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II - COMPTES RENDUS DES EPREUVES

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CULTURE GENERALE

DISSERTATION
Options scientifique, économique et technologique

ESSEC : Robert LEVY


EDHEC : Christian Jacques DUBOIS

Sujet : Qu’est-ce qu’un juste salaire ?

Commençons d’abord par un motif de satisfaction. Dans leur grande majorité, les copies satisfont
aux critères formels élémentaires de la dissertation. L’orthographe est dans l’ensemble très correcte, et les
élèves ont appris au cours de leurs deux années de préparation à agencer convenablement leur réflexion, ou
du moins s’y essaient sans méprise fondamentale sur ce qui est exigé d’eux.

Mais si la forme est là, le contenu, souvent, pêche et tout n’est pas encore parfait, bien des défauts
demeurent et il faut redire aux candidats qu’ils passent un concours (ils doivent exposer leurs qualités, se
distinguer en évitant en particulier de voir en quelques lieux communs l’alpha et l’oméga de la pensée,
affronter le sujet dans sa particularité) et que cette épreuve comporte des exigences, conséquences elles-
mêmes de sa définition, que nous nous permettons de rappeler : "La dissertation de culture générale est un
exercice, écrit dans une langue maîtrisée et choisie, au cours duquel, à propos d'un sujet faisant
explicitement référence au thème de l'année, le candidat manifeste une aptitude tout d'abord à effectuer
l'analyse et la problématisation du libellé proposé, ensuite à organiser et mener une discussion construite,
sans préjugé, ouverte, conséquente et cultivée ; il y mobilise librement ce qu'il connaît des littératures
française et étrangère, des différents arts (cinéma, peinture, photographie, théâtre...), de la tradition
philosophique, des sciences exactes et des sciences de l'homme, des grandes religions et des principaux
courants idéologiques contemporains ; il y démontre enfin en quoi cet enrichissement culturel permet de
mieux comprendre le monde dans lequel il vit."

Que les candidats examinent avec soin cette définition et ils verront :

- tout d’abord qu’elle préside à l‘élaboration et à l’élection du sujet qui leur est proposé : il se doit
d’être ouvert, formulé simplement, lié mais non limité au thème de l’année (il faut réaffirmer la nécessité
de mobiliser les acquis de la première année -enseignement de culture générale- pour le traiter
effectivement ; le thème est l'occasion d'une réflexion conduisant à la confection d'une dissertation de
culture générale), susceptible de prendre en compte la diversité des directions et des domaines qui font
d’un terme (« la justice ») un programme et de conduire à des analyses portant sur la réalité sous tous ses
aspects ;

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- ensuite qu’elle organise le travail des correcteurs en ce qu’elle fixe les principes généraux de
l’évaluation des copies : importance primordiale de la problématisation (il nous faut donc sanctionner toute
copie dont l’introduction n’est qu’une formalité, qui évite ou dénature le sujet et se contente d’annoncer un
programme là où on attend l’énoncé d’un problème) ; importance de l’aptitude à approfondir avec soin et
minutie une perspective, pertinente évidemment (il nous faut donc sanctionner toute copie qui se contente
d’évoquer allusivement un grand nombre de directions possibles de réflexion et au contraire valoriser toute
copie qui pense longuement et précisément en compagnie et à l’aide d’une référence, quelle qu’elle soit) ;
importance des exemples que, là encore, on doit choisir et exposer avec attention et scrupule (il nous faut
donc sanctionner et les copies sans exemple et celles qui, pratiquant la livraison en vrac d’exemples à peine
évoqués, la plupart du temps confondent d’une part références et exemples et d’autre part exemples
littéraires, philosophiques et historiques) - On redira enfin que « citation n’est pas raison » ; cela est encore
plus vrai pour les textes dits « littéraires » ; il faut garder en mémoire le point suivant : la valeur d’une
citation n’est que la valeur du commentaire qui l’explique.

Rappelons un principe qu’on ne se lasse pas de ressasser : l‘épreuve de culture générale en est une de
réflexion. Il s’agit moins d’exposer des contenus emmagasinés que de saisir problématiquement un objet.
Bien sûr, cela ne signifie pas que les doctrines, les œuvres et les auteurs ne doivent pas être sollicités –
mais ils doivent être mis à contribution pour penser le réel. Il serait bien injuste de cantonner « la justice »
dans une plate récitation de cours ! Le sujet proposé cette année se prêtait tout à fait à cet exercice réflexif
de mise en perspective et de discussion qui demande à la fois la maîtrise des théories et une claire
conscience des problèmes concrets. Las, la séparation entre les doctrines et les œuvres littéraires confinées
dans un monde idéal et imaginaire (la « culture » !), d’une part, et le réel supposé immédiat, d’autre part, a
souvent entravé les candidats. Cette difficulté principale à exercer une réflexion peut se monnayer au long
de plusieurs remarques.

1) Un exemple emblématique montre tout particulièrement le défaut de compréhension du statut


même de ce qu’on avance, et donc l’impossibilité de le mettre vraiment à contribution. Nous
avons souvent rencontré les « ouvriers de la onzième heure », et nous nous en félicitons. Cette
parabole évangélique donnait tout à fait à penser. A condition, justement, qu’on la comprenne
comme une parabole, et qu’on la saisisse dans son caractère paradoxal, inversant et
questionnant la logique du « monde », la logique « ordinaire » de la rétribution, qui n’est pas
celle du royaume de Dieu. Or, la plupart du temps, ce n’est pas le cas, et la force de provocation
du texte est ignorée : la parabole est rapportée comme une « anecdote », censée témoigner
d’un cas flagrant d’injustice, quant elle n’est pas vue comme un paradigme forcément défaillant
pour d’éventuelles conventions collectives. Il s’agit là du plus bel exemple qu’on puisse trouver
de la caricature de la « culture générale », où un texte enregistré est ramené à un contenu
absurde et erratique, coupé de son contexte, de son genre et de son horizon, donc de son sens
– et ne peut plus « servir » à rien.

2) Justement, la parabole pouvait montrer que, si les premiers seront les derniers, il fallait
s’interroger sur le rang des uns et des autres, et ceci au fil de plusieurs « logiques »
concurrentes. Les candidats s‘y sont essayé, mais ont souvent eu du mal à penser le terme de
salaire autrement que trivialement. Par trivialité, on n’entend pas le sens « économique » obvie
du « salaire », qui devait être interrogé. Mais pour ce faire, encore fallait-il entendre d’abord le
sens du mot dans son acception générale de rétribution, positive ou négative, récompense ou
punition, répondant à un acte qui n’est pas forcément un travail, et questionner ce sens, ce
qu’il entraînait quant à l’exigence de mesure, d’équivalence et de réciprocité quant à la justice.
Peu l’ont fait, qui auraient pourtant pu par là rejoindre problématiquement le sens
« économique » du mot de salaire, dont on pouvait alors se demander s’il était bien séparable
tout à fait du sens « éthique », c’est-à-dire si l’ « économie » pouvait se passer tout à fait d’une
référence à la justice.

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3) Certains candidats, à l’inverse, ont manifesté une crainte de rédiger une copie « trop
économique », et ont alors, de leur propre aveu, choisi des dégagements « philosophiques ».
Mais c’est alors pour cantonner le « philosophique » au point de vue d’une réflexion toute
« générale », qui n’engage à rien et se contente de dévider des arguments dans un ciel
utopique, ou de moraliser sans conséquences. Une théorie fausse en pratique est une théorie
fausse tout simplement ! Et puis, Smith et Marx n’étaient seulement philosophes qu’à leurs
moments perdus… La prudence disciplinaire ne doit pas servir de barrière : supposer une
théorie pure et exacte des salaires ne va nullement de soi, on pouvait même être amené à
discuter cette supposition. La culture générale doit être un art rigoureux des frontières. Il ne
s’agissait donc pas d’un choix à faire entre économie et philosophie, mais d’une interrogation
qui, par exemple, impliquait de questionner les fondements même de l’économie politique
classique, qui tient aussi, historiquement, à l’émergence et à la généralisation du salariat. Trop
de candidats tiennent l’homo oeconomicus pour une créature de tous les temps. Quelques
bonnes copies, parfois au fait des travaux de K. Polanyi, interrogeant le don, ou même le
bénévolat, ont su faire preuve cependant d’un élémentaire sens historique.

4) Discuter des fondements de la science économique demande qu’on les comprenne. Et qu’on
comprenne d’abord ce qu’est le « salariat » ; à la grande surprise du jury, ce n’est souvent pas
le cas. Le salaire est le terme d’un rapport, qu’il entretient avec le capital. Ce repérage simple
est souvent inaperçu, et noyé sous des termes vagues : l’employeur, ou le « patron », et
l’employé ». Et la plupart du temps, le « patron » est lui aussi un « salarié ». Etrange capitalisme
d’où a disparu le capital, et où ce qui offre matière à discussion est tout au plus les salaires des
« joueurs de foot ». Tout aussi floue est la discussion de la valeur. La valeur des marchandises
est parfois ramenée (et la source est alors indiquée comme… Smith) à la pure et simple rareté,
quant elle n’est pas apportée, tout simplement par … l’argent. Et peu de candidats ont eu
l’idée, pourtant élémentaire, d’interroger le partage salarial d’abord comme celui qui s’effectue
entre la rémunération du travail et celle du capital. L’appréhension des problèmes du temps
présent ne peut se ramener à reproduire dans sa langue le discours de l’actualité.

5) Sur de tels fondements, les auteurs sont souvent malmenés. On a souvent vu apparaître
Aristote, Marx et Rawls. Autant de références qui s’imposaient – comme allaient aussi de soi
« Le marchand de Venise », ou « Germinal ». Mais tout cela est souvent flottant. Il arrive trop
souvent qu’Aristote soit vu comme un égalitariste radical (par quoi il s’oppose à Platon) : « le
juste, c’est l’égal », soit comme un relativiste strict : « le juste, c’est le légal ». Marx est lui
aussi un « égalitariste », mais utopique et borné (et les variations sur la phrase d’Enfantin dans
la « Critique du programme de Gotha » ne sont pas comprises), vite assommé par une référence
à l’expérience soviétique. Quant à Rawls, il apparaît souvent aux candidats comme sous un
voile… De fait, les doctrines et les œuvres sont souvent trivialisées, vaguement reçues, parce
qu’une première élucidation de quelques mots simples n’est pas faite : l’ « égalité » ne saurait
être autre chose que l’identité de fait, les différences ne peuvent se comprendre que
hiérarchiquement, etc… Il est étonnant de constater à quel point la théorie rawlsienne de la
justice est ramenée à une très vague opération presque magique, alors que l’examen du
« deuxième principe de justice » offrait matière à bien des développements rigoureux, qui
renvoyaient directement à des problèmes brûlants d’aujourd’hui.

6) On a vu souvent apparaître ce développement : le salaire juste serait d’abord un même


salaire pour tous, mais pour des raisons d’efficacité économique, ça ne marche pas. Il faut donc
rémunérer le travail effectué au mérite (motivé cependant… par l’efficace), qui entre pourtant
en concurrence avec le besoin. Mais sur quoi fonder le mérite ? La chose n’allant pas de soi, on
propose soit une composition hétéroclite de « critères », soit on conclut par le caractère tout
« idéal » du juste salaire (la vocation de l’idéal étant pour la plupart des candidats de ne pas se

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réaliser). Trois défauts, qui sont autant de manque d’approfondissement et d’esprit de suite,
apparaissaient souvent dans cette presque copie-type. D’abord, la discussion de la justice du
salaire apparaissait toujours comme la discussion de la valeur du salarié isolé, coupé de tous les
autres, pris dans aucun système social. Ensuite, la question du mérite ne posait guère la
question de son instance évaluatrice légitime, ou, dès lors que le « mérite » était compris
comme éminemment discutable, les candidats concluaient immédiatement à l’aporie, sans
soupçonner qu’on devait alors problématiser les formes de cette libre discussion, et se
demander qui devait y participer, comment, etc… La problèmaticité intrinsèque d’une notion
ne la précipite pas automatiquement dans le non-sens. Enfin, la concurrence de logiques
différentes à l’œuvre au sein du travail (subsistance, mais aussi reconnaissance ; marché, mais
aussi solidarité, etc…) était souvent peu mise en relief. Autant de constats qui demandent aux
candidats à venir un supplément de réflexion, revenant souvent à prendre à bras le corps les
conflits, voire à séjourner dans les contradictions.

Et de fait, les meilleures copies (et il y en eut d’excellentes) furent celles qui alliaient l’aisance
théorique avec un solide sens des problèmes : connaissances et exigence de sens doivent aller de pair.

Correcteurs : Alexandre ABENSOUR, Sophie AUDIDIÈRE, Bernard BARSOTTI, Thierry BAUDAT, Jean-Paul BERLIOZ,
Frédérick BERLAND, Alexis BIENVENU, Jean-François BOSSY, Françoise BOULAY, Jean BOURGAULT, Maryvonne
BRASME, Florence BRAUNSTEIN, Emmanuel CAQUET, François CHARRAS, Amar DEKLI, Martine DELRUE, Marcel
DTCHE, Christian DUBOIS, Pascal DUMONT, Bernard FISCHER, Martine GASPAROV, Didier GUIMBAIL, Gilbert
GUISLAIN, Michel ISLER, Julien JIMENEZ, Denis KERMEN, Frédéric LAUPIES, Robert LÉVY, Michel LIEVRE, Florent
LILLO, Isabelle MILKOFF, Luce MONDOR, Franck NOULIN, Jean-François PEPIN, Gilles PEREZ, Agnès PIGLER, Frédéric
POSTEL, Antoine ROULLÉ, Dominique SAATDJIAN, Jacques SCHNÄBELE, Alexandre TOMADAKIS.

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Epreuve écrite de contraction de texte

Epreuve ouverte sous la responsabilité de HEC

Moyenne par école


Options scientifique, économique et littéraire

Ecoles Moyennes Candidats


ESSEC 10,42 3749
AUDENCIA Nantes 10,19 5324
EDHEC 10,34 5481
E.M. LYON 10,34 5098
ESC Dijon 9,31 1712
ESC Grenoble 10,30 4507
ESC Pau 9,75 1273
ESC Rennes 9,75 1607
ESCEM (Tours et Poitiers) 10,21 3321
HEC 10,33 3472
IECS Strasbourg 9,75 1367

Moyenne générale : 10,19


Nombre de candidats : 7594

ENAss (opt. Histoire-géographie) 9,00 80


ENAss (opt. Math) 7,94 45
E.S.M. de Saint-Cyr 11,06 251
INSEEC (Paris-Bordeaux) 9,36 912
I.S.C. 8,88 1009
I .S.C.I.D. 7,80 23
NEGOSUP 8,50 79

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CONTRACTION DE TEXTE

Options scientifique, économique, technologique, lettres et sciences


humaines

Epreuve conçue et réalisée par HEC

7594 candidats

Les correcteurs : 30 professeurs. Groupe homogène


L’harmonisation a lieu au cours d’une séance de travail, à partir d’une grille de lecture établie
par la responsable de l’épreuve et discutée avec tout le groupe. Tous les correcteurs avaient reçu le texte
dès le lendemain de l’épreuve.
Un corrigé en 400 mots (simple proposition de la responsable et à usage interne) permettait de
tester ce qui pouvait passer ou non en 400 mots.
Un créneau indicatif de moyenne est proposé en fonction de l’année précédente.

Le texte : 2006 marquait un retour aux « grands textes », éventualité suggérée dans le rapport 2005 ; Il
s’agissait de L’Ancien régime et la Révolution de Tocqueville.
L’unanimité des correcteurs (et je cite l’un d’entre eux) a jugé le texte remarquable par « la
clarté de la langue, la rigueur de la pensée, la finesse des analyses ». La lecture, un peu longue mais
absolument dans les normes, était aisée, transparente.

Deux constats :
1) Encore trop de candidats trop peu vigilants dans la gestion de leur temps ;
2) La langue et le thème sollicitaient un vivier lexical et grammatical un peu différent des textes
précédemment proposés (contemporains et sur des thèmes plus « familiers »)
Si l’on doit louer (exception faite des éternels distraits ou tricheurs ainsi que de candidats
réellement dépassés) le grand soin des candidats dans le respect de l’épreuve, il reste néanmoins que le
texte a fait apparaître de notables lacunes lexicales et, plus encore, grammaticales, face à une langue
pourtant assez proche de notre langue actuelle et sur un thème connu (la Révolution française).

- Entre le recopiage pur et simple (sans ou avec compréhension, recopiage encouragé, hélas,
par la limpidité du texte)
Un effort pour pointer les analyses et les restituer dans une langue appropriée
Une lecture réellement dominée,
le texte s’est révélé sélectif.

- les notes très basses (1 à 3-4) supposent toujours des pénalités pour décomptes faux ou
pour la langue, parfois pour les deux .
- certains candidats (3 à 6) ont manifestement été débordés par le texte.
- Il y a peut-être eu moins de notes très hautes (18 à 20) parce que ce grand texte classique
était particulièrement exigeant.
- En revanche, beaucoup de copies honorables ou très honorables (12 à 15) ont pu se
dégager.

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Un signal d’alarme sur la maîtrise de la langue : les correcteurs notent tous ou presque un
recul par rapport aux années précédentes. Il y a eu très peu de copies dépourvues de fautes, voire de
copies non pénalisées.
Le lexique des candidats demande une révision et un enrichissement, et les connaissances
grammaticales ( conjugaisons, temps ) doivent être revues.

Bilan :
L’épreuve était bien dans l’esprit de la contraction HEC, mais restait accessible à la majorité des
candidats (un petit nombre excepté), avec des réussites en éventail très ouvert.
Elle s’est donc révélée sélective au meilleur sens du terme.

7594 candidats
Moyenne générale : 9,69
Ecart-type : 3,50

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TECHNIQUES DE GESTION – INFORMATIQUE ET DROIT

Options technologique

Epreuve commune

1 OBSERVATIONS RELATIVES AUX SUJETS

1.1. Le Droit

La première partie comportait trois sous parties qui portaient sur le contrat de travail et les
obligations de l’employeur pour deux d’entre elles et sur le contrat de vente.
Le sujet proposait cette année un questionnement plus ouvert dans cette première partie et les
correcteurs ont pu valoriser ainsi les acquisitions méthodologiques des candidats.
Le cas pratique, exercice stéréotypé en droit a en effet été bien assimilé et on retrouve le traitement par
étape attendu :
1. Résumé synthétique des faits
2. Formulation d’un problème de droit
3. Rappel des règles de droit (légales, jurisprudentielles etc…)
4. Résolution
5. Emission d’hypothèses : ici, le candidat se situe par rapport à l’employeur et par rapport à la
salariée par exemple.
6. Application au cas d’espèces
Ce qui est attendu reste un raisonnement rigoureux, une rédaction soignée et une rigueur dans
l’emploi du vocabulaire.
Les candidats ont traité majoritairement très correctement la première partie.
La seconde partie portait sur le dualisme juridictionnel et la problématique du rapprochement
des juridictions administratives et judiciaires.
Cette seconde partie a, en revanche, été plus souvent non traitée ou mal traitée. Les hypothèses
relatives à ce traitement peu satisfaisant de cette partie sont nombreuses mais il faudra croiser ces
hypothèses avec les témoignages apportés par les professeurs pour mieux comprendre les difficultés
rencontrées.

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1.2 La partie Techniques de gestion et informatique
Premier dossier : analyse comptable
Il était demandé aux candidats d’élaborer un diagnostic financier dans une PME confrontée à un
problème de financement d’un projet d’investissement.
La démarche était très précisément définie par le sujet :
• présentation d’un bilan fonctionnel et mise en évidence de la relation entre fonds de roulement,
besoin en fonds de roulement et trésorerie,
• analyse de la structure financière et de la rentabilité à partir de ratios définis dans le sujet et pour
lesquels on disposait des valeurs du secteur.

Les principales erreurs ou insuffisances décelées dans les copies ont concerné :
• La présentation du bilan fonctionnel :
- non prise en compte d’informations fournies par le sujet : intérêts courus sur emprunts, valeurs
mobilières assimilables à des disponibilités,
- reclassements des postes erronés ou conduisant à un bilan en déséquilibre actif – passif,
- difficultés de reclassement du poste « Emprunts auprès des établissements de crédit »,
- et, pour les cas extrêmes, intégration dans le bilan d’éléments de charges ou de produits
extraits du compte de résultat… !

• Le diagnostic portant sur la structure financière :


- difficultés d’appréhension d’un contexte particulier puisque le fonds de roulement et le besoin
en fonds de roulement étaient l’un et l’autre négatifs,
- analyses incohérentes reposant cependant sur des ratios correctement calculés,
- confusion entre « ressources propres » et « ressources stables »,
- difficultés d’appréhension de la notion d’indépendance financière.

• Le diagnostic portant sur la rentabilité :


- encore beaucoup d’erreurs dans le calcul des soldes intermédiaires de gestion nécessaires à la
détermination de certains ratios,
- difficultés d’interprétation et de différenciation des notions de « rentabilité économique » et
« rentabilité financière ».

Les résultats sur cette partie ont été bons avec une moyenne supérieure aux autres années pour
des questions identiques.
• Deuxième dossier : Comptabilité générale

La plupart des candidats a complètement réalisé le travail relatif à la comptabilité générale.


Cette partie de l’épreuve nécessitait une bonne maîtrise des nouvelles règles comptables. Ces dernières,
partiellement fournies en annexe, sont assez bien assimilées par nombre de candidats.

Les principaux problèmes rencontrés sont les suivants :


• La première question concernait les raisons de l’introduction de nouvelles règles dans le PCG.
Faute d’une lecture attentive du sujet, beaucoup de candidats ont longuement présenté les
nouvelles règles, en s’appuyant éventuellement sur les annexes fournies, mais finalement sans
répondre à la question posée.

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• De même, certains candidats ont présenté des écritures de cession d’immobilisations alors que
ces écritures et les calculs correspondants n’étaient pas demandés et n’étaient pas nécessaires
pour répondre aux questions posées.
• La notion de coût d’acquisition a parfois été confondue avec celle de prix facturé.
• Certains candidats ont calculé la dotation aux amortissements du véhicule utilitaire en
conjuguant deux critères : durée d’utilisation et kilométrage.
• Des erreurs sont à noter dans le calcul des dépréciations de VMP, par exemple deux calculs
indépendants pour deux lots de titres de même catégorie, ce qui est contraire aux règles
comptables.

D’une manière générale, nombreux sont les candidats qui n’expliquent pas leurs résultats et
passent d’emblée des écritures comptables sans les justifier. Nous rappelons l’importance de la
communication écrite des raisonnements et sa prise en compte dans le barème de correction : un
résultat ou une écriture comptable sans le raisonnement qui a permis de l’obtenir est très faiblement
valorisé(e).

• Troisième dossier : Analyse des coûts

Ce dossier exigeait une lecture attentive de l’annexe 7 pour comprendre le caractère spécifique
de l’exploitation d’avions destinés à être loués avec moniteurs (internes ou externes).
L’analyse des coûts s’appuyait essentiellement sur le modèle coût-volume-profit pour évaluer la
rentabilité de chacun des appareils utilisés, l’activité étant mesurée par l’heure de vol.

Les candidats ont eu des difficultés à déterminer le chiffre d’affaires, et à classer les charges en
charges fixes et variables (exemple : la consommation de carburant a souvent été considérée comme une
charge fixe alors qu’elle était clairement donnée par heure de vol).
En revanche, le concept de seuil de rentabilité est connu et sa formule de calcul maîtrisée.

Retrouver les charges directes relatives à chacun des avions n’a pas semblé une activité familière
aux candidats. De même, si la définition du coût marginal est connue, sa détermination dans le cas
proposé n’a pas été satisfaisante sauf en de rares exceptions.

Le traitement de ce dossier est globalement décevant et a donné des résultats bien inférieurs
aux moyennes habituelles.

• Quatrième dossier : Informatique de gestion

Le sujet dans sa première partie, proposait, à partir d’un modèle relationnel sous la forme
algébrique, de fournir un schéma de celui-ci. On attendait une représentation mettant en évidence les
tables et les liens en s’appuyant principalement sur les clés étrangères. Les candidats ont repris plutôt
l’exercice traditionnel consistant à fournir le schéma du modèle conceptuel. Ils ont montré une bonne
maîtrise de l’exercice et même si les cardinalités présentées étaient imparfaites, le modèle était
majoritairement bien compris. Les réponses avec modèle conceptuel n’ont dons quasiment pas été
sanctionnées.
Nombreux sont les étudiants qui ont signalé une erreur dans une clé étrangère en proposant
parfois un correctif adapté.
La deuxième partie du dossier demandait au candidat d’écrire deux requêtes à l’aide d’un
langage fourni en annexe. La première qui était très simple a été très majoritairement bien réalisée.

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Pour la seconde, un peu plus complexe, les bonnes réponses ont été plus rares et les erreurs assez
nombreuses. Signalons qu’un certain nombre de candidat s’obstine dans un formalisme de présentation
en tableau qui n’est pas nécessairement adapté et qui ne semble pas constituer une aide puisque la
presque totalité des candidats ayant utilisé cette méthode n’a pas pu fournir de réponse cohérente.
Il faut souligner le fait que les réponses à ce dossier ont été bien plus nombreuses qu’à
l’habitude et que les notes obtenues ont permis de valoriser les meilleurs candidats.

2 LES RESULTATS

Répartitions des notes globales


La répartition des notes globale suit une loi normale classique avec quelques paliers 10 – 11, 12
– 13, 15 – 17. Même si l’écart type n’est pas très élevé, les bonnes notes sont suffisamment nombreuses
pour permettre aux meilleurs de prétendre aux écoles les plus prestigieuses.

Répartition des notes 2006

60

50

40

30

20

10

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20

3 OBSERVATIONS DE FORME

Certains candidats présentent une introduction pour l’ensemble du sujet de techniques


de gestion et informatique qui n’est pas demandée et donc source de perte de temps.
Les candidats doivent écrire à l’encre et s’abstenir d’utiliser le crayon de papier dans une copie
de concours.
Tout résultat doit être justifié par la présentation du calcul, de la formule utilisée, de la
démarche suivie.

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Pour la partie gestion et sans doute plus encore en droit, la maîtrise de la langue
française constitue l'un des atouts majeurs pour réussir dans cette épreuve. Les
recommandations habituelles pour ce type d'épreuve sont rappelées :
• organiser son temps afin de traiter l'ensemble du sujet ;
• soigner la présentation des copies, en particulier écrire à l'encre ;
• numéroter chaque partie sous la forme n° page/nombre de pages de la copie (y compris les
annexes à rendre qui doivent être numérotées) ;
• respecter la numérotation des questions ;
• respecter les règles de présentation habituelle : une idée par paragraphe, des parties bien
distinctes (plan apparent ou non) ;
• en gestion, faire des tableaux de présentation des calculs et donner un titre à ceux-ci.
Commenter à part les parties correspondant à des calculs non explicites.
Il faut recommander aux candidats une certaine sobriété dans les réponses et de se
limiter aux commentaires demandés. De nombreux bavardages encombrent les copies et ne
fournissent aucun d’élément d’explication. Ils prennent du temps et la plupart des copies qui
sont tombées dans ce travers n’étaient pas complètes dans leurs réponses.
Concernant l’organisation des copies, il faut rappeler que :
• Chaque partie fait l’objet d’une copie distincte qui doit être numérotée sous la forme
page/nombre de pages de la copie (y compris les annexes à rendre qui doivent être
numérotée).
• La copie de droit doit être glissée dans la copie de gestion
• En cas de non-réponse à une partie, une copie blanche doit être remise.

