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MÉDIATHÈQUE de CHÂTEAUNEUF

Journal
des lecteurs

Janvier 2018 N° 36
Sommaire

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero ..........4

La beauté des jours, Claudie Gallay ..............................................5

La tristesse des éléphants, Jodie Picoult........................................6

La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben...................................7

Les Pompidou, Henry Gidel...........................................................8

Les Bourgeois, Alice Ferney............................................................9

L’art de perdre, Alice Zeniter.......................................................10

Mistral perdu ou les événements, Isabelle Monnin ....................11

Le dernier gardien d’Ellis Island, Gaelle Josse...........................12

Ma reine, Jean-Baptiste Andréa ...................................................13

Cette chose étrange en moi, Orhan Pamuk .................................14

Gertrude Bell, archéologue, aventurière, agent secret,


Christel Mouchard........................................................................15

Zero K, Don de Lillo ....................................................................16

Monster (manga) .........................................................................17

Coups de cœur ........................................................................18-19


Un avion sans elle, Michel Bussi
Ecume, Patrick Dewdney
La femme au carnet rouge, Antoine Laurain
Aux cinq rues Lima, Mario Vargas Llosa
Underground Railroad, Colson Whitehead
Édito


Une année recommence avec son lot de joies et de pro-
blèmes… Nous n’y échapperons pas et pourtant il existe un
moyen sûr de s’évader et il a fait ses preuves !
« Une heure de lecture est le souverain remède contre les
dégoûts de la vie. » (Montesquieu)
Alors, quelles que soient vos envies de lecture, venez à la bibliothèque,
vous y trouverez de quoi vous nourrir ou juste vous faire plaisir…
Avez-vous une idée de ce qu’est la tristesse des éléphants ou la vie
secrète des arbres ? Connaissez-vous Gertrude Bell ou l’histoire d’Ellis
Island ? Qui étaient vraiment les Pompidou ? On apprend beaucoup de
notre histoire et de notre environnement en quelques heures.
Et si vous préférez vous plonger dans une saga familiale qui traverse
de grands moments de notre Histoire, vous serez comblés par le magni-
fique roman d’Alice Zeniter l’Art de perdre (les lycéens lui ont décerné
leur Prix Goncourt). Découvrez aussi la destinée de la famille Bourgeois


racontée par Alice Ferney ou l’émouvante histoire d’Isabelle Monnin dans
Mistral perdu ou les événements.
L’avenir ? Il peut faire froid dans le dos et il inspire depuis toujours les
écrivains : Don DeLillo dans Zero K interroge aussi notre présent et notre
humanité…
Et puis des « coups de cœur » et les derniers prix littéraires vous atten-
dent sur nos étagères, de quoi passer agréablement l’hiver !

Marie-Claude
L'idée ridicule de ne plus
jamais te revoir
Rosa Montero
Métailié

Inclassable, ce livre. Il naquit d'un hasard : l'éditrice de l'auteur, la très


talentueuse Espagnole Rosa Montero, lui demanda d'écrire la préface au journal de
Marie Curie, que cette dernière rédigea en quelques jours juste après la mort de
son mari Pierre. À cette époque, le propre mari de Rosa Montero souffrait d'une
maladie dont il mourut.
Voilà le contexte, assez morbide, diriez-vous. Il n'en est rien. Cela ressemble
plutôt à une conversation avec une amie qui vous veut du bien, intelligente,
cultivée, drôle, et qui vous ouvre son cœur et son esprit, tout en parlant de la
grande Marie bien sûr, mais aussi de la place de la femme dans la société, de la
culpabilité féminine, du piège de la "normalité" normative et réductrice, du miracle
de la rencontre amoureuse.
La férocité de la campagne publicitaire contre Marie lorsque, veuve, elle prit
comme amant l'homme marié Paul Langevin, et la froideur du rejet qui en résulta
n'ont rien à envier à nos excès actuels, comme en témoigne la réaction de
l'Académie qui refusa sa candidature, car l'on estimait qu'elle était une personne
dangereuse, un spécimen de volonté perverse et d'ambition inappropriée qui
pouvait s'avérer nocif pour l'Académie.
Lisez donc ce livre - vous allez apprendre plein de choses et vous allez faire la
connaissance d'un très bon écrivain. Satisfait ou remboursé !

