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Notions- Répertoires d’action politique

Thème 2 : La participation politique

2- 2- Quels sont les répertoires de l’action politique aujourd’hui ?

Introduction - Action politique et participation politique

L’idéal démocratique repose sur l’idée que le pouvoir politique procède du peuple souverain. La démocratie implique
donc une participation du citoyen à la vie politique.

 La participation politique est l’ensemble des activités menées par les individus afin d’exercer une
influence sur les autorités politiques.
 La participation repose alors sur une série d’actions politiques : une action politique est une
manifestation concrète d’une opinion dans un espace public politique.
 Cette série d’actions politiques s’inscrit dans un répertoire d'actions politiques : un ensemble
prédéterminé de moyens d’action connus et utilisables par les individus dans le cadre de leur
participation politique au sein d’une société donnée à une époque donnée

I. La participation conventionnelle : le vote

La participation politique conventionnelle se définit à partir de 3 critères :


 le citoyen s’implique dans la vie politique institutionnalisée
 les activités politiques se déroulent dans un cadre légal sans remettre en cause la légitimité du
système
 elles servent à produire le processus électoral : le vote, l’engagement politique dans un parti, la
participation à une campagne électorale.

Introduction – Histoire du vote en France

Quelques grandes dates de l’histoire du vote :


 1791 : suffrage censitaire et indirect :
 Hommes de plus de 25 ans
 Suffrage censitaire : le droit de vote est réservé aux citoyens qui acquittent un impôt direct au-
delà d'un seuil.
 Suffrage indirect : les citoyens élisent des représentants qui choisissent au nom du peuple
d'autres élus
 1848 : suffrage universel masculin et vote secret. Sont électeurs tous les Français âgés de 21 ans et jouissant de
leurs droits civils et politiques.
 Pendant le second Empire, le suffrage universel disparaît quasiment
 Sous la IIIe République, de nombreuses lois entourent la procédure électorale et le vote :
 1902 : la première loi sur la répression des fraudes en matière électorale.
 1913 : introduction de l'isoloir, de l'enveloppe et l'obligation faite au votant d'introduire lui-même son bulletin
dans l'urne.
 1919 : la campagne électorale est réglementée.
 1944 : droit de vote accordé aux femmes.
 1945 : droit de vote des militaires
 1974 : droit de vote à 18 ans

A. Pourquoi voter ?

1. Par obligation ?

 Dans certains pays le citoyen n’a pas le choix d’aller ou non voter, car le vote obligatoire a été mis en place.
 Les moyens utilisés sont des sanctions pénales et financières (amendes), administratives (être rayé des listes
administratives. Ainsi, en Belgique, où il a été instauré en 1893, l’abstention est constitutive d’une infraction,
qui, sans excuse valable, s’accompagne d’une sanction pénale (amende de 27,50 à 55 euros la première fois
et de 137,50 euros si récidive). Mais, outre la sanction pénale, l’abstention est sanctionnée aussi par des
mesures administratives. Ainsi, si la personne concernée s’est abstenue quatre fois en quinze ans, elle peut
être rayée des listes électorales pour dix ans et ne peut recevoir pendant ce laps de temps ni nomination, ni
promotion, ni distinction émanant d’une autorité publique
 Le vote obligatoire relève de la théorie de "l’électorat-fonction" développée notamment par l’abbé Sieyès. Le
vote "appartient" à la Nation, et c’est donc à cette dernière qu’il revient de déterminer quels citoyens sont
aptes à remplir cet office. Quand ils considérés comme aptes, ils doivent voter
 Cette solution a pour objectif de limiter l’abstention
 elle a toutefois des limites :
- elle ne suffit pas à susciter l’intérêt des électeurs
- Cela ne permet pas de mettre en évidence les raisons de l’abstention
- Forcer les citoyens à utiliser leur droit de vote peut avoir des effets déstabilisateurs sur les résultats :
augmentation des votes blancs, nuls ou extrémistes, qui pourraient signifier l’opposition des citoyens
à une telle procédure.