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Epreuve écrite de maths 2
option scientifique

Epreuve CCIP

Moyenne par école

Ecoles Moyennes Candidats

ESSEC 10,13 2132

E.M. LYON 10,13 2847

ESCP-EAP 10,13 2459

HEC 10,25 1977

Moyenne générale : 10,13


Nombre de candidats : 2947

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MATHEMATIQUES II
Option scientifique
Epreuve CCIP

A) Présentation du problème

Le problème avait pour objet, d’une part de proposer un algorithme pour compter et
localiser les racines réelles d’un polynôme à coefficients réels et, d’autre part, de donner un ordre
de grandeur (en moyenne) du nombre de racines réelles d’un polynôme à coefficients aléatoires.

La méthode de Sturm est la plus connue pour déterminer le nombre de racines réelles dans
un intervalle [a, b] d’un polynôme n’ayant que des racines réelles simples. L’étude de cette
méthode est proposée dans la seconde partie du problème. Notons qu’il ne s’agit pas de la seule
méthode de détermination du nombre de racines réelles d’un polynôme. Il existe une méthode qui
s’affranchit de l’hypothèse de la simplicité des racines, basée sur l’étude de formes quadratiques
(de Hankel) formées à l’aide des sommes de Newton du polynôme (voir par exemple [4] tome 2). Il
existe une méthode de localisation des racines moins connue, due à Vincent, qui s’appuie sur une
utilisation des fractions continues et qui nécessite en général moins de calculs que la méthode de
Sturm (voir [1], [2] pour un commentaire historique et aussi [5]). Nous remercions L. Dumas qui
nous a signalé ces références. Les techniques de localisation des racines réelles sont utiles, par
exemple pour analyser le comportement de systèmes dynamiques linéaires vectoriels : Xn+1 =
AXn via l’étude des racines réelles du polynôme caractéristique de la matrice A.
Ces systèmes dynamiques trouvent un cadre d’application en économie. La modélisation peut
prendre en compte un environnement aléatoire et c’est la raison pour laquelle la matrice A ainsi
que son polynôme caractéristique peuvent présenter des coefficients aléatoires. Il convient alors
de transposer les résultats obtenus dans un cadre déterministe à un cadre probabiliste. Le lecteur
soucieux de trouver d’autres applications et quelques éléments de théorie sur la question pourra
consulter [3] et les éléments de bibliographie qui s’y trouvent.

Le choix de ces thématiques a présenté quelques avantages :


1) Il a permis d’évaluer les candidats sur un grand nombre de notions proposées par le
programme, en leur offrant des questions de difficulté graduelle.
2) Il a offert l’opportunité de tester les candidats sur des questions de nature technique ou
d’autres questions plus formelles qui supposaient une aptitude à la démonstration, ou bien une
prise d’initiative dans le raisonnement. L’évaluation se faisait donc sur les diverses qualités que
l’on peut attendre d’un candidat.

L’équipe de correction a été agréablement surprise de la réactivité témoigne par certains


candidats face à des questions à propos desquelles on aurait pu attendre qu’ils fussent
déstabilisées. En outre, elle tient à signaler que les copies sont dans leur immense majorité bien
présentées.

Le problème était divisé en quatre parties indépendantes et de difficulté inégale. Chacune


était conçue en égard à la mission d’évaluation et de classement des étudiants, selon des objectifs

30
différents. Le poids de chacune des trois première partie était égal, de l’ordre de 27%. Certaines
copies, qui se démarquaient par des qualités de rigueur, de probité scientifique ou encore par des
initiatives inspirées se voyaient accorder un bonus inclus dans la note finale.

La première partie, de facture classique, portait sur le programme de probabilités lié à


l’analyse. La première question mise à part, il était demandé de maîtriser des points techniques
étudiés de manières intensive par tous let permettait une première sélection sur un plus petit
dénominateur commun du programme. La première question, discriminante, donnait une première
idée de la valeur de la copie, surtout lorsqu’elle était résolue correctement.

La seconde partie était plus originale si l’on se réfère à l’enseignement de la filière. Elle
portait sur des questions d’algèbre ou d’informatique (en fin de partie). Les bons candidats ont pu
distinguer, et se distinguer entre eux, en mettant en lumière leur aptitude à comprendre un
problème et à raisonner de manière scientifique.

La troisième partie portait sur l’algèbre et l’analyse. Certaines questions, comme dans la
première partie, concernaient des points très élémentaires du programme et permettaient de
départager les candidats d’un niveau faible ou moyen. A contrario, d’autres questions dans cette
même partie nécessitaient plus d’habileté technique et départageaient de meilleurs candidats.
Une démonstration par récurrence, a priori simple, a été discriminante, et ceci de manière
surprenante.

La quatrième partie, enfin, portait sur des questions de probabilités discrètes et d’analyse.
Elle a été abordée – à profit – par de nombreux candidats. Elle ne recelait pas de difficulté majeure.
Un candidat ayant résolu une bonne moitié du problème se voyait gratifié de la note maximale.

B) Les résultats obtenus

Sur l’ensemble des 2947 candidats qui ont composé, la note moyenne s’établit à 9,94 sur
20. Les 1977 candidats qui ont concouru pour l’admission à HEC obtiennent une moyenne de 11,60
et l’écart –type de la distribution de leurs notes est de 4,73.
Pour les 2459 candidats qui ont brigué une place à l’ESCP-EAP, la moyenne est de 10,85 et l’écart-
type est de 4,78.
Les statistiques concernant les autres écoles ne nous sont pas parvenues au moment de la
rédaction de ce rapport. De l’avis de l’ensemble des correcteurs, l’épreuve a largement permis de
départager les candidats. Les statistiques précédentes sont complétées par un écart-type sur la
population totale des candidats de 4,96, et corroborent par conséquent cette opinion.

C) Erreurs fréquentes et remarques de l’équipe de correction.

Partie I

I.1 Très peu de candidats traitent cette question convenablement, faute de savoir ce qu’ils
doivent démontrer. Certains expriment les racines en fonction de X0 et X1, question qui n’est pas
demandée…
D’autres pensent à considérer le discriminant, mais ne disent pas qu’il est de même nature
(discrète ou continue) que X0 (ou X1), même si cela n’est pas indispensable puisque le programme

31
invite à considérer l’espace vectoriel des variables aléatoires et indique que le produit de deux
variables aléatoires est encore une variable aléatoire. Cette question a été nettement
discriminante.

I.2.a et 2.b Sans réelle difficulté et bien traitées par la majorité des candidats.
Certains, toutefois, confondent « X0 et X1 ont la même loi » avec « X0 et X1 sont égales ».

I.3 Il était important de discuter du signe de la variable x avant de considérer sa racine


carrée ! En outre, un nombre trop important de candidats écrit : « FY1 étant continue et dérivable
sauf peut être en un nombre fini de points… » alors que FY1 est explicite et que, par conséquent,
les points où cette fonction n’est pas dérivable le sont aussi. En outre, il convient de vérifier la
continuité de FY1 (et FY0) sur R.

I.4.a Beaucoup voient que l’intégrale est doublement généralisée et beaucoup pensent à
signaler que la fonction g à intégrer est positive et continue (sauf en zéro).
En +1, la formule miracle est « g(t) = o(t12) par croissance comparées », ce qui, compte tenu de
l’expression de g demandait à être précise. La question en zéro est en général bien traitée, même
si certains candidats prolongent la fonction g par continuité en 0…

I.4.b Trop de candidats font usage de la formule de convolution sans justifier son
application : indépendance des variables Y0 et Y1 – qu’il faut aussi justifier – et l’une des deux
densités est bornées. La distinction des cas x = 0 et x< 0 se fait parfois a posteriori parce que
l’énoncé enjoint les candidats de le faire… Concernant ce point, la rédaction n’est pas toujours
soigneuse, et les candidats ont aussi été évalués sur ce critère.

I.5.a Beaucoup trop de candidats affirment que t 7.pt est C1 sur R+.
Les correcteurs ont pu distinguer ceux qui savaient apporter du soin dans la rédaction.

I .5.b, c et d Ces questions ont été correctement traitées par ceux qui les abordaient.

Partie II

II.1 Certains ont confondu la suite des polynômes Ri avec la suite des dérivées successives
de P (au signe près, éventuellement).

II.2.a Certains commencent par montrer que Rj+2(x0) = 0 puis amorcent une récurrence
ascendante. Une rédaction soigneuse était attendue pour obtenir la note maximum sur cette
question. On pouvait procéder par exemple en nommant chaque relation.

II.2.b La dernière relation fournie n’est pas explicitement mentionnée ce qui rend
imprécise la rédaction. Cette question, comme celle qui précédait permettait de juger les candidats
sur leur aptitude à l’expression écrite.

II.2.c Trop de candidats montrent seulement que Rj-1 (x0) Rj+1 (x0) = 0 et n’expliquent
pas pourquoi le produit est non nul.
Les trois questions qui suivent étaient nettement discriminantes et permettaient de jauger les
candidats selon leur aptitude au raisonnement et leur capacité à comprendre un mécanisme
nouveau.

32
II.3.a Trop peu de candidats citent explicitement la continuité de P0. Un peu plus en
revanche savent exploiter le fait que x0 est une racine simple.

II.3.b Il était attendu là encore de citer la continuité des polynômes Rj, de remarquer à
l’aide de II.2.c que le nombre de changements de signe du triplet Rj-1(x), Rj(x), Rj+1(x) ) ne
dépendait pas du signe de Rj au voisinage de x0, que x0 soit racine de Rj ou non. Il s’agissait aussi
de remarquer que le nombre de changements de signe s’additionnait sur les triplets (intérieurs).
On a lu une bonne compréhension de la question sur certaines copies et elle était alors largement
primée même si la rédaction manquait souvent de précision.

II.3.c La question la plus délicate : rien dans ce qui précède ne permettait d’affirmer que
sur tout intervalle [x, y] ne contenant pas de racine de P, le nombre de changements de signe de
la (m+1) – liste ne variait pas. Certains ont compris implicitement qu’il fallait utiliser ce résultat, et
ont été largement primé pour cela, mais il semblerait que personne, de manière explicite, n’ait
soulevé la difficulté.

II.4.a L’usage de l’inégalité triangulaire est encore trop souvent approximatif. Beaucoup
oublient de considérer les racines de module inférieur à un (pour lesquelles demandée est
évidente), ou bien quelques uns ne considèrent que la racine nulle…

II.4.b Cette question visait juste à tester la compréhension de la méthode de Sturm. Rares
sont ceux qui cherchent à calculer C(A) – C (-A) avec A> 1+ Pn-1 . k =0 ak

II.4.c L’usage d’un tableau intermédiaire réduisait de moitié la note sur cette question. La
distinction s’opérait sur ceux qui savaient s’affranchir des problèmes des zéros du tableau. Cette
question, ainsi que la précédente n’a pas été suffisamment abordée.

Partie III

III.1.a Certains, en très petit nombre seulement, ont considéré les racines avec leur
multiplicité et ont remarqué simultanément qu’une des racines obtenues par l’application du
théorèmes de Rolle (que les candidats connaissent bien en général) pouvait être dans ] –1, 1[.
Ces deux difficultés étaient largement primées. Beaucoup font sortir le 2 du chapeau…

III.1.b Trop de candidats proposent une démonstration par récurrence où apparaît un


calcul du type : N1 (T k+1 (P ) ) = N1 (T k(T (P ))) = N1 (T (P ) +2k) = …
A la grande surprise des correcteurs, cette question a été discriminante.

III.2.a Cette question, facile, est traitée par presque tous les candidats.

III.2.b La question de la multiplicité des racines n’est que rarement abordée. Le fait que
N0 ne compte que les racines non nulles n’est en général pas dit de manière explicite et les
candidats se contentent de considérer une racine non nulle pour pouvoir prendre son inverse.

III.3 Quelques candidats ont remarqué que T est linéaire (si on l’étend à Rn[X], et ce point
n’a troublé personne). Un calcul direct permettait de gagner du temps.

33
III.4.a Fait partie des questions élémentaires traitées par (presque) tous les candidats. On
attendait toutefois les limites aux bornes et la valeur du minimum atteint par . sur l’intervalle.

III.4.b Rares sont les candidats qui montrent avec précision que l’on peut choisir µ = L (P )
à l’aide des questions précédentes.

III.4.c
i) Bien traitée en général
ii) Bien traitée par un bon nombre de candidats
iii)La valeur . = n ln(L(P )) est en général précisée. En revanche, très peu de candidats
disent que l’inégalité précédente est obtenue pour toutes les valeurs de k entier et que l’on peut
choisir dans l’intervalle suggéré par l’énoncé (sui contient un entier).

III.4.d La majoration, lorsqu’elle est proposée, est en général la bonne.

Partie IV

IV.1 Trop de candidats oublient de mentionner l’indépendance des Xi. La stabilité de la loi
de Poisson est bien connue et il était inutile de démontrer cette propriété.

IV.2 Immédiate et bien traitée.

IV.3.a La grande majorité des candidats savent ce qu’est une fonction concave.

IV.3.b Il était attendu, soit d’utiliser le théorème de transfert, soit de remplacer x par W,
puis d’utiliser, en le signalant, la positivité et la linéarité de l’espérance.

IV.4.a Un simple calcul, bien fait en général.

IV.4.b Ceux qui écrivaient juste ln(k + 2) a k = 0(k1 2) n’étaient pas primes. Il fallait
justifier cette relation (par exemple en remarquant que ln(k + 2) = k).
Certains ont pensé à utiliser la concavité de . et l’inégalité obtenue en IV.3.a (avec x0 = 0 et x = k)
pour obtenir une majoration qui permettait de conclure.

IV.5.a L’argument Mn

IV.5.b Les croissances comparées sont assez bien maîtrisées.

Moyenne de l’épreuve : 10,13 Ecart type de l’épreuve : 5,98


Moyenne des candidats à l’ESSEC : 10,13 Ecart-type des candidats à l’ESSEC : 5,98

34
Epreuve de maths 2
option économique

Epreuve ouverte sous la responsabilité de l'ESSEC

Moyenne par école

Ecoles Moyennes Candidats

ESSEC 10,40 1114

E.M. LYON 10,16 1881

ESCP-EAP 10,16 1499

HEC 10,40 1058

Moyenne générale : 10,16


Nombre de candidats : 2033

35
Epreuve écrite de MATHS 2
Option technologique

Epreuve CCIP

Moyenne par école

Ecoles Moyennes Candidats

ESSEC 11 ,09 92

AUDENCIA Nantes 9,54 114

CERAM/ESCEM concours commun 9,19 315

EDHEC 9,64 84

E.M. LYON 8,84 77

ESC Clermont-Ferrand 8,71 260

ESC Dijon 8,67 264

ESC Grenoble 10,17 157

ESC Lille 9,08 189

ESC Rennes 8,56 234

ESCP-EAP 10,11 63

HEC 11,11 53

Moyenne générale : 9,91

Nombre de candidats : 447

INT Management 9,12 128

38
MATHEMATIQUES II
Option technologique
Epreuve CCIP

Pour la première année, cette épreuve est spécifique à 14 écoles ; elle comprenait trois
exercices indépendants recouvrant une très large partie du programme de cette option.

Le premier exercice, combinant algèbre et probabilités, concernait l'étude et la limite du système linéaire
Un+1=AxUn, dans lequel la matrice A était obtenue par application du théorème des probabilités totales.
Dans le second exercice, on étudiait une suite définie par une intégrale, dont on cherchait, dans quelques
cas particuliers, la monotonie et la limite. Enfin, le troisième exercice mêlait l'analyse et les lois de
probabilité de variables aléatoires à densité (fonction de répartition, espérance mathématique, etc.).

Les trois exercices avaient une pondération très voisine dans le barème de notation : 30% pour le premier,
32% pour le second et 38% pour le troisième, dont 16% pour la première partie, 8% pour la seconde partie
et 14% pour la troisième partie.

Il apparaît que l'ensemble des candidats de l'option technologique constitue, pour ce qui concerne
l'épreuve de mathématiques, une population très hétérogène à l'intérieur de laquelle on note au moins
une sous-population beaucoup plus homogène (coefficients de variation égaux à 40% et 44% pour HEC et
ESCP-EAP respectivement).

Les copies sont souvent bien présentées mais leur contenu n'évite pas toujours des erreurs de calcul, des
incohérences ou des confusions mathématiques.

Exercice 1

1a) On n'évoque pratiquement jamais le théorème des probabilités totales. Cette question n'a absolument
pas été comprise sauf par une minorité (1% des candidats).
1b) Le raisonnement par récurrence est souvent très mal assimilé : on part du résultat pour le démontrer !
Ou bien, on multiplie les vecteurs unicolonnes et les matrices d'ordre 3 dans n'importe quel sens
(Un+1=UnxA, ou Un+2=Un+1xU).
2c) L'inversibilité de la matrice S et le calcul de son inverse sont très souvent bien traités.
4a) La loi de Xn fait très fréquemment l'objet de réponses pour le moins hasardeuses ; beaucoup de
candidats se sentent obligés de "nommer" la loi. On trouve ainsi "on effectue des épreuves de Bernoulli ;
on a donc une loi binomiale de paramètres n=100 et p=150"!!

39
Exercice 2

1a) L'intégration par parties est souvent bien faite.


1b) En revanche, l'encadrement donne lieu à de nombreuses confusions. On trouve par exemple "1 ≤ 1+x²
≤ 2 ⇒ 0 ≤ 1/1+x² ≤ 1/2".
2) Il est rare que l'on ne confonde pas "croissance" et "positivité".
Cet exercice révèle une absence de maîtrise des techniques élémentaires de calcul intégral.

Exercice 3

Cet exercice a été relativement peu abordé à l'exception de sa partie 1, mais cette minorité de candidats
s'est nettement détachée. On trouve toutefois un certain nombre d'erreurs ou d'incohérences telles que :
X1UX2 pour des variables aléatoires, des probabilités supérieures à 1 des confusions entre densité et
fonction de répartition, ou entre les différentes lois de probabilité du programme.

Moyenne de l’épreuve : 9,91 Ecart type de l’épreuve : 4,94


Moyenne des candidats à l’ESSEC : 11,09 Ecart-type des candidats à l’ESSEC : 4,80

40
Epreuve d'histoire, géographie et géopolitique
option scientifique

Epreuve sous la responsabilité de l'ESSEC

Moyenne par école

Ecoles Moyenne Candidats

ESSEC 10,42 2130

ENSAE 10,34 223

Moyenne de l’épreuve : 10,42


Nombre de candidats : 2141

41
HISTOIRE, GEOGRAPHIE ET GEOPOLITIQUE

Option scientifique Dominique HAMON

Sujet : les enjeux économiques et géopolitiques des flux et de l’organisation du commerce


mondial depuis les années 1980.

Largement transversal, le sujet recoupe de nombreux points des deux années du programme.
Les flux internationaux de biens et de services constituent évidemment une composante majeure de la
mondialisation (Module 2), avec en particulier « la place des Etats et des institutions internationales »
(2.1.2) et « les enjeux énergétiques et alimentaires » (2.3.1). Pour autant, les modules 3 et 4
permettent d’approfondir l’étude des flux du commerce intra et intercontinental, et de montrer que les
enjeux diffèrent selon l’échelle. L’étude des commerces extérieurs et des politiques commerciales de
l’Union européenne, des Etats-Unis, du Japon, de la Chine et de l’Inde, fournit de nombreux cas précis.
La philosophie du nouveau programme conduit, en deuxième année, les candidats à réfléchir sur
l’intrication dialectique des champs économiques et géopolitiques. Le sujet proposé offrait l’occasion de
vérifier leur aptitude à articuler les notions clés d’ouverture commerciale et de croissance économique,
intérêts économiques et action géopolitique, puissance et stratégie de développement, concurrence et
interdépendance, à examiner la notion d’intérêt national et à identifier les conséquences
contradictoires d’un même fait.
Le sujet ne présentait pas plus de difficultés que les années précédentes. Il suffisait même de le
suivre dans son libellé pour être guidé dans sa réflexion et avoir un plan logique. Mais désinvoltes à
l’égard des termes, de nombreux candidats se sont précipités sur une description superficielle de la
mondialisation en général, ou ont préféré traiter un autre sujet comme Mondialisation et
développement. Si la distinction entre, d’une part, « des flux » interprétés comme l’ensemble de tous les
flux de la mondialisation et, d’autre part, l’organisation du commerce mondial était contraire au bon
sens et aux règles élémentaires de la syntaxe, des développements sur les flux non commerciaux étaient
toutefois acceptables, sinon souhaitables, lorsqu’ils étaient explicitement liés au commerce, comme les
flux migratoires de main d’œuvre qui agissent sur la compétitivité d’un territoire ou, à plus forte raison,
le rôle des sociétés transnationales dans le commerce mondial (leurs stratégies, les flux intrafirmes).
Mais les plus mauvaises copies se sont contentées de juxtaposer les différentes composantes de la
mondialisation. Ne disons rien des procès caricaturaux de celle-ci, ni de la dénonciation véhémente des
Etats-Unis érigés en maîtres du monde, ni de la peur du « vampire du milieu » ( ?).
La qualité de l’introduction est toujours d’une importance primordiale, et pour des sujets
comme celui-là, stratégique. Sans parler des copies qui racontent l’évolution du commerce mondial
depuis 1945 (et même 1880), trop de candidats ne prennent pas en compte l’indication chronologique
« depuis les années 1980 ». A l’opposé des introductions ternes et convenues sur l’essor de tous les flux,

42
et des fausses hypothèses sur l’homogénéisation du « village global », les bonnes copies ont pris soin de
définir avec précision les termes du sujet, et d’en déduire logiquement une problématique pertinente.
L’ignorance du sens exact des mots les plus simples et usités, et le défaut de rigueur, nous semblent
particulièrement graves chez de futurs cadres supérieurs.
Les flux du commerce mondial ne sont quasi jamais différenciés en exportations et importations,
les termes mêmes étant absents. Certes les exportations des uns sont les importations des autres, mais
leurs enjeux économiques et géopolitiques ne sont pas identiques.
L’organisation du commerce mondial n’est pas toujours parfaitement comprise, surtout quand le
candidat privilégie l’approche géopolitique. La formule renvoie sans doute à la structure géographique
du commerce mondial et à l’ordre hiérarchique qu’elle sous-tend, mais aussi à la question de la
régulation du commerce mondial par les Etats et les institutions internationales. Le marché est le lieu où
se confrontent les acheteurs et les vendeurs, mais les acteurs n’obéissent pas seulement aux lois du
marché. Ils respectent aussi les lois de la cité. Le marché est une construction juridique. Malgré la forte
poussée du libéralisme économique depuis les années 1980, qui donne aux vingt-cinq dernières années
une indéniable unité idéologique, les Etats ne cessent d’intervenir dans le commerce mondial, au niveau
national et international. Les Etats sont les protagonistes du théâtre géopolitique, mais aussi, ne
l’oublions pas, les acteurs des politiques nationales uni, bi et multilatérales.
La connaissance du mot enjeux a été déterminante. Parfois confondu avec défis, son sens précis
est le plus souvent totalement ignoré. Certaines copies reviennent constamment sur le terme sans
jamais lui donner une réalité concrète. Des formulations aussi maladroites que récurrentes comme « la
maîtrise des flux est un enjeu pour les PDEM et les PED » ou « les mutations du commerce soulèvent des
enjeux », révèlent cette inaptitude à conceptualiser la notion et lui donner une réalité économique et
politique. Le jury en est fort surpris, par rapport à la lettre et à l’esprit du nouveau programme.
L’enjeu désigne ce qui est en jeu, la mise que les joueurs espèrent gagner et gagnent effectivement,
craignent de perdre et perdent en effet. Les enjeux se situent au cœur d’une compétition, avec des
stratégies ou des tactiques, des gagnants et des perdants, des bénéfices et des déficits. L’enjeu est un
concept majeur de la réflexion et de l’action géopolitiques. Les copies les plus pauvres se contentent de
décrire rapidement l’évolution du poids des grands ensembles géoéconomiques dans la mondialisation :
la Triade domine toujours, mais doit faire face à la montée en puissance des pays émergents, tandis que
l’Afrique semble condamnée à rester en marge. Cependant de nombreux candidats enrichissent ce
tableau trop sommaire de paragraphes pertinents sur les zones commerciales régionales, sur les intérêts
en jeu et par conséquent sur les conflits commerciaux et les affrontements entre Etats ou groupes dans
les négociations commerciales multilatérales, sur les accords de compromis finalement conclus. Les
enjeux à la fois économiques et géopolitiques de la construction européenne ou du Mercosur, la
question des relations agricoles entre les Etats-Unis et l’Union européenne d’une part, entre les pays du
Nord et du Sud d’autre part (avec les exemples du coton et du sucre), l’influence croissante des géants
du Sud (Chine, Inde, Brésil), les intérêts contradictoires des pays en développement, la détention ou
non de ressources énergétiques stratégiques, le contrôle des routes maritimes, le couple sino-
américain, font l’objet d’analyses fort intéressantes.
Toutefois, le commentaire géopolitique reste insuffisamment argumenté s’il ne s’adosse pas aux
enjeux strictement économiques des flux commerciaux. Or en décrivant le commerce mondial seulement
comme un rapport de force entre dominants et dominés, et trop souvent sous l’angle exclusif des
rapports Nord/Sud, les candidats ne s’interrogent pas sur les conséquences économiques, positives et
négatives, des exportations et des importations sur les acteurs. Et lesquels ? Pas seulement les Etats ou
les économies nationales, mais aussi les entreprises, avec leurs actionnaires et leurs salariés, et les
consommateurs, grands oubliés des candidats. Les meilleures copies établissent le lien entre les
exportations, la croissance économique et l’emploi, au moins pour les pays en développement. Après
l’échec de l’industrialisation par substitution des importations, les pays d’Amérique latine sont mis en
demeure de gagner des devises, ne serait-ce que pour rembourser leur dette extérieure. La stratégie,
d’abord asiatique, de l’industrialisation par promotion des exportations manufacturières rencontre la

