors de divers troubles, ses
ennemis triomphent grâce à l’appui des troupes de Charles de
Valois (frère de Philippe le Bel), ils le condamnent à l’exil et à
une forte amende. Vraiment très gênant, il est à nouveau appelé
à comparaître à Florence pour y être jugé. Devant son refus de
se présenter, le tribunal prononce la sentence du bûcher. La
contre-initiation est véritablement obsédée par le feu, s’en
servant et jouant avec lui. Elle ne sera sûrement pas déçue,
ultimement dirons-nous !
Aussi bien Dante que son frère et ses enfants seront sans
cesse aux prises avec des créanciers et des usuriers. Ceux-ci se
vantant même, en faisant répandre des rumeurs calomnieuses,
de l’avoir acheté avec leur or. Comme si cela ne suffisait pas on
essaya de le mêler à une histoire d’envoûtement concernant le
pape. La famille Visconti instigatrice du projet et déçue des
résultats d’un sorcier, se proposait de contacter Dante, lequel
ayant été en Enfer saurait très certainement s’y prendre !
L’œuvre incontournable et irrécupérable est méprisée,
ignorée, étouffée sous un lourd silence par la Renaissance.
*
* *

L’ascension des Médicis commence exactement l’année ou


Averardo de Médicis se retrouve à siéger au sein du conseil des
marchands. Nous sommes en 1314, année du supplice des
templiers. Dès 1295, Philippe le Bel retire peu à peu le trésor
royal de la sauvegarde du Temple. Ceci sur l’intervention de ses
conseillers financiers, les banquiers florentins Francesi et
Musciatto. Avec cet argent, Philippe le Bel envoie ses troupes à
Courtray dans les Flandres, où les nobles et le petit peuple se
révoltent contre la tyrannie des marchands. L’armée sera mise
en déroute. Le trésor royal vide, le roi toujours conseillé par le
chevalier Nogaret5 et ses Florentins, se retournera contre le
Temple. Il pourra alors rassasier sa cupidité (avant de mourir
d’une chute de cheval due à la charge d’un sanglier). Nogaret
assumera son rôle contre-initiatique et les Florentins ne seront
plus gênés dans leurs transactions (outre le contrôle spirituel
des monnaies, le Temple gardait en dépôt les étalons des poids
et des mesures).
.. C’est donc à l’époque des Médicis que se développe et se
propage le courant humaniste, caractérisé par une attaque
contre la religion. Il est animé d’une volonté de se séparer du
Ciel. Apparaissent les « umanisti », dont le savoir se base sur
l’érudition, uniquement préoccupés de recherches sur le genre
humain, avec comme seule directive la raison.
Les critères de référence seront ceux de l’Ancienne Grèce et
de la Rome Antique. Leur importent surtout comme faits
anciens ceux dont on peut retirer gloire et considération. Ils ne
s’intéressent à aucune doctrine ésotérique, les racines sont
coupées. Il n’est jamais question de salut, bien moins encore de
délivrance. Ils se substituent à la légitimité, c’est le règne de
l’appréciation profane, fondé sur les apparences et les
sensations.
Retranchés du divin, ils n’en professent pas moins la
croyance à une immortalité, mais ce sont eux écrivains qui
veulent la conférer. Par leur écrits, ils désigneront les hommes
auxquels doivent s’adresser les louanges ou bien le mépris dans
la mémoire populaire.
A l’appui de ses théories, la Renaissance veut des faits, des
preuves et puis, l’Antiquité est une obsession, il faut la faire
ressurgir ; c’est le début de l’archéologie moderne. Cette
fascination des fouilles sera financée par les Médicis, acharnés
et avides de se faire admirer au vu de leurs collections 6.
Aux pièces découvertes s’attachent des « conglomérats
psychiques dont s’emparent pour les manœuvrer à leur gré et
en obtenir des effets conformes à leurs dessins, les magiciens -
noirs » 7. L’un d’eux fut sans conteste Ruggiero Ruggieri,
toujours dans l’ombre de Cosme de Médicis
D’autre part, les Médicis organisèrent avec insistance des
fêtes carnavalesques qui sont comme « une parodie du
retournement... qui se produit à un certain degré du
développement initiatique, parodie disons-nous et contrefaçon
vraiment satanique, car ici ce retournement est une extériorisa-
tion, non plus de la spiritualité, mais tout au contraire, des
possibilité inférieures de l’être et il n’est pas difficile de
comprendre que la mascarade elle-même semble figurer en
quelque sorte l’apparition de « larves » ou de spectres
malfaisants8 ». Les doctrines traditionnelles de l’Antiquité sont
incomprises et négligées par les humanistes. A part l’intérêt
que suscite l’historiographie, l’on assiste à une recherche déviée
et superficielle des mystères antiques, visant l’obtention de
pouvoirs.
Le Fidèle d’Amour Boccace insistera sur l’apport enrichis-
sant des doctrines antiques au niveau supérieur, métaphysique
(Dante n’a-t-il pas pour guide Virgile ?) puis mettra en garde
contre les dangers du paganisme représentant la tendance
inférieure se muant en sorcellerie. Il expliquera par ailleurs la
mission que l’Eglise se doit de remplir en tant que religion
forte et puissante pour endiguer les assauts naturalistes et
paganistes. Le Christianisme joua un rôle de garde-fou, pour
nous protéger de dangereuses errances.
Les fouilles, en réalité, servent à provoquer des fissures d’où
pourront se répandre les influences maléfiques du domaine
subtil inférieur. C’est pourquoi l’on commence à attaquer les
murailles : l’Eglise et la religion, en ayant beau rôle de se servir
d’exemples de membres dévoyés et corrompus du clergé. Déjà
au Moyen Age, un pape, Innocent III (reçu dans l’Ordre du
Temple, à titre honoraire) les dénoncera sans pitié : « Ces
aveugles, ces chiens muets qui ne savent plus aboyer, ces
simoniaques qui vendent la justice, absolvent le riche et
condamnent le pauvre, n’observent même pas les lois de
l’Eglise. »
L’homme devient un créateur en perpétuel devenir. Le Faust
est une créature de la Renaissance, le personnage décrit par
Marlowe préfigure le mythe du surhomme. C’est un «
intellectuel » égocentrique, assoiffé de pouvoir et de domina-
tion sur le monde.
Un Pic de la Mirandole dans son Discours de la dignité de
l’homme va jusqu’à parodier les premiers versets de la Genèse : «
Nous ne t’avons assigné, ô Adam ni une place déterminée, ni
une figure propre, ni un héritage particulier, afin que tu crées et
possèdes, selon tes vœux et décision, toujours la place, toujours
la figure, toujours les biens par toi élus. Je ne t’ai fait ni céleste,
ni terrestre, ni mortel, ni immortel, d’après ton propre honneur,
modeleur et sculpteur de toi-même, imprime- toi la forme que
tu préfères 9. Voilà un édifiant aperçu de la prose contre-
initiatique.
Près de la moitié de la littérature de la Renaissance est
anticléricale. Les humanistes considèrent la terre comme leur
ciel et eux-mêmes s’assimilent à des dieux. Considérant les
religions basées sur des présomptions et des mythes. Ces
derniers étant toutefois acceptables s’ils contribuent à maintenir
l’ordre social. Au début, l’humanisme constitue un phénomène
isolé, il n’a qu’une influence minime dans les universités qui
continuaient à enseigner les arts libéraux. Il ne parvient à
s’implanter que dans des académies, fondées par les princes
mécènes de Florence. L’érudition remplace la Connaissance
intuitive ; la critique (étude analytique des textes sacrés) le
symbolisme.
La littérature revendique une place égale à celle de la
théologie ; un Erasme, qui se félicitait de vivre à cette époque
prometteuse, selon ses propres dires, d’être un « Age d’or » s’il
y en eut jamais, était surpris de constater qu’à Rome, les
doctrines fondamentales de la foi chrétienne étaient le sujet de
discussions sceptiques parmi les cardinaux qui jugeaient ab-
surde la croyance à une vie future, et qui plaisantaient sur le
Christ et les Apôtres 10.
C’est aussi l’époque de Machiavel et son exhortation de la
division pour régner. Une politique basée sur la force et la
coutume, comme système de gouvernement n.
Pour l’humaniste, la religion doit être la servante de l’Etat.
L’Etat remplace Dieu et confère une immortalité mémorisée
par la renommée et la célébrité.
*
**

L’art de la Renaissance n’est qu’une imitation des formes


antiques : l’on vit à Florence placer de fausses façades gréco-
romaines sur des églises gothiques.
Les artistes sculptent et peignent le plus souvent les effigies
des mécènes et des condottiere. La Renaissance et ses artistes
cultivent une véritable haine contre la culture médiévale. Le
gothique est donné pour horrible et méprisable. Tout ce qui
peut servir de base et de support de contemplation est regardé
comme répugnant.
L’artiste n’a plus aucune notion de réalisation intérieure d’où
la négation du chef-d’œuvre (en son sens originel). Le fil
conducteur est le naturalisme. C’est aussi le refus de l’anonymat
: l’art pour l’art, seules importent la fortune et la célébrité. L’art
n’est plus une réalisation intérieure, ce sont des productions
sorties d’un « moi exalté » lui-même à son tour déchiré par des
aspirations désordonnées, recherches d’un prétendu
raffinement poussé à l’excès.
Au sens traditionnel, une œuvre d’art permet à l’artiste un
cheminement secret et personnel avec ses degrés de réalisation.
L’œuvre réussie est le reflet extérieur de la « queste » de l’artiste
et de son aboutissement. De plus, il permet par sa
contemplation d’élever chacun selon son degré de compréhen-
sion du symbolisme. L’Œuvre en tant que beauté est un fruit de
la magnificence divine en ce monde.
L’artiste de la Renaissance, lui, est agité par des soubresauts
du besoin d’innover, jamais satisfait, tiraillant sa création ou
s’abandonnant à la reproduction bâtarde en de pâles copies
antiques 12. Outre son insatisfaction, il doit faire face, puisqu’il
se complaît dans l’extériorité, aux plagiats et aux contrefaçons
sans qu’il puisse s’y opposer. La Renaissance reconnaît comme
parfaitement légal de reproduire les œuvres d’un artiste. Seule
est condamnable l’imitation de la signature. On comprendra
dès lors que pour l’artiste écartelé entre toutes ces viscissi-
tudes, celui-ci doive alterner le mouvement du pinceau ou du
ciseau avec le maniement de la dague. Outre la perte de l’art
sacerdotal, les églises cessent d’être orientées régulièrement 13.
La rupture sera véritablement consommée lors du Concile de
Trente (en Italie) où il est décidé d’exclure tout symbolisme des
églises, sous prétexte que celui-ci est un égarement pour les
fidèles, et parallèlement toute représentation du diable devra
disparaître des édifices religieux. La peur de la mort remplace
celle du diable. D’ailleurs de nombreux humanistes virulents
renieront leurs idées lorsqu’ils seront saisis d’une certaine
angoisse, à l’approche des derniers instants. Le style baroque a
désormais toute latitude pour la platitude. Quant au terme
baroque, il ne pouvait pas mieux correspondre à ce qu’il
représente, ni nier ses origines.
Employé pour la première fois au Portugal, le « Barroco »
correspond à une pierre mal taillée, à l’eau impure. En
espagnol, barrueco a le même sens, toutefois la variante
berrueco est le nom donné à des rochers de forme irrégulière se
dressant dans les déserts de pierre (berrocal).
Le baroque est une excroissance monstrueuse. Style
grotesque, ambitieux jusqu’à l’absurde. Il s’en dégage une
impression d’étouffement, d’indéfinissable malaise. Un soi-
disant raffinement qui s’enlise dans le ridicule. Même la
musique devient dissonante.
Avec son symbolisme inversé, nous sommes en présence
d’une exhibition tendue vers le monumental, ayant pour seul
but celui d’impressionner.
- L’église baroque n’est pas un lieu consacré au divin, mais un
endroit où le constructeur et le mécène peuvent montrer par
l’or et les richesses leur puissance et leur soif de gloriole, t
L’Eglise, du moins celle digne de ce nom, n’a plus le droit
d’intervenir pour faire cesser l’arbitraire. La cupidité des
oligarchies marchandes se cache derrière le moralisme des
fondations et de la charité organisée. Elles confortent leur
pouvoir en finançant les dictatures militaires dirigées par des
êtres motivés par un orgueil démesuré.
L’Eglise est en pleine décadence, à de rares exceptions, la
corruption est généralisée. Les nominations des hauts digni-
taires sont vendues aux enchères des familles bourgeoises. Le
commerce des indulgences est en pleine expansion. Pourtant,
un Calvin autorisera les prêts à intêrêt et un Michel Servet, bien
qu’attaquant lui aussi le catholicisme, commettra l’erreur de
critiquer Calvin, qui l’enverra promptement sur le bûcher.
Quant à Luther, son action a été parfaitement décrite par le
regretté Louis Charbonneau-Lassay dont nous nous permet-
trons de citer le texte ci-après, empreint de la plus remarquable
lucidité. « En 1528, il n’était plus en effet dans les troubles
premiers de sa révolte contre l’Eglise ; il y avait alors douze
années que sans mission, donc sans les grâces d’état nécessaires,
il s’était posé en champion d’une réforme de l’Eglise, réforme
opportune à la vérité sur le terrain de la discipline et des
coutumes ecclésiastiques, mais qui ne devait être entreprise
qu’en collaboration étroite avec l’autorité romaine légitime et
dans le respect absolu de l’intégralité intangible du dogme
apostolique et seize fois séculaire.... Le pseudo-réformateur...
n’offrant vraiment aux âmes, à la place de ce qu’il détruisait,
rien de précis, ni de solide, puisqu’il établit chacune d’elles juge
ce qu’elle doit ou peut croire. » 14

* *

Les spécialistes noircissent des pages sur ce qu’ils appellent


le ténébreux Moyen Age, ils ne font en réalité et c’est le moins
que l’on puisse dire qu’ânonner. Il serait plutôt exact de dire »
que le Moyen Age a été sciemment recouvert de ténèbres.
Alors qu’il suffirait de prendre simplement connaissance des
textes de l’époque, il en existe Dieu merci, suffisamment
correctement présentés et traduits. Si le Moyen Age était si
rempli de tares, pourquoi le dénigre-t-on au lieu de le citer
comme exemple à notre époque de l’apologie du débilisme
sous toutes ses formes ? En réalité, le parti pris systématique
de la critique s’appuie surtout sur des faits déformés et qui
datent tous de la fin du Moyen Age. S’il y eut des « pailles »
que penser de la « poutre » actuelle ?
L’exemple mensonger et le plus répandu est la figure du
seigneur détruisant consciencieusement ses propres récoltes,
en ayant comme seules occupations la chasse et la guerre.
Au Moyen Age, tout le monde peut chasser librement et de
ce fait, le braconnage est totalement inconnu. Seul le seigneur,
plus apte et mieux équipé, chasse le gros gibier (qui lui saccage
les récoltes) à la demande de ses serfs. Le produit de cette
chasse étant par ailleurs équitablement partagé. Le véritable
tort que l’on impute au Moyen Age, du point de vue moderne,
est son ordonnance traditionnelle. Tout d’abord, la seigneurie
est basée sur la protection et la fidélité. La Mesnie, grande
famille dont tous les membres sont unis, du seigneur au serf le
plus humble. C’est une communauté dont l’existence repose
sur une solidarité à tous les degrés hiérarchiques. Cette saine
ordonnance en même temps que la vitalité du domaine est
indispensable à tous ses membres, sans exception. Comme le
faisait justement remarquer M“e Régine Pernoud, dont les
ouvrages sans prétention, nous changent agréablement des
Le Saint-Sépulcre.
D’après une gravure du xV siècle.
stupidités habituelles, les mots manoir, mas (demeure du paysan), la
manse (la terre qu’il cultive), le manant (paysan) proviennent tous du
latin manere dans le sens de demeurer, de stabilité.
La communauté, de par son ordonnance, se trouve protégée de
toutes les influences malsaines. Aucune intrusion si néfaste soit-elle ne
peut s’effectuer, il n’y a aucune faille. L’homme du Moyen Age peut se
définir au plein sens du terme comme un enraciné.
Les influences de désagrégation seront propagées par un nouveau
type d’homme : le bourgeois dont la principale caractéristique est de ne
plus se contenter du lieu où il vit. A l’inverse, c’est un être instable et
déraciné. Le bourgeois est un marchand, se déplaçant sans cesse à la
recherche de nouveaux profits. L’homme du Moyen Age n’ignore pas
les déplacements, mais s’il entreprend un voyage (et ce même en tant
que simple serf et aucun seigneur ne peut s’y opposer) ce sera pour
accomplir un pèlerinage à Tours, Compostelle, Rome ou bien en Terre
Sainte.
Cette soif de profit, associée à un curieux mélange de littéralisme
biblique et de fanatisme, sera le fil conducteur des expéditions vers les
pays lointains et des soi-disant découvertes géographiques et
scientifiques.
Un Ronsard, dans son élégie à Nicolas de Nicolay, géographe du roi,
ne déclare-t-il pas : « A l’homme comme seigneur et prince de toute la
ronde terrienne, et marine, toutes terres et mers sont ou doivent estre
par droict de nature ouvertes, patentes et découvertes — l’habitation
de l’homme est par tout l’univers : la demeurance n’est point terminée
en l’estroicte closture d’une maison, d’une ville ou d’un pays natal, mais
luy est estendue et descouverte par toutes les terres habitables et mers
naviguables. » 15
L’exemple le plus connu de ce type d’aventurier conquérant est le
personnage de Christophe Colomb ou Colon (d’où vient le terme de
colonisation). Pour entreprendre ses expéditions, Colon se servira des
calculs ainsi que d’une carte rédigée par le physicien florentin Paolo del
Pozzo Toscanelli. Parallèlement, il collectera un maximum
d’informations et de renseignements sur l’or et les pierres précieuses.
A cette soif de richesses, s’associe un « biblisme plutôt inversé ». A
chaque étape, il espérait trouver le Paradis et l’Age d’or. S’il lui sembla
plusieurs fois avoir abordé des paradis, son premier soin consistait à
faire revêtir aux habitants des chemises et des gants ! Or, c’est après
leur transgression qu’Adam et Eve eurent honte de leur nudité
primordiale. Le contact avec l’Age d’or consistait à se procurer par
tous les moyens le métal du même nom. Colon légitime l’esclavage;
L’on aurait bien proposé aux premiers habitants de leur verser un
salaire mais devant leur incompréhension, vis-à-vis du travail, ils
durent extraire l’or gratuitement.
Colon continuera ses exactions, et n’étant guère partageur, même
avec ses compatriotes, se mit aussi à faire pendre des Espagnols. La
couronne soudainement offusquée envoya un enquêteur gentilhomme
de la maison royale et chevalier de l’Ordre militaire de Calatreva 16.
Après une inspection minutieuse, Colon et ses frères furent ramenés
en Espagne, enchaînés, pour y être jugés.
Mais Colon ayant l’or comme argument décisif, reçut des excuses et
le chevalier le conseil de se retirer sur ses terres.
La colonisation à outrance était née, recouverte d’un moralisme,
borné, à prétention religieuse. Le modernisme pourra, dès lors, lancer
ses idées empoisonnées à travers le monde.
Notons que les conquistatores furent horrifiés par les sacrifices
humains que pratiquaient les Aztèques et dénommèrent cette religion
celle du diable et les dieux, des démons. Or , comme le souligne
justement M. Soustelle : « Le sacrifice est un devoir sacré envers le
soleil et une nécessité pour le bien même des hommes. Sans lui, la vie
même de l’univers s’arrête. Toutes les fois qu’au sommet d’une
pyramide un prêtre élève dans ses mains le cœur sanglant d’une
victime et le dépose dans la calebasse de l’aigle, la catastrophe qui
menace à chaque instant le monde et l’humanité est encore une fois
différée. Le sacrifice humain est une transmutation par laquelle on fait
de îa vie avec de la mort. Et les dieux ont donné l’exemple au premier
jour de la Création. » '!
Il ne faut pas oublier que dans les civilisations traditionnelles l’or
est réservé au culte, travaillé et consacré rituellement. C’est pour éviter
la fonte et la profanation que les objets sacrés furent soigneusement
cachés. Effectivement l’or profané tombé entre les mains des
conquistadores ne pouvant être envisagé que sous un aspect
maléfique, devenait celui du diable.
. Un fait, non négligeable de la Renaissance, est l’apparition de la
syphillis. La légende se passe de commentaires. Syphilus était un
berger qui décida d’adorer non pas les dieux qu’il ne pouvait voir mais
le roi, unique seigneur de son troupeau, sur quoi Apollon, furieux
infecta l’air de vapeurs nocives. Syphilus devint alors malade et son
corps se recouvrit d’éruptions ulcéreuses. >
*
* *

