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<a href=Presse féminine ou féministe ? Claudine Lombard-Salmon Archipel Citer ce document / Cite this document : Lombard-Salmon Claudine. Presse féminine ou féministe ?. In: Archipel, volume 13, 1977. pp. 157-192 ; doi : 10.3406/arch.1977.1334 http://www.persee.fr/doc/arch_0044-8613_1977_num_13_1_1334 Document généré le 16/03/2016 " id="pdf-obj-0-2" src="pdf-obj-0-2.jpg">
Archipel
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Citer ce document / Cite this document :

Lombard-Salmon Claudine. Presse féminine ou féministe ?. In: Archipel, volume 13, 1977. pp. 157-192; doi : 10.3406/arch.1977.1334

Document généré le 16/03/2016

<a href=Presse féminine ou féministe ? Claudine Lombard-Salmon Archipel Citer ce document / Cite this document : Lombard-Salmon Claudine. Presse féminine ou féministe ?. In: Archipel, volume 13, 1977. pp. 157-192 ; doi : 10.3406/arch.1977.1334 http://www.persee.fr/doc/arch_0044-8613_1977_num_13_1_1334 Document généré le 16/03/2016 " id="pdf-obj-0-21" src="pdf-obj-0-21.jpg">

157

PRESSE FÉMININE OU FÉMINISTE ?

par Claudine SALMON

Au cours

des

dernières années du XIXe

et

au

tout début

du

XXe s., on assista dans les Indes Néerlandaises, à la naissance d'un

mouvement de modernisation encouragé d'ailleurs, dans une certaine mesure, par les autorités hollandaises. L'éducation européenne jusqu'alors diffusée au compte - gouttes, fut progressivement encouragée par le gouvernement qui désormais développa sa "politique éthique". Il s'agissait moins pour ce dernier de se rendre responsable d'une "dette d'honneur" à l'égard des populations exploitées que de s'adapter

aux nouvelles exigences

économiques (1). Quoiqu'il

en fût des intentions

réelles des autorités, on n'en assista pas moins, en l'espace de quelques années, à la formation d'une plus large élite intellectuelle, fortement occidentalisée, qui peu à peu prit conscience de la nécessité dans laquelle le pays se trouvait de s'initier au plus vite aux techniques modernes et à la culture occidentale, afin d'être mieux à même de réagir.

Tandis que le concept de kemajuan ou "progrès" faisait son chemin, certains émettaient parallèlement l'idée que celui-ci ne pourrait se

réaliser si les femmes en restaient tenues à l'écart. Si pour nos

contemporaines, Kartini incarne par excellence

le

type même

de

la

pionnière féministe de cette époque, il ne faudrait cependant pas croire qu'elle était une simple exception. A l'instar de la famille de Kartini, d'autres parents issus de milieux voisins, se souciaient de faire donner

Pour plus ample détail, voir G. Th. van Deventer, "La situation économique de

l'Inde Néerlandaise", Rev. Econ. Int., juin

1905.

158

une

éducation à

leurs

filles, comme

le

note

d'ailleurs

Kartini

elle-

même en

1899, dans

sa correspondance : "Beaucoup d'autres régents

ont donné et donnent encore à leur progéniture la même éducation

que celle

que nous avons reçue et cela n'a d'autres résultats que des

jeunes filles

indigènes parlant

hollandais et

ayant

des

manières

européennes" (2).

En

 

ce

qui

concerne les

fruits

de

cette éducation,

on aurait tendance

à

penser

que Kartini portait un jugement

trop

sévère sur ses consoeurs. Certes, le temps a

fait disparaître

bien des

matériaux et ceux

qui subsistent encore n'ont pas été suffisamment

étudiés

pour qu'on

puisse

retracer de

façon

précise les

résultats

des

débuts

de l'occidentalisation

sur

 

les

femmes

de

la

noblesse

qui, seules pratiquement avec quelques Chinoises, avaient l'enseignement. (3).

accès

à

 

On pourra cependant

se

faire une

idée des succès

de l'éducation

progressive de ces jeunes femmes en examinant leur propre presse dans laquelle elles n'hésitaient pas à exprimer leurs aspirations et leurs préoccupations (4).

Un obstacle pourtant s'est présenté à nous dès le début, à savoir :

la difficulté

qu'il

y

a

à

se

procurer ces

collections de journaux

quasiment inexistantes en Europe. Nous avons essentiellement travaillé

sur le fonds conservé à la Bibliothèque du

Musée

de Jakarta

qui,

(2)

Cf.

Lettres de

Raden Adjeng Kartini,

choisies

et traduites

par Louis Charles

Damais,

introduction et notes

de Jeanne Cuisinier,

Paris,

La

Haye,

Mouton,

1960,

p.

44.

(3)

On trouve

dans la version originale

des Lettres

de Kartini (édition de

1912,

p.

206)

une note concernant les Chinoises

datée

de

1902 :

"Je viens juste

de

lire

dans le journal que quelques jeunes filles chinoises avaient demandé

à prendre

part à l'examen d'institutrice.

Hourra

pour

le

progrès.

Cela m'a

rendue

de

bonne humeur.

Les

des

traditions ; mais

Chinois sont

très

on

peut

voir que

entiers en

ce

qui

les plus

vieilles

concerne la défense

traditions sont encore

utiles.

Cela me donne courage et espoir".

