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De l’érémitisme chrétien d’Orient,

aux Carmes et Carmélites d’Occident


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Chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine, Florence.


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Nous remercions le frère Louis-Marie de Jésus, ocd, historien de la
spiritualité carmélitaine, pour la relecture attentive de ce document.

Table des matières ici

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Préambule

L’ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel est peut-


être le seul à rattacher son histoire à l’Ancien Testament, de plus, il a
cette particularité d’être une famille religieuse latine, d’origine
occidentale, et cependant née en Terre Sainte.

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Les origines orientales

Judéo-chrétiens et Église primitive

Jusqu’en 132 ap. J.-C., au début de la seconde révolte juive de


Shiméon Bar Kochba (132-135 ap. J.-C.) contre Rome, les Chrétiens
de Palestine sont majoritairement juifs et représentent encore le pôle
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central de l’Église primitive.


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Leur "qehila" (terme hébreu que traduit exactement le Grec ekklèsia,
désigne l’assemblée des Nazaréens), a une structure de type
collégiale : la liste des 15 premiers évêques de Jérusalem donnée par
Eusèbe de Césarée semble en effet se référer à des "épiscopes"
ayant siégé en commun à Jérusalem.

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► Cartes de la Bible ici


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L’échec de la révolte de Bar Kochba entraîne l’expulsion des juifs de
Jérusalem par l’empereur Hadrien (76 † 138), et la destruction
presque complète de la ville sainte, où une population païenne,
d’origine syrienne vraisemblablement, viendra s’installer dans une
ville désormais reconstruite sous le nom de Colonia Ælia Capitolina.

La période restante de l’occupation romaine relativement calme


favorisera le développement d’une certaine prospérité jusqu’en 330
ap. J.-C., lorsque l’empereur Constantin Ier (272 † 337 ap. J.-C.)
déclara le christianisme comme religion officielle de l’Empire. Lors du
renversement de l’Empire en 395 ap. J.-C., la Judée est restée dans
la moitié orientale de l'Empire romain jusqu’à sa conquête en 638 ap.
J.-C. par les Arabes.

Depuis lors les évêques sont d’origine non juive ("pagano-


chrétienne" ou "ethnico-chrétienne"), ce qui n’empêche pas dans le
pays la présence de communautés judéo-chrétiennes. Le "Contra
Haereses" (Contre les hérésies) d’Épiphane de Salamine ou Épiphane
de Chypre (vers 315 † 403 ap. J.-C.), Père de l’Église, fait allusion à
plusieurs de ces communautés, que l’on peut également voir à
l’œuvre, en la personne de Jacques notamment, dans certaines
couches anciennes des "Écrits pseudo-clémentins".

Si elles sont qualifiées d’hérétiques à partir du IVe siècle, l’influence


de certaines d’entre elles (du "nazoréisme" par exemple) sur la
formation du christianisme en Palestine (et par là dans le reste de
l’Empire) ne doit pas être sous-estimée. Les sources liturgiques en
particulier permettent de retracer le rôle important qu’a joué le
judéo-christianisme, sur le plan des formules comme des rites
liturgiques, dans l’histoire du christianisme d’empire.
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Le Patriarcat de Jérusalem

Au cours des décennies du Ier siècle le centre de gravité du


christianisme se déplace insensiblement vers Rome, et Jérusalem
perd de façon quasi définitive la prééminence et le droit de regard
dont sa qehila jouissait antérieurement de facto. Elle ne retrouvera
une primauté d’honneur que bien plus tard, et son patriarche ne sera
plus que le cinquième dans l’ordre de préséance après Rome,
Constantinople, Alexandrie et Antioche.

L’année 135 ap. J.-C. marque l’affranchissement définitif de l’ecclésia


par rapport à la qehila.

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Ancienne représentation de saint Martin de Tours sur une icône du
monastère Sainte-Catherine du Mont Sinaï. Peinte au XIIe siècle
(probablement avant la chute du royaume de Jérusalem en 1187),
l’icône représente trois saints vénérés dans le patriarcat de
Jérusalem (saint Paul, saint Jacques le frère du Seigneur et saint
Étienne le Protomartyr) et trois saints des pays latins, dont deux de
France (saint Laurent l’Archidiacre, saint Martin de Tours et saint
Léonard de Noblat le Libérateur). Les légendes sont en latin. Cette
icône célèbre a été exposée en 2004 à la fondation Gianadda à
Martigny dans le canton du Valais en Suisse.

Au concile de Chalcédoine en 451 ap. J.-C., il est décidé du


détachement du patriarcat d’Antioche des trois provinces de la
Palestine pour en constituer un patriarcat autonome.

Jusque vers l’époque des croisades (XIIe siècle), l’Église de Jérusalem


a joui d’un rite propre. Ce rite a lui-même influencé le rite de la
capitale de l’Empire byzantin, souvent d’ailleurs par l’intermédiaire de
sa transposition monastique dans la laure de Mare Saba située à
quelques km de Bethléem. Il est donc une des sources essentielles
de la liturgie byzantine, avec la tradition d’Antioche et celle de
Constantinople même.

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Au siècle de Libanios

Au siècle de Libanios (314 † 393 ap. J.-C.), célèbre rhéteur de


culture grecque de l'antiquité tardive, l'Empire romain décadent
est affaibli de l’intérieur et à l’extérieur par les invasions venues
du Nord.

À cette époque, les chrétiens triomphent des doctrines


concurrentes : le culte de Mithra, la divinité unique venue de
l’Inde et de Perse, dans lequel on pratiquait le baptême et la
communion.
Le mazdéisme qui raconte l’histoire de Zoroastre, ce prophète
perse né d’une vierge six siècles avant le Christ et qui fut à l’âge
de trente ans conduit dans le désert pour y être tenté par le
diable.

Lui aussi annonçait la venue prochaine d’un sauveur conçu dans


le sein d’une vierge, sa naissance accompagnée de signes dans le
ciel et sa mort sur le gibet. Le manichéisme, une doctrine, elle
aussi issue de Perse et fondée au IIIe siècle ap. J.-C. par Mani, un
prophète qui prétendait être le Paraclet annoncé par le Christ,
c’est-à-dire le Saint-Esprit.

Ainsi, le christianisme semblait gagner chaque année un peu plus


de terrain, et dans certaines régions de l’Empire plus sûres que
d’autres, les disciples purent jouir d’une honorabilité et de
responsabilités dans la vie des cités. Leur nombre sans cesse
croissant de trop nombreux convertis s’accompagne d’une
certaine médiocrité de la vie religieuse.

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Le monachisme chrétien verra donc spontanément le jour en
diverses régions du bassin méditerranéen, notamment en Syrie, puis
en Égypte où, de part et d’autre de la vallée du Nil, quelques ascètes
égyptiens, vont manifester le désir de rompre avec leurs
communautés pour mener une vie conforme à l’esprit et à la lettre
des préceptes évangéliques de pauvreté et de perfection, en
s’éloignant des lieux de vie pour s’installer aux confins du désert.

Certains de ces ermites (eremos = désert), conscients des dérives


dues à l’absence de tout contrôle, prônent de substituer le
cénobitisme à l’érémitisme originel par le regroupement autour
d’anachorètes réputés pour leur sainteté et leurs enseignements.
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L’érémitisme chrétien

Les origines

Au cours du IVe siècle ap. J.-C., alors que l’arianisme, cette hérésie
imaginée par le diacre Arius, divise la chrétienté, des fidèles
chrétiens ayant fait le choix d’une vie spirituelle dans la solitude et le
recueillement quittèrent les villes afin de s’installer en dehors des
centres urbains, puis en bordure de régions désertiques, comme le
désert de Scété (Wadi el Natrun), à l’ouest du delta du Nil et à une
cinquantaine de km environ au nord de Kellia.
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En quelques décennies, ce phénomène s’amplifia, et les premiers
anachorètes chrétiens attirèrent de nombreux hommes et femmes
voulant partager leur vie, créant ainsi de véritables communautés
comme le site monastique de Scété fondé par Saint Macaire le
Grand, ceux de Nitrie (vers 325 ap. J.-C.) puis de Kellia (Les Cellules)
fondés par Amoun, contemporain d’Antoine le Grand.

Dans le "Dialogue sur la vie" de saint Jean Chrysostome et son


"Histoire Lausiaque" rédigée vers 420, l’évêque Pallade de
Hélénomolis mentionne un "monastère" qui contenait deux cent dix
moines et un autre cent cinquante.

21 cm x 14,5 cm, 240 pages, publié en 1999.


ISBN : 2-855-89375-5 – SODIS : 8411110 – EAN : 9782855893754.

Introduction, traduction et notes du Père Nicolas Molinier. Vers 419-


420 ap. J.-C., Pallade de Hélénomolis écrivit une "Histoire dédiée à
Lausus", chambellan de Théodose II. C’est un recueil de portraits
d’ascètes, hommes et femmes, surtout de milieu égyptien, mais aussi
palestinien.

Pallade de Hélénomolis s’appuie tant sur ses souvenirs personnels


que sur des témoignages de tiers. Il veut mettre en relief la valeur
spirituelle de la vie au désert, qu’il connaissait bien pour l’avoir lui-
même pratiquée. Cet écrit connut un très grand succès, fut traduit
très rapidement en latin et en plusieurs langues orientales.
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Pallade de Hélénomolis est le premier auteur connu à utiliser


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l’expression "Pères du désert". Il est le seul à conserver un


témoignage sur plusieurs d’entre eux, et pour d’autres (Evagre,
Didyme l’Aveugle, Macaire de Scété), il complète très utilement notre
information.

Le renom de sainteté dont jouissaient les grands anachorètes attirait


dans leur solitude non seulement une foule de disciples, mais encore
un grand nombre de visiteurs venus de tout l’Occident pour y
recueillir leurs enseignements spirituels.

Si à la suite de la paix constantinienne et de la tolérance religieuse


confirmée en 313 ap. J.-C. par l'édit de Milan (édit qui renouvelle les
dispositions prises par Galère en 311), la ferveur primitive des
chrétiens s'était dissolue avec le nombre des conversions, cette
rétrogression atteignait les groupes d'anachorètes, où avec l'afflux
des vocations, se manifestaient des signes d'anarchie.

En réaction à cette menace, Saint Pacôme de Tabennesis (292 †


346), institue une forme de vie monastique en communauté, le
cénobitisme, du grec : koinos qui signifie "en commun" et bios qui
signifie "vie". En 315, à Tabernêse, il fonde le premier "monastère"
chrétien.

Dans cette période, une répartition géographique va s'établir : les


disciples d'Antoine le Grand s'établissant en Basse-Égypte, alors que
ceux de Saint Pacôme de Tabennesis se fixeront en Thébaïde
(Haute-Égypte).

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512 pages – Éditeur : OUP USA - publié en 2004.


ISBN-10 : 0195162234 ISBN-13 : 978-0195162233.
À l'anarchie de l'anachorétisme succède l'autarcie, et une hiérarchie
régit le monastère sous l'autorité d'un "ancien" qui, par une pratique
intense du désert, était devenu expérimenté et apte à discerner
l'authentique de l'apparent. Cet "ancien" sera désigné sous le terme
d'abbé (du grec ancien ἀϐϐᾶ "père" ou de l'araméen abbā’) qui au fil
du temps occupera la fonction de supérieur.

Avec cet abbé, le novice apprenait à se libérer des replis égoïstes et


à discerner les esprits pour devenir lui-même un homme spirituel. La
ligne de force de cet enseignement était l'autorité particulière
reconnue à la parole. Les apophtegmes proférés par le vieillard
étaient considérés comme charismatiques mais leur efficacité
dépendait totalement de la foi avec laquelle ils étaient accueillis par
le disciple.

Les paroles des anciens furent colportées oralement pendant des


décennies puis mises par écrit et indexées dans la première moitié
du Ve siècle.

Ce formèrent alors deux types de recueils, l'un consistait à grouper


les apophtegmes suivant un classement thématique correspondant
aux vertus ou pratiques de la vie du désert, l'autre à les classer selon
les noms des Pères.

Les rédacteurs chargés de l'œuvre ne se contentèrent pas de


recopier les modèles, mais exercèrent une activité d'adaptation en
ajoutant ou retranchant des pièces selon les opportunités, afin que le
texte remplisse au mieux la fonction à laquelle ils le destinaient.

Ce fut l'origine de documents connus plus tard sous le nom de


"Verba Seniorum", dont les textes furent traduits en de nombreuses
langues à partir du milieu du VIe siècle. Certains apophtegmes
suivirent une ligne indépendante; ainsi pour Daniel de Scété († vers
420), Arsène de Scété (vers 350 † 445 ou 449) et d'autres.

Trois ouvrages résumeront la vie de ces pères Antonins, Les


apophtegmes : "L'histoire lausiaque", "Les institutions cénobitiques"
et les "Conférences des Pères" de Jean Cassien.

La conception du désert chez les moines d'Égypte

La conception du désert dans les sources monastiques égyptiennes


des IVe et Ve siècles présente la même ambivalence que dans la
Bible.
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Il faut distinguer, d'une part, entre les représentations d'origine
littéraire, utilisant largement le thème biblique du désert élaboré
surtout par Philon, sous l'influence d'idées venues de l'hellénisme, et,
d'autre part, des représentations liées à l'idée que les Égyptiens,
comme les anciens Sémites, se faisaient du désert, région stérile et
démoniaque.

En vertu de ce double héritage, le désert, pour les moines d'Égypte,


était tout à la fois le lieu le plus propice à l'hésychia, base même de
l'idéal monastique, et le lieu des démons, qui se manifestaient
surtout sous la forme des "pensées" contre lesquelles le moine avait
à lutter pour défendre son hésychia et parvenir à ce qu'il était venu
chercher au désert, l'union à Dieu.
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► Lire la suite de la publication de A. Guillaumont ici


Du même auteur :

Broché : 239 pages – Éditeur : Abbaye de Bellefontaine - décembre 1979.


ISBN-10 : 2855890306 ISBN-13 : 978-2855890302.

Kellia est un des premiers embryons de la vie communautaire


monastique égyptienne avec Scété (Abu Makar - 120 km
d'Alexandrie), et Nitrie (40 km au sud d'Alexandrie), qui connurent
leur apogée entre le IVe et le IXe siècle.

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Ces ermitages qui pouvaient être constitués de deux ou trois


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anachorètes sont appelés Kellia du grec τα κέλλια (les cellules), ce


qui les distingue des monastères cénobitiques fondés par saint
Pacôme en Haute-Égypte.

Ils traduisent une évolution vers un semi-anachorétisme qui assurait


un équilibre entre la vie solitaire et la vie communautaire : les
anachorètes passant la semaine solitaires dans leur cellule pour se
retrouver, tous les samedis et tous les dimanches, afin de célébrer
dans l'Église la synaxe (liturgie), et prendre un repas (agapê) en
commun.

La célébration eucharistique impliquait la présence d'un prêtre dont


l'autorité sur le groupe n'était que spirituelle, les anachorètes n'étant
soumis à aucune règle écrite ni engagés par des vœux.

À la fin du IVe siècle, c'est une population d'environ six cents


anachorètes qui vivent aux alentours de Kellia.

Les Pères du désert

"Les Pères du désert" par Jean Bremond en deux volumes édités à


Paris en 1927 (2e édition) par J. Gabalda. Introduction par Henri
Bremond de l'Académie Française.

Introduction - En guise de prélude, ou de "composition de lieu"


relisons, dans la délicieuse traduction qu'en a donné le sieur de
Saligny, — lequel de son vrai nom s'appelait M. Fontaine, celui-là
même qui nous a conservé l'Entretien sur Épictète et Montaigne —
relisons une page de Cassien, n'importe laquelle, ad aperturam libri,
car elles sont presque toutes divines, et, si j'ose ainsi m'exprimer,
divinement appétissantes. — Cor nostrum ardens erat in via, dum
loqueretur.

Celle-ci, par exemple, qui termine la première Conférence : comme


toile de fond, le désert de Scété ; nous sommes avec Cassien et son
ami Germain, dans la cellule de l'abbé Moyse, qui vient de donner
une longue interview à ces deux pèlerins, partis de Palestine pour
s'initier à la doctrine spirituelle et s'édifier aux exemples du désert.
La nuit est déjà fort avancée.

À ces mots, le saint vieillard finit son discours, et l'avidité qu'il voyait
en nous, et cette application si attentive que nous avions à l'écouter
ne put le faire résoudre à nous en dire davantage. Il nous exhorta de
fermer un moment les yeux, et de faire un petit sommeil sur les
mêmes nattes où nous étions lorsqu'il nous parlait.
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Il nous donna pour appuyer notre tête une sorte de chevet dont ils
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se servent. Ce sont des roseaux ajustés par petites bottes longues et


menues, qui sont environ de pied en pied liées fort doucement. Elles
servent de petits sièges très bas lorsque les Solitaires s'assemblent et
cela leur tient lieu d'escabelles.

Ils sont aussi accoutumés de s'en faire leurs chevets durant la nuit,
parce que cela y est fort propre, n'étant pas fort dur et étant assez
maniable. Les Solitaires trouvent ce petit meuble très commode,
parce qu'il se fait sans peine et ne coûte rien.

Il croît de ces roseaux en abondance sur les bords du Nil, et tout le


monde en peut aller couper ce qu'il lui en faut pour son usage sans
que personne ne s’y oppose. Ces roseaux ont de plus cet avantage
qu'ils ne sont point pesants, mais faciles à manier quand il les faut
remuer et tirer de leur place.

Ce fut là que nous nous mîmes enfin en état, selon l'ordre de ce bon
vieillard, de prendre un peu de repos. Mais le repos même nous était
à charge, étant, d'une part, transportés de joie de ce que nous
avions entendu, et, de l'autre, pleins de l'attente de ce qu'il nous
avait promis.

Si, par impossible, ces quelques lignes n'ont pas suffi à vous mettre
sous le charme, — je n'ose dire à vous faire venir l'eau à la bouche,
— celles-ci, prologue de la huitième Conférence, achèveront de vous
enchanter.

.../...

► Lire la suite des deux volumes de Jean Bremond ici

Saint Antoine le Grand

L'histoire fait de saint Antoine le Grand ou Antoine d'Égypte (vers


250 † vers 356 ap. J.-C.), le premier et le plus grand de ces ermites
du début du IVe.

Sa vie rapportée par saint Athanase, évêque d'Alexandrie, qui le


rencontre alors qu'il est lui-même en exil dans le désert d'Égypte,
sera un des textes fondateurs du monachisme.

Issu d'une famille aisée de Qeman (actuelle Memphis) en Haute


Égypte. Au décès de ses parents, il vend ses biens, distribue le
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produit aux pauvres, et s'installe non loin de là, puis à Pispir (Kellia).
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Vingt ans après, les persécutions infligées aux Églises par l'empereur
Caius Valerius Galerius Maximinus (Maximin Daïa - 270 † 313),
l'amènent à quitter Pispir pour se rendre à Alexandrie, afin d'y
soutenir les confesseurs de la foi (un confesseur de la foi est un
chrétien persécuté à cause de sa foi et qui échappe à la mort).

À son retour à Pispir, il découvre que son désert est peuplé


d'ermites, aussi décide-t-il de s'établir dans un autre lieu qui sera
choisi au pied du mont Qolzum situé en bordure du golfe de Suez.

Il n'en sortira que deux fois : la première pour visiter sa colonie


d'ermites, la deuxième pour se rendre à Alexandrie pour s'opposer
aux tenants de l'arianisme initié par le théologien Arius (256 † 336),
qui défend la position selon laquelle la divinité de Dieu est supérieure
à celle de son fils. Sept lettres sont à ce jour reconnues comme
vraisemblablement authentiques.

En 312, il s'installe en Thébaïde près de la mer Rouge, sur le mont


Qolzum, où se trouve actuellement le monastère qui porte son nom.
Fondé en 356 après J.-C., maintes fois pillé, reconstruit à plusieurs
reprises et restauré récemment, il connaît une renaissance par
l'arrivée de nouveaux frères.

Premières fouilles au site des Kellia par A. Guillaumont

Les sources classiques du monachisme égyptien, apophtegmes des


Pères du désert (infos), Historia Monachorum in Aegypto, l'Histoire
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lausiaque de Pallade et les Collationes, de Cassien, mentionnent, en


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décrivant les milieux anachorétiques situés au sud d'Alexandrie, trois


centres principaux qui avaient entre eux d'étroites relations : Nitrie,
Scété et, pour reprendre l'expression de Pallade, les Kellia ou
"Cellules".

La localisation de ces trois sites, où vécurent beaucoup des moines


égyptiens les plus célèbres, a été, depuis la fin du XXe siècle, fort
controversée.

La contribution décisive fut la publication, en 1932, de l'important


ouvrage d'Évelyne White sur les monastères du Ouadi Natroun*. Ce
savant, renonçant à identifier, comme l'avaient fait Amélineau et
Dom Butler, l'ancienne Nitrie et le Ouadi Natroun, a démontré que ce
dernier n'est autre chose que l'ancien site de Scété.

* The Monasteries of the Wâdi'n Natrûn, vol. 2 : The History of the


Monasteries of Nitria and of Scetis, New York, 1932. Voir
spécialement p. 17 et sqq. : "Topography of the Mount of Nitria and
Scetis".

► Premières fouilles au site des Kellia ici

Le lieu ainsi nommé est une vallée du désert libyque située à environ
80 ou 90 km au sud-sud-est d'Alexandrie (Basse-Égypte) ; le fond en
est occupé par des lacs d'eau salée, d'où son nom ; la vie
monastique s'y est maintenue jusqu'à nos jours dans quatre
couvents coptes.
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Nitrie est à situer à environ 60 km au nord, dans le Delta, près du
village de Barnougi, dont le nom perpétue celui que les Coptes
donnaient à la Nitria des sources gréco-latines, Pernoudj.

Quant à l'établissement des Kellia, nous savons par ces mêmes


sources, qu'il se trouvait sur le trajet de Nitrie à Scété ;
l'emplacement en est donc à chercher sur une ligne allant de Bar
nougi au Ouadi Natroun, en prenant comme point de repère dans ce
dernier le Deir-Baramous, où était le centre de l'ancienne Scété.

Les mêmes sources permettent, de plus, d'évaluer à environ 18 km


la distance de Nitrie aux Kellia ; cette indication conduit à situer les
Kellia, sur la ligne idéale Barnougi-Deir Baramous, un peu au sud de
l'actuel canal Noubariya, qui suit la limite des terres cultivées et du
désert, c'est-à-dire à l'entrée du désert.
Cette localisation précise s'accorde très bien avec les données des
textes : ceux-ci disent des moines qui, partant de Nitrie, allaient
s'installer aux Kellia, qu'ils "entraient" ou "s'engageaient" dans le
désert.

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Ce document ne fait pas partie de la publication de A. Guillaumont.


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Les Kellia furent fondés, en effet, vers le milieu du IVe siècle (les
Apophthegmata Patrum ont conservé un récit de fondation) pour
permettre aux moines de Nitrie, devenus rapidement fort nombreux
et ne pouvant s'étendre dans la région cultivée, d'aller vivre dans
une plus grande solitude.

Ils vivaient là, dispersés dans le désert, chacun ayant sa cellule, d'où
le nom qui fut donné à l'endroit : les Cellules.

C'est là que vécurent, entre autres, dans le dernier quart du IVe


siècle, les fameux moines origénistes persécutés par le patriarche
Théophile et, parmi eux, Évagre le Pontique, qui y composa une
œuvre extrêmement importante.

Grâce à une mission de l'Institut français d'archéologie orientale, il


m'a été possible d'aller faire, en mars 1964, une reconnaissance de
ce site. J'ai pu constater qu'à l'endroit précis où mènent les
indications fournies par les textes que je viens de rappeler, se trouve
un site archéologique fort étendu et, apparemment, d'une grande
richesse.

Ce document ne fait pas partie de la publication de A. Guillaumont.

Ce site n'est autre que celui qui est connu par les sources arabes
sous le nom d'El-Mouna et qui avait déjà été signalé, et
sommairement décrit, par Anthony de Cosson en 1937, dans le
"Bulletin de la Société archéologique d'Alexandrie" *.
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* N. s., vol. IX, p. 247-253 : The Désert City of El Muna. Suivant une
Page

indication d'Évelyne White, De Cosson identifiait déjà ce site avec


celui des Kellia. Mais cette identification est passée inaperçue. Dans
son récent Atlas of Christian Sites in Egypt, Le Caire, 1962, le Dr O.
Meinardus donne comme site des Kellia celui qu'Omar Toussoun
avait cru découvrir, en 1935, à Khashm el-Gou'oud, à environ 18 km
nord-ouest de l'extrémité occidentale du Ouadi Natroun. Quand nous
avons rédigé notre note Le site des "Kellia" (Basse-Égypte), parue
dans la Revue archéologique, juillet-septembre 1964, p. 43-50, nous
ne connaissions pas l'article d’Anthony de Cosson, dont nous devons
la connaissance à l'obligeance de M. Abd el Tawab, inspecteur du
Service des Antiquités.

Nous savons, par "l'Histoire des Patriarche de l'Église copte


d'Alexandrie", qu'après la conquête arabe, sous le patriarcat de
Benjamin (622-662), les monastères de ce désert furent restaurés,
ainsi que ceux du Ouadi Natroun ; en se rendant dans ce dernier
pour la dédicace de la nouvelle église d'Abou Makar, le patriarche
s'arrêta deux jours à El-Mouna, où il fut hébergé par les moines*.

* Ed. Evetts, Patrologia Orientalis, I, p. 500 et 505-506.

Quelques-uns seulement de ces monastères étaient encore occupés


au XIe siècle, d'après le géographe andalou Bakri, qui a laissé, de ces
lieux, une description assez précise*.

* Description de l'Afrique septentrionale, éd. de Slane, Alger, 1911,


p. 7-8.

Le terme de qusûr dont cet auteur se sert pour désigner les


constructions est celui qui désigne encore les ruines ensevelies sous
le sable ; ces ruines sont, en effet, celles qui, sur la carte Survey of
Egypt au 1 /100.000e, sont indiquées à une dizaine de km au sud —
sud-est d'Hosh-Isa, à environ 2 km du canal, sous les noms de Qusûr
el-Rubaiyât, Qasr Waheida, Qusûr el-Izeila, Qusûr el-Abid, Qusûr Isa.

L'ensemble le plus important est le Qusûr el-Rubaiyât qui, à lui seul,


couvre environ 4 km de long sur 2 km de large et comprend plus de
cinq cents kôms, chacun de ces kôms recouvrant une construction.

Ce site, archéologiquement vierge, n'est malheureusement plus


intact. Ces dernières années, d'importants travaux ont été entrepris,
qui ont pour but d'étendre la superficie des terres cultivées en
irriguant le désert à partir du canal. Les bulldozers ont déjà
largement entamé le site, écrasant les kôms, nivelant le sol et
creusant des canaux d'irrigation.

.../...
23

Les premières fouilles ont été faites en mars et avril 1964.


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Parmi les très nombreux kôms qui forment le Qusûr el-Rubaiyât,
nous avons choisi, pour cette première fouille, l'un des plus
importants. Le travail, mené avec une centaine d'ouvriers, a permis
de mettre au jour et de déblayer en grande partie un monastère
copte du VIIe siècle.

Ce document ne fait pas partie de la publication de A. Guillaumont.


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Il s'agit d'une construction qui a la forme d'un rectangle d'environ 60


m de long sur 45 m de large, dont les diagonales sont
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approximativement orientées nord-sud et est-ouest. Les nombreuses


salles qu'il comporte (environ une cinquantaine) sont bâties entre le
mur d'enceinte et une vaste cour centrale dont une partie a été
dégagée.

Les murs sont construits en briques crues, faites d'un mélange de


sable et de chaux et liées entre elles : matériau de médiocre qualité
qui fait que ces murs, malgré leur épaisseur (en moyenne un mètre)
sont peu solides ; leur solidité est encore diminuée, non seulement
par les portes et les fenêtres qui les percent de part en part, mais
aussi par de nombreuses niches qui en réduisent l'épaisseur de
moitié, parfois davantage.

Ces niches sont nombreuses surtout dans les salles qui se trouvent
dans l'angle ouest du bâtiment et qui étaient, semble-t-il, plus
spécialement destinées à l'habitation ; elles ont, en moyenne, 60 cm
de haut sur 50 cm de large à la base, le sommet étant cintré ; il est
probable que la plupart servaient de placards ; dans l'une d'elles, qui
se prolonge jusqu'au pied du mur, on voit les appuis qui supportaient
les étagères ; nous savons que les cellules des premiers ermites,
construites en ces lieux aux IVe et Ve siècles, avaient des niches
destinées à cet usage.

La couverture était assurée par une voûte, elle aussi en briques


crues. Ces voûtes, que Bakri signalait dans sa description, sont
maintenant toutes écroulées ; dans plusieurs salles cependant le
départ de la voûte est encore très visible, aux angles, à environ 2 m
de haut ; l'une de celles qui ont été dégagées à l'angle sud du
bâtiment conserve intactes ses quatre trompes.

Ce document ne fait pas partie de la publication de A. Guillaumont.

Ce mode de construction était déjà celui des premiers ermitages : les


textes les représentent comme des cabanes faites de briques crues
et voûtées. Aucune pièce ne paraît avoir été couverte autrement. Le
bois, que l'endroit ne fournissait pas, était réservé surtout aux portes
25

et aux fenêtres : dans plusieurs de celles-ci, en forme de soupirail,


l'emplacement d'un cadre de bois est nettement visible.
Page
La brique cuite était employée dans les parties qui réclamaient une
plus grande solidité. Deux constructions en briques cuites sont
particulièrement remarquables.

Dans la cour centrale, les murs sud-ouest et nord-ouest sont, sur une
certaine partie de leur longueur, flanqués de banquettes construites
en briques cuites, d'un appareil très soigné ; ces banquettes ont
45 cm de hauteur et 80 cm de largeur.

Celle du côté sud-ouest s'étend de façon continue sur environ 10 m


de longueur (l'extrémité en est détruite) ; au côté nord-ouest, il y en
a deux, séparées l'une de l'autre par une porte donnant accès à la
salle voisine, une chapelle, dont je reparlerai ; l'une a 2.80 m de
long, l'autre 3.70 m.

Ce document ne fait pas partie de la publication de A. Guillaumont.

À leurs extrémités, elles se relèvent pour former une sorte de chevet


ou d'accoudoir. La longue banquette du côté sud-ouest présente de
plus, à intervalles plus ou moins réguliers, des renflements semi-
circulaires, servant à la même fin.

Une construction en briques cuites, plus curieuse, se remarque à


proximité de l'angle sud du monastère. Ce sont des latrines, qui ont
été aménagées contre le mur d'enceinte, dans une petite pièce
surélevée, séparée du reste du couvent par une cour intérieure sur
laquelle ouvraient deux fenêtres.
26

Contre le mur extérieur sont bâties, côte à côte, trois petites loges ;
Page

au fond de chacune est construit un siège avec une ouverture


centrale se continuant par un conduit d'évacuation qui débouche en
contrebas, à l'extérieur du bâtiment.

Par leur disposition, ces latrines du désert rappellent tout à fait celles
qui ont été trouvées en diverses villes du monde romain ; il est
permis de penser que les moines qui les ont construites s'inspiraient
de modèles alexandrins, remplaçant seulement le marbre somptueux
par la brique cuite, le matériau le meilleur dont ils disposaient.

Ce document ne fait pas partie de la publication de A. Guillaumont.

C'est aussi, peut-on penser, l'imitation de modèles alexandrins qui a


inspiré l'ornementation générale : imitation grossière, réalisée avec
des moyens pauvres. Le sol, du moins celui des pièces ayant servi à
l'habitation, est fait d'un épais ciment de couleur rouge ; l'enduit
rouge couvre également le revêtement des murs jusqu'à une hauteur
d'environ 50 cm ; au-dessus, le revêtement des murs, y compris
l'intérieur des niches, est laissé en blanc.

Sous les voûtes, il y avait, semble-t-il, une certaine décoration,


comme l'attestent les débris retrouvés. Quelques niches sont
entourées de motifs ornementaux de couleurs variées.

Plus particulièrement soignée était la décoration des salles de l'angle


ouest, dont j'ai déjà parlé. L'une d'entre elles, qui est peut-être un
réfectoire, est nettement plus grande que les autres : elle a 3.80 m
sur 12.50 m. Elle était couverte d'une voûte en berceau, et l'on a
retrouvé presque entier l'un des piliers qui la soutenaient.
27

Il est flanqué, aux angles, de deux colonnettes d'environ 2 m de


Page

hauteur ; leur revêtement de plâtre a été peint de manière à imiter,


assez naïvement, le marbre ; l'une est blanche, avec des marbrures ;
l'autre porte des motifs verts, rouges et jaunes ; l'espace compris
entre les deux colonnes est couvert d'un damier formé de triangles
peints en diverses couleurs.

Damiers ornant les tableaux des trois lancettes du chœur de l'abbaye Saint Hilaire.
28

Un seul chapiteau est en place ; il est en plâtre et porte des motifs


floraux stylisés. Du pilier correspondant il ne subsiste que le
Page

soubassement et la base des colonnes, qui étaient également


peintes. Des colonnes du même type, à demi conservées, encadrent
aussi les portes donnant accès à cette salle, à côté de chacun de ces
deux piliers.

Plusieurs chapiteaux ont été retrouvés dans les déblais ; ils sont du
même type que celui qui est en place, mais ils présentent des motifs
variés ; l'un d'eux porte une tête de lionceau, stylisée, mais assez
expressive.

