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1 LE CADRE PHYSIQUE DE L’HYDRAULIQUE AGRICOLE

Le cadre physique de l’hydraulique agricole est défini par trois grands zones géoclimatiques adoptées
par le SDEA.
La zone saharienne
La zone saharienne concerne toute la partie nord du territoire tchadien dont elle représente près de
60 %. Au plan climatique, elle correspond au climat saharien stricto sensu et au climat saharo-sahélien
ayant comme principales caractéristiques (outre la faible pluviométrie) la quasi permanence des vents
desséchants (harmattan), la faible hygrométrie (< 50 %) et les hautes températures, tous des
facteurs concourant à une évaporation intense (ETP calculée selon la formule Penmam s’établissant à
3 326 mm/an à Faya).
Au plan physique, on peut y distinguer quatre grandes entités :
䡵 au centre, une vaste dépression dont le cœur correspond à l’extension maximale du Lac Tchad.
Elle est comblée par les formations du Continental Terminal (sables, grès et argiles), enfouies sous
une épaisseur variable de sédiments quaternaires meubles (sables et argiles). L’altitude y est
inférieure à 500 m;
䡵 à l’est, le massif de l’Ennedi, vaste plateau gréseux d’âge primaire, culminant à 1 450 m;
䡵 au nord-est, les plateaux de l’Erdi, succession de tables gréseuses peu élevées, d’âge secondaire,
entrecoupées de dépressions ensablées;
䡵 au nord-ouest, le puissant massif du Tibesti (altitude maximale : 3 415 m), formé d’une chaîne de
volcans et de plateaux basaltiques recouvrant les grès primaires et les granites précambriens.
De par ces caractéristiques climatiques, la zone saharienne ne peut présenter qu’un potentiel agricole
limité. C’est, par définition, la zone d’extension du palmier dattier.
La zone sahélienne
Au plan climatique, l’extension de la zone sahélienne correspond sensiblement à celle du climat
sahélien stricto sensu, c’est-à-dire caractérisé par une pluviométrie irrégulière, comprise entre des
valeurs moyennes supérieures à 250 mm au nord et inférieures à 650 mm au sud. Ces précipitations
faibles et irrégulières, couplées à une évapotranspiration élevée (> 2 000 mm) représentent le prin-
cipal obstacle à l’intensification des cultures pluviales et constituent, de ce fait, une menace perma-
nente pour la sécurité alimentaire de la zone. Elles ne peuvent, non plus, générer des cours d’eau
permanents de sorte que l’irrigation est tributaire de l’exploitation des ressources en eau souterraine
(nappes superficielles ou profondes), des plans d’eau permanents (lacs) ou, plus rarement, des plans
d’eau artificiels (retenues).
Au plan physique, la zone sahélienne se partage en deux ensembles contrastés, aux problématiques
évidemment différentes en matière de mise en valeur agricole ou hydroagricole, soit :
䡵 une vaste plaine, prolongeant vers le sud la dépression saharienne, comblée par des formations
sédimentaires essentiellement meubles (sables et argiles). L’altitude y est inférieure à 500 m;
䡵 un ensemble rocheux au relief accidenté, constitué par les massifs du Ouaddaï à l’est et les monts
du Guéra au sud et formant en quelque sorte une ceinture autour de la plaine précédente.
Au plan agricole, l’économie sahélienne repose traditionnellement sur les céréales (mil) et sur les
oléagineux (arachide). Néanmoins, le long épisode sec qui a caractérisé cette région au cours des trois
dernières décennies a conduit à une très forte régression de l’arachide, dont la culture s’est repliée
vers le sud, et à une extension concomitante du mil, sans pour autant observer un accroissement des
productions. Bien au contraire, les fréquents déficits pluviométriques et l’appauvrissement des sols
corrélativement à l’abandon de la culture arachidière, sans parler de l’afflux de bétail venant du nord,
ont eu tôt fait des gains de production escomptables par accroissement des superficies. Il convient de
noter que le regain des précipitations de ces dernières années laisse augurer, s’il se confirme, un retour
à une situation moins dramatique. Mais, en tout état de cause, les deux principales contraintes

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inhérentes aux caractéristiques climatiques de la zone sahélienne ne peuvent être esquivées : la
gamme culturale en pluvial est et restera toujours limitée et toute intensification significative des
productions ne peut se concevoir hors irrigation.
La zone soudanienne
La zone soudanienne correspond à la fraction tchadienne du bassin versant du Chari et de son prin-
cipal affluent, le Logone. Au plan physique, elle constitue une vaste cuvette sédimentaire, redressée sur
les bords, aux confins du Soudan et du Cameroun. Cette vaste plaine est caractérisée par un léger
mésorelief matérialisant deux situations contrastées en période de hautes eaux : des zones exondées,
sous-tendues par des formations sablonneuses, et qui concentrent l’habitat et l’essentiel de l’agricul-
ture pluviale; des secteurs inondés, tapissés de sols lourds et fiefs d’une pluriactivité centrée sur l’agri-
culture de décrue, l’élevage parcourant et la pêche.
La zone soudanienne est le siège d’une activité agricole intense et diversifiée. Se référant aux
statistiques nationales, la surface agricole cultivée chaque année en pluvial est de l’ordre de 1 200 000
ha, tandis que les cultures de décrue totalisent quelque 100 000 ha. Les principales cultures, hors
irrigation, sont :
䡵 le coton qui, avec une superficie supérieure à 200 000 ha, s’avère la principale culture de rente
et, par conséquence, la première source de devises du pays. Il convient néanmoins de noter que
la culture cotonnière représente un des facteurs les plus importants de l’insécurité alimentaire
chronique, par l’importance de plus en plus grande des superficies qui lui sont consacrées et par
la dégradation des sols liée à son caractère répétitif;
䡵 les cultures oléagineuses et légumineuses qui regroupent l’arachide, le niébé, le sésame, le voand-
zou et, plus récemment, le soja, pour une superficie fluctuant entre 200 000 et plus de 300 000
ha;
䡵 les céréales, base de l’alimentation des populations, dont la production annuelle est soumise aux
caprices de la pluviosité et se situe généralement bien en deçà des besoins. La superficie qui leur
est consacrée varie de 450 000 à 800 000 ha;
䡵 les tubercules (manioc, patate douce, igname, taro), compléments alimentaires indispensables qui
mobilisent plusieurs dizaines de milliers d’hectares.

2 LES POLITIQUES ET LES STRATÉGIES


La politique générale de développement économique et social a été définie en 1990 dans un docu-
ment intitulé « Plan d’orientation à l’horizon 2000 ». Les axes majeurs de cette politique gouver-
nementale sont :
䡵 assurer la promotion de la population pour lui permettre de maîtriser les changements culturels,
sociaux, économiques et technologiques auxquels le pays aura à faire face;
䡵 augmenter la production en modernisant les structures afin de favoriser la croissance écono-
mique;
䡵 restaurer les équilibres économiques et financiers afin de maintenir une croissance économique
saine.
Le Plan d’orientation prévoit que le Gouvernement accordera une attention particulière à la sécurité
alimentaire en prenant les mesures appropriées au niveau de la production, du stockage, du transport
et de la commercialisation des produits alimentaires.

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La stratégie du sous-secteur a été précisée en 1993 dans le cadre de la « Consultation sectorielle sur
le développement rural, la sécurité alimentaire et les ressources hydrauliques ». Elle s’appuie sur une
analyse approfondie de la problématique du secteur agricole qui met en évidence les dimensions
suivantes :
䡵 la dynamique du monde rural perceptible à travers la création d’organisations de producteurs ou
d’usagers, ou encore le développement spontané des productions fruitières et maraîchères à la
périphérie des centres urbains;
䡵 la nécessité de sécuriser les productions alimentaires en raison de la vulnérabilité des cultures plu-
viales sujettes aux aléas climatiques;
䡵 l’existence de ressources en eau importantes, mais mal connues et mal réparties.
Ses principales orientations sont les suivantes :
䡵 assurer le désengagement progressif de l’État et la responsabilisation parallèle des exploitants des
ouvrages au niveau des grands périmètres étatiques. Les principales conditions pour mener à bien
cette opération sont :
䊳 la sensibilisation et l’animation des futurs bénéficiaires;
䊳 la création de groupements d’usagers par unité hydraulique, eux-mêmes regroupés en asso-
ciations de groupements au niveau du périmètre;
䊳 la définition des tâches de l’unité d’appui (services de l’État) et de l’organisation des usagers;
䊳 la fixation de redevances permettant de couvrir les dépenses de fonctionnement, d’entretien
et de renouvellement des ouvrages et des équipements.
䡵 encourager les initiatives privées ou villageoises par la création de petits périmètres, le rôle des
services de tutelle se limitant à élaborer et à mettre en œuvre une politique de soutien adaptée
(accès au crédit, conseils techniques, formation des exploitants, rationalisation du marché des
groupes motopompes);
䡵 envisager, lorsque possible, l’irrigation gravitaire à partir de barrages comme alternative à l’irriga-
tion par pompage, solution particulièrement onéreuse;
䡵 moderniser l’agriculture irriguée traditionnelle par la diffusion de moyens d’exhaure modernes et
par la formation d’artisans qualifiés (voire des exploitants eux-mêmes) pour en assurer la main-
tenance et éventuellement le renouvellement;
䡵 faciliter et encourager la création de diguettes au niveau des zones d’agriculture de décrue, par
la mise à disposition de brigades topographiques pour préparer le travail sur le terrain;
䡵 améliorer les épandages de crues dans la zone des yaérés par curage des chenaux des systèmes
de défluence;
䡵 mettre en valeur les bas-fonds de la zone soudanienne afin de minimiser les risques d’échec des
cultures qui y sont pratiquées traditionnellement (riz et cultures diverses).
La « Consultation sectorielle sur le développement rural » tenue en juin 1999 a confirmé, tout en les
précisant, les grandes orientations de la consultation de 1993 :
䡵 renforcement des niveaux d’aménagement et d’équipement en cohérence avec les approches de
gestion de l’espace et des ressources;
䡵 promotion du développement local;
䡵 prise en charge locale des ouvrages et des aménagements en favorisant la mobilité des ressour-
ces financières au niveau local et en s’appuyant sur les compétences existantes à ce niveau de
responsabilisation des usagers à la gestion et à l’entretien des périmètres;
䡵 renforcement des capacités locales de gestion et de maintenance des ouvrages et des aménage-
ments;
䡵 participation des usagers au coût de l’eau.

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Cette consultation se penche également sur les aspects législatifs, réglementaires et institutionnels en
insistant sur la nécessité, d’une part, d’élaborer et d’adopter un cadre législatif et réglementaire en ce
qui concerne l’eau et le foncier et, d’autre part, de clarifier les prérogatives et les conséquences des
divers services et institutions impliqués dans la gestion des périmètres.

3 LE CADRE LÉGISLATIF ET RÉGLEMENTAIRE


3.1 Les textes
Il n’existe pas actuellement de cadre juridique défini par des textes législatifs et réglementaires pour
contrôler l’utilisation des ressources en eau et sanctionner les abus manifestes. On notera cependant
qu’un certain nombre de textes sont en cours d’élaboration ou en attente de ratification par le
Gouvernement. Ce sont :
䡵 le Code de l’eau, déjà préparé, mais dont il manque encore les décrets d’application, en cours
d’élaboration;
䡵 le code foncier dont une première version est actuellement en discussion; certains penchent pour
le remplacer par une version élargie, un code rural, qui intégrerait tous les autres codes régle-
mentant l’utilisation des ressources naturelles;
䡵 les décrets portant attributions de la DGRHA, de l’ONDR et de la Direction de l’Hydraulique.
Ces trois décrets nécessitent une clarification des prérogatives et des compétences respectives
de chacune de ces structures;
䡵 les textes relatifs à la création de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT);
䡵 la Convention africaine sur l’utilisation des ressources naturelles communes à deux ou trois états;
䡵 la protocole d’accord entre le Tchad et le Cameroun réglementant l’exploitation des eaux du
Logone à des fins agricoles. Aucun des deux pays, ni même la CBLT, malgré sa position d’arbitre,
n’a veillé à son application alors que les aménagements hydroagricoles du Semry, au Cameroun,
ont toujours enfreint l’une de ses dispositions essentielles, à savoir la limitation des prélèvements
(à l’origine, 5 m3/s pendant les mois de janvier à avril et 10 m3/s en décembre et mai et, actuelle-
ment, respect d’un débit réservé de 40 m3/s).
En revanche, la propriété foncière est régie par un certain nombre de textes, mais leur stricte
application est toujours difficile en raison de leur superposition aux systèmes fonciers plus anciens,
avalisés par la tradition ou édictés par le colonisateur.

3.2 La législation foncière


Le système foncier moderne est consacré par la promulgation des trois lois principales ci-après :
䡵 la loi N° 23 du 22 juillet 1967 sur les statuts des biens domaniaux. Cette loi stipule que le
domaine national est constitué par l’ensemble des biens appartenant à l’État, domaine public et
domaine privé;
䡵 la loi N° 24 du 22 juillet 1967 sur le régime de la propriété foncière et des droits coutumiers.
Cette loi définit les modalités de l’immatriculation ratifiant le titre de propriété des personnes
physiques ou morales, d’une manière définitive et inattaquable;
䡵 la loi N° 25 du 22 juillet 1967 sur la limitation des droits fonciers. Cette loi définit les procédures
d’expropriation et le principe de l’indemnité par accord à l’amiable.
Ces textes juridiques sont censés remplacer les systèmes fonciers plus anciens consacrés par la coutu-
me, la religion ou la législation coloniale, à savoir :
䡵 le système foncier coutumier selon lequel la terre appartient aux groupes sociaux les plus éten-
dus (tribus, clans ou lignages);

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䡵 le système islamique selon lequel le rôle de la collectivité est primordial. Le principe n’élimine pas
l’appropriation foncière, mais interdit toute exclusivité d’exploitation;
䡵 le régime foncier colonial qui a voulu remplacer le système coutumier par une réglementation
écrite et qui attribue la terre à titre provisoire, moyennant certaines conditions (comme la cons-
tatation de mise en valeur) avant de délivrer un titre définitif.
Dans la pratique, néanmoins, la nouvelle législation n’est pas connue des citoyens, surtout dans le
monde rural où le système de chefferie traditionnelle, qui implique l’autorité domaniale, reste d’usage
courant, l’État déléguant son autorité à ses représentants locaux et ne faisant réellement prévaloir ses
droits sur la terre que dans des situations bien précises.
L’accès au foncier répond donc, dans la majorité des cas, au droit coutumier ou au droit islamique. En
territoire musulman, le chef de canton, représentant légal de l’Administration (en général, un dignitaire
coutumier), est responsable de la gestion des terres. Il délègue cette responsabilité au chef de terre
de chaque village, qui en assure la distribution aux paysans selon certaines règles traditionnelles
d’équité. En contrepartie, les bénéficiaires sont tenus de redistribuer un dixième de leur récolte et de
payer une redevance en nature au chef de canton, selon un barème préétabli.
En territoire animiste ou chrétien, la terre est gérée par un notable investi par les autorités officielles,
le chef de terre; c’est lui qui est chargé d’avaliser toute demande d’une terre par un individu, con-
cession qui lui est alors accordée moyennant une redevance foncière destinée à alimenter les finances
de la chefferie.
Les terres attribuées se transmettent de génération en génération, sauf si le requérant n’est pas
originaire du village. Dans ce cas, l’attribution n’est que temporaire, le bénéficiaire étant tenu de rétro-
céder la parcelle exploitée à l’issue de chaque campagne agricole.
Ces principes généraux s’appliquent évidemment tant aux terrains cultivés en pluvial qu’à ceux
destinés aux irrigations traditionnelles. Cependant, le long du fleuve, à proximité de la capitale, tout au
moins, la spéculation foncière a fait son apparition. Il est maintenant fréquent de constater que des
chefs de famille autochtones vendent à des allogènes (en général, des fonctionnaires ou commer-
çants), et avec l’accord des autorités coutumières, des terrains dont ils ont la jouissance depuis
plusieurs générations. Le cas n’est pas rare non plus que des chefs de village recourent aux mêmes
pratiques au détriment éventuel des ayants droit, ce qui est bien sûr une source potentielle de conflits.
Au désert, où ce n’est pas la terre mais l’eau qui est le facteur déterminant, la législation foncière
coutumière, toujours d’application, est quelque peu différente. Elle prévoit :
䡵 que l’eau est la propriété de tous, mais que les aménagements réalisés pour l’exploiter (captages
de sources, puits ou forages, systèmes d’exhaure) appartiennent à ceux qui les ont mis en place;
䡵 que les jardins (forcément irrigués) appartiennent à ceux qui les ont aménagés et qui les
cultivent;
䡵 qu’à l’intérieur des jardins, les palmiers préexistants restent la propriété des pasteurs nomades
qui les ont généralement plantés ou celle de leurs héritiers.

4 LES ACTEURS
De nombreuses structures publiques, parapubliques, privées et internationales ainsi que les organisa-
tions paysannes participent de manière plus ou moins active aux différents projets et programmes
comportant une composante qui relève de l’hydraulique agricole. Ce sont :
䡵 les acteurs institutionnels;
䡵 les acteurs parapublics;
䡵 les bailleurs de fonds;
䡵 les organisations paysannes;
䡵 le secteur privé;
䡵 les ONG.

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4.1 Les acteurs institutionnels

4.1.1 La Direction du Génie Rural et de l’Hydraulique Agricole


La DGRHA qui dépend du Ministère de l’Agriculture est chargée entre autres :
䡵 de planifier, programmer, coordonner et gérer les études et les travaux d’aménagement des
périmètres agricoles relevant du secteur public ou parapublic;
䡵 d’étudier et d’exécuter (ou de faire exécuter sous son contrôle) les programmes d’utilisation des
eaux à des fins agricoles, y inclus les travaux de CES/DRS;
䡵 de centraliser ou d’actualiser l’ensemble des données relatives aux ouvrages de génie rural et
d’hydraulique agricole;
䡵 de réglementer la création des périmètres et aires d’irrigation, de suivre la gestion, l’exploitation
et la maintenance des aménagements hydroagricoles, d’autoriser les prélèvements et l’utilisation
des eaux à des fins agricoles et d’attribuer les permis d’exploitation des moyens de pompage et
d’exhaure;
䡵 de conseiller et d’appuyer techniquement les organisations professionnelles agricoles dans les
domaines de la gestion, de l’exploitation et de la maintenance des aménagements hydroagricoles;
䡵 de participer avec les autres services concernés aux études d’impact précédant la réalisation de
périmètres irrigués;
䡵 d’agréer et de contrôler les opérateurs intervenant dans le domaine de l’hydraulique agricole;
䡵 de réaliser les travaux en régie;
䡵 de mener les expérimentations et recherches sur les matériels d’irrigation et d’exhaure.
Ces diverses attributions, qui couvrent en principe tout le spectre des interventions en matière
d’hydraulique agricole, restent néanmoins très théoriques, car la DGRHA n’a ni les moyens humains
ni les moyens financiers de les assumer intégralement.
Au plan structurel, la DRGHA comporte trois divisions principales, neuf subdivisions régionales, dont
cinq seulement opérationnelles et le Service administratif et financier. On notera aussi la création assez
récente à l’intérieur de la DGRHA d’une capacité hydraulique de conseil et d’appui technique des
producteurs usagers des périmètres irrigués, ainsi que de suivi des aménagements hydroagricoles.
La Division de l’hydraulique agricole et des aménagements regroupe quatre services : irrigation et drai-
nage, barrages et mares, conservation des eaux et des sols, gestion des infrastructures hydroagricoles.
La Division des appuis techniques comprend quatre services : topographie, cartographie et dessin,
programmation et suivi-évaluation, recherche, formation et documentation, marchés.
La Division des équipements ruraux comporte les quatre services suivants : construction et habitat,
pistes rurales, machinisme agricole et transformation des produits froids, énergies nouvelles et renou-
velables.
Les neuf subdivisions régionales sont celles du Chari-Baguirmi, du Guéra-Batha, du Ouaddaï-Biltine,
du BET, du Lac-Kanem, du Salamat, des Logone occidental et oriental, du Mayo-Kebbi-Tandjilé, du
Moyen-Chari (les subdivisions en italiques ne sont pas opérationnelles en 2001).

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4.1.2 La Direction des Études, des Programmes et des Projets (DEPP)
La DEPP, créée par arrêté N° 123/MA/DG///N° 197/DEPP/2000, placée sous la Direction Générale
du Ministère de l’Agriculture, est chargée :
䡵 de la coordination et de l’élaboration des politiques et du Programme d’investissement public
(PIP) du secteur agricole en concertation avec les ministères concernés;
䡵 de la formulation des programmes et des projets agricoles, de la coordination et de leur exécu-
tion;
䡵 du suivi de la mise en œuvre des politiques et des programmes sectoriels;
䡵 de la mise en place de la gestion des fichiers des programmes et projets;
䡵 de la programmation des investissements, du suivi et de l’évaluation de leur réalisation;
䡵 du suivi et du contrôle des activités des ONG intervenant dans le domaine agricole.
La Direction des Études, des Programmes et des Projets comprend la Division du suivi et évaluation
des programmes et projets, la Division de la documentation et de l’information et la Division des
études et de programmation des investissements.

4.1.3 Les autres intervenants


La Division de la statistique agricole est chargée de la collecte, du traitement et de la publication des
données annuelles relatives à la production de toutes les cultures par zone agroclimatique (superficies
emblavées et récoltées, rendements, productions).
La Direction des ressources en eau et de la météorologie (DREM) du Ministère de l’Environnement
et de l’Eau dispose de toutes les bases de données en matière d’agroclimatologie et d’hydrologie.

4.2 Les acteurs parapublics

4.2.1 L’Office National du Développement Rural


L’ONDR est un organisme parapublic créé en juillet 1965 et chargé de l’exécution des programmes
de développement agricole. À ce titre, il est responsable notamment des programmes de dévelop-
pement agricole, de l’animation des groupements villageois créés pour assurer l’exploitation des
périmètres irrigués, de la formation du personnel affecté à la distribution de l’eau ainsi que des
membres des comités de gestion, de l’approvisionnement des producteurs en facteurs et moyens de
production.
Cette entité se compose :
䡵 d’une direction nationale basée à N’Djaména;
䡵 d’une sous-direction soudanienne dont le siège est à Moundou;
䡵 d’une sous-direction sahélienne, basée à Abéché;
䡵 d’une sous-direction saharienne fixée à Faya.
Force néanmoins est de reconnaître qu’en ces matières, ses résultats ne correspondent pas aux
attentes, même si d’autres facteurs portent une part de responsabilité dans ce constat. Rares sont en
effet les périmètres grands ou petits où il y a eu à intervenir, qui ont pu maintenir leurs activités au-
delà des trois ou quatre années subséquentes au retrait de l’assistance technique extérieure. De plus,
les périmètres FED réalisés dans les années 90 semblent ne pas devoir échapper à la règle; de
nombreux dysfonctionnements, ventes et abandons de parcelles sont d’ores et déjà constatés.

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4.2.2 La Société de Développement du Lac
1 Elle a, entre autres, La Société de Développement du Lac (SODELAC) s’est vu confier le développement global de la
assuré la réhabilitation préfecture du Lac. À ce titre, elle effectue ou fait exécuter sous son contrôle les divers travaux d’amé-
du polder de Bérim et nagements hydrauliques1 avec, il est vrai, le concours de deux agents de la DGRHA qui renforcent sa
supervise, avec l’aide
d’un bureau d’études propre équipe. Bénéficiant du concours financier de la BAD depuis de nombreuses années, il s’agit
spécialisé, les travaux d’une structure pleinement opérationnelle dont le siège est à N’Djaména (Direction générale et
d’aménagement du Division de la planification et de suivi-évaluation). Elle possède deux divisions techniques, aménage-
polder de Mamdi.
ments et travaux d’une part, production d’autre part, regroupées en une direction technique et basées
à Bol.

