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INTRODUCTION AU FRANÇAIS JURIDIQUE

Manuel pour les étudiants en droit

par Zsuzsanna KOVÁCS


ELTE ÁJK INYOK 2018.

I. Terminologie juridique 2 – 24
1. Classification – origine des mots techniques
2. Droit – mot clé du langage juridique
Branches, sources du droit
Droits fondamentaux
3. Justice française
4. Ordonnance de Villers-Cotterêts

II. Étude de cas: Euthanasie 25 – 30

III. Grands procès 31 – 44


1. Affaire Calas
2. Affaire Dreyfus
DOSSSIER I.

TERMINOLOGIE JURIDIQUE

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Chapitre 1. Lisez la classification suivante de mots techniques et consultez
le dictionnaire.
Les notions juridiques sont très précises: une définition précise est une garantie contre l'arbitraire.
Chaque branche du droit a sa terminologie propre. L'origine et la forme des termes techniques
présentent une grande richesse.

mots-bases qui proviennent:


du latin - constitution, obligation, culpabilité, contrat, prescription, article,
alinéa, alibi, quorum, référendum...
du grec - hypothèque, ...
de l'italien - agio, escompte, mont-de-piété, ...
de l’anglais - budget, chèque, franchisage, factoring, know-how, label, ...
du langage courant - divorce, mariage, vendeur, ...

mots latins: - de cujus, res nullius, solvens, ad nutum, ad hoc, ...

mots dérivés:
suffixes
-oire - contradictoire, conservatoire, provisoire, ...
-age - affermage, louage, ...
-aire - alimentaire, bénéficiaire, donataire, judiciaire, ...
-if, -ive - exécutif, législatif, constitutif, ...
préfixes
-co - copropriété, codébiteur, cotitulaire, ...
-non - non-lieu, ...
-sub - subsidiarité, substitut, subornation, ...
-pré - préavis, préemption, préjudice, ...

noms d'agents:
participes présents - cédant, gérant, ...
participes passés - accusé, préposé, prévenu, ...
suffixes -eur - débiteur, demandeur, défendeur, donateur, ...

mots composés:
substantif + substantif - crédit-bail, dommages-intérêts, saisie-vente, ...
substantif + adjectif - procès-verbal, huis-clos, ...
substantif + de + substantif - lettre de change, présomption d’innocence, juge d'instruction, ...
substantif + à + substantif - garde à vue, ...
substantif + en + substantif - action en justice, ...
substantif + adjectif - casier judiciaire, ministère public, ...
verbe + substantif - ayant cause, ayant droit, ...
substantif+de+ verbe - obligation de faire, injonction de payer

homonymie (les mots du langage quotidien prennent un autre sens dans le langage juridique) :police,
signifier, étude, minute, meuble, immeuble, capable, saisir, fruits, assiette, parquet, trancher, casser,
article, ...

polysémie (termes juridiques à sens multiples) : droit, dépôt, obligation, déposer, mandat, ...

faux amis (à l'intérieur du langage juridique) : droit civil-droit civique, libéral-libéralités,


amende-amendement, arrêté-arrêt, avocat-avocat général, ...

ensemble fermé (constitué par des couples) :ascendant-descendant, demandeur-défendeur,


créancier-débiteur, donataire-donateur,...

ensemble ouvert: cour, droit, ....


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Petit glossaire juridique
Accusé
Personne mise en examen pour un crime et renvoyée devant une cour d'assises pour y être jugée.
Action en justice
Procédure engagée devant une juridiction pour obtenir le respect ou la reconnaissance d'un droit ou
d'un intérêt légitime.
Ayant droit
Il s'agit d'une personne qui a acquis un droit d'une autre personne (ex: un héritier est l'ayant droit du
défunt). On parle également d'ayant cause.
Casier judiciaire
Relevé des condamnations pénales regroupées au Casier judiciaire national du ministère de la Justice à
Nantes.
Contradictoire
Principe d'égalité et de loyauté entre les parties durant une procédure judiciaire (avant et pendant un
procès). Il permet à chacune des parties de connaître les demandes ou les reproches de son adversaire
et les oblige à communiquer tous les éléments et les pièces dont elles disposent, afin de les soumettre à
la critique et de préparer leur défense. Le juge veille au respect de ce principe.
Constitution
Ensemble des normes fondamentales, écrites ou non, dont le respect, dans un État de droit, s'impose
aussi bien aux pouvoirs publics qu'aux citoyens. La Constitution a principalement pour objet de fixer
les règles concernant l'organisation et le fonctionnement des institutions, les rapports entre ces
pouvoirs publics et les citoyens et les libertés et droits fondamentaux des individus.

Contrat
Document signé par au moins deux parties qui fait naître des droits et ou des obligations entre elles. Il
a force de loi entre les signataires.
Cour Juridiction d'un ordre supérieur.
Créancier Personne, physique ou morale, à qui une somme d'argent est due (par un débiteur).
Débiteur Personne, physique ou morale, qui doit une somme d'argent à une autre (un créancier).
Défendeur Personne contre laquelle est intentée une action en justice.
Demandeur Personne qui présente une demande en justice et prend l'initiative d'un procès civil.
Dommages-intérêts
Somme d'argent destinée à réparer le préjudice subi par une personne du fait des agissements d'une
autre personne.
Donataire Personne ou association qui reçoit une donation.
Donateur Personne qui réalise une donation.
Huis clos
Expression consacrée signifiant " toutes portes fermées " utilisée pour désigner une audience tenue
hors de la présence du public par exception au principe de publicité des débats pour éviter des
désordres de nature à troubler la sérénité de la justice ou pour préserver l'intimité des victimes.
Cependant, la décision est toujours rendue et prononcée en audience publique.
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Mariage
Union stable entre un homme et une femme consacrée par une déclaration solennelle (célébration)
effectuée devant un officier d'état civil (le maire ou une personne qu'il délègue). Le mariage confère
aux époux des droits (fiscaux, sociaux) et des devoirs réciproques (assistance, secours, fidélité,
contribution aux charges du mariage, éducation et entretien des enfants).

Non-lieu Décision d'une juridiction d'instruction mettant fin à des poursuites pénales.
Parquet (ministère public)
L'ensemble des magistrats chargés de réclamer l'application de la loi au nom de la société.
Prescription
En matière civile et administrative, désigne en général la perte d'un droit lorsque celui-ci n'a pas été
exercé pendant un certain temps fixé par la loi.
En matière pénale, aucune poursuite pénale ne peut être engagée contre l'auteur d'une infraction après,
en principe, 10 ans pour un crime, 3 ans pour un délit, 1 an pour une contravention. Ce délai
commence, sauf exceptions, à compter du jour où l'infraction a été commise ou à compter du dernier
acte de poursuite.
Quorum
Se dit de la proportion minimum des membres d'un organe collégial (ex :assemblée générale des
actionnaires, conseil d'administration d'une S.A) qui doivent être présents ou représentés afin que cet
organe puisse délibérer sur une question et prendre une décision valable lors d'un vote.
Saisie-vente Elle permet au créancier de saisir les biens mobiliers de son débiteur et d'être
remboursé sur le prix de la vente.

1. De quelle notion s’agit-il ?

a) Convention par laquelle une ou plusieurs personnes s’obligent, envers une ou plusieurs autres,
à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose. .................................................

b) Consolidation d’une situation juridique par l’écoulement d’un délai. .........................................

c) Celui qui effectue le paiement d’une obligation. ...................................................

d) Personne à qui un droit est reconnu. ...................................................

e) Personne qui doit une somme d’argent en même temps que d’autres. .................................

f) Plaideur qui a l’initiative du procès. .....................................

g) Principe selon lequel toute personne poursuivie est considérée comme innocente jusqu’au
jugement déclarant la culpabilité. ......................................................................

h) Relevé national des condamnations pénales. ………………………………………………..

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2. Cherchez le pluriel ou le singulier des noms composés dans les textes suivants.

a) L’artiste-interprète a le droit au respect de son nom, de sa qualité et de son interprétation.


(Code civil 1991/92 Loi 85-660 du 3 juillet 1985 Relative aux droits d’auteur ... Titre II. Des droits voisins du
droit d’auteur , Art. 17.)

...................................... - ..............................................

b) L’acte authentique fait pleine foi de la convention qu’il renferme entre les parties contractantes et
leurs héritiers ou ayants cause. (Code civil 1991/92 Art. 1319.)

...................................... - ..............................................

c) Quiconque, abusant d'un blanc-seing qui lui aura été confié, aura frauduleusement écrit au-dessus
une obligation ou décharge, ou tout autre acte pouvant compromettre la personne ou la fortune du
signataire, sera puni des peines portées en l'article 405. (Code pénal 1991/92 Art.407.)

...................................... - ..............................................

d) Font foi, jusqu'à preuve contraire, les procès-verbaux pour infraction à la réglementation de la
chasse maritime par: ( ...)
3. Le cas échéant et dans les conditions qui seront fixées par décret, les garde-chasses
maritimes commissionnés à cet effet par décision ministériel et assermentés devant le tribunal
d'instance de leur résidence. (Code pénal 1991/92 Appendice Chasse L. 228-29)

...................................... - ..............................................
...................................... - ..............................................

3. Comment traduire en termes juridiques les faits, les actes, les situations de la vie
courante?

Un client vient voir son avocat ou son notaire, lui expose son affaire et lui pose une question: ''Mon
père vient de mourir. Je souhaiterais installer ma famille dans la grande maison qu'habitaient mes
parents, mais ma mère ne veut pas la quitter pour un appartement plus petit. A-t-elle le droit d'habiter
dans cette maison jusqu'à sa mort?''

Le juriste traduira cette question en utilisant les termes techniques suivants:


la succession du défunt, héritier de la maison, l'usufruit, , le conjoint survivant
La mère est ................................, le fils est ..................................... Mais le conjoint survivant a

............................................... d'une partie de ............................................................., c'est à dire l'usage

et la jouissance des biens de celui-ci jusqu' à sa mort. Elle peut donc rester dans la maison.

(D'après Je veux réussir mon droit éd. Armand Colin Paris 1993)

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Chapitre 2. Droit – mot clé du langage juridique.
A. Le droit objectif

Le droit objectif est l'ensemble des règles de droit susceptibles de s'appliquer à toutes les
personnes dans un pays. On parle également de système juridique ou de droit positif.

Le droit objectif a un caractère général : il s'applique à toutes les personnes placées dans une même
situation. Il a un caractère abstrait car il vise une situation-type, susceptible de se produire.

Le droit objectif a pour objet de déterminer précisément les droits subjectifs.

B. Les droits subjectifs

Les droits subjectifs sont les prérogatives dont peut se prévaloir une personne, sujet de droit.
Le terme subjectif est issu du mot sujet. Autrement dit, les droits subjectifs sont les pouvoirs reconnus
à une personne, qui lui permettent de faire ou d'exiger quelque chose.

Une personne peut donc revendiquer des droits qui lui sont reconnus par le droit objectif. Ainsi, Albert
Leroux, en vertu de l'article 544 du Code civil, qui énonce que « La propriété est le droit de jouir et
disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu'on ne fasse pas un usage prohibé par les
lois ou par les règlements », peut jouir et disposer de la maison dont il est le propriétaire de la manière
la plus absolue.
Par opposition au droit objectif, les droits subjectifs se distinguent donc par leur caractère :
personnel ou particulier, puisqu'ils concernent tel ou tel individu ;
concret puisqu'ils visent non pas une situation-type, mais la situation réelle d'un individu ou d'un
groupe d'individus.

Certains droits subjectifs peuvent être évaluables en argent (ont une valeur pécuniaire): ce sont les
droits que l’on appelle les « droits patrimoniaux » (p. ex. droit de propriété) .

Les autres droits subjectifs ne sont pas quantifiables en argent : on les appelle les « droits
extrapatrimoniaux » (droits familiaux, droits de la personnalité).

C. Les branches du droit

Le droit national se divise en droit public et droit privé.

Le droit public qui rassemble plusieurs branches telles que le droit constitutionnel qui s’occupe des
règles de fonctionnement politique de l’Etat ou le droit administratif qui a pour objet l’organisation
et le fonctionnement des administrations des services publics.

En droit privé la primauté vient au droit civil qui rassemble toutes les règles qui concernent le sujet
de droit (la personne). On y trouve le droit de la famille, des obligations, etc. Il est le droit commun
du droit privé. Quand il n’existe pas de règle spéciale dans une branche du droit privé on applique les
règles du droit Civil. Le droit privé regroupe le droit commercial, droit des commerçants. Ou encore
le droit du travail qui gère la relation de travail subordonnée. Il y a des juges différents selon le type
de droit et selon la branche de ce droit.