 Ces limites du vote obligatoire expliquent qu’en France, le vote reste un droit :
 C’est la théorie de "l’électorat-droit » défendue notamment par Jean-Jacques Rousseau : le vote est un droit
dont dispose tout citoyen
 Par principe, le vote n’est pas juridiquement un devoir. En effet, il pourrait sembler paradoxal de
transformer un droit essentiel en contrainte.
 Les limites restent bien sûr l’augmentation du taux d’abstention

2. Un acte irrationnel ?

 En 1957, Anthony Downs dans « An Economic Theory of Vote » analyse le vote en utilisant
l’approche économique basée sur un individu rationnel et égoïste. La décision d’aller voter résulte
d’un calcul coût-bénéfice. L’individu, avant d’aller voter, compare :
 Le coût de sa participation : se déplacer, prendre du temps pour aller voter et donc renoncer à
certaines activités
 Les bénéfices retenus de sa participation : la victoire de son candidat
Or, la probabilité que sa voix compte réellement, c’est-à-dire qu’elle soit cruciale, est faible voire nulle.
L’électeur a alors peu d’intérêt à aller voter. Qu’il se déplace ou pas, le résultat de l’élection ne sera pas
changé.

 Cependant, même si le taux d’abstention augmente ces dernières années augmente, un grand nombre d’électeurs
continue à voter. La participation électorale s’explique donc par des déterminants culturels et historiques.

3. Le vote montre l’appartenance à une communauté

Le vote a une portée symbolique car il montre l’appartenance d’un individu à la collectivité :
 Le vote assure la reconnaissance de l’individu comme citoyen :
 Seuls les citoyens peuvent voter
 Voter symbolise alors l’égalité politique des citoyens
 Participer à l’élection montre l’adhésion aux valeurs de la communauté :
 L’attachement à la démocratie et à l’organisation démocratique de la compétition politique : en démocratie,
le conflit ouvert est remplacé par un affrontement ritualisé entre adversaires politiques. Le vote est donc un
instrument de pacification sociale.
 La fidélité et l’engagement à l’égard de la communauté des citoyens : ne pas voter, c’est remettre
profondément en cause les fondements de l’ordre social
 le vote permet de légitimer les gouvernants, ce qui favorise l’acceptation pacifique de l’ordre politique par les
citoyens

B. L’apprentissage du vote

1. Une socialisation

Voter n’a rien d’un acte naturel :


 En 1848, les électeurs étaient mal préparés à l'exercice d'un droit nouvellement acquis. La socialisation est alors
une socialisation secondaire, puisqu’elle s’opère à l’âge adulte. La méthode est principalement par imitation : celle
des citoyens qui exerçaient déjà le droit de vote, les électeurs riches et influents.
 Ensuite, il fallut éduquer les enfants à l’école primaire. C’est alors une socialisation primaire :
 l’école a pour objectif d’apprendre à lire et à écrire, ce qui permet aux citoyens de lire et de comprendre les
programmes électoraux.
 Le programme scolaire propose aussi de l’instruction civique. Celle-ci- va transmettre les normes et les
valeurs à la base de la démocratie :
- La norme est la participation électorale : un bon citoyen doit aller voter
- Cette norme permet d’atteindre les valeurs centrales de la démocratie : la lutte pour le pouvoir
s’opère de manière pacifique, et il faut accepter les résultats des urnes.

2. Qui crée un rituel

 Un rite est un ensemble de règles et d’habitudes qui président une cérémonie. Ces règles
s’imposent aux individus et apparaissent aux acteurs comme «naturelles » alors qu’elles sont
sociales.
 Un rite se caractérise par
 sa répétition
 le caractère codifié des conduites attendues
 sa dimension symbolique.

 Le vote peut alors être considéré comme un rite :


 La répétition : le vote se reproduit à dates régulières
 Des codes spécifiques à l’acte électoral : il faut adopter certaines attitudes réfléchies (se découvrir,
maîtriser ses faits et ses paroles à l’intérieur de la salle de vote…) et respecter une séquence de gestes
strictement codifiée :
- L’électeur se présente à la table où sont déposés les bulletins et les enveloppes. Son inscription sur
les listes électorales est vérifiée.
- Il prend une enveloppe, un bulletin de vote de chaque liste ou candidat. Il est important qu'il prenne
plusieurs bulletins de vote afin de préserver la confidentialité de son choix
- Le passage par l'isoloir est obligatoire dans tous les cas afin de garantir le caractère secret et
personnel du vote.
- L'électeur introduit lui-même l'enveloppe dans l'urne.