La géographie sacrée est la science des lieux ; en vertu de l’analogie


entre le microcosme et le macrocosme. Elle permet la localisation
précise, en dehors de tout motif esthétique ou utilitaire des endroits
favorables, en tant que supports à la manifestation des influences
spirituelles. Cette science situe d’autre part les endroits néfastes, où
sont particulièrement concentrées les influences maléfiques. La
fondation d’édifices sacrés : leur orientation et leur consécration étant
soumises à des lois précises. Ceci ne changeant rien quant aux diverses
. adaptations du même endroit ou du même édifice. Un temple
égyptien devenant une église copte, puis une mosquée 1S. Il n’y a là
aucun syncrétisme, mais une continuation légitime et bénéfique. Nous
pouvons citer comme exemple significatif la basilique Sainte-Sophie
devenue mosquée et dédiée à Seyyidat- nâ Maryam (la Vierge Marie).
Dans le soufisme, Maryam représente la Sagesse et Sophie ne
provient-elle pas de Sophia, la Sagesse ? - i Si la vivification cesse, du
fait des conditions cycliques, il ne reste plus que des résidus
psychiques. Il peut exister aussi des lieux communément appelés «
bouches de l’enfer », réservoirs d’influences malsaines et dangereuses,
ainsi le palais de Pluton entouré de tours menaçantes dont on plaçait
l’entrée près du lac Averne, et le mont Etna désigné comme soupirail
de l’enfer, où furent ensevelis les titans en révolte contre Jupiter. Chez
les Grecs, le cap Ténare était particulièrement redouté. Pour canaliser
et isoler ces influences négatives, on leur attribuait, notamment dans
les pays celtiques, des champs volontairement laissés en friche. Sans
nous y attarder, quelques tentatives d’appropriation moderne
donnèrent lieu à de . fâcheux accidents. Ces endroits sont désignés
comme terres du diable. -
De l’Italie de la Renaissance, le courant contre-initiatique se déplace
ensuite vers la France. Il faut rappeler que le Christianisme constituait
une barrière contre l’action des forces dissolvantes attachées aux
résidus de l’Antiquité. Cette protection fut édifiée par de saints
personnages. L’action de deux d’entre eux intéresse particulièrement
notre propos à savoir saint Martin et saint Benoît. - La destruction
d’anciens lieux de culte païens n’est pas le fait d’un fanatisme, mais
celui d’une neutralisation salutaire. D’autres lieux se trouveront en
quelque sorte purifiés, puis rendus à leur utilisation bénéfique et
opérative première.
Le Christianisme, protection et vivification, verra s’épanouir au
Moyen Age les sciences traditionnelles. La Renaissance, elle, s’adonne
à la nécromancie et commence à ouvrir la fosse que ne cesse
d’agrandir le monde moderne, qui s’appuie comme on le voit sur une
instabilité croissante.
L’on sait les analogies existant entre la fonction de Dante et celle de
René Guénon. Elles s’éclairent singulièrement si l’on se souvient que
Dante est natif de Florence' (un des berceaux .de la contre-initiation)
et qu’en France, les lieux de « passage » du « serviteur de l’Unique »
furent Blois et Paris. Dante voyagea jusqu’à Paris où son maître
Brunetto Latini avait été exilé.*D’après Boccace, Dante, à l’université
de Paris19 assista à quatorze discussions sur des thèmes divers, au
terme de joutes oratoires, il réfuta les points controversés et présenta
ses thèses avec une telle clarté qu’il suscita l’admiration de toute
l’assistance. (Dante n’invite-t-il pas le lecteur à participer au . Convito
et en savourer les quatre sens ?) C’est à Paris qu’eut lieu le supplice de
Jacques de Molay. S’y situe aussi l’épisode de l’Ordre du Temple
Rénové, dont Guénon fut le Grand Maître. N’oublions pas non plus
que Dante appartenait à la Fede Santa, Tiers-Ordre de filiation
templière.Tl est important aussi de souligner les multiples analogies
dans les œuvres de Dante et du Cheikh-al-Akbar, Muhyi-d-dîn ibn
Arabi, Guénon se référant souvent à ses écrits. M. Charles-André Gilis
signale fort opportunément, dans son livre20 que pour Guénon « la
présence de la baraka akbarienne s’actualise pendant quelques mois
par l’intermédiaire d’Abd al-Hâdi, nom islamique du peintre suédois
John Gustave Agelii. Il s’agit d’un autre côté de l’émir Abd al-Qâdir
l’Algérien qui séjourna en France de 1848 à 1852 et dont la fonction à
l’égard de l’Occident apparaît du point de vue islamique, comme celle
d’un véritable précurseur du Cheikh Abd-al-Wâhid ». Il est à noter que
l’émir repose à Damas, à côté de son maître Muhyi-d-dîn 21.
La contre-initiation italienne passant en France s’implanta dans les
régions qu’englobent le Val de Loire notamment la Touraine, le
Blésois et POrléannais. Nous y constatons les lieux de naissance, de
passage ou d’activités de personnages de la contre-initiation (Richelieu,
Descartes, Cosme Ruggieri, Benjamin Franklin...). Les différentes
villes citées présentant . bien entendu une ambivalence ne serait-ce que
Blois, où naquit Guénon, située sur le même axe et de part et d’autre
de Tours et de saint-Benoît-sur-Loire. Ces deux dernières villes
directement en corrélation avec les vies de saint Martin et de saint
Benoit‘dont nous nous proposons d’étudier les « missions »
stabilisatrices et protectrices.
Bien qu’originaire de Pannonie, dans la plaine de Hongrie, c’est à
Pavie que saint Martin ressent les prémices de sa vocation, dès l’âge de
douze ans, en devenant catéchumène. Plus tard, après avoir partagé
son manteau de soldat avec un

La charité de Saint-Martin (xV siècle).


Ecole Nationale des Beaux-Arts (Parts)
mendiant ; le Christ, la nuit suivante, lui apparaît vêtu de l’autre moitié.
Il se rend ensuite auprès de l’évêque saint Hilaire de Poitiers (venu au
christianisme après la lecture de l’Evangile de saint Jean) surnommé la
lumière de l’Occident qui veut l’ordonner diacre, refusant cet honneur
saint Martin assume néanmoins la charge d’exorciste. Puis il repart en
Pannonie afin d’y convertir ses parents. Il parvient ensuite à l’île
d’Albanga en Italie, où il fait un long séjour (à la désignation de centres
spirituels comme « l’île blanche »... il faut rattacher les noms de lieux,
de contrées ou villes, qui expriment pareillement l’idée de blancheur.22 )
Il revient ensuite vers saint Hilaire, duquel il reçoit les ordres majeurs et
qui le nomme abbé. Il opère de nombreux miracles (résurrections). Le
peuple l’arrache à sa solitude et le presse d’accepter une nomination
d’Evêque à Tours. (L’Evêque d’Angers jaloux de l’enthousiasme
populaire, essaya de s’y opposer, prétextant l’apparence misérable du
candidat ! ) Une fois évêque. Saint Martin fonde le Majus Monasterium
(le grand monastère) Marmoutier où il enseigne à des moines
soigneusement choisis pour répandre la pure doctrine chrétienne. Lui-
même refera par la suite de nombreux voyages. En l’occurrence, il
s’attacha particulièrement à faire disparaître les supports d’influences
néfastes. Par sa seule présence il fait s’écrouler une tour à Amboise, où
il fonde sa première paroisse. D’ailleurs, dans un sermon, saint Martin
déclara que l’Antéchrist vivait, bien qu’il ne fut encore que dans
l’enfance.
C’est avec saint Martin que commença en Touraine la dévotion à
Notre-Dame. Les reliques du saint le plus vénéré de la Gaule
reposaient dans la basilique de Tours (détruite à la Révolution) dans
une châsse vermeille entourée d’une grille en argent massif que fera
enlever et fondre François Ier pour son usage personnel. Les restes des
disciples de saint Martin étaient vénérés à l’époque carolingienne dans
une grotte, appelée, Caverne des Sept Dormants 23..
Délimitant le Val de Loire, située sur le même axe et à l’autre
extrémité par rapport à Tours, nous trouvons Saint- Benoît-sur-Loire.
Anciennement Médiolanum et omphalos des
Gaules dont parle César : « chaque année les druides tiennent leurs
assises en un lieu consacré qui passe pour occuper le centre de la Gaule
aux confins du Pays des Carnutes »24. Avant de porter le nom de saint
Benoît-sur-Loire, l’abbaye avait été construite au lieu dit le « Val d’Or »,
elle prit son nom actuel lorsqu’y furent transférées les reliques de saint
Benoît « les reliques sont précisément un véhicule d’influences
spirituelles là est la véritable raison du culte dont elles sont l’objet,
même si cette raison n’est pas toujours consciente chez les
représentants des religions exotériques, qui semblent parfois ne pas se
rendre compte du caractère très “positif” des forces qu’ils manient, ce
qui d’ailleurs n’empêche pas ces forces d’agir effectivement, même à
leur insu, quoique peut-être avec moins d’ampleur que si elles étaient
mieux dirigées techniquement » 25.
On y ajouta au ix* siècle, celles de saint Denis et de saint Sébastien.
Durant tout le Moyen Age, l’abbaye, outre centre de pèlerinage était
célèbre par la qualité de l’enseignement des arts libéraux. Le haut de la
tour occidentale qui dominait l’église abbatiale fut partiellement détruit
sur ordre de François Ier. en 1525, devant le refus des moines de
recevoir un nouvel abbé désigné et à la solde du roi. Nous reviendrons
plus loin sur le rôle de François Ier.
Intéressons-nous maintenant à la vie de saint Benoît. Se sentant très
tôt attiré par la vie contemplative, le futur saint Benoît de Nursie
rencontre un moine appartenant au monastère de Vivocaro. Sans en
aviser l’abbé, celui-ci lui transmet et l’investit du froc. Saint Benoît
descend ensuite au fond d’une caverne pendant trois ans, où le moine
lui apporte sa nourriture au moyen d’une corde. Passé ce délai, les
moines de Vivocaro lui demandent de les enseigner. Mais devant la
méthode ascétique, qui leur déplaît, ils n’hésitent pas à vouloir se
débarrasser du saint. Celui-ci déjouera leur tentative
d’empoisonnement. Traçant un signe de croix, il fait éclater le récipient
contenant le breuvage préparé à son intention, laissant les prétendus
moines stupéfaits et piteux. Il ne tarde pas ensuite à fonder avec des
disciples sincères, douze prieurés comportant chacun douze moines. Sa
renommée provoque la jalousie d’un prêtre qui emploiera les moyens
les plus insidieux pour faire obstacle à sa mission. Saint' Benoît
ignorant ces attaques, partira fonder le monastère du mont Cassin.
C’est en se lançant à sa poursuite que le prêtre tenace mourra de façon
brutale. Le moine qui remet la bure à saint Benoît s’appelait Romain.
Ce prénom désigne quelqu’un venant de Rome, et Benoît vient de
benedictus, béni. On peut d’ailleurs voir sur une fresque du prieuré
clunisien de Brézé-la-ville, Romain bénissant saint Benoît et le revêtant
de la bure. Témoignant d’une présence effacée au milieu de l’abbé et
des moines de Vivocaro (tenants de l’exotérisme pour le moins
dégénéré et corrompu), Romain véritable noyau spirituel transmet à «
l’élu » par la Providence la pure doctrine ésotérique, saint Benoît
continuant la chaîne initiatique dans son adaptation chrétienne. Cet
aspect présente une analogie évidente avec la transmission de la baraka
en Islam et parallèlement de l’investiture de la Khirqa (manteau).
L’apprentissage de la caverne est nécessaire et Romain dans ce lieu
caché (nécessairement au vu de la mentalité prédominante) nourrit
spirituellement saint Benoît au moyen d’une corde. Celle-ci pouvant
être assimilée au fil à plomb du Grand Architecte qui marque la
direction de l’axe du monde telle que le représente la montagne26. A la
sortie de la caverne, saint Benoît débute sa fonction d’enseignement.
(Quant au nombre douze, il est corrélatif de la fondation des centres
spirituels.) Après les moines de Vivocaro, succède l’opposition du
prêtre curieusement nommé Florentius. Les persécutions du prêtre
cessent lorsque celui-ci monté sur un âne se lance en vain à la poursuite
de saint Benoît commençant l’ascension du mont Cassin. Florentius
représentant la contre-initation et le côté psychique ne peut plus rien
contre saint Benoît gravissant les Etats supérieurs : la montagne.
Devenant dès lors inutile, l’âne le désarçonne et le tue, on ne peut
trouver plus significatif !
- Saint Benoît accède au mont Cassin, lieu d’un ancien temple de
Jupiter. Or la dédicace habituelle était représentée par I. O. M.
(abréviation de Jovi : datif de Jupiter, Optimo Maximo. La séparation
des lettres nous donne deux termes, l’un composé de I, l’autre de O.
M. « La lettre I de l’alphabet latin est aussi tant par sa forme rectiligne
que par sa valeur dans les chiffres un symbole de l’Unité »27. Le mont
Cassin est le cœur de l’Ordre bénédictin. « La lettre I représente le
premier nom de Dieu pour les Fideli d’Amore » 2S. D’autre part, O. M.
symbolise le centre du monde et abréviation d’Ordo Mundi (tout
comme le mantra O. M. désigne l’Unité Principielle. Du mont Cassin à
saint-Benoît-sur-Loire, les deux cœurs « centres spirituels » se fondent
dans l’Unité Transcendante. Saint- Benoît fondateur de l’ordre
bénédictin inspire à l’Occident médiéval la fameuse Règle qui porte son
nom. Dante l’appelle respectueusement « mon père » dans le chant
XXII du Paradis 29 le saint déclare : « Pour gravir l’échelle que vit le
patriarche Jacob personne aujourd’hui ne détache les pieds de la terre,
et ma Règle ne sert plus qu’à abîmer du papier. » Rappelons que saint
Bernard fut d’abord bénédictin à l’abbaye de Clairvaux, justement
fondée par Robert de Molesme pour endiguer le relâchement spirituel
dans l’Ordre. Nouvelle vivification, saint Bernard avec douze moines
de Clairvaux fonde à son tour Citeaux et l’Ordre Cistercien. *
- Les liens qui unissent saint Benoît, saint Bernard, l’Ordre du
Temple, Dante, on le voit sont forts étroits. *
Mais dirigeons nous maintenant vers Blois.
On connaît l’étymologie de Blois, Bleiz ou Beleiz, nom celtique du
loup, symbole de Belen, l’Apollon gaulois (auquel entre autre offrandes
on déposait des clefs dans ses sanctuaires). Le loup est pris ici dans son
aspect lumineux, nous avons aussi l’exemple de la louve allaitant les
jumeaux Romulus et Rémus. L’ambivalence des symboles dégage
l’aspect négatif, ténébreux. La louve s’oppose à Dante au début de son
« voyage ». Dans l’Enfer.30 Virgile la désigne en ces termes : « Elle a une
nature si perverse et si cruelle que jamais elle n’assouvit son désir
vorace, mais après le repas elle a plus faim qu’avant » ; et Dante lui-
même au Purgatoire : « Maudite sois-tu louve antique, qui engloutis plus
de proies que toutes les autres bêtes dans le gouffre sans fond de ta
faim. »31 La louve représente alors les passions les plus inférieures de
l’être, ces dernières devant s’effacer par une purification intérieure les
dominant puis les expulsant. Sinon ces forces désagrégeantes
concourent à la déstabilisation et entraînent vers le bas.
Pour compléter notre propos, nous ferons appel à la tradition «
nordique » où Loki est l’équivalent de Set. Loki, caricature de
l’androgyne primordial devient tantôt mâle, tantôt femelle. Il a le
pouvoir de se métamorphoser en animal, notamment en loup
destructeur. Il est le maître du mensonge et de la duperie. Il a des
rapports avec le feu souterrain. Ses épithètes courantes sont le
calomniateur ou le premier auteur des tromperies. Une géante lui
assure sa descendance et lui donne entre autres enfants le loup Fenrir
et le serpent Hel (ennemi de Heimdallr, le bélier). Au début du
Ragnarôk (Kali-yuga) Loki est enchaîné par les dieux à la suite de ses
multiples forfaits 32. Comme signe annonciateur de la fin de notre
monde, Loki se libère et déclenche les puissances démoniaques. Celles-
ci avancent sur un navire, fait des ongles des morts ”, piloté par un
géant. A son bord se trouve le loup Fenrir, la gueule béante, touchant
de ses mâchoires le Ciel et la Terre, et le serpent Hel remplissant
l’espace de son venin. Propageant sa haine, Loki dirige les forces
dissolvantes, s’attaquant aux dieux. Nous retrouverons les mêmes
analogies de la fin d’un monde, comme d’ailleurs dans les diverses
traditions.
Lors des duels opposant les dieux aux démons, ces derniers
semblent triompher, ils sont alors subitement détruits par un
embrasement purificateur, le soleil s’obscurcit, les étoiles tombent et la
terre s’enfonce dans la mer. C’est seulement après qu’apparaît un
nouvel Age d’or. Le feu correspond à la réintégration finale, et tout
passage d’un état à un autre doit s’effectuer dans l’obscurité
symbolisant le non-manifesté d’où découlent l’aspir et l’expir divins.
Revenons plus précisément à l’étude d’Apollon. Apollon naît au
sommet de la montagne de l’île de Délos, à l’ombre d’un palmier. Peu
après, il érige un autel avec les cornes d’animaux qu’il sacrifie. Ensuite,
parcourant la Grèce sur son char, conduit par des cygnes, il se rend à
Pytho, lieu de manifestation d’un ancien oracle, où avait pris place le
serpent Python. Apollon le divin archer tue le monstre de ses flèches.
Peu après, apercevant un navire crétois, le dieu se mue en dauphin,
guide les marins jusqu’au rivage. Après les avoir instruits, il les institue
prêtres de son culte. La légende, véritable enchaînement de symboles,
est riche d’enseignements.
La montagne de Délos devient une représentation de la montagne
sacrée du Pôle ; le palmier est l’arbre du monde et dispensateur de la
Connaissance, de la nourriture spirituelle (le palmier en Islam est
considéré comme la sœur d’Adam, que celui-ci fut autorisé à emmener
lors de sa sortie du Paradis). Le palmier est une réminiscence, une clef
et une voie d’accès vers le retour à l’état primordial tout d’abord. Les
cornes d’animaux sont les rayons de la lumière provenant de la source
initiatique (l’Apollon Karneios des hyperboréens). Pytho et Python
expriment les idées de pourrissement et corruption. Pytho ancien
centre spirituel abandonné par l’Esprit n’est plus qu’un réservoir
d’influences négatives ; se nourrissant du cadavre psychique Python
prospère de par cette décomposition. Le serpent empêche tout retour
à la fonction normale du site. Il est aussi le gardien du seuil que tue
Apollon en lançant ses flèches. La flèche symbolise le rayon solaire
apollinien, dans sa fonction de justice il met fin au chaos, dans celle de
miséricorde, il réduit à néant l’action des forces ténébreuses, obstacle à
la vivification du lieu, et par là même à l’expansion des influences
spirituelles.
Le navire vient de Crète, pays de Minos. Guénon indique . que
Minos est l’appellation dans la tradition grecque du « Roi du Monde ».
« Ce nom d’ailleurs, ne désigne nullement un personnage historique
ou plus ou moins légendaire. Ce qu’il „ désigne en réalité, c’est un
principe, l’intelligence cosmique qui réfléchit la lumière spirituelle pure
'et formule la Loi (Dharma) propre aux conditions de notre monde ou
de notre cycle d’existence, et il est en même temps l’archétype de
l’homme considéré spécialement en tant qu’être pensant » 34.
Nous pouvons dire que le centre spirituel établi en Crète à l’époque
pré-hellénique n’étant plus opératif est transposé à Delphes. Il ne s’agit
pas pour les marins d’une conversion mais d’une adaptation
traditionnelle. N’ayant pas sombré au fond des eaux, du fait de leur
excellente navigation, ils sont qualifiés pour recevoir un enseignement
direct. Se trouvant donc à la surface des eaux, ils sont
providentiellement guidés par le dieu-dauphin qui par son rayon solaire
leur donne l’illumination leur permettant ainsi de passer du spéculatif à
l’opératif. Le cygne associé à Apollon représente le souffle divin. Les
cygnes quant à eux ont le rôle de messagers, et évoquent aussi les
influences émanant du Centre Suprême.
Pytho, ancien sanctuaire de l’Apollon hyperboréen devient donc
Delphes, de delphus, dauphin ; le site primordial élu par Zeus, centre
de l’univers, où s’étaient rencontrés deux aigles lâchés par le Père des
dieux en même temps, l’un de l’est, l’autre de l’ouest.
Une autre étymologie fait dériver Delphes du mot Delphys signifiant
matrice. Cette deuxième étymologie complète en réalité la précédente.
Delphes est le centre spirituel de la Grèce, la matrice « l’œuf du cygne »,
synonyme de l’Œuf du Monde. L’embryon d’or correspond au Soleil
spirituel (Apollon-Phoebus) il est même le point où passe le rayon
proprement axial. Ceci a bien entendu un rapport avec les mystères de
la lettre Nûn ; le point-soleil figurant le germe d’immortalité.
La fonction d’Apollon découle du Principe. Comme Janus, ce dieu
dispense l’autorité spirituelle et le pouvoir temporel. Illustrant notre
propos et extrait de la légende, Apollon épris de la fille d’un roi doit se
soumettre à une épreuve qu’il réussit en attachant au même joug un
sanglier et un lion.
- Toujours selon Guénon, le nom même de Pythagore est en réalité
un nom d’Apollon : « Celui qui conduit la Pythie ; de Pythagore à
Virgile et de Virgile à Dante, la “chaîne de la tradition” ne fut sans
doute pas rompue sur la terre d’Italie. »35 _
D’après Ovide, Pythagore originaire de Samos, s’était exilé pour se
soustraire à la tyrannie d’un gouvernant nommé Polycrate. Il se fixa à
Crotone (ville dont la fondation avait été prédite par Apollon) où il
dispensa son enseignement. C’est auprès de lui que Numa Pompilius
(le Manu romain) acquit sa science et sa sagesse. La tradition
pythagoricienne se trouvait largement répandue parmi l’élite de Rome,
cette dernière assimilant le Maître à un concitoyen fort honorable.
L’on érigea d’ailleurs à sa mémoire une statue sur le Forum. Plusieurs
familles patriciennes faisaient remonter leurs origines . à Marmakos, le
fils de Pythagore. »
, Numa était considéré comme un roi pythagoricien. * Il accomplissait
fréquemment des retraites dans une caverne (cœur, centre de l’être) où
jaillissait une source (la source de vie où séjourne le prophète Elie,
Khidr en Islam). L’association du cœur avec la source symbolise la
Grande Paix. Au niveau du gouvernement exotérique, le règne de
Numa s’identifie à une époque d’harmonie, d’équilibre et donc de
paix. Sous son règne, les guerres n’existent pas. Après une
prédominance des Kshatriyas, tel que Romulus, engagés dans des
conflits perpétuels, nous assistons à un redressement opéré par
l’Autorité Spirituelle.
En tant que Chef de la hiérarchie initiatique, Numa fonda le collège
pontifical. A sa tête le Grand Pontife, le constructeur de ponts. C’est
sous l’égide de ce dernier que l’on construisit le premier pont de
Rome, le Sublicius (entièrement fait de bois, . avec l’interdiction
formelle d’y employer le fer).*
Numa institua tous les rituels, ceux-ci étant renfermés dans douze
livres ; d’ailleurs appelés livres des Pontifes. Il établit un nouveau
calendrier où le dieu Janus a la primauté. Le premier temple de ce dieu
sur le Forum lui est attribué. On situait généralement le tombeau de
Numa au pied du Janicule. Janus préside au commencement de tous
les actes, qui tous ont un caractère sacré, ce qui est l’ordre normal des
choses dans toute société traditionnelle. De l’étymologie de Janus se
dégage l’idée de passage, de gué ; donc en relation avec le pont
médiateur reliant le Ciel et la Terre. Janus est aussi assimilé au 4
premier roi du Latium, celui de l’Age d’or où les hommes et les dieux
vivaient ensemble .'L’or figure le soleil et le pont en tant que
représentation de l’Axe du monde peut s’appliquer au rayon solaire et
illuminateur. Pour compléter notre propos, signalons qu’Apollon,
principe de la manifestation sous son aspect potentiel (Prakriti dans
l’Hindouisme), a bien son plan de réflexion dans Numa, Intelligence
cosmique. Il s’agit de l’actualisation des virtualités. L’analogie illustrant
ce passage à l’acte, se trouve donc confirmée en tant que plan de
réflexion par la localisation du tombeau de Numa au pied du Janicule.
Tout ceci nous amène naturellement à la fonction de René Guénon
; nous essaierons de l’expliquer le plus sincèrement et le plus
exactement possible, grâce aux indications puisées à la source même
de l’Œuvre. Le lecteur pourra se reporter aux chapitres traitant du
symbolisme de la forme cosmique, inclus dans le recueil des Symboles
Fondamentaux.
En nous basant sur la géographie sacrée nous constatons
l’importance de Blois. Nous invitons donc le lecteur à se reporter au
schéma suivant.

