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Récit de l’adolescence et de ses turpides, « Le bal » décrit avec perfection la haute

bourgeoisie parisienne et les codes qui régissent son fonctionnement. Il dénonce


l’hypocrisie de la classe dominante et les liens du mariage uniquement régis par
des contingences financières. Il s’attaque enfin également aux difficultés
d’assimilation dans une société perclus de certitudes.

A l’image des écrits de Maupassant, ce court récit a la forme des nouvelles


réalistes des œuvres de la fin du XIXe siècle. Il dépeint de manière cynique les
rapports mère fille ramenant l’auteur à sa propre expérience de jeune fille. Cette
part autobiographique dans le roman est importante car elle renforce l’idée
qu’Irène Némirovsky n’est autre que la protagoniste principale : Antoinette.

Désespérée par des relations exécrables avec sa mère et un père qui voue
uniquement sa vie à l’argent, la petite Antoinette va tout faire pour contrarier les
ambitions sociales de ses parents. Elle va ainsi tout faire pour saboter un bal
organisé par sa mère afin de recevoir le gotha de l’aristocratie parisienne en jetant
les enveloppes d’invitation dans la Seine.
Et si la nouvelle est basé sur les difficultés relationnelles entre Antoinette et sa
mère, elle n’en demeure pas moins ambivalente sur la probité des personnages.
En effet, la jeune Antoinette est systématiquement présentée comme une victime
du mépris de ses parents couplés aux tourments de l’adolescence. Elle semble
être cette innocence vertueuse à la merci de parents indignes. De nombreux
ouvrages de la littérature du XIXe siècle décrivent de manière manichéenne cette
situation. Cependant Irène Némirovsky évite le piège en construisant avec
Antoinette un personnage autrement plus complexe que ce symbole d’enfance
bafoué. Au fur et à mesure du déroulement du récit, la jeune adolescente dévoile
des sentiments de plus en plus ambigus vis à vis de sa mère et de la bonne. Elle
devient machiavélique au point de finir par jeter les enveloppes d’invitation dans la
Seine en toute connaissance de cause. Mais le plus incroyable reste encore la
réaction de la jeune fille lorsque sa mère comprend que personne ne viendra
participer au bal. Elle saute dans les bras de sa mère et s’écrie : « Pauvre
maman ». Elle n’a de cesse de la consoler alors qu’elle est la responsable du
malheur qui accapare sa famille. L’auteur fait montre de beaucoup de cynisme en
nous présentant une Antoinette manipulatrice qui tient son rôle à la perfection.

En écrivant « Le bal », Irène Némirovsky évoque également symboliquement le


problème de l’héritage culturel et la difficulté à discerner le bien de mal lorsque les
principes de base de son éducation sont la vénalité et le rapport de force. Elle
renvoie au principe freudien qui définit presque uniquement la construction de
l’individu à travers le rapport à la mère. Antoinette est une personne égoïste et
égocentrique mais son geste n’est finalement qu’un appel au secours pour que sa
mère s’occupe d’elle. Non seulement elle a besoin de sa mère mais en
développant à l’extrême son pouvoir de nuisance, elle souhaite également
démontrer à chacun qu’elle n’est plus une enfant mais bien une adulte. Ce
passage à l’acte est fondateur de l’identité d’Antoinette qui passe directement ce
jour là de l’enfance à l’age adulte.
Enfin, Irène Némirovsky croque à merveille les vices de la grande aristocratie
parisienne, dédaigneuse de son prochain, et l’avidité des nouveaux riches qui
désirent rentrer dans le sérail des gens qui comptent. Elle n’épargne pas la grande
bourgeoisie et elle rejoint en cela de manière très subtile les penseurs humanistes
qui décrient cette façon superficielle de fonctionner. Si « Le bal » n’est pas un
roman social en soi, il n’en reste pas moins une critique acerbe d’une certaine
classe sociale qui fonctionne en cercles concentriques.

