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Le soccer, plus qu’une passion ?

«Le football est la poursuite de la guerre par d’autres moyens.»


Extrait du journal The Times

Des étudiants algériens vivent un véritable calvaire dans les universités d’Égypte
suite à un match de soccer enflammé qui a opposé l’Algérie à l’Égypte le 14
novembre dernier au Caire.

Les tensions entre l’Égypte et l’Algérie ont atteint un très haut niveau ces dernières
semaines, après la double confrontation des deux pays dans un match de soccer décisif
pour la qualification à la prochaine Coupe du Monde en Afrique du Sud.

Des étudiants algériens qui ont choisi de poursuivre leurs études aux bords du Nil se
retrouvent aujourd’hui menacés, harcelés et certains d’entres eux demandent même un
rapatriement.

« Nous sommes des étudiants d’une coopération interuniversitaire Algérie-Égypte et nous


sommes bloqués dans la ville d’Alexandrie depuis plusieurs jours. La peur nous ronge de
jour comme de nuit. Nos dossiers universitaires sont bloqués dans toutes les universités
égyptiennes avec une décision de nous suspendre jusqu’à nouvel ordre. Nous n’avons pas
le droit d’accéder à nos facultés ni d’assister aux cours. D’ailleurs, nous ne pouvons
même plus sortir faire nos courses, car les commerçants refusent de nous vendre quoi que
ce soit. Insultes, humiliations et agressions physiques au quotidien. Nous ne savons
même pas à qui demander de l’aide pour nous sécuriser et nous rapatrier », témoigne un
groupe de 35 étudiants de l’université d’Alexandrie dans sa lettre au gouvernement
algérien.

À ce titre, Mourad Medelci, ministre algérien des Affaires étrangères, a précisé « qu’une
attention particulière s’oriente aujourd’hui vers nos frères en Égypte, étudiants, résidents
et familles mixtes algéro-égyptiennes auxquels nous devons prêter toute l’aide et
l’assistance dont ils ont besoin ». Il a souhaité, également, que « cette situation
douloureuse puisse être évaluée à juste titre afin que nous puissions construire un avenir
meilleur ».

Retour sur les origines des tensions

Dernière journée de qualification pour le « mondial » dans la zone Afrique. L’Égypte


reçoit l’équipe d’Algérie au stade du Caire alors que les Algériens dépassent les
« pharaons » d’une victoire au classement. Ces derniers étaient donc condamnés à
remporter ce match pour être à égalité de points avec leurs rivaux, ce qui donnerait lieu à
un ultime face-à-face, dans un terrain neutre cette fois, au Soudan.

Les tensions entre les deux pays, amorcées par médias interposés plusieurs semaines
avant le match, se sont accentuées après l’attaque du bus de la sélection algérienne au
Caire le 12 novembre, deux jours avant le match Égypte-Algérie, faisant quatre blessés
parmi les joueurs.

Ces graves incidents qui ont touché le sport le plus populaire au monde ont fait les
manchettes de la presse internationale, notamment grâce à un extrait vidéo filmé par un
des joueurs algériens à bord de l’autobus (voir liens). En signe de représailles, quelques
édifices égyptiens en Algérie ont été attaqués par des citoyens en colère après les images
de l’agression du bus de leur équipe.

« Le soccer est une religion pour certains partisans. Leur identité n’est pas seulement
associée à l’équipe, mais aussi à leur pays. Ainsi, la défaite de leur équipe est perçue
comme une atteinte à leur identité patriotique. Ils sont prêts à tout pour ne pas perdre, et
parfois l’une des solutions les plus faciles est l’agressivité dans le but d’intimider
l’équipe adverse », commente Éric Donahue, étudiant au Doctorat en psychologie à
l’UQAM et spécialiste de la passion et de l’agressivité dans le sport.

Malgré ces tensions et l’indignation du monde du football, le match a été maintenu par la
Fédération internationale de football (FIFA). L’Égypte le remporte, ce qui remet les deux
équipes à égalité au classement. Seul un match d’appui les départagerait pour désigner le
pays qui va jouer le mondial en juin prochain.
À Khartoum, les Algériens l’emportent finalement par 1 but à 0 et décrochent ainsi le
précieux billet pour la prochaine Coupe du Monde 2010. La presse égyptienne soutient
que des nouvelles violences ont éclaté dans la capitale soudanaise, accusant ainsi les
partisans algériens, mais les autorités locales ont démenti signalant quelques incidents
mineurs.

Les crispations se sont en revanche poursuivies au Caire, frisant l’hystérie la semaine


dernière. Le conflit a pris une tournure diplomatique avec le rappel de l’ambassadeur
algérien du Caire et de son homologue égyptien à Alger, et surtout après les déclarations
d’Alaa Moubarak, le fils du chef d’État égyptien, assimilant les supporters algériens à des
« terroristes ».

Réactions d’officiels Égyptiens au Québec

« C’est très dommage d’en arriver là pour un match de soccer. Il devait y avoir un
vainqueur et un vaincu après tout. Surtout en sachant que nous avons eu des relations
historiques avec l’Algérie, un pays frère avec qui on partage la même langue et la même
religion », confie la consule générale de l’Égypte à Montréal, Suzanne Gamil, interrogée
par le journal iMédia dans le cadre de la semaine égyptienne à l’Université du Québec à
Montréal (UQAM).

« Quelques Égyptiens ne représentent pas tout un peuple de 80 millions. Il faut


condamner les actes et non pas le peuple. C’est également valable pour l’Algérie »,
conclut-elle.

Signalons enfin que l'ambassadeur égyptien au Canada, Shamel Nasser, interpellé par le
journal iMédia dans le cadre d'une conférence à l'UQAM sur les relations culturelles
entre l'Égypte et le Canada, n'a pas souhaité faire de commentaires sur les tensions entre
l'Algérie et l'Égypte.