43
nécessité pour les grandes entreprises des pays développés de conquérir de nouveaux marchés
d’équipement, de relever le défi de la compétitivité globale et d’augmenter leurs profits laminés par la
crise de la décennie précédente. Les gouvernements, le GATT puis l’OMC, le FMI font la promotion du
libre-échange, élargi à l’agriculture et aux services depuis l’Uruguay Round, et de la spécialisation
optimale comme jeu à somme positive (tous gagnants). Aussi, les Etats n’hésitent-ils pas à soutenir les
exportations de leurs entreprises privées, par la diplomatie, la fiscalité, la parité monétaire ou les
subventions directes (nombreux exemples possibles). Ces politiques, pas toujours conformes à
l’orthodoxie libérale, soulignent aussi l’imbrication des enjeux économiques et géopolitiques. On
pouvait éventuellement faire rapidement allusion aux actions publiques sur les facteurs structurels de la
compétitivité. Certains candidats évoquent ainsi les enjeux de la R&D ou de la flexibilité. Un autre
compare subtilement les facteurs de l’attractivité des ports du Nord et du Sud, en observant que la
qualité des équipements et de l’arrière-pays joue un rôle croissant pour ceux-ci, et que des zones
franches apparaissent dans ceux-là.
Les recettes des exportations permettent de payer les importations indispensables, ce qui
relativise la notion de dépendance, dont abusent les candidats. La libre concurrence stimule
l’innovation et satisfait la demande des consommateurs en produits variés et à bon rapport qualité/prix.
Mais on constate aussi des écarts importants entre les conditions nationales de la concurrence, tels
qu’on parle de concurrence « déloyale » par le « dumping » social, fiscal, écologique, monétaire. Les
inégalités territoriales, à diverses échelles, sont souvent traitées (régions gagnantes, perdantes, hors-
jeu), mais rarement les effets négatifs de la concurrence sur la balance commerciale et sur l’emploi. Les
copies qui évoquent le déficit commercial font exception. Les résistances et réactions protectionnistes,
autant des pays du Nord que du Sud, pouvaient être illustrées par des exemples variés, au cours des
vingt-cinq dernières années. C’est pourtant le thème le plus fréquemment absent des copies ! Pour
certains candidats, le commerce est une chance pour les PDEM et un risque pour les PED.
La notion d’interdépendance, plus volontiers affirmée que démontrée, n’est jamais approfondie
par une réflexion sur la difficulté des arbitrages politiques. Les gains et les pertes touchent en effet
souvent en même temps le même acteur, à la fois producteur et consommateur (intermédiaire et final),
salarié et actionnaire. D’où les conséquences contradictoires du protectionnisme, par exemple sur les
produits alimentaires ou textiles.
Le jury n’attendait pas un plan type. Les différents aspects du sujet (enjeux
économiques/géopolitiques, exportations/importations, actions uni/multilatérales) pouvaient faire
l’objet de diverses combinaisons. Le jury sanctionne toujours les catalogues rangés dans des tiroirs, ou
les énumérations décousues. Il apprécie la clarté de la construction, la progression du fil conducteur, la
cohérence des enchaînements : des qualités que les candidats peuvent montrer de plusieurs manières.
Même le plan chronologique (enjeux des années 1980, des années 1990, actuels), rare à juste titre, a pu
dans quelques cas, donner des devoirs très convenables.
Le jury est sensible à la qualité de la rédaction. Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement et
simplement. L’orthographe et l’expression laissent encore parfois à désirer, et les déficiences graves
sont sanctionnées. Nous mettons en garde les candidats contre l’abus des sigles, voire des abréviations
de « prise de notes » comme ASS pour Afrique subsaharienne ou M.O pour main d’œuvre. Mais la forme a,
semble-t-il, cessé de se dégrader.
Le jury attendait un contenu substantiel. La problématique des enjeux indiquait clairement au
candidat que l’exercice proposé en quatre heures, ne consistait pas à raconter par le menu les flux
commerciaux du monde entier et leurs conséquences, toutes les politiques commerciales nationales,
tous les conflits et accords, fût-ce dans le cadre limité des vingt cinq dernières années. Pour autant,
l’histoire, la géographie et la géopolitique ne sont pas des disciplines abstraites et désincarnées. Le jury
ne se satisfait pas d’affirmations générales ni d’exposés théoriques. Il veut des arguments précis et des
exemples démonstratifs, avec des dates, des noms de pays, de régions, d’entreprises, de produits
échangés, de réunions internationales…En fait, les graves lacunes qui affaiblissent la majorité des
copies, résultent beaucoup moins d’un manque réel de connaissances que d’un grave défaut d’attention

44
au mot à mot du sujet. Les copies indigentes sont peu nombreuses, et le principal critère de sélection a
été la lecture du sujet. Le jury a donc pu assez facilement reconnaître les mérites des meilleures copies,
celles qui poursuivent une vraie réflexion : 583 copies sur 2130 (27 %) ont reçu une note égale ou
supérieure à 12.

Correcteurs : Dominique Hamon, Nicole Anquetil, Pierre Biard, Michel Bouliou, Martine Citron,
Marguerite Graff-Langlois, Ivan Keller, Jean Kogej, Marie-Gabrielle Lachmann, Catherine Maillé-Virole,
François Martin, Anne Michelon, Stéphanie Morillon, Frédéric Munier, Martine Piffault, Anne Rebeyrol,
Marie Stern, Vincent Thébault, Denise Vallat.

45
Histoire et géographie économiques

Copie de candidat

Malgré ses imperfections, cette copie mérite d’être portée à la connaissance des futurs
candidats, pour les aider à évaluer concrètement les exigences relatives du jury.
La construction du devoir souffre d’une médiocre articulation des deux premières parties. Mais
la définition juste des termes essentiels montre, dès l’introduction, que le sujet a été bien compris. Même
si on peut toujours déplorer quelques imprécisions et lacunes, notamment sur les effets de la
concurrence, le contenu est pertinent, riche et précis. De nombreux exemples étayent les principaux
aspects du sujet, qu’il s’agisse de la double dimension économique et géopolitique des enjeux, des
intérêts contradictoires et des conflits commerciaux entre pays du Sud et du Nord et entre pays
développés, du couple sino-américain, des politiques commerciales unilatérales et du rôle de l’OMC. Au-
delà de l’analyse des ententes régionales, le candidat amorce une réflexion intéressante sur certains
lieux stratégiques : les Bourses, les ports, les détroits. Le style et l’orthographe sont acceptables.

46
Si la crise des années 30 avait mis fin à une période d’intensification des flux que l’on peut appeler
«première mondialisation» (en référence à l’ouvrage de Suzanne Berger Notre première mondialisation :
histoire d’un échec oublié), la crise des années 70 a favorisé la mondialisation : ce phénomène, qui se traduit
principalement depuis les années 80, par l’émergence d’un «espace mondial» (J. Lévy) dans tous les
domaines, est caractérisé par une augmentation des flux de toute sorte : flux de capitaux, de marchandises,
d’hommes…
Cette intensification a créé une nouvelle organisation du commerce dans le monde : les échanges ne
sont plus seulement le fait des pays de la Triade entre eux, ou d’échanges entre un pays du Nord dominant et un
pays du Sud dominé, car de nouveaux pays s’insèrent dans le commerce mondial comme la Chine par exemple.
Ainsi, l’Organisation Mondiale du Commerce a essayé de promouvoir le multilatéralisme face à un nombre
croissant de pays insérés. Pourtant, l’échec du Sommet de Cancún, les faibles avancées lors du Sommet de
Hong-Kong sous l’égide du Français Pascal Lamy, montrent bien que les relations entres Etats peuvent être
conflictuelles. La logique d’un Etat est la recherche de la puissance. Or puisqu’un enjeu suppose des intérêts
contradictoires et la chance d’un gain ou le risque d’une perte, il s’agit ici de déterminer qui bénéficie
vraiment, au niveau économique et géopolitique, du commerce dans le monde et des flux.
Si la mondialisation donne une importance accrue aux flux par l’intensification du commerce (partie
I), les échanges profitent inégalement à tous (partie II). Le commerce et les flux sont donc l’objet de rapports
de force et de tensions (partie III).

Comme nous l’avons déjà évoqué, la mondialisation se traduit par l’augmentation des flux : les flux
d’Investissements Directs à l’Etranger (IDE) vont par exemple beaucoup augmenter à partir des années 1980.
Ainsi, les IDE et l’insertion dans le commerce sont parfois au cœur de stratégies de développement :
même si nous les étudierons mieux dans la deuxième partie, des pays comme Singapour, Corée du Nord, Taïwan
ont profité de leur insertion au commerce mondial par des exportations après avoir attiré des IDE.
L’arrivée de ces nouveaux pays dans le commerce international fait donc augmenter les flux de
marchandises. Ces flux sont notamment règlementés par l’OMC, qui a pour but de favoriser les échanges
internationaux, en essayant de diminuer au maximum les tarifs douaniers et les conflits commerciaux.
Cependant, le commerce peut être aussi régulé à une autre échelle. Il s’agit ici d’une des logiques de
la mondialisation : la régionalisation. Il y a là une dimension économique et géopolitique. Ces regroupements
comme l’UE (Union Européenne), l’ALENA (Accord de Libre Echange Nord Américain), (l’APEC), (Forum Asie-
Pacifique), le MERCOSUR (Marché Commun Sud-Américain) ont pour but de favoriser le commerce entre les pays
adhérents et il y a parfois une dimension géopolitique pour s’affranchir d’une dépendance extérieure par
exemple. On peut nuancer notre propos, en disant que tous les regroupements ne sont pas «officiels» :
l’intégration commerciale des pays de la Façade Asie Pacifique (FAP) est bien plus le fait des Entreprises que
des Etats (on peut citer par exemple la firme Adidas dans le cas du «Triangle de la Chine du Sud» entre Taïwan
(pôle technique), Hong-Kong (pôle logistique) et le Guangdong (main d’œuvre).
Mieux, toutes ces intégrations n’arrivent pas à impulser le commerce : c’est le cas du Pacte Andin par
exemple en Amérique du Sud car comme le dit Bernard Bret «ce n’est pas en s’associant entre pauvres que l’on
s’enrichit». La clé de la réussite de ces intégrations pour qu’elles constituent un gain au plan économique est la
complémentarité. C’est le cas de l’ALENA qui associe un pays ayant un fort marché intérieur (les Etats-Unis), un
pays ayant une main d’œuvre peu chère (le Mexique) et un pays possédant des matières premières (le Canada).
L’enjeu de ces intégrations est le développement du commerce et donc un gain de croissance et d’influence.
Mais, au-delà des Etats et des regroupements régionaux, certains lieux deviennent d’une importance
capitale au niveau économique et géopolitique avec l’augmentation des flux et du commerce mondial. Il s’agit
tout d’abord des bourses. Les bourses peuvent être le lieu de fixation des prix des produits échangés dans le
commerce mondial. Mieux, les flux financiers ont considérablement augmenté. Le fait de posséder des
«bourses» sur son territoire est un symbole de puissance économique dans le commerce mondial. On peut citer
le NYMEX (New York Mercantile Stock Exchange) le NYSE (New York Stock Exchange), la bourse de Singapour, le
LIFFE de Londres, EURONEXT.
Le deuxième lieu d’importance économique et géopolitique est le port. Les ports sont les véritables
interfaces du commerce mondial : la localisation des plus grands ports est révélatrice des hiérarchies
économiques. Par exemple, la Northern Range est la véritable interface de l’Europe avec le monde. Les plus
grands ports sont : Rotterdam, Shanghaï, Hong-Kong, Chicago. L’opposition d’Hillary Clinton au rachat du port
de New-York par un cheik saoudien est révélatrice de l’enjeu économique et géopolitique et stratégique que
sont les ports pour le commerce mondial.

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Enfin, il faut souligner l’importance des détroits dans la géopolitique des flux. Ce sont des espaces très
surveillés car de leur sécurité dépend l’évolution du commerce. Si de nombreux détroits sont stratégiques
aujourd’hui (canal de Panama, détroit des Dardanelles, canal de Suez, détroit de Malacca, détroit de Bab El
Mandeb, détroit de Gibraltar, la mer Manche…) on peut citer le détroit d’Ormuz dont l’importance pour le
marché pétrolier est incontestable.

Si nous avons pu voir que l’augmentation des flux et des commerces permettaient des échanges de
plus en plus importants en donnant une importance capitale à certains lieux, il s’agit ici d’étudier que ces flux
et échanges profitent inégalement.
En effet, de nombreux pays ne profitent pas de l’ouverture aux échanges économiques. En effet, cette
ouverture s’effectue parfois, non de façon volontaire, mais dans le cadre de Politiques d’Ajustement Structurel
(PAS) du Fonds Monétaire International (FMI).
Ainsi, l’ouverture de l’Argentine dans les années 80 a pu augmenter des exportations, certes, mais a
beaucoup augmenté ses importations : d’où un déficit important de la balance commerciale.
Le problème de ces pays est tout d’abord leur dépendance à l’égard des bourses et des marchés du
Nord (voir partie I) : le cas de la Côte d’Ivoire qui passe du «miracle» au «mirage» à cause de la chute des cours
du cacao, est révélateur.
Ce problème de dépendance amène les pays à essayer de créer des cartels : cependant à part
l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), aucun cartel n’a véritablement fonctionné : le cartel de
la banane par exemple.
L’une des critiques majeures des pays du Sud dans leur ouverture au commerce international,
lorsqu’elle n’est pas bénéfique, est le manque d’ouverture des marchés des pays du Nord que nous étudierons
dans la troisième partie.
Cependant, certains pays dits du «Sud» profitent largement de leur ouverture au commerce
international : c’est le cas des Dragons. Par leurs exportations, en recevant des flux d’IDE, et en mettant en
place une stratégie de remontée des filières, ce sont devenus des pays exportateurs d’électronique par exemple.
Ainsi, un enjeu économique du commerce mondial est le développement. Mieux, certains pays qui arrivent à se
développer grâce à ces stratégies sont émetteurs d’IDE : par exemple, LENOVO qui rachète la division PC d’IBM.
Pour les pays qui profitent de l’ouverture au commerce mondial, il y a de nombreux autres enjeux. Tout d’abord,
on peut citer le fait de pouvoir rembourser sa dette ; c’est le cas, par exemple, du Brésil qui a remboursé sa dette
par avance récemment.
Les liquidités qui proviennent de l’excédent de la balance commerciale peuvent aussi être utilisées
dans des alliances de type géopolitique : c’est le cas du «China Bashing» qui prend la place du «Japan
Bashing». La Chine profite de l’ouverture du marché américain. Elle investit dans des bons du Trésor américain.
Cela permet de financer le déficit commercial américain, donc de soutenir la consommation des ménages qui
consomment des produits chinois. C’est ce qu’on appelle la Très Grande Alliance.
Enfin, pour les pays de la Triade, les situations sont diverses. Certains pays profitent de cette
organisation du commerce mondial : on peut citer par exemple l’Allemagne ou le Japon dont les balances
commerciales sont souvent excédentaires. Certes, les pays du Nord favorisent les flux de capitaux en émettant
des IDE : cela permet, grâce aux délocalisations, d’avoir un commerce qui de plus en plus, est organisé par les
firmes. On passe, par exemple, de plus en plus du «made in Germany» à du «made by Germany».

Ceci est vrai pour une grande partie des pays de la Triade. Il y a une augmentation des échanges à
l’intérieur des firmes et c’est cela qui est important aujourd’hui : de nombreux articles évoquent le déficit
commercial américain mais oublient que, dans l’organisation du commerce mondial d’aujourd’hui, le fait que
ce soient des firmes états-uniennes qui participent pour 1/3 aux importations des Etats-Unis nuance le déficit
de la balance commerciale.
Néanmoins, l’enjeu économique de ces délocalisations est aussi une certaine forme de
désindustrialisation même si elle est fortement à nuancer. Cette désindustrialisation est due à certaines
délocalisations. Cependant, il faut nuancer cela en évoquant le fait que l’industrie est toujours le moteur de la
croissance et que les phénomènes d’externationalisation nous font tendre à donner une place trop importante
aux services.
Cependant, certains auteurs voient dans cette désindustrialisation un enjeu géopolitique : c’est le cas
d’E. Todd dans Après l’Empire : pour lui, les Etats-Unis auraient cessé d’être une grande puissance commerciale
et une puissance productrice (au contraire, par exemple, de la Chine qui est considérée comme l’atelier du
monde). Ils doivent donc créer un climat de tension pour se rendre nécessaires et prélever leur dîme impériale.
Emmanuel Todd nous amène donc à penser les flux et l’organisation du commerce entre les Etats sous
l’approche d’un rapport de force.

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En effet, il y a des tensions ou rapports de force pour de nombreux problèmes dans le commerce
international.
Ces tensions peuvent avoir lieu entre les pays du Nord et les pays du Sud : la critique est celle que nous
avions déjà évoquée : des marchés du Nord peu ouverts. Cette fermeture notamment au niveau des produits
agricoles est néfaste de façon véritable à certains pays du Sud d’autant plus que les subventions agricoles
créent une concurrence déloyale (PAC/Farm Bill).
Dans «Questions de vie» L’aide au tiers monde, à quoi bon ? Sylvie Brunel, faisant référence à la
phrase du journaliste Raymond Cartier dit : «Quand on aide le Zambèze, on nuit à la Corrèze» Cela est pourtant
largement à nuancer car ce n’est pas un pays comme la Zambie ou le Zimbabwe qui profiterait réellement d’une
ouverture des marchés agricoles du Nord, mais plutôt des pays possédant des filières agricoles intégrées dans la
filière agroalimentaire : exemple : le Brésil. Cependant, malgré la demande d’un Nouvel Ordre Economique
International de la part des pays du Sud depuis les années 70 mais qui reste lettre morte, on peut noter une
bonne évolution : le commerce équitable. C’est ce qui est favorisé par une entreprise comme Leclerc en France.
La part du commerce équitable dans le commerce mondial reste toutefois marginale.
Au niveau des conflits entre pays du Sud et du Nord on peut aussi évoquer les volontés contrariées des
Etats-Unis de mettre en place plus un nouveau marché commun : la Zone de libre Echange des Amériques. Le
récent refus à Mar del Plata (Argentine) révèle ces tensions.
Il y a aussi des tensions et rapports de force entre les pays du Nord. Le commerce est au cœur de la
diplomatie et des relations géopolitiques de certains pays comme les Etats-Unis : les pays du Golfe n’achètent
pas d’avions Airbus du fait de la pression du gouvernement américain. De plus, il y a des enjeux économiques
comme les barrières douanières, et surtout les barrières non tarifaires, qui restent présentes : c’est une des
critiques majeures et récurrentes des Etats-Unis au Japon.
Il existe en outre de nombreux autres conflits sur l’acier, l’aéronautique par exemple entre l’Europe et
les Etats-Unis. L’enjeu géopolitique est alors d’imposer sa volonté dans le but de favoriser ses entreprises.
Enfin, il existe aussi parfois des rapports de force internes. L’image donnée par l’Union Européenne,
pendant les négociations préalables au Sommet de Hong-Kong, avec des positions contradictoires entre Peter
Mandelson et Jacques Chirac au sujet de l’avenir de la Politique Agricole Commune montre ces rapports de force
internes. L’enjeu économique est ici un enjeu économique national pour la France : les aides de la PAC.
Mais comment évoluent donc ces tensions ? Les Etats-Unis qui imposent souvent leur volonté (loi
Helms Burton sur Cuba, accord durant la guerre avec la banane…) sont-ils les principaux gagnants de ces
rapports et les pays du Sud (fin des accords de Lomé avec les accords de Cotonou) encore les principaux
perdants ?
On peut analyser pour cela les conséquences de l’échec du Sommet de Cancún : si cet échec a été
interprété parfois comme une victoire symbolique des pays du Sud, on peut plutôt penser que l’échec d’un
accord multilatéral leur a été néfaste. En effet, il laisse la place au bilatéralisme : «bilatéralisme agressif» SILK
qui est rarement favorable aux pays du Sud.
Certaines tensions tendent à l’apaisement entre des pays du Nord : entre l’UE et le Japon, ensembles
qui deviennent plus complémentaires.
Mieux, les Etats-Unis connaissent des échecs dans l’organisation du commerce : l’Office de Règlement
des Différends a prononcé de nombreux jugements contre les Etats-Unis (exemple : les Foreign Sales
Corporation (FSC). Cependant, la possibilité laissée à un Etat de prendre des mesures unilatérales quand un
secteur est jugé menacé (clause de sauvegarde de l’OMC) laisse parfois aux Etats-Unis ou à d’autres pays de
montrer leur «hard power» (J. NYE).

Les véritables gagnants de l’organisation du commerce mondial et des flux depuis les années 80 sont
encore les pays de la Triade. Mais de nombreux pays en ont aussi profité : les Dragons, les Tigres, désormais le
Brésil, l’Inde et la Chine. Si les pays du Nord avaient ignoré la demande d’un Nouvel Ordre Economique
International (NOEI) à l’Organisation des Nations Unies (ONU) dans les années 70, ils auront du mal à occulter
les demandes des «géants» émergents. C’est donc le rôle même de l’OMC qui est remis en cause (cf : Faut-il
brûler l’OMC ? Débat entre Pascal Lamy, José Bové et un économiste dans un très récent Alternatives
Economiques). Un nouvel échec lors des négociations dans le Doha Round entraînerait peut être une nouvelle
organisation du commerce mondial.

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ANALYSE ECONOMIQUE ET HISTORIQUE
DES SOCIETES CONTEMPORAINES

Option économique Stéphane BECUWE

Sujet : Intérêt et limites de l’intervention de l’Etat

Le sujet proposé cette année est d’une grande actualité. Au plan des faits, il pouvait être illustré par
de nombreux exemples récents mais aussi plus anciens pris aux XIXème et XXème siècles. Au plan de l’analyse, ce
sujet permettait de mobiliser une abondante littérature économique qui n’a pas toujours permis de trancher la
question du « bon » degré d’intervention de l’Etat. Dans l’ensemble, les réponses apportées ont été
satisfaisantes et le sujet a été, en général, convenablement traité. La moyenne obtenue cette année atteste ces
faits.

De façon traditionnelle, le premier point important était de choisir un plan qui permettait de mettre
en valeur le mieux possible les arguments favorables et ceux contre l’intervention de l’Etat dans l’activité
économique.
Le plan purement historique présentant les différentes phases de cette intervention depuis le début du XIXème
siècle pouvait avoir l’intérêt d’être exhaustif. Ainsi, parlait-on d’un Etat minimal au XIXème siècle qui assurait
les fonctions régaliennes : police, justice, armée, construction d’édifices publics, puis à partir de la crise de
1929 d’un Etat interventionniste, jusqu’à la crise de l’Etat providence et l’avènement des politiques libérales à
la fin des années 1970. Il convient de noter que les candidats, qui ont choisi ce type de plan, ont su critiquer
cette vision un peu trop stylisée des faits en notant qu’au XIXème siècle, l’Etat n’était pas en réalité si
« minimaliste » que cela car il participait au décollage de l’économie, à l’institutionnalisation des marchés ou
encore à la protection des industries dans l’enfance. Le choix de ce plan historique présentait la limite
importante de masquer les différents arguments, justifiant ou non l’intervention de l’Etat, sous une multitude
de données factuelles.

Aussi, le plan analytique était de loin préférable car les différents apports de la littérature économique
sur ce domaine particulier sont nombreux. Ce plan analytique pouvait prendre trois formes :

— La distinction entre l’intérêt et les limites de l’intervention de l’Etat, conformément au libellé du sujet.
Cette structuration a été assez systématiquement utilisée. Une telle distinction pouvait se justifier par les
défaillances du marché, dans une première partie, puis par celles de l’Etat, dans une deuxième partie, mais
devait aussi être complétée par une troisième partie sur ce que devrait être le bon niveau d’intervention de
l’Etat. Si, en général, la première partie fut bien traitée, la deuxième partie a occulté, en général, les
critiques faites à la théorie normative de l’Etat (problèmes d’informations, de coûts d’organisation, de
motivation des agents de l’Etat,…). Très rares ont été les candidats qui ont abordé la troisième partie.
— Une structuration selon la nature des politiques publiques implémentées : politiques conjoncturelles,
structurelles, et redistributives.
— Une structuration fondée sur la typologie proposée par R. Musgrave en 1959 qui distingue en matière
d’intervention de l’Etat, la fonction d’affectation, la fonction de répartition et la fonction de stabilisation.

Ce dernier plan, en lien direct avec la littérature économique, semblait à priori le plus abouti car il
présentait l’avantage de montrer au niveau de chacune des fonctions énoncées, l’intérêt et les limites de
l’intervention de l’Etat. Il a été cependant et sans doute malheureusement peu utilisé par les candidats. Le
premier plan eut davantage les faveurs des candidats. Toutefois deux critiques doivent être mentionnées : en
premier lieu, les notions de défaillances des institutions – Marché et Etat- ne sont pas apparues de façon
systématique ; en second lieu, la structuration à l’intérieur de chacune de ces deux sous parties fut négligée,
laissant place à une succession d’idées ou de faits s’enchaînant sans cohérence ni lien.

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S’agissant des connaissances mobilisées, le propos a été souvent illustré par de nombreux éléments
factuels. En ce qui concerne les arguments tirés de la littérature économique, il était difficile d’être exhaustif.
En effet, le champ à couvrir était très large (gestion des monopoles naturels, des externalités positives et
négatives, des biens collectifs, l’impact de l’investissement public sur la demande effective via le multiplicateur
keynésien, la relation de Phillips, sa remise en cause par les monétaristes et la nouvelle économie classique, les
effets d’éviction de l’investissement public, l’équivalence ricardienne, les objectifs collectifs et privés de l’Etat
en lien avec les apports de l’Ecole du Public Choice, la loi de Wagner, l’effet de cliquet des dépenses publiques,
la mondialisation,…).
Malgré tout, il y avait des éléments incontournables comme la théorie keynésienne à laquelle la
grande majorité des candidats s’est référée. Toutefois, on peut regretter que dans beaucoup de copies la
présentation de cette théorie ait été peu précise contrairement à d’autres approches comme celle de
l’équivalence ricardienne ou celle de l’électeur médian. Au niveau des politiques conjoncturelles, il aurait été
intéressant de bien montrer que les performances de l’intervention de l’Etat dépendent de façon cruciale de
l’hypothèse faite sur la nature des anticipations des agents (esprits animaux (myopie) chez Keynes,
anticipations adaptatives chez Friedman et anticipations rationnelles chez les nouveaux classiques).
Rares sont les candidats qui prennent la peine de définir certaines notions importantes comme les
biens collectifs, les monopoles naturels, les externalités…Sans définition ou sans préciser le sens des mots
utilisés, il est difficile de savoir si ces notions ou concepts sont bien maîtrisés.

Au plan de la forme, les copies ont été en général assez agréables à lire et assez bien écrites. Comme
les années précédentes, un effort s’impose pour améliorer la conclusion et d’éviter de lire trop souvent « il ne
faut pas moins d’Etat mais mieux d’Etat »…

Correcteurs : Stéphane BECUWE, Claude-Danièle ECHAUDEMAISON, Christian ELLEBOODE, Claude MATHIEU.

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ECONOMIE
Option technologique Rémi LEURION

Sujet : Faut-il lutter contre l’inflation ?