Il existe toutefois des branches mixtes, qui se rapportent aux deux, comme le droit pénal et la
procédure pénale qui appartiennent au droit public et privé. Il est d’autres matières transversales,

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comme le droit de l’environnement ou de la consommation, qui s’affranchissent de la frontière
entre droit privé et public.

Le droit international se subdivise en droit international public et droit international privé.

Le droit international privé régit les rapports et contentieux entre personnes relevant de législations
d’États différents. Il comprend l’ensemble des règles relatives à la nationalité d’une personne ainsi que
celles visant à déterminer la loi applicable et le tribunal compétent en cas de conflit. P.ex un contrat,
quel qu’il soit, passé entre deux personnes de nationalités différentes relève du droit international
privé.

Le droit international public régit les rapports et contentieux entre plusieurs États ou entre les États
et des organisations internationales. P.ex. Les traités relatifs au droit humanitaire, au droit maritime ou
encore au désarmement relèvent tous du droit international public

1. Video: Fonctions et caractères du droit. Reliez les deux colonnes.


1.
A) l’objet du droit
B) l'ensemble des règles de droit (droit objectif, droit écrit)
C) la règle de droit est générale
D) la règle de droit est abstraite
E) la règle de droit est obligatoire
F) les sanctions du non respect du droit

1. civiles : dommages et intérêts, pénales : amende et / ou peine de prison


2. elle est la même pour tous
3. elle traite des situations types
4. les lois, constitution, règlement – décrets, arrêtés -, traités
5. organiser la vie en société
6. son non respect entraîne des sanctions

2.
G) le droit objectif détermine les droits subjectifs
H) les droits patrimoniaux (droit de propriété)
I) les droits extrapatrimoniaux (droits familiaux, droits de la personnalité)

1. les droits non pécuniaires (intransmissibles, incessibles)


2. les droits pécuniaires (transmis aux héritiers, vendus, loués)
3. l’ensemble des prérogatives dont dispose un individu sur un bien ou sur une autre personne

3.

J) le droit public
K) le droit administratif
L) le droit constitutionnel
M) le droit pénal
N) le droit fiscal

1. le droit administratif, constitutionnel, pénal, fiscal


2. les infractions à l’ordre public
3. les impôts et les taxes
4. l’organisation et le fonctionnement de l’Etat
5. les rapports avec l’administration
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4.

O) le droit privé
P) le droit civil
Q) le droit commercial
R) le droit du travail

1. le droit civil, droit commercial, droit du travail


2. les relations entre commerçants (livraison)
3. les relations entre employeurs et salariés (licenciement)
4. les relations entre particuliers (voisinage)

2. Déterminez la branche du droit correspondant aux situations suivantes:

1. Un automobiliste renverse un piéton et prend la fuite.


2. La société Le Ventoux subit un redressement fiscal et conteste les sommes qui lui sont
réclamées.
3. Un voisin violent frappe Michel à la suite d’une altercation. Après une hospitalisation de
quelques jours, Michel décide de ne pas laisser ce geste impuni.
4. Le père d’Anna vient de décéder; elle a rendez-vous avec ses deux frères chez le notaire pour
prendre connaissance de son testament.
5. Soixante sénateurs viennent de saisir le conseil constitutionnel pour contester la
constitutionnalité de l’article 23 de la dernière loi de finances.
6. Le dernier traité sur la réduction des OGM et des pesticides n’a pas été ratifié dans les temps
impartis par deux États signataires.
7. L’inspecteur du travail a donné son autorisation au licenciement de Mme Liorre, déléguée
du personnel de l’entreprise Le Ventoux. L’employeur conteste la décision de l’inspection du
travail.
8. Le photographe qui devait s’occuper du mariage de Sandra n’est pas venu et lui a causé un
grave préjudice.
9. La société Marchand, spécialisée dans le négoce de fruits et légumes, vient d’être mise en
redressement judiciaire.
10. Les époux Levallois divorcent.
11. La société Le Ventoux licencie trois salariés pour faute grave. Parmi ces salariés, deux
contestent le motif réel et sérieux du licenciement.
12. Baptiste, de nationalité française, doit épouser Hanna, de nationalité allemande, en juin
prochain. Ils aimeraient se marier en Italie, pays qu’ils aiment beaucoup et où ils voudraient
vivre, mais ignorent s’ils en ont le droit.

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3. Distinguez le droit objectif et le droit subjectif. Vrai ou faux?

1. Le Droit objectif porte sur:


a. le droit de propriété.
b. la Constitution française.
c. le Code de la route.

2. Un droit subjectif peut prendre la forme:


a. d’une créance sur son locataire.
b. de congés payés pour un salarié.
c. de la peine prévue par l’article L. 221-1 du Code de la route: « Le fait de conduire un
véhicule sans être
titulaire du permis de conduire correspondant à la catégorie du véhicule considéré est puni
d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

4. Les classifications.
Beaucoup de définitions correspondent aux catégories et aux sous-catégories des nombreuses
classifications juridiques.
catégories
lois lois constitutionnelles, lois organiques, lois référendaires

droits subjectifs droits extrapatrimoniaux, droits patrimoniaux

infractions pénales contraventions, délits, crimes

D. Les sources du droit

Le droit positif prend ses sources dans un ensemble de règles écrites et non-écrites.
Les sources du droit désignent donc « l'ensemble des règles juridiques applicables dans un État à un
moment donné. Dans nos pays de droit écrit, les principales sont des textes, tels que les traités
internationaux, les Constitutions, les lois, les règlements ; mais d'autres, telles que la coutume, les
principes généraux du droit consacrés par la jurisprudence jouent un rôle plus ou moins grand selon la
matière » (Lexique juridique, Éditions Dalloz).

a) Les sources du droit international

Les traités et les accords internationaux

Ce sont des accords entre États. Ils ont pour objectif d'harmoniser les règles de droit entre pays.
Une fois le traité ratifié, la Constitution définit sa portée dans le droit interne ; le traité peut alors être
adapté à l'ordre juridique français.

Le droit communautaire

La notion de droit communautaire renvoie aux règles fixées par les institutions de l'UE (traité de
Maastricht de 1992).

On distingue :

 les actes contraignants : les règlements, les directives, les décisions ;


 les actes non-contraignants : les avis et recommandations.

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b) Les sources du droit français
Les sources internes du droit émanent des autorités nationales et sont strictement hiérarchisées.

Les sources directes

La Constitution

Les règles constitutionnelles occupent le sommet de la hiérarchie. Elles comprennent :

 le préambule de la Constitution de 1946 assorti de la Déclaration des droits de l'homme et du


citoyen de 1789 ;
 la Constitution proprement dite du 4 octobre 1958 ;
 les lois organiques qui complètent la Constitution (mode d'élection du président de la
République, etc.) ;
 depuis 2005, la charte de l'Environnement (principe de précaution).

La loi

La loi est un texte voté par le Parlement (article 34 de la Constitution). Elle est donc issue du pouvoir
législatif. Elle fixe les règles ; elle doit être conforme à la Constitution (Conseil constitutionnel) et
promulguée par le président de la République. La procédure d'élaboration de la loi est définie dans la
Constitution.

Les ordonnances

Elles sont élaborées par le Gouvernement, avec l'autorisation du Parlement, et signées par le président
de la République. Le pouvoir de faire des ordonnances est limité dans sa durée et dans son objet
(article 34 de la Constitution). Elles doivent être ratifiées par le Parlement avant l'expiration de la date
fixée.

Les règlements

Ce sont des « actes de portée générale et impersonnelle édictés par les autorités exécutives
compétentes » (Lexique juridique, Éditions Dalloz). Il faut distinguer : les décrets du président de la
République et du Premier ministre, et les arrêtés qui émanent des ministres, des préfets, des maires,
chacun dans leur domaine.

Le droit négocié

Le Code du travail fixe les règles qui régissent les conditions de travail des salariés. Cependant, des
accords ou conventions collectifs peuvent être signés entre employeurs et syndicats de salariés. Les
conventions collectives définissent l'ensemble des conditions de travail et des garanties sociales
applicables aux salariés. Un accord collectif ne porte que sur un sujet précis (salaire, temps de travail,
etc.). Ces accords et ces conventions sont signés au niveau d'une branche, d'une entreprise ou d'un
établissement.

Les sources indirectes

La jurisprudence

La jurisprudence regroupe l'ensemble des décisions rendues par les différents tribunaux sur un point de
droit précis. Elle est donc une source de droit car elle interprète les lois pour les adapter à des
situations concrètes. Les lois ne pouvant envisager toutes les situations, la jurisprudence comble leurs
lacunes. Elle n'a de ce fait aucun caractère obligatoire.

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La coutume et les usages

La coutume est une règle non-écrite issue d'un usage général et prolongé et de la croyance en son
caractère obligatoire. Les usages sont des règles coutumières spécifiques à une région ou à une
profession.

La doctrine

La doctrine est l'ensemble des travaux de réflexion de juristes (sur la jurisprudence, sur des faits de
société) qui peuvent faire évoluer le droit (modification des règles de droit).

c) la hiérarchie des normes

En vertu du principe de hiérarchisation, un texte de catégorie inférieure ne peut déroger aux


textes de catégories supérieures.

Au sommet de la hiérarchie se situe la constitution du 4 octobre 1958 qui émane du peuple


français, suivie des traités ratifiés, des lois (décidées par les élus du peuple à l’Assemblée
nationale et au Sénat) et ordonnances, des règlements administratifs dont les décrets et arrêtés
(ministériels, préfectoraux et municipaux) et enfin de la coutume. La coutume représentant
des usages consacrés par le temps et acceptés par la population.

1. Remplissez le tableau.
texte émetteur
règlements européens
lois
Gouvernement, avec l’autorisation du Parlement
décrets ministériels
décrets présidentiels
ministres
arrêtés municipaux
conventions collectives
juridictions (tribunaux)
coutumes
membres d’une profession
professeurs de droit

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2. Remplissez le texte.
Le tabac serait interdit dans les lieux publics dès février 2007
dimanche 8 octobre 2006

fréquentation, interdit, fait, publié, , maximal, lieux, toujours, accueillent, contrôle, suit, aider, pris,
liées, amélioration

PARIS (Reuters) - Le tabac sera …………………….. par décret dans les lieux publics en France à
compter du 1er février 2007 mais les bars-tabac, restaurants ou discothèques bénéficieront d'un sursis
jusqu'au 1er janvier 2008.

"Nous sommes partis d'un constat simple: 60.000 morts par an dans notre pays ………………
directement à la consommation de tabac et 5.000 morts liées au tabagisme passif. Cela
…………………. plus de 13 morts par jour, c'est une réalité inacceptable", a expliqué dimanche
Dominique de Villepin au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.

"On pourra ……………………. fumer dans les rues. La mesure concernera les écoles, les lycées, les
collèges, les administrations, les entreprises, les magasins", a précisé le Premier ministre.

Un décret, préparé sous l'égide du ministre de la Santé Xavier Bertrand, sera ………………….. en ce
sens en novembre.

"Pour les établissements qui traditionnellement …………………….. des fumeurs, nous avons prévu
un délai supplémentaire d'adaptation, compte tenu des investissements que certains auront à faire.
C'est au 1er janvier 2008 que pour les bars-tabac, restaurants, discothèques, la mesure interviendra.
C'est un délai ……………………….", a indiqué Dominique de Villepin.

Dans ces établissements, les fumeurs auront la possibilité d'allumer une cigarette dans des
…………………………. hermétiquement clos.

Les contrevenants seront punis d'une amende forfaitaire de 75 euros et les responsables des
établissements de 150 euros en cas d'infraction. "Nous aurons un corps de ……………………….
important qui sera mobilisé", a dit Dominique de Villepin.

Cette mesure d'interdiction marque un tournant dans la politique de santé publique française. La
France ………………. l'exemple de plusieurs pays européens comme l'Irlande, la Norvège, l'Italie, la
Suède ou encore l'Ecosse.

L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) a mis en garde le gouvernement contre une
"catastrophe" commerciale, prédisant une baisse de la ………………………….. dans les restaurants
et cafés. Des aides financières aux buralistes ont été annoncées jeudi dernier.

"Nous attendons très rapidement une …………………….. de la santé publique", a affirmé Dominique
de Villepin.

L'Etat prendra en charge une partie du coût des traitements anti-tabac afin d'…………………… les
fumeurs à "arrêter", a indiqué le Premier ministre.

