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Capes externe Anglais

Thème Ceux qui vont mourir te saluent


Corrigé no1
Frédérique Pharaboz
1-A063-CT-WB-01-18

CORRIGÉ DU THÈME

 Remarques sur le texte à traduire

Ceux qui vont mourir te saluent est l’un des premiers romans de Frédérique Audoin-
Rouzeau, alias Fred Vargas, auteure à succès de romans policiers. L’action se passe à Rome
où un croquis de Michel-Ange a disparu de la bibliothèque du Vatican. Le célèbre critique
d’art Henri Valhubert se rend alors dans la ville éternelle où réside par ailleurs son fils,
Claude, membre d’un triumvirat d’étudiants aux noms d’empereurs romains. L’assassinat du
conservateur met en branle la machine policière et le roman suit les pérégrinations des
inspecteurs Français et Italiens dans leur quête de la vérité.

Le début du roman permet de présenter deux des protagonistes de l’histoire, à savoir


Tibère et Néron, tout en dessinant, en creux, le personnage fragile et évanescent de Laura
Valhubert, belle-mère de Claude, dont les deux amis attendent l’arrivée en gare de Rome.
L’incipit du roman fait alterner la description (à l’imparfait) d’une matinée à Rome, les
dialogues (au présent) entre deux jeunes hommes et les analepses (« flashbacks ») vers leur
enfance telle que l’un deux (Tibère) se les remémore. On pourra noter qu’on a affaire à une
focalisation interne dans la mesure où le narrateur décrit, dans ce passage, les pensées qui
traversent l’esprit des personnages.

La difficulté principale de la traduction résidait dans la maîtrise du système du passé,


c’est-à-dire ici dans l’alternance de l’imparfait (pour poser le décor et les actions de second
plan), du passé simple (pour décrire les actions de premier plan des personnages) et du plus-
que-parfait (pour tisser l’arrière-plan temporel des actions passées). La traduction des
dialogues exigeait par ailleurs un respect strict des règles de ponctuation qui régissent le
style direct en anglais.

 Commentaire détaillé phrase par phrase

1. Les deux jeunes gens tuaient le temps dans la gare centrale de Rome.
Le roman s’ouvre sur une narration à l’imparfait, posant ainsi la toile de fond de la première
scène. Cet emploi de l’imparfait, qui indique l’imperfectivité de l’action décrite par le verbe

MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE


MINISTERE DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE
« tuer le temps », sera logiquement traduit par un prétérit Be + -ING en anglais. Le groupe
verbal « tuer le temps » pourrait en effet se gloser par le verbe « attendre » (les deux jeunes
gens attendaient dans la gare centrale de Rome), dont le sémantisme indique clairement la
dilatation du procès. On aura donc recours à l’aspect Be + -ING pour rendre compte de cet
aspect duratif.

On a choisi de traduire « les deux jeunes gens » par the two young men plutôt que
par the two youths car ce dernier terme possède certaines nuances en anglais britannique
qui ne conviennent pas au contexte. Le Cambridge Advanced Learner’s Dictionary décrit le
terme comme « disapproving » ou renvoie son utilisation à la désignation d’un groupe de
jeunes gens pris dans son ensemble. Or, il ne s’agit ici pas d’un groupe puisque seuls Néron
et Tibère attendent Laura Valhubert et le terme ne possède aucune connotation négative.
The two young men were killing time in Rome Central station.

2. À quelle heure arrive son train ? demanda Néron.


La première phrase interrogative permet d’établir le modèle choisi pour la ponctuation,
modèle qui devra ensuite être respecté. On a le choix entre des guillemets doubles (plutôt
américains) et des guillemets simples (plutôt britanniques) mais l’on doit obligatoirement
inclure les signes de ponctuation dans les guillemets (à l’inverse du français, qui les exclut et
placer les verbes quotatifs en dehors des guillemets : ‘What time is her train due?’ asked
Nero. Une inversion sujet-verbe est tout-à-fait possible aussi (Nero asked). Les tirets ne sont
pas nécessaires en anglais puisque des guillemets ouvrent chaque prise de parole.

3. Dans une heure vingt, dit Tibère.


Même principe de l’inclusion de la virgule dans les guillemets, de l’exclusion du verbe
quotatif et du retrait du tiret : ‘In an hour and twenty minutes,’ said Tiber (ou Tiber said).

Il ne fallait ici pas oublier que l’anglais ajoute la conjonction de coordination and entre les
heures et les minutes.

4. Tu comptes rester comme ça longtemps ?


La première question à se poser pour traduire cette double phrase interrogative était celle
de l’aspect grammatical, autrement dit celle du choix entre l’aspect  (‘Do you intend to…’)
et l’aspect Be + -ING (‘Are you intending to...’). Si l’une et l’autre option sont
grammaticalement acceptables, l’aspect Be + -ING est ici pratiquement incontournable dans
la mesure où le locuteur (Néron) montre clairement son agacement à devoir attendre Laura
Valhubert désœuvré en gare de Rome. La répétition presque à l’identique de la question
dans la phrase suivante trahit de surcroît le caractère rhétorique de la question et le choix de
Be + -ING s’impose alors pour transcrire l’impatience, la désapprobation de Néron. On est ici,
avec Be + -ING, non pas dans la dilatation du procès, mais dans le jugement de l’énonciateur.

Du point de vue lexical, stick around était plus idiomatique que wait (around), qui
restait au demeurant possible. De la même façon, for much longer était plus emphatique
que for long et donc plus en phase avec le ton de reproche de Néron.

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Are you intending to stick around for much longer?

5. Tu comptes rester à attendre cette femme sans bouger ?


On a établi, dans le segment précédent, les raisons du choix de l’aspect Be + -ING, que
l’on appliquera de la même façon à la deuxième question de Néron.

