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PACE

2017

Communautarisme : Menace
pour la république ?

M. Ayman EL YAAGOUBI
Telecom ParisTech
PACE 2017
Communautarisme : Menace pour la république

Le communautarisme, une menace


pour la république ?

PACE 2017-Telecom ParisTech

Mohamed Ayman EL YAAGOUBI

PACE 2017 M. Ayman EL YAAGOUBI Document1


Communautarisme : Menace pour la république

Sommaire :

Avant-propos ...........................................................................................................................................4

Mise en contexte du terme « Communautarisme » ..............................................................................5

Le communautarisme : Incompatible et menaçant au modèle de vivre-ensemble ..............................7

Mesures prises pour lutter contre les dérives communautaristes .......................................................9

Différents choix politiques ............................................................................................................... 10

Une autre voix : Celle des musulmans ............................................................................................. 12

Moralité : Effort nécessaire, des deux rives ..................................................................................... 13

Bibliographie ..................................................................................................................................... 14

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Communautarisme : Menace pour la république

Avant-propos :

Le terrorisme, les fractures sociales, la crise économique sont des facteurs qui ont largement
contribué à la montée du communautarisme en France. La peur de l’autre, le rejet et le racisme
font que nous vivons aujourd’hui, en 2017, une phase critique de l’histoire du pays, où nous
avons le plus besoin du rassemblement, afin de faire face à la montée de l’extrémisme, de la
menace extérieure et à la guerre que nous avons décidée de mener.
Pour faire face à ce phénomène complexe, il est nécessaire de comprendre l’histoire du
terme « communautarisme » et de ses usages, ainsi que les différents choix politiques pour le
parer. Il s’agit, principalement, de faire preuve de rigueur et de précision vis-à-vis de ce qui est
intolérable que nous nous devons d’éradiquer, de ce qu’il faut, au contraire, préserver. Pour
l’essentiel, le communautarisme, qui représente une vision de la nation hostile aux valeurs
républicaines et incompatible avec ses idéaux, est très différent des communautés qui
apportent richesse et diversité, sous réserve de se soumettre aux lois de la république. Cette
précision est vitale et l’enjeu me semble majeur pour ne pas basculer dans la Xénophobie et la
division.
Venant moi-même d’un pays étranger, je suis conscient que la guerre aux communautés
nous serait fatale, et que les communautés proposent, sauf les plus extrémistes d’entre elles,
des principes et idéaux, qui sont assimilables aux valeurs de la république. Les musulmans sont,
par exemple, des citoyens, comme les autres, et il serait dommageable de les voir
différemment, tel le suggèrent certains discours extrémistes qui participent à la diabolisation et
tiennent un message de haine et de division au sein du peuple français. Je pense, à l’encontre
de ces propos, que nous sommes capable de trouver un terrain d’entente et un vivre-ensemble
qui épanouira toute la population.

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Communautarisme : Menace pour la république

I- Mise en contexte du terme


« communautarisme » :

Larousse définit le communautarisme par « Toute conception faisant prévaloir


l'organisation de la société en communautés sur l'exigence d'assimilation des individus selon des
règles et un modèle équivalents pour tous »1, c’est un terme social et politique désignant un
mouvement qui donne à la communauté (religieuse, sociale, politique, etc.) une priorité sur
l’individu, avec une tendance de repli sur soi et sur son identité communautaire. L’identité de
l’individu, ne peut être définie qu’au sein de sa communauté dans laquelle il puise sa culture et
l’estime de soi qui lui est nécessaire.

De point de vue purement étymologique, le terme « communautarisme » réfère à l’action


d’un groupe d’hommes, de se mettre ensemble pour affronter des problèmes qui leurs sont
communs. Ce terme a été utilisé par les sociologues, les politiques et même les journalistes en France
depuis le début du troisième millénaire pour désigner la menace qui pèse sur la nation, ses valeurs,
et aux droits de l’homme qu’elle défend.

Historiquement, la notion du communautarisme fut utilisée principalement dans les discours


politiques au 20ème siècle aux Etats Unis (intolérance raciste, sexisme, etc.) Le terme a ensuite gagné
en usage suite aux attaques du 11 septembre du World Trade Center à New-York, pour désigner
principalement la communauté musulmane, en réaction à la réalité du terrorisme islamiste. La
notion s’est ensuite enrichie pour désigner d’autres cas et communautés (noires, juives, asiatiques
etc…), mais a su garder son caractère péjoratif et méprisant.