NORD (SOLSTICE lTHIVEKi


Blois se situe sur l’axe vertical joignant le Nord au Sud. Cette
position axiale détermine le passage du symbolisme polaire au
symbolisme solaire. Le Nord primordial est Jupiter, Hyperborée ; les
cygnes d’Apollon offerts par le Maître des dieux sont le rayon de
lumière (Lykos) projeté sur Blois. Lors de sa naissance, Apollon érige
un autel avec les cornes d’animaux (précisément des chèvres) or le
solstice d’hiver correspond au Capricorne.
Si nous nous référons au cycle annuel, nous constatons que la phase
ascendante, marche du soleil vers le Nord, du solstice d’hiver au
solstice d’été donc du Nord à l’Est et de l’Est au Sud, passe par Saint-
Benoît-sur-Loire. Cette phase relève de saint Jean PEvangéliste. Nous
connaissons la relation entre les Bénédictins, les Cisterciens et les
Fidèles d’Amour. Pour saint Jean, Dieu est Amour ; le cri de guerre des
Templiers est « Vive Dieu Saint-Amour » et Dante est un Fidèle
d’Amour. Saint-Benoît-sur-Loire localisé à l’équinoxe de Printemps,
époque des initiations dans la Fede Santa. La ville est à droite de Blois,
or la droite correspond à la Sainte Foi et par elle on arrive au ciel de
Jupiter (Tsedek le juste) ceci nous prouve indéniablement le lien avec
le Roi du Monde.
Nous trouvons Tours sur le côté gauche, de la Justice, ceci par
rapport à la Janua Inferni, en corrélation avec la fonction de saint
Martin de neutraliser les influences négatives (exorcismes) et de ce fait
de rétablir l’équilibre en vertu de la Justice. Les actions
complémentaires de saint Martin et de saint Benoît sont liées au
symbolisme de Janus. La ligne droite allant de Tours à saint Benoît est
figurée par la Loire, or la translation des corps des saints personnages
s’est effectuée sur le fleuve sur une barque. Suivant que l’on se place à
partir de l’ouest ou de l’est, la barque va vers l’avant ou l’arrière en
correspondance avec les deux visages de Janus.
Blois se trouve sur un promontoire rocheux assimilable à la
montagne et que nous représentons par un triangle, et vis-à-vis de ce
dernier, nous en traçons un plus petit et inversé, figurant la caverne. A
l’intérieur se trouve le point de réflexion du rayon axial. Contenu dans
la montagne et occulté dans la

t
Ecusson des régents et secrétaires de l'Hospice Saint-
Martin d’Utrecht.
Centraal Muséum der Germeente Utrecht.
caverne, ce point, au milieu du cercle formé de ses deux parties (d’une
part les Eaux supérieures le Grand Nûn, et d’autre part les Eaux
inférieures le Petit Nûn) désigne le moyeu indestructible, l’Embryon
d’or. Ce germe d’immortalité symbolise lui-même le Christ en tant que
« germe ». L’éclosion du germe et de la venue du Christ est contenue
dans le message du Précurseur. Le triangle caverne a l’aspect d’une
coupe, d’un vase, il se trouve dans les Eaux inférieures qui représentent
les germes des possibilités et le principe passif de la Manifestation. Ce
calice contenant donc le germe d’immortalité figuré par le point soleil
(l’hostie) est vivifié par la projection du rayon polaire-céleste
(l’élévation) rayon passant au milieu de la caverne faisant apparaître la
lettre Y dont les deux branches sont la voie des ancêtres (pitriyâna) les
petits mystères d’une part et la voie des dieux (dêva-yâna) les grands
mystères d’autre part.
C’est proprement le troisième visage de Janus, celui de l’éternité, de
l’éternel présent.
Lorsque l’on passe de l’enseignement préparatoire du Précurseur
donc du germe vivifié (initiation, illumination) au lever du soleil (le
Christ « nul n’arrive au Père si ce n’est par Moi ») commence ce que
l’on peut appeler le voyage initiatique qui peut aboutir jusqu’à la phase
de la Délivrance, de la sortie du cosmos.
Nous avons donc vu l’équilibre de Janus-Jean.
Après « René », Guénon a comme deuxième prénom celui de Jean.
C’est celui-ci qu’il prendra en devenant le cheikh Abd Al-Wâhid Yahyâ,
Jean le serviteur de l’Unique. Le cheikh acheva sa mission terrestre en
Egypte, pays du Sphinx, il signa certains articles sous le pseudonyme du
Sphinx. Sans nous lancer dans des explications verbeuses, il convient
tout justement de nous reporter à ce que Guénon nous enseigne sur le
Sphinx et l’analogie évidente avec Janus-Jean36.
« Le Sphinx représente Harmakhis ou Hormakhouti, le “seigneur des
deux horizons” c’est-à-dire le principe qui unit les deux mondes,
sensible et suprasensible, terrestre et céleste, et c’est une des raisons
pour lesquelles, aux premiers temps du
Christianisme, il fut en Egypte, regardé comme un symbole du Christ.
Une autre raison de ce fait, c’est que le Sphinx est comme le griffon
dont parle Dante, « l’animal à deux natures, représentant à ce titre
l’union des natures divine et humaine dans le Christ, et on peut encore
trouver une troisième dans l’aspect sous lequel il figure, comme nous
l’avons dit, l’union des deux pouvoirs spirituel et temporel, sacerdotal
et royal, dans leur Principe suprême. »
En Islam, Yahyâ et Sayyidunâ Aïssa, Notre Seigneur Jésus (que le
Coran nomme Rûh Allah, Esprit de Dieu, 4 : 171)37 sont dans le même
ciel.
Quant à Yahyâ lui-même, il signifie « celui qui vit ». Ceci n’est pas
sans rapport avec le témoignage du Docteur Katz, cité par Paul
Chacomac : « Il déclara à sa femme qu’il désirait que son cabinet de
travail fut maintenu avec ses meubles tel quel et qu’invisible il y serait
quand même. » 38 Yahyâ est aussi une théophanie du nom divin Al-
Muhyi, Celui qui vivifie (le cheikh Al Akbar, Muhyi-d-dîn Ibn’Arabi le
Vivificateur de la Religion). Le Cheikh Abd al-Wâhid Yahyâ signa
certains de ses écrits de ses initiales A.W.Y. soit respectivement les
trois lettres arabes Alif, Wâw, Yâ’. La lettre Alif a pour valeur 1, le
nombre de l’Unité. Dans son Traité sur le nom d’Allâh w, le Cheikh
Shadhilite Ibn’Atâ’Allâh al-Iskandari donne d’intéressantes précisions à
ce sujet : « Sache que celui à qui est dévoilée la connaissance du secret
du Alif et qui se réalise par lui, a été gratifié de la connaissance du
secret de la réalisation de l’Unicité ; il accède ainsi à la station de la
connaissance du secret de la solitude (Wahda) de l’Unité ». N’oublions
pas que la réalisation initiatique du Cheikh Abd-al-Wahid est celle des
Afrâd (les solitaires)40.
La lettre W (médiatrice) reliant l’Alif et la Yâ’ a pour valeur
numérique 6. Elle symbolise l’Homme Universel (al Insân al Kâmil)
dont l’exemple par excellence est le Prophète de l’Islam, qui déclara : «
Nul ne rencontrera Allâh avant de m’avoir rencontré. » Rappelons par
ailleurs les paroles des trois premiers califes : Abu Bakr : « Je n’ai pas
vu une chose sans voir Allâh avant la chose » ; Othmân : « Je n’ai pas
vu une chose sans voir Allâh après la chose » ; Omar : « Je n’ai pas vu
une chose sans voir Allâh avec elle ». Toutes choses sont donc
envisagées vis-à-vis de leur dépendance à l’égard du Principe. Il s’agit
de l’unicité dans l’Unité. Le Principe est l’arbre, les aspects de la
Manifestation les branches. Si l’on coupe une branche et si l’on prend
cette dernière pour l’arbre, la coupe se transforme en dualité. La
branche pourrit et se fixent dessus les germes destructeurs et
antitraditionnels de la contre- initiation. Le nom divin Wâhid se
rattache donc directement à l’Unité, le Principe. Il exalte la Seigneurie
d’Allâh.
En relation avec ce que nous avons dit précédemment sur le prénom
Yahyâ, la lette Yâ a pour valeur numérique le nombre 10. Elle est
formée de yâ (10) -t- alif (1) = 11 et l’on sait l’importance dans l’œuvre
de Dante du nombre 11 et de ses multiples. Dans la tradition
pythagoricienne, le nombre 10 contient la monade 1 ; la dyade 2 ; la
triade 3 et la tétrade 4 soit donc un total de 10. A la lettre A (l’Unité)
correspond le chiffre 1 et à la lettre X (figure de la croix) le 10.
Si nous revenons à notre schéma, nous constatons la présence des
trois figures suivantes : le cercle, la croix, et le carré ; termes de la
Triade à savoir le Ciel, l’Homme et la Terre. D’autre part, Guénon a
magistralement démontré le rapport entre la Tétraktys et le carré de
quatre41. Le quaternaire avec ses deux aspects l’un statique, le carré et
l’autre dynamique, la croix, cette dernière tournant autour du centre (le
cœur, l’Embryon d’or) engendre la circonférence qui avec le centre
représente le dénaire. Le centre de la croix se situe juste sur l’axe
polaire, au Zénith. Le Zénith au milieu de l’Orient et de l’Occident.
L’Islam représente l’ultime tradition pour notre cycle présent. Cette
tradition est l’Arche de Noé providentielle, faisant fonction de
médiatrice (de pont) entre l’Orient et l’Occident. La Kaaba, de forme
carrée est indissociable du Roi du Monde. René Guénon arriva sur la
terre du Sphinx qu’il ne devait plus quitter. Les deux années suivantes
parurent le Symbolisme de la Croix et les Etats multiples de l’Etre. Paul
Chacomac nous donne les précisions suivantes : « A vrai dire, ces deux
ouvrages étaient le fruit d’une longue maturation. Le premier jet du
Symbolisme de la Croix, ayant paru dans la Gnose en 1910-1911, et une
première rédaction des Etats multiples de l’Etre avait été faite en 1915,
mais non publiée, ainsi qu’il en résulte d’une lettre de Guénon à M.
Jean Reyor 42. Le recueil posthume Mélanges, articles réunis par M. Jean
Reyor comporte justement un chapitre intitulé « Connais-toi toi-même
», il s’agit d’un article traduit de l’arabe publié dans la revue El-Ma’rifah
numéro 1, de mai 1931 ; et El-Ma’rifah est l’équivalent arabe de la
Gnose. Cet article montre la relation de la mission de René Guénon et
du passage à l’Islam. Deux extraits sont significatifs à cet égard : «
Quant aux “mystères” qui étaient spécialement rattachés au culte
d’Apollon et à Apollon lui-même, il faut se souvenir que celui-ci était le
dieu du soleil et de la lumière, celle-ci étant dans son sens spirituel la
source d’où jaillit toute connaissance et d’où dérivent les sciences et les
arts. » Et parlant de l’omphalos de Delphes : « L’on aurait une idée
exacte du sentiment des Grecs à l’égard de cette pierre en disant qu’il
avait quelque similitude avec celui que nous éprouvons à l’égard de la
pierre noire sacrée de la Kaabah. » Nous constatons comme
précédemment une allusion évidente au Roi du Monde.
Avant de poursuivre notre propos sur Blois, à partir de la
Renaissance nous ajouterons qu’au Moyen Age le pèlerinage vers Saint-
Jacques-de-Compostelle pouvait s’effectuer à partir de quatre villes :
Vézelay, Le Puy, Arles et Paris. Seul l’itinéraire à partir de cette
dernière ville était appelé « Grand chemin de Saint-Jacques », avec
entre autres étapes importantes Blois et Amboise (séjour de l’Emir
Abd-al-Qâdir).- D’autre part, signalons la présence de nombreux
mégalithes dans l’arrondissement de Blois. Outre la conservation des
mégalithes, les établissements templiers se situaient fréquemment dans
leur voisinage. Saint Jean l’Evangéliste est appelé le « fils du Tonnerre »
or selon certaines légendes les mégalithes sont des pierres provenant
du Ciel ; le menhir en général est une des sept formes du tonnerre qui
tombe 43..
*
**

Dès le règne de Louis XII, le château de Blois prend l’aspect type du


château de la Renaissance. Le côté esthétique prime avant tout, seule
importe l’impression à donner, par le faste et la splendeur. La véritable
fonction royale se trouve quelque peu reléguée au second plan. Toute
réminiscence gothique est recouverte ou détruite. Le terme gothique
fut inventé par le Florentin Giorgio Vasari, élève de Michel-Ange. Ce
style confus et grossier selon lui provenait d’Allemagne et, donc,
inventé par les Goths devait s’appeler gothique, bien sûr il fallait y
penser ! Ce qui donna cette inoubliable et érudite déduction. Seule la
noblesse alentour reste fidèle à l’institution féodale, en conservant ses
châteaux intacts, regardant les innovations comme futiles, et se sentant
parfaitement à l’aise dans ses demeures.
. Louis XII (né à Blois) fait de la ville la résidence principale de la cour
royale ; elle le restera effectivement jusqu’en 1588, année de l’assassinat
du duc de Guise.' Le roi, petit fils de Valentine Visconti guerroya en
Italie, revendiquant le duché de Milan. Il rapporta de son expédition un
goût marqué pour tout ce qui avait trait à la Renaissance italienne, goût
partagé par son cousin, chevauchant à ses côtés, le futur François Ier
qui devait lui succéder à sa mort en 1515.» Le nouveau roi reconquiert
le Milanais avec la victoire de Marignan. Son premier acte officiel
consiste en la signature scellant le Concordat de Bologne en 1516 avec
le Pape Léon X. Par ce fait, le roi seul procède à la nomination des
évêques français et assujettit les membres du clergé à son autorité, les
assimilant à des fonctionnaires. Il sévira malgré tout contre les auteurs
d’un manifeste visant à l’abolition de la messe. Mais la sévérité royale
fut peut-être plus motivée par la stupéfaction et donc vis-à-vis de
l’insolence de ceux qui avaient placardé leur manifeste jusque sur la
porte de la chambre du roi, au château d’Amboise que contre le
contenu proprement du manifeste.
Devant la réticence de l’Université de Paris, aux idées
humanistes le roi décide en 1530, la création du Collège de France 'M.
La méthode d’introduction des idées subversives est la même que celle
inaugurée lors de la fondation des académies en Italie. En 1539, c’est la
promulgation de l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose le
français au lieu du latin (langue de la Chrétienté) dans les activités
administratives, judiciaires ou diplomatiques. Nous sommes encore
loin de Vatican II, et la messe en latin est épargnée.
Sans nous éloigner de notre sujet, notons qu’à cette époque paraît le
« De révolutionibus orbium coelestium », de Nicolas Copernic, attaque
dirigée contre le système de Ptolémée, ayant prévalu durant tout le
Moyen Age. Copernic nullement désireux de communiquer ses travaux,
se laissa finalement convaincre par un mystérieux personnage de faire
publier ceux-ci en 1543, par ailleurs année de sa mort. François Ier
reprit à son service le trésorier de Louis XII, Florimond Robertet. Ce
dernier au-delà de ses missions diplomatiques en Italie entretenait
d’étroites et fructueuses relations avec les banquiers florentins. A leurs
ordres, largement rémunéré, il devint le conseiller écouté du roi, qu’il
finança à de nombreuses reprises, ce dernier devenant d’autant plus
manipulable que le train de vie fastueux laissait le plus souvent le trésor
royal vide.
Dante parle de la monnaie florentine en tant qu’elle porte et répand
la fleur maudite. Le florin est à l’origine le nom des pièces d’or de
Florence, il fut créé en 1252 aux types de Saint-Jean-Baptiste à l’avers
et d’une grande fleur de lis" (dite florencée) au revers. Dante déclare
aussi : « Je fus de la cité qui au Baptiste voua l’autel de son premier
patron dont l’art la poindra toujours par vengeance45. Effectivement,
les fonctions de Dante et de Guénon en tant que dispensateurs de la
Véritable et Unique Doctrine Initiatique balaient toutes les inepties
occultistes. Phares spirituels attirant à eux les hommes qui refusent de
se laisser pétrifier dans les moules de la modernité. Providentiels
rassembleurs au milieu de l’éparpille- ment général, ils contrarient (c’est
un des sens du verbe poindre) les menées contre-initiatiques. C’est
pourquoi arborant les masques les plus divers se déchaînent contre eux
les attaques les plus perfides. Que l’on se souvienne des violentes
réactions, lors de la parution du Symbolisme de la Croix. A ce sujet, on
peut citer le cas de paul Le Cour, qui par une curieuse ambivalence, et
c’est le moins que l’on puisse dire, était natif de Blois. Donnons un
extrait de la réponse que Guénon fit à ce dernier : « Nous écrivons
pour instruire ceux qui sont aptes à comprendre, non pour solliciter
l’approbation des ignorants. » * Visant tout aussi juste dans l’avant-
propos de l’Homme et son devenir selon le Vêdanta : « Ces gens ne peuvent,
eux aussi, être à nos yeux que de simples “profanes” et même des
“profanes” qui aggravent singulièrement leur cas en cherchant à se
faire passer pour ce qu’il ne sont point, ce qui est d’ailleurs une des
principales raisons pour lesquelles nous jugeons nécessaire de montrer
l’inanité de leurs prétendues doctrines chaque fois que l’occasion s’en
présente à nous. » La ressemblance des procédés à l’encontre des
Vivificateurs est partout la même, qu’il s’agisse de Muyi-d-dîn Ibn’
Arabi, où en Inde de Shankarâchârya.
En retrait des attaques verbales, l’emploi d’une magie des plus
inférieures procure d’appréciables résultats à leurs utilisateurs pour le
contrôle du monde moderne. Cette sensation de puissance démesurée
montre bien l’autosuggestion générale, à laquelle n’échappent pas ses
instigateurs inclus dans la foule des hypnotisés. Cette pseudo-puissance
cache une réelle limite quant à son mode d’action. Ce qui n’a pas de
racine ne survit jamais bien longtemps. La contre- initiation qui obéit,
ne lui en déplaise à la Volonté Divine, assemble sans s’en rendre
compte les troncs du bûcher cosmique. Ses membres que nous n’irons
pas jusqu’à plaindre, ne se préparent pas moins à leur insu à un sort des
moins enviables. Contaminés au plus profond d’eux-mêmes par
l’embryon de la dissolution, ils ne pourront guère envisager de se
mettre à l’abri des « Tours » de sable qui se dissoudront elles aussi. La
présence des Vivificateurs et leur continuité à travers leurs œuvres,
dérangent les élucubrations de ceux qui considèrent le monde moderne
comme leur jouet. Ces œuvres peuvent non seulement réveiller des
fidèles robotisés et, plus ennuyeux, servir de ferment pour ceux qui se
déplacent à travers les mailles du filet psychique. Après cette nécessaire
mise au point, reprenons le cours de notre exposé.
En France, la mode des antiquités et du style italien fut parrainée par
le principal ministre de Louis XII, le cardinal Georges d’Amboise.
C’est lui qui invita plusieurs artistes d’Italie, afin de mettre au goût du
jour « l’art renaissant italien ». Son frère Charles II d’Amboise, vice-roi
de Milan acheva de transformer à la nouvelle mode et en totalité le
château familial de Chaumont-sur-Loire. Par l’intermédiaire du
cardinal, le futur François I" fit la connaissance de Léonard de Vinci
(fils naturel de l’avocat florentin Pierro d’Antonio) qui viendra
s’installer en France à la fin de sa vie. Il sera affublé des surnoms de «
père de la pensée scientifique » et au vu de ses inventions de « prophète
laïc ». En compulsant les carnets de ce savant, nous voyons qu’il
haïssait l’alchimie et l’astrologie et souhaitait l’avènement d’une ère où
tous les astrologues seraient châtrés. La mécanique se devant de
devenir le « paradis » des sciences mécaniques. Toujours selon ses
déductions Sodome et Gomorrhe n’auraient pas été détruites par un
châtiment divin mais tout simplement par un glissement de terrain
entraînant ces deux villes au fond de la mer Morte. Un bouleversement
n’excluant pas un châtiment, les scientifiques modernes restent souvent
perplexes devant les « traces géologiques » et a priori inexplicables des
lieux de châtiments divins. Tel qu’en Grèce les endroits où Zeus
foudroya les géants.
• Le roi François Ier tout d’abord grand amateur de tableaux, finira par
devenir un collectionneur acharné de sculptures antiques. Cette passion
lui fut transmise par un autre cardinal, un Médicis qui lui faisait
parvenir des objets de fouilles en guise de cadeaux: Fait non dénué
d’importance, à l’époque de la Renaissance, l’organisation de la fête des
fous ou fête de l’âne échappa au contrôle (à la canalisation de l’Autorité
Spirituelle). L’organisation de la fête passa entre les mains des sociétés
laïques qui se chargèrent d’organiser des mascarades.
Cette passation par étapes s’effectuera par des édits royaux. L’un des
approbateurs de ce retournement définitif à partir de 1454 fut l’évêque
de Langres, Jean d’Amboise.
A Chaumont séjourna le mage noir Cosme Ruggieri, personnage sur
lequel nous reviendrons en détails lors des pages suivantes. Bien qu’il
ne s’agisse pas de la même époque, il faut y signaler la présence de
Benjamin Franklin, de même qu’au château d’Ussé. Ces deux
résidences considérées comme territoires américains servaient en
province de lieux de réunion à Franklin et à son entourage. Il est à
noter qu’aucun des châteaux de type renaissance ne subirent de
dommage à la Révolution. C’est donc dans ce château que fut réuni et
brûlé un nombre considérable de documents et d’archives régionales
antérieures à la Révolution. « En ce qui concerne le rôle étrange de
Franklin qui tout en étant maçon... semble bien avoir été surtout dans
la Maçonnerie et en dehors d’elle, l’agent de certaines influences
extrêmement suspectes. La Loge les Neuf Sœurs dont il fut membre et
même Vénérable, constitue par la mentalité spéciale qui y régnait un
cas tout à fait exceptionnel dans la Maçonnerie de cette époque ; elle y
fut sans doute l’unique centre où les influences dont il s’agit trouvèrent
alors la possibilité d’exercer effectivement leur action destructrice et
antitraditionnelle, et, suivant ce que nous disions plus haut, ce n’est
certes pas à la Maçonnerie elle-même qu’on doit imputer l’initiative et
la responsabilité d’une telle actiôn. » 47
Ussé renfermait à l’époque de nombreuses momies provenant de
Haute-Egypte. A l’époque révolutionnaire, Notre- Dame devint le
temple de la déesse Raison, remplaçant l’autel, l’on avait dressé une
estrade en forme de montagne sur laquelle figurait un temple orné de
quatre bustes où se trouvait en évidence celui de Franklin.
*
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Nous retrouvons les Médicis intimement liés à la Cour de