(4)

II est à noter cependant que certaines femmes se manifestaient

déjà auparavant

dans

la presse ordinaire.

Kartini

(p. 46

de la traduction française)

note qu'elle

avait fait paraître

en

1899 dans les Bijdragen van

het Koninklijk

Instituut voor

  • Taal-Land- en Volkenkunde van N eierlandsch-lndië, un article

sur "Le mariage

chez les Indiens".

Un

peu

plus

loin

(p.

75),

elle

dit

aussi avoir

publié

un

article dans De Echo sous le pseudonyme de Tiga Saudara. R.A. Abdoerachman,

de

dix ans la cadette de

Kartini, composait aussi

des articles qui parurent vers

1905 sous le nom de plume de Siti Kadidjah dans des journaux tel que Bintang

Hindia.

Elle contribua aussi

à la revue féminine hollandaise Damesweekblad

voor

Indïè que dirigeait

alors

Mme

utilisant cette fois

les noms de plume

Ter

Horst-

Da

Boer à Yogyakarta,

de Siti, Sri et S.K.

en

159

bien qu'incomplet,

reste à notre connaissance

Quelques organisations féminines, existant encore

le

plus riche (5).

à présent, conservent

parfois dans leur archives une collection complète

de

leur

organe ;

c'est le cas

par exemple, pour l'association 'Aisyiyah qui a son siège à

Yogyakarta ; mais c'est loin d'être une règle générale. Selon certaines

informations, la

bibliothèque du

Gedung Wanita

ou "Maison

des

femmes"

de Jakarta posséderait également quelques collections de

périodiques parus après la guerre. Mais de profiter de cette bibliothèque.

il ne

nous

a pas

été possible

Nous avons néanmoins réussi à dénombrer quelque 65 journaux

dont nous donnons

la liste en appendice. Il ne fait pas de doute que

ce chiffre

de

65

est

en

deçà

de la

réalité. En

ce

qui

concerne la

période coloniale, la Bibliothèque

a un bon

éventail de

la

presse publiée

tant

à Java

qu'à

du Musée Sumatra ; les

autres contrées, telles

Celebes et les Moluques, sont très mal représentées ; pour ce qui est

de Celebes sud, des indices sociaux pourraient laisser supposer que le problème d'une presse féministe ne s'est pas réellement posé pendant

l'époque coloniale (6); mais pour ce qui est des Moluques par exemple,

il

est difficile

de savoir

si l'absence de collection à Jakarta doit être

attribuée à l'inexistence de telles revues ou à l'obstacle des distances (7).

Pour toute la période postérieure à l'indépendance, au cours de

laquelle de nombreuses revues ont vu le jour un peu

partout à travers toute

l'Indonésie, la Bibliothèque est considérablement moins riche. On n'y trouve pratiquement aucun des bulletins que publiaient ou que publient encore les nombreuses associations féminines et féministes regroupées dans le KOWANI (Badan Koordinasi Wanita Indonesia ou "Comité du Congrès des femmes indonésiennes"). Ces bulletins, à circulation limitée, puisqu'à usage interne, sont donc assez difficiles à se procurer. Du point de vue chronologique, les revues retracées s'étalent entre 1906 et 1974 et peuvent être divisées en quatre périodes :

la première qui est

celle des tentatives isolées et qui va jusqu'en 1914 ;

la deuxième au cours de laquelle les revues sont essentiellement

les

(5)

Nous

tenons

à

remercier

ici

le

personnel

de

la Bibliothèque

qui

a

facilité

notre recherche grâce

à

son extrême obligeance,

ainsi

que

Mesdames Nani

Soewondo, R.A. Soedarsono, et Tjoa Hin Hoeij les périodiques qu'elles possèdent.

qui

ont mis

à notre disposition

(6)

II faut rester très prudent cependant,

car il a

existé des associations féminines

musulmanes, telle le Serikat Wanita Islam Makasar qui fonctionnait vers 1935. Mais l'occidentalisation n'ayant pas été aussi forte dans cette contrée, il est peu vraisemblable que des associations féministes du genre de celles rencontrées

à Java et à Sumatra s'y soient créées.

pu savoir si l'association Ina Tuni, qui prit naissance à Ambon

  • (f) Nous n'avons pas vers

1920,

possédait ou non

une revue.

160

émanations des premières organisations de femmes ; la troisième qui correspond à la deuxième phase des organisations après le congrès de 1928 et jusqu'à l'occupation japonaise ; la quatrième enfin qui débute

avec l'indépendance de l'Indonésie

et

qui

est

caractérisée par un

renouveau d'expression suivi d'un retrait.

Les premiers journaux.

Autant que l'on puisse savoir, il semble que ce soit dans le milieu féminin chinois peranakan de Java qu'une première tentative de presse

ait

été

tentée.

En effet,

la plus ancienne

chronique

rédigée

par

une

femme et

pour

des femmes,

dont nous

pu retrouver

la

trace,

est celle

qui parut, pour la

avons première fois en

1906, à Buitenzorg

(act.

Bogor). Elle était partie intégrante

du Tiong

Hoa

Wi Sien

Po

ou

"Journal réformiste chinois", hebdomadaire qui se composait de deux

parties : l'une

destinée au

public féminin

et l'autre

au

public

 

masculin (8).