Dominique de Villepin a affirmé que le gouvernement n'avait pas ………………….. de "dispositions"


en vue d'une nouvelle augmentation du tabac.

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3. Traduisez.
Jövőre tiltják be a köztéri dohányzást Franciaországban
Minden közterületen, pályaudvaron, kávézóban, éjszakai mulatóban, étteremben tilos lesz dohányozni
2007 februárjától, jelentette be Dominique de Villepin francia kormányfő vasárnap. Franciaország is
csatlakozott ahhoz az egyezményhez, ami alapján már számos európai országban bevezették a szigort.
A magánlakásokban, hotelszobákban - ha ezt külön nem tiltják - továbbra is lehet cigarettázni. A
francia kormányfő a bejelentést egy tévéinterjúban tette, és a halálozások nagy arányával indokolta a
lépést: Franciaországban naponta 13-an halnak meg a dohányzás miatt. A tilalom megszegői 75 eurós
(20 ezer forintos) büntetésre számíthatnak. A közvélemény 70 százaléka támogatja az új szabályozást,
írja a BBC.

4. L'Europe et le tabac (audio) France Inter vendredi 7 janvier 2011

L’Espagne a adopté le 1er janvier l’une des législations anti-tabac les plus restrictives
d’Europe.
Selon certains médecins, le tabac tue 150 Espagnols par jour, soit 55 000 par an. Il est
désormais interdit de fumer dans les bars, les restaurants, les aires de jeux pour enfants et les
zones en extérieur des enceintes scolaires et hospitalières. Une occasion de faire le point
avec vous sur les législations dans les différents pays membres de l’Union.
Selon les chiffres de la Commission, le tabagisme reste la principale cause de décès
prématuré dans l’Union européenne. Malgré les progrès qui ont été enregistrés ces dernières
années, 650.000 personnes meurent chaque année de maladies liées au tabagisme. La
moitié d’entre elles est âgée de 35 à 69 ans.
Pourtant, près de sept ans après les mesures historiques adoptées en Irlande, premier pays
européen à avoir banni le tabac des lieux publics, les pays avancent toujours en ordre
dispersé dès qu’il s’agit d’interdire la cigarette dans les lieux publics.
Il faut dire que les législations sont très disparates en fonction des pays. Douze pays ont mis
en place des lois d’interdiction générale de fumer. Et quinze autres n’interdisent que
partiellement de fumer dans les lieux publics.
Dans les douze premiers, il faut encore distinguer deux sous-catégories.
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La première (on y retrouve l’Irlande, le Royaume-Uni, Chypre et maintenant l’Espagne), où
il y a une interdiction totale. C’est-à-dire que la cigarette est proscrite dans tous les
établissements scolaires, les gares, les transports, les lieux de travail, les commerces les
restaurants les bars les cafés et les lieux privés qui reçoivent du public.
D’autres pays appliquent l’interdiction générale de fumer mais de manière un peu plus
souple. C’est une interdiction qui n’est pas totale mais globale. Par exemple, l’interdiction de
fumer s’applique à tous les lieux publics et lieux de travail, mais il existe une pièce séparée
et ventilée pour les fumeurs. C’est le cas en Italie, à Malte en Suède, en Lettonie, en
Slovénie ou encore aux Pays-Bas.
Enfin, pour les non-fumeurs, vous avez les quinze États « vilains petits canards » de
l’Union. Ils n’interdisent que partiellement de fumer. Les gouvernements ont préféré laisser
aux employeurs, aux restaurateurs et aux cafetiers, le soin d’autoriser ou non de fumer dans
leur espace.
- Et si l’on faisait une sorte de cartographie des fumeurs en Europe, qu’est-ce que cela
donnerait ?
Sans surprise, c’est en Europe du Sud que l’on rencontre la plus grande proportion de
fumeurs et plus particulièrement en Grèce, où elle excède 40% de la population. On trouve
également beaucoup de fumeurs en Bulgarie (39% de la population) en Hongrie (38%).
En revanche, les Suédois et les Finlandais sont les plus sages. La proportion de fumeurs est
la plus faible : 16 et 21%. En moyenne, dans l’Union, les accrocs du tabac fument 14,4
cigarettes par jour (on va dire 15…). Dix cigarettes par jour en Suède à un peu plus de
21 en Grèce et à Chypre. Les Européens ont tout à fait conscience des dangers du tabac.
Même si un tiers d’entre eux continue de fumer, ils sont 84% à se déclarer favorables à
une interdiction de fumer dans les bureaux, 77% dans les restaurants et 6 sur dix sont
d’accord avec l’interdiction de fumer dans les bars et les pubs.

5. Le PS dépose une proposition de loi "Welcome" NOUVELOBS.COM | 20.03.2009

Après avoir vu le film de Philippe Lioret dans la matinée à l'Assemblée, les députés socialistes
ont déposé un texte pour supprimer le "délit de solidarité" avec les immigrés clandestins.

L'affiche du film "Welcome" (DR)

15
Après avoir vu le film "Welcome" de Philippe Lioret, les députés socialistes ont déposé, mercredi 18
mars, une proposition de loi visant à supprimer le "délit de solidarité" avec les immigrés clandestins.
En vertu de l'article 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, toute personne ayant facilité
ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d'un étranger en France risque
actuellement cinq ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende.
Pour le PS, cette disposition "permet de confondre des gestes de solidarité avec la vénalité des réseaux
de passeurs". Les socialistes proposent donc de dépénaliser l'aide humanitaire apportée aux migrants
lorsque la "sauvegarde de la vie ou de l'intégrité physique" est en jeu. Afin de faire la distinction avec
les passeurs, l'aide ne serait sanctionnée que si elle est accordée à titre onéreux.
Le PS dénonce un "climat d'intimidation"
Parallèlement au dépôt de cette proposition de loi, qui sera examinée le 30 avril prochain dans
l'hémicycle, le groupe socialiste a organisé mercredi matin une projection du film de Philippe Lioret.
Sorti en salles mercredi dernier le film raconte comment un maître-nageur de Calais, incarné par
Vincent Lindon, s'attache à un adolescent irakien immigré clandestin, arrivé dans cette ville du Pas-de-
Calais et prêt à tout pour rejoindre sa petite amie émigrée à Londres.
A travers cette proposition de loi, il s'agit de sécuriser les "milliers de Français qui aident
bénévolement les migrants", a expliqué la députée PS Catherine Coutelle, qui a interpellé sur le sujet
le ministre de l'Immigration Eric Besson lors des questions au gouvernement. Le PS dénonce le
"climat d'intimidation des bénévoles et des travailleurs sociaux qui aident les migrants à vivre au jour
le jour".
Besson campe sur ses positions
"L'article L622-1 nous est indispensable pour lutter contre les passeurs, les filières d'immigration
clandestine", a répondu Eric Besson. Le ministre de l'Immigration a rappelé l'existence de l'article 622-
4 du code d'entrée et de séjour des étrangers, "qui exclut précisément les personnes qui se sont limitées
à porter assistance à des étrangers en situation de détresse". Selon lui, "en 60 ans, quatre personnes ont
été auditionnées, deux condamnées et dispensées de peine" en vertu de l'article 622-1. L'ancien
socialiste a accusé ses ex-amis de "mettre la France en accusation" alors que le pays traite selon lui
"très dignement" les réfugiés afghans qui errent dans la région de Calais dans l'espoir de passer en
Grande-Bretagne. (…) Avec AP

Repérez les dispositions modifiées dans les textes ci-dessous.

Code de l'entrée et du séjour des étrangers


Version consolidée au 1 octobre 2010

Partie législative, LIVRE VI : Contrôles et sanctions, TITRE II : Sanctions,


CHAPITRE II : Aide à l'entrée et au séjour irréguliers

Article L622-1
Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la
circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France sera punie d'un emprisonnement de cinq
ans et d'une amende de 30 000 Euros. (…)

Article L622-4
Sans préjudice des articles L. 621-1, L. 621-2, L. 623-1, L. 623-2 et L. 623-3, ne peut donner lieu à
des poursuites pénales sur le fondement des articles L. 622-1 à L. 622-3 l'aide au séjour irrégulier d'un
étranger lorsqu'elle est le fait :
1° Des ascendants ou descendants de l'étranger, de leur conjoint, des frères et soeurs de l'étranger ou
de leur conjoint, sauf si les époux sont séparés de corps, ont un domicile distinct ou ont été autorisés à
résider séparément ;
2° Du conjoint de l'étranger, sauf si les époux sont séparés de corps, ont été autorisés à résider
séparément ou si la communauté de vie a cessé, ou de la personne qui vit notoirement en situation
maritale avec lui ;
3° De toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché était, face à un danger actuel ou
imminent, nécessaire à la sauvegarde de la vie ou de l'intégrité physique de l'étranger, sauf s'il y a
disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace ou s'il a donné lieu à une
contrepartie directe ou indirecte. (…)
16
Code de l'entrée et du séjour des étrangers
Version en vigueur au 8 février 2015

Partie législative, LIVRE VI : Contrôles et sanctions, TITRE II : Sanctions,


CHAPITRE II : Aide à l'entrée et au séjour irréguliers

Article L622-1
Modifié par LOI n°2012-1560 du 31 décembre 2012

Sous réserve des exemptions prévues à l'article L. 622-4, toute personne qui aura, par aide directe ou
indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en
France sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 Euros.

Sous réserve des exemptions prévues à l'article L. 622-4, sera puni des mêmes peines celui qui, quelle
que soit sa nationalité, aura commis le délit défini au premier alinéa du présent article alors qu'il se
trouvait sur le territoire d'un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 autre que la
France.

Sous réserve des exemptions prévues à l'article L. 622-4, sera puni des mêmes peines celui qui aura
facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d'un étranger sur le territoire
d'un autre Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990.

Sous réserve des exemptions prévues à l'article L. 622-4, sera puni de mêmes peines celui qui aura
facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d'un étranger sur le territoire
d'un Etat partie au protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer, additionnel à la
convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, signée à Palerme le 12
décembre 2000.

Les dispositions du précédent alinéa sont applicables en France à compter de la date de publication au
Journal officiel de la République française de ce protocole.

Article L622-4
Modifié par LOI n°2012-1560 du 31 décembre 2012

Sans préjudice des articles L. 621-2, L. 623-1, L. 623-2 et L. 623-3, ne peut donner lieu à des
poursuites pénales sur le fondement des articles L. 622-1 à L. 622-3 l'aide au séjour irrégulier d'un
étranger lorsqu'elle est le fait :

1° Des ascendants ou descendants de l'étranger, de leur conjoint, des frères et soeurs de l'étranger ou
de leur conjoint ;
2° Du conjoint de l'étranger, de la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui, ou des
ascendants, descendants, frères et sœurs du conjoint de l'étranger ou de la personne qui vit notoirement
en situation maritale avec lui ;
3° De toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché n'a donné lieu à aucune contrepartie
directe ou indirecte et consistait à fournir des conseils juridiques ou des prestations de restauration,
d'hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à
l'étranger, ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l'intégrité physique de celui-ci.

Les exceptions prévues aux 1° et 2° ne s'appliquent pas lorsque l'étranger bénéficiaire de l'aide au
séjour irrégulier vit en état de polygamie ou lorsque cet étranger est le conjoint d'une personne
polygame résidant en France avec le premier conjoint.