La trouvaille la plus intéressante au point de vue de l'art a été faite


dans une salle qui est située à l'est de celle-ci et qui paraît être une
chapelle. Au fond, dans le mur nord-est, se trouve une niche dont la
base est une dalle de pierre faisant saillie ; les dimensions de cette
niche sont de 35 cm de largeur à la base sur 90 cm de hauteur.

Ce document ne fait pas partie de la publication de A. Guillaumont.

Sur le fond a été peint en noir, puis retracé en rouge, un Christ


représenté debout contre une croix ; la tête du Christ, nimbée, est à
l'intersection des bras de la croix, et son corps se confond avec le
bras inférieur de la croix.

Le visage a été malheureusement effacé ; le Christ tient, de la main


gauche, un livre fermé, sans doute l'Évangile ; de la main droite, il
bénit, l'extrémité de l'annulaire infléchie vers celle du pouce, les
autres doigts restant dressés, dans un geste qui est familier au Christ
byzantin trônant en majesté.
29

Cette niche en rappelle deux autres qui furent jadis découvertes par
Page

Quibell au monastère d'apa Jérémie, à Saqqara ; l'une se trouve,


comme celle des Kellia, dans une chapelle située à l'est d'une salle
oblongue que Quibell pensait être un réfectoire ; l'autre est dans la
salle numérotée 709 ; le Christ qui y est peint est celui qui est
reproduit en frontispice dans le volume Excavations at Saqqara 1907-
1908*.

* Le Caire, 1909 ; voir aussi la planche VIII et description p. 9 et 99.


Pour l'autre niche, voir Excavations at Saqqara, 1908-1909, 1909-
1910, Le Caire, 1912, p. 28, 132 et pi. XXV.

À Saqqara, le Christ est représenté assis sur un siège, comme le


Christ byzantin que j'évoquais à l'instant, mais dans la même attitude
qu'aux Kellia, tenant un livre fermé de la main gauche et faisant le
geste de la bénédiction de la main droite.

Il importe de remarquer, en outre, que les niches de Saqqara, et


aussi celles des Kellia, sont placées dans un mur qui est
sensiblement à l'est : tout indique qu'il s'agit de niches de prière.

Cette même pièce, sans doute une chapelle, est intéressante, de


plus, par les inscriptions qui y ont été trouvées. Sur un pilier adossé
au mur nord-ouest, nous avons découvert une longue inscription de
vingt-huit lignes, dont malheureusement la partie centrale a été
effacée au point que la reconstitution en sera très difficile ; le début
et la fin en sont du moins très lisibles et l'on peut savoir dès
maintenant quel en est le sujet.

C'est une réponse à une objection faite à ce que l'on appelle la


"prière de Jésus", ou invocation constante du nom de Jésus,
méthode de prière que sa longue pratique chez les spirituels
byzantins et dans le christianisme orthodoxe a rendue célèbre.

L'objection, présentée comme une suggestion des démons, est ainsi


formulée : "Si tu cries constamment Seigneur Jésus !, tu ne pries pas
le Père ni l'Esprit saint" ; la réponse est qu'en priant Jésus, qui est le
Fils, on prie avec lui le Père et le Saint-Esprit, et que la Trinité est
indivisible.

Ce texte est intéressant par le témoignage nouveau qu'il apporte sur


la pratique de la prière de Jésus parmi les moines coptes, à une
époque ancienne. C'est précisément dans la littérature copte relative
à saint Macaire que se trouvent certains des textes les plus anciens
sur la prière de Jésus ; mais l'origine et la date de ces textes restent,
en vérité, fort obscures*.

* Éd. Amélineau, Annales du Musée Guimet, t. 25, Paris, 1894, p.


133, 152-153, 160, 161, 163 ; voir aussi ibid., p. 310.
30
Page
L'épigraphie vient ainsi, de façon directe, préciser, en les confirmant,
les données des textes littéraires. Une autre inscription, sur le mur
nord-ouest, celle-ci fort brève, atteste la même pratique :

"Jésus-Christ le nom du salut" (c'est-à-dire le nom sauveur).

Tout à côté de celle-ci, une autre, un peu plus longue :

"Heureux celui qui est saint dans son cœur dans sa participation aux
mystères saints".

Plus intéressante est une autre inscription tracée, en écriture cursive,


sur le fond d'une niche du même mur :

"Dieu, donne l'intelligence de l'Amen !"

Cette brève invocation prouve que parmi les moines coptes, à cette
époque, étaient encore vivantes les spéculations sur la signification
mystique du mot "Amen" qui se développèrent dans l'Église des
premiers siècles, tant chez les orthodoxes que chez les gnostiques,
et qu'atteste, en milieu copte, la Pistis Sophia.

Mais on ne peut savoir quelle "intelligence" le moine anonyme des


Kellia avait lui-même de l'Amen. Y voyait-il un nom secret du Christ,
selon Apocalypse 3, 14, ou, selon d'autres spéculations, attribuait-il à
ce mot une signification eschatologique fondée sur sa valeur
numérique qui est 99* ?

* Cf. S. Irénée, Adversus Haereses, I, viii, 1, Harvey, p. 131; I, ix, 1,


p. 158-159.

Quoi qu'il en soit, ces quelques inscriptions sont précieuses par ce


qu'elles nous révèlent, de façon malheureusement assez fugitive, de
la vie spirituelle des moines qui occupaient le monastère.

Il me reste à parler d'une autre inscription qui, par bonheur, nous


fournit des dates. Elle a été découverte, non pas dans la chapelle où
sont les précédentes, mais sous une coupole effondrée qui se trouve
dans la partie la plus haute du kôm, côté sud-ouest ; c'est
vraisemblablement en cet endroit qu'est l'église du monastère, mais
il n'a pu encore être fouillé.
31

Il s'agit d'une inscription de dix lignes, encadrée, d'une écriture fort


Page

soignée, mais en partie effacée, volontairement. Elle rappelle la mort


de trois personnages, moines ou peut être supérieurs du monastère,
dont les noms sont, en grande partie, disparus : les lignes 1, 5 et 8
commencent par les mots : "il s'est endormi, à savoir (un tel)..." ;
suit, pour chacun, la date du décès, donnée selon l'ère de Dioclétien,
ou des Martyrs, usuelle dans l'épigraphie copte.

Une de ces dates est parfaitement lisible : 432, soit 716 de notre
ère ; les deux autres, moins lisibles, paraissent devoir se lire 452 et
455, soit 736 et 739 de notre ère.

Cette date, la première moitié du VIIIe siècle, est celle vers laquelle
orientait approximativement la poterie qui a été recueillie en assez
grande quantité et qui est presque uniquement copte, avec peu de
spécimens arabes.

Il est donc clair que le monastère que nous avons mis au jour fait
partie de ceux qui furent construits peu après la conquête arabe, au
temps du patriarche Benjamin, selon le témoignage de l'Histoire des
Patriarches rappelé ci-dessus.

L'inscription relative à la "prière de Jésus" ou "prière monologistos"


(sous sa forme brève) est intéressante, mais l'usage d'une prière de
ce genre dans les monastères de Basse-Égypte est, au moins, déjà
attesté, au début du Ve siècle, par Jean Cassien, et il y a lieu de
s'étonner que l'objection ici prêtée aux démons ne se retrouve pas
ailleurs, reprise ou réfutée.

Ce que peut signifier "l'intelligence de l'Amen" reste un mystère.


Faut-il songer aux spéculations des gnostiques (Pistis Sophia, IIe
Livre de Iéoû, notice de saint Irénée sur les Marcosiens) ?

À cet "ange Amen" des Novatiens, de certains Ophites, et, plus tard,
des Bogomiles ? Au cantique de l'Amen des Actes de Jean, utilisé par
les Priscillianistes et les Manichéens ? Ne serait-il pas cependant
préférable de chercher l'explication du côté des textes magiques
coptes et des inscriptions chrétiennes d'Égypte, où "amen" est
souvent accompagné de son psêphos : 99 ?

Fouilles au site de Pherme

While the rising water level has made future excavations untenable
throughout much of the western Delta region, the cluster of monastic
remains at Pherme, located eleven km southeast of central Kellia,
have fortuitously escaped this fate because of a slightly higher
32

elevation.
Page
The site of Pherme today contains approximately 115 monastic
hermitages, only about ten of which were excavated by the Swiss
during their three seasons of work there from 1987 to 1989. In 2006,
at the invitation of members from the former Swiss team, the
Egyptian Delta Monastic Archaeology Project conducted a series of
surveys and preliminary excavations at Pherme.

Using the geophysical method of magnetic prospection, the team


was able to map the location of unexcavated structures buried
beneath the ground and correlate that data with the earlier Swiss
findings. The results of this survey have been documented in an
article co-authored by Tomasz Herbich, Darlene Brooks Hedstrom,
and Stephen J. Davis and published in the Journal of the American
Research Center in Egypt 44 (2007), 129–37.

Travaux de María Teresa Viviani

Les églises coptes d'Égypte du IVe au VIIe siècle par María Teresa
Viviani, Instituto de Estética, Facultad de Filosofía Pontificia
Universidad Católica de Chile :

Este segundo grupo de iglesias, se ubica más hacia el sur, en el


Egipto Medio y Alto Egipto : en Al-Minya, cerca de Tell al-Amarna ;
en Akhmim y Sohag, donde se encuentran los famosos Monasterio
Blanco y Monasterio Rojo ; en la región de Tebas y en el Alto Egipto,
en Aswan
33

Las iglesias del sur y Alto Egipto reflejan una síntesis de elementos
Page

de una antigua herencia faraónica y de la ocupación romana de la


zona. Conservan el estilo monumental de los muros exteriores
propios de los templos egipcios y al interior de las iglesias mantienen
rasgos de las basílicas romanas.

Es interesante hacer ver que en la nave, aún siendo basilical, se


reordenan las columnas de un modo distinto, interrumpiendo el
tradicional acceso frontal a la basílica, con un ambulatorio. Este
singular ordenamiento es testimonio de un nuevo uso del espacio, no
dirigido procesionalmente desde el exterior del edificio hacia el altar
o santuario, como es característico en una basílica cristiana.

---/---

► Lire la suite de la publication ici

Site de Qaṣr al-ʿAǧūz, dans l’oasis de Baḥariya

Située à 2,4 km au sud/sud-est du qaṣr d’al-ʿAǧūz (sur le tronçon


commun de trois pistes menant à la Vallée du Nil, Darb al-
Masʿūdī, Darb al-Bahnasāwī et Darb al-Rūbī) et au nord-ouest et
nord-est de ʿAyn Ǧaffāra et du Ǧabal al-Hafhūf, la zone
archéologique de Tell Ǧanūb Qaṣr al-ʿAǧūz comprend six
ensembles de bâtiments, éparpillés sur un périmètre de
80.000 m2. Le site est fouillé par l’IFAO depuis 2009 et cofinancé
par Macquarie University depuis 2013.
34
Page

► Fouilles de deux ermitages par l'IFAO depuis 2009 ici


Fouilles sur le site de Shenoute

Shenoute was the first outstanding writer of the Egyptian language


in its Coptic form, and his literary importance was never equaled ; he
lived from A.D. 348 to 465.

35
Page
The ancient monastery of Shenoute is one of the most important
historical sites, both for scholars and for the Coptic Orthodox Church.
It was founded about A.D. 350 by Pgol, who was then succeeded by
Ebonh. Its third leader was the great saint Shenoute, who led the
monastic federation from A.D. 385 to 465. Shenoute’s name is now
attached to this site. His miraculous life is recorded in an ancient
biography written by his successor Besa.

► Article du Yale Egyptological Institute in Egypt ici

Éditeur : University of Pensylvania Press (2007) – Auteur : Caroline T. Schroeder.


Anglais – ISBN : 0-8122-3990-3 - 237 pages.

This long-awaited publication of Stephen Emmel's reconstruction of


the literary corpus of Shenoute, monastic leader in Upper Egypt from
385 until 465, and Coptic author par excellence, marks the beginning
of a new era in Shenoute studies.

On the basis of about one hundred parchment codexes from the


library of Shenoute's monastery, pieced together from nearly two
thousand fragments scattered among some two dozen collections,
Emmel demonstrates that Shenoute's corpus was transmitted in two
36

multi-volume sets of collected works, nine volumes of Canons and


eight volumes of Discourses.
Page
At the core of his study is a description of each reconstructed codex,
demonstrating the organization and coherence of the corpus as a
whole, followed by a survey of its contents in which nearly 150
individual works are catalogued.

À research-historical and methodological introduction, tables,


concordances, and an extensive bibliography make Emmel's book a
mine of information that will be indispensable for future research on
Shenoute, whether philological, historical, or theological.

► Aperçu du livre Shenoute's Literary Corpus ici

Éditeur : Peeters Publishers (2004) – Auteur : Stephen Emmel.


Anglais – ISBN : 9042912308, 9789042912304 - 1006 pages.

Fouilles de l’ermitage copte QR 195


des Qusur al-Ruba’iyyat

Ce livre fruit de la collaboration de Pascale Ballet, Nathalie Bosson


et Marguerite Rassart-Debergh, est le second tome du deuxième
volet de l’étude de l’ermitage copte QR 195 des Qusur al-
37

Ruba’iyyat, célèbre dans l’Égypte chrétienne et tombé dans l’oubli


Page

jusqu’en 1964, date de sa redécouverte.


Dans le premier tome, paru en 2000, N.H. Henein et M.
Wuttmann (Kellia II/1. L’ermitage copte QR 195, FIFAO 41)
étudiaient l’archéologie et l’architecture du site.

Dans cette livraison, Pascale Ballet se penche sur les contextes et


les céramiques qui les composent, Nathalie Bosson sur les 155
inscriptions qu’a livrées l’ermitage, en langue bohaïrique
"classique", langue véhiculaire de Basse-Égypte, et, enfin,
Marguerite Rassart-Debergh sur la décoration de l’ermitage, érigé
entre 630 et 650, et sur son évolution au cours des deux siècles
qui suivirent.

Ces deux volumes (Kellia II/1 et II/2) font suite au premier


ouvrage concernant le site, publié peu après sa découverte, en
1969, sous la direction de Fr. Daumas et A. Guillaumont (Kellia I.
Kôm 219, FIFAO 28/1-2).

Institut français d'archéologie orientale : Kellia II. L’ermitage copte QR 195. 2.


La céramique, les inscriptions, les décors.
Collection : FIFAO 49 – ISBN 2-7247-0343-X – 2003.

Bibliographie Kellia, ermitages, coptes d'Égypte

► Accès à la liste ici


38
Page

► Documents de l'IFAO ici


L'Église à Byzance de 325 à 787

Aujourd'hui, il est difficile d'imaginer la place énorme que la religion


occupait dans la vie quotidienne à Byzance. À Constantinople, rien
n'était plus commun et plus prisé que la discussion théologique.
Comme si les Byzantins, privés de réflexion et de discussion sur les
sujets qui remplissent aujourd'hui les journaux, reportaient toute leur
curiosité sur le monde de la religion.

Pour agrandir le document, cliquez ici

Pendant les premiers siècles de Byzance, l'Empire fut secoué par des
discussions minutieuses et interminables sur des sujets religieux qui,
de nos jours, n'apparaissent pas à nos esprits sécularisés, comme
étant essentiels. Par exemple, l'une des questions les plus
controversées portait sur la nature du Christ.

L'une des parties tenait passionnément à l'idée que la personne du


Christ ne comportait qu'une seule nature, la nature divine ; cette
opinion était en contradiction avec l'enseignement orthodoxe, selon
lequel, dans l'incarnation, la personne du Christ comporte
conjointement les deux natures, humaine et divine.
39

Le débat sur cette question ne se limitait pas aux membres du


clergé, aux intellectuels et aux riches aristocrates. Chaque homme,
Page

en effet, se sentait impliqué personnellement dans un tel débat. Ces


divisions dogmatiques avaient des répercussions politiques et les
opinions divergentes, regroupées en factions ennemies, eurent des
effets désastreux sur l'unité de l'Empire.

C'est pourquoi on finit par rechercher un compromis. On considérait


alors que le Christ avait deux natures, mais une seule volonté.
L'empereur Héraclius (vers 575 - 610 † 641 - infos) se fit le
défenseur de cette conception à visée surtout politique ; elle se
maintint durant quelque dix ans avant d'être elle-même rejetée
comme hérétique.

Mais, en fin de compte, cette hérésie connue sous le nom de


monothélisme, ne fut condamnée officiellement qu'au sixième concile
œcuménique (infos) tenu à Constantinople en 680.

40

Si l'aile orientale de l'Église était si fort encline à la discussion


Page

théologique, c'est qu'elle était, d'une certaine manière, plus "mûre"


que l'aile occidentale et qu'elle était donc plus exposée aux
tentations hérétiques qui surviennent toujours, dans l'histoire
ecclésiale, comme des crises de croissance.

Pour revenir à la pureté de l'annonce évangélique, il était nécessaire


de convoquer les responsables de l'Église, successeurs des apôtres,
afin que, comme la tradition en avait été fondée à Jérusalem, ainsi
que le rapportent les Actes des Apôtres (Ac. 15), l'Esprit Saint pût
éclairer les pères conciliaires et que fût tranchée définitivement la
querelle.

Car il est nécessaire que l'Église soit "Une" sous peine de cesser
d'être l'Église, sacrement de salut pour le monde. C'est pourquoi,
conscient que la dispute connue sous le nom d'arianisme pouvait
41

constituer le risque de diviser l'Église, Constantin prit l'initiative de


convoquer, en 325, le premier concile œcuménique (infos), à Nicée
Page

(la moderne Isnik).


► Chronologie des conciles ici

À cette époque Arius soutenait que le Christ était subordonné au


Père, c'est-à-dire qu'il ne possédait pas la divinité en plénitude. En
réponse à cette hérésie, le concile promulgua le symbole de Nicée
introduisant le Credo dans la liturgie. Quant à l'empereur, il comptait
bien, par le biais de l'unanimité religieuse retrouvée, fournir les bases
d'une nouvelle unité de l'Empire.

42
Page
L'Église réunit sept grands conciles entre 325 et 787 ; ceux-ci sont
les seuls que les Églises orientale et occidentale considèrent l'une et
l'autre comme "œcuméniques" au sens originel, toutes les parties y
ayant une voix égale dans les débats. Au début du IVe siècle, les
trois principaux évêchés méditerranéens étaient Rome, Alexandrie et
Antioche.

En 381, le 1er concile œcuménique de Constantinople (le deuxième


concile œcuménique) condamne définitivement l'arianisme et les
sabelliens. La doctrine de Nicée est confirmée, et la consubstantialité
de l’Esprit avec le Père et le Fils affirmée. Il n'était pas question à
cette date d'autre chose que d'une seule Église "catholique", c'est-à-
dire universelle. Ce concile instaure les patriarcats de Rome,
Constantinople Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

Cependant, au fil des siècles, tandis que disparaissait la réalité d'une


Église "sacrement de salut" au profit d'une conception juridique de
l'Église à laquelle on "devait" appartenir par le baptême et les
sacrements, l'unité, comme nécessité vitale, ne fut plus ressentie
avec la même acuité, si bien que peu à peu, par une dérive lente et
sournoise, se consomma le divorce entre les pôles oriental et
occidental de la chrétienté.

Le litige entre l'Église grecque et l'Église romaine porte sur deux


points essentiels. Le premier consiste dans la reconnaissance de la
primauté du pape. L'argument soutenu par l'Église catholique se
fonde sur le choix que le Christ lui-même fit de Pierre pour conduire
l'Église, lui donnant le pouvoir de "lier et de délier", c'est-à-dire de
trancher.

C'est en raison de cette élection que saint Pierre décida au "concile"


de Jérusalem (Actes des Apôtres - infos) au nom de l'Église. Durant
les premiers siècles, Constantinople et Alexandrie en appelaient à
l'évêque de Rome lorsqu'elles se disputaient la prépondérance en
matière ecclésiastique.

Byzance n'a rien à opposer lorsque le pape revendique la succession


directe de saint Pierre et son corollaire : l'infaillibilité pontificale en
43

matière de dogme. L'on peut dire de cette discussion sur l'institution


papale qu'elle contient en germe tous les conflits qui divisèrent par la
Page

suite Églises d'Orient et d'Occident.


Le second point est tout aussi fondamental même s'il semble avoir
surgi d'une simple querelle linguistique. Il s'agissait du terme latin
filioque qui signifie "et du fils", locution qui n'existait pas en la forme
dans le Credo de Nicée et qui fut introduit ultérieurement par l'Église
romaine.

Ce qui est en jeu dans "filioque", c'est la nature du Christ et la


question de savoir si Jésus de Nazareth possède bien la divinité en
plénitude. La phrase incriminée devint dans la liturgie occidentale :
"Nous croyons... au Saint-Esprit... qui procède du Père et du Fils".

Cette doctrine de la "double procession" de l'Esprit trouve sa


confirmation en Occident au VIe siècle et demeura l'un des plus
sérieux points de divergence entre Rome et l'Église orthodoxe.

En effet, si l'Esprit Saint procède du Christ conjointement au Père,


cela signifie que le Christ est Dieu, que la nature de Dieu est tout
entière présente en Son Fils, car ainsi répond le Christ à Thomas qui
lors de la dernière Cène demande à Jésus quel chemin prendre pour
arriver au Père : "Je suis le chemin, la Vérité, la Vie. Nul ne vient au
Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi Mon
Père" (Jn. 136).

Or voici le chemin que le Christ a pris pour nous montrer le Père,


pour nous montrer de quel amour aime le Père : la Croix, la non-
résistance au mal de celui qui "s'est fait péché pour nous", dit saint
Paul.

Voilà ce qui engendre l'homme à la vie éternelle, voilà ce qui fait de


lui une créature nouvelle, non plus "âme vivante" à l'image d'Adam,
mais "Esprit vivifiant", à l'instar de Jésus. Esprit qui donne la vie. Ce
nouvel Adam vit de l'Esprit Saint ainsi que le Christ le déclare à
44

Nicodème.
Page
C'est pourquoi l'Église romaine affirme qu'il n'y a qu'un seul chemin
vers le Père : le Fils, que seule son imitation conduit au salut et
engendre la nouvelle création que ce dernier a inaugurée par sa mort
et sa résurrection.

Par contre, si l'on soutient que la nouvelle créature peut naître de


l'Esprit qui procède du seul Père, on postule qu'il existe un autre
salut que celui qui passe par la Croix.

On voit bien qu'il s'agit de deux théologies incompatibles. Le concile


de Florence, en 1439, entérina le désaccord entre les deux Églises
(hormis l'Église grecque) en dépit de la pression turque toujours plus
menaçante aux portes de Constantinople, menace qui rendait
cruciale cependant l'entente entre les parties afin de résister aux
infidèles.

This document was the result of an ecumenical council aimed at


uniting the Catholic and Greek Orthodox churches. It is mostly
concerned with outlining a workable shared theology on questions
such as the importance of the Holy Spirit and the exact organization
of the afterlife.

The left hand side, written in Latin, has been signed by several Papal
authorities and sealed by the Pope. The right hand side, written in
Greek, was never signed, and the union never happened.
45
Page
Le monachisme à Byzance

Parmi les aspects les plus originaux de la vie à Byzance, et plus


particulièrement à Constantinople, il convient d'évoquer la véritable
vénération dont les moines faisaient l'objet, vénération qui s'étendait
à tous ceux dont la vie était fondée sur un idéal religieux.

Éditeur : Cambridge University Press – Édition : Reissue (3 mars 2011).


Langue : Anglais - ISBN-13 : 978-0521208895.

► Introduction au monachisme byzantin ici

Quelle que soit l'époque considérée, la population monastique était


de l'ordre de plusieurs milliers de personnes réparties dans les
quelques centaines de couvents qui parsemaient la ville.

Le monachisme byzantin est à la fois symptomatique de la société


médiévale profondément religieuse et du christianisme d'Orient qui,
très tôt, fit une place toute particulière à la vocation monastique
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dans l'expression de la foi.


Page
L'Europe occidentale, naturellement plus cléricale, vit se développer
beaucoup plus tardivement cette forme très particulière de la vie
chrétienne que constitue le fait d'être moine.

Plusieurs traits révèlent la popularité des moines et de la vie


monastique. Tous les princes de l'Église d'un rang élevé étaient issus
des monastères et ces hommes étaient en mesure d'atteindre une
formidable popularité ; cette tradition a survécu à l'époque moderne
avec Monseigneur Makarios, qui est devenu président de Chypre.

On tenait généralement compte des avis du haut clergé et


l'empereur prenait des risques à passer outre leurs admonestations.
À cet égard, la tradition byzantine se rapproche étroitement de celles
des autres régions du Moyen-Orient ; en Palestine, les prophètes de
l'Ancien Testament profitaient de leur autorité morale pour s'opposer
au roi, et le gourou a exercé un rôle très semblable dans la vie
indienne durant de nombreux siècles.

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Page
One of the most famous icons of Constantinople, the Odegitria
Virgin, so named after the Monastery of Odegon where it was long
enshrined. According to tradition it was painted by Saint Luke
himself.

Les hauts dignitaires de l'État, et tout ce que Constantinople


comptait de gens riches et cultivés, recherchaient la compagnie des
moines, pour la plupart érudits, brillants polémistes, hommes avisés
dont le conseil, tant en politique qu'en théologie, était extrêmement
précieux.

Entrer dans les ordres constituait pour un homme de condition une


carrière des plus honorables et le mode de vie qui était propre à la
vie monacale passait, à bien des égards, pour attrayant.

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Page

► Céramiques de Sainte-Sophie à Constantinople ici


Hormis la bibliothèque du patriarcat, aucune bibliothèque
constantinopolitaine ne pouvait rivaliser avec celles des grands
monastères, riches non seulement de leurs ouvrages mais encore de
tout le savoir détenu par leurs cénobites.

Ceux-ci, leur vie durant, étaient certains de jouir de l'estime


générale, de parvenir au plus haut degré de l'érudition et de vivre
dans la compagnie de lettrés, sans avoir la crainte du lendemain
dans un environnement marqué du sceau de la précarité. Il en était
de même des couvents de nonnes, toutefois moins nombreux,
qu'abritait la cité.

Cependant, ce n'est pas la seule recherche de la sécurité et du


prestige social qui poussait nombre de jeunes Byzantins à opter pour
la carrière monastique. Celle-ci leur apparaissait plutôt comme le
mode d'existence le plus apte à préparer à la vie de l'au-delà.

En effet, avec sa résurrection et son exaltation à la droite du Père, le


Christ est le premier-né d'une nouvelle création à laquelle participent
tous ceux qui, par leur baptême, ont abandonné dans les eaux la
dépouille du vieil homme pour revêtir l'Homme Nouveau. "Citoyens
de la maison de Dieu", comme le dit saint Paul dans l'épître aux
Éphésiens, ils sont en exil dans ce monde de ténèbres avec lequel ils
ont rompu par leur attachement au Christ.

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Page
► Diaporama Flickr du monastère de Chozoviotissa ici

C'est pourquoi, l'une des expressions grecques désignant l'entrée


dans les ordres se disait : "quitter le monde". Car le chrétien est libre
de toute dette envers le monde et n'a plus à vivre selon l'esprit du
monde. Il n'est débiteur que devant Dieu qui l'a racheté, par le sang
de son fils, au pouvoir du "Prince de ce monde".

La vie monastique, entièrement tournée vers la prière, avait pour


mission d'incarner cette irruption du royaume de Dieu sur terre et la
possibilité offerte à tout homme de goûter, dès ici-bas, les prémices
du paradis.

Les funérailles d'un moine suivaient un rituel destiné à rappeler à


tous qu'ils avaient, en prenant l'habit de moine, endossé le vêtement
noir du deuil, qu'ils étaient veufs du monde, tandis qu'ils portaient,
sous la bure, la chemise immaculée du baptême, symbole du Christ
ressuscité.

Le triptyque ci-dessous, s'organise autour de la représentation de la


Deesis : la Vierge et saint Jean-Baptiste intercèdent pour l'humanité
auprès du Christ trônant. En dessous et sur les volets, les apôtres,
les saints évêques, martyrs et saints militaires s'associent à cette
prière. Ce chef-d’œuvre du classicisme byzantin est le plus raffiné
des ivoires de l'atelier impérial dit de "Romanos". Il constitue un
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témoin majeur de la renaissance des arts à Byzance sous les


empereurs macédoniens.
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C'était chose assez courante qu'un politicien influent, ou même un
empereur ou un membre de la famille impériale, devienne moine.
C'était une manière élégante de se retirer, une fois devenu vieux ou
bien d'échapper, par ce biais, aux poursuites de ses rivaux.

Les monastères et couvents de Constantinople abritèrent à toutes les


époques nombre de personnes de qualité ; les unes venaient
volontairement, les autres sous la contrainte.

En 944, Romain 1er Lécapène fut relégué par ses fils dans un
monastère d'une île de la mer de Marmara, et, en 1081, Nicéphore
III se retira volontairement au monastère de la Péribleptos à
Constantinople ; Hélène, la dernière impératrice byzantine, femme
de Manuel II Paléologue, finit ses jours dans un monastère où elle
avait eu la joie d'être admise comme simple nonne, sous le nom
d'Hypomène.
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Page
► Diaporama Flickr du monastère de Sumela ici

On peut en déduire que les monastères de Constantinople n'étaient


pas nécessairement les lieux d'une ascétique retraite. Depuis les
premiers siècles, l'on a établi une distinction entre le saint homme,
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qui vivait en ermite dans un désert ou quelque lieu écarté


(anachorète) et celui qui choisissait la retraite conventuelle parmi
Page

d'autres frères (cénobite).


Des monastères ou couvents pouvaient également exister dans une
région inhabitée, mais ceux de Constantinople attiraient évidemment
les moines et nonnes qui désiraient vivre dans un environnement
moins sauvage.

L'on sait qu'une bonne partie des figures les plus marquantes du
monachisme constantinopolitain étaient originaires des provinces ;
ceux qui voulaient couler l'existence plus paisible qu'offrait le
monastère d'une petite ville, ou l'isolement du mont Athos avaient
toujours la possibilité de le faire.

Il est toutefois très probable que les moines des monastères citadins
(thèse avérée dans le cas des plus grands d'entre eux comme le
Stoudion, le Pantocrator et la Péribleptos) entraient là pour satisfaire
leur besoin d'étude, de recherche intellectuelle et de discussions
savantes avec leurs condisciples et tous les lettrés que la ville
recelait.

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Page
► Diaporama Flickr du monastère d'Alahan ici

Publication de María Teresa Viviani, Instituto de Estética, Facultad de


Filosofía Pontificia Universidad Católica de Chile :

En esta investigación se propone una interpretación de un grupo de


iglesias cristianas construidas en Egipto, entre los S. IV y VII,
considerando ciertos vínculos entre la estética y el dogma. Este
trabajo se inscribe en una línea de investigación sobre las
comunidades cristianas de los primeros siglos en el Medio Oriente,
Arrianos, Capadocios, Nestorianos y Monofisitas.

Para poder estudiar la arquitectura y pintura de las iglesias, y recrear


los espacios arquitectónicos y sus usos litúrgicos, tenemos que estar
dispuestos a trabajar con un inventario arqueológico de ruinas y
despojos. No es tarea fácil.

He tenido que trabajar con plantas y elevaciones reconstituidas de


edificios, restos materiales de monumentos y algunos fragmentos
restaurados de pinturas. Como ayuda, he recurrido a monumentos
de siglos posteriores, en donde se han mantenido los rasgos de las
primeras épocas y he considerado algunas características de las
actuales iglesias coptas.

Recordando que la liturgia de la iglesia copta fue siempre cantada


por monjes herederos de una antigua tradición y sensibilidad musical
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egipcia, se siente con más fuerza el silencio de las ruinas, de los


espacios saqueados, abandonados y castigados.
Page
► Lire la suite de la publication ici

Le monachisme byzantin se distingue de son homologue occidental


en ce qu'il n'éprouva pas le besoin de s'organiser selon un système
"d'ordres" obéissant à des règles différentes, émanations de
multiples courants de spiritualité. Au contraire, les moines
orthodoxes observaient tous la règle de saint Basile, dont la
caractéristique essentielle était la défiance à l'égard des excès
d'ascétisme auxquels tendait la tradition érémitique.

La règle instituait des heures pour l'adoration et d'autres pour le


travail et imposait l'idéal de pauvreté et de chasteté, comme en
Occident ; l'éducation des enfants faisait également partie des
devoirs de l'état monastique, là où c'était nécessaire.

Les moines orthodoxes contemporains suivent toujours la règle de


saint Basile.

Si les monastères évoluèrent de cette façon dans le monde


byzantin ; c'est que, parallèlement au cénobitisme, se développa un
riche courant anachorétique.

L'ermite, bien qu'il ne fût pas généralement un homme d'une grande


culture, était surtout estimé en vertu de sa sagesse spirituelle et de
son autorité morale qui lui attiraient souvent le respect et la dévotion
de milliers de personnes.

Appelé "saint homme" (le terme grec "hosios" est différent du terme
"hagios" qui désigne le saint), le solitaire occupait une place à part
dans le monde orthodoxe et faisait l'objet d'une grande admiration.

Il faut signaler que les premiers moines furent des ermites qui
cherchaient la solitude dans le désert d'Égypte, au IVe siècle, puis
formèrent, par la suite, des communautés qui débouchèrent sur une
forme de vie plus communautaire, sous la conduite de saint Antoine.
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Page
56

► Diaporama Flickr du monastère de Selime ici


Page
Les ermites prenaient la décision de "quitter le monde" et
s'installaient en un lieu retiré et inaccessible afin de vivre l'Évangile
dans toute sa force, sans rien concéder aux compromissions du
siècle.

