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MÉDIATHÈQUE de CHÂTEAUNEUF

Journal
des lecteurs

Septembre 2017 N° 35
Sommaire

Miniaturiste et Les filles au lion, de Jessie Burton........................

La tresse, de Laetitia Colombani ...................................................

L’enfant qui, de Jeanne Benameur ...............................................

La voix cachée, de Parinoush Saniee.............................................

Madame de Staël, La femme qui faisait trembler Napoléon,


de Laurence de Cambronne .........................................................

Le monde des hommes, de Pramoedya Ananta Toer ....................

Les larmes noires sur la terre, de Sandrine Collette.....................

Les jours enfuis, de Jay McInerney................................................

Le démon de la vie, de Patrick Grainville......................................

Être sans destin, de Imre Kertesz..................................................

"Article 353 du code pénal", de Tanguy Viel .................................

Les Mandible, Une famille 2029-2047, de Lionel Shriver ..............

Coups de cœur
Une activité respectable, de Julia Kerninon ...............................
Les vivants au prix des morts, de René Frégni...........................

Spécial Mangas
Enemigo, de Jiro Taniguchi.......................................................
Le sommet des dieux, Yumemakura et Taniguchi .....................
Édito


À la bibliothèque, prenez votre temps, flânez un peu dans les
rayons ou demandez conseil, vous allez trouver le bon livre,
celui qu’on a envie de dévorer ou au contraire de faire
durer…
Parmi tous ceux qui sont à votre disposition, nous avons lu pour vous
des romans qui bouleversent et laissent une empreinte durable : Être
sans destin, les Mandible ou Le monde des hommes
Et puis des romans avec des personnages incarnés, souvent des femmes,
de la plus mondaine, comme le fut Madame de Staël à la plus misé-
rable comme Moe dans Les larmes noires sur la terre.
Si, comme nous, vous aimez les auteures féminines et les destins de
femmes qui relèvent des défis et combattent (encore !) les préjugés,
découvrez sans tarder Jessie Burton et Laetitia Colombani !
On résiste difficilement aux livres qui racontent ce qu’est parfois le dif-


ficile parcours de l’enfance ! Lisez La voix cachée de Parinoush Saniee,
vous allez forcément aimer…
Enfin il est temps de nous mettre à la page… et de découvrir les mangas.
Commencez par les feuilleter, dans le sens de lecture japonais bien sûr,
admirez la qualité des dessins et laissez vous mener par l’intrigue…
Attention, vous risquez de devenir accro !

Marie-Claude
Miniaturiste
Les filles au lion
Jessie Burton
Gallimard

Amsterdam de la fin du 17e siècle, brun, sombre et glacial de Miniaturiste,


premier roman. Le sud de l'Espagne aux tons vifs et chaleureux des Filles au lion.
Deux romans de Jessie Burton, jeune auteure britannique, qui semblent n’avoir
rien en commun. Et pourtant !
Miniaturiste : Nella Ortman n‘a que dix-huit ans lorsqu’elle arrive à
Amsterdam dans la maison de son époux, qu’elle n’a rencontré que le jour du
mariage. Plus âgé qu’elle, c’est un riche marchand à qui tout réussit. L'accueil est
froid. Nella comprend d'emblée qu'il va être difficile de se faire une place au sein
de cette maisonnée, tenue d'une main de fer par Marin, sa belle-soeur, dévote
fervente et véritable maîtresse des lieux ! 
Elle se voit offrir par son mari pour cadeau de mariage une maison de poupée,
réplique exacte des lieux qui sont dorénavant sa demeure qu'elle s'apprête à
meubler grâce au savoir faire d'une miniaturiste, sorte de prophétesse énigmatique
qui s'impose et s'immisce de plus en plus dans son existence.
Les Filles au lion : au centre du récit, un tableau, et une héroïne-narratrice
originaire des Caraïbes, vivant et travaillant dans le Londres des années 60, solitaire,
timide, souvent humiliée mais réfléchie, indépendante et d'une étonnante force de
caractère. Deux intrigues qui se succèdent d'abord, puis se croisent, et s'éclairent
enfin l'une l'autre. Une histoire d'amour. Une intrigue romanesque sur fond de
guerre d'Espagne et de supercherie artistique. Une intégration gagnée à la force du
poignet. 
Odelle, l'héroïne des Filles au lion rêve d'être romancière et Olive, la jeune
peintre de génie, ont toutes les deux en commun le fait d'être des créatrices qui ne
se font pas confiance, se méfient de leur entourage amical trop enthousiaste ou
trop sévère, et qui ont besoin, pour exister, d'être découvertes sans pression, à
couvert, doucement.
Miniaturiste et Les Filles au Lion sont des romans de femmes, des romans à la
gloire de la solidarité et de l'émancipation féminines. Des femmes fortes qui se
cachent, de peur d'être jugées par la société des hommes qui n'accorde aucun
crédit à celles souhaitant vivre de leur passion. Une femme se doit d'être une
épouse, une mère, un compagnon de vie attentionné et dénué de toute aspiration
autre que celle de remplir ses devoirs familiaux.
Marie-Anne

