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Séminaire Droit des affaires

Institut Supérieur de Commerce et d’Administration des Entreprises


Cycle Supérieur de Gestion
Centre de Rabat
iscae 2ème Année
Année Universitaire : 2005-2006

RAPPORT

Séminaire
Droit des affaires

Animateur: M. Chakib El OUFIR

LA PROTECTION DES ACTIONNAIRES


DE LA SOCIETE ANONYME

Document préparé par les participants:

M. Abderrazak El Gourji
M. Redouane Lakrane
M. Farid Moussaoui
M. Omar Ouaaba
M. Abdelfattah Ouadrhiri

juin 2006

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La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

Table des matières

INTRODUCTION.........................................................................1

INTÉRÊT DU THÈME..................................................................................................................................1
DÉLIMITATION..........................................................................................................................................2
PROBLÉMATIQUE......................................................................................................................................3
MÉTHODOLOGIE.......................................................................................................................................4
DÉFINITIONS ET REPÉRAGES......................................................................................................................5
La Société Anonyme (SA).............................................................................................................5
Qu’est ce qu’un actionnaire ?....................................................................................................6
Majorité/Minorité d’actionnaires..............................................................................................8

I. PREMIÈRE PARTIE : DROIT À L’INFORMATION...............................9

1. RÉGLEMENTATION...........................................................................................................................9
1.1. L’information permanente...........................................................................................9
1.2. Informations préalables aux assemblées générales...............................................10
1.3. Expertise de gestion liée au droit à l’information................................................13
1.4. Délits d’initiés et transactions pour compte propre.............................................13
2. ENTRAVES ET ATTEINTES AUX DROITS À L’INFORMATION.................................................................14
3. AMENDEMENTS PRÉVUS DANS LE CADRE DE LA NOUVELLE LOI SUR LA SA.........................................15

II. DEUXIÈME PARTIE : DROITS DE VOTE LIÉS AUX ASSEMBLÉES..........16

1. RÉGLEMENTATION.........................................................................................................................16
2. ENTRAVES ET ATTEINTES AUX DROITS DE VOTE...............................................................................18
3. QUELQUES MESURES SUSCEPTIBLES D’AMÉLIORER L’EXERCICE DU DROIT DE VOTE.............................19
4. AMENDEMENTS PRÉVUS DANS LE CADRE DE LA NOUVELLE LOI SUR LA SA.........................................24

III. CONCLUSION.....................................................................25

BIBLIOGRAPHIE.......................................................................28

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La protection des actionnaires de la société anonyme
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Introduction

Avec une politique globale prônant une implication accrue du secteur privé dans
la génération de richesses, le Maroc a entrepris un certain de réformes et a mis
en place un ensemble institutionnel permettant la création d’entreprises et la
privatisation de plusieurs sociétés étatiques, donnant ainsi l’opportunité à de
nouveaux propriétaires de participer à la vie sociale des entreprises.

Ces nouveaux propriétaires désignés par les associés ou les actionnaires sont donc
continuellement sensibilisés pour prendre des parts sociales dans les capitaux des
entreprises et rassurés par un ensemble d’instruments mis en place pour
sauvegarder leurs droits.

Cependant, la gestion problématique passée des entreprises privées a généré


plusieurs craintes quant à l’efficacité des outils permettant la protection des
actionnaires suite aux scandales financiers émanant souvent de pratiques
managériales contraires aux intérêts des actionnaires, d’abus de majorité ou de
minorités d’actionnaires ou de manipulations comptables et un manquement au
devoir d’information des sociétés vis-à-vis des actionnaires.

De tels événements ont eu pour conséquence néfaste le désintérêt de potentiels


actionnaires de prise de participations dans de nouvelles sociétés.

Ces derniers ont donc besoin d’être rassurés non seulement sur la solidité des
entreprises mais aussi sur les moyens de recours juridiques leur permettant de
recouvrer leurs droits en cas de pratiques managériales suspectes ou de
comportements hostiles d’une partie des actionnaires, qu’ils soient minoritaires
ou majoritaires.

Intérêt du thème

Les actionnaires sont au centre du gouvernement des entreprises. Leurs


interventions dans la vie sociale des sociétés peuvent varier d’une certaine
passivité à une très forte implication qui peut parfois limiter considérablement
la gestion quotidienne des affaires.

Au fait, ces constats ne sont pas incompatibles, et tiennent à la diversité des


actionnaires, et partant, de leurs attentes et comportements. Dans la pratique,
les comportements des actionnaires dépendent de deux éléments clés : la part
de capital (de voix) détenue et leur identité.

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La protection des actionnaires de la société anonyme
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Cette thématique trouve son intérêt dans le contexte actuel des affaires qui
demande une forte implication des personnes physiques et morales dans la vie
sociale des sociétés faisant ou non appel à l’épargne publique.

La participation de ces derniers dépend en fait de l’existence d’entreprises


solides capables de générer durablement des richesses, de l’arsenal juridique
protégeant les actionnaires mais surtout de l’effectivité de ce dernier.

Le tissu économique national a été le siège de plusieurs débâcles financières de


sociétés mettant en jeu les intérêts des actionnaires et qui sont de nature à
détourner ces derniers des appels de participation dans de nouvelles sociétés.

Les pouvoirs publics conscients de cet état de fait ont mis en place les textes
adéquats qu’ils continuent d’amender pour remédier à des situations de
lacunes juridiques. En matière de protection des actionnaires, il est attendu
que ces amendements portent entre autres sur:

 La transparence dans le fonctionnement de l’entreprise,

 Le renforcement des droits des actionnaires.

Encore faut-il que ces textes puissent s’appliquer et développer une réelle
jurisprudence en matière de protection des droits des actionnaires des sociétés
anonymes.

Délimitation

L’actionnaire s’engage d’apporter en numéraire ou en nature une partie du


capital de l’entreprise lors de la constitution de celle-ci, ou lors de
l’augmentation du capital. En contrepartie il jouit de multiples droits.

Dans l’examen de la situation juridique de l’actionnaire, on peut distinguer les


droits individuels exercés par chacun et les droits collectifs exercés en
assemblées.

 Les droits individuels sont pécuniaires (dividende) ou non. Les droits non
pécuniaires, englobent le droit à l’information qui permet à l’actionnaire
d’exercer en connaissance de cause son droit au vote.

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La protection des actionnaires de la société anonyme
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 Les droits collectifs que les actionnaires peuvent exercer collectivement se


matérialisent principalement lors des assemblées générales mais aussi à
travers la constitution d’associations.

Les actionnaires sont les vrais propriétaires des sociétés anonymes. Cependant le
pouvoir « réel » est exercé par les dirigeants.

Partant de constat, nous estimons que l’actionnaire ne participant pas à la


gestion opérationnelle de la société doit être suffisamment informé sur la marche
de la société pour prendre les décisions adéquates lors des assemblées générales.
En effet, les décisions importantes sont prises en assemblée générale selon des
règles de majorité et de quorum fixées par les statuts, avec des minimums
légaux.

C’est pour cela que dans le cadre de cette thématique, nous nous intéresserons à
ces deux droits, à savoir :

 Le droit à l’information pour prendre les décisions en connaissance de cause,

 Les droits de vote liés aux assemblées générales (droit de regard sur la gestion
des affaires).

Problématique

La problématique actuelle, faisant partie du débat sur le gouvernement


d’entreprise, consiste à évaluer les moyens mis en place afin de protéger les
actionnaires contre les abus des dirigeants ou d’une autre partie des
actionnaires constitués en minorité ou en majorité.