Du point de vue lexical, « rester à attendre » pouvait être traduit par without moving
from this spot : Are you intending to wait for this woman without moving from this spot?’

6. Oui
‘Yes’ était la traduction la plus évidente, mais ‘I am’ était possible aussi.

7. Néron soupira.
Nero sighed, à ne pas confondre avec *sighted (to sight: apercevoir). On aurait pu traduire
Nero exhaled, que l’on trouve couramment dans les descriptions. Le prétérit traduit ici une
action circonscrite dans le temps.

8. La gare était vide, il était huit heures du matin, et il attendait ce foutu Palatino en
provenance de Paris.
Retour à l’imparfait de la toile de fond, que l’on traduira ici par un prétérit de narration : The
station was empty, it was eight in the morning (8 AM était acceptable aussi, mais il est
préférable d’écrire les nombres en dessous de dix en toutes lettres). Le verbe qui régit la
proposition coordonnée (« attendait »), dont l’aspect duratif est explicite, devra être traduit
par un prétérit Be + -ING. En effet, « attendre » décrit un procès en cours de déroulement et
l’on est donc, avec cet imparfait, dans la saisie dilatatoire du procès : l’attente a commencé
avant son énonciation et elle se poursuit après celle-ci. […]and he was waiting for this
damned Palatino train from Paris.

Le Palatino désigne un train de nuit allant de Paris à Rome, il demeurait donc tel quel
dans le texte-cible. On pouvait le faire précéder de différents adjectifs, bloody et damned
étant les plus fidèles au texte.

9. Il regarda Tibère qui s’était allongé sur un banc, les yeux fermés.
Le passé simple renvoie ici à une action brève (un coup d’œil de Néron à Tibère), on le
traduira donc par un prétérit en anglais. Différents verbes pouvaient convenir, notamment
glance ou look at.

Le verbe pronominal de la subordonnée relative est conjugué au plus-que-parfait pour


marquer l’antériorité de la subordonnée sur la principale. Cela dit, le past perfect n’est pas
nécessaire en anglais pour traduire « s’était allongé ». Certes cette action a précédé le
regard de Néron (au passé simple), mais les deux temporalités ne sont pas envisagées l’une
par rapport à l’autre et un prétérit suffit ici à transposer le caractère passé de l’action. Pour
en traduire l’aspect duratif, on aura recours à Be + -ING car on est à nouveau dans la saisie
dilatatoire du procès (who was lying on a bench). La traduction des verbes revêt toujours

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deux processus : d’abord le choix du temps (ici le prétérit), puis le choix de l’aspect (ici Be + -
ING).

Le déterminant possessif devait être substitué au déterminant défini dans le


complément de manière car les parties du corps sont précédées en anglais d’un déterminant
possessif : his eyes closed. He glanced at Tiber, who was lying on a bench, his eyes closed.

10. Il pouvait très bien s’en aller doucement et retourner dormir.


Les temps ne posent pas de difficulté ici, pas plus que le lexique. Toutefois, il était
syntaxiquement pertinent d’avoir recours au chassé-croisé pour traduire « s’en aller
doucement », le verbe slip traduisant la façon dont se fait l’action (« doucement ») et la
préposition away traduisant l’action elle-même : He could very well slip away and go back to
bed.

11. Reste là, Néron, dit Tibère sans ouvrir les yeux.
L’impératif n’est pas problématique en anglais. Dans le complément de manière « sans
ouvrir les yeux », le verbe à l’infinitif sera substantivé et l’on retrouvera le déterminant
possessif devant le nom : ‘Stay here, Nero,’ said Tiber without opening his eyes.
Là encore, il fallait se débarrasser du tiret de prise de parole et le remplacer par des
guillemets (qui engloberont la virgule qui ferme la réplique).

12. Tu n’as pas besoin de moi.


Le verbe need mérite toujours un instant de réflexion. Il est considéré comme semi-modal
car il peut être employé tantôt comme un verbe modal, tantôt comme un verbe lexical.
L’usage modal du verbe est cela dit exclusivement réservé aux phrases négatives (needn’t)
dans lesquelles il exprime l’absence d’obligation. Cet emploi n’est pas possible dans notre
phrase, qui appelle clairement un emploi lexical de need. En effet, Néron indique
simplement à Tibère que sa présence n’est pas nécessaire, nous aurons donc recours au
need lexical précédé logiquement de l’auxiliaire DO qui portera la négation : ‘You don’t need
me here.’

13. - Je veux que tu la voies.


Une proposition infinitive permettra de traduire cette phrase de façon simple et naturelle en
anglais : ‘I want you to see her’, où to see her est complément d’objet direct de want, d’où le
recours à her (fonction COD).

14. - Bon.
L’interjection marque ici le renoncement de Néron à s’échapper de la gare de Rome et son
acceptation de rester attendre Laura Valhubert avec Tibère. On traduira donc « bon » par
alright, all right ou OK.

15. Néron se rassit lourdement.


Pas de difficulté majeure dans cette remarque du narrateur. Le prétérit, temps des actions
brèves et circonscrites dans le temps, sera logiquement employé ici. Le verbe pronominal
« se rasseoir » se traduira par sit back down avec une attention particulière à l’ordre des

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prépositions, back précédant forcément down. On aurait pu avoir Nero sat down again, qui
aurait toutefois été un peu moins idiomatique. L’adverbe « lourdement » pouvait être
traduit par différents adverbes en anglais : sluggishly, qui dénote la mollesse, torpidly la
léthargie ou heavily, la pesanteur. Nero sat back down heavily.

16. - Quel âge a-t-elle ?


Question simple, voire élémentaire, qui permet de rappeler la règle de dactylographie qui
proscrit en anglais les espaces avant les signes doubles (points d’interrogation,
d’exclamation, deux points, etc.). ‘How old is she?’