Anne

4
La beauté des jours
Claudie Gallay
Actes Sud

Jeanne (tiens, comme l’héroïne d’Une Vie de Maupassant), 43 ans,


guichetière à la poste, a tout pour couler une vie tranquille : deux filles
étudiantes, un mari attentionné, une amie fidèle, une jolie maison, des racines
terriennes. Une existence heureuse mais un peu terne, rythmée par le passage
du train de 18h01 au bout du jardin, et celui de 18h18, des petites manies
comme celle de suivre des inconnus dans la rue ou d’attendre les macarons
du mardi offerts par Rémy son époux… Il y a aussi son amie Suzanne qui n’en
finit pas de ressasser sa rancœur d’avoir été « plaquée » par son compagnon et
ses visites régulières à la ferme de ses parents…
Et puis un beau jour… Jeanne s’évade à sa façon. Fascinée depuis
longtemps par l’artiste-performeuse Marina Abramovic, elle se met à lire tout
ce qui la concerne, suit son travail sur Internet et lui écrit des lettres. Et voilà
que sur son chemin, un amour de jeunesse réapparaît, secouant l’ordinaire.
Jeanne se laisse porter vers l’inconnu, bousculer par toutes ses émotions
enfouies, mais jusqu’où ?
« Un jour, on relève la tête et on se rend compte que les autres vivent, et
que nous, on est arrêtés ».
Claudie Gallay sait trouver les mots justes, aussi bien pour dire les petites
choses de notre quotidien que les grandes émotions Ses phrases sont courtes
et ses descriptions, minutieuses. Elles s’égrènent comme les battements du
cœur de l’héroïne.
Ce roman du temps qui passe m’a touchée : il nous rappelle certes « la
beauté des jours » mais aussi la force libératrice de l’art et la magie de toute
vie intérieure.
Marie-Claude

5
La vie secrète des arbres
Peter Wohlleben
Les Arènes

Ce livre pris par hasard dans un café -librairie puis abandonné en sortant m’a
hantée pendant quelques jours avant de retourner l’acheter. En peu de temps
j’avais découvert des choses surprenantes sur l’organisation de la vie des arbres.
L’auteur, Peter Wohlleben, forestier allemand, nous fait partager son immense
savoir à travers sa passion. « Les forêts ressemblent à des communautés
humaines » dit-il.
Savez-vous qu’un arbre est sensible, qu’il possède une mémoire ? De nombreux
tests réalisés à travers le monde le prouvent. 
Que certains acacias, en Afrique, pour se débarrasser des girafes, par exemple,
augmentent la teneur en substances toxiques de leurs feuilles pour les éloigner et
prévenir les autres arbres de la même espèce.
« L’Ours Brun est un bon sujet de comparaison avec les arbres » dit Peter
Wohlleben. L’hibernation est leur point commun. Étonnant, non ?
Dans nos régions, où certaines années, le taux de reproduction des sangliers est
un fléau, l’auteur nous donne une explication très simple liée à la floraison irrégu-
lière des arbres. Ce qui n’est pas sans conséquences également sur la vie des
abeilles.
Le forestier utilise souvent des termes inattendus : arbre-mére, l’enfant-arbre,
belle amitié, couples, entraide….Des histoires de Chênes, de Hêtres, d’Ifs, de
Bouleaux….vous enchanteront.
Ce même texte avec de superbes photos....d’arbres naturellement, se trouve
aussi en librairie. Lecture plaisante et passionnante. Un beau cadeau à faire ou à se
faire !
Simone

6
La tristesse des éléphants
Jodie Picoult
Actes Sud

Jenna a 13 ans, sa mère Alice a mystérieusement disparu lorsqu'elle avait 3 ans.


Alice était une grande voyageuse, spécialiste des éléphants et de leurs rituels de
deuil.
Jenna ne peut concevoir que sa mère l'ait abandonnée, aussi, à travers le journal
de bord de celle-ci, décide-t-elle de repartir sur ses traces. Évidemment, elle ne peut
le faire seule, elle recrute donc deux acolytes pour l'aider dans sa quête : Serenity,
voyante extralucide qui se prétend en contact avec l'au-delà et Virgil, l'inspecteur
qui avait suivi et enterré l'affaire à l'époque.
L'histoire se construit peu à peu autour de plusieurs voix, celles des
personnages qui mènent l'enquête, ainsi qu'à travers les écrits d'Alice.
« La tristesse des éléphants » est un roman où il est question de maternité et de
deuil. L'auteure établit un parallèle avec les émotions ressenties par les éléphants.
Ce livre est vraiment très bien documenté et vous ne verrez plus les éléphants de
la même manière.
Jodie Picoult captive, émeut et surprend jusqu'à son final aussi haletant
qu'inattendu.