Ainsi, dénués de tout, ayant même renoncé au bien affectif que


constitue la compagnie des autres hommes, proclamant dans leur
chair que "Dieu suffit", qu'il comble de sa présence ceux qui ne
prétendent qu'à contempler Sa Face, les ermites incarnèrent le cœur
incandescent du christianisme qui n'est pas un perfectionnisme mais
grâce divine, laquelle rend cent pour un.

Aujourd'hui encore, le mont Athos abrite nombre d'ermites qui vivent


dans des huttes minuscules, perchées sur des corniches rocheuses.
Ce sont les survivants d'une tradition de vie ascétique qui remonte
aux premiers siècles byzantins.

Le charisme des anachorètes était bien différent de celui des


cénobites quoiqu'ils fussent tous deux complémentaires. La vie du
solitaire avait bien peu de points communs avec celle des moines au
sein d'une communauté de prière et le partage des tâches
communes : elle était contemplation solitaire et renoncement total
aux préoccupations de ce monde.

Ayant élu les solitudes désertiques pour vivre dans toute sa radicalité
leur vocation religieuse, ces ermites eussent pu rester ignorés de la
foule constantinopolitaine occupée à vaquer à ses mille affaires, si
certains anachorètes n'avaient choisi de se "retirer du monde" au
sein même de la bruyante capitale byzantine.

Quoique plus sporadique, cette forme de retraite était extrêmement


populaire et ceux qui l'adoptaient jouissaient d'une grande
vénération. Il s'agissait, pour ce type d'ermites, d'élire domicile au
sommet d'une colonnade ou même d'une grosse colonne.

Le précurseur, en l'occurrence, fut saint Siméon (389 † 459) qui


vécut près d'Antioche, au IVe siècle. Bien connu grâce à son
biographe l'évêque syrien Théodoret de Cyr, l'une des sources les
plus fiables de nos connaissances de l'ancien Proche-Orient chrétien,
sa célébrité fut extrême et l'on venait en masse au pied de sa
colonne afin d'écouter son enseignement (infos).

Son exemple fit école et l'on compta, à certaines époques, plusieurs


centaines de stylites en Orient, ce mode de vie n'ayant eu qu'un seul
adepte en Occident dans la personne du Lombard Vulfilaïe qui vécut
au VIIe siècle.

Au Ve siècle, juste hors les murs de Constantinople, saint Daniel le


Stylite vécut sur une colonne de l'âge de quarante-sept ans à sa
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mort survenue à quatre-vingt-quatre ans. C'était une personnalité en


vue de la cité, très révérée, créditée de pouvoirs remarquables de
Page

guérison.
Au Ve siècle encore, il est attesté qu'un stylite nommé Jean vécut sur
une colonne au milieu du complexe de bâtiments officiels de
l'Hebdomon. On rapporte encore qu'un stylite du Xe siècle, vivant
dans le quartier d'Eutropiou, et qui avait déjà supporté les aléas de
ce genre de vie, fut précipité dans la mer de Marmara, sa colonne
toute proche ayant été ébranlée par une secousse sismique d'une
certaine importance.

On rencontrait encore des stylites en 1204, et l'on possède de cette


époque une merveilleuse description que fit un Occidental, Robert de
Clari, dans son récit de la quatrième croisade.
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Le monachisme en Palestine

Le monastère orthodoxe grec de Saint Georges de Coziba fut


construit vers la fin du Ve siècle par Jean de Thèbes, qui après être
devenu un ermite quitta l'Égypte en 480. Le monastère
originellement dédié à la Vierge Marie, fut baptisé St. George en
mémoire de Gorgias de Coziba.

Taillé dans la paroi rocheuse du désert de Judée, il se situe dans un


lieu magnifique, entouré d’un jardin suspendu luxuriant. Ce
monastère permettait aux ermites qui vivaient dans les grottes aux
alentours de se retrouver pour célébrer ensemble les fêtes et
partager leur repas.

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Page
C’est ici que la tradition situe le lieu de repos d’Élie lors de sa route
vers le Sinaï, lorsqu’il se cachait de la reine Jézabel. Il fut alors nourri
par les corbeaux (1 R 17,5-6). Une autre tradition est venue s’y
ajouter : dans une grotte de ces environs, Joachim aurait reçu la
visite d’un ange lui annonçant que sa femme Anne, stérile, serait
bientôt enceinte d’une petite fille qui sera la mère de Jésus.

Florissant au Ve siècle, il a été fortement endommagé par les Perses


en 614, puis abandonné. C’est un des monastères les plus anciens du
pays qui renferme des fresques rupestres des Ve et VIe siècles. De
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très belles mosaïques du VIe siècle sont visibles dans les églises St
Jean et St Georges.
Page
L'ensemble des bâtiments conventuels actuels a été reconstruit en
1878 et 1901. L’église centrale est toujours dédiée à la Mère de Dieu.
Le monastère abrite une petite communauté de moines grecs
orthodoxes qui y perpétuent leur règle de vie.

► Diaporama Flickr du monastère de St Georges de Koziba ici

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Page

Image satellite HD de Spot Image ici


► Inscrit en 2002 au Patrimoine mondial de l'UNESCO ici

C'est au pied du mont Sinaï ou Djebel Moussa "montagne de Moïse",


que les orthodoxes édifièrent au VIe siècle, un monastère sur l'ordre
de l'empereur romain Justinien (483 † 565). Ce n'est qu'au XIIIe
siècle qu'il prendra le nom de monastère de Sainte-Catherine du
Sinaï, du nom de cette jeune fille née à Alexandrie qui tint tête au
début du IVe siècle à l’empereur Maxence (c. 278 † 312).

À l’intérieur de l’enceinte, qui conserve sa silhouette primitive, et ne


fut jamais, au cours des siècles, ni conquise, ni détruite, se
regroupent des constructions d’époques diverses, dont une église,
une mosquée, un musée, une bibliothèque, un ossuaire et les
bâtiments conventuels du plus vieux monastère chrétien élevé à
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l’endroit précis où Dieu se serait révélé à Moïse dans le miracle du


Buisson ardent.
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► Diaporama Flickr du monastère de Sainte-Catherine ici

Outre la mosaïque de la Transfiguration que l'on considère comme


l'une des plus remarquables mosaïques byzantines, à l'égal de celles
de Constantinople et de de Ravenne, la bibliothèque présente une
des collections les plus riches au monde, et la seconde après la
bibliothèque Vaticane avec 3.000 manuscrits anciens, certains d'entre
eux étant plus vieux que le monastère lui-même.

La pièce d’exception est sans conteste un manuscrit du milieu du IV e


siècle, le "Codex Syriacus", traduction des Évangiles en Syrien et la
plus vieille adaptation de la Bible en chacune des autres langues.
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Page
Codex Sinaiticus is one of the most important books in the world.
Handwritten well over 1600 years ago, the manuscript contains the
Christian Bible in Greek, including the oldest complete copy of the
New Testament. Its heavily corrected text is of outstanding
importance for the history of the Bible and the manuscript – the
oldest substantial book to survive Antiquity – is of supreme
importance for the history of the book.

► Pour découvrir les textes du Codex Sinaiticus ici

L'édit de Muhammad au mont Carmel...?


(désigné également par Traité éternel de Mahomet)

Au cours de l'année 1696, un dénommé Brio fait publier à


Amsterdam un livre intitulé Histoire juridique de l'Empire mahométan
qui reproduit in extenso le texte d'un Traité Éternel établi par
Mahomet avec les Chrétiens.

En 1858, J. G. Pitzipios-Bey dans l'Annexe II de son livre L'Orient -


Les Réformes de l'Empire Bysantin édité à Paris par E. Dentu,
Libraire-éditeur, présente une traduction intégrale de ce traité (pages
213 et suivantes), qui est présenté comme suit :

Mahomet, comme nous l'avons déjà dit, était bien convaincu qu'il ne
pouvait pas attaquer de prime abord le christianisme, à cause de
l'immense influence que cette religion avait déjà acquise ; il jugea au
contraire de son propre intérêt d'avoir l'air de le tolérer et de le
protéger, jusqu'à ce que l'islamisme eût pris de l'extension et qu'il
eût assez de force pour combattre et détruire de fond en comble et
le christianisme et la civilisation chrétienne.

C'est là le motif qui le poussa à publier, la quatrième année de


l'hégire (626 ans après Jésus-Christ), le fameux décret en faveur des
chrétiens auquel il donna lui-même le nom de traité éternel.

Deux originaux de cet acte en langue arabe se sont conservés


jusqu'à nos jours.

L'un de ces deux originaux est celui qui avait été remis par Mahomet
aux religieux du couvent de Sainte-Catherine, fondé par l'empereur
Justinien en 527 sur le mont Sinaï en Arabie, et qui subsiste encore
aujourd'hui, sous la direction d'un évêque, qui porte le nom
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d'archevêque de Sinaï et qui réside ordinairement à Constantinople


pour protéger près des Turcs les intérêts de son couvent.
Page
► Pour lire la suite du document et le Traité ici

Aujourd'hui, tout porte à croire que cet édit serait un habile


subterfuge des moines de Sainte-Catherine, consistant à forger
de toutes pièces la tradition du passage de Muhammad dans leur
monastère, après l'invasion dans les années 630-640 du Sinaï par
les armées arabo-musulmanes.

En effet, à compter de cette période, le sud du Sinaï qui relevait


alors politiquement de la province de Palestine et religieusement
du patriarche de Jérusalem, fut soumis aux lois de l'islam.

Si dans un premier temps les édifices chrétiens et les moines du


Sinaï furent épargnés, au fil des siècles le contrôle du pouvoir
musulman se fit plus menaçant.

Dès lors, à la moindre menace, les moines vont utiliser ce


document qui leur octroyait un certain nombre de privilèges pour
revendiquer leurs droits aux représentants du pouvoir musulman,
ou lorsqu'un nouveau pouvoir se mettait en place au Caire ou à
Istanbul.

Le monachisme au mont Carmel


Mont Carmel : HaCarmel - jardin de Dieu
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Page
Pour agrandir le document, cliquez ici

► Cartes de la Bible ici

► Carte routière d'Israël en anglais ici

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Élie le prophète (IXe siècle av. J.-C.)

Élie le Tishbite, de Tishbé en Galaad (sur les hauteurs d'une chaîne


montagneuse à l'est du Jourdain), s'appelait Elliyyahou. L'Ancien
Testament a laissé l'image d'une personnalité religieuse
extrêmement riche, contrastée et complexe. Si l'aspect ascétique est
indéniable, c'est avant tout un solitaire.

Élie passera sa vie à ramener ses contemporains au yahwisme absolu


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et exclusif, au monothéisme d'Abraham et de Moïse, en s'opposant


aux adeptes et prophètes du culte de Baal (dans la Bible ce mot ne
Page

désigne aucune identité précise, mais rassemble toutes les divinités


qui pourraient détourner le peuple de Yahvé du droit chemin), et de
la déesse Ashérah.

Le mont Carmel

Le mont Carmel (Har HaKarmel, jardin de Dieu), n'est pas à


proprement parler une montagne qui domine la mer à sa pointe
ouest, mais une crête côtière orientée nord-nord-ouest vers sud-sud-
est, très accidentée par un jeu complexe de failles, qui se caractérise
par la prédominance de calcaires et de silex.

Cet éperon mesure plus de 39 km de long pour une largeur de 8 km


environ, son point culminant est le Rom Carmel ou mont Carmel,
sommet arrondi qui s’élève à 546 m d’altitude.

Il est un prolongement du massif montagneux central (cénomanien


ou mésocrétacé), complété par des alluvions éocènes : au moment
du soulèvement des sédiments, il se produira une faille vers l’est
dont le rôle historique sera important, puisque c’est ici le seul
passage de la via maris, c’est la célèbre passe de Mégiddo,
fréquemment mentionnée dans le texte biblique, comme la route
commerciale, datant du début de l'Âge du Bronze, reliant le nord de
l'Égypte ancienne, vers la Phénicie.

Outre le fait que le massif jouit d'une réputation de montagne sacrée


69

depuis les temps les plus reculés jusqu'aux prophètes bibliques et


Élie, le Levant fait partie d'une "Out of Africa", corridor géographique
Page

pour la dispersion humaine depuis les terres africaines.


Les fouilles archéologiques des grottes d'Amud, Qafzeh, Misliya,
Tabun, (El-Wad, Jamal et Skhul), Kebara et Qesem (infos), sont
regroupées les unes à côté des autres le long du côté sud de la
vallée de Nahal Me’arot.

Elles ont permis de mettre à jour des fossiles d'humains


anatomiquement modernes, l'Acheulo-Yabrudian, le dernier de la
culture du Paléolithique inférieur dans le Levant, et d'humains du
début du Moustérien du Levant, aussi connus comme Moustérien de
Tabun type D (infos).

Pour visionner la vidéo, cliquez ici

► Grottes préhistoriques du mont Carmel ici


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► Inscrit en 2012 au Patrimoine mondial de l'UNESCO ici


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Statuette de bronze du fameux Jupiter du temple de Baalbek, dit
Jupiter Héliopolitanus caractéristique du syncrétisme religieux de
l'Orient hellénisé, provenant de Kefr Djezzin, près de Berdja, sur la
côte sud de Djebaïl, l'antique Byblos. Couverte d'une belle patine
verte, elle conserve encore les traces de dorure.

On trouve une première mention de cette crête de montagne dans


des textes égyptiens du XVe siècle av. J.-C., où Thoutmosis III
recense un promontoire sacré parmi ses territoires cananéens. Les
Grecs et les Romains l'appelaient la "montagne sacrée de Zeus". À
l’époque romaine, le culte de Jupiter Carmelus Heliopolitanus y fut
apparemment célébré.

Elle représente un personnage debout, aux longs cheveux coiffés à


l'égyptienne, la face imberbe et efféminée, le bras droit relevé, le
gauche ramené contre la poitrine ; il est vêtu d'une longue tunique
collante, divisée en panneaux sur lesquels sont figurés les bustes de
divinités : Hélios, Séléné, Athéna, Hermès, Zeus, Héra et Cronos.
Conformément à la tradition, le dieu tenait de la main droite le fouet,
et de la gauche une poignée d'épis.

Alors que plusieurs prophètes bibliques dont Élie (IXe siècle avant J.-
C.), Élisez (vers VIIIe siècle avant J.-C.), Jérémie (VIe siècle av. J.-C.)
"Le vivant, moi, harangue du roi ! Son nom : IHVH-Adonaï Sebaot !
Oui, comme le Tabor parmi les monts, comme le Karmèl sur la mer,
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il vient ! (Jérémie 46:18)", ont chanté ses louanges, le mont Carmel


n'est curieusement jamais mentionné dans le Nouveau Testament, ni
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par d'autres écrits néotestamentaires.


Ce pays dans l’Antiquité n’avait sans doute pas grand-chose à voir
avec l’aspect très fertile et populeux que nous lui connaissons
aujourd’hui. En fait, le littoral uniquement sableux ne permettait pas
vraiment d’installations portuaires de quelque envergure, à
l’exception d’Ashdod et de Dor.

Il faudra attendre les grands travaux d’Hérode le Grand et la mise au


point d’une nouvelle économie à l’échelle de la Méditerranée pour
qu’on entreprenne la construction totalement artificielle du port de
Césarée qui vit saint Paul embarquer et débarquer à plusieurs
reprises ...

Par ailleurs, les moyens d’irrigation de l’époque étaient restreints et


ne permettaient pas par exemple la culture du citronnier et des
autres agrumes qui font maintenant la réputation agricole de la
plaine de Sharon : donc il n’y avait pas non plus de villages juifs dans
cette partie du pays.

Si l’on ajoute à cela que le bord de mer était impraticable et


quasiment inconstructible à cause des dunes qui ne sont toujours
pas vraiment stabilisées de nos jours, on comprend que cette plaine
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côtière ne parut jamais intéressante à conquérir.


Page
Dès l'Antiquité, l'embouchure de la rivière Kishon a servi comme port
aux Égyptiens qui commerçaient avec la Grèce et Chypre. Plus tard,
selon les données archéologiques, les proto-israélites se constituent
progressivement en communauté culturellement différenciée à la fin
de l'âge du bronze récent et au début du Fer I, soit à partir des
populations cananéennes locales, soit à partir de la sédentarisation
de Sémites nomades (selon l'archéologue israélien Finkelstein).

Cette période formative est contemporaine des "siècles obscurs"


correspondant approximativement à l'effondrement politique et
économique du système cananéen et à l'arrivée des "Peuples de la
mer".

Les Philistins ou Peuple de la mer s’y installèrent, probablement vers


le milieu du XIe siècle av. J.-C., après leur défaite dans le delta du
Nil, face à la flotte égyptienne de Ramsès III en 1170, et ce jusqu'à
la conquête assyrienne de Teglath-Phalasar III en –732 av. J.-C.
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Egyptian and Sea Peoples warriors clash in an epic naval battle in
about 1177 B.C. The scene is preserved on the walls of Medinet
Habu, mortuary temple of Pharaoh Ramesses III.

Dans un premier temps, s’implanter dans une région côtière n’était


pas pour leur déplaire, mais très vite ils éprouvèrent le besoin de
rechercher un hinterland agricole pour leurs cités : ce fut l’origine
des combats dont nous lisons les récits dans les livres de Samuel,
sous Saül et David ...

Au tournant du premier millénaire, les proto-israélites se


structureront pour donner le royaume du nord (Israël), vaste et
prospère (en particulier sous la dynastie des Omrides), et un petit
royaume, ou plutôt une chefferie locale, du sud (Juda).

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Page
Le royaume de Juda n'émergera vraiment qu'à partir de la chute de
son homologue nordique sous les coups des Assyriens (-722) avant
de succomber lui-même aux prises avec les Néo-babyloniens
(Nabuchodonosor, -582).

Jusqu'alors connu comme une zone montagneuse inculte, refuge


d'anachorètes et de prophètes errants, le mont Carmel prend un
intérêt géopolitique à la mort du roi Salomon. Alors que son fils
Roboam s'apprêtait à lui succéder, une révolte populaire conduisit
Jéroboam, ancien fonctionnaire du royaume exilé en Égypte, à en
prendre la tête. Jéroboam rejoint par la tribu d'Ẻphraïm, participèrent
au rassemblement des anciens du peuple réunis dans la vieille cité
de Sichem.

Quand Roboam arriva à Sichem, les anciens lui dirent : "Ton père a
fait peser sur nous un joug très lourd, allège-le, et nous te
servirons". Mais Roboam leur répondit brutalement : "Je rendrai ce
joug plus lourd encore".

Alors les Fils d'Ẻphraïm s'écrièrent : "Qu'avons-nous à faire avec la


maison de David ? Juifs, rentrez dans vos foyers ! "Ẻphraïm et neuf
autres tribus désignèrent comme roi Jéroboam. Seules, les tribus de
Juda et de Benjamin reconnurent Roboam comme roi.

Ainsi, en 930 av. J.-C., une scission divisa le royaume juif en deux
parties :

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Page

Pour agrandir le document, cliquez ici


• au nord, les dix tribus des Fils d'Ẻphraïm qui se révoltèrent
contre le pouvoir des rois davidiens formèrent le Royaume
d'Israël, dont la capitale fut Samarie, le mont Carmel marquant
la frontière entre la tribu d'Aser fondée par Aser et de Manassé
fondée par Yossef (Joseph en français), père de Menaché
(Manassé en français).

• au sud, les tribus de Benjamin et de Juda forment le Royaume


de Juda.

Cette scission sera pour partie à l'origine d'un récit de l'Ancien


Testament (I Rois 18) qui relate le sacrifice du mont Carmel, où Élie
le Thesbite, affronta et massacra 450 prophètes des Baals et 400 de
la déesse Astarté, tous proches du roi Achab (entre 874 et 853 av.
J.C.) et de son épouse Jézabel, la fille du roi des Sidoniens.

À cette époque, le roi Achab avait établi officiellement dans son


royaume le culte des Baals, dieux de la fertilité phénicienne et
d'Astarté (élément féminin du couple suprême qu'elle forme avec les
Baals), dont la popularité croissante menaçait d'éclipser la fidélité du
peuple à Dieu, ce qui n'est pas si surprenant, si l'on considère le
besoin vital de fertilité et de pluie dans une région aussi aride.

76
Page
Ancien Testament (I Rois 18 / 20-40) : La sécheresse affligeait la
contrée depuis plus de trois ans, et une grande partie de la
population avait déjà été décimée ; mais Dieu, respectant le serment
de son Prophète, ne voulait pas montrer sa miséricorde avant qu’Élie
n'eût compris qu'Il ne désire pas la mort des pécheurs mais qu'ils se
convertissent.

Il envoya alors le Prophète auprès du roi Achab, pour lui annoncer


que le fléau allait bientôt cesser. Élie apparut devant le roi stupéfait
de voir venir à lui, librement, celui qu'il avait fait rechercher partout,
et il l'invita à rassembler tout le peuple d'Israël sur le mont Carmel,
afin qu'il soit témoin de sa confrontation avec les 450 prophètes de
Baal et les 400 prophètes des bois sacrés entretenus par l'infâme
Jézabel.

Une fois cette grande assemblée réunie, Élie dit aux faux prophètes :
"Jusqu'à quand boiterez-vous sur les deux jarrets ? Si le Seigneur est
Dieu, allez à sa suite ! Si c'est Baal, allez à lui !"

Il prescrivit d'apprêter deux taureaux pour le sacrifice et de les placer


sur le bûcher, mais sans allumer de feu, et il laissa les faux
prophètes sacrifier les premiers.

Ceux-ci invoquèrent à grands cris le dieu Baal, en se lacérant, de


l'aube jusqu'au soir, mais en vain. Élie se moquait d'eux, les
encourageant à crier plus fort, de peur que leur dieu ne soit endormi
ou occupé à quelque autre affaire.

Le soir venu, le Prophète érigea un Autel avec douze pierres,


représentant les douze tribus d'Israël, creusa un large fossé autour
de l'Autel, sur lequel il avait placé le taureau dûment dépecé, et il
ordonna de verser, à trois reprises, de l'eau en abondance sur la
victime, de manière à ce qu'elle remplisse le fossé en débordant.

Puis il poussa un grand cri vers le ciel, invoquant le Dieu d'Abraham,


d'Isaac et de Jacob. Aussitôt un feu tomba du ciel et dévora
l'holocauste, le bois et l'eau.

Le peuple entier tomba alors la face contre terre en criant :


"Vraiment le Seigneur est le seul Dieu !" Sur l'ordre d'Élie, on
s'empara des faux prophètes, et l'homme de Dieu les égorgea de ses
propres mains au torrent de Cisson.

Il annonça ensuite à Achab que la sécheresse allait bientôt cesser,


puis monta au sommet du Carmel et, se penchant vers la terre, la
tête entre les genoux et l'intelligence rassemblée dans le cœur, il se
mit en prière.

À sept reprises il envoya son serviteur observer l'horizon, en direction


77

de la mer, et la septième fois un petit nuage apparut, le ciel


s'obscurcit et la pluie tomba en abondance, répandant sur la terre la
Page

bénédiction céleste.
Lucas Cranach the Younger – 1515-1586 - Elijah and the Priests of Baal 1545.
Oil on wood – 1.275 m x 2.42 m.
Staatliche Kunstsammlungen, Germädegalerie Alte Meister, Dresden.

Topo-onomastique du mont Carmel et de Wadi Siach

En partant du récit biblique, les traditions hébraïque et chrétienne


ont situé en des points déterminés du mont Carmel, principalement
autour du promontoire qui s'avance dans la Méditerranée et sur le
mont El-Muhraqa, les lieux où vécurent les deux prophètes et leurs
disciples :

78
Page
1) Le mont Carmel 2) La grotte d'Élie 3) La grotte d'Élisée 4) Les
grottes des religieux 5) Un grand monastère de Carmes 6) Une autre
grotte où Élie couchait 7) Le premier monastère bâti pour les Carmes
8) La fontaine d'Élie (positionnement erroné) 9) Le lieu du sacrifice
d'Élie 10) Le torrent de Cison 11) La ville de Caiphas 12) Le port de
Saint-Jean-d'Acre 13) La ville de Saint-Jean-d'Acre 14) La rivière
Belus.

► Plans annotés du mont Carmel ici

L'École des prophètes ou grotte d'Élie


79

Au pied du promontoire du mont Carmel, face à la mer, cette grotte


Page

est l'une des plus sacrés de la Terre Sainte, car selon la tradition et
l'imaginaire collectif des religions juive, chrétienne, musulmane et
druze, elle aurait été l'un des endroits où le Prophète Élie a vécu.
Constituée d'une vaste salle rectangulaire (env. 14 m x 8 m x 5 m ht)
avec de petites cavités dans ses flancs est et nord.

Appelée en arabe "el-Khader", c'est-à-dire "Le Verdoyant", et en


hébreu "Nacarata Eliyahu" qui signifie "Grotte de Saint-Élie", cette
salle renferme plusieurs centaines de graffitis grecs païens datant
probablement du IIe siècle av. J.-C., qui témoignent qu'à l'époque
hellénique elle a pu être le centre d'un culte dédié à Adonis ou
Tammouz.

En entrant, dans le flanc gauche de cette salle fut creusé un oratoire


80

dédié à la Vierge Marie, car selon la légende, la Sainte Famille y


aurait passé une nuit en revenant de son exil en Égypte, c'est
Page
pourquoi les chrétiens la connurent sous le nom de "Grotte de Notre-
Dame".

Au VIe siècle, les Byzantins édifièrent sur ce site un monastère dédié


à Saint Élie, dont le culte se superposa au culte païen précédent. Ce
monastère fut détruit par les Perses en 614.

Vers 1150, un moine grec, originaire de Calabre, établit une


communauté composée d'une dizaine de membres parmi les ruines
de l'ancien monastère, en lui restituant sa dénomination d'origine.

Quelques décennies plus tard, vers 1170 ou 1185, c'est le moine


Grec Jean Phocas de l'île de Patmos, qui dans la relation de son
voyage en Terre Sainte écrivit : "A l'extrémité de la chaîne
montagneuse qui se trouve près de la mer, s'ouvre la grotte du
prophète Élie, dans laquelle cet homme extraordinaire, après avoir
vécu comme les anges, fut emporté dans le ciel".

Durant les croisades, des cénobites grecs orthodoxes reconstruisent


un petit monastère sur les ruines de l'ancien. Vers 1628, nouvelle
occupation par un groupe d'ascètes Mamelouks qui se réappropria
cette grotte sous le vocable d'el-Khader, afin d'y vénérer Élie.

Aujourd'hui, la grotte d'Élie depuis sa conversion en synagogue est


contrôlée par le Ministère des services religieux.

81

► Grotte d'Élie et Stella Maris ici


Page
La terrasse du promontoire

Le plateau sur lequel s'élève aujourd'hui le couvent carme "Stella


Maris" (XVIIIe siècle), est connu aussi comme terrasse du
promontoire. Selon un auteur anonyme du IVe siècle après J.-C., le
mont était consacré à Jupiter. L'écrivain latin Tacite évoque un dieu
qui avait le même nom que la montagne, ce qui fut confirmé par la
découverte en 1932 d'un pied votif d'une statue de Jupiter Carmelus
Heliopolitanus. Au culte païen succéda la vénération du prophète
Élie.

82
Page
Des moines byzantins y édifièrent un monastère sur la pointe
extrême de la terrasse. Probablement prit-il le nom de Sainte-
Marguerite ou de Sainte-Marine, car c'est ainsi que cette sainte était
connue des Chrétiens du Levant. Celui-ci fut détruit par les Perses de
Khosro II Parviz en 614. Le lieu où s'élève maintenant le couvent de
"Stella Maris" est sans doute le site de l'ancien cimetière monastique
de ce couvent.

Sous la domination croisée, les Templiers érigèrent un fortin à


l'endroit où avait été édifié le monastère byzantin de Sainte-
Marguerite. Cette construction est mentionnée à partir de 1172
environ :

At Haifa the castrum (or castellum) was also more than just the
residence of the lord ot the city. In fact it seems to have represented
the nucleus of a new town that had been established in the later
eleventh century by the Fatimids, some distance to the west of Old
Haifa, which was thereafter deserted.

Old Haifa, which had evidently once had a wall and gates, was still
being distinguished from New Haifa as late as c. 1172, when
Theodoric describes the latter as "castellum ingens. It was probably
within the Castle of Haifa that the parish church of St. Mary stood ;
this may explain the somewhat anomalous status of its priest,
Boniface, who in 1164/1165 was denoted both as chaplain of Haifa
and as a canon of Caesarea.

The castle ("castrum nomine Cayphasi") al contained a square, a


church, houses, ovens and a mill, that were granted to the abbey of
St. Mary of Josaphat by Tancred, prince of Galilee, in 1515.

83
Page
As in Jaffa, it may be assumed that the lord of Haifa would have had
his own residence, no doubt also fortified, within the castle. Indeed,
the reverse of the seal of Garcia Alvarez (C. 1250), which is inscribed
"CASTRUM CAIFE", appears to show three castles : one on a hilltop
(evidently the Templar castle on Mount Carmel), another
(unidentified) near its foot, and a third (Haifa itself) in tle plain, from
which the lord's banner is shown flying.

At Mi'ilia (Castellum Regis) there is also evidence for the existence of


private houses within the castle. Thus, in October 1179, we find
Baldwin IV confirming to Count Joscelin, his seneschal, "the houses
that (Petronilla, viscountess of Acre) possessed in my castle, which is
called the New Castle, and all the vines and gardens, and every
possession that she was seen to possess by hereditary right both in
the aforesaid castle and in its territory, both in land and in houses,
vines and gardens.

Il semble que vers 1200, après avoir retrouvé la terrasse du


promontoire occupée par le fortin, un groupe de moines byzantins ait
voulu y être présent de nouveau, et qu'ils aient bâti sur l'aire du
cimetière, une modeste bâtisse connue des Croisés comme
Monastère de Sainte-Marguerite.
84

Après avoir levé les plans des ruines de l'esplanade du promontoire


Page

en 1765, Jean-Baptiste de Saint-Alexis, frère convert piémontais,


dressa les plans d'un nouveau couvent carme, dont la première
pierre fut posée en 1767. Ce projet superposait le chœur de la
chapelle avec une cavité réputée elle aussi être une grotte
fréquentée par Élie, et qui actuellement se trouve sous le maître-
autel de la basilique.

La fontaine d'Élie à Wadi Siach

Les auteurs de nombreux récits ont fait la confusion entre cette


source, et celle situé en amont du monastère du vallon de Wadi
Siach.

Ce croquis ci-dessous est extrait du livre Compendio Istorico dello


Stato antico, e moderno del Carmelo, dei paesi Adjacenti, e
dell’Ordine monastico orientale, écrit par le Père Jean-Baptiste de
Saint-Alexis et publié à Torino en MDCCLXXX.

1) Sinag. de Fig. de Prof. 2) Ruine del Con. antico 3) Capel. della


B.V. e Conv. 4) Fonte di S. Elia 5) Valle delle Caverne 6) Dor,o Cast.
Pelleg. 7) Tantora o Nephetdor 8) Cesarea di Palestina 9) Monti
d'Efraim 10) Campo d'Esdralon 11) Naim, ed il M. Erm 12) Monte
85

Tabor 13) Nazaret 14) Col del Sacr. di S. Elia 15) Esfia Villag. 16)
Balet de Sciech Vill. 17) Fontane 18) Castel di Caifa 19) Caifa
Page

distrutta 20) Antilibano 20) Tolemaide, o Acri


This book, a concise history of Mount Carmel, was written by an
Italian Carmelite and engineer in the latter part of the 18th century.
Bertoldo Antonio Gioberti was born in 1723 in the area of Torino.

He aspired to priesthood but was forced to abandon his training after


the death of his father. He studied engineering instead, in order to
help support his family. Later he joined the order of the Discalced
(barefoot) Carmelites (Ordo Carmelitarum Discalceatorum), and was
accepted into its ranks as a lay brother in 1747.

He changed his name to Giambattista di Sant' Alessio. After serving


the order for several years in Rome, in 1765 he was sent to Mount
86

Carmel to supervise the construction of a new site for the Carmelite


community at the location on which the monastery is found today
Page

(“Stella Maris”).
In 1774, commanded by the head of the order in Rome, Giambattista
was forced to return to Italy while the new monastery was still under
construction because he was accused of misdoings.

The remainder of his life was spent in a monastery in Torino where


he died in 1802. His book was first published in a Latin translation of
one of a fellow Carmelite (Augsburg, 1772) and later in Italian
(Torino, 1780).

There are some differences between the two versions but they are
not relevant at present to understanding the importance and
historical significance of the work.

► Accès au livre ici

Le couvent de Saint-Brocard à Wadi Siach (1263 ?)

Dans un petit vallon latéral du mont Carmel, le Wadi Siach ou Wadi


'ain es-Siah, situé à environ quatre km au sud de l'actuelle Haïfa, se
trouvent les ruines du couvent construit par les ermites latins en
1263, à proximité de la Source d'Élie.

87
Page
Les traditions bibliques du Wadi Siach auraient été transmises aux
pèlerins chrétiens d'Occident venant se recueillir à Jérusalem devant
le calvaire et le Saint-Sépulcre, par la population locale, composée de
Chrétiens de rite oriental qui soutenaient unanimement le fait qu’Élie
et Élisée avaient vécu près de la source dont l'eau jaillit du flanc
nord, tandis que les grottes des alentours avaient été habitées par
les disciples des prophètes.

88
Page
Bien avant la première croisade (1095-1099), jusqu'à la chute du
Comté de Tripoli en 1288, dernier État latin d'Orient, un certain
nombre de pèlerins après avoir accompli leurs dévotions
s'installèrent en Orient.