17. Tibère compta dans sa tête.


Pour ce paragraphe narratif dans lequel Tibère revient sur les circonstances de sa rencontre
avec Laura Valhubert, on est proche du style indirect libre, en particulier dans la phrase « il
ne savait pas au juste quel âge Laura pouvait bien avoir ».

On traduira la première phrase par un prétérit et par l’expression to do a mental


calculation, qui correspond à « compter dans sa tête » : Tiber did a mental calculation.

18. Il ne savait pas au juste quel âge Laura pouvait bien avoir.
On se trouve ici au cœur des pensées de Tibère, comme le montre la locution adverbiale
« au juste », que l’on traduira par exactly ou precisely.

Le verbe de la seconde proposition méritait un peu de réflexion. Il s’agissait d’une


locution verbale composée d’un verbe à l’imparfait, de l’adverbe « bien » et d’un verbe à
l’infinitif. L’adverbe est surajouté afin de renforcer l’incertitude de Tibère sur l’âge de Laura
Valhubert. Nous sommes par ailleurs ici au style indirect libre puisque le narrateur transcrit
les interrogations mentales de Tibère sur l’âge de Laura. L’énonciateur (Tibère) s’interroge,
par l’intermédiaire du narrateur, sur la relation prédicative Laura/avoir quel âge et il en
déduit qu’il n’a aucune idée des chances de réalisation de cette relation sujet/prédicat. Cette
ignorance peut être transcrite en anglais par un verbe modal exprimant le non-assertif, à
savoir may, auquel on devra accoler un second marqueur de non-assertion ou de
déréalisation (–ED) pour obtenir le modal might dans son emploi épistémique. L’énonciateur
porte un jugement de valeur sur la relation S/P, dont il veut faire ressortir la non-
congruence, l’incertitude. Avec le modal may, l’énonciateur se serait positionné à
équidistance entre la validation et la non-validation de la relation prédicative, cet emploi
n’est donc pas compatible avec notre énoncé. Avec might, en revanche, l’énonciateur se
prononce clairement contre cette validation, la rendant extrêmement hypothétique, ce qui
correspond bien au point de vue de Tibère : He didn’t know ou He had no idea how old Laura
might be. Le verbe be qui suit le modal en confirme la nature épistémique (be, en tant que
verbe d’état, appelle toujours une lecture épistémique, l’emploi radical du modal étant
incompatible avec les verbes d’état). He had no idea exactly how old Laura might be.

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19. Il avait treize ans et Claude douze quand ils s’étaient connus à l’école
La première chose à faire dans cette longue phrase était d’observer les différents segments
temporels superposés. L’imparfait tisse l’arrière-plan sur lequel vient se superposer le plus-
que-parfait pour marquer l’antériorité des faits relatés. La rencontre de Claude et Tibère est
conjuguée au plus-que-parfait, de même que le mariage, pourtant antérieur à la rencontre
des deux amis, d’Henri et Laura Valhubert. Si l’on place les événements de cette phrase sur
une frise chronologique, le mariage d’Henri et Laura sera le repère le plus éloigné du récit,
celui qui se trouve le plus loin dans le passé dans la mesure où il a eu lieu « pas mal de
temps » avant la rencontre de Claude et Tibère.

Cette rencontre est toutefois exprimée au plus-que-parfait aussi car elle se situe avant le
moment-repère où se place l’énonciateur, elle représente le T-1 chronologique, avant le
temps de l’énonciation (T0), mais après le mariage des Valhubert (T-2).

En toile de fond de ces deux événements, on trouve les procès envisagés dans leur
déroulement et dont l’imparfait exprime le caractère non-limitatif : « Il avait treize ans et
Claude douze » et « ça faisait déjà pas mal de
temps ».

La proposition principale à l’imparfait se traduira donc par un prétérit de narration en


anglais, tandis que la rencontre des deux amis, au plus-que-parfait, sera traduite par un past
perfect : He was thirteen and Claude twelve when they had met at school.

20. (…) et à cette époque, ça faisait déjà pas mal de temps que le père de Claude s’était
remarié avec Laura.
Le déictique « à cette époque » renvoie aux années d’école de Claude et Tibère. Il s’agit
d’une expression anaphorique qui fait référence à la rencontre précédemment
mentionnée des jeunes adolescents. Cette référence à un événement au plus-que-parfait
(when they had met at school) impose le recours à l’article démonstratif that.
L’expression by that time, indiquera ainsi, dans ce contexte, que Laura et Henri Valhubert
sont déjà mariés depuis longtemps au moment où les deux adolescents se rencontrent à
l’école.

[…] and by that time, Claude’s father had been married to Laura – his second wife – for quite
some time already,

« S’être remarié » ne pouvant être traduit transitivement en anglais sous peine de


contre-sens (*had remarried Laura signifierait qu’Henri Valhubert a épousé Laura deux fois),
on a opté pour une incise explicative entre tirets.

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21. Ce qui fait qu’elle devait avoir presque vingt ans de plus qu’eux.
La proposition relative de phrase est précédée d’un point dans le texte source, mais cette
coupure artificielle de la phrase est difficile à reproduire en anglais, on a donc choisi
d’allonger la proposition précédente pour y inclure la proposition relative. L’antécédent
n’est ici pas un nom, mais une proposition dans sa totalité, on emploiera donc which relatif
phrastique, que l’on fera obligatoirement précéder d’une virgule. La relative propose ici une
déduction a posteriori de la proposition-antécédent. Le raisonnement de Tibère le mène
logiquement à considérer que Laura Valhubert est son aînée d’une vingtaine d’années.

On remarque que le premier verbe est conjugué au présent (« ce qui fait ») tandis
que le second est à l’imparfait (« elle devait avoir »). La concordance des temps aurait voulu
que les temps des verbes soient cohérents, mais le narrateur alterne les marqueurs du style
direct (« ce qui fait ») et ceux du style indirect (« elle devait avoir presque vingt ans de plus
qu’eux »). On rétablira la concordance des temps en anglais en conjuguant le premier verbe
de la relative au prétérit.