 Ce rituel a des fonctions symboliques :


- La solennité traduit la gravité de l'acte : désigner ceux auxquels le peuple confie la souveraineté pour
gouverner
- Tous ces gestes concrétisent la communauté politique

C. Comment voter ?

1. Le vote, une activité réglementée

 Le fonctionnement d’un bureau de vote est régi par le code électoral :


 Le bureau de vote dispose obligatoirement d’un espace d’affichage, d’une table de décharge, d’un ou plusieurs
isoloirs ainsi que des tables de vote et de dépouillement.
 Le bureau de vote est composé d’un président, au moins 2 assesseurs, d’un secrétaire

 L’objectif est d’assurer un fonctionnement démocratique des élections :


 une participation importante des citoyens aux élections
 un choix libre et indépendant des pressions : le vote secret est alors indispensable
 rendre la fraude difficile, voire impossible, pour assurer la sincérité du vote

2. Les modalités pratiques : vers une individualisation du vote

Depuis l’instauration du suffrage universel direct, les modalités ont évolué. Ces transformations vont dans le sens
d’une individualisation des comportements : la collectivité a de moins en moins de poids sur l’individu
a) L’introduction de l’isoloir
 En France, au XIX° siècle, le vote se fait à partir d’un bulletin écrit en théorie secret.
 Ce système présente des limites :
 Des pressions peuvent se faire à l’encontre des votants : il est possible de distinguer le choix du
bulletin à partir de sa teinte ou de son épaisseur. Le secret du vote n’est donc pas assuré
 Des tricheries peuvent avoir lieu : le président de bureau pouvait manipuler le bulletin avant de
l’introduire dans l’urne. La sincérité du vote n’est donc pas totale.

 L’isoloir est alors conçu pour remédier à ces inconvénients. Cependant, l’introduction de l’isoloir ne fait pas
l’unanimité : l’isoloir entraînerait des complications qui décourageraient une partie des électeurs d’aller
voter.

 Les procédures actuelles d’élections ont été instaurées par la loi du 29 juillet 1913 : l'isoloir et l'enveloppe sont
alors introduits.
 Ces évolutions permettent d’éviter les pressions et les manipulations des bulletins
 Elles témoignent d’une individualisation du vote, car dans l’ancienne procédure électorale du vote secret
en public les électeurs restaient toujours sous les regards des membres du bureau de vote. L’isoloir permet
donc au moins symboliquement d’échapper au contrôle du groupe.

b) La machine à voter ou le vote électronique

Le Sénat a produit un rapport sur le vote électronique en avril 2014.


 le vote par machine figure dans le droit électoral français depuis 1970 comme une alternative au vote par urne.
Son utilisation relève du libre choix des communes.

 Les intérêts :
 Moderniser les opérations de vote : la démarche de l'électeur est simplifiée, ce qui peut inciter les citoyens à
aller voter
 assurer une économie pour les communes : moins de personnel communal est requis pour les opérations de
vote
 une meilleure fiabilité des opérations de vote :
 éviter les risques d’erreurs lors du dépouillement
 lutter contre la fraude pendant le déroulement de l’élection et le dépouillement des votes : on ne peut
plus « bourrer » les urnes
 Les limites :
 le coût élevé des machines
 La sincérité du suffrage peut être remise en question :
 Il peut y avoir des erreurs dans l’enregistrement du suffrage : l'électeur ne peut pas contrôler la réalité
de l'expression de son suffrage. Il appuie bien sur le bouton correspondant au candidat de son choix,
mais il ne peut pas s'assurer que la machine enregistre correctement son vote.
 Lors du dépouillement, on ne peut recompter les suffrages : avec le vote par urne, il y a une double
procédure de contrôle : d'abord au sein du bureau de vote puis, lors du dépouillement devant le juge
administratif qui peut examiner les bulletins litigieux
 Si on souhaite vérifier la sincérité du vote, il faut alors abandonner une autre condition essentielle : le secret
du vote électronique : or, la machine ne doit pas permettre de relier l'électeur à son suffrage. La traçabilité est
donc impossible
 Le rituel du vote est simplifié et perd alors de son symbolisme. Par exemple, le dépouillement du vote par
machine est rapide et instantané. Selon le rapport du Sénat, la perception du vote par les électeurs peut être
modifiée ; ceux-ci peuvent être moins enclins à aller voter, car le vote est désacralisé.

c) Le vote par internet

 Le vote par correspondance électronique existe depuis 2003, il est réservé aux français de l’étranger qui sont
dans une situation particulière :
 Comme tout citoyen français, ils ont le droit de vote
 Mais ils se heurtent à des difficultés pratiques :
 éloignement des lieux de vote dans un même pays
 réticence ou même opposition de certains États à voir organiser par la France des élections sur leur
territoire

 Les intérêts : augmenter le taux de participation des catégories d'électeurs peu enclins à voter jusqu'à présent
dans des bureaux de votes : les jeunes et les électeurs situés loin des bureaux de vote. En effet, il ne demande
aucun déplacement et un temps réduit.