4
La tresse
Laetitia Colombani
Ed. Grasset

Trois femmes aux destins différents mais qui ont en commun de devoir
affronter l'adversité.
Smita est celle qui doit affronter le destin le plus dur, elle fait partie de la
caste des Dalit, les intouchables. Son seul horizon est d'effectuer des tâches
dégradantes. Elle doit chaque jour vider les latrines. Ce sera aussi le destin de
sa fillette de 6 ans ! N'oublions pas que deux millions de femmes indiennes
meurent chaque année, victimes de violences domestiques.
Giulia est une pétillante sicilienne, elle se destine à prendre la succession
de la petite entreprise de son père qui est un des derniers fabricants de
perruques. Hélas, à la suite de l'accident de celui-ci, elle fait de bien tristes
découvertes. Le destin place Kamal, un indien Sikh sur son chemin, mais tant
de différences sociales les opposent.
Sarah, quant à elle, est une « wonder woman » canadienne, tout lui réussit,
elle arrive à surpasser les hommes du cabinet d'avocats où elle travaille et à
monter tout en haut de l'échelle. Malheureusement, la maladie la rattrape et
là on ne lui fait pas de cadeaux.
Ces trois femmes doivent faire face à de nombreux défis liés à leur
condition de femme. Braver les diktats sociaux, oser imposer leurs idées et se
battre.
Effectivement, ce sont trois brins qui tissent au final une très jolie tresse.
Elles ne se connaissent pas et ne sauront jamais que leur destin est lié. Ce livre
témoigne de la solidarité des femmes malgré leurs différences. L'auteure sait
nous donner l'envie de connaître vite la suite de chaque histoire en passant de
l'une à l'autre.
Très beau premier roman !
Brigitte

5
L'enfant qui
Jeanne Benameur
Actes Sud

C'est le roman de l'absence.  Mais est-ce vraiment un roman ?  L'atmosphère


créée par Jeanne Benameur évoque plutôt un conte, un poème ou un rêve ou les
trois à la fois…
Rencontre d'un homme, un menuisier de village avec une femme du voyage « à
la longue jupe rouge fanée ». Lui est  envoûté dés qu'elle lui prend la main, la
retourne pour lire son avenir, sans un mot.  Il la ramène au village, dans la maison
qu'il partage avec sa vieille mère.  Celle-ci n'a jamais aimé « l'étrangère ».  Elles
ne  parlent pas le même langage.  Mais elle reste et lui donne un fils.  
Le fils a juste le temps de commencer à la comprendre, de se souvenir de son
odeur, de l'amour qu'elle lui portait,  de sa façon de marcher et elle disparaît de
leur vie.  Absence pesante.  Le fils fuit la maison, marche comme sa mère,
accompagné d'un chien qui l'aide à vivre, d'un chien qu'il est seul à voir.  
Le père souffre de son désir toujours vivant, de son amour pour cette femme
qu'il a si peu connue et comprise.  
Atmosphère envoûtante d'une écriture si particulière à Jeanne
Benameur.  Laissez-vous emporter par « L'Enfant qui »  comme je l'ai été.