La

directrice

de

la

partie féminine était une

certaine Lim

Titie Nio

sur laquelle nous sommes mal renseignés. Ce journal,

dont

trois

années seulement sont conservées au Musée

(1917 - 18

et

1920)

était l'un des organes des réformistes d'origine chinoise (Kaum muda bangsa Tionghoa) qui se réclamaient de Kang You-wei (1858-1927), grand réformateur confucianiste du moment qui, en Chine, se pencha précisément sur la condition féminine et intervint notamment pour

demander l'abolition de la pratique

des pieds bandés.

Selon Liem

Thian

Joe (9),

le journal

fut

créé par

Tan

Tjhan Hie,

dont

le

frère

Tan Ging Tiong (1870-1935)

publiait à

Sukabumi,

depuis 1901,

le

Li

Po, autre journal de même tendance.

On

sait

par

ailleurs

que

les

fondateurs des écoles de la Tiong-hoa Hwe-kwan qui se réclamaient

aussi d'un confucianisme réformé, se

soucièrent dès les débuts

de

créer un enseignement pour les filles (10).

(8)

II est intéressant de noter que le premier journal publié en Chine par une femme

(1902), le Niï-bao,

"Journal

des femmes",

créé par une

certaine Chen

 

Tie-fen,

■dont

le

père

diiigeait

un quotidien,

le Su-bao,

fut envoyé

gratuitement en

suplément,

aux abonnés de ce journal.

(9) Liem Thian Joe, "Journalistiek Tionghoa-Melajoe

I",

in

Sinpo,

Wekelijksche

Editie,

vol. XVII, n°

840,

6 mai

1939,

p.

23.

de l'ouvrage commémoratif

du

40s

(10) Une

des illustrations

anniversaire

de

la

fondation de cette association, montre précisément Kang You-wei rendant visite

en 1903

à une classe de petites Chinoises revêtues de sarong;

on

en trouvera

161

En

1908, soit

deux

ans

après la

création du Tiong Hoa

Wi Sien

Po, la ville de Batavia voyait l'apparition d'une autre revue féminine

rédigée également

en

malais et

intitulée :

Poetri Hindia —

Soerat

kabar dan advertentie boeat Istri-Hindia ou

"Filles

des

Indes

Journal d'information et d'annonces pour les femmes des Indes (néerlandaises)". Elle était dirigée collégialement par R.T.A. Tirtokoesoemo,

alors régent de Karang Anyar, R.M.T. Adhisoerjo, rédacteur en chef du Medan Prijaji et par R.S.T. Amidjojo médecin résidant, comme le

précédent, à Bogor.

Les noms

but éducatif

de

deux

au

moins de

ces fondateurs

laissent deviner le

de

la

revue.

En

effet,

le

régent de

Karang Anyar se trouvait à l'époque à la tête de toutes les

 

manifestations "modernes" de Java ;

c'est lui

qui devint dès

octobre

1908,

le

Président du Boedi Oetomo (u). Il se préoccupait de l'éducation

à donner aux

filles et

dès

avant 1908,

avait

sur sa propre initiative

fondé une école dans son kebupaten et y

avait mis

ses filles comme

directrices (12). Quant au rédacteur en chef du Medan Prijaji, c'était

une figure assez extraordinaire, un des porte-parole les plus éloquents de son époque (13).

Si la direction et l'administration étaient confiées encore

à

des

mains masculines, la rédaction par contre était entièrement dans celles

des femmes ; ces dernières étaient classées, en nombre sensiblement

égal, en deux catégories,

à

savoir :

les rédactrices en chef (hoofdre-

dactrices)

et les

rédactrices. Si

on en croit

A.

Cabaton

qui, quelques

une

mois

après

la

parution du

premier numéro,

fit

présentation

détaillée

de

ce

"journal féminin et quelque peu

féministe" (14),

il

y

avait dans le comité de rédaction trois européennes : Melle F. Kremer,

Mmes Dupon

et

L.E.

Staal,

cette dernière

étant rédactrice en chef

(n) Cf. Nagazumi Akira,

 

of

the Budi

(12) Idem, p.

48.

(13)

A.

Cabaton,

avantageuse :

moyens, il

 

piquant,

en

ouvrages

sur

(*4) Cf.

A.

 

Monde

 

The Dawn

of Indonesian Nationalism, The Early Years Tokyo, Institute of Developping Economies, 10, p. 47.

Utomo, 1908-1918,

I.D.E. Occasional

 

Papers Série n°

 

dans

"La presse

indigène aux Indes néerlandaises",

in Revue

du

1912,

p.

342,

donne du personnage une description

"C'était

un Javanais

qui

égalait

en

envergure le

plus

adroit

énergique,

toujours

en gésine

d'une

idée

ou

 

avide de bruit et

de réclame,

tour

à

tour violent

ou

 

ne

fut pas toujours honnête

dans

ses

 

asiatique

le fut davantage dans

ses vues.

Par un

contraste

et

passive,

habitait

une

cet

d'apparence compassée

servie par un sens

de

la

vie moderne tout américain".

a traduit du hollandais

en malais

un

des premiers

la

question

des

femmes jamais

écrit par une Indonésienne

(cf.

 

indigène aux Indes Néerlandaises", in Revue

du

Monde Musulman, Dec.

homme d'affaire européen. Actif,

d'une création nouvelle,

sournois dans ses habiles polémiques, s'il

est probable qu'il

imagination débordante

Rappelons que c'est lui qui

ci-dessus, R.A. Mangkoedimedjo, Les progrès de la gent féminine, p. 119, note (2).