La modalité est par ailleurs patente dans « elle devait avoir presque vingt ans de plus
qu’eux » puisqu’on a clairement affaire à un jugement de l’énonciateur (toujours via le
prisme du narrateur). C’est en effet Tibère qui déduit l’âge approximatif de Laura Valhubert
du calcul qu’il vient de faire. La relation prédicative « Laura/avoir presque vingt ans de plus
qu’eux » est jugée extrêmement probable par l’énonciateur. On pourrait paraphraser par
« [selon toute vraisemblance,] elle avait presque vingt ans de plus qu’eux ». Must est donc
ici le modal qui convient le mieux, il est employé de façon épistémique puisqu’il transcrit le
résultat d’un raisonnement de l’énonciateur qui aboutit à une quasi-certitude. Ce dernier
conclut, à travers must, que la relation sujet-prédicat a toutes les chances d’être réalisée,
qu’elle est parfaitement congruente et quasiment avérée. (…) which meant that she must
have been nearly twenty years older than them

22. Il avait cru longtemps qu’elle était la mère de Claude.


Nous sommes toujours dans la transcription des pensées de Tibère qui revisite mentalement
ses croyances infantiles. La proposition principale est au plus-que-parfait (avec un adverbe
exprimant la durée du procès) et la subordonnée complétive à l’imparfait. On pouvait faire
commencer la phrase anglaise par le complément de temps, ce qui permettait d’opter
d’emblée pour le pastperfect. Le verbe believe s’accommodant mal de l’aspect Be + -ING, il
fallait le laisser dans sa forme dite simple et le construire avec une proposition infinitive : For
a long time he had believed her to be Claude’s mother.

23. - Quarante-trois ans, dit-il.


Aucune difficulté dans cette réplique, il ne fallait simplement pas écrire *fourty mais bien
forty et ne pas omettre le trait d’union entre les dizaines et les unités: forty-three.

24. - Bon.
Comme précédemment, OK, all right ou alright marqueront ici l’acquiescement de Néron.

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25. Néron laissa passer un moment.
Retour au prétérit de narration ; le complément de temps pouvait être précédé de la
préposition for, ou pas : Nero waited (for) some time.

26. Il avait trouvé une lime dans sa poche, et il s’occupait à arrondir ses ongles.
Nous retrouvons l’alternance entre plus-que-parfait et imparfait : le moment où Néron
trouve une lime dans sa poche précède forcément celui où il commence à se limer les
ongles. La réalisation de la seconde relation prédicative (il/s’occuper à arrondir ses ongles)
est donc tributaire d’une première relation prédicative (il/trouver une lime dans sa poche).
D’un point de vue lexical, on pouvait opter pour les verbes find ou chance upon, qu’il fallait
conjuguer au present perfect pour en marquer l’antériorité sur le limage.

La proposition coordonnée se trouve à l’imparfait car c’est dans son aspect duratif
que le verbe est envisagé. Le verbe pronominal « s’occupait » pouvait être traduit
fidèlement par he was busying himself filing his nails, mais il semblait plus idiomatique
d’introduire une subordonnée en V-ING nominale complément de l’adjectif busy : he was
now busy rounding off his nails (on aura choisi le verbe round off pour éviter la répétition
file/filing). He had found a nail file in his pocket and he was now busy rounding off his nails.

27. - J’ai déjà rencontré le père de Claude, dit-il.


Reprise du dialogue entre les deux amis avec une remarque de Néron au passé composé
introduite par un simple tiret, comme c’est maintenant l’usage pour les dialogues en
français. Il fallait bien sûr remplacer le tiret par des guillemets en anglais. Le present perfect
s’imposait ici en raison du rattachement mental qu’opère Néron entre sa rencontre avec
Henri Valhubert et ses pensées actuelles en gare de Rome. Les phrases qui suivent
explicitent ce lien entre le passé (la rencontre entre Henri Valhubert et Néron) et le présent
(l’attente de Laura Valhubert) : « Il n’a rien de spécial. Explique-moi pourquoi cette Laura a
épousé un type qui n’a rien de spécial ». La rencontre d’Henri Valhubert est ravivée
oralement par Néron, qui se la remémore pour mieux remettre en question le choix de Laura
d’épouser Henri : ‘I’ve already met Claude’s father,’ he said.

28. Il n’a rien de spécial.


L’idiome anglais est « to be something/nothing special » et non pas *to have
something/nothing special, il fallait donc ici bien substituer le verbe être au verbe avoir pour
obtenir une phrase idiomatique. On utilisait par ailleurs le présent de vérité générale : He’s
nothing special.

29. Explique-moi pourquoi cette Laura a épousé un type qui n’a rien de spécial.
Néron passe ici à l’impératif pour intimer à Tibère de lui expliquer la décision de Laura
Valhubert d’épouser Henri. Cet impératif n’est toutefois pas une injonction, mais plutôt une
demande d’explication (à laquelle Tibère ne répondra d’ailleurs pas) on est donc proche ici
de la question rhétorique.

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Pour plus de fluidité, on pourra rajouter l’adverbe so en début de phrase anglaise. On
pourrait gloser la phrase par « Explique-moi pourquoi cette Laura est allée épouser un type
qui n’a rien de spécial » et donc traduire So tell me why this Laura went and married
someone who’s nothing special. « Un type » est devenu someone dans notre traduction,
mais on aurait tout aussi bien pu avoir a guy ou a bloke.

30. Tibère haussa les épaules.


Tiber shrugged semblait ici la seule possibilité de traduction, avec un verbe au prétérit de
narration.

31. - Ça ne s’explique pas.