Simone

Quelques-uns des livres de l'auteure:


Les Demeurées 2001 Prix UNICEF Prix du livre francophone
Profanes 2013'Prix RTL Lire
Otages Intimes 2015 Prix Version Fémina

6
La voix cachée
Parinoush Saniee
Robert Laffont

Shahaab est un petit garçon qui n’a pas dit un mot depuis sa naissance. Chaque
jour, il fait face aux moqueries de son entourage et au rejet de son père qui n’a
d’yeux que pour son fils aîné.. Seule sa mère est là pour le défendre et lui faire
prendre conscience de sa valeur, quelle que soit sa différence. De fait, Shahaab
n’est ni sourd-muet ni « débile » comme tout le monde le prétend . Il est même très
intelligent… Il s’est réfugié dans son monde intérieur où il cohabite avec deux
amis imaginaires avec lesquels il communique beaucoup !
Il découvre l’injustice mais aussi sa violence intérieure en réponse à celle qu’il
subit tous les jours et ses accès de colère que personne ne comprend ( en dehors
de sa mère) renforcent son isolement au sein de la famille qui le tient pour
dangereux .
Il faudra l’arrivée d’une personne bienveillante, sa grand-mère, pour entendre
la « voix cachée » du petit Shahaab.
Un beau roman sur l’enfance et l’éducation mais pas seulement, car à travers les
yeux de Shahaab, c’est toute la société iranienne que Parinoush Saniee s’ingénie à
décrire : la place respective des hommes et des femmes dans un monde codifié et
tiraillé entre conservatisme et modernité , l’oppression quotidienne représentée
par la « police de moralité » qui surveille chaque iranien.
Ce roman écrit à deux voix, celle de l’enfant et celle de la mère, se lit très
facilement et nous touche droit au cœur . Ne vous privez pas de cette lecture…

Marie-Claude

7
Madame de Stael,
La femme qui faisait trembler Napoléon
Laurence de Cambronne
Allary Éditions

Je lis très peu de biographies, c'est pourtant un genre très intéressant ; mais
j'aime les fictions.
Si je veux mettre en avant ce livre , c'est autant pour la qualité de son écriture,
synthétique et moderne, que pour la qualité de la femme. Sa modernité est
éblouissante : devenue financièrement indépendante grâce à son père, elle met sa
fortune au service du libéralisme pour ne pas dire de la révolution, elle a 5 enfants
de quatre pères différents . De nos jours, on la qualifierait de « bobo »
Il me serait difficile de mieux résumer ce livre que ne le fait le texte de la 4e de
couverture, je vous le recommande, si vous avez ce livre entre les mains. L'auteur(e)
dont les aïeux ont, semble-t-il, des liens ténus de parenté avec la famille Necker,
nous résume la vie de madame de Staël née Necker, fille du ministre des Finances
de Louis XVI.
Connue et reconnue dans tous les cercles littéraires et politiques, elle tient
salon et l'on se presse pour y assister. La liste de ses fréquentations est
impressionnante : de Voltaire à Goethe en passant par Talleyrand et le tsar de
Russie, c'est tout le bottin mondain qui passe chez elle.
Mais ce livre m'a donné à réfléchir : depuis le début de l'émancipation de la
femme, jusqu'à nos jours, jusqu’où pourrons nous aller trop loin ? Ceci est hors
sujet, ce n'est qu'une de mes réflexions dans un monde qui bouge très vite