Cabaton, "La presse

Musulman, jan-févr. 1909, p. 448

162

responsable ;

parmi les

Indonésiennes,

toutes

semble-t-il d'origine

noble, sauf peut-être une

certaine Nai Hadji

Kamsiah,

on constate

une majorité

écrasante de javanaises ; certaines

ne font état

que de

leurs titres (telles R.A.S. Habiba, R.A. Mangkoedimedjo, R.A. Dewa-

siafo, R.A.

Pringgowinato, R.A. Arsad, R.A. Tirtoadiwinoto) , tandis

que d'autres donnent des précisions sur leur travail (telles la fille du

régent de Karang Anyar, R. A. Soehito Tirtokoesoemo, institutrice principale, Mas Loro Hasiah Rogoatmodjo, élève maîtresse de l'école

normale de Karang Anyar et R.A. Fatima, élève du gymnase de

Weltevreden) . Le

monde extra- javanais n'était représenté que par la

"Princes" Fatima originaire de Bacan (dans les Moluques). Notons cependant que dès l'année suivante, on trouvait également parmi les rédactrices en chef une institutrice d'une école particulière de Kota Gedang (Minangkabau) , une certaine S.N.N. Salim. Fait non moins intéressant, les articles publiés dans la revue (qui paraissait deux fois par mois), qu'ils émanent de la rédaction comme des lectrices, étaient récompensés par des sommes d'argent estimées en fonction de leur valeur et de leur longueur.

Le but de Poetri Hindia était de "devenir le guide

de

toutes les

femmes des Indes désirant accroître ou élargir leurs connaissances et

éliminer toute trace d'ignorance". Pour ce

faire,

elle

se

proposait

comme l'expliquent ses avertissements de répondre à

toutes les

questions que les femmes pouvaient se poser. En

outre, on envoyait

sur demande, aux abonnées, des patrons de vêtements, des motifs de

batik et de broderie ; on pouvait aussi donner des conseils pour les

réceptions, établir des devis

de dépenses

pour les

festins ;

enfin,

la

correspondance, était-il précisé, pouvait

être

adressée en javanais,

sundanais, hollandais, allemand, français et anglais (15). Le contenu de

la

revue était

assez

varié ;

on

y trouvait

des

nouvelles du monde

extérieur, des articles

sur

la condition

féminine

aux

il

Indes

et

à

l'étranger, notamment en Turquie et en Perse (16);

est à noter

que

dans ces deux derniers cas, il s'agissait seulement de la reproduction

d'articles écrits par des Européens.

Il

y

avait aussi

de nombreux

conseils pratiques pour la vie quotidienne tels que notions d'hygiène,

recettes de

(15) Dans

(16)

En ce qui

p.

337,

cuisine hollandaise et javanaise, mode de fabrication de

de la revue,

se trouvaient aussi

des exercices de

les premiers numéros

hollandais avec traduction juxtaposée en malais et explications grammaticales.

concerne la Turquie, la Revue du Monde Musulman d'octobre 1908,

annonçait qu'un journal féminin, le Hanumlara mahsûs gazete ou "Le

journal des dames" paraissait à Constantinople depuis 1893. Là aussi,

l'administration était confiée

à un homme, tandis que les rapports du journal

avec

les

lectrices étaient confiés à une femme.

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164

divers produits de consommation alors encore préparés à domicile.

Mais on pouvait y lire aussi des feuilletons, des

articles de

fond sur

des sujets touchant à l'histoire et à la culture des Indes néerlandaises,

ainsi que de nombreux textes envoyés par les lectrices; certains essais

en prose ou différents à l'égard

en vers laissaient entendre

des points

de

vue

très

de l'émancipation féminine.

Parallèlement aux

conceptions progressistes de R.A. Mangkoedimedjo sur "l'émancipation

de

la

gent féminine" (17),

le journal

n'hésitait pas

à publier des

conseils à l'usage des épouses (rédigés par des femmes) dans lesquels

on

leur

enseignait

la

soumission

la

plus

absolue

au

mari (18).

On ne sait quand s'arrêta le journal ; le dernier numéro conservé au Musée date de juin 1911 ; il est à penser qu'il a dû disparaître avant

1914, année

qui,

on

le verra

plus

bas,

fut

celle

de

la création

de

l'organe de Poetri Mardïka.

Dans l'intervalle, en 1912, deux autres revues appelées Soenting Melajoe et Wanito Sworo, étaient lancées, respectivement en pays Minangkabau et à Java central.

Le Soenting Melajoe, Soerat Chabar Perempoean di Alam Minangkabau au "Parure malaise, Journal des femmes du pays

Minangkabau", paraissait à Padang une fois par semaine. Tout comme Poetri

Hindia, sa direction et son administration

étaient' dans des

mains

masculines. La première était assurée par Datoe Soetan Maharadja,

progressiste soucieux

de rester proche

de

Yadat, alors

à

la

tête

du

mouvement

kaum muda ou "Groupe

des jeunes"

et

qui

dirigeait le

journal Oetoesan Melajoe, dans lequel il exprimait ses idées

 

politiques (19).

Il fut un des

défenseurs de la

promotion féminine dans son

pays

et ouvrit lui-même, dès

1909 à Padang,

une

école de tissage où,

sous la direction

de son épouse Sitti Amrin, les femmes pouvaient

réapprendre un métier que la loi du marché avait fait disparaître (20).

