Vous êtes sur la page 1sur 11

Journal d'agriculture tropicale et

de botanique appliquée

La production des plantes médicinales en Anjou


A. Hérisset

Citer ce document / Cite this document :

Hérisset A. La production des plantes médicinales en Anjou. In: Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol.
6, n°4-5, Avril-mai 1959. pp. 151-160;

doi : 10.3406/jatba.1959.2545

http://www.persee.fr/doc/jatba_0021-7662_1959_num_6_4_2545

Document généré le 30/03/2016


LA PRODUCTION DES PLANTES MÉDICINALES EN ANJOU

Par A. HÉRISSET.
Professeur à l'Ecole de Médecine et de Pharmacie d'Angers.

L'utilisation intensive d'un nombre toujours croissant de


médicaments chimiques a cependant laissé une place importante à l'usage des
médicaments naturels et le règne végétal fournit toujours une
contribution notable à la thérapeutique. De nombreuses plantes médicinales
existent dans notre région à l'état spontané et font l'objet d'une
cueillette, mais surtout l'Anjou constitue l'un des plus gros centres français
de production des plantes cultivées (4). J'ai donc pensé qu'il pouvait
être intéressant d'esquisser l'historique de cette activité locale, de
rappeler les impératifs géographiques et climatologiques qui régissent
notre province et, compte tenu de ces facteurs, de préciser l'état actuel
de cette double production dans notre département (*).

HISTORIQUE
De nombreuses recherches dans les archives officielles et privées ne
m'ont apporté que des renseignements fort restreints. Les auteurs
locaux, dans leurs ouvrages publiés antérieurement à l'année 1860,
signalent bien l'existence d'un certain nombre de plantes médicinales
en Anjou, mais il s'agit là surtout d'espèces sauvages ou de plantes
cultivées par les consommateurs eux-mêmes. En 1864, Millet de la Tur-
taudière (3), traitant de toutes les ressources du département, ne
mentionne nulle part de cultures de plantes médicinales et, bien qu'il
étudie en détail la production agricole, aucune allusion n'est faite à
une telle production. La tradition orale et familiale rapporte que, sans
aucun doute, la première espèce cultivée dans la région de Chemillé
a été la Camomille romaine. Elle y fut introduite par les frères Vincent
il y a environ un siècle. M. Cailleau, l'actuel descendant de ces
précurseurs, se référant à d'anciennes factures et à des actes notariés
concernant des achats de terrain, croit pouvoir indiquer l'année 1868 comme
date d'origine de cette activité locale. Les premiers plants provenaient
d'un château de Chanzeaux, où ils constituaient les bordures des
jardins. L'historique de la production sera précisée pour chaque espèce,

(*) La rédaction de ce mémoire n'a été rendue possible que grâce à la


compréhension et à l'excellent accueil que j'ai rencontré auprès de diverses
personnalités angevines qui ont bien voulu me communiquer les documents qui
m'étaient nécessaires. J'ai ainsi mis à contribution : M. Laumonnier, Ingénieur
des Services Agricoles de Maine-et-Loire, M. Léon Cailleau, Producteur de
Plantes médicinales à Chemillé, M. Joffrillon, Inspecteur de la protection des
végétaux à Angers, M. Veillon, Directeur d'école à Brissac, Président des
Coopératives scolaires.
Je tiens, au début de ce travail, à les remercier bien sincèrement de leur
collaboration bénévole.
JOURNAL D'AGRICULTURE TROPICALE ET DE BOTANIQUE APPLIQUÉE, T. VI, N° 4-5, AVRIL-MAI 195{>
— 152 —

mais je dois indiquer dès maintenant que la culture des plantes


médicinales en Maine-et-Loire est exclusivement centralisée dans la région
de Chemillé-Saint-Lambert et qu'elle a pu s'y maintenir en raison des
facteurs suivants :
1°) on y trouve des sols argilo-siliceux profonds, un peu légers, mais
conservant leur fraîcheur en profondeur;
2°) il y règne un climat tempéré, dont l'insolation est suffisante, tout
en n'étant pas exagérée en été;
3°) il existe à Chemillé des herboristeries importantes qui, jusqu'à
présent, ont pu trouver les débouchés nécessaires;
4°) enfin, les producteurs ont su s'adapter à l'évolution économique,
sociale et technique, et ce dernier point sera précisé dans chaque cas
particulier.
Des essais de culture de Menthe et de Lavande ont été tentés, il y a
quelques années, dans la vallée de la Loire (dans la partie située entre
Angers et Saumur). Mais, entreprise à l'instigation d'une maison
productrice de plants, elles ont été rapidement abandonnées faute de
débouchés commerciaux. Dans cette même région, qui produit encore une
grande quantité de graines potagères, je dois signaler qu'il existait
autrefois une importante production de graines de Persil destinées à
la préparation de l'apiol; actuellement, cette utilisation par l'industrie
pharmaceutique est pratiquement négligeable.