Jean-Michel

8
Le monde des hommes
(Buru quartet I)
Pramoedya Ananta Toer
Zulma Éditions

Premier d'une tétralogie, ce foisonnant roman a la puissance d'un témoignage,


reflet vivant de la mosaïque sociale et culturelle de l'Indonésie à la fin de
colonisation néerlandaise. S'y côtoient les « blancs-purs-blancs », les métis qui
renient leur part indigène, ou ceux qui la revendiquent fièrement, comme
Ontosoro. Concubine achetée par un européen qui, certes la respecte, mais ne veut
pas l'épouser, elle transcende son origine modeste de femme vouée à la soumission
et dirige à sa place, de main de maître, ses grandes plantations. Minke, le narrateur,
tombe amoureux de leur fille illégitime, belle enfant gâtée mais perturbée, que son
père n'a pas voulu ( ou pu ?) reconnaître. Privilégié par son appartenance à
l'aristocratie indigène locale, Minke est admis dans le sélect lycée européen. Servant
de lien entre tous, devenu journaliste, il fréquente les diverses castes sociales et
affine ainsi sa conscience politique.
Le récit fourmille d'anecdotes, ce qui pourrait en détourner des lecteurs
exigeants ; à tort, car à travers elles, le narrateur révèle l'écartèlement entre deux
cultures, tout en gardant le souci d'éviter les simplifications hâtives.
Il est fondamental de savoir dans quelles circonstances ce roman a été écrit.
Emprisonné sous la colonisation, l'auteur a été envoyé au bagne après la libération
de son pays ! C'est là que le roman, écrit entre 1965 et 1979, a été lu jour après jour
aux autres détenus et a servi d'échappatoire à son auteur, qualifié par son éditeur
de « plus grand auteur indonésien ».
« Buru quartet », d'après le nom du bagne où Pramoedya Ananta Toer (mort en
2006) a séjourné, est celui de la tétralogie dont le deuxième tome, « Enfant de
toutes les nations », vient d'être traduit.
Nicole

9
Les larmes noires sur la terre
Sandrine Collette
Denoël

À vingt ans, on veut toujours mieux que les siens. Alors, laisser passer la chance ?
Il n'en est pas question.
Moe vit en Polynésie où elle est née, très entourée par sa grand-mère. Elle fait
la connaissance de Rodolphe, un métropolitain, qui est en mission pour six mois.
Elle tombe sous son charme, il l'appelle sa petite princesse. Elle part sans remords
rejoindre la grisaille parisienne.
Elle déchante vite car les insultes, puis la violence remplaceront les mots
d'amour. Elle doit entretenir la maison, sans aucun contact avec l'extérieur. Elle
finira par trouver des petits boulots, sortira au bal du samedi soir. Là, elle tombe
enceinte, un petit garçon naît, sage comme s'il voulait se faire oublier. Bien sûr que
Rodolphe sait qu'il n'est pas le père !
Elle décide de partir à Paris, en espérant offrir un meilleur avenir à son petit. Là,
elle se retrouve dans la misère la plus totale, elle est placée de force par les services
sociaux. Elle intègre la « Casse » sorte de campement misérable qui n'offre même
pas un bungalow mais des voitures sur cales comme habitation. Seuls quelques
chanceux peuvent avoir des roulottes.
Les voitures sont placées par six avec une petite cour intérieure commune. Les
« bénéficiaires » sont surveillés en permanence et ne peuvent sortir de ce centre.
Elle doit travailler deux journées par semaine en échange du loyer et d'une
nourriture de base. Au-delà, elle est payée quatre-vingts centimes de l'heure, qu'elle
doit dépenser à l'épicerie ou qu'elle devra épargner pour payer sa sortie (somme
qui s'élève à quinze mille euros).
Elle se retrouve parmi cinq autres femmes, peu à peu elles font connaissance. Il
y a Jaja, Marie-Thé, Nini, Ada et Poule, elles s'épaulent et s'unissent pour faire face
à la violence du quartier.
Au fil du livre, nous découvrons la vie de chacune et sommes bouleversés par
ces récits tous plus poignants les uns que les autres et sommes aussi émerveillés
par la solidarité.
Très beau livre, qui nous met face à certaines réalités du monde actuel.
Brigitte
Du même auteur : Il reste la poussière (Prix Landerneau Polar 2016)