Brigitte

7
Les Pompidou
Henry Gidel
Biographie Flammarion

En définitive, j'aime les biographies : en septembre, je vous avais conseillé de lire


« Mme de Staël » dont je vous avais vanté la modernité.
Cette fois-ci, je vous recommande « Les Pompidou ». Ce qu'il y a de très
intéressant dans cette biographie, c'est son côté historique, les plus âgés ont
tendance à oublier les événements dont ils ont été les témoins et pour les plus
jeunes c'est une période de l'histoire qui n'est pas encore beaucoup enseignée alors
que c'est la genèse de l'ère postindustrielle.
Seul un Auvergnat pouvait nous raconter la vie d'un autre Auvergnat, l'un
originaire du Puy de Dôme et l'autre du Cantal, il est vrai que l'école de la
République de Jules Ferry était la première marche de l'ascenseur social. Un fils
d'instituteur, petit-fils d'agriculteur est devenu Premier Ministre puis Président de
la République après avoir été l'ami de Guy de Rothschild, tout en étant son
Directeur Général.
Henry Gidel juste un peu plus jeune, originaire de son village du Puy de Dôme,
est devenu professeur à la Sorbonne puis biographe, couronné en 1995 du prix
Goncourt de la biographie, pour « les deux Guitry ». Auparavant, en 1991, il avait
reçu le Grand Prix international de la critique littéraire pour l'ensemble de son
œuvre. Ce professeur, également spécialiste de théâtre, aborde toutes les
biographies qu'il a écrites, armé d'une remarquable documentation et de l'humour
qui le caractérise. En collaboration avec Flammarion il a commencé par le théâtre
avec Feydeau, les comédiens Guitry, puis les artistes comme Picasso et Cocteau
sans oublier la mode avec Coco Chanel.
Mais, assez parlé de l'auteur, parlons plutôt de ce couple d'amoureux amateurs
d'art et de vie à la campagne qui, à leur corps défendant, se sont retrouvés à la tête
de l’État. Georges, ce normalien, doué d'une force de travail considérable et d'une
mémoire surprenante, était capable dans la bonne humeur de régler les problèmes
politiques les plus graves comme Mai 68. Claude, sa femme constamment attentive
au bonheur de son mari qu'elle admire, acceptant par abnégation son engagement
politique deviendra après le décès de celui-ci une très dynamique présidente de
fondations, spécialiste reconnue d'art contemporain.
Comme je ne peux pas réécrire cette biographie, je vous encourage à la lire :
vous découvrirez un couple curieux d'art qui s'est retrouvé engagé en politique par
devoir ou fidélité à un homme alors qu'il aurait certainement eu une vie plus facile
en choisissant une carrière dans la banque .
Jean-Michel

8
Les Bourgeois
Alice Ferney
Actes Sud

Alice Ferney retrace la destinée d’une famille, les Bourgeois, et à travers elle,
l’histoire de la fin du xIxe, du xxe et des débuts du xxIe siècle.
La famille est composée d’Henri et de Mathilde, les parents, et de leurs dix
enfants : huit garçons, deux filles, ils s’appellent Bourgeois, ont été tous baptisés
dans l’Eglise catholique, ils se prénomment : Jules, Jean, Nicolas, André, Joseph,
Louise, Jérôme, Claude, Guy, Marie. Ils sont nés entre une hécatombe, celle de
1914, et un génocide, celui de 1945.
Ce livre présente un fragment de la bourgeoisie catholique, conservatrice,
étroitement localisée entre le boulevard Emile Augier dans le seizième
arrondissement de Paris, et les allées du bois de Boulogne voisin, où la progéniture
s’égaye. Les femmes n’y ont pour fonction et pour rôle social que d’être au service
des autres, de reproduire l’espèce, de s’effacer devant la bienséance, de renoncer à
tout, surtout à l’affirmation de leur propre personnalité.
L'auteure parvient à mettre en perspective les vies des membres de cette famille
et leur évolution dans notre société, en les mettant en scène à diverses périodes de
l’histoire, parmi les plus agitées et les plus cruelles, celle des deux guerres
mondiales, de la guerre d'Indochine et d'Algérie.
Nous traversons également la période de Mai 68, la libération et l'émancipation
de la femme, son droit au travail, au vote, de choisir ou non d'avoir des enfants.
Ce roman illustre parfaitement l’évolution des mœurs au cours de cette centaine
d'années et leur impact sur la place de la femme dans la société.