L'ANJOU : APERÇU GÉOGRAPHIQUE ET CLIMATOLOGIQUE (1)

L'Anjou est, essentiellement, une région de transition et, l'unité de


la province doit son existence beaucoup plus au contexte historique
qu'à la géographie. Les 9.000 km2 de son territoire sont limités au nord
par le Maine, à l'ouest par la Basse-Bretagne; ils se prolongent au sud
vers le Poitou, à l'est vers la Touraine.
On peut distinguer :
Au nord-ouest, le Segréen et le Craonnais, prolongements des bocages
du Bas-Maine; au nord-est, le Beaugeois, couvert de forêts étendues; à
l'est et au sud-est, le Saumurois, pays de larges plaines vallonnées, qui
préfigurent déjà le Poitou; au sud-ouest, les Mauges, à sol granitique,
à relief accentué, atteignant 220 mètres à la colline des Gardes.
Mais, si ce territoire hétéroclite ne constitue pas une véritable région
naturelle, il présente toutefois une certaine unité, grâce à son réseau
hydrographique et à son climat.
Le « Val de Loire » se présente, en effet, comme le lieu de
convergence des rivières descendues du nord (Mayenne, Sarthe et Loir) et des
cours d'eaux venus du sud (Layon, Sèvre et Evre). Point
d'aboutissement de vallées bien orientées, il demeure une zone de passage et il
constitue le grand trait d'union entre les quatre régions de caractères
géographiques sensiblement différents.
Pays de transition, l'Anjou l'est encore et surtout par son climat :
« c'est une sorte de midi anticipé qui apparaît au coin de la Bretagne ».
a écrit Vidal de la Blache; et ce caractère découle du régime des vents
et des précipitations, ainsi que des températures.

(1) En partie, d'après R. Corillon (1).


— 153 —

Vents et Précipitations.
L'Anjou est soumis au régime dominant du flux d'ouest, sauf dans
les périodes où les anticyclones continentaux refoulent les
perturbations d'ouest et où s'établit un courant venant du nord-est ou du sud-
est.

CRAN

Carte schématique de l'Anjou (régions naturelles,


rivières, lieux de production).

Dans cette zone de transition, la moyenne des jours sans vent est assez
faible; par contre, la fréquence des vents forts est nettement inférieure
à celle observée à Tours et à Nantes : pour les vents supérieurs à 7 m/s,
les chiffres sont repectivement de 688 pour Angers, 1.067 pour Tours,
et 766 pour Nantes (pour 5.478 observations). On relève deux fois plus
de tempêtes à Nantes et trois fois plus à Tours qu'à Angers.
La prépondérance des vents d'ouest (52 %) entraîne des
précipitations relativement abondantes et assez étalées sur l'ensemble de l'année.
La moyenne s'établit entre 650 mm et 700 mm; mais val de Loire et
surtout vallée du Layon reçoivent moins de 600 mm. Les hauteurs du
Graonnais et des Mauges sont, naturellement, les région les plus arrosées
(Montfaucon : 830 mm).
Le nombre moyen des jours de pluie s'établit à 151, contre 177 à
Nantes et 161 à Tours. L'élément le plus caractéristique du régime des
pluies est l'existence d'une saison sèche d'été (juillet à septembre), très
nette par rapport à la Basse-Loire où les brumes humidifient
l'atmosphère dès septembre.
Journal d'Agriculture tropicale 11
— 154 —

Le nombre des jours de brouillard est, par contre, relativement élevé


(25 à 40 jours par an, avec un maximum de novembre à janvier),
l'humidité relative de l'air étant assez forte, du fait de l'important réseau
de rivières, en particulier autour d'Angers.