10
Les jours enfuis
Jay McInerney
Éditions de l’Olivier

Corinne et Russell Calloway, tous deux cinquantenaires, vivent à New-


York avec leurs deux enfants pré- adolescents. Lui, éditeur indépendant,
sachant prendre des risques quant à ses choix éditoriaux ; elle a abandonné
la finance et se consacre à sa fondation pour nourrir les nécessiteux depuis
le 11 septembre 2001.
Ils avaient des idéaux sur leur mariage, leur vie. Pour eux, il y a toujours
le clan « Art et Passion » dont ils font partie et le clan « Pouvoir et Finance »
dont ils ont besoin. Ils habitent TriBeCa, le lieu « où il faut être » et gravitent
dans une société très aisée d’intellos et d’artistes, juste au-dessus de leurs
moyens. Mais néanmoins, ils ont de réels amis dans ce microcosme.
Au travers de leurs états d’âme, de leur crise de couple, c’est l’histoire de
la société « bobo » new-yorkaise depuis trente ans que l’auteur nous conte.
« Les jours enfuis » ou les années 80 et leur folie, la jeunesse de Corinne et
Russell, leur construction, omniprésentes ; c’est bien de cela dont il est
question. Les personnages sont attachants, l’auteur nous laisse percer leurs
pensées de façon très intime, leurs hésitations, leurs scrupules, leur amour
et cela marche bien.
Une autre héroïne en filigrane, New-York, dont nous voyons la grande
métamorphose, ses quartiers, sa prestance, une ville qu’ils aiment car tout s’y
passe. Deux éléments majeurs clôturent le livre (en dehors bien sûr de ce qui
arrive à nos héros !), l’élection d’un « noir » à la présidentielle et la chute
financière de 2008 qui va sans doute faire de nouveau vaciller cette société !
Marie

Cet ouvrage est le troisième à nous parler de Corinne et Russell. Il y a eu : « Trente ans et
des poussières » (années 80) et « La belle vie » ( jusqu’en 2000). Les lectures sont tout à fait
indépendantes. Pour ma part, je n’ai pas lu les premiers et cela ne m’a en rien dérangée.

11
Le démon de la vie
Patrick Grainville
Seuil

Faire de l'évasion d'un tigre le socle d'un roman, qui d'autre que Patrick
Grainville aurait pu l'oser ? Et pourtant nous sommes transportés par l'écriture
flamboyante propre à cet auteur qui cultive et sait attiser, dans des situations
extrêmes, la part animale de la nature humaine.
Au cœur du massif des Maures surchauffé par l'été, un tigre s'évade de la
propriété d'un vieil esthète original que fait fantasmer une jeune femme
plantureuse, vrai Rubens incarné. Un couple adultère s'aime sous le regard révulsé
de leurs enfants respectifs, deux adolescents qui pensent avoir l'exclusivité de
l'amour.
La vision de la vieillesse douloureuse, impuissante dans sa rébellion, n'est pas
épargnée ; celle de la grand-mère, femme de caractère, soumise désormais aux
visites qu'il faut bien lui rendre dans sa maison de retraite ; celle du vieil original
qui, bien que fortuné, lutte à armes inégales avec la jeunesse et l'énergie qui la
porte.
Le roman est une ode aux thèmes qu'affectionne l'auteur : la splendeur de la
nature, l'amour sensuel à son paroxysme, l'adolescence portée aux sentiments
extrêmes ; s'y ajoute le corollaire fatal du vieillissement et une certaine désillusion.
Mais la sensualité reste reine, pleinement vécue pour les parents amants,
maladroitement expérimentée par les adolescents, douloureusement fantasmée
par le vieillard reclus.
Le tigre ? Vision flamboyante trop vite disparue pour les adolescents, traqué
comme il se doit par les autorités, il est, par dessus tout, une somptueuse
métaphore de la vie qui bouillonne et voudrait n'avoir jamais à rendre les armes.
« Le démon de la vie » porte superbement son titre.
Nicole

Patrick Grainville : professeur agrégé, écrivain prolifique, né en 1947.


Ses œuvres : Les flamboyants, prix Goncourt, 1976 ; L'orgie, la neige, 1990. Les anges et les faucons,
1994 ; Bison, 2014.
Selon Yann Moix, « le plus grand prosateur de la langue française ».