17
6. L'expression de la localisation dans le texte.
Dans les textes juridiques la localisation marque les références tout en gardant la concision du texte.
Repérez dans les textes suivants les expressions de localisation.
a) Lorsqu'un médecin (...) aura été condamné par une juridiction pénale pour tout autre fait qu'un
crime ou délit politique, le conseil régional de l'Ordre pourra prononcer, s'il y a lieu, à son égard, dans
les conditions des articles L. 420 à 422 ci-dessus, une des sanctions prévues à l'article L. 423 ci-
dessus. (Code pénal 1991/92 Médecine L.459.)

b) Les personnes contre lesquelles a été prononcée l'interdiction temporaire ou définitive d'exercer
tombent sous le coup des peines prévues au premier alinéa de l'article L. 483-1 ci-dessous lorsqu'elles
continuent à exercer leur profession. (Code pénal 1991/92 Médecine L.483.)

c) Un décret en Conseil d'État déterminera les conditions d'application du présent article et notamment
la composition (...) de la commission prévue à l'alinéa précédent.(Code pénal 1991/92 Pharmacie L.552.)

d) Pour les infractions mentionnées à l'article L. 232-2 qui concernent les entreprises relevant de la loi
n 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l'environnement,
l'avis de l'inspecteur (...) est obligatoirement demandé (...) sur les conditions dans lesquelles l'auteur de
l'infraction a appliqué les dispositions de la loi précitée. (Code pénal 1991/92 PêcheL. 238-1.)

e) Le Royaume de Danemark, l'Irlande et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord


adhèrent à la Convention concernant la compétence judiciaire et l'exécution des décisions en matière
civile et commerciale, signée à Bruxelles le 27 septembre 1968, ci-après dénommée ''Convention de
1968'', et au Protocole concernant son interprétation par la Cour de justice, signé à Luxembourg le 3
juin 1971, ci-après dénommé ''Protocole de 1971''. Les adaptations de la Convention de 1968 et du
Protocole de 1971 figurent aux titres II à IV de la présente Convention. (N. Code de proc. civ. 1994
Convention de Luxembourg du 9 oct. 1978 art. 1,2.)

f) Si la requête est rejetée, le demandeur sera condamné à des dommages et intérêts envers les parties,
s'il y a lieu. V. notes ss. 505, supra. (N. Code de proc. civile 1994 ancien art. 513)

g) En vue de protéger les frayères, le préfet peut interdire temporairement, par arrêté, la pêche en
marchant dans l'eau (...). V. infra, art. R. 236-54. (Code pénal 1991/92 Pêche Livre II art. R.236-50)

h) Attendu qu'il résulte de l'enquête et des récents aveux de Fernand, Paul P...que celui-ci, interpelé par
les policiers alors qu'il dérobait du carburant dans une voiture en stationnement, déclara se nommer
Georges P..., être né le 28 janvier 1939 à Reims et n'avoir jamais été condamné, mais qu'il avait en
réalité usurpé l'identité de son frère et, sous cette dernière, avait été condamné pour les délits susdits
par jugement de ce siège du 31 octobre 1984 (...) (Trib. Corr. de Châlons-sur Marne le 6 décembre 1985)

i) Lorsque la personne visée à l'article 1er est une personne morale, les obligations prévues par le
présent décret incombent aux dirigeants de celle-ci. (Code pénal 1991/92 Décret n° 88-1039 du 14
novembre 1988, Relatif à la police du commerce de certains objets mobiliers Art. 4.)

18
E. Les droits fondamentaux

http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/citoyennete/definition/droits-libertes/que-sont-
libertes-droits-fondamentaux.html

Il s’agit des libertés et les droits reconnus par la Constitution, la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen de 1789, le préambule de la Constitution de 1946 (repris par celle de
1958), la Charte de l’environnement (intégrée dans le préambule de la Constitution en 2005)
et les principes fondamentaux auxquels ces textes renvoient. Ils sont à la base de la
démocratie et le Conseil constitutionnel a fortement contribué à renforcer leur respect.

On peut distinguer différentes catégories.

 Les droits inhérents à la personne humaine : ils sont pour la plupart établis par la
Déclaration de 1789. Il s’agit de l’égalité (art. 1), de la liberté, de la propriété, de la
sûreté et de la résistance à l’oppression (art. 2).

Du principe d’égalité découlent, par exemple, le suffrage universel, l’égalité des sexes, mais
aussi l’égalité devant la loi, l’emploi, l’impôt, la justice, l’accès à la culture.

Le principe de liberté induit l’existence de la liberté individuelle, d’opinion, d’expression, de


réunion, de culte, de la liberté syndicale et du droit de grève.

Le droit de propriété implique la liberté de disposer de ses biens et d’entreprendre.

Le droit à la sûreté justifie l’interdiction de tout arbitraire, la présomption d’innocence, le


respect des droits de la défense, la protection de la liberté individuelle par la justice.

 Les droits sociaux, c’est-à-dire les prestations à la charge de la collectivité : on


peut citer le droit à l’emploi, à la protection de la santé, à la gratuité de l’enseignement
public.

 Les droits dits "de troisième génération" énoncés dans la Charte de


l’environnement qui affirme le droit de chacun de "vivre dans un environnement
équilibré et respectueux de la santé" et qui consacre la notion de développement
durable.

Selon la Déclaration de 1789, l’exercice de ces droits et libertés fondamentaux n’a de limites
"que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits "
(art. 4).

Révision

https://www.youtube.com/watch?v=ffzAuyD9dKI
https://www.youtube.com/watch?v=RjfivE-pOXc
https://www.youtube.com/watch?v=lg6cRfIqtwE
https://www.youtube.com/watch?v=pK6xxnJuEUI

19
Chapitre 3. La justice française

« Juridictions » est un terme générique qui signifie: « tribunal » au 1er degré (Tribunal de Grand
Instance) et « cour » aux échelons supérieurs (Cour d’appel), mais cette règle souffre d’exceptions.

Les juridictions judiciaires

Au 1er degré
La France adopte le principe d’unicité de la justice civile et répressive. Ce sont les mêmes juridictions
qui statuent alternativement ou cumulativement dans les domaines civils ou pénal.

Le Tribunal d’Instance (TI) juge toutes les affaires civiles pour lesquelles la demande porte sur des
sommes inférieures à 10 000 euros.

Le Tribunal de Grande Instance (TGI) juge les litiges civils qui concernent des demandes
supérieures à 10 000 euros. Le TGI prend le nom de tribunal de police (contraventions) et de
tribunal correctionnel (délits) en formations répressives.

Le Tribunal de commerce tranche les litiges entre commerçants ou entre commerçants et sociétés
commerciales, et ceux qui portent sur les actes de commerce. Les commerçants élisent des délégués
consulaires qui élisent des juges.

Le Conseil de prud'hommes règle les litiges qui surviennent entre les salariés et leurs employeurs à
l'occasion du contrat de travail (contrat à durée indéterminée, contrat à durée déterminée).

La Cour d’Assises existe pour juger les crimes en première instance. elle est composée de 3
magistrats et d’un jury de 9 personnes tirés au sort sur listes électorales et peuvent être récusés par les
différentes parties.

En appel
Il y a sur le territoire français 36 cours d’appel : 6 en outre mer et 30 en métropole toutes divisées en
plusieurs chambres. L’audience ordinaire est formée de 3 magistrats. La formation civile des cours
d’appel distinguent chambre civile, chambre sociale et chambre commerciale. La formation répressive
est constituée de la Chambre d’appel correctionnelle.

Depuis 2000 il existe la Cour d’Assises d’appel. Elle est composée de 3 magistrats et d’un jury de 12
personnes. L’appel est dit circulaire c’est à dire devant une autre Cour d’Assises.

La Cour de cassation
C'est la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire. Sa fonction est de vérifier la conformité des
décisions des tribunaux et des cours aux règles de droit. Lorsque la Cour estime que la décision
attaquée n'a pas été prise conformément aux règles de droit, elle casse la décision. L'affaire est alors
renvoyée devant une juridiction pour y être rejugée. Si elle rejette le pourvoi, cela équivaut à
confirmer la décision contestée.

20
1. A quel tribunal s’adresser ?

le tribunal d’instance, le tribunal de police, le conseil de prud’hommes

1. Votre employeur vous a licencié sans raison ? Sachez qu’il n'en a pas le droit : il doit toujours
justifier sa décision soit par un motif qui vous est personnel (vous êtes sans cesse en retard ou absent,
par exemple), soit par un motif économique (votre emploi est supprimé, par exemple). Si vous êtes
licencié sans raison valable, vous avez le droit d’obtenir des dommages et intérêts.

Votre CDD vient de se terminer et vous apprenez que l’entreprise a embauché quelqu’un
d’autre au même poste en CDI ? Vous pouvez demander des dommages et intérêts. En effet, votre
employeur aurait dû dans ce cas vous proposer le CDI.

Dans toutes ces situations, un seul tribunal compétent : le .................................................... de votre


lieu de travail.

2. Vos voisins vous font vivre un enfer ? Vous ne supportez plus les cris incessants du bébé de votre
voisin ? Au contraire, dès que vous invitez des amis pour faire la fête, vos voisins appellent la police ?
En principe, les bruits “anormaux” de jour comme de nuit sont punissables d’une amende pouvant
aller jusqu’à 450 € (art. R.1334-31 du Code de la Santé publique et R.623-2 du Code pénal). Vos
voisins sont donc en droit d'appeler la police pour faire constater que vous faites trop de bruit, et vice
versa, quelle que soit l’origine du bruit.

Le tribunal qui juge ces infractions est le ..............................................., mais, le plus souvent, c’est la
police qui verbalise directement. Vous pouvez contester les bruits qui vous sont reprochés devant le
.................................................... : expliquez votre situation et démontrez le caractère exceptionnel des
bruits que vous avez faits.

3. Votre voisin laisse traîner sa poussette sur votre palier et gêne l’accès à votre appartement ?

Votre voisin a installé un barbecue électrique sur son balcon et vous ne supportez plus les odeurs de
cuisine et la fumée ? Votre voisin refuse de faire traiter son appartement contre les cafards et autres
insectes qui atterrissent finalement chez vous ?

Pour régler tous ces litiges, réclamer des dommages et intérêts et obliger votre voisin à prendre des
mesures pour réduire les nuisances, vous pouvez saisir le ................................................., compétent
pour les demandes de dommages et intérêts inférieures à 10 000 €.

4. Un conflit avec votre propriétaire ?

Votre chauffe-eau est cassé ? Votre chaudière est en panne ? Votre propriétaire refuse de les
remplacer? Vous n’avez pas à payer à sa place !

En tant que locataire, vous devez seulement assumer les petites réparations liées à l’usage normal de
votre logement. Par exemple, c’est à vous de remplacer les joints de votre douche s’ils sont trop usés,
mais si le bac de douche est cassé, c’est au propriétaire de le changer (décret n° 87-712 du 26 août
1987).

Votre propriétaire refuse d’effectuer les réparations ? Agissez rapidement en saisissant le


......................................................... . Il juge tous les litiges entre les propriétaires et leurs locataires,
qu’il s’agisse de problèmes de loyer, de restitution du dépôt de garantie, de réparation ou d’expulsion,
et quel que soit votre bailleur, qu’il s’agisse d’un logement social ou non.

21
2. La précision technique.
- Une décision de justice rendue par un tribunal est appelée jugement, mais on appelle un arrêt les
décisions rendues par les cours d'appel, les cours d'assises, la Cour de cassation et le Conseil d'État.
- Si on parle du prévenu, on sait qu'il a commis un délit et qu'il va être traduit devant un tribunal
correctionnel. L'accusé va être traduit devant la Cour d'assises, qui dira s'il est ou non coupable.
(D'après Je veux réussir mon droit éd. Armand Colin Paris 1993)

3. Le plaideur (P) ou le tribunal (T)?


il rend une décision de justice
il casse une décision de justice
il conteste une décision de justice
il réforme une décision de justice
il exécute une décision de justice
il fait exécuter une décision de justice

4. Juridique, judiciaire, légal.

On utilise parfois à tort les mots juridique,judiciaire et légal. En effet, ces mots prêtent à confusion
puisqu’ils sont tous les trois liés à l’idée de justice.

Le mot juridique vient du latin jus, juris« droit » et dicere « dire ». En français, il signifie« relatif au
droit ».

Exemples :
- Avant d’entamer des démarches officielles, tu devrais demander ………….…………….. .
- Que pensez-vous de cette question sur ….. .……………………………..…?
- Dans sa thèse de doctorat, Denise s’est intéressée ………………………….
- Notre cabinet d’avocat a recruté ……………………………………… cette année.
a) le plan juridique
b) deux secrétaires juridiques
c) un avis juridique
d) au vocabulaire juridique

Le mot judiciaire vient du latin judiciarius« relatif aux tribunaux ». En français, il signifie « qui
concerne la justice et son administration » ou « qui se fait en justice, devant les tribunaux ».

22
Exemples :
- Il n’est pas facile de trouver un emploi lorsqu’on a ….………………………… .
- La compagnie devra entamer …………………………………. contre ce client.
- ………..…………………….. a permis de réunir des preuves accablantes.
- Cet homme a été victime d’……..………………………………..
a) une erreur judiciaire
b) des poursuites judiciaires
c) un casier judiciaire
d) l’enquête judiciaire

Le mot légal vient du latin legalis« relatif à la loi ». En français, le mot signifie « conforme à la loi ou
défini par la loi » ou, dans le cas des personnes,« désigné par la loi ». On abuse parfois de cet adjectif
sous l’influence de l’anglais legal, qui a une extension de sens plus grande que le français légal.