Températures.
Elles présentent une grande régularité, grâce à l'influence océanique
qui se manifeste au niveau du val de Loire. La moyenne de juillet
atteint 19°4 et celle de février ne s'abaisse pas, en moyenne, au-dessous
de 4°6. En hiver, l'ensoleillement est moins réduit que dans la région
nantaise, grevée par les fortes nébulosités atlantiques.
Quant au nombre de jours de gelée, il reste inférieur à 40, sauf
quelques années où il a pu s'élever à 60. On compte, en moyenne,
seulement 4 ou 5 jours au cours desquels la température descend au-dessous
de — 5°.
Les caractères géographiques et climatiques qui viennent d'être
exposés permettent à l'Anjou de bénéficier d'une richesse floristique sur
laquelle on ne saurait trop insister : en effet, la juxtaposition de régions
à physionomie et à caractères opposés écarte tout risque d'uniformité.
La nature variée des terrains, la physionomie du relief, jointes à un
climat propice permettent la présence d'une flore et de cultures fort
variées.

PLANTES DE CUEILLETTE

La récolte des plantes sauvages est bien antérieure à l'organisation


officielle du ramassage, qui date de 1918. Il est évidemment difficile
d'indiquer les espèces ramassées et de préciser les quantités récoltées;
mais, sous les réserves d'usage, je puis fournir les renseignements
suivants :
1°) Espèces récoltées : Frêne, Douce-amère, Reine des prés.
Millepertuis, Millefeuille, Nénuphar (racines), Fumeterre, Bourse à pasteur,
Aubépine, Sureau, Tilleul, etc..
2°) Régions de récolte : si la cueillette s'effectue dans tout le
département, elle est surtout importante dans la vallée de la Loire.
3°) Quantités collectées : Frêne : 25 tonnes; Douce-amère: 10 tonnes;
autres drogues : 5 à 15 tonnes.
Il me faut dire un mot de la cueillette réalisée par les enfants des
écoles. Réorganisée en 1952 par le Ministère de l'Education Nationale,
cette collecte s'effectue sous l'égide des cantines scolaires et elle peut
être schématisée ainsi :
1°) Espèces récoltées : une vingtaine d'espèces et parmi celles-ci :
Aubépine, Bourrache, Coquelicot, Lamier blanc, Sureau; etc..
2°) Régions de récolte: vallée d'Anjou (de Mazé à Mouliherne);
Saumurois et région de Doué; Segré — le Lion d'Angers.
3°) Quantités collectées : ces quantités n'ont pu m'être précisées,,
mais les deux dernières années, les coopératives scolaires
départementales ont vendu annuellement 50.000 francs de plantes médicinales.
— 155 —

PLANTES DE CULTURE

Les plantes de culture seront décrites dans un ordre correspondant


à leur importance économique actuelle; celle-ci coïncide d'ailleurs avec
leur ancienneté d'implantation dans la région.

Camomille romaine.
La Camomille double ou Camomille romaine est une variété horticole
de la Camomille noble (Anthémis nobilis, L.), espèce spontanée de
l'Europe. Elle__est cultivée dans la région de Chemillé depuis un siècle
environ, mais, depuis son implantation, sa culture a subi une certaine
évolution pour s'adapter aux nouvelles conditions économiques,
sociales, techniques :
a) A l'origine, les producteurs étaient peu nombreux et chacun
d'eux cultivaient plusieurs hectares. Pour la récolte, il était nécessaire
d'avoir recours à une main-d'œuvre importante s'élevant à 150-200
personnes. Une telle débauche de personnel ne permettant plus
actuellement d'aboutir à une production rentable, la culture est devenue
artisanale et mieux même, familiale : chacun cultive quelques ares,
quelques dizaines d'ares et la récolte est effectuée par les membres de
la famille.
b) Les plantations ont été attaquées par divers parasites, en
particulier par la Mouche du Chrysanthème (Phytomyza atricornis, Meig.)
et pour lutter contre cet insecte, les producteurs ont adopté une
méthode préventive : c'est ainsi que bien qu'il s'agisse d'une plante
vivace, la culture est devenue annuelle et elle se fait tous les ans sur
un terrain différent. Cette manière d'opérer présente en outre
l'avantage de réduire au minimum les soins culturaux, économisant ainsi
une main-d'œuvre onéreuse.
Actuellement la culture de la Camomille se présente donc ainsi :
Les plantations sont effectuées en février-mars après division des
touffes constituées par les plantes cultivées les années précédentes; les
rangs sont espacés de 50-60 cm et la densité de plantation à l'hectare
est de 100.000 plants. Les terrains humides conviennent bien; il est
utile d'adjoindre des engrais potassiques. Les soins culturaux se
résument à des binages et désherbages.
Les cultures de Camomille peuvent être attaquées par les parasites
suivants (dont aucun n'est spécifique de cette espèce) :
1°) Parasites animaux :
a) Taupin : il s'agit des larves de différentes espèces d'Agriotes, qui
s'attaquent aux racines de très nombreuses plantes. Le traitement est
très efficace; avant la plantation, il suffit d'incorporer dans la partie
superficielle du sol une spécialité à base de lindane ou de chlordane.
Par contre, les traitements effectués sur une plantation attaquée par ce
parasite sont presque toujours voués à l'échec.
b) Ver blanc : les larves du Hanneton commun ont parfois rongé
les racines de Camomille. Le traitement doit être effectué sur des
larves de première année, moins résistantes.
c) Mouche du Chrysanthème (Phytomyza atricornis, Meig.) : l'adulte
atteint 2,5 mm de long. Il est noir avec des taches jaunes sur le front,
— 156 —