Les proformes démonstratives this ou that ne convenaient pas ici, pas plus que le pronom
personnel it (*This/that/it can’t be explained), on opèrera donc une transposition en faisant
de Néron le sujet grammatical de la phrase : ‘I can’t explain it.’

32. Je suppose qu’elle aime Henri tout de même et qu’on ne sait pas pourquoi.
Deux propositions sont ici coordonnées et complètent toutes deux le verbe « supposer »,
que l’on pourra traduire fidèlement par to suppose en anglais : I suppose she loves Henri
anyway. La seconde complétive se trouve un peu loin du verbe qui l’introduit pour se passer
de la répétition de ce dernier et introduire directement la seconde proposition par that (I
suppose that she loves Henri anyway and that no one understands why). Il était plus fluide
d’opter pour une modulation en traduisant « et qu’on ne sait pas pourquoi » par and no one
understands why. I suppose she loves Henri anyway and no one understands why.’

33. C’est vrai que Tibère s’était souvent posé cette question.
On remarque que la première partie de la phrase est au présent et la seconde à l’imparfait.
C’est que le présent du verbe être relève du moment de l’énonciation et que l’on est, ici
encore, proche du style indirect libre, avec son alternance, au sein d’un même énoncé, de
style direct (« [C]’est vrai que ») et de style indirect (« Tibère s’était souvent posé cette
question »).

« C’ » est une forme réduite du proforme démonstratif « ce » employé de manière


cataphorique en fonction de sujet clitique du verbe être (c’est-à-dire dont il ne peut pas être
détaché). Le clivage, qui permet ici de faire deux propositions à partir d’une seule (« Tibère
s’était souvent posé cette question ») a pour but de mettre en relief l’aspect concessif de
l’énoncé. Les opérateurs du clivage en anglais recoupent ceux du français et l’on pouvait
donc recourir à la même structure (it + be conjugué + adjectif + subordonnant + proposition).
Cela dit, une transposition de la structure clivée en simple adverbe antéposé permettait de
rester fidèle à la concession exprimée par le narrateur tout en évitant d’alourdir la phrase :
Admittedly, Tiber had often wondered the same thing.

Comme le questionnement de Tibère précède le temps du récit, on conjuguera le


verbe wonder au past perfect.

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 Proposition de traduction

The two young men were killing time in Rome Central station.
‘What time is her train due?’ asked Nero.
‘In an hour and twenty minutes,’ said Tiber.
‘Are you intending to stick around like that for much longer? Are you intending to wait for
this woman without moving from this spot?’
‘Yes.’
Nero sighed. The station was empty, it was eight in the morning and he was waiting
for this damned Palatino train from Paris. He glanced at Tiber, who was lying on a bench, his
eyes closed. He could very well slip away and go back to bed.
‘Stay here, Nero,’ said Tiber without opening his eyes.
‘You don’t need me here.’
‘I want you to see her.’
‘Alright.’
Nero sat back down heavily.
‘How old is she?’
Tiber did a mental calculation. He had no idea exactly how old Laura might be. He
was thirteen and Claude twelve when they had met at school, and by that time, Claude’s
father had been married to Laura – his second wife – for quite some time already, which
meant that she must have been nearly twenty years older than them. For a long time he had
believed her to be Claude’s mother.
‘Forty-three,’ he said.
‘Alright.’
Nero waited some time. He had found a nail file in his pocket and he was now busy rounding
off his nails.
‘I’ve already met Claude’s father,’ he said. ‘He’s nothing special. So tell me why this Laura
went and married someone who’s nothing special.’
Tiber shrugged.
‘I can’t explain it. I suppose she loves Henri anyway and no one understands why.’
Admittedly, Tiber had often wondered the same thing.

 Corrigé des faits de langue :

Exercice 1 : les faits de langue soulignés sont « [i]l pouvait très bien s’en aller » (l. 9) et
« quel âge Laura pouvait bien avoir » (l. 15-16).

 Consigne :
Vous décrirez les marqueurs des groupes verbaux que comportent les deux segments ci-
dessus. Vous dégagerez les points communs et les différences à l’œuvre dans les formes
identiques ou proches qui composent ces segments et vous rendrez compte des effets de
sens véhiculés par ces formes dans leur contexte d'apparition ; vous pourrez avoir recours
aux manipulations nécessaires pour servir votre analyse. Enfin, en adoptant une démarche
contrastive, vous justifierez pour chaque segment la proposition de traduction qui découle
de cette analyse.

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 Description des segments :

 Segment n°1 : « Il pouvait très bien s’en aller »


Il s’agit d’une proposition composée d’un pronom personnel en fonction sujet, d’un verbe à
la troisième personne du singulier conjugué à l’imparfait de l’indicatif, d’une locution
adverbiale et d’un verbe pronominal à l’infinitif.

 Segment n°2 : « quel âge Laura pouvait bien avoir »


Il s’agit d’une proposition interrogative au style indirect. Elle est précédée d’une proposition
principale introductive de la proposition subordonnée au style indirect (« Il ne savait pas au
juste ») qui se trouve hors segment.

La subordonnée est introduite par un déterminant interrogatif suivi du nom « âge », puis
d’un nom propre sujet du verbe (« Laura »), du verbe conjugué à l’imparfait de l’indicatif,
d’un adverbe surajouté et enfin du verbe avoir.

 Identification des marqueurs communs et spécifiques :


Le marqueur commun aux deux segments est le verbe « pouvoir » conjugué à l’imparfait et
suivi d’un verbe à l’infinitif. On remarque que, dans un cas comme dans l’autre, un adverbe
(ou une locution adverbiale) suit le verbe modal (la modalité étant plus facilement externe
en français qu’en anglais).