En effet, la loi a prévu un certain nombre de droits des actionnaires, traduisant


le fait que ceux-ci sont les véritables propriétaires de la société. Cependant,
qu’en est-il dans la pratique?

 Est-ce que ces droits sont exercés aisément et pleinement par les
actionnaires?

 Les droits des actionnaires, notamment les minoritaires, ne risquent-il pas


de pâtir de certaines difficultés inhérentes à l’exercice de ces droits?

 Les actionnaires majoritaires et leurs représentants dans les instances


dirigeantes ne sont-ils pas tentés de marginaliser les actionnaires
minoritaires, malgré la législation en vigueur?

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Certaines contraintes rendent, dans la pratique, l’exercice des droits des


actionnaires, notamment minoritaires, très difficiles à exercer:

 La nécessité pour les actionnaires de se déplacer au siège pour avoir les


informations, pour les sociétés ne faisant pas appel public à l’épargne et
dont les statuts ne prévoient pas l’envoi d’office aux actionnaires des
informations en même temps que la convocation;

 La représentativité aux instances dirigeantes, qui ne laisse que de faibles


marges aux actionnaires minoritaires;

 L’exercice effectif du droit de vote;

 Certaines informations relatives aux rémunérations des dirigeants ne sont


pas toujours communiquées à tous les actionnaires;

 En cas de fusion/absorption, les droits des actionnaires minoritaires ne sont


que rarement pris en compte et l’intérêt économique l’emporte sur les
autres considérations, notamment lors des opérations dites « coups
d’accordéon ».

Méthodologie

La méthodologie adoptée pour répondre à cette problématique consiste à


analyser les textes de loi relatifs aux droits des actionnaires en matière d’accès
à l’information et de droits de vote lors des assemblées générales. Cette
analyse sera confrontée aux entraves potentielles de ces droits et aux atteintes
effectives. Cette confrontation permettra de dégager des recommandations en
matière de protection des actionnaires de la société anonyme.

Le présent rapport comprend donc :

 Une introduction situant l’intérêt du thème, la délimitation adoptée, la


problématique à traiter ainsi qu’un ensemble de définitions et repérages
utiles pour la compréhension du contexte juridique de la société anonyme.

 Une première partie relative au droit à l’information décomposée en deux


chapitres principaux : la réglementation, les entraves et les atteintes.

 Une deuxième partie relative aux droits de vote lors des assemblées,
décomposée aussi en deux chapitres principaux : réglementation, entraves
et atteintes.

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 Une conclusion synthétisant l’ensemble des réflexions développées liées à


cette thématique ainsi que des recommandations en vue de renforcer les
droits des actionnaires de la société anonyme en matière d’accès à
l’information et aux droits de vote liés aux assemblées.

Définitions et repérages

La Société Anonyme (SA)

La société anonyme est une société commerciale à raison de sa forme et quel


que soit son objet. Son capital est divisé en actions négociables représentatives
d'apports en numéraire ou en nature à l'exclusion de tout apport en industrie.

Elle doit comporter un nombre suffisant d'actionnaires lui permettant


d'accomplir son objet et d'assurer sa gestion et son contrôle, sans que ce
nombre soit inférieur à cinq. Les actionnaires ne supportent les pertes qu'à
concurrence de leurs apports et leurs engagements ne peuvent être augmentés
si ce n'est de leur propre consentement.

Par la loi n° 17-95 relative à la SA, le législateur marocain a innové par rapport
à la législation ancienne. Il a fait une distinction fondamentale entre
l’administration de la société et son contrôle. Il a mis à la disposition des
actionnaires une nouvelle structure.

C’est ainsi qu’en plus de la structure traditionnelle dans laquelle les


actionnaires élisent les administrateurs, qui forment le conseil d’administration
et désignent son président, on trouve dans la loi 17-95 la société à directoire et
à conseil de surveillance. Le directoire est chargé d’administrer la société,
tandis que le conseil de surveillance a pour mission de contrôler l’action du
directoire. Il est à noter que l’absence du caractère personnel des sociétés
anonymes conduit souvent les associés à se désintéresser de la gestion sociale.

Les associés de la SA ont droit de choisir librement entre 2 types juridiques


d’organisation de la SA, le type classique avec un conseil d’administration et un
Directeur général (art 39 à 76), ou une forme dualiste inspirée du droit
allemand, qui comporte un directoire et un conseil de surveillance (articles de
77 à 105).

D’après l’article 243, les valeurs mobilières émises par la SA sont des actions
formant le capital social, les certificats d’investissement et les obligations.

Sont assimilés à des valeurs mobilières les droits d’attribution ou de


souscription détachées des actions, des obligations et des certificats

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d’investissement. Les valeurs immobilières représentent des droits d’associés,


comme l’action, ou de prêteurs comme l’obligation.

Dans les SA, l’apport est rémunéré par la remise d’actions à l’apporteur. Cette
attribution lui confère la qualité d’actionnaire et l’autorise à exercer les droits
pécuniaires et des prérogatives de gestion sous forme de vote et d’intervention
dans la vie sociale.

Il est à noter que l’obligation ne dispose que d’un droit pécuniaire fixe qui
consiste en un versement d’intérêt et, au terme fixé, en un remboursement du
prêt à la société. L’obligataire ne jouit d’aucun droit de gestion ou
d’administration à l’égard de la société. Mais étant donné que les obligations
sont unies à l’égard de la société par un intérêt commun, la loi leur a permis de
se regrouper en masse ayant la personnalité morale (art 229, al. 1er). La masse
des obligataires est représentée par un ou plusieurs mandataires élus par
l’assemblée générale ordinaire des obligataires. Les mandataires sont
révocables à tout moment (art 300).

Les mandataires de la masse ne peuvent être choisis parmi les administrateurs


et les personnes qui sont au service de la société débitrice et les sociétés
garantes de l’emprunt (art 301). Les représentants de la masse ont sauf
restriction décidée par l’assemblée générale tous actes de gestion nécessaires à
la sauvegarde des intérêts connus des obligataires (art 302). Ils ne peuvent
s’immiscer dans la gestion des affaires sociales. Ils ont accès aux assemblées
générales des actionnaires dans les mêmes conditions que ceux-ci (art 304).
C’est dire que la loi associe les obligations dans une certaine mesure à la vie
sociale.

La loi sur la SA a introduit également des certificats d’investissement sans


droits de vote. Pour chaque certificat d’investissement, un droit de vote
correspondant est émis. Le droit de vote ne peut être vendu qu’avec un
certificat d’investissement ou au détenteur d’un certificat d’investissement. A
ce jour, aucun certificat d’investissement n’avait été émis au Maroc.

Qu’est ce qu’un actionnaire ?

Un actionnaire est une personne physique ou morale qui participe au capital


d'une société anonyme. A coté des actionnaires de contrôle ou de ceux
exerçant une puissance d'influence, l'actionnariat flottant est constitué d'une
multitude de petits ou moyens épargnants directs ou indirects.

Pour le législateur, associé et actionnaire sont des mots synonymes,


uniquement différenciés par la collectivité à laquelle ils se rapportent (société

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en général pour les associés ; SA pour les actionnaires), mais la notion traduit la
même réalité, à savoir une personne physique ou morale qui en contrepartie de
son apport reçoit diverses prestations d'ordre patrimoniale et financière.