Aujourd’hui, il serait naïf sinon candide de nier la percée impressionnante des mouvements
extrémistes en Europe, et dans le monde entier. L’élection du président américain Trump en est le
parfait exemple. Son programme, reposant principalement sur le protectionnisme économique, la
fermeture des frontières et le discours de peur à l’égard de la communauté mexicaine est similaire à
celui du parti du Front National français, quitte à remplacer l’intrus mexicain par les musulmans. La
montée en force de ces partis soulève une question de fond sur la façon de régler le
communautarisme, d’où l’enjeu majeur, et l’aspect d’actualité, voire d’urgence que nous devons lui
accorder.

1
Encyclopédie LAROUSSE http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/communautarisme/35542

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Communautarisme : Menace pour la république

Figure 1 : Pourcentages des partis d’extrême droite dans l’Europe lors des derniers scrutins

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Communautarisme : Menace pour la république

II- Le communautarisme : Incompatible et


menaçant au modèle de vivre-ensemble

Le modèle français est, en contraste avec l’approche multiculturelle des Etats-Unis, décrit par
un grand nombre d’hommes politiques français de grand calibre et de différents courants politiques
comme un modèle d’assimilation. C’est-à-dire que « Le corps social et les institutions sont censés
digérer les nouveaux venus et les transformer en Français. Le but est qu’ils ne soient plus
repérables dans la structure sociale, que leurs spécificités culturelles, religieuses ou sociales
disparaissent afin qu’ils deviennent semblables en tout point aux Français. »2 Il s’agit donc ici
d’une tradition assimilatrice qui fait disparaitre toute identité culturelle susceptible de faire
remarquer un individu. Elle exige que le nouveau arrivant adopte la langue, les manières et toutes les
autres pratiques culturelles de la société d’accueil. Le code de la nationalité précise clairement que «
Nul ne peut être naturalisé s’il ne justifie pas de son assimilation à la communauté française. »
Les efforts sont donc clairement asymétriques, dans le sens où le nouvel arrivé est obligé de faire la
totalité de l’itinéraire conduisant vers la société d’accueil, et de s’identifier parfaitement à ses
valeurs. L’effet des immigrés dans la société, est de porter une nuance de plus, et non une diversité
multiculturelle comme dans d’autres pays (Le Royaume Uni, L’Allemagne, etc.) Le processus
d’assimilation est l’unique moyen de l’immigration que propose la république française.

Je ne m’associe naturellement pas à ce discours, obligeant les nouveaux arrivants à effacer


leurs origines ethniques pour être accepté dans la société d’accueil. Je considère cela trop demandé
et rarement réussi : de nature, l’Homme est incapable d’oublier ses origines et racines, et garde
toujours ses spécificités qui font son identité culturelle. C’est justement cette obligation à s’effacer
qui crée un véritable choc culturel et une désorientation qui favorise le repli sur soi, qui peut évoluer
vers un vrai communautarisme menaçant les valeurs de la république. Ce communautarisme qui
désigne plutôt un phénomène socio-politique problématique, une dérive, qu’une idéologique comme
laisserait croire la définition académique du terme. Ce mot est lié à une connotation péjorative très
forte, voire même un « un opérateur d’illégitimation »3 qui s’oppose aux valeurs de la république et à
l’idéal laïque républicain. La laïcité est un principe constitutionnel en France depuis la loi de 1905, qui
sépare le religieux du politique, le privé du publique. La république ne considère pas les
appartenances ethniques et religieuses, et ne reconnaît que la communauté des citoyens français.

2 Patrick Simon, socio démographe à l’Institut national d’études démographiques (INED) pour Le Monde
http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/11/integration-ou-assimilation-une-histoire-de-
nuances_5029629_3232.html
3 La Républiqueenlisée, Pluralisme, Communautarisme et Citoyenneté, P.A. TAGUIEFF, Ed

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Communautarisme : Menace pour la république

Je pense qu’un modèle d’intégration modéré, laissant vivre les communautés sans visibilité ni
stigmatisation, est le seul modèle capable de réussir et résister aux tendances nationalistes du
XXIème siècle.