 Les limites :
 Le vote secret n’est pas assuré : l'électeur peut voter devant son ordinateur sous la pression plus ou moins
forte d'un tiers.
 La sincérité du vote est remise en cause :
 il n'y aucune garantie que la personne votant « par internet » soit l'électeur concerné. L'authentification
de l'électeur à l'aide uniquement d'un identifiant et d'un authentifiant adressés par voie postale ne
constitue pas une garantie absolue.
 il est impossible à l'électeur de savoir si l'information enregistrant son vote a correctement retranscrit
le choix qu'il a effectué

 La sécurité est faible, les risques de fraude sont donc forts :


 l'électeur utilise son ordinateur personnel. Si celui-ci est mal protégé, des fraudes peuvent apparaître.
 les candidats peuvent désigner un délégué habilité à contrôler les opérations de vote par voie
électronique. Mais, on se heurte alors au secret industriel : pour vérifier la véracité des résultats, il
faudrait examiner le code-source du logiciel de vote. Or, celui-ci est protégé par un brevet

 comme pour le vote électronique le vote perd de son symbolisme. Il devient aussi un acte individuel,
puisque le rite du bureau de vote, synonyme d’appartenance à un groupe disparaît.

 Les résultats :
 Le taux de participation n’a pas globalement augmenté
 Mais les électeurs qui participent aux élections choisissent beaucoup plus le vote électronique.

II. La participation non conventionnelle

Introduction – Définition de la participation non conventionnelle

Les caractéristiques de la participation non conventionnelle :


 des actions publiques
 des actions collectives, qui mobilisent des groupes de citoyens
 une participation protestataire
 des actions directes, qui mettent face à face les citoyens et les détenteurs d'un pouvoir
 des actions revendicatives : la défense d’une cause ou d’intérêts communs
 des actions contestataires, dirigées contre une cible. Elles mettent donc en cause la légitimité
du système.
 Les actions peuvent être légales mais aussi illégales, violentes ou non violentes.

A. L’évolution à long terme des répertoires d’action collective

1. Le concept de répertoire d’action politique

 Le concept de répertoire d’action politique renvoie à la notion développée par Charles


Tilly : le répertoire d’action collective. Charles Tilly étudie la transformation des répertoires
de l’action collective en France dans son ouvrage « La France conteste, de 1600 à nos
jours ».

 C. Tilly montre que derrière les différentes modalités d’action, il y a des points communs.
Il introduit ainsi la notion de répertoire d’actions politiques. Selon Tilly :
 toute population a un répertoire limité d'actions collectives, c'est-à-dire de moyens
d'agir en commun sur la base d'intérêts partagés.
 C’est un répertoire non comme dans la musique classique, mais comme dans le
jazz : les individus ont le choix entre différentes modalités d’action.

2. Une évolution du répertoire en fonction de l’évolution des sociétés

 Les modalités de l’action politique changent en fonction de l’évolution de la société.


Pour chaque époque, il y a alors un modèle dominant même si les anciennes formes ne
disparaissent pas totalement. Charles Tilly définit des modèles de formes
protestataires à partir de plusieurs variables :
 Le cadre spatial (quartier, ville, Etat)
 La nature de la revendication (défense d’intérêts particuliers, promotion de
réformes)
 La formulation des revendications (codée pour les initiés, ouverte à un large
public)
 L’autonomie de l’expression (médiatisation de notables ou organisations
autonomes)
 Le degré de violence (menace, dégradation de biens ou institutionnalisation)

Source : E.Neveu
 entre le XVIIème et XIXème siècle le modèle « local patronné » est dominant :
 Les actions protestataires ont lieu dans l’espace local
 Elles fonctionnent souvent par détournement de rituels sociaux existants
(carnaval…)
 les groupes mobilisés cherchent le plus souvent le soutien d’un notable local : le
patronage
 Les actions se manifestent par de brusques flambées de violence

 Entre 1850 et 1980, le répertoire change: la société s’est industrialisée, urbanisée et


démocratisée. C’est le modèle «national-autonome »
 L’action s’opère au niveau national et s’adresse aux organisations patronales ou
à l’Etat
 La protestation acquiert également une autonomie, elle s’émancipe du
patronage des notables ou du clergé, Elle se trouve prise en charge par des
organisations (syndicats, associations).
 Les manifestations du mécontentement ne sont plus spontanées mais
organisées au niveau national. L’action prend des formes plus abstraites :
programmes et slogans l’emportent sur l’usage de symboles. Les formes d’action
sont la grève, les pétitions, la manifestation.
 Il y a un processus de pacification. La violence se réduit à des échauffourées
avec la police.