France par l’intermédiaire tout d’abord de l’épouse de Henri II,
Catherine de Médicis. Dans la suite de la reine se trouvait le célèbre
Cosimo Ruggieri, officiellement astrologue mais qui semble avant tout
avoir mis en pratique les enseignements de son père, le mage noir
Ruggiero Ruggieri conseiller personnel en son temps de Cosme
Médicis. '
Cosimo Ruggieri, agent de la contre-initiation, exerça ses sombres
activités à Chaumont, Blois et Paris. C’est dans cette dernière ville où
il possédait un hôtel particulier que Ruggieri se servit le plus
directement de ses pouvoirs. Outre la bienveillance de la souveraine,
Ruggieri fut secondé et appuyé dans son action par de multiples
personnages gravitant dans l’entourage royal. Mêlé à des machinations
sans fin, contrairement à ses acolytes, il s’en sortit toujours sans
dommage.
Dans son livre de la Démonomanie des sorciers Jean Bodin (que la
critique moderne bien évidemment recouvre et affuble de l’étiquette
d’un maniaque et d’un fanatique) relate une ' séance de magie
effectuée par Ruggieri dans une tour du château de Vincennes où à
l’issue de celle-ci le roi Charles IX sombra définitivement dans la folie.
Impliqué dans des affaires de sorcellerie et d’envoûtement48, il sera
condamné aux galères mais sa soi-disant peine se passa en tant qu’hôte
dans la maison même de celui qui devait faire appliquer la sentence.
Au bout de quelques mois de captivité, la mort de Charles IX lui
permit de revenir en force à la Cour, où le nouveau roi Henri III lui
laissa ses prérogatives. Mais c’est surtout sous le règne de Henri IV et
celui de sa femme Marie de Médicis que Ruggieri connut son apogée.
Henri IV qui fut par ailleurs loin d’être un roi aussi populaire que l’on
veut essayer de le faire croire, ne se préoccupait en réalité aucunement
de la religion, excepté pour servir ses fins politiques. Ruggieri se
trouva impliqué à nouveau dans une affaire d’envoûtement à
l’encontre du souverain. Henri IV commençait à ouvrir les yeux sur
certaines choses lorsqu’on les lui ferma définitivement, lui qui durant
son règne, éclatait de rire dès que l’on abordait le sujet de la
sorcellerie. Croyant d’ailleurs s’en moquer, il institua lui-même des
fêtes appelées « mascarades des sorciers » que Ruggieri et ses acolytes
s’empressèrent avec zèle d’organiser. Après l’assassinat du roi, la
procédure judiciaire engagée contre Ruggieri s’arrêta net. Dès la mort
du roi en 1610, Marie de Médicis remit le pouvoir entre les mains de
son favori Concino Concini qu’elle nomma Premier ministre et fit
anoblir, en lui faisant accorder le titre de Maréchal d’Ancre. Sa femme
Léonora Dori dite la Galigaï était la sœur de lait de la Reine. Tous ces
personnages se transformaient en pantins par les manipulations de
Ruggieri, indispensable à tous, il avait de l’ascendant sur chacun.
Dominant tous ces êtres au psychisme fragile, il exerça plus
particulièrement son emprise sur la Reine et le favori par .
l’intermédiaire de Léonora Dori. Cette dernière captivait la Reine par
son magnétisme, même un Henri IV avouera avoir peur et perdre
toute assurance sous le regard de la Florentine. La Galigaï ne sortait
jamais de ses appartements du Louvre sauf pour des entretiens privés
avec Marie de Médicis. Elle évitait de paraître à la Cour ne pouvant
contrôler de multiples et fréquentes crises de démence. Confinée dans
son antre, elle se contentait d’y amasser l’or et les objets d’art que
venait lui apporter régulièrement son mari. Fait d’importance : c’est
elle qui choisissait personnellement (avec l’aide discrète de Ruggieri)
ceux qui devaient être nommés aux plus hautes charges du royaume.
Les désignés qu’ils soient religieux ou laïcs n’en devaient pas_moins
payer leurs titres à Concini (celui-ci étant fort à l’aise dans son rôle,
n’était-il pas un ancien acteur de la commedia dell’arte !). •
- Ruggieri,' qui s’était toujours donné pour bon chrétien, proféra les
plus abominables blasphèmes au moment de recevoir Pextrême-
onction.» Il mourut en pleine folie. Malgré l’intervention de Concini,
son corps fut jeté à la voirie.'Outre la dissymétrie faciale, remarquée
par les chroniqueurs, ceux-ci interprétèrent curieusement la fin du
mage noir d’après les paroles du prophète Jérémie parlant des ennemis
de Dieu « qu’ils reçoivent la sépulture de l’âne, gisant et pourrissant
hors des portes de Jérusalem ».
Deux ans après la disparition de Ruggieri en 1615, fait suite
la chute de Concini, exécuté sur les ordres de Louis XIII, et la mort de
sa femme la même année consécutivement au procès instruit à son
encontre pour sorcellerie.
Si nous insistons sur les défauts corporels de tel ou tel personnage,
il faut se rappeler que ces défauts ont leur signification.'S’ils
correspondent à des disqualifications initiatiques, ils sont par ailleurs
pris en grande considération par la contre-initiation qui peut s’attacher
ainsi de fidèles auxiliaires. » L’envahissement de la laideur sous toute
forme est une caractéristique du monde moderne..
*
**

Malgré la décision du roi à l’égard de Concini, motivée avant tout


par une querelle de personne et d’intérêts, nous constatons la
poursuite du même plan sous d’autres aspects.
* Nous voyons donc apparaître maintenant le roi Louis XIII, affligé
de bégaiement (une des principales disqualifications initiatiques) en
compagnie de Richelieu au psychisme pour le moins tourmenté et le
fameux Père Joseph manipulant les premiers. Louis XIII régna mais
ne gouverna pas. René Guénon attira particulièrement l’attention sur
le rôle de Richelieu 49.
Mais intéressons-nous d’abord à celui qui est habituellement
- désigné comme l’éminence grise. Né le 4 novembre 1577, François
Leclerc du Tremblay, le Père Joseph, était en faveur auprès de Marie
de Médicis à laquelle il servait de porte-parole officieux. L’amitié dont
l’honorait la reine venait du fait que celui-ci parlait couramment
l’italien ayant fait un long séjour de jeunesse à Florence !
Destiné en premier lieu à la carrière des armes, il choisit de devenir
religieux. Cette subite vocation lui vint à la suite d’étranges visions
perçues pendant de violentes fièvres. Il devait d’ailleurs tout au long
de sa vie, rester animé d’une incessante exaltation. Rares étaient les
actes que prenait Richelieu sans les soumettre à l’acquiescement
préalable de
son conseiller. Le roi lui-même essaya de lui faire obtenir le titre de
cardinal par le pape Urbain VIII. Il obtint le titre de Provincial des
Capucins de Touraine. Il s’occupa spécialement de la fondation des
religieuses du Calvaire. A cet effet il prescrivit des « exercices
psychiques » dans le but de développer certains pouvoirs, plusieurs
religieuses commencèrent à avoir des visions et de prétendues
révélations. Le Père Joseph faisait intensifier les exercices dans le
but de favoriser divers projets ou bien d’obtenir des réponses
quant à l’aboutissement de décisions prises par Richelieu. Il décrivit
ses propres visions dans un livre intitulé « La Turciade ».
. L’ouvrage fait allusion au Grand Monarque. L’Europe devant être
détruite par les Turcs, seule la France guidant les douze princes de
l’Europe mettrait fin à la guerre. Sous son égide naîtrait un nouvel
Age d’or et régnerait une paix universelle.. Les révolutionnaires
français se sentiront eux aussi investis d’une mission. N’oublions
pas que la nouvelle Europe des douze n’est qu’une caricature de la
Chrétienté.»
René Guénon précisait même : « C’est pourquoi on voit
s’esquisser notamment dans des productions diverses dont l’origine
où l’inspiration n’est pas douteuse, l’idée d’une organisation qui
serait comme la contrepartie, mais par là même la contrefaçon
d’une conception traditionnelle telle que celle du « Saint-Empire »
organisation qui doit être l’expression de la “ contre-tradition” dans
l’ordre social. » 50
Non loin de Strasbourg siège du conseil de l’Europe et de
l’assemblée européenne, la ville de Haguenau dans sa forêt (qui
subsiste péniblement à notre époque) appelée la Sainte Forêt au
Moyen Age où vivaient de nombreux ermites, abritait un château
impérial construit par Frédéric Barberousse renfermant les attributs
impériaux : couronne, sceptre, globe, épée ainsi que les sceaux du
Saint-Empire.
Dans la Turciade, le Père Joseph attaque violemment l’Islam, ce
qui n’est pas nouveau et qui ne surprend guère surtout à notre
époque où ce que l’on présente comme Islam n’est que puritanisme
étroit ou fanatisme déguisé. Ces deux tendances habilement
exploitées ne servent qu’à dissimuler l’Islam
véridique. Il ne faudrait pas oublier que le Chiisme comporte un
ésotérisme véritable. Ses représentants authentiques ignorent le
prosélytisme. Les soufis persans ayant eu à subir eux-mêmes les
tracasseries parfois violentes d’un exotérisme borné.
Nous constatons aussi que la Turciade comporte un monstrueux
renversement qui constitue la version contre- initiatique du Mi’râj du
Prophète de l’Islam. Le Mi’râj correspond à l’ascension céleste de
Muhammad. Cette ascension, modèle de la réalisation spirituelle pour
les soufis, est constituée en l’occurrence par l’imitation du Prophète.
Dans la biographie inversée proposée par ce sulfureux personnage, le
Prophète près de la Mecque, trouve une caverne au milieu de laquelle
un passage donne directement accès aux Enfers. Ensuite, Lucifer
instruit le Prophète et lui ordonne de retranscrire son enseignement
dans le Coran. Cette prose blasphématoire ne pouvait provenir que
d’un serviteur du « mudhamman » le réprouvé contre l’Envoyé de
Dieu, Muhammad le Louangé.
- Passons maintenant à l’étude de Richelieu. Son père François de
Richelieu, grand prévôt d’Henri III avait vu sa fortune chanceler à la
mort de ce roi. Il épousera alors une demoiselle Laporte, fille d’un
avocat fort riche. De ce mariage naîtront plusieurs enfants. Le jeune
Armand-Jean du Plessis, en tant que fils cadet était destiné à la carrière
des armes. Il prendra la place de son frère Alphonse, enfermé au vu de
ses crises de folie où il exigeait qu’on l’appelât par son nom réel... Soit
la Première Personne de la Trinité !!! Le futur cardinal, grimant son âge
afin d’obtenir sa nomination du Pape Paul V, se vieillira un peu en
falsifiant son acte de baptême. Par ailleurs, Richelieu avait fait de
brillantes études. Auteur de trois thèses de doctorat, cachant déjà mal
son orgueil démesuré, il avait inscrit en épigraphe de ses travaux, sous
prétexte de citer les Ecritures, la phrase : « Quis erit similis mihi ? »
(Qui sera pareil à moi). Mais Richelieu, comme les autres membres de
sa famille ”, corrélativement à une « déficience intérieure » avait à
supporter les « soubresauts » d’un déséquilibre psychique. .
Au vu du rôle joué par le personnage, il fallait bien que ses «
infirmités » et inconvénients deviennent des opportunités pour la
contre-initiation. L’hérédité de Richelieu était celle d’un kshatriya
(guerrier) par son père et d’un shûdra (bourgeois) par sa mère. Nous
retrouverons ces deux tendances dans l’action du Cardinal. La
tendance kshatriya est inversée, à l’encontre de sa fonction. La révolte
prendra la forme d’une rébellion contre l’autorité spirituelle, et de celle
d’une destruction à l’encontre de sa propre caste. L’élément féminin y
prédomine et pour ce singulier personnage, il se _ traduira par la
régularité mensuelle des périodes où le Cardinal s’enfermait dans ses
appartements. Là injoignable, il était la proie de crises de démence,
saccageant tout et s’identifiant à un âne ! . S’abritant derrière son statut
de Cardinal, donc normalement d’une fonction spirituelle52, il
commencera à détruire la véritable noblesse en s’appuyant sur la
bourgeoisie. Son intégrité de façade ne l’empêchera pas d’accumuler
une fortune colossale dans un pays réduit à la misère. Voyons
maintenant les étapes successives de la subversion orchestrée en
apparence par Richelieu.
Richelieu avait commencé sa carrière à la Cour en faisant preuve de
condescendance envers Concini et s’attirant la sympathie de Léonora
Dori, ce qui était loin d’être banal, ne négligeant pas non plus Marie de
Médicis. Trahissant ensuite Concini et à travers de nombreuses
intrigues, il parviendra à se faire nommer en quelques mois Premier
ministre de Louis XIII et dissuadera les postulants « sérieux »
s’opposant à lui. Richelieu, maître du pays, peut commencer son
œuvre de destruction. Dès 1618, dans ses « Instructions du Chrétien »,
Richelieu reprend l’idée du Grand Monarque en l’occurrence le roi de
France. Si Louis XIII eut les apparences d’un roi, il n’hésitera pas à
user du prestige royal pour cautionner le Cardinal. Pour l’instant le roi
personnifie l’Etat tel que le désire Richelieu ; toujours selon les mêmes
idées, le roi de France est supérieur aux autres monarques.
Sans appel possible le vouloir du roi est au-dessus des lois humaines
et divines. Avec ses membres fonctionnarisés, le clergé n’a plus que
pour seule fonction que celle de seconder l’Etat. A cet effet, Richelieu
fera répandre des manifestes, mêlant le droit divin et l’absolutisme.
Faisant donc subitement appel à la monarchie de droit divin, toute
révolte contre le roi devient œuvre du diable. Richelieu représentant
soi-disant l’autorité spirituelle, ne pourra que faire condamner par tous
les moyens tous ceux qui oseront légitimement s’opposer à lui ; il
n’hésitera pas à les considérer comme des possédés !
Idéologiquement comblé et approuvé sans réserve par le Roi, le
Cardinal pourra commencer à édifier l’Etat moderne tel que nous le
connaissons actuellement.
Un véritable acharnement vise à détruire tout ce qui peut rester des
structures féodales. Richelieu rédigera un recueil de lois qui amèneront
la chute de la royauté et serviront de prétextes aux réformes sociales
que proposeront les révolutionnaires.
L’apparition de la nouvelle fiscalité deviendra le pilier de la
centralisation. Le processus engagé constitue un véritable
bouleversement. Le pouvoir central et lui seul, nomme les intendants
de police, de justice et des finances pour toutes les provinces du
royaume. Les impôts directement perçus par les représentants du
monarque seront décidés sans tenir compte de l’avis des Parlements.
Les commissaires chargés de la perception seront les précurseurs des
Fermiers Généraux. Les abus des receveurs ainsi que l’accroissement
incessant des impôts entraîneront des émeutes quasi générales u. Celles-
ci fourniront le prétexte à une répression sans précédent à l’encontre
des structures traditionnelles. Dans toutes les provinces, le peuple
réclamera un retour à la féodalité qui seule le protégeait contre les
exactions. Louis XIII imputa donc la responsabilité des révoltes à une
rébellion des noblesses locales, opinion que se garda bien de démentir
Richelieu. Le Cardinal enverra des séides munis de pouvoirs
exceptionnels et aux jugements sans appel, pour écraser les opposants
par la terreur. Ces hommes exécrés connurent la fortune en raison des
services rendus à l’Etat. Le fameux « rasement » à savoir l’abolition des
murailles des châteaux féodaux était demandé aux nobles. En
l’occurrence, il s’agissait purement et simplement de la destruction de la
demeure seigneuriale, symbole omniprésent et fortement gênant ;
rappel dangereux du Moyen Age. Devant cette aberration, les nobles
résistèrent. Dans toutes les régions, plusieurs centaines de
gentilshommes furent pendus, leurs biens saisis, d’autres envoyés aux
galères ; les moins dangereux pour le pouvoir connurent le
bannissement.
Les zélés fonctionnaires-bourreaux parfois en fort mauvaise posture
reçurent l’appui de la bourgeoisie. Cette dernière remerçiait ainsi le
pouvoir central d’avoir écarté les corporations et d’avoir traité le
Compagnonnage comme un empêchement à la création d’industries (la
qualité empêchant la quantité et les spéculations). Ce qui n’empêchera
pas Richelieu, toujours par de nouveaux impôts, de ruiner les industries
dont il avait encouragé le développement. La misère se répandait à
travers toute la France, le Cardinal accumulait les richesses et chargeait
Philippe de Champaigne de lui acheter, à travers l’Europe, des «
Antiques » pour sa collection. En cette triste période pour son prestige
personnel, Louis XIII décidait la création de la pièce dite « Louis d’or »;
Richelieu en compagnie du Père Joseph, joua un rôle extrêmement
important pendant la guerre de Trente ans. N’hésitant pas à s’allier aux
Etats protestants55 afin de raviver avec une obstination forcenée le
conflit. Pour le Pape, Richelieu sera le seul obstacle au repos de la
Chrétienté. Le but du Cardinal aura été de détruire les restes du Saint
Empire56. Durant la guerre, Louis XIII interdira toute relation avec le
Saint-Siège. L’appartenance à une Chrétienté unie sera remplacée par la
Nation française ainsi que l’indépendance spirituelle prônée par
Richelieu. Le Roi jugeant selon son bon vouloir les prescriptions
papales. Le Cardinal envisagera de convoquer un concile national à
l’issue duquel il aurait prétendu à sa nomination de partriarche de
l’Eglise gallicane. Certains ordres religieux ayant réussi à échapper plus
ou moins à sa tutelle, il les taxera de lourdes charges, grâce à des lois à
effet rétroactif qu’avaient préparées ses légistes. Sans toucher à sa
fortune personnelle cette nouvelle source de profit lui permettra de
financer la guerre.
Les indications de Guénon montrent l’importance cfe l’action de
Richelieu. Le lien traditionnel unissant l’Occident à l’Orient,
extérieurement rompu par la destruction de l’Ordre du Temple,
continua néanmoins, mais de façon discrète à exister par l’intermédiaire
des Rose-Croix. A la fin de la guerre de Trente ans ils se retirèrent en
Orient. « La date précise de cette rupture est marquée, dans l’histoire
extérieure de l’Europe, par la conclusion des traités de Westphalie qui
mirent fin à ce qui subsistait encore de la “Chrétienté” médiévale pour
y substituer une organisation purement “politique” au sens moderne et
profane de ce mot. » 57
Richelieu désignera comme successeur Mazarin, celui-ci poursuivra
la politique du Cardinal en continuant la guerre. Il rédigera lui-même le
texte du traité de Westphalie lors de la cessation des hostilités.
Giulio Mazzarini commença sa carrière en tant que capitaine dans
une compagnie d’infanterie au service du Pape. Au cours de
négociations entre les belligérants, Richelieu le remarqua et noua
d’utiles contacts avec lui. Peu après, Mazarin, subitement inspiré
prenait l’habit religieux. Très habile et diplomate, il réussira à se faire
nommer Nonce apostolique pour la France dès 1634. Il sera naturalisé
en 1639. Richelieu, un an avant de mourir, lui fera obtenir la dignité de
cardinal et le recommandera auprès du roi comme son successeur. En
quelques mois, Mazarin deviendra un des principaux ministres. A la
disparition du monarque, la reine Anne d’Autriche fit annuler le
testament royal. Le conseil qui devait assister la Régente fut dissous
Mazarin devint Premier ministre. Vivement contesté, il alla chercher
refuge à plusieurs reprises auprès de l’Electeur de Cologne. Il
parviendra à s’imposer en 1653 et accentuera le processus
centralisateur. Il n’omettra pas comme son prédécesseur d’accumuler
des richesses ; administrateur de la fortune personnelle de
Mazarin, le futur ministre Colbert sera chargé de la faire fructifier. Le
Cardinal grand collectionneur de livres reprit à son service le
bibliothécaire de Richelieu Gabriel Naudé auteur de l’ouvrage «
Apologie pour tous les grands personnages qui ont été faussement
soupçonnés de magie » qui constitue une attaque déguisée contre le
Christianisme, l’apologie étant réservée à ses confrères en contre-
initiation.
*
**