4.2.3 L’Office National de la Sécurité Alimentaire


L’Office National de la Sécurité Alimentaire (ONASA) créé par la loi N° 002/PR/2001 du 21 février
2001 est placé sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture. Il s’agit d’un établissement public à
caractère industriel et commercial, doté d’une personnalité morale et d’une autonomie financière. Il a
pour missions principales :
䡵 la constitution, la conservation et la gestion d’un stock de réserves de produits vivriers lui per-
mettant d’intervenir en cas de nécessité ou d’urgence;
䡵 le traitement et la conservation des stocks;
䡵 la participation au financement des aménagements ruraux et des infrastructures utiles aux
organisations et populations rurales;
䡵 le concours aux opérations de distribution des aides alimentaires dans le respect de son
autonomie financière;
䡵 la constitution d’un fonds de sécurité alimentaire;
䡵 l’appui à la protection des cultures par le financement des produits et matériels phytosanitaires;
䡵 l’appui aux organismes internationaux concernés par le suivi des marchés et des produits
vivriers.
L’administration de l’ONASA est assurée par les structures suivantes : le Comité paritaire de suivi, le
Conseil d’administration, la Direction générale et les directions techniques.

4.3 Les bailleurs de fonds


Les principaux bailleurs en hydraulique agricole figurent au tableau 1.
Il montre que la Banque Africaine de Développement, le Fonds Européen de Développement, la
Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique et le Fonds International de
Développement Agricole sont les grands bailleurs dans le domaine agricole au Tchad.
Plus de 90 % des sommes investies dans le secteur agricole proviennent de prêts.

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4.4 Les organisations paysannes
Un résumé des principales organisations paysannes inventoriées sur les différents types de périmètres
irrigués est présenté dans les prochains paragraphes.

Tableau 1 : Bailleurs de fonds en hydraulique agricole (1985-2000)


Bailleurs Nbre de projets Montants (MFCFA) Type de financement
BAD 3 19,85 Prêt
FED 3 18,2 Prêts et dons
BADEA 1 17 Prêt
FIDA 3 16,82 Prêts
OPEP/BID/BAFEA 1 11,88 Prêt
BAD/BID/BADEA 1 11,8 Prêt
Allemagne (GTZ) 2 4,77 Don
PNUD 1 0,793 Don
UNSO 1 0,68 Don
France 1 0,5 Don
FAO 1 0,19 Don
Total 18 102 483
Source : SDEA 2001
Bailleurs en hydraulique agricole (1985-2000)
25
(Milliards FCFA)

OPEP/BID/BAFEA

BAD/BID/BADEA

Allemagne (GTZ)

20
Montant

15
BADEA
BAD

FIDA
FED

10
UNSO
PNUD

France

FAO
5

0
Bailleurs

Source : SDEA 2001

Organisation des exploitants sur les périmètres en zone de Kim


L’organisation des exploitants sur ces périmètres est de type groupement villageois à caractère
coopératif (coopératives). Le but des groupements est le développement économique et social de
chaque village par la mise en valeur et l’exploitation autogérée de chaque périmètre irrigué.
Le groupement est constitué des exploitants qui composent l’Assemblée générale (AG); le Comité
de Gestion du Périmètre (CGP) est désigné par l’AG. Le nombre de membres du CGP est variable,
mais il est nécessairement constitué des postes suivants : président, secrétaire général, trésorier,
conseiller, commissaire aux comptes et magasinier. Il y a également un Comité directeur qui est
l’organe de liaison entre les villages et les ONG. Ce comité n’a pas beaucoup d’impact sur la gestion
du périmètre, mais joue un rôle de coordination pour la recherche de fonds.
Organisation des exploitants sur les périmètres FED
La forme d’organisation adoptée est le groupement villageois (GV). L’Assemblée générale élit les
membres du comité de gestion, responsable direct de la gestion du groupement. Le Groupement de
Producteurs Agricoles (GPA) est mis en place sur chaque périmètre. Le chef du GPA est élu et
représente les membres de son groupe au comité de gestion; il joue un rôle relais entre les membres
du groupement et le comité de gestion.
Groupements d’Intérêt Économique dans les ouaddis
Les paysans, dans les ouaddis, s’organisent en Groupements d’Intérêt Économique (GIE) dans le but
de développer des actions ayant un intérêt global pour le village : petits commerces, banque de
céréales, exploitation des ouaddis.

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Le groupement d’exploitation des ouaddis recherche des crédits pour la satisfaction des besoins en
petit outillage, l’achat de semences, etc.
Il est à noter que les groupements de type villageois sont difficiles à mettre en place car les investis-
sements dans les ouaddis sont individualisés. Des efforts importants sont à entreprendre pour favo-
riser la création de ce type d’organisation paysanne.
Organisation des exploitants sur les périmètres irrigués du Chari
La forme d’organisation paysanne adoptée sur les périmètres irrigués du Chari (PIC) est de type
groupement villageois. Cependant, ces groupements villageois connaissent de grandes difficultés dans
leur organisation et leur mode de fonctionnement, ce qui génère des impacts négatifs directs sur le
bon fonctionnement des périmètres irrigués.
Organisation des exploitants sur les périmètres irrigués du BET
Sur les périmètres irrigués du BET, il y a des groupements d’exploitants à vocation agricole qui ont
pour but la gestion des périmètres, incluant notamment l’entretien des forages, le nettoyage des
canaux, la mise en place du calendrier des travaux collectifs et l’organisation du travail.
Ces groupements sont dirigés par un Comité directeur qui regroupe entre 7 et 12 membres. Chaque
groupement a un responsable de la gestion de l’eau qui s’occupe de l’entretien du forage et du
contrôle des tours d’eau dont la rotation en nombre de jours varie d’un site à l’autre.
Organisation des exploitants sur les périmètres privés
Il n’existe aucun cadre formel d’organisation des exploitants sur les périmètres privés. Toutefois, les
trois types d’organisations décrites ci-après peuvent être rencontrés.
䡵 Le mode d’exploitation directe : le propriétaire investit ses ressources propres, exploite sa par-
celle et récolte ses produits.
䡵 Le mode de métayage : le propriétaire loue la parcelle à un exploitant qui la met en valeur. La
récolte des produits est partagée entre le propriétaire et l’exploitant en parts égales.
䡵 Le mode de fermage : le propriétaire fournit les intrants et sollicite la main-d’œuvre de la popu-
lation locale. La récolte est partagée en termes de produits nets. Le propriétaire déduit la quan-
tité de récolte correspondant à ses investissements et le reste de la récolte est partagé en parts
égales entre la population et le propriétaire.

4.5 Les ONG


Les ONG sont intervenues massivement dans l’irrigation au Tchad pendant les années de sécheresse
(surtout en 1984-1985). Cependant, la plupart des ONG ont abandonné l’irrigation, actuellement;
seul AFRICARE continue à travailler dans ce domaine.
Le Secrétariat permanent des ONG (SPONG), rattaché au Ministère du Plan et de la Coopération,
est censé assurer le suivi et l’évaluation des activités des ONG œuvrant au Tchad.

4.6 Le secteur privé

4.6.1 Les bureaux d’études


Il existe quelques bureaux d’études tchadiens, de création récente, qui œuvrent en agriculture et plus
spécifiquement en irrigation. Ils interviennent tant dans les aménagements hydroagricoles que dans le
domaine des bâtiments. Ces bureaux d’études sont en mesure de réaliser des études, de superviser
les travaux et de dispenser de la formation. Les principaux bureaux d’études identifiés sont : le Bureau
d’Études de Génie Rural Sazou (BEGRS), AgriTchad, la Société Générale d’Études et de Conseils
(SOGEC) et le Bureau d’Ingénierie et de Conseils (BIC).
Les responsables de ces bureaux ont tous exprimé des besoins en formation afin d’être compétitifs
dans la sous-région où il existe une forte compétition de bureaux d’études sénégalais, maliens et
nigériens.

18 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
4.6.2 Les sociétés spécialisées dans les aménagements hydroagricoles
Il n’existe pas de sociétés nationales tchadiennes spécialisées dans le domaine de la construction des
aménagements hydroagricoles. Les sociétés qui interviennent dans le domaine sont des sociétés
internationales telles que SATOM et SETUBA.

5 LES INVESTISSEMENTS ET LES PROJETS


5.1 L’historique des projets d’hydraulique agricole
L’origine des irrigations traditionnelles se perd dans la nuit des temps et seules quelques rares techni-
ques de mobilisation ou d’utilisation de l’eau ont pu évoluer au cours des dernières décennies, tels la
généralisation de l’utilisation du chadouf ou encore le recours à l’arrosoir.
En revanche, les irrigations modernes ont connu quatre phases de développement s’inscrivant dans le
cadre d’une politique délibérée ou, à l’inverse, dans celui d’une situation de crise afin d’en modérer les
effets.
La première phase, initiée avant la décolonisation, s’est poursuivie jusque dans les premières années
de la décennie 70. Elle était centrée sur les grands aménagements structurants à vocation agro-
industrielle et gestion étatique. Elle a conduit, au cœur du BET, à l’aménagement des forages artésiens
en vue de développer les productions fruitières (dattes et raisins de table), en bordure du Lac Tchad,
à la création de deux polders modernes destinés à assurer l’approvisionnement en blé des Grands
Moulins de N’Djaména, et, dans le bassin du Chari-Logone, à la création d’un périmètre sucrier
(Banda), d’un périmètre cotonnier (casier A) reconverti par la suite en périmètre rizicole pour des
raisons pédologiques, et de trois périmètres rizicoles (casiers B et C, périmètre de Satégui-Déressia).
La deuxième phase a commencé avec la sécheresse des années 1972-1973, sécheresse qui perturba
fortement les productions agricoles. Le Gouvernement du Tchad prit alors l’option de sécuriser
l’alimentation des populations par le développement des cultures vivrières irriguées. C’est donc de
cette époque que datent les premiers projets de modernisation des irrigations traditionnelles prati-
quées dans les ouaddis du Lac et du Kanem ou encore l’aménagement des petits périmètres irrigués
du Chari (PIC). En 1979, au déclenchement de la guerre civile, les initiatives menées en matière
d’exhaure, tant au Lac qu’au Kanem, ne rencontraient guère de succès, tandis que le long du Chari
douze périmètres villageois seulement sur la quarantaine prévue sur les deux rives du fleuve étaient
aménagés. Le bilan du conflit alourdit encore ce constat d’échec, car tous les périmètres PIC avaient
subi des dégradations importantes. Le retour à la paix civile marqua la fin de cette deuxième phase.
La troisième phase, consécutive à la grande sécheresse de 1984, avait comme objectif d’enrayer, par
la création de petits périmètres irrigués, l’exode des populations sahéliennes. Les aménagements dont
l’exécution et l’encadrement avaient été confiés à une série d’ONG furent réalisés selon la philosophie
« Vivres contre Travail », c’est-à-dire la distribution de vivres aux personnes déplacées en échange de
travail. L’arrêt de la distribution de vivres et la faible motivation des bénéficiaires eurent tôt fait de
conduire à leur abandon.
La quatrième et dernière phase, qui a suivi d’assez près les interventions d’urgence liées à la séche-
resse, répond cette fois au souci d’assurer le ravitaillement de la ville de N’Djaména en denrées
alimentaires de base, à savoir le riz, les légumes et les fruits. Elle bénéficie, à cet effet, de l’appui du FED
et de la BAD. Le premier finance la réalisation des petits périmètres irrigués villageois à vocation
rizicole, avant de fournir un simple appui financier aux initiatives locales à travers le Projet de micro-
réalisations (PMR); la seconde entité finance le développement des irrigations modernes et tradi-
tionnelles améliorées au niveau du Lac. Ceci n’empêche pas quelques initiatives ponctuelles visant à
améliorer le quotidien des populations rurales défavorisées (développement de nouveaux forages au
BET, aménagement de petits bassins versants dans les préfectures de l’Est, projets FIDA du Kanem et
du Guéra, etc.).

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 19
5.2 Les projets en cours ou en démarrage (1999-2005)
䡵 Le Schéma directeur du BET propose de développer les irrigations à partir de forages artésiens
dans la cuvette de Faya et un premier projet de 200 ha est d’ores et déjà programmé (finance-
ment BID). Le schéma directeur recommande, en outre, dans les zones où les conditions
hydrogéologiques et le contexte économique le permettent, d’encourager le remplacement des
systèmes d’exhaure traditionnels par des systèmes modernes plus performants (groupes
motopompes). Il suggère aussi de créer une brigade mobile de génie rural destinée à fournir un
appui technique et logistique aux agriculteurs oasiens pour les aider à réhabiliter ou à améliorer
les puits ou les ouvrages de captage de sources, notamment au Tibesti.
䡵 Le Schéma directeur de développement socio-économique de la région du Lac retient, paral-
lèlement au développement des polders modernes de Guini, Bérim et Mamdi (en cours de réali-
sation), le principe de réhabiliter, tout en les modernisant, les polders traditionnels qui jalonnent
le pourtour du lac entre Baga Sola et Doum-Doum pour faire de la région un véritable pôle de
développement axé sur la céréaliculture irriguée, et plus particulièrement sur le blé pour lequel
existe une forte demande urbaine. Il prévoit également, comme dans le Kanem voisin, de
développer l’exploitation des nappes superficielles ou peu profondes dans les ouaddis et polders
asséchés des sous-préfectures de NGouri et de Liwa. Dans ce contexte, une quinzaine de pol-
ders couvrant quelque 12 000 ha ont d’ores et déjà été étudiés et les travaux d’aménagement
devraient démarrer bientôt; 300 ha devraient, en outre, être aménagés en maîtrise totale à par-
tir de forages à la nappe des sables dans le secteur de Doum-Doum.
䡵 Les projets PDAOK et PSANG, financés par le FIDA, ont connu un certain nombre d’avatars qui
ont empêché de mener à bien la totalité des prestations prévues, notamment en matière
d’hydraulique agricole. On notera néanmoins, au niveau du PSANG, la réalisation de travaux de
CES sur 282 ha et la programmation pour la période 2000-2002 de 2 000 ha supplémentaires
avec l’appui du PAM. Outre une réduction sensible des pertes en terres (ramenées de quelques
15 t/ha à moins de 3 t/ha), les gains de productivité escomptés sont de l’ordre de 40 % par rap-
port aux rendements habituels. De même, le projet PDAOK bénéficiera du soutien du PAM non
tant pour développer les irrigations que pour assurer une meilleure protection des terrains agri-
coles les plus fertiles (ouaddis).
䡵 Le Projet de développement rural intégré de la préfecture de Biltine axe son intervention sur
l’aménagement des bassins versants dans le triple souci de réduire l’érosion, d’accroître les
ressources en eaux mobilisables et d’assurer la recharge des nappes. Neuf bassins versants de
taille relativement modeste seront traités dans une première tranche, en s’inspirant des réalisa-
tions du PAO (Projet d’Aménagement des Ouaddis), financé par la coopération allemande. Ils
bénéficieront de travaux de CES/DRS à l’amont et seront dotés, à l’aval, d’une digue équipée d’un
seuil déversant. Le résultat attendu est le développement des cultures de décrue sur 550 ha et
des irrigations sur 650 ha.
䡵 Le Projet de Valorisation des Eaux de Ruissellement Superficiel (PVERS), en démarrage, con-
cerne les préfectures du Batha, du Biltine, du Ouaddaï et du Guéra. Il s’inscrit dans une logique
et un canevas identiques à ce qui est proposé dans le Biltine. Les aménagements porteront sur
neuf bassins versants et permettront la pratique d’une agriculture de décrue sur 555 ha et l’ex-
ploitation des nappes d’accompagnement sur 31 ha.
䡵 Toujours dans cette même région sahélienne au relief accidenté (Biltine, Ouaddaï et Guéra), le
projet PAM à haute intensité de main-d’œuvre (HIMO), « Aménagement des ressources
naturelles dans la zone sahélienne », envisage de réhabiliter certains ouvrages et d’appuyer les dif-
férents projets en cours :
䊳 réhabilitation des trois barrages encore fonctionnels réalisés par l’ONG AFRICARE;
䊳 appui à la création de six petits barrages dans le cadre du PAO afin de permettre l’irrigation
de 106 ha supplémentaires;

20 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
䊳 appui à la réalisation de travaux de CES entrepris par le PSANG (2 000 ha sur trois ans), par
le PAO (540 ha sur deux ans) et par AFRICARE (759 ha sur deux ans);
䊳 appui à la réalisation de petits ouvrages de correction torrentielle (neuf digues filtrantes pour
15 ha dans le cadre du PAO);
䊳 appui à l’aménagement des zones basses afin de mieux maîtriser les ruissellements (édifica-
tion de diguettes dans le cadre du PSANG : 156 ha concernés) ou de digues d’étalement des
crues (AFRICARE : 156 ha concernés).
䡵 Dans la région du lac Fitri (Batha), une étude ancienne (PDRI du lac Fitri-1988), mais devant être
réactualisée bientôt, prévoit le développement des cultures fruitières et maraîchères au niveau de
jardins familiaux pour améliorer la diète journalière des populations autochtones et répondre à
la demande urbaine régionale (Ati, notamment) et nationale (N’Djaména n’est qu’à 450 km, dont
une centaine seront goudronnés d’ici peu). Un second volet du programme prévoit la régulari-
sation interannuelle de manière à sécuriser la production de berbéré sur 15 000 ha (actuellement
la superficie emblavée chaque année varie entre 5 000 et 15 000 ha selon l’importance des pré-
cipitations dans les bassins versants bordiers).
䡵 Le Projet du développement intégré du Salamat va se concrétiser très prochainement par la
mise en œuvre d’un certain nombre de projets, dont deux touchant spécifiquement l’hydraulique
agricole. Ce sont :
䊳 le projet de construction d’un radier submersible à Am-Timan au niveau du franchissement
du Bahr Azoum par la route. La petite retenue artificielle ainsi créée permettra de stocker
les queues des crues et les débits d’étiage avec un potentiel d’utilisation de 50 l/s pendant
huit mois. Celle-ci sera mise à profit par les riverains pour irriguer une trentaine d’hectares
de fruitiers et de diverses productions maraîchères;
䊳 le projet d’amélioration des épandages de crues au nord d’Am-Timan de façon à mieux
sécuriser la production de berbéré sur quelque 9 000 ha.
䡵 Le Schéma directeur de développement de la zone soudanienne se contente de définir les
orientations qu’il convient de privilégier en matière d’hydraulique agricole. Ce sont :
䊳 la réhabilitation de grands périmètres;
䊳 le développement des petits périmètres irrigués villageois, sous réserve d’une volonté mani-
feste des populations;
䊳 la diversification des productions (fruits et légumes);
䊳 l’amélioration des cultures de décrue;
䊳 l’aménagement des bas-fonds.

5.3 La synthèse des investissements et des projets


Le tableau 2 récapitule les principaux projets réalisés, en cours ou qui démarreront sous peu en
hydraulique agricole. Il illustre également les investissements sous forme de dons ou de prêts réalisés
dans le sous-secteur.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 21
Tableau 2 : Récapitulatif des projets et des investissements en hydraulique agricole (1985-2005)
Nature
Nom Organisme de Bailleurs Montant
finance-
du projet Localisation Domaine d’intervention pilotage de fonds du financement Période
ment
Programme Chari-Baguirmi Sécurité alimentaire et promotion ONDR FED 5 235 000 000 1988-1993 Prêt
prioritaire de et Mayo-Kebbi de l’économie rurale, sauvegarde FCFA
développement en des ressources naturelles et
zone de amélioration des conditions de vie
concentration des populations rurales
Programme de Lac Tchad, Chari- Composante multisectorielle 12 ministères FED 43 millions ECU 1989-1992 Prêt
développement rural Baguirmi, Mayo- avec plusieurs
(ADER) Kebbi structures de
terrain
Projet de relance du Lac Tchad Rétablissement des capacités SODELAC BAD 7 635 019 000 1989-1994 Prêt
Lac Tchad opérationnelles de la SODELAC, FCFA
aménagement et mise en
production de 800 hectares du
polder de Bérim
Projet de Kanem Protection contre l’ensablement, ONDR UNSO 679 414 000 1992-1997 Don
développement agro- amélioration des systèmes de FCFA
sylvo-pastoral dans la production, appui à l’amélioration
préfecture du Kanem des moyens d’exhaure et à une
meilleure maîtrise des techniques
d’irrigation

Planification et Lac Tchad Constitution d’une base de CBLT PNUD 792 442 000 1990-1993 Don
gestion des données nécessaires à la FCFA
ressources en eau du préparation de l’évaluation des
bassin du Lac Tchad ressources potentielles du bassin
du Lac Tchad
Micro-irrigation Lac Tchad, Chari- Réalisation de petits Génie rural FED 190 000 000 1989-1993 Prêt
Baguirmi, Mayo- aménagements hydroagricoles FCFA
Kebbi simples et diversifiés

Projet de BET Aménagement de la palmeraie ONDR FAC 500 000 000 1990- 1994 Don
développement d’Ain Galaka, le curage des FCFA
intégré des sources, l’aménagement des
palmeraies du BET canaux des périmètres, le test
des moyens d’exhaure, le busage
des puits tonneaux, le forage des
puits de NGourma et Dozanga,
l’aménagement de 5 périmètres
irrigués
Projet de Kanem Développement des systèmes de Ministère de FIDA 2 087 000 000 1992-1999 Prêt
développement rural production adaptés aux nouvelles l’Agriculture FCFA
du Kanem conditions agroécologiques et
garantissant de manière durable la
sécurité alimentaire, appui à la
protection et restauration des
ressources naturelles, amélioration
du système d’irrigation
Polder de Mamdi Lac Tchad Aménagement agricole : réseau SODELAC BAD/BID/ 11 804 063 000 1989-1995 Prêt
d’irrigation et drainage, pistes BADEA FCFA
agricoles, aménagement de 1 800
hectares de blé et maïs

22 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
Tableau 2 : Récapitulatif des projets et des investissements en hydraulique agricole (1985-2005) suite
Nature
Nom Organisme de Bailleurs Montant
finance-
du projet Localisation Domaine d’intervention pilotage de fonds du financement Période
ment
Projet de Salamat Agro-sylvo-pastoral Cellule de OPEP/BID/ 11 878 000 000 1999-2001 Prêt
développement gestion à la BADEA FCFA
intégré du Salamat Direction
générale de
l’agriculture
Projet de sécurité Guéra Intensification des cultures, Unité de gestion FIDA 10 782 000 000 1992-1999 Prêt
alimentaire du Nord extension des superficies cultivées, du projet du FCFA
Guéra protection et récupération des sols Ministère de
par l’apport de matières l’Agriculture
organiques et des travaux contre
l’érosion hydrique et éolienne
Projet des Ouaddaï, Biltine Protection des berges contre ONDR GTZ 1 554 000 000 1998-2002 Don
aménagements des l’érosion hydrique, construction FCFA
ouaddis de Ouaddaï- des barrages, réalisations des
Biltine cordons pierreux
Projet de Kanem Amélioration de la sécurité Cellule de FIDA 3 937 000 000 1995- 2001 Prêt
développement alimentaire, réduction de la gestion du FCFA
agricole des ouaddis vulnérabilité des plus pauvres face projet du
du Kanem à la dégradation de Ministère de
l’environnement et protection du l’Agriculture
potentiel productif de la région
Projet de Mayo-Kebbi Conservation et gestion des GTZ GTZ 3 219 000 000 1998-2001 Don
conservation et ressources naturelles FCFA
gestion des
ressources naturelles
dans le Mayo-Kebbi
Projet eaux de Batha, Biltine, Construction de petits barrages Direction du BAD 9 980 000 000 1999-2004 Prêt
ruissellement Ouaddaï, Guéra pour les cultures de décrue et génie rural FCFA
l’irrigation
Projet spécial pour la Batha, Chari- Réalisation d’un programme-pilote Comité de FAO 195 000 000 1999- 2001 Don
sécurité alimentaire Baguirmi, de promotion de la maîtrise de pilotage du FCFA
Moyen- Chari, l’eau permettant l’intensification de projet à créer
Tandjilé et Mayo- la production agricole par
Kebbi l’introduction de techniques de
mobilisation des ressources en
eau, adaptées aux conditions
locales et à faible coût
Projet de BET Aménagement hydroagricole de ONDR BAD 2 227 000 000 Démarrage Prêt
développement rural 200 hectares de palmeraies dans 6 FCFA courant
intégré du BET localités, construction de 12 1999
forages
Projet de Lac Tchad Aménagement de 13 polders SODELAC BADEA 17 000 000 000 1993- 1999 Prêt
développement FCFA
intégré de la région
du Lac

Source : SDEA 2001

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6 LES ÉQUIPEMENTS
L’utilisation de l’eau à des fins agricoles s’effectue sous de multiples formes, guidée en cela par le con-
texte environnemental. La plupart revêtent un caractère traditionnel et combinent éventuellement
l’utilisation des eaux superficielles et de la nappe phréatique. Mais, il existe également des périmètres
de conception tout à fait moderne ainsi que des périmètres que l’on peut qualifier d’améliorés dans
la mesure où les innovations par rapport aux systèmes traditionnels restent limitées. La figure 1 illustre
la répartition sur le territoire tchadien de ces différents types d’équipements. Les figures 2 et 3 illus-
trent respectivement l’intensité des cultures et la nature des sols. En référence aux critères de classi-
fication en usage au Tchad, à savoir la taille du périmètre, le niveau de maîtrise de l’eau et la nature
des cultures, on a coutume de retenir les sept systèmes d’irrigation suivants :
䡵 agriculture de décrue;
䡵 riziculture de bas-fonds;
䡵 petite irrigation traditionnelle en maîtrise totale de l’eau;
䡵 petite irrigation moderne en maîtrise totale de l’eau;
䡵 grands périmètres en maîtrise partielle de l’eau;
䡵 grands périmètres en maîtrise totale de l’eau;
䡵 systèmes oasiens.