 Valeur de base des marqueurs :


Le verbe « pouvoir » possède en français un statut intermédiaire entre les verbes lexicaux et
les auxiliaires. Il peut être suivi d’un infinitif (comme c’est le cas ici), mais pas d’un nom, ni
d’une proposition complétive. Il n’est pas sémantiquement figé, son sens variant largement
suivant son contexte d’apparition, ce qui le rapproche du fonctionnement des auxiliaires.

Le verbe « pouvoir » peut avoir, dans son emploi non-épistémique, trois acceptions :
la possibilité, la capacité ou la permission. Dans son emploi épistémique, il renverra à une
éventualité. En anglais, il se traduira par le modal « can », auquel on ajoutera
éventuellement –ED pour donner « could ».

Les deux segments se trouvent à l’imparfait, dont la valeur peut être chronologique
(renvoi à du révolu), déréalisante (affaiblissement des chances de réalisation de la relation
prédicative) ou stylistique (passage du style direct au style indirect).

 Points communs et différences en contexte :

 Segment n°1 : « Il pouvait très bien s’en aller »


Nous sommes ici dans un paragraphe narratif à focalisation interne. Le narrateur restitue les
pensées de Néron tandis que son ami somnole sur un banc. Nous sommes donc ici dans un
imparfait de style indirect puisque, si l’on transforme l’énoncé en discours direct, on
obtient : « Je peux très bien m’en aller ». Le passé est donc ici le résultat du passage au style

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indirect, voire au style indirect libre puisque la locution adverbiale « très bien » révèle une
contamination linguistique du personnage de Néron sur le narrateur.

Le verbe modal « pouvoir » est employé de façon non-épistémique, il peut se gloser


par « Néron avait la capacité de s’en aller [pendant que son ami dormait] ». Nous sommes
au stade intermédiaire entre la capacité inhérente au sujet (la capacité physique de Néron à
se lever et quitter la gare) et la possibilité matérielle (les conditions sont réunies pour que
Néron s’éclipse discrètement). Dans le premier cas, on considère que le sujet peut
naturellement mener au prédicat (Néron/s’en aller), tandis que dans le second, on prend en
compte les circonstances de la situation pour déclarer que le sujet peut mener au prédicat
(Tibère semblant dormir, Néron/s’en aller est possible). On a davantage affaire ici à des
pôles de modalités qu’à des catégories tranchées.

 Segment n°2 : « quel âge Laura pouvait bien avoir »


Nous sommes ici dans l’auto-questionnement parfois appelé « ruminatif » puisque Tibère
tourne et retourne dans son esprit ce qu’il sait de Laura Valhubert. La valeur du modal est
épistémique puisqu’on peut le gloser par « d’après les informations en ma possession, je
déduis que je ne connais pas l’âge de Laura ». La relation prédicative Laura/avoir quel âge
est inconnue du locuteur. Il raisonne, « rumine » et conclut qu’il n’a aucune idée de l’âge de
Laura.

L’adverbe « bien », qui porte sur le verbe « pouvait », en renforce l’effet de sens tout
en en confirmant la modalité. On constate d’ailleurs une gradation dans l’interrogation si
l’on manipule le segment : « quel âge Laura avait » serait une remarque d’ordre factuel,
« quel âge Laura pouvait avoir » serait teinté d’un soupçon de subjectivité, tandis que « quel
âge Laura pouvait bien avoir » est clairement une opinion personnelle. Le locuteur insiste, à
l’aide du modal et de l’adverbe, sur son ignorance de la validité de la relation prédicative.
Nous sommes bien ici dans le jugement de l’énonciateur (modal épistémique) et non pas
dans les propriétés du sujet (modal non-épistémique).

 Présentation des choix de traduction et justification des choix en contexte :

 Segment n°1 : « Il pouvait très bien s’en aller »


He could very well slip away.

On a choisi le modal can en anglais, auquel on a accolé –ED pour respecter les règles de
transition du passage du style direct au style indirect. On aurait pu avoir He could very well
have slipped away car, le procès n’étant pas mené à son terme (Néron ne s’en va pas), il
peut être interprété comme un irréel du passé (« il aurait très bien pu s’en aller »). Mais le
style indirect libre explique le recours à l’imparfait. Can –ED est paraphrasable par It was
possible for S to P.

 Segment n°2 : « quel âge Laura pouvait bien avoir »


He didn’t know/He had no idea exactly how old Laura might be

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On a choisi he had no idea pour renforcer l’incertitude véhiculée par l’expression « pouvait
bien ». Le modal retenu pour exprimer l’incertitude de Tibère sur l’âge de Laura Valhubert
est may –ED, le prétérit affaiblissant le degré de certitude de may (may indique en effet la
non-assertion, tandis que might fait pencher la balance dans l’incertitude).

Le questionnement a lieu dans le présent, inutile donc ici d’avoir recours à might +
have + participe passé. On peut ici considérer que might est la transposition de may au
discours indirect (d’où l’imparfait et non le conditionnel). En effet, au style direct, Tibère
aurait sans doute dit : ‘I wonder how old Laura may ou might be.’

Le modal can –ED aurait été possible : how old Laura could be, mais il aurait été
moins subjectif que may –ED, qui revêt une consonance plus personnelle. On est ici, pour
ainsi dire, dans l’intime incertitude de Tibère et might est le modal qui restitue le mieux
l’incertitude dans laquelle il se trouve quant à l’âge de Laura Valhubert.

 Grille pour l’évaluation des faits de langue :

20/20
Items Doit contenir les éléments suivants
- « il pouvait très bien s’en aller » (l. 9) :
verbe type modal conjugué à la troisième
personne de l’imparfait suivi d’une locution
adverbiale et d’un verbe pronominal à
l’infinitif.
- « quel âge Laura pouvait bien avoir » (l. 15- précise et
Description des
16) : proposition interrogative au style complète
segments
indirect (libre) introduite par un déterminant
interrogatif suivi d’un nom commun, d’un
nom propre sujet, du verbe modal
« pouvoir » conjugué à l’imparfait et suivi
d’un infinitif.