Nous

ne

savons pas cependant

si

c'est

lui

qui

eut l'initiative du

Soenting Melajoe, comme l'affirment certains, ou si c'est Sitti Roehana,

(17)

Voir la traduction donnée

ci-dessus, pp.

121 - 127.

122,

(18) Nous en avons reproduit

l'article de

quelques passages p.

note 9

de la traduction

de

R.A. Mangkoedimedjo, "Les

progrès

de la

gent féminine (1909)",

donnée ci-dessus. (!») On trouvera un court développement sur D.S. Maharadja dans Taufik Abdullah, Schools and Politics: The Kaum Muda Movement in West Sumatra (1927-1933),

Ithaca, Cornell University Press,

1971,

n<>

31)

pp.

D.S.

12-13

et

15.

(20) Selon le Soenting Melajoe (1915,

deux écoles : l'une

dans sa

Maharadja avait, dès

située dans

propre maison

et une autre

1909, créé le village ;

mais

seule celle

que

dirigeait sa

femme Sitti

Amrin

et

qui

comptait entre 20

et

30 élèves,

avait survécu.

Par ailleurs

dès le printemps

1909,

il

avait aussi

créé une association intitulée Keradjinan Minangkabau taras nan doea, qui avait

aussi pour

but d'aider les femmes.

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M EL A JOE.
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SflO^U,
a*ià, <l*ii, «rtot»«(iâ ^

166

jeune femme dynamique née à Kota Gedang (1984-1969) qui dès l'âge

de douze

ans

apprenait à

lire

et

à

écrire

aux

petites filles de

son

entourage ;

en

1905,

elle

créait une

école

à

Kota

Gedang

on

enseignait

l'artisanat

et

en

1911,

elle

fondait le Keradjinan

Amai

Setia, "Artisanat des mères solidaires", une association qui avait pour

but de stimuler les femmes dans le domaine de l'éducation (21). Selon

Tamar Djaja (a2), ce serait Sitti Roehana elle-même qui serait entrée

en contact avec D.S. Maharadja, en tant que lectrice de son journal,

pour lui expliquer ses désirs de créer une presse à l'usage des femmes

et pour

lui

demander de

lui

réserver à

cet effet,

une

place dans

le

Oetoesan Melajoe. Séduit par sa proposition, D.S. Maharadja aurait

alors

mis ses capacités

et

son capital

à sa

disposition.

Cette version

ne nous explique pas

comment la

fille même

de

D.S.

Maharadja,

Zoebeidah Ratna Djoewita, se trouva associée au projet et devint dès

le début co-rédactrice aves Sitti Roehana (23).

 

Une

des

caractéristiques de ce journal est qu'il

dut répondre

à

un

réel besoin ;

il

connut un

grand succès

et dura au

moins dix

ans

(le dernier numéro

conservé au Musée

date

de

1921). Il

était lu

en

dehors

du

pays

Minang,

peut-être par

des perantau, "émigrées",

comme il apparait

à travers les lettres et

les essais des lectrices de

Bandung, Medan, Benkulen, Gorontalo, Pulau Pisang (Kroë), Tan-

jung Karang etc.

 

Ce

qui frappe tout d'abord lorsqu'on le feuillette,

c'est qu'aucune Européenne

n'y

était

associée

officiellement,

qu'il

 

s'adressait à des femmes actives, à

des étudiantes, des- écolières, qu'il

n'y était nullement

question de mode,

de patrons,

de

menus de

réception, et qu'on y trouvait rarement des recettes de cuisine. Chose

intéressante, on y parlait beaucoup de l'économie du pays, à laquelle

d'emblée, les

femmes étaient associées. Il

semble qu'à l'époque,

le

tissage artisanal, métier proprement féminin, avait été écrasé par la

concurrence, comme l'expliquait D.S. Maharadja dans divers articles.

On aurait d'abord

commencé par importer les fils,

puis peu

les tissus eux-mêmes auraient été éliminés pas

ceux

venant

à

de

peu,

Pa-

(21)

II

existe

sur Sitti

Roehana une

copieuse

biographie citée par Taufik Abdullah

(op. cit.) mais que nous n'avons pu consulter : "Kartini Ketjil dari Minangkabau :

Sitti Rohana", in Pandji Islam, 1940, pp. 9054-9080. Nous avons trouvé quelques

renseignements biographiques la concernant dans les ouvrages suivants : Almanak

Sumatra terbitan 1969, p. 408 ; I. Djumhur, H. Danasuparta, Sejarah Pendidikan,

Bandung, Pen.

Ilmu,

1974,

p.

158-59 ;

Tamar Djaja,

"Sitti Rohana",

in

Biiku

Kita,

I, 9 sept.

1955, pp. 387-390. Taufik Abdullah,

Op. cit.,

p.

13

attribue la

création du Soenting Melajoe à

D.S.

Maharadja.

(22) Op. cit., p.

(23)

388.

Leurs noms apparaissant ensemble sur les tout premiers numéros, il n'est guère

possible comme

l'écrit Taufik Abdullah, Op.

cit.,

p.

13,

que

le journal

ait

d'abord eu comme seule rédactrice Zoebeidah Ratna Djoewita.