On sait que l’actionnaire n’est tenu que d’une seule obligation : celle
d’effectuer l’apport qu’il s’est engagé à faire, en numéraire ou en nature, lors
de la constitution de la société ou lors d’une augmentation de capital. Par les
actions qu’il reçoit, il participe à la vie de la société et se trouve titulaire de
droits individuels et collectifs.

L’ensemble des droits fondamentaux des actionnaires comprennent notamment


le droit :

- de bénéficier de méthodes fiables d’enregistrement de leurs titres ;


- de pouvoir céder ou de transférer des actions ;
- d’obtenir en temps opportun et de façon régulière des informations
pertinentes sur la société ;
- de participer et de voter aux assemblées générales des actionnaires ;
- d’élire les membres du conseil d’administration ;
- et de partager les bénéfices de la société.
- de poser des questions et de faire inscrire certains points à l’ordre du jour :
les actionnaires détenant au moins 5% du capital ont le droit de présenter des
résolutions.
- à un traitement équitable des actionnaires : A l’intérieur d’une même
catégorie d’actions, tous les actionnaires devraient avoir les mêmes droits de
vote.

L’actionnaire a le droit de posséder et de négocier des actions qui sont des


valeurs mobilières représentatives d’une quote-part du capital social. Il a le
droit d’être informé sur la gestion de la société.

Au titre de ses droits pécuniaires, l’actionnaire a le droit de recevoir chaque


année un dividende, c’est-à-dire une part de bénéfices que la société distribue
à chacun de ses actionnaires.

Les SA sont soumises à un contrôle plus étendu que les autres formes sociales.
Le contrôle exercé par les actionnaires dans tous les domaines de la gestion
sociale est insuffisant. C’est pourquoi, dans l’ensemble des SA, une mission
spécifique de contrôle est confiée aux commissaires aux comptes : cette
surveillance comptable vient en renfort du contrôle exercé par les actionnaires
eux même sur la gestion de la société.

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Les actionnaires ont le droit d’intervenir directement à certaines conditions,


dans le domaine de la gestion de la société. Mais ils peuvent aussi provoquer
diverses mesures comme l’expertise judiciaire ou l’administration provisoire.

La loi 17-95 a permis par exemple dans diverses dispositions aux actionnaires
minoritaires n’occupant pas de postes de direction de faire valoir leurs intérêts
de différentes manières :

a- Requête d’un mandataire en justice (art 116),


b- Requête de l’inscription d’un projet de résolution à l’ordre du jour (art. 117),
c- Récusation d’un commissaire aux comptes (art. 164),
d- Demande de nomination d’un commissaire aux comptes (art. 165),
e- Demande de relevés de fonction d’un commissaire aux comptes (197)
f- Droit préférentiel de souscription,
g- Conditions de la réduction du capital social,
h- Protection des actionnaires des obligations et des créances (art 210),
i- Information des actionnaires.

Majorité/Minorité d’actionnaires

La minorité peut définie comme étant la masse des porteurs du capital liée par
les décisions de la majorité du capital, présents ou représentés à l’assemblée.

La distinction actionnaires majoritaires/minoritaires permet à l’une ou à


l’autre partie d’exercer une influence plus ou moins importante suivant leur
participation.

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I. Première partie : droit à l’information


1. Réglementation

Le droit de vote de l’actionnaire ne serait pas exercé d’une manière éclairée et


libre si l’actionnaire ne pouvait pas examiner à loisir les documents sociaux
avant la réunion de l’assemblée. A côté des droits attachés à la détention
d’actions, il faut également signaler l’existence d’un droit à l’information des
actionnaires sur le fonctionnement et les résultats de la société. Ce droit à
l’information s’exerce selon diverses modalités.

Tout actionnaire, a le droit de prendre connaissance au siège social au moins


pendant les quinze jours qui précèdent la date de la réunion de toute une série
de documents dont la liste figure à l’article 141.

A toute époque tout actionnaire a droit d’obtenir communication des


documents sociaux visés à l’article 141 et concernant les trois derniers
exercices ainsi que des procès verbaux et feuilles de présence des assemblées
générales tenues au cours de ces exercices (article 146). Sauf en ce qui
concerne l’inventaire, le droit de prendre connaissance emporte celui de
prendre copie.

C’est pour cela que le droit des sociétés distingue l’information permanente et
l’information préalable à l’assemblée.

1.1. L’information permanente

D’après l’article 146, tout actionnaire a droit à toute époque, d’obtenir


communication des documents sociaux visés à l’article 141 et concernant les 3
derniers exercices ainsi que les procès verbaux et feuilles de présence des
assemblées générales tenues au cours de ces exercices. Les documents visés à
l’article 141 sont :

1- l’ordre du jour de l’assemblée ;

2- le texte et l’exposé des motifs des projets de résolutions présentées par le


conseil d’administration ou le directoire et, le cas échéant, par les
actionnaires ;
3- la liste des administrateurs au conseil d’administration, des membres du
directoire et du conseil de surveillance, ainsi que le cas échéant, des
renseignements concernant les candidats à ces organes ;

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4- l’inventaire, les états de synthèse de l’exercice écoulé, arrêtés par le conseil


d’administration ou le directoire, ainsi que le cas échéant des observations des
conseils de surveillance ;

5- le rapport de gestion du conseil d’administration ou du directoire soumis à


l’assemblée, ainsi que le cas échéant, des observations du conseil de
surveillance ;

6- le rapport du ou des commissaires aux comptes soumis à l’assemblée ;

7- le projet d’affectation des résultats .

Par ces informations, les actionnaires peuvent ainsi vérifier la teneur et la


régularité des principales décisions sociales. L’art 142 al. 1 er, précise bien que
le rapport de gestion du conseil d’administration ou du directoire doit contenir
tous les éléments d’information utiles aux actionnaires pour leur permettre
d’apprécier l’activité de la société au cours de l’exercice écoulé, les opérations
réalisées, les difficultés rencontrées, les résultats obtenus, la formation des
résultats, la situation financière de la société et ses perspectives d’avenir.

L’actionnaire qui exerce le droit d’obtenir communication des documents et


renseignements auprès de la société, peut se faire assister d’un conseil (art
149).

Tout actionnaire doit donc être en mesure de se prononcer en connaissance de


cause et de porter un jugement sur la gestion et la marche des affaires de la
société. Les documents concernant les trois derniers exercices doivent être
tenus en permanence à la disposition des actionnaires, et qu’ils peuvent en
prendre connaissance directement au siège social. Le droit de communication
des documents appartient également à chacun des copropriétaires d’actions
indivises, au nu propriétaire et à l’usufruitier d’actions, ainsi qu’aux
propriétaires de certificats d’investissement et de droit de vote (art 150).

1.2. Informations préalables aux assemblées générales

Toute société est tenue en vertu de l’article 140 d’adresser ou de mettre à la


disposition des actionnaires ou de leurs mandataires justifiant de leurs
pouvoirs, les documents énumérés à l’article 141. En plus de ces informations,
et pendant le délai de 15 jours avant la réunion de toute assemblée générale,
les actionnaires ont le droit d’obtenir communication de la liste des
actionnaires, avec l’indication du nombre et de la catégorie d’actions dont
chaque actionnaire est titulaire (art 145).