Le Bal
La nouvelle se passe à Paris dans les années 1920.
Antoinette Kampf est une jeune fille de 14 ans "bousculée" par sa mère, femme à forte
personnalité et qui est incapable du moindre geste de tendresse à son égard. Son père
est un riche banquier, il est assez effacé. Seule la bonne s'occupe de l'adolescente.
Monsieur et madame Kampf sont très occupés par leur vie mondaine. Alors que la mère
d'Antoinette est en train d'organiser un grand bal, sa fille, émerveillée, lui demande si
elle pourra y assister. Sa mère refuse. Antoinette est folle de rage et une occasion de se
venger va lui être donnée. Alors qu'elle sort avec sa nurse, celle-ci lui demande de poster
les invitations pour le bal. La jeune fille est d'accord mais au lieu de faire ce qui lui a été
demandé, elle jette toutes les invitations dans la Seine.
Le soir de la réception aucun invité ne se présente, exceptée la professeur de piano de
Antoinette, une vieille femme revêche et autoritaire. Mme Kampf est éffondrée. Sa fille
s'approche d'elle et la console. Sa mère lui dit qu'elle est une "bonne fille"...
Les personnages principaux

Antoinette Kampf

Antoinette Kampf est une jeune fille discrète de quatorze ans. Ses parents viennent de faire
fortune et ils veulent organiser un bal où toute la haute société se retrouverait. Les rêves
romanesques d’Antoinette sont arrêtés par la décision irrévocable de sa mère : elle ne
participera pas au bal, elle ira se coucher. La jeune fille est malheureuse dans ce foyer où on
lui reproche constamment son attitude. Ce refus supplémentaire de sa mère provoquera chez
elle une réaction inattendue.

Antoinette Kampf is a discreet girl of fourteen. His parents have just made a fortune and they want
to organize a ball where all the high society would meet. Antoinette's romantic dreams are stopped
by the irrevocable decision of her mother: she will not take part in the ball, she will go to bed. The
girl is unhappy in this home where she is constantly criticized for her attitude. This additional refusal
of her mother will provoke an unexpected reaction.

Alfred Kampf

M. Kampf est le père d’Antoinette. Ce banquier juif vient de réussir à intégrer la caste des
riches en réalisant des placements judicieux. Il intervient peu dans le récit, mais se montre
plutôt antipathique.

Mr. Kampf is Antoinette's father. This Jewish banker has just managed to integrate the caste of the
rich by making wise investments. He intervenes little in the story, but is rather unfriendly.

Rosine Kampf

Mme Kampf, la mère d’Antoinette, est une femme bourgeoise qui rêve depuis des années de
conquérir la haute société. Alors que son mari parvient à leur faire accéder à ce rang, elle
organise, à sa demande, un bal chez eux. Elle est Aigrie, sévère et rejetant le plus souvent ses
frustrations sur sa fille, elle ne se doute pas que cette dernière lui fera payer ses mauvais
comportements en se vengeant.

Mrs. Kampf, Antoinette's mother, is a bourgeois woman who has been dreaming for years of
conquering high society. While her husband manages to get them to this rank, she organizes,
at his request, a ball at home. Embittered, severe and most often rejecting her frustrations
about her daughter, she does not suspect that the latter will make him pay for his bad
behavior by taking revenge.
I. Le résumé de l’histoire

Après plusieurs années difficiles, la famille Kampf a enfin fait fortune et déménage dans de
nouveaux appartements. M. Kampf, soucieux d’intégrer avec succès la société des riches, veut
organiser un bal. Sa femme en est ravie, elle qui veut faire bonne figure depuis tant d’années
au sein de la haute société. Cependant, inviter 200 personnes pour un événement de cette
ampleur l’angoisse considérablement.

After several difficult years, the Kampf family has finally made a fortune and is moving into
new apartments. Mr. Kampf, anxious to successfully integrate the society of the rich, wants to
organize a ball. His wife is delighted, she who wants to look good for so many years in the
upper class. However, invite 200 people for an event of this magnitude anxiety greatly.

Bourgeoise venant tout juste de parvenir, Mme Kampf est très aigrie et ses relations avec son
mari et sa fille en pâtissent. Son mari semblant d’ailleurs ne lui porter que peu d’intérêt.