6.1 L’agriculture de décrue


L’agriculture de décrue est la forme la moins élaborée de la céréaliculture irriguée traditionnelle. Il
s’agit d’un système d’irrigation naturelle à dose unique, délivrée à l’occasion de la montée des eaux.
En d’autres termes, c’est une agriculture extensive pratiquée au niveau des zones de débordement
des cours d’eau permanents ou temporaires ainsi qu’à celui de la zone de marnage des plans d’eau
permanents.
La superficie susceptible d’être emblavée est conditionnée par l’importance de la crue, tandis que le
niveau de production est lié aux caractéristiques physico-chimiques des sols, à la hauteur de la lame
d’eau et à la durée de la submersion. De façon concrète, les cultures de décrue nécessitent des sols
profonds, non salés, à forte capacité de rétention (les sols légers ou ceux à forte teneur en sels sont
exclus), une inondation prolongée (la topographie doit être relativement plane de façon à ce que la
submersion dure quatre semaines au moins) et une lame d’eau suffisamment épaisse et régulière
(≥ 30 cm) pour saturer le sol sur toute l’épaisseur du sol fouillée par les racines. Pour optimiser ces
différents paramètres, les exploitants ou leurs structures d’appui ont recours à divers artifices, tels
l’édification de diguettes en courbes de niveau, le curage et le recalibrage des chenaux naturels et, plus
récemment, la mise en place d’ouvrages écrêteurs de crues.
Les cultures de décrue sont consacrées, pour l’essentiel, au berbéré, variété de sorgho parfaitement
adaptée au contexte édapho-climatique et, dans une moindre mesure, au maïs, surtout cultivé au ni-
veau de la zone de marnage du Lac Tchad. La formation de nappes temporaires, notamment à l’amont
des ouvrages écrêteurs de crues, peut également donner lieu à un certain élargissement de la gamme
culturale avec le développement des cultures légumières de contre-saison, dont les besoins en eau
sont alors couverts par l’exploitation de l’aquifère artificiel temporaire ainsi créé.
La superficie consacrée à ce type de culture est de quelque 125 000 ha pour une production que l’on
peut estimer à environ 100 000 tonnes; les rendements se situent en général dans une fourchette
allant de 600 à 1 200 kg/ha.
Au plan hydrique et sur la base d’une consommation en eau de l’ordre de 4 000 m3/ha, le
prélèvement annuel moyen des cultures de décrue se chiffre à quelque 600.106 m3. Il ne s’agit
toutefois pas là d’un prélèvement au sens propre du terme puisque cette eau se dissiperait de toute
façon par évaporation.

24 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
Insérer figure 1 : Aménagements hydroagricoles
Fichier : Figure 1_HA_VF
Power point.

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Insérer figure 2 :Type et intensité de culture
Fichier : Figure 2_HA_VF
Power point.

26 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
Insérer figure 3 : Carte pédologique
Fichier : Figure 3_HA_VF.
Power point.

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6.2 La riziculture de bas-fonds
La frange soudanienne des bassins du Chari et du Logone regorge de bas-fonds régulièrement sub-
mergés par les crues et les eaux de ruissellement. La plupart de ces dépressions restent incultes pour
des raisons diverses (terrain marécageux, difficulté d’accès, végétation dense, etc.); certaines donnent
lieu à une riziculture pluviale extensive aux rendements certes modestes (en général ≤ 1 t/ha), mais
appréciables, dans ces régions où le coton est roi. Quelques-uns de ces bas-fonds ont même bénéficié,
au cours des décennies 70 et 80, d’aménagements portant essentiellement sur l’édification systéma-
tique de diguettes permettant une meilleure rétention de l’eau et un accroissement sensible des ren-
dements (portés à environ 1,5 t/ha). Des centaines, voire un millier d’hectares, auraient ainsi été
bonifiés.
L’état actuel des connaissances ne permet pas de préciser ni l’importance volumétrique des produc-
tions qui leur sont redevables (quelques milliers de tonnes tout au plus) ni le potentiel de dévelop-
pement qu’ils recèlent (mais qui se chiffre sans doute en dizaines de milliers d’hectares).
En tout état de cause, l’absence de données fiables quant à la situation actuelle prévalant dans les bas-
fonds ne peut avoir une incidence sur le Schéma Directeur de l’Eau et de l’Assainissement tant les
chiffres les plus vraisemblables, au plan des productions ou des consommations en eau, n’ont qu’une
valeur anecdotique.
En revanche, la connaissance du potentiel que représentent ces bas-fonds en termes d’irrigation est
capitale pour la préparation d’un plan de développement cohérent du sous-secteur en vue d’assurer
la sécurité alimentaire du pays. C’est là une priorité dont les modalités devront donc être précisées
rapidement.

6.3 La petite irrigation traditionnelle en maîtrise totale de l’eau


Il existe partout au Tchad des formes traditionnelles d’irrigation adaptées au contexte. Les systèmes
les plus communs sont l’irrigation au chadouf, l’irrigation au seau ou à l’arrosoir et l’irrigation à partir
de sources, cette dernière forme n’étant toutefois pratiquée à grande échelle qu’en zone saharienne.
Toutes ces irrigations poursuivent l’une et/ou l’autre des deux finalités suivantes :
䡵 la satisfaction des besoins alimentaires de base de la famille, avec la production de céréales, de
légumes, de condiments, voire de fourrage;
䡵 l’approvisionnement des marchés locaux, régionaux et/ou nationaux en un certain nombre de
produits spécifiques, surtout les fruits et les légumes dont la nature et le tonnage sont comman-
dés par des considérations agroécologiques et socio-économiques.
En conséquence, les irrigations à des fins d’autoconsommation sont pratiquées partout où elles
s’avèrent possibles. En revanche, les irrigations à des fins commerciales, c’est-à-dire consacrées aux
produits consommés frais, ne sont développées qu’aux abords des bourgs ruraux ou des centres
urbains où existe une demande solvable, sous la condition expresse évidemment de la présence d’une
ressource en eau exploitable. Quant aux irrigations visant les produits de longue conservation
(oignon, notamment) ou les produits susceptibles d’être conditionnés avant commercialisation (toma-
te et gombo séchés), elles combinent en général des caractéristiques agroécologiques favorables
(climat, sol) et un savoir-faire propre aux exploitants qui s’adonnent à ces cultures.
Les principales zones du pays concernées par ces systèmes traditionnels d’irrigation sont :
䡵 en zone sahélienne, la périphérie des lacs Tchad et Fitri, les ouaddis des préfectures du Lac et du
Kanem, les ouaddis du massif du Ouaddaï, surtout le long des principales voies de pénétration;
䡵 en zone soudanienne, le Salamat et, plus particulièrement les rives des rivières Bahr Azoum et
Bahr Aouk, la périphérie des centres urbains et des gros bourgs ruraux.

28 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
6.3.1 Les caractéristiques des exploitations
La maîtrise de l’eau est, dans la grande majorité des cas, assurée de façon rudimentaire : en général,
un simple puisard ou un puits non ou à peine consolidé (recours à une armature de branchages pour
conforter le haut du puits).
L’aménagement à la parcelle est également des plus sommaires :
䡵 dans les jardins irrigués à partir d’un puits équipé d’un chadouf, l’eau est en général déversée
directement dans un réseau de rigoles desservant des planches, dont la taille, toujours petite
(quelques mètres), est fonction de la productivité de la nappe. Dans le cas d’une source, le réseau
est complété par un bassin destiné à accumuler les apports nocturnes;
䡵 si l’exploitation de la ressource se fait au seau ou à l’arrosoir, l’absence de réseau de distribution
est le dénominateur commun; chaque jardin se résout alors en une juxtaposition de planches
d’une longueur variable, mais d’une largeur constante (1 à 1,25 m) et d’une hauteur fonction de
la saison culturale, surtout en zone soudanienne où il convient de se prémunir contre les risques
d’inondation ou d’engorgement prolongé (≤ 15 cm en contre-saison, ≤ 50 cm en hivernage); dans
certains cas extrêmes, on peut même noter l’absence de planches; l’eau est simplement déver-
sée au pied des plantes.
Toutes les irrigations traditionnelles sont exploitées en faire-valoir direct. Dans la grande majorité des
cas, il s’agit de jardins familiaux et ce n’est que sur les exploitations à caractère commercial que l’on
peut observer des groupements d’exploitants ou l’utilisation d’une main-d’œuvre salariée. C’est
également au niveau de ces exploitations que le recours aux innovations techniques simples est
souvent perceptible (puits consolidé, réseau partiellement revêtu, bassin de dissipation, etc.).
La taille des exploitations individuelles est toujours réduite, sauf en multipliant la main-d’œuvre et/ou
le nombre de chadoufs : < 0,05 ha pour les jardins irrigués au seau ou à l’arrosoir et ≤ 0,12 ha pour
ceux équipés d’un seul chadouf.

6.3.2 Les aspects agronomiques et agroéconomiques


Les productions irriguées sont majoritairement, mais non exclusivement maraîchères. Les fruitiers sont
en effet parfois associés aux cultures légumières en zone sahélienne; il en est de même pour les
céréales dans les secteurs les plus déficitaires (Kanem, massifs montagneux de l’Est du pays).
Parmi les spéculations irriguées, la tomate, l’oignon et le gombo2 sortent du lot en représentant à eux 2 Le gombo n’est pas

trois 80 % des superficies. à proprement parler


un légume, mais plutôt
Les irrigations traditionnelles en maîtrise totale de la ressource (voir tableau 3) revêtent, en général, un condiment.
un caractère saisonnier imposé soit par le caractère temporaire de la ressource (accumulation d’eaux
superficielles ou subsuperficielles soumises à un phénomène évaporatoire intense), soit par la fragilité
des ouvrages et des réseaux, souvent inadaptés à la violence des averses tropicales et aux ruissel-
lements qui les accompagnent (éboulements des puits ou puisards, destruction des canaux en terre,
inondation des parcelles, etc.).
Le cycle cultural débute avec la saison sèche, voire à la fin de la saison des pluies et s’arrête avec l’épui-
sement de la ressource, c’est-à-dire au bout de quelques mois. Néanmoins, si cette ressource est
pérenne et reste à la fois accessible et utilisable avec les moyens rudimentaires mis en œuvre par les
exploitants, le cycle peut ne pas s’interrompre. En d’autres termes, les irrigations traditionnelles
peuvent donner lieu à une, deux et plus rarement trois récoltes annuelles, selon le cas.
Cette saisonnalité forcée des productions irriguées de façon traditionnelle n’est pas pour déplaire aux
paysans qui s’y livrent, et ce, pour au moins deux raisons : d’abord, la concurrence des cultures pluviales
qui, en période d’hivernage, mobilisent l’essentiel des forces vives rurales; ensuite, la violence des
averses tropicales et le pullulement des ravageurs qui, au cours de cette même période d’hivernage,
concourent à déprimer de façon significative, tant au plan qualitatif que quantitatif, les productions
irriguées.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 29
En conséquence, les irrigations se font plus rares en saison des pluies. Elles se limitent, en général, à la
périphérie des centres urbains où leur extension est conditionnée par l’importance de la demande
solvable.
Le rendement maraîcher moyen se situe dans une fourchette comprise entre 10 et 12 t/ha. En ce qui
concerne les fruitiers, le chiffre communément admis est de 5 t/ha, valeur particulièrement basse qui
s’explique sans doute par la faible densité et/ou la jeunesse des plantations ainsi que par la concur-
rence des cultures en sous-étage.
Au plan des productions, les ordres de grandeur (hors zone saharienne traitée ailleurs) sont proposés
au tableau 3 et pourraient donc être temporairement validés. Il conviendra néanmoins de les affiner
au fil du temps.

Tableau 3 : Surfaces et productions des irrigations traditionnelles en maîtrise totale de l’eau


Production (t)
Zone Superficie (ha) Fruits Légumes Céréales
Soudanienne ≤ 10 000 e 110 000 e
Sahélienne ≤ 5 000 10 000 55 000 4 000
TOTAL ≤ 15 000 10 000 165 000 4 000
Source : SDEA 2001

6.3.3 La consommation en eau


La consommation en eau des irrigations traditionnelles en maîtrise totale de la ressource s’inscrit dans
une enveloppe inférieure à 150 millions de m3.
La plupart de ces prélèvements s’effectuent à partir de nappes superficielles et de plans d’eau tem-
poraires et en constituent la meilleure valorisation. Une seconde fraction (tout au plus 25 %) corres-
pond à l’exploitation de ressources éventuellement susceptibles d’être utilisées plus à l’aval, à savoir
les nappes d’inféroflux et les écoulements pérennes en période de hautes eaux. Enfin, sans doute
moins de 1 % de l’eau, soit environ 1 Mm3, est prélevé sur les débits d’étiage et, à ce titre, a une inci-
dence négligeable sur l’hydrosystème général du Lac Tchad.

6.4 La petite irrigation moderne en maîtrise totale de l’eau


La petite irrigation moderne en maîtrise totale de l’eau consiste à remplacer les systèmes traditionnels
d’irrigation par des systèmes plus performants, basés sur l’amélioration des techniques d’exploitation
de la ressource.
Elle est censée sécuriser les objectifs assignés aux systèmes traditionnels. Mais les contraintes finan-
cières et logistiques qu’elle sous-entend la condamnent à privilégier la finalité commerciale. C’est
d’ailleurs cette focalisation incontournable sur la vente des productions qui explique que la petite
irrigation moderne a connu (et connaît d’ailleurs encore) des fortunes diverses.
3 Le recensement des périmè- Si elle semble maintenant bien maîtrisée et largement développée dans la région de N’Djaména3 elle
tres irrigués et des groupes éprouve, en revanche, beaucoup de difficultés à supplanter les systèmes traditionnels dans les autres
motopompes dans la zone régions du pays où elle est loin de faire l’unanimité.
de concentration du VIe FED
y dénombre 70 périmètres
collectifs pour une superficie 6.4.1 Le descriptif technique
au sol de 1 613 ha, dont
806 cultivés et 428 exploi- Les principales innovations apportées aux systèmes traditionnels s’appliquent à la ressource et à sa
tations privées totalisant mobilisation. En revanche, malgré les avantages qui en résulteraient pour l’exploitant, très peu de
1 611 ha, dont 1 236 choses ont été réalisées en matière de distribution de l’eau, si ce n’est au niveau de certains périmè-
récoltés.
tres collectifs. En d’autres termes, tous les efforts ont été jusqu’à présent surtout focalisés sur l’amé-
lioration de la productivité des nappes et sur celle des techniques d’exhaure.

30 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
L’amélioration de la productivité de la ressource peut revêtir diverses formes qui vont de l’appro-
fondissement et du confortement des puits à l’exploitation de nappes peu profondes et plus
productives que la nappe phréatique (nappes des sables des ouaddis du Lac et du Kanem); elle va
toujours de pair avec l’introduction de moyens d’exhaure plus performants que le chadouf tradi-
tionnel. Cela peut être :
䡵 l’introduction d’engins recourant à la motricité humaine, telle la pompe à pédale proposée par la
société ELFIP et implantée dans la région de Sahr, laquelle permet de plus que doubler la capa-
cité horaire (de 2 à 3 m3/h, on passe à 6 m3/h);
䡵 le recours à la motricité animale, avec substitution du chameau ou de l’âne à l’homme;
䡵 l’installation de groupes mobiles de pompage (GMP) dont la puissance va de quelques chevaux
vapeur (CV) pour les motopompes à essence à plus de 40 CV pour ceux équipés d’un moteur
diesel, le débit horaire se situant dans une fourchette de 36 à 380 m3/h.
L’incidence des innovations apportées
La première conséquence des innovations apportées, la plus évidente aussi, est d’ordre physique : elles
augmentent la superficie irrigable. Le recours à la motricité humaine ou animale permet en effet de
doubler, sinon de tripler la superficie exploitable journellement. Quant aux GMP, leur impact est
encore bien plus important : un GMP de très faible puissance permet, en effet, de porter la superficie
irriguée à plus d’un hectare et les groupes utilisés sur les périmètres collectifs desservent des surfaces
de plusieurs dizaines d’hectares.
La seconde est d’ordre financier. L’accroissement potentiel des surfaces irriguées peut certes être 4 Ainsi, à titre d’exemple,

modulé en jouant sur le laps de temps consacré à l’exhaure, mais il n’en demeure pas moins que ces l’installation d’une
nouvelles techniques sont coûteuses, tant en termes d’investissement4 qu’en termes de fonction- pompe à motricité
humaine revient à
nement et d’entretien. Elles le sont d’autant plus que le caractère rudimentaire de la plupart des quelque 700 000 FCFA,
aménagements génère des pertes en eau très élevées (l’efficience de l’irrigation dépasse rarement en incluant les
60 % et descend même à 40 % chez certains privés). accessoires.

La troisième conséquence est d’ordre à la fois agronomique et géographique et découle en droite


ligne de la précédente. Il faut en effet se résoudre à admettre que ces coûts élevés ne peuvent se
justifier que pour des spéculations à haute valeur ajoutée ou à haut rendement, ce qui suppose encore
une demande solvable, seulement présente dans les principaux centres administratifs ou indus-
triels. La dispersion des centres de production potentiels et le médiocre état des axes routiers expli-
quent la réticence des zones rurales excentrées à développer les irrigations modernes et renforcent
le rôle moteur joué en la matière par les exploitants installés le long du Chari et du Logone dans un
rayon d’une trentaine de kilomètres autour de la capitale.
La quatrième conséquence est d’ordre socioculturel. Il s’agit du bouleversement du droit coutumier
en matière de gestion et d’exploitation de l’espace rural, induit par la monétarisation de l’irrigation, tel
qu’expliqué au paragraphe suivant.

6.4.2 Les aspects fonciers, modes de faire-valoir


La petite irrigation moderne reste, comme la traditionnelle, majoritairement individuelle. Il existe néan-
moins une différence fondamentale entre les deux systèmes : en raison de la quasi impossibilité pour
les paysans d’accéder au crédit, les exploitations modernes individuelles sont surtout le fait de nota-
bles, fonctionnaires ou commerçants et la production est assurée par une main-d’œuvre familiale ou
salariée, ou encore confiée à un métayer. En d’autres termes, la modernisation de l’agriculture se
traduit par la monétarisation du foncier et par l’évolution du statut des ruraux qui, de paysans indé-
pendants, évoluent vers le salariat.
Ce phénomène touche également les exploitations collectives, surtout lorsque les périmètres irrigués
sont à proximité des grandes agglomérations comme N’Djaména. Dans l’incapacité de faire face aux
charges d’entretien et de fonctionnement, les bénéficiaires originels des parcelles (dont la taille la plus
commune est fixée à 0,25 ha) cèdent de plus en plus fréquemment leurs droits à des tiers, en général
des commerçants ou des fonctionnaires, membres ou non de la communauté villageoise.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 31
6.4.3 Les aspects agronomiques et agroéconomiques
La petite irrigation moderne, pratiquement confinée à la périphérie de N’Djaména, vise trois types de
productions : le riz, les légumes et condiments et les fruits.
Sur les exploitations dynamiques et spécialisées, le riz fait l’objet de deux cycles annuels : un premier
cycle de contre-saison et un second d’hivernage, pour un rendement cumulé de l’ordre de 7 à 8 t/ha.
La production légumière est relativement diversifiée. Les trois produits de base déjà cités sont certes
toujours largement représentés, mais on en trouve de nombreux autres : salade, carotte, concombre,
aubergine, haricot vert, etc. Par ailleurs, du fait que la ressource en eau est pérenne, la production
s’étale pratiquement sur toute l’année, avec néanmoins une diminution sensible des superficies entre
mai et octobre, période coïncidant avec la fin de la saison sèche et chaude et la saison des pluies. Le
recours aux engrais, voire aux pesticides, et la meilleure qualification de certains exploitants ou chefs
de culture se traduisent par une amélioration des rendements qui s’établissent au niveau supérieur de
la fourchette déjà évoquée, soit 12 t/ha.
La production fruitière, en revanche, reste bien en deçà de ses possibilités, car la plupart des planta-
tions sont jeunes et subissent la concurrence des maraîchages intercalaires. Les principales spécula-
tions fruitières pérennes sont les agrumes, les manguiers et, dans une moindre mesure, les goyaviers;
s’y ajoutent également les cultures fruitières de type annuel, comme les cucurbitacées (melon et
pastèque).
Le tableau 4 ci-après établit, en s’appuyant sur le « Recensement des périmètres irrigués et des grou-
pes motopompes dans la zone de concentration du VIe FED », publié en 1998, reprend les principales
données chiffrées en matière de production des périmètres collectifs et privés relevant de la petite
irrigation moderne dans la région de N’Djaména, étant entendu que la production des autres régions
(ouaddis du Lac et du Kanem, périphérie de Sahr et de Moundou, etc.) reste anecdotique.

Tableau 4 : Surfaces et productions des petites irrigations (région de N’Djaména)


RIZ MARAÎCHAGE FRUITS
Sup. (ha) Prod. (t) Sup. (ha) Prod. (t) Sup. (ha) Prod. (t)
868 3 500 583 6 550 563 2 900

Source : SDEA 2001

6.4.4 La consommation en eau


Elle est fondée sur la base des consommations unitaires moyennes à l’hectare suivantes :
䡵 maraîchage de contre-saison - 10 000 m3;
䡵 maraîchage de saison - 5 000 m3;
䡵 riz de contre-saison - 13 000 m3;
䡵 riz d’hivernage - 8 000 m3;
䡵 arboriculture fruitière - 20 000 m3.
La consommation en eau des petites irrigations modernes à partir du système Chari-Logone s’établit
à quelque 24.106 m3 dont à peine 3.106 m3 en période d’étiage.
Les prélèvements d’étiage ne représentent donc que 1,2 m3/s, dont un tiers seulement (< 0,4 m3/s)
relève du parcours frontalier du Logone, soumis à l’accord international entre le Tchad et le
Cameroun.

6.5 Les grands périmètres en maîtrise partielle de l’eau


Si l’on s’en tient au concept attribué par les services techniques compétents, ils sont au nombre de
trois, situés le long du Logone. Ce sont le périmètre de Satégui-Déressia, à proximité de Laï et les
casiers A et B au nord de Bongor. Dans le cadre de ce travail, il nous a néanmoins paru judicieux d’y
rattacher les polders traditionnels, améliorés ou non, implantés dans la préfecture du Lac.