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L’actionnaire qui se verrait refuser l’accès à l’information en totalité ou en


partie, peut obtenir en justice du Président du tribunal de commerce, statuant
en référé, d’ordonner à la société, sous astreinte, de communiquer les
documents dans les conditions prévues par la loi (art 148). Des sanctions
pénales prévues aux articles 390, 391 et 392 punissent le non respect des
dispositions légales relatives à l’information des actionnaires.

Les sociétés faisant appel public à l’épargne doivent maintenir un registre


d’actionnaires. Les investisseurs ont le droit d’obtenir des informations
régulières sur une société dont ils sont actionnaires, et sur une base ponctuelle,
au siège de la société. Si la société refuse de donner l’information requise,
l’actionnaire peut demander au tribunal de l’obtenir en son nom.

Des obligations supplémentaires d’information sont mises par l’article 16 du


dahir portant loi du 21 septembre 1993, relatif au conseil déontologique des
valeurs mobilières et aux informations exigées des personnes morales faisant
appel public à l’épargne, à la charge des sociétés pratiquant l’appel public à
l’épargne, sous contrôle du conseil déontologique (art 20 du dahir précité).

Les détenteurs de certificats d’investissement, d’actions préférentielles et les


représentants des associations de porteurs ont le droit d’accès à la même
documentation que les actionnaires.

Les membres du conseil d’administration doivent veiller à ce que les conditions


de diffusion de l’information soient respectées. Ils sont passibles d’une amende
maximale de 1.000.000 DH ou d’une peine de prison de un à six mois s’ils
publient sciemment des états financiers qui ne donnent pas une image sincère
et fidèle de la société.

Les sociétés cotées sont tenues de publier des résumés de leur bilan annuel
audité, de leur compte de résultats, ainsi qu’un résumé du rapport du
commissaire aux comptes, au plus tard au 31 mars dans un journal d’annonces
légales. La loi ne requiert pas la diffusion des objectifs stratégiques des
sociétés.

Les sociétés cotées doivent aussi publier un compte de résultat semestriel


estimé, comparant le semestre en cours avec les deux semestres antérieurs
ainsi qu’un bilan provisoire, dûment vérifiés par les commissaires aux comptes.

L’identité des détenteurs d’actions nominatives est enregistrée dans le registre


des titres de propriété de la société. Tout détenteur d’actions nominatives
peut en obtenir une copie certifiée, signée par le président du conseil
d'administration/surveillance. Quinze jours avant leur Assemblée Générale

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Ordinaire, les sociétés doivent fournir à tout actionnaire qui le demande une
liste de leurs actionnaires, avec les pourcentages respectifs de capital détenu
et la catégorie des actions. Si la société refuse d’obtempérer, le tribunal peut
l'astreindre à fournir cette information. Les sociétés doivent aussi inclure dans
leur déclaration annuelle d’impôt leurs principaux actionnaires.

Une liste comportant les noms des membres du conseil d’administration ou du


conseil de surveillance et les candidats, est disponible avant l’assemblée
générale ordinaire (AGO). La rémunération globale du conseil d’administration
est fixée par l’AGO. La loi n’impose ni la diffusion des compensations
individuelles, ni des antécédents de carrière ou fonctions d’administrateur
actuelles et antérieures.

Pendant une période de 15 jours précédant l’AGO, les sociétés doivent mettre
à la disposition des actionnaires, au siège, l’information suivante : programme
et résolutions proposées, une liste comprenant les noms des membres du
conseil d’administration et des informations sur les nouveaux membres
proposés, une liste des actionnaires remontant à 30 jours avant l’AGO, un
inventaire, des sommaires des états financiers, le rapport du commissaire aux
comptes, le rapport du conseil d’administration et la distribution proposée des
revenus. Les actionnaires ont le droit de demander des copies de cette
information sauf pour l'inventaire.

Si le conseil d’administration ne convoque pas l’AGO ou ne soumet pas les états


financiers et le rapport des administrateurs, ce dernier est passible d’une
amende allant de 60.000 à 600.000 DH. Si le président du conseil ne suit pas les
procédures de notification, il est passible d’une amende allant jusqu’à 40.000
DH. Les actionnaires représentant 5% du capital ont le droit de proposer des
résolutions à l’ordre du jour.

Tout actionnaire a le doit d’être informé des droits de vote liés aux différentes
catégories d’actions. Les noms des actionnaires sont enregistrés dans le registre
des transferts. Cette information est disponible au siège de la société. Les
sociétés doivent également soumettre un tableau énumérant les principaux
actionnaires lors de leur déclaration annuelle d’impôt.

De même, les propositions de fusion ou d’acquisition sont sujettes à


l’approbation des actionnaires réunis en assemblée générale extraordinaire
(AGE). Le conseil d’administration ou le directoire prépare un document
résumant les aspects juridiques et économiques de la transaction proposée,
qu’il soumet aux commissaires aux comptes 45 jours au moins avant l’AGE. Ces
derniers vérifient les méthodes d’évaluation, le prix d’achat des actions ou les

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ratios d’échange. Cette information est mise à la disposition des actionnaires


au siège de la société 30 jours avant l’AGE.

1.3. Expertise de gestion liée au droit à l’information


Par ailleurs, il convient de rattacher à ce droit à l’information l’expertise de
gestion (article 157). Un expert de gestion peut être désigné dans des
conditions suivantes :

 Un ou plusieurs actionnaires représentant au moins le dixième du capital


social peuvent demander au président du tribunal de commerce, statuant
en référé, la désignation d’un ou plusieurs experts chargés de présenter un
rapport sur une ou plusieurs opérations de gestion.

 S’il est fait droit à la demande, l’ordonnance de référé détermine l’étendue


de la mission et les pouvoirs de l’expert, les représentants légaux de la
société dûment appelés à l’audience.

L’ordonnance de référé fixe également s’il y a lieu, les honoraires du ou des


experts à titre provisionnel. Les honoraires ne seront payés qu’en fin de mission
par la société, soit par les actionnaires demandeurs s’ils ne révèlent que la
demande d’expertise avait un caractère abusif et était faite dans le but de
nuire à la société.

Ce rapport est adressé au demandeur, au conseil d’administration, ou au


directoire et conseil de surveillance ainsi qu’aux commissaires aux comptes. Il
doit être obligatoirement mis à la disposition des actionnaires en vue de la
prochaine assemblée générale, en annexe au rapport du ou des commissaires
aux comptes.

A cette fin, des tribunaux commerciaux ont été créés. En outre, le code du
commerce prévoit la possibilité de régler les différends par arbitrage. Il est
prévu d’établir les centres d’arbitrage dans les chambres de commerce. A ce
jour, seule la Chambre Internationale de Commerce de Casablanca assure
l’arbitrage.

1.4. Délits d’initiés et transactions pour compte propre

Selon la loi 1-93-212 toute personne ayant accès à une information


confidentielle est initié. Le délit d’initié constitue un acte délictueux assorti
d’une peine de prison de trois mois à deux ans et d’une amende allant jusqu’à
cinq fois les profits réalisés par l’initié. L’utilisation d’information fausse ou de
nature à induire en erreur les investisseurs est passible de la même peine de
prison et/ou une amende pouvant atteindre 500.000 DH.

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2. Entraves et atteintes aux droits à l’information

La SA est la forme par excellence de la société des capitaux. La SA est


fortement hiérarchisée, en effet, les dirigeants sont dotés en réalité des pleins
pouvoirs. L’assemblée des actionnaires ne joue pas toujours le rôle actif qui
devrait théoriquement être le sien.