les joues et les côtés du thorax. Sa larve, blanche, mesure 2,5 mm. Cet
insecte a très souvent parasité la Camomille, et cependant sa biologie
sur cette plante n'a pas encore été précisée. Sur le Chrysanthème, le
parasite évolue de la manière suivante : il passe l'hiver sous forme de
pupe, qui donne naissance au mois de mai à des adultes. La ponte est
enfoncée dans les tissus foliaires et les larves se comportent en
mineuses. La nymphose intervient dans les galeries et de nouveaux adultes
apparaissent en juillet. La ponte est, cette fois-ci, principalement
déposée sur les feuilles et la nymphose se produit en août et septembre.
La Mouche du Chrysanthème est très sensible aux pulvérisations de
Parathion ou de Lindane, mais les producteurs ont préféré adopter la
méthode préventive qui a été précédemment indiquée.
d) Pucerons : différents pucerons ont été observés, mais leur
détermination exacte n'a pas été effectuée; peut-être sagissait-il du Macro-
siphoniella chrysanthemi, Sanborn, spécifique du Chrysanthème?
2°) Parasites végétaux :
Les services officiels n'ont eu connaissance que d'un cas d'attaque
par le Rhizoctone de la Luzerne (Helicobasidium purpurea, Tul.). Par
ailleurs, au cours d'automnes humides, des champignons, en général
peu dangereux pour la végétation (Alternarià) , sont susceptibles de
tacher les feuilles.
La récolte s'échelonne de juillet à septembre, mais ce sont les
premières fleurs qui sont les plus appréciées. La cueillette est faite à
la main, au fur et à mesure de la floraison des capitules, un peu avant
leur épanouissement.
La dessiccation demande des précautions particulières, faute de quoi
les inflorescences noircissent rapidement : elle s'effectue sur des cadres
tendus de toile, disposés dans des greniers bien aérés. Si l'atmosphère
est humide, un système de chauffage du séchoir doit être prévu, mais
la température doit rester inférieure à 40-45°.
Le rendement de la culture est de 800 à 1 200 kg à l'hectare. La
surface totale cultivée s'élevant à 80 hectares, la production est donc
d'environ 80 tonnes. Les prix payés aux producteurs s'échelonnent, en
1958, entre 800 et 1 000 francs le kg, soit un chiffre d'affaires total
de 70 à 80 millions de francs. En 1957, il avait été exporté 25 tonnes,
malheureusement cette année il n'en sera pas de même, car les
étrangers se sont adressés à la Belgique.
Devant les difficultés économiques croissantes, nous avons pensé,
avec M. Cailleau, à utiliser les « déchets » : en effet, si une partie de
la Camomille est employée en nature par l'herboristerie, une fraction
importante est utilisée pour la préparation de l'essence. Il convenait
donc de tenter d'obtenir celle-ci à partir de la plante entière. Nous
avons donc réalisé des essais dans ce sens en septembre dernier. Les
premières récoltes de capitules ont été effectuées normalement; en fin
de saison, les sommités fleuries ont été fauchées, et les principes volatils
séparés par entraînement à la vapeur d'eau, dans un modeste alambic
de bouilleur de crû. Le distillât était recueilli dans un récipient
florentin; l'essence était séparée, puis filtrée. Cette opération, réalisée à
partir
de matière
de 600première.
kg de plante
Une fraîche,
questiona fourni
se posait
0,41 alors
g d'essence
: cette pour
essence
1.000
est-g
elle identique à celle obtenue à partir des capitules? Elle se présente
— 157 —