 

167

lembang et de Makasar, notamment dans les régions de Kota Gedang,

Sulit Air et Gurun (24). Seuls ceux de Silungkang auraient survécu,

car

ils étaient achetés

par les Européens

de Sawah Lunto

qui

les

revendaient

à

Java.

Or

comme le

remarquait l'auteur,

en

1913,

le

pays Minang manquait de riz ; on devait en importer et il était donc

indispensable que les femmes puissent

gagner leur

propre vie.

Il

pensait que

pour

ce faire,

on devait restaurer le tissage.

Comme on

l'a vu plus haut, il avait déjà, assisté de sa femme, ouvert une école

en

1909.

Quatre

ans

plus

tard,

et

toujours à

son instigation , une

association nommée Andeh Setia, "Compagnes solidaires" était créée

à Sulit Air, pour reprendre le tissage des mouchoirs; le but de cette

association semblerait avoir été, d'après les informations contenues

dans le Soenting Melajoe, de

fonder une société

de marchands (per-

kongsian),

ayant un

capital de

1500

fl., pour

acheter

directement le

fil nécessaire

au

lieu

de

passer

par

des

intermédiaires ;

le texte

n'est pas assez précis pour qu'on sache la part de décision laissée

aux

femmes dans cette

affaire. Le

47

de

1913 rapportait que toujours

à l'initiative de D.S. Maharadja, était créée une Vereeniging Kepan-

daian Bertenoen ou

"Association pour faire progresser le tissage" ;

hommes et femmes pouvaient en devenir membres, les

premiers en

payant 25 cents, les secondes en en payant 10 seulement.

Le n° 10 de 1914 faisait encore mention d'une nouvelle association

intitulée Vereeniging Penolong Perempoean ou "Association d'aide aux

Femmes" fondée en janvier 1914 et

dont le but était d'apprendre aux

femmes

à tisser et

de

les

aider

à

gagner leur

vie (25).

Il s'agissait

une fois de plus d'une initiative de D.S. Maharadja

et de

soni épouse

Sitti Amrin qui n'avait d'autre but que de poursuivre

ou

de raviver

les tentatives précédentes. L'enseignement y était donné pendant

deux mois (gratuitement pour les femmes pauvres), à des élèves dont

les âges pouvaient s'échelonner entre 12

et

35 ans. Après

ce

premier

enseignement (qui avait lieu tous les jours matin et soir sauf le

dimanche), les élèves

achetaient leur propre fil

et tissaient

pour

leur compte ; lorsqu'elles étaient capables, elles retournaient

dans

leurs villages soit pour travailler, soit pour ouvrir de nouvelles écoles.

Malheureusement, la revue ne parle pas des résultats de cet

enseignement qui visiblement eut de

la peine

à démarrer. D.S.

Maharadja fit

cependant tout ce qu'il put dans ce

domaine, allant jusqu'à ouvrir en

(24) On remarquera

que

R.A.

Mangkoedimedjo dans son article sur "Les progrès

de la gent féminine (1909)", attribue aussi la dégradation de la situation de la

javanaise

à la

disparation du tissage artisanal.

(25)

On

peut

même

trouver les

statuts

de l'association dans

le

Soenting Melajoe

(1914, no

13).

168

1913

à

Padang,

un magasin,

le

Toko orang alam Minangkabau,

vingt femmes étaient chargées de vendre les produits artisanaux du

pays (26). Dans

cette optique, le Soenting Mélajoe fit aussi la réclame

du toko et des tissages lancés par Amdéh Setia à Sulit Air.

Le journal se préoccupait aussi beauboup de l'éducation féminine,

et cette

fois

ses porte-parole

étaient essentiellement des femmes ; il

pouvait s'agir d'écolières exprimant sous la forme de syair et de façon

naïve leur joie d'apprendre, (27) tel celui d'une élève de 4e année

de Sawah Lunto, une certaine Sitti Noer Anna binti Soetan Moehamad

Sjarif Djaksa, intitulé Bersekolah, "Aller à l'école"

(1912,

6)

et

qui commençait ainsi :

Maksoed kita datang kesekolah,

"Nous

voulons

aller à l'école,

 

Mentjari kepandaian boeat fahala (pahala),

Mendjadi pokok kebedjikan segala,

Chercher la connaissance et en profiter,

Devenir détentrices de toutes les

 

qualités,

Soepaja hidoep djangan bertjela.

Afin

de

vivre sans défaut.

Adjar berfikir ini dan itoe,

Qu'on nous apprenne à penser à toutes

 

choses,

Mengenal jang baik satoe per satoe,

Et à connaître ce qui est bien petit à

 

petit,

Boeangkan jang boesoek kebawah batoe,

A cacher ce qui est mauvais sous une

Soepaja kehidoepan sempoerna tentoe

Afin de

pierre,

pouvoir vivre parfaites " ...

Mais on y trouvait aussi des articles émanant de femmes réfléchies et

portant sur

des

sujets variés ;

l'un d'eux,

daté

de

1913,

faisait un

rapide

bilan

des métiers

déjà

accessibles aux femmes

(tels

que

institutrice, employée des postes)

et des écoles professionnelles

elles étaient admises (telles celles de sages femmes) et encourageait

les jeunes filles à se

diriger aussi

vers un métier fort utile

dans les

campagnes, celui d'infirmière (pemelihara orang sakit); à cet effet, on

faisait savoir aux lectrices qu'une dame s'était proposée pour former

une école où l'on recevrait les femmes des campagnes (vieilles et

D.S.