Analyse des résultats

Le nombre de candidats de la session 2006 s’élève à 92, contre 75 en 2005, 62 en 2004, 38 en 2003,
33 en 2002, 53 en 2001 et 44 en 2000. Le nombre est donc en hausse sensible par rapport aux années
précédentes.

La moyenne des copies est de 8,30, contre 8,66 en 2005, 8,36 en 2004, 8,12 en 2003, 8,85 en 2002,
8,11 en 2001 et 7,93 en 2000. Cette moyenne s’inscrit donc au centre de la distribution des moyennes des
sessions précédentes.

La répartition des notes est la suivante :

Notes Effectifs

[0 ; 4] 5
[4 ; 6] 16
[6 ; 8] 33
[8 ; 10] 13
[10 ; 12] 19
[12 ; 14] 5
[14 ; 16] 1
__
92

Plusieurs observations peuvent être faites à partir de ces résultats :

— Un tiers des candidats a une note strictement supérieure à 10, ce qui constitue, à un concours, une
performance indéniable,
— Un candidat sur dix a une note supérieure ou égale à 12, signe qu’à la différence des sessions précédentes il
n’y a pas, cette année, un noyau de candidats de très bon niveau,
— Il demeure néanmoins un trop grand nombre de copies dont la note se situe aux alentours de 7.

Globalement, le jury constate cette année un tassement du niveau des candidats, étudiants qui ont
éprouvé de la peine à faire des prestations de qualité.

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Analyse du sujet

Le sujet de cette année est, comme depuis quelques années, un sujet très classique, qui fait partie du
socle de connaissances de tout étudiant de ces classes ; en ce sens, il n’a pu constituer une surprise pour les
candidats. Plus encore, la littérature sur ce thème est très abondante, tant en ce qui concerne les bases théoriques
du sujet que les aspects d'actualité.
En posant ce sujet, le jury cherchait à s'assurer que les fondamentaux de l'économie sont bien acquis, et
souhaitait également mettre l'accent sur le fait que les connaissances et les mécanismes de base de l'économie
doivent être parfaitement maîtrisés. Le jury est globalement satisfait de constater que ces objectifs sont atteints ;
mais il regrette cependant que les candidats aient, dans leur grande majorité, considéré ce sujet comme une
simple question de cours, et non comme une question de réflexion appelant la recherche d’une véritable
problématique ; la longueur des copies apporte la preuve que nombre de candidats ne se sont pas vraiment donnés
la peine de réfléchir, et ont réutilisé des cours complets sur l’inflation.

Les éléments de satisfaction sont les suivants cette année :


- la grande majorité des candidats structurent bien leur copie : en général, l'introduction est longue, le plan
correctement mis en évidence par des titres clairs, la structure s'appuie le plus souvent sur deux parties.
- la mobilisation des théories économiques est très satisfaisante : les candidats ne se sont pas contentés de citer
les grands auteurs, mais d'autres auteurs ont également été mobilisés, moins connus que les premiers.
- plus encore, une nouvelle fois, les candidats ne se sont pas limités à la simple évocation des auteurs et de leurs
théories ; ils les ont souvent explicités largement, utilisant à bon escient les seuls éléments utiles pour le
raisonnement.
- dans la majorité des copies, l'orthographe est bonne ; auparavant, ceci constituait un handicap majeur dans les
copies, au point d'ailleurs d’avoir été souvent pénalisant.

Deux points plus négatifs doivent cependant être soulignés :


- un grand nombre de candidats n’ont pas encore de véritable problématique dans leur devoir, de sorte que le
plan et l’analyse qui est faite du sujet ne sont pas justifiés.
- des candidats ont déplacé le sens du sujet, dérivant vers le traitement du sujet suivant : «Avantages et
inconvénients de l’inflation», ou encore vers «L’inflation, causes, conséquences et politiques de lutte». Ceci
constitue un hors sujet, toujours très pénalisé.

Il est en effet essentiel de souligner cette année que le sujet, en apparence facile, posait des problèmes
économiques «lourds» ; ainsi, par exemple, fort peu de candidats se sont posés la question de savoir s’il était
vraiment utile d’accorder une priorité à la lutte contre l’inflation dans un contexte où la concurrence
internationale exerce des pressions à la baisse des prix ; notamment, dans le domaine des biens de consommation
des ménages, qu’ils soient durables ou non durables, on enregistre une baisse «spontanée» des prix (on peut citer
le cas très éclairant du textile , dont les prix connaissent des baisses régulières) ; en conséquence, aucune
politique de lutte contre l’inflation n’est nécessaire, les prix baissant par les seules lois du marché. De même, il
aurait été utile de réfléchir au rôle des structures productives dans la formation des prix ; une analyse de
l’évolution des structures du capitalisme (français mais aussi mondial) pouvait trouver là sa place.

Le jury rappelle qu’il n’a pas, au moment où il corrige les copies des candidats, de corrigé- type ; ainsi,
tous les plans sont, a priori, recevables dès lors qu ‘ils sont justifiés et cohérents. Quelques plans ont cependant
émergé du lot, moins par leur originalité, que par l’habileté de la construction et des titres retenus ; on peut ainsi
citer par exemple les plans suivants de candidats de cette session :

— Plan 1 : (copie notée 15) :


I. Il est toujours d’actualité de lutter contre l’inflation.
II. Mais, en Europe et dans l’OCDE, l’inflation est maîtrisée.

— Plan 2 : (copie notée 14) :


I. L’inflation peut être néfaste pour l’économie.
II. Cependant, les politiques de lutte contre l’inflation ont souvent des effets limités, et sont
controversées.

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Comme on peut le voir, ces plans sont relativement simples ; le problème après est d’alimenter ces plans
avec une consistance suffisante.

Analyse des copies

Le jury espère que les améliorations de fond et de forme constatées cette année encore seront durables
et se reproduiront l'année prochaine. Il souhaite cependant rappeler un élément essentiel de méthodologie, à
savoir qu'une «bonne» introduction doit être relativement longue ; elle doit en effet contenir à la fois une
présentation du sujet (historique du sujet, intérêt du sujet, définition des termes du sujet, actualité du sujet),
une problématique générale qui constitue l’ossature du devoir et la manière dont le candidat s’approprie le sujet,
et une annonce des deux (voire, dans certains cas, trois) parties. Titrer les parties et les sous-parties constitue
tout à la fois une manière de clarifier la pensée et un moyen d’élever la lisibilité de la copie.

Conseils aux candidats

Il est indispensable de rappeler quelques conseils de base dont devront s'inspirer les futurs candidats :

— Les candidats doivent consacrer un temps important à la bonne compréhension des concepts et à leur
définition ; par précipitation, ou par manque de repères, ce travail préalable est souvent mal réalisé avec,
comme conséquence mécanique, des dérives importantes dans le traitement du sujet. Le sort d'une bonne
copie se joue dans la première heure !
— Les bonnes copies sont souvent celles qui articulent les dimensions empiriques et théoriques du sujet.
Trop souvent, ces dimensions sont simplement juxtaposées. La théorie doit éclairer les faits et les faits
illustrer (ou contredire) la théorie.

Pour conclure, le jury encourage tant les enseignants de ces classes que les futurs candidats à continuer
dans cette voie...

Correcteur : Rémi LEURION.

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Epreuve écrite de dissertation littéraire
Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ouverte sous la responsabilité de l'ESSEC

Epreuve ENS Ulm (A/L - B/L)

Moyenne par école

Ecoles Moyennes Candidats


ESSEC 10,94 212
AUDENCIA Nantes 10,50 123
CERAM /ESCEM concours commun 9,93 31
EDHEC 11,00 123
E.M. Lyon 10,50 145
ESC Amiens 9,29 8
ESC Brest 14 2
ESC Chambéry 8,33 4
ESC Clermont-Ferrand 7,67 8
ESC Dijon 9,27 17
ESC Grenoble 10,50 69
ESC La Rochelle 9,00 6
ESC Le Havre 14,00 1
ESC Lille 10,50 43
ESC Montpellier 10,33 24
ESC Pau 8,80 7
ESC Rennes 10,00 11
ESC Saint-Etienne 10,50 3
ESC Troyes 10,50 3
IECS Strasbourg 10,50 10

Moyenne générale : 10,5

Nombre de candidats : 345

ENAss (opt. Histoire-géographie) 9,00 4


E.S.M. de Saint-Cyr 9,50 89
INSEEC (Paris-Bordeaux) 10,71 10
I.S.C. 9,71 9
INT Management 8,67 3

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DISSERTATION LITTÉRAIRE

Option Lettres et sciences humaines

Épreuve ENS Ulm (A/L et B/L) Jean-Pierre DUSO-BAUDUIN

Sujet : « L’extinction d’un genre littéraire n’est pas forcément affligeante ou


inquiétante ; il est des formes si évidemment inhabitables par cet hôte
imprévisible, la pensée vivante, que personne ne songerait à mettre en question
leur désuétude […]», écrit Henri Thomas dans La Chasse aux trésors (1961).

Que pensez-vous de cette affirmation ?

Le sujet proposé cette année aux candidats littéraires de la série A/L-B/L les invitait à réfléchir sur une
citation extraite de La Chasse aux trésors, recueil d’articles critiques d’Henri Thomas, publié aux Editions
Gallimard, en 1961.

Les 345 copies corrigées laissent une impression plutôt favorable. Il y a nettement moins de devoirs très
faibles que lors de certaines années passées et l’on se réjouit de constater que le concours donne à bon nombre
d’élèves de Première Supérieure la possibilité de montrer leurs talents littéraires. La répartition des notes
confirme l’impression globale :

¾ 104 copies entre 2 et 7


¾ 90 copies entre 8 et 10
¾ 65 copies entre 11 et 13
¾ 66 copies entre 14 et 16
¾ 20 copies entre 17 et 19

Une dizaine de candidats ont produit des travaux d’une extrême faiblesse, réduits parfois à une
introduction de piètre qualité ou à un développement privé de tout intérêt. Une cinquantaine de copies, notées à
7, se révèlent un peu moins pitoyables. Elles témoignent du fait que leurs auteurs ont lu la citation, même s’ils
n’en ont retenu qu’une partie très limitée (le plus souvent, l’expression «pensée vivante»). On avait au moins de
la sorte le sentiment que le sujet n’avait pas été souverainement ignoré. Les copies qui avoisinent la moyenne ou
l’atteignent tout juste ne cernent pas encore bien le sujet, s’emploient, souvent maladroitement, à établir
laquelle, de la «pensée vivante» et de la «forme» en général, à la précellence. Il faut attendre les copies notées
onze pour lire des devoirs dont les auteurs comprennent que la question essentielle est celle des genres et des
formes littéraires. Encore ont-ils médiocrement exploité cette compréhension, s’ils ne sont pas efforcés de
préciser ce qu’on entend par «genre» et «formes littéraires», et s’ils n’ont pas conçu qu’Henri Thomas évoque à
sa manière le problème, déjà posé par Ferdinand Brunetière, de l’évolution des «genres». Pour achever l’examen,
on doit dire que plus de quatre-vingts copies traitent bien, très bien, voire excellemment ce problème : c’est
assurément un grand sujet de satisfaction. Ces devoirs réussis ne tiennent pas à quelque miracle. Ils reposent sur
une lecture attentive de l’intégralité de la citation et sur une analyse fine de toutes les indications que celle-ci
nous fournit. Faut-il rappeler, comme chaque année, que le sujet n’est jamais réductible à un morceau de phrase
où le propos de l’auteur se serait cristallisé ?Beaucoup trop de candidats croient pouvoir isoler un segment et

61
négliger tout le reste, comme s’ils pensaient qu’il leur revient au fond de choisir leur sujet. Il fallait bien
évidemment tenir compte de l’ensemble de la citation, interpréter correctement et sans trop de maniérisme la
métaphore du logis et de l’hôte, et ne pas se hâter de faire d’Henri Thomas un cynique de la pire espèce. L’auteur
de La Chasse aux trésors ne songe nullement à se réjouir de la disparition de tel ou tel «genre» ou «forme», pas
même à se montrer indifférent à l’égard de ce phénomène et encore moins à appeler de tous ses vœux la mort des
genres littéraires, comme l’ont prétendu bien des candidats. Lire un sujet de composition française, doit-on le
dire, c’est entendre avec finesse un propos dont la formulation subtile participe pleinement à la conception de
l’idée. Comment dégager le problème et élaborer une vraie problématique, si l’on se contente de schématiser une
pensée qu’on devrait au contraire accueillir dans toute sa richesse. La schématisation, il est vrai, rend la
contestation plus facile, mais la dissertation française vise-t-elle à ce genre de facilité ? Beaucoup de devoirs,
faute d’une saisie rigoureuse des termes du problème, échouent à se doter d’une ligne directrice rigoureuse et se
dépensent en considérations vagues sur des questions sans grand rapport parfois avec le sujet (ainsi : la durée de
vie des œuvres et la compassion qu’on éprouve à l’égard de celles qui furent oubliées).

La déception vient aussi de certaines copies qui, après avoir donné à lire deux parties plutôt
pertinentes, s’essoufflent dans une troisième, mal articulée au problème, et conçue comme un mouvement
purement formel destiné à «achever» l’exercice. La problématique doit concilier efficacité et souplesse (ou
«naturel», si l’on préfère), et cela ne se peut que si le problème est parfaitement éclairé au départ.

Pour finir cette liste de remarques critiques, on voudrait insister sur la nécessité pour les candidats de
choisir leurs exemples avec le plus de soin possible et de chercher à les exploiter rigoureusement. On n’attend
nullement un catalogue, surtout quand celui-ci a pour seule vocation de nommer des œuvres «canoniques», qui
ont, au mieux, été parcourues à la hâte. On s’étonne parfois du caractère inopportun de ces exemples ou
illustrations que l’auteur de la copie veut à tout prix présenter, sans doute pour prouver que la littérature a tout
particulièrement fait l’objet de ses soins au cours de sa scolarité. Il faudrait quand même que les candidats
fussent davantage convaincus que la valeur d’un exemple se mesure à sa pertinence, à l’habileté avec laquelle il
est articulé à l’idée, et à la finesse du commentaire qui lui est affecté. Si l’on a été sensible à l’effort de mémoire
qu’ont fait cette année de très nombreux candidats, on voudrait cependant préciser qu’il ne suffit pas de réciter
un texte tout au long d’une page (Le cas est fréquent. Est-ce une «tendance» ?) pour que la copie soit digne de
récompense.

Ces rappels s’adressent bien sûr à ceux qui, manquant de méthode et de discernement, ont rendu des
dissertations décevantes. Ce n’est pas une fatalité, ils pourraient aisément améliorer leurs prestations avec un
travail personnel de préparation plus ardent.

Le sujet proposé n’était pas particulièrement difficile. Il n’exigeait pas qu’on connût les derniers
travaux théoriques sur la question mais cela ne nuisait pas, assurément, d’avoir réfléchi sur les notions de genres
et de formes littéraires à partir de quelques ouvrages plus ou moins accessibles aux Khâgneux.

L’article «Genres littéraires» (Jean-Marie Schaeffer) de l’Encyclopoedia Universalis fournissait un très


bon éclairage sur le problème (en résumant l’essentiel de Qu’est-ce qu’un genre littéraire ?).

Le chapitre «Les genres littéraires» de la Théorie littéraire (Wellek et Warren), le premier chapitre de
l’Introduction à la littérature fantastique et le second chapitre de La notion de littérature (Todorov) offraient
d’efficaces définitions que Genres, formes, tons (Soler) pouvait parfaitement étoffer. Les élèves sensibles au
talent classificateur mâtiné d’humour disposaient en outre de l’Introduction à l’architexte (Genette. Théorie des
genres). Entendons-nous : ce n’était pas là un savoir requis pour traiter le sujet, mais il faut avouer que les (très)
bonnes copies laissent voir que de telles références ne leur sont pas étrangères et qu’elles sont capables de
mobiliser efficacement un peu de «technicité».

Essayons de donner ici aux candidats une idée du questionnement à mettre en œuvre pour cerner le
problème.

62
La thèse d’Henri Thomas pourrait se formuler ainsi : la disparition de certains genres et de certaines
formes littéraires est dans l’ordre des choses : quand ils ne répondent plus aux attentes de la pensée, ils tombent
tout naturellement dans l’oubli. Cette formulation appelle, on le verra, des corrections mais, pour l’instant, elle
constitue un point de départ correct.

Sur quel argument la thèse s’appuie-t-elle ? Les genres et formes étant au service de la «pensée vivante»,
dès qu’ils se révèlent hors d’usage, ils n’ont plus de raison d’être. Le présupposé s’éclaire aisément : les réalités
dont il est question sont d’ordre fonctionnel. Les genres et formes n’ont pas le statut d’essences mais d’objets
historiques dont la valeur tient à l’usage qu’on en peut faire. Là encore, il y aura des nuances à établir.

La forme de l’expression doit retenir l’attention. Apparemment, Henri Thomas émet un jugement qui a
bien quelque chose de cynique (il s’agit de «normaliser» une disparition, de «naturaliser» un processus
d’anéantissement) même si le tour négatif se veut atténuatif quelque peu. L’opinion énoncée s’adjoint une
justification hardie, fondée sur un principe de nature fonctionnaliste, et assurée de susciter un consensus
général, précisément parce qu’elle satisfait le bon sens. Cette justification ne prend cependant pas un tour
purement logique ; elle s’exprime de manière figurale : les genres et formes littéraires sont (comme) les
demeures temporaires d’une pensée soucieuse de son seul épanouissement. L’ «hôte» n’habite un logis que si
celui-ci lui convient, et ce logis au fond ne sera pour lui qu’un lieu à occuper (ou à déserter, dès qu’il ne
conviendra plus). L’existence des genres et des formes n’appelle donc pas ici une représentation évolutionniste
comme celle que Brunetière propose dans son livre (L’évolution des genres dans l’Histoire de la littérature 1890),
et qui doit tout au modèle biologique. Henri Thomas, loin de concevoir comme Brunetière que genres et formes
ont une vie (une évolution) autonome, subordonne leur existence à la vie de la pensée. Au début de la formule,
l’emploi du mot «extinction» semble bien inscrire l’existence des genres dans un processus «vitaliste» (proche de
l’évolutionnisme de Brunetière) mais le mot «désuétude» recourbe le phénomène vers un domaine plus
«objectif». Il n’est plus question d’un processus d’épuisement et de mort mais de la cessation de la valeur
d’usage d’un objet (la vie se déporte alors vers le sujet représenté par la «pensée vivante»). La formule d’Henri
Thomas pose que le genre est un artefact utilitaire au service tout entier de la pensée créatrice.

Cette vision des choses appelle un certain nombre de questions :

1) Qu’est-ce qui permet de concevoir les genres et les formes comme des réalités objectives extérieures à la
pensée ?
2) Qu’est-ce donc que cette «pensée vivante» qui semble avoir droit de vie et de mort sur les genres et les
formes ?
3) La pensée créatrice n’a-t-elle affaire qu’à ces entités générales ; n’est-elle pas plutôt en relation avec
des œuvres singulières ?
4) Le glissement du mot «extinction» au mot «désuétude» ménage la possibilité d’un retour en grâce. On
passe du plan biophysique au plan social. Mais, du coup, la disqualification relève d’une histoire
aléatoire (du moins tant qu’on n’a pas découvert la logique de la «pensée vivante» et qu’elle reste
parfaitement «imprévisible»). Celle-ci, d’ailleurs, est-elle seule souveraine ou doit-elle composer avec
des instances rivales (la pensée «molle» de la mode, de l’opinion, des institutions en charge de
«garder» la littérature) ? Les jugements d’exclusion, en outre, sont-ils sans appel ?
5) Que deviennent les genres et formes condamnés ? Est-ce l’enfer de l’oubli ou quelque purgatoire qui les
attend ? Si leurs noms nous sont parvenus, c’est qu’une mémoire les a gardés. Pour quel usage ? Henri
Thomas n’ignore pas ce point. Après avoir exprimé son apparente indifférence à l’égard du processus de
sélection, et souligné que «personne ne songerait à mettre en question [la] désuétude» de telle ou telle
forme, il ajoute : «encore que cette constitution, hors de toute volonté, d’un musée des formes créées
soit en elle-même assez étrange». La concession est importante : nous avons beau considérer que la
disparition de certaines formes caduques est normale, cela ne nous empêche pas de conserver
spontanément et comme religieusement leur souvenir. En quoi des objets déclassés nous

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intéresseraient-ils ? Peut-être devons-nous penser, ou qu’ils ne sont pas définitivement déclassés ou
que ce ne sont pas des objets Ces genres et formes désaffectés n’avaient-ils qu’une valeur
fonctionnelle ? Evoquant un «musée des formes créées», Henri Thomas pense sans doute à ce musée
imaginaire de la littérature où nous préservons la mémoire des créations littéraires, musée qui, pour
l’Ecole et l’Université, prend la forme de l’Histoire littéraire. L’on y conserve surtout des œuvres, dira-t-
on, mais celles-ci s’y ordonnent précisément en des classes, des ensembles (les «genres historiques»
dont parle Todorov) qui indiquent leur parenté, leur air de famille, en somme. La remarque qu’Henri
Thomas montre suffisamment qu’il ne songe pas le moins du monde à bannir toute idée de genre. Il
note, au contraire, notre attachement spontané à cette idée, un attachement auquel nous ne pensons
même pas mais qui est effectif. L’existence du «musée des formes créées» prouve de fait que les genres
et les formes littéraires ne sont pas de simples moyens mais qu’ils participent pleinement de l’essence de
l’œuvre littéraire. La métaphore du logis et de l’hôte objective trop le rapport entre formes et pensée.
Elle donne une idée partielle et partiale de ce qu’on nomme aujourd’hui la généricité. Mais quelle
métaphore conviendrait ?

6) Le tour phrastique de la formule a suscité chez certains candidats l’intuition qu’Henri Thomas préparait
là un renversement paradoxal. Dire que la disparition de tel genre n’est pas forcément un drame, c’est
laisser entendre que cela peut quand même en être un. Ceux qui ont lu la citation comme un énoncé
provocateur n’ont pas bien vu que cet énoncé se situe explicitement du côté de la doxa (il y a consensus
sur l’appréciation du phénomène : «personne ne songerait […]»). Et que, justement, Henri Thomas se
ménage d’emblée la possibilité d’une palinodie qui, d’ailleurs, se fondera sur une doxa d’un niveau
supérieur (elle s’exprime directement dans la «constitution» d’un lieu de mémoire des formes
littéraires). Contre toute apparence, n’y a-t-il pas des genres et des formes disqualifiés injustement,
dangereusement ? Henri Thomas écrit : «Il en est tout autrement lorsque la forme, ici le genre de la
nouvelle, menacée d’effacement, semble bien correspondre à un besoin profond et précis de l’esprit, à
un souci permanent, non pas à tel mode de culture ou de vie». Entendons : il y a des genres (des formes)
historiques (qui peuvent disparaître sans que cela nous soit préjudiciable) et il y en a d’autres, dont la
nature est anthropologique (nous perdrions quelque chose d’essentiel à les oublier à jamais). La
nouvelle, selon Thomas, ne saurait tomber en désuétude sans que cela porte un préjudice considérable à
l’ «esprit» (à la «pensée vivante»).

Il faut se demander à quel titre Henri Thomas fait cette remarque. Au premier chef, elle vient d’un
critique qui, envisageant le panorama des productions littéraires contemporaines (de l’après-guerre
jusqu’aux années soixante), constate l’abandon ou la défaveur de certaines formes (la nouvelle, en
particulier) et s’efforce d’évaluer la portée du phénomène. Proche de Jean Paulhan, Henri Thomas a pu
exercer ses talents de critique aussi bien en parlant de l’œuvre de Verlaine que de L’Espace littéraire de
Blanchot. La suite de la citation, centrée sur le destin de la nouvelle, montre bien avec quelle vigilance il
voulut remplir sa tâche. La formule du sujet pouvait être aussi attribuée à un lecteur, assez «éclairé»
cependant pour prendre en compte, dans son activité de lecture, la dimension générique des textes. Un
lecteur, donc, conscient de la part que cette dimension a dans ce que Jauss nomme l’horizon d’attente. En
tout cas, la conception de la littérature qu’aurait ce critique/lecteur porterait la trace d’une sensibilité
philosophique, non pas de spécialiste mais d’ «honnête homme» nourri des leçons de quelque bon maître (en
l’occurrence, Alain, «ce penseur peu commode et qui savait rire», écrit H. Thomas). Le tour élégant
d’écriture, le ton subtilement ironique laissent le sérieux et la lourdeur du théoricien à d’autres. Bien sûr, il y
a encore un titre au nom duquel H. Thomas pourrait ici s’exprimer, celui d’écrivain. Il est l’auteur de romans,
de nouvelles et de poèmes. A quoi s’ajoute une remarquable activité de traducteur. Quand il invoque la
«pensée vivante», c’est donc bien, comme l’ont dit certains candidats, de la pensée créatrice qu’il veut
parler. On comprend dès lors qu’Henri Thomas veuille faire entendre la différence entre une certaine
insouciance à l’égard de ce qui, au fond, serait inessentiel et le souci fondé en ce qui concerne l’existence
même de l’esprit.

64
La problématisation du sujet, une fois le terrain assaini, ne constitue plus un obstacle
insurmontable. L’évolution des genres et des formes littéraires (les candidats sérieux ont su généralement
dépasser les embarras de la terminologie), articulée au critère de l’utilité s’éclaire ici selon une loi de
sélection ainsi formulable : l’inutile est légitimement amené à disparaître. On pouvait aisément illustrer ce
processus impitoyable qui a condamné l’épopée, la tragédie, la comédie, l’ode, le sonnet, l’épithalame,
l’épode, l’églogue, l’élégie, l’hymne, l’idylle, l’ode… Patrice Soler a remarquablement éclairé le destin de
ces genres et de ces formes dans son ouvrage (2001).
Le modèle naturaliste cependant convient-il pour des faits de culture ? Au vrai, il n’y a pas de
disparition irrémédiable, pas davantage réduction à l’état de fossiles des genres et des formes éteints. Ils
survivent de deux façons : dans ces lieux de mémoire que sont les Histoires littéraires de toutes sortes et les
traités savants mais aussi et surtout dans les œuvres elles-mêmes dont ils constituent la structure et le corps
thématique. De son séjour réservé, ils peuvent toujours être évoqués par :
— le théoricien de la littérature ou le poéticien, désireux d’éclairer en diachronie ou en synchronie une
histoire (les genres «historiques») ou une poétique (les genres «théoriques»).
— Le critique littéraire, pour apprécier un texte, une œuvre, dans leurs rapports «transtextuels».
— Le lecteur (ou le spectateur), qui sait que certains genres ou formes répondent à un «souci permanent»
de l’esprit et qui doit se tourner vers le passé pour voir son «besoin» satisfait. Car ce lecteur comprend
bien qu’il n’est pas ici simplement question de classification pratique mais aussi et surtout de tout un
appareil mental où l’humain se reconnaît et grâce auquel il se constitue. L’idée que chacun d’entre
nous se fait du poème, du roman, du drame, du sonnet… relève de cet appareil et entre dans un
rapport dialectiques avec les œuvres singulières que nous découvrons.
— L’écrivain, qui, grand lecteur lui-même d’abord, s’engage à écrire à partir de cette mémoire générique
qui est la sienne, qui vit en lui, et dans la visée d’une création qui portera le genre adopté à son plus
haut degré de réalisation. Michel Butor a écrit là-dessus des choses tout à fait remarquables (préface à
Travaux d’approche, 1972).