sous forme d'un liquide bleu-vert, d'odeur fortement aromatique, de


saveur brûlante; ses constantes sont indiquées dans le tableau suivant :
Essence Constantes Constantes
de de l'essence de l'essence
Chemillé d'après d'après
GlLDEMEISTER Guenther
et Hoffmann
Densité a 15° 0,905 0,905-0,918 0,904-0,912
Pouvoir rotatoire
[temp.: 20° tube de ldl »] _0°85' — 1° à + 3° — 0°40 à +0°48
N22 : 1,442- N2^u : 1,4410-
D : 1,4405
' N :g
Indice de réfraction
N'<g : 1,4402 1,457 1,4461
Indice d'acidité 0,70 1,5-14 4,2-11,2
Indice de
cation 278,8 210-317 272-293,5
dans 1 volume dans 1 volume
alcool à 95° dans 1-2 vol. ou plus
Solubilités dans 2 volumes alcool à 80°
alcool à 80° alcool à 80°

Ces données permettent d'affirmer que l'essence de sommités fleuries


est très voisine, sinon identique à celle qui est fournie par les capitules.
Les essais méritent donc d'être poursuivis. Les conditions opératoires
peuvent être nettement améliorées, mais l'alambic doit demeurer mobile,
afin de pouvoir être transporté près du lieu de production. Le prix de
l'essence variant actuellement entre 100 et 120.000 francs le kg, cette
utilisation des « déchets » s'avère donc fort rentable, tout en ne
constituant, sans doute, qu'un débouché secondaire.

Menthe poivrée.
La Menthe poivrée (Mentha piperita Huds.) est un hybride infécond
issu de Mentha viridis X Mentha aquatica. Sa culture a été introduite à
Chemillé à la fin du siècle dernier, entre 1885 et 1890. La variété
cultivée est celle qui a été importée à l'origine et il semble qu'il s'agit
d'exemplaires provenant de Milly. Elle fournit une drogue très appréciée
de l'herboristerie, mais, par contre, elle produit une essence de qualité
inférieure.
De même que pour la Camomille, et pour des raisons qui seront
précisées ultérieurement, la culture est devenue annuelle. Les plants
sont mis en place en novembre-décembre : on prélève des fragments
de rhizomes issus des anciennes plantations, on les étale sur le sol et on
recouvre de terre. On plante, en général, très serré, en lignes écartées
de 30 cm. Les terrains humides conviennent bien; il est utile
d'adjoindre des engrais azotés. Il conviendra d'assurer la propreté de la
plantation, ce qui avec la menthe, plante envahissante, se révèle assez
laborieux. La culture annuelle, dans un sol bien nettoyé avant la mise
en place, facilitera grandement cette réalisation. Le désherbage sélectif
de la menthe a été également étudié. Il s'agit d'une opération
particulièrement délicate, qui doit être effectuée avec précaution et sur des
cultures établies depuis plus d'un an : cette méthode ne présente donc
aucun intérêt pour notre région.
Les cultures de menthe peuvent être attaquées par les parasites
suivants :
— 158 —