Maharadja

avait

été

très impressionné par

les

magasins japonais

qui

s'ouvraient peu à

peu aux Indes néerlandaises pour vendre exclusivement des

ainsi qu'il lui vint l'idée de créer son magasin

produits fabriqués au Japon ; c'est

réservé aux spécialités du pays Minang. Dans une réclame parue dans le Soenting

Melajoe de 1913, il annonce que son projet est aussi d'ouvrir d'autres magasins

de

ce genre à Batavia

réalisé.

et

à Surabaya.

Mais nous ne savons pas si cela a été

Un

des buts du Soenting Metajoe était

de

servir de

réceptacle pour les flots

de paroles

de ces jeunes filles et jeunes

femmes encore toutes émerveillées de

pouvoir exprimer librement leurs sentiments.

169

veuves y compris) désireuses d'embrasser cette profession. Un autre,

émanant d'une vielle institutrice nommée Hatidjah (1913, n° 51) et

intitulé : Gerakan kaoem moeda perempoean ou "Mouvement des

femmes du groupe des jeunes", dressait un tableau de la situation des

femmes progressistes de Sumatra soucieuses de s'instruire, mais qui

étaient encore loin de trouver toute l'assistance

nécessaire

et

qui

en

conclusion

implorait un soutien

de

la

société en ces

termes :

"Qu'on

nous aide

à

ouvrir la

grande porte afin

que les femmes puissent

pénétrer audacieusement avec leurs

idéaux sans bornes" (28).

Un

autre

(1913

15)

s'adressait au femmes et leurs

demandait de

se

réveiller et de se débarasser de leur paresse (menggela djaga dari pada

tvdoer njenjak itoe, boekalah selimoet kemalasan itoe). Des articles

étaient également

consacrés à

des concepts

importés, tel celui

sur

la

valeur du

temps, intitulé Djam, "l'horloge" (1915,

n°

49) ;

après

avoir défini l'horloge comme

un instrument

qui

nous

garde dans

le travail, l'auteur évoquait le temps qui passe et ne se rittrape jamais,

mais aussi

le temps qui avance

et

qui

incite à

progresser. Pour bien

ancrer cette conception du temps en devenir, le journal donnait par

ailleurs le calendrier de chaque mois (takwin).

Le monde de Minangkabau n'était pas la seule préoccupation du

journal ; on y présentait aussi des nouvelles concernant l'émancipation

et l'oppression des femmes dans les

autres parties des Indes

néerlandaises ;

ainsi dès

1912

(n° 17) , un extrait des lettres de

Kartini était

donné en traduction malaise ; le n° 35 de la même année

faisait savoir

à ses lectrices que pour la première fois,

une jeune fille peranakan de

Menado, Marie Thomas, était autorisée à faire des études de médecine

à la STOVIA (école pour la formation de médecins locaux) de Batavia,

grâce à l'intervention d'une pharmacienne hollandaise, une certaine

Charlotte Jacobs (29). En 1915, on apprenait

que R.A. Siti Soendari,

ancienne rédactrice de Wanito Sworo (voir plus bas), partait faire des

études en Hollande ;

bien que

le

journal ne

le

dise

pas,

il

semble

qu'elle ait été une

des premières,

sinon la

première jeune

femme à

(28) "Tolonglah pimpin kita bangsa perempoean

ke medan kemadjoean,

dan

to-

longlah boekakan pintti gerbang itu soepaja kami kaoem perempoean berani-rani

(28)

masoek dengan soeka tjita jang tiada berhingga adanfa.

On peut encore voir à présent à Jakarta, dans le bâtiment de la STOVIA, une

photographie de Marie Thomas. Une courte note biographique lui a par ailleurs

été consacrée dans

la revue Karya,

le titre "Dokter Marie Thomas".

III, n° 6, juin 1949, pp.

12-13

et 24 sous

170

partir ainsi étudier à

l'étranger (30) . Le

même numéro

(26 février)

annonçait que la présidence de l'association Poetri Mardika (voir plus

bas), venait d'être confiée à

une femme

originaire

du pays Minang,

Theresia Sabaroedin.

On critiquait aussi l'exploitation

des coolies

n°femmes 10), ladans vente les des plantations enfants deà Java Deli

(1915, (1919). n° 14), la prostitution (1915,

Une culture plus générale encore

était offerte aux

lectrices par

des feuilletons souvent traduits du hollandais (au début du moins),

par des rubriques historiques, ainsi

que

par

des

articles

sur

la

condition féminine dans les pays étrangers

(souvent repris comme

dans Poetri Hindia d'autres journaux), notamment la Chine, la

Turquie, la Perse. Dans les dernières années, le journal sans cependant

faire de politique, devint un peu plus critique à l'égard du

gouvernement, évoquant

assez

librement le problème de

la

cherté du

riz

à

Padang

en 1920 ;

on

y glissait même

des vitupérations à l'égard du

capitalisme, tel cet article (1920, n° 20) intitulé : Moeslihat Kapitalisten

akan penambah kekajaan

lagi

ou

"La ruse des capitalistes pour

s'enrichir toujours davantage". Il ne fait guère de doute que ce journal

a dû contribuer sérieusement à stimuler les femmes de Minangkabau

à suivre le conseil que Roehana exprimait dès 1912 dans le n° 4 :

Perempoean haroes menggerakan diri, Patoetlah poêla mengeloearkan

péri ou "Que les femmes se prennent en main et qu'elles s'expriment".

