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Travail final Littérature III - 2017 Silvina Mac Laughlin

Candide ou l’Optimiste – Voltaire

Candide : critique religieuse

Dans ce travail monographique, nous allons analyser la critique religieuse faite


par Voltaire dans son conte philosophique : Candide ou l’Optimisme.

Voltaire (1694-1778) est un philosophe français des Lumières, fils d’un notaire et
conseiller du roi. Sa famille appartenait à la noblesse de robe. Élevé par les jésuites, il suit
ensuite des études de Droits à la Faculté de Paris. Cependant, son esprit critique, sa
défense de la liberté de pensée, ainsi que sa présence dans certains milieux libertins et
salons littéraires, mais surtout ses écrits satiriques, le conduisent très tôt en prison. Exilé
pendant quelques années en Angleterre, il revient en France et devient l'historiographe du
roi Louis XIV en 1745. A ce moment-là, il commence à écrire des contes philosophiques
(Zadig, Micromégas). En 1759, il publie Candide un autre conte qui va contre la
philosophie optimiste de Liebniz et de Wolff (Larousse.fr). À travers les péripéties du
héros, Voltaire fait des réflexions philosophiques ainsi que des fortes critiques politiques
et sociales. Cette œuvre s’inscrit dans le siècle des Lumières, une époque où les
philosophes voulaient combattre l’ignorance en diffusant le savoir.

La pensée du siècle des Lumières se développe autour de deux thèmes majeurs : le retour à

la nature, la recherche du bonheur. Les philosophes dénoncent dans les religions et les

pouvoirs tyranniques des forces obscurantistes responsables de l'apparition du mal, dans un

monde où l'homme aurait dû être heureux. (Larousse.fr)

Candide est un jeune bâtard, beau et d’esprit simple, élevé dans le château de son
oncle, M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un allemand très puissant. Sa formation
dépend du précepteur du château, Mr. Pangloss, à qui Candide admire énormément.
Maître Pangloss a des croyances métaphysiques et une vision du monde particulière.
Selon lui, tout est comme doit être et de la meilleure manière possible. « Il est démontré,
disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout
est nécessairement pour la meilleure fin. » (Chapitre 1) Cette croyance optimiste du
monde va amener le jeune Candide à chercher des explications, quelques fois ridicules,
pour chaque situation infortunée qu’il expérimente.
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Mais, l’histoire de Candide commence quand il est chassé du château par son
oncle, après avoir embrassé sa cousine Cunégonde. Ce voyage initiatique,
d’apprentissage et de découverte du monde lui fait vivre et expérimenter les malheurs, les
souffrances de la guerre, la cruauté de l’homme, les contradictions de la religion, les
intolérances et la violence. C’est grâce à ce long voyage que Candide va se transformer
et confronter la position philosophique de Pangloss : Dans le chapitre 15, après avoir tués
trois personnes, il dit : « Je suis le meilleur homme du monde et voilà trois hommes que
je tue ; et dans ces trois il y a deux prêtres. » (Chapitre 15) Plus tard : « Qu’est-ce
qu’optimisme ? disait Cacambo. – Hélas ! dit Candide, c’est la rage de soutenir que tout
est bien quand on est mal. » (Chapitre 19) Ces réflexions montrent qu’il commence à
douter des enseignements de Mr Pangloss. Et à la fin de son parcours, il arrivera à faire
une remise en cause des enseignements de précepteur et dit « …il faut cultiver notre
jardin » (Chapitre 30). Le jeune héros vit des situations dramatiques, parfois absurdes,
décrites par Voltaire de manière comique, satirique.