Les candidats ont sans doute exagérément privilégié une idée normative des genres, au détriment de
leur valeur régulatrice. Ils ont souvent utilisé la notion d’intertextualité comme une réponse magique à
toutes les questions.
Quand ils ont cherché à traiter correctement de l’évolution, ils n’ont pas suffisamment évalué la
pertinence de l’analogie biologique exploitée par Brunetière, par exemple (et qui n’est pas retenue par Henri
Thomas). Cette analogie rode dans bien des textes, aussi était-il fécond d’en éclairer les implications. Le
schéma naissance/maturité/déclin pouvait ainsi être soumis à examen, en reprenant l’exemple de la tragédie
invoqué par Brunetière. De même, l’idée de la transformation d’un genre en un autre méritait une pesée un
peu fine : l’éloquence religieuse du XVIIème siècle s’est-elle transformée en la poésie lyrique du
Romantisme ? Peut-on dire, comme nombre de candidats, que la tragédie grecque renaît avec Anouilh et
Giraudoux ? ou dans les romans de Camus et de Malraux ? Il fallait un peu plus de soin dans la réflexion pour
éclairer ces questions. La tragédie et le tragique ne sont pas réductibles l’un à l’autre. Pas davantage
l’épopée et l’épique. Sans doute faut-il aussi penser qu’intervient dans la distribution des genres et des
formes littéraires d’une époque un certain systématisme ou, si l’on préfère, une cohérence relative, d’autant
moins perceptible si l’époque (le Moyen-Age, par exemple), présente une profusion de formes. La
résurgence de la Tragédie au XVIème siècle et son épanouissement au XVIIème siècle doivent s’interpréter
non comme un phénomène générique isolé mais comme un fait complexe lié, entre autres, aux autres formes
de la création «poétique» (La Querelle de l’Ecole des Femmes expose finement la rivalité entre la comédie et
la tragédie ; l’auteur du Virgile travesti met humoristiquement en concurrence, dans son Roman comique, ses
talents d’auteur de comédies et de romancier).

Quand, après être tombé en désuétude au XVIIIème siècle, le sonnet retrouve les faveurs des
poètes du XIXème siècle, ce n’est assurément pas pour renaître comme au premier jour. Avec Baudelaire,
Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, la forme est, par chacun, sollicitée selon ses diverses possibilités, et en
fonction des autres formes poétiques en usage à l’époque. L’écart est plus grand, par rapport au modèle

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pétrarquiste, dans les sonnets en prose de Jacques Roubaud. Enfin, si l’on voulait trouver comme
descendance à l’éloquence religieuse du XVIIème siècle, l’éloquence héroïque de Malraux, il faudrait
concevoir tout ce qui sépare l’horizon générique où vient s’inscrire L’oraison funèbre de Henriette-Anne
d’Angleterre de celui que vient troubler le discours prononcé par Malraux en l’honneur de Jean Moulin.

Reste la question essentielle, bien prise en compte par les très bons devoirs, de savoir ce qu’on
perd éventuellement en perdant un genre ou une forme. Henri Thomas nous aide à formuler une réponse,
lorsqu’il tente de définir la nouvelle par opposition au roman et par ressemblance avec le conte, les fabliaux,
les «méchancetés anonymes haussées à l’apologue». La nouvelle, c’est «ce qui se raconte brièvement, ce qui
surprend et quelquefois bouleverse». Si le roman «saisit analytiquement» la réalité, la nouvelle «recompose
l’essentiel» de celle-ci. D’emblée, son auteur «voit […] tous les instants du récit comme un tout, scellé par
un destin particulier» et, nous, lecteurs, tentons de relier les figures du récit au «point hypothétique» qui les
anime en secret. Surtout, Henri Thomas met l’accent sur la vocation de la nouvelle à combattre «l’informe»
et «l’insignifiant». En perdant la nouvelle, voilà tout ce dont nous serions privés. Les théoriciens rendent
compte de cela dans les termes de la pragmatique, de la «dynamique communicationnelle». Jean-Marie
Schaeffer distingue d’abord les «conventions constituantes» qui déterminent un type d’acte
communicationnel spécifique (structure énonciative, position du destinataire, nature de l’acte linguistique),
avec ses traits syntaxiques ou sémantiques. Ces conventions relèvent du niveau de «l’intentionnalité
communicationnelle» ; «en leur absence il n’y a pas de communication». Cette part-là s’actualise
nécessairement. Par contre, les textes réalisés, dit Schaeffer, relèvent d’une autre problématique générique.
Ils obéissent à des conventions régulatrices (prescriptions explicites de règles formelles et/ou sémantiques)
produites par l’institution littéraire ou à des conventions de tradition (procédés d’imitation et de
transformation). Ces différents types de conventions, qui déterminent des parentés génériques, tombent
sous le coup de l’autorité de l’écrivain. C’est lui – «pensée vivante» - qui les met en œuvre, conscient que son
geste créateur s’inscrit dans un jeu institutionnel qui prétend régler sa liberté. A lui de refuser, par exemple,
que la nouvelle disparaisse, si le public et les éditeurs (faisant faux bond à la «pensée vivante») en
méconnaissent la nécessité. Mais, au vrai, s’il correspond à un «besoin profond et précis de l’esprit», le
genre peut-il disparaître ? Henri Thomas précise : «L’état d’une civilisation peut, semble-t-il, se dégrader
infiniment : l’esprit du conte, l’éclairement des choses quotidiennes qu’il représente, ses quelques thèmes
resurgiront toujours, et de préférence dans l’argot des prisons». Les «formes simples» (Jolles), les types ou
modes (épique, lyrique, tragique, comique…), les quatre «mythoï» («romance», «ironie», «comédie»,
«tragédie») de Frye – autant de phénomènes génériques irréductibles à la causalité historique – sont voués,
dit-on, à des dispositions mentales universelles, à des archétypes, en somme, à des constantes
anthropologiques. Pas de quoi, alors, s’inquiéter de fausses disparitions ? Jouant pourtant avec le feu, la
littérature moderne (on songe à Finnegans Wake et à L’attente L’oubli) ne se contente pas d’inquiéter les
«conventions régulatrices» et «traditionnelles» ; elle vitriole les déterminations pragmatiques. Acte
suicidaire ? On veut croire, avec Henri Thomas, que la «pensée vivante» sait jusqu’où elle peut aller sans se
perdre. Notre reconnaissance va, bien sûr, aux candidats qui ont osé courir le risque de cette pensée-là.

Correcteur : Jean-Pierre DUSO-BAUDUIN.

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Epreuve écrite de dissertation littéraire
Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ouverte sous la responsabilité de l'ESSEC

Epreuve ENS LSH LYON

Moyenne par école

Ecoles Moyennes Candidats

ESSEC 9,88 194


AUDENCIA Nantes 9,44 138
CERAM /ESCEM concours commun 9,18 50
EDHEC 10,00 145
E.M. Lyon 9,44 142
ESC Amiens 9,71 15
ESC Brest 8,80 5
ESC Chambéry 10,33 3
ESC Clermont-Ferrand 8,38 9
ESC Dijon 10,50 36
ESC Grenoble 8 ,93 90
ESC La Rochelle 9,00 12
ESC Le Havre 9,25 5
ESC Lille 10,29 68
ESC Montpellier 9,92 37
ESC Pau 8,38 17
ESC Rennes 10,00 30
ESC Saint-Etienne 9,40 6
ESC Troyes 8,67 6
IECS Strasbourg 9,60 18

Moyenne générale : 9,39


Nombre de candidats : 317

ENAss (opt. Histoire-géographie) 9,00 3


E.S.M. de Saint-Cyr 10,40 27
INSEEC (Paris-Bordeaux) 9,00 11
I.S.C. 7,89 25
INT Management 8,88 12

67
DISSERTATION LITTÉRAIRE

Option lettres et sciences humaines

Épreuve ENS LSH LYON Paul RAUCY

Sujet :

« Je suis l’esprit qui toujours nie » (Goethe, Faust I)

Dans quelle mesure cette formule de Méphistophélès pourrait-elle s’appliquer au Voltaire des Lettres
philosophiques ?

La moyenne des 317 copies corrigées cette année s’élève à 9,39, ce qui marque une réelle
progression par rapport à celle de l’an dernier, qui était de 8,30. On ne peut que se féliciter de cette
élévation du niveau de l’ensemble, dont il faut espérer qu’elle pourra s’inscrire dans la durée. Il
semble y avoir une sorte de corrélation entre le nombre croissant des candidats à ce concours et
l’amélioration, elle aussi assez régulière, des résultats depuis quelques années : peut-être davantage
de bons élèves des classes préparatoires littéraires prennent-ils conscience de l’ouverture que
représente la possibilité de passer les concours des écoles de commerce, de l’intérêt de la formation
qu’ils peuvent y recevoir et de la diversité des débouchés qu’elles offrent à des étudiants qui ont reçu
une solide formation de culture générale et qui sont capables de mettre en œuvre de manière
ordonnée et convaincante les connaissances qu’ils ont pu acquérir en khâgne. Par ailleurs, les
correcteurs ont le souci de faire jouer tout son rôle à l’épreuve de dissertation littéraire et d’utiliser
toute l’échelle des notes. L’évaluation est par conséquent plus contrastée et plus ouverte qu’elle ne
l’est ordinairement dans le cours de l’année, et les bonnes copies en particulier sont privilégiées.
Dans un concours qui met en concurrence des élèves qui passent des épreuves différentes,
scientifiques et littéraires, cette ouverture apparaît d’autant plus nécessaire : en effet, elle permet de
mettre les bons et très bons élèves des khâgnes au même niveau d’excellence relative que leurs
camarades qui ont choisi une autre voie d’accès aux grandes écoles de commerce, et de faire en sorte
que les meilleurs travaux, c’est-à-dire ceux qui doivent permettre dans un concours de faire la
différence, soient valorisés comme ils méritent de l’être.

Les notes s’étagent de zéro à dix-huit. L’unique zéro sanctionne une copie blanche, le seul
dix-huit de cette année a été attribué à une copie qui témoignait sur le sujet proposé d’une réflexion
personnelle approfondie et d’une excellente connaissance de l’œuvre. Entre ces deux bornes, les
notes se répartissent de la manière suivante :

- Entre 0 et 5, on trouve 19 copies, c’est-à-dire environ 6% des 317 devoirs corrigés. Ces
copies faibles sont souvent brèves, témoignent d’un manque de connaissances flagrant ; le sujet
n’est pas compris, l’expression est gravement fautive. Ce sont des travaux qui, de manière évidente,
sont très en deçà des exigences du concours. On remarquera que le pourcentage de ces copies
indigentes est nettement inférieur à ce qu’il était l’an dernier, où il s’élevait à presque 20% des
travaux. C’est l’une des explications de l’augmentation de la moyenne de l’épreuve.

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- 114 copies ont été notées entre 6 et 8, ce qui représente 36% du total. Le plus souvent, les
connaissances manquent ici de précision et leur utilisation reste peu pertinente. Beaucoup de ces
devoirs oublient très vite le sujet et tentent de réutiliser des bribes de corrigés mal cousues ensemble
et sans rapport autre que thématique avec la question posée. L’expression est par ailleurs souvent
fautive.
- On trouve entre 9 et 11, c’est-à-dire autour de la moyenne, 33% des copies : 106 devoirs.
Les connaissances sont mieux assurées et l’expression mieux maîtrisée, mais la réflexion manque de
netteté et de vigueur ; les devoirs restent le plus souvent illustratifs et progressent d’une manière
assez mécanique, mettant en œuvre une dialectique formelle qui témoigne d’une problématisation
insuffisante du sujet.
- Le nombre des copies notées entre 12 et 14 est de 51, à savoir 16% du total. Elles
témoignent d’un réel effort de réflexion et prennent du champ par rapport aux connaissances
acquises pour tenter de les adapter au sujet. Cet effort n’est pas toujours abouti, les analyses
manquent parfois de précision ou d’efficacité, mais ce sont là des dissertations qui marquent un réel
travail.
- Enfin, on compte 27 copies entre 15 et 18, ce qui représente 8,5% du paquet. Il s’agit bien
sûr de bons et de très bons devoirs, solides et animés par une réflexion dynamique. Malgré quelques
fautes, la formulation est juste et élégante, l’œuvre est parfois très bien connue, ce qui témoigne
d’une lecture personnelle du texte, et les connaissances sont mises au service d’une argumentation
toujours ajustée au sujet.

Si l’on reprend rapidement les chiffres de l’an dernier, on voit que le pourcentage des copies
très faibles a baissé ; que celui des copies notées entre 6 et 8 est un peu moindre cette année (36%
contre 38%) et que celui des copies situées entre 9 et 11 est en assez nette augmentation : 33% cette
année, et 23,5% l’an dernier. On avait pour la session précédente 13% des copies entre 12 et 14, on
compte cette année 16% des copies dans cette tranche. Pour ce qui est des très bonnes copies, elles
représentaient 6% du total, contre 8,5% cette année. La moyenne étant à 9,52 - disons 9 pour
simplifier les calculs - on compte 133 copies en dessous de cette note et donc 184 copies au-dessus
de 9, ce qui représente respectivement 42 et 48% de l’ensemble. On trouve entre 10 et 18 un total de
134 copies, ce qui fait 42%, alors que ce pourcentage était de 32,35% l’année dernière.

Il reste que ce tableau n’est pas sans ombres. Les correcteurs ont constaté en particulier une
fâcheuse tendance à la baisse pour ce qui est de la qualité de l’expression. Sans vouloir ni pouvoir
entrer ici dans un relevé détaillé, on peut souligner certaines constantes : la syntaxe est souvent
malmenée, et nombreux sont les devoirs dans lesquels l’interrogation indirecte n’est pas distinguée
de l’interrogation directe ; le point d’interrogation et la reprise du sujet par un pronom personnel
postposé sont systématiquement et incorrectement transposés dans la construction de la proposition
subordonnée interrogative indirecte. C’est particulièrement fréquent dans les introductions.
Certaines fautes de conjugaison sont aussi récurrentes : jeter ou rejeter, à toutes les formes, sont
écrits avec deux T ; le participe des verbes du premier groupe est confondu avec l’infinitif, la
préposition à est orthographiée comme la troisième personne du présent de l’indicatif du verbe avoir
et les participes passés en –i se voient affublés d’un T dont ils n’ont que faire. Certaines fautes
reviennent avec une sorte d’obstination d’année en année : c’est le cas de celle qui est faite sur le
verbe renvoyer, généralement conjugué à la troisième personne du singulier et au présent de
l’indicatif sur le modèle de voir. On passera plus vite sur les fautes d’orthographe, beaucoup trop
nombreuses à ce niveau d’études, mais il faut rappeler que sensé et censé n’ont pas le même sens, pas
plus que empreint et emprunt, systémique et systématique. Certaines confusions entre les termes
aboutissent parfois à des passages d’un comique involontaire : Voltaire, qui avait mauvais caractère

69
puisqu’il est un esprit qui toujours nie, est selon l’un des candidats un homme qui pestifère sans
cesse ; un autre, parlant des bienfaits du commerce, souligne à quel point la bourgeoisie anglaise
doit aux vertus du négoce d’être très prolifique. Ailleurs on confond concision et circoncision, ou l’on
montre les Quakers - souvent ornés d’un C superflu - tremblant de tout leur membre. Parler du
positivisme de Voltaire constitue une impropriété, de même que de son négationnisme. Le niveau de
langue n’est pas toujours conforme à ce qu’on peut attendre dans un devoir de lettres ; l’animosité à
l’égard de Voltaire ne justifie pas le caractère familier de la formule suivante, rencontrée dans une
copie : un être qui se croit malin et qui est malsain, et parler de Voltaire dans la lettre I comme d’une
caricature du Français moyen est inapproprié – signalons au passage qu’un Français, fût-il moyen, de
même qu’un Anglais d’ailleurs, prend une majuscule. On a enfin trouvé tout à fait déplacé le recours à
l’abréviation du titre Lettres philosophiques en LP : faut-il rappeler que l’obligation de rédiger le
devoir s’étend aux références ?
Ces remarques ne peuvent mener qu’au rappel obstiné d’une évidence : la qualité de
l’expression est un critère déterminant dans l’évaluation des copies. Que les candidats se ménagent
le temps de relire leur travail ; avant tout, qu’ils accordent à la formulation de leur pensée toute
l’attention, tout le soin qu’elle mérite. Il est possible de corriger à la relecture quelques fautes, mais
les impropriétés, les incorrections, les maladresses, les non-sens parfois doivent être évités au cours
de la rédaction.

La connaissance de l’œuvre au programme reste elle aussi assez inégale. Certains devoirs
témoignent d’une lecture attentive et précise du texte, qui permet des analyses convaincantes en
raison même de cette assurance dans les références. Mais trop souvent la maîtrise de l’œuvre est
superficielle, voire insuffisante. Le passage sur la Bourse de Londres est situé par de nombreux
candidats dans la dixième lettre, Sur le commerce, alors qu’il termine la sixième, Sur les
Presbytériens. La composition de l’ensemble, la succession des différents groupes est parfois mal
connue, le nombre même des lettres qui forment l’ouvrage est parfois ignoré. En outre, les réalités
auxquelles renvoient les lettres sont trop souvent tout à fait inconnues : il ne s’agissait pas d’entrer
dans des détails historiques, mais on conviendra que c’est pousser un peu loin l’enthousiasme pour la
condition de négociant au XVIIIème siècle que de le peindre donnant des ordres par téléphone à
Surate ou au Caire. C’est peut-être la lecture des Lettres philosophiques à la lumière de ce qui a pu être
considéré comme le point d’aboutissement de la critique voltairienne, à savoir la Révolution
française, qui explique la confusion entre la France et l’Angleterre, présentée comme un modèle, avec
un atout qui est l’Assemblée Constituante. La même accélération de l’histoire et la même
approximation font dire à un candidat qu’à l’époque où Voltaire écrit son ouvrage, Louis XVI règne en
despote sur la France. De même, la chronologie de l’œuvre de Voltaire est souvent très floue : les
candidats ont tendance à plaquer sur le Voltaire des Lettres philosophiques certaines considérations
qui ne valent que pour un Voltaire plus tardif : il ne s’agit pas encore pour lui d’écraser l’infâme,
Voltaire n’est pas encore théiste, il n’a pas encore écrit Candide, il n’est pas non plus le patriarche de
Ferney. Enfin, si la question religieuse est essentielle dans les Lettres philosophiques, les
approximations et les erreurs sont là aussi très nombreuses dans les copies : on confond catholicisme
et christianisme, on fait du luthérianisme la religion dominante en Angleterre et les nuances de
l’attitude de Voltaire à l’égard des Quakers ne sont pas toujours bien perçues.
On ne saurait trop insister sur la nécessité d’une connaissance réelle du texte et des éléments
d’histoire politique et religieuse ou d’histoire des idées qui permettent d’en évaluer les nuances et la
portée. Même si, de façon générale, les candidats ont des repères et sont capables de se souvenir de
passages précis, il faut regretter que le sens des réalités qu’évoquent les Lettres philosophiques leur
manque parfois, jusqu’à provoquer dans certains devoirs des erreurs graves.

70
Les règles de l’exercice sont connues et généralement respectées. Habitués à travailler en
cinq heures pendant l’année, la plupart des candidats ne semblent pas gênés par l’obligation de
composer en quatre heures pour cette épreuve. Les travaux sont généralement complets, même si les
troisièmes parties sont parfois un peu courtes. On a trouvé cette année quelques devoirs en deux
parties : il n’y a rien d’obligatoire au plan en trois parties, mais on ne saurait se satisfaire d’une
composition qui fait se succéder de manière assez simpliste l’illustration de la citation et quelques
éléments qui en nuancent la thèse, ou du moins ce qui a été défini comme tel dans la première partie,
sans que la réflexion soit jamais véritablement lancée. Par ailleurs il faut mettre en garde les
candidats contre la tentation de reprendre, avec quelques adaptations partielles ou ponctuelles, des
développements tout faits. La tentation est grande sans doute de prendre appui sur des séquences
argumentatives déjà construites et qui, dans une dissertation sur programme, ont en commun avec le
sujet proposé de porter sur la même œuvre. Mais chaque sujet oblige évidemment à une réflexion
authentique et qui suppose que les connaissances acquises soient véritablement mises en jeu. Il est
manifeste que certains débuts d’introduction sont appris par cœur, mais c’est également vrai de telle
première partie où le sujet n’est qu’à peine mentionné, ou de telle dernière partie où le candidat
passe à autre chose, comme si la prise en compte de la question posée pouvait cesser après qu’on a
plus ou moins mécaniquement envisagé le pour et le contre. Ces collages sont évidemment du plus
mauvais effet et les correcteurs savent distinguer dans les devoirs ce qui relève d’une véritable
réflexion sur le sujet et ce qui résulte d’un exercice sans discernement de la mémoire. On peut
également recommander aux candidats de chercher à déployer dans leurs devoirs une argumentation
qui ait une véritable unité dynamique, l’ardente obligation du plan ne pouvant être satisfaite par un
simple tri des remarques ou par la mise en œuvre d’une pseudo dialectique dont le troisième temps
reste d’ailleurs le plus souvent fort incertain. Enfin, prendre parti intellectuellement et s’engager
dans la réflexion, ce n’est pas, comme on l’a vu trop souvent cette année, vitupérer l’auteur. On peut
dans une certaine mesure se réjouir de ce que Voltaire reste assez vivant pour susciter des antipathies
profondes, mais l’exercice de la dissertation ne saurait être l’occasion de proférer des jugements
péremptoires et superficiels qui sont à tout le moins maladroits. Il s’agit de traiter le sujet, et d’en
tirer le meilleur parti, pas de faire un mauvais parti à ce mauvais sujet de Voltaire.

C’est bien le rapport au sujet qui reste souvent assez superficiel dans les copies, le traitement
proposé n’exploitant pas les possibilités qu’offrait la citation. On trouve cette année moins de
contresens sur le sujet que l’an dernier, mais l’engagement dans la réflexion est insuffisant. La
formule de Méphistophélès a trop souvent donné lieu à une simple illustration, suivie d’une remise
en question prenant appui sur le toujours - Voltaire ne nie pas toujours, ou pas tout, il affirme aussi
parfois - avec des premières parties peu denses et latérales par rapport à la question, parfois
consacrées à des considérations sur les circonstances dans lesquelles Voltaire a dû partir en
Angleterre, ou des troisièmes parties manquant de consistance, dans lesquelles les candidats
nuancent les nuances qu’ils ont apportées dans la deuxième partie. On voit bien que ce traitement
binaire du sujet s’accommode mal en effet d’un plan en trois parties, les candidats qui en restent à
cette compréhension superficielle du problème manquant de matière pour nourrir le premier ou le
dernier mouvement. Le sujet pouvait paraître assez simple, il ne semblait pas, en effet, devoir poser
de prime abord des problèmes de compréhension, mais on attendait des candidats qu’ils en fassent
jouer les termes, et qu’ils prennent la mesure de ses enjeux. Le mouvement de l’argumentation reste
donc la plupart du temps embarrassé et le sujet est traité de manière assez plate, et parfois à faux,
sans du moins que le sens du vers de Goethe soit exploré et véritablement approprié au Voltaire des
Lettres philosophiques.