S’agissant de l’accès à l’information, bien que cette disposition de la loi soit


plus ou moins respectée, concrètement, seuls des états financiers récapitulatifs
accompagnés de notes restreintes des commissaires aux comptes sont publiés
dans la presse 2 fois par an. De même, l’information sur la structure du capital
est limitée.

Il est ainsi fortement recommandé que les sociétés devraient avoir l’obligation
de publier un rapport annuel complet, contenant les informations pertinentes
en plus des états financiers trimestriels.

Concernant l’élection des membres du conseil d’administration, bien que tous


les actionnaires aient le droit d’élire des administrateurs, aucune disposition
spécifique ne protège les droits des actionnaires minoritaires.

A cet effet, les droits des associés ne semblent pas être protégés dans la
pratique. Il serait primordial d’introduire des modalités de droit de vote
cumulatif et de promouvoir la création d’une organisation représentant les
actionnaires minoritaires.

Les actionnaires ont le droit de participer aux assemblées générales de la


société, et d’être suffisamment informés pour le faire, aux décisions
concernant des changements fondamentaux pour la société, notamment :

- toute modification des statuts de la société ou de tout autre document


analogue régissant l’organisation de la société ;
- toute autorisation d’émission de nouvelles actions ;
- toute opération à caractère exceptionnel se traduisant dans les faits par la
vente de la société.

Il est à rappeler qu’en France, les droits des associés des sociétés civiles sont
ceux qui sont inhérents à la qualité même des associés. Sur ce point, la loi 1978
mérite une attention particulière. D’une part, elle a renforcé les droits
d’information et de contrôle de ces associés. D’autre part, elle a prévu à leur
profit un droit de retrait.

Ces droits comportent 3 aspects essentiels :

14
La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

Le premier est l’accès aux livres et documents sociaux. D’une part à l’occasion
de la préparation des décisions collectives, les associés ont le droit de prendre
connaissance des documents nécessaires à leur information (art 40 et 41 du
dahir 78-704). D’autre part, l’article 1855 du Code Civil leur reconnaît le droit
d’obtenir au moins une fois par an la communication des livres et des
documents sociaux, c’est-à-dire « tous les livres et documents sociaux, les
contrats, factures, correspondances, procès verbaux, et plus généralement tout
document établi par la société ou reçu par elle : c’est là un véritable droit
d’inquisition.

Le deuxième consiste à pouvoir interpeller la gérance sur sa gestion. Tout


associé non gérant peut à tout moment demander une délibération sur une
question déterminée. Mais en outre, l’article 1855 permet aux associés de
poser par écrit des questions sur la question sociale.

Le troisième tient à l’obligation faite aux gérants de rendre compte de leur


gestion et d’établir un rapport d’activité (art 1856).

3. Amendements prévus dans le cadre de la nouvelle loi sur


la SA
Cet amendement vise la transparence dans le fonctionnement de l’entreprise.

 Le projet de loi étend la champ d’application des conventions réglementées


aux conventions passées entre la société et l’un de ses actionnaires dont le
pourcentage du capital détenu ou des droits de vote est supérieur à 5%.

 Les rapports généraux et surtout spéciaux doivent être mieux élaborés. Leur
contenu sera fixé par décret.

 Le projet introduit l’obligation pour le conseil d’administration ou le


directoire d’informer les actionnaires des modalités et des conditions
définitives de l’exécution de l’opération d’augmentation du capital.

15
La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

II. Deuxième partie : droits de vote liés aux assemblées


1. Réglementation

Le respect du droit des actionnaires est un élément fondamental non seulement


pour ses aspects juridiques mais aussi pour son impact positif sur la bonne
gouvernance des entreprises. En effet, il est communément admis que plus les
actionnaires s’impliquent dans la gestion des affaires et exercent pleinement
leurs droits, plus les performances de l’entreprise sont meilleures. D’ailleurs
l’existence d’une législation claire en matière de droits des actionnaires
constitue un élément fondamental dans l’attrait des investisseurs.

Dans cette deuxième partie consacrée au droit de vote des actionnaires, nous
présenterons dans un premier temps le contenu de ce droit. Ensuite seront
présentés les entraves à l’exercice du droit de vote par les actionnaires. Enfin
seront présentés quelques éléments relatifs à l’amélioration de l’exercice de ce
droit.

Voter lors des assemblées générales est un droit essentiel pour l'actionnaire. Le
principe est celui d'une voix par action ordinaire détenue. Certains titres
assimilés à des actions (certificats d'investissement ou actions à dividende
prioritaire) sont privés de ce droit, mais ils constituent l'exception. En
revanche, de nombreuses sociétés attribuent fréquemment des droits de vote
double aux actions détenues par un même porteur durant un certain temps
(deux ans en général).

Le vote intervient au moins une fois l'an, lors des assemblées générales
ordinaires. Les actionnaires peuvent être également réunis en assemblées
extraordinaires. Il s'agit dans ce cas d'approuver certaines résolutions
particulières comme une modification des statuts de la société, une
augmentation (ou une réduction) de capital ou les conditions d'une fusion avec
une autre société. Ceux qui ne peuvent pas y assister peuvent voter par
correspondance ou par procuration, en confiant leurs droits de vote à un autre
actionnaire.

Les assemblées générales sont le lieu où les actionnaires peuvent exercer leur
pouvoir de décision. Ces décisions sont classées en 2 types suivant leur
importance. Les règles de prise d'adoption de la résolution dépendent de cette
classification:

- L'assemblée générale ordinaire (AGO) prend, à la majorité simple des actions


représentées, des décisions concernant la gestion ordinaire de la société:

16
La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

approbation des comptes, distribution de dividendes, nomination et révocation


d'administrateurs.

- L'assemblé générale extraordinaire (AGE) prend des décisions modifiant les


statuts: augmentation de capital, fusion, apport partiel d'actifs, scission,
émission d'actions...à une majorité renforcée (dite aussi "majorité qualifiée").

Les décisions de vote peuvent toucher les éléments suivants :

- Décisions entraînant les modifications des statuts ;


- Approbation des comptes et affectation des résultats ;
- Nomination et révocation des organes sociaux ;
- Conventions réglementées ;
- Désignation des contrôleurs légaux des comptes.

Le droit de vote de l'actionnaire est consacré par la loi. Cependant, les statuts
d'une société privée peuvent prévoir plusieurs sortes d'actions avec droits de
vote différents (ce n'est pas le cas des sociétés dont les actions sont cotées en
bourse). La loi reconnaît les conventions de vote entre actionnaires.

Le droit de vote peut être exercé physiquement comme il peut être exercé par
correspondance. De même, il peut être exercé par le véritable détenteur
d’action ou par son mandataire ou représentant.

Les droits des actionnaires - c'est-à-dire les porteurs de titres de capital d'une
SA - sont liés aux attributs fondamentaux attachés à la qualité d'associé parmi
lesquels on distingue les droits politiques (ou extra-pécuniaires) et les droits
financiers (ou pécuniaires).

Les premiers procèdent de l'idée que l'associé est citoyen de cette cité qu'est la
société. Il en résulte, tout d'abord, que cette citoyenneté ne peut lui être
retirée contre son gré, ce principe souffrant toutefois de quelques exceptions
d'origine légale, statutaire ou jurisprudentielle.