Comme on l'aura noté ces deux revues Poetri Hindia et Soenting

Melajoe étaient rédigées en malais romanisé, un malais parfois un peu

lourd, "composite" disait Cabaton en parlant

de cette première

(30) Dans

le numéro spécial publié à Leiden en 1937 par le Roekoen Peladfar

Indonesia en l'honneur de Kartini (Kartini-nummer), p.

les noms

14,

où sont passés en revue

est fait mention

de quelques Indonésiennes de l'époque de Kartini, il

de R.A. Karlinah,

une fille du progressiste Pangeran Moto Dirodjo,

à être

reçue en

Hollande au brevet

on

qui aurait

supérieur.

qu'elle

été la première Indonésienne

Malheureusement aucune date n'est précisée. Mais

sait par ailleurs

était contemporaine de Siti Soendari et que toutes deux prirent part à la rédaction

du "Rapport sur l'amélioration de la femme indonésienne" qui

parut

en

1914

dans le Onderzoek naar de mindere welvaart der Inlandsche bevolking van Java

en Madoera, /Xb3, part. VII. De toutes

à

l'étranger était encore

façons, en

mal

1915,

aller faire ses études

il apparait

une chose encore

acceptée, comme

dans un article rédigé par un homme et paru dans Poetri Hindia; à propos des

coutumes

qu'il était bon d'abandonner

(Adat jang

haroes kita

lenjapkan) il

écrivait : "Si à présent une jeune

femme du pays avait l'intention de se rendre

à l'étranger, en Hollande par exemple, pour y faire des études, il ne fait pas

de

doute que la majorité des gens ne

le

croirait pas, et

il

est

à

penser qu'on

la prendrait pour folle". Il n'empêche cependant

que certaines jeunes filles ont

dû nourrir le désir d'aller étudier en Hollande bien avant qu'il puisse se réaliser.

Kartini

ne rêvait-elle

pas

déjà

d'aller rejoindre

son frère là-bas ?

171

revue (31) ; néanmoins, personne ou presque ne se plaignait de ne pas

comprendre;

or

si

on

se

rappelle le jugement de Kartini

sur

la

connaissance

du malais

chez les femmes

de

Java

en

1899 (32),

on

pourra mesurer tout le chemin parcouru par ces femmes en l'espace

de moins de dix ans.En ce qui concernait celles de Minangkabau, elles

avaient dû aussi faire l'effort d'apprendre l'alphabet latin encore très

peu en usage dans cette région.

Il ne faudrait cependant pas généraliser trop vite, d'autres

préféraient encore communiquer dans leur langue maternelle ; c'était le

cas

de

R.A. Siti

Soendari (33) qui

en

1912,

lançait son journal

 

javanais Wanito Sworo

ou

"La

voix des femmes" rédigé en

aksara. Nous

n'avons pu apprécier nous-même

le

contenu de

ce

journal ;

selon

Cora Vreede-de Stuers (34), "il ne s'occupait pas de grands problèmes,

mais se contentait de donner des articles

sur le ménage,

les

soins

à

donner aux nourrissons etc." Il ne

dura guère

plus de trois années.

Un fait intéressant à

noter est que

Siti

Soendari

éprouva le

besoin

d'ajouter un supplément en malais intitulé Sekar Setaman ou

"La

fleur du jardin", qui cependant semble avoir dû s'adresser ensentielle-

ment à des Javanaises, le feuilleton restait d'ailleurs en javanais. Le

journal était lu parfois aussi par certaines chinoises peranakan comme

il ressort d'une lettre (un peu confuse) adressée par une certaine Kho

Sam Nio (1914). Siti Soendari en la publiant, précisait que son

journal ne faisait pas de discrimination entre les femmes des différentes

ethnies (35). D'après les quelques numéros conservés au Musée, on

s'y préocupait du retard des Javanaises et on déplorait leur manque

de prise de conscience (kebanjakan tidak poenja pikiran apa apa

sebab jang kebanjakan memang tidak ada kepinteran hal itoe, hidoep-

nja precies barang barang isi roemah, oepama medja koersi dan lain

lainnja).

On

les

encourageait vivement à

s'instruire et comme

dans

le

Soenting Melajoe, on essayait de

donner aux lectrices une

nouvelle

conception du temps, par exemple dans un

petit article

(1914, n°

3)

(31)

Cf. A Cabaton, "La presse indigène aux Indes Néerlandaises", Revue du Monde

Musulman, janv.-fév.

1909,

p.

488.

i32)

Cf. Lettres de Raden

Adjeng Kartini, p.

48.

(33) On trouvera quelques indications biographiques sur Siti Soendari

dans Cora

 

Vreede-de Stuers, l'Emancipation de la femme indonésienne,

Paris- La

Haye,

Mouton,

1959,

pp.

40-41,

151.

(34) Idem, p.

41.

(35) Kita

orang prampoean baik Tionghoa,

baik Holanda,

baik Wana,

baik idoep

roekoen boeat sama-sama tjari kemadjoean.

172

intitulé en hollandais : Tijd is geld ou "Le temps c'est de l'argent" (36) .

On y trouvait aussi les revendications des femmes de

petits-fonctionnaires qui

se

plaignaient qu'en cas

de veuvage

elles n'avaient pas

droit à la retraite de leurs