Fidel aux idées des Lumières, Voltaire fait, dans ce conte, une critique à la religion
et ses croyances, opposés au monde « éclairé » de la raison. L’obscurantisme de l’église
opposé à la connaissance. Tout d’abord à travers la pensée philosophique de Pangloss : il
critique cette pensée optimiste et naïve où la métaphysique répond aux questions qui ne
peuvent pas être démontrées scientifiquement. Ce sont des idées qui ont une influence
directe de la doctrine religieuse dans laquelle les évènements sont classifiés comme des
actes de Dieu ou du diable selon si elles sont désirables ou pas :

Vous voyez, dit Candide à Martin, que le crime est puni quelquefois : ce coquin de patron

hollandais a eu le sort qu’il méritait. - Oui, dit Martin, mais fallait-il que les passagers qui

étaient sur son vaisseau périssent aussi ? Dieu a puni ce fripon, le diable a noyé les autres.

(Chapitre 20)

Tout d’abord, Voltaire critique l’hypocrisie et le fanatisme religieux. Candide est


en Hollande, sans rien à manger et demande de l’aide à un religieux protestant qui le
rejette : « Tu ne mérites pas d’en manger, dit l’autre ; va, coquin, va, misérable, ne
m’approche de ta vie. » (Chapitre 3). Par contre, l’homme qui n’est pas baptisé (Jacques)
lui donne quelque chose à manger et lui offre son hospitalité : « Un homme qui n’avait

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point été baptisé, (…) il l’amena chez lui, le nettoya, lui donna du pain et de la bière… »
(Chapitre 3). Cette scène montre l´une des grandes contradictions de l’église qui se dit
piteuse mais qui ne l’est pas toujours.

Dans le chapitre 5, les voyageurs arrivent finalement à Lisbonne où ils souffrent


le tremblement de terre. C’est ici où la figure de l’église catholique apparait de la main
de l’Inquisition qui les emprisonne tout d’un coup, sans avoir une raison cohérente. Mais
le pouvoir du tribunal ecclésiastique étant incontestable, une simple accusation d’une
personne pouvait déterminer le destin fatal d’une autre : « On vint lier après le dîner le
docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour avoir
écouté avec un air d’approbation. » (Chapitre 6) Après le désastre provoqué par le
tremblement de terre, l’église organise un autodafé1 de manière à empêcher un nouveau
tremblement. Cela mais en évidence l’absurdité des convictions catholiques, ainsi que
l’intolérance et l’obscurantisme prodigué par l’église ; car qu’elle serait la raison pour
laquelle Dieu pouvait faire quelque chose de si épouvantable ? La solution était donc
l’assassinat des « pêcheurs » et éviter ainsi un autre désastre.

Plus tard, Cunégonde réapparait vivante et elle raconte son histoire à Candide.
Elle a été vendue comme esclave sexuelle à un Juif, puis partagée entre celui-ci et un
membre de l’Inquisition :

On proposa de sa part à don Issacar de me céder à monseigneur. Don Issacar, qui est le

banquier de la cour et homme de crédit, n’en voulu rien faire. L’Inquisiteur le menaça d’un

auto-da-fé. En fin mon Juif, intimidé, conclut un marché, par lequel la maison et moi leur

appartiendraient à tous deux en commun. (Chapitre 8)

Dans son récit, nous pouvons percevoir une critique à l’esclavage et comment les
femmes étaient traitées d’objets d’échange, même entre les membres de l’église. Ces
sujets réapparaissent à plusieurs reprises dans le conte mais ils ne sont pas l’objet de notre

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En Espagne, à partir du XIVe s, et dans l'empire espagnol, proclamation solennelle d'un
jugement prononcé par l'Inquisition sur un impie, un juif ou un hérétique ; exécution du coupable,
généralement par le feu. (larousse.fr)

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analyse. Voltaire dénonce la guerre, l’esclavage, le traitement de la femme et la


participation des religions dans ces atrocités :

Nous avions un iman très pieux et très compatissant, qui leur fit un sermon par lequel il leur

persuada de ne nous pas tuer tout à fait. « Coupez, dit-il, seulement une fesse à chacune de

ces dames, vous ferez très bonne chère ; s’il faut y revenir, vous en aurez encore autant dans

quelques jours ; le ciel vous saura gré d’une action si charitable, et vous serez secourus.