La montée en force des inégalités sociales dues aux facteurs économiques divers (faible
croissance, chômage plus important, affaiblissement du pouvoir d’achat, etc.), et la remise en
question de l’égalité des chances à l’accès à l’éducation de qualité, et au monde de travail (Zones
d’Education Prioritaire) a causé le développement de communautés refuge et de renfermement sur
soi qui remplacent la communauté française pour les ‘ratés de l’intégration’, ce terme très utilisé
pour désigner ceux qui n’ont pas réussi à s’intégrer, qui ont des difficultés culturelles et sociales qui
font qu’ils ne soient pas souvent considérés comme français à part entière. La vraie menace pour la
république, repose sur le fait que ces communautés se sont de plus en plus affirmées sur la scène
politique, et ont gagné d’ampleur, de visibilité et de représentativité, ce qui s’est manifesté par de
nouvelles revendications à l’état. On peut citer à titre d’exemple les communautés qui se sont mises
à demander une favorisation quelconque (horaires spécifiques pour les femmes dans les piscines,
viande Halal à la cantine de l’école publique, visite médical d’un docteur femme, etc.) ou une
reconnaissance par la république ou une discrimination parfois dite positive, mais qui reste souvent
mal entendue (communauté des homosexuels, etc.) Mais pas seulement, le communautarisme
touche à la vie quotidienne, et nous n’avons qu’à rendre visite à certaines banlieues pour nous
rendre compte de l’ampleur de ce fait. Le communautarisme territorial existe, il est pratiqué et subi
par plusieurs citoyens français, qui sont parfois obligés de quitter leurs lieux par incompatibilité avec
la communauté majoritaire. Nous sommes presque amenés à penser que des ghettos sociaux sont en
train de se créer dans les périphéries des grandes villes françaises. La France se fracture, pas
seulement sur le plan ethnique et religieux, mais aussi sur le plan territorial spatial.

Le vrai danger de ces nouveaux ghettos, c’est qu’ils représentent plus une idéologie sociale qu’un
territoire. C’est-à-dire que la micro société qui s’y crée s’oppose à la société globale et est souvent
hostile vis-à-vis des citoyens qui lui sont étrangers, c’est une nation entière dans la nation qui nuit au
principe de l’universalité et qui représente dès lors un grand danger pour la république, ce qui nuit à
beaucoup d’autres habitants et membres de la communauté qui ne sont pas forcément impliqués ni
d’accord avec ce genre de pratiques.

L’utilisation du mot ghetto renvoie presque systématiquement à l’image d’un quartier pauvre, ce
n’est, à mon avis, pas forcément le cas en France. Les personnes ayant un mode de vie et un niveau
de richesse important choisissent aussi de vivre dans leur propre entre-soi. Cette tranche de la
société est animée par l’idée que la richesse de l’un est protégée par celle des autres, et tient fort dès
lors à défendre cet entre-soi. C’est indéniablement une sorte de communautarisme de l’autre côté
qui est souvent négligée, mais qui mérite d’être signalée et à laquelle nous devrions être attentifs car
elle peut se développer pour représenter autant de danger que tout autre type de
communautarisme, il n’existe pas de communautarisme pacifique. Tout communautarisme est
menaçant pour la république, puisqu’il revendique une appartenance alternative à celle de la nation,
et cela doit être traité par autant de fermeté que nécessaire.

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Communautarisme : Menace pour la république

III- Mesures prises pour lutter contre les dérives


communautaristes :
À cause de la prise de conscience de la France sur l’ampleur du phénomène, ainsi que des
périls profonds qu’il engendre, celles que nous venons de voir. Il est évident et naturel que la nation
engage des mesures pour lutter contre ce communautarisme montant. Patrick Lozès, président du
Conseil représentatif des associations noires - CRAN -, dit4 dans son rapport au ministre de l’intérieur
recueilli par Le monde en 2010 que l’un des moyens les plus efficients pour la lutte contre le
communautarisme, est d’éradiquer le racisme. En effet, le communautarisme ne serait qu’une
réaction réflexe amortissant l’impact du racisme. Le rôle de l’état n’est pas simplement de décréter
des lois qui instaurent l’égalité des citoyens, mais aussi de veiller à ce que cette égalité soit réelle et
vécue. La lutte contre la discrimination est essentielle et indispensable à la récession du
communautarisme sous toutes ses formes.

La république fournit d’autres efforts afin de stopper la montée du communautarisme. Pour


mieux connaître et communiquer avec la communauté musulmane, par exemple, en 2003, Nicolas
Sarkozy, à l’époque ministre de l’intérieur français, a décidé de fonder un conseil français du culte
musulman - CFCM - qui permettrait de représenter les musulmans de France. Pour le journaliste et
écrivain Éric Zemmour, cette action donna à l’islam la protection d’une religion d’état sans aucune
contrepartie. 5Ce conseil qui doit assurer plusieurs fonctions, dont la formation des Imams des
mosquées, qui est une tâche délicate qui mérite beaucoup d’attention, pour les liens que certains
imams peuvent ou pas avoir avec des partis de l’islam fondamentaliste. Cependant, l’effort engagé
semble ne pas satisfaire aux musulmans, et le CFCM souffre d’un manque sévère de représentativité
et de popularité (plus de 50% des mosquées se sont abstenues de voter au scrutin 6).