Ensuite, « tout associé a le droit de participer aux décisions collectives ». Cette


prérogative revêt deux formes : la première est le droit à l'information de
l'associé sur les comptes et la politique sociale ; la seconde est le droit de vote
qui lui permet de participer aux décisions stratégiques et d'exercer son droit de
contrôle sur les dirigeants, en les révoquant au besoin. Le droit pour tout
associé de participer aux décisions collectives est d'ordre public, les statuts ne
pouvant en conséquence déroger à ces dispositions ; plus précisément, ils ne
peuvent contenir une suppression pour certains associés du droit de vote dans
un cas non prévu par la loi.

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La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

Les droits des actionnaires obéissent au principe d'égalité, dans la mesure où


les droits attachés à chaque action sont égaux. Néanmoins, ce principe n'a pas
la même portée en droit constitutionnel. Le droit de vote est en effet attaché
aux actions et, par principe, un actionnaire a autant de voix que d'actions ; de
ce point de vue, le régime est inégalitaire. Par ailleurs, la loi admet la
possibilité de créer des actions particulières jouissant de certains avantages par
rapports aux autres actions; aussi, en fait, l'égalité des actionnaires ne vaut
que pour les actions de même catégorie.

Dans la théorie contractuelle de la société, l'actionnaire est le propriétaire. Il


dispose dès lors du pouvoir de révocation des dirigeants, qu'il peut exercer dans
les assemblées générales. Ces dernières ont donc en théorie un rôle
fondamental dans l'exercice des droits des actionnaires dans la société, laquelle
doit exprimer la primauté inconditionnelle de l'actionnariat. Cependant, le
législateur se montre quelque peu méfiant à l'égard de l'actionnaire, assimilé
au spéculateur ou au boursicoteur, et tend à accorder une certaine confiance à
la classe managériale.

Aussi, les textes de loi affichent-ils une volonté d'assurer un équilibre entre le
contrôle des actionnaires et le pouvoir des gestionnaires - dont les objectifs et
les rôles apparaissent divergents, sinon parfois contradictoires -, en édictant
une réglementation tatillonne quant à l'organisation de la gestion et du
contrôle de la société.

De nature dirigiste, la loi fait de l'intérêt social la boussole de la société ; les


dirigeants ont des pouvoirs significatifs au motif que les actionnaires auraient le
pouvoir ultime, lequel n'est rendu efficace que par des mécanismes légaux et
des sanctions civiles, voire des sanctions pénales reflétant des considérations
d'intérêt général. Les actionnaires sont censés diriger ou contrôler la société
lors de la réunion d'assemblées générales dont les règles ont été strictement
codifiées. Cette conception est une transposition des règles du pouvoir
politique au sein des sociétés commerciales : de la volonté commune des
actionnaires exprimée en assemblée résulte la désignation d'un conseil
d'administration, qui lui-même désigne un président, qui mène la politique de
la société.

En définitive, la loi si elle érige un cadre protecteur des actionnaires et des


tiers, tend davantage à consacrer un modèle imposé d'organisation de la
société, conférant ainsi un certain caractère institutionnel à cette dernière.

2. Entraves et atteintes aux droits de vote

L’exercice réel du droit de vote représente une part essentielle de la relation


entre la société et ses actionnaires. Cependant, dans la réalité, l’exercice de

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La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

ce droit n’est pas toujours chose aisée. En effet un certain nombre d’entraves
s’opposent à l’exercice de ce droit par l’ensemble des actionnaires et dans les
mêmes conditions, traduisant les conflits d’intérêts existants entre les
différentes parties prenantes (actionnaires minoritaires/majoritaires, équipes
dirigeante, représentant des salariés…).

Ainsi, l’exercice du droit de vote peut être rendu difficile, notamment dans les
cas suivants :

- Lorsque l’exercice du droit de vote s’accompagne de coûts administratifs


prohibitifs ;

- Lorsque l’exercice du droit de vote nécessite la mobilisation des actions


pendant une longue période, limitant ainsi la liquidité des titres et empêchant
de profiter d’opportunité de marché.

D’autres mesures peuvent entraver le droit de vote des actionnaires si elles


sont expressément prévues par les statuts ; Il s’agit en l’occurrence de :

- « les pilules empoisonnées» ou les mesures anti-OPA qui auraient pour effet
de décourager des opérations attrayantes pour les actionnaires;

- des limitations sur les droits préférentiels (c’est à dire anti-dilutifs) des
actionnaires existants ;

- des exigences de vote à majorité qualifiée mise en place dans l’intention de


bloquer tout changement, en procurant un droit de veto à une forte minorité
ou à un groupe d’actionnaires minoritaires ;

- des structures d’actionnariat multiples procurant à une certaine catégorie


d’actionnaires des pouvoirs ou des droits disproportionnés.

3. Quelques mesures susceptibles d’améliorer l’exercice du


droit de vote

Signalons de prime à bord que dans pareils cas, l’existence d’un arsenal
juridique, aussi parfait soit-il, ne peut garantir l’exercice convenable du droit
de vote des actionnaires. En effet, l’exercice effectif de ce droit doit être un
état d’esprit et doit faire partie intégrant du patrimoine culturel dans lequel se
font les affaires.

Cependant, nous présenterons quant même quelques pratiques qui ont fait leur
preuves dans d’autres pays plus avancés en la matière.

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La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

Les éléments susceptibles d’améliorer l’exercice du droit de vote sont de deux


catégories : des éléments d’ordre juridiques (consacrés expressément par les
textes) et des éléments liés à certaines pratiques.

Ainsi, pour une meilleure garantie de l’exercice du droit de vote des


actionnaires les éléments suivants doivent être respectés :

 le droit de contrôler le droit de vote – il est fréquent que les


investisseurs en actions ne soient pas reconnus en tant qu’actionnaires,
et qu’ils soient en pratique privés de leur droit de voter comme ils le
souhaitent;
 la diffusion de l’information avant l’assemblée générale et le besoin
éventuel de normes minimales pour garantir que tous les actionnaires,
où qu’ils vivent, reçoivent cette information à temps;
 les critères de participation aux assemblées générales et la suppression
des exigences excessives comme le blocage d’actions;
 des règles minimales concernant le droit de poser des questions et de
proposer des résolutions;
 des mesures visant à permettre aux actionnaires de voter par courrier
postal, par courrier électronique ou par procuration;
 la diffusion de l’information après l’assemblée générale et le besoin
éventuel de confirmer que les votes ont été exécutés.

D’autres pratiques ont été développées dans les pays où prédomine la culture
de protection des droits des actionnaires. Il s’agit notamment de :

 Séparation des fonctions de Président et de Directeur général ;


 Mise en place de critère de performance pour la rémunération des
dirigeants ;
 Nomination d’administrateurs indépendants ;
 Abolition des pratiques anti-OPA (pilules empoisonnées) ;
 Bannissement des résolutions tendant à créer une inégalité des droits de
vote entre actions (création d’action de catégorie) ;

Cependant, la pratique a montré que sans une réelle implication des


actionnaires, l’exercice du droit de vote pourrait toujours être contourné par
les dirigeants ou par les actionnaires majoritaire. D’où l’importance de la
notion de l’activisme des actionnaires qui a connu un grand essor dans les pays
développés. Cette notion s’est développée sous l’impulsion des fonds de
placement qui jouent un rôle fondamental dans l’investissement à travers le
monde.

La notion d’activisme des actionnaires est étroitement liée à la théorie de


gouvernance des entreprises.