Brigitte

Du même auteur : Le règne du vivant en 2014, Cherchez la femme en 2013


Et bien d'autres encore !

9
L’art de perdre
Alice Zeniter
Gallimard

« L’art de perdre », c’est « juste » une saga familiale qui commence en Algérie
dans les années 30 et se termine de nos jours, mais quel roman ! Une plongée en
apnée dans les non-dits des « événements » d’Algérie et leurs conséquences intimes.
Le roman commence avec Ali, paysan dans cette Kabylie rocailleuse, dont le seul
avenir semble être de se casser le dos à cultiver les oliviers, jusqu’à ce qu’il trouve
un pressoir dans le lit du torrent. Les affaires deviennent prospères et transforment
sa vie. Mais l’histoire familiale rencontre la grande Histoire. Ali devient Harki, peut-
être pas le bon choix dans les années 50 ! La famille d’Ali prend un des derniers
bateaux pour la France. Direction le camp de Rivesaltes, où Hamid, son fils aîné, va
poser des questions, trop de questions, qui à jamais demeureront sans réponses.
Le fossé entre Hamid et son père ne peut que se creuser, d’autant plus
qu’Hamid aime une Française.
Naïma, fille aînée d’Hamid, vit heureuse à Paris, jusqu’aux attentats de 2015, qui
l’obligent à se questionner sur ses origines. « Les têtes pensantes d'Al-Qaïda ou de
Daech ont appris des combats du passé et elles savent pertinemment qu'en tuant
au nom de l'islam, elles provoquent une haine de l'islam, et au-delà de celle-ci une
haine de toute peau bronzée, barbe, et chèche qui entraîne à son tour des
débordements et des violences. Ce n'est pas, comme le croit Naïma, un dommage
collatéral, c'est précisément ce qu'ils veulent : que la situation devienne intenable
pour tous les basanés d'Europe et que ceux-ci soient obligés de les rejoindre. »
Il me semble que l’important dans ce roman n’est pas l’histoire familiale à
proprement parler, mais, face à l’Histoire et ses horreurs, les questions que chacun
se pose sur l’amour du pays perdu et donc rêvé ou imaginé, sur l’exil, sur ses choix,
sur soi.
S'alléger, accepter de perdre, renoncer à la haine, se délivrer du jugement des
hommes : « Dans “L'art de perdre”, il n'est pas dur de passer maître », refuser les
conclusions simplistes et les pensées toutes faites ! Se réconcilier avec soi !

Marie-Anne

Alice Zeniter est l’auteur de plusieurs romans, dont : « Sombre dimanche », Prix Livre Inter 2013 ;
« Juste avant l’oubli », Prix Renaudot des Lycéens 2015 ; « Jusque dans nos bras » 2010.