Ces efforts sont bienvenus à mes yeux car la lutte contre le communautarisme ne devrait guère
se transformer en guerre contre les communautés, le rôle de l’état est primordial de bien définir la
frontière entre ce qui relève du communautariste, de ce qui est simplement une appartenance
tolérée et acceptable.

4
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/16/patrick-lozes-la-lutte-contre-le-communautarisme-ne-
peut-etre-une-lutte-contre-les-communautes_1316414_3224.html
5 Éric Zemmour, Le suicide français, p.475-482
6
http://www.liberation.fr/france/2015/02/08/les-quatre-plaies-du-conseil-du-culte-musulman_1198311

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IV- Différents choix politiques :

Si tous les acteurs politiques convergent sur le danger dû à la présence du communautarisme


et la nécessité d’agir rapidement, leurs choix et approches d’intervention diffèrent dans un large
spectre de solutions. Le parti ‘Les Républicains’ semble très sensible et attentif à la question du
communautarisme musulman depuis l’ère du président Chirac. Il a toujours poussé vers une
réconciliation de l’islam avec la république de la même façon dont les catholiques, les protestants et
les juifs se sont vus imposer des règles. L’islam doit donc, de façon égale, subir les mêmes règles. Le
candidat du parti aux élections présidentielles de 2017 François Fillon ne saurait tolérer aucune
association qui se réclame du salafisme ou des frères musulmans, et son régime les interdira ainsi
que tout financement étranger des mosquées. Il propose, dans une interview avec le journaliste
Patrick Fluckiger, d’aller jusqu’à interdire les prêches en arabe. « Il n’y a pas de place en France pour
.
un islam saoudien, marocain, algérien »7 dit-il Ces mesures sont difficiles et sévères, poursuit-il,
mais essentielles si l’on désire vraiment réconcilier l’islam avec les valeurs républicaines.

Le Front National propose des mesures plus sévères pour une lutte efficiente contre le
communautarisme en France. Marine Le Pen, présidente du Front National, propose de revoir le
code de la nationalité, elle pense que l’acquisition automatique de la nationalité par le droit au sol
serait source de vrais problèmes. Elle a déclaré pour le figaro qu’« Il y a aujourd'hui des personnes
nées en France, ayant acquis la nationalité française à leur naissance ou à leur majorité, qui se sentent
profondément en rupture avec la société française »8
Le problème d’assimilation vient donc de l’immigration massive de pays majoritairement
musulmans, ce qui a renforcé les tendances islamistes et entravé l’assimilation qui s’enlisait déjà. Le
Pen critique une politique étrangère de collaboration avec des pays qui nouent des liens avec les
fondamentalistes, comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Et reproche aux deux partis au pouvoir
depuis des décennies de s’être engagé dans les guerres en Iraq et en Syrie, ce qui a fortement
augmenté la menace terroriste, qu’elle lie directement au fait communautariste en France. Ce point
de vue, malgré son extrémisme, ouvre le débat sur le rôle des politiques dans la croissance des
menaces communautaristes. J’estime, en effet, que la politique migratoire de la France a contribué à
la montée de ce fléau, ainsi qu’à accroitre les menaces terroristes. J’adhère donc à la position

7
http://www.leprogres.fr/politique/2016/07/23/francois-fillon-il-faut-engager-la-lutte-contre-le-
communautarisme-de-l-islam
8
http://www.lefigaro.fr/politique/2015/01/16/01002-20150116ARTFIG00430-les-propositions-de-marine-le-
pen-pour-lutter-contre-le-communautarisme.php

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consistant à maîtriser le flux des migrants à travers la mise en place de frontières européennes
fortifiés, sinon à retrouver les frontières nationales.