Edifice visible et projection du programme de Richelieu et de


Mazarin se dresse le château de Versailles. L’ancienne seigneurie de
Versailles (dont il existe une charte remontant à 1075) fut achetée par
Louis XIII en 1636 à l’archevêque de Paris : Jean-François de Gondi.
Descendant de la famille florentine des Gondi, ces derniers anoblis et
devant leur fortune à Catherine de Médicis. Les Gondi étant, par
ailleurs, grands collectionneurs « d'Antiques ».
Pour Richelieu, Versailles doit être la résidence du Roi-Solaire, le
Grand Monarque, trouvant une de ses manifestations en Louis XIV.
Le règne de ce roi préfigurant un nouvel Age d’or. Certaines peintures
des plafonds de Versailles décorés par Le Brun (ayant voyagé en Italie
et créateur en France du style baroque « académique » et officiel) très
ressemblantes à celles du Palais Pitti à Florence, représenteront le roi
identifié à Apollon. Louis XIV envisagera dans un projet démesuré de
détourner la Loire pour la faire passer à Versailles !
Cette extériorisation du Grand Monarque ne germa point
spontanément dans les pensées du Cardinal ; elle figurait déjà dans les
ouvrages de Tomaso Campanella.
Campanella reprendra les idées de l’humaniste Bernardino Télésio
(critique et violemment hostile à l’aristotélisme) dont les théories sont
subordonnées à la raison et à l’idée de matière.
Campanella rencontrera Giovanni Batista délia Porta, un
des tenants de la prétendue alchimie dévoyée et naturaliste de la
Renaissance, professant un système magique, la raison contrôlant
l’expérimentation et la production des phénomènes.
Campanella, ancien dominicain jugé pour hérésie est avant tout
l’auteur de la Citta del Sole : la Cité du Soleil qu’il appelle non Héliopolis
mais Héliaca. La cité est soumise au Grand Monarque nommé le
Métaphysicien. L’extériorisation du Grand Monarque à l’époque
moderne et par rapport à l’Occident, pourrait-être concrétisée par la
nomination du personnage placé à la tête de l’Europe du modernisme
et de la technologie. Campanella cautionnera l’idéologie absolutiste,
préfiguratrice du totalitarisme moderne. Toujours selon lui la France
est missionnée et son monarque un monarque universel ! ! !
Fourvoyé dans des intrigues et des complots sans fin, fuyant l’Italie,
il sera accueilli avec grande estime par Louis XIII. Richelieu se
l’attachera comme astrologue. Son arrivée en France ayant été
organisée par les soins de Naudé. La maison royale donnera naissance
par l’intermédiaire de Louis XIV, au mal nommé « Siècle des lumières
». Campanella proposera à Richelieu d’établir en France sa cité du
Soleil. Dans son palais baroque, aux allégories naturalistes et pseudo-
mythologiques, Louis XIV devient le roi du monde. Il s’agit bien en
l’occurrence d’une vulgaire parodie du Véritable Roi du Monde. La
signature de l’inspirateur de l’entreprise est évidente quand on voit
l'esthétisme officiel et caricatural ainsi que l’omniprésente et grotesque
étiquette de la Cour. La Cité du Soleil a souvent été reconnue comme
le modèle d’une cité moderne, gouvernée par les savants elle n’est
qu’une sinistre ruche infra-humaine. Sans nous joindre au délire
sciemment entretenu relevant des « prophéties » allusives au Grand
Monarque, nous sommes obligés de constater dans les livres de
Campanella, la présence d’un plan concernant l’établissement d’une
contre-hiérarchie. Sont inclus dans ce programme, pouvant bien
entendu s’accomplir en plusieurs résurgences, tous les éléments
préparatoires à l’établissement du règne d’un monarque universel « à
rebours ». La contrefaçon vise les trois fonctions suprêmes exposées
par le cheikh abd-Al Wâhid dans le Roi du Monde (chapitre IV). Le
fonctionnement de cette société anti-traditionnelle est assuré par trois
personnages parodiant respectivement le Brahâtma, le Mahatma et le
Mahangâ.
A sa tête se trouve le Sin représentant la Science ; l’idéologie
scientifique, sociale et profane est enseignée par le Mor ; et le Pon
dirige la force armée chargée de faire « appliquer » l’idéologie.
Le règne de Louis XIV est un règne dominé par l’égocen- trisme. Le
roi n’a plus aucun contact normal avec son peuple. La Cour se
transforme en tremplin d’une idolâtrie forcée et associée à une lutte
sournoise dans le but d’attirer l’attention du roi. Pour tenir son rang à
la Cour, la noblesse devient entièrement dépendante des pensions et
des faveurs que le roi veut bien lui accorder. La noblesse est obligée à
un train de vie ruineux et à un faste extérieur obligatoire pour ne pas
être discréditée. Le courtisan fardé avec sa perruque remplace le
véritable aristocrate. Un portrait fort pertinent du courtisan nous est
donné par Jean de La Bruyère (VIII, 2) : « Un homme qui suit la Cour
est maître de son geste, de ses yeux, de son visage : Il est profond,
impénétrable, il dissimule les mauvais offices sourit à ses ennemis,
contraint à son humeur, déguise ses passions, dément son cœur, parle,
agit contre ses sentiments. Tout ce grand raffinement n’est qu’un vice,
que l’on appelle fausseté. » Voici une description qui aurait fait la joie
d’un Machiavel !
En réaction à la monotonie de la vie de Cour, d’une abrutissante
banalité, le jeu où se dilapident des sommes considérables achève de
ruiner ce qui peut rester des domaines familiaux. L’engrenage des
dettes permettra l’ascension de la bourgeoisie qui pourra racheter les
terres à bas prix, s’octroyer les offices et viser l’anoblissement en
offrant de riches mariages. Démunie de la protection féodale, la
paysannerie devra subir le joug des financiers et des spéculateurs.
Cachant sa médiocrité intellectuelle derrière le masque d’un
classicisme figé, le « Siècle des lumières » privilégie avant tout la Raison.
Ce qu’exprime clairement Boileau : « Aimez donc la raison : que
toujours vos écrits empruntent d’elle seule et leur lustre et leur prix.
»(Art poétique I, 37, 38.)
Il sera donc de bon ton de se moquer de la religion et de rire des
miracles.
A la Cour de Versailles, cette façade officielle et prétendument bien
pensante ne résista guère lorsque éclata la fameuse Affaire des Poisons.
En marge de la vogue du rationalisme se produisit une recrudescence
de sorcellerie, de basse magie et d’alchimie dévoyée.
Le recours à ce genre de pratique, de plus en plus répandues à la
Cour et la découverte de ténébreuses intrigues amenèrent le Roi à
ordonner une enquête. Cette dernière permit de découvrir les
agissements de groupements suspects dont l’un des plus dangereux
semble avoir été dirigé par des prêtres apostats. A la tête de ce groupe,
l’abbé Guibourg borgne et d’un physique monstrueux, grand
organisateur de messes à rebours, plus connues sous le nom de «
messes noires ».
L’ampleur des ramifications aboutit à la création d’une juridiction
extraordinaire, nommée la « Chambre Ardente ». Elle siégeait depuis
trois ans, lorsque sur ordre du Roi, elle dut cesser ses activités. Les
révélations des accusés, impliquant les plus grands noms de la Cour :
Guibourg et certains de ses acolytes ne passèrent jamais en jugement,
ayant probablement pris des précautions avant leur arrestation. A
l’inverse des autres accusés, ceci leur évita d’être envoyés aux galères ou
de subir la peine capitale. Il fut décidé de les mettre au secret dans des
forteresses de province, là, emprisonnés ils disparurent justement avec
leurs secrets !
A la mort du lieutenant-général de police Gabriel Nicolas de la
Reynie, le Roi se fit apporter tous les dossiers de l’affaire et se chargea
de les brûler lui-même dans une cheminée du château de Versailles.
Louis XIV finira ses jours non sans amertume. Versailles se voulut le
berceau d’une monarchie artificielle, il en sera le tombeau.
*
**

« De même que les comédiens, attentifs à couvrir le rouge qui leur


monte au front, se vêtent de leur rôle, de même au moment de monter
sur la scène de ce monde, où je me suis tenu jusqu’ici en spectateur je
marche masqué. » Ainsi s’exprimait Descartes, dans ses « Cogitationes
Privatae ». Né en Touraine à la Haye, relativement proche de
l’agglomération de Richelieu 5S. Nous éviterons au lecteur un exposé
ennuyeux de la philosophie profane de Descartes, basée sur la raison
associée à une physique mécaniste, qui se résume en fait et simplement
en la négation de toute connaissance métaphysique. Dans un compte-
rendu d’un ouvrage de M. Persigout intitulé Rosicrucisme et Cartésianisme,
Guénon parlant de l’auteur de la Méthode donne les indications
suivantes : « Si certaines influences s’exercèrent sur lui d’une autre
façon, consciemment ou plus probablement inconsciemment, la source
dont elles émanaient était en réalité tout autre chose qu’une initiation
authentique et légitime, la place même que tient sa philosophie dans
l’histoire de la déviation moderne n’est-elle pas un indice amplement
suffisant pour justifier un tel soupçon ? » 59
En effet, les scientifiques satisfaits ou les admirateurs béats de la
pensée cartésienne pourraient être singulièrement surpris quant à
l’inspiration, somme toute peu rationnelle de leur maître à penser.
Descartes se sentit missionné pour fonder une science nouvelle
permettant non seulement de répondre, mais de résoudre toutes les
interrogations que l’homme est censé se poser. Cette mission lui fut
révélée au cours de trois songes ; il les décrira dans un manuscrit appelé
Olympica qu’il détruira par la suite. Le contenu nous en est néanmoins
connu par la relation détaillée qu’en fait son biographe et confident
Adrien Baillet60.
Quant à nous, nous nous contenterons d’en faire un résumé
suffisamment significatif.
Dans son premier songe, Descartes voit des fantômes qui
l’épouvantent. Un vent impétueux l’oblige à marcher en se penchant du
côté gauche, tandis qu’une douleur lancinante le fait souffrir du côté
droit, il se trouve ensuite en présence d’une assemblée composée de
mystérieux personnages. Il doit effectuer ensuite une circumambulation
en sautant sur le pied gauche. A son réveil, Descartes souffre toujours
du côté droit et en attribue la cause à un mauvais génie ! Sans plus de
précision, il confiera à Baillet qu’étant irréprochable aux yeux des
hommes, il était l’auteur d’actes relativement graves pour lui attirer les
foudres du Ciel sur sa tête.
Le deuxième songe le terrifiera, lors d’une parodie de l’Eucharistie,
son psychisme est ouvert aux influences maléfiques du monde subtil.
Descartes pourra dès lors servir de support à ces influences «
techniquement dirigées par la contre-initiation ». Les restes de
Descartes ont été rapatriés en France précisément en 1666, alors qu’il
était décédé depuis seize ans. On s’aperçut que son cercueil avait été
ouvert pendant son transfert, des ossements ayant été prélevés. Il est
vraisemblable que ses restes furent utilisés comme des reliques à
rebours.
Le troisième songe fut calme. Par l’intermédiaire d’un personnage
inconnu, Descartes reçoit en quelque sorte l’abrégé du système qu’il
développera dans ses écrits.
Ces trois songes successifs eurent lieu en Allemagne dans la nuit du
dix au onze novembre 1619, veille de la Saint-Martin. Dans ce pays
comme en France, on organisait des fêtes carnavalesques la nuit
précédant la fête du saint (souvenons- nous de la fonction d’exorciste
de celui-ci). Descartes, financé efficacement, sera totalement disponible
pour propager les idées qui lui avaient été inspirées. Il entrera en
contact avec des personnages de même acabit que lui. Nous citerons,
entre autres, l’Anglais Thomas Hobbes, auteur du Léviathan. Ce
manifeste se compose des attaques habituelles contre la Tradition ;
Hobbes y préconise la suppression de toute hiérarchie légitime (munie
donc d’une investiture régulière), en remplacement il propose une
société matérialiste. La subordination totale à l’Etat étant garante du
bonheur social !
A la suite de Descartes, nous voyons les Encyclopédistes
développer la pensée analytique, s’appuyant sur un moralisme
coutumier. La littérature scientifique retranscrit les réflexions
et les expériences sur l’étude de la nature et de la matière.
L’idéologie politique se doit d’élaborer un projet social.
Les Encyclopédistes se réunissaient dans des salons
féminins tels que ceux de la duchesse du Maine ou de la
marquise de Lambert, il y régnait par là même ce qu’il est
convenu d’appeler un régime matriarcal. Parmi les plus connus
nous trouvons Denis Diderot qui s’était destiné à la prêtrise,
mais qui après de violentes fièvres s’enthousiasma pour les
sciences nouvelles et se prit d’un dégoût pour la théologie
selon ses propres termes. Jean Le Rond dit d’Alembert, quant
à lui, était un expérimentaliste convaincu, jugeant comme seule
connaissance valable, celle pouvant être démontrée par des
phénomènes observables. Diderot, lui, acceptait de croire en
Dieu, si on Le lui faisait toucher du doigt !
L’abbé Etienne Bonnot de Condillac, auteur du Traité des
Sensations attribuait la présence de l’intellect à l’ensemble des
sensations. Participent aussi à l’élaboration de l’Encyclopédie,
Voltaire et Montesquieu. L’entreprise trouvera un allié de
poids en la personne de Turgot (fils du prévôt des marchands)
devenu ministre des finances sous Louis XVI. Adversaire
acharné du Compagnonnage, il obtiendra du roi un édit visant
la suppression des maîtrises et des jurandes. Elles seront
rétablies seulement quelques mois après la chute de Turgot.
Les réformes sociales de ce dernier ayant été désastreuses sauf
pour les spéculateurs. Corrélativement à cette époque d’ex-
pansion de la bourgeoisie apparaissent des théories économi-
ques annonçant une société et un monde uniquement
préoccupés des aspects commerciaux. Ceci n’étant pas sans
rapport quant à l’appartenance sociale de la presque totalité
des Encyclopédistes.
A l’origine de cette tendance François Quesnay, médecin de
Louis XV, créateur de la Physiocratie et considéré comme le
promoteur de l’économie politique moderne. Ses idées reprises
par les Encyclopédistes, le seront ensuite par les révolution-
naires, membres du groupe des Physiocrates tel que Mirabeau.
Ce sont les Encyclopédistes qui préparèrent les événements de
1789. Robespierre appellera ce courant d’idées « la préface de
la Révolution ». Il faudra tout le machiavélisme contre-
initiatique pour en faire attribuer la paternité à la Franc-
Maçonnerie et créer un climat soigneusement entretenu de
déchirement avec l’Eglise. Mais comme toujours la grande
majorité dresse l’oreille aux vociférations de quelques braillards
dévoyés et déguisés. D’ailleurs, les usurpateurs de la devise
Liberté, Egalité, Fraternité avaient une conception bien à eux
quant à son application dans le domaine social. Ils montreront
une rare intolérance, n’admettront aucune contestation de leurs
idéaux de bienfaiteur. Se refusant à admettre le droit le plus
élémentaire à des aspirations différentes, ils réprimeront avec
la plus incroyable violence ceux qui ne désiraient en aucune
façon vivre selon les idées qu’on leur imposait de force. A
l’appui de notre propos, les guerres de Vendée en fournissent
l’exemple le plus tragique. Elles viseront à faire disparaître un
mode de vie traditionnel ayant réussi à se maintenir dans la
continuation du Moyen Age.
Au seizième siècle, la Réforme n’arrivera pas vraiment à
s’implanter en Vendée. A l’exception de quelque nobles, le
mouvement toucha surtout une importante partie de la
bourgeoisie. Le clergé et la noblesse assument légitimement
leurs fonctions respectives.
Loin de ressembler aux abbés de cour, toujours disponible le
prêtre vendéen est respecté et reconnu par tous comme le «
père spirituel ». Le seigneur se montre attentif à tout ce qui
touche la vie du paysan et réciproquement ce dernier lui assure
sa fidélité61.
„ La noblesse vendéenne représente l’antithèse de la noblesse
versaillaise. Elle ignore la Cour et n’aime pas ceux qui s’y font
représenter. Il y règne une grande solidarité, toutes les familles
sont unies par les liens de parenté et ce sans attacher
d’importance à l’inégalité des fortunes. La Vendée ne s’était
pas soulevée lors de la mort de Louis XVI, ni n’avait tenté de
faire libérer Louis XVII, tout comme elle ignorait la Cour elle
ignore la Révolution. Ce sont les mesures visant à la
destruction d’un monde qui n’aspirait qu’à vivre en paix, qui
déclencheront les insurrections. A l’origine la loi du 12 juillet
1790 sur la constitution civile du clergé. Les prêtres
constitutionnels sont rejetés, véritables traîtres à leur sacer-
doce, désignés sous le terme d’intrus ils ne peuvent se déplacer
sans la protection des autorités révolutionnaires qui profitant
de l’exaspération grandissante exerceront leur répression en
commettant des exactions, profanant les églises et volant les
objets du culte. Un décret d’août 1791 voue le métal des
cloches à la fabrication de la monnaie. Comble de cynisme il
est demandé aux Vendéens de verser leur sang aux frontières
pour sauver la patrie en danger. Les églises continuent d’être
saccagées, des femmes vociférant représentant la Déesse
Raison parcourent les rues en habits sacerdotaux en parodiant
la messe, multipliant en l’occurrence les fêtes de l’âne a. La
noblesse refusant cette atteinte à la légitimité spirituelle et déjà
largement suspecte aux révolutionnaires sera déclarée rebelle et
ses biens seront spoliés arbitrairement. Les bourgeois, les
négociants ou les fonctionnaires tous acquis aux nouvelles
idées pourront racheter à bas prix toutes les terres. Ces
parvenus se montreront d’une insolence rare vis-à-vis du
peuple dont ils étaient pourtant sortis. Ils se rendront odieux à
la paysannerie et aux artisans qui se joindront à la noblesse.
Devant le refus du bien-être révolutionnaire et de la
conscription nationale, les opposant vendéens devront dispa-
raître. Le texte du 1er Août 1793 rédigé par la Convention est
instructif à cet égard : « Il sera envoyé en Vendée des matières
combustibles de toutes sortes pour incendier les bois, les taillis
et les genêts. Les forêts seront abattues, les repaires de rebelles
anéantis, les récoltes coupées et les bestiaux saisis. La race
rebelle sera exterminée, la Vendée détruite » 63.
L’application de ce vibrant plaidoyer démocratique et
républicain sera effectuée par les armées révolutionnaires
auxquelles s’attachera bientôt le surnom de Colonnes infer-
nales. Responsable des noyades de Nantes, un Carrier n’avait-il
pas déclaré : « Nous ferons de la France un cimetière plutôt
que de ne pas la régénérer à notre façon. »
En 1794, on libéra du bagne de Brest, plusieurs centaines de
galériens, déguisés en chouans, portant scapulaires et chapelets
afin d’y commettre les pires atrocités dans les régions
insoumises et de discréditer la Chouannerie. A la demande du
Comité de salut public (Robespierre, Collot d’Herbois, Barère,
Fouché) le chimiste de Fourcroy rédigea un rapport sur les
possibilités scientifiques d’extermination des Vendéens. La
démonstration de cette volonté de détruire tout ce qui pouvait
subsister des structures traditionnelles sous le couvert de
l’instauration d’un bonheur social, nous a donc été fourni par
la pénible relation des guerres de Vendée. Les révolutionnaires
ayant fini par s’entre-tuer, la bourgeoisie sera la grande
bénéficiaire du bouleversement opéré. L’ère de la finance et de
l’industrie pourra se développer sans discontinuer, sans soucis
des différentes formes de gouvernement apparemment
contraires.
*
**

La philosophie rationaliste accompagne l’ère industrielle.