10
Mistral perdu ou les événements
Isabelle Monnin
J.-C. Lattès

Pourquoi certains livres vous touchent-ils dès les premières pages au point de
vouloir en retenir la lecture comme pour mieux en profiter ?
Le livre d’Isabelle Monnin qui évoque son enfance, puis son adolescence, et son
entrée dans l’âge adulte (rien de bien original, me direz-vous) m’a happée tout de
suite parce qu’il s’inscrit dans une époque familière (des années 70 aux années
2000). Ainsi nous revivons avec elle les événements politiques et sociaux d’une
histoire très proche avec en fond sonore les chansons de Renaud fredonnées par
les filles ou Lily de Pierre Perret qui rassemble toute la famille. C’est aussi l’histoire
d’une société peu à peu « désenchantée » qui a cru à la fin du rideau de fer, à la
chute du mur de Berlin ou à SOS Racisme… Avec la perte de l’enfance, c’est
l’envolée de l’insouciance.
« Nous sommes les filles, nos parents sont les Trente Glorieuses et les possibles
sont à portée de nos mains. Depuis les premières tables de multiplication, on nous
explique que si nous étudions, nous y arriverons, que travailler permet de s’élever
quelques que soient les situations et les relations de nos familles. La belle école de
France, nous dit-on, est la blanchisseuse des inégalités. La méritocratie a
remplacé une autre -cratie, celle des héritages à particules. Nous ferons mieux que
nos parents, qui eux-mêmes ont fait mieux que les leurs : si l’on se donne de la
peine, la République, avec son grand air, tiendra ses promesses ».
Et puis, c’est aussi une histoire personnelle, intime, profondément
douloureuse, écrite avec une simplicité et une sincérité qui m’ont bouleversée.
« Les endeuillés cherchent comme des perdus un sens au malheur, on dirait des
animaux faméliques fourrageant une terre morte, ils s’inventent des signes,
construisent des ponts imaginaires, qu’ils ne soient pas rationnels leur importe
peu, puisque plus rien n’a de sens, on peut bien croire ce que l’on veut. Je regarde
les twins towers s’écrouler et je nous vois, les twin sisters pulvérisées. C’est la
même fin du monde ».
Un livre magnifique ! Rien à dire de plus…

Marie-Claude

11
Le dernier gardien d'Ellis Island
Gaëlle Josse
Noir sur Blanc

De 1812 à 1924, 12 millions d'émigrés, en majorité venus d'Europe, ont


transité par Ellis Island, île située juste en face de la Statue de la Liberté.
En 2012 l'écrivain française Gaëlle Josse a visité l'endroit (aujourd'hui
transformé en un musée de l'immigration) et l'expérience l'a tellement
ébranlée qu'une fois de retour en France ce livre et ses personnages se sont
imposés à elle comme une évidence.
À travers le récit de son dernier directeur, John Mitchell, journal tenu
durant les 9 jours précédant la fermeture définitive du centre en novembre
1954, c'est une réflexion profonde et émouvante sur l'exil et l'errance qu'elle
nous livre. Au cours de ses 25 ans de service, Mitchell fut le témoin, et parfois
l'instigateur, de drames humains et de vies bouleversées. Le lecteur y
participe à ses côtés, sidéré par tant de courage et tant de désespoir.
On est tenté de croire que Mitchell devient parfois le porte-parole de
l'auteur, lorsqu'il constate que : les martyrs sont toujours du côté de l'esprit,
les coupables, du côté de la force, et que l'Histoire demeure le seul juge.
Plus percutant encore, cet extrait du livre d'un écrivain hongrois refoulé
parce que trop dangereux et qui trouve refuge au Brésil : « Je n'éprouve
aujourd'hui nul regret, nulle rancœur, car là où nous sommes arrivés, nous
avons, enfin, trouvé fraternité et compassion ».
Anne

Diplômée en droit, en journalisme et en psychologie clinique, Gaëlle Josse avait déjà publié
trois romans avant celui-ci (qui gagna le prix de l'Académie en 2015), à commencer par Les
heures silencieuses en 2012. Son dernier, Noces de neige, est sorti en 2016 et fait l'objet d'un
projet d'adaptation au cinéma.

12
Ma reine
Jean-Baptiste Andréa
L’iconoclaste

C’est l’histoire toute simple d’un jeune garçon (nommé Shell parce qu’il
porte en permanence son blouson « Shell ») qui vit avec ses parents dans la
montagne. Considéré comme « différent », il ne va plus à l’école et aide ses
parents à la station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue,
ses parents décident de le placer dans un institut spécialisé.
Il a compris ce qui se trame, et préfère « partir à la guerre qui fait les
hommes », de l’autre côté de la montagne… Il n’y a pas de guerre, mais une
fille, Viviane, qui habite un peu plus loin « dans un château de 1 000 pièces
où les chambres changent chaque matin », et où il est donc difficile de se
retrouver…
Ils vont passer l'été ensemble, à se découvrir, lui installé dans une cabane
dans la forêt et elle, venant au gré de ses fantaisies lui rendre visite et lui
raconter des histoires. Parce que c'est elle la reine, donc c'est elle qui
décide…
Vous l’aurez compris, Ma Reine ne célèbre pas tout à fait la réalité mais
plutôt la vision de Shell. Sa naïveté transforme tout en vérité, donnant un
nouveau sens aux éléments, aux petits et grands moments de la vie. 
Un premier roman d‘une grande sensibilité, un conte initiatique poétique
et lumineux dont je ne peux que vous conseiller la lecture !