Contrairement à la droite qui semblait converger sur le point du communautarisme lors du


débat des primaires, le second parti traditionnel au pouvoir, le Parti Socialiste, a su mener, grâce à
ses deux candidats au second tour de la primaire Benoît Hamon et Manuel Valls, un débat vif et
passionné sur cette question. En effet, Manuel Valls reprocha à Benoît Hamon une ambiguë
perception de la laïcité, il dit : « Je défendrai notamment l'égalité entre les femmes et les hommes. On
ne peut pas souffrir de la moindre ambiguïté quand, par exemple, des femmes sont interdites d'espaces et
de lieux publics »9. Selon Valls, la guerre est déclarée et il ne peut y avoir le moindre compromis avec
le communautarisme. Hamon, qui a provoqué cette polémique après avoir relativisé un reportage de
France 2 montrant des femmes qui n’étaient pas les bienvenues dans certains cafés ou bars, en
revenant aux origines sociales du problème, et de poser la responsabilité sur les épaules de la
république : « J’interroge aussi ce qui est la responsabilité de la République dans le fait qu’il existe des
ghettos sociaux où l’espace public peut être aujourd’hui confisqué. »10 L’ancien ministre de l’éducation
fait la promotion d’une laïcité plus tolérante et flexible, et met le point sur l’origine sociale du
communautarisme et ses dérives.

Il est crucial, à ce point, de constater que le modèle social à adopter fait toujours polémique et
débat, et qu’il ne s’agit pas d’en imposer aux français, ce qui n’est pas ce que laissent entendre
certains spécialistes de l’histoire de France, surtout sur les médias. Je plaide en faveur du plus adapté
à leurs besoins et adéquat aux enjeux du XXIème siècle. Je suis, comme nous venons de voir avant,
pour un modèle d’intégration qui laisse une marge de liberté aux individus de conserver leurs
racines, tant qu’elles n’interfèrent pas avec l’idéal républicain.

9
Lors d’un débat télévisé sur TFI, le lundi 19 décembre 2016.
10
http://www.europe1.fr/politique/le-communautarisme-nouvel-angle-dattaque-contre-hamon-2959457

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V- Une autre voix, celle des musulmans :

Le philosophe et pédagogue suisse, Tariq Ramadan, e s’est beaucoup exprimé sur la question
du communautarisme en France, et s’est dit vouloir faire un rapprochement entre l’occident, et sa
communauté musulmane. Dans son livre « mon intime conviction », T. Ramadan tente de relever les
défis liés à l’intégration des immigrés d’origine musulmane dans une sorte de discours à double
audience : d’une part, il s’adresse aux français de confession musulmane, d’autre part à la république
française qui les trouve problématiques et douteux. Le philosophe est souvent accusé de tenir un
double discours ; un discours adapté à l’occident, où il montre le bon côté de l’islam, où il fait la
promotion d’un islam occidental compatible avec les valeurs et idéaux de la république. Et un autre
discours, plus violent, plus franc, adressé aux musulmans des banlieues, où il serait plus proche des
positions extrémistes du mouvement radical des frères musulmans. Cependant, le livre semble à
mon avis démolir ces hypothèses. On le voit clairement aux yeux de d’Éric Naulleau qui s’étonne de
la facilité d’accès et la profondeur du livre lors d’une émission télévisée sur France 2. L’éditeur retient
des propositions révolutionnaires, en l’occurrence la définition de la « Sharia ». Naulleau dit que : « la
lecture du livre ne correspond pas du tout à ce qu’on lit sur vous (S’adressant à Mr. Ramadan), et votre
livre est exempt de toutes les ambiguïtés qu’on vous reproche »11

Lors de cette même émission, le débat qui s’instaura fut passionnant, et enrichissant pour le
sujet qui est le nôtre. Ramadan cite des spécialistes de la laïcité qui, selon lui, pensent que la
tradition française s’éloigne de ce que l’on vient de dire au début de l’essai, qu’il ne s’agisse pas
d’assimiler les nouveaux venants à la culture française, mais de les intégrer, en gardant leurs
spécificités, dans un pluralisme. Il reproche à certains de prendre la laïcité en idéologie et
dogmatisme qu’elle n’est pas. Les français de confession musulmane se soumettent à la loi et ne sont
pas problématiques. Selon Ramadan, ils ont énormément évolué. Il attend de la France une tolérance
vis-à-vis des musulmans qui demeurent des Français.

L’enjeu est clair à mes yeux, il s’agit de trancher une bonne fois pour toute, si la France doit lutter
contre le communautarisme nuisible, ou contre les communautés. Une réponse nette à cette
question, est seule digne de sortir le pays des polémiques liées à ce sujet, et permettra de choisir la
direction future et la forme de la société de demain.

