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Histoire du nouvel an berbère « Yennayer »

Le nouvel an berbère ‘’Yennayer’’ signifie rendre justice à la mémoire et à la culture


berbère en tant qu’affluents primordiaux parmi d’autres caractéristiques de l’identité
nord-africaine. Le jour de l’An berbère coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien
qui correspond, en 2014, à l’an 2964 du calendrier berbère. Il a la particularité d’être
fêté par toutes les populations berbérophones de l’Afrique du Nord. Yennayer s’est taillé
contre vents et marées une place éminente au sein de cette nation pour s’imposer
comme principe identitaire et fédérateur inéluctable sans pourtant bénéficier d’une
reconnaissance officielle pour affirmer son indépendance.

Les origines mythiques de Yennayer

Le calendrier berbère débute en 950 avant J.-C. lors de la fondation de la XXIIème


dynastie égyptienne par le chef militaire berbère, le roi « Chacnaq 1er » (sheshonq), où il
fût intronisé pharaon d’Egypte. Une nouvelle féodalité prit pied en Egypte. L’an zéro
amazigh se réfère donc à cette date historique. Il réunifia l’Égypte, puis envahit la
Palestine pour s’emparer, à Jérusalem, de l’or et des trésors du temple de Salomon.

Un événement parmi les plus anciens attestés par les premiers textes
bibliques. Yennayer prend, cependant, toute sa dimension dans la relation qui l’unit au
travail de la terre, le cycle des saisons, célébrés par des rites et coutumes qui
témoignent d’une communion étroite entre les éléments naturels, le monde des morts et
des vivants, que l’on qualifierait aujourd’hui de fusionnelle.

Yennayer symbole de profusion et de prospérité

Yennayer symbolise le premier jour du calendrier agraire en usage depuis l’Antiquité en


Algérie et à travers le reste de la Numidie. Appelé aussi, dans certaines régions, « ras el-
aâm« , (La tête de l’an amazighe), il est célébré le 12 ou le 13 janvier de chaque
année. Yennayer est aussi une journée qui fait partie de la période la plus froide de
l’année allant du 13 décembre au 22 janvier. La coutume veut que l’occasion soit
marquée en priant les forces divines de fertiliser la terre, source d’opulence et de
prospérité.

La plupart des berbères étant sédentaires, la vie quotidienne est rythmée par les travaux
de la terre. Yennayer est donc symbolisé par sa relation avec ces besognes et les cycles
des saisons qui sont célébrés par des rites et coutumes selon les spécificités de chaque
région et qui témoignent d’une communion étroite et harmonieuse entre tous ces
éléments naturels. Ceci nous amère à dire que le calendrier Berbère est
d’essence agraire.

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Calendrier Berbère « Yennayer »

Yennayer est une fête que tous les berbères nord-africains célèbrent. Qu’on
l’orthographie yennayer, ennayer, yannayer ou yannayr, ce terme est certifié aussi bien
parmi les divers parlers berbères qu’en arabe vernaculaire nord-africain, dans les
régions du Nord comme dans les zones désertiques sahariennes. Cette unité
remarquable d’un bout à l’autre de l’Afrique du Nord pousse à s’interroger sur les
origines de la présence de ce vocable dans la région.

A chaque calendrier existe une répartition propre. A cet effet, on retrouve, le calendrier
lunaire appelé aussi le calendrier Hégirien ; le calendrier luni-solaire, appuyé par un
3ème mois pour coïncider avec les saisons. Les calendriers solaires, quant à eux, sont
fondés sur la révolution de la terre autour du soleil. Parmi ceux-ci, nous citerons le
calendrier julien institué sous le règne de Jules César.

Le calendrier julien est ainsi nommé du fait de son officialisation à Rome par Jules
César, en l’an 45 avant Jésus-Christ. Inventé par l’astronome et philosophe grec
Sosigène d’Alexandrie et s’inspirant partiellement de l’antique calendrier égyptien, ce
calendrier organise l’année civile en tentant de l’identifier à la seule année tropique (ou
année solaire).
Le calendrier julien est le premier calendrier construit selon une méthode scientifique
basée sur une observation fine de l’écliptique solaire. Il constitue la base de ce qui est
aujourd’hui connu comme « calendrier universel » ou « calendrier grégorien », né d’une
réforme de ce calendrier julien par le pape Grégoire XIII, le 4 octobre 1582. Officialisé à
Rome en remplacement de l’ancien calendrier romain, le calendrier julien se voit
naturellement doté de noms de mois et de jours en langue latine. Ce sont ces noms que
l’on retrouve encore presqu’à l’identique en Afrique du Nord, tant en berbère qu’en
arabe. Ainsi, par exemple, Yennayer correspond au mois d’Ianiarius (janvier), Abril à
Aprilis (avril), Sutambar à September (septembre) ou Dujember à
December (décembre). Le fait que les calendriers nord-africains fassent débuter l’année
solaire par le mois de Yennayer est une indication supplémentaire de leur origine latine.
En effet, les Romains faisaient débuter l’année par Ianiarius, mois dédié au dieu Ianus,
divinité des seuils, particulièrement appropriée pour symboliser l’année nouvelle.