1°) Parasites animaux : différents pucerons peuvent se développer


sur la menthe, bien qu'il ne semble exister aucune espèce spécifique.
Cependant, ces petits insectes deviennent de plus en plus envahissants
et la pratique des cultures annuelles, changées de place, permet de lutter
efficacement contre leur prolifération.
2°) Parasites végétaux : la maladie la plus dangereuse pour la menthe
est la Rouille (Puccinia Menthae, Persoon), fréquente lors des années
humides. Cette affection a fait l'objet d'études récentes et le traitement
le plus efficace consiste en l'application de dichloronaphtoquinone. Les
autres produits expérimentés, comme le captane et le zirame, ont fourni
des résultats inférieurs.
La récolte s'effectue par fauchage avant la floraison; on peut réaliser
deux récoltes annuelles, mais la première fournit les plus beaux
produits. On utilise soit les sommités entières, soit les feuilles mondées.
La dessiccation se fait par l'air chaud, à 45°, dans des appareils
spécialement aménagés.
Le rendement de la culture à l'hectare est de 2,5 à 3 tonnes de plante
entière, ou 1.000 à 1.500 kg de feuilles mondées. La surface totale
cultivée est de l'ordre de 40 hectares et la production totale s'élève à
60 tonnes. Les prix pratiqués en 1958 s'échelonnent entre 150 et 180
francs le kg pour la plante entière, 350 et 400 francs le kg pour les
feuilles mondées. Actuellement, les quantités exportées sont à peu près
nulles.
Certains grossistes ont tenté d'introduire en Anjou le type Mitcham,
spécialement destiné à la préparation de l'essence. Mais, jusqu'à présent,
ils se sont heurtés à l'hostilité des producteurs, le poids de la récolte
étant nettement inférieur. Si le prix de l'essence devenait rémunérateur,
la culture de cette variété pourrait être envisagée dans la vallée de la
Loire, les essais effectués il y a quelques années, et relatés dans
l'historique, ayant montré que la Menthe poivrée se développait très bien dans
cette région.
Malgré les avantages indéniables de la culture annuelle, j'ai cru
devoir signaler à M. Cailleau la méthode de retournement des vieilles
cultures préconisées récemment en Yougoslavie par le Pr Tucakov (5).
Cette technique, expérimentée autrefois en Anjou, a été rapidement
abandonnée pour des raisons diverses et en particulier parce que ce
procédé crée dans le champ un désordre tel qu'il n'est plus possible
de procéder au moindre désherbage.
MÉLISSE.
La culture de la Mélisse (Melissa officinalis, L.) a été introduite à
Chemillé à peu près en même temps que celle de la Camomille, mais
sans qu'il soit possible de préciser l'origine des graines ou des plants.
La durée d'une plantation est de 4 à 5 ans. On sème en février en
pépinières, on repique en avril en rangs espacés de 50 à 70 cm, pour
faciliter le désherbage. La Mélisse préfère les terrains sains, secs, elle
ne prospère pas dans les terrains humides; on recommande d'ajouter
des engrais phosphatés. La propreté de la culture sera assurée par des
binages fréquents et des désherbages.
Le seul parasite signalé est le ver blanc du Hanneton.
On récolte en mai, à la faucille, et l'on peut faire deux coupes par an.
On utilise soit les sommités entières, soit les feuilles mondées. La
dessiccation sç fait, comme pour la menthe, par l'air chaud, à 45°.
— 159 —

Le rendement est un peu inférieur à celui indiqué pour la menthe


et les prix pratiqués sont sensiblement identiques. La production totale
s'élève à 10 tonnes environ.

Hysope.
La culture de l'Hysope (Hyssopus offîcinalis, L.) a été introduite dans
notre région entre les années 1870-1880. La durée de la plantation est de
3 à 4 ans. On sème en février en pépinières, on repique en mai en
lignes espacées de 70 cm et avec un écartement de 40 cm entre les
pieds. L'Hysope préfère les terrains très secs, sableux, caillouteux, tels
que ceux que l'on rencontre dans la région de Saint-Lambert. Cette
espèce semble peu exigeante lorsqu'elle est en place, mais sa culture est
épuisante : on pourra ajouter du fumier de ferme et un peu d'engrais
complet. Les soins culturaux se résument à des binages et désherbages.
La récolte s'effectue à la faucille, au début de la floraison, c'est-à-dire
en juillet. La dessiccation est facile, car il s'agit d'une plante peu
fragile; elle s'effectue comme pour la menthe.
Le rendement de la culture est de 4 tonnes de drogue sèche à
l'hectare; la quantité totale produite est de 5 à 6 tonnes et le prix payé
aux producteurs de 80 francs le kg. Cette espèce était autrefois
largement exportée aux Etats-Unis, mais, à l'heure actuelle, son commerce
semble fort ralenti. Comme son débouché le plus important est la
distillerie, il serait intéressant de réaliser la préparation de l'essence
sur place, dans les conditions qui ont été précisées au sujet de la
Camomille.
Belladone.
La culture de la Belladone (Atropa Belladonna L.) est très récente
en Anjou et ne remonte qu'à 1941. On reproduit par semis en novembre;
la germination, difficile, demande environ 3 mois. On repique en avril-
mai en lignes espacées de 70 cm et avec un écartement de 50 à 60 cm
entre les pieds. La reproduction par éclats de souche n'a jamais encore
été utilisée. La durée de la plantation est de 3 ans au maximum; les
terrains argileux humides conviennent bien; il est bon d'ajouter des
engrais complets et des engrais organiques (farines de poisson). Les
soins culturaux se bornent à assurer la propreté de la plantation. On
peut faire deux récoltes par an : la première en juin-juillet, la seconde
en septembre. On coupe à la faucille et on sépare ensuite les feuilles à
la main. La dessiccation s'effectue à l'air libre dans des greniers bien
aérés, à l'abri de la lumière.
Le rendement obtenu est de l'ordre de celui réalisé avec la menthe. La
quantité totale récoltée ne s'élève qu'à 1 tonne-1 tonne 1/2 et le prix
payé aux producteurs oscille entre 200 et 250 francs le kg.
Il convient d'indiquer qu'il s'agit là d'une « culture-pilote » : en
effet, les conditions de celle-ci ont été maintenant bien précisées et il
serait possible de lui donner rapidement une grande extension si les
prix payés rendaient l'exploitation rentable, ou si la fermeture des
frontières exigeait le recours à une économie fermée.
Absinthe officinale.
La culture de l'Absinthe (Artemisia Absinthium, L.), importante
autrefois, se résume pour l'instant à la production de 1 tonne de drogue
— 160 —