L’envahissement du matérialisme subjugue la société moder-
niste. Une fois solidifiée, celle-ci se trouve transformée en «
materia prima » inversée, coupée du Ciel, il reste pour la
contre-initiation à y opérer les fissures nécessaires. Les forces
de dissolution réduisent progressivement le monde moderne
en poussière qui s’écoule inexorablement comme dans un
gigantesque sablier. La continuation de ce courant destructeur
se servira de la révolte contre l’industrialisation (semblant de
l’ordre et du progrès) que constitua le Romantisme. Déjà la
préfiguration se trouvait dans l’œuvre d’un Jean-Jacques
Rousseau qui dès 1775 employait le terme de romantique, le
définissant par rapport aux sensations, mélange de rêverie et
de sentimentalisme. Le terme Romantique repris à l’anglais
Romantic venant lui-même du substantif français Roman,
désignant un récit médiéval. Toujours en réaction contre la
société éprise de classicisme, les romantiques se passionneront
pour le Moyen Age, mais ils feront preuve à son égard d’une
incompréhension totale. Les premiers signes d’intérêt pour le
passé « gothique » viendront de longues contemplations de
ruines telles que celles des monastères en Angleterre. Il restait
en effet plusieurs centaines de ruines datant du règne d’Henri
VIII où les hommes de Cour s’intitulant les « hommes
nouveaux » transformèrent les édifices religieux en carrières,
s’appropriant à bon compte les pierres pour servir à la
construction de leurs manoirs. Ces méditations se muent en
mélancolie profonde et en sensibilité larmoyante. Ce qui
aboutira au style funéraire néo-gothique. Le germe de
désagrégation que porte le Romantisme s’épanouira sous ce
que l’on désigne habituellement le « Romantisme Noir ». La
nature n’est pas prise comme symbolisant l’Ordre divin, elle se
résout seulement en une contemplation figée ; elle devient de
ce fait vite banale, et à court de sensations. Les peintres
romantiques créeront des œuvres toujours plus exagérées,
grandissant la nature, amplifiant les paysages dont la réalité
première ne leur suffisait plus pour assouvir un émerveillement
devant être renouvelé continuellement. Ce besoin de nouveaux
paysages donnera naissance à l’Orientalisme. L’Orient se doit
d’offrir de nouvelles visions, donc de nouvelles sensations plus
intenses. Cet attrait du pittoresque suscitera ensuite l’intérêt
pour les découvertes archéologiques. Etouffant dans la société
désacralisée, marginal, le romantique, en dehors des masses
ouvrières se veut individualiste. Ses aspirations confuses le
poussent vers une vie errante à la campagne. Solitaire et
déraciné, il trouve refuge dans les Paradis Artificiels ou s’évade
par le suicide. Le mouvement romantique sans aucune foi
religieuse est la recherche d’un paradis perdu ; se lançant dans
une débauche morbide, fasciné par le laid et le grotesque, il
s’oriente vers un spiritualisme sulfureux. La révolte contre la
société prend les traits d’un Lucifer libérateur. Ces croyances
hybrides amèneront le spiritisme et le messianisme révolution-
naire de 1848, à travers les idées d’un Fourier qui considérera
sa mission par rapport au Christianisme comme celle d’un
post-curseur, rien de moins ! Le Romantisme, comme d’autres
courants de dissolution à leurs débuts, se voudra avant-
gardiste.
D’après Guénon, le chapitre VI de la Genèse pourrait peut-
être fournir, sous une forme symbolique, quelques indications
se rapportant à ses origines lointaines de la contre-initiation M.
' Le thème de la révolte des anges apparaît dans la littérature
romantique peu après la traduction du livre d’Enoch en 1821
par l’évêque anglican Richard Laurence. „
Dans le manuscrit Ethiopien, les anges révoltés descendus
sur le mont Hermon (Mont de l’anathème) s’unissent aux filles
des hommes, de cette union naissent les géants (kshatriyas
révoltés). Les anges rebelles enseignent leur descendance, l’un
d’eux, Hermoni leur apprend la sorcellerie et la façon de
construire les tours ! Un peu plus loin dans le texte, Hénoch
parle de sa fonction qui est de contrecarrer les plans et les
actions des Veilleurs (anges révoltés).'En Islam, Idrîs, Hénoch
peut être identifié au mystérieux Khidr. Quand on sait le lien
unissant le Cheikh Yahyâ Abd Al-Wâhid et Khidr, on
comprend la teneur précise d’ouvrages tels que le Règne de la
Quantité et les Signes des Temps.
Les Romantiques interpréteront le livre d’Hénoch d’une
curieuse façon, mélangeant allègrement spiritualisme douteux
et mysticisme social, le tout formant un édifiant exemple
d’inversion.
Les anges déchus se sacrifiant pour apporter le bonheur à
l’humanité donnent ensuite leurs sciences aux Géants, ces
nouveaux élus devant par ces moyens supplanter Dieu. Il n’y
aurait pas eu le péché originel si Dieu (la société, la
bourgeoisie) refusant le bien-être au plus grand nombre, avait
accepté d’être PEgal de tous. D’après donc ce genre de
raisonnement la seule voie pouvant amener au salut du monde,
serait celle de la révolte contre l’Ordre divin.
Le Romantisme, comme tout mouvement soi-disant innova-
teur, n’aura été qu’une étape accentuant le déséquilibre allant
toujours croissant du monde profane.
Nous arrêterons là notre étude que nous ne considérons
point comme exhaustive sur la contre-initiation en Occident.
On se sera rendu compte néanmoins que sous le flot
apparemment clair et sirupeux déversé par l’histoire officielle,
se cache en réalité une boue fétide.

NOTES

1. René Guénon : Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chapitre II.


2. Dante La Divine Comédie, Paradis, chant IX, 127 (P). Pour Dante, nous
nous servons des traductions de M. Pézard, La Pléiade, et celle de M.
Masseron Editions Albin Michel. Nous ferons suivre l’extrait cité par
rapport aux traductions respectives soit de la lettre (P) ou de la lettre (M).
3. Cosme Médicis déclarera qu’il suffisait de quelques mètres de drap
rouge pour créer de nouveaux aristocrates.
4. Dante, Epître VI (P).
5. Afin de les rendre plus présentables, Philippe le Bel avait nommé ses
conseillers « chevaliers » ce qui ne lui coûtait rien, par contre il faisait un
commerce lucratif des anoblissements achetés fort cher par les postulants
qui furent d’ailleurs particulièrement nombreux sous son règne.
6. A partir d’objets de fouilles un Guillaume Budé codifiera les idées
humanistes et justifiera la création de sciences et d’études profanes.
7. René Guénon : Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, chapitre
XXVIII.
8. René Guénon : Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée,
chapitre XXI.
9. M. Schmidt : La poésie scientifique en France au xvf siècle, Editions Bordas.
— Surnommé le Fléau des astrologues, il attendait avec véhémence son
heure dernière, annoncée avec précision par trois astrologues, pour mieux
réfuter cette science qu’il méprisait. Il mourut au moment annoncé, se
faisant ainsi le meilleur argument de la cause qu’il avait voulu abattre. Il
acheva ses « prédications » âgé de 33 ans.
10. Epistole XXVI. 34.
11. Machiavel idéalisera son protecteur César Borgia mais il sera un
des premiers à le trahir et ne manquera pas de le désigner à la vindicte
populaire. Machiavel se retirera de la scène entouré du mépris général.
12. Michel-Ange connut la notoriété en ayant fait passer une de ses «
créations à l’antique » pour véritablement ancienne, celle-ci avait été vendue
comme objet de fouilles à Rome.
13. -1- René Guénon : Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chapitre
2.
-2- Le pape Nicolas V, ancien bibliothécaire de Cosme Médicis n’aura
comme seule préoccupation pour passer à la postérité que de collectionner
tous les livres existants.
14. La rose emblématique de Martin Luther : article paru dans Regnabit
1924, réédition Gutembert reprint 1981.
15. Ronsard : Œuvres Complètes, La Pléïade.
16. L’ordre de Calatreva fut fondé en 1158 par le bienheureux Raymond
Serrât, abbé cistercien. L’Ordre du Christ au Portugal et celui de Montesa
dans le royaume de Valence, adoptèrent la règle de Calatreva. Ces deux
ordres avaient été créés pour continuer l’action du Temple aussi bien que
faire se peut, après la suppression officielle de de ce dernier.
17. La vie quotidienne des Aztèques à la veille de la conquête espagnole, Editions
Hachette.
18. D’anciens lieux de la Grèce Antique devenant des sanctuaires
chrétiens tel qu’à Delphes le temple d’Apollon ou le Parthénon, église
consacrée à la Vierge.
19. Jean de Meung appelait la Sorbonne, à cette époque qui paraît fort
lointaine : clé de la Chrétienté.
20. Introduction à l’enseignement et au mystère de René Guénon, Editions de
l’Oeuvre.
21. A Damas se trouve dans une autre mosquée celle des Omeyyades, le
tombeau de saint Jean-Baptiste.
22. René Guénon : Le Roi du Monde.
23. Son principal disciple, saint Mexme de Chinon, était invoqué pour
faire tomber la pluie (la pluie symbolise aussi la descente des influences
spirituelles). Il existe une chape de saint Mexme brodée de formules en
lettres koufiques !
24. De Bello Gallico VII, 13.
25. René Guénon : Aperçus sur l’Initiation, Editions Traditionnelles,
chapitre VII.
— Saint-Martin était loin d’ignorer le côté opératif. Dans sa Vie de Saint-
Martin (Paris 1699), le Sieur Gervaise nous relate : « Saint-Martin fit une
nouvelle dédicace de la basilique de Saint-Lidoire de Tours. Après l’avoir
accrue, il la consacra à Dieu sous l’invocation de saint Maurice et de ses
compagnons dont il y mit les reliques. Le saint, dit-on passant à son retour
d’Italie par le monastère d’Agaune où il ne voulait pas être reconnu,
demanda aux religieux qui y étaient déjà établis des reliques de ces saints
martyrs. Le refus qu’ils lui en firent l’obligea de se transporter dans le
champ où cette glorieuse légion des Thébains avait mieux aimé souffrir le
martyre sous Maximilien que de se souiller par les sacrifices impies que le
reste de l’armée offrait aux faux dieux. Y ayant passé la nuit en prières,
pour demander à Dieu où il y avait de leurs reliques, il vit le matin ce
champ couvert d’une rosée de sang qu’il recueillit dans des fioles avec
beaucoup de respect. Les historiens ajoutent qu’il consacra avec l’une de
ces fioles l’église de Tours, avec la seconde celle d’Angers et qu’il laissa en
mourant à l’église de Candes la troisième qu’il s’était réservée et qu’il avait
toujours portée sur lui jusqu’à sa mort. »
26. René Guénon : Symboles Fondamentaux, chapitre XXXI.
27. René Guénon : La Grande Triade, chapitre XXV.
28. René Guénon : Symboles Fondamentaux, chapitre XVI.
29. Ibid. Masseron.
30. Ibid. Masseron I, 97, 99.
31. Ibid. Purgatoire XX, 10-12.
32. Selon cette tradition, le venin d’un serpent s’écoule goutte à goutte
sur Loki enchaîné. Il est néanmoins protégé par un récipient que tient sa
femme. Le poison l’atteint lorsqu’elle s’absente pour vider le récipient et
sous la brûlure Loki sursaute provoquant les tremblements de terre.
33. C’est pourquoi la fatale échéance, pouvait être retardée, en
empêchant la construction du terrible navire, en n’omettant pas de couper
les ongles des personnes décédées,
34. René Guénon : Le Roi du Monde. Si Messieurs Ossendowski et
d’Alveydre ont fait allusion au Roi du Monde dans leurs ouvrages, seul René
Guénon a su donner un aperçu authentique et légitime sur ce sujet. Notons
que la contre-initiation, essaya de lancer la confusion ténébreuse entre Roi
du Monde et le Prince de ce monde.
35. René Guénon : Symboles Fondamentaux, chapitre XXVI et l’Esoté-
risme de Dante.
36. René Guénon : Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel.
37. Voit notre chapitre sur l’Islam.
38. Paul Chacornac : La vie simple de René Guénon, Editions Tradition-
nelles.
39. Traduction et commentaires de M. Gloton, Editions Les deux
Océans.
40. La Science des Lettres entraînant de multiples et fertiles commen-
taires, ne pouvant se développer en quelques lignes, nous renvoyons le
lecteur au livre précédemment cité, ou à l’ouvrage de M. Gilis : le Coran et la
fonction d’Hermès, Editions de l’Œuvre.
41. René Guénon : Symboles Fondamentaux, chapitre XIV.
42. Paul Chacornac : la Vie simple de René Guénon.
43. Dans une étude régionale sur les mégalithes de l’açrondissement de
Blois, M. Jean Cartaud relate la prudence paysanne de ne pas détruire les
pierres sacrées, ceci entraînant la mort du destructeur dans la nuit. La
prudence étant justifiée puisque sont cités des faits précis sur des accidents
survenus à des passants outre.
44. C’est là qu’enseigna pendant vingt ans Henri Bergson un des pères de
la philosophie moderne. Voir à ce sujet le Règne de la Quantité et les Signes des
Temps.
45. Dante : Enfer, chant XIII (P.).
46. Réponse au numéro d'Atlantis de janvier-février 1932, repris dans le
Théosophisme, Editions Traditionnelles.
47. René Guénon : Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, Tome
1, Editions Traditionnelles.
48. Le processus d’envoûtement étant désigné à l’époque par le verbe
emmasquer.
49. René Guénon : Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel, chapitre VIII.
50. René Guénon : Le Règne de la Quantité et des Signes des Temps, chapitre
XXXIX.
51. Sa sœur Nicole, épouse du Maréchal du Brézé, devint folle, se
croyant en cristal. De cette union naîtra une fille naine et à moitié folle. Elle
sera épousée malgré tout par le duc d’Enghien, fils du Prince de Condé, ce
dernier avant tout soucieux de sauver sa vie, fortement menacée par
Richelieu. Le mariage détournera la vengeance du Cardinal tout en le flattant
par l’union inespérée avec l’illustre famille. Selon certains, cette union
apporta la folie dans la famille de Condé. En effet, leur fille Marie-Clémence
sera atteinte par la folie, son fils à son tour se prendra pour différents
animaux, le petit-fils sera difforme, son arrière petit-fils sera borgne. Il y a
tous les éléments pour former un véritable vivier de la contre-initiation.
52. Ceci n’a rien d’exceptionnel, Gassendi (abbé Pierre Gassand)
théologal de Digne en relation avec Galilée, grand promoteur de la physique
expérimentale, s’acharnera contre les écrits d’Aristote, mais ne tarira pas
d’éloges envers Képler et Copernic.
53. Richelieu fit réimprimer les œuvres de Machiavel. Le Cardinal
fondateur de l’Académie Française, dont les membres appointés par ses
soins, lui donneront vis-à-vis de l’extérieur une soi-disant approbation «
d’intellectuels ».
54. Pascal inventa la machine arithmétique pour simplifier le travail de
son père, envoyé à Rouen par Richelieu en qualité de commissaire pour
l’impôt.
55. Richelieu indifférent à la Réforme, s’en prendra aux protestants
français uniquement coupables à ses yeux de vouloir constituer un Etat dans
l’Etat. L’empereur, lui, se chargera de rendre à l’Eglise les biens sécularisés à
leur profit, par les ex-dignitaires passés à la Réforme.
56. Napoléon parachèvera l’action de Richelieu en supprimant
définitivement tout ce qui pouvait rappeler le Saint Empire, en ordonnant la
formation de la Confédération du Rhin, lors du protectorat de 1806.
57. René Guénon : Aperçus sur l’Initiation, chapitre XXXVIII, Editions
Traditionnelles.
58. La ville de Richelieu, construite sur ordre du Cardinal, qui désirait
qu’elle devienne la capitale de ses domaines.
59. Article de janvier 1939. Repris dans Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le
Compagnonnage, Tome I.
60. Adrien Baillet : Vie de Monsieur Des Cartes, 1691.
61. Colbert achètera des terres dans la région de Cholet, sans jamais y
venir et sans se soucier de la paysannerie qui sera livrée à des régisseurs
sans scrupule.
62. Cette volonté de parodier et d’instituer une « religion laïque »
s’étendra à toute la France. La croix de la flèche de la cathédrale de
Strasbourg fut coiffée d’un énorme bonnet phrygien en tôle. Après
l’assassinat de Marat, on lui vouera un culte en l’assimilant à Jésus !
63. Les exemples ne manquent pas sur cette folie exterminatrice et les
procédés employés peu avouables. Tous ces faits ont été relatés dans la
somme considérable que constituent les ouvrages de M. Chassin. « Etudes
documentaires sur la Révolution française », Paris, 1892-1900.
64. Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Chapitre XXXVIII.
I
LA MISSION DIVINE D’ALEXANDRE LE GRAND