Identification des
Deux occurrences du verbe modal
marqueurs communs
« pouvoir » à l’imparfait. Emploi non- précise
et des marqueurs
épistémique pour le premier, épistémique
spécifiques le cas
pour le second.
échéant
- « pouvoir » : emploi épistémique (degré de
probabilité selon l’énonciateur) vs emploi
Présentation des
non-épistémique (capacité inhérente au
valeurs de base de ces précise et bien
sujet, possibilité matérielle, permission).
marqueurs hors formulée
- imparfait : référence au passé, passage au
contexte
style indirect (libre) ou déréalisation de la
relation sujet/prédicat.
Prise en compte des - « il pouvait très bien s’en aller » : capacité précise et bien

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points communs et des physique et/ou possibilité matérielle formulée
différences liés au (conditions réunies pour partir).
contexte - « quel âge Laura pouvait bien avoir »:
emploi épistémique, l’énonciateur
s’interroge sur les faisceaux qui pourraient
l’éclairer sur l’âge de Laura (effet
« ruminatif »).
- il avait la capacité/la possibilité de s’en
aller.
Manipulations et gloses pertinentes et bien
- quel âge Laura avait/pouvait avoir/pouvait
le cas échéant exploitées
bien avoir (marque de l’incertitude
croissante)
Présentation des
- he could very well slip away/have slipped pertinente et
possibilités de
away. approfondie
traduction par la prise
- how old Laura might/may/could be.
en compte du contexte
- could de capacité/possibilité pertinente ;
Justification d’un choix
- might de modalité équilibrée
- he was able to slip away(S a la capacité
d’accomplir P, it is possible for S to P).
Remarques d’ordre
- how old she might possibly be justifiées
contrastif
(l’énonciateur annule toutes les hypothèses
sur l’âge de Laura et conclut à l’ignorance).
- verbe modal, imparfait, style indirect
(libre), emploi non-épistémique (capacité,
possibilité).
- verbe modal, imparfait, question
rhétorique, emploi épistémique (jugement appropriée et
Terminologie
de l’énonciateur), proposition interrogative explicitée
au style indirect, adverbe de confirmation de
renforcement de modalité (« pouvait bien
avoir »).

Exercice 2 : les faits de langue soulignés sont « ce foutu Palatino » (l. 7-8) et « à cette
époque » (l. 17-18).

 Consigne :
Vous décrirez les marqueurs des groupes nominaux/déterminatifs que comportent les deux
segments ci-dessus. Vous dégagerez les points communs et les différences à l’œuvre dans les
formes identiques ou proches qui composent ces segments et vous rendrez compte des
effets de sens véhiculés par ces formes dans leur contexte d'apparition ; vous pourrez avoir
recours aux manipulations nécessaires pour servir votre analyse. Enfin, en adoptant une
démarche contrastive, vous justifierez pour chaque segment la proposition de traduction qui
découle de cette analyse.

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 Description des segments :

 Segment n°1 : « ce foutu Palatino »


Il s’agit là d’un groupe nominal composé d’un déterminant démonstratif, d’un adjectif
qualificatif et d’un nom propre au masculin qui, par métonymie, désigne les trains de nuit
reliant Paris à Rome.

 Segment n°2 : « à cette époque »


Nous avons ici un groupe nominal composé d’une préposition, d’un déterminant
démonstratif et d’un nom commun au féminin singulier.

 Identification des marqueurs communs et spécifiques :


Nous avons deux déterminants démonstratifs au sein de groupes nominaux. Le déterminant
démonstratif varie en français en genre et en nombre, sa fonction grammaticale n’ayant
aucune incidence sur sa forme.

 Valeur de base des marqueurs :


Le déterminant « ce (cet, cette) » est déictique, c’est-à-dire que son sens est étroitement
dépendant du contexte, de « l’ici et maintenant » dans lequel il trouve son occurrence. Son
aspect déictique est cela dit moins appuyé que celui de marqueurs tels « je » ou « demain »,
qui sont directement dépendants du contexte.

Il est par ailleurs monstratif et désigne un élément qui peut apparaître dans le co-
texte (emploi endophore) ou dans la réalité extérieure (emploi exophore). Dans son emploi
endophore, il peut être anaphorique, c’est-à-dire renvoyer à du contexte situé à gauche,
autrement dit à du déjà-mentionné. Dans son emploi cataphorique, il annonce un segment
de texte qui viendra après lui, à sa droite.

Certains linguistes considèrent qu’en anglais, this et that peuvent tous deux être
anaphoriques, tandis que this ne peut être que cataphorique.

 Points communs et différences en contexte :

 Segment n°1 : « ce foutu Palatino »


Le déterminant démonstratif renvoie ici à du déjà-repéré, déjà déterminé : on vient en effet
de lire les termes « gare » (deux fois) et « train » et on sait donc intuitivement, même si l’on
n’est pas familier avec le Paris-Rome de nuit, que le narrateur fait ici référence au train
qu’attendent les deux protagonistes en gare centrale de Rome.

L’aspect déictique du déterminant est assez faible ici, l’occurrence de « ce » relevant


en réalité d’un emploi très particulier du déterminant démonstratif : celui de la cataphore.
En effet, avec « ce », l’énonciateur avise le lecteur du fameux « Palatino », il prépare
l’occurrence du nom propre à droite du démonstratif. Ce faisant, il crée une complicité avec

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le lecteur, semblant lui dire « vous savez, ce train que l’on connaît tous bien : le Palatino ».
L’énonciateur feint de rappeler au lecteur l’existence du Palatino alors qu’il en construit la
référence au moment même de l’énonciation. Il construit ainsi une connivence culturelle
avec le lecteur, censé connaître et reconnaître le Paris-Rome de nuit. Le référent se trouve
dans l’environnement crée par l’énonciateur pour le lecteur, qui partage ainsi avec lui une
référence à du connu, du familier.