Exemples :
- Au Québec, …………………………. pour acheter des cigarettes est de 18 ans.
- Jean est ……………………….. de son neveu Philippe.
- Élise prendra ……………….. pour faire respecter ses droits.
- La Saint-Jean-Baptiste est ……………………. au Québec.
a) l’âge légal
b) une fête légale
c) des moyens légaux
d) le tuteur légal

En résumé l’adjectif juridique se rapporte au droit, l’adjectif judiciaire se rapporte à la justice et


l’adjectif légalse rapporte à la loi.
Bilan : Accusé de voie de fait, Jonathan s’est retrouvé avec un casier ……………., mais il entend bien
contester la valeur ……………………….. de ce jugement en prenant toutes les dispositions
……………………….. nécessaires.

5. Trouver des noms qui sont suivis des adjectifs judiciaire et juridique.

Judiciaire

Juridique

23
Chapitre 4. Ordonnance de Villers-Cotterêts
http://www.encyclopedie.picardie.fr/Ordonnance-de-Villers-Cotterets.html

USAGE DU FRANÇAIS DANS LES ACTES OFFICIELS (1539)

Ordonnance de Villers-Cotterêts Crédits : Assemblée Nationale, Archives Nationales

L’ordonnance 188 d’août 1539 est prise par le Roi François Ier, et impose l’usage du français dans les
actes officiels et de justice. Elle est enregistrée au Parlement de Paris le 6 septembre 1539. Acte de
naissance officiel de la langue française, l’Ordonnance de Villers-Cotterêts est en fait un long texte de
lois (192 articles) qui obligeait par exemple les paroisses à tenir des registres concernant l’acte civil
(articles 50 & 51).
Résumez l’extrait suivant en français moderne.
Ordonnance du Roy sur le faid de justice, Francois, par La grâce de dieu, Roy de France,
Savoir faisons, à tous présens et advenir, que pour aucunement pourvoir au bien de notre justice,
abréviation des procès, et soulagement de nos sujets, avons, par édit perpétuel et irrévocable, statué et
ordonné, statuons et ordonnons les choses qui s’ensuivent. (...)
Art. 110. – Et afin qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence desdits arrêts, nous voulons et
ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement, qu’il n’y ait ni puisse avoir aucune ambiguité ou
incertitude ne lieu à demander interprétation.
Art. 111. – Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l’intelligence des mots latins
contenus esdits arrests, nous voulons d’oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres procédures,
soient de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soient de registres, enquestes,
contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques, actes et exploicts de justice, ou
qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel françois et
non autrement. (...) Donné à Villiers-Cotterets au mois d’aoust, l’an 1539, et de nostre règne, le 25.

24
DOSSIER II .

ÉTUDE DE CAS: EUTHANASIE

25
Qu'est-ce que l'euthanasie ?

 Ethymologiquement, "euthanos" signifie ……………………….


 Au sens moderne du terme, l'euthanasie signifie ……………………
a) la "bonne mort".
b) provoquer ou hâter la mort pour abréger les souffrances.

 L'euthanasie active : ……………………


 L'euthanasie passive : ………………….
a) Elle consiste à cesser un traitement curatif (sauf soins palliatifs) ou à arrêter
l'usage de produits maintenant un patient en vie.
b) Elle désigne le fait d’abréger volontairement la vie du patient lorsque celui-ci est
considéré comme incurable. On utilise dans ce cas un moyen qui hâte la mort du
patient.

Certains contestent cette distinction au motif que l'euthanasie passive serait un refus d'acharnement
thérapeutique (légal).
Droit comparé

En Suisse l'aide au suicide est autorisée depuis 1942, mais pas l'euthanasie. Le Code pénal helvétique
permet de prêter assistance à un suicide sans mobile égoïste, donc sans intérêt lié à la disparition de la
personne qui demande à mourir. De plus, un arrêt du tribunal fédéral confirme que « chaque être
humain capable de discernement a le droit garanti par la Constitution et la Convention européenne des
droits de l'Homme de décider de la manière et du moment de sa propre mort ».

Le 28 novembre 2000, les Pays-Bas se prononcent pour la légalisation de l'euthanasie sous certaines
conditions. Pour pouvoir bénéficier de ce soin, un patient doit vivre des souffrances insupportables et
sans issue. Il doit également avoir fait une demande volontaire et réfléchie. La loi entre en vigueur le
1er avril 2002.

En 2002, la Belgique dépénalise l'euthanasie sous certaines conditions. L'euthanasie est reconnue
comme un droit pour chaque malade à poser ses choix en termes de vie et de mort pour autant qu'il se
trouve dans les conditions édictées par la loi.

L’euthanasie active est interdite en France, et reste assimilée à un homicide volontaire. Mais la loi
Leonetti de 2005 a autorisé sa forme dite «passive». Ainsi, il est devenu possible, dans le cas d’une
personne en fin de vie, de limiter les soins, qui «ne doivent pas être poursuivis par une obstination
déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul
maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris.» Dix ans après, le
Parlement a adopté en 2016 une proposition de loi accordant un nouveau droit aux personnes en fin de
vie. Mais sans autoriser ni l’euthanasie ni le suicide assisté, comme l’espéraient les partisans d’un
«droit à mourir ». La nouvelle loi instaure un « droit de dormir avant de mourir pour ne pas souffrir ».

En 2009, le Luxembourg dépénalise l'euthanasie et l'assistance au suicide, sous certaines conditions.


La loi s’applique aux personnes ayant fait une demande de façon volontaire et réfléchie et qui se
trouvent dans une situation médicale sans issue, tout en vivant des souffrances physiques ou
psychiques constantes et insupportables sans perspective d’amélioration.

26
1. Complétez le tableau suivant.

Pays Euthanasie autorisée Euthanasie non Autre mesures en fin


autorisée de vie

2. L'euthanasie chez nos voisins européens (audio). Complétez le texte.

En France, le débat sur l'euthanasie a été ……………………… cette semaine au Sénat. La


proposition de loi prévoyant une "assistance ………………………………….. pour mourir"
a finalement été rejetée, après avoir suscité de vifs débats dans tout le pays.

- Qu’en est-il chez nos voisins ?


Et bien l'euthanasie est …………………… dans les trois pays du ………………………. :
en ………………….., les Pays-Bas sont devenus le premier pays au monde à la légaliser. La
Belgique a suivi ………………………………………., puis le Luxembourg
…………………………………….. Aux Pays-Bas comme en Belgique, le médecin peut
donc administrer une substance létale (un poison), en cas de maladie incurable ou de
souffrance physique ou psychique ………………………………….. Le patient doit être
………………………………… et se trouver dans une situation médicale sans issue. Enfin,
il faut qu'il le demande « en toute conscience » et de façon répétée.
- Et quelles ont été les conséquences de ces législations ?
En Belgique, le nombre de décès a lentement …………………………., mais ça reste
marginal. Selon l'Association belge pour le ………………… de mourir dans la dignité, l'an
dernier, il y a eu près de …………………… déclarations d'euthanasie, contre
…………………….. l'année précédente. Cela représente autour de ……………% des
…………………………… décès annuels en Belgique.
Aux Pays-Bas, c’est de l’ordre de ……….%. Malgré la légalisation de l’euthanasie dans ces
deux pays, beaucoup de médecins ont encore recours à des soins qui consistent à injecter au
patient en ………………………… de fortes doses de morphine pour mettre fin à ses

27
souffrances et ils laissent la maladie l'emporter. Ces soins-là ont tendance à augmenter, ils ne
nécessitent aucune …………………………….. spéciale.
- Et dans les autres pays d’Europe ?
Certains pays tolèrent une forme d'aide à mourir. En Suisse, par exemple, le suicide
………………………….. est admis tant qu'il n'y a pas de "motif égoïste". En clair, le
médecin peut aider un malade à mettre fin à ses jours en lui fournissant une dose mortelle
d'un médicament, mais c'est au ……………………… de faire le geste.
Il y a aussi l'euthanasie …………………… : la Suède a légalisé il y a quelques mois
l'interruption du dispositif médical pour ………………………………. . Un droit
………………………………… acquis en Allemagne et en Autriche.

En France, on en a parlé cette semaine, la loi Leonetti instaure depuis …………… un droit
au laisser mourir. Cette assistance est interdite en Grèce, en Roumanie, en Pologne ou en
Irlande, mais les …………………… pénales ou professionnelles sont rares, selon un rapport
du Conseil de l'Europe, qui veut encourager le débat public.

En Belgique comme aux Pays-Bas, les plus hautes juridictions ont tranché : « légiférer en
matière de fin de vie n'est pas …………………………….. aux Droits de l'Homme ».

Christine Malèvre: tueuse en série ou ange blanc de l'euthanasie ?

Le procès de Christine Malèvre, accusée de l'"assassinat" de sept malades entre février 1997 et mai
1998, s'ouvre lundi 20 janvier à la cour d'assises de Versailles. C'est la première fois qu'un soignant
doit répondre de tels actes devant la justice française. L'infirmière, âgée de 33 ans, a toujours
affirmé avoir agi par compassion et sur la demande de patients incurables. Elle a toutefois reconnu
en fin d'instruction avoir provoqué volontairement la mort de quatre malades et encourt la réclusion
criminelle à perpétuité. La cour rendra son verdict le 31 janvier. (janvier 2003)

Quand « l´affaire Malèvre » a éclaté en 1998, elle a d´abord été présentée comme un drame de
l´euthanasie et Christine Malèvre comme une infirmière modèle dans un environnement hostile. Puis
ce portrait s´est brouillé et c´est pour six assassinats que Christine Malèvre comparaissait depuis le 20
janvier 2003 devant la Cour d´Assises de Versailles, encourant donc la réclusion criminelle à
perpétuité. Malgré la brillante plaidoirie de son avocat, Maître Libman, lequel a considéré que le
dossier se réduisait en fin de compte « à deux aides à mourir, prodiguées par une petite infirmière avec
un cœur gros comme ça, qui s´est laissée aller à cette faiblesse d´amour », les jurés ont adopté la peine
requise par l´avocat général : dix ans de réclusion criminelle, assortis d´une interdiction définitive
d´exercer la profession d´infirmière. Christine Malèvre pourrait faire appel de cette condamnation
mais ce recours entraînerait un « appel incident » du Parquet général de la Cour d´appel de Versailles
avec pour conséquence un nouveau procès au cours duquel l´ex-infirmière serait jugée à nouveau mais
pour sept et non plus six assassinats. (février 2003)

L'ex-infirmière à l'hôpital de Mantes-la-Jolie a été condamnée à douze ans de réclusion criminelle par
la cour d'assises d'appel de Paris pour avoir assassiné six patients sur les sept décès qui lui étaient
reprochés. Pour les deux décès dont elle a reconnu être responsable, la jeune femme a presque toujours
parlé « d'aide à mourir ». Trois ou quatre fois seulement, elle a employé le mot « euthanasie ».
(octobre 2003)

28
3. Traduisez. Tíz év a halál angyalának
Tíz év börtönre ítélte az Yvelines megyei esküdtszék Christine Malevre kórházi ápolónőt, akit azzal
vádoltak, hogy 1997 februárja és 1998 májusa között hét betegét segítette a túlvilágra. A sajtóban a
„halál angyalának” nevezett 33 éves nő versailles-i perében pénteken, több mint négyórás tanácskozást
követően döntöttek az esküdtek. Malevre-et a vele szemben felhozott hét emberölésből hatban találták
bűnösnek. Az államügyész legalább tízéves szabadságvesztés kiszabását indítványozta. Az esküdtek
döntése meglepetést keltett, mivel sokan jóval szigorúbb – akár életfogytiglani börtön – kiszabását
várták. (2003. február)

4. Súlyosbították a francia „fekete angyal” büntetését

Hat gyógyíthatatlan betegének meggyilkolásában bűnösnek találta Christine Malevre francia ápolónőt
a párizsi esküdtszék, s ezért az első fokon 10 évi elzárásra ítélt vádlott büntetését 12 évre súlyosbította.
A 33 éves ápolónő keze alatt elhunyt hetedik beteg esetében a másodfokú bíróság is elejtette a vádat.
A fellebbviteli testület hétórás vita után csütörtök hajnalban hirdette ki ítéletét. Bár Malevre nővér
továbbra is csak két ápoltjának könyörületből való halálba segítését ismerte el, a testület további négy
esetben is bizonyítottnak találta a „fekete angyal” kéretlen közreműködését, és tettét gyilkosságnak
minősítette. (2003. október)

29
5. Reliez les deux colonnes.