A middle-class woman who had just arrived, Ms. Kampf is very sour and her relationship with
her husband and daughter is suffering. Her husband seems to be of little interest to him.

Antoinette, leur fille de quatorze ans est une grande jeune femme assez maigre et dont les
formes sont encore peu développées. Timide et constamment rabaissée par sa mère qui ne
cesse de lui reprocher des choses, elle n’apprécie pas sa vie. Cependant, la perspective du bal,
de rencontres dans la bonne société, de vêtements et bijoux dorés, ainsi que d’intrigues
romanesques, enthousiasment enfin la jeune fille.

Antoinette, their fourteen-year-old daughter, is a tall, fairly thin young woman whose forms
are still poorly developed. Shy and constantly belittled by her mother who keeps blaming
things for her, she does not appreciate her life. However, the prospect of the ball, meetings in
good society, clothes and gilded jewelry, as well as romantic intrigues, finally enthrall the girl.

C’était sans compter sur les craintes de sa mère. Cette dernière lui refuse d’être présente à la
soirée. Antoinette insiste, bien qu’elle ne semble pas avoir pour habitude de le faire, mais sa
mère s’obstine et ne lui accorde pas cette faveur.

It was not counting on his mother's fears. She refuses to be present at the party. Antoinette
insists, although she does not seem to have a habit of doing so, but her mother persists and
does not give her this favor.
Antoinette en tire une rancune profonde. De plus, sa mère la sollicite pour aider à la
préparation de la soirée. Antoinette doit rédiger les adresses sur les enveloppes. Miss Betty,
une jeune femme anglaise chargée de son éducation, l’accompagne à son cours de musique.
Antoinette donne une invitation à sa professeure, Mlle Isabelle, au bal. Mlle Isabelle semble
intriguée par cet événement. Elle feint de décliner, puis quand elle comprend que la soirée
amènera du beau monde elle revoit son avis.

Antoinette takes a deep grudge. In addition, his mother asks her to help with the preparation
of the evening. Antoinette must write the addresses on the envelopes. Miss Betty, a young
English woman in charge of her education, accompanies her to her music class. Antoinette
gives an invitation to her teacher, Miss Isabelle, at the ball. Miss Isabelle seems intrigued by
this event. She pretends to decline, then when she understands that the evening will bring the
beautiful people she reviews her opinion.

Antoinette sort de sa leçon et voit Miss Betty avec son amant. Tandis qu’ils souhaitent avoir un
instant pour eux deux, elle envoie Antoinette poster les invitations pour le bal.

Antoinette leaves her lesson and sees Miss Betty with her lover. While they wish to have a
moment for both of them, she sends Antoinette post the invitations for the ball.

Entre l’agressivité de sa mère et le comportement de Miss Betty qui se sert d’elle pour
envoyer le courrier et passer du bon temps auprès de son amant, Antoinette malheurese voit
rouge. Elle prend les enveloppes, les déchire et les jette.

Between the aggressiveness of her mother and the behavior of Miss Betty who uses her to
send the mail and have a good time with her lover, Antoinette sees red. She takes the
envelopes, tears them up and throws them away.

Le jour du bal, les préparatifs effraient considérablement Mme Kampf qui ne sait plus où
donner de la tête. Elle se consacre un moment à elle seule dans une chambre. Elle se regarde
et observe avec tristesse son visage vieilli et angoissé. Elle doit encore faire un effort pour
paraître, elle a conscience qu’après il sera trop tard : elle sera vieille. Elle s’est battue toute sa
vie pour porter les bijoux qui sont devenus les siens, mais maintenant des rides apparaissent
sur son visage. Elle se remaquille et redescend. Elle gronde sa fille et lui demande de partir à
sa chambre.