71
La prise en compte du sujet se limite en effet parfois à une sorte de répétition du verbe nier,
suivi de toutes sortes de compléments : Voltaire nierait tous azimuts. Outre que ces emplois sont
souvent maladroits, voire impropres - Voltaire ne nie pas la France, ou l’ancien régime, ni Pascal - ils
masquent la valeur absolue du verbe dans la formule qui faisait le sujet, caractère absolu qui fait
problème et que renforcent le déterminant défini devant esprit et l’adverbe. Au-delà du sens critique
et satirique dont Voltaire fait preuve, au-delà du refus de l’intolérance et du fanatisme, qui est
affirmation par excellence, si l’on peut dire, c’est bien sur la liaison entre cette négation et la raison,
la pensée, qu’il convenait de s’interroger. Ainsi la formule de Méphistophélès établit-elle une
relation entre l’activité de l’esprit et le fait de nier, de refuser : refus de rester en place ou à sa place,
refus de se plier aux usages, le décentrement que permet le voyage permettant d’exercer une sorte de
regard éloigné, refus de croire sans examen et de se laisser prendre aux grands mots vides de l’École.
On voit le parti qu’on pouvait tirer de cette liaison entre l’exercice de la négation et l’activité de
l’esprit : l’homme est fait pour agir selon Voltaire, penser c’est pour lui appliquer sa réflexion, la
mettre en pratique, et cette perspective d’action suppose la négation. Certains ont su faire bon usage
de la phrase d’Alain : « Penser c’est dire non », et c’est bien dans cette perspective que la formule de
Méphistophélès pouvait prendre un sens plus fertile que celui de la simple satire, même s’il est tout à
fait légitime, et indispensable de partir de l’examen de cette dimension critique. Le « hideux
sourire » de Voltaire est celui d’un diable des Lumières - Lucifer est après tout l’un des noms du
Malin. Il était intéressant, et certains candidats ont su faire jouer dans ce sens les termes du sujet, de
rapprocher la formule de Goethe de l’éloge que fait Voltaire de la philosophie expérimentale, et de
faire voir comment le doute et le recours à une démarche inductive, le refus de l’esprit de système, de
l’orgueil d’une métaphysique dogmatique et illusoire, l’aveu d’une limite à la connaissance dont les
hommes sont capables et le refus de sortir de la nature, sont liés à l’exercice de la négation au sens
où elle est une démarche essentielle de l’esprit, et en particulier de l’esprit des Lumières : nier c’est
disposer la pensée à l’action. La raison est alors, pour reprendre une réflexion de Cassirer, moins un
contenu qu’une puissance d’acquisition, dont le rôle est de délier, de mettre en pièces le système des
croyances et des représentations, même si c’est pour ensuite lier autrement ce qu’elle aura défait.
On voit que la question de savoir si Voltaire nie tout et toujours, ou s’il propose des valeurs
nouvelles, voire un modèle, devait être dépassée assez vite. Dans la mesure même où les Lettres
philosophiques sont une œuvre de combat, il s’y affirme une pensée dont la négation est au moins un
moment essentiel. Si Voltaire peut dire : « Je suis l’esprit qui toujours nie », c’est parce qu’il
incarnerait une sorte de mouvement de la raison. Négation et affirmation sont bien sûr intimement
liées, et l’artifice qui consistait à faire tourner le devoir sur l’adverbe toujours est un peu gros. Mais il
reste qu’à ne rapporter le non qu’à l’exercice de la pensée, au caractère philosophique des Lettres, on
ne prend pas en compte ce qui relève de l’esprit, entendu au sens où l’on parle d’un homme d’esprit,
où l’on dit de quelqu’un qu’il a de l’esprit ou qu’il en manque. Peu de copies ont exploité cette
possibilité qu’offrait la formule de Goethe, appliquée à Voltaire, peu de candidats ont fait jouer le
sujet. Ce n’est pas seulement la raison, c’est aussi en Voltaire une nature, et une écriture qui sont
marquées par la négation. Et c’est au point que cette énergie que donne à Voltaire le sens du non a
pu lui faire refuser le nom de philosophe. Mobile, déployant une verve qui tient au sens du raccourci,
de la simplification, à l’art du détournement et de la formule, pratiquant une ironie qui inscrit la
négation au cœur même de l’affirmation adverse et qui fait travailler le non dans l’énonciation afin
de dissoudre, de défaire du dedans l’imposture des discours auxquels il s’en prend, Voltaire est un
esprit qui toujours rit. Et le rire aussi bien n’est-il pas d’essence diabolique ? Mais cette écriture
rapide et drôle, qui nous renvoie à une nature, à une humeur voltairienne, est aussi instable, elle
laisse parfois le lecteur dans le doute. La négation chez Voltaire n’est pas un système, elle relève
d’une parole à laquelle elle donne son énergie, et l’ironie déborde parfois ce qu’on pourrait penser

72
être sa fonction ou son intention : elle relève du jeu, elle introduit de l’incertitude dans la lecture,
elle s’en prend à plusieurs adversaires à la fois. Il importait dans un devoir de lettres de tenir compte
de façon précise de l’écriture de Voltaire et ce non pas seulement pour relever quelques uns des
procédés de la satire, de la moquerie ou de l’ironie - ce qui était déjà, en soi, un point positif tant
certains devoirs sont détachés du texte sur lequel ils sont censés porter - mais en cherchant à
prendre en considération la question de l’écriture dans la problématisation du sujet. On pouvait se
poser la question d’une écriture du non, des degrés et des moyens de son exercice, de son efficacité.
La négation est liée à la nature philosophique des lettres, elle est aussi une donnée essentielle de la
nature littéraire du texte, dans sa dimension satirique et ironique, et cette double nature, qui se
marque dans les deux sens possibles du mot esprit, appliqué à Voltaire, détermine aussi deux
fonctionnements de la négation, qui ne se superposent pas tout à fait.
C’est que le sens du non est lié chez Voltaire à la vie de l’esprit. Voltaire philosophe l’est au
sens de son temps et comme homme de lettres : c’est notre plaisir autant que notre raison qui est en
jeu dans la lecture, et la fonction des lettres est moins de proposer une doctrine que d’ouvrir nos
esprits à l’exercice d’une heureuse insolence. Nier c’est donner à penser, lancer le mouvement : le
pacte que Voltaire signe avec le lecteur est certes un pacte de mauvaise foi, mais nous signons en
connaissance de cause, et ce n’est pas sans raison que Nietszche rend hommage à Voltaire comme à
« l’un des plus grands libérateurs de l’esprit ». Contre les pensées tristes, contre l’esprit de sérieux et
l’esprit de système, Voltaire nous donne avec les Lettres philosophiques un livre de philosophie par
(les) lettres, marqué par ce qu’on pourrait appeler une énergie inchoative, où la forme négligemment
épistolaire permet un ton vif et une sorte de liberté d’allure, un style coupé et une composition qui
privilégie la rupture. La négation apparaît alors à la fois comme un moment de la raison et comme
une constante de la nature ou de l’humeur d’un écrivain qui vit d’adversaires et fait passer dans
l’esprit des lecteurs cette énergie du non. Le sens du non est ce qui s’affirme et passe, ce par quoi
Voltaire peut bien dire : « Je suis l’esprit qui toujours vit ».

Il ne faut voir dans ces quelques remarques que des éléments d’analyse, et non pas, bien sûr,
un parcours obligé. Les bonnes copies sont diverses, bien plus que les mauvaises ou les médiocres, et
elles témoignent d’abord d’une réflexion personnelle sur le sujet. Mais elles ont en commun de
chercher à en explorer les possibilités, sans s’arrêter à une illustration souvent partielle et
paresseuse de ses éléments. Que chaque candidat, au prix d’un effort dont ce rapport a voulu
rappeler les grandes directions, se persuade qu’il peut jouer sa chance et que le jeu en vaut la
chandelle.

Correcteurs : Françoise CARMIGNANI, Paul RAUCY.

73
Epreuve de dissertation philosophique
Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ouverte sous la responsabilité de l'ESSEC

Epreuve ENS Ulm (A/L - B/L)

Moyenne par école

Moyennes
Ecoles Candidats

ESSEC 10,60 213


AUDENCIA Nantes 10,14 123
CERAM /ESCEM concours commun 8,55 31
EDHEC 10,53 123
E.M. Lyon 10,86 145
ESC Amiens 7,5 8
ESC Brest 7,50 2
ESC Chambéry 8,67 4
ESC Clermont-Ferrand 6,67 8
ESC Dijon 8,28 17
ESC Grenoble 9,64 69
ESC La Rochelle 8,50 6
ESC Le Havre 9,00 1
ESC Lille 9,79 43
ESC Montpellier 9,09 24
ESC Pau 7,00 7
ESC Rennes 7,28 11
ESC Saint-Etienne 7,50 3
ESC Troyes 7,50 3
IECS Strasbourg 8,25 10

Moyenne générale : 10,20


Nombre de candidats : 346

E.S.M. de Saint-Cyr 9,08 89


INSEEC (Paris-Bordeaux) 8,94 10
I.S.C. 7,42 9
ISCID 6,50 1
INT Management 8,00 3

74
DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ENS Ulm (A/L et B/L) Frank BURBAGE

Sujet : L’étranger

Le jury est heureux de constater que les inquiétudes nées lors de la session 2005 n’ont plus lieu
d’être. Non seulement les bonnes et les très bonnes copies n’ont pas manqué cette année, mais le niveau
d’ensemble de l’épreuve apparaît satisfaisant. Pour 125 copies de la série BL et 88 de la série AL-Ulm, les
moyennes s’élèvent respectivement à 9,63 et 9,64, sans écarts significatifs donc entre ces deux séries (en
2005, les résultats des candidats issus de la série BL étaient nettement moins bons que ceux des candidats
issus de AL-Ulm), très proches aussi de celle de la série LSH (9,94). Rappelons que ces deux séries ne sont
pas repérables a priori lorsque nous lisons les copies. Nous nous réjouissons qu’elles ne le soient pas non
plus a posteriori.
Comme les années précédentes, nous nous sommes efforcés de maintenir largement ouvert
l’éventail de la notation. La répartition des notes paraît de notre point de vue assez satisfaisante, ce qui ne
nous empêchera évidemment pas d’être attentifs aux remarques ou aux critiques : 40% des candidats à peu
près obtiennent une note supérieure ou égale à 10, 15% une note supérieure ou égale à 14. Ce qui permet
nous l’espérons aux meilleurs de tirer profit de la qualité de leurs connaissances et de leur réflexion
philosophiques. Cependant, s’il importe de sanctionner nettement les copies très sommaires ou très mal
composées, il importe aussi que des copies honorables, correspondant à une préparation sérieuse, puissent
obtenir des notes moyennes et garder leurs chances dans le concours. Nous y serons attentifs pour la
session prochaine.
Rappelons que les critères d’évaluation des copies, comme ceux qui président à la conception du
sujet, ne sont pas différents de ceux pratiqués à l’École Normale Supérieure. Attention toutefois à la durée
de l’épreuve, nettement plus courte (4 heures) que celle de l’ENS. Il s’agit d’être plus concis sans renoncer
aux exigences de précision et de rigueur.
Les mauvaises copies que nous lisons n’ont rien de surprenant. Elles ne prennent pas le temps
d’analyser et d’interpréter le sujet, c’est-à-dire de circonscrire le problème qui lui est associé. Elles croient
pouvoir faire l’économie d’une construction progressive et ajouter les uns aux autres quelques morceaux
épars issus de cours mal appropriés ou de lectures faites à la hâte. Des erreurs étonnantes sont parfois
commises à propos de références élémentaires, ce qui témoigne non seulement d’une ignorance, mais aussi
parfois d’une réelle désinvolture dans le travail de préparation et de composition. Comme si la philosophie
restait encore, après trois ou quatre années de pratique, chose… étrangère.

75
2

Le sujet choisi cette année était volontairement, comme ceux des années précédentes, très ouvert.
Le jury n’attendait aucun développement préconçu. Il a donné les meilleures notes à des copies de facture
et de contenu très variés.
Nous regrettons, cette année comme les précédentes, le faible niveau des connaissances
philosophiques de certains candidats. Certes, cette épreuve est une épreuve de philosophie générale. Mais
cela n’autorise personne à ne presque rien savoir !
Que Socrate entretienne avec « sa » cité une relation à la fois très proche et effectivement
distanciée ; que les philosophes de la tradition épicurienne aient éprouvé le besoin de se réunir, sinon
«hors les murs » du moins « au jardin » ; qu’il y ait à distinguer le « grand livre du monde » et l’étude « en
soi-même » , adossée à une certaine forme de retraite ou de distance, comme Descartes l’indique dans le
Discours de la méthode : tous ces d’éléments font partie d’un bagage généraliste en philosophie, qui pouvait
ici être mobilisé, et dont on s’étonne qu’il ne soit pas mieux partagé.
Le sujet renvoie immédiatement à une multitude d’expériences, à une multitude de références
philosophiques, mais aussi à l’élaboration littéraire, artistique, savante – pensons aux sciences humaines
et sociales – de ce qui pourrait bien constituer une des dimensions de l’existence. Il ne s’agissait
évidemment pas de substituer une copie de littérature ou de sociologie, ou même de langues étrangères, à
une copie de philosophie. Quelques candidats ont ainsi tenté sans succès de compenser un trop faible
niveau de connaissances. Plus nombreux heureusement sont ceux qui ont réussi à marier assez habilement
la pluralité des approches et des disciplines, pour interroger philosophiquement le sens de grandes figures
littéraires (Alceste finalement repoussé « au désert » , Don Quichotte paradoxalement présent et absent du
monde, Meursault… ) ou de certains concepts issus des théorisations scientifiques : celui de classe en
logique ou en sociologie, celui de frontière en géographie ou là encore en sociologie, celui de milieu, voire
de monde, du côté des sciences de la vie et de la terre.
Nous regrettons, cette année comme les précédentes, une réelle faiblesse dans la mise en situation
historique et politique d’un tel sujet. Bien évidemment, il ne servait à rien d’aller se perdre dans la
description des dispositifs d’intégration et de séparation qui accompagnent par exemple les histoires
nationales. Ou dans l’étude de cette conjonction juridique et guerrière en quoi consiste le processus
colonial. Mais nous sommes tout de même frappés par une forme persistante d’ignorance de l’état du
monde, celui d’hier comme celui d’aujourd’hui. Si la philosophie a ses lieux propres, institutionnels et
discursifs, elle ne s’entend pas sans un authentique souci du réel. Nous attendons avant tout des candidats
qu’ils aient ce sens du réel associé à une solide capacité conceptuelle et critique. Qu’ils ne se perdent pas
dans des abstractions fort improductives ou dans un verbiage quasi insignifiant.

Rappelons quelques conseils techniques élémentaires. S’il peut être judicieux et efficace
d’introduire sa copie à partir d’un exemple, celui-ci ne saurait suffire et remplacer une véritable analyse du
sujet proposé, qui consiste dans la compréhension et dans l’exposition de son origine problématique. S’il
est bon aussi d’engager très vite un travail de définition, il importe de ne pas s’y laisser engloutir et surtout
de ne pas lui donner la forme plate d’un répertoire de significations juxtaposées. Toute la dissertation est là
pour développer et explorer les notions importantes, et il serait absurde de vouloir en faire le tour en
quelques lignes préalables.
L’une des clefs pour traiter ce sujet consistait dans un effort de relativisation. On n’est ni ne devient
étranger dans l’absolu, on l’est toujours relativement. A une famille, un village, une ville, une langue, une
nation, à soi-même ou à une partie de soi-même… Il était utile d’être attentif à la pluralité de ces
déterminations, à leurs convergences comme à leurs divergences : on peut être étranger par certains
aspects, et très familier par d’autres. Pour le dire plus abstraitement : c’est la dimension relationnelle de

76
cette notion qu’il fallait repérer et examiner. On s’apercevait alors qu’«étranger» ne désigne pas une
situation de pure altérité ou une altérité indifférenciée, mais un écart déterminé, réglé et circonscrit. Dès
lors, on pouvait être attentif aux procédures logiques ou réelles par lesquelles cette altérité est produite,
reproduite ou au contraire transformée.
D’assez nombreuses copies ont très rapidement et très confusément identifié l’étranger avec le
dissemblable ou avec le différent. Elles ont tout simplement oublié que la découverte des traits propres de
l’«humaine condition» se nourrit de la connaissance des lointains, voire des confins. La relation que nous
entretenons avec cela ou avec ceux qui sont étrangers révèle aussi la part commune dans la vie des uns et
des autres. L’étranger ne manque pas d’être lui aussi perfectible, singulier, différent sans cesse d’avec lui-
même, engagé dans des formations symboliques et temporelles qui l’arrachent à la simple vie naturelle.
Sur un plan théorique comme sur un plan pratique, l’étranger ne saurait être réduit à cette
différence que de nombreuses copies caractérisent de manière très unilatérale comme dérangeante et
inquiétante. En réalité il ne va même pas du tout de soi que l’étranger… soit étranger. Et si l’on peut
s’étonner de l’éloignement radical qui sépare les êtres les plus proches, on peut aussi s’étonner de la
proximité de ceux qu’apparemment tout sépare – le temps, l’espace, la culture. Les langues partagent
certaines significations, les cultures portent des structures, sinon identiques, du moins analogues, qui les
rendent comparables et perméables les unes aux autres. La lecture (éventuellement croisée) de Rousseau et
de Claude Lévi-Strauss permettait d’avancer dans cette direction.

Sans doute y a-t-il plusieurs manières d’être étranger : différences de degré, différence de nature
peut-être, types d’étrangeté… Les meilleures copies ont souvent examiné cet effet de seuil : à partir de quel
moment, et sous quel régime de perception ou de discours, devient-on étranger ? Elles ont su mesurer
comment les effets d’exclusion s’associent aux effets d’inclusion : l’étranger ne le serait pas s’il n’était pas
paradoxalement des nôtres, et de là perçu ou désigné dans une identité réelle, mais peut-être aussi
supposée ou fantasmée.
Le traitement complet du sujet exigeait d’être sensible aux déterminations sociales, politiques, de
la condition d’étranger. Pour analyser notamment l’efficace des institutions qui incorporent, mais aussi
hiérarchisent et séparent, marquent les frontières au sein même de territoires que l’on croyait unifiés ou
homogènes. La citoyenneté n’est pas accessible à tous. Il peut arriver qu’elle se révèle exclusive de
l’humanité (en temps de guerre par exemple). Elle peut rester formelle, sans correspondre à une réelle
participation dans les affaires communes.
Mais il était aussi judicieux de ne pas les isoler des déterminations métaphysiques ou existentielles.
Les meilleurs copies décrivent ainsi le mouvement même de la séparation qui défait-refait les liens entre les
êtres, ou s’intéressent au processus de cette différence avec soi-même qui constitue la subjectivité de
chacun, dans un mouvement paradoxal de donation et de retrait. Il n’est pas assuré que la part de
singularité en chacun vienne coïncider avec les déterminations générales ou génériques – les unes et les
autres restant en quelque sorte étrangères. Il n’est pas non plus assuré que l’être réel que je suis vienne
rejoindre la multitude des possibles : c’est l’idée même d’une connaissance de soi qui se trouve alors
bouleversée.
Sans doute la peur de l’étranger ou son refus ont-ils leur origine dans la recherche ou dans l’illusion
d’une identité arrêtée et immédiatement définissable : être ce que l’on est, simplement, être débarrassé de
cette réserve d’être qui nous ouvre sur une histoire dont nous n’avons pas vraiment la maîtrise et sur une
existence qui échappe à la représentation immédiate. Ainsi comprise la pensée de l’étranger est aussi celle
de l’identité qui vacille.
Il n’était pas facile de tenir ensemble les différents niveaux de réflexion. A supposer qu’on les
connaisse assez précisément, plusieurs références pouvaient se révéler très instructives : le concept
platonicien de dialectique ; celui aristotélicien de substance ; la notion de commerce développée par
Montaigne ; la notion de cosmopolitisme, prise dans ses origines anciennes (cyniques ou stoïciennes) ou

77
dans sa réactivation moderne (Kant forgeant le concept d’une histoire cosmopolitique ou d’une société des
nations) ; le concept hégélien de négation déterminée ou d’une expérience pensée comme extériorisation-
appropriation de soi ; l’élaboration freudienne de l’inconscient ; l’investigation phénoménologique du
propre et de l’intime.

Correcteurs : Seloua BOULBINA, Frank BURBAGE, Hadi RIZK.

78
Epreuve de dissertation philosophique
Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ouverte sous la responsabilité de l'ESSEC

Epreuve ENS LSH LYON

Moyenne par école

Moyennes
Ecoles Candidats

ESSEC 10,71 196


AUDENCIA Nantes 10,25 139
CERAM /ESCEM concours commun 8,04 50
EDHEC 10,71 147
E.M. Lyon 10,25 144
ESC Amiens 8,63 15
ESC Brest 8,40 5
ESC Chambéry 8,67 3
ESC Clermont-Ferrand 9,21 9
ESC Dijon 9,77 36
ESC Grenoble 9,97 90
ESC La Rochelle 7,86 12
ESC Le Havre 11,00 5
ESC Lille 10,21 71
ESC Montpellier 9,46 37
ESC Pau 8,36 17
ESC Rennes 9,85 31
ESC Saint-Etienne 8,00 6
ESC Troyes 6,80 6
IECS Strasbourg 8,55 18

Moyenne générale : 10,71


Nombre de candidats : 322

E.S.M. de Saint-Cyr 8,41 27


INSEEC (Paris-Bordeaux) 8,50 12
I.S.C. 8,28 25
INT Management 7,14 13

79
DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ENS LSH LYON


Frank BURBAGE

Sujet : Le travail unit-il les hommes ?

Les candidats ont peut-être pâti cette année – c’est en tout cas une impression qui nous a été rapportée
par certains - de l’apparente proximité entre le sujet proposé à l’ESSEC et celui sur lequel ils avaient eu à travailler
lors du concours de l’ENS LSH quelques jours plus tôt - « Peut-on dire que seuls les humains travaillent ? ». Le cas
s’était déjà présenté en 2005 pour la série AL-Ulm, dont le sujet était encore plus proche de celui de l’ESSEC
(«Pourquoi y a-t-il des lois ? » - « Faire la loi »). Dans la mesure où nous nous efforçons de concevoir des sujets
bien ajustés au travail des étudiants en classes préparatoires, et en l’absence de structures de concertation entre
les concepteurs de ces épreuves, nous ne disposons hélas d’aucun moyen pour éviter ce genre de croisement ou de
redondance, dont on comprend qu’elle puisse dérouter certains candidats. Les risques s‘accroissent lorsqu’il s’agit
de thèmes – c’était le cas cette année avec le travail – auxquels ne correspond pas un éventail de sujets très
ouvert.
Cette remarque, que nous faisons partiellement nôtre, a toutefois ses limites. Car ce sont surtout les
candidats – assez nombreux – qui ont poussé cette dissertation vers celle qu’ils avaient déjà composée quelques
jours auparavant. En réalité, même si les deux sujets ont effectivement quelques rapports, rien ne justifiait qu’on
en vienne au point de les confondre. C’est d’ailleurs toujours la meilleure manière de ne pas traiter le sujet
proposé que de lui en substituer un autre. On se rend alors captif des effets de répétition, sensibles dans quelques
copies : comme si le sujet n’était pas pris en compte pour lui-même, mais devenait un simple prétexte pour
exposer tel ou tel développement préfabriqué.
On croise ici une fois de plus, comme nous l’avons déjà indiqué les années passées, les dangers d’une
préparation sur thème qui, si elle offre l’avantage d’un bon niveau de connaissance, fait aussi courir aux candidats
le risque d’une répétition mal appropriée de ce qu’on a accumulé tout au long de l’année. Il semble évident
d’ailleurs, d’après les copies que nous lisons, que beaucoup de candidats, qui ont bénéficié de cours très denses,
ne les ont pas suffisamment assimilés : ils sont comme pris au piège d’analyses et de raisonnements qui
s’imposent à eux et dont ils ne peuvent user librement ; beaucoup de références ou d’exemples restent, à
l’évidence, de seconde main, et manquent souvent de précision ou d’ampleur ; le discours préfabriqué se repère
aisément dans des séries de copies qui, a peu de choses près, utilisent des mêmes formules et ne résistent pas à la
facilité de reproduire des schémas usés et sans véritable pertinence. Si la dissertation philosophique requiert des
connaissances, elle requiert surtout un agencement adapté de celles-ci, subordonné à la position précise d’un
problème et à l’élaboration d’un argument à la fois singulier et autonome.
Il faut que les candidats se préparent, tout simplement, à rédiger une copie de philosophie, qui portera
évidemment sur le thème de l’année, mais qui croisera aussi d’autres thèmes : c’est l’ensemble de la culture

80
philosophique acquise depuis la classe terminale, et particulièrement celle de la classe de première année, qu’il
s’agit de mobiliser. Attention surtout à ne pas considérer les notions « hors-programme » qui apparaissent dans le
sujet comme des notions mineures, dont on n’engage même pas l’analyse : ni l’humanité, ni l’union des hommes,
ne se laissent facilement définir. Trop nombreuses sont les copies qui considèrent que l’affaire est entendue.
Sur un plan quantitatif, nous avons l’impression – nous sommes bien sûrs ouverts à toutes les remarques –
que la moyenne générale de cette épreuve (10,71) mais surtout la répartition des notes (plus de 45% des copies
notées à 10 ou au-dessus, 13% à 14 ou au-dessus) permettent aux candidats qui réussissent leur épreuve de
philosophie d’en tirer profit dans le concours. Nous n’hésitons pas à sanctionner nettement les copies
superficielles ou mal composées. Nous veillons aussi à ce que des copies honorables obtiennent des notes
moyennes, et non pas des notes trop basses qui viendraient annuler l’effet de prestations de qualité dans d’autres
épreuves.

Une dissertation réussie a sa condition dans une problématisation ample et précise. Les copies ratées sont
celles qui font l’économie de cette étape préalable, ou qui lui substituent l’avalanche désordonnée de questions
tous azimuts. Parfois aussi on s’imagine qu’il s’agit de répéter le sujet – le reformuler – pour dégager le problème
qui lui correspond. Point de magie verbale ici : le problème se situe à l’origine de la question ou de la formule du
sujet. Que les candidats se demandent tout simplement pourquoi cette question leur est posée, et ils s’engageront
alors dans l’écriture d’une véritable introduction. Attention à ne pas édulcorer la lettre même du sujet en le
privant des tensions et des ressorts qu’il s’agit au contraire de faire ressortir.
La construction du sujet a été entravée de trois manières différentes, la plupart du temps associées.
La référence aux hommes, qui est à l’évidence très générale, et appelle un travail de détermination précis, est
restée pour beaucoup à l’état d’abstraction – de là des copies qui traitent de l’homme ou de l’humanité à longueur
de pages, sans jamais chercher à savoir en réalité ce qui est par là désigné. L’humanité n’existe pas in abstracto,
les formes de civilisation ou de cultures, les formations sociales sont variées (historiquement, géographiquement
parlant) et en leur sein la place, la fonction, la nature aussi du travail change du tout au tout. On regrette
l’absence de mises en perspectives anthropologiques ou historiques un peu fines, qui auraient permis d’explorer,
par exemple, la question de la communauté dans ou par le travail : toutes les sociétés ne sont pas des
communautés, les associés éventuels d’une « S.A.R.L. » ne sont pas liés comme le sont les moines paysans ou
artisans du moyen-âge. Beaucoup de copies tiennent pour acquis que le travail occupe dans la vie des hommes une
place primordiale, sans percevoir que cette généralisation du labeur correspond aussi une reconfiguration
moderne de l’ «être ensemble ».
Mais c’est peut-être surtout la notion d’union qui s’est trouvée le plus maltraitée. Ignorance ? naïveté ?
oubli du bon sens le plus élémentaire ? Il est difficile de donner les raisons de ce présupposé massif, que de très
rares copies parviennent à dépasser : on tient pour un axiome que l’union consiste dans l’amitié, la proximité,
l’harmonie, la concorde. On se trouve alors immédiatement projeté dans une alternative très simplificatrice et
très abstraite : soit le travail rassemble les hommes dans l’entente et dans la coopération, et il est le terreau de
l’humanité fraternelle ; soit il est le lieu de la rivalité, du conflit, de l’opposition entre les individus ou les classes,
et alors il sépare, morcelle, éclate. On oublie alors ce qu’une observation un peu attentive de la réalité suffit
pourtant à mettre en évidence : ceux qui s’opposent sont liés les uns aux autres, le conflit, dans ses aspects
objectifs mais aussi subjectifs (pensons aux sentiments tels que l’envie, la jalousie, la haine) est aussi un lien
social, un lien humain. L’union n’est pas moins réelle dans la conflictualité qu’elle l’est dans la coopération ou
dans la concorde. Il fallait alors réfléchir aux différentes modalités – conflictuelles ou non – de l’union, mais aussi
à l’éventuelle coexistence de mouvements apparemment contraires : c’est aussi la distance des uns et des autres
(par exemple celles des producteurs qui participent à une élaboration commune) qui leur permet d’entrer en
relation ; c’est la tension qui règne entre des intérêts divergents (phénomènes bien connus de la concurrence)
qui donne à la solidarité ce contenu instable, et parfois explosif.

81
Tout était manqué si l’on commençait par admettre comme un axiome incontestable que le travail unit
parce qu’il rassemble dans la coopération : la division technique était alors artificiellement séparée de la division
sociale, mais surtout l’idée même de coopération se trouvait considérablement appauvrie. La seule perspective
apparemment critique consistait à expliquer que la « belle » complémentarité des hommes au travail est gâchée
par ces sentiments déplorables que sont l’envie ou la jalousie. Une lecture attentive de Hésiode, de Nietzsche,
mais aussi de Smith (penseur du « spectacle » social et pas simplement du mode de fabrication des aiguilles !)
aurait évidemment permis de se dégager de cette interprétation très unilatérale de la discorde.
Il importait aussi de ne pas réduire les hommes qui travaillent à leur existence empirique, immédiatement
donnée. La prise en compte du réel n’exclut pas celle du possible – le travail pourrait unir les hommes en
accentuant certaines possibilités mais en en fermant d’autres : qu’est-ce que la spécialisation, et comment
apprécier en elle le jeu double de la particularisation et de la dépendance ? La prise en compte du fait n’exclut pas
celle du droit – l’humanité a aussi le sens de la norme, permettant de distinguer l’humain de l’inhumain dans
l’espace même des relations de travail.