1. a vele szemben felhozott gyilkosság

2. az első fokon hozott 10 év fegyházbüntetés

3. beismer v.mit

4. bűnösnek talál v.kit v.miben

5. büntetés kiszabását kéri

6. elejti a vádat

7. elítél v.kit v.miért

8. fellebbviteli testület

9. főügyész / főügyész-helyettes

10. gyilkosságnak minősít

11. ítélet

12. ítéletet hoz

13. ítéletet kihirdet

14. büntetést súlyosbít

15. tanácskozás

16. ügyész

17. v.ki bűnösségét megállapítja

a) abandonner l’accusation
b) alourdir, aggraver une peine
c) condamner qn pour qch, pour avoir fait qch
d) déclarer, juger, retenir, reconnaître qn coupable de qch, d’avoir fait qch
e) établir, retenir la culpabilité de qn dans qch
f) l’assassinat qui lui est reproché
g) la délibération
h) la juridiction d’appel (la cour d’appel, la cour d’assises en appel)
i) la peine de 10 ans de réclusion criminelle rendue au premier degré
j) le verdict (cour d’assises)
k) procureur de la République (alsóbb fokú bíróságoknál)
l) procureur général (cour d’assises) / avocat général (cour d’assises)
m) prononcer le verdict (cour d’assises)
n) qualifier d’assassinat
o) reconnaître qch, reconnaître avoir fait qch
p) avouer qch, avouer avoir fait qch
q) rendre le verdict (cour d’assises)
r) requérir une peine

30
DOSSIER III.

GRANDS PROCÈS

I. Affaire Calas
II. Affaire Dreyfus

31
I. L'affaire Calas
http://www.justice.gouv.fr/histoire-et-patrimoine-10050/proces-historiques-10411/laffaire-calas-22774.html

"L'abus de la religion la plus sainte a produit un grand crime" - Voltaire

« Ces cas sont rares, mais ils arrivent, et ils sont l'effet de cette sombre superstition qui porte
les âmes faibles à imputer des crimes à quiconque ne pense pas comme elles ». Voltaire
achève son " Traité sur la tolérance " (1763) par ces mots évoquant le drame de ce père de
famille protestant accusé à tort par la foule d'avoir assassiné son fils et condamné par la
justice à être roué vif puis brûlé sur la place publique. L'affaire Calas, procès de l'intolérance
et du fanatisme religieux.

CONTEXTE
L’édit de Nantes révoqué

En 1761, lorsque l’affaire Calas éclate, l’Edit de Nantes (1598), édit de tolérance
reconnaissant la liberté de culte aux protestants, n’est plus. Louis XIV l’a révoqué le

18 octobre 1685 et les dragonnades se multiplient


pour convertir de force les protestants. Bien que les conséquences de cette politique se
révéleront négatives pour le royaume, tant sur le plan économique que sur le plan
diplomatique, Louis XV décide de la pérenniser : peine capitale contre les pasteurs surpris
dans l’exercice de leur ministère ; galères à perpétuité pour les protestants que l’on arrêterait
en flagrant délit de pratiquer le culte. Les protestants n’ont plus accès aux charges et aux

32
dignités publiques ni à certaines professions. Ils ne sont pas inscrits sur les registres de l’état
civil.

Le jansénisme se propage

En cette deuxième moitié du XVIIIème siècle, le pouvoir royal reste également confronté au

jansénisme, mouvement religieux du XVIIè siècle qui s’est


développé en réaction à certaines évolutions de l'Église catholique et à l'absolutisme royal,
qu’il rejette avec l’aide du pape. La destruction, en 1711, par Louis XIV, du monastère de
Port-Royal des Champs, haut lieu du jansénisme, n’a pas mis fin au mouvement. Le
jansénisme prend une forme plus politique : de nombreux parlementaires d’Ancien Régime
sont jansénistes ; en 1713, Henri François d’Aguesseau, alors procureur général du Parlement
de Paris - avant de devenir chancelier et garde des sceaux - s’était opposé à l’enregistrement
d’une bulle papale dénonçant cette doctrine. La cause janséniste eût une forte influence
notamment lors des révoltes parlementaires du XVIIIème face à l’absolutisme royal.

Toulouse, ville farouchement catholique

L’affaire Calas survient à quelques mois des célébrations du bicentenaire du jour de la


Victoire à Toulouse. Le 17 mai 1562, jour de Pentecôte, les Huguenots1, las des persécutions
dont ils sont victimes, sont sur le point de se rendre maîtres du Capitole mais ils sont délogés
et quatre mille d’entre eux sont massacrés. Dès lors, chaque année, les Toulousains, y voyant
le signe de la Providence, organisent une procession pour commémorer ce massacre, passant
outre les six arrêts du conseil qui l’ont interdite. « La ville de Toulouse est sans contredit
l’une des plus superstitieuses d’Europe, sa haine des Huguenots est la plus étrange du monde
»2 écrivait le philosophe Pierre Bayle (1647-1706).

L’AFFAIRE

Protagonistes

Marc-Antoine Calas, le mort : 28 ans en 1761, il a fait son droit et veut devenir avocat mais il se
heurte à la législation antiprotestante qui interdit cette profession aux « prétendus réformés ». Il
renonce et seconde son père à la boutique de tissus. Il est dépeint par son entourage comme
taciturne et mélancolique. Marc-Antoine Calas est retrouvé mort le 13 octobre 1761 au soir, dans la
boutique de son père, après un dîner en famille pris à l’étage, rue des filatiers à Toulouse.

Jean Calas, le père : 63 ans. Il est marchand de tissus depuis quarante ans. Il a six enfants : quatre
fils, suivis de deux filles. Il découvre à 22 heures, en compagnie de son fils Pierre et d'un ami
Gaubert Lavaysse, Marc-Antoine mort dans sa boutique.

Anne Rose Cabibel épouse Calas, la mère : Madame Calas n’est pas présente lors de la
découverte du corps de son fils. Lorsqu’elle entend les cris de son mari, elle veut descendre à la
boutique mais Lavaysse l’arrête dans l’escalier. Lorsqu'elle trouve son fils décédé, les cris
redoublent d’intensité.

Pierre Calas, le deuxième fils de Jean : Pierre raccompagne son ami Lavaysse après le dîner, il
est présent lors de la découverte du corps.

33
Louis Calas, le troisième fils : 25 ans. Il s’est converti cinq ans plus tôt au catholicisme sous
l’influence de Jeanne Viguière, la servante de la maison. Il a rompu avec sa famille, ne travaille pas
et vit de la rente que son père est tenu de lui payer de par la loi parce que Louis a abjuré.

Gaubert Lavaysse, ami de Marc-Antoine et de Pierre Calas : 19 ans. Fils d’un célèbre avocat
toulousain, il est arrivé de Bordeaux la veille de l’événement. Il dîne par hasard chez les Calas ce
soir là.

Jeanne Viguière, servante de la famille Calas : Jeanne Viguière est une fervente catholique au
service des Calas depuis vingt cinq ans. Elle a élevé leurs six enfants. Elle fût l’un des principaux
instruments de la conversion de Louis Calas ; Jean Calas le sut mais ne lui fit jamais aucun
reproche et la conserva chez lui, la traitant toujours avec égards.

Les faits

Le 13 octobre 1761, après un dîner familial, vers 19h30, Marc-Antoine, comme à son
habitude, sort. Personne n’est inquiet de son absence, il part souvent faire une promenade le
soir. Vers 22 heures, Lavaysse décide de se retirer, son ami Pierre Calas le raccompagne en

l’éclairant d’un flambeau, c’est là qu’ils découvrent Marc-Antoine


suspendu entre les deux battants de la porte qui communique de la boutique au magasin. Ils
remontent pour en avertir Jean Calas. Tous poussent des cris d’effroi. Calas et son fils Pierre
décident d'étendre le cadavre à terre. Alors que Lavaysse court chercher un chirurgien, les
sanglots et les cris des Calas transpercent les murs et une foule s’amasse aussitôt devant leur
maison. Cette foule ne connaît pas les causes de la mort de Marc-Antoine puisque les Calas
ont convenu de ne pas les divulguer. A l'époque, les corps des suicidés sont en effet soumis à
jugement puis à des peines infamantes3. Aussitôt, la foule porte une accusation : les
protestants Calas ont assassiné leur fils Marc-Antoine qui voulait se convertir au catholicisme.
Alerté par la clameur publique, le capitoul4, David de Beaudrigue, intervient sur le champ
avec sa « main forte », la force publique.

Arrivé sur les lieux, le capitoul se contente d’examiner


sommairement le cadavre et de conclure qu’ « il n’était pas mort de mort naturelle »5. Il fait
donc mander deux chirurgiens pour procéder à la « vérification du cadavre ». Beaudrigue ne
perquisitionne pas et ne laisse aucun homme de la force publique devant la maison des Calas.
Il arrête tous les occupants de la maison et fait déplacer le cadavre pour aller à l’hôtel de ville,
bafouant ainsi l’ordonnance criminelle du 26 août 1670 (titre IV, article premier) en vigueur à
l’époque. Dressé le 14 à l'hôtel de ville, le procès verbal est antidaté.

34
LE PROCES

La délibération des capitouls

Un premier procès a lieu le 18 novembre 1761, soit un mois après les faits. Entre temps, le 8
novembre, Marc-antoine a été inhumé en grande pompe selon le rite catholique. Le cercueil a
été accompagné jusqu’au tombeau par une foule frénétique et immense. En faisant de ce
tombeau celui d’un nouveau saint, les Toulousains condamnent, par anticipation, les Calas et
valident ainsi la thèse du complot protestant.

Le tribunal est composé de quatre capitouls - dont deux ont participé à l’instruction - et de
trois assesseurs.

Les accusés se défendent seuls. Les avocats sont en effet exclus de la phase d’instruction ainsi
que de l’audience depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts d’août 1539 (article 162)6 .

Le procureur du roi Lagane requiert la peine de


mort pour les trois Calas, les galères perpétuelles pour Lavaysse et un emprisonnement ferme
de cinq ans pour la servante catholique Viguière. Après de longues discussions et deux
séances de vote, les juges condamnent les Calas à subir la question préalable avant jugement
et Lavaysse et Viguière à y être présentés (simple intimidation dans ce dernier cas). Il y avait
deux sortes de questions : la question ordinaire et la question extraordinaire. A Toulouse, la
question ordinaire se faisait par étirement (les membres du condamné étaient étirés par des
palans) et la question extraordinaire par l’eau (on faisait avaler une grande quantité d’eau au
condamné) pour obtenir l’aveu du crime. Les accusés interjettent appel devant le Parlement de
Toulouse. Le procureur Lagane fait de même, estimant la peine insuffisante.

La condamnation à mort par le Parlement de Toulouse

Le dossier ne contient toujours pas de preuve irréfutable de l’assassinat de Marc-Antoine et


aucun accusé n’a avoué. Pourtant, le procureur général du roi Riquet de Bonrepos requiert la
mort contre les Calas et plus ample information pour Lavaysse et Viguière. Les treize juges
du Parlement sont très partagés sur le sort des accusés. Il faudra dix séances pour que la
majorité requise de deux voix d’écart soit obtenue. Le 9 mars 1762, le Parlement condamne
Jean Calas à la peine de mort par 8 voix contre 5. Il sera également soumis préalablement à la
question ordinaire et extraordinaire7 afin qu’il avoue son crime puisque le dossier est vide. Il
est sursis à statuer sur le cas des autres accusés, les juges attendant les aveux de Jean Calas.
35
La torture puis l’exécution

Le 10 mars 1762 au matin, le capitoul David de Beaudrigue soumet le condamné à un dernier


interrogatoire. Jean Calas exténué, ne variera pas et confirmera qu’il est innocent ainsi que
son entourage. Il subit donc la question ordinaire puis extraordinaire sans rien avouer.
L’après-midi, il endure le supplice de la roue. Durant l’épreuve, Jean Calas est resté digne et
ferme, « il ne jeta qu'un seul cri à chaque coup »8 et ne confessa rien au Père Bourges près de
lui, excepté qu’il voulait mourir protestant. Il prit Dieu à témoin et le conjura de pardonner à
ses juges.

Le 17 mars, les juges décident de bannir Pierre Calas à perpétuité et d’acquitter Madame
Calas, Lavaysse et la servante.