On the day of the ball, the preparations considerably scare Ms. Kampf who does not know
where to turn. She spends a moment alone in a room. She looks at herself and sadly observes
her aged and distressed face. She must still make an effort to appear, she is aware that after it
will be too late: she will be old. She fought all her life to wear jewelry that became hers, but
now wrinkles appear on her face. She remakes and goes down again. She scolds her daughter
and asks her to go to her room.
Antoinette, qui n’a dit mot durant la semaine de son méfait, monte devant la fenêtre ouverte
et reste immobile. Au bout d’un moment, elle se décide à descendre, puis à traverser le salon.
Elle trouve un endroit où se cacher, où elle pourra entendre et voir la soirée.

Antoinette, who did not say a word during the week of her misdeed, goes up to the open
window and remains motionless. After a while, she decides to go down, then to cross the
living room. She finds a place to hide, where she can hear and see the evening

Les invités n’arrivent pas. Seule Mlle Isabelle se présente. Elle discute du nouveau mobilier des
Kampf, des bijoux et vêtements de Madame, le tout avec une perfidie certaine. Quand les
deux femmes ne savent plus quoi se dire, M. Kampf l’invite à danser. Rosine se sent
désespérée : hormis Mlle Isabelle, personne n'est présent.

The guests do not arrive. Only Miss Isabelle introduces herself. She discusses the Kampf's new
furniture, jewels and Madame's clothes, all with certain perfidy. When the two women do not
know what to say anymore, Mr. Kampf invites him to dance. Rosine feels desperate: except
Miss Isabelle, no one is present.

Les heures s’écoulent. Les époux Kampf et Mlle Isabelle comprennent que personne ne
viendra. Ils perdent leur calme devant Mlle Isabelle qui les quitte en feignant de les plaindre.
Rosine et Alfred se font une scène de ménage. Alfred part du domicile.

The hours go by. The Kampf and Miss Isabelle understand that nobody will come. They lose
their calm in the presence of Miss Isabelle, who leaves them, pretending to pity them. Rosine
and Alfred are doing a household scene. Alfred leaves home

Rosine reste seule, effondrée. Au bout d’un moment, Antoinette surgit de sa cachette. Sa
mère est tellement horrifiée qu’elle lui demande de s’en aller. Puis, Antoinette la plaint et
Rosine pleure, dévastée par cet échec. Tandis qu’Antoinette n’avoue pas ce qu’elle a fait, sa
mère lui dit enfin qu’elle est « une bonne fille ».

Rosine remains alone, collapsed. After a while, Antoinette comes out of hiding. Her mother is
so horrified that she asks him to leave. Then, Antoinette complains and Rosine cries,
devastated by this failure. While Antoinette does not confess what she did, her mother finally
tells her that she is "a good girl".
II. Le thème abordé

Les nouveaux riches

À travers la peinture de cette famille préparant un événement – le bal – Irène Némirovsky


montre que seul l’argent réunit encore le couple Kampf. Ils sont uniquement motivés par la
réussite, le gain et leur désir commun d’appartenance à une classe sociale supérieure. Leur
fille fait les frais de cet univers agressif, plein d’aigreurs et sans amour. Elle doit constamment
se tenir et être éduquée de la meilleure façon qui soit, même si elle n’y trouve aucun intérêt
ou plaisir. L’angoisse de sa mère avant le bal démontre l’importance pour elle de paraître au
mieux au milieu de gens qu’elle ne connaît pas, voire qu’elle n’apprécie pas pour la plupart
d’entre eux. Le dialogue entre les deux époux pour convoquer les invités est d’ailleurs
emblématique de cet univers absurde où les rapprochements sont seulement motivés par les
intérêts des uns et des autres.

Through the painting of this family preparing an event - the ball - Irene Nemirovsky shows that
only the money still reunites the Kampf couple. They are motivated solely by success, gain and
their common desire to belong to a higher social class. Their daughter is the expense of this
aggressive universe, full of bitterness and without love. She must constantly stand and be
educated in the best way possible, even if she finds no interest or pleasure in it. Her mother's
anguish before the ball shows how important it is for her to appear at best in the midst of people
she does not know, or that she does not like most of them. The dialogue between the two spouses
to summon the guests is emblematic of this absurd world where the connections are only
motivated by the interests of each other.