Il importe, lors d’une épreuve de concours qui se prépare sur programme, d’être habile dans l’utilisation
du savoir acquis au cours de l’année : si les exemples précis sont utiles, ils ne suffisent pas et ne peuvent venir
remplacer un argument ; si les références à tel ou tel philosophe (sans exclure évidemment d’autres emprunts,
aux arts ou aux sciences pris dans leur diversité) sont nécessaires pour déployer les analyses et accéder à des
concepts et à des raisonnements amplement développés, c’est à condition qu’ils soient ré-élaborés et intégrés à
une perspective dont chaque candidat assume pleinement la responsabilité.
Le conflit, l’opposition, sont des réalités qui découlent du travail. Celui-ci ne porte pas seulement sur la
production et l’échange des richesses – même si bien évidemment il n’en est pas séparable - , il se déploie aussi
dans une certaine économie des hommes, où se tissent des rapports complexes : les analyses que Rousseau
consacre à la corrélation des rapports de production avec les structures juridiques et politiques («Ceci est à
moi…») , mais aussi aux progrès des passions (développement de l’amour-propre), permettaient de l’explorer ;
comme celles de Hegel portant sur la société civile, lieu d’une rencontre instable entre l’intérêt particulier
individuel et l’intérêt particulier commun, mais d’une communauté non encore universelle, et susceptible de se
retourner contre un État qui trouve aussi sa force dans la garantie (juridique) et le respect (moral) de la propriété
privée. Au sein d’une telle conflictualité, chaque terme est uni à l’autre de manière indissociable, et la socialité,
peut-être même la sociabilité (ambiguë et ambivalente - « insociable sociabilité »), doivent beaucoup à de telles
relations, dans leurs structures (le tissu que les entreprises forment les unes avec les autres et avec ceux qu’elles
emploient) comme dans leurs effets (l’accumulation et la distribution de richesses qui n’existent jamais sur le
mode de la possession définitive, mais toujours sur celui du flux, instable et plus ou moins reproductible).
Nous avons apprécié l’appropriation précise, et finalement assez rare, de certaines références tenues pour
évidentes et rendues banales par manque d’attention. Pourquoi ne retenir des analyses par Platon des origines de
la Cité que la collaboration et l’échange entre les trois besoins naturels ou fondamentaux, en oubliant que cette
première genèse (théorique) est quasi-immédiatement redoublée par une seconde, pour penser les effets en
retour de la division technique mais aussi sociale du travail, qui produit ses propres conséquences :
développement des besoins, impossible stabilité d’une société habitée par l’ « insatiable soif de posséder » mais
aussi par un goût de la culture et du raffinement, puissance d’une monnaie qui tend à devenir en elle-même une
richesse au lieu d’en être simplement le signe, dépendance à l’égard des Cités étrangères associée aux tendances
impérialistes et guerrières ? Pourquoi convertir Marx en un moralisateur condamnant la recherche du profit, en
négligeant la patiente explication de ses mécanismes – surtravail, exploitation, domination ? Et faire par exemple
comme si la notion de classe était réductible à ses déterminations économiques, là où Marx y associe
régulièrement la dimension politique, celle de l’idéologie c’est-à-dire de la conscience du monde et de soi, fût-elle
renversée ?
Nous avons aussi apprécié l’examen des transformations contemporaines du monde du travail. C’était
l’occasion de réfléchir à la dimension sociale et politique à laquelle les techniques sont toujours associées : la

82
révolution informatique ou le post-fordisme contemporains produisent la rupture des solidarités mais aussi de
certaines formes hiérarchiques, et l’individualisation des parcours professionnels, par exemple, n’a pas seulement
le sens de l’atomisation ; elles donnent lieu à de nouvelles figures de l’aliénation et de la déshumanisation.
Ébranlement des frontières et des formes de l’échange, montée de la productivité associée à la suppression
souvent brutale des formes traditionnelles du travail (y compris celles issues de la révolution industrielle),
sophistication technologique et informationnelle associée à des effets de déréalisation et de désocialisation,
montée en puissance d’une économie de l’immatériel … : le sens social et politique de ces transformations est en
réalité très ouvert, disponible aussi pour des formes de conflictualité nouvelles. Comme on peut l’analyser en
prenant appui sur les travaux d’André Gorz, s’y actualise l’opposition entre la régulation hétéronomique des
systèmes productifs et des possibilités d’organisation plus autonomes, professionnelles et citoyennes à la fois.

Correcteurs : Seloua BOULBINA, Frank BURBAGE, Hadi RIZK.

83
Epreuve d'HISTOIRE
Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ouverte sous la responsabilité de l'ESCP-EAP

Epreuve ENS Ulm (A/L - B/L)

Moyenne par école

Moyennes
Ecoles Candidats
ESSEC 9,84 214
AUDENCIA Nantes 9,25 123
CERAM /ESCEM concours commun 8,50 31
EDHEC 9,32 123
E.M. Lyon 9,59 145
ESC Amiens 6,19 8
ESC Brest 10,50 2
ESC Chambéry 8,00 4
ESC Clermont-Ferrand 5,79 8
ESC Dijon 8,73 17
ESC Grenoble 8,30 69
ESC La Rochelle 6,67 6
ESC Le Havre 11,00 1
ESC Lille 8,34 43
ESC Montpellier 5,92 24
ESC Pau 4,42 7
ESC Rennes 7,64 11
ESC Saint-Etienne 9,00 3
ESC Troyes 9,00 3
ESCP-EAP 9,98 185
IECS Strasbourg 9,00 10

Moyenne générale : 9,58

Nombre de candidats : 364

ENAss (opt. Histoire-géographie) 6,25 4


E.S.M. de Saint-Cyr 9,00 89
INSEEC (Paris-Bordeaux) 6,50 10
INT Management 8,50 3
I.S.C. 7,83 9

84
HISTOIRE
Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ENS Ulm (A/L – B/L)

(Epreuve conçue et réalisée par l’ESCP-EAP)

Sujet : La culture de masse en Europe Occidentale et aux Etats-Unis de 1918 à la


fin des années soixante.

L’épreuve d’histoire enregistre cette année des résultats sensiblement en progrès sur un sujet
de difficulté a priori équivalente à ceux des années précédentes. Les copies ont dans l’ensemble
témoigné d’une préparation sérieuse qui n’avait pas négligé les aspects culturels des transformations du
monde au XXe siècle. L’ampleur des informations n’a ainsi pas été cette année un critère discriminant
décisif, les candidats disposant le plus souvent d’un ensemble d’exemples assez divers pour illustrer les
faits utilisés dans les démonstrations. On regrette toutefois que certaines formes de la culture de masse,
comme le spectacle vivant ou le sport aient été à peine évoquées dans beaucoup de copies. Les succès du
cinéma ou du disque ne font pas disparaître le premier ; le second, avec la publicité donnée aux
rencontres de haut niveau s’affirme comme un élément central des pratiques culturelles de masse au XXe
siècle.

Dans les aspects positifs de ce bilan, on peut ranger l’identification généralement correcte de
l’espace concerné – peu de copies ont très malheureusement inclus l’URSS dans le champ de l’étude –
ainsi que l’appréhension de l’étendue chronologique. Une nuance toutefois à ce constat : on attendait
que l’étude soit conduite jusqu’au seuil des années 1970 et intègre donc une analyse des remises en
cause de la culture de masse associées aux mouvements contestataires de la jeunesse occidentale à la fin
des années 1960, sur les campus nord-américains ou à l’occasion du Mai-68 français par exemple. Dans
le même ordre d’idée, la période de la Seconde Guerre mondiale a été souvent trop négligée, comme si la
culture de masse disparaissait en temps de guerre, sans doute en conséquence d’un choix erroné plutôt
que par manque réel de connaissances.

Au registre des éléments moins satisfaisants, on relève encore cette année que de nombreux
candidats ne se donnent pas le temps et la peine de procéder à une analyse rigoureuse des termes du
sujet. Certains ont ainsi pu confondre culture de masse et consommation de masse et disserter sur les
transformations des économies occidentales. Trop de copies ont aussi réfléchi sur les phénomènes
culturels en général sans en distinguer ce qui relevait spécifiquement de la culture de masse. D’autres
ont choisi de composer une histoire intellectuelle, voire seulement idéologique, de l’Europe et des Etats-
Unis entre 1918 et 1970. On était dans les deux cas très loin de la question posée, quelle que soit la
qualité des connaissances mises en œuvre.

85
Il faut redire qu’une introduction solide repose sur une définition approfondie des éléments du
libellé et une discussion précise des enjeux historiques qu’il soulève. Une définition de la culture de
masse s’imposait donc d’emblée, à partir des principaux critères qui définissent le phénomène :
massification de l’audience, communion des publics, standardisation des objets, technicisation et
industrialisation de leur mode de production et de diffusion. La diversité des formes et des pratiques de
la culture de masse méritait aussi d’être approchée dès le départ.

La délimitation de la période n’appelait aucun commentaire particulier. Il était pourtant


nécessaire de situer les années 1918-1970 dans une histoire culturelle des sociétés occidentales plus
large et, plus précisément, de poser que le phénomène de culture de masse n’apparaît pas au lendemain
du premier conflit mondial, mais dès le milieu du XIXe siècle. Mais cela n’était manifestement pas connu
de tous les candidats. Affirmer que la culture de masse naît en 1918 témoigne d’une méconnaissance
dommageable des temporalités longues inhérentes aux phénomènes culturels et représentait un
handicap sérieux au traitement du sujet. Les meilleures copies ont été capables de situer le moment de
l’étude dans une approche de temps long pertinente.

Il faut encore répéter cette année qu’une problématique est indispensable à l’exercice de la
dissertation historique et qu’elle ne peut se réduire à une simple question rhétorique. Le sujet de cette
année posait peut-être à cet égard plus de difficultés que d’ordinaire. En effet, les meilleures
problématiques étaient internes à l’histoire culturelle et soulevaient les questions complexes du
dépassement progressif des frontières traditionnelles entre culture populaire et culture élitaire, de la
généralisation de modèles transclassistes et transnationaux, du lien entre ces mutations et les
innovations techniques propres au secteur de la culture. Quelques bonnes ou très bonnes copies ont su
bien se situer dans ces axes-là. Mais d’autres problématisations étaient probablement plus abordables.
Elles posaient la question du rôle de la mutation culturelle majeure associée à la culture de masse dans
le processus plus global de modernisation des sociétés occidentales. Il est dommage que les candidats
aient souvent réduit une telle optique aux seules questions de l’idéologisation et de
l’instrumentalisation de la culture de masse, que le problème soit posé à propos des totalitarismes
fasciste et nazi ou, avec peu de nuance et souvent des contresens, au sujet de l’américanisation
culturelle de l’Europe.

Le plan, qu’il est impératif de présenter avant d’entamer le développement, pouvait


difficilement rester purement chronologique. Le rythme des mutations culturelles est en effet trop lent
pour que l’on puisse sur une période d’un demi-siècle mettre en évidence plusieurs césures
incontestables. Seule l’année 1945 présente ce caractère. Une approche purement synchronique était
une autre impasse. Les tentatives d’embrasser dans un même mouvement des manifestations culturelles
très éloignées dans le temps conduisait presque inévitablement à minorer l’importance pourtant
décisive des évolutions techniques et économiques sous-jacentes aux mutations culturelles.

Un plan simple, à la portée des candidats raisonnablement préparés, pouvait distinguer, dans
une première partie limitée à l’entre-deux-guerres, la situation des pays démocratiques. Ils connaissent
alors l’épanouissement du phénomène de culture de masse à travers une série d’innovations et de
perfectionnements techniques et industriels, et la généralisation des phénomènes de communion
culturelle autour d’événements ou de figures comme les grandes rencontres sportives ou les stars de
cinéma. La deuxième partie devait alors aborder les liens complexes qui existent entre culture de masse,
totalitarisme et guerre mondiale. Tant dans l’Italie fasciste à partir de 1922, que dans l’Allemagne nazie
à partir de 1933 ou dans l’ensemble des Etats en guerre à partir de 1939, la culture de masse devient un
enjeu de lutte idéologique interne et externe. Il convenait de distinguer les situations selon le temps et
les lieux en veillant à ne pas réduire l’approche de ces questions au thème d’une instrumentalisation
consubséquente à la culture de masse. L’autonomie des pratiques culturelles de masse, la diversité des
formes qui excède largement les techniques de propagande, les continuités avec les époques antérieures

86
appelaient des analyses précises. La dernière partie s’attachait enfin à l’étude du quart de siècle
postérieur à 1945. La culture de masse triomphante connaît alors plusieurs mutations importantes. Les
innovations techniques en transforment les formes, avec par exemple l’avènement du microsillon, du
poste à transistors et de la télévision. Evolutions culturelles, croissance démographique et
développement économique entretiennent des liens toujours plus étroits qu’il convenait de présenter. Il
était pour terminer nécessaire d’analyser les conditions de l’émergence, dans les années 1960, d’une
contestation nouvelle de la culture de masse dont l’originalité tient à ce que cette « contre-culture »
emprunte elle-même largement ses formes à une culture de masse désormais dominante. De même, il
fallait montrer la persistance de phénomènes de résistance à la massification culturelle, en particulier
dans la sphère intellectuelle qui, durant toute la période, continue à asseoir sa légitimité sur une
posture de distinction à l’égard des manifestations culturelles de masse.

Rappelons pour finir qu’une dissertation de quatre heures appelle une conclusion qui ne doit
pas se limiter à un résumé du développement. S’attacher au double constat d’une dynamique de
renouvellement constant des instruments et des manifestations de culture de masse en même temps que
d’une tendance durable à l’homogénéisation des pratiques culturelles, à l’œuvre depuis 1918,
permettait de ramener la réflexion au problème plus large de l’avènement de la modernité en Europe et
aux Etats-Unis.

87
Epreuve d'HISTOIRE
Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ouverte sous la responsabilité de l'ESCP-EAP

Epreuve ENS LSH LYON

Moyenne par école

Moyennes
Ecoles Candidats
ESSEC 10,46 193
AUDENCIA Nantes 11,10 138
CERAM /ESCEM concours commun 10,11 50
EDHEC 10,31 145
E.M. Lyon 10,69 142
ESC Amiens 10,38 15
ESC Brest 8,38 5
ESC Chambéry 9,00 3
ESC Clermont-Ferrand 9,64 9
ESC Dijon 9,89 36
ESC Grenoble 10,60 90
ESC La Rochelle 10,00 12
ESC Le Havre 9,60 5
ESC Lille 11,00 68
ESC Montpellier 10,04 37
ESC Pau 9,68 17
ESC Rennes 12,00 30
ESC Saint-Etienne 9,33 6
ESC Troyes 11,20 6
ESCP-EAP 10,69 165
IECS Strasbourg 9,17 18

Moyenne générale : 9,90

Nombre de candidats : 321

ENAss (opt. Histoire-géographie) 7,00 3


E.S.M. de Saint-Cyr 8,75 27
INSEEC (Paris-Bordeaux) 10,75 11
INT Management 9,69 12
I.S.C. 10,27 25

88
HISTOIRE

Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ENS LSH LYON

(Epreuve conçue et réalisée par l’ESCP-EAP)

Sujet : Les fondements économiques de la puissance française de 1789 à 1815.

Malgré un sujet assez classique, la question semble avoir désarçonné la majorité des candidats
et la moyenne des copies - nettement supérieure à celle des années précédentes - ne doit pas faire
illusion : elle vient d’une notation différente décidée par le jury, afin de mieux ajuster les notes des
épreuves littéraires à celles des épreuves scientifiques . En réalité, très peu de copies ont correctement
traité le sujet et les mêmes erreurs se retrouvent dans de nombreux devoirs. Ce sont ces erreurs que l’on
mentionnera dans un premier temps, avant d’exposer les éléments fondamentaux qui permettaient de
traiter au mieux le sujet dans toutes ses dimensions.

Comme les autres années, on distinguera les erreurs formelles des erreurs ou des oublis de fond.
On ne reviendra pas ici sur les habituelles maladresses de construction (à cet égard, les candidats se
reporteront aux rapports du jury des années précédentes), ni sur les toujours trop nombreuses fautes
d’orthographe ou de grammaire, pour distinguer deux erreurs formelles récurrentes.

La première, qui concerne près des deux tiers des copies, est le parti, particulièrement
maladroit, d’un plan chronologique pour un sujet structurel, dont l’intervalle (1789/1815) était
pourtant bien court pour justifier un tel choix. Habituellement, le jury ne recommande pas le rejet
systématique de ce type de plan, mais pour le sujet de cette année, il ne fallait pas tomber dans le piège
du traitement « à court terme » d’un thème qui, bien que relativement bref dans sa durée - vingt sept
ans -, réclamait une problématique de long terme : les fondements économiques de la puissance
française à cette époque se situent souvent bien avant 1789 et leurs conséquences se poursuivent après
1815. Or, le choix du plan chronologique s’accompagne systématiquement d’une vision étroite de la
question, corsetée entre la Révolution et la fin de l’Empire, comme si tout débordement chronologique
était hors de propos ; ce qui n’était évidemment pas le cas.

La seconde erreur est sans doute plus grave encore et fut particulièrement fréquente cette
année, peut-être à cause de l’aspect économique de la question et du problème politique encore brûlant
qu’est la Révolution française : il s’agit du parti-pris idéologique - quelle que soit l’idéologie concernée -
, souvent accompagné d’affirmations gratuites non argumentées. Ainsi de trop nombreux devoirs se
transforment en plaidoyer pour le libéralisme économique auquel on attribue la croissance du XVIIIe

89
siècle, alors que la mise en place de ce libéralisme fut assez tardive et que chaque brève période de
libéralisation aboutit surtout à l’inflation des prix et non à celle de la production. Il ne s’agit pas ici de
prétendre que toute politique de ce type appellerait l’envolée des prix, mais de constater qu’à la fin du
XVIIIe siècle, dans le contexte d’une économie française encore très rurale, le libéralisme sans contrainte
et mis en place de manière sans doute un peu brutale met en évidence les déséquilibres d’une économie,
il est vrai bien éloignée des conditions de fonctionnement du Modèle néo-classique. Prétendre alors que
le choix - pourtant limité dans le temps - du libéralisme serait l’un des « fondements » de la puissance
française constitue donc une erreur au regard des faits . Pire encore, asséner, comme le font de trop
nombreux candidats, que le libéralisme fut, ou aurait été, la « voie » pour sauver le pays de ses
tourments politiques et économiques, sans autre argumentation que la « supériorité évidente » de ce
type de politique économique est un peu court, sinon hors de propos ! Ajoutons que les copies qui
analysent, dans le même ordre d’idées, la période 1789/1815 à la lumière des politiques et des théories
économiques actuelles tombent de ce fait dans l’une des plus graves erreurs pour un historien :
l’anachronisme.

Moins fréquentes, mais toutes aussi déplacées, sont les prises de positions pour ou contre la
Révolution. On parle alors soit de « désastre » ou de « catastrophe », soit de « chance » ou de « sortie de
l’obscurantisme », sans autre argument que la certitude des candidats. Ceux-ci s’appuient souvent sur
quelques auteurs dont les choix idéologiques, quoique mieux argumentés, ne constituent pourtant pas
une preuve de la validité de ces opinions.

De même, affirmer, sans autre forme de justification, la « domination évidente du Politique sur
l’Economique », sous prétexte que cette position est aujourd’hui défendue par de nombreux historiens,
ne constitue pas non plus une argumentation valable dans le cadre de cette épreuve.

D’une manière générale, le jury rappelle qu’une dissertation se doit d’être argumentée et que
l’argumentation est finalement aussi, sinon plus importante que les idées elles-mêmes ; lesquelles,
faute de raisonnement pour les justifier, n’y ont dès lors plus leur place. Les candidats des prochaines
années feraient bien de s’en souvenir ...

Laissons à présent les maladresses formelles pour aborder les principales erreurs de fond que
comporte l’essentiel des copies. Ces contresens viennent le plus souvent d’une méconnaissance des faits
(et notamment des faits économiques) et/ou de confusions dans leur analyse. La faiblesse des sources
mobilisées pour traiter le sujet est également en cause. Rappelons pour mémoire que les positions de
François Crouzet (dont la lecture était certes nécessaire) ne sont pas les seules en Histoire économique
et que d’autres auteurs, tout aussi indispensables, auraient dû être évoqués. Qui parmi les candidats a
lu, au minimum, les travaux de Braudel, Bairoch, Wallerstein ou Labrousse ? Peu en tous cas les citent et
encore n’a-t-on indiqué ici que quelques noms célèbres parmi d’autres... Quoi qu’il en soit, une source
unique, qu’il s’agisse de Crouzet ou d’un autre, est toujours à proscrire, surtout lorsque la thématique
suscite, comme c’est le cas, des controverse parfois passionnées . La faiblesse des sources explique alors
les erreurs de fond.

Tout d’abord la confusion court terme/long terme. Il fallait en effet savoir que si la Révolution
est une crise politique et économique de court terme, elle s’inscrit dans le trend de croissance à long
terme des XVIIIe et XIXe siècles. Dès lors, juger cette Révolution comme une « catastrophe économique »,
même s’il est vrai qu’en 1789 la crise est indéniable, signifie oublier qu’à long terme, elle débloque de
nombreux déséquilibres économiques de l’Ancien régime . Ainsi permet-elle en redistribuant la
propriété foncière, en réorganisant l’organisation de la production et même en libéralisant de nombreux
secteurs, l’essor d’un capitalisme bourgeois que la féodalité entravait.

90
La vision pessimiste de nombreux candidats ne se cantonne pas à la Révolution, mais atteint
souvent la totalité de l’économie française à la fin de l’Epoque moderne. D’aucuns jugent la France
comme un pays « archaïque », pratiquant l’économie du « bas de laine » où « l’autoconsommation
domine ». On parle « d’immobilisme », « d’autarcie » (sic !), on juge sévèrement « l’absence de
Révolution agricole » et la situation du pays est qualifiée de « catastrophique », « terrible », surtout
comparée à celle d’une Angleterre qui apparaît à certains candidats comme la norme universelle à
l’époque. Curieusement, là encore, on retrouve certains jugements très actuels sur l’état supposé de
notre pays, systématiquement jugé « archaïque » et « en retard sur le reste du monde ».

Or il s’agit de remettre les choses à leur place. Si l’agriculture est bien la production dominante
à la fin du XVIIIe siècle et si les progrès de la production furent lents et peu spectaculaires, la
spécialisation progressive des terroirs, qui devient évidente après 1750, permet une augmentation de la
productivité (même sans élévation des rendements) et stimule le commerce. La fameuse « Révolution
agricole », que l’on chercherait vainement dans l’évolution modérée des rendements à l’hectare et à la
semence ou dans les rares innovations du siècle des lumières, ne se situe pas ailleurs. La seule
spécialisation permet de rendre compte de la disparition des famines au XVIIIe siècle. Evidemment, une
telle spécialisation suppose échange et monnaie - rappelons que près des deux tiers des prestations
paysannes (rentes, dîmes, etc...) sont versées en espèces avant la Révolution - et nous entraîne bien
loin des visions caricaturales d’une France « autarcique et archaïque ». Comparer de surcroît l’économie
française à celle de l’Angleterre, pour dénoncer un supposé « retard », revient à oublier que l’Angleterre
est alors la première puissance économique mondiale ... et la France, la deuxième !

Moins caricaturale, mais non moins excusable, l’erreur qui consiste à envisager le système
économique de manière linéaire, alors qu’il est circulaire, est également fréquente. Ainsi accorder trop
d’importance aux « dépenses excessives de la Cour » revient à oublier que ces dépenses s’exercent bien
quelque part et enrichissent de la sorte certains secteurs économiques. Il en est de même des guerres et
de la supposée « ponction » qu’exercerait la rente sur l’économie productive. L’argent ainsi capté
semble disparaître comme par enchantement dans certaines copies, alors qu’il est bel et bien réorienté,
via les dépenses des rentiers ou de l’Etat, vers la production. Il est vrai que la vision micro-économique à
la mode chez de nombreux économistes et les mêmes clichés répétés à l’envie sur les médias expliquent
sans doute la méconnaissance profonde des mécanismes économiques que révèle la lecture de
nombreuses copies.

Moins graves sur le fond, mais débouchant souvent sur des déséquilibres formels et des oublis,
sont les erreurs qui consistent à donner trop d’importance à certains aspects du sujet (colonies,
démographie, finances) qui méritaient certes d'être étudiées, mais de manière moins longue et moins
approfondie que le système économique et son fonctionnement ainsi que la production alors dominante
qu’était l’agriculture. Choisir de privilégier l’analyse de ces éléments secondaires aux dépens de
l’essentiel est peut-être un moyen pour certains de masquer l’absence de connaissances ; mais le jury
n’est pas dupe ...

La véritable difficulté que recélait le sujet était de savoir si la question des fondements
économiques se rapportait à la puissance française entre 1789 et 1815 ou si, au contraire, il s’agissait
des fondements économiques mis en place en 1789/1815 pour justifier de l’émergence d’une puissance
plus tardive. Mais il s’agissait d’un faux problème pour une thématique de long terme. La France est déjà
une « grande puissance » avant la Révolution et sa puissance se renforce encore au XIXe siècle. Or, il est
clair que les fondements économiques de cette « force » se situent à la fois dans les progrès de
l’agriculture (via la spécialisation) avant la Révolution et dans les réformes de la période 1789/1815, qui
permettent au pays de se débarrasser de certains archaïsmes et de surmonter certaines pesanteurs
politiques et économiques. Les deux aspects se devaient donc d’être pris en compte. La Révolution est

91
moins une rupture, qu’un « déblocage », une accélération de processus économiques, déjà à l’œuvre
bien avant 1789. Divers plans étaient alors possibles pourvu que l’on traitât complètement le sujet.
Définir en priorité ce qu’était la puissance française d’alors permettait d’éviter le piège du
catastrophisme. Aux XVIII et XIXe siècles, la France est à la fois une puissance économique, mais aussi
politique, militaire, démographique qui, juste après la l’Angleterre, se situe alors au sommet du monde.
Encore une fois, seule la verte Albion lui était supérieure dans certains domaines. Prétendre que notre
pays aurait été « en retard » sur cette dernière revenait à privilégier la seule puissance économique ; ce
que ne disait nullement le sujet.

En ce qui concerne précisément les fondements économiques de cette puissance, il convenait


tout d’abord d’étudier les plus importants : à savoir l’agriculture et ses transformations ; l’expansion
dans la production ; la modernisation du système économique, surtout à partir de la Révolution ; les
réformes (notamment la réforme agraire) qu’elle met en place ; enfin, pour accompagner le tout, le rôle
des institutions de la Révolution et de l’Empire dans les progrès de la monétisation et du commerce, à
condition de se limiter aux institutions économiques (ou à celles ayant des conséquences sur
l’économie) pour éviter les incursions hors du sujet.