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6.5.1 Le périmètre de Satégui-Déressia
Implanté en 1974 à proximité de Laï, c’est-à-dire au cœur d’une région rizicole traditionnelle, le péri-
mètre de Satégui-Déressia développe une superficie brute de 2 061 ha (1 850 ha de superficie nette).
Sa vocation première était d’assurer l’approvisionnement de base de la rizerie de Laï d’une capacité
de 4 t/h.
Au plan technique, le périmètre comporte :
䡵 un ouvrage de prise sur le Logone. C’est un régulateur équipé de vannes plates manipulées par
des volants;
䡵 un canal d’amenée de 7,1 km dont la prise est calée de manière à garantir la mise en eau du
périmètre dès la première décade d’août. Sa capacité est > 50 m3/h;
䡵 un bassin de stockage;
䡵 trois casiers de submersion. Chaque casier est limité par une digue de ceinture et subdivisé en
unités hydrauliques alimentées par des canaux secondaires à partir d’un ouvrage de prise en tête
du casier;
䡵 un réseau de drainage évacuant les excédents vers la plaine.
À l’origine, la gestion du périmètre était assurée par une entité paraétatique, l’Office de Mise en Valeur
de la Plaine de Satégui-Déressia (OMVSD) également gérant de la rizerie et chargé de l’encadrement
de la riziculture traditionnelle. L’échec de cette structure, tant au plan de la gestion du périmètre que
de celle de la rizerie, a conduit à sa liquidation au début de la décennie 90 ainsi qu’à l’arrêt définitif
de l’usine. Cet office maintenant remplacé par une structure de gestion impliquant directement les
exploitants : l’OPPISD (Organisation Paysanne du Périmètre Irrigué de Satégui-Déressia).
L’OPPISD gère donc maintenant, non sans quelques difficultés, le périmètre de façon autonome. Il
s’occupe, entre autres, de la distribution et du recouvrement des crédits, de la gestion du réseau et
de l’organisation des tours d’eau, de l’acquisition et de la diffusion des intrants. Le comité de gestion
comprend onze membres, représentant les quatre cantons qui se partagent les aménagements. Cha-
que canton dispose, en outre, de son propre comité de gestion, fort de huit membres, et dont le rôle
consiste à gérer les 82 groupements regroupant quelque 1 300 exploitants. Chacun de ces groupe-
ments désigne un délégué chargé de récupérer la redevance, qui transite alors par le comité cantonal
pour aboutir in fine au comité de gestion de l’OPPISD. L’encadrement technique est confié à l’ONDR.
À raison d’un hectare par exploitant et d’un rendement moyen de l’ordre de 2,3 t/ha, la production
actuelle peut être évaluée à environ 3 000 tonnes de paddy, pour une consommation en eau de
l’ordre de 10 millions de m3 (8 000 m3/ha) délivrés entre août et novembre, c’est-à-dire en dehors
de la période la plus critique au plan de la ressource (janvier à juin).

6.5.2 Le casier A
Situé à 36 km au nord de Bongor, le casier A est un aménagement en submersion contrôlée datant
de 1951. La superficie initialement prévue était de 57 000 ha, mais elle a été finalement ramenée à
moins de 2 000 ha.
L’aménagement consistait en un canal d’amenée de quelque 7 km correspondant à un chenal de dé-
fluence naturel, le Mayo Baa, devenant ensuite canal principal et équipé alors d’ouvrages de prise et
de vannes, et desservant les canaux secondaires. Cinq ouvrages de franchissement des canaux
(4 dalots et 1 ponçon), un réseau de pistes de desserte et un réseau de drainage complétaient l’amé-
nagement.
Tous ces ouvrages et équipements ont été pillés ou détériorés au cours de la guerre civile (1979). En
l’absence de réhabilitation, les différents réseaux se sont progressivement dégradés (ensablement des
canaux et ravinement des berges), conduisant les quelques paysans qui se maintenaient à concevoir
des solutions de rechange forcément précaires pour poursuivre l’exploitation (édification de petits
barrages en terre sur le canal principal pour relever le plan d’eau, utilisation des drains pour l’irrigation,
etc.). Mais, au fil des ans, les irrigations se sont progressivement réduites pour finalement disparaître.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 33
La reprise de l’irrigation suppose non seulement la réhabilitation totale du périmètre, mais aussi la
réfection de la digue de protection édifiée le long du Logone.

6.5.3 Le casier B
Il s’agit d’un périmètre mixte, aménagé en 1965, en partie en maîtrise totale de l’eau (500 ha) et en
partie en maîtrise partielle de l’eau (300 ha).
Les 300 ha en maîtrise partielle bénéficient d’un aménagement gravitaire classique, mais l’irrigation dé-
pend totalement du niveau des crues du Logone. Actuellement, l’exploitation ne porte que sur envi-
ron 150 ha gérés, avec l’appui de l’ONDR, par un groupement de 422 agriculteurs.
La production est de l’ordre de 350 tonnes de paddy pour une consommation en eau que l’on peut
évaluer à environ 1,2 Mm3 totalement prélevés en période de hautes eaux.

6.5.4 Les polders traditionnels


Ce sont des digitations du Lac Tchad, fermées par une ou plusieurs digues de sable, où les cultures
sont installées au fur et à mesure du ressuyage des sols. Les infiltrations à travers et sous la digue de
même que le gonflement saisonnier de la nappe phréatique permettent de poursuivre l’activité agri-
cole sur la totalité ou une partie du polder pendant plusieurs années. La généralisation des phéno-
mènes de salure superficielle ou, plus souvent, la réduction sensible des superficies cultivables par
abaissement progressif de la nappe phréatique marque la fin du cycle. Une brèche est alors pratiquée
dans la digue de façon à assurer l’ennoiement du polder, le lessivage des sels et la recharge de la nap-
pe, ce qui permet, après colmatage de la brèche, d’amorcer un nouveau cycle cultural.
Anciennement, ces digues étaient construites à la main par les riverains. À l’heure actuelle, la
SODELAC est généralement sollicitée pour la réalisation des travaux d’endiguement. Compte tenu
de la nature sableuse du matériau, du manque de compactage et de la variabilité des apports annuels,
les digues ont une durée de vie limitée; il est rare qu’elles se maintiennent plus de dix ans, l’exception
la plus notoire étant le polder de Noh près d’Isseirom qui persiste depuis plus de vingt ans. Par ailleurs,
les contraintes logistiques et financières de la SODELAC ne lui permettent pas d’assurer le renou-
vellement des polders au fur et à mesure de leur disparition, ce qui explique le caractère temporaire
de la plupart.
Une fois le polder mis hors d’eau, le chef de terre mandaté par le chef de village procède à son dé-
coupage en parcelles. Ces parcelles, dont la taille excède rarement une dizaine d’ares, se présentent
en général sous l’aspect de fines lanières disposées perpendiculairement à l’axe du polder.
Le chef de terre procède ensuite à l’attribution des parcelles. Cette attribution prend en compte la
taille de la famille du candidat et l’importance de sa participation aux travaux. De façon à pallier les
risques liés à l’irrégularité des apports et au manque de planéité parfaite du polder, chaque exploitant
se voit attribuer plusieurs parcelles, en général deux ou trois.
5En supposant que le polder reste Au dernier recensement (1995), effectué dans le cadre de l’Étude de faisabilité des projets d’aména-
fermé pendant trois ans, la con- gement des polders du Lac et de la zone insulaire, huit polders traditionnels fonctionnels ont été
sommation des plantes en eau identifiés. Il s’agit, en procédant d’ouest en est, des polders de Bahla, Ouollerom, Kermandjia, Kaou,
s’établit à quelque 51 millions de
m3, à laquelle il convient d’ajouter Bromtchilom 1, Medi Koura, Noh et Madirom, totalisant une superficie brute de l’ordre de 1 800 ha,
le volume évaporé à partir de la pour une production annuelle moyenne estimée à 950 tonnes de blé et à 2 650 tonnes de maïs.
nappe d’eau libre à la fermeture L’importance des prélèvements en eau correspondants est de l’ordre de 17 000 000 m3. Mais au plan
du polder, soit pour une lame de
1 m environ 18 Mm3, et de retran- hydrique global, cette consommation est largement réduite par l’absence d’une nappe d’eau libre
cher l’économie en eau réalisée les évaporante pendant les années de fonctionnalité du polder5.
deux années suivantes puisque
le polder est fermé, soit 36 Mm3;
en conséquence, le bilan
hydrique sur trois ans fait ressortir
une consommation d’eau de
33 Mm3, soit encore une moyenne
annuelle de 11 Mm3.

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6.5.5 Les polders traditionnels améliorés
Le polder amélioré ne diffère du précédent que par la qualité (donc la durabilité) des digues ainsi que
par le meilleur contrôle de la lame d’eau admise au début de chaque cycle cultural. On ne demande,
en effet, au polder amélioré que d’être plus efficace que le polder traditionnel, objectif facilement
réalisable sous réserve que l’aménagement satisfasse les trois conditions suivantes :
䡵 l’alimentation en eau doit pouvoir être contrôlée et stoppée avant la période de niveau maximal
du lac;
䡵 la hauteur d’eau sur les différents secteurs du polder doit être aussi homogène que possible;
sinon, il faut constituer plusieurs entités à l’intérieur du polder;
䡵 la gestion des entrées d’eau doit être aisée et ne doit pas nécessiter des moyens importants.
Aspects fonciers
Le cas de Kindjiria, traditionnellement cultivé par des Kanembous qui s’étaient vu confier ces terres
par des éleveurs boudoumas, dépositaires traditionnels des droits sur cette zone, est assez éclairant
quant aux problèmes qui peuvent surgir à l’issue d’un aménagement mal préparé.
En effet, une fois les ouvrages et équipements mis en place, les anciens propriétaires sont revenus
faire-valoir leurs droits ancestraux. Il s’en est suivi un conflit violent qui n’a pris fin qu’avec la décision
de la SODELAC de s’approprier le polder au nom de l’État, comme la loi lui en confère le droit, et
de procéder, après consultation des chefs coutumiers, à un nouveau découpage des parcelles et à une
nouvelle distribution de ces dernières.
Le problème est donc maintenant réglé. Mais, du fait de l’intervention tardive et autoritaire des
pouvoirs publics, la situation reste évidemment tendue. Pour éviter le renouvellement de situations
conflictuelles de ce type, la SODELAC a décidé de procéder dorénavant selon un protocole s’inspi-
rant de celui retenu pour les polders modernes.
Aspects agronomiques
La gamme culturale est limitée au blé et/ou au maïs, selon les caractéristiques topographiques et les
fluctuations de la nappe phréatique. Ce choix s’impose tout naturellement par l’importance de la
demande locale et régionale (le maïs est la céréale alimentaire de base de la région et la consom-
mation de blé est entrée progressivement dans les mœurs depuis les périodes de sécheresse) ainsi
que par la grande plasticité du maïs, dont il existe toujours l’une ou l’autre variété qui puisse s’adapter
aux conditions agro-pédo-écologiques du moment ou encore par la parfaite adéquation prévalant sur
certains polders en saison sèche et froide entre les caractéristiques édaphiques et les exigences
culturales du blé.
Aspects économiques
Le coût moyen des aménagements, calculé pour les treize polders dont la construction devrait com-
mencer incessamment, s’établit à 990 000 FCFA/ha, avec des valeurs extrêmes respectives de 760 000
et de 1 730 000 FCFA/ha.
La production céréalière actuelle sur le polder de Kindjiria reste insuffisante et ne reflète pas le poten- 6 Le cycle de fonctionnement
tiel productif dont il est porteur. Elle stagnerait à 750 tonnes de maïs correspondant à un taux d’occu- prévisionnel du polder est de
pation égal à 1 en raison des problèmes fonciers, de leurs séquelles évoquées, de problèmes deux ans et permet trois
récoltes (soit un taux d’occu-
techniques liés à l’irrégularité de la topographie du polder et à la difficulté de caler la lame d’eau pation annuel moyen des sols
admise pour permettre d’étaler le cycle cultural sur deux ans6. de 1,25); la superficie récoltée
devrait donc être de l’ordre de
Sur la base des besoins en eau calculés dans le cadre de l’Étude de faisabilité du projet d’aménagement 900 ha, à raison de 300 ha de
des polders du Lac, soit environ 6 000 m3/ha consacrés au maïs, la consommation en eau normale sur blé et de 600 ha de maïs et,
compte tenu des rendements
le polder de Kindjiria peut être évaluée à quelque 7 Mm3 sur deux ans, soit 3,5 millions de m3 par an. moyens normalement
enregistrés, soit 2,25 t/ha pour
le blé et 1,25 t/ha pour le maïs,
la production moyenne à
Kindjiria devrait représenter
675 tonnes de blé et
750 tonnes de maïs.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 35
6.6 Les grands périmètres en maîtrise totale de l’eau
Il s’agit du périmètre sucrier de Banda à proximité de Sahr, d’une partie du casier B au nord de Bongor
et des polders modernes de Bol.

6.1.1 Le périmètre sucrier de Banda


Le périmètre sucrier de Banda couvre une superficie brute de 3 700 ha, pour une superficie nette
fluctuant entre 3 300 et 3 500 ha et une consommation en eau de l’ordre de 40 millions de m3
(2,3 m3/s en période de pointe, c’est-à-dire entre mi-mars et mi-avril).
Au plan technique, la plantation est alimentée en eau à partir de six stations de pompage, installées
sur les berges du Chari; chaque pompe a un débit nominal de 500 m3/heure. L’irrigation se fait par
aspersion et l’équipement consiste en 33 pivots, dominant chacun une parcelle de 106 ha. Le drainage
des eaux de pluie est réalisé par des saignées reliant les parcelles au fleuve.
La gestion du complexe sucrier de Banda est assurée par la Compagnie Sucrière du Tchad, société
privée qui intègre toutes les activités de la filière, depuis la production de canne à sucre jusqu’à la
commercialisation du produit fini.
La production annuelle s’établit depuis quelques années à près de 300 000 tonnes de canne four-
nissant quelque 30 000 tonnes de sucre.

6.6.2 Le casier B
Description technique
La fraction du casier B en maîtrise totale de l’eau (420 ha nets en 1999) est alimentée par deux
stations de pompage installées sur les berges du Logone. La première qui date de la création du casier
est une station électrique équipée de quatre pompes à hélices alimentées par des groupes élec-
trogènes de 75 KVA au total. Chacune des pompes à une puissance de 30 kW et débite 1 188 m3/h.
La deuxième installée plus récemment par la mission de la Chine Populaire est équipée de quatre
pompes centrifuges entraînées par des moteurs diesel d’une puissance de 80 kW débitant chacune
800 m3/h. Les deux stations refoulent l’eau dans un même bassin de dissipation. Un canal tête morte
long de 600 m, entièrement revêtu, conduit l’eau dans le casier. Le canal principal, aussi revêtu sur un
tronçon de 1 700 m, a une longueur totale de 3 500 m. Il comporte quatre ouvrages de régulation
du plan d’eau et alimente six canaux secondaires non revêtus, qui totalisent un linéaire de 1 600 m
chacun. Les ouvrages de répartition d’eau des canaux secondaires sont tous munis de vannes plates
actionnées par un volant. Le débit du canal primaire est fractionné pour alimenter deux canaux se-
condaires fonctionnant simultanément. Les canaux secondaires sont bétonnés sur un tronçon de 50 m
à la fin duquel se trouve un ouvrage du type « parshal » pour la mesure du débit. Les secondaires
alimentent de part et d’autre huit canaux tertiaires par des ouvrages de prise d’eau équipés de
vannettes à volant. Chaque secondaire compte huit prises double, sauf un qui ne dessert que d’un
coté et ne comporte donc que huit prises simples. Chaque tertiaire alimente six parcelles de 0,25 ha.
Un réseau de drainage couvre la totalité du casier et se concentre vers un collecteur qui débouche
dans un bas-fond situé entre les deux casiers. Les drains sont aussi utilisés pour l’irrigation des parcelles
proches des pistes lorsque le débit des canaux tertiaires est insuffisant pour couvrir les besoins en
période de pointe. Ils dérivent alors le débit du canal primaire et la répartition de l’eau dans les fossés
de drainage est faite par des siphons métalliques d’un diamètre de 300 mm.
Aspects institutionnels et organisationnels
Après le désengagement de l’État et la responsabilisation parallèle des agriculteurs qui en assuraient
l’exploitation, le casier B se définit maintenant comme une entreprise agricole, créée par le Gouver-
nement et confiée aux attributaires pour exploitation, le rôle de l’État se limitant dorénavant à assurer,
par le biais de l’ONDR et d’une assistance technique chinoise, la vulgarisation des techniques rizicoles
et la fourniture des intrants.

36 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
Les attributaires sont organisés en un groupement dénommé GPRCB (Groupement des producteurs
pour la relance du casier B), lui-même subdivisé en plusieurs sous-groupements correspondant aux
unités hydrauliques. Une unité hydraulique correspond à 6 hectares aménagés, soit un total de 24 ex-
ploitants. Cette répartition en unités hydrauliques est engendrée par un souci d’efficacité dans le
domaine de la gestion, notamment pour tout ce qui touche à la perception de la redevance (en fin
de campagne), la distribution de l’eau et la distribution des intrants. Le groupement est, en principe,
dirigé par un comité de gestion de onze membres, dont la tâche principale est de gérer les ressources
financières constituées par les redevances (financement des campagnes, entretien, fonctionnement et
renouvellement du parc des matériels et engins lourds). C’est évidemment là une tâche ardue et
délicate qui est encore loin d’être maîtrisée, ce qui entrave la bonne marche des activités sur le casier
B et a conduit les autorités à associer quelques cadres de l’ONDR à la gestion du groupement.
Aspects agroéconomiques
La double culture du riz permet de récolter annuellement près de 2 500 tonnes de paddy pour une
consommation en eau totale de l’ordre de 10 Mm3, dont 6,5 Mm3 en période d’étiage, avec un besoin
de pointe de quelque 2 Mm3, soit 0,8 m3/s, entre mi-mars et mi-avril.

6.6.3 Les polders modernes de Bol


À la différence du polder amélioré, le polder moderne est un système d’irrigation à maîtrise totale de
l’eau, ce qui implique des aménagements beaucoup plus complexes de façon non seulement à garantir
et à contrôler l’alimentation en eau, mais aussi à assurer la juste répartition de cette dernière et le
contrôle permanent du niveau de la nappe phréatique.
Les polders modernes sont au nombre de trois, à savoir Guini (350 ha, dont 250 exploités), Bérim
(800 ha) et Mamdi (1 600 ha en cours d’aménagement). Tous trois sont localisés dans la préfecture
du Lac, aux abords immédiats de son chef-lieu, Bol.
Descriptif technique sommaire
Les aménagements externes comprennent une ou plusieurs digues, chargées de dissocier le futur
polder du Lac. Ce polder est prévu ainsi qu’une ou plusieurs stations de pompage pour assurer son
alimentation en eau; il faut toutefois noter qu’en période de bonne hydraulicité, celle-ci peut éven-
tuellement s’effectuer par gravité (Bérim Nord).
L’aménagement interne du polder comprend un réseau d’irrigation, un réseau de drainage et un
réseau de pistes de desserte.
Aspects fonciers
Pour prévenir tout conflit foncier avant, pendant ou après les travaux d’aménagement, la SODELAC,
forte des pouvoirs que lui confère la loi, procède en concertation avec les autorités coutumières à
l’attribution des lots, selon un processus désormais bien rodé : enquête socio-économique auprès des
riverains et recensement des chefs de famille, séances d’animation, information et sensibilisation au
niveau villageois, création de groupements d’exploitants (censés servir de relais entre le gestionnaire
et les exploitants) et attribution des parcelles en fonction de la taille de la famille (la moyenne est de
l’ordre de 0,5 ha), sous réserve de se soumettre aux conditions énoncées dans le contrat
d’exploitation qui leur est proposé.
Aspects agronomiques
Le choix des spéculations pratiquées sur les polders a été dicté par un certain nombre de considé-
rations.
La première est à la fois économique et technique. Le coût très élevé des aménagements impose une
mise en valeur intensive à partir d’une double culture annuelle, option qui implique à son tour la
compatibilité des deux cycles culturaux.
La seconde est politique. Le Plan d’orientation à l’horizon 2000 met l’accent sur la nécessité d’assurer
la sécurité alimentaire, ce qui suppose de privilégier la production céréalière, base de l’alimentation
des populations et structurellement déficitaire.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 37
Les autres, de caractère plus conjoncturel, sont d’ordre social ou économique et renforcent l’option
céréalière au moins pour les vingt années à venir :
䡵 bonne maîtrise régionale d’une céréaliculture diversifiée (blé, mil, maïs, sorgho) et pratiquée dans
diverses conditions (céréaliculture pluviale, irriguée ou de décrue);
䡵 conjoncture difficile pour les autres productions potentielles, tels les maraîchages, le coton, l’em-
bouche bovine.
7 Quelques dizaines En définitive, l’option retenue est un assolement blé-maïs, complété par des parcelles individuelles
de tonnes de pommes d’extension très limitée (quelques dizaines d’hectares) pour la production légumière à finalités
de terre et de tomates essentiellement locale et régionale7.
fraîches sont néanmoins
régulièrement acheminées La superficie actuellement en production est de l’ordre d’un millier d’hectares, mais sera portée à
vers les marchés de
N’Djaména. quelque 2 500 ha dès 2002, avec la mise en eau du polder de Mamdi dont les travaux d’aménage-
ments devraient se terminer rapidement.
Aspects agroéconomiques
Sur la base d’un rendement actuel de l’ordre de 3 t/ha aussi bien pour le blé que pour le maïs, la
production moyenne en année courante représente environ 3 000 tonnes de blé et 3 000 tonnes de
maïs, valeurs qui seront portées à 7 500 tonnes dès 2002. Des gains de productivité sont encore
possibles avec des rendements potentiels à moyen et long termes respectifs de 3,5 à 4,5 t/ha pour le
blé et de 3,5 à 5 t/ha pour le maïs. En foi de quoi, la production des polders modernes de la région
du Lac pourrait représenter quelque 9 000 tonnes de blé et autant de maïs en 2010 et, 11 000 tonnes
de blé et 12 500 tonnes de maïs en 2020.
L’essentiel de la production du maïs est écoulé par les producteurs eux-mêmes sur les marchés
locaux. Les acheteurs sont en majorité des chameliers en provenance de la préfecture voisine du
Kanem, grande consommatrice de maïs et structurellement déficitaire. Il existe également des com-
merçants locaux qui écoulent plutôt leurs marchandises vers le Chari-Baguirmi. La SODELAC,
dépositaire du monopole du commerce du blé, assure, en partie seulement, l’écoulement vers
N’Djaména du blé produit sur les périmètres qu’elle gère; le reste est confié par contrat à l’un ou
l’autre gros commerçant de la capitale.
Comme pour la plupart des productions agricoles, les prix offerts aux producteurs varient dans des
limites assez larges non seulement selon l’époque de commercialisation, mais aussi selon l’importance
de l’offre, c’est-à-dire de la récolte. C’est ainsi qu’en année moyenne, le prix du sac de blé de 100 kg
est compris entre 8 000 et 18 000 FCFA, tandis que celui du sac de maïs fluctue entre les valeurs
extrêmes de 5 000 et 14 000 FCFA. En retenant un prix de vente moyen, blé et maïs confondus, de
11 000 FCFA/sac, la valeur marchande des productions s’établit donc actuellement à 600 millions de
FCFA, mais devrait s’élever à 1,5 milliard dès 2002.
Économie de l’eau
8Les chiffres exacts Il est difficile d’apprécier le prix de revient des aménagements de Bérim et Guini, qui sont non
avant dévaluation seulement anciens, mais ont dû, en outre, être réhabilités consécutivement aux mouvements de
sont respectivement : terrain (déformations, effondrements) entraînés par les sécheresses des années 70 et 80. En revanche,
7.134 milliards de
F CFA d’investissement, on dispose des chiffres avancés dans le cadre de l’Étude de faisabilité du polder de Mamdi que nous
1.144 milliard de retiendrons comme base de calcul de la valorisation du m3 d’eau. Selon cette étude, l’aménagement
renouvellement hydroagricole, comprenant l’aménagement stricto sensu, le renouvellement des équipements et le
des équipements et
3.761 milliards au titre matériel agricole, représente un investissement de l’ordre de 23 milliards de FCFA8 à amortir sur
du matériel agricole soit quarante ans, soit environ 15 000 000 FCFA/ha (10 millions de FCFA si l’on fait abstraction du matériel
un total de 12.279 agricole).
milliards FCFA.
Les besoins théoriques en eau des cultures sont de 9 740 m3/ha pour le blé et de 8 320 m3/ha
pour le maïs, soit un total de 17 790 m3/ha/an, valeur qui peut être légèrement minorée pour tenir
compte de la pluviométrie d’août et de septembre. On retiendra donc une dotation à l’hectare de
16 000m3/ha, soit un prélèvement annuel sur le Lac Tchad de 16 millions de m3 en 2000, prélèvement
qui sera porté à 40 000 000 m3 dès 2002. Ce prélèvement annuel ne peut toutefois être pris en
compte tel quel dans le bilan hydrique du lac puisqu’en compensation la lame d’eau évaporante

38 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
normale, c’est-à-dire celle qui prévalait chaque année avant l’aménagement, est supprimée; en
supposant qu’elle avait une épaisseur moyenne de 0,5 m, c’est donc une économie en eau de 6 Mm3
qui est réalisée, ce qui ramène le prélèvement net actuel à 10 Mm3 en 2000 et à 26 Mm3 à partir de
2002.
Partant des données chiffrées de l’Étude de faisabilité du polder de Mamdi, le prix de revient de l’eau
d’irrigation s’établit à 31,8 FCFA/m3, dont 15,2 FCFA/m3 pour l’aménagement (investissement initial et
renouvellement des équipements), 7,5 FCFA/m3 pour le matériel agricole et 9,1 FCFA/m3 pour les
frais d’entretien et de fonctionnement. Il s’agit là de valeurs théoriques, qui devront être revues à la
hausse ne fusse qu’en raison du renchérissement du coût des travaux lié à des difficultés inattendues
dans le cadre de la réalisation de certaines digues. Il est également bon de rappeler que la réhabi-
litation des périmètres de Guini et Bérim a forcément induit un prix de revient du m3 d’eau sensi-
blement plus élevé que celui estimé pour Mamdi.
Partant du prix de vente moyen retenu plus haut pour le quintal de céréales, soit 11 000 FCFA et sur
la base des rendements et des besoins en eau communément admis, d’une part, du prix de revient
du m3 d’eau calculé pour Mamdi, d’autre part, la valeur actuelle du m3 d’eau peut être estimée à :
60 q x 11 000 FCFA : 16 000 m3 = 41,25 FCFA/m3
Cette valeur pourrait être portée à quelque 75 FCFA/m3 d’ici 2020 grâce à l’accroissement des
rendements, à l’amélioration des conditions de stockage et à une meilleure organisation de la
profession.
Compte tenu des réserves exprimées plus haut quant au prix de revient réel de l’eau et de l’approxi-
mation des données agroéconomiques utilisées pour ces calculs, il faut considérer les chiffres proposés
comme des estimations très optimistes et ne les utiliser, en tout état de cause, qu’avec la plus grande
prudence.