Ainsi, c'est un groupe d'ermites latins qui se regroupa dans ce vallon


par stratifications successives : d'abord sous forme d'une
communauté spontanée qui logeait dans les grottes, et à laquelle
Albert Avogadro, patriarche de Jérusalem, donna entre 1206 et 1214
une Formule de Vie (règlement), qui s'inspire de la vie normalement
organisée dans les laures* de Terre Sainte, où les ermites
obéissaient à un supérieur, même si les relations réciproques
n'étaient pas déterminées dans les détails.

* La caractéristique des laures est de combiner des éléments de vie


communautaire : une église, un réfectoire, une salle de Chapitre, et
des structures plus érémitiques : cellules séparées.

En 1229, la "formula vitae" du Patriarche Albert obtient le statut de


règle.

Don de la règle et légitimité : la Pala del Carmine de Pietro Lorenzetti


Le Retable du Carmine peint par Lorenzetti en 1327 pour l'église S.
Niccol du couvent des Carmes à Sienne (aujourd'hui partiellement
conservé à la Pinacoteca) peut être considéré, davantage comme
une image légitimante que comme une image de glorification.

L'ordre, comme la plupart des ordres mendiants, s'est trouvé sous le


couperet du canon 13 du 4e Concile de Latran (1215) qui imposait la
rédaction de nouvelles règles.

Toute l'iconographie du retable, surtout dans la prédelle qui contient


à elle seule pas moins de cinq approbations de la règle, tend à
démontrer que bien que les Carmes soient arrivés tardivement en
89

Occident, leur ancienneté en Orient était grande puisque la règle leur


fut donnée par saint Albert, patriarche de Jérusalem.
Page
Ce premier geste de fondation, au centre du polyptyque, structure
tout l'ensemble de la composition. Ce texte officialise une vie
érémitique qui prend ses racines dans les lieux bibliques.

La délicate intégration de ces ermites orientaux dans les structures


occidentales de l'Église et de la culture urbaine fut facilitée par deux
donations pontificales également figurées : celle du manteau blanc
de la part d'Honorius IV, qui vient remplacer le manteau rayé, et
d'une nouvelle bulle d'approbation de la part de Jean XXII.

Cette Formule de vie, antérieure à celle de Saint François est l'une


des dernières en date des grandes règles monastiques.

► La "Vitae Formula" de saint Albert ici

En 1163, Benjamin de Tudela rapporte dans son livre de voyage


"The Itinerary of Benjamin of Tudela - texte", qu'il existait près de la
grotte d'Élie une chapelle bâtie en l'honneur du prophète.

En 1185, c'est Jean Phocas, cénobite grec de l'île de Patmos qui


ayant visité les Saints Lieux, finit ainsi la relation de son voyage :
"sur le mont Carmel est la caverne d'Élie, où était autrefois un grand
monastère comme on voit par les restes des bâtiments, mais il a été
ruiné par le temps et les incursions ennemies. Il y a quelques années
un religieux portant des cheveux blancs vint de Calabre et s'établit
en ce lieu par révélation du prophète Élie."

Il fit une clôture dans les ruines du monastère, y bâtit une tour et
une petite église et assembla environ dix frères avec lesquels habita
ce saint lieu". Le moine Gunther, dans sa relation du voyage de
Martin, abbé de Paris, près de Bâle, en rend un semblable
témoignage.
90
Page
N'ayant pas de saint fondateur connu comme les autres
congrégations, les ermites du mont Carmel se consacrèrent à la
Vierge Marie tout en faisant remonter leurs origines à Élie et Élisée
par une succession ininterrompue d'anachorètes considérés comme
les "Carmes de l'Ancienne Alliance", tels que les Esséniens et les
Thérapeutes dont parlèrent Pline, Josèphe, Philon et Eusèbe.

Une tradition donne au fondateur historique de la congrégation des


ermites du mont Carmel le nom de Berthold de Solignac (? † 1198),
qui aurait été parent d'Aymeric de Malifaye, Patriarche d'Antioche
(1141 † 1193).

Son successeur, Brocard, demande et obtient vers 1205 du


Patriarche de Jérusalem, Albert Avogadro, ancien religieux augustin,
évêque de Vercelli en Italie, une Formule de Vie très courte
partiellement inspirée de la règle de saint Augustin.

État des lieux

En complément de fouilles effectuées sur ce site par l'archéologue


franciscain Bellarmino Bagatti au cours des années 1950-1960, une
nouvelle campagne sous la conduite du Dr Eugenia Louise Nitowski
(1949 † 2007 - infos), carmélite déchaussée, a été ouverte au cours
de l'année 1987. Le Dr Eugenia Louise Nitowsky est mondialement
connu pour ses travaux faisant autorité dans l'étude du Saint Suaire.

Aucune publication relative à ces dernières fouilles n'est disponible


au 08.2011 sur Internet.
91
Page
Le monastère

Au cours de l'année 1263, le pape Urbain IV (1195 † 1264 -


patriarche de Jérusalem lors de son élection en 1261), publia une
bulle qui enjoignait les fidèles à contribuer au financement de la
construction par les Carmes, d'un monastère sur les pentes du mont
Carmel.

Les effets de celle-ci ont été anéantis dès 1265, lorsque le sultan Al-
Malik az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdari d'Egypte, plus
connu en français sous le nom de Baybars, commença une
campagne de conquête contre les royaumes croisés qui lui permit de
prendre possession de toute la côte de la Palestine, exceptés la
forteresse et le port d’Athlit et la ville d’Acre.

Acre tombe finalement aux mains des musulmans en 1291.

En conséquence, les vestiges qui subsistent à ce jour, notamment le


soubassement des murs de la chapelle et celui du bâtiment
conventuel situé en aval de celle-ci, ont été élevés bien avant cette
date.

Sur l'esplanade, l'affleurement des différentes fondations du couvent


s'inscrit dans un plan de forme carrée d'environ 39 m de côté (env.
1.520 m²), dont l'une des diagonales est orientée nord/sud, afin
d'inscrire au mieux l'édifice entre le front rocheux en pied de coteau,
et le lit du ruisseau occupant le fond de la ravine.
92
Page
La salle voûtée

Cette longue pièce d'environ 105 m², d'allure rectangulaire (17 m x


6,30 m), dont les pans de murs attestent d'une couverture constituée
d'une voûte ogivale, est adossée sur sa longueur à la façade nord-
ouest de l'enceinte du monastère, entre la tour au nord-ouest, et le
pied de l'escalier ayant desservi l'étage supérieur.

Le niveau fini de son sol, dont quelques dalles ont été mises à jour
lors des fouilles, est situé en contrebas du niveau de la terrasse sur
laquelle a été édifiée la chapelle dite "moderne".

Sa maçonnerie de pierre est constituée de blocs taillés, à face


apparente plane, dont les joints de pose horizontaux sont
parfaitement alignés. La nature des blocs différente de la roche en
place dans le vallon l'apparente aux caractéristiques de la pierre
extraite de carrières exploitées aux alentours de l'ancien port d'Athlit,
situé à une quinzaine de km au sud.

Cette salle possède dans son mur sur l'extérieur trois ouvertures
placées à moins de 2 m l'une de l'autre : deux fenêtres très étroites
implantées au pied de l'escalier et une porte étroite.

La tour carrée

Les fondations de cette tour à la jonction des façades nord-ouest et


nord-est, sont positionnées au niveau le plus bas connu de l'aire sur
laquelle a été implanté le couvent.

D'une emprise hors tout d'environ 10 m x 10 m, la partie basse des


murs sud-est et nord-ouest est percée de deux portes ogivales, dont
l'une, en façade sud-est donne accès à un tunnel qui se dirige vers le
lit du ruisseau, et dont la fonction est encore inconnue à ce jour.

L'escalier dit "l'escalier du Prieur"


93

Cet escalier implanté pour partie dans le front rocheux, aurait sur le
plan levé par de Renzo Restani ci-avant reproduit, une largeur
Page

d'environ 2 m, alors que les documents photographiques attestent


d'une largeur moindre, et d'une incohérence sur le positionnement
de la volée inférieure.

La chapelle

Pour agrandir le document, cliquez ici

Situé en amont des bâtiments conventuels, l'édifice est construit sur


un plan rectangulaire orienté est/ouest comportant 4 travées de
largeur égale, sa surface intérieure d'environ 130 m² (23 m x
5,80 m) est surélevée à hauteur de la quatrième travée afin de
délimiter l'emprise du chœur.
94

Le mur d'enceinte conservé quasiment jusqu'à hauteur d'homme


Page

permet d'observer deux types d'exécution : à partir de l'entrée, dans


les deux premières travées, il est fait usage de moellons
sommairement équarris, posés sur des assises horizontales
imparfaites, alors que dans les deux travées suivantes, les moellons
présentent des faces vues d'allure rectangulaire, posées sur des
assises horizontales alignées, qui ne saurait cependant atteindre la
qualité de mise en œuvre de la maçonnerie de pierre de la salle
voûtée.

Le mur sud, à l'extrémité de la deuxième travée, est percé d'une baie


qui donne accès à un escalier à noyau central implanté dans l'axe du
campanile élevé sur un plan semi-circulaire.

À noter que les pilastres, le linteau cintré en ogive et les murs situés
de part et d'autre de la porte d'entrée, objet de l'attention de tous
les photographes, n'ont été relevés que lors des fouilles de 1989.

Les tombes

À l’extérieur de la chapelle, deux tombes distinctes ont été mises à


jour devant la porte d'entrée.
95
Page
La cuisine

Lors de la campagne de fouilles de 1988, le foyer de la cuisine du


monastère fut mis à jour à proximité de l'angle est du mur sud de la
chapelle.
96
Page
La cellule du Prieur

La cellule du Prieur est en fait constituée de deux pièces, dont les


fondations de l'une disparaissent sous l'emprise de la fondation du
mur nord-est du monastère. La pièce située totalement à l'extérieur
des murs du monastère est orientée nord/sud, sa surface d'allure
rectangulaire est d'environ 15 m² (3,1 m x 4,8 m).

Cette pièce communique avec la seconde (plus grande que la


première) par une baie implantée dans l'angle formé par les murs
nord et est.

La source

Les auteurs de nombreux récits ont fait la confusion entre cette


source située en amont du monastère et la "source d'Élie" située en
aval, à l'entrée du vallon. Le bassin actuel qui capte les eaux à la
naissance de la source est un ouvrage récent, qui se trouve
actuellement en dehors de l'emprise des murs du monastère.

Or, en 1634, le Carme déchaux, le père Ambroise de Saint Arsène


rapporte que la source supérieure se trouvait à l'intérieur des murs
d'enceinte du couvent. Témoignage qui est confirmé en 1780 par
97

Jean-Baptiste de Saint Alexis, qui évoque une "fontaine qui sort de la


grotte un peu creusée dans la roche et agencée avec le mur de
Page

clôture du côté intérieur".


Les rigoles ou caniveaux

En suivant le fil de l'eau depuis le bassin, on relève la présence de


plusieurs tronçons discontinus de rigoles ou de caniveaux creusés
dans la roche parallèlement au front rocheux, entre celui-ci et l'aval
de la cellule du Prieur. Pour partie, ces ouvrages sont recouverts de
dalles de pierre plate soigneusement calpinées.

Une autre série d'ouvrages similaires a été mise à jour, notamment


en pied de la façade est de la chapelle. Ils avaient pour fonction de
capter et d'éloigner le ruissellement des eaux de pluie des murs de
soubassement de la chapelle.

Les grottes du versant nord

Face au bassin se trouvent deux cavités superposées creusées dans


la roche et qui communiquent entre elles à l'aide d'un étroit escalier.
La surface au sol de la cavité inférieure d'environ 35 m² est d'allure
trapézoïdale. Elle est occupée au centre par un pilier tourné assurant
la stabilité du ciel.
98
Page
1) Entrée 2) Conduit 3) Pilier tourné 4) Auges 5) Autel ? 6) 7) Escalier.

Au sol, en pied de la paroi est, on peut observer un alignement d'une


quinzaine d'auges cubiques creusées à même la roche.

L'abandon du couvent au XIIIe siècle

La dernière nouvelle avérée, relative aux religieux du Wadi Siach


remonte à 1283, date à laquelle Burchard du Mont Sion, un
Dominicain qui résida longtemps à Acre, témoigne de la visite qu'il
leur fit dans les termes suivants :

"À gauche de Haïfa, après une heure sur la route qui conduit au
château des Pèlerins (Athlit), sur le mont Carmel, il y a la source
d'Élie, le lieu où habitait Élisez, et la fontaine où autrefois
demeuraient les fils des prophètes et où sont maintenant les frères
du Carmel, j'ai été là avec eux".

Au cours de l'année en 1289, les troupes du sultan Al-Mansûr Sayf


ad-Dîn Qala’ûn al-Alfî, aussi connu sous le nom de Qala’ûn ou
Kélaoun, successeur de Baïbars, qui avait repris ses expéditions
militaires visant à effacer la présence des Occidentaux en Terre
Sainte, conquirent Tripoli. L'année suivante, alors qu'elles marchaient
sur Acre, il décéda d'une maladie.

Son fils Al-Achraf Salâh ad-Dîn Khalîl ben Qala'ûn recueillit son
héritage et, en 1291, attaqua la ville d'Acre, dernière place forte des
Latins. Le siège dura du 6 avril au 18 mai, jour où les assaillants
pénétrèrent dans la ville. La forteresse des Templiers résista encore
jusqu'au 28 mai. Le sultan ordonna la destruction systématique de la
ville, afin qu'elle ne pût plus servir de tête de pont lors d'une
éventuelle attaque des Chrétiens contre la Syrie.
99

Le 30 juillet, les troupes musulmanes occupèrent Haïfa sans


Page

rencontrer de résistance, et rasèrent au sol les monastères de


Sainte-Marguerite et de Saint-Élie. Il semble que celui des Carmes de
Wadi Siach, où la présence de frères carmes est signalée en 1291,
soit resté debout, comme l'attestent les relations de plusieurs
voyageurs qui purent le voir au cours des siècles suivants.

Pour leur part, les autres couvents carmélitains de Palestine s'étaient


progressivement repliés en Occident à partir de 1238, à la faveur
d'une trêve de 10 ans conclue en 1229 entre les chrétiens et les
sarrasins, antérieurement à la prise de possession en 1265, de la
côte de la Palestine par Baybars d'Égypte.

► Le couvent de Saint-Brocard ici

Similitudes avec Saint-Hilaire

Similitude géographique

Le Luberon, avance méridionale des Préalpes occidentales, est une


petite chaîne allongée de cinquante km de long sur quatre ou cinq de
large, culminant à 1 125 m. Elle est située au nord du cours actuel
de la Durance, entre Manosque et Cavaillon.

Similitude de l'espace d'accueil

Cette petite barrière montagneuse séparant la plaine du Comtat de


celle de la Durance, avait servi de zone de refuge et d'accueil pour
les communautés vaudoises* chassées du Piémont aux alentours de
1500, venant sans doute renforcer une implantation antérieure. Les
Vaudois s'étaient installés dans une trentaine de communautés tant
au sud (vallée d'Aigues) qu'au nord du Luberon.

* Les Vaudois, héritiers de l'hérésie de Pierre Valdo au XIIe siècle,


décidèrent d'adhérer à la réforme protestante au synode de
100

Chanforan (12-18 septembre 1532).


Page
Le procès de Pierre Griot en 1532 permet d'établir qu'il y avait des
Vaudois dans la plupart des villages entourant Saint-Hilaire : ainsi à
Bonnieux, Lacoste, Oppède, Rousillon, Goult, etc.

Similitude de lieu

Le couvent du Père Prosper (XVIIe siècle)

C'est dans les premières années de ce siècle que fut évoqué par des
Carmes déchaux de Naples, le souhait de revenir s'installer au mont
Carmel afin d'y rétablir la présence de leur ordre.
101

Si ce projet n'obtint pas l'assentiment du pape Clément VIII (1536 †


1605) puisqu'il lui apparaissait inopportun d'envoyer d'autres
Page

religieux en Terre Sainte où, depuis des siècles, la présence du


catholicisme latin était assurée par des Franciscains et par une
hiérarchie locale, il leur confia de partir comme missionnaires pour la
Perse.

En réponse à cette demande, les Carmes déchaux fondèrent en 1609


un couvent à Ispahan, puis une résidence à Šīrāz. Quatorze ans plus
tard, le 30 avril 1623, ils arrivèrent à Bassorah, et le Père Basile de
Saint-François, portugais, y fonda une résidence.

Cette résidence travailla grandement à la conversion au christianisme


des "Chrétiens de Saint-Jean", des Sabéens ou Mandéens. Elle servit
aux missionnaires de tête de pont pour leur installation en Perse et
en Inde.

Ce projet d'ouvrir une mission sur le mont Carmel fut à nouveau


évoqué dans les années 1625, par le Carme déchaux Prosper du
Saint-Esprit (Martin Garayzabal - 1583 † 1653), et en 1626, le
Définitoire général formalise cette demande à la Sacrée Congrégation
pour la propagation de la foi qui répond favorablement à cette
demande le 30 janvier 1627.

Dans les mois qui suivirent, la Sacrée Congrégation pour la


propagation de la foi sollicita la collaboration de Gédoyn "Le Turc",
consul de France à Alep (1623-1625) et son homologue de Venise ;
et intervint auprès du roi de France lui-même afin qu'il recommandât
à son ambassadeur de Constantinople, le Prince de Courtenay, comte
de Cézy, les Carmes envoyés au mont Carmel. C'est ainsi que débuta
l'assistance diplomatique de la part des fonctionnaires français, qui
accompagnera les Carmes déchaux tant qu'ils y demeureront.

Compte tenu de ces appuis politiques, le Père Prosper fut nommé


fondateur et supérieur de la mission d'Alep et du mont Carmel. Après
avoir été reçu le 27 mars 1627 par le pape Urbain VIII (1568 v
1644), il s'établit le 6 juillet 1627 à Alep, dans le khan où logeaient
alors les consuls de France et de Venise, avec deux compagnons.
102

En 1630, le Vicaire général du Définitoire général s'opposa à la


demande d'installation sur le mont Carmel du frère Prosper du Saint-
Page

Esprit. Ce n'est qu'après son décès le 23 mars 1631, que le nouveau


Vicaire général donna son accord à cette demande. Ayant reçu cet
accord le 5 octobre 1631, le Père Prosper du Saint-Esprit quitte Alep
le 11 de ce même mois pour rejoindre le mont Carmel.

De passage à Nazareth, il demanda assistance aux Franciscains, qui


l'accompagnèrent à Haïfa où résidait Dimitrios, de religion grecque
orthodoxe, ministre plénipotentiaire du chef de tribu bédouine du
Hedjaz, AhmAd ibn Turabay († 1647), gouverneur du territoire de
Lajjun, partie de la province de Damas, et qui englobait la vallée de
Jezréel, le nord de la Samarie, une partie de la côte centre nord de la
Palestine, et un total de 55 villages, y compris Haïfa, et Baysan.

Le 29 novembre 1631, après avoir payé 500 piastres, le Père Prosper


du Saint-Esprit obtint la permission de fonder au mont Carmel, et en
sa qualité de représentant des Carmes déchaux, lui furent
concédées :

• la petite grotte de la Madone, située à la base de la montagne,


près de la mer ;

• toutes les grottes qui se trouvaient autour d'elle et jusqu'à la


cime de la montagne ;

• toutes les maisons et les ruines présentes sur le terre-plein du


promontoire, à côté de l'église des Grecs ;

• enfin, toutes les pierres nécessaires pour construire un couvent


au sommet du promontoire.

Après s'être rendu à Rome en mai 1632 afin d'informer ses


supérieurs de la teneur de cet accord, le Père Prosper du Saint-Esprit
se rendit accompagné de plusieurs compagnons à Alep, en décembre
1632.

Avant de rentrer au mont Carmel, il se rendit à Damas afin de


solliciter l'aide du Consul français Marc Dorat, qui lui obtint du sultan
d'Istanbul et du pacha de Damas des ordres pour l'émir Turabay,
afin qu'il lui permît de prendre définitivement possession du Carmel.

À leur arrivée, le Père Prosper du Saint-Esprit et ses compagnons


s'installèrent dans des grottes situées à proximité de la grotte
appelée "École des prophètes" afin de pouvoir y célébrer la messe.

Or, cette grotte était déjà occupée par un groupe de religieux


musulmans qui utilisait cette grotte afin de procéder à la vénération
de saint Élie (el-Khader), ce qui rapidement fut à l'origine de tensions
qui justifièrent l'intervention d'hommes d'armes du pacha de Damas.
103

En conclusion de cet incident, le Père Prosper du Saint-Esprit et ses


compagnons s'installèrent dans une grotte, située un peu plus haut
sur la pente de la montagne, dite "Grotte des disciples d'Élie".
Page
C'est donc dans cette grotte qu'il fit aménager en bâtiment
conventuel dédié à sainte Thérèse de Jésus.

À cette date, le Père Prosper du Saint-Esprit fit l'acquisition d'une


maison à Haïfa afin de se consacrer à l'assistance des Chrétiens qui
arrivaient au port. En 1634, il ouvrit encore un petit couvent de
l'autre côté de la baie, dans la ville d'Akko (Acre), dans lequel les
frères se dévouèrent à l'apostolat parmi les commerçants et les
marins occidentaux.

À la suite de troubles importants occasionnés par de nouveaux


conflits armés tribaux dans la région, le Père Prosper du Saint-Esprit
et ses compagnons se retirèrent dans leur couvent d'Akko, d'où il
décida de regagner Rome, où il arriva fin 1635, afin d'informer ses
supérieurs de cette nouvelle situation.

Nouvelle intervention auprès de l'ambassadeur français à Istanbul,


qui procurera des lettres de recommandation qui seront remises aux
autorités locales par le Père Prosper du Saint-Esprit à son retour à
Haïfa, en novembre 1637.

Arrivé en 1631 au mont Carmel, le Père Prosper du Saint-Esprit y


décéda le 20 novembre 1653. Il fut inhumé dans le cimetière qu'il
avait fait réaliser sur la terrasse du promontoire, le Père Michel-Ange
prenant sa succession en qualité de Vicaire.

Le couvent du père Prosper subsista jusqu'en 1761, année de sa


destruction par les sarrasins. Quelques années plus tard les Carmes
obtiennent l'autorisation de reconstruire leur couvent au sommet de
promontoire (actuel couvent Stella Maris) sur l'emplacement de
l'antique monastère byzantin de Sainte-Marguerite.

Mont Carmel (‫ למרכ רה‬- Har HaKarmel)

Le mont Carmel, en hébreu ‫הכ ְַרמֶל‬ ַ ‫הַר‬, Har HaKarmel,


littéralement en français "le vignoble de Dieu", est une montagne
côtière d'Israël surplombant la mer Méditerranée. Son point
104

culminant dénommé Rom Carmel, s'élève à 546 m. Situé au nord-est


(27 km de Haïfa, 13 km de Megiddo), il surplombe sur son versant
est la plaine d'Esdraelon.
Page
La montagne est composée d'un mélange de calcaire et silex, qui
contient de nombreuses grottes, et couverte de plusieurs roches
volcaniques. Les pentes de la montagne sont couvertes de
végétation luxuriante, y compris chênes, pins, oliviers et lauriers.

Selon la Bible, le prophète Élie y résidait, d'où son autre nom de


"mont Saint-Élie", en arabe ‫جبل مار إلياس‬, jabal Mar Elyas.

Dans ce massif, deux lieux ont été désignés comme site possible
pour l'histoire de la bataille d'Élie contre les prêtres de Baal. Le site
où l'offre aurait eu lieu est traditionnellement situé sur le tertre
Yokneam, sur la route vers le village druze de Daliyat del-Karmil, où
se trouve un monastère construit en 1868, appelé el-Muhraqa
(Sacrifice).
105

En redescendant dans le virage conduisant à la grande route, on


trouve Bir el-Muhraqah, d'où l'eau du sacrifice aurait été puisée. Ce
puits situé à environ 130 m au-dessous de la chapelle actuelle doit
Page
être distingué du puits au pied de la colline, qui porte maintenant le
nom de Bir el-Mansourah.

Concernant le massacre des prêtres, les textes le situent près de la


rivière Kishon, à la base des montagnes, dans une zone en forme
d'amphithéâtre.

La tradition juive a toujours accepté el-Muhraqa comme le théâtre


des événements ayant opposé Élie et les prophètes de Baal.

Les Rabbins Benjamin de Tudela (vers 1165) et Jacob de Paris


(1228) rendent compte de l'existence à cet endroit d'un monument
antique, composé de douze pierres, R. Jacob précisant que les
Musulmans avaient l'habitude de fréquenter l'oratoire et d'y allumer
des cierges en l'honneur du prophète Élie.
106

À partir du début du XVIIe siècle des voyageurs chrétiens, parmi eux


des Carmes, confirment l'existence de cette construction, et en
Page
donnent une description. Ces douze, pierres disparurent plus tard,
entre les années 1770 et 1850.

Si des textes anciens y mentionnent une présence monastique dès la


période byzantine, ceci n'a pas encore été confirmé à l'occasion de
fouilles archéologiques.

Après avoir conquis le pays en 638 après J.-C., les Arabes y érigèrent
un petit sanctuaire, fait de grosses pierres équarries, dont les ruines
furent visibles jusqu'à la fin du siècle dernier.

Pour leur part, les Croisés n'établirent aucun ouvrage sur cette
montagne, peut être en raison du fait que ce lieu était devenu un but
de pèlerinage pour les Hébreux, afin de vénérer le prophète Élie,
comme le rappellent Benjamin de Tudela (1130 † 1176 - infos) et
d'autres voyageurs.

Au sommet du mont, fut construite en 1883 une chapelle dédiée au


prophète Élie. Les Carmes sont propriétaires du lieu depuis une
centaine d'années environ.

La chapelle devant laquelle se dresse une statue représentant le


107

prophète Élie a été récemment modernisée, et d'après le récit


biblique, un autel de douze pierres a été érigé en rappel des douze
Page

rocs utilisés par Élie pour la construction de son autel.


Récit de voyage

Correspondance d'Orient de Michaud concernant Haïfa

Joseph-François Michaud (1767 1839), est un historien et


pamphlétaire français, avec Poujoulat, à la suite d'un voyage en
Orient, qui les mène en Grèce, à Constantinople et à Jérusalem, ils
publient ensemble l’échange de leurs lettres dans Correspondance
d’Orient (7 volumes).

Les derniers jours que nous avons passés à Larnaca ont été
employés à savoir dans quel port la Truite devait aborder en Syrie ;
tous les documents qui nous ont été donnés là-dessus par les marins
les plus expérimentés, nous ont appris que la Syrie et la Palestine
n'ont pas un seul port qui soit commode et sûr.

On s'étonne que les lieux qui ont été le berceau de la navigation ne


présentent plus maintenant qu'un accès difficile et dangereux. Les
poètes seuls parlent encore des ports de Tyr et de Sidon ; celui de
Plolémaïs ou de Saint-Jean-d'Acre ne reçoit que de petites barques ;
celui de Jaffa, le plus voisin de Jérusalem, est environné d'écueils.

Les plus vieux pilotes de l'île de Chypre ne connaissent sur les côtes
de Palestine d'autre asile pour les bâtiments de guerre que la rade
d'Acre ou de Caïffa et c'est là que nous avons résolu d'établir notre
station.

108
Page
Nous sommes à plus de deux lieues de Saint-Jean-d'Acre ; nous
avons près de nous, au sud-ouest, le promontoire où s'élevait
l'ancienne Caïpha au fond de la rade, au nord, nous voyons les
embouchures du fleuve Bélus et du torrent de Cison, le Bélus si
souvent cité par nos historiens des croisades. Le Çison, où périrent
les prophètes de Baal, confondus par les miracles d'Élie.

Le commandant de la Truite, après avoir jeté l'ancre, envoyé deux de


ses officiers à Saint-Jean-d'Acre pour régler les salutations d'usage
avec le pacha ; M. Poujoulat s'est joint aux officiers, afin de voir
l'agent consulaire de France, et de faire remettre au pacha d'Acre
nos lettres de recommandation.

Pour moi j'étais très impatient de mettre le pied sur la terre de Syrie,
et je me suis fait descendre à Caïpha. Les montagnes, le ciel, la mer,
comme je vous l'ai dit, sont bien encore ici tels que nous les
représente la poésie des anciens âges mais pour rester dans toutes
ses illusions, sur ce pays, il ne faudrait pas entrer dans les villes et
les lieux habités.

II n'y a rien au monde de plus triste, de plus misérable de plus


dégoûtant, que la petite bourgade de Caïpha qu'on appelle Caïpha la
neuve.

Quand, on a vu un amas informe de cabanes de pierres une


population couverte de lambeaux, et qu'on aperçoit ensuite les
fortifications de la ville, on se demande à quoi elles peuvent servir,
ce que ce pauvre pays peut avoir à défendre, ce que des ennemis,
viendraient y chercher.
109

... / ...
Page
Le cénobite qui nous avait amenés après nous avoir offert l'aqua
vita, la liqueur hospitalière des moines latins, nous a proposé de
monter au Carmel, ce que nous avons accepté. En sortant de la ville
par la porte du Septentrion, nous avons traversé une assez vaste
plaine très bien cultivée, ou l'œil découvre çà et là quelques figuiers,
beaucoup de nopals, et deux ou trois plantations d'oliviers.

Comme on nous avait aperçus du haut de la montagne, on a envoyé


au-devant de nous deux serviteurs avec une mule sellée et bridée.
Les bons frères m'ont fait les honneurs de cette monture, et j'ai pu
arriver sans fatigue au sommet du Carmel le chemin que nous
suivions est étroit et rapide et taillé dans le roc en plusieurs endroits.

Le Carmel, vu de la mer, avait été pour moi un beau spectacle ; du


haut du mont la perspective de la mer et de ses rivages n'a pas
moins charmé nos regards. Les pères de Saint-Élie, qui ne croyaient
pas qu'il y eût rien de plus curieux à voir dans le pays que leur
nouveau monastère, nous ont arrachés à ces magnifiques tableaux
pour nous montrer le grand édifice qui s'achève.

Dans ces derniers temps, le couvent de Saint Élie a donné lieu à


d'importantes négociations entre la France et la Porte (terme
diplomatique pour désigner l'Empire turc ou la ville de
Constantinople). À l’époque de la révolution grecque, en 1821, une
grande suspicion s'éleva contre tout ce qui était chrétien. Abdallâh
pacha d'Acre, crut voir alors dans l'habitation des cénobites du
Carmel une forteresse, une véritable place de guerre, où la révolte
pouvait se mettre à l'abri.
110

Dans cette persuasion, ou plutôt dans cette crainte, il fit démolir le


couvent, malgré les réclamations des consuls français. Les plaintes
des solitaires étouffées en Orient traversèrent bientôt les mers ; elles
Page

arrivèrent, au roi de France, constant appui des chrétiens catholiques


du Levant. Les notes les plus pressantes furent présentées au
cabinet ottoman de la part de S. M, très chrétienne.

La Porte, sans repousser les plaintes qu'on lui adressait, mit dans
cette affaire les lenteurs accoutumées de sa politique ; on nomma
d'abord des commissaires pour examiner sur les lieux si les alarmes
du pacha d'Acre avaient été fondées ; après un retard de plusieurs
mois, les commissaires nommés dressèrent leur rapport et sur leurs
conclusions le Grand Seigneur ordonna, au pacha de rebâtir l'édifice
démoli, celui-ci refusa d'obéir.

Nouvelles notes présentées à la Porte, nouvelles négociations où le


Divan, selon sa coutume, ne se hâta point de prononcer un arrêt
définitif. Enfin un ambassadeur de France fut obligé de quitter la
capitale de la Turquie et déclara que sa Cour renoncerait à toute
relation avec le gouvernement du sultan, jusqu'à ce qu'on eût fait
droit aux réclamations du roi très chrétien.

Dès lors, le sultan renouvela l'ordre qu'il avait donné, et le pacha se


trouva dans la nécessité d'obéir au firman impérial, portait que le
couvent serait rebâti, aux frais du vizir de Saint Jean d'Acre on
n'insista pas sur l'exécution de cette dernière clause car le pacha
aurait pu bâtir pour les moines un kiosque simple et fragile à la
manière des Turcs ou faire durer éternellement la construction de
l'édifice.

111

Tout cela n'aurait pas arrangé les pères latins ; aussi ont-ils mieux
aimés mettre eux-mêmes la main à l'œuvre et se charger de toutes
les dépenses. "Vous me demanderez quelles étaient leurs
Page

ressources ; ils n'en avaient point d'autres que la charité des fidèles
et cette charité leur a suffi pour faire des merveilles dignes de
Salomon. Pour que le Louvre pût être achevé, disait un plaisant du
siècle dernier, il aurait fallu le donner aux capucins.

Nous pouvons voir sur le Carmel tout ce que peuvent faire de


pauvres moines qu'anime le zèle de la maison du Seigneur.
Lorsqu'on a jeté les fondements de l'édifice, il ne restait plus que
quatre cénobites du couvent d'Élie deux ont présidé aux travaux, les
deux autres se sont mis à parcourir le monde chrétien per avere
della monetta ; enfin ils sont parvenus à achever l'œuvre
commencée et à relever le monastère dans l'espace de trois ans.

Je vous avoue que j'ai été émerveillé de la solidité de cette


construction je ne sais point ce qu'était l'ancien couvent qu'on, a
détruit sous prétexte qu'il ressemblait à une citadelle ; mais je crois
que dans le nouvel édifice (et j'espère que vous ne trahirez pas nos
bons pères) ils peuvent fort bien soutenir un siège lorsque l'occasion
s'en présentera.