20
La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

En effet, à partir de la théorie du gouvernement des entreprises, les décisions


d’investissements des actionnaires minoritaires sont classés en fonction de leur
statut juridique, leur capacité à collecter et à traiter l’information financière
et le type de contrôle qu’ils exercent sur les entreprises afin de déterminer
leurs objectifs d’activisme.

L’activisme des actionnaires, processus complexe et varié, fonction de la


composition de la coalition dissidente, se caractérise par un ensemble
d’activités d’influence : actions judiciaires systématiques et médiatisées ;
activités de lobbying ; « batailles de procuration» ponctuelles.

L’activisme des actionnaires est apparu aux Etats-Unis au milieu des années
1980. Les premières études empiriques anglo-saxonnes se sont intéressées à un
nouveau mécanisme de contrôle externe, la «bataille de procuration», initié
par des actionnaires dissidents.

Pendant les années 1990, par suite de la réforme réglementaire élaborée par la
SEC (Securities and Exchange Commission), de la présence croissante des
investisseurs institutionnels dans le capital des sociétés cotées et de la
diminution des tentatives de prises de contrôle, cette forme d’activisme s’est
développée. Dès lors, la «bataille de procuration» a été analysée comme un
nouveau « modèle de politique de gouvernement d’entreprise » permettant une
surveillance flexible et se substituant au marché des prises de contrôle.

A partir de 1996, des études empiriques se sont intéressées à d’autres formes


d’activisme en tant que mécanismes alternatifs de contrôle. Ces actions
collectives sont souvent mises en place par des investisseurs institutionnels,
et, plus récemment, par des syndicats de salariés. Elles ont pour finalité, non
pas d’obtenir le contrôle minoritaire ou majoritaire de la société visée, mais
d’influencer la gestion des sociétés cotées en faisant directement des
propositions à la direction ou en les soumettant au vote.

En France, la présence de plus en plus forte des investisseurs institutionnels


étrangers, les exigences nouvelles des investisseurs institutionnels nationaux et
la «judiciarisation» systématique des contestations par les actionnaires
minoritaires ont conduit au développement d’un activisme actionnarial.

Contrairement au modèle américain, l’activisme des actionnaires minoritaires


est composé d’un ensemble d’activités associationnelles et judiciaires, souvent
médiatisées, accompagnées ou non de « batailles de procuration» ponctuelles.
Cet activisme est un processus complexe et long formé par un ensemble
d’activités d’influence organisées en réseaux de manière séquentielle ou

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La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

parallèle combinant les ressources, les capacités et les compétences d’un


ensemble d’acteurs, plus ou moins actifs.

Dénommés, dans les études empiriques anglo-saxonnes, «sponsors» ou


actionnaires dissidents, les actionnaires actifs sont, d’une part, les blocs de
contrôle tels que le fonds de pension qui mena, en 1995, une « bataille de
procuration» avec le fonds de pension des enseignants américains CREF contre
la société Elf Aquitaine, afin de refuser la résolution proposant la limitation des
droits de vote et, d’autre part, les actionnaires individuels.

L’activisme des actionnaires minoritaires est un processus complexe et varié. Il


prend plusieurs formes : actions collectives ou individuelles, actions judiciaires
et/ou « batailles de procuration». Il est possible que lors du déroulement d’une
«bataille de procuration», une action judiciaire, voire plusieurs, soient
engagées afin de prolonger la phase de sollicitation des votes. De même, une
«bataille judiciaire » peut être accompagnée d’une à plusieurs « batailles de
procuration», sachant que la durée de l’activisme peut varier de quelques mois
à plusieurs années. Les actionnaires minoritaires doivent s’armer de patience
pour obtenir réparation(s) des préjudices subis. Il est, en effet difficile, de
donner une durée moyenne d’une procédure judiciaire.

Les actionnaires minoritaires dissidents exerceront une activité d’influence sur


le contenu des articles de presse et sur l’opinion générale afin de gagner en
notoriété et de nuire à la réputation de la coalition de contrôle par un brusque
mouvement boursier.

La voie médiatique n’est pas utilisée de manière systématique par tous les
actionnaires minoritaires dissidents. Une phase de négociation préalable à une
contestation publique et à la mise en place d’un processus de sollicitation des
votes est souvent privilégiée. Les activités d’influence sont des « activités
destinées à influencer les décisions des autres dans son propre intérêt. Au sein
des organisations, ces activités visent souvent à la redistribution des rentes et
des quasi-rentes et se manifestent sous la forme de jeux de pouvoir et de
distorsion d’informations ».

Les actionnaires dissidents peuvent également mener leur activité d’influence


plus loin en s’adressant aux autorités de marché et à l’Etat afin que des
réformes de textes législatifs et réglementaires soient entreprises.

Aujourd’hui, en France, les associations d’actionnaires demandent la


publication de la liste des titres bloqués avant les assemblées (comme cela se
pratique aux Etats-Unis) afin de fédérer les votes des actionnaires individuels.
Ces actions judiciaires répétitives, la médiatisation du conflit judiciaire et les

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La protection des actionnaires de la société anonyme
Séminaire Droit des affaires

actions associationnelles qui caractérisent le modèle français de l’activisme


semblent augmenter sa probabilité de succès.

Le modèle d’activisme français se caractérise par son recours excessif au


batailles judicaires.

En général le processus d’activisme français débute par une phase de


négociation et/ou une phase de médiatisation constitutive d’un processus de
lobbying entre les actionnaires dissidents et la coalition de contrôle. Cette
première étape confidentielle ou médiatique poursuit deux objectifs.
Premièrement, l’actionnaire dissident négocie des arrangements privés et
confidentiels avec la coalition de contrôle en utilisant des moyens formels ou
informels tels que des appels téléphoniques ou l’envoi de courriers. Le
dissident peut également envoyer une lettre aux autorités de marché
mentionnant les infractions de certaines sociétés cotées.

Dans les cas d’échec des arrangements privés et dans les cas d’approbation des
opérations contrôlées par les autorités de marché à la demande du dissident
(pas d’enquête décidée par la COB, attribution du visa par la COB, aucune
sanction administrative prononcée), ce dernier peut décider de poursuivre son
activisme en exerçant des activités d’influence coercitives.

La médiatisation du conflit vise à exercer une pression plus forte sur la


coalition de contrôle et à former une coalition dissidente réunissant un grand
nombre de votes. Cette phase peut être composée de campagnes individuelles
menées par un actionnaire minoritaire dissident ou elle peut être une activité
coordonnée par plusieurs dissidents.

Au Maroc, l’activisme des actionnaires est encore à l’état embryonnaire à cause


de nombreux facteurs tant juridiques qu’économiques et socioculturels.

De même, les batailles judiciaires relatives à l’exercice des droits des


actionnaires minoritaires ne font pas légion. C’est à peine si l’on s’achemine
vers un début d’organisation des actionnaires minoritaires sous formes de
groupement d’actionnaires pour permettre d’atteindre les seuils minima
nécessaires à l’exercice de certains droits.

Ainsi, et pour un meilleur exercice du droit des actionnaires, la disponibilité de


l’information complète et pertinente est nécessaire pour l’exercice de
l’activisme des actionnaires De même, un bon fonctionnement de l’appareil
judiciaires (célérité dans le traitement des affaires portées devant les
tribunaux, compétence des magistrats, absence de corruption…) est une
condition nécessaire à l’exercice droits es actionnaires.