Il ne nous paraît pas inutile pour faire suite aux précédents


chapitres de nous intéresser à la vie d’Alexandre le Gr^nd, ceci
non pas à la façon historico-profane mais de sorte à en
démontrer l’aspect symbolique.
La mère d’Alexandre, Olympias d’Epire, de naissance royale,
faisait remonter son origine à Néoptolème, fils d’Achille. La
nuit précédant son mariage, elle rêva que la foudre descendait
en elle et la mettait toute en feu; L’oracle de Delphes ayant été
consulté il était enjoint à son père Philippe de Macédoine
d’honorer Amon par-dessus tous les autres dieux. Or à
l’exception de Delphes, les deux oracles les plus consultés par
les Grecs étaient ceux de Dodone en Epire et de Siouah dans
le désert d’Egypte. Le sanctuaire de Dodone était situé dans les
bois et celui de Siouah dans une oasis, en égyptien « sekhet-
iemy » l’endroit des arbres. Amon était le dieu du sanctuaire de
Siouah et Zeus à Dodone était honoré sous le nom de Zeus
Amon *.
En Egypte Amon était identifié avec Min, le hiéroglyphe de
ce dernier étant la foudre.
* Pendant la naissance d’Alexandre deux aigles étaient restés
perchés ensemble sur le toit de l’appartement de la reine.
L’interprétation de ce présage fut que l’enfant régnerait un jour
sur deux empires. •
Nous ne nous attarderons pas sur sa prime jeunesse, sinon en
signalant que sa prédestination le singularisait déjà des
autres enfants de son âge. Le premier signe de cette
prédestination commence avec l’épisode de Bucéphale.
Alexandre était alors âgé de douze ans. Bucéphale n’était pas
seulement un simple coursier noir, d’une taille exceptionnelle
mais il se distinguait surtout par deux marques précises : l’une
blanche sur le front et la seconde sur le flanc en forme de tête
de bœuf qui lui avait valu son nom2.
En ce qui concerne cet aspect du cheval nous rappellerons «
que celui qui est initié doit être assis sur une peau aux poils
noirs et blancs symbolisant respectivement le non-manifesté et
le manifesté » ’.
D’autre part, Alexandre ne pourra monter son cheval qu’en
lui tournant la tête en face du soleil, celui-ci était effarouché
par son ombre. Un coursier solaire, pour un cavalier royal,
pour chevaucher la voie solaire, la voie royale.
Simultanément, Aristote4 devient son précepteur. Il est
opportun en cette occasion de citer l’adage traditionnel «
Quand le disciple est mûr, un maître apparaît ». Les entretiens
entre le maître et son disciple qu’ils soient verbaux ou
épistolaires, vu P éloignement d’Alexandre ne cesseront
qu’avec la mort de celui-ci. Quant à son âge (douze ans), dans
son acception présente, il correspond à un point de
stabilisation dans son existence : celle-ci étant due bien
évidemment au contact d’Aristote. Cette virtualité tendant vers
la réintégration de l’état primordial ne sera réellement effective
et parachevée que lorsque les différentes possibilités extra-
corporelles que l’être porte en lui seront épuisées. Un fait
significatif surviendra lorsque Alexandre, ayant fait installer sa
tente sous un chêne majestueux 5 participera peu après à sa
première bataille et ce d’une manière qui suscitera l’admiration
et le fera considérer, du moins officieusement par ses
compatriotes, comme leur véritable roi.
• Après l’assassinat de son père Philippe, Alexandre monta sur
le trône de Macédoine à l’âge de vingt ans.*
Il commença à vouloir réunir tous les peuples grecs mais se
trouva confronté avec les autorités officielles de Thèbes,
assimilables avec un certain exotérisme littéral. Celui-ci se
tenait comme seul dépositaire de la culture et de l’autorité. Les
Macédoniens étant considérés comme des « barbares ».
Malgré ses tentatives d’apaisement et de réconciliation sans
cesse répétées, il donna l’assaut à la cité. Il s’agissait de remettre
à sa place l’exotérisme, la lettre morte devenant de plus en plus
étouffante pourrait-on dire pour l’Esprit, l’ésotérisme.
C’est pourquoi Alexandre ordonna de ne pas détruire les
temples des dieux et d’épargner la maison où avait habité le
poète Pindare ; ce dernier ayant composé une ode en l’honneur
d’Amon, ainsi que sa famille et tous ceux qui pouvaient
prouver qu’ils s’était opposés à la rébellion. Il n’oubliait pas
non plus que Thèbes était considérée comme la patrie de
Dionysos.
Il faudra douze mois à Alexandre pour dominer la Grèce. Il
est le soleil et les douze mois correspondent au cycle annuel de
cet astre à travers les signes du zodiaque. Avant de partir pour
l’Egypte, il ordonnera son royaume en douze parties et laissera
le général Antipater comme son substitut, ayant autorité sur les
douze régents gouvernant les « douze maisons ».
Calqué sur le zodiaque, Alexandre donne à son pays un
gouvernement en parfaite conformité avec son archétype
céleste. Il est à noter que durant son absence, qui fut en fait
définitive, puisqu’il ne revint jamais en Grèce, il n’y eut aucune
contestation de l’ordre institué. *
Alexandre put alors songer à aller en Egypte, au sanctuaire
de Siouah la demeure de son père Amon.
A l’époque de sa naissance, l’Egypte venait d’être reconquise
par les Perses et Olympias voyait en son fils le futur
conquérant qui devait chasser les envahisseurs du pays sacré et
venger le dieu Amon dont les sanctuaires avaient été dépouillés
et les autels profanés. Avant son départ, il consulta l’oracle de
Delphes ; il lui fut répondu « tu es invincible ».
Un fait peu mis en évidence est qu'Alexandre avant de
quitter la Macédoine se dépouilla de ses terres, de son argent et
de ses objets précieux, se remettant à la seule volonté du Ciel.
Ceci est en parfaite conformité avec ce que dit Plotin6 : « Ceux
qui montent par les degrés des mystères sacrés se purifient et
déposent les vêtements dont ils étaient revêtus auparavant et
s’avancent nus. »
Après avoir passé l’Hellespont, il fit sa première halte à
Ilium, cité grecque considérée comme ayant été construite sur
les ruines de Troie et où reposaient les princes qui moururent
au combat. Il fit des libations sur le tombeau d’Achille pour
lequel il avait une vénération spéciale, n’oublions pas que sa
mère se donnait comme descendante du héros.
Alexandre avait d’ailleurs constamment avec lui un exem-
plaire de l’Illiade, annoté par Aristote dont il citait des passages
à ses compagnons à chaque étage. A ce sujet \ Guénon nous
indique : « ... Certains livres auraient été chargés d’influences...
chacun de ces exemplaires devant être exclusivement destiné à
tel disciple à qui il était remis directement non pas pour tenir
lieu d’une initiation que ce disciple avait déjà reçue, mais
uniquement pour lui fournir une aide plus efficace lorsque, au
cours de son travail personnel, il se servirait du contenu de ce
livre comme d’un support de méditation. »
Comme support d’influences 8 il prit aussi dans le temple
d’Athéna un bouclier ayant appartenu à l’un des héros grecs. Il
fit toujours porter ce bouclier auprès de lui dans les batailles.
Alexandre reprit la mer et aborda de nouveau en Lycie, le fait
qu’ü eût pu longer cette côte sans encombre fut considéré par
les Anciens comme une faveur divine, la navigation y étant
réputée impossible au vu des innombrables récifs à fleur d’eau
dont elle était parsemée. Il n’y avait aucune possibilité
d’accostage à cause des falaises abruptes. Malgré tout il aborda
sans problème en trouvant une plage magnifique.
Ce monde, celui de la manifestation peut être considéré
comme une mer séparant le Ciel et la Terre. L’eau occupe la
région intermédiaire (domaine du psychisme), elle est assimilée
à l’ignorance et est de tendance descendante. Le but des petits
mystères étant le retour à l’état primordial, il faut d’abord
maîtriser ses passions et vaincre par lui-même l’obstacle
périlleux de la navigation au risque de tomber au fond des
eaux, assimilé à l’obscurité9. Cet obstacle étant surmonté, l’être
peut commencer à gravir « l’échelle » dans un mouvement
ascendant et se diriger d’échelon en échelon à travers les
différents mondes selon ses capacités. Or le lieu où aborda
Alexandre s’appelait justement l’Echelle.
Il se dirigea ensuite vers la ville de Gordium où se trouvait
un chariot sacré confié à la garde des prêtres de Zeus. Le
timon était attaché au joug par un nœud extrêmement
compliqué. Au sujet de celui-ci, Poracle de Zeus avait précisé
que celui qui le trancherait serait le maître de l’Asie. Alexandre,
quelque temps après son arrivée dans la ville, entra dans le
temple où se trouvait le chariot et trancha le nœud.
Selon Guénon « en ce qui concerne le dais et le plancher,
ceux-ci représentent respectivement le Ciel et la Terre, le mât
étant la figure de l’Axe du Monde 10 » et le nœud peut être
interprété comme symbolisant les conditions limitatives qui
lient l’être vivant et le retiennent dans son état particulier
d’existence manifestée.
Avant d’atteindre l’Egypte, il dut faire le siège de Tyr.
Certains habitants, ayant rêvé qu’Apollon voulait s’en aller au-
devant d’Alexandre à cause de leur refus de se soumettre,
attachèrent dès le lendemain la statue de leur dieu avec des
chaînes en la traitant d’Alexandriste 11.
La cité conquise, il put enfin se diriger vers l’Egypte. Il y fut
accueilli avec allégresse comme libérateur des Perses, le fils
d’Amon prédit par les oracles. Alexandre fut rituellement
intronisé pharaon sous le nom de MERI-AMON SATEP-EN-
RE, ce qui signifie Bien Aimé d’Amon, Elu du Dieu Soleil.
Il alla ensuite vers l’oasis de Siouah. Ses proches essayèrent
de l’en dissuader, vu l’extrême danger de traverser le désert
pendant plusieurs jours, sans aucun point d’eau avant l’arrivée
et le risque du vent brûlant du désert.
Effectivement, c’est un désert pourrait-on dire absolu : pas
la moindre trace de végétation, pas une colline, pas une dune,
pas un brin d’herbe, pas un point de repère, c’est une
gigantesque étendue recouverte d’une croûte de pierre.
L’oasis présente un contraste saisissant : le sol est littérale-
ment imprégné d’eau par de nombreuses sources se comptant
par dizaines d’où une floraison et une fructification presque
ininterrompues, d’un bout de l’année à l’autre, des nombreuses
variétés de palmiers dattiers 13.
Mais revenons plus particulièrement à notre sujet.
Alexandre resta inébranlable et ils reprirent le voyage. La
bienveillance divine ne tarda pas à se manifester ; les Anciens
parlèrent des grandes eaux qui tombèrent du Ciel et les pluies
continuelles qui rafraîchirent l’air. Malgré les guides, à chaque
fois qu’ils risquaient de se perdre, il apparaissait des oiseaux qui
les orientaient et qui avec leurs chants, la nuit, rappelaient ceux
qui s’étaient égarés u. Comme nous pouvons le constater la
Providence ne fit point défaut.
Les pluies continuelles signifiant la descente des influences
célestes et spirituelles et la douceur de l’air confirmant ces
présences bienfaisantes. Quant aux oiseaux, ils sont les
auxiliaires et les messagers divins.
Il arriva enfin au temple situé au cœur de l’oasis où le Grand
prêtre le salua de la part du dieu, comme de son père.
Amon était représenté, semble-t-il, par une météorite
incrustée de pierre précieuses, installée dans la barque du dieu.
L’oracle lui annonce qu’il lui est accordé l’empire du monde et
lui confirme que son père est Amon.
Dès lors, Alexandre adopta les deux cornes du bélier,
symbole du dieu. Il les portait attachées par un bandeau sur la
tête 15. D’ailleurs dans l’Islam, et en premier lieu dans le Coran
(sourate de la Caverne), Alexandre est appelé El-Iskandar
Dhûl-Qarnein ; « aux deux cornes ». D’autre part, si nous
traçons le périple d’Alexandre, du sanctuaire de Dodone en
Macédoine en reliant l’oasis de Siouah nous obtenons la
représentation des cornes.
Avant de quitter l’Egypte, il fit restaurer le sanctuaire
d’Amon à Louxor où il se fit représenter en pharaon.
Il vint ensuite en Mésopotamie jusqu’à Babylone où il fut
accueilli là aussi comme un libérateur du joug des Perses qui
avaient volé la statue en or du dieu Marduk et détruit son
temple.
Il fut proclamé roi de Babylone et dès son investiture il
célébra entouré des prêtres de Marduk des rites en faveur de ce
dieu connu sous le nom de Zeus-Belos, autre nom de son père
Zeus-Amon.
A l’instar de l’Egypte, il ordonna la reconstruction du
sanctuaire. Ensuite commença véritablement la guerre contre
Darius et l’empire perse, considéré comme le pays des
profanateurs en raison des actes irréligieux commis par ces
derniers dans les pays occupés, y compris en Grèce lors de
l’invasion aux époques précédentes. Avant l’engagement, lors
de l’ultime bataille contre son ennemi Darius, Alexandre, sa
main gauche tenant sa javeline et levant la droite vers le Ciel,
requit l’aide de son père Zeus-Amon. Au même moment
apparut un aigle 16 au-dessus de sa tête qui se dirigea ensuite
contre les Perses 17.
Nous rappellerons que la main gauche est la main de Justice
correspondant à la Rigueur, qui est d’ailleurs un des attributs
de la royauté. La main droite étant la main bénissante, symbole
de l’autorité sacerdotale (celle-ci étant d’ailleurs affirmée par la
présence quasi continue du devin Aristandre vêtu d’un
manteau blanc). Alexandre démontre sa totale soumission au
Principe divin et par là même la légitimité de son combat pour
rétablir l’Ordre.
D’autre part, en ce qui concerne le parcours initiatique nous
n’oublierons pas ce que dit Guénon : « Tout ce qui sert à la
guerre extérieure peut-être pris comme symbole de ce qui
concerne la guerre intérieure. » 18
Après avoir donc conquis définitivement la Perse, après la
mort de Darius, Alexandre s’affirme comme souverain d’Asie
et monte sur trône de Perse prenant le titre de Lion-Griffon.
. Il se lança ensuite à la conquête de l’Inde. Lors de ses
pérégrinations, et ce fait nous est relaté par Quinte-Curce, se
trouvant aux frontière du Cachemire, il se sépara de son armée
avec une petite troupe afin de récupérer des éléphants de
guerre abandonnés par ses adversaires. Il rencontra une
mystérieuse cité nommée Nysa dont le chef des anciens lui
raconta qu’elle avait été fondée par Dionysos lui-même.
D’autre part, Diodore de Sicile (III, 67 à 71) nous relate que
Dionysos, fils d’Amon et d’Amalthée, fut élevé à Nysa, dans
une île entourée du « fleuve Triton » en Libye. Dans Le Roi du
Monde, Guénon nous indique qu’il peut avoir simultanément,
outre le Centre Suprême, plusieurs autres centres qui s’y
rattachent et qui en sont comme autant d’images et qui
peuvent porter le même nom. Alexandre fut donc en contact
avec le Centre Suprême, Quinte-Curce nous précise plus loin
que dans le nom d’une montagne voisine, il reconnut le mot
Meros, la cuisse.
Nous citerons à nouveau Guénon qui écrivait : « Dionysos
ou Bacchus a des noms multiples, correspondant à autant
d’aspects différents, sous un de ces aspects au moins, la
tradition le fait venir de l’Inde. Le récit suivant lequel il naquit
de la cuisse de Zeus repose sur une assimilation verbale des
plus curieuses : le mot grec mêros, « cuisse » a été substitué au
nom de Mêru, la montagne polaire, auquel il est presque
identique phonétiquement. »
A propos des éléphants (représentant le dieu Ganêsha
équivalent de Toth en Egypte), ils symbolisent le principe
d’inspiration de la caste sacerdotale dont celle-ci tient son
autorité et au nom duquel elle communique la connaissance
initiatique (ce n’est pas une coïncidence fortuite si Guénon fit
représenter le dieu Ganêsha sur la couverture de certains de
ses ouvrages). D’autres précisions de source islamique, nous
sont indiquées par le chroniqueur Tabari. Alexandre, est-il dit,
serait allé jusqu’au Tibet et il construisit un mur contre les
hordes de Gog et Magog (correspondant aux influences
maléfiques du domaine subtil inférieur). Ce qui confirme sa
fonction de restauration et de consolidation de l’Ordre
Traditionnel. Les hordes de Gog et de Magog sont les fils de
Japheth, fils de Noé qui se fixèrent en Orient après le déluge
(leur apparence serait semblable à celle des hommes mais leur
taille est de deux coudées, et ils ont des oreilles d’ânes sic).
Ensuite Alexandre reprit son périple et voulut passer le
Gange Supérieur. Diodore de Sicile nous relate qu’il se
produisit des déluges d’eau et que le tonnerre gronda sans
arrêt.
Le Gange Supérieur représentant le passage aux grands
mystères ; alors qu’il était dévolu à Alexandre de parvenir
seulement au terme des petits mystères et d’être effectivement
le Monarque Universel, établi dans « l’invariable Milieu »
représentant le pouvoir temporel. Les avertissements, tel que le
tonnerre, lui enjoignent de ne point empiéter sur le domaine
sacerdotal. C’est d’ailleurs à cette époque que mourut
Bucéphale et Guénon nous indique : « Qu’en sanscrit que le
mot ASHWA-STHA est interprété comme signifiant la station
du cheval, celui-ci qui est le symbole d’Agni ou du soleil, ou de
l’un et l’autre tout à la fois devant être considéré comme
parvenu au terme de sa course et s’arrêtant quand l’Axe du
monde a été atteint ».
Il faut se rappeler que c’est Dieu qui donne l’empire du
Monde, et comme il est dit dans le Coran au sujet d’Alexandre
(XVIII, 8) : « Nous avions affermi sa puissance sur la terre et
nous l’avions comblé de toutes sortes de biens. » Cet empire a
été symboliquement fixé à des limites qu’il est interdit de
dépasser.
Alexandre le Grand remplit parfaitement bien sa mission en
combattant les ennemis de Dieu. Par ailleurs, il ne s’agit pas
uniquement du monde terrestre mais aussi du monde
intermédiaire ou subtil, domaine des petits mystères.
Parallèlement, bien que ceci soit contesté par certains... nous
citerons Flavius Josèphe dans ses Antiquités Judaïques (XI, 8) qui
nous dit à propos de Jérusalem :
« En 336 avant Jésus-Christ, le jeune Alexandre s’était
présenté devant ses portes, lui demanda de capituler. Le Grand
Prêtre refusa tout d’abord, mais le matin suivant, à la suite d’un
songe qu’il avait eu pendant la nuit, il s’exécuta. Il ordonna au
Clergé de revêtir ses plus beaux ornements et au peuple de
s’habiller entièrement de blanc immaculé, puis il sortit de la
ville suivi du peuple pour implorer la paix. Alexandre s’inclina
devant le Grand Prêtre, exprima son admiration pour le peuple
et pour son dieu et il accepta le don de Jérusalem. »
La mission étant achevée, l’existence terrestre d’Alexandre
Représentation de Jérusalem avec au premier plan le Dôme du Rocher
(Qubbat as-Sakhra)
Gravure du xvf siècle.
. allait s’arrêter. Parmi les signes annonciateurs de sa mort, un fou prit
sa robe et son diadème, interrogé, il répondit avoir agi sur les ordres
du dieu Sérapis21.
Enfin, deux faits semblant porter la même signature : « Il y eut un
âne privé qui alla assaillir le plus beau et le plus grand des lions de
Babylone et le tua d’un coup de pied. »22
• Et selon certains, Alexandre aurait été empoisonné, et ce poison
était tellement dangereux qu’il ne pouvait être transporté que dans la
corne du pied d’un âne25. »
. Alexandre mourut au coucher du soleil, le treizième jour de juin, en
la treizième année de son règne. Les signes étaient accomplis, le lion
(emblème du pouvoir royal) était mort.-Le lion s’était couché dans le
domicile du Soleil. L’ouest étant en correspondance avec la Porte des
hommes, reliée aux petits mystères.
Ainsi s’achevait le passage terrestre de celui qui écrivait à Aristote : «
J’aimerais mieux surpasser les autres dans la connaissance de ce qui est
excellent que par l’étendue de mon pouvoir et de ma domination ».
Comme Achille, Alexandre avait eu le choix entre une vie courte et
glorieuse ou une longue et sans gloire. Il choisit la première.

NOTES

1. Athénée, XI, 76. A Thèbes se trouvait un des sanctuaires d’Amon. En


Macédoine même se situait un célèbre oracle d’Amon, à Aphytis.
2. Saint Denys PAréopagite, Hiérarchie céleste XV, 8.
« La forme du cheval indique l’obéissance et la docilité. Si l’animal est blanc, il
signifie l’éclat le plus voisin de la lumière divine ; s’il est noir, l’arcane ; s’il est bai, la
puissance et l’activité du feu ; s’il est pie, la capacité de servir de médiateur unitif
entre les extrêmes et de joindre providentiellement tour à tour, le supérieur et
l’inférieur et l’inférieur au supérieur.
En Islam, la monture céleste du Prophète s’appelle Al-Bourâq signifiant l’Eclair.
3. René Guénon : Symboles fondamentaux de la Science sacrée, chapitre XLVII.
4. Aristote était disciple de Platon et était appelé par ce dernier « l’intelligence »
de l’école qu’il dirigeait.
Athénée, V. Du côté paternel, il descendait de la célèbre lignée de médecins qui
faisaient remonter leur origine au dieu Asclépios (Esculape).
5. Plutarque : Alexandre le Grand.
6. Plotin : Ennéades I, vi, 7.
7. René Guénon : Initiation et réalisation spirituelle. Editions Traditionnelles,
chapitre V, page 59, note 2.
8. René Guénon : Le Roi du Monde, page 90, note 1.
9. Pour un exposé complet voir René Guénon : Etudes sur l’Hindouisme,
chapitre IV.
10. René Guénon : La Grande Triade, chapitre XXIII, page 192, note 2.
11. Par le rite de l’évocatio, chez les Romains, on engageait le dieu de la cité
ennemie à abandonner celle-ci, en échange de quoi il aurait un temple et des
offrandes supérieurs à Rome.
12. Signalons que Solon d’Athènes, Pythagore de Samos et Platon vinrent étudier
en Egypte.
13. Nous citons la description d’un voyageur contemporain, Attilio Gaudio A
travers l’Afrique Blanche. Julliard.
14. Plutarque, chapitre L.
15. Arrien : Vie d’Alexandre.
16. René Guénon : Symboles fondamentaux de la Science sacrée, chapitre- LXX. L’aigle
pouvant regarder le soleil en face représente souvent l’intelligence intuitive ou la
contemplation directe de la lumière intelligible.
17. Plutarque : chapitre LXi.
18. René Guénon : Symboles fondamentaux de la Science sacrée, chapitre XXVII.
19. René Guénon : Le Roi du Monde, chapitre VI, note 2.
20. René Guénon : Symboles fondamentaux de la Science sacrée, chapitre LI.
21. Le culte de Sérapis avait été institué à Alexandrie par les pharaons. Il sera
désigné plus tard comme « l’Unique Zeus Sérapis ».
22. Plutarque : chapitre CXVII.
23. Plutarque : chapitre CXXIII.