Sans le remarquer, nous avons systématiquement basculé dans l’étude quasi-exclusive du


communautarisme musulman. Ce ne fut pas mon intention première, mais je m’y suis trouvé
contraint à cause de la réalité politique aujourd’hui. Les attaques terroristes et le climat tendu font
que le mot communautarisme ne soit quasiment utilisé que pour décrire l’islamisme. D’autres
communautarismes sont pourtant présents en France, comme le communautarisme juif. Même si,
contrairement à l’islam, ce dernier n’est que rarement présenté comme menace pour la république.
D’une part pour le nombre faible des citoyens juifs (presque 1% de la population seulement), mais
aussi parce que leur différence et culture se fait moins visible dans la vie quotidienne.

11
L’émission On n’est pas Couché du 26 septembre 2009 : https://www.youtube.com/watch?v=sVyglW_4fTI

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VI- Moralité : Effort nécessaire, des deux rives.

Venant moi-même d’un pays majoritairement musulman, et bien informé de la religion


musulmane telle qu’elle est, il me semble irréalisable de prouver que l’islam s’oppose à l’état de droit
et à la république. La religion islamique est d’une élasticité et d’une souplesse qui la dotent d’une
adaptabilité sidérante. Mais il ne s’agit pas ici de soutenir les mouvements communautaristes qui se
sont créés ces dernières années, les efforts d’intégration doivent se multiplier de la part de la
communauté musulmane qui est sensée s’investir davantage dans la société (vote et participation à
la prise de décisions, etc.) afin d’améliorer la situation sociale et économique de la nation.

Je ne partage cependant pas la position statique que défend Éric Zemmour qui consiste à ce
que seuls les nouveaux venus aient à faire des efforts, la France doit intégrer ses communautés et
respecter certaines de leurs exigences, en l’occurrence celles qui ne sont pas aussi dangereuses que
cela, et qui sont souvent diabolisées, à mauvais égard, pour servir de divers agendas politiques. Je
pense notamment au fait de considérer les demandes de réserver des horaires à la piscine comme
nuisance à l’égalité homme femme, ou encore à considérer le voile comme signe religieux
ostentatoire dans l’espace publique. Je considère que la communauté musulmane pèse dans la
société aujourd’hui, 7.5% d’après Wikipédia, et que, au nom de la démocratie, on se doit de
respecter certaines de ses exigences. Le compromis est possible, mais nécessite des efforts mutuels,
sans stigmatisation, sans préjugés, sans procès d’intention. Des efforts provenant des deux rives, afin
d’aboutir à une société française modèle, qui peut être fière d’un mode social d’intégration
exceptionnel au monde, qui fonctionne et qui servira d’exemple de tolérance et de vivre-ensemble.
C’est un espoir que nous nous devons de garder, d’aspirer à un monde meilleur pour les futures
générations qui n’auront pas, je l’espère, à vivre de clash de civilisations.

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Bibliographie :

Tariq Ramadan : Mon intime conviction Poche – 5 janvier 2011


Éric Zemmour : Petit frère Poche – 8 mai 2009
« Le Communautarisme est- il compatible avec les valeurs de la République ? »
https://www.droithumain-france.org/le-communautarisme-est-il-compatible-avec-les-valeurs-de-la-
republique/
Le monde, Le figaro, L’étudiant.
L’émission On n’est pas Couché du 26 septembre
2009 :https://www.youtube.com/watch?v=sVyglW_4fTI
Lors d’un débat télévisé sur TFI, le lundi 19 décembre 2016.
http://www.europe1.fr/politique/le-communautarisme-nouvel-angle-dattaque-contre-hamon-
2959457
http://www.leprogres.fr/politique/2016/07/23/francois-fillon-il-faut-engager-la-lutte-contre-le-
communautarisme-de-l-islam
http://www.lefigaro.fr/politique/2015/01/16/01002-20150116ARTFIG00430-les-propositions-de-
marine-le-pen-pour-lutter-contre-le-communautarisme.php
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/16/patrick-lozes-la-lutte-contre-le-
communautarisme-ne-peut-etre-une-lutte-contre-les-communautes_1316414_3224.html
Éric Zemmour, Le suicide français, p.475-482
http://www.liberation.fr/france/2015/02/08/les-quatre-plaies-du-conseil-du-culte-
musulman_1198311
Patrick Simon, socio démographe à l’Institut national d’études démographiques (INED) pour Le Monde
http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/11/integration-ou-assimilation-une-histoire-de-
nuances_5029629_3232.html
La Républiqueenlisée, Pluralisme, Communautarisme et Citoyenneté, P.A. TAGUIEFF, Ed
Encyclopédie LAROUSSE http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/communautarisme/35542

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