6.7 Les systèmes oasiens


Si l’on fait abstraction de l’agriculture de décrue pratiquée à échelle modeste et de façon aléatoire sur
quelques centaines d’hectares aux confins de la zone sahélienne, notamment dans les sous-préfectures
d’Arada et de Biltine, l’agriculture saharienne repose sur l’exploitation des ressources souterraines en
eau et concerne prioritairement sinon exclusivement la culture du palmier dattier. C’est pourquoi,
lorsqu’on y fait référence, et quel que soit le niveau de maîtrise de l’eau atteint, on a coutume de
regrouper les différents systèmes d’exploitation sous un vocable unique : les systèmes oasiens.
La notion de système oasien recouvre donc des réalités diverses. Faisant référence à la typologie
généralement en vigueur au Tchad, on peut, en effet, distinguer :
䡵 des périmètres traditionnels en maîtrise partielle à partir de la nappe phréatique;
䡵 de petites irrigations traditionnelles en maîtrise totale à partir de la nappe phréatique;
䡵 de petites irrigations traditionnelles en maîtrise totale à partir de sources;
䡵 des périmètres modernes en maîtrise totale à partir de forages.
En fait, dans la pratique, il apparaît qu’il existe un système largement dominant (le premier) sur lequel
viennent se surimposer, dans la majeure partie des cas, les trois autres.

6.7.1 Les périmètres traditionnels en maîtrise partielle à partir de la nappe phréatique


C’est de loin le système oasien le plus important tant aux plans économique que physique et
écologique, puisqu’il concerne plus de 95 % des superficies consacrées à l’agriculture et assure, par
l’importance de son extension, un environnement plus favorable à la vie des sédentaires (ombrage,
fraîcheur, effet brise-vent).

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 39
On ne peut pas véritablement parler ici de périmètre irrigué, mais plutôt de système d’exploitation
naturel d’une nappe phréatique peu profonde. Il s’agit, en effet, de palmeraies extensives installées, sans
aménagement aucun, dans les secteurs où la nappe est subaffleurante et ces palmeraies ne bénéficient
que de soins culturaux limités.
C’est, en fait, le système de production qu’affectionnent les éleveurs nomades, car il répond à leur
souci de sécurité alimentaire, tout en les dispensant d’un investissement en capital travail aussi pénible
qu’onéreux. En d’autres termes, la phoeniciculture extensive, fondée sur l’existence d’une nappe
phréatique peu profonde, est la seule réponse valable que peut apporter l’éleveur nomade à son souci
d’assurer aux siens une certaine sécurité alimentaire. L’abondance des dattiers supplée ici leur faible
productivité.
Ces plantations extensives n’ont par ailleurs qu’une brève période productive, de l’ordre d’une quin-
zaine d’années à partir de l’entrée en production, c’est-à-dire vers la troisième année dans les condi-
tions les plus favorables, mais parfois beaucoup plus si les fluctuations de la nappe sont très
importantes ou si les sols sont de médiocre qualité. Il apparaît, en outre, que le stress hydrique exerce
un effet dépressif sur les rendements, dont la moyenne par pied productif se situe entre 10 et 20 kg.
Au plan foncier, comme en matière de faire-valoir, le droit coutumier, qui fait toujours autorité, est
simple :
䡵 tout palmier (et donc ses fruits) appartient à celui qui l’a planté et, à défaut, à ses héritiers;
䡵 lorsque le propriétaire confie la pollinisation de sa plantation à un tiers, celui-ci reçoit, en rétribu-
tion de ses services, un régime de dattes par arbre pollinisé.
Les palmeraies extensives sont surtout concentrées dans la dépression du Borkou qui s’étend de part
et d’autre de la ville de Faya selon un axe est-ouest; mais elles sont également nombreuses dans les
vallées fossiles du Haut Borkou et dans les vallées du Tibesti où elles s’égrènent en chapelet; elles sont,
en revanche, plus rares dans l’Ennedi, visible que de façon ponctuelle, le plus souvent en lisière des
falaises qui délimitent l’extension des Grès de Nubie.

6.7.2 La petite irrigation traditionnelle en maîtrise totale à partir de la nappe phréatique


Elle est en tous points comparable, au plan technique, aux irrigations de même type de la zone sahé-
lienne ou soudanienne. Il s’agit de jardins individuels disséminés dans la palmeraie extensive, ayant
recours conjointement à la nappe phréatique à l’aide de puits ou puisards équipés ou non de
chadoufs, voire exceptionnellement de petits GMP.
La majorité de ces jardins visent l’autoconsommation. Ce n’est qu’au niveau ou à la périphérie des
principaux centres urbains (Faya et Fada essentiellement) que certains exploitants accordent la prio-
rité aux spéculations à finalité commerciale, sans pour autant exclure totalement la satisfaction des
besoins familiaux. La dualité de ces jardins entraîne un certain dynamisme de la part des exploitants
qui se traduit par une forte progression de la demande aussi bien en intrants modernes (engrais,
semences sélectionnées, produits phytosanitaires) qu’en matériels et équipements d’exhaure
(augmentation du nombre de chadoufs, acquisition de groupes motopompes). L’essor des petits
groupes motopompes, achetés en Libye à des prix très compétitifs (de l’ordre de 350 000 FCFA) est
d’ailleurs remarquable; leur nombre pourrait maintenant avoisiner la centaine. Ces velléités de
développement sont malheureusement bridées tant par les carences des structures d’encadrement
que par l’absence d’un environnement adapté et compétent de services (puisatiers, mécaniciens,
revendeurs de pièces de rechange, notamment).
En zones urbaines et périurbaines, la luzerne occupe souvent une place importante, voire prépon-
dérante dans les jardins, place qui s’explique par la régularité des revenus qu’elle procure (la luzerne
est une plante pérenne), par la forte demande dont elle fait l’objet (la plupart des citadins élèvent une
ou deux chèvres) et par son incidence sur la fertilité des sols; en revanche, dans les oasis plus
éloignées, la céréaliculture pour satisfaire des besoins familiaux tend à prendre le pas sur la luzerne.

40 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
La production de légumes frais, très recherchés dans les villes, est surtout l’apanage des zones urbaines
et périurbaines, tandis qu’elle est orientée vers les légumes de bonne conservation (oignon, patate
douce) ou condiments (gombo) dans les palmeraies situées à une certaine distance des centres de
consommation, en raison des difficultés d’acheminement.
Les fruitiers sont plutôt rares dans le Borkou, car les vents de sable y sont intenses et fréquents. Ils
sont, en revanche, plus abondants à Fada et surtout à Bardaï et Aozou. En revanche, le palmier dattier
est omniprésent dans les jardins. Comme il bénéficie, dans la majorité des cas, de soins culturaux
appropriés et d’une certaine complémentation de ses besoins en eau, sa productivité est relativement
élevée, en général > 50 kg/ha.
En matière de faire-valoir, deux systèmes dominent largement : le faire-valoir direct et le métayage. Le
faire-valoir direct s’applique tant aux agriculteurs, forcément sédentaires, qu’aux propriétaires noma-
des éventuels, lorsqu’aucun accord ne lie les deux parties. Il va également de soi si l’exploitant du jardin
a aussi procédé lui-même à la plantation des palmiers et des fruitiers qui parsèment son jardin. Le
métayage, très fréquent, lie l’exploitant sédentaire et le pasteur nomade. Il peut porter aussi bien sur
les seuls palmiers que sur les palmiers et les cultures au sol. Dans le premier cas, le métayer assure
l’entretien des palmiers du propriétaire nomade et touche, en contrepartie, une fraction de la récolte,
en général la moitié; dans le second cas, le nomade contribue parallèlement à la production en sous-
étage du palmier par la fourniture des semences et, éventuellement du tilly (engrais naturel local); lors
de la récolte, il y a alors partage des productions entre les deux parties sur la base d’un accord
préétabli.

6.7.3 Les périmètres traditionnels en maîtrise totale à partir de sources


L’irrigation traditionnelle à partir de sources caractérise les oasis de N’Galaka, Yen et Kirdimi dans le
Borkou occidental, de Tigui dans le Haut Borkou ainsi que plusieurs oasis du Tibesti (Aozou, Zoumri
et Yebbi Bou, pour ne citer que les plus importantes). Elle est généralement couplée à l’exploitation
de la nappe phréatique.
Au plan foncier, la loi coutumière accorde la propriété pleine et entière de la source au propriétaire
du terrain lorsqu’elle est naturelle et à l’aménageur si elle a fait l’objet de travaux pour permettre de
l’exploiter.
Borkou
Aux exceptions notoires des sources de Tigui (Haut Borkou) et de N’Galaka (Borkou occidental), les
sources sont toujours de faible débit, le plus souvent moins de 1 l/s. Les réseaux d’irrigation ne se dis-
tinguent des autres réseaux traditionnels que par la superficie qu’ils développent, par la présence
éventuelle d’un bassin de stockage des débits nocturnes et/ou d’un ouvrage partiteur des plus som-
maires en tête de réseau.
Divers travaux ont été envisagés ces dernières années pour améliorer les conditions d’exploitation de
plusieurs d’entre elles dans le cadre du Projet de Développement Intégré des Palmeraies du Borkou
(PDIPB). Ces travaux, qui concernent les palmeraies de Kirdimi, N’Galaka et Tigui, sont détaillés à la
section consacrée à la zone saharienne.
Tibesti
Dans le massif du Tibesti, les sources sont nombreuses, généralement localisées à flanc de vallée et
leur débit est très variable, le plus souvent très faible; bon nombre d’entre elles tarissent d’ailleurs pen-
dant plusieurs mois au cours de l’année.
À titre indicatif, on dénombre dans le bassin versant du Yebbigué quelque 500 jardins de quelques ares
disséminés au gré des résurgences (25 sites identifiés) et, dans celui du Bardagué, plus de 1 500. Au
total, le Tibesti compte vraisemblablement plus de 2 000 jardins disséminés, ce qui représente une
superficie cumulée que l’on peut estimer entre 50 et 100 ha.
Dans la palmeraie extensive d’Aozou, qui couvre une cinquantaine d’hectares, trois petites sources
aménagées complémentées par des puits à la nappe phréatique permettent d’irriguer une soixantaine
de jardins d’une dizaine d’ares tout au plus. La production (fruitière, légumière et fourragère) est auto-
consommée, les surplus étant écoulés sur le marché local.

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Dans la vallée de Zoumri, une palmeraie extensive de quelque 150 ha s’étire sur une vingtaine de kilo-
mètres. Une grosse source en tête de la vallée et de nombreux puits à la nappe phréatique permet-
tent d’irriguer 700 jardins comportant trois étages de végétation (palmiers, fruitiers et cultures au sol).
La production est entièrement autoconsommée.
Les jardins de Yebbi Bou sont toujours cités en exemple de la technicité des Toubous du Tibesti. La
ressource en eau est fournie par des sources. Deux barrages de 20 m de long et 2 m de large assurent
le captage des deux principales d’entre elles, à l’intérieur d’une gorge profonde. Ils sont faits de troncs
de palmiers et les interstices sont colmatés avec de l’argile. La retenue fait 1 200 m de long, 20 m de
largeur et 0,8 m de profondeur; elle permet d’irriguer une palmeraie de 33 ha comportant 4 500 pal-
miers et près de 150 jardins. Quatre-cents agriculteurs se partagent les produits de la palmeraie :
dattes, fruits et légumes divers, le tout étant entièrement autoconsommé.

6.7.4 Les périmètres modernes en maîtrise totale à partir de forages


Il existe dans le Borkou, cinq petits périmètres réalisés à partir de forages artésiens, les premiers au
cours des années 60, les plus récents au cours de la dernière décennie. La superficie aménagée
représente quelque 97 ha (Hochouma : 15,7 ha, Tchangsous F3 : 45 ha, Tchangsous F5 : 18 ha, Djidi :
12 ha et Kirdimi 6,5 ha). La superficie réellement irriguée est néanmoins plus importante et s’établit
vraisemblablement à plus de 150 ha en raison des extensions anarchiques réalisées à la périphérie
d’Hochouma, de Tchangsous et de Kirdimi.
Ces différents périmètres ont été réalisés en bordure ou à l’intérieur de palmeraies naturelles et ont
donné lieu à l’individualisation de lots. La plupart de ces lots ont été attribués aux exploitants présents
qui ont alors été regroupés en organisations paysannes avec comme objectif d’assurer la gestion de
l’eau. Du fait que les extensions n’ont pu être contrôlées, cette gestion de l’eau s’est rapidement
avérée relativement anarchique, sauf à Djidi qui en est à sa troisième année de fonctionnement et qui
compte, le fait mérite d’être signalé, un groupement féminin. Le tour d’eau initialement prévu un jour
sur cinq est maintenant passé à plus de 15 jours à Hochouma et à près de 30 jours à Tchangsous.
Le réseau de Djidi, tout neuf, est un réseau gravitaire constitué de canaux primaires et secondaires en
perrés maçonnés; il est complété par un réseau de pistes de desserte. Le réseau d’Hochouma qui
totalise 900 m de canaux est entièrement en terre, sauf la tête morte (27 m) en perrés maçonnés.
Les pertes sont évidemment très importantes tout comme à Tchangsous F3, qui possède un réseau
de canaux primaires et secondaires long de 3 500 m entièrement en terre, sauf la tête morte (45 m)
en perrés maçonnés. En revanche,Tchangsous F5 dispose d’un réseau primaire revêtu (perrés maçon-
nés sur 900 m) et d’un réseau de pistes de desserte; cet aménagement a été réalisé en tâcheronnage
dans le cadre du PDIPB pour un montant de 8,6 MFCFA, soit 480 000 FCFA/ha.
Ces palmeraies modernes ne se distinguent des palmeraies naturelles que par le quadrillage relative-
ment régulier du parcellaire, souligné par des haies vives ou mortes, par la taille et le port des palmiers
plus imposants et par le développement des cultures intercalaires.

6.7.5 L’importance des prélèvements


Des estimations récentes effectuées par la DGRHA chiffrent à quelque 3,0 m3/s (94 Mm3/an), hors
évaporation du sol, les prélèvements sur la nappe du Borkou, confirmant ainsi nos propres estimations
qui s’établissent à 3,3 m3/s, selon le décompte suivant :
䡵 forages 70 l/s
䡵 sources 100 l/s
䡵 chadoufs (environ 1 500 unités) 125 l/s
9 La consommation 䡵 palmiers (4 765 ha x 20 000 m3/ha)9 3 020 l/s
d’eau des palmeraies
extensives est estimée Dans l’Ennedi et le Tibesti, l’exploitation des ressources souterraines en eau est plus modeste, de l’or-
à 65 % environ des dre de 0,35 m3/s (11 Mm3/an) au niveau de chaque sous-préfecture. Au niveau de la frange subdéser-
besoins normaux tique, cette exploitation est insignifiante.
(environ 30 000
m3/ha).

42 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
6.8 Le point sur le fonctionnement des équipements

6.8.1 L’agriculture de décrue


La céréaliculture de décrue demeure, malgré sa variabilité spatiotemporelle, l’un des principaux sup-
ports de la sécurité alimentaire nationale et le bassin du Chari-Logone constitue le principal grenier
potentiel du pays tout entier.
En effet, le Haut bassin du Chari, plus spécifiquement le Salamat, recèle quelque 700 000 ha de ter-
res arables et la plaine du Chari-Logone près de 400 000 ha, soit plus d’un million d’hectares dont
probablement un tiers régulièrement submergés ou susceptibles de l’être par les crues. Or, ce poten-
tiel est loin d’être exploité dans son entier. Les activités agricoles sont confrontées à de multiples con-
traintes directes ou indirectes qui les affectent peu ou prou, soit : l’irrégularité de la pluviosité,
l’ensablement des chenaux de défluence, l’enclavement général et l’inaccessibilité saisonnière de cer-
taines plaines (Salamat), le faible taux de peuplement (Salamat), le parasitisme virulent ou encore l’in-
suffisance des moyens de stockage. Atténuer l’impact de ces contraintes et les supprimer lorsque
possible permettraient sinon de résorber, au moins de relativiser le problème de la sécurité alimen-
taire nationale.
Le potentiel de développement de l’agriculture de décrue ne se limite toutefois pas aux seules plaines
du Chari-Logone. La sécurisation des cultures de décrue pratiquées au pourtour des lacs Tchad et
Fitri ainsi que leur extension sont également possibles, mais les gains escomptables représentent tout
au plus quelques dizaines de milliers d’hectares.
Une troisième piste à explorer est celle qui consiste à multiplier les ouvrages écrêteurs de crues à l’in-
térieur, puis au pourtour des massifs montagneux. Le concept est d’ores et déjà bien rodé et son appli-
cation à grande échelle peut contribuer à réduire le déficit céréalier chronique des populations locales
tout en renforçant et en diversifiant les autres productions d’autoconsommation, voire, si le contexte
le permet, de développer parallèlement les cultures vivrières de rente.

6.8.2 La riziculture de bas-fonds


Compte tenu de la superficie qu’ils couvrent et des gains de productivité sensibles qu’un aménage-
ment élaboré laisse augurer, les bas-fonds représentent, à un coût relativement modeste (de 1 à
1,5.106 FCFA/ha), un second potentiel de développement de la céréaliculture irriguée. À ce titre, ils
méritent aussi toute l’attention des gouvernants dans la recherche de la sécurité alimentaire nationale.
Un inventaire exhaustif, suivi d’un programme de mise en valeur adéquat, viendrait utilement renforcer
le dispositif qui sera proposé pour la mise en valeur rationnelle des plaines d’inondation du Salamat,
du Chari-Baguirmi et du Mayo-Kebbi.

6.8.3 La petite irrigation traditionnelle en maîtrise totale de l’eau


Les divers points énumérés ci-après sont des constantes, certes multiformes, qui s’appliquent à la peti-
te irrigation traditionnelle :
䡵 La petite irrigation traditionnelle est, dans la grande majorité des cas, représentée par des jardins
familiaux.
䡵 Le moteur essentiel de la petite irrigation traditionnelle est avant tout, sinon exclusivement, la
satisfaction des besoins familiaux.
䡵 La taille des jardins se limite, sauf exception, à quelques ares, en raison de l’une et/ou l’autre des
contraintes suivantes : modicité de la ressource en eau, difficulté de l’exhaure et pluriactivité de
l’exploitant.
䡵 L’essentiel de la production nationale de légumes et de condiments est redevable à la petite irri-
gation traditionnelle.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 43
Ce constat souligne, s’il est encore besoin, que la petite irrigation traditionnelle est une activité incon-
tournable dans un contexte économique centré sur le ruralisme, sauf qu’elle est incapable de répon-
dre à une demande urbaine importante et soutenue. En d’autres termes, la petite irrigation a et
gardera encore longtemps sa place dans l’économie nationale, mais on ne peut pas compter sur elle
pour assurer l’approvisionnement d’une population urbaine non seulement en pleine expansion, mais
aussi en pleine évolution quant aux modèles alimentaires.