Marie-Anne

13
Cette chose étrange en moi
Orhan Pamuk
Gallimard

Le livre pèse. Agréablement. On sait qu'on va à Istanbul. On se doute qu'on


part pour une longue déambulation. L'auteur pèse lui aussi son poids… dans
la littérature mondiale ! Et puis on se retrouve à côtoyer pendant 661 pages un
petit homme, petit par son origine modeste, petit par ses ambitions : Melvut
vient d'un bourg d'Anatolie poursuivre ses études à Istanbul ; il rejoint son
père qui a émigré dans les années 70 et s'est installé dans un des nombreux
bidonvilles illicites qui mangent les collines. Melvut aurait pu s'accrocher dans
ses études, comme son ami d'enfance Ferhat, mais il choisit de seconder son
père vendeur de rues de boza, une boisson artisanale très peu alcoolisée ; bien
qu'au fil des années la boza devienne obsolète, Melvut restera toute sa vie, par
goût, fidèle à cette déambulation urbaine devenue difficile et peu lucrative,
dans des quartiers en mutation.
Le temps passe. Les promoteurs s'enrichissent en remplaçant les taudis par
des étages d'immeubles. Melvut s'y installe avec sa femme, lié à elle pour son
bonheur, par un pied de nez du destin, qu'on laisse au lecteur le plaisir de
découvrir dès les premières pages.
Le roman à la forme chorale, d'une veine naturaliste, désuète pour
certains, pourrait détourner les lecteurs à l'affût de formes nouvelles. Ils
passeraient alors à côté d'une formidable chronique pleine d'humanité, de
nostalgie – celle de l’auteur surtout – teintée d’humour.
La corruption est partout, la dictature s'installe, les islamistes aussi. Mais la
Turquie politique et religieuse n'est que vaguement évoquée, car elle glisse
sur Melvut. Dépourvu de toute conscience politique, un jour il colle des
affiches communistes avec son ami Feraht et le lendemain vote pour les
islamistes ! Seule interrogation de Melvut, celle qui porte sur le sens de la vie,
que lui permet de formuler l'homme qui dirige un centre religieux de
réflexion soufi, que rien ne désigne comme un foyer d'extrémisme.
Le sillon du roman, c'est celui de son anti héros, qui non seulement ne se
laisse pas accabler par la nostalgie, accepte un destin sans éclat, mais en fait
même, au cœur de conditions de vie très modestes, dans une ville bouleversée
par la modernité, une forme d'accomplissement.
Nicole
Orhan Pamuk : prix Nobel de littérature en 2006, il a publié en 2005 Neige, prix Médicis
étranger.