Comme on le sait, Rome projeta sa puissance en Afrique dans le cadre d’une politique
d’extension impériale et de colonisation. Cette domination romaine se prolonge pendant
cinq siècles jusqu’à la prise de Carthage par le roi vandale, Genséric (439 après J.-C.).
On comprend donc pourquoi la présence de Yennayer et du calendrier julien en Afrique
du Nord constitue un héritage direct de la période romaine. De fait, il existe en Afrique du
Nord des traces anciennes de la célébration, pendant cette période, de la fête du Nouvel
An romain, appelée « calendes de Janvier ». Il s’avère donc que durant plusieurs siècles
d’occupation romaine, les fêtes d’Ianiarus, ancêtre de Yennayer, ont été célébrées en
Afrique du Nord.

Jusqu’au VIème siècle, certaines régions berbères, si ce n’est l’immense majorité, se


référaient au calendrier julien. Mais lors de l’envahissement de la Numidie par les
Arabes, la rupture s’est annoncée. Le calendrier agricole arabe a pris la place du
calendrier julien. Une nouvelle conquête politique et idéologique, l’Islam, bouleverse
toutes les habitudes et apporte un système de croyance inédit auquel va
progressivement adhérer la majorité de la population. Les conquérants musulmans
amènent avec eux un nouveau calendrier liturgique et civil : le calendrier dit « de
l’Hégire » (dont l’an 1 correspond à l’an 622 de l’ère chrétienne) ou « calendrier
musulman ». Exclusivement lunaire, ce calendrier comprend 12 mois et 354 jours (355
tous les 10 ans). Ce calendrier est déconnecté du rythme de saisons, qui dépendent du
soleil.
Le premier jour et premier mois de l’année sont appelés Muharram. Aujourd’hui, les fêtes
de l’Achoura (taâchurt en berbère), de l’Aïd al Fitr (lεïd amezyan) ou de l’Aïd al
Adha (lεïd amqran), calculées selon le calendrier musulman, sont – tout
comme Yennayer – célébrées dans toute l’Afrique du Nord. Dans l’état actuel des
connaissances, les différents écrits des érudits arabes des premiers siècles de la
conquête de l’Afrique du Nord ne mentionnent ni calendrier julien,
ni Ianiarius, ni Yennayer.

Les rites : croyances et superstitions

La célébration du premier jour de l’an (Amenzu Yennayer), en région berbère, obtient


une notoriété au point d’être qualifiée de solennité communautaire, tel Achoura. Le
repas, préparé pour cette célèbre fête, est assez luxuriant et différent du quotidien. Les
rites sont effectués d’une façon symbolique. Ils sont destinés à écarter la famine, prédire
l’avenir et accueillir chaleureusement les forces invisibles auxquelles croyaient les
berbères. Pour la préparation du « dîner de Yanayer« , les berbères utilisent la viande de
la bête sacrifiée (asfel), souvent de la volaille, mélangée parfois à la viande séchée
(achedluh) pour agrémenter le couscous, élément fondamental de l’art culinaire berbère.
A cela s’ajoute la préparation des beignets (lesfendj, tihbal, lekhfaf) ou des
crêpes (acheddour, tighrifine, achebbadh). D’une région à l’autre, les noms donnés
aux plats sont différents. Le souper de l’année est un signe qui fait appel à l’abondance
alimentaire. Il est inconvenant pour l’une ou l’autre famille de montrer des signes
d’aisance. Tout le monde doit être sur le même pied d’égalité que son prochain.

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Le carnaval y trouve aussi une place importante. Des enfants se promènent dans les
rues du voisinage, portant un costume conçu spécialement pour l’occasion et un masque
fabriqué à base de citrouille. Le chef du groupe est appelé Bou âfif, qui a la valeur du
Père Noël.

Le dîner de Yennayer se poursuit tard dans la nuit et la satiété est de rigueur. C’est
même malveillant pour la maîtresse de la maison de ne pas se rassasier. Il est aussi un
repas de communion. Il se prend en famille. On réserve la part des filles mariées
absentes à la fête. On dispose autour du plat commun des cuillères pour signaler leur
présence. À travers les génies gardiens, les forces invisibles participent au festin par des
petites quantités déposées aux endroits précis : le seuil de la porte, le moulin de pierre
aux grains, le pied du tronc du vieil olivier, etc. La place du métier à tisser doit être
impérativement enlevé à l’arrivée de Yennayer. Sinon les forces invisibles risqueraient
de s’emmêler dans les fils et s’irriteraient. Ce qui est mauvais pour les présages.

Aujourd’hui, absorbées par la religion musulmane, on atteste d’un Islam tolérant qui
particularise la majorité de la population nord-africaine. Chaque région et pays, sans
distinction d’appartenance ethnique et dans toute sa diversité linguistique, exprimeront
toute la dimension sociale, économique et politique de cet événement enraciné depuis
des siècles au plus profond de la société berbère.

En savoir plus sur http://www.chouf-chouf.com/chroniques/16973/#dOYl7DltJ8yjT68b.99

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