6.8.4 La petite irrigation moderne en maîtrise totale de l’eau


Les tentatives entreprises pour développer les petites irrigations modernes au cours des dernières
décennies ont rencontré des fortunes diverses. Les analyses ont mis en évidence les deux critères qui
exercent une grande influence à cet effet, à savoir le statut de l’aménagement (collectif ou individuel)
et son origine (privée ou étatique) dans le cas des exploitations de statut individuel.
Les périmètres collectifs
Des 70 petits périmètres irrigués (PPI) réalisés au cours des trois dernières décennies le long du
Logone et du Chari, nombreux sont ceux n’ayant connu qu’une existence éphémère. Quant à ceux
qui se sont maintenus, ils continuent certes d’être exploités tant bien que mal, mais leur degré d’in-
tensification (donc, leur production) reste bien en deçà de ce que l’on en attendait.
Il est fondamental de trouver l’explication d’un tel constat ne fusse que pour éviter, à l’avenir, de
répéter les mêmes erreurs qui ont coûté à la collectivité plusieurs milliards de FCFA (de l’ordre de
7,5 milliards de FCFA sur la base actualisée d’un coût d’aménagement de 7 millions FCFA/ha, qui est,
en gros, celui des dernières réalisations).
Les difficultés rencontrées par ce type d’aménagement relèvent d’un faisceau de contraintes et pro-
blèmes affectant les divers segments de la filière et cumulant souvent leurs effets.
Une première contrainte se situe à l’amont de la filière, au niveau de la genèse même du périmètre,
pourrait-on dire. Elle est d’ordre socioculturel : la plupart des grands périmètres et des PPI villageois
ont été créés (ou décidés) pendant la période de sécheresse afin de faire face à une demande urgente
en denrées alimentaires de base. Maintenant que la pluviosité est redevenue assez normale et que,
parallèlement, de nombreuses contraintes affectent l’agriculture irriguée, les bénéficiaires tendent à
revenir à leurs activités premières (agriculture pluviale ou de décrue pour les uns, pêche ou élevage
pour les autres) ou à se consacrer à des activités plus lucratives.
Un second groupe de contraintes et problèmes compromet également la fonction de production. Il
s’agit :
䡵 des erreurs de conception et/ou d’exécution fréquentes au niveau des périmètres réalisés par
des ONG ou à l’initiative directe de groupements. C’est le cas au niveau d’un groupement d’ex-
ploitants à Douguia où les défaillances conceptuelles et techniques font obstacle au bon fonction-
nement de l’aménagement;
䡵 de la réticence à l’adoption de la culture attelée qui conduit le paysan à recourir aux engins pour
la préparation du sol, ce qui grève ses charges d’exploitation et l’oblige souvent au non-respect
du calendrier cultural en raison du mauvais état du parc et/ou des difficultés d’approvisionnement
en carburant; les rendements et donc, in fine, la profitabilité de l’exploitation s’en trouvent évi-
demment affectés;
䡵 de l’irrégularité des approvisionnements en carburant et intrants divers (semences, engrais, pro-
duits phytosanitaires essentiellement). Les fréquentes ruptures de stock de carburant, l’irrégula-
rité de l’approvisionnement en engrais et produits phytosanitaires entraînent inéluctablement une
réduction plus ou moins importante des rendements. Le producteur se trouvant dans l’impossi-
bilité de payer en tout ou en partie sa redevance, le comité de gestion ne peut financer la cam-
pagne suivante qu’au prix d’énormes difficultés. C’est le départ d’un processus de régression
condamnant le périmètre à réduire ses activités; de deux cultures annuelles, on passe à une seule
culture d’hivernage avec irrigation d’appoint;

44 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
䡵 de l’impossibilité qu’ont les organisations paysannes d’accéder au crédit, sauf en ce qui concerne
les crédits de campagne, éventuellement accordés par l’ONDR. Les périmètres fonctionnent
donc sur la seule base des redevances qui ne couvrent que les frais de fonctionnement et qui, de
surcroît, sont souvent difficilement collectées, ce qui ne permet en aucun cas de faire face aux
grosses réparations et a fortiori au renouvellement des groupes motopompes. Toute défaillance
du GMP se traduit par l’arrêt automatique des irrigations (sauf si un groupe de rechange est dis-
ponible, mais cela ne fait que repousser le problème) et souvent l’abandon définitif du périmètre;
䡵 des difficultés rencontrées pour assurer l’entretien des réseaux. La faute en incombe en premier
lieu aux services d’encadrement (sensibilisation et formation insuffisantes des usagers), mais aussi
aux bailleurs de fonds. En prévision des difficultés inéluctables qu’entraînerait à moyen terme une
redevance calculée au plus juste, il aurait été sage de prévoir un stock de matériaux et d’équipe-
ments d’entretien. Sans réhabilitation au minimum décennale, la durée de vie des périmètres est
réduite de près de 50 %; ainsi, il est d’ores et déjà prévisible que dans les deux à trois années à
venir, la plupart des périmètres du FED ne seront plus fonctionnels;
䡵 des défaillances, fréquemment dénoncées, des comités de gestion. Elles sont toujours imputées à
l’incompétence ou à la malhonnêteté des dirigeants, ce qui est sans doute vrai. Mais en y regar-
dant de plus près, l’administration de tutelle porte également une large part de responsabilité en
cautionnant la nomination de notables aux postes clés et en ne s’investissant pas suffisamment
dans la formation des dirigeants.
Le segment aval de la filière n’est pas non plus épargné. Les problèmes y sont en effet légion, que ce 10 Ainsi, sur les PPI du FED,
soit en matière de stockage, de transport ou de mise en marché. Mais il est rarement mentionné une la redevance payée par chaque
contrainte beaucoup plus pesante, car elle condamne irrémédiablement tout investissement non producteur (qui ne couvre
que les frais de fonctionnement)
mûrement réfléchi. Il s’agit de l’inadéquation flagrante entre la valeur des productions et le montant représente au mieux un tiers
de la redevance qu’il conviendrait de percevoir pour faire face aux dépenses de fonctionnement, d’en- de sa production, mais plus
tretien et de renouvellement des équipements10. Cette situation découle essentiellement des facteurs souvent 40 à 50 %.
suivants :
䡵 la faible solvabilité des populations urbaines;
䡵 le poids des habitudes alimentaires;
䡵 les médiocres performances des producteurs, tant au plan qualitatif que quantitatif.
Les exploitations individuelles procédant de l’initiative privée
Les exploitations privées ont connu un développement rapide au cours de la dernière décennie,
démontrant par là que les irrigations modernes, malgré leurs lacunes criantes au plan des aménage-
ments et de leur fonctionnement, sont viables sous la condition expresse d’une bonne maîtrise de la
filière de production choisie. Ceci suppose esprit entrepreneurial (motivation), ressources financières
(ou accès au crédit), compétences techniques (qui peuvent être, et le sont d’ailleurs souvent, exté-
rieures), main-d’œuvre bon marché et débouchés assurés, conditions plus faciles à réunir pour des
investisseurs extérieurs aisés que pour des paysans majoritairement pauvres.
Le développement des petites exploitations privées fait la preuve que l’irrigation moderne n’est pas
une utopie au Tchad, mais qu’elle doit s’inscrire dans un contexte où l’investisseur agit en connaissance
de cause.
Les périmètres individuels relevant de l’initiative de l’État
Les initiatives étatiques visant la modernisation de la petite irrigation traditionnelle ont surtout été
focalisées sur les préfectures du Lac et du Kanem en raison de la présence, à faible profondeur et sur
une large étendue, d’une nappe phréatique plus productive et de meilleure qualité que la nappe des
ouaddis, traditionnellement exploitée.
Force est de reconnaître que les divers systèmes de captage et d’exhaure proposés n’ont pas rencon-
tré le succès escompté, même si certains suscitent une quelconque satisfaction.
Il serait, néanmoins, particulièrement réducteur d’en attribuer la responsabilité aux seuls problèmes
techniques, comme cela est trop souvent fait. L’absence de pièces de rechange et les difficultés (le

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 45
coût) de l’approvisionnement en carburant sont réels et doivent être pris en compte, tout comme le
coût et la fragilité des bidons verseurs ou encore le prix de revient élevé de l’entretien des animaux
de traction. Mais il ne s’agit là que de manifestations apparentes de problèmes plus profonds et d’in-
terrelations complexes qui relèvent du domaine économique. On peut les résumer comme suit :
䡵 absence de tout système de crédit organisé permettant d’assurer le financement de l’investisse-
ment initial et/ou du renouvellement des équipements;
䡵 inexistence de marchés porteurs régionaux et de toute forme d’organisation de la filière, tous
segments confondus (approvisionnement en intrants, production, stockage et conditionnement,
commercialisation), susceptibles de rentabiliser une opération d’envergure;
䡵 réticence des paysans à toute forme d’exploitation de la ressource sous forme communautaire;
䡵 état médiocre des infrastructures routières, n’autorisant pas l’écoulement rapide et sans heurt
des produits périssables vers les centres de consommation potentielle.
Ces problèmes ne sont pas l’apanage des deux préfectures du Lac et du Kanem. Ils concernent la plu-
part des régions du pays susceptibles de connaître un développement des irrigations, lequel restera
aléatoire aussi longtemps qu’ils n’auront pas été résolus.

6.8.5 Les grands périmètres modernes en maîtrise partielle de l’eau


On distinguera ici les périmètres réalisés le long du Logone et les polders traditionnels du Lac.
Les périmètres du Logone
Les périmètres relevant d’un système d’irrigation en submersion contrôlée réalisés le long du Logone
cumulent un certain nombre d’inconvénients qui expliquent leur échec.
D’abord, les coûts d’installation et d’entretien se révèlent prohibitifs, eu égard des résultats escomp-
tés. Ainsi, le périmètre de Satégui-Déressia aurait coûté 25 millions de dollars US, soit quelque 14 mil-
lions de FCFA/ha, hors la réhabilitation de 1986 (plus de 2 millions de FCFA/ha).
En second lieu, leur fonctionnement reste aléatoire, car il est tributaire des crues, c’est-à-dire de la plu-
viosité sur le bassin versant. En année d’hydraulicité insuffisante, l’irrigation ne peut être assurée, alors
qu’elle serait seule à même de couvrir les besoins primaires des producteurs. À l’inverse, c’est-à-dire
en cas d’hydraulicité favorable, elle ne s’avère guère motivante puisque la production en pluvial est de
toute façon assurée à moindre coût, alors que les prix aux producteurs tendent à se tasser.
Ensuite et encore une fois, le mode de gestion étatique, supposé assurer une certaine discipline tant
au plan de l’exploitation que de la production, s’est rapidement avéré une contrainte. La lourdeur des
rouages administratifs, l’inégale qualification et/ou le manque de motivation d’une partie de l’encadre-
ment ont entraîné des dysfonctionnements multiples. Ceux-ci ont eu tôt fait de décourager les exploi-
tants et ont conduit à une dégradation progressive des réseaux, des ouvrages et des équipements. Ce
constat, déjà ancien, a d’ailleurs conduit dès le début des années 90 à revoir le schéma organisation-
nel de ces périmètres. La gestion est dorénavant confiée aux exploitants eux-mêmes par le biais de
comités de gestion démultipliés en sous-comités. Les résultats sont certes encourageants, mais encore
loin d’être probants. Le brusque passage d’une situation d’assisté à celle de responsable n’est en effet
pas évident, d’autant plus que la gestion de l’eau et des intrants suppose un certain niveau de compé-
tence que la composition des comités de gestion est loin de garantir, dans la mesure où le poids de
la tradition tend à privilégier les notables (donc des intérêts privés) plutôt que les plus qualifiés des
acteurs directement concernés. Pour remédier à cette situation, les pouvoirs publics ont été amenés
à réintroduire une certaine dose d’étatisme au niveau des structures de gestion fonctionnelles
(Satégui-Déressia et casier B) en y faisant nommer quelques cadres compétents chargés de les ani-
mer et de former les responsables. C’est de toute évidence une initiative heureuse. Mais il est encore
trop tôt pour se prononcer sur ses chances de succès qui reste déterminant sur la décision de pour-
suivre la réhabilitation de Satégui-Déressia et d’entreprendre celle des casiers A et C. À notre avis, il
conviendrait aussi de revoir intégralement la conception des travaux culturaux et plus particulière-
ment la préparation du sol en remplaçant le système centralisé actuel, lourd à gérer et nécessitant des
compétences techniques et logistiques difficiles à trouver, par un ou plusieurs systèmes plus souples

46 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
et mieux adaptés au nouveau contexte (travaux à façon par des petites entreprises spécialisées,
recours à la traction animale, micro-mécanisation individuelle, notamment).
Enfin, un dernier point, qui ne porte pas vraiment atteinte au fonctionnement de ces périmètres mais
mérite d’être éclairci, a trait au statut foncier des terrains aménagés. Maintenant que l’État s’est désen-
gagé de la gestion des grands périmètres, tout en semblant disposé à en assurer la réhabilitation (sous
condition), qui dorénavant est propriétaire des parcelles agricoles ? La réponse n’est pas évidente.
L’attribution de titres de propriétés aux exploitants aurait le mérite de clarifier les choses une fois pour
toute. Elle ouvrirait cependant la voie à la spéculation foncière, ce qui inquiète certains, sans être un
mal en soi. On peut en effet penser que les acheteurs éventuels auraient à cœur de produire plus et
mieux. La question, qui vaut pour tous les périmètres grands et petits créés par l’État, reste posée et
demande une réponse claire, sans ambiguïté. L’avenir des anciens périmètres « administratifs » en
dépend largement.
Les polders traditionnels
Les polders traditionnels, dans leur forme première, présentent de nombreux inconvénients dont le
plus important s’avère la difficulté de leur endiguement et/ou le caractère fastidieux et souvent con-
flictuel de leur remplissage. Ce sont d’ailleurs là les principales causes de leur faible durabilité et donc
de la précarité des revenus des riverains.
En revanche et si l’on fait abstraction du problème foncier crucial, mais pour lequel des solutions exis-
tent, le polder traditionnel amélioré apparaît comme l’aménagement le plus simple, le moins cher et
le mieux adapté au contexte régional, et ce, tant au plan écologique (contrôle de la salinité, fertilisa-
tion naturelle) que socio-économique (coûts de production réduits, innovations techniques certes
profondes, mais facilement assimilables). Avec des taux de rentabilité voisins voire supérieurs à 20 %,
ils surclassent largement les polders modernes, qui à cet effet atteignent à peine 5 % dans le meilleur
des cas. Cet intérêt évident des polders traditionnels améliorés ne doit pas pour autant masquer leurs
diverses imperfections ni minimiser les contraintes ou problèmes susceptibles de survenir à l’usage.
C’est ainsi qu’en l’absence de planage et de drainage, l’ajustement de l’épaisseur de la lame d’eau admi-
se, au mieux des intérêts de tous, demeure aléatoire. Ses répercussions exactes sur les productions et
sur les relations entre exploitants ne peuvent être cernées avec exactitude. De même, le rejet
éventuel, même partiel, par les bénéficiaires des innovations culturales requises pour l’exploitation
rationnelle de ces polders (semis en ligne, culture attelée, notamment), ne pourrait avoir qu’une inci-
dence négative sur les rendements et donc sur l’intérêt économique de ces aménagements. Néan-
moins, les risques liés à ces incertitudes apparaissent secondaires par rapport aux contraintes et
problèmes soulevés par l’exploitation des polders modernes.

6.8.6 Les grands périmètres modernes en maîtrise totale de l’eau


Il y a peu à dire sur l’unité sucrière qui, depuis sa privatisation, semble avoir retrouvé son dynamisme
d’autrefois.
En ce qui concerne le casier B, la reprise des activités est en bonne voie, mais il est à noter qu’elle
bénéficie d’un soutien actif de la coopération chinoise. En tout état de cause, le prix de revient pro-
hibitif de cet aménagement (14 000 0000 FCFA/ha, hors réhabilitation) exclut tout renouvellement
de l’expérience. La seule question en suspens est de même nature que celle concernant les
périmètres en maîtrise partielle : le comité de gestion élu sera-t-il en mesure de prendre en main de
façon efficace et durable l’exploitation de l’aménagement ?
La mise en eau du polder de Mamdi devrait marquer la fin des grands investissements structurants en
matière d’hydraulique agricole. Cela apparaît comme une bonne chose, car le principal reproche que
l’on puisse adresser aux polders modernes est leur prix de revient excessif eu égard à un contexte
environnemental difficile (enclavement régional, prix des carburants, difficultés d’approvisionnement en
pièces de rechange, structures sociales inadaptées, ressources humaines insuffisamment développées,
etc.) qui obère sa rentabilité prévisionnelle pourtant déjà minime. Ces périmètres modernes sont
indiscutablement venus trop tôt et l’argument majeur avancé pour leur réalisation (la sécurité alimen-
taire nationale) ne peut les justifier, malgré la qualité très satisfaisante des aménagements.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 47
Parmi les multiples problèmes qui émaillent le fonctionnement quotidien de ces polders modernes et
assoient ce jugement péremptoire, on citera :
䡵 la salinisation progressive de Guini, faute de moyens financiers pour assurer le drainage;
䡵 le non-respect des plans de campagne en raison de défaillances mécaniques ou encore de rup-
tures de stock de carburant;
䡵 l’indiscipline des exploitants, notamment pour tout ce qui touche l’irrigation (non-respect du tour
d’eau, prélèvements illicites, mauvaise fermeture des vannes) avec en corollaire de nombreux
conflits et une dégradation accélérée des réseaux;
䡵 la faible réceptivité à certaines innovations culturales (sarclage notamment);
䡵 les dégradations volontaires de certains ouvrages pour des raisons purement mercantiles (vol des
modules à masque, des conduites enterrées, des cheminées d’équilibre pour être utilisés à d’au-
tres fins après éventuelle adaptation);
䡵 la valorisation insuffisante des productions, faute d’infrastructures de stockage et de l’inefficacité
des organisations paysannes (offre atomisée et réalisée à la période la plus défavorable).

6.8.7 Les systèmes oasiens


Les diagnostics portés sur les petites irrigations traditionnelles ou modernes s’appliquent également à
la zone saharienne.
En revanche, les périmètres modernes sur forage méritent un diagnostic circonstancié. En effet, la situa-
tion qui prévaut au niveau de ces périmètres peut paraître anarchique et certains, peu au fait des réali-
tés sahariennes, s’interrogent sur leur intérêt. En particulier, l’allongement du tour d’eau leur apparaît
comme une gageure pour le développement d’une agriculture performante. Pourtant, les résultats
sont là. Certes, ils ne correspondent en rien à ce que l’on attendait, à savoir une production intensive
et bien organisée de cultures fruitières et légumières sur une superficie réduite. Au lieu, on se trouve
en présence d’une multitude de jardins complantés de palmiers avec, en sous-étage, sur une superfi-
cie sensiblement réduite, des cultures au sol destinées à l’approvisionnement des marchés locaux et
régionaux, ceux-ci desservant, il ne faut pas l’oublier, environ la moitié de la population du BET.
En fait, les exploitants ont immédiatement perçu l’intérêt que représentaient pour eux les forages.
Partant du principe que leur priorité n’est pas la production de cultures en sous-étage mais celle de
dattes (principale composante de l’alimentation de base et principale monnaie d’échange), l’utilisation
de l’eau des forages doit profiter en premier lieu aux palmiers. Or, le principal facteur limitant la pro-
duction de dattes est le stress hydrique induit par le rabattement de la nappe en saison chaude. Dès
lors que l’utilisation extensive de l’eau des forages permet de soutenir quelque peu la nappe phréa-
tique en saison chaude tout en assurant un approvisionnement certes parcimonieux des palmiers, le
problème du stress est fortement atténué, ce qui assure des rendements plus que triplés par rapport
aux palmeraies naturelles (50 à 80 kg/pi au lieu de 10 à 20 kg/pi). Ce raisonnement va plus loin, car il
intègre aussi la notion spatiale (l’incidence sur le niveau de la nappe est mieux assurée si l’eau est dis-
tribuée sur une grande surface) ainsi que l’intérêt parallèle que représente la présence d’une nappe à
faible profondeur (possibilité de diversifier la production agricole à partir de systèmes d’exhaure tra-
ditionnels, sauf en période estivale où elle doit être réduite). En résumé, on peut dire que si les
périmètres sur forages ne répondent pas aux attentes de leurs concepteurs, ils s’avèrent en revanche
parfaitement adaptés au contexte socio-économique du Borkou.

6.9 Le récapitulatif des caractéristiques des équipements


Le tableau 5 synthétise les principales caractéristiques des différents systèmes d’irrigation décrits.

48 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
Tableau 5 : Récapitulatif des caractéristiques des équipements (2000)
Type d’irrigation Nom ou type des Superficie Superficie Type de produits Produc. (t/an) Consommation Remarques
aménagements (ha) culture eau (m3/an)
(ha)
Agriculture de décrue Agriculture extensive en zone de 1 700 000 125 000 Berbéré, maïs 110 000 4 000 m3/ha ou Consommation eau, pas un
débordement des cours d’eau (estimée) 600 millions m3/an prélèvement car, elle
s’évaporerait.

Riziculture Bas-fonds submergés par les Quelques Inconnue État actuel ne permet pas
de bas-fonds crues et les eaux de milliers de t de préciser
ruissellement
Petite irrigation 15 000 Légumes, fruits et Légumes : 165 000 150 000 000 Irrigation au chadouf,
traditionnelle parfois céréales Fruits : 10 000 au seau à partir de sources
en maîtrise et eau de surface
totale de l’eau
Petite irrigation 2 000 Riz, légumes, Riz : 3 500 24 000 000 Eau du Chari-Logone
moderne en maîtrise fruits, Légumes : 6 550
totale de l’eau condiments Fruits : 2 900
Grands périmètres en Satégui-Déressia 2 100 1 500 Riz 3 000 13 500 000 Eau du Logone
maîtrise partielle de Casier A 2 000 200 Riz
l’eau Casier B 300 300 Riz 700 2 700 000 Eau du Logone
Polders traditionnels 1 800 Inconnue Blé, maïs Blé : 950 / Maïs : 2 650 17 000 000 Eau du Lac Tchad
Polders traditionnels améliorés 600 Inconnue Blé, maïs Maïs : 750 3 500 000 Eau du Lac Tchad
Grands périmètres en Périmètre sucrier de Banda 3 700 3 700 Canne 330 000 40 000 000 Eau du Chari
maîtrise totale Casier B 500 420 Riz 2 500 8 000 000 Eau du Logone
de l’eau Polders modernes de Bol 2 500 Blé, maïs Blé : 3 500 / Maïs : 3 500 26 000 000 Eau du Lac Tchad
Systèmes oasiens Essentiellement en zone 5 900 Palmier dattier, Dattes : 1 5000 96 000 000 Eau prélevée
saharienne légumes, Légumes : 1 000 Céréales : des aquifères
céréales, fruits 300

Source : SDEA 2000

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7 LES BESOINS

7.1 L’évaluation des besoins en 2000


7.1.1 Au plan des ressources en eau
En zone soudanienne
Dans le bassin du Chari-Logone (zone soudanienne), les ressources en eau utilisées en hydraulique
agricole sont essentiellement les eaux superficielles, représentées par les eaux de débordement des
grandes rivières ou ouaddis, les eaux de ruissellement qui se concentrent dans les bras morts, les
mares et les bas-fonds ainsi que les écoulements pérennes du Chari et du Logone. Les prélèvements
sur les nappes (en général, il s’agit de petites nappes d’accompagnement des écoulements) restent
marginaux, de même que ceux sur les plans d’eau permanents tels que les lacs Léré et Tikem.
Le tableau 6 ci-après donne les ordres de grandeur des prélèvements présentés par unité hydrolo-
gique et par système d’irrigation.

Tableau 6 : Prélèvements moyens des différents systèmes d’irrigation


de la zone soudanienne (2001)
Prélèvements (eau de surface)
de pointe en
période d’étiage
Unité hydrologique Système d’irrigation totaux (Mm3) en rivière (Mm3) (m3/s)
Haut Chari Crues 300
Traditionnels 60 20 < 0,1
Périmètre sucrier 40 40 2,3
Moyen-Chari Crues 100
Traditionnels 6 2
Petits modernes 7 7 0,4
Haut Logone Traditionnels 30 10 < 0,1
Modernes 1 1 ε
Logone aval Crues 100
Traditionnels ε ε ε
Maîtrise partielle 12 12
Maîtrise totale 10 10 0,8
Petits modernes 6 6 0,3
Chari aval Petits modernes 11 11 0,4
Total Chari 524 80 3,2
Total Logone 159 39 1,2
Total Chari-Logone 683 119 4,4
Source : SDEA 2001

En zone sahélienne
Périphérie du Lac Tchad
On ne reviendra pas ici sur la dynamique du Lac Tchad, sinon pour rappeler qu’en dehors des
épisodes secs des années 70 et 80, le niveau d’eau dans la cuvette sud atteint une cote suffisante à
son maximum saisonnier (janvier) pour garantir la fonctionnalité normale des polders traditionnels
améliorés ou non et, a fortiori, des polders modernes qui disposent de toute façon d’une certaine
marge de manœuvre en matière d’approvisionnement en eau.