(Chapitre 12)

Candide arrive à Buenos-Ayres et doit fuir avec Cacambo au Paraguay. Le valet


décrit les origines du pays et parle du gouvernement de Los Padres, des Jésuites:

Los Padres y ont tout, et les peuples rien ; c’est le chef-d’œuvre de la raison et de la justice.

Pour moi, je ne vois rien de plus divin que Los Padres, qui font ici la guerre au roi d’Espagne

et au roi de Portugal, et qui en Europe confessent ces rois ; qui tuent ici des Espagnols, et qui

à Madrid les envoient au ciel : cela me ravit ; avançons ; vous allez être le plus heureux de

tous les hommes. Quel plaisir auront Los Padres quand ils sauront qu’il leur vient un capitaine

qui sait l’exercice bulgare ! (Chapitre 14)

La présence des Jésuites dans le récit comporte une autre critique à l’hypocrisie
chrétienne. Ici, Voltaire met en évidence les horreurs perpétrés par l’invasion des
européens en Amérique, le pillage, l’esclavage imposé aux habitants du Paraguay, la
guerre entre jésuites et la royauté pour le pouvoir de la région, très riche en ressources.

Aussitôt on conduit Candide dans un cabinet de verdure orné d’une très jolie colonnade de

marbre vert et or, et de treillages qui renfermaient des perroquets, des colibris, des oiseaux-

mouches, des pintades, et tous les oiseaux les plus rares. Un excellent déjeuner était préparé

dans des vases d’or ; et tandis que les Paraguains mangèrent du maïs dans des écuelles de

bois, en plein champ, à l’ardeur du soleil, le révérend père commandant entre dans la

feuillée. (Chapitre 14)

Tout au long du conte, Voltaire introduit des personnages liés avec l’église : le
cordelier qui vole leur butin à Cadix, l’abbé fripon qui essaye de lui voler son trésor à
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Paris, le frère Giroflée qui est obligé par ses parents à entrer au couvent contre sa volonté.
Ce sont tous des personnages qui soutiennent le message anticlérical de Voltaire.

Comme conclusion nous pouvons dire qu’à travers ce conte, Voltaire nous montre
une humanité viciée, corrompue et violente, où l’église à une grande responsabilité dans
le devenir de ce monde cruel, intolérant et dangereux, surtout pour les moins favorisés
aux mains des puissants. De ce conte nous pouvons extraire clairement les sujets de ses
combats : la métaphysique, la superstition, la religion, en particulier la catholique,
l’injustice, l’arbitraire, l’obscurantisme, la sottise et tout ce qui est contraire à l’humanité
et la raison (Larousse.fr). L’homme n’était pas libre, il était soumis à l’ignorance et à la
volonté divine qui détermine le destin des hommes. En revanche, la fin de l’histoire et la
réflexion finale de Candide nous laisse un message d’espoir dans l’humanité en tant que
détentrice du pouvoir pour changer son futur. C’est à travers l’homme et l’organisation
humaine que les sociétés fonctionnent. Maintenant, l’homme possède les connaissances
nécessaires pour être maitre de son destin, il raisonne, il est responsable de sa vie et de
ses décisions et doit utiliser ses capacités à la recherche du bien-être.

Bibliographie

 Voltaire. Candide. (2001) Ed. Blackmask Online.


 Encyclopédie Larousse en ligne. Voltaire. Retrieved october 17, 2017 from
http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Fran%C3%A7ois_Marie_Arou
et_dit_Voltaire/149270.
 Encyclopédie Larousse en ligne. Les Lumières. Retrieved october 21, 2017 from
http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8r
es/130660
 Etudes littéraires. Candide, Voltaire. Retrieved octobre 21, 2017 from
https://www.etudes-litteraires.com/voltaire-candide-theme-mal-providence.php

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