14
Gertrude Bell. Archéologue,
aventurière, agent secret
Christel Mouchard
Tallandier

Et si tous les problèmes du Moyen Orient venaient des « erreurs » que les
gouvernements colonialistes (Anglais, Français) ont commises quand ils se sont
mêlés de partager l'ancien empire Ottoman…
Gertrude Bell naît en 1868 dans la famille d'un riche industriel britannique.
Intelligente, curieuse, passionnée par l'étude, elle parvient à se faire accepter à
Oxford, grande école jusque-là réservée à la gent masculine. Après un premier
séjour à Bucarest en 1889, elle n'aura de cesse de sillonner l'Empire Ottoman avec
quelques escapades en Inde, en Afrique, en Europe. Sa famille, surtout son père,
lui manque mais ses retours au pays sont brefs, elle s'ennuie, elle a besoin
d'affronter l'inconnu, de vivre sa liberté. Elle apprend l'arabe, des rudiments
d'archéologie. Elle n'hésite pas à s'aventurer avec son majordome dans l'immense
désert arabique, en selle sur son chameau. Au fur et à mesure du temps et des
difficultés qu'elle rencontre, elle abandonne son train de vie aristocratique mais
jusqu'au bout elle aura toujours deux robes de soirée dans ses bagages. Elle
rencontre des diplomates britanniques en poste à Bagdad, Téhéran, Beyrouth,
Damas, Bassora... des archéologues, des aventuriers (Lawrence d'Arabie)… et aussi
des chefs de tribus. Elle est brillante, parle de tout, elle est écoutée, admirée. Elle
passionne. Quelques hommes l'ont demandée en mariage, elle s'est fiancée…
Son aura vient jusqu’à Londres. Dans les sphères gouvernementales, on parle
d'elle : la « Khatun (reine du désert) » ou « la Dame » ou encore « la Reine sans
couronne d'Irak ».  Elle connaît tant cette vaste région d'Orient que le
gouvernement britannique l'emploie comme informatrice, agent secret en quelque
sorte. Elle aime cette reconnaissance que lui porte son pays et se lance à fond dans
sa nouvelle activité. Le travail est d'importance après la Grande Guerre, lors de la
chute de l'Empire Ottoman. Elle crée le royaume d'Irak. Ses vues en faveur des
Arabes ne plaisent pas aux politiques. Fatiguée, malade elle s'installe à Bagdad où
elle meurt en 1926.
La correspondance de Gertrude Bell à ses proches et ses amis, ses lettres
d'amour, ses carnets de voyages, ses notes de repérage ont aidé Christel Mouchard
à réaliser le portrait d'une grande dame, excentrique, un brin orgueilleuse,
généreuse, intelligente.
Une biographie passionnante agrémentée de références historiques
incontestées.
Mireille

15
Zero K
Don DeLillo
Actes Sud

La science le permet déjà ; quelques illuminés, richissimes, ont franchi le pas : il


s'agit, par la cryogénisation, de « préserver le corps jusqu'au jour où il sera possible
de le réveiller sans risque ». Sujet controversé, comme ceux dont se régale ce ténor
de la littérature américaine ! Il fait du bâtiment secret, bunker caché en plein désert
où a lieu l'opération, le théâtre en huis clos d'un affrontement philosophique entre
un père et son fils, Ross et Jeffrey.
Homme jusque-là, selon son fils, « façonné… obsédé par l'argent », le père a
totalement engagé sa fortune dans ce lieu où convergent, selon lui, tous les grands
esprits et les scientifiques du moment ; il en est devenu l'un des donateurs,
abstraction faite de tout esprit critique. Sa femme est condamnée par une maladie
évolutive ; il l'accompagne, dans un premier temps.
En quête de reconnaissance paternelle, Jeffrey répond à l'invitation de son père
pour assister aux derniers instants de sa belle-mère, qu'il apprécie d'ailleurs. Le trio
est en place, le point de vue sceptique du fils donnant le ton à la polémique. Là où
son père voit « des pèlerins à la recherche de quelque chose de plus grand, de
pérenne », le fils pointe ironiquement du doigt le retour à la bonne vieille religion !
Comme s'il fallait remplacer la trop vieille croyance en l'immortalité de l'âme par
celle du corps.
Le mécanisme d'embrigadement de l'esprit est en place : au détour de couloirs
déserts, Jeffrey est confronté à de gigantesques visions filmées de fins du monde
auxquelles les corps, en ce lieu, survivraient. Mais le prix à payer n'est-il pas une
vertigineuse dégradation de la dignité humaine qu'il découvre dans toute son
horreur ?
Il y oppose, récurrente, l'image paisible de sa mère sur son lit de mort qui a fait
de lui « un homme augmenté par le chagrin ».
Père et fils choisiront en fin de compte leur destin.
Un roman captivant, profond, fortement teinté d'ironie, riche de réflexion sur
le sens de la vie, et d'une grande beauté formelle.
Nicole
Don DeLillo est né en 1936. Il aime choisir pour ses nombreux romans des sujets angoissants pour
notre société comme le terrorisme : Joueurs (1993) L'homme qui tombe (2008)

16
Monster

MANGA - thriller

Dessin et Scénario URASAWA, Naoki

Kenzo TENMA, neurochirurgien japonais, travaille dans un hôpital à


Düsseldorf.
La vie lui sourit, il est fiancé, son avenir est tout tracé.
Cet avenir justement, va basculer le jour où il fera le choix de sauver un petit
garçon blessé d’une balle dans la tête plutôt que le maire de la ville…
Il est lâché par ses collègues, il perd sa fiancée, il est rétrogradé à l’hôpital.
Peu de temps après, des responsables de l’hôpital meurent les uns après les
autres.
D’autres assassinats sont perpétrés dans les années qui suivent.
TENMA découvre que le petit garçon qu’il a sauvé est devenu le
« Monstre », auteur de ces horribles meurtres.
Il se lance à sa recherche…..