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Ouaddis du Kanem et du Lac
Les études récentes confirment le caractère généralisé de la nappe des sables, (aquifère des Sables
Ogoliens) partout accessible à partir de forages à faible profondeur (15 à 25 m), voire de puits mo-
dernes. Il s’agit d’une nappe de bonne qualité, généralement en charge, dont la forme d’exploitation
la plus rationnelle consisterait en l’installation de forages équipés de GMP de moyenne puissance, sus-
ceptibles de débiter 10 à 15 l/s. Ceci suppose une exploitation collective dans le cadre de groupe-
ments prenant en charge des périmètres de l’ordre de 20 ha.
Périphérie du lac Fitri
L’étude hydrologique réalisée dans le cadre de l’Étude de développement rural intégré du lac Fitri
apporte un certain nombre d’informations intéressantes sur le fonctionnement du lac et des oueds
qui l’alimentent. C’est notamment grâce à elle que le Bureau d’études a pu dégager un potentiel irri-
gable par épandage de crues de 15 000 ha, susceptibles de venir s’ajouter aux 5 à 15 000 ha couram-
ment emblavés en berbéré lors de la remontée annuelle du niveau du lac.
Ouaddis des régions montagneuses
Les données hydrologiques font ici défaut. On ne dispose, en effet, pour évaluer les débits et calculer
les ouvrages hydrauliques éventuels que des données enregistrées par l’ORSTOM sur les ouaddis
Enné dans le Biltine et Bam Bam dans le Guéra. C’est d’ailleurs à partir de ces données, des études
générales de l’ORSTOM relatives aux petits bassins versants en Afrique et des abaques du CIEH que
les différents ouvrages étudiés ont été dimensionnés. L’imprécision de la méthode de calcul laisse bien
sûr planer un doute sur la faisabilité réelle de ces ouvrages non pas tellement au plan technique, mais
plutôt au plan économique, car on sait vraiment très peu de choses sur l’importance des apports
solides et donc sur la durée réelle de fonctionnement des ouvrages.
Le 7 récapitule les prélèvements d’eau agricole des principales unités hydrauliques de la zone. Il
s’agit évidemment d’ordres de grandeur censés refléter la situation en année d’hydraulicité moyenne.

Tableau 7 : Consommation en eau agricole en zone sahélienne (2001)


Nature de la ressource Volumes prélevés Volumes prélevés
eau de surface (m3/an) eau souterraine (m3/an)

Lac Tchad 77 000 000

Nappe des polders du Lac Tchad 2 000 000

Nappe des ouaddis du Lac et du Kanem 20 000 000

Nappe des sables (Lac et Kanem) 1 000 000

Lac Fitri 40 000 000


Nappes alluviales des régions montagneuses 22 000 000

Nappes dispersées 18 000 000

Total zone sahélienne 117 000 000 63 000 000


Source : SDEA 2001

En zone saharienne
Des progrès importants ont été réalisés ces dernières années dans la connaissance des ressources
souterraines en eau de la zone saharienne.
Ainsi, il est maintenant démontré que la nappe des Grès Primaires (et secondaires) est exploitable au
cœur du Borkou et que les ressources disponibles y sont largement supérieures aux besoins d’un
développement agricole en rapport avec l’évolution prévisible de la démographie régionale au cours
des vingt années à venir. Il n’en demeure pas moins, qu’avec le développement de nouveaux forages
et la généralisation de l’utilisation des groupes motopompes, des risques d’abaissement de la nappe
phréatique sont toujours à craindre, ce qui mettrait en péril la palmeraie extensive. Il est donc indis-
pensable de prévoir dès maintenant les mesures nécessaires pour assurer un contrôle efficace des
prélèvements aussi bien profonds que superficiels.

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Les prélèvements pour les besoins de l’hydraulique agricole sur les aquifères de la zone saharienne
sont estimés comme suit : Borkou - 105 Mm3/an,Tibesti - 11 Mm3/an et l’Ennedi - 11 Mm3/an.
Récapitulatif
Le tableau 8 récapitule par zone géoclimatique et par origine les prélèvements en eau pour satisfaire
les besoins de l’hydraulique agricole en l’an 2000.

Tableau 8 : Synthèse des besoins en eau agricole en 2001


Zone géoclimatique Eau de surface (m3/an) Eau souterraine (m3/an) Total (m3/an)
Zone saharienne 127 000 000 127 000 000
Zone sahélienne 117 000 000 63 000 000 180 000 000
Zone soudanienne 683 000 000 20 000 000 703 000 000
Total 800 000 000 210 000 000 1 010 000 000
Source : SDEA 2001

La consommation en eau agricole en 2001 est estimée à un peu plus de 1 milliard de m3 d’eau. Envi-
ron 80 % de ce volume d’eau provient des eaux de surface. Les besoins en eau agricole sont comblés
à 100 % par les eaux souterraines en zone saharienne alors qu’en zone sahélienne 35 % des besoins
sont satisfaits par les eaux souterraines et 65 %, par les eaux de surface. Enfin, près de 100 % des
besoins en eau agricole de la zone soudanienne sont comblés par les eaux de surface.

7.1.2 Au plan des productions


Les céréales
La production céréalière annuelle du Tchad a fluctué au cours de la période 1989-1999 entre les va-
leurs extrêmes de 600 000 et 1 550 000 tonnes pour une moyenne s’établissant à quelque 810 000
tonnes.Toutes ces céréales sont cultivées en pluvial, sauf le berbéré et une fraction (minime) du riz et
du maïs produits, tributaires des irrigations. Le volume annuel moyen des céréales irriguées représente
quelque 130 000 tonnes, soit 15 % de la production céréalière moyenne totale.
Le Salamat, en zone soudanienne, avec plus de 50 000 tonnes annuellement est la première zone de
production de céréales irriguée; viennent ensuite les préfectures du Lac (zone sahélienne) et du Mayo-
Kebbi (zone soudanienne) (25 000 t chacune), puis le Chari-Baguirmi (10 000 t); le solde, soit quelque
20 000 tonnes, se répartit entre les préfectures du Batha, du Ouaddaï, de la Tandjilé et du Moyen-
Chari. La production saharienne est, pour sa part, tout à fait marginale, de l’ordre de 300 tonnes.
Par ailleurs, l’analyse de l’évolution de la production des céréales entre 1976 et 1997 montre que
tendanciellement le secteur des céréales est passé d’une production de 600 000 tonnes à la fin des
années 70 à près de 900 000 tonnes à la fin des années 90, soit une augmentation de 30 % en vingt
ans, ce qui correspond à un taux de croissance moyen de l’ordre de 2 %.
Les fruits
L’arboriculture fruitière est bien développée et relativement diversifiée (banane, mangue, goyave,
agrumes) dans le bassin du Chari-Logone et dans les vallées des régions montagneuses où les planta-
tions sont généralement dispensées d’irrigation. Ce n’est pas, en revanche, le cas autour de N’Djaména
où les vergers irrigués sont nombreux et représentent près de 600 ha. Ce n’est pas non plus le cas
au niveau des ouaddis du Kanem et du Lac ainsi qu’à celui du polder de Guini, sauf que l’extension
des vergers est ici freinée par les contraintes économiques. Au désert, les fruitiers (hors palmiers dat-
tiers) sont rares dans le Borkou en raison principalement de l’intensité et de la fréquence des vents
de sable; ils sont, cependant, abondants dans les jardins du Tibesti.
Il est, par ailleurs, très difficile de se faire une idée précise de l’importance des productions fruitières,
sauf en zone saharienne où l’on sait que la production de dattes se situe dans une fourchette com-
prise entre 8 000 et 15 000 tonnes, soit un rendement variant entre 13 et 25 t/ha.

52 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
Au niveau des exploitations modernes à vocation commerciale affirmée et sauf exception, la produc-
tion se situe actuellement à un niveau très faible, de l’ordre de 5 t/ha. Ceci est attribuable au jeune
âge de la plupart des plantations et/ou à la concurrence des cultures légumières souvent pratiquées
en sous-étage.
Au niveau des plantations des vallées du Ouaddaï, du Biltine et du Guéra où le manguier domine lar-
gement, on constate un différentiel parfois énorme entre tonnages produits et tonnages réellement
consommés, ce qui laisse augurer des rendements, au sens économique du terme, forcément faibles.
La forte saisonnalité de la production et la chute des cours qui en résulte, couplées aux difficultés et
au coût de l’acheminement vers les centres de consommation expliquent ces médiocres performan-
ces.
Partout ailleurs, les plantations irriguées ou non sont surtout orientées vers l’autoconsommation et la
satisfaction de la demande locale ou, tout au plus, régionale. De ce fait, la plupart d’entre elles conser-
vent un caractère traditionnel se manifestant par une certaine irrégularité, tant au plan de la densité
que des espèces complantées et par la parcimonie, voire l’absence de soins culturaux.
En tout état de cause, le tonnage annuel moyen des productions fruitières, hors les dattes mais cucur-
bitacées (melon, pastèque) incluses, ne devrait pas excéder 40 000 tonnes, dont probablement moins
du quart irriguées.
Les légumes
Les trois-quarts au moins de la production légumière portent sur trois produits : la tomate, l’oignon
et le gombo, le solde étant représenté par des légumes divers, pour la plupart de type européen (lai-
tue, carotte, haricot vert, concombre, etc.). Le rendement moyen se situe à un niveau très faible, de
10 à 12 t/ha, selon la proportion des diverses spéculations (l’oignon et la tomate ont des rendements
en général au moins égaux ou supérieurs à 13 t/ha, tandis que celui du gombo n’excède pas 6 t/ha).
Toutes ces spéculations sont pratiquées sous irrigation et, compte tenu du climat, jusqu’à trois cultures
annuelles sont possibles. Dans la grande majorité des cas, néanmoins, l’exploitant se limite à une cul-
ture de contre-saison suivie éventuellement d’une culture d’hivernage sur une partie du jardin; très
souvent, elle peut même se limiter à une seule culture annuelle comme nous avons eu l’occasion de
le souligner plus haut.
Au total, 95 % de la production est tributaire de la petite irrigation traditionnelle, pratiquée de façon
diffuse partout où cela s’avère possible. Il est, de ce fait, difficile d’en mesurer l’importance en termes
physique. Ce n’est que dans certaines zones de production spécialisées, tels le Salamat et la région
d’Abéché, ou encore autour des principales agglomérations du pays (N’Djaména, Sahr, Moundou) au
niveau desquels des enquêtes ont été menées, que l’on dispose de chiffres fiables. Selon une première
approximation, la production maraîchère annuelle, légumes et condiments confondus, peut être éva-
luée à près de 180 000 tonnes dont 70 000 t pour la zone sahélienne, 45 000 t en équivalents frais
(l’essentiel de la production est vendu séché après conditionnement) pour le Salamat, 55 000 t pour
le reste du bassin du Chari-Logone, hors les irrigations modernes de la région de N’Djaména, qui
représente 6 500 t, et moins de 1 000 t pour la zone saharienne.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 53
Récapitulatif
Le tableau 9 synthétise par zone géoclimatique les productions en céréales, fruits et légumes pour l’an-
née 2001. Les données figurant dans ce tableau ont été extraites des différents rapports portant sur
l’agriculture au Tchad.

Tableau 9 : Estimation des productions en 2001


Céréales Légumes Fruits

Zone Production Production Production Production Production Production


géoclimatique totale (t) en irrigué (t) totale (t) en irrigué (t) totale (t) en irrigué (t)

Saharienne 300 300 1 000 1 000 15 000 15 000

Sahélienne 240 000 46 000 71 500 71 500 15 000 5 000

Soudanienne 570 000 85 000 100 000 100 000 25 000 7 500

Total 810 300 131 300 172 500 172 500 55 000 27 500

Source : SDEA 2001

Ce tableau montre que seulement un peu plus de 15 % des céréales, 100 % des légumes et 50 % des
fruits sont produits en culture irriguée.

7.2 Évaluation des besoins à l’horizon 2020

7.2.1 Au plan des productions


La zone soudanienne
Les céréales
La consommation unitaire du Chari-Baguirmi, avancée par le rapport ECOSIT, s’établit à 243 kg/hab./
an, chiffre particulièrement élevé qui s’explique par le faible recours aux légumineuses alimentaires
(pois, niébé, haricot) et aux tubercules de substitution (manioc, patate douce, etc.). En revanche, à
N’Djaména, plus cosmopolite, elle chute à 180 kg/hab./an. Plus au sud, le modèle alimentaire évolue
et fait une place plus grande aux tubercules, ce qui ramène la consommation céréalière rurale à une
valeur moyenne de l’ordre de 153 kg/hab./an, alors qu’au niveau des villes de Sahr et de Moundou,
elle s’établit respectivement à 126 et 164 kg/hab./an. La synthèse de ces différentes normes donne
pour le bassin Chari-Logone une valeur moyenne de 166 kg/hab./an.
Les habitudes alimentaires étant profondément ancrées dans les mœurs, surtout en ce qui concerne
les produits de base, il y a peu de chances que les normes actuelles évoluent significativement d’ici
2020 puisque la diète journalière fait déjà une large place aux légumineuses et aux tubercules. Il est
proposé en conséquence de retenir les valeurs moyennes suivantes : 160 kg/hab./an à l’horizon 2010
et 150 kg/hab./an en 2020.
Les fruits
La consommation fruitière est celle qui, comme dans la zone sahélienne, connaît les plus grandes dis-
parités régionales. Se référant au dossier ECOSIT, il apparaît ainsi que la consommation rurale du
Chari-Baguirmi n’atteint même pas 2 kg/hab./an, contre 5,5 kg/hab./an au Moyen-Chari et 19
kg/hab./an au Logone occidental, la valeur moyenne, villes et campagnes confondues, s’établissant à 6
kg/hab./an.
À moyen terme, la progression escomptable ne peut être que dérisoire, car on ne peut guère
s’attendre ni à un accroissement sensible des productions ni à une amélioration suffisante du réseau
routier susceptible d’assurer le « dispatching » des productions locales. On suggère en conséquence
de retenir le chiffre de 7 kg/hab./an.

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À l’horizon 2020, l’accumulation de richesses engendrée par l’exploitation pétrolière devrait, en
revanche, permettre de résoudre les problèmes de transport et entraîner une amélioration marquée
du niveau de vie, ce qui se traduira par un accroissement de la demande et donc des productions.
D’où, nous proposons d’avaliser la norme de 12 kg/hab./an.
Les légumes
En ce qui concerne le maraîchage, les consommations unitaires moyennes sont beaucoup moins fluc-
tuantes d’une région à l’autre, les valeurs extrêmes avancées par ECOSIT allant de 13,7 kg/hab./an
(Moyen-Chari rural) à 37,9 (N’Djaména urbain) pour une valeur moyenne s’établissant à 23,6 kg/hab./
an, arrondie à 24 kg/hab./an.
Poursuivant le raisonnement tenu pour les fruits, le moyen terme (2010) ne devrait pas voir de mo-
dification sensible de la consommation légumière, que l’on propose de porter à 25 kg/hab./an.
En revanche, pour le long terme (2020), elle pourrait progresser de façon constante selon un taux
que nous nous proposons de fixer à 2 % par an, ce qui conduit à une consommation objective en
2020 de 30 kg/hab./an.
Les autres produits
Les cultures fourragères irriguées ne se pratiquent pas dans la zone soudanienne. De ce fait, l’irri-
gation n’a aucune incidence sur la diète carnée des populations qui y résident. À titre indicatif, les
chiffres avancés par ECOSIT en ce qui concerne la consommation de viande vont de 4,7 kg/hab./an
pour les ruraux du Moyen-Chari à 14,4 kg/hab./an pour ceux du Logone occidental. En revanche, la
consommation urbaine est en général nettement plus élevée : 19,1 kg/hab./an à Moundou et 25,4 à
N’Djaména, mais seulement 12,8 kg/hab./an à Sahr.
En ce qui a trait au poisson, la variabilité intrarégionale est assez marquée, de même qu’entre villes et
campagnes : 14,5 kg/hab./an au Chari-Baguirmi, mais seulement 4,1 kg/hab./an au Logone occidental;
7,4 kg/hab./an à N’Djaména, mais 13,4 kg/hab./an à Sahr.
Les féculents (légumineuses et tubercules) interviennent pour très peu dans la diète des populations
du Chari-Baguirmi (4,7 kg/hab./an); en revanche, ils représentent une part importante au sud, soit
34,2 kg/hab./an au Logone occidental, 57 kg/hab./an dans le Moyen-Chari. Puisqu’il s’agit de spécula-
tions cultivées en pluvial, cela n’a aucune incidence sur le sous-secteur.
La consommation moyenne de sucre représente actuellement près de 9 kg/hab./an; elle pourrait pas-
ser à 10 kg/hab./an en 2010 et à 12 kg/hab./an en 2020.
La zone sahélienne
Les céréales
La consommation unitaire sahélienne, calculée à partir du rapport ECOSIT, s’établit à 229 kg/hab./an,
chiffre particulièrement élevé, mais qui s’explique par le faible recours aux légumineuses alimentaires
(pois, niébé, haricot) et aux tubercules de substitution (manioc, patate douce, etc.).
Les habitudes alimentaires étant profondément ancrées dans les mœurs, surtout en ce qui concerne
les produits de base, il y a peu de chances que les normes actuelles évoluent rapidement d’ici 2020.
Nous retiendrons donc une légère régression à l’horizon 2010 (220 kg/hab./an), s’accélérant ensuite
pour s’établir à 200 kg/hab./an en 2020, sous la pression d’une certaine « occidentalisation » des cou-
tumes alimentaires favorisée par le développement du réseau routier et la mondialisation des
échanges commerciaux.
Les fruits
La consommation fruitière est celle qui prête le plus à discussion, tant les disparités intrarégionales
sont grandes. Il est suggéré, pour la situation actuelle, de reprendre les estimations établies à partir du
rapport ECOSIT, soit 4,4 kg/hab./an pour le Sahel.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 55
À moyen terme, la progression escomptable ne peut être que dérisoire, car on ne peut guère s’atten-
dre ni à un accroissement sensible des productions ni à une amélioration suffisante du réseau routier
susceptible d’assurer le « dispatching » des productions locales. On suggère en conséquence de retenir
les chiffres de 5 kg/hab./an.
À l’horizon 2020, l’accumulation de richesses engendrée par l’exploitation pétrolière devrait, en
revanche, permettre de résoudre les problèmes de transport et entraîner une amélioration marquée
du niveau de vie, ce qui se traduira par un accroissement de la demande et donc des productions.
D’où, il est proposé d’avaliser la norme de 10 kg/hab./an.
Les légumes
En ce qui concerne le maraîchage, un consensus semble se dessiner autour d’une valeur moyenne de
24 kg/hab./an. Ce chiffre recouvre toutefois des disparités importantes à l’intérieur d’une même région
ainsi qu’entre populations urbaines et populations rurales, disparités qui ne peuvent évidemment être
prises en compte au niveau d’un schéma directeur de portée nationale.
Poursuivant le raisonnement tenu pour les fruits, le moyen terme (2010) ne devrait pas voir de modi-
fication sensible de la consommation légumière, que l’on propose de porter à 25 kg/hab./an.
En revanche, pour le long terme, elle pourrait progresser de façon constante selon un taux que nous
nous proposons de fixer à 2 % par an, ce qui conduit à une consommation objective à l’horizon 2020
de 30 kg/hab./an.
Les autres produits
Contrairement à la zone saharienne, les cultures fourragères irriguées n’ont pas cours au Sahel. De ce
fait, l’irrigation n’a aucune incidence sur la diète carnée des populations concernées. À titre indicatif,
les chiffres avancés par ECOSIT sont éminemment variables : de 6,8 à 19,6 kg/hab./an pour les popu-
lations rurales des préfectures du Chari-Baguirmi et du Ouaddaï contre 35,9 kg/hab./an à Abéché.
Quant aux valeurs enregistrées pour le poisson, elles s’inscrivent dans des proportions inverses : 14,5
kg/hab./an au Chari-Baguirmi contre 0,3 kg/hab./an au Ouaddaï.
Les féculents (légumineuses et tubercules) comptent pour très peu dans l’alimentation des sahéliens
(< 3 kg/hab/an), contre quelque 45 kg/hab./an pour les sudistes. Leur production au niveau du Sahel
est d’ailleurs très modeste (pommes de terre et patates douces) et assimilée aux productions légu-
mières.
La consommation moyenne de sucre représente actuellement près de 9 kg/hab./an (ECOSIT); elle
pourrait passer à 10 kg/hab./an en 2010 et à 12 kg/hab./an en 2020.
La zone saharienne
Les céréales
L’analyse de la consommation céréalière en zone saharienne a conduit à retenir, en situation actuelle,
le chiffre de consommation de 100 kg/hab./an, correspondant au chiffre proposé par le Schéma
Directeur de l’Eau et de l’Assainissement (90 kg/hab./an), augmenté de 10 kg pour tenir compte de
la consommation sans doute proche de 130 kg/hab./an des populations sahélo-sahariennes de la zone.
En revanche, pour le long terme (2020), une consommation unitaire de 130 kg/hab./an peut être
retenue, puisqu’à cette échéance, on peut espérer voir la suppression des principaux goulots d’étran-
glement qui pénalisent la zone saharienne. Pour le moyen terme (2010), on retiendra une valeur inter-
médiaire de 110 kg/hab./an, chiffre néanmoins très optimiste qui suppose une progression sensible des
revenus des sédentaires, c’est-à-dire une augmentation des surfaces irriguées, couplée à de nettes
avancées en matière de productivité et de diversification des cultures.
Les fruits et les légumes
La consommation actuelle de légumes est faible, sinon marginale : 6 à 7 kg/hab./an. Il serait utopique
de se fixer des objectifs ambitieux pour les moyen et long termes, car le poids des habitudes ali-
mentaires freinera forcément sa progression. En conséquence, il est suggéré de retenir les chiffres
10 kg/hab./an à l’horizon 2010 et 20 kg/hab./an en 2020.

56 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
En matière de consommation fruitière, hors dattes bien évidemment, les disparités régionales sont
importantes : de 2 à 3 kg/hab./an tout au plus dans le Borkou et chez les nomades à une dizaine de
kg/hab./an au Tibesti. Pour les besoins de l’étude, on retiendra les valeurs moyennes actuelles et prévi-
sionnelles, respectivement, de 5 kg/hab./an (2000), 7 kg/hab./an (2010) et 12 kg/hab./an (2020).
Pour ce qui concerne la datte, dont la consommation importante est destinée à compenser le déficit
glucidique engendré par le faible taux de consommation de céréales, on retiendra une valeur
moyenne en 2000 de 80 kg/hab./an (≥100 kg/hab./an au BET, de l’ordre de 50 à 60 kg/hab./an au
niveau de sa frange bordière), qui sera ramenée successivement à 75 puis à 65 kg/hab./an aux
échéances 2010 et 2020.
La viande et le lait
Au désert, le problème de la satisfaction des besoins protéiques se pose différemment selon qu’on
est nomade ou sédentaire.
Pour les premiers, il n’y a pas, en fait, véritablement problème : les besoins sont satisfaits par prélève-
ment direct sur le troupeau. La consommation moyenne de viande et de lait se situe donc à un niveau
relativement élevé, comparable à celui des éleveurs sahéliens, soit près de 22,5 kg/hab./an et sans
doute autant de litres de lait, valeurs qui devraient peu évoluer d’ici 2020.
Pour les sédentaires, en revanche, le problème est plus complexe. En effet, les petits ruminants domes-
tiques ainsi que les animaux de bât trouvent l’essentiel de leur pitance journalière dans la maigre
végétation naturelle qu’ils broutent dans un rayon d’une dizaine de kilomètres autour du centre de
peuplement; un complément est également fourni par les déchets domestiques. Il s’agit donc d’un
système d’élevage extensif précaire, incapable de se maintenir si la pression sur le couvert végétal
devient trop forte, ce qui semble malheureusement être le cas un peu partout à l’intérieur de la zone
saharienne. Les consommations moyennes respectives de viande et de lait se situent à des niveaux
relativement faibles, inférieurs ou, tout au plus, proches des moyennes nationales, soit 13,5 kg/hab./an
pour la viande et 9 l/hab./an pour le lait.
Les perspectives d’une amélioration progressive de la diète protéique des sédentaires ne sont guère
optimistes, car le surpâturage à la périphérie des oasis est patent à peu près partout et les possibilités
d’une extension significative des cultures fourragères irriguées sont limitées à la cuvette du Borkou.
On peut même craindre que la situation s’aggrave et entraîne un redéploiement des populations allant
bien au-delà des limites naturelles de la zone saharienne. C’est là un scénario d’autant plus vraisem-
blable que les avancées techniques en matière d’agriculture ne concerneront vraisemblablement que
les palmeraies possédant un réel potentiel de développement tant en raison de leurs ressources en
eau que de leur accessibilité. Partout ailleurs, la situation ne pourra que péricliter les sédentaires
n’ayant d’autre alternative que de réduire leurs besoins ou tout au plus les maintenir au niveau actuel
(ce qui implique l’émigration, saisonnière ou définitive, d’une partie de la famille, en général les jeunes)
ou limiter l’effectif du troupeau familial avec, en corollaire, la diminution de la ration protéique à la-
quelle l’absence de ressources monétaires ne permettra pas de remédier.
Les autres produits
Les autres produits agricoles consommés à l’intérieur de la zone, sauf le sucre consommé en abon-
dance, ne représentent que des quantités minimes et sont cultivés sur place (patate douce par exem-
ple) ou achetés sur les marchés régionaux (thé). Ils n’ont, tant par leur nature que par les quantités
qu’ils représentent, qu’une incidence tout à fait négligeable sur le Schéma Directeur de l’Eau et de
l’Assainissement. En revanche, la consommation de sucre, par l’importance des dépenses qu’elle
représente, pèse sur le budget des ménages et, de ce fait, renforce le déséquilibre alimentaire.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 57
Récapitulatif
Le tableau 10 synthétise par zone géoclimatique l’évolution estimée de la consommation des céréales,
légumes et fruits entre 2000 et 2020 à partir des chiffres figurant dans les précédents paragraphes.