y
A PROPOS DE L’ISLAM

Les opinions qui prévalent sur l’Islam proviennent le plus souvent


d’un mélange hétéroclite fondé à la fois sur les travaux des orientalistes
et d’après les « avis autorisés » de journalistes spécialisés.
Ces diverses personnes données pour compétentes, lorsqu’elles
parlent de l’Islam, ne retransposent que la façon dont elles le
conçoivent et par là même le déforment intentionnellement ou non.
Le fait que certains résident depuis longtemps dans les pays dits «
Musulmans » ou même y soient nés ne changeant en rien leurs
interprétations superficielles.
Les exceptions provenant de rares individus attirés et motivés par
une véritable sincérité, celle du cœur, et non par mode ou curiosité ou
encore pour satisfaire un quelconque « vague à l’âme ».
Ceux-là ne doivent pas se laisser dévier lors d’approches avec des «
occidentalisés » ou bien avec des groupes bornés et fanatiques faisant
abondance de prosélytisme.
Le rôle de ces manipulés est, à leur insu, de faire office de méchant
épouvantail devant les foules occidentales horrifiées. Ceci servant aussi
à constituer une barrière caricaturale et déformante de l’Islam.
Si l’occidentalisation pénètre de plus en plus profondément dans les
pays orientaux et si les masses de ces pays se trouvent à leur tour
fascinées par le « miroir aux alouettes », il existe et
il existera toujours un véritable Islam, le noyau étant éternel.
Par analogie aux autres traditions, les temps actuels et leur désordre
étaient prévus dans l’Islam et ce dès les origines '.
Rien ne pouvant échapper au vouloir divin, ceci contribuant, malgré
les apparences, à l’Ordre total.
« De même que Nous avons procédé à la première Création Nous la
recommencerons » (Coran XXI - 104).
Il s’agira bien de la fin d’un monde, non du monde.
Malgré cette « noire période », il ne convient pas de s’attacher à la
perspective de la fin des temps. Ce qui doit s’accomplir s’accomplira.
Le reste ne servant qu’a se perdre en « vaines conjectures ». Si certaines
confréries musulmanes ont subi des dégénérescences, cela suit le cours
inévitable des choses et certains « cheikhs », et ce malheureusement
pour les personnes ferventes qui les entourent, n’ont rien à leur
apporter.
Nous avons parlé de dégénérescence, mais ce terme n’étant pas
synonyme de décomposition, les possibilités de rattachement valable
sont encore possibles. L’Islam jouant le rôle providentiel d’« Arche de
Noé » pour cette fin de cycle, « Pont » entre l’Orient et l’Occident. «
Pont » providentiel pour l’Occident depuis la destruction de l’Ordre du
Temple (ce qui explique pour l’essentiel la dénigration systématique du
véritable Islam).
Le terme de conversion est impropre et inadéquat.
Celui qui recherche la lumière a besoin d’un flambeau et le moins
que l’on en attende soit qu’il éclaire. Tout être est musulman, soumis
au Principe par pleine acceptation, refus ou ignorance. Si René
Guénon fut accusé de syncrétisme, voire d’hétérodoxie de par son
entrée en Islam, ne soyons pas étonnés : il ne s’agit que du lot habituel
de médisance de la part, pourrions-nous dire, des contre-initiateurs de
service.
« Les voilà les fauteurs de discorde, êtres psychiques, qui ne
possèdent pas l’Esprit » (Epître de saint Jude 19).
Allah guide qui II veut sur la voie droite.
Il restera toujours, ne leur déplaise, des êtres de par leur constitution
intérieure qui ne porteront aucun intérêt aux
mascarades psychiques ou à l’exploration des bas-fonds
psychanalytiques.
L’Islam comporte deux aspects : l’un extérieur, exotérique (zâhir) et
l’autre intérieur, ésotérique (bâtin)2.
Pour un occidental, c’est l’aspect le plus extérieur et donc le plus
visible qui se trouve mis en évidence.
Dans une situation normale, l’extérieur (l’écorce) et l’intérieur (le
noyau) sont en parfaite harmonie. L’aspect religieux et forcément
limité commença à manifester dès les premiers temps de l’Islam une
vive opposition aux représentants de l’ésotérisme, ceci menant jusqu’à
des actes de violence nourrie par un puritanisme confessionnel et
étroit. Les docteurs de la Loi (foqahâ) s’attaquent par là même à
l’Esprit voulant l’étouffer par des interprétations tendancieuses.
« Traitent de mensonges ce dont ils ne possèdent pas la science »
Coran X, 39.
« Vous êtes de ceux qui argumentez sur une chose dont vous avez la
science. Pourquoi donc argumentez-vous sur une chose dont vous ne
savez rien ! (Coran III, 66)3.
Le « pouvoir » religieux sombrant vers un pouvoir politique,
fanatique. Cette prétendue légitimité s’abaissant au niveau profane se
trouve dans l’obligation de recourir à la force ; d’employer les mêmes
procédés issus du monde moderne, alors qu’elle est censée s’y opposer.
Ceci ayant abouti pour l’Islam au même processus des Nationalités qui
désagrégea la Chrétienté.
Inévitablement la lettre sans l’Esprit se met au rang de ses
adversaires.
Un autre courant, celui des innovateurs (as-salafiyyah), relativement
récent reprenant à bon compte les attaques des littéralistes contre les
représentants de l’ésotérisme, prône une réforme de l’Islam pour
l’adapter au monde moderne considérant le soufisme comme
superstition. Ce dernier les empêchant d’effacer leur complexe
d’infériorité vis-à-vis du monde « civilisé » et d’apporter à leurs
compatriotes l’extase scientifique. L’adaptation devenant purement et
simplement une dénaturation.
« Et quand on leur dit : Ne causez pas de corruption sur la terre ils
répondent : nous sommes seulement des réformateurs. En réalité sans
le savoir ils sont les artisans de la corruption. » (Coran II, 10, 12.)
Cette mise au point concerne tous ceux qui tentent de déformer
l’Islam et n’en présentent qu’une caricature que leur dictent leur vanité
et leurs ambitions.
Ces fâcheuses individualités ne doivent pas faire oublier qu’il existe
heureusement des docteurs de la Loi fort capables et intègres qui
méritent le respect4.
Les pratiques exotériques sont susceptibles des plus profondes «
implications » métaphysiques. D’après un proverbe soufi « Rien
n’empêche la réalisation du but que le fait d’avoir négligé les
fondements » et par conséquent les piliers de l’Islam (arkân). Ceux-ci
sont le double témoignage de la foi (shahâda), la prière canonique
(çalat, cinq fois par jour), le jeune du Ramadan (çiyâm), la dîme (zakât)
et le pèlerinage (hajj).
La pratique régulière et sincère s’assimilant à l’arche de Noé.
L’aspect intérieur, l’ésotérisme islamique habituellement désigné en
Occident comme le Soufisme5, est clairement désigné dans le Coran :
« O vous qui croyez ! Craignez Allâh, et cherchez un moyen d’accès
vers lui, et luttez sur Sa voie peut-être parviendrez- vous au succès »
(Coran V, 35).
« Certes, la prière empêche les trangressions passionnelles et les
péchés graves, mais l’invocation d’Allâh est plus grande » (Coran
XXIX,45).
L’invocation étant le dhikr, le souvenir d’Allâh.
René Guénon précise que « le dhikr qui dans l’ésotérisme islamique
s’applique à des formules rythmées correspondant exactement aux
mantras hindous, formules dont la répétition a pour but de produire
une harmonisation des divers éléments de l’être, et de déterminer des
vibrations susceptibles, par leur répercussion à travers les séries des
états, en hiérarchie infinie d’ouvrir une communication avec les états
supérieurs, ce qui est d’ailleurs d’une façon générale, la raison d’être
essentielle et primordiale de tous les rites »6.
Le dhikr al’am correspond à l’initiation virtuelle par la transmission
de formules, établissant le rattachement à une « silsila » chaîne
initiatique dont la lignée doit être sans défaut et remontant jusqu’au
Prophète Muhammad. C’est le côté spéculatif, le sirr (secret spirituel)
n’étant ou ne pouvant plus être transmis bien qu’il subsiste
virtuellement (en germe). Cette voie « Tariq Et Tabbaruk » n’en
véhiculant pas moins l’aspect potentiel à savoir la « Baraka ». Le côté
opératif s’effectuant par la transmission du Cheikh au disciple du dhikr
al khass, en l’occurrence la récitation d’un des noms divins, pour un
temps déterminé et selon le degré de réalisation du disciple. C’est la
voie du « Tariq Es-Sirr », la voie du secret spirituel.
Dis « Appelez Allâh de quelque manière que vous l’invoquiez, à Lui
sont les plus beaux noms » (Coran XVII, 110).
Le dhikr ésotérique est assimilé à l’invocation du cœur, l’exotérique
à celui de la langue. Le prophète Muhammad est considéré comme le «
Sceau de la Prophétie ».
Selon un hadith, l’Envoyé de Dieu a dit « J’étais un prophète alors
qu’Adam était entre l’eau et l’argile ».
Ceci est à rapprocher de la parole christique « En vérité, en vérité je
vous le dis, avant qu’Abraham parût, je suis » (Saint-Jean 8, 158). La
Science mohammédienne, en tant que synthèse totale, englobe les
autres sciences prophétiques1. Par là même, le Prophète est le « noyau
» en tant que quintessence ésotérique. Si l’on découvre le noyau en
dernier, il n’en est pas moins le premier créé.
Les autres prophètes figurant en quelque sorte les enveloppes. L’être
d’ailleurs portant en lui-même les prophètes à l’intérieur de lui. La
localisation des prophètes correspondant aux centres subtils (les
chakra dans l’Hindouisme).
Le Prophète Muhammad se trouvant au centre du cœur de
l’homme, il est le but vers lequel, tout d’abord, doit tendre tout
croyant. Le Prophète est « l’Homme Universel » par excellence.
Comme d’ailleurs pour les autres religions, l’opposition apparente
entre le Christianisme et l’Islam ne se situe qu’au niveau religieux.
L’incompréhension du littéralisme borné n’engendrant que fanatisme
et atrocité. Seul le véritable ésotérisme est pur et par conséquent,
l’Esprit est au-delà de toutes souillures.
« Nous avons établi pour chaque nation des rites qu’elle suit »
(Coran XXII, 66).
« Nous avons donné à chacun d’entre eux une loi et une règle. Si
Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de nous une seule communauté. Mais
II a voulu nous éprouver par le don qu’U nous a fait. Cherchez à vous
surpasser les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour à
tous se fera vers Dieu, Il vous éclairera, alors au sujet de vos
divergences » (Coran V, 48).
L’ésotérisme chrétien est inclus « dans l’Arche Islamique ». Les
principaux prophètes en Islam sont au nombre de vingt-sept. Certains
saints, de par leur identification à un prophète particulier (parfois à
plusieurs) au cours du voyage initiatique, héritent donc de l’aspect de
ce prophète ainsi que de la science correspondant à leur degré de
réalisation ainsi que des charismes attribués traditionnellement à ce
prophète.
Dans le cas d’un saint de type christique « aïssawi », il s’opérera
donc l’obtention de la science de sayyidunâ Aïssâ (Notre Seigneur
Jésus) dont d’ailleurs le « Symbolisme de la Croix » est omniprésent.
Celui que l’Islam appelle le cheikh al-Akbar (le plus grand des
cheikhs) Muhyi-d-dîn Ibn’Arabi nous expose clairement ceci : «
Quand tu entendras quelqu’un des gens de notre Voie, traiter des
Lettres (Hurûf) et dire que telle “lettre” a tant de brasses ou d’empans
en “hauteur” et tant en “largeur” comme l’ont fait Al-Hallâj et
d’autres, sache que par “hauteur” il veut dire sa vertu opérative dans le
monde des esprits, et par “largeur” sa force opérative dans le monde
des corps : la mesure mentionnée alors en est la caractéristique
distinctive. Cette terminologie technique a été instituée par Hallaj.8 »
Au vingtième siècle, un saint de type christique fut le Cheikh

]ésus donnant la vie à des oiseaux d’argile


en vertu du « souffle » Rahmânien (Evangile
arabe de l'Enfance)
Ahmad al-Alawi, fondateur de la Tariqa Alawiyya9. A ce propos, il est
utile de citer le témoignage du docteur Carret : « Ce qui me frappa de
suite, fut sa ressemblance avec le visage sur lequel on a coutume de
représenter le Christ. Ses vêtements si voisins sinon identiques de ceux
que devait porter Jésus, le voile de très fin tissu blanc qui encadrait ses
traits, son attitude enfin, tout concourait pour renforcer cette ressem-
blance. L’idée me vint à l’esprit que tel devait être le Christ recevant
ses disciples, lorsqu’il habitait chez Marthe et Marie. »
Le Cheikh, d’autre part, est l’auteur d’un traité : le Modèle Unique de la
Pure Unicité (inhérent à la science des Lettres) dans lequel il démontre la
signification ésotérique du point qui se trouve sous la lettre BA (B)
dans la formule « Bismil-lâh R-Rahmân R-Rahîm » (“Au nom de
Dieu, le Tout- Miséricordieux, le Très Miséricordieux”) ; ainsi que “la
manifestation des évidences dans l’introduction des Principes”, cet
ouvrage étant un rappel pour l’Occident désireux de découvrir une
partie de l’Enseignement de Sayyiduna Aîssa.
Il ne faudrait pas insinuer pour autant que le Cheikh était
christianisé, à l’instar des Orientalistes, faisant force récupération du
cas de Al-Hallâj.
Pour clore ce chapitre, nous ne pouvons que conseiller la lecture ou
la relecture toujours aussi profitable de René Guénon sur les Mystères de
la lettre Nûn 10.

NOTES

1. Les ahadîth que nous citerons sont extraits du recueil d’El-Bokhâri (traduction
de messieurs Houdas et Marçais). Adrien-Maisonneuve, Paris. Le hadîth.est une
sentence, une parole du Prophète transmise en dehors du Coran par une chaîne
d’intermédiaires connus. Il existe deux sortes d’ahâdith : le hadîth qudsî (sentence
sacrée qui désigne une révélation directe où Dieu parle à la première personne par la
bouche du Prophète et le hadîth nabawi (sentence prophétique) qui désigne une
révélation indirecte où le Prophète parle en sa propre personne. Premier hadîth cité :
LX. III, 3.
« Ne vous ai-je pas annoncé au sujet de l’antéchrist un fait qu’aucun
prophète n’avait signalé à son peuple ? Il est borgne et il apportera avec lui une image
représentant le Paradis et une autre représentant l’Enfer. Et celle qu’il vous dira être
le Paradis sera l’Enfer. Je vous signale ce danger comme Noé l’avait signalé à son
peuple. » .
Deuxième hadîth cité : XCII, XXV, 2.
Abou-Horaïra rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « L’Heure dernière n’arrivera
pas avant que deux personnages n’en viennent aux mains, et qu’un grand combat ne
soit livré entre eux ; tous deux prêcheront la même chose. Elle n’arrivera pas avant
que n’apparaissent de faux antéchrists au nombre . d’environ trente, qui tous
prétendront être l’Envoyé de Dieu ; elle n’arrivera pas avant que la science n’ait
disparu, que les troubles ne se soient multipliés, que la durée du jour ne se soit
rapprochée de la durée de la nuit, que les troubles ne se manifestent et que le herdj,
c’est-à-dire le meurtre, ne devienne fréquent ; elle n’arrivera pas avant que la richesse,
devenue si grande parmi vous, ne déborde au point que l’on ne trouve plus personne
qui accepte une aumône. Celui à qui on offrira une aumône dira à celui qui la lui offre
: Je n’en ai pas besoin. Elle n’arrivera pas avant que les gens ne construisent des
édifices d’une hauteur exagérée et que celui qui passera auprès d’une tombe ne dise :
Plût à Dieu que je fusse à la place de celui qui est enterré ici. » •
- « Elle n’arrivera pas avant que le soleil se lève à l’occident. Quand le soleil se lèvera
ainsi, et que les peuples le verront, ils deviendront tous croyants mais leur foi ne leur
sera alors d’aucune utilité s’ils n’ont pas cru auparavant ou s’ils n’ont, dans leur foi,
accompli de bonnes œuvres. L’Heure dernière arrivera si subitement, que si deux
hommes ont placé entre eux un vêtement pour que l’un d’eux l’achète, ils n’auront
pas le temps de conclure leur marché, ni même de plier leur étoffe. L’Heure dernière
arrivera si subitement que l’homme qui rapporte le lait de sa chamelle n’aura même
pas le temps de le boire. L’Heure dernière arrivera si subitement que celui qui est en
train de rendre étanche son bassin n’aura pas le temps de s’y abreuver. L’Heure
dernière sera si soudaine, que celui qui sera en train de porter un mets à sa bouche
n’aura pas le temps de le manger. » •
2. Selon El-Bokhâri, Abû Horaïrah (compagnon du Prophète) a dit : « J’ai gardé
précieusement en ma mémoire, deux dépôts de connaissance que je reçus de l’Apôtre
de Dieu. J’ai divulgué l’un, mais si je divulguais l’autre, vous me couperiez la gorge. »
^ Dans l’Evangile Apocryphe de Thomas. Ce dernier répondant aux questions de ses
compagnons « Qu’est-ce que Jésus t’a dit ? » « Si je vous dis une seule des paroles
qu’il m’a dites, vous prendriez des pierres et me les jetteriez, et un feu sortira des
pierres et vous consumera ! » *
3. Saint Luc, 11, 52. « Malheur à vous légistes parce que vous avez enlevé la clé de
la Science ! Vous mêmes n’êtes pas entrés et ceux qui voulaient entrer, vous les avez
empêchés. »
4. Une fonction exotérique d’enseignement n’empêche nullement la même
personne d’être par ailleurs un guide spirituel, les propos ésotériques n’ayant lieu, et
ce pour des raisons d’opportunité, qu’entre les « gens du goût ».
5. Le terme soufisme est le terme habituellement employé, mais celui qui est entré
dans la Voie est seulement « mutaçawwuf ». Le terme soufi ne s’appliquant
légitimement qu’à celui ayant réalisé l’Identité Suprême (tel que le Yogi dans
l’Hindouisme).
6. René Guénon : Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, chapitre VII « le langage
des oiseaux ».
7. Voir à ce sujet la Sagesse des Prophètes de Muhyi-d-dîn Ibn Arabi, traduction
partielle de Titus Burckhardt. Albin-Michel.
8. Références islamiques du Symbolisme de la Croix et la Science propre à Jésus.
Commentaire et traduction de Michel Vâlsan. Etudes Traditionnelles, 1971.
9. Le lecteur pourra se reporter avec profit à l’ouvrage de Monsieur Lings Un Saint
Musulman du vingtième siècle. Etudes Traditionnelles.
Il existait dès les années vingt une zaouïa des alaouïas à Paris (destinée
exclusivement aux Arabes et aux Kabiles). M. Schuon, résidant à Paris, se rendit
ensuite à Mostaganem pour prendre contact avec cette Tarîqa. René Guénon
entretenait des relations épistolaires avec Monsieur Eugène Taillard, interprète
judiciaire à Tunis, affilié à la Tarîqa Alawiyya. Il enverra d’ailleurs à Jean Reyor un
article de ce dernier, pour le faire publier sous les pseudonymes de « Jaafar » ; la «
Présence Divine à la lumière de Qurân ». (N" spécial sur le Soufisme du Voile d’Isis.
Août-septembre 1934).
10.René Guénon : Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée, Chapitre XXIII.
CONCLUSION

Nous voici au terme de notre ouvrage, nous avons tâché


dans une modeste mesure de donner quelques aperçus sur les
menées des forces antitraditionnelles, nous dirons simplement
que les illusions ne peuvent longtemps faire illusion pour tout
être qui refuse de consentir à la contre-vérité, qui use de tous
les moyens possibles afin de s’attaquer aux âmes, de les égarer
et de les entraîner dans l’abîme.
Nous savons qu’il est rare, sinon impossible de n’être pas
marqué même involontairement et superficiellement par les
contingences et les diverses activités plus ou moins
obligatoires du monde moderne à proprement parler «
domaine de la bête », que ce soit en Occident ou en Orient.
On peut d’ailleurs palabrer longtemps sur ce sujet et perdre
ainsi de précieux instants de tranquillité et de paix en vue du
seul but acceptable qui ne peut être que la recherche et la
pratique de la « Voie ». Même si les réactions du milieu
ambiant deviennent continuellement de plus en plus écrasantes
et contraignantes. La contre-initiation semble la maîtresse du
jeu, mais elle n’est qu’un pion sur l’Echiquier divin ; le
reconnaître, même si cela est pénible, ne détermine ni un
sentiment de défaite, ni un fatalisme imprégné d’angoisse ;
mais, tout au contraire, la volonté dans son sens supérieur,
accompagnant une pure intention animée par la Foi, et, en ce
cas, il ne peut être question de vaines interrogations, ni de
discours sans fin.
Ceux qui ne peuvent ou ne veulent malgré tout comprendre
que le désordre est un engrais nécessaire à la floraison du
nouvel et véritable Age d’or, se rebellent et font ainsi le jeu de
l’adversaire.
Nous avons employé le terme de pion, un pion prenant
l’apparence d’une gigantesque tour toujours plus haute et
projetant sans cesse davantage son ombre.
La Miséricorde divine envoya celui qui allait symboliser le «
Phare » de la Tradition, au milieu des ténèbres. On
comprendra la formidable bénédiction dont est empreinte
l’œuvre que transmit de la plus parfaite façon le Cheikh Abd
al-Wâhid, puisque celle-ci est plus que jamais vivifiante et ce en
dépit des manœuvres les plus incroyables pour tenter de
stopper l’intérêt qu’elle suscite et les éveils qu’elle déclenche.
Nous assistons aux phénomènes répétitifs de dénigrement,
en passant par tous les stades de l’hypocrisie bien pensante et
des manifestations de haine en s’évertuant à trouver des failles
qui n’existent pas. Entre les conclusions fantaisistes ou les
déformations malveillantes, nous dirons que l’Oeuvre doit être
pleinement acceptée ou totalement refusée.
On peut constater que les détracteurs ne manquent pas de
se servir d’extraits « découpés » et commentés à leur manière ;
mais pourquoi excluent-ils les passages de l’Oeuvre qui les
concernent directement car leur façon d’agir et de penser sont
pourtant clairement décrites dans celle-ci, mais la Vérité est un
mot qui doit troubler leurs rêveries et résonner douloureuse-
ment dans leurs oreilles, ce qui est compréhensible puisqu’ils
sont les serviteurs de l’inique.
« C’est pourquoi je vous le dis, tout péché, tout blasphème
sera remis aux hommes mais le blasphème contre l’Esprit ne
sera pas remis » (Evangiles : Matthieu 12, 31).
« Au jour du Jugement dernier, tout ceci apparaîtra et le
mystère sera alors dévoilé, pour la terreur de ceux qui l’auront
bafoué ». Anne-Catherine Emmerich (les Mystères de lAncienne
Alliance).
« L’Autorité spirituelle... participe de l’éternité et de
l’immortalité des principes et c’est pourquoi, dans tous les
conflits qui mettent le pouvoir aux prises avec l’autorité
spirituelle, on peut être assuré que, quelles que puissent être les
apparences, c’est toujours celle-ci qui aura le dernier mot ».
René Guénon (Autorité spirituelle et pouvoir temporel).
« Ne dites pas de ceux qui sont tués dans le chemin de Dieu :
“Ils sont morts ! ” Non ! Ils sont vivants, mais vous n’en avez
pas conscience ». Coran II, 154.
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Il >

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TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos ........................................................... 7
I Quelques éclaircissements .............. ............... ...........
............................................................. 8
II Les tours du Diable ..................................................
....................................................................................19
III L’Egypte (Soudan, Niger) ...................................... 31
IV Syrie........................................................................... 63
V Irak ...................................................... ................... 79
VI L’U.R.S.S. (le Chamanisme) .............. ........ ...........
.................................................................... 117
VII La Contre-initiation en Occident .. ............. . ......... 139
VIII La mission divine d’Alexandre le Grand ............... 203
IX A propos de l’Islam ....................... ......................... 215
Conclusion ................................................................ 225
ACHEVÉ D’IMPRIMER EN
AOUT 1990 SUR LES
PRESSES DE L’IMPRIMERIE
SZIKRA
90200 GIROMAGNY
IMPRIMÉ EN FRANCE
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