Manga hyperréaliste qui se déroule à l’époque de la


future chute du mur de Berlin, il traite de thèmes tels que
l’intolérance, la corruption, la violence, les enfants orphe-
lins.
Original, passionnant, bien ficelé, glauque et angois-
sant, tous les ingrédients pour en faire un bon cru !

Martine
17
Nos coups
Un avion sans elle
Michel Bussi Michel Bussi, professeur agrégé d'histoire, est en
2017 le 2e écrivain français en nombre de livres ven-
Presses de la Cité dus, c'est un écrivain populaire à juste titre.
Dès le début l'auteur nous comble : il invente un
détective qui s'appelle Crédule Grand-Duc c'est un
bon début, non ? Ce crash dans le Jura avec un bébé comme survivant, une jolie inven-
tion. Comme le livre est bien écrit, on a plaisir à continuer .
Enfin savoir dès les premiers chapitres que la résolution de l'énigme est écrite dans les
premières pages, c'est rageant. Et l'on a beau se creuser la tête, on ne trouvera pas la
solution qui est pourtant là, sous nos yeux. C'est toute la qualité de ce roman policier.
Jean-Michel

Ecume Je découvre la prose âpre et puissante de ce jeune


écrivain. Une violence des éléments qui fait écho
Patrick Dewdney
aux tourments intérieurs. Un fils, un père fou que
Presses de la Cité fascine la tempête, face à face sur l'océan démonté.
Et l'irruption de ceux qui fuient leur pays dévasté. A
chacun son enfer. Un lyrisme sans concession.
Patrick

La femme au
carnet rouge Un homme (bien) trouve un sac de femme (bien),
qu'il va essayer de lui rendre - vous imaginez la suite.
Antoine Laurain Par l'auteur du Chapeau de Mitterrand (en moins
Flammarion caustique et plus fleur bleue), ce conteur habile nous
offre une bouffée d'air frais et un agréable moment
de détente - Qui n'en a pas besoin ?
Anne

18
de cœur
Le respectable et riche ingénieur Enrique Cárdenas
Aux cinq rues, Lima
vit tant bien que mal dans sa ville, Lima, malgré les
Mario Vargas Llosa attentats, les enlèvements, le couvre-feu. Jusqu’au
jour où un maître chanteur Rolando Garro, rédac-
Gallimard
teur en chef d’un périodique à sensation, frappe à
la porte de son bureau !
Son ami Luciano, brillant avocat, va-t-il le sortir de
ce scandale ?
Qui lui en veut à ce point ? Le chef de la police politique ? Que peut-il faire pour ne pas
perdre sa femme Marisa ?
A vous de le découvrir dans un roman plein de rebondissements.
Jean

Underground Railroad
L'épopée périlleuse d'une esclave noire évadée qui
Colson Whitehead essaie de regagner le Nord et la liberté.
Albin Michel Des milliers l'ont tenté, moins de mille par an ont
réussi, grâce à l'aide d'un réseau d'hommes et de
femmes courageux et fortement impliqués - le véri-
table "chemin de fer clandestin" du titre. Seul
bémol à mon avis, l'auteur emploie cette métaphore comme s'il s'agissait d'une réalité
physique, ce qui paradoxalement amoindrit le rôle des abolitionnistes. Après avoir été
élu et encensé par Oprah (Winfrey) ce livre “fait un tabac” partout, y compris en France.
Pas étonnant, il est d'une puissance évocatrice inouïe, et sa lecture vous bouleversera
durablement. Incontournable !

Anne

19
Médiathèque Municipale
de Châteauneuf
1, rue du Baou
Tel. : 04 93 42 41 71
mediatheque@ville-chateauneuf.fr

Journal des Lecteurs


écrit par et pour les lecteurs

Mise en page :
L’esp@ce Multimédi@
Rédacteur en Chef :
Marie-Claude LAMBERT

Impression :
Zimmermann - Villeneuve-Loubet