Mais il ne fallait cependant pas oublier les fondements secondaires, sans s’étendre non plus
outre mesure sur ces derniers. Ainsi, aussi bien l’expansion coloniale, la modernisation des outils de
production et d’échanges, les innovations agricoles et industrielles, voire l’évolution des coûts de
production et du pouvoir d’achat ainsi que le renforcement de la centralisation de l’Etat (dans une
perspective keynésienne) ont également joué un rôle non négligeable dans l’établissement et le
renforcement de la puissance française à la charnière des XVIII et XIXe siècles.

En somme, il s’agissait d’un sujet assez vaste, mais qui réclamait cependant une définition
claire, pour un traitement complet et sans parti-pris. Les candidats ayant fait preuve non seulement
d’éclectisme, mais aussi d’esprit critique dans le dépouillement des sources, nécessaire au traitement de
la question posée, tout au long de l’année de préparation du concours, ont produit les meilleurs devoirs.
Ils sont malheureusement rares...

92
GEOGRAPHIE

Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ENS Ulm A/L Yves COLOMBEL

SUJET : La place des littoraux dans la géographie des hydrocarbures dans le monde.

1. BILAN DU CONCOURS 2006

• Nombre de copies corrigées : 111. Une hausse sensible du nombre de candidats, qui traduit la bonne santé de
ce concours et de cette option. Ils sont en effet trente de plus – soit une variation de 36 % - par rapport à
2005. Bilan quantitatif donc très positif, qui va avec une amélioration qualitative.
• La moyenne est passée de 8,52 à 9,50, évolution considérable dont on ne peut que se réjouir et à laquelle on
peut discerner plusieurs causes. D’une façon générale, la question tournante donne de biens meilleurs
résultats que les sujets sur la France, et la moyenne de 2005 était anormalement basse. Mais cela ne dit pas
tout : les notes sont nettement au-dessus de 2004. Il faut donc souligner que cette question des
hydrocarbures a visiblement intéressé les étudiants, a donné lieu à des préparations solides et efficaces, et a
permis à une majorité de copies de présenter des éléments de réflexion pertinents. Le sujet n’a
manifestement pas surpris, mais tel n’était pas son objectif : les sujets classiques, travaillés pendant l’année
permettent de valoriser les candidats qui ont soigneusement préparé leur concours.
• La proportion de copies très convenables est élevée : la majorité des copies (59 soit 53%) obtient une note
supérieure ou égale à 10. À l’opposé, peu de devoirs vraiment faibles : seulement 13 notes entre deux et six,
soit à peine plus d’une sur dix. Le seul regret que l’on peut exprimer concerne le nombre encore insuffisant de
très bons travaux : une dizaine à 14 et plus.
• En conclusion, une épreuve d’un niveau général très encourageant, après une session 2005 décevante.
L’écrasante majorité des candidats est venue en ayant préparé la question sérieusement, beaucoup ont
envisagé le sujet avec pertinence, il n’a manqué qu’une maîtrise méthodologique et rhétorique un peu plus
affirmée pour que les très bonnes copies soient plus nombreuses.

2. LACUNES MÉTHODOLOGIQUES ET DE FORME

• La forme et l’expression restent un problème pour de trop nombreuses copies, y compris de bonnes
prestations, qu’elles pénalisent. Toutefois, le niveau moyen, sur ce point aussi, a été meilleur que l’an
dernier, ce qui confirme le lien étroit entre forme et fond.
• Le croquis de synthèse est moins indispensable pour un sujet de géographie générale. Il doit être
suffisamment complet et structuré pour se justifier. Il y a eu cette fois cependant un nombre assez élevé de
bons croquis caractérisant les façades portuaires et industrielles, les zones d’extraction péri littorales, les
détroits et autres lieux de polarisation des enjeux de sécurité, donnant à voir les risques concernant les
littoraux, et articulant les synapses maritimes et leurs arrière-pays producteurs ou consommateurs ainsi que
leurs avant-pays structurés par les routes du pétrole et du gaz. Ceux-là ont valorisé les copies auxquelles ils
apportaient un complément pertinent.

93
• Les croquis à d’autres échelles peuvent permettre d’éviter les difficultés techniques d’un croquis de
dimension planétaire point trop simpliste. On y a sans doute trop peu eu recours, alors que beaucoup de
thèmes nécessitaient de développer des analyses locales ou régionales : par exemple le croquis d’un grand
port pétrolier, et de ses dynamiques sur quelques décennies, celui à moyenne échelle d’une façade (Northern
Range ou autre) ou d’un plan d’eau (Golfe Persique ou du Mexique), pouvaient apporter beaucoup. Là encore,
certaines copies ont été valorisées grâce à cela.
• Les changements d’échelles posent d’ailleurs trop souvent problème aux candidats. Nombreux sont les
devoirs qui exposent les enjeux globaux de façon convaincante, mais ne les articulent pas ou peu à leurs
effets géographiques, production d’espaces portuaires, recompositions territoriales côte/intérieur, impacts
environnementaux concrets, etc…

3. LACUNES SUR LE PLAN ET LE FOND

• Les contenus, je l’ai dit, sont le principal motif de satisfaction. Il n’en reste pas moins que le sujet présentait
plusieurs composantes, inhérentes au thème des hydrocarbures, et qu’il devait permettre de les aborder
toutes. Il est donc surprenant que trop de copies, parfois très intéressantes dans ce qu’elles traitaient, aient
négligé pour certaines les enjeux environnementaux et la thématique des risques, pour d’autres la place des
littoraux dans la géopolitique des hydrocarbures, pour d’autres enfin, les phénomènes de concentration
portuaire et industrielle associés.
• Les candidats ont en général cherché à délimiter les espaces littoraux. Mais les développements qui suivent
ne sont pas toujours assez rigoureux sur ce point. Toute production off shore n’est pas ipso facto littorale,
sauf à montrer les effets induits qu’elle peut y provoquer. Considérer que le Texas tout entier, ou que la
province du Hasa tout entière sont littoraux est évidemment abusif.
• Les candidats, enfin doivent se méfier des plans types, censés «marcher à tous les coups», et qui ne sont
jamais convaincants. Bien trop de devoirs, pour certains bien informés, sont desservis par une cote mal
taillée, constat, causes, conséquences, qui les conduit à tout survoler en 1), à partir dans des généralités en
2) et à terminer par un 3) fourre-tout. De même tout sujet ne suppose pas une typologie. Finir par un 3)
différenciant des littoraux plus ou moins concernés par les hydrocarbures n’apportait généralement rien.
Seule l’identification des littoraux à traiter, à faire dès le début, pouvait en être retirée. Certains sujets se
prêtent à une typologie, de territoires uniquement, mais pas tous : il ne faut pas que cela relève pour les
candidats du rite obligatoire.

Ces quelques rappels ne doivent pas faire oublier la tonalité générale de ce rapport, qui est à la satisfaction,
avec l’espoir que la session de l’an prochain confirmera et accentuera cette impression favorable.

Correcteur : Yves COLOMBEL.

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GEOGRAPHIE
Option Lettres et sciences humaines

Epreuve ENS LSH LYON Bernard BRAUN

Sujet : Les activités humaines et leurs impacts environnementaux sur les rives de la
Baltique.

1°) LES CHIFFRES DE 2006

— 301 candidats ont passé cette épreuve, contre 262 en 2005, 214 en 2003 et 148 en 2000, soit une
augmentation de 100 % en 6 ans.

— Les notes vont de 2 à 18 et la moyenne ressort à 10/20 contre 9,7 en 2005 et 8,9 en 2004.

— Il y a peu de copies indignes (moins de 6/20), mais également moins de très bonnes copies (16/20 et
plus). La concentration des notes entre 8 et 12/20 se confirme.

— La distribution des notes montre que près de 95 % des candidats ont travaillé la question au programme
de l’ENS, mais également qu’un tiers des candidats ne maîtrise pas convenablement la méthodologie de
la dissertation en géographie.

2°) LES ATTENTES DU JURY

Elles portent toujours sur six points essentiels :

— Une bonne analyse des termes du libellé du sujet permettant de dégager une problématique
géographique.

— Un plan, clairement annoncé, répondant à cette problématique.

— L’élaboration d'une introduction consistante faisant ressortir les deux premiers points énoncés.

— L’exposé de connaissances sûres, claires et actualisées.

— La capacité à présenter des dissertations fondées sur une démarche personnelle intégrant notamment
des changements d'échelles.

— La réalisation de croquis, dont un, dit de synthèse.

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3°) REFLEXIONS ET THEMES ESSENTIELS QUI DEVAIENT GUIDER LA DEMARCHE DES CANDIDATS

La formulation "rives de la Baltique" a conduit à trois types de comportements :

— 30 % des candidats ont considéré que les rives et l'espace baltiques représentaient le même territoire,
c'est-à-dire l'ensemble du bassin versant dont la Mer Baltique est l'exutoire, soit 1,7 million de km² et
82 millions d'habitants.
— 45 % n'ont pris en compte que quelques dizaines de kilomètres de territoire à partir du trait de côte, sans
justification ou logique géographiques.
— Les autres (un bon quart) n'ont même pas tenté de délimiter l'espace qu'ils allaient étudier pendant 10
ou 12 pages !

L'expression "impacts environnementaux" a donné lieu à une interprétation plus consensuelle et plus
précise de la part d'une majorité de candidats pour lesquels l'environnement est constitué par l'ensemble des
éléments qui compose le milieu et le cadre de vie des hommes.

Le plan suivant a été le plus fréquemment adopté (70 % des candidats) :


— en 1ère partie : les activités et leurs impacts environnementaux.
— en 2ème partie : les politiques de lutte contre "les pollutions".
— et en 3ème partie : les différences régionales, le plus souvent révélées par une typologie.

Les candidats les plus habiles (30 %) sont ceux qui, après avoir convenablement défini les "rives de la
Baltique" et les "impacts environnementaux", ont organisé leurs devoirs autour des thèmes suivants :
1°) Des activités humaines qui ont des impacts environnementaux sur les rives de la Baltique (prise comme une
très large interface entre le bassin versant et la mer).
2°) Des impacts environnementaux qui modifient les activités humaines.
3°) Des préoccupations et des priorités différentes selon les pays.

Les moins bonnes notes ont été attribuées aux candidats qui ont centré leur devoir sur une démarche
uniquement écologique : la Convention d'Helsinki, l'HELCOM, la faune, la flore et les mesures destinées à limiter
les pollutions.
Dans ces devoirs, les activités humaines et les territoires ont été négligés.
Le nombre de devoirs sans croquis a encore augmenté, ce qui empêche de nombreux candidats de
spatialiser leur pensée géographique.
Les correcteurs ont observé des progrès sensibles dans la rédaction des devoirs : style, syntaxe,
orthographe.

CONCLUSION

L'épreuve attire un nombre toujours croissant de candidats.


Cette année encore, elle a parfaitement rempli son rôle en faisant émerger près d'une quarantaine de
bons et très bons candidats, ainsi qu'une cinquantaine d'autres au niveau tout à fait honorable.

Correcteurs : Bernard BRAUN, Yves COLOMBEL, Bruno STARY, Pierre TRICOU.

96
SCIENCES SOCIALES
Epreuve ENS B/L Rémi LEURION

Sujet : Efficacité économique et justice sociale.

Analyse des résultats

Le nombre des candidats de la session 2006 s’élève à 101, contre 95 en 2005, 82 en 2004, 67 en 2003 et 59 lors
de la session 2002.
La moyenne des copies est de 10,45, contre 9,61 en 2005, 9,12 en 2004, 9,32 en 2003 et 8,45 en 2002.
La répartition des notes est la suivante :

Notes Effectifs

[0 ; 6] 10
[6 ; 8] 15
[8 ; 10] 23
[10 ; 12] 34
[12 ; 14] 16
[14 ; 16] 2
Plus de 16 1
__
101

Quatre constats peuvent d'emblée être effectués :

— Le niveau de la moyenne est, cette année, élevé, d’un demi point supérieure à celle de l’an dernier ; ceci révèle
une très bonne qualité d'ensemble des candidats. La technique de la dissertation est pour tous très correctement
maîtrisée, l'aptitude à l'argumentation bonne, et la capacité à la mobilisation des connaissances performante,
— La dispersion des notes est, cette année encore, importante, entre 5,5 pour la plus basse et 16,5 pour la plus
haute. Cependant, ainsi que le montrent les données, la distribution des notes est proche de celle d’une loi
normale, ce qui est une répartition remarquable,
— Plus de la moitié des copies a une note supérieure ou égale à 10 (60 % en réalité), ce qui constitue, à un concours
sélectif, un résultat très appréciable ; un quart des candidats a même une note supérieure ou égale à 13/20,
— Le jury a une fois de plus décidé d’utiliser l’éventail des notes, et, en particulier, de ne pas hésiter à récompenser
par des notes relativement élevées les copies qu’une correction plus pointilleuse aurait pu maintenir à des notes
seulement proches de la moyenne ; ceci a à la fois pour but de récompenser les candidats qui ont fourni un effort
manifeste et de ne pas accréditer l’idée que le travail de préparation y serait moins «rentable» que dans d’autres
disciplines.

97
Analyse du sujet

Le sujet de cette année était d’un grand classicisme, et n'a pas généré le moindre élément de surprise chez les
candidats. Il fait partie du socle de connaissances basiques de tout étudiant des classes B/L ; se situant à l'une des
intersections entre l'économie et la sociologie, il permet aux candidats de mobiliser des connaissances très diverses et
fort riches.
Plus encore, il apparaît clairement, à la lecture des copies, que ce sujet n’a posé aucun problème de fond aux
candidats, les copies étant en général longues et bien centrées sur le sujet ; de plus, les problématiques sont assez
claires.

Plusieurs questions intéressantes pouvaient ainsi être posées : peut-on concilier efficacité économique et
justice sociale ? La réalisation de l’un de ces objectifs nuit-elle à la réalisation de l’autre ? Comment tenter de réaliser
l’un et l’autre ? Le marché est-il l’institution la plus à même de concilier les deux ? Ou bien, inversement, doit-on
appeler l’intervention de l’Etat pour y parvenir ? Si oui, sous quelles formes et avec quels moyens ? …
Une nouvelle fois, on peut rappeler que le recours à la littérature, tant économique que sociologique, était de
nature à appuyer les raisonnements exposés, en les densifiant, en leur donnant du corps, en les rendant plus
convaincants aussi. Sur ce sujet, la littérature était très abondante, variée, au point d'ailleurs que les candidats
devaient opérer une sélection au sein de celle-ci. On peut féliciter une majorité de candidats pour être parvenue à allier
un raisonnement personnel de qualité et des références théoriques et académiques opportunes et pertinentes.

Quant à la problématique, elle pouvait être, elle aussi, relativement simple : la plus couramment adoptée
d'ailleurs par les candidats, s'appuyait sur deux idées :
— La première est que l’efficacité économique et la justice sociale sont deux objectifs indépendants, voire
antagonistes,
— La seconde idée est que, en conséquence, l’arbitrage entre l’efficacité économique et la justice sociale repose sur
un choix de société.
De cette problématique découlait alors une multitude de plans simples, tels que les plans suivants :

Plan 1 (copie notée 14) :


I. L’efficacité économique semble mettre en péril la justice sociale
II. Le souci de justice sociale s’oppose à l’efficacité économique
III. Sans justice sociale, il n’y a pas d’efficacité économique

Plan 2 (copie notée 13,5) :


I. Les rapports entre l’efficacité économique du marché et les inégalités sociales
II. Comment ce rapport conflictuel entre impératif de justice et impératif d’efficacité peut-il être surmonté ?
III. De quelle manière la justice sociale peut-elle se présenter comme un dispositif efficient pour la société et le
système économique ?

Plan 3 (copie notée 16,5) :


I. L’activité économique recherche l’efficacité, ce qui peut inclure une certaine injustice sociale
II. L’inefficacité économique pouvant être accompagnée d’injustices sociales, on peut supposer que la justice sociale
favorise l’efficacité économique
III. S’il est difficile de prouver l’interdépendance entre l’efficacité économique et la justice sociale, une société qui
prône l’ «égalité des possibles» semble pouvoir les réaliser simultanément.

98
Analyse des copies

Les éléments de satisfaction sont nombreux :

— La mobilisation des théories économiques est très satisfaisante : les candidats ont en général cité avec beaucoup
d'à propos les principaux auteurs ayant traité de ce sujet, tels que Tocqueville, Smith, Marx, Hayek, Walras, Pareto,
Rawls, Sen, ou encore Rosanvallon, Piketty, Méda,
— Plus encore, les candidats ne se sont pas limités à la simple évocation des auteurs et de leurs théories ; ils les ont
souvent explicités largement, utilisant à bon escient les seuls éléments utiles pour le raisonnement, (certains
candidats ont même été amenés à construire dans leurs copies des graphiques porteurs de sens, tel que la boîte
d’Edgeworth par exemple),
— Toutes les copies traitent du sujet ; ainsi n’a-t-on pas constaté de développements «à la limite du sujet», ou «hors
sujet», ce qui est extrêmement rare à un concours,
— Dans la plupart des copies, l'argumentation est soignée, les idées étant démontrées, critiquées, relativisées,
contredites. Une telle démarche permettait le plus souvent aux candidats d'obtenir une note au moins supérieure à
la moyenne.

Quelques points plus négatifs doivent cependant être soulignés ici :

— Dans la très grande majorité des copies, les mots clés du sujet ne sont pas définis avec clarté dans l’introduction ;
ainsi, certains candidats consacrent des longs développements à analyser les deux termes d’ «efficacité
économique» et de « justice sociale»,
— Le jury constate une fois de plus (ceci a déjà été souligné dans les rapports précédents) que très peu de candidats
justifient leur plan : la problématique est en général indigente, et parfois absente ; le fait de répéter le sujet
différemment de ce qu'il est posé ne peut faire office de problématique ; plus encore, dans la plupart des
introductions, les problématiques sont interrogatives, alors même qu'elles gagneraient à être exposées de manière
positive ; comme l'année passée, le jury rappelle qu'une introduction répond à des règles assez strictes,
nécessaires pour rendre le développement intelligible. Ainsi, une «bonne» introduction doit être relativement
longue ; elle doit en effet contenir à la fois une présentation du sujet (historique du sujet, intérêt du sujet,
définition des termes du sujet, actualité du sujet), une problématique générale qui constitue l'ossature du devoir et
la manière dont le candidat s'approprie le sujet, et une annonce des deux (ou trois) parties,
— Très peu de copies mettent le plan de manière apparente ; sans que cela ne soit bien sûr une obligation, il n'en
demeure pas moins que la mise en exergue des parties et des sous-parties du devoir participe à la bonne
compréhension et à la bonne lecture de la copie (pour le candidat d'ailleurs, s'obliger à condenser la pensée en
quelques mots est parfois hautement salutaire). Une nouvelle fois, le jury rappelle ce point.

Enfin, le jury souhaite rappeler une fois de plus qu'il ne corrige pas les copies en s'appuyant sur un corrigé type
préparé à l'avance ; ainsi, tous les plans sont acceptables - et acceptés - dès lors qu'ils sont appuyés sur une
problématique solide, pertinente et largement argumentée.

Le jury se veut cependant rassurant et optimiste ; il espère que les quelques défauts présentés seront absents
lors de la prochaine session. Il est sûr qu'à l'avenir les prestations s'amélioreront encore.

Correcteur : Rémi LEURION

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BANQUE COMMUNE D’EPREUVES

CONCOURS D’ADMISSION DE 2006

Concepteur : ESSEC
__________

OPTION LETTRES ET SCIENCES HUMAINES

TROISIEME LANGUE

VERSION LATINE
Durée : 4 heures

Mercredi 10 mai de 14h à 18h

Contre la théorie de la déclinaison des atomes comme origine du monde

Epicurus, in quibus sequitur Democritum, non fere labitur. Quamquam utriusque cum multa
non probo, tum illud in primis, quod, cum in rerum natura duo quaerenda sint, unum, quae
materia sit ex qua quaeque res efficiatur, alterum, quae uis sit quae quidque efficiat, de materia
disseruerunt, uim et causam efficiendi reliquerunt. Sed hoc commune uitium ; illae Epicuri
5 propriae ruinae : censet enim eadem illa indiuidua et solida corpora ferri deorsum suo pondere
ad lineam ; hunc naturalem esse omnium corporum motum. Deinde ibidem homo acutus, cum
illud occurreret, si omnia deorsus e regione ferrentur et, ut dixi, ad lineam, numquam fore ut
atomus altera alteram posset attingere, attulit rem commenticiam ; declinare dixit atomum
perpaulum quo nihil posset fieri minus ; ita effici complexiones et copulationes et adhaesiones
10 atomorum inter se, ex quo efficeretur mundus omnesque partes mundi quaeque in eo essent.
Quae cum tota res ficta sit pueriliter, tum ne efficit quidem quod uult. Nam et ipsa declinatio ad
libidinem fingitur (ait enim declinare atomum sine causa ; quo nihil turpius physico, quam fieri
quicquam sine causa dicere), et illum motum naturalem omnium ponderum, ut ipse constituit, e
regione inferiorem locum petentium, sine causa eripuit atomis, nec tamen id cuius causa haec
15 finxerat assecutus est. Nam si omnes atomi declinabunt, nullae umquam cohaerescent ; siue
aliae declinabunt, aliae suo nutu recte ferentur, primum erit hoc quasi prouincias atomis dare,
quae recte, quae oblique ferantur, deinde eadem illa atomorum, in quo etiam Democritus
haeret, turbulenta concursio hunc mundi ornatum efficere non poterit.

CICÉRON

’ RAPPEL : L’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel électronique est interdite.


’ Seul document autorisé : un dictionnaire latin-français BORNECQUE, GAFFIOT, GOELZER ou QUICHERAT.

103
Troisième langue

VERSION LATINE
Correction : ESSEC
Elaboration 2006 : ESSEC Jean-René TRICHON

Sujet : Contre la théorie de la déclinaison des atomes comme origine du monde.


Cicéron, De Finibus I 18-20

35 copies corrigées (31 en 2005)


Notes échelonnées entre 16,5 et 0,5 ; moyenne : 9,5
à la moyenne et au-dessus : 18 copies

la moyenne est supérieure d’un point et demi à celle de l’an dernier (7,98)

Extrait du traité philosophique Des termes extrêmes des biens et des maux, le passage se présente comme
une réfutation en règle de l’hypothèse du clinamen imaginée par Epicure pour expliquer la formation de l’univers.

Une malencontreuse interversion de lettres (ayant échappé à toutes les relectures) altérait le texte à la
ligne 7 : au lieu de monia (sic) il fallait évidemment lire omnia. Ce mot n’existant pas en latin et figurant d’autre
part dans une proposition subordonnée circonstancielle, plusieurs candidats ont su rectifier d’eux-mêmes. Quoi
qu’il en soit, la séquence a été naturellement «neutralisée» dans la correction.

Nulle connaissance préalable de l’atomisme démocritéen n’était requise, il suffisait de suivre avec attention
le raisonnement tres serré de Cicéron. (Si le texte proposé pouvait sembler un peu long, il offrait une réfutation
complète et, il faut le noter, les références et citations y afférentes étaient particulièrement nombreuses dans le
Gaffiot).
On peut même se demander si la lecture de Lucrèce aurait épargné au correcteur certaines traductions
absurdes de declinare (qui signifie «s’écarter de la verticale, dévier») par «décliner» : «l’atome se décline»,
«décliner l’atome», «l’atome décline» (sic) – traductions influencées, on peut le penser, par les emplois
publicitaires modernes de ce verbe (et du substantif «déclinaison»). Car enfin le texte lui-même définissait la
declinatio – une res commenticia, une invention de l’imagination d’Epicure pour Cicéron : declinare atomum «(il dit
que) l’atome dévie», perpaulum quo nihil posset fieri minus «d’une si petite inclinaison qu’il n’en peut exister de
moindre» (l.8-9).

104
L’identification correcte des pronoms était cruciale dans un texte où ils abondent. Or sur cette question de
morphologie et de syntaxe les lacunes sont criantes. Confusion du relatif et de l’indéfini : quaeque (res) comme
quidque (l.3) est un indéfini, mais quaeque (l.10) est un relatif = et quae («et de ce que…»). Confusion du relatif et
de l’interrogatif : si à la ligne 3 ex qua et le second quae ne peuvent être que des relatifs (antécédents respectifs :
materia et vis), en revanche on pouvait hésiter à la ligne 17 sur l’interprétation de quae (atomi) recte, quae oblique
ferantur : relatives ou interrogatives indirectes ? L’important était de comprendre que ces propositions
développent provincias = «attributions» : «(fixer aux atomes des attributions :) tomber en ligne droite ou tomber
obliquement».
On a achoppé aussi sur l’absence d’antécédent : in quibus (l.1), sur le relatif à l’ablatif complément du
comparatif : quo…turpius (l.12), sur la valeur à donner au subjonctif dans les relatives (attraction modale :
efficiatur l.3 ; discours indirect : efficeretur l.10).
La deuxième phrase était complexe syntaxiquement avec ses subordonnées emboîtées. Quamquam est une
coordination = «toutefois» ; quod qui développe illud (mis en relief par cum…tum = «entre autres choses celle-ci»)
est l’articulation principale : cette phrase indique le commune vitium, «l’erreur commune» à Démocrite et à
Epicure. C’est la troisième phrase qui révèle le «désastre propre» (propriae ruinae) à Epicure.
Dans la courte phrase de transition quae…vult (l.11) on pouvait rendre le balancement cum…tum en
supprimant la subordination et en coordonnant les deux indépendantes par un «et qui plus est».
Le caractère dirimant – aux yeux de Cicéron – des deux objections formulées dans les lignes 11 à 15 était
souligné par la répétition de et … et = «d’une part… d’autre part» : elles se ramènent en effet à dénoncer
l’arbitraire (cf ad libidinem, sine causa) des hypothèses épicuriennes.
Dans la dernière phrase sive devait être rendu par «si au contraire» et, pour la clarté, à la parataxe aliae…
aliae devait être substituée une subordination : «les uns… tandis que les autres…» (On a souvent oublié que
atomus est du féminin).

Comment traduire hunc mundi ornatum ? Le dictionnaire donnait seulement : «ornement, parure» pour
ornatus. Considérant que l’expression est l’équivalent du grec cosmos on proposera : «ce bel ordre de l’univers».
Comme l’indiquait déjà la distinction initiale entre la matière (materia) d’une part, la force créatrice (vis et causa
efficiendi) d’autre part, c’est donc bien au nom de principes stoïciens que Cicéron réfute le matérialisme d’Epicure.

Si neuf candidats – notés 6 et au-dessous – ont paru complètement «dépassés» par le texte, un peu plus de
la moitié ont obtenu une note égale ou supérieure à la moyenne.

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