En remplaçant le déterminant par un article défini, on obtiendrait : « et il attendait le


foutu Palatino en provenance de Rome ». On perçoit d’emblée que l’effet est radicalement
différent : l’article défini « gommant » l’empathie entre l’énonciateur et le lecteur, l’énoncé
en devient plus factuel, moins subjectif, plus « froid ».

 Segment n°2 : « à cette époque »


Le renvoi de « cette » est endophorique car il appartient au discours. En effet, à gauche du
déterminant, on trouve « quand ils s’étaient connus à l’école », segment auquel « cette
époque » fait clairement référence. « Cette » renvoie donc à du révolu, à un passé temporel,
comme le montre l’emploi du plus-que-parfait. Le déterminant est donc ici anaphorique, il
renvoie au segment qui le précède directement et qui décrit le cadre temporel de l’énoncé
(l’enfance du personnage). Le passé indique que le dossier « enfance » est clos, que
l’enfance est un temps révolu et clairement identifié comme tel.

Si l’on remplace le démonstratif par un article défini (« (…) quand ils s’étaient connus
à l’école, et à l’époque, ça faisait déjà pas mal de temps que le père de Claude s’était
remarié avec Laura »), la référence au segment de gauche est plus floue. « L’ » renvoie
certes à une époque révolue, mais qui peut être ou pas celle de l’enfance de Tibère. En
anglais, on aurait alors ‘at the time’, certes anaphorique car TH est un marqueur de
détermination antérieure, mais comme sa forme affaiblie l’établit d’elle-même, la
monstration serait alors amoindrie (*by the time serait en revanche impossible car on aurait
alors une conjonction de subordination ou une locution conjonctive dont le rôle serait de
compléter le verbe de la principale, ce qui n’est nullement le cas avec ce groupe nominal).
On pourrait rapprocher l’expression de ‘in those days’, par opposition à ‘in this day and age’,
opposition qui montre bien que that et those sont associés au passé, alors que this et these
ont plus d’affinités avec le présent.

 Présentation des choix de traduction et justification des choix en contexte :

 Segment n°1 : « ce foutu Palatino »


On l’a vu, la linguistique considère souvent que seul this peut être employé de façon
cataphorique, c’est-à-dire avec un fléchage vers la droite de l’énoncé (this). Ici, cette
hypothèse se vérifie puisque that ne ferait pas sens dans la phrase (*he was waiting for that
damned Palatino train from Paris). La généralisation du particulier (le Palatino est posé
comme connu alors qu’il est construit par l’énoncé lui-même) impose l’utilisation de this :

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He was waiting for this damned Palatino train from Paris.

 Segment n°2 : « à cette époque »


Ici, Tibère a brièvement rouvert un dossier clairement considéré comme clos. « Cette
époque » est celle de son enfance, qui, associée à un tense passé (le plus-que-parfait)
contraint au recours à that, dont –TH marque l’antériorité et –at la clôture, la « fin de
l’histoire », le tout étant parfaitement cohérent avec l’aspect BE + –ing du prétérit. Étant
donné que Laura et Henri sont déjà mariés au moment où les amis se rencontrent à l’école,
la préposition by exprimera l’antériorité du mariage sur la rencontre : by that time.

20/20
Items Doit contenir les éléments suivants
- ce (l. 6-7) : déterminant démonstratif du GN
« foutu Palatino », fonction COD. précise et
Description des
- cette (l. 17-18) : déterminant démonstratif complète
segments
du GN « époque », complément
circonstanciel de temps.
Identification des
marqueurs communs Deux déterminants démonstratifs, l’un au
précise
et des marqueurs masculin singulier, l’autre au féminin
spécifiques le cas singulier.
échéant
Présentation des
Déictique (ou embrayeur)
valeurs de base de ces précise et bien
- Endophore/exophore
marqueurs hors formulée
- Anaphorique/cataphorique
contexte
- Ce foutu Palatino : cataphorique,
Prise en compte des
généralisation du particulier (catégorie des
points communs et précise et bien
trains de nuit).
des différences liés au formulée
- Cette époque : clôture du dossier de
contexte
l’enfance des amis.
- *That damned Palatino : impossible, that ne
pouvant être employé de façon cataphorique.
Glose : Ce train bien connu qu’on appelle
Manipulations et pertinentes et bien
couramment le Palatino.
gloses le cas échéant exploitées
- *by this time : impossible en raison de la
clôture associée à that.
Glose : A ce moment-là dans le temps.
Présentation des
- this damned Palatino train : fléchage à
possibilités de pertinente et
droite, annonce de ce qui suit.
traduction par la prise approfondie
- by that time : clôture discursive avec that :
en compte du
l’énonciateur renvoie à du révolu.
contexte
- this d’introduction d’un élément sur sa
Justification d’un pertinente ;
droite.
choix équilibrée
- by that time : au moment où les amis se

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rencontrent, Laura et Henri sont déjà mariés.
Nous quittons l’« ici et maintenant » pour
faire une incursion dans le passé des amis.
- « le foutu Palatino » : the damned Palatino,
qui neutraliserait la relation intime locuteur-
lecteur.
Remarques d’ordre - « l’époque » : at the time, renvoi à un passé
justifiées
contrastif moins circonscrit dans le temps, moins propre
aux protagonistes (« à cette époque révolue »
par opposition à « pendant la période précise
de nos années d’écoliers »).
- déterminants ; endophore/exophore ;
déictiques (embrayeurs) ; pré-construction appropriée et
Terminologie
(TH-) ; anaphore/cataphore ; explicitée
clôture/ouverture.

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