LA REHABILITATION

Voltaire mène l’enquête

L’affaire Calas a un retentissement considérable en France. Voltaire, alerté sur les


contradictions du procès, décide de mener l’enquête. Après avoir examiné les pièces durant
trois mois et après avoir longuement interrogé les frères Calas réfugiés à Genève, Voltaire a
acquis une intime conviction : Marc-Antoine n’a pas pu être assassiné par son père. Dès lors,
il travaille sans relâche à obtenir la réhabilitation de Jean Calas, multipliant les interventions à
Versailles. Il débute l’écriture du « Traité sur la tolérance » dès octobre 1762. Bien que son
ouvrage ait pour origine l’affaire Calas, dont il dénonce les incohérences, Voltaire élargit les
perspectives à une vaste réflexion sur la tolérance : « Sortons de notre petite sphère et
examinons le reste de notre globe »9. L’universalité des Lumières est bien là.

Le procès en réhabilitation

Tout s’accélère le 7 mars 1763, lorsque le Conseil du roi ordonne à l'unanimité au Parlement
de Toulouse de communiquer la procédure. Ce dernier résistera et ne s’y résoudra qu’au bout
d'un an.

36
En novembre, la publication du "Traité sur la tolérance" a un
grand retentissement. Une assemblée de quatre-vingt juges casse l’arrêt du Parlement de
Toulouse le 4 juin 1764 et ordonne la révision entière du procès. En février 1765, le capitoul
David de Beaudrigue est destitué et le 9 mars 1765, Jean Calas et sa famille sont
définitivement réhabilités à l’unanimité par la Chambre des requêtes de l’hôtel10.

« Ce fut dans Paris une joie universelle : on s'attroupait dans les places publiques, dans les
promenades ; on accourait pour voir cette famille si malheureuse et si bien justifiée ; on
battait des mains en voyant passer les juges, on les comblait de bénédiction » décrit Voltaire.

Après avoir passé plusieurs années dans les couvents à fuir la furie de ceux qui ne voulaient se
résoudre à son innocence, Madame Calas est invitée à Versailles pour rencontrer Louis XV
qui lui accorde, ainsi qu’à ses enfants, une pension de 36 000 livres.

L’affaire Calas n’eut aucune conséquence immédiate sur la législation antiprotestante. Ce fut
en 1787 que Louis XVI se décida à signer l’édit de Versailles, édit de tolérance restituant aux
protestants uniquement leur état civil. Deux ans plus tard, la Révolution est en marche et
bouleverse l’ancien ordre : la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789
proclame la liberté de conscience (article 10) et la liberté d’opinion (article 11).
1
Ancienne appellation donnée par leurs ennemis aux protestants français principalement pendant les guerres de
religion
2
« Pierre Bayle », Biographie toulousaine, tome 1, Paris, 1823, p. 42-52
3
La législation pénale prévoyait un procès au cadavre pour "homicide de soi-même", c'est à dire pour suicide.
Après condamnation, le corps, nu, était étendu sur une claie face contre terre, il était montré à la population dans
les rues pour être enfin suspendu à un gibet (Article premier du titre XXII de l’ordonnance criminelle du 26 août
1670)
4
Ancien magistrat municipal de la ville de Toulouse. La municipalité de Toulouse, au XVIIIème siècle est
constituée de huit capitouls désignés annuellement par le conseil du roi, d'après une liste de 24 candidats
transmise par l'intendant résidant à Montpellier
5
Procès-verbal de l'arrestation de la famille Calas (13 octobre 1761)
6
Ordonnance de François Ier, par ailleurs célèbre pour avoir imposé l’usage de la langue française dans les actes
officiels et de justice (article 111) au détriment du latin
7
Les jugements et procès-verbaux de questions et tortures sont l’objet du titre XIX de l’ordonnance criminelle
du 26 août 1670
8
Compte-rendu de l'exécution de Jean Calas
9
« Traité sur la tolérance », chapitre quatrième
10
Cour souveraine composée de maîtres des requêtes, pour juger les procès entre les officiers de la cour et les
causes que le roi leur renvoie.

37
II. L'affaire Dreyfus
http://www.justice.gouv.fr/histoire-et-patrimoine-10050/proces-historiques-10411/laffaire-dreyfus-22696.html
"La vérité est en marche, et rien ne l'arrêtera" - Émile Zola

Crise politique majeure sous la IIIème République, l'affaire Dreyfus implique un officier
français de confession juive dans une histoire d'espionnage. Alimentant divers
rebondissements, "l'Affaire" va scinder la France entre "dreyfusards" et "antidreyfusards"
pendant plusieurs années.

CONTEXTE HISTORIQUE

La IIIème République, qui a déjà vingt-quatre ans en 1894, affronte crises politiques (le
boulangisme, le scandale du canal de Panama...) et instabilités gouvernementales et
présidentielles, auxquelles s'ajoute le traumatisme de l'annexion de l'Alsace et de la Moselle
par l'Allemagne (1871) qui alimente les nationalismes les plus extrêmes. En effet, le
nationalisme et l'antisémitisme évoluent de manière virulente et sont attisés par une
presse influente, libre de diffuser n'importe quelle information.

L'armée connaît par ailleurs des mutations profondes. Dans un souci de démocratisation,
arrivent des polytechniciens, perçus comme des concurrents aux officiers sortis de Saint-Cyr.
Et, dans un souci de modernisation, apparait l'activité organisée de contre-espionnage, au
travers de la Section de Statistiques, qui consiste à récupérer des renseignements et à
intoxiquer l'ennemi potentiel avec de fausses informations.

LES FAITS

En septembre 1894, une lettre est rapportée à la Section de Statistiques par "voie
ordinaire" (c'est-à-dire ramassée dans les corbeilles de l'ambassade d'Allemagne à Paris).
Partiellement déchirée, non datée et non signée, elle est adressée à l'attaché militaire allemand
38
en poste à l'ambassade d'Allemagne, Max von Schwartkoppen ; elle laisse alors entendre
qu'un officier français lui livre des renseignements.

Le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien et artilleur de confession juive, est


immédiatement soupçonné sur la base d'une ressemblance d'écriture. Bien que l'auteur
du "bordereau" ait écrit qu'il allait "partir en manoeuvre" - ce qui n'était pas le cas du capitaine
- la mécanique accusatoire se met en oeuvre.

Il est convoqué sans motif le 15 octobre 1894 au ministère de la Guerre où il est soumis à
une dictée. Protestant de son innocence, il est incarcéré à la prison du Cherche-Midi à Paris,
alors qu'une perquisition est effectuée à son domicile.

Afin de confondre le capitaine, une comparaison des écritures est réalisée. Le commandant
Paty de Clam, pourtant néophyte en matière d'expertise graphologique, conclut dans un
rapport du 31 octobre 1894, remis au général Mercier, ministre de la Guerre, qu'en dépit
de quelques dissemblances, les ressemblances sont suffisantes pour justifier une enquête.
Toutefois, Gobert, expert près la Banque de France, convoqué personnellement par le
ministre, décèle de nombreuses divergences.

LE PROCÈS DE 1894

L'instruction

Alors que l'enquête minutieuse qui avait été effectuée n'avait abouti à aucune certitude, une
instruction judiciaire est engagée en novembre 1894, suite aux révélations faites par la
presse. En effet, "La Libre Parole", quotidien antisémite, révèle l'affaire au grand jour et
marque le début d'une très violente campagne de presse jusqu'au procès.

Le 3 décembre 1894, le commandant Besson d'Ormescheville, rapporteur auprès du Conseil


de Guerre, rend son rapport au général Saussier, gouverneur militaire de Paris, dans lequel il
laisse sous silence les éléments pouvant innocenter Dreyfus et développe plus largement les
éléments "moraux" de l'accusation (ragots concernant ses moeurs, ses prétendus traits de
caractère, sa connaissance de l'allemand...).

Le 4 décembre 1894, le général Saussier donne l'ordre de mettre Dreyfus en jugement.

Edgar Demange, l'avocat de l'accusé, qui a accepté son rôle sous réserve de ne pas trouver
dans le dossier une charge pouvant le faire douter de l'innocence de son client, n'a d'ailleurs
accès au dossier qu'à cette date, alors que l'instruction est close.

Le Conseil de Guerre et le "dossier secret"

Chargé du procès pour haute trahison du capitaine Dreyfus, le Conseil de Guerre qui se
réunit du 19 au 22 décembre 1894 à Paris, compte sept officiers. Avant le huis clos,
Demange obtient que ses premières conclusions soient lues pour que le public sache que, sur
un plan strictement juridique, seule peut être retenue la similitude d'écriture, qui reste
discutée.

Le vide du dossier apparaît clairement lors des audiences : se défendant point par point, les
déclarations de l'accusé sont corroborées par plusieurs témoignages. Officier patriote, bien
noté et de surcroît très riche, aucun mobile sérieux ne ressort dans le dossier
d'accusation.

39
Malgré tout, la théorie selon laquelle Dreyfus aurait imité sa propre écriture semble avoir un
certain effet sur les juges, qui va se prolonger de manière incontestable par l'intervention du
commandant Henry. Ce dernier accable l'accusé en affirmant qu'une suspicion de fuites
existant depuis le mois de mars 1894 le mettait en cause.

Au début du délibéré, le président du Conseil de Guerre, Emilien Maurel, reçoit un pli


fermé et scellé en provenance de la Section des Statistiques. Communiqué en toute
illégalité, ce "dossier secret" est censé contenir les preuves irréfutables de la culpabilité de
l'accusé. Confortés dans leur conviction, les membres du Conseil de Guerre mettent un terme
à tout débat et déclarent l'accusé coupable. Ils le condamnent à la déportation perpétuelle
(la peine de mort étant abolie pour les crimes politiques en vertu de l'article 5 de la
Constitution de 1848), à la destitution de son grade et à la dégradation. Alfred Dreyfus
forme un pourvoi en révision qui est rejeté le 31 décembre 1894.

La condamnation

Le 5 janvier 1895, la cérémonie de la dégradation se déroule dans la Cour Morlan de


l'Ecole Militaire à Paris. Alfred Dreyfus est escorté par quatre artilleurs jusqu'à un huissier qui
lui lit le jugement. Alors qu'il clame son innocence, un adjudant de la Garde Républicaine lui
arrache ses insignes, les fines lanières d'or de ses galons, les parements de sa veste et termine
en brisant son sabre.

Le 21 février 1895, après un mois au bagne de l'île de Ré, il embarque sur le vaisseau Ville-
de-Saint-Nazaire qui fait cap vers la Guyane. Il arrive le 12 mars 1895 au bagne de l'île
Royale puis il est transféré en avril à l'île du Diable. Logé dans une case de pierre de quatre
mètre sur quatre, il est, avec ses gardiens, le seul habitant de l'île. À ce lourd isolement
s'ajoutent des conditions de vie extrêmement difficiles.

LA VÉRITE EN MARCHE

Les doutes du lieutenant-colonel Georges Picquart

En mars 1896, une lettre déchirée puis reconstituée parvient à la Section de Statistiques.
Interceptée à l'ambassade d'Allemagne, elle est adressée au commandant Esterhazy et révèle
que ce dernier livre des informations à cette puissance étrangère. Le lieutenant-colonel
Picquart, affecté à la tête du Service des renseignements en juillet 1895, obtient deux lettres
de cet officier et s'aperçoit alors que l'écriture est la même que celle figurant sur le
"bordereau". Dès lors, il ordonne une enquête approfondie sur le commandant Esterhazy, qui
est décrit comme un homme criblé de dettes, à la personnabilité trouble et aux moeurs
dissolues. Picquart se procure également le "dossier secret" et devant l'absence de preuve il est
convaincu de l'innocence du capitaine Dreyfus. Aussitôt, il communique les résultats de ses
investigations au général Boisdeffre, chef d'Etat-Major de l'armée, qui lui oppose le principe
de l'autorité de la chose jugée. A partir de ce moment-là, tout est entrepris pour évincer
Picquart de son poste : une enquête est instruite contre lui, il est surveillé, éloigné dans
l'Est puis affecté en Tunisie.

Le commandant Henry et le commandant Esterhazy, protégés par l'armée, mettent tout en


oeuvre pour discréditer Picquart et le faire passer pour un agent du "syndicat juif" chargé de
militer en faveur de Dreyfus. De plus, le commandant Henry fabrique une lettre assez
grossière (faite à partir du contenu des corbeilles à papiers recueilli par la "voie ordinaire" et
surnommée le "faux patriotique") recherchant l'apparence d'un courrier de l'attaché militaire

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italien Panizzardi adressé à son collègue allemand von Schwartzkoppen, "démontrant" la
culpabilité de Dreyfus.