À quelques pas du monastère le pacha d'Acre a fait bâtir un kiosque


qui est bien loin d'avoir la solidité ni même l'apparence du couvent.

112
Page
Les cénobites, voulant témoigner leur reconnaissance au roi très
chrétien, ont construit, en mémoire de Saint Louis, une chapelle
qu'ils n'ont pas manqué de nous montrer. Il y a quelques mois nous
ont-ils dit, que nous en avons célébré la dédicace nous y avons
chanté un Te Deum pour la prise d'Alger. Sans doute que votre
voisin le pacha n'en a rien su ? Le pacha, m'ont-ils répondu, se
moquait de notre Te Deum, car il ne croyait point à la victoire des
Français, et n'y croit pas encore.

Nos hôtes pieux nous ont conduits à la grotte d'Élisez, à quelques


pas du couvent ; c'est une caverne de sept ou huit pieds carrés, au
milieu de laquelle se trouve une espèce d'autel en pierre, où les
prêtres latins disent la messe. C'était là, d'après les traditions saintes,
la demeure d'Élisez. "Une pareille habitation, ai-je dit à nos hôtes, ne
ressemble guère à la belle maison que vous venez de bâtir."

Je leur ai rappelé en même temps l'exemple d'un grand nombre de


saints personnages qui vécurent ainsi dans des habitations formées
autour de la montagne, creusée en mille endroits, comme une
grande ruche. Toutes, ces abeilles du Seigneur, nous disent les
chroniques anciennes, recueillaient là les dons du ciel, et préparaient
le miel de l'éternité.

Nos bons pères m'ont donné d'excellentes raisons pour me prouver


que ces temps heureux étaient passés, et que cette manière de vivre
n'offrirait aujourd'hui ni la sûreté, ni la considération nécessaire à
l'œuvre de Dieu ; un des cénobites nous montrant le pavillon français
flottant sur le toit du monastère, "Ce pavillon que nous déployons
aux grandes fêtes m'a-t-il dit, ne doit-il pas être logé selon les idées
et les convenances du siècle ?

113
Page
La France nous a-t-elle confié son drapeau pour le faire flotter sur un
rocher ou sur une grotte sauvage ?" Mais pourquoi, ai-je répondu,
mêler les choses saintes aux choses du siècle, les pensées du monde
à celles de la solitude ?

Pourquoi, lorsque vous tenez les yeux attachés sur l'éternité, vous
mettre dans la nécessité de vous informer de ce qui arrive dans les
pays lointains et dans les sociétés où tout est si mobile et si passager
En effet, le drapeau arboré sur le couvent, qui étalait naguère la
blancheur des lis, porte maintenant les trois couleurs ; qu'est-il
besoin de savoir et de constater dans le désert du Carmel, qu'une
révolution est arrivée à Paris ?"

J'ai fait une autre remarque, c'est que les pères ne nous ont point
montré les grottes qu'ils habitaient au temps passé. Retrouverions-
nous donc sur les rochers du Carmel certaines faiblesses de notre
pauvre humanité ? Dans le monde que nous connaissons, lorsque
notre bonne fortune nous donne pour demeure un palais, nous
oublions facilement la chaumière qui fut notre premier abri.

Le désert, habité par les ermites, aurait-il aussi ses vanités ?


Cependant les grottes où s'étaient retirés les saints ont fixé autrefois
les regards des rois et, si je m'en souviens bien, Louis XIV envoya
des ambassades pour des monastères et des églises creusées dans le
roc.
114

Dans le monde ancien, toutes les croyances regardaient comme


sacrée la montagne du Carmel ; la sagesse divine et la sagesse
humaine y rendaient en même temps leurs oracles ; les prophètes de
Page
Baal y venaient disputer avec les prophètes du Dieu d'Israël, et dans
leurs combats la victoire se décidait toujours par quelque miracle.

La philosophie des Grecs eut aussi ses apôtres sur le Carmel ;


Pythagore, dit-on, vint y adorer l'Écho, et peut-être le sage de Samos
se reposa-t-il dans les grottes d'Élie ou d'Élisée. Au temps de l'empire
romain, il y avait sur la montagne un autel, une pierre prophétique
qu'on venait consulter de toutes parts, et qui promit à Vespasien la
domination du monde.

Aujourd'hui les oracles du Carmel sont muets, mais la montagne est


encore révérée par les Juifs, les Grecs, les Turcs, les Arabes, par
toutes les sectes qui se partagent la Syrie et la Palestine. Plusieurs
de nos compagnons de voyage se sont avancés jusqu'au lieu qu'on
appelle le Champ des Melons et des Concombres.

Sur un terrain assez étendu, se trouvent çà et là des pierres dont la


forme imite non seulement celle des concombres et des melons,
mais celle de toutes, sortes de fruits, tels que des figues, des poires,
des abricots, etc. Ce jeu de la nature a paru si extraordinaire, qu'on
n'a pu l'expliquer que par un miracle.

Élie passant par-là avait dit-on, demandé un melon ou une pastèque


pour apaiser sa soif au refus du jardinier, tous les melons et tous les
fruits furent convertis en pierres. Cette merveille ressemble tout à
fait aux métamorphoses d'Ovide, et je m'étonne qu'elle ait fait
fortune parmi les disciples de l'Évangile.

On sait que l'homme-Dieu ne fit jamais de miracle que dans un esprit


115

de charité, et qu'il n'interrompit jamais les lois de la nature pour se


venger d'un refus ni même pour punir une offense ; il n'est pas
Page

croyable non plus que le prophète Élie, qui se contentait de l'eau du


torrent et de la nourriture que lui apportaient les corbeaux, ait
maudit un jardinier qui lui refusait des melons.

À quelques milles du couvent, se voient des ruines qui paraissent


avoir appartenu à des constructions du Moyen-Âge, telles que des
monastères et des chapelles. Vous pensez bien que nous n'avons pas
cherché sur le Carmel l'Ecbatane syrienne, que placent là les
antiquaires, et dans laquelle ils font mourir Cambyse revenant de la
conquête d'Égypte.

116
Page
Le Carmel a des souvenirs qui nous touchent bien davantage
j'aimerais mieux savoir où fut dressé le bûcher sur lequel Élite fit
descendre le feu du ciel pour confondre les faux prophètes ; en quel
lieu il était assis, lorsque, dans un temps de sécheresse, se penchant
à terre et la tête entre ses genoux, il dit à son serviteur de regarder
du côté de la mer.

... / ...

En descendant, la montagne par le même chemin, nous sommes


arrivés à une grotte appelée l'École des prophètes ; c'est là, dit la
tradition qu'Élie enseignait les doctrines du vrai Dieu ; la grotte est
habitée par des santons et les musulmans la visitent avec respect ; le
sanctuaire était fermé ; nous avons frappé plusieurs fois à la porte
personne n'est venu nous ouvrir.

Autour de la grotte, on remarque çà et là des morceaux d'étoffe


rouges, bleus, noirs, emblèmes de la dévotion musulmane. J'ai
demandé à notre cénobite si les moines du couvent avaient à se
plaindre du voisinage, des santons "Ils nous laissent fort tranquilles,
m'a-t-il répondu ; quelquefois même ils viennent, adorer l'image de
la Vierge et des saints prophètes dans notre église, ce qui les fait
ressembler un peu à l'homme qui boîte des deux côtés."

Au reste, nous avons pu juger par nous-mêmes que les musulmans


de ce pays ont beaucoup plus de tolérance que les Turcs. Il faut
ajouter que les souvenirs du Carmel sont ici comme un point de
réunion, comme un lien pour des croyances diverses. Les pères latins
sont considérés et respectés dans la contrée parce qu'on les regarde
comme les véritables gardiens de la montagne sainte.

Haïfa

Haïfa de l'Antiquité au VIIe siècle

Aujourd'hui, sur la commune d'Haïfa dont le nom apparaît seulement


dans des documents écrits à partir du IIIe siècle après J.-C., plusieurs
sites remontant à l'Antiquité, tels que le port, les plages et le mont
Carmel, ont ou font toujours l'objet de fouilles archéologiques.
117

Après de nombreuses controverses, le site de Shikmona est à ce jour


identifié comme étant l'ancienne Haïfa, en Arabe : Haifa el Atika
(Haifa l'ancienne). D'autre part, la majorité des chercheurs
Page

retiennent l'hypothèse selon laquelle Haïfa serait une implantation


dont les restes sont dispersés dans une zone qui s'étend de l'hôpital
Rambam au cimetière Juif dans la rue de Jaffa.

De cette Haïfa de l'antiquité il ne reste aujourd'hui que des tombes


funéraires taillées dans le roc, le long de la route qui immortalise leur
nom Al Atiqa (rue de l'Antiquité).

De même que les anciens villages de Shikmona et Tel Abu Hawam,


le site antique de Haïfa a été détruit à plusieurs reprises dans son
histoire. Cependant, contrairement aux deux premiers sites, son nom
a été transmis par ses habitants à travers les générations.

Jusqu'à l'époque des Perses (VIe siècle avant J.-C.), peu de sites ont
été mis à jour des différentes périodes Cananéennes, ou des
différentes populations qui occupèrent la région de Haïfa, ainsi que
sur l'ensemble du district du Carmel, en comparaison avec le grand
nombre de découvertes archéologiques remontant à l'époque
préhistorique.
118

C'est l'apparition du royaume Perse qui a complètement modifié la


Page

carte de la colonisation de la région et l'émergence des villes


portuaires d'Acco (Acre), Dor et Jaffa, qui a contribué au
développement de petits villages côtiers, dont certains ont été
utilisés comme relais commerciaux et/ou comme ports
intermédiaires.

Dans l'Antiquité, les tribus ont pénétré jusqu'au milieu de la zone


montagneuse du mont Carmel. Différents sites ont été identifiés dans
les régions avoisinantes de la Romema d'aujourd'hui, comme Hurbat
Atisai, les ruines Atisai, Rosh Mayah, Ramot Remez (Arak I - Ziayan),
Tirat-Carmel, etc. Elles témoignent d'un développement économique
de la région lié à la présence des Phéniciens et des Perses.

Cette répartition de l'habitat a également été conservée au temps


des Grecs (période hellénistique, au IVe siècle avant J.-C.), alors que
la région de Haïfa vivait sous les lois du royaume des Hashmonaim
(au temps d'Alexandre Yanaï).

Il reste de nombreux vestiges de ces périodes, par exemple à Tel


Abu Hawam et à Rosh Mayah. Mais c'est la ville de Shikmona qui
présente des vestiges qui conduisent à penser que cette cité a été la
principale ville de l'époque dans les districts de Haïfa et du Carmel.
Shikmona a conservé ce statut prédominant au moins jusqu'à la
conquête Arabe, au VIIe siècle.

Ces fouilles ont contribué à fournir des preuves de l'histoire et du


passé glorieux de cette ville côtière. À ce jour, les recherches se
concentrent en bord de mer, sur le site du tertre situé à côté de
l'Institut National d'Océanographie (le Tel - I - Samech).
119

Ce tertre a été formé de nombreuses strates, résidus de plusieurs


périodes de travaux de construction antérieurs au XVIe siècle avant
Page

J.-C.
Pendant la période Perse, le tertre était devenu un lieu qui servait de
place forte, et c'est à cette époque qu'il a été agrandi sur la plaine
qui l'entourait. À partir du Ier siècle avant J.-C, des textes le
mentionnent sous le nom de Shikmona.

Le développement de Shikmona est lié à son port, mais surtout à sa


situation géographique. Parmi les très nombreuses découvertes
archéologiques de Shikmona, certaines sont exposées au Musée
d'Israël ainsi que dans les différents musées de Haïfa : pièces
navales, objets de culte, plusieurs dizaines de sols en mosaïque
colorée, qui toutes attestent du haut statut économique de la ville.

120
Page
Deux petits villages se sont créés à côté de Shikmona : le Haïfa Juif
et Castra (le Katstra Samaria), réputés ennemis en raison de leurs
différences religieuses et sociales, les archéologues ont identifié
Castra comme étant situé à l'emplacement actuel de Nahal Esov
(Hysope Wadi), à l'entrée sud de la ville.

L'importance de cette petite bourgade était également due à sa


proximité avec les lieux de culte sur le mont Carmel.

Haïfa au Moyen Âge - VIIe au XIIIe siècle

Au Moyen Âge, il n'y avait qu'une poignée de villages sans


importance, dont seul celui de Haïfa, réunion de deux villages grecs :
121

Sycaminos et Porphyryon, est mentionné par les portulans, et qui ne


deviendra une ville importante que durant l'époque des croisades
(1095 à 1291), pour retomber au statut de village pendant la période
Page

turque (1517-1917).
Finalement, Haïfa a pris la place de Shikmona comme ville la plus
importante de la région. À cette époque, elle est devenue un port
important, et de chantiers navals connus pour la construction de
navires de type "Jodi", dont le fond plat leur permettait de naviguer
le long des plages peu profondes de la côte.

À partir du IXe siècle on fait référence à Haïfa dans les sources


écrites comme ayant des liens commerciaux importants avec
l'Égypte.

Les métiers des habitants de la ville étaient liés à la navigation, au


commerce, à la production de teintures dont la célèbre couleur
pourpre obtenue à partir de mollusque qui se trouvait en quantité sur
les bords des rivages de la côte, ainsi qu'aux industries du verre.

Au printemps 1099, les Croisés arrivèrent en Terre Sainte. Après


avoir conquis Jérusalem, ils revinrent s'implanter sur la bande côtière
afin de maintenir ouvert ce passage essentiel vers l'Europe.
122
Page
Pendant l'été 1100, ils commencèrent à se concentrer sur la
conquête de Haïfa, et l'assiégèrent de mer et de terre, face à une
résistance insoupçonnée de ses habitants.

Sous la direction de Tancrède de Hauteville (vers 1070 1112),


gouverneur de Galilée, et l'appui d'une escadre vénitienne Haïfa finit
par tomber le 20 août 1100 entre les mains des Croisés.

Lorsque Tancrède de Hauteville a abandonné ses droits sur la


principauté de Galilée lorsqu'il s'installa dans la principauté
d'Antioche, celle-ci, qui au début, ne comprenait que les deux villes
saintes de Jérusalem et de Bethléem, et un seul port, Jaffa, s'est
constituée en occupant les villes de la côte, de Beyrouth (Tyr, 1124)
à Ascalon (celle-ci en 1153 seulement).

Elle comprend tout l'intérieur jusqu'au Jourdain, dépassant le fleuve


dans la principauté de Tibériade et dans la seigneurie d'Outre-
Jourdain.

Le royaume sera miné par les querelles intestines entre ses


souverains et leurs vassaux et par la faiblesse du pouvoir royal
exercé par Gui de Lusignan (1186 1192).

Après son éviction par le roi Richard, le royaume passera aux trois
derniers maris de la reine Isabelle (1192-1205) : Conrad de
123

Montferrat (1192), Henri de Champagne (1192-1197) et Amaury II


de Lusignan (1197-1205).
Page
Dans le Nahal Siach (Wadi Siach), pendant le dernier quart du XIIe
siècle, s'est progressivement mis en place une communauté
d'ermites, le noyau de ce qui formera plus tard en Occident l'ordre
de la Bienheureuse Vierge Marie du mont Carmel, et qui allait
exercer une grande influence sur la ville de Haïfa.

Au XIIIe siècle, l'importance commerciale et le statut du port d'Haïfa


avaient quelque peu grandi. Lors de son séjour de 1250 à 1253,
Saint Louis, fait consolider les forteresses d'Acre, de Césarée, de
Jaffa, de Sidon et Haïfa. Ouvrages qui avec les maisons seront
intégralement détruits en 1265, lorsque les troupes de Baybars le
Mamelouk conquièrent Haïfa.

124
Page

Acre – XIIIe siècle.


En 1492, Selim I, fils du Sultan Bayezid II, ayant battu les
Mamelouks à Ridaniya, la Syrie, la Palestine et l'Égypte ont été
annexées à l'Empire Ottoman.

► L'activité commerciale du port d'Acre ici


125
Page
Ère des Mamelouks et des Ottomans - XVIIIe - XXe siècle

La destruction systématique des villes côtières, dont le but était


d'empêcher la possibilité de tout retour des envahisseurs Chrétiens
d'Europe par la mer, a laissé Haïfa, comme toutes les autres
agglomérations de la région, dans un état de désolation totale
pendant presque toute la période où les Mamelouks ont dominé le
Levant, c'est-à-dire du XIIIe jusqu'au XVIe siècle.

Bien que cette époque puisse se caractériser par la rareté de pièces


écrites qui soient parvenues jusqu'à notre époque, subsistent çà et là
quelques récits de pèlerins. En 1350, l'un d'eux décrit l'endroit
comme complètement désert et souffrant de sécheresse. La plupart
des témoins oculaires ont confirmé cette description jusqu'à la
conquête ottomane à la fin de 1516, qui va considérablement
modifier la situation d'Haïfa.

La période ottomane à Haïfa peut être divisée en deux périodes


clairement délimitées :

• la première période qui s'étend de la conquête ottomane jusqu'à


l'époque de Daher el - Omar, plus précisément jusqu'à 1761,
période où Haïfa était située dans son ancienne implantation ;

• la deuxième période qui s'étend de 1761, année où une nouvelle


localité a été fondée, jusqu'en septembre 1918.

Au cours de la première période, la ville ne se développe que très


lentement, et exclusivement dans les zones du port et de l'ancienne
forteresse. Jusqu'en 1575, il n'y a absolument aucune mention du
nom de la ville dans la littérature ou les écrits connus de voyageur
ou de pèlerin dans la région.

C'est pour cette raison que la plupart des experts estiment que la
région n'était pas habitée de façon permanente au début de la
domination des Ottomans. La restauration progressive
s'accompagnant de travaux de reconstruction n'aurait été entreprise
que par la génération qui a suivi le début de la domination ottomane.

Les récits de témoins datant du XVIe siècle et ultérieurs décrivent


une petite bourgade construite au milieu des ruines, des maisons
vétustes et délabrées, avec des vestiges de fortifications, ou - au
contraire - une grande église qui domine l'ensemble.

Un dessin de 1882 reflète fidèlement l'état d'abandon dans lequel


126

Haïfa se trouvait à cette époque. Même le monastère de Stella Maris,


représenté dans ce document, semble avoir été négligé et laissé à
l'abandon.
Page
L'édifice le plus important de Haïfa à cette époque était la "citadelle".
Il s'agissait d'un bâtiment important et très ancien, partiellement
détruit, et qui était situé au bord de la mer, près de l'actuel hôpital
Rambam.

Il semble que ce bâtiment ait été utilisé comme église par les
Croisés, mais par la suite il a été tour à tour reconstruit et détruit.
Selon la description d'un voyageur et émissaire Français datée du
milieu du XVIIe siècle, les vestiges de la citadelle et d'églises,
notamment l'église des moines Nazaréens carmes subsistaient
encore lors de son passage.

Selon un autre voyageur qui a visité Haïfa au début du XVIIIe siècle,


Haïfa était construite pêle-mêle, et s'étalait "partout", tout en
précisant que si la citadelle n'avait pas été construite dans ses
limites, la ville n'aurait pas été en mesure de faire face aux brigands
et aux pirates qui naviguaient le long de la zone côtière.

À cette époque, l'ancien port a vu son activité commerciale décroître


au profit du port d'Acco (Acre) dont les installations étaient plus
adaptées à l'évolution en taille des navires de commerce.

Pendant toute cette période, Haïfa a bénéficié du gouvernement


serein et tolérant envers leurs sujets non Musulmans de la famille
bédouine Turabay, qui s'était vu confier d'une génération à l'autre,
l'administration de tout le Carmel par les dirigeants de Damas
compte tenu de leur fidélité et de leur obéissance.
127

L'émir Ahmed Turabay qui résidait à Haïfa a favorisé le peuplement


progressif de la ville par des communautés chrétiennes, et autorisé le
Page
29 novembre 1631 le retour d'une communauté de Carmes sur les
pentes du mont Carmel.

Lire la suite dans le chapitre sur le mont Carmel.

Bahá'u'lláh - 1883-1891

Dans les années 1860, les membres de la Société du Temple, un


groupe religieux allemand, communément appelés les Templiers,
s'est installé à Haïfa, parce qu'ils étaient convaincus que le Christ
allait bientôt revenir au mont Carmel.

La baie d'Haïfa à l'époque où Bahá'u'lláh y séjourna par trois fois,


entre 1883 et 1891.

L'Occident au IVe siècle

Le monachisme chrétien
128

Ce sont des voyageurs orientaux et des pèlerins qui, surtout à partir


du IVe siècle font connaître et répandent en Occident les différentes
formes de la vie monastique, notamment saint Athanase, évêque
Page

d'Alexandrie, venu à Rome en 340, et saint Jérôme.


Le monachisme connaît en Occident comme en Orient un succès
extraordinaire. Pour des raisons diverses, de très nombreux chrétiens
des deux sexes choisissent de quitter leur famille et de renoncer au
monde pour "suivre le Christ" en menant une vie plus conforme aux
idéaux de perfection chrétiens.

Quel que soit le genre de vie qu'ils choisissent : ascètes,


anachorètes, cénobites, vierges ou veuves consacrées, ils sont
qualifiés de "moines" et s'inspirent du modèle de saint Antoine et des
Pères du désert égyptien.

En Occident, les premières expériences monastiques sont


encouragées par des personnages charismatiques tels que Jérôme,
Martin de Tours, Honorat de Lérins vers 410, et de Saint-Victor établi
vers 415 à Marseille par Cassien ; qui rapporte d'Orient où il a
longtemps vécu, d'importants ouvrages sur les anachorètes et les
institutions monastiques.
129
Page
Les premiers moines, le plus souvent issus de l'aristocratie gallo-
romaine, contribuent par leur prestige au rayonnement du
monachisme.

Toutefois, la grande diversité des idéaux et des vertus prônés par les
moines amène les autorités à prendre des mesures pour tenter
d'unifier leur mode de vie et leurs pratiques.

Le concile de Chalcédoine, convoqué par l'empereur Marcien en 451,


consacre plusieurs canons aux moines et aux monastères, qui se
voient ainsi dotés pour la première fois d'une reconnaissance et d'un
statut.

À partir de cette époque apparaissent les premières règles


monastiques écrites, dont celle de saint Benoît de Nursie (vers
480/490 † 547) n'est alors qu'un exemple parmi d'autres. La vie en
communauté nécessitait en effet l'adhésion collective à une série de
normes codifiées.

En effet, si les monastères des premiers siècles étaient avant tout


des lieux de culte et de prière, ils étaient souvent dotés d'un riche
patrimoine foncier et contribuaient à la production économique, à la
christianisation des campagnes, à la transmission des savoirs et à
130

l'enseignement.
Page
Les croisades (1096 à 1683)

► Chronologie ici

Le christianisme au XIIe siècle

Après les "siècles de foi" (IXe - Xe siècle) marqués par la décadence


des élites monastiques trop impliquées dans les affaires politiques et
l'administration de leurs domaines, ce siècle se caractérise par la
diversité et la contestation.

Le christianisme se développe en tous sens. Les nouveaux ordres


monastiques prolifèrent, la scolastique fait ses premiers pas et le
droit canon est unifié. La papauté prend de l’ascendant sur le pouvoir
temporel. Mais des hommes se lèvent pour contester la richesse et la
puissance de l’Église, qui réagit mal.

131

"Quelle diversité en effet ! Que de chemin parcouru depuis l’effort


carolingien pour tout ramener à l’uniformité !" À l’instar de l’historien
Page

Jacques Le Goff, celui qui s’aventure sur les chemins du XIIe siècle
chrétien ne peut que s’émerveiller devant le feu d’artifice spirituel,
intellectuel et artistique qui s’offre à son regard.

Chaque pas amène une nouvelle surprise et tant de richesses


menacent d’étourdir le voyageur. C’est qu’en entrant dans cette
période, il pénètre de plain-pied dans un des plus beaux siècles du
Moyen Âge, qui trouvera son pendant dans le XIIIe.

"Pourquoi tant de nouveautés dans l’Église de Dieu ? Pourquoi tant


d’ordres surgissent en son sein ? Qui ne s’étonnerait de tant
d’espèces de moines ?"

Cette exclamation d’un chanoine de Prémontré résonne comme la


lamentation d’un homme perdu au milieu de tant de profusions.
Dans la première moitié du XIIe siècle, l’expansion des ordres
monastiques est en effet spectaculaire.

Marqué par un retour à la simplicité, un tel développement répond à


des besoins spirituels accrus. Face aux splendeurs de Cluny, face à
une Église toujours plus riche et plus puissante, certains veulent
retrouver la lettre de l’Évangile et "nus, suivre le Christ nu".

Les cisterciens sont à cet égard le fleuron de ce mouvement de


réforme. Ils optent pour une application stricte de la règle de saint
Benoît et élaguent tout ce qu’elle ne préconise pas expressément. Le
vêtement devient très simple, la nourriture s’allège, certains objets
disparaissent, de même que de nombreux offices mineurs et
exercices liturgiques, et le travail manuel est obligatoire.

132
Page
Au XIIe siècle, les cisterciens sont servis par une forte personnalité et
l’un des hommes les plus remarquables de son temps : Bernard,
ancien moine de Cîteaux, fondateur de l’abbaye de Clairvaux en
1115, et célèbre prédicateur de la deuxième croisade à Vézelay en
1146.

Le XIIe siècle voit en effet la papauté s’affirmer, et la réforme


grégorienne se poursuivre. La querelle des investitures continue à
empoisonner les relations entre pouvoirs temporel et spirituel, et ne
trouvera un semblant d’épilogue qu’en 1122 avec le concordat de
Worms, un compromis boiteux qui ne sera pas vraiment appliqué.

L’Église recouvrait la liberté de nommer clercs et évêques, mais


l’investiture devait être confirmée par le pouvoir temporel. Les
conflits entre le pape et l’empereur se réveilleront épisodiquement.
Temporairement, le pape réussira même à établir sa souveraineté
sur le monde temporel. Ainsi, Frédéric Barberousse fera acte de
soumission au pape Alexandre III en 1177. Mais c’est avec Innocent
III (1198-1216) que la papauté atteindra le sommet de sa puissance.

Trop intéressée au gouvernement temporel, la papauté s’éloigne des


préoccupations spirituelles et s’enlise dans le monde et ses aléas,
notamment les échecs retentissants que représentent les croisades.
Une irritation croissante à l’égard de la hiérarchie et de ses fastes se
fait jour. Elle provient pour l’essentiel des laïcs, qui commencent à
jouer un rôle croissant dans la société.

Un des mouvements les plus connus est celui que lance un dénommé
Valdès vers 1173. Ce riche marchand abandonne tous ses biens pour
prêcher la pauvreté. La communauté qui partage ses idées – les
Vaudois – lit des passages de la Bible en langue vulgaire, considère
l’Écriture comme l’autorité suprême et conteste ouvertement la
richesse de l’Église.
133

La diversité chrétienne se manifeste aussi dans la pensée, où les


premiers balbutiements de la scolastique se font entendre. L’époque
Page

a produit sinon de grands théologiens, du moins des jongleurs


expérimentés de la dialectique qui commence à déployer ses armes
redoutables, et dont saint Thomas d’Aquin se servira magistralement
au siècle suivant.

L’enseignement sort des monastères et des écoles épiscopales pour


gagner peu à peu la place publique. Des écoles indépendantes se
créent, qui deviendront des universités au XIIIe siècle. Des maîtres
laïcs commencent à donner des enseignements.

Ainsi Pierre Abélard (1079 1142 - infos), qui fut le premier à


systématiser rationnellement la doctrine chrétienne, constituée
jusque-là de différentes strates superposées – évangiles, textes des
Pères de l’Église, décisions conciliaires – sans vraies relations entre
elles.

Il fut condamné à plusieurs reprises pour sa liberté de pensée,


notamment par saint Bernard de Clairvaux qui se méfiait de toute
nouveauté en matière de théologie.

Une génération avant Abélard, Anselme avait été un des précurseurs


de la scolastique. Sa preuve de l’existence de Dieu, fondée sur la
dialectique, est restée célèbre.

Les Carmes au XIIIe siècle

Ce siècle se caractérise par l'apogée médiévale tandis que la


puissance de la papauté atteint son zénith et connaît la tentation
totalitaire. Deux nouveaux ordres, les Franciscains et les
Dominicains, revendiquent une pauvreté absolue et prêchent
l’Évangile sur les routes, on les nomme "ordres mendiants". La
théologie trouve des bases rationnelles en intégrant le système
aristotélicien, réinterprété par Thomas d’Aquin et Albert le Grand.

Le 14 septembre 1214, durant une procession à Saint-Jean-d'Acre,


Albert Avogadro est assassiné à coups de couteau par un prélat qu'il
avait déposé pour inconduite. Il sera canonisé sous le nom de saint
Albert.

Le 4e concile de Latran (1215) décide de stopper le processus de


prolifération des ordres nouveaux (essentiellement des ordres
"mendiants", restaurateurs du principe de la pauvreté évangélique).
134

Lors du second concile de Lyon (1274), tous les ordres fondés après
1215 seront supprimés. Les Carmes sont épargnés de justesse mais
priés de se convertir en passant du statut d'ermites à celui d'ordre
Page

mendiant.
Ce processus d'assimilation des Carmes aux ordres mendiants
s'achèvera en 1326.

Désormais subsisteront seulement quatre ordres mendiants : les


Dominicains, les Franciscains, les Carmes et les Augustins. Plus d'une
vingtaine d'autres ordres mendiants fondés après 1215 avaient été
supprimés.

Pour la période antérieure à 1209, en l'état des connaissances


actuelles, on sait seulement que les Carmes furent gouvernés par
deux prieurs : Brocard et Berthold.

Une multitude d'autres détails furent inventés par la suite afin de


colmater les lacunes de l'historiographie carmélitaine, dues (en
partie) à la destruction des archives du mont Carmel lors de la chute
de Saint-Jean-d'Acre en 1291 et la fin de la présence franque en
Terre Sainte.

Meurtri par d'âpres discussions avec Théodore, patriarche de


135

Constantinople, Cyrille embarqua pour la terre Sainte où il trouva


refuge chez les Ermites du mont Carmel, avant de partir prêcher en
Arménie.
Page
Zurbarán - Le bienheureux Cyrille - huile sur toile 91 x 32 cm.
Museum of fine Arts de Boston - Zoe Oliver Sherman Collection.

Après le retour des croisés de la VIe croisade et la fin des dix années
136

de trêve (1229-1239), des frères de l'ordre de la Bienheureuse


Vierge Marie du Mont Carmel s'installent à Hulne (northwest of
Alnwick - Northumberland - qui aura le statut de "désert") et
Page

Aylesford (Kent) en 1242, puis aux Aygalades (Marseille) en 1244.


Dès 1235, un certain Pierre de Corbie et son compagnon auraient
obtenu des échevins de Valenciennes, duché d'Hainaut, l'autorisation
de s'y installer.

Il faudra attendre la bulle "ut vivendi normam" du 30 janvier 1226 du


pape Honorius III - ? † 1227), pour que cette règle primitive soit
approuvée.

137
Page

Retable du Carmine peint par Pietro Lorenzetti – Sienne ici


► Liste des principales décrétales ici

Cette même règle primitive fut de nouveau confirmée le 6 avril 1229


par le pape Grégoire IX, qui interdit cependant aux Carmes de
recevoir des biens immobiliers et des rentes, infléchissant ainsi
l'évolution de l'ordre initialement érémitique en ordre mendiant. Le
processus d'assimilation des Carmes aux "Mendiants" va durer un
siècle.

Dès 1238, à la suite des revers militaires éprouvés par les croisés, les
Carmes commencèrent d'essaimer en Occident.
138
Page
Bien qu'épargnés dans un premier temps par les musulmans, sans
doute à cause de leur vénération pour le prophète Élie, les Carmes
perdirent les uns après les autres tous leurs établissements de
Palestine et de Syrie jusqu'à la prise de Saint-Jean-d'Acre par le
sultan égyptien, accompagnée de la destruction finale du couvent du
Carmel, et du massacre de tous ses frères en 1291.

"Sauvetage des Carmes par Louis IX", Jörg Ratgeb. Pour agrandir le document ici
139

Une reproduction de cette scène qui s'inscrit dans une fresque


monumentale retraçant la vie des Carmes, peinte par Jörg Ratgeb
Page

(1480 ? † 1526), sur les murs du réfectoire du Karmeliterkloster de la


ville de Frankfurt am Main, a été offerte à l'abbaye Saint-Hilaire par
le Dr. Michael Fleiter, de l'Institut für Stadtgeschichte de Frankfurt
am Main.

Scène précédant le Sauvetage des "Carmes".

Cet événement tragique marqua la fin de la présence des Carmes en


Orient pendant plusieurs siècles et leur retour dans leurs divers pays
d'origine : Sicile, Italie, Angleterre, sud de la France Les Carmes qui
140

débarquèrent à Marseille s'installèrent aux Aygalades en 1244, dans


une grotte toujours visible de la voie rapide "Marseille-Aix", où, selon
la tradition, sainte Marie-Madeleine aurait séjourné quelque temps
Page
avant de gagner le Massif de la Sainte-Baume (entre les
départements des Bouches-du-Rhône et du Var).

Les Aygalades sont aujourd'hui un quartier du 15e arrondissement


de Marseille15e arrondissement de Marseille qui associe à l'ancien
village des Aygalades, au bord du ruisseau des Aygalades, une
vaste zone de collines, partiellement déserte, montant jusqu'à l'un
des premiers sommets du massif de l'Etoile (alt. 301 m.).