12
Être sans destin
Imre Kertész
Actes Sud

On ne sort jamais vraiment indemne d’un livre sur la Shoah et les camps
de concentration écrit par quelqu’un qui a vécu dans sa chair et son âme cette
industrie de la déshumanisation, ce crime contre l’humanité.
Dans « Être sans destin », Imre Kertész fait le choix de ne rien céder au
drame qu’il a vécu dans les camps de concentration : c'est admirable jusqu’à
en devenir dérangeant. Imre prend le parti décalé de raconter sa terrible
histoire sans affect, sans jugement, avec une distance qui déroute, dans un
premier temps, avant de contribuer progressivement à mettre en lumière
l’absurdité cruelle de l’entreprise nazie.  
L’ouvrage atteint son point d’orgue lorsque l’auteur sort du camp de
concentration et rejoint Budapest où il retrouve des voisins  qui lui
apprennent la mort de son père et le remariage de sa belle-mère. Ce moment
du livre en fait à lui seul un chef d’œuvre et justifie en quelques pages le prix
Nobel de littérature que Imre Kertesz a reçu en 2002. Il y refuse son statut de
victime, il se hisse au-dessus de ce statut. Imre Kertész n’accepte pas de se
laisser victimiser par ses bourreaux, mais aussi par ses amis et ses proches. Il
défend par dessus tout ce que l’on a cherché à lui ôter : sa liberté, son libre
arbitre et son aspiration au bonheur, constitutives de sa condition d’homme
que l’on a cherché à nier, et qui triomphent, irrépressibles, malgré les
circonstances terribles de l’histoire.
Un livre immense.
Philippe

13
Article 353 du Code pénal
Tanguy Viel
Éditions de Minuit

Un titre plutôt aride, et le suspense du polar vite désamorcé par l’auteur qui
décide de faire connaître le coupable dès les premières pages… voilà peut-être de
quoi hésiter à s’emparer de ce livre…
Vous auriez tort, il s’agit en réalité d’un des meilleurs ouvrages parus ces
derniers mois dans le flot de la rentrée littéraire.
Dans un style nerveux, dépouillé de tout effet inutile, collant parfaitement à la
personnalité de Martial Kermeur, le narrateur criminel, Tanguy Viel fait en filigrane
le procès des « années fric » au travers d’une affaire d’escroquerie immobilière, et
dessine le portrait d’une province loin de tout, perdue là où se finissent les terres
(définition étymologique du Finistère, où se déroule l’action), prête à se jeter à la
tête du premier aventurier venu pour retrouver quelques raisons d’espérer.
Ouvrier ou élu, tous victimes finalement, perdent argent ou honneur pour avoir
osé rêver d’une revanche sur une société qui les a oubliés en route au nom du soi-
disant progrès, de la compétitivité triomphante et d’un capitalisme brutal.
Tout au long de cette tragédie humaine déguisée en polar maritime, le lecteur
se trouve subtilement placé par l’auteur dans la position inconfortable du juge ou
d’un juré d’assises afin que chacun détermine en son âme en conscience si le fait
d’avoir été spolié constitue une circonstance atténuante pour un crime…
Philippe

14
Les Mandible. Une famille,
2029-2047
Lionel Shriver
Belfond

États-Unis, 2029, sauve-qui peut dans la famille Mandible : le Président Alvarado


déclare la dénonciation de la dette, interdit la sortie des dollars (dont plus
personne ne veut hors des frontières) et réquisitionne l'or des particuliers. Dans ce
système complexe devenu instable, ce sont bientôt toutes les finances et
institutions du pays qui s’effondrent. Les denrées se font rare, l'eau en premier
lieu. 
Un choc ressenti à différents niveaux d'intensité dans les diverses parties de la
famille, en fonction de leurs situations financières : si l'aïeul, l'Arrière Grand
Homme comme le surnomme la famille, a tout à perdre de son immense fortune,
sa petite-fille Florence qui galère depuis toujours de jobs pourris en factures de
plus en plus difficiles à payer du fait de l'inflation, baigne déjà dans le marasme
depuis longtemps ; ce sera plus difficile pour sa soeur Avery qui ne conçoit pas de
vivre sans le SUV familial, la table basse en bois rare et le robot Mojo pour préparer
le repas. Leurs enfants, comme le font depuis toujours toutes les jeunesses du
monde, s'adapteront…
Ce récit permet d'imaginer les dégâts que peuvent occasionner des décisions
financières. Il met en scène toutes les bassesses par lesquelles tout un chacun est
capable de passer lorsqu'il est sous la contrainte. 
Que celles et ceux qui cherchent un bon roman assez facile à lire passent leur
chemin ! En effet, une grande partie du roman est dédiée à l'analyse économique
de ce qui rend le pays exsangue, de ce qui l'a conduit là, de ce qui pourrait encore
advenir. L'accès à ces considérations n'est pas évident, plutôt ardu, mais il me
semble que l’auteure propose une lecture intéressante, bien que très angoissante,
de l'actualité et des années à venir.