B. Quelles modalités d’actions politiques aujourd’hui ?

1. Un troisième répertoire depuis le début des années 80 ?

Tilly s’est posé la question de savoir si un troisième répertoire n’apparaissait pas à partir des
années 1980. C’est le répertoire « transnational-solidariste » caractéristique d’une société
post-industrielle.
Transnational-solidariste (en gestation) (depuis 1980)
Types d’intérêt Plus universels et techniques (environnement, lutte contre la
mobilisation,…)
Rapport aux autorités Réticence à toute délégation politique
Cadre de la protestation Du local au global : forums sociaux, campements d’indignés
Formulation des Militantisme d’expertise, rôle accru du droit et des médias
revendications
Lieux de mobilisation Lieux symbolisant la mondialisation néolibérale : contre-sommet
altermondialiste
Niveau de violence Faible ; recul de la violence politique
Source : E.Neveu
Les caractéristiques de ce troisième répertoire d’actions politiques sont donc :
 dimension internationale des actions
 L’action se désinstitutionnalise avec l’apparition de coordinations hostiles à toute
délégation de pouvoir et qui privilégient la démocratie directe.
 Les formes de l’action sont plus individualistes et font intervenir des leaders
médiatisés et experts.
 Les actions sont moins violentes, plus symboliques spectaculaires.

2. Les caractéristiques actuelles des actions collectives

Selon P.Perrineau, les actions politiques actuelles ont 2 caractéristiques :


 Une diversité de plus en plus importante de moyens d’actions
 Un processus d'individuation et de personnalisation des actions

a. Une multiplicité d’actions collectives

 Des actions collectives :


 Des actions traditionnelles caractéristiques du modèle national-autonome : faire grève, manifester,
occuper des locaux professionnels, bloquer la circulation, séquestrer son employeur
 De nouvelles modalités comme l’utilisation d’internet : celui favorise l’action collective, notamment chez
les jeunes
- internet permet à des individus partageant un intérêt commun, mais isolés, d’entrer en contact pour
former un groupe de défense ou de pression.
- internet diminue les coûts de coordination qui, traditionnellement, freinent l’engagement politique
(manque de temps, dispersion physique des militants).
- internet fait connaître les revendications à l’opinion publique notamment en diffusant des images
d’action spectaculaires.

 De nouvelles formes d’actions qui sont individuelles:


 La grève de la faim : L'expression «grève de la faim» ne s'impose qu'au XIXe siècle. Il s'agit d'une
privation de nourriture à caractère public associée à une revendication, face à un adversaire ou à
une autorité qui serait susceptible de satisfaire la revendication. C’est la souffrance physique du
gréviste qui doit témoigner de la légitimité des revendications. Les grèves de la faim sont souvent propres à
des populations qui ont peu de reconnaissance statutaire.

 La consommation engagée : par son acte de consommation, l’individu essaye d’influencer un pays ou une
entreprise
- boycott : ne pas acheter un bien pour protester contre les pratiques de l’entreprise ou du
pays qui le produit
- buycott : acheter un bien plutôt qu’un autre pour promouvoir une cause

b. Quelles explications ?

 Le développement de l’individualisme : les formes de l’action témoignent d’une individualisation des actions
collectives :
 des comportements privés ou domestiques prennent une dimension politique.
 les individus utilisent des ressources personnelles et se mobilisent ponctuellement sur des objectifs
limités pour une durée déterminée,

 Une pacification des actions collectives : en démocratie, la lutte pour le pouvoir se fait de manière pacifique, car le
fait de savoir qu’il y a une alternance du pouvoir rend illégitime le recours à la force. Les actions sont alors peu
violentes mais symboliques et spectaculaires.

 Une remise en cause de la démocratie représentative :


 il y a une désinstitutionnalisation des actions collectives : des collectifs dépourvus de chefs et hostiles à
toute délégation de pouvoir et qui privilégient la démocratie directe.
 C’est l’anti professionalisation développée par Max Weber dans « Le savant et le
politique » : la rationalisation des activités politiques, conduit à la
bureaucratisation. La professionnalisation de la politique et de la représentation est
alors critiquée : le pouvoir appartient de fait à une petite minorité d’individus issus
des mêmes sérails et que ne représenteraient plus vraiment le peuple. La
démocratie représentative est alors remise en cause.