Au cours des années 1240, entre les seigneuries d'Oppède et de


141

Bonnieux, un petit nombre d'entre eux viendra occuper l'actuel site


de Saint-Hilaire, où préexistait peut-être un lieu de culte dont on
ignore encore l'origine.
Page
Ils y sont mal accueillis, le pape Innocent IV ayant déjà réuni en
1244 tous les groupements érémitiques italiens et ultramontains en
142

une seule congrégation.

Le 8 juin 1245, le pape Innocent IV confirme les bulles précédentes


Page

de Grégoire IX et d'Honorius III.


En France, ils sont confrontés à la croissance rapide des Dominicains
et des Franciscains, de plus, la France est en pleine folie
inquisitoriale (1231-1239), conduite par un Cathare converti, le
Dominicain Robert le Bougre, où la vie monastique ne se concentre
plus dans quelques grandes abbayes, mais connaît un essor continu,
souvent en milieu urbain, du fait de l'apparition des ordres
mendiants, popularisés par saint Dominique et par saint François.

L'apparition des ordres mendiants révolutionne les conceptions de la


vie religieuse. À l'exigence de pauvreté individuelle, comme toutes
les règles, ils ajoutent celle de la pauvreté collective, il leur est en
effet interdit de posséder quoi que ce soit en commun, sauf les
églises et couvents ; les frères doivent vivre de leur travail, des
aumônes et si besoin de la quête : ils ont le droit de mendier dans
les lieux publics.

Le mot "pauvreté" recouvre bien des acceptions. Toutefois, la


pauvreté ne peut pas être la détresse totale qui met l’homme dans
un état de profonde dépendance physique et morale. Au fond, l’idéal
de pauvreté est un idéal de liberté, un refus de toute aliénation. En
fait, le problème n’est pas simple et il suscita d’innombrables
interprétations et d’interminables querelles.

Être pauvre, était-ce être haillonneux, comme le voulait saint


Dominique, ou l’acceptation de la vie communautaire avec toutes ses
conséquences : le dépouillement total, la non-possession des biens
terrestres, le détachement ?
143

Pour les Carmes, elle sera la conséquence logique du renoncement


total qui est l’essentiel de la vocation à la vie parfaite ; elle consiste
Page
dans le fait de tout abandonner, non en vue d’être pauvre, mais en
vue de mener une vie de détachement.

Les frères convers, davantage affectés aux tâches nouvelles et


domestiques, sont de vrais religieux soumis aux mêmes règles que
les autres frères, à l'exception du chant de l'office choral (remplacé
par des prières dites "en privé") et de la participation au chapitre
conventuel.

La vocation des ordres mendiants est fondée sur l'apostolat, la parole


(enseignement et surtout prédication), et l'action : ils s'installent
donc dans les villes pour y répondre en étant près des hommes, et y
pallier l'insuffisante formation pastorale et théologique du clergé
séculier.

De plus, les religieux mendiants entretiennent des liens très étroits


avec les Papes dont ils reconnaissent et soutiennent l'autorité,
contrairement aux clergés séculiers et monastiques. En échange de
144

la protection des Papes, ils s'engagent à les soutenir loyalement.


Page
La vie fruste et austère des frères des ordres mendiants (surtout au
début), leur ferveur religieuse, leur pauvreté volontaire et leurs
hautes qualités morales attira le peuple qui se sentait proche d’eux
et très loin du clergé séculier.

De même, les sermons en langue vulgaire, la dévotion à l'enfant


Jésus et à la crèche, la dévotion mariale, humanisent la vie
spirituelle, sont parmi les principales causes du succès des frères
prêcheurs ou mineurs.

Le clergé séculier devant le danger financier fit bloc, impliquant les


autorités communales et leur hiérarchie, et fit tout pour reconquérir
la faveur de leurs fidèles en multipliant les prédications, les
fondations d’autels et les processions, les indulgences productrices
de nouveaux revenus.

Les bâtiments bénéficièrent d’agrandissements et d’embellissements,


avec de précieux vitraux et surtout de nouvelles cloches puissantes
destinées à couvrir celles installées dans les campaniles et clochetons
des églises conventuelles.

Tout ceci explique que l’accueil des ordres mendiants par les clercs
séculiers, de très réservé au début, devint très rapidement
franchement hostile au fur et à mesure que les fidèles affluaient dans
les églises conventuelles, tout en réduisant d’autant le revenu casuel.

Un exemple de ces tensions à l'Abbaye de La Charmoye, commune


de Montmort-Lucy (51270), où en 1240, les chanoines envahissent la
chapelle de la Charmoye, et enlèvent l'autel tout en malmenant les
moines cisterciens, ce qui conduit le légat du pape à ordonner que
les moines, tout en conservant leur maison de Vertus, ne pourraient
plus y accueillir de paroissiens.

C'est dans ce contexte d'une lutte de pouvoir exacerbée que les


Carmes se répandirent néanmoins peu à peu dans une bonne partie
de la chrétienté et durent s'adapter aux conditions de vie
occidentales.
145
Page
Un premier chapitre général se tint à Aylesford en Angleterre,
probablement au cours de l'année 1247. La décision la plus
importante de ce chapitre fut d'envoyer deux frères à Lyon afin de
solliciter une adaptation de la règle primitive auprès du pape
Innocent IV.

Aylesford Carmelite Priory in Kent, cliquez ici

À cette date, l'ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel


comptait probablement quatre provinces, celles de Terre Sainte, de
Sicile, d'Angleterre et de Provence.

Le 27 juillet 1247 par la bulle "paganorum incursus", le pape


Innocent IV donne aux Carmes l'appellation officielle de "Frères de
146

Notre-Dame du mont Carmel", et demande aux évêques de bien


vouloir accepter dans leur diocèse ces pèlerins expulsés de leur
Page

ermitage du mont Carmel par les infidèles. Face à l'hostilité du


clergé, cette recommandation sera renouvelée le 4 octobre de la
même année.

Toujours en 1247, le 1er octobre, par la bulle "Quae honorem


Conditoris omnium", le pape Innocent IV, précise, corrige quelques
points douteux et mitige quelques sévérités contenues dans la règle
approuvée par l'Église (Regula bullata).

Rappel : en 1247, le pape se contente de modifier quelques points


de la règle, cette dernière ayant déjà obtenu le statut de "regula
bullata" en 1229. Avant 1229, elle n'avait que le statut de "formula
vitae".

En outre, le pape l'adapte aux nouvelles conditions de vie de


l'Occident. Par cette "littera solemnis", le pape Innocent IV initie le
processus d'assimilation des Carmes au statut d'ordre mendiant, au
même titre que les Dominicains, les Franciscains et les Augustins (ce
texte d'Innocent IV fut successivement confirmé par Alexandre IV, le
147

3 février 1256, par Urbain IV, le 22 mai 1262, et par Nicolas IV le 1 er


juillet 1269).
Page
Ces corrections n'ont pas été nombreuses et ne concernent que
l'organisation extérieure de l'ordre, hormis le silence de règle qui est
abrégé. Il n'y a rien qui concerne directement l'apostolat (cura
animarum) ; cela viendra un peu plus tard.

En 1317, le pape Jean XXII (1244 † 1134 à Avignon) accorde aux


Carmes l'exemption totale de la juridiction épiscopale. En 1326, ce
même pape assimile concrètement les Carmes aux autres ordres
mendiants de l'époque.

Désormais, les Carmes peuvent de plein droit prêcher, enseigner et


confesser dans l'église.

148

Après l'approbation d'Innocent IV en 1247, le charisme du Carmel se


développe selon une double dimension : une vie contemplative et
Page

une vie apostolique (vie mixte), qui ne s'achève qu'au XIVe siècle !
Vers 1251, la Reine du Carmel apparut à son Prieur général, saint
Simon Stock, accompagnée d'une multitude d'anges, et tenant en sa
main le scapulaire de l'ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du
Mont Carmel.

Elle lui dit "reçois, mon cher fils, ce scapulaire de ton ordre, comme
le signe distinctif de la marque du privilège que j'ai obtenu pour toi
et les enfants du Carmel ; c'est un signe de salut, une sauvegarde
dans les périls et le gage d'une paix et d'une protection spéciale
jusqu'à la fin des siècles. Celui qui mourra revêtu de cet habit sera
préservé des feux éternels (infos).

Chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmine, Florence.

Le saint Prieur se leva réconforté, fit part à ses fils des promesses de
Notre-Dame, et à partir de ce temps, l'ordre dégagé de tout péril,
prospéra.

Les Carmes ont porté un manteau formé de sept bandes


perpendiculaires, trois noires et quatre blanches (infos), ce qui leur
valut d'être désignés sous le nom de "barrati Fratres", ou "virgulati",
ou de "pica" (pie).

Lors du Chapitre Général de 1287 à Montpellier, les Carmes décident


de substituer leur manteau rayé ou barré par une chape blanche, ce
qui leur valut d'être désignés sous le nom de frères blancs. Cette
chape a une symbolique dans la spiritualité carmélitaine : elle indique
notamment la pureté et la virginité de Marie.
149
Page
Le désert et la ville : tels sont les deux pôles d'attraction entre
lesquels oscille l'ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont
Carmel dès le début de son implantation dans la chrétienté.

Le désert devait permettre aux religieux de trouver la possibilité de


consacrer tout leur temps et leur énergie à la culture d'un esprit de
contemplation. À l’exception de quatre ou cinq frères qui devaient y
rester de façon permanente afin d'assurer son fonctionnement,
chaque frère y séjournait une année, puis il regagnait le couvent d'où
il était venu.

Là, le temps est essentiellement consacré à l'oraison mentale, le


jeûne y est très strict, ainsi que le silence, interrompu seulement une
fois par quinzaine à la manière des anciens anachorètes, pour
l'examen des textes. Le temps non consacré à la prière et la lecture
est consacré au travail manuel, la culture des jardins.

Ce qui caractérise le "désert", c'est qu'à proprement parler, les


150

études ne sont pas autorisées, de peur qu'elles ne distraient l'esprit...

C'est ainsi que des communautés carmélitaines choisiront de s'établir


Page

hors des villes, alors que d'autres, s'implanteront au cœur de celles-


ci pour s'adonner à la vie apostolique en union intime avec la vie
contemplative.

En 1271, fidèle en cela à la Norme de Vie établie par Albert Avogadro


qui place les Carmes parmi les simplices "in eremis" et non pas avec
les "in scientia praedite", le prieur général Nicolas le Français
manifeste son opposition dans un traité intitulé "Ignea sagitta" ("la
flèche enflammée"), ou s'exprime une profonde nostalgie de leur
style de vie érémitique et contemplative antérieure, qui le conduira à
démissionner.

Son successeur, Ralph Fresburn l'Anglais, poursuivi l'action de


Nicolas le Français. Il se démit de sa fonction en 1277 avant de se
retirer en Angleterre au couvent de Hulne.

Les maisons érémitiques demeurent l'exception à la fin du Moyen


Âge. La communauté distingue dans la notion de désert trois niveaux
complémentaires, mais séparables : le lieu, le style de vie solitaire,
l'idéal de la prière ininterrompue, et trois modes de réalisation : vie
érémitique dans les déserts, dans les villes, vie contemplative dans
les couvents urbains.

Dans sa session "sanota vacillationis" du 17 juillet 1274, le 2e concile


de Lyon, présidé par le pape Grégoire X, reprenant en partie les
dispositions du concile de Latran, décide la suppression des ordres
religieux qui sont dans une situation juridique irrégulière "incert
mendicita". Les Carmes défendent leur naissance avant les décisions
de Latran IV, et évoquent les approbations pontificales.

151
Page
Cette menaçante situation d'attente met les Carmes dans une grande
incertitude à l'égard de l’avenir dans l'Église. Finalement, après
beaucoup d'interventions de la part de l'ordre, celui-ci est confirmé
par l'Église.

Dès lors, les Carmes subirent l'influence des Dominicains et


modelèrent leurs institutions sur les leurs.

En cette fin de siècle, dans la personne de Boniface VIII


s'obscurcissent la gloire et l'éclat de la papauté. Les moyens
employés pour la maintenir étaient iniques. Des travaux intellectuels
avaient frayé le chemin aux violences exercées par les pouvoirs
séculiers.

En 1254, Jean de Parme attaqua le pape dans son Évangile éternel


qui fut brûlé en 1256. Les vices de la hiérarchie sacerdotale furent
attaqués par Nicolas de Narbonne, carme, dit le Français (? † 1280
ou 1282).

Les constitutions de 1281 mentionnent dix provinces : Terre sainte,


Sicile, Angleterre, Provence, Toscane, Lombardie, France, Allemagne,
Aquitaine, et Espagne qui ne sera plus mentionnée lors du chapitre
général de Montpellier en 1287.

Vers la fin du XIIe siècle, le chapitre tenu à Londres en 1281 marque


une nouvelle orientation des Carmes qui entrèrent à leur tour dans le
mouvement universitaire qui avait pris son essor au début du siècle.
152

En 1295, Gérard de Bologne devient le premier Docteur de l'ordre de


la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel.
Page
Vers la fin du XIIIe siècle, il existait en Occident environ 150
couvents carmélitains dont 50 en France et 30 en Angleterre.

153
Page
Les Carmes au XIVe siècle

Ce siècle se caractérise par la crise de la papauté et la grande


épidémie de peste noire de 1347/1352 qui décime entre 30 et 50%
de la population européenne en cinq ans, faisant environ vingt-cinq
millions de victimes.

Le christianisme occidental entame un lent déclin qui conduira à la


Réforme deux siècles plus tard. La papauté, exilée à Avignon
pendant une soixantaine d’années, est plus préoccupée d’argent et
de pouvoir que de spiritualité. Elle offre un spectacle affligeant. Sa
division engendre un schisme de quarante ans. Des voix toujours
plus nombreuses contestent l’institution ecclésiale et pontificale.

► Conséquences de la Peste noire ici

Par la bulle "Super cathedram" du 18 février 1300, le pape Boniface


VIII avait restreint les prérogatives reconnues par ses prédécesseurs
aux ordres mendiants - Dominicains, Franciscains, Augustins et
Carmes - qui, déjà tenus à ne pas prêcher en présence de l'évêque
s'ils n'étaient désignés par lui pour le faire, ne pouvaient plus prêcher
sans autorisation de l'évêque, seul capable de dire si les besoins du
diocèse justifiaient qu'on fît appel à eux.

Pour sa part, le pape Jean XXII (1244 † 1334) avait étendu


l'interdiction au droit de confesser. Pour les couvents, tout cela ne
faisait que tarir de substantielles ressources : les prédications
poussaient à des dons, et la confession comportait l'imposition d'une
pénitence.

Le 9 mars 1309, le pape gascon Clément V et sa curie de quelque


quatre cents personnes s'établissent en Avignon pour le temps du
concile, sur la rive gauche du Rhône, à une longueur de pont du
royaume de France.

Lors du chapitre général de 1321, l'ordre comptait, dans l'ordre de


création, sept studia generalia de théologie : Paris (1297),
Cambridge (1312), Oxford (1314), Avignon (1318), Bologne 1321),
Cologne (1321) et Londres (1321).

Si un texte aujourd'hui soumis à caution, rapporte que pape Jean


XXII (1244 † 1334), aurait publié en Avignon, la bulle "Sacratissimo
154

culmine" connue sous le nom de bulle Sabbatine, l'authenticité de


cette bulle a été officiellement remise en question dès 1613 par le
pape Paul V (1550 † 1621).
Page
Sont par contre attestées les confirmations ecclésiastiques du
privilège sabbatin de retirer des feux du purgatoire, le premier
samedi (Sabbat), après leur mort les frères de l'ordre de la
Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel qui auront été revêtus de
sa sainte livrée.

En 1324, l'ordre comptait trois nouvelles studia generalia de


théologie : Toulouse, Montpellier et Florence.

En 1334, le pape Benoît XII (1280 † 1342), nouvellement élu après


une semaine de conclave tenu dans le palais épiscopal d'Avignon,
155

prend comme premier confesseur un religieux de l'ordre du Carmel.


Page
► BnF – Benoît XII ici

Benoît XII.

1347, la peste noire fait son apparition en Occident, où elle provoque


la mort de 30 à 50% de la population française.

Le 7 avril 1378, les conclavistes menacés de mort par les Romains


élisent comme nouveau pape : l'archevêque de Bari, Barthelémy
Prigano, qui prend le nom d’Urbain VI.

Dès sa nomination, son attitude pousse 13 cardinaux à déclarer son


élection nulle. Ils élisent un nouveau pape : Robert de Genève, qui
prend le nom de Clément VII et siège à Avignon à partir du 20 juin
1379.

Ce schisme eut pour conséquence la scission de l'ordre selon les


nationalités :

• l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie, représentées par le prieur


156

général Mathieux de Bologne suivant le pape de Rome, Benoît


XII (vers 1285 † 1342) ;
Page
• la France et l'Espagne représentées par le prieur général Jean
Grossi, suivront le pape d'Avignon, Clément VII (1478 † 1534).

Cette époque profondément marquée par le drame démographique


provoqué par la peste noire : la France comptait 17 millions
d'habitants en 1340, elle n'est revenue qu'à 10 millions en 1440, fut
marquée par le déclin de l'ordre, aussi bien matériel que spirituel.

Conscient de ce relâchement, le pape Grégoire XI demande le 11


mars 1372, à l'occasion d'un chapitre général, qu'il soit procédé à
une réforme de l'ordre tout entier. Quelques décrets furent intimés,
mais la division de l'ordre en deux obédiences, en rendit l'exécution
impossible.

Charles V Roy de France ayant derrière lui ses deux fils Charles
Dauphin de France depuis le Roy Charles VI & Louis de France Duc
157

d'Orléans.

Et devant lui Jeanne de Bourbon sa femme qui a derrière elle,


Page

Jeanne & Bonne de France ses filles, & au bas est frère Jehan Golein,
carme, Maître en Théologie, auteur du livre intitulé, Rational des
divins Offices ou est cette miniature au premier feuillet, qu'il
présentera au Roy Charles V. l'an 1374.

À la fin du XIVe siècle, l'ordre compte dans le royaume de France 7


provinces avec la Touraine, et 91 couvents dont Saint-Hilaire, et une
nouvelle province à l'étranger : la Bohême.

Le général de l'ordre est élu par scrutinium (vote) à l'occasion d'un


chapitre général (disposition antérieure à 1324). À chaque chapitre il
doit rendre compte de sa gestion et de l'absence de plaintes
sérieuses.

Dès 1472, il réside généralement à Rome d'où, avec deux


compagnons, il visite régulièrement les Provinces. En théorie, au
moins, son pouvoir était illimité, mais dans la pratique il ne pouvait
pas se permettre d'ignorer la volonté des Provinces.

Le chapitre général se réunissait assez régulièrement tous les trois


ans de 1318 à la fin du XIVe siècle, par la suite la périodicité sera
portée de :

• 4 à 6 ans jusqu'en 1462 ;


• 3 à 7 ans de 1462 à 1524 ;
• 7 à 16 ans (exceptionnel) de 1524 à 1593.

L'organisation et la tenue des chapitres sont devenues une charge


financière très lourde, non seulement pour l'ordre, mais aussi pour
les villes qui leur accordent l'hospitalité.

Chaque Province était représentée par le Provincial et deux


compagnons auxquels venaient s'adjoindre des étudiants à l'avenir
prometteur, des frères devant prendre soin des chevaux. C'est ainsi
que les chapitres généraux pouvaient réunir de cinq cent à plus de
mille frères.

Pour couvrir les frais, chaque Province était tenue de demander une
subvention à son souverain. Le gîte et le couvert étaient offerts par
les établissements de l'ordre locaux et par les habitants. À partir de
1318 les actes sont complets et ont pour partie été imprimés.

Les chapitres provinciaux ont eu lieu en règle générale une fois par
an, mais des plaintes font état d'une périodicité de deux à trois ans.
Chaque couvent était représenté par le père prieur ou avant, par un
frère élu par le chapitre conventuel.
158
Page
Les Carmes au XVe siècle
159

Ce siècle se caractérise par la crise conciliariste* avec notamment le


concile de Bâle-Ferrare-Florence de 1431-1445. La papauté a perdu
Page

une grande partie de sa crédibilité lors de son séjour à Avignon et


pendant toute la durée du Grand Schisme. Pour sortir de la crise,
évêques et cardinaux décident de donner au concile une autorité
supérieure à celle du pape. Mais cette tentative de réforme échouera
devant le refus des souverains pontifes de céder une partie de leur
suprématie monarchique. La papauté poursuit son déclin.

* Le conciliarisme est une doctrine qui a pris naissance aux XIIe


et XIIIe siècles (représentée par Marsile de Padoue mort vers
1343) et qui voit dans un concile général d'évêques une instance
au-dessus du pape.

Cela se manifestera notamment par des dépositions de papes au


moment du Grand Schisme d’Occident. Un de ses grands
défenseurs est Gerson au XVe siècle. Au XVIIe siècle, le
conciliarisme se traduira plutôt par une volonté des évêques
français d'être indépendants du pouvoir romain.

Le conciliarisme a été définitivement condamné au concile de


Vatican I : le collège des apôtres et des évêques n'existe qu'avec
et sous son chef (Pierre ou le pape) et ce n'est pas à côté ou
contre lui qu'il doit gouverner l'Église.

► Le concile de Bâle (1431-1449) ici

En 1409, durant le Grand Schisme d'Occident qui commence en 1377


avec l'élection de deux papes (Urbain VI et Clément VII), le concile
de Pise élit un troisième pape : Pierre Phylargis, qui prend le nom
d’Alexandre V (1340 † 1410). À partir de ce moment l'Église est
tricéphale.

Par la bulle "Regnans in exceliss" datée de Pise le 12 octobre 1409,


le pape Alexandre V annule les dispositions de la bulle "Super
cathedram" du 18 février 1300, et rend aux ordres mendiants le droit
de prêcher et de confesser en tous lieux sans solliciter d'autorisation
des évêques, ce qui eut pour effet de réveiller brutalement la vieille
hostilité des maîtres séculiers contre les Dominicains, Franciscain,
Augustins et Carmes.

Au cours du chapitre général tenu à Bologne en 1411, les deux


prieurs généraux : Mathieu de Bologne (rattaché au pape de Rome
Urbain VI - 1318 † 1389) et Jean Grossi (de l'obédience de Clément
VII - 1342 † 1394, antipape d'Avignon), démissionnent.

Immédiatement après, Jean Grossi († 1434) est élu prieur général de


160

l'ordre réunifié.
Page
Un concile se réunit à Constance (1414-1418), pour remettre de
l'ordre ; légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, formant un
concile œcuménique et représentant l'Église militante, il tient sa
puissance immédiatement de Dieu, et tout le monde, y compris le
pape est obligé de lui obéir en ce qui concerne la Foi, l'extinction du
schisme, et la réforme soit des membres, soit des chefs de l'Église.

Alors que le chapitre général de Bologne en 1411 avait mis fin à la


présence de deux prieurs généraux à la tête de l'ordre, cette
situation se reproduit en juin 1430, à Nantes, où à l'occasion d'un
nouveau chapitre général, deux prieurs généraux sont élus.

Pour mettre un terme à cette situation, le pape Eugène IV (1383 †


1447), nouvellement élu (1431), nomme Barthélemy de Roquali
évêque de Marseille, et Natale Bencesi de Venise vicaire général de
l'ordre jusqu'à ce qu'un chapitre puisse procéder régulièrement à
l'élection d'un prieur général.
161

C'est dans ce contexte qu'à l'occasion du chapitre de Nantes, une


majorité se prononce afin de solliciter du pape Eugène IV (1383 †
Page
1447), la seconde mitigation de la règle donnée en 1205 par saint
Albert (la première datait de 1247).

La supplique porte la date du 15 février 1432. Il y est dit que de


nombreux profès de l'ordre ne peuvent plus observer la règle à cause
de sa sévérité et de sa rigueur, tant par la fragilité humaine que par
faiblesse du corps.

Le vicaire général Natale Bencesi dépêcha en 1432 des frères au


pape Eugène IV, afin de lui transmettre cette supplique.

Natale Bencesi ayant été nommé vicaire général de l'ordre par le


pape Eugène IV en 1430, c'est finalement le provincial de Provence,
Jean Faci d'Avignon qui accéda au généralat en mars 1434, lors du
chapitre réuni à Ravensburg.

Après trois années de réflexion, le pape Eugène IV adresse en 1435,


la bulle "Romani Pontificis" datée du 15 février 1432 (date de la
supplique) à Jean Faci, prieur général.

Le pape Eugène IV accorde aux Carmes de pouvoir librement et


licitement demeurer et se promener "dans leurs églises, et dans les
cloîtres de celles-ci et dans les lieux y attenant aux heures
convenables", en outre, il donne la faculté de manger de la chair
trois jours par semaine, excepté durant l'Avent et le Carême ainsi
qu'aux autres jours où cela est généralement prohibé.

Ces modifications à la règle furent complétées le 5 décembre 1469


par le pape Pie II (1405 † 1464) qui concédera au prieur général la
faculté de dispenser du jeûne aux jours où l'abstinence était levée, et
par le pape Sixte IV (1414 † 1484) qui accordera des libertés plus
grandes par la bulle "Dum attente meditatatione" du 28 novembre
1476, appelée communément "Mare magnum", qui octroyait de
nombreux avantages aux ordres mendiants.

C'est à cette époque que le chapitre général de 1462 décida de


changement d'habit en instaurant le remplacement des draps gris
par des draps noirs, les convers conservant le scapulaire (infos) et le
capuce blanc.

La mitigation de la règle ne fut pas perçue partout sans résistance.


Dès avant sa promulgation, des réactions contre le relâchement
général s'étaient fait jour.

Le premier mouvement de réforme en règle fut celui de la Selve


(près de Florence), de Géronde (Suisse) et de Mantoue (près de
Florence). De ces couvents qui prospèrent à cause de leur tendance
observante, Mantoue obtint en 1442 du pape Eugène IV la bulle
162

"Fama laudabilis", d'être une congrégation séparée, gouvernée par


un vicaire général et soumise au seul prieur général.
Page
Ces couvents adoptèrent certains principes, parmi lesquels la
limitation du mandat à deux ans, avec l'impossibilité d'être réélu
pendant une période de quatre ans entre chaque mandat, l'abolition
de tous les biens privés, et la démission de tous les postes
nécessitant de résider en dehors du couvent.

Cependant, la mitigation fut introduite vers 1465, et en 1783, le pape


Pie VI (1717 † 1775) l'incorpora définitivement à l'ordre des Grands
Carmes. Les derniers siècles, la réforme de Mantoue devient très
marginale et n'a vraiment été influente que durant ce siècle.

Par une bulle du pape Sixte IV datée du 11 novembre 1475, les


évêchés d'Avignon, de Carpentras, de Vaison et de Cavaillon sont
détachés de la métropole d'Arles afin de former la nouvelle province
ecclésiastique d'Avignon (en latin : Avenionensis Provincia).

Province détachée de celle d'Arles en 1475. Les sièges suffragants


sont Carpentras, Cavaillon et Vaison. Province supprimée en 1801
au profit de celle d'Aix-en-Provence. Province rétablie en 1822,
avec pour sièges suffragants Montpellier, Nîmes, Valence et
Viviers. Province supprimée en 2002 au profit de celle de
Marseille.

► BnF - Avenionensis Provincia - carte ici

À la fin de ce siècle, en 1499, un autre mouvement de réforme


naquit en France, la congrégation d'Albi commença par un réel coup
d'État. L'évêque de la ville, Louis d'Amboise, désireux de réformer le
couvent des Carmes, invita tous les religieux à un repas au palais
épiscopal.

Pendant ce temps, vingt-deux étudiants du collège parisien de


Montaigu occupaient le couvent. Aux invités du repas on ne laissa
que le choix d'embrasser la réforme ou de quitter le couvent.... sans
solde...

Cet événement n'est pas sans rappeler celui de 1658, où l'évêque de


Cavaillon, François II Hallier (en poste de 1657 au 23 juillet 1659),
fait expulser les frères de la communauté de Saint-Hilaire, et prend
possession du couvent. Après ce coup d'éclat, il sera remplacé dès
1659 par Richard de Sade.

Ci-dessous la supplique adressée en 1658 par les habitants de


Ménerbes au pape Alexandre VII (1599 † 1667), afin qu'il ordonne
l'expulsion des religieux de l'évêché de Cavaillon et le retour des
163

Carmes (c'est ce document qui est utilisé comme trame de fond de la


plaquette d'information de Saint-Hilaire) :
Page
Au cœur de ce siècle, parallèlement aux réformes à tendance
séparatiste, Jean Soreth (1394 † 1471), élu prieur général au
chapitre de 1451, entreprend un vaste mouvement de réforme en
valorisant les germes et les mouvements déjà existants.

Sa devise : "retour à la règle de saint Albert". Ses premiers décrets


s'élevèrent contre les privilèges et exemptions, causes majeures de
la décadence de l'ordre.

En 1362, les constitutions (explication et commentaire de la règle)


encore en vigueur qu'il remania furent approuvées en 1462 par le
chapitre général de Bruxelles. Elles insistent sur l'office divin, le vœu
de pauvreté, le silence et la solitude, la garde du couvent et de la
cellule, les études, le travail et les visites des supérieurs..... une
réécriture de la règle de saint Albert.

Cette réforme contestée dans certains couvents, provoquera le


départ de nombreux frères.

Son nom reste lié à la naissance des Carmélites qu'il fonde avec
Françoise d'Amboise (1427 † 1485), duchesse de Bretagne, qui fit
construire en 1463 à Vannes une maison pour accueillir neuf
religieuses arrivées de Liège (Flandres), le 2 novembre 1463, dont
164

elles partiront en 1792.


Page
Cet établissement dénommé Trois Maries (Marie-Cléophas, Marie-
Madeleine, Marie-Salomée), deviendra le premier carmel féminin en
France.

Jusqu'à la Révolution, la France comptera 6 monastères de Grandes


Carmélites (non réformées) :

• Vannes 1463 ;
• Nantes 1476 ;
• Rennes 1622 ;
• Ploermel 1627 ;
• Charleville - fondé vers 1620 ;
• Fumay 1633 ;

et 74 carmels réformés fondés à partir de 1604.

Les prieurs généraux suivants favoriseront un retour à une mitigation


de la règle avec l'aval des papes, Pie II (1405 † 1464), en date du 5
décembre 1459 et Sixte IV, le 29 novembre 1476, qui appliquèrent
aux Carmes les privilèges d'exemption dont jouissaient déjà les
autres ordres mendiants.
165

Cette situation de déliquescence perdura jusqu'à la désignation en


1523 par le pape Adrien IV (1459 † 1523), de Nicola Audet en
Page

qualité de vicaire général. Homme énergique, il organisa une


centralisation du gouvernement des différentes provinces tout en
veillant à la formation des frères. Pendant son généralat il fut
confronté aux réformes protestante et anglicane.

Jusqu'en 1484, date à laquelle la réforme de l'Église de France


devient l'objet d'un débat public impliquant laïcs et clercs, la question
de la réforme des cloîtres est restée une question cléricale et
monastique, débattue seulement dans le cadre confiné des chapitres
généraux des ordres religieux.

À la fin de ce siècle, les provinces françaises stagnent avec 90


maisons presque toutes fondées avant 1400. Jean Soreth a bien
essayé entre 1451 et sa mort en 1471 de réformer les Carmes, mais
en vain.

Les Carmes au XVIe siècle


166

Ce siècle se caractérise par la réforme. Confronté à une Église


corrompue, Martin Luther donne le coup d’envoi de la Réforme le 31
octobre 1517. Ses thèses se répandent rapidement en Europe du
Page

Nord. Zurich et Genève deviennent des foyers importants des


nouvelles idées, grâce à l’action de Huldrych Zwingli et de Jean
Calvin.

Pour appréhender le sens des réformes, il est indispensable de


comprendre l'origine des abus et des irrégularités qui les ont
nourries. Parmi ces abus, il faut citer l'absence de toute limitation
des mandats des supérieurs qui s'est avérée être l'une des difficultés
majeures de l'histoire du monachisme depuis son origine.

De même, participe de ces abus, le droit pour de nombreux religieux,


nonobstant leur vœu de pauvreté, à bénéficier de biens et revenus
issus d'héritages, de revenus acquis par leur travail, par
l'enseignement, les prédications, la copie de livres, l'acceptation de
postes honorifiques en dehors de l'ordre, etc.

Bien que tout ceci ait été réglementé par les constitutions, ces
situations seront à l'origine d'inégalités entre frères "riches" et
"pauvres".

À partir du milieu du XIVe siècle, les papes feront preuve de plus en


plus de magnificence dans l'octroi de privilèges pontificaux envers
ceux qui avaient payé une taxe à la chancellerie apostolique :
aumôneries, etc., dont les bénéficiaires n'avaient de cesse de
s'émanciper des règles de leur communauté et de leurs supérieurs.

Encore une fois, après la peste noire (1348) des milliers de bénéfices
sont devenus vacants, trop petits pour subvenir au train de vie de la
hiérarchie sacerdotale, ils étaient très recherchés par les religieux,
entre autres par les Carmes, qui, pour un service insignifiant, comme
la célébration de la Messe obtenaient un petit revenu acceptable par
ces temps difficiles.

D'autres encore étaient habilités à servir de hauts ecclésiastiques ou


laïcs, à servir comme aumôniers à bord d'un navire, ou pour occuper
le poste d'organiste dans les églises paroissiales. Toutes ces
exceptions ont eu pour effet de relâcher les liens de la pratique
religieuse, tout en favorisant des sentiments de jalousie entre les
frères qui disposaient de privilèges et ceux qui en étaient dépourvus.