Marie-Anne

Lionel Schriver, auteure américaine vit entre Londres et New York avec son mari, jazman renommé.
Les Mandible est son sixième roman.

15
Nos coups

Une activité respectable Julia Kerninon Rouergue

Le court et très dense récit d’une jeune femme qui voue sa vie , depuis l’âge
de cinq ans , à la lecture et l’écriture grâce à des parents eux mêmes dévo-
reurs de livres
Ajoutez à cela le goût des mots et le plaisir d’écrire, plus une bonne dose
de talent …
Et vous obtiendrez une ode vibrante à la littérature qui ne peut laisser aucun
lecteur indifférent !
On est sous le charme…
Marie-Claude

16
de cœur

Les vivants au prix des morts René Frégni Gallimard

On entre dans un livre de René Frégni comme dans un univers familier . On


reconnaît sa prose poétique et les paysages qu’il affectionne : les collines
de Manosque , les nuages et les oiseaux.
Mais voilà que tout s’enraye avec l’arrivée brutale d’un ancien voyou évadé
des Baumettes qui vient trouver refuge auprés de celui qui animait autrefois
des ateliers d’écriture dans sa prison.
René ne se dérobe pas mais la peur s’installe. Le rythme devient haletant ,
l’intrigue se resserre . Impossible de lâcher le roman !
Marie-Claude

17
Enemigo

MANGA - Suspense, policier


One shot
Dessin & scénario : TANIGUCHI, J

Le Nascencio, pays d’Amérique Latine, a le projet de développer la région


sud du pays où il n’y a que jungle et forêt vierge. Pour ce faire, le gouverne-
ment actuel, issu d’un coup d’état contre la dictature précédente, fait appel
à un groupe japonais. Mais le président de cette société se fait enlever par
des mercenaires lors d’une visite sur place..….
Kenichi Seshimo, détective privé, est chargé de le retrouver…

Ce Manga est très proche de la Bande Dessinée fran-


co-belge par son illustration plus réaliste, plus
détaillée. Le scénario mêle la politique et le monde du
business international avec comme toile de fond la
guerre civile entre les partisans de l’ancienne dictature
et les révolutionnaires. Rebondissements, suspense,
action et même un peu de romance font de ce manga
une oeuvre très divertissante.

18
Le sommet des Dieux
MANGA - Aventure
Série finie en 5 volumes
Scénario : Yumemakura, B
Dessin : Aniguchi, J

Mallory et son compagnon Irvine on-ils, en 1924, atteint le


sommet de l’Everest avant de mourir??
Question sans réponse….
Fukamashi Makato, photographe, trouve par hasard l’appa-
reil photo de Mallory mais il va se le faire voler….
Sa rencontre avec Habu Jôji, un homme mystérieux, qui ne
dit rien, un homme d’un autre monde, un homme secret qui
veut se lancer dans une expédition impossible va changer
beaucoup de choses…Une relation étrange va se nouer entre
ces deux êtres si différents….

Que du bonheur! Une oeuvre magnifique!


Ce chef d’oeuvre nous parle de dépassement de soi, de passion,
de force, de volonté, de notre résistance face à la force de la nature!
Le dessin est superbe, clair et rend très bien la réalité. Taniguchi
est vraiment un Maître.

Martine
19
Médiathèque Municipale
de Châteauneuf
1, rue du Baou
Tel. : 04 93 42 41 71
mediatheque@ville-chateauneuf.fr

Journal des Lecteurs


écrit par et pour les lecteurs

Mise en page :
L’esp@ce Multimédi@
Rédacteur en Chef :
Marie-Claude LAMBERT

Impression :
Zimmermann - Villeneuve-Loubet