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4. Amendements prévus dans le cadre de la nouvelle loi sur la


SA

Cet amendement vise le renforcement des droits des actionnaires comme suit :

 Le projet élargit le droit d’intervention dans la vie sociale de l’entreprise. La


participation des actionnaires aux assemblées par visioconférence est
également autorisée. Il en est de même pour le vote par correspondance.

 Le projet étend la champ d’application des mesures protectrices des


actionnaires minoritaires en abaissant de 10% à 5% les seuils de participation
permettant de déclencher la mise en œuvre de certaines mesures telles que
la récusation du commissaire aux comptes, demande de le relever de ces
fonctions.

 Indirectement à travers le renforcement du mécanisme de contrôle, le projet


institue l’obligation de faire part au CDVM des irrégularités et inexactitudes
relevées par le commissaire au compte dans l’exercice de sa mission.

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III. Conclusion

La gestion problématique passée des entreprises privées a généré plusieurs


craintes quant à l’efficacité des outils permettant la protection des
actionnaires suite aux scandales financiers émanant souvent de pratiques
managériales contraires aux intérêts des actionnaires, d’abus de majorité ou de
minorités d’actionnaires ou de manipulations comptables et un manquement au
devoir d’information des sociétés vis-à-vis des actionnaires.

Les derniers ont donc besoin d’être rassurés non seulement sur la solidité des
entreprises mais aussi sur les moyens de recours juridiques leur permettant de
recouvrer leurs droits en cas de pratiques managériales suspectes ou de
comportements hostiles d’une partie des actionnaires, qu’ils soient minoritaires
ou majoritaires.

La problématique actuelle, faisant partie du débat sur le gouvernement


d’entreprise, consiste à évaluer les moyens mis en place afin de protéger les
actionnaires contre les abus des dirigeants ou d’une autre partie des
actionnaires constitués en minorité ou en majorité.

En effet, la loi a prévu un certain nombre de droits des actionnaires, traduisant


le fait que ceux-ci sont les véritables propriétaires de la société. Est-ce que ces
droits sont exercés aisément et pleinement par les actionnaires?

A travers une analyse des textes en vigueur et des entraves et/ou atteintes aux
droits des actionnaires, certaines recommandations ont pu être dégagés pour
permettre aux actionnaires de leurs droits liés à l’accès à l’information et de
vote pendant les assemblées.

S’agissant de l’accès à l’information, bien que cette disposition de la loi soit


plus ou moins respectée, concrètement, seuls des états financiers récapitulatifs
accompagnés de notes restreintes des commissaires aux comptes sont publiés
dans la presse 2 fois par an. De même, l’information sur la structure du capital
est limitée.

Il est ainsi fortement recommandé que les sociétés devraient avoir l’obligation
de publier un rapport annuel complet, contenant les informations pertinentes
en plus des états financiers trimestriels.

Concernant l’élection des membres du conseil d’administration, bien que tous


les actionnaires aient le droit d’élire des administrateurs, aucune disposition
spécifique ne protège les droits des actionnaires minoritaires.

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Séminaire Droit des affaires

A cet effet, les droits des associés ne semblent pas être protégés dans la
pratique. Il serait primordial d’introduire des modalités de droit de vote
cumulatif et de promouvoir la création d’une organisation représentant les
actionnaires minoritaires.

L’existence d’un arsenal juridique, aussi parfait soit-il, ne peut garantir


l’exercice convenable du droit de vote des actionnaires. En effet, l’exercice
effectif de ce droit doit être un état d’esprit et doit faire partie intégrant du
patrimoine culturel dans lequel se font les affaires.

Les pratiques qui ont fait leur preuves dans d’autres pays plus avancés en la
matière peuvent être source d’inspiration pour le cas marocain. Il s’agit
notamment de :

 Séparation des fonctions de Président et de Directeur général ;


 Mise en place de critère de performance pour la rémunération des
dirigeants ;
 Nomination d’administrateurs indépendants ;
 Abolition des pratiques anti-OPA (pilules empoisonnées) ;
 Bannissement des résolutions tendant à créer une inégalité des droits de
vote entre actions (création d’action de catégorie) ;

Cependant, la pratique a montré que sans une réelle implication des


actionnaires, l’exercice du droit de vote pourrait toujours être contourné par
les dirigeants ou par les actionnaires majoritaires. D’où l’importance de la
notion de l’activisme des actionnaires qui a connu un grand essor dans les pays
développés. Cette notion s’est développée sous l’impulsion des fonds de
placement qui jouent un rôle fondamental dans l’investissement à travers le
monde.

L’activisme des actionnaires, processus complexe et varié, fonction de la


composition de la coalition dissidente, se caractérise par un ensemble
d’activités d’influence : actions judiciaires systématiques et médiatisées ;
activités de lobbying ; « batailles de procuration» ponctuelles.

La médiatisation du conflit vise à exercer une pression plus forte sur la


coalition de contrôle et à former une coalition dissidente réunissant un grand
nombre de votes. Cette phase peut être composée de campagnes individuelles
menées par un actionnaire minoritaire dissident ou elle peut être une activité
coordonnée par plusieurs dissidents.

Au Maroc, l’activisme des actionnaires est encore à l’état embryonnaire à cause


de nombreux facteurs tant juridiques qu’économiques et socioculturels.

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La protection des actionnaires de la société anonyme
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Certaines des recommandations énoncées à partir de cette recherche se trouvent


donc réconfortées si on fait référence aux amendements prévus dans le cadre de
la nouvelle loi sur la SA et qui concernent les aspects suivants de la vie sociale
des entreprises :

Transparence dans le fonctionnement de l’entreprise

 Le projet de loi étend la champ d’application des conventions réglementées


aux conventions passées entre la société et l’un de ses actionnaires dont le
pourcentage du capital détenu ou des droits de vote est supérieur à 5%.

 Les rapports généraux et surtout spéciaux doivent être mieux élaborés. Leur
contenu sera fixé par décret.

 Le projet introduit l’obligation pour le conseil d’administration ou le


directoire d’informer les actionnaires des modalités et des conditions
définitives de l’exécution de l’opération d’augmentation du capital.

Le renforcement des droits des actionnaires

 Le projet élargit le droit d’intervention dans la vie sociale de l’entreprise. La


participation des actionnaires aux assemblées par visioconférence est
également autorisée. Il en est de même pour le vote par correspondance.

 Le projet étend la champ d’application des mesures protectrices des


actionnaires minoritaires en abaissant de 10% à 5% les seuils de participation
permettant de déclencher la mise en œuvre de certaines mesures telles que
la récusation du commissaire aux comptes, demande de le relever de ces
fonctions.

 Indirectement à travers le renforcement du mécanisme de contrôle, le projet


institue l’obligation de faire part au CDVM des irrégularités et inexactitudes
relevées par le commissaire au compte dans l’exercice de sa mission.

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Bibliographie
 Didier R. Martin, Code marocain de commerce et des sociétés, Al Madariss,
3ème édition 2005.

 El Oufir (C.), 2006, Les droits des associés des sociétés commerciales, notes
spécifiques au CSG ISCAE.

 BAHNINI (B), La SA en droit marocain, Analyse et explications, Headline,


1998.

 Le quotidien l’Economiste, « Refonte de la SA au parlement » , 13/03/2006,

 Le quotidien la gazette, N°309 « la CDG profite du vide juridique sur les


OPA » 31/03/2006,

 Le quotidien le Journal, « CIH : l’offre contestée de la CDG », 28/03/2006.

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