Enfin, les couvents qui pour des raisons diverses ne regroupaient


qu'une très petite communauté de frères, étaient particulièrement
exposés au laxisme en matière d'observance de la règle.

Créée en 1499, la Réforme d'Albi sera approuvée en 1513 comme


congrégation d'Observance, mais elle sera supprimée en 1584 par le
pape Grégoire XII. Le couvent des Carmes de la place Maubert à
Paris, "studium" général érigé en 1309 grâce aux libéralités de
Philippe-Le-Bel, s'était associé à cette réforme.
167
Page
En affichant ses 95 thèses contre les indulgences sur les portes du
château de Wittenberg, Martin Luther veut non seulement corriger
les abus de l'Église catholique, mais aussi sa doctrine. Il veut
supprimer ou corriger tout ce qui est contraire aux enseignements du
Nouveau Testament et réformer profondément l'Église existante.
Parce que le pape Léon X refuse de l'entendre et l'excommunie, il se
résigne à une rupture qu'il n'a pas souhaitée.

168

Ainsi naît une nouvelle Église qui en Allemagne se nomme Église


évangélique, car elle se veut un retour à l'Évangile.
Page
La nouvelle doctrine est résumée dans les deux catéchismes de
Luther de 1529 et dans la confession d'Augsbourg, qui est l'œuvre de
son collaborateur Philippe Melanchton.

La messe est profondément modifiée. Elle est célébrée en allemand


et non plus en latin reposant sur :

• la prédication de l'Évangile ;
• le chant des cantiques (Luther en compose plusieurs) ;
• la cène ou communion, sous les deux espèces : pain et vin ;
• il n'y a plus de culte de la Vierge, des saints ou des morts.

Dans l'empire germanique, la Réforme luthérienne se répand au nord


de l'Allemagne dans les états des princes qui l'adoptent et dans de
nombreuses villes. Elle se répand aussi en Angleterre, au Danemark
et en Norvège, ainsi qu'en Suède, où se constituent de véritables
Églises nationales, sous l'impulsion des souverains.

Dans ces pays, comme en Écosse et en Irlande, le nombre des


Carmes qui quittèrent l'ordre fut tel qu'il entraîna la disparition
progressive de six provinces, et la fermeture d'environ 120 couvents.

Sans le vouloir, des Carmes avaient eux-mêmes contribué à ce


mouvement de Réforme : dès 1254, Jean de Parme attaquait le pape
dans son Évangile éternel, relayé par la suite par Nicolas de
Narbonne qui dénonça les vices de la hiérarchie sacerdotale, et par
Paul Helie, théologien au carmel de Copenhague.

Carmes mitigés et Carmes observantins - (1517)

La rénovation va venir d'individus étrangers à l'ordre. Louis


d'Amboise l'Ancien demande à un Dominicain, Durand de Fraccinis,
de voir si la congrégation de Mantoue, forte de 80 maisons, ne
pourrait pas prêter quelques frères italiens experts pour réformer
leurs coreligionnaires français.

Or, les réformes (et notamment celles de Mantoue) étaient limitées à


des aires socio-géographiques spécifiques incompatibles celles
existantes en France. En s'adressant aux Carmes de la réforme de
Mantoue, Louis d'Amboise ne pouvait qu'obtenir un échec.

Ne pouvant compter sur l'aide étrangère, Louis d'Amboise se tourne


alors vers Jean Standonck (? † 1503), singulier personnage qui, se
169

souvenant des privations de sa laborieuse enfance, sembla vouloir


les faire expier par ses élèves du collège de Montaigu* à Paris, qui lui
procure 26 étudiants.
Page
* Quelques années après, Érasme (1469 † 1536), Ignace de Loyola
(1491 † 1556), et Jean Calvin (1509 † 1564), allaient personnifier le
mouvement réformateur qui s'étendait en Europe.

Portrait d'Érasme – copie autographe.

Envoyés à Albi, ils sont formés aux usages carmélitains par Éloi Denis
avec une efficacité confondante. Un mois plus tard 23 font profession
avec l'accord du provincial d'Aquitaine. C'est l'embryon d'une milice
réformée qui déploie bientôt son énergie à Melun, Paris et Rouen.
Ces maisons plus celle d'Albi constituent alors la congrégation d'Albi
en 1502.

Cette adaptation de la Formule de Vie établie par saint Albert,


notamment de l'abandon du principe de pauvreté collective, est à
170

l'origine en 1517 d'une scission entre les "Observantins" qui


observent la règle originelle de saint Albert et les "Conventuels ou
Page
Mitigés" qui observent les préceptes de la règle mitigée par les
papes.

La branche des Carmélites après avoir été réformée à l'idéal primitif


de l'ordre par sainte Thérèse d'Avila (1515 † 1582 - infos), fut
approuvée par le pape Pie IV (1499 † 1565) en 1562 (fondation du
premier monastère des Carmélites déchaussées - les déchaussées,
les déchaussés ou les déchaux observent strictement la règle
originelle de saint Albert).

Pour agrandir le document, cliquez ici


171
Page
Carmes déchaux ou déchaussés - (1593)

Les Carmes déchaux ainsi appelés parce qu'ils portaient des sandales
(les alpargates sont portées par les carmélites), sont issus de la
réforme des Carmes mise en œuvre en 1562 par sainte Thérèse
d'Avila et Jean de la Croix (1542 † 1591).

Sainte Thérèse par Gian Lorenzo Bernini, Santa Maria della Vittoria, Rome.
172
Page
Portrait de saint Jean de la Croix.

En 1567, lors de sa visite à Avila, le prieur général Rubéo de


173

Ravenne apporta à sainte Thérèse d'Avila l'approbation de son


œuvre et lui donna des patentes, qui lui permirent d'entreprendre de
nouvelles fondations de Carmélites. Quant à l'érection de couvents
Page

de Carmes déchaux, le Père de l'ordre se montra plus hésitant.


Face à l'insistance de sainte Thérèse, il donna en août 1567 licence
pour la fondation de deux couvents de Carmes "contemplatifs" (le
terme déchaux n'est pas utilisé), qui devront rester perpétuellement
soumis à l'obédience de la province de Castille et soumis aux
constitutions de l'ordre, données par le bienheureux Jean Soreth et
confirmées par le père Nicolas Audet.

Dès l'année 1573, les Déchaux passent outre l'interdiction de


s'implanter en dehors de la province de Castille en fondant un
couvent en Andalousie.

Le conflit initié en 1573 entre Chaussés et Déchaux sera finalement


tranché par le pape Grégoire XIII qui répondit à une requête du roi
Philippe II d'Espagne (1527 † 1598) par le bref du 22 juin 1580, qui
séparait Déchaux et Chaussés, soumettant ceux-là immédiatement
au général de l'ordre, qui était alors Jean-Baptiste Caffardo, tout en
confirmant l'érection définitive des Déchaux en province séparée.

Au premier chapitre provincial des Déchaux, tenu en mars 1581 à


Alcalá, Gérôme-Gratien fut élu provincial. Après l'expiration de sa
charge il invite, lors du chapitre de Lisbonne de 1585, le P. Nicolas
de Jésus-Marie Doria à lui succéder. Ce Gênois despotique qui
mettait l'accent sur l'observance régulière avait pour dessein l'entière
séparation des Déchaux d'avec les Chaussés.

Le 10 juillet 1587, il obtient un bref érigeant les Déchaux en


congrégation indépendante au sein de l'ordre, soumise
immédiatement au général ; elle sera gouvernée par un vicaire
général, auquel sont conférés les plus amples pouvoirs.

Après avoir éliminé ses opposants, il fit présenter au chapitre général


des Carmes tenu à Crémone en 1593, une supplique par laquelle il
demandait "pour le bien de la paix, de la tranquillité et de
l'augmentation de tout l'ordre, comme de la congrégation [des
Déchaux]", la séparation totale d'avec l'ordre de l'antique
observance. Les Déchaux formeraient désormais un ordre
indépendant.

Le chapitre répondit à cette requête par un vote favorable, confirmé


le 20 décembre 1593 par le pape Clément VIII dans la bulle
Pastoralis officii, qui par ailleurs élèvera Doria au titre de premier
préposé général des Carmes déchaux.
174
Page

Armes de Clément VIII.


Alors que Doria avait clairement précisé que la réforme thérésienne
ne devait pas s'étendre au-delà de l'Espagne, il autorisa en 1584
l'érection d'un couvent Déchaux à Gênes, qui par la suite fut sollicité
pour établir une fondation à Rome, ce qui provoqua le refus de la
congrégation d'Espagne. Le pape Clément VIII intervint par le motu
proprio du 20 mars 1597, par lequel il séparait les Déchaux de Gênes
et de Rome de ceux d'Espagne.

En 1592, Thomas de Jésus (1568 † 1624), carme déchaussé


espagnol, créé le premier "désert" : il y en aura jusqu'à vingt-deux ;
il s'agit de maisons de retraite, où les religieux peuvent venir se
retremper dans une vie purement contemplative.

Mais de nombreux couvents avaient dans leurs bois, des cellules


séparées et éloignées d’environ trois ou quatre cents pas, dans
lesquelles, un certain temps de l’année, on permet aux religieux de
se retirer les uns après les autres pour y vivre dans une plus grande
solitude et une plus grande abstinence.

Ils participaient de loin à la vie communautaire grâce à une petite


cloche avec laquelle ils répondaient à celle de l’église, pour avertir
[qu’ils allaient] s’unir avec leurs frères, dire les offices aux mêmes
heures, faire avec eux leurs méditations, et prendre part aux
exercices de la communauté.
175

La durée du séjour était ordinairement de trois semaines, sauf pour


ceux qui célébraient le Carême. Les dimanches et jours de fête, les
Page

anachorètes devaient se rendre au monastère pour y participer aux


exercices communs. Après vêpres, ils retournaient dans leurs
ermitages.

Le XVIe siècle est l'un des plus difficiles de l'histoire des Carmes dans
le royaume de France et dans la chrétienté en général. Durant ce
que l'on nomme les Guerres de religions, de nombreux couvents
furent détruits et les religieux chassés, voire exécutés.

Mais cette fin de siècle marque aussi le début des premières


missions, où, dès 1584, des Carmes accompagnant des
conquistadores portugais, établissent à Olinda, dans l'extrême nord
du Brésil, le premier couvent du Nouveau Monde.

No século XVI (1580) chegaram ao Brasil os primeiros padres


carmelitas, desembarcando do navio Frutuoso Barbosa, na cidade
de Olinda - PE. Chefiando-os estava o Padre frei Domingos Freire,
pioneiro da Ordem Carmelita no Brasil.

Ordres de Saint Maurice & Saint Lazare de Jérusalem*


(* Futur ordre royal militaire de Notre-Dame de Mont-Carmel en 1607)

À l'origine, les premiers Lazaristes de l’ordre de Saint Lazare de


Jérusalem sont des frères hospitaliers s’occupant en Palestine de
l'hospitalité des pèlerins et des lépreux.

Lorsque les Sarrasins se furent rendus maîtres de la Terre sainte, les


176

chevaliers de cet ordre se retirèrent en France, où le roi Louis VII


(1120 † 1180) leur donna, en 1137, une maison à Boigny, commune
près d'Orléans, et la maison de saint Lazare près de Paris.
Page
Le sort de l’ordre de Saint Lazare ne fut pas aussi heureux en Italie,
où Pie IV (1499 † 1565, 224e pape) et Pie V (1504 † 1572, 225e
pape), conférèrent la grande maîtrise à Janot de Castillon par leurs
bulles de 1565 et 1566, tout en transférant le siège à Capoue, dans
le sud de l’italie.

En 1489, les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem obtinrent du


pape Innocent VIII (1432 † 1492, 213e pape) une bulle qui
supprimait l'ordre de Saint Lazare, et l'unissait à leur ordre, ce qui
donna lieu à un procès par lequel, en 1547, le grand maître de Boigni
fut maintenu dans le droit de conférer à ses chevaliers toutes les
commanderies de l'ordre.

Après le décès de Janot de Castillon, Grégoire XIII (1502 † 1585,


226e pape) accorda la grande maîtrise à Philibert Emmanuel, Duc de
Savoie, qui rétablit l'ordre de Saint Maurice, et l’unifia en 1572, à
l’ordre de Saint Lazare.

Un des principaux privilèges accordés à l’ordre de Saint Lazare en


1565 par la bulle de Pie IV (1499 † 1565, 224 e pape) était que le
grand maître et les chevaliers laïques pouvaient se marier et avoir
une ou plusieurs pensions annuelles sur des bénéfices consistoriaux
quoique mariés.

En 1575, François Salviati réunit un chapitre général pour adresser


les protestations nécessaires contre cette entreprise, de sorte que
l’ordre de Saint Lazare se trouva de fait divisé et gouverné par deux
grands maîtres, le Duc de Savoie jouissant des commanderies
d’Italie, et le grand maître de Boigni conservant son autorité sur
celles de France.

► BnF ici

Lazare de Béthanie est essentiellement connu par un récit de


l'Évangile selon Jean (chapitre 11) selon lequel Lazare, mort depuis
quatre jours et mis dans un sépulcre, serait sorti vivant de la tombe
sur l'ordre de Jésus.
177
Page

Pour agrandir le document, cliquez ici


Tenues des Chevaliers

► Gravures de tenues pages 55 à 60 ici

Les Carmes au XVIIe siècle

Ce siècle se caractérise par le renouveau catholique. Au XVIe siècle,


les catholiques ne sont pas restés inactifs face à la Réforme. Le
concile de Trente a enfin pris les mesures qui s’imposaient pour
revitaliser une Église en perte de vitesse. Les fruits de cette réforme
s’épanouissent au XVIIe siècle. Le renouveau touche tous les aspects
178

de la vie religieuse.
Page

► Origines de la réforme des Carmes en France ici


La reconstitution des deux ordres du Carmel français se poursuivra
durant tout ce siècle où, en 1600, il ne reste que 102 couvents et
peut être moins de 2.000 frères.

Le 13 novembre 1600, le pape Clément VIII (1536 † 1605) divisa


l'ordre des Déchaux en deux congrégations autonomes : celle
d'Espagne, dédiée à saint Joseph, dont l'expansion géographique
était limitée à ce pays le Portugal, le Mexique et à ses colonies, et
celle d'Italie, dédiée à saint Élie, qui avait, quant à elle, la possibilité
de fonder de nouveaux monastères dans le reste du monde.

En octobre 1604, après six mois de pourparlers, création à Paris du


premier Carmel thérésien composé de six moniales espagnoles, dont
la converse Anne de Saint-Barthélemy, compagne de sainte Thérèse.
Il faudra attendre l'année 1608 pour que des Carmes déchaux
s'installent à un pont de la France lorsqu'ils s'installèrent en Avignon,
qui était alors territoire pontifical.

La congrégation des Carmes déchaux d'Italie obtint en 1610 la


permission du roi Henri IV (assassiné le 14 mai 1610), de fonder des
couvents en France. Les trois premiers établissements : celui de la
rue de Vaugirard à Paris et de Nancy furent ouverts en 1611, et celui
de Charenton en 1617.

Mais le fait marquant de ce siècle est l’émergence des mouvements


de réforme qui naquirent en plusieurs pays, dont le plus important
prit son origine en France, dans la province de Touraine. Initié chez
les Grands Carmes (Carmes chaussés - ancienne observance), par
Pierre Behourt, Louis Charpentier et Philippe Thibault.

En 1603, à la demande du roi Henri IV, Henri Sylvius, général de


l'ordre des Chaussés, se rendit en France, afin d'entreprendre avec
Philippe Thibault la réforme de la province de Touraine.

► Les débuts de la réforme Tourangelle ici

Le 20 juin 1604, au chapitre provincial de Nantes, il publia les statuts


de la réforme qui entendaient favoriser la vie intérieure et renouer
avec la tradition ancienne de l'ordre, mais à côté de la Vierge, sous le
patronage de laquelle les Carmes avaient vécu depuis l'origine, saint
Joseph figure maintenant au premier plan avec l'une des grandes
personnalités de la Réforme catholique, saint Charles Borromée
(1538 † 1584), cardinal et archevêque de Milan, appelé le modèle
des évêques.
179

► Charles-Borromée ici
Page
Charles Borromée, cardinal et archevêque de Milan.

Vers le milieu du siècle, toutes les provinces françaises avaient


adopté la réforme qui gagna les maisons de Belgique vers 1624, la
Flandre, puis l'Allemagne.

Les constitutions de la réforme de Touraine furent fixées


définitivement lors de la congrégation d'Orléans de 1635. En 1645,
lors du chapitre général tenu à Rome, le provincial de Touraine, Léon
de Saint-Jean, fut nommé membre du comité qui remania ces
constitutions en vue de les faire adopter par tous les couvents
réformés de l'ordre des Grands Carmes.

► S-M Bouchereaux – La réforme des Carmes en France ici

► Vie du V.F. Jean de Saint-Samson, C.D. ici


180
Page
Cette œuvre est le premier grand tableau parvenu en France de
Guido Reni (1575 † 1642). Commandé vers 1624-1627 par Marie de
Médicis qui l'offrira au couvent des Carmélites de la rue Saint-
Jacques.

En 1638, lors du 12e chapitre général des Carmes déchaux, célébré à


Rome, la France ne compte que 2 provinces de Carmes déchaux
régulièrement érigées :
181

• la province d'Avignon – 1635 ;


• la province de Paris - 1635.
Page
La province d'Aquitaine sera fondée en 1641 et celle de Bourgogne
en 1653.

L'armorial des Carmes de 1698 donne comme blason : "de sable mantelé arrondi
d'argent, à trois étoiles, deux en chef et une en pointe de l'un en l'autre".

Ordres de Notre-Dame de Mont-Carmel


& Saint Lazare de Jérusalem

En 1603, le Saint-Siège supprime l'ordre de Saint Lazare de


Jérusalem fondé en 1098, mais Henri IV (1553 † 1610) maintient la
branche française installée à Boigny.
182

Il a subsisté de cette manière jusqu’en 1604, date à laquelle Jean


Gayan se démit de sa propre initiative de sa charge de grand maître
Page
de l’ordre. Henri IV le remplacer par Philibert de Nerestang (? †
1612), l'un des plus grands hommes de guerre de son temps.

En 1607, Henri IV institue l'ordre militaire de Notre-Dame de Mont-


Carmel.

À l’imitation du Duc de Savoie, Henri IV unit en 1608 l’ordre de Saint


Lazare à l'ordre militaire de Notre-Dame de Mont-Carmel qu’il avait
institué pour cent gentilshommes français, distingués par maisons,
emplois, leurs services, et dont il donna la grande maîtrise, le 30
octobre, 1608, à ce même Philibert de Nerestang.

1695, prestation de serment de Philippe de Courcillon ici

Les Carmes au XVIIIe siècle

Ce siècle se caractérise par la raison contre la foi. La philosophie des


Lumières affirme le primat de la raison sur la foi. Le christianisme est
réduit à ses principes éthiques, la Révélation niée. Cette
sécularisation de la pensée entraîne une déchristianisation générale,
183

qui s’essoufflera à la fin du siècle.

Alors que l'émir Ahmed Turabay avait accordé le 29 novembre 1631,


Page

au Carme déchaux Prosper du Saint-Esprit (Martin Garayzabal),


l'autorisation de reconstruire un couvent sur le mont Carmel, cette
maison fut en butte à la persécution des Arabes, puis à celle des
Turcs qui la rasèrent après que Bonaparte eut quitté Saint-Jean-
d'Acre en 1799.

Le Carme déchaux Jean-Baptiste de Saint Alexis (Bertoldo Antonio


Gioberti), reprend sa reconstruction de 1767 à 1774.

Le déclin

Siècle de décadence pour les abbayes, le XVIIIe siècle voit aussi


décliner nombre de couvents, du fait de la baisse des vocations et de
la diminution des revenus qui garantissent leur fonctionnement. Le
mouvement n'épargne pas même les congrégations enseignantes,
puisque les Jésuites sont expulsés du royaume à la fin du règne de
Louis XV.

Au cours de l'année 1799, Bonaparte lors de sa campagne d'Égypte


débarque en Palestine, après deux mois de siège inutile de Saint-
Jean-d'Acre, il abandonne dans le couvent du mont Carmel
transformé en hôpital 2.000 blessés et les malades de son armée qui
y seront massacrés.

Croquis du siège de Saint-Jean-d'Acre tracé par Napoléon à Saint-Hélène, pendant


qu'il dictait ses mémoires. Pour consulter le document, cliquez ici

En 1765, en France, on ne comptait plus que 900 Grands Carmes


répartis dans 133 couvents, alors que les Carmes déchaux sont
environ 600, répartis dans environ 60 couvents.
184
Page
L'effondrement

Les députés aux États généraux de 1789, clergé, noblesse et tiers


état, désiraient tous une réforme des institutions ecclésiastiques.

Entraînés par la révolte urbaine, les paysans se révoltent dans tout le


royaume. Cela contraint l'Assemblée nationale Constituante (ex-États
généraux), à abolir par décret les privilèges dans la nuit du 4 août
1789, ce décret est ratifié la même nuit par le roi Louis XVI.

À l'automne 1789, le principal problème qui se pose à la Nation


concerne l'effondrement de ses recettes fiscales. En janvier 1790, les
recettes seront de 15 millions par mois, les dépenses de 70 millions.

Le 10 Octobre 1789, Après l'échec de deux emprunts, Talleyrand


185

propose de recourir à des moyens révolutionnaires : la


nationalisation des biens du clergé évalués à deux milliards de livres
(un louis d'or valait 24 livres), et représentaient environ 12% du
Page

territoire. En contrepartie, la prise en charge salariale des


ecclésiastiques et la détermination du nombre total de ceux-ci seront
définies par la Nation.

Cette proposition sera âprement débattue trois semaines durant.


Reformulée par Mirabeau, elle sera votée le 2 novembre 1789, les
députés déclarant par 568 voix contre 346 et 40 abstentions :

1° que tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la


Nation, à la charge de pourvoir, d'une manière convenable, aux frais
du culte et à l'entretien des pauvres ;

2° que, dans les dispositions à faire pour subvenir à l'entretien des


ministres de la religion, il ne pourra être assuré aux dotations des
curés moins de 1.200 livres par année, non compris le jardin et
dépendances.

Pour transformer ces biens en liquidités exploitables par la Nation, la


loi du 19 décembre 1789 dispose que des assignats gagés sur les
biens de l'Église seront émis par la Nation.

Pour accélérer et faciliter la vente, le 17 mars 1790, il est décidé le


transfert de ces biens aux municipalités qui devront en assurer la
vente. Les 16 et 17 avril 1790, un décret donne aux assignats valeur
de monnaie.

► Décret des 16 et 17 avril 1790 ici

Jean-Marc Moriceau, dans sa préface de l'ouvrage "l'événement le


186

plus important de la Révolution : la vente des biens nationaux" de


Bernard Bodinier et d’Éric Tessier, dresse un constat remarquable, la
vente des biens nationaux, "constitua [ ...] depuis le XIIIe siècle au
Page

moins, le plus vaste mouvement de transfert foncier et immobilier


qu'ait connu la France, en valeur de capital, en importance sociale,
psychologique et politique".

► Les assignats ici

► Analyse juridique de la vente des biens nationaux


dans le département des Bouches-du-Rhône (1789-1799) ici

Le 12 juillet 1789, vote de la constitution civile du clergé ; création


de 83 diocèses (un par départements), les évêques et les curés sont
élus par les fidèles constitués en corps électoraux locaux.

Le décret sur l'abolition des vœux monastiques du 13 février 1790,


supprime les deux tiers du clergé de cette époque, soit 100.000
membres considérés comme "non utiles" car n'étant pas rattachés à
une paroisse (à cette date la France compte 26 millions d'habitants).

Le 18 août 1790, l'Assemblée constituante supprime les


congrégations religieuses à vœux solennels.

Dans l’espoir de réconcilier la France, ou ce qu’il en reste, après la


politique intransigeante de la Constitution civile du Clergé, la
Convention nationale adopte le décret du 3 ventôse An III (21
février 1795), lequel rétablit la liberté des cultes et confirme la
séparation définitive des Églises et de l’État.

La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de ses


comités de salut public, de sûreté générale et de législation,
187

réunis, décrète :
Page
Art. Ier Conformément à l’article VII de la déclaration des droits de
l’homme, et à l’art. CXXII de la constitution, l’exercice d’aucun
culte ne peut être troublé.

II. La République n’en salarie aucun.

III. Elle ne fournit aucun local, ni pour l’exercice du culte, ni pour


le logement des ministres.

IV. Les cérémonies de tout culte sont interdites hors de l’enceinte


choisie pour leur exercice.

V. La loi ne reconnaît aucun ministre de culte : nul ne peut


paraître en public avec les habits, ornements ou costumes
affectés à des cérémonies religieuses.

VI. Tout rassemblement de citoyens pour l’exercice d’un culte


quelconque, est soumis à la surveillance des autorités
constituées. Cette surveillance se renferme dans des mesures de
police et de sûreté publique.

VII. Aucun signe particulier à un culte ne peut être placé dans un


lieu public, ni extérieurement, de quelque manière que ce soit.
Aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté.
Aucune proclamation ni convocation publique ne peut être faite
pour y inviter les citoyens.

VIII. Les communes ou sections de commune, en nom collectif,


ne pourront acquérir ni louer de local pour l’exercice des cultes.

IX. Il ne peut être formé aucune dotation perpétuelle ou viagère,


ni établi aucune taxe pour en acquitter les dépenses.

X. Quiconque troublerait par violence les cérémonies d’un culte


quelconque, ou en outragerait les objets, sera puni suivant la loi
du 22 juillet 1791 sur la police correctionnelle.

XI. Il n’est point dérogé à la loi du 2 des sans-culottides,


deuxième année, sur les pensions ecclésiastiques, et les
dispositions en seront exécutées suivant leur forme et teneur.

XII. Tout décret dont les dispositions seraient contraires à la


présente loi, est rapporté ; et tout arrêté opposé à la présente loi,
pris par les représentants du peuple dans les départements, est
annulé.

La paix religieuse aura lieu sous le Consulat à la suite de la


signature avec le Saint-Siège du Concordat du 15 juillet 1801. Si
188

celui-ci sera conservé en partie sous la Restauration, la religion


catholique redevient tout de même celle de la France.
Page

C’est ainsi que le divorce, adopté le 20 septembre 1792.


Il y aura pourtant durant ce siècle trois Prieurs généraux français
dont le dernier est Frère André Audras qui assurera la fonction en
1780 et 1788.

Il faudra attendre 1840 pour que les Carmes déchaux se rétablissent


en France, et 1989 pour les Grands Carmes.

Ordres de Notre-Dame de Mont-Carmel


& Saint Lazare de Jérusalem

► BnF : Règlement du 15 juin 1757 ici

En 1792, la Révolution française confisque les biens français de


l'ordre de Saint Lazare et supprime l'ordre de Notre-Dame de Mont-
189

Carmel, qui, dans les faits, ne sera supprimé qu'à la Révolution de


juillet 1830.
Page
Aujourd'hui, l'ordre de Saint Lazare est constitué en France sous
forme d'association régie par la loi du 1er juillet 1901, portant le nom
d' "Association Française de l'Ordre Militaire et Hospitalier de Saint-
Lazare de Jérusalem".

Les Carmes au XIXe siècle

Ce siècle se caractérise par le choc de la modernité. La sécularisation


avance, la société occidentale entre dans la modernité. Les
découvertes scientifiques et la philosophie évacuent Dieu du monde
et de la pensée. Tandis que les protestants essaient de concilier ce
monde nouveau avec le christianisme, les catholiques se replient sur
le passé.

Le divorce, adopté le 20 septembre 1792 sera aboli suite à la loi


Bonald du 8 mai 1816. Il faudra attendre la loi Naquet du 27
juillet 1884 pour réintroduire en France la possibilité de divorcer.

Après la mort de Louis XVIII (1824), l’avènement de son frère


Charles X, lequel est beaucoup plus réactionnaire, légiférera en
matière pénale pour consacrer à nouveau le blasphème ou encore
le sacrilège.

La renaissance en France est difficile, l'ordre des Carmes déchaux est


refondé en 1840, au Broussey près de Bordeaux, par le père
Dominique de St Joseph, Carme déchaux espagnol ; il assumera la
charge de Supérieur Général de l’ordre, à Rome, de 1865 à 1870.

Carmélites et Carmes à Haïfa

La Basilique Stella Maris


Carmes déchaux - O.C.D.

Après la reconstruction du couvent sur le mont Carmel (1767 à 1774)


190

par le Carme déchaux Jean-Baptiste de Saint Alexis (Bertoldo Antonio


Gioberti), l'église et le monastère furent dynamités en 1821 par
'Abdu'Illah Pascha et reconstruit de 1827 à 1836 grâce à des dons et
Page
des aumônes recueillis dans toute l'Europe, par le Carme déchaux
Jean-Baptiste du très Saint Sacrement (Charles Casini).

Le complexe actuel, construit à environ 4 km du site qui est le


berceau de l'ordre de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel :
"Wadi Siach" est communément appelé "Stella Maris", d'après le nom
du phare voisin construit en 1867.

► Diaporama Flickr de Stella Maris ici

Le monastère Notre-Dame du mont Carmel


Carmélites

Ce monastère a été fondé grâce aux sœurs sœurs Marie et Berthe de


Causans, carmélites en Avignon (Sœur Marie du Sacré-Cœur et Sœur
Marie de Jésus-Hostie), après s'être portées volontaires en 1873 pour
fonder une nouvelle maison en Terre Sainte alors sous autorité
ottomane.
191

Après avoir reçu de leur ordre, du Saint-Siège et du patriarcat latin


de Jérusalem l'autorisation de s'y installer en 1880, la première
pierre sera posée en 1888... Après quatre années de travaux, les
Page
fondatrices prennent possession de leur monastère le 1 er janvier
1892, avec Mère Marie du Sacré-Cœur comme prieure.

Les Carmes au XXe siècle

Ce siècle se caractérise par le temps de l'œcuménisme. Le recul


manque aux historiens pour faire le tri des événements, des idées et
des tendances profondes qui ont marqué l’histoire du christianisme
de ce dernier siècle. Mais on peut d’ores et déjà parier qu’ils
retiendront l’avènement de l’œcuménisme comme un phénomène
majeur, même si ce mouvement n’a pas encore donné tous ses
fruits.

Une fois la Monarchie rejetée et la IIIe République stabilisée, un


vent de laïcisation soufflera sur la France sous l’impulsion de la
franc-maçonnerie.

La loi du 9 décembre 1905 sépare à nouveau, près de 110 ans


après la Convention thermidorienne, les Églises et l’État ce qui
n’empêche nullement ce dernier, malgré les dispositions pourtant
claires de son article 2, de pouvoir financer certains monuments
cultuels assimilés par la jurisprudence administrative, en raison
d’un intérêt local, à des monuments culturels.

192
Page

Pour agrandir le document, cliquez ici


Depuis la réforme du XVIe siècle la tradition du Carmel comporte
quatre branches distinctes :

• Grands Carmes (ou mitigés) et Carmélites chaussés qui suivent la


règle adoucie par les papes Innocent IV, Eugène IV et Pie II.

• Carmes et Carmélites déchaux (ou de la stricte observance) qui


suivent la réforme introduite en 1562.

Le nouveau monastère Notre-Dame du mont Carmel


(Haïfa)

Le site occupé en 1892 s'étant avéré insalubre, un nouveau bâtiment


sera construit en 1936 sur les hauteurs de la ville. Aujourd'hui, la
communauté compte une vingtaine de sœurs de nationalités
différentes et des quatre continents.

► Site Internet des Carmélites de Terre Sainte ici

► Site du monastère Notre-Dame du Mont-Carmel ici


193
Page
Photo offerte par les sœurs du monastère Notre-Dame du mont Carmel.

Le monastère Notre-Dame du Mont Carmel est situé dans le quartier


French Carmel – adresse :
Carmelite Sisters
Rehov Tchernikovski, 2
P.O.B. 9090
31090 Haïfa - Israël

Les ordres et congrégations présents en Provence

Les ordres masculins


194

• Les Grands Augustins (1323-1789) - règle de saint Augustin


• Les Augustins réformés - 1585 (XVIIe-XVIIIe siècle) règle de saint
Page

Augustin
• Les Capucins (XVIe-XVIIIe siècle) règle de saint François
• Les Carmes déchaussés (XVIIe-XVIIIe siècle) règle de saint Albert
de 1209
• Les Chartreux (XIIe siècle) règle mixte : saint Benoît et saint
Augustin + usages de Guigues
• Les Frères Mineurs ou Franciscains (XVIIe-XVIIe siècle) règle de
saint François
• Les Doctrinaires (XVIIe-XVIIIe siècle)
• Les Dominicains - 1215 (XIIIe-XVIIIe siècle) règle de saint Basile
• Les Feuillants "Cisterciens" (XIIIe-XVIIIe siècle)
• Les Grands Carmes (XVIIIe siècle) règle de saint Albert (1209)
• Les Jésuites (XVIe-XVIIIe siècle) livre des "Exercices spirituels"
d'Ignace de Loyola
• Les Minimes (XVIe-XVIIIe siècle) règle de saint François
• Les Observantins (XVIe-XVIIIe siècle) règle de saint François
• Les Oratoriens (XVIe-XVIIIe siècle) règle de saint Augustin
• Frères des Sacrés-Cœurs de Picpus (fin XVIIIe siècle) règle de
saint François
• Les Prêtres du Saint-Sacrement dits Saint-Hommebon (XVIIIe
siècle)
• Les Récollets d'Aix (XVIe-XVIIIe siècle) règle de saint François
• Les Servites (XVIe-XVIIIe siècle) règle de saint Augustin
• Les Trinitaires réformés (XIIIe-XVIIIe siècle)

Les ordres féminins

• Les Augustines de Sainte-Paule (1267-1523) règle de saint


Augustin
• Les Augustines hospitalières (années 1770-1783) règle de saint
Augustin
• Les Béguines de Roubaud (1280-1414) règle de saint Augustin
• Les Bénédictines de la Celle (1745-1786) règle de saint Benoît
• Les Bernardines (1612-1789) règle de saint Benoît
• Les Capucines (1620-1782) règle de saint François
• Les Carmélites (1562-1790) règle de saint Albert (1209)
• Les Clarisses (1255-1789) règle de saint François
• Les Dominicaines (XVIIe-XVIIIe siècle) règle de saint Augustin
• Les Lyonnaises ou sœurs de Sainte-Élisabeth (1653-1790)
• Les Présentines (1636-1789)
• Les Récollettes (1639-XVIIIe siècle) règle de saint François
• Les Sœurs de Notre-Dame de la Miséricorde (XVIIe-XVIIIe siècle)
• Les Sœurs du Refuge (XVIIe-XVIIIe siècle)
• Les Sœurs du Saint-Sacrement (1694-1788)
195

• Les Ursulines (1600-1792) règle de saint Augustin


• Les Visitandines ( ? -1792) règle de saint Augustin
Page
Pour écouter le CD, cliquez ici

"Marie, Fleur du Carmel" CD de musique de liturgie carmélitaine.