sèche. Il est possible que cette production connaisse un regain


d'activité, car l'Absinthe jouerait un rôle important dans les nouveaux
aliments destinés aux bestiaux.

Rose de Provins.
La Rose de Provins (Rosa gallica, L.) a été naguère l'objet d'une
culture importante dans la vallée du Layon (Beaulieu, Saint-Lambert,
Rablay). On en trouve encore, à l'état sauvage, sur le coteau du Pont-
Barré. Jusqu'à la dernière guerre, plusieurs tonnes étaient exportées
annuellement aux Etats-Unis et en Angleterre. A l'heure actuelle, cette
espèce est exclusivement cultivée à Saint-Lambert, et la production
totale est de 1 tonne environ.

Ricin.
Durant la dernière guerre, des tentatives de culture de Ricin ont été
réalisées en Anjou : d'une part, des essais auxquels j'ai collaboré, ont
été effectués avec une variété précoce, à capsules épineuses et
déhiscentes et les résultats obtenus, encourageants, ont fait l'objet d'un bref
mémoire (2) ; d'autre part, un groupe de producteurs et d'industriels
a utilisé une variété à capsules inermes et indéhiscentes, mais qui
semblait fournir un rendement moins élevé. Actuellement, il ne subsiste
rien de ces initiatives et les Services Officiels m'ont confirmé récemment
qu'il n'existait plus aucune culture de Ricin dans notre région.

CONCLUSIONS

S'il ne paraît pas utile de s'appesantir sur les plantes de cueillette, il


est nécessaire de souligner l'importance des plantes de culture: en effet,
celles-ci occupent une superficie supérieure à 160 hectares et le
commerce qui en résulte représente pour notre région un chiffre d'affaires
supérieur à cent millions de francs. En faisant abstraction des drogues
secondaires, on peut dire que depuis quarante ans la culture de la
Camomille est restée stationnaire, tandis que celle de la Menthe
augmentait nettement. A l'heure actuelle, la production des plantes
médicinales est bien implantée en Anjou, parce que les cultivateurs ont bien
su s'adapter à ces cultures artisanales délicates et qu'ils possèdent un
équipement suffisant pour produire des drogues de bonne qualité.
Cependant, une conclusion pessimiste s'impose : en effet, d'une part
les prix pratiqués ne sont plus compétitifs et d'autre part, les cours
actuels ne sont pas assez rémunérateurs pour le producteur (en
particulier en ce qui concerne la Camomille). Il est donc permis de se
demander si cette activité locale ne subira pas une importante récession.

BIBLIOGRAPHIE
(1) Corillion R. — Bull. Soc. Bot., 104, 82e Session extraordinaire, pp. 7 et 46,
1957.
(2) Hérisset A. — - C. R. Ac. Se, 224, 1836, 1947.
(3) Millet de la Turtaudière. — Indicateur de Maine-et-Loire, 1864.
(4) Paris R. — Ann. Ph. Fr., 12, 742, 1954.
(5) Tucakov J. — Ann. Ph. Fr., 16, 202, 1958.