Tableau 10 : Estimé de l’évolution de la consommation par habitant entre 2000 et 2020


Zone Céréales Légumes Fruits Sucre
géoclimatique (kg/habitant/an) (kg/habitant/an) (kg/habitant/an) (kg/habitant/an)

2000 2010 2020 2000 2010 2020 2000 2010 2020 2000 2010 2020

Saharienne 100 110 130 27 10 20 5 7 12

Sahélienne 229 220 200 24 25 30 4 5 10 9 10 12

Soudanienne 166 160 150 24 25 30 6 7 12 9 10 12

Source : SDEA 2002

Par ailleurs, les populations par zone géoclimatique figurent au tableau 11.

Tableau 11 : Évolution démographique entre 2000 et 2020

Zone géoclimatique 2000 2010 2020

Saharienne 219 480 276 218 338 122

Sahélienne 2 694 760 3 403 196 4 189 378

Soudanienne 4 246 008 5 458 994 6 878 746

Total 7 160 248 9 138 408 11 406 246

N'Djaména 639 000 818 600 1 024 000

Grand total 7 799 248 9 957 008 12 430 246


Source : SDEA 2001

Sur la base des propositions de consommation figurant au tableau 11, couplées à l’évolution démo-
graphique, les besoins en divers produits alimentaires sont présentés au tableau 12.
Tableau 12 : Estimation des besoins en divers produits alimentaires entre 2000 et 2020

Céréales (t/an) Légumes (t/an) Fruits (t/an) Sucre (t/an)


Zone
géoclimatique 2000 2010 2020 2000 2010 2020 2000 2010 2020 2000 2010 2020

Saharienne 21 950 30 400 44 000 1 500 2 775 6 760 1 100 1 950 4 050

Sahélienne 617 100 748 700 837 900 64 700 85 000 125 700 10 800 17 000 41 900 24 250 34 000 50 300

Soudanienne 705 000 873 500 1 100 000 101 900 136 500 206 300 25 475 38 200 82 500 38 200 54 600 82 500

N’Djaména 146 350 180 000 204 800 15 300 20 500 30 720 2 500 4 100 10 250 5 750 8 200 12 300

Total 1 490 400 1 832 600 2 186 700 183 400 244 775 369 480 39 875 61 250 138 700 68 200 96 800 145 100

Source : SDEA 2001

Par ailleurs, en comparant les productions en 2000 (voir tableau 9) à l’estimation des besoins et de
leur évolution, il ressort :
䡵 que l’augmentation de la demande en fruits et légumes n’est pas un problème insurmontable;
l’accroissement des superficies irriguées et de la technicité des exploitants, d’une part, l’améliora-
tion du segment aval de la filière et des routes, d’autre part, devraient y suffire;
䡵 que la satisfaction à partir des productions locales d’une demande en céréales de base, accrue
de plus de 600 000 tonnes en 2000 et qui sera de plus 1 300 000 tonnes à l’horizon 2020, risque,
en revanche, de poser problème, sauf si l’on accorde la priorité au développement de l’agricultu-

58 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
re de décrue, à la mise en valeur systématique des bas-fonds et à la mise en œuvre d’un pro-
gramme ambitieux d’aménagement des bassins versants montagneux. Une autre perspective de
solution réside dans l’intensification des cultures de rente en pluvial (coton, arachide, sésame) ou
en irrigué (canne à sucre), les profits dégagés permettant alors de combler le déficit céréalier par
des achats sur les marchés internationaux. Il y a de bonnes raisons de penser que la solution con-
sistera en un savant dosage de ces différentes solutions.
Toutefois, le lancement d’un vaste programme hydraulique à partir des eaux du Chari et du Logone
ne peut non plus être retenu pour au moins trois raisons :
䡵 les déboires enregistrés au cours des deux dernières décennies sur les grands périmètres créés
au cours de la période 1950-1980 ont montré les limites de ce genre d’aménagement dans le
contexte socio-économique actuel;
䡵 tout accroissement conséquent des prélèvements sur le Logone ne pourrait se faire qu’en viola-
tion de la convention passée entre le Tchad et le Cameroun;
䡵 un accroissement inconsidéré des prélèvements sur ces deux cours d’eau aurait des con-
séquences funestes tant sur les pêcheries du Lac que sur l’élevage transhumant qui dépendent
tous deux d’un certain équilibre écologique au niveau des plaines de défluence (yaérés).
La situation particulière des populations sahariennes oblige à traiter séparément les perspectives
d’évolution de leurs besoins alimentaires dont la satisfaction dépend pour une large part de l’irriga-
tion, notamment en ce qui concerne les apports protéiques (viande et lait) et glucidiques (dattes),
alors que ce n’est pas le cas dans les autres régions. Se référant aux normes proposées ci-devant,
l’évolution des besoins pour ces trois produits est présentée au tableau 13.

Tableau 13 : Évolution prévisionnelle de la consommation de dattes,


de lait et de viande en zone saharienne (en tonnes)
Produit 2000 2010 2020

Dattes 13 934 16 820 18 377

Viande 2 754 3 533 4 453

Lait 2 135 2 776 3 498

Source : SDEA 2001

La production de dattes est actuellement suffisante pour couvrir les besoins alimentaires des popula-
tions sahariennes, sauf en année de disette. Un surplus de quelques milliers de tonnes est même assez
fréquent dans le Borkou. Cette production excédentaire fait l’objet d’un commerce (ou d’un troc)
intense avec le sud du pays, voire avec les pays limitrophes (RCA, Nigéria, Cameroun), où elle est
soumise à une concurrence de plus en plus âpre des dattes algériennes et soudaniennes, souvent de
meilleure qualité. À moyen et à long termes, la progression (ralentie) de la demande ne devrait pas
poser problème; le programme de développement proposé par le Schéma Directeur de l’Eau et de
l’Assainissement devrait, en effet, permettre d’y faire face. Se pose néanmoins un problème de fond
auquel il faudra coûte que coûte trouver une solution : celui du financement futur des achats céréaliers
qui reposent depuis toujours sur la commercialisation (ou l’échange) des surplus de dattes.
Le même problème va également se poser pour les aliments protéiques. La demande en viande
augmentera de 1 700 tonnes à l’horizon 2020 et celle en lait de quelque 1 400 tonnes. Or, la couver-
ture de ces besoins supplémentaires ne peut dépendre que très marginalement de l’accroissement
des superficies irriguées, car la fraction consacrée aux cultures fourragères ne permettra de nourrir
qu’un nombre de caprins limité (environ 20 000 têtes) pour une production annuelle de quelques
centaines de tonnes de viande et de lait, sous réserve qu’un programme d’amélioration de l’élevage
soit enclenché parallèlement au programme de développement du secteur agricole.
En conséquence, et compte tenu des perspectives très limitées de développement des secteurs se-
condaires et tertiaires, toute solution régionale au problème de l’approvisionnement en céréales, en
viande et en lait des populations sahariennes ne peut être cherchée que dans un accroissement sensi-

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 59
ble du cheptel nomadisant, ce qui en théorie est du domaine du possible. Se référant, en effet, au
Schéma directeur du BET, il apparaît que la capacité de charge des parcours de cette région est large-
ment sous-exploitée et pourrait faire face aux besoins d’un cheptel camélin et caprin au moins trois
fois supérieur à l’actuel. On se heurte toutefois à un problème économique majeur : la solvabilité des
sédentaires pour s’approvisionner auprès des nomades. On peut certes tabler sur la solidarité fami-
liale et clanique, mais elle a des limites, tout comme le développement et la diversification de l’agricul-
ture saharienne bridée par l’étroitesse des débouchés pour ses produits.
L’exode rural apparaît donc incontournable. Faute de solvabilité, une fraction du monde rural n’aura
d’autre alternative que de chercher ailleurs, ce qu’elle ne peut trouver sur place. Les seules inconnues
subsistantes sont de taille. Elles ont trait à l’ampleur du mouvement migratoire au cours des deux
décennies à venir et à la destination finale des migrants ou, plus précisément, à leur future répartition
spatiale, les émigrants étant censés trouver dans leur pays d’accueil les conditions matérielles néces-
saires à la couverture de leurs besoins essentiels.

7.2.2 Au plan des ressources en eau


Les besoins en eau varient en fonction du type d’aménagements hydroagricoles et du type de produc-
tions (riz, blé, maïs, etc). Considérant le déficit céréalier actuel et les investissements importants néces-
saires pour maintenir et augmenter le taux de couverture des besoins en céréales des populations à
l’horizon 2020, les besoins en eau agricole en vertu de ce même horizon sont évalués sur la base de
l’aménagement de 100 000 nouveaux hectares de périmètres irrigués en maîtrise totale ou partielle
de l’eau à raison de 15 000 m3/ha/an soit 1,5 milliard de m3 d’eau. À ce volume d’eau s’ajoutent
600 millions de m3 supplémentaires destinés à d’autres types d’aménagements pour un volume total
de 2 milliards 100 millions de m3 d’eau agricole à l’horizon 2020. Ceci correspond à une augmenta-
tion des quantités d’eau d’environ 108 % par rapport au volume d’eau utilisé dans le secteur en 2000.
Le tableau 14 estime sur la base des hypothèses précitées l’évolution des besoins en eau agricole
entre 2000 et 2020.

Tableau 14 : Évolution des besoins en eau agricole entre 2000 et 2020


2000 2020

Eau de Eau Eau de Eau %


Zone de surface souterraine de surface souterraine augmen-
climatique (m3) (m3) Total (m3) (m3) (m3) Total (m3) tation

Saharienne 127 000 000 127 000 000 6 000 000 204 000 000 210 000 000 65,35

Sahélienne 117 000 000 63 000 000 180 000 000 319 000 000 81 000 000 400 000 000 122,22

Soudanienne 683 000 000 20 000 000 703 000 000 1 402 000 000 88 000 000 1 490 000 000 111,95
Total 800 000 000 210 000 000 1 010 000 000 1 727 000 000 373 000 000 2 100 000 000 107,92

Source : SDEA 2001

Plus de 80 % des eaux agricoles proviendront des eaux de surface en 2020. Il est à souligner qu’en
fonction de la présence en quantité suffisante ou non des eaux de surface, des coûts de construction
des aménagements et des coûts d’exploitation, les eaux souterraines peuvent être mises à contribu-
tion de manière beaucoup plus significative surtout en zone soudanienne où il existe de grands
aquifères.

8 LES CONSTATS
La présente section récapitule les grands constats, positifs ou négatifs, qui se dégagent du diagnostic
posé sur l’hydraulique agricole.

60 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
8.1 Sur le cadre physique
Les atouts
La zone soudanienne dispose de trois atouts appréciables :
䡵 de fortes disponibilités en terres. Les chiffres communément admis (une estimation par défaut)
font état de plus de 335 000 hectares dont à peine 12 000 ont été aménagés;
䡵 des disponibilités en eau aussi fortes, sauf en période d’étiage. La faiblesse des prélèvements
actuels laisse néanmoins une grande marge de développement des superficies irriguées;
䡵 une main-d’œuvre abondante et bon marché puisque le bassin Chari-Logone est la partie du pays
où la densité de population est la plus élevée.
La zone sahélienne dispose également de trois atouts majeurs qui sont :
䡵 l’importance des ressources en eau de bonne qualité;
䡵 la relative facilité de mobiliser ces ressources;
䡵 la présence à proximité de ressources en sols aptes à porter une gamme diversifiée de cultures
irriguées.
En zone saharienne, l’agriculture oasienne dispose de deux atouts majeurs qui sont :
䡵 l’existence de ressources en eau profonde considérables, de bonne qualité pour l’irrigation et
exploitables au moindre coût (artésianisme) au niveau de la dépression du Borkou;
䡵 un potentiel indéniable de diversification des productions, notamment grâce aux cultures frui-
tières méditerranéennes (vigne de table dans le Borkou, abricotier, amandier, pêcher, etc. dans le
Tibesti) ainsi qu’à une panoplie de variétés de palmiers dattiers, susceptibles de satisfaire les goûts
des consommateurs les plus exigeants.
À ces deux atouts majeurs, mais dont la rentabilisation est tributaire de l’élévation du niveau de vie
du pays, viennent s’en ajouter quelques autres non négligeables, d’impact plus limité. Ce sont :
䡵 la bonne adaptation du système gravitaire aux conditions locales;
䡵 une relativement bonne pratique de l’irrigation à la parcelle par les paysans du BET;
䡵 une adaptation originale, répondant à une certaine logique, de l’exploitation des forages,
débouchant sur une valorisation satisfaisante de l’eau, eu égard au contexte du moment.
Les contraintes
䡵 L’irrégularité spatiotemporelle des précipitations fixe en zones soudanienne et sahélienne, de
façon tout à fait arbitraire, l’extension annuelle des cultures de décrue et engendre des transports
de sédiments qui bouleversent sans cesse la configuration des réseaux d’épandage naturel des
crues.
䡵 L’hyper aridité du climat saharien, en provoquant l’abaissement saisonnier de la nappe phréatique,
suscite un stress hydrique particulièrement dommageable à la productivité des palmeraies
naturelles. En outre, au Borkou, l’intensité et la fréquence des vents de sable font obstacle au
développement de l’arboriculture fruitière.
䡵 La topographie joue également un rôle déterminant qui se manifeste soit au niveau de la ressour-
ce, soit à celui des productions. Couplée à la nature des sédiments, elle a une incidence directe
sur la vitesse d’écoulement des nappes d’accompagnement des ouaddis et donc sur la pérennité
de la ressource en eau. En zones montagneuses, elle a une incidence sur les caractéristiques des
écoulements (vitesse, transports solides) et influe sur la nature et le coût des ouvrages hydrau-
liques. Enfin, au niveau des zones irriguées gravitairement, le défaut de planéité pose le problème
de la répartition égalitaire de la lame l’eau et conduit à une très forte irrégularité du degré de
maturation des cultures et, conséquemment, des rendements.

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 61
䡵 La contrainte pédologique se manifeste sous de multiples formes : salinité, perméabilité excessive
ou, à l’inverse, par trop insuffisante, profondeur utile, etc. On notera que, dans l’ensemble, elle
s’avère la moins pénalisante, sans doute parce que la ressource en sols est à peu près partout
pléthorique par rapport à la ressource en eau.

8.2 Sur les politiques et stratégies


La stratégie poursuivie pendant plus de trente ans visait d’abord à asseoir le développement en s’ap-
puyant sur l’agro-industrie, ensuite à faire face aux contraintes de survie imposées par les sécheresses
successives des années 70 et 80. Elle reposait sur la création de grands périmètres étatiques et de
petits périmètres collectifs alimentés par les eaux du Logone ou du Chari. Hélas, elle n’a pas donné
les résultats escomptés en termes d’augmentation de la production agricole et de sécurité alimen-
taire.
En 2002, les politiques et stratégies en matière d’hydraulique agricole demeurent confuses. Il existe de
nombreux textes de référence, souvent contradictoires, qui définissent des politiques et des stratégies
en hydraulique agricole.

8.3 Sur le cadre législatif et réglementaire


Il n’existe pas en 2002 de cadre juridique défini par des textes législatifs et réglementaires pour con-
trôler l’utilisation des ressources en eau et sanctionner les abus. En revanche, la propriété foncière est
régie par un certain nombre de textes, mais leur application est difficile en raison de leur superposi-
tion aux systèmes fonciers plus anciens et avalisés par la tradition.

8.4 Sur les acteurs


Les organisations paysannes
La plupart des formes d’organisations paysannes rencontrent des difficultés dans leurs modes de fonc-
tionnement.Toutes rencontrent des difficultés d’accès au crédit, dans la gestion technique et l’organi-
sation des périmètres et dans l’acquisition et la distribution des intrants. L’absence d’un encadrement
adéquat des organisations paysannes et le manque de formation des paysans sont des constats qui se
dégagent de presque tous les types et formes de systèmes d’irrigation.
Le secteur privé
Le secteur privé « national » est quasi inexistant en hydraulique agricole. Il y a quelques bureaux d’étu-
des qui ont tous exprimé des besoins en formation de personnel et en gestion. Dans le domaine de
la construction des aménagements hydroagricoles, il n’y a pas de sociétés nationales.
De manière générale, le secteur privé est « occupé » par des bureaux d’études et des entreprises
internationales. La création d’entreprises tchadiennes et le renforcement de celles qui existent sont
des priorités dans une perspective de développement durable du secteur.

8.5 Sur les projets et investissements


Plus de 100 milliards de FCFA ont été investis dans le domaine de l’hydraulique agricole au cours des
quinze dernières années. Les investissements ont été axés sur l’aménagement de divers systèmes d’ir-
rigation. Or, force est de constater en 2002, que ces investissements ne sont pas traduits par une aug-
mentation significative des productions. En effet, après quelques années d’exploitation, les grands
périmètres fonctionnent tant bien que mal et à échelle réduite tandis que les petits périmètres villa-
geois sont pratiquement tous arrêtés.
Avant de lancer de nouveaux investissements importants en hydraulique agricole, il apparaît essentiel
de bien analyser les causes de ces échecs afin de tirer les leçons qui s’imposent et aussi pour rentabili-
ser les futurs programmes et de pérenniser les installations.

62 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD
8.6 Sur les équipements, l’organisation et la gestion
L’analyse diagnostique des différents systèmes d’irrigation en vigueur a fait ressortir les principaux pro-
blèmes auxquels sont confrontés à peu près tous les exploitants. Ils peuvent s’énoncer comme suit :
impossibilité d’accéder au crédit, difficulté de se procurer les intrants, surproductions saisonnières,
insuffisance de moyens de stockage, diktat des grossistes et transitaires, irrégularité de l’approvision-
nement en carburant, difficulté de se procurer les pièces de rechange, éloignement des centres de
consommation, mauvais état des voies de communication.
Ce chapelet de doléances procède en fait de quatre causes fondamentalement différentes, mais indis-
sociables. Ce sont :
䡵 l’absence d’organisation des filières de production, laquelle relève des acteurs eux-mêmes (ex-
ploitants, transporteurs, commerçants);
䡵 les défaillances de l’administration de tutelle qui, au lieu de se concentrer sur les fonctions de for-
mation et d’encadrement des exploitants, s’est crue investie du rôle de gestionnaire, souvent sans
en avoir les moyens, et a perdu de ce fait la confiance des producteurs;
䡵 l’insuffisance et/ou le mauvais état des infrastructures routières dont la solution relève de l’amé-
nagement du territoire;
䡵 la faible solvabilité de la grande majorité des consommateurs qui pèse sur la demande et déprime
les prix.
La gestion des périmètres irrigués hors polders
Les structures de gestion des périmètres irrigués se sont toujours avérées impuissantes à maîtriser la
situation créée par leur dépendance totale vis-à-vis du ministère de tutelle (tant au plan du person-
nel affecté que des ressources budgétaires) et par leur incapacité à assumer les choix techniques en
matière de production. La révision du mode de gestion, qui a vu l’émergence des organisations
paysannes, a certes eu un effet d’entraînement sur les exploitants qui s’est traduit par une réelle volon-
té de reprise des activités. Mais le rôle de simples exécutants dans lequel ils avaient été jusque là con-
finés ne leur permet pas, maintenant, d’assumer seuls la gestion d’aménagements et de systèmes de
production aussi complexes que ceux qui avaient été mis en place. L’exploitation durable de ces
grands périmètres pose, de ce fait, au moins cinq préalables aux pouvoirs publics, avant toute décision
de poursuivre plus avant les travaux de réhabilitation :
䡵 une assistance temporaire aux comités de gestion mis en place,
䡵 une définition claire du statut foncier;
䡵 une révision des critères de sélection des futurs gestionnaires qui doivent être à la fois acteurs
dynamiques, gestionnaires intègres et meneurs d’hommes;
䡵 une formation spécifique approfondie de ces gestionnaires;
䡵 une révision des systèmes d’exploitation qui doivent revenir vers des formes plus en rapport avec
le niveau de développement des capacités locales (travaux à façon, traction animale, éventuelle-
ment micro-mécanisation).
La gestion des polders
Une place à part doit être réservée aux polders modernes de Bol, dans la mesure où la structure de
gestion (la SODELAC) maîtrise, certes encore imparfaitement, l’organisation de la filière céréalière. Le
problème de fond est celui de leur rentabilité insuffisante qui place la SODELAC dans un état de
dépendance absolue vis-à-vis de ses deux bailleurs de fonds, en matière de financement de son parc
d’engins et du renouvellement de ses équipements lourds (station de pompage), voire de son appro-
visionnement en carburant. Sont ici en cause :
䡵 le prix de revient des aménagements et le haut niveau de mécanisation imposé par la double cul-
ture, facteurs qui mettent les coûts de production à un niveau très élevé de sorte que l’option
culturale retenue ne peut être rentabilisée que par des rendements eux-mêmes élevés qui sont
encore loin d’être obtenus;

SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD 63
11 La mise en exploitation 䡵 le coût de la structure de gestion eu égard à la superficie exploitée11;
de Mamdi devrait éliminer
ce problème, sauf si elle 䡵 le prix de revient de l’évacuation des productions vers N’Djaména, particulièrement élevé en rai-
se traduit par un recrutement son du très mauvais état du tronçon routier Bol-Massakory.
de personnel important.

8.7 Sur les besoins


䡵 Malgré la grande variabilité de la production d’une année à l’autre, le taux moyen de croissance
de la production céréalière au cours des vingt dernières années est de l’ordre de 2 % par an. Ce
taux de croissance est inférieur de 0,5 % par an au taux de croissance démographique annuel
estimé à 2,5 %. Certaines études récentes parlent même d’un taux de croissance annuelle de la
population de 3 %. La production en céréales en 2000 ne couvre qu’à peine 56 % des besoins
qui sont estimés à près de 1 500 000 tonnes. Ces besoins seront à l’horizon 2020 de 2 200 000
tonnes de céréales. Un effort important, soit en termes d’augmentation de productivité, soit par
la mise en valeur de nouveaux aménagements hydroagricoles, est nécessaire pour seulement
maintenir le taux actuel (56 %) de couverture des besoins en céréales des populations.
䡵 L’importance prise en hivernage par les cultures de rente et, plus particulièrement le coton, se
fait au détriment des cultures vivrières traditionnelles. En conséquence, le déficit céréalier régio-
nal ne peut qu’aller en s’amplifiant au fil des ans s’il n’y a pas de mesures appropriées de mise en
œuvre.
䡵 L’eau n’est pas, de manière générale, un facteur limitant au développement de l’hydraulique agri-
cole. Il existe d’importantes ressources en eau de surface et souterraine encore inexploitées.
Cependant, la mobilisation et la mise en valeur de ces ressources peuvent dans certains cas
devenir des contraintes dans la mesure où cela représente des coûts élevés et nécessite un envi-
ronnement « humain et technologique » pas toujours présent en milieu rural.

64 SCHÉMA DIRECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT DU TCHAD ■ HYDRAULIQUE AGRICOLE ■ HCNE ■ MEE ■ ONU-DAES ■ PNUD