Chœur des Moniales de Pécs - Hongrie.
Cet album (JADE) a reçu en novembre 2012 le Prix Musique Spirituelle.
La Procure / Pèlerin.

Chant choral

Anonyme (XIIIe siècle ?)


Flos Carmeli

The Flos Carmeli is a Marian Catholic hymn and prayer. Flos


carmeli literally means "Flower of Carmel". In the Carmelite Rite
this hymn was the sequence for the Feast of St. Simon Stock,
and, since 1663, for the Feast of Our Lady of Mt Carmel. It is said
to have been written by St. Simon Stock himself (c1165 - 1265).
The prayer is taken from the first two stanzas of the hymn.

Flos Carmeli, vitis florigera, splendor caeli, virgo puerpera


singularis.
196

Mater mitis sed viri nescia Carmelitis esto propitia stella maris.
Page
Radix Iesse germinans flosculum nos ad esse tecum in saeculum
patiaris.

Inter spinas quae crescis lilium serva puras mentes fragilium


tutelaris.

Armatura fortis pugnantium furunt bella tende praesidium


scapularis.

Per incerta prudens consilium per adversa iuge solatium largiaris.

Mater dulcis Carmeli domina, plebem tuam reple laetitia qua


bearis.

Paradisi clavis et ianua, fac nos duci quo, Mater, gloria coronaris.
Amen. (Alleluia.)

Pour ouvrir la vidéo, cliquez ici

Bartolino da Padova O.Carm (1365-1405)


Imperiale sedendo fra più stelle - Madrigal

Bartolino da Padova (also "Magister Frater Bartolinus de Padua")


(fl. ca. 1365 – ca. 1405) was an Italian composer of the late 14th
century. He is a representative of the stylistic period known as
the Trecento, sometimes known as the "Italian ars nova", the
197

transitional period between medieval and Renaissance music in


Italy (infos).
Page
Mateo Flecha "El Viejo" O.Carm (1481-1553)
Texte de Pétrarque - Madrigal

Mateo Flecha ou Mateu Fletxa (Prades, 1481-1553) est un


compositeur du Royaume d'Aragon surtout connu pour ses
ensaladas. Il est parfois connu comme "El Viejo" (l'aîné) pour le
distinguer de son neveu, Mateo Flecha "El Joven" (le jeune),
également compositeur de madrigaux (infos).

Madrigal con texto de Petrarca de Mateo Flecha el joven Si breve


e`l tempo, interpretan Grupo Vocal director Daniel Gonzalez.

► ArKivMusic ici

Pour ouvrir la vidéo, cliquez ici

Manuel Cardoso O. Carm (1566-1650)


Lamentations for Maundy Thursday : Feria Quinta in Coena Domini

Manuel Cardoso was a Portuguese composer and organist. With


Duarte Lobo and John IV of Portugal, he represented the "golden
age" of Portuguese polyphony.
198

Cardoso is not known to be related to an older contemporary


composer of the same name ; the precentor Manuel Cardoso,
Page

who published a book of Latin passions in Leiria in 1575 (infos).


► Presto Classical ici

Pour ouvrir la vidéo, cliquez ici

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)


Deuxième Vêpres de la fête de Notre-Dame du Mont Carmel (1707)

Le 1er janvier 1707, le chroniqueur romain Francesco Valesio


notait dans ses registres : "Il est arrivé ici à Rome un Allemand,
excellent claveciniste et compositeur. Aujourd’hui, il a démontré
ses talents en jouant de l’orgue dans l’église de Saint-Jean de
Latran et en provoquant l’admiration universelle".

Aussitôt adopté par la haute société romaine, Haendel se vit


proposer par l’un de ses protecteurs, le cardinal Carlo Colonna, de
composer une musique de cérémonie pour la fête de Notre-Dame
du Mont Carmel qui était célébrée avec faste chaque 16 juillet
dans l’église santa Maria di Monte santo.

Malheureusement, ni la partition originale ni même aucun


document relatif à la contribution de Georg Friedrich Haendel à
cette fête ne furent conservés. Une reconstitution de Vêpres
romaines des carmélites fut proposée en 1987 par le musicologue
199

anglais Graham Dixon et le chef d’orchestre Andrew Parrott.

Les termes de cette reconstitution furent rapportés dans un


Page

article de Graham Dixon paru dans la revue anglaise Early Music


en février 1987. Elle comprend des œuvres religieuses latines
composées avec certitude durant la "période italienne", comme le
Nisi Dominus (achevé le 1er juillet 1707) et le Laudate pueri (daté
du 8 juillet).

Cependant, il n’est point sûr que la contribution de Georg


Friedrich Haendel se limitait à un seul office complet. En effet,
une messe et deux offices des vêpres étaient célébrés durant la
fête de Notre-Dame du Mont Carmel. De plus, on sait qu’il était
habituel, à Rome, de faire appel au concours de différents
compositeurs pour les grandes solennités.

Cela dit, le style concertant italien trouve, grâce à Haendel, un de


ses traitements les plus admirables dans ces pièces latines que
l’on pense destinées aux carmélites. Il est manifeste dans le
brillant Saeviat tellus (motet dont le matériau est en partie
emprunté à une aria de Keiser), où un dialogue virtuose s’établit
entre la soprano et les hautbois solos.

Dans le plus intime Salve Regina, la soprano entre en


conversation avec deux violons et une partie d’orgue obligé : ce
type de solo confié à un instrument du continuo sera
abondamment employé par Haendel dans ses concertos
ultérieurs.
Denis Morrier

200
Page

Pour ouvrir la vidéo, cliquez ici


Proprium
Missarum et officiorum – Ordinis Carmelitarum – Discalcætorum - 1959

Livre liturgique offert par les sœurs carmélites d'Haïfa (Israël).

De gauche à droite : Pierre Taudou,


Père Jean-Gabriel ocd,
Fr. Louis-Marie de Jésus ocd – Vidéo ici
201

► Manuel de catalogage des livres liturgiques ici


Page
Propositions de lecture

Centre d'Études d'Histoire de la Spiritualité (CEHS)

La finalité du CEHS, est de promouvoir l'étude de l'histoire, de la


spiritualité et de la mystique, avec un intérêt particulier porté à la
tradition française de l'ordre des Frères de la Bienheureuse Vierge
Marie du Mont Carmel (Grands Carmes). Il assure la publication des
résultats de ses recherches.

Collection Grands Carmes dirigée par le Recteur Yves Durand


(Sorbonne [Paris IV] et Codirecteur du CEHS) et le Frère Romero de
L. Gouvêa, O. Carm. (Directeur du CEHS). 202
Page
Élie Prophète de Feu

Les croyants d'hier et d'aujourd'hui peuvent apprendre beaucoup du


prophète du Carmel. Choisi par Dieu pour être son émissaire, Élie
proclama la souveraineté du Dieu d'Israël en s'opposant à l'idolâtrie
et à l'injustice du roi Achab et des prophètes de Baal. Il est vénéré
par les chrétiens, les juifs et les musulmans.

Si Élie a marqué l'histoire du Salut, il a aussi laissé son empreinte


dans l'ordre du Carmel. Depuis leur origine sur le mont Carmel, à
l'aube du XIIIe siècle, les Carmes le vénèrent comme leur chef et leur
modèle. Il fait partie intégrante de la spiritualité du Carmel qui ne
peut se concevoir sans elle. Ce faisant, Élie, Prophète de Feu sert
d'introduction au charisme carmélitain.

Le père Kilian, carme, a été élu prieur général de l'ordre en 1959. À


ce titre, il a participé au Concile Vatican II. Auteur de plusieurs livres,
il a prêché de nombreuses retraites, insistant sur l'essentiel de
l'héritage carmélitain : la prière habituelle, la nécessité de vivre en
frères, le charisme fondamental de l'ordre qui est d'être des
"prophètes de feu" invitant chacun à mettre Dieu au centre de sa vie.

Auteur : père Kilian


Éditeur : Éditions Parole et Silence
Collection : Collection Grands Carmes
Date de parution : 13 janvier 2006
ISBN : 2-84573-358-5
Format : 14 x 21 cm, 219 pages, broché
Prix : 18 € (2012)

203
Page
Marie la Mère du Seigneur dans le Nouveau Testament

Au cœur du Nouveau Testament résonne la Bonne Nouvelle :

Jésus de Nazareth est le Christ et le Fils de Dieu (Mc 1,1 ; Jn 20,31;


Rm 1,9 ; Ga 1,16 ; etc.). Tout le reste découle de cette réalité
fondamentale, ou est orienté vers elle.

Le Nouveau Testament, faisant référence à Jésus, parle aussi de sa


mère, Marie. Il constitue d'ailleurs la plus ancienne source qui nous
permette de connaître la mère du Seigneur.

Le présent ouvrage propose d'examiner tous les textes qui parlent


d'elle. En apportant sa longue expérience de spécialiste du Nouveau
Testament, le père Klemens Stock nous partage très simplement sa
profonde érudition.

Né en Allemagne en 1934, le père Klemens Stock est membre de


l'ordre des Jésuites. Ordonné prêtre en 1964, il est, depuis 2002,
secrétaire de la commission biblique pontificale. Il a publié de
nombreux livres qui sont traduits en plusieurs langues.

Auteur : père Klemens Stock


Éditeur: Éditions Parole et Silence
Collection : Collection Grands Carmes
Date de parution : 2 avril 2012
ISBN : 978-2-88918-059-2
Format : 14 x 21 cm, 143 pages, broché
Prix : 15 € (2012)

204
Page
Marie et le Carmel - Une présence amoureuse

L'importance de Marie dans la spiritualité carmélitaine tout au long


de l'histoire de l'ordre est remarquable.

Ce livre invite le lecteur à mieux connaître la mariologie de l'ordre


des Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel.

En présentant d'abord les origines et l'histoire du charisme marial


carmélitain, il permet ensuite une réflexion sur Marie telle qu'elle
apparaît dans les documents de l'ordre depuis Vatican II pour
s'achever sur quelques-unes des perspectives mariales
contemporaines dans lesquelles s'exprime le charisme carmélitain.

Sur un plan personnel, chacun pourra ainsi mieux connaître Marie en


tant que personne, apprécier sa présence dans nos vies et
reconnaître sa sollicitude pour nous.

Christopher O'Donnell, carme de la Province irlandaise, est né en


1936, et a fait sa profession religieuse en 1955. Professeur émérite
en théologie systématique à l'Institut pontifical de Dublin et membre
de l'Institut carmélitain à Rome, il est théologien de l'ordre des
Carmes.

Auteur : Carme Christopher O'Donnell


Éditeur : Éditions Parole et Silence
Collection : Collection Grands Carmes
Date de parution : mars 2011
ISBN : 978-2-84573-937-6
Format : 14 x 21 cm, 185 pages, broché
Prix : 16 € (2012) 205
Page
Prier au Carmel à l'exemple de Marie

Dans sa lettre à la famille carmélitaine pour marquer l'année mariale,


le pape Jean-Paul II a présenté deux aspects essentiels de la
spiritualité mariale carmélitaine : "Pour les membres de la famille
carmélitaine, Marie, la Vierge Mère de Dieu et des hommes, n'est pas
seulement un modèle à imiter, mais une douce présence de Mère et
de Sœur à laquelle se confier."

Si différents soient-ils de la Sainte Vierge qui est totalement


préservée du péché et qui jouit d'une relation exceptionnelle avec
Dieu, les Carmes, malgré tout, voient en elle l'expression la plus
parfaite de ce à quoi ils aspirent pour eux-mêmes.

Les Carmes actuels sont les héritiers d'une longue tradition


concernant Marie. Elle est la parfaite disciple du Seigneur, et elle est
notre Sœur ; c'est pourquoi elle nous accompagne dans le voyage de
la foi et elle nous conduit à la rencontre avec Dieu qui nous
transforme.

Dans le contexte moderne qui est le nôtre, Marie nous enseigne


comment écouter la Parole de Dieu dans les Écritures et dans la vie,
comment être ouverts à Dieu ; nous sommes en route : Marie, notre
Patronne, notre Mère et notre Sœur, nous accompagne tout au long
de ce voyage qui atteindra sa destination dans l'éternité.

Joseph Chalmers est prieur général de


l'ordre du Carmel.
Auteur : prieur général Joseph Chalmers
Éditeur : Éditions Parole et Silence
Collection : Collection Grands Carmes
Date de parution : 17 septembre 2007
ISBN : 978-2-84573-584-2
Format : 14 x 21 cm, 135 pages, broché
Prix : 15 € (2012)
206
Page
La Règle du Carmel

Quatrième de couverture : En nous servant d'une icône biblique (Gn


26,17-33), nous pouvons dire que nous, les carmes et les membres
de la Famille du Carmel, nous devons apprendre à être héritiers de
l'art de creuser des puits, en l'exerçant avec constance, en nous
déplaçant toujours plus vers la frontière, là peut-être où personne ne
croit pouvoir trouver ni eau ni vie.

Dans la Règle du Carmel, nous nous trouvons en présence d'une


christologie qui nous fait devenir disciples, mais qui est aussi vie
dans le Christ, écoute attentive et priante de la Parole et célébration
du Mystère du salut, lecture dans la foi des méditations comme
traces du Christ et attente du retour du Seigneur.

C'est la Parole de Dieu qui justifie la solitude et la valorise. La Parole


n'est pas une des nombreuses manières d'occuper l'esprit et le temps
dans la solitude ; la Parole ne supporte pas d'être un objet parmi
tant d'autres.

L'oraison à laquelle le carme doit se consacrer est décrite dans la


Règle comme un "veiller dans la prière", comme une réponse
existentielle à la Parole méditée et assimilée. Prier, c'est alors passer
dans le secret du cœur de Dieu que la Parole révèle et communique ;
c'est s'avancer vers Quelqu'un qui habite la Parole, qui est la Parole
vivante.

Le résultat authentique, toujours selon la Règle, c'est une existence


dans laquelle la Parole brille comme en transparence, une existence
transfigurée par la Parole. Alors sera vraiment réalisé ce que la Règle
donne comme idéal.
Bruno Secondin

Frère Bruno Secondin, carme italien, est professeur ordinaire de


Théologie Spirituelle à l'université Pontificale Grégorienne à Rome.

Il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur la spiritualité, la vie


religieuse et les nouvelles expériences ecclésiales, dont les
principaux : Segni di profezia nella Chiesa : communità, gruppi,
movimenti, Corso di Spiritualità (en collaboration) ; Le parfum de
Béthanie - l'exhortation postsynodale sur la vie religieuse ; La lettura
orante della Parola di Dio ; Come pioggia di primavera (Lectio
divina).

Frère Bruno est aussi membre du conseil d'orientation des


207

recherches du CEHS des Grands Carmes à Nantes.


Page
Auteur : frère Bruno Secondin, O. Carm
Édition française et notes : frère Romera de
Lima Gouvêa
Traduction française :
- Frère Gianfranco Tuveri, O. Carm
- Madame Janny le Deuf et les sœurs du
Carmel de Saint Joseph
- Saint Joseph (71118 - Saint Martin-
Belle-Roche)
Éditeur : Éditions Parole et Silence
Collection : Collection Grands Carmes
Format : 14 x 21 cm, 229 pages, broché
Date de parution : 05 février 2004
Code ISBN : 2-84573-180-9
Prix : 18 € (2012)

208
Page
La Prière au Carmel

Veiller en priant avec le Christ est l'apostolat primordial des Carmes.


Toutefois, peu d'entre eux ont éprouvé le besoin de partager avec
d'autres, par écrit, leur théologie de la prière, ou leur expérience
personnelle avec Dieu.

Ces œuvres, à l'exception de celles des maîtres spirituels, sont


demeurées enfermées et souvent cachées sur les rayonnages des
bibliothèques. Fort heureusement, un jour, quelqu'un est passé par
là et a ouvert ces trésors que dévoile pour nous l'auteur de ce livre.

On pourrait s'interroger sur l'intérêt de cet ouvrage. Mais le doute est


vite dissipé si nous nous arrêtons quelques instants pour réaliser que
l'ordre aujourd'hui, tout comme l'Église, traverse une crise de la
prière.

Il nous faut mesurer la place qu'elle occupe dans la vie chrétienne.


La prière au Carmel fera connaître le but essentiel de notre riche
tradition, servira au lecteur de guide pour une étude plus
approfondie, et l'encouragera à maintenir le charisme de prière que
nous avons reçu du Seigneur.

Le Père carme Redemptus Maria Valabek (1934-2003), originaire du


Connecticut, a été ordonné prêtre le 25 Juillet 1960. Après une brève
période passée dans la paroisse Saint-Joseph de Troy, à New York,
toute sa vie se déroule à Rome, dans le Centre International Saint-
Albert.

Professeur de théologie, examinateur


du clergé romain et collaborateur
pour les services en langue anglaise à
Radio Vatican, il est l'auteur de livres
et d'articles de spiritualité, et déploya
également une vaste activité
journalistique comme directeur de la
revue Carmel in the World, à partir de
1971.

Auteur : père carme Redemptus Maria


Valabek
Éditeur : Éditions Parole et Silence
Collection : Collection Grands Carmes
Date de parution : 26 août 2009
ISBN : 978-2-84573-805-8
Format : 14 x 21 cm, 229 pages, broché
209

Prix : 20 € (2012)
Page
Introduction au Château Intérieur de Sainte Thérèse
d'Avila

Parmi tous les écrits de sainte Thérèse d'Avila, Le Livre des


Demeures est l'œuvre la plus équilibrée pour coordonner la vie
ascétique et la vie mystique. Chronologiquement le dernier, il
manifeste la maturité spirituelle de la sainte.

Elle y reprend le riche trésor des expériences relatées dans Le Livre


de la Vie, le Chemin de la Perfection et dans Les Relations (ou Les
Faveurs de Dieu), pour le présenter sous une forme moins
personnelle et moins descriptive. C'est en suivant ses conseils que le
frère Otger Steggink nous ouvre les voies de la contemplation à
l'école carmélitaine.

Frère Otger Steggink est né aux Pays-Bas en 1925. Après son entrée
dans l'ordre du Carmel, il passa un doctorat en histoire de l'Église à
l'université grégorienne de Rome, sur "la réforme du Carmel
espagnol", en 1962. En 1964, il obtint un second doctorat, en
spiritualité, sur "enracinement et innovation chez sainte Thérèse".

Il sera ensuite professeur de spiritualité. à Rome, à Salamanque, à


Nimègue et à Louvain, puis directeur de l'Institut Titus Brandsma de
spiritualité (associé à l'université catholique de Nimègue) entre 1966
et 1993.

Il participera ensuite à la refondation de l'ordre du Carmel (Grands


Carmes) en France, ou il sera le fondateur et le premier directeur du
Centre d'Études d'Histoire de la Spiritualité de Nantes (1993-1997).

Il a publié plusieurs livres en espagnol sur Thérèse d'Avila et il a


participé à l'édition critique de ses œuvres.

Auteur : frère Otger Steggink


Éditeur : Éditions Parole et Silence
Collection : Collection Grands Carmes
Date de parution : 3 juillet 2006
ISBN : 2-84573-522-7
Format : 14 x 21 cm, 101 pages, broché
Prix : 13 € (2012)
210
Page
Autres textes

Baptiste Mantuanus, Carme (1447-1516


Poète et humaniste

Pour agrandir le document, cliquez ici

Baptista Mantuanus, dit en français le Mantouan ou Baptiste de


Mantoue (né Battista Spagnoli dit aussi Battista Spagnoli il
Mantovano ou Battista Mantovano), né le 17 avril 1447 à
Mantoue, dans le marquisat de Mantoue, dans l'actuelle région
211

Lombardie, au nord de l'Italie et mort le 20 mars 1516 (à 68 ans)


dans sa ville natale) est un religieux catholique italien de l'ordre
des Carmes.
Page
Poète célèbre et auteur de plus de 50.000 lignes de poésie latine,
il est considéré comme un des principaux représentants italiens
de l'humanisme chrétien.

Pour agrandir le document, cliquez ici

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► Munich Digitization Center – Manuscrit ici

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► Munich Digitization Center – Manuscrit ici


212

► Munich Digitization Center – Manuscrit ici


Page

► Munich Digitization Center - Manuscrit ici


La Flèche de Feu (texte écrit en 1270 ou 1271)

La nouvelle collection de l'Abbaye de Bellefontaine, dirigée par les


Carmes de l'Institut Titus Brandsma (Nimègue, Pays-Bas), porte le
nom de la "Flèche de Feu", ouvrage écrit entre 1270 et 1271 par le
Prieur général de l'ordre du Mont-Carmel, Nicolas le Français.

Cet écrit polémique intervient à une époque où les Carmes, à


l'origine ermites au mont Carmel, sont implantés dans les villes où
leur idéal primitif de solitude et de contemplation doit être
interprété ; l'opuscule Ignea Sagitta se veut "une flèche de feu pour
la sincérité et la clarté de la vérité".

L'édition du texte latin avec traduction française est précédée d'une


longue et intéressante introduction historique.

Auteur : Nicolas le Français, prieur général de


l'ordre des Carmes en 1266
Sous la direction : des frères Carmes de
l'Institut Titus Brabsma Nimègue - Pays-Bas
Éditeur : Abbaye de Bellefontaine
Collection : Flèche de feu
Date de parution : décembre 2000
ISBN : 2-85589-803-X
Format : 148 x 210 mm, 171 pages, broché
Prix : 14.90 € (2012)

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Saint Jean de la Croix, Thérèse d'Avila - Œuvres

Ce volume contient : Thérèse d'Avila : Livre de la vie - Livre des


fondations - Le Château intérieur ou Les Demeures de l'âme. Jean de
la Croix : Cantique spirituel - L'Explication des chansons - Nuit
obscure - Flamme d'amour vive - [Autres poèmes] - [Poèmes
attribués].

Présentation : ces deux maîtres spirituels, Thérèse (1515-1582) et


Jean (1542-1591), sont aussi deux écrivains de premier plan. Ils
furent deux individus engagés dans leur siècle, liés dans la
contemplation comme dans l'action, et résolus, pour réformer le
Carmel, à affronter le monde auquel ils appartenaient.

C'est Thérèse qui initie la Réforme. Elle rédige le Livre de la vie pour
y exposer son existence, ses péchés, pour y consigner aussi les
"faveurs" que le Seigneur lui a accordées, autrement dit ses
expériences mystiques, dont la célèbre "Transverbération" : il
importe de démontrer aux adversaires de la Réforme et aux
tribunaux de l'Inquisition qu'il ne s'agit là ni des simulations d'une
illuminée ni de manifestations du démon. Son Livre des fondations
décrit non sans humour les difficultés qui émaillent l'installation des
couvents de carmélites déchaussées, tandis que Le Château intérieur
expose dans une prose empreinte de poésie sa conception du
cheminement de l'âme jusqu'à l'union avec Dieu.

Quant à Jean de la Croix, dont Thérèse perçut très vite le


rayonnement spirituel et dont elle fit son confesseur, c'est pendant
son incarcération dans un cachot, alors qu'il est soumis à la solitude
la plus absolue et à un traitement inhumain par les opposants à la
réforme du Carmel, qu'il compose l'essentiel du Cantique spirituel.

Splendide poème du désir et de l'extase, dans lequel expérience


poétique et expérience mystique ne sauraient être dissociées, c'est,
comme Nuit obscure et Flamme d'amour vive, l'un des textes les plus
intenses de la poésie universelle.
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Auteurs : Saint Jean de la Croix, Thérèse
d'Avila
Sous la direction de : Jean Canavaggio
Avec la collaboration de : Claude Allaigre,
Jacques Ancet et Joseph Pérez
Éditeur : Gallimard
Photo de la couverture : Statue en marbre de
la Transverbération de sainte Thérèse par
Gian Lorenzo Bernini - Église Santa Maria
Della Vittoria de Rome, Rome ici
Collection : Bibliothèque de la Pléiade, n° 583
Date de parution : 11 octobre 2012
ISBN : 9782070122943
Format : 105 x 170 mm, 1184 pages
Prix : 45.00 € jusqu'au 28 02 2013

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BnF - Architecture monastique

Vers le règne de Constantin, lorsque les croyances païennes


disparaissent devant la morale du Christ, quelques hommes, guidés
par une piété ardente, quittèrent le siècle en fuyant dans les
solitudes les plus profondes, pour s'y livrer librement à la vie
religieuse ; l'austérité de leurs mœurs, les privations rigoureuses
qu'ils s'imposaient, l'oubli de tous les biens de ce monde, attirèrent
sur eux le respect des populations.

Ils choisirent d'abord les déserts de Syrie, de l'Égypte, puis les rives
de la mer Morte et du Jourdain. Ces exemples peuplèrent bientôt de
solitaires la Thébaïde et l'Asie ; l'Europe, non moins agitée que
l'Orient, les vit paraître avec le même intérêt ; ils s'y multiplièrent
sans retard.

Les ascètes ou ermites vivaient complètement seuls, dans des


grottes ou dans de misérables cabanes qu'ils construisaient avec des
branches ou des pierres.

D'autres, cédant aux instincts de la


sociabilité humaine, rapprochèrent leurs
cellules les unes des autres pour se
prêter de mutuels secours et se réunir
dans la pratique des exercices religieux :
à ceux-ci on donna le nom de moines ;
Ils pensèrent bientôt à vivre dans une
habitation commune, et ce fut l'origine
du coenobium.

► BnF - Accès au texte ici


216
Page
Bibliographie

• Acta capitulorum generalium Ordinis fratrum B. V. de Monte


Carmelo, ed. G. Wessels, 2 v. (Rome 1914-34).
• Albert’s Way : The First North American Congress on the
Carmelite Rule, ed. M. Mulhall.
• Brandsma (T.) Carmelite Mysticism, Historical Sketches,
(Chicago, 1936).
• Bullarium Carmelitanun, éd. E Monsignano J.A. Ximenez, Rome,
1715-1768, 4 vol.
• Burchard of M. Sion A description of the Holy land. Palestine
Pilgrim's Text Society, 1896.
• Carmelus : Commentarii ab Instituto Carmelitano editi (Rome
1954).
• Carroll (E.) The Marian Theology of Arnold Bostius, Carmelus
(1962 197-326).
• Cathaneis (J.-B.) Speculum Ordinis fratrum Carmelitarum (Venice
1507).
• Cicconettii (C.) La Regola del Carmelo : origine, natura,
significato, (Roma, 1973).
• Crisaogono de Jesus Sacramento, La escuela carmelitana (Avila
1923).
• Daniel a Virgine Maria Speculum carmelitanum (Antwerp 1680).
• Edwards (B.), Clarck (H.) The Rule of St. Albert (Aylesford, Kent)
1973.
• Ephemerides carmeliticae (Florence 1947).
• Eremitismo (L') in Occidente nei secoli XI e XII; Atti dei seconda
settimana internazionale di studio, Mendola 30 Augusto –6
Settembre 1962, (Milano, 1965).
• Friedman (E.) The Latin Hermits of Mt. Carmel; A Study in
Carmelite Origins, (Roma, 1979).
• Healy (K.) Methods of Prayer in the Directory of the Carmelite
Reform of Touraine, (Rome 1956).
• Hoppenbrouwers (V.) Devotio mariana in Ordine fratrum B. V. M.
de Monte Carmelo a medio saeculi XVI usque ad finem saeculi
XIX.
• Janssen (C.) Les Origines de la réforme des Carmes en France au
XVIIe siècle (La Haye 1963 ici).
• Kallenberg (P.) Fontes liturgiae carmelitanae, (Rome, 1962).
• Louis de Sainte Thérèse (père) Annales des Carmes déchaussés.
éd. Charles Angot, Paris, 1665. Gallica.bnf - texte intégral ici
• Martini (C.) Der deutsche Karmel, Bamberg, 1922-1926, 2 vol.
• McGreal (W.) At the Fountain of Elijah : The Carmelite Tradition,
(1999).
• Melchior de Sainte-Marie (père) Carmel, dans Dictionnaire
217

d'histoire et de géographie ecclésiastiques, tome XI, Paris, 1949,


col. 1070-1103.
• Nicholas of France (1266-1271), Ignea Sagitta - texte intégral ici
Page
• Ribot (P.) De institutione et peculiaribus gestis Carmelitarum, in
Speculum, 1507.
• Saggi (L.) La congregazione mantovana dei Carmelitani sino alla
morte del B. Battista Spagnoli, (Rome 1954)
• Sainte-Marie (père de) L'ordre de Notre-Dame du mont-Carmel.
Etude historique, Bruges, 1910.
• Silverio de Santa Teresa Historia del Carmen Descalzo, 15 v.
(Burgos 1935-52).
• Smet (J.) The Carmelites: A History of the Brothers of Our Lady
of Mt. Carmel, 4. vol. (Darien IL, 1975).
• Smet (J.) Cloistered Carmel
• Staring (A.) Medieval Carmelite Heritage : Early Reflections on
the Nature of the Order, (Rome : 1989).
• Steinmann (A. E.) Carmel vivant (Paris 1963).
• Vitry (Jacques de) History of Jerusalem. Palestine Pilgrim's Text
Society, 1896, p. 33.
• Wessels (G.) Acta capitulorum generalium ordinis Beate Virginis
Mariae de Monte Carmelo, Rome, 2 vol., 1912.
• Zimmermann (B.) Monumenta historiae Carmelitanae, Rome,
1907.

L'association MONASTIC

L'association MONASTIC rassemble plus de 200 communautés


monastiques de tradition chrétienne, qui sont implantées en France
principalement, mais aussi en Allemagne, en Belgique, en Suisse, au
Luxembourg, en Italie et au Portugal.

Régie par la loi du 1er juillet 1901, elle a été créée le 22 juillet 1989
(parution au Journal Officiel du 16 août 1989) dans le but de faire
face à la situation de concurrence déloyale provenant d'un usage
abusif de terminologie ou de publicité d'apparence monastique. Une
marque collective, avec son logo, a été déposée à l'I.N.P.I. le 5
octobre 1989.

► Site de l'association MONASTIC ici


218

► Les 51 carmels membres de MONASTIC ici


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Tableaux

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Pietro Novelli (1603 † 1647) : Our Lady of Mount Carmel and Carmelite Saints
(1641). Standing : Simon Stock (c. 1165 † 1265), kneeling : Angelus of Jerusalem
(1185 † 1220), Mary Magdalene de Pazzi (1566 † 1607), Teresa of Avila (1515 †
1582). Museo Diocesano, Palermo, Italie.
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Alessandro Bonvicino ou Buonvicino (1498 † 1554),
plus connu sous le nom de Il Moretto da Brescia.
The Virgin of Carmel (vers 1522), cliquez ici
Galleria dell Accademia, Venise, Italie.

Giovanni Battista Tiepolo (1696 † 1770).


The Madonna of Mount Carmel (1730), cliquez ici
Pinacoteca di Brera, Milan, Italie.
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Pour agrandir un panneau, cliquez gauche sur l’astérisque.

* * *

* * * * *

* * * * *

Pietro Lorenzetti (1280 † 1348).


La Pala del Carmine (1327-1329), panneau central 169 x 148 cm, cliquez ici
La Vierge à l’enfant, saint Nicolas de Myre à gauche et Élie à droite.
Pinacoteca di Siena, Sienne, Italie.

Colorimétrie lors d’une exposition, pour agrandir le document, cliquez ici


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Pietro Lorenzetti (1280 † 1348).
La Pala del Carmine (1327-1329), prédelle 37 x 45 cm, cliquez ici
Ermites à la fontaine d’Élie.
Pinacoteca di Siena, Sienne, Italie.

Pietro Lorenzetti (1280 † 1348).


La Pala del Carmine (1327-1329), prédelle 37 x 154,5 cm, cliquez ici
Saint Albert, patriarche de Jérusalem, remet la règle à saint Broccard.
Pinacoteca di Siena, Sienne, Italie.
223
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Giovanni Francesco Barbieri, dit Guercino ou le Guerchin (1591 † 1666).
Le Christ apparaissant à sainte Thérèse, peint. à l’huile, 2,02 x 2,90 m, cliquez ici
Musée Granet, Aix-en-Provence.
224
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