Ignorant tout de cette dernière "preuve", Picquart profite d'une permission pour se confier à
son ami, l'avocat Louis Leblois, qui malgré sa promesse du secret, se confie à son tour au
vice-président du Sénat, Auguste Scheurer-Kestner, touché également par le doute. C'est le
début du mouvement dreyfusard.

En novembre 1897, un coulissier avertit Mathieu Dreyfus (son frère) qu'il a identifié l'écriture
du "bordereau" comme étant celle de l'un de ses débiteurs : M. Esterhazy. Déjà accusé de
calomnie par le lieutenant-colonel Picquart, Esterhazy est alors dénoncé par la famille de
l'accusé comme le véritable auteur du "bordereau", dans une lettre adressée au ministre de la
Guerre.

Vrai coupable et simulacre de procès

Les intellectuels, qui soutiennent le mouvement dreyfusard, multiplient les débats et les
révélations dans la presse. Bien que protégé par l'armée, Esterhazy se trouve dans une position
malaisée suite à la publication dans Le Figaro, d'anciennes lettres communiquées par son ex-
maîtresse, dans lesquelles il exprime sa haine de la France et son mépris pour l'armée. Afin
d'éradiquer toute polémique, l'Etat-Major exige qu'Esterhazy demande lui-même à être
jugé. Son acquittement certain permettra le retour à l'ordre.

Son procès qui s'ouvre le 10 janvier 1898 est peu régulier puisqu'on refuse à la famille
Dreyfus de se constituer partie civile. Les différents experts en graphologie concluent à la
contrefaçon ; les témoins à charge sont conspués et Esterhazy est applaudi. Picquart est
considéré comme le véritable accusé ; il sera d'ailleurs chassé de l'armée et emprisonné
pendant un an. Le 11 janvier 1898, Esterhazy est acquitté à l'unanimité. Il s'exilera en
Angleterre où il finira ses jours sans jamais être inquiété.

"J'accuse" ou le procès d'Émile Zola

Révolté et consterné par l'acquittement d'Esterhazy, Emile Zola donne une nouvelle
dimension à l'affaire en publiant à la une de l'Aurore un article en forme de lettre
ouverte au président Félix Faure. Accusant le Conseil de Guerre d'avoir "acquitté
sciemment un coupable", Emile Zola est poursuivi pour diffamation.

Son objectif est atteint puisqu'il entend que son procès soit l'occasion d'un nouveau
débat public sur les cas Dreyfus et Esterhazy.

Il se présente devant la cour d'assises de la Seine du 7 au 23 février 1898. Outil primordial


pour les dreyfusards, le procès de Zola permet de diffuser encore plus largement auprès du
grand public la réalité de l'affaire Dreyfus.

Véritable bataille juridique entre la cour et l'avocat de l'écrivain, Fernand Labori, ce procès
aboutit à la condamnation de l'accusé à un an de prison et 3 000 francs d'amende. Il constitue
néanmoins une victoire pour les dreyfusards puisque les contradictions de l'affaire ont pu
être évoquées. Suite à la cassation de l'arrêt pour vice de forme, Zola fait à nouveau l'objet
d'un procès devant la cour d'assises de Seine-et-Oise. La cour le condamne en juillet 1898 à la
peine maximale (un an de prison et 3.000 francs d'amende), mais il s'exile en Angleterre avant
que le jugement ne lui soit notifié.

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Les aveux du commandant Henry et le recours en révision

Le 5 juillet 1898, Lucie Dreyfus (sa femme) forme une requête en annulation du procès de
1894, fondée sur la communication aux juges d'une pièce secrète.

Le 13 août 1898, le capitaine Cuignet, attaché au cabinet du ministre de la Guerre, étudie les
pièces du dossier secret. Il découvre que "le faux patriotique" présente des incohérences : les
quadrillés du papier sont de teintes différentes, l'entête et le bas de page ne correspondent pas
avec la partie centrale. Immédiatement alerté, le ministre de la Guerre, Godefroy Cavaignac
(depuis le 28 juin 1898), bien que persuadé de la culpabilité de Dreyfus, ne peut nier
l'évidence.

Le 30 août 1898, le ministre convoque le commandant Henry pour l'interroger en


personne. Au bout d'une heure, celui-ci livre des aveux complets. Arrêté et incarcéré au Mont
Valérien, il se suicide le lendemain en se tranchant la gorge.

Le 29 octobre 1898, la chambre criminelle de la Cour de cassastion déclare la demande de


révision recevable en la forme. L'instruction démarre le 8 novembre 1898.

Le 3 juin 1899, la Cour de cassation, réunie en trois chambres, casse le jugement rendu en
décembre 1894 et renvoie l'accusé au Conseil de Guerre de Rennes.

Le 9 juin 1899, Alfred Dreyfus quitte l'île du Diable et, après un voyage de trois semaines,
est transféré à la prison militaire de Rennes.

LE PROCÈS DE 1899

Le Conseil de Guerre de Rennes

Le Conseil de Guerre se réunit du 7 août au 9 septembre 1899 dans un climat de tension.


Fragile physiquement mais la volonté intacte, Alfred Dreyfus maintient une attitude digne et
résolue malgré les témoignages accablants et les manoeuvres frauduleuses : un document est
ajouté au "dossier secret" au mépris des règles de procédure et le général Mercier, appelé à
témoigner, compte des amis parmi les juges qui font fi de ces violations.

Le 14 août 1899, un des avocats de la défense, Fernand Labori est victime d'un coup de feu
sur le chemin du tribunal. Pendant sa convalescence, les dépositions se succèdent mais
n'apportent aucun élément nouveau. Le procès est devenu une bataille de mots et
d'attidudes où l'attention peine à se concentrer sur l'essentiel, à savoir un examen
rigoureux des pièces et des dépositions. Persuadé que ce procès ne constituerait qu'une
simple formalité, le camp dreyfusard réalise progressivement qu'il s'annonce comme une
nouvelle et lourde menace pour le capitaine.

Le 9 septembre 1899, Maître Demange cherche, lors d'une plaidoirie de cinq heures, à
insinuer le doute dans l'esprit des juges pour obtenir l'acquittement. Malgré tout, le Conseil de
Guerre, à la majorité de 5 voix contre 2, déclare l'accusé coupable de haute trahison
avec "circonstances atténuantes" et le condamne à dix ans de réclusion.

Le soir même, Alfred Dreyfus forme un pourvoi en révision. Le lendemain, son frère l'avertit
que le gouvernement est disposé à proposer au chef de l'Etat de signer sa grâce. Pourtant
il hésite : ce serait accepter la culpabilité. Mais épuisé et convaincu par ses proches, il retire
son pourvoi.

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Sa grâce est signée le 19 septembre 1899 par le président Emile Loubet et il sort de
prison deux jours plus tard.

Le second recours en révision

Nombreux sont les dreyfusards à critiquer cette décision et une scission s'opère au sein même
du camp. De plus, le 17 novembre 1899, Waldeck-Rousseau, président du Conseil des
ministres dépose une loi d'amnistie couvrant "tous les faits criminels ou délictueux
connexes à l'affaire Dreyfus ou ayant été compris dans une poursuite relative à l'un de
ces faits". Malgré de nombreuses protestations, la loi est adoptée. Dès lors, plus aucun
recours n'est possible pour reconnaitre l'innocence de Dreyfus à moins qu'un fait
nouveau apparaisse.

Jean Jaurès, nouvellement élu député en 1902, relance l'affaire en avril 1903 suite à un
discours prononcé à la Chambre, dans lequel il évoque les incohérences et les "faux" qui
constellent le dossier Dreyfus. Devant ces faits nouveaux, le ministre de la Guerre, le général
André, procède à une enquête administrative qui va durer six mois.

Le 19 octobre 1903, le ministre rend son rapport au président du Conseil (Émile Combes) qui
expose la gravité des faits découverts. Sur la base de ces révélations, Alfred Dreyfus forme
une requête en révision de l'arrêt de 1899 devant le garde des Sceaux. Le 3 mars 1904, la Cour
de cassation déclare la demande en révision recevable et ordonne une instruction
supplémentaire qui va s'étaler sur deux ans.

Le 12 juillet 1906, la Cour de cassation annule sans renvoi le jugement du 9 septembre


1899 et amorce la réhabilitation du capitaine.

Renonçant à prétendre à toute indemnité pécuniaire, il est réintégré partiellement dans


l'armée, mais ses années d'emprisonnement ne sont pas prises en compte dans la
reconstitution de sa situation. Toute perspective de carrière au regard des réussites
antérieures à son arrestation de 1894 étant brisée, il demande sa mise à la retraite en 1907.
Officier de réserve, il participe à la première guerre mondiale. Il décède le 12 juillet 1935 à
l'âge de soixante-seize ans.
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Exercices - L’affaire Dreyfus
1. Cherchez la fin des paragraphes ci-dessous.
1.) Le bordereau est depuis quelque temps déjà entre les mains du colonel Sandherr, directeur du
bureau des renseignements.
2.) Le commandant du Paty de Clam est chargé d'instruire l'affaire Dreyfus, comme officier judiciaire.
Le commandant du Paty de Clam arrête Dreyfus, le met au secret. Il court chez madame Dreyfus, la
terrorise, lui dit que, si elle parle, son mari est perdu.
3.) Dreyfus est traduit devant le conseil de guerre, le huis clos le plus absolu est exigé. L’acte
d’accusation parle de quatorze chefs d'accusation.
4.) Le colonel Sandherr est mort, et le lieutenant-colonel Picquart lui succède comme chef du bureau
des renseignements.
5 .) Son devoir strict est d'ouvrir une enquête. La certitude est qu'il n'a jamais agi en dehors de la
volonté de ses supérieurs. Il soumet donc ses soupçons à ses supérieurs hiérarchiques, le général
Gonse, puis le général de Boisdeffre, puis le général Billot, qui a succédé au général Mercier comme
ministre de la Guerre.
6.) Le lieutenant-colonel Picquart remplit son devoir d'honnête homme. Il insiste auprès de ses
supérieurs, au nom de la justice. Il les supplie même, il leur dit combien leurs délais sont impolitiques,
devant le terrible orage qui s'amoncelle, qui doit éclater, lorsque la vérité sera connue.
7.) A Paris, la vérité marche, irrésistible, et l'on sait de quelle façon l'orage attendu éclate. M. Mathieu
Dreyfus dénonce le commandant Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau, au moment où M.
Scheurer-Kestner allait déposer, entre les mains du garde des Sceaux, une demande en révision du
procès. Dreyfus est condamné sous la pression des chefs de l'état-major et il ne peut revenir innocent
sans que tout l'état-major soit coupable.
a) Nous n'en trouvons qu'un seul en fin de compte, celui du bordereau sur lequel les experts ne
se sont pas entendus.
b) L'auteur du bordereau est recherché parmi les officiers de l'état-major, erreur manifeste,
qui montre avec quel esprit superficiel on étudie ce bordereau, car un examen raisonné
démontre qu'il ne peut s'agir que d'un officier de troupe.
c) L'enquête du lieutenant-colonel Picquart aboutit à la culpabilité d'Esterhazy. Mais l'émoi
est grand, car la condamnation d'Esterhazy entraîne inévitablement la révision du procès
Dreyfus; et c'est ce que l'état-major ne veut à aucun prix.
d) Et c'est à ce titre, dans l'exercice de ses fonctions, que ce dernier eut un jour entre les
mains une lettre-télégramme, adressée au commandant Esterhazy, par un agent d'une
puissance étrangère.
e) Pendant ce temps, le malheureux clame son innocence. Et l'instruction est faite ainsi au
milieu du mystère, l’accusation est basée sur une seule charge, un bordereau sans valeur.
f) Comment peut-on espérer qu'un conseil de guerre déferait ce qu'un conseil de guerre a fait?
L'opinion préconçue qu'ils ont apportée sur leur siège, est évidemment celle-ci: «Dreyfus a été
condamné pour crime de trahison par un conseil de guerre, il est donc coupable; et nous,
conseil de guerre, nous ne pouvons le déclarer innocent; or nous savons que reconnaître la
culpabilité d'Esterhazy, ce serait proclamer l'innocence de Dreyfus.»
g) Et le lieutenant-colonel Picquart est envoyé en mission, on l'éloigne de plus en plus loin,
jusqu'en Tunisie, où l'on veut même un jour honorer sa bravoure, en le chargeant d'une
mission qui le ferait sûrement massacrer. Il n'est pas en disgrâce, le général Gonse entretient
avec lui une correspondance amicale. Seulement, il est des secrets qu'il ne fait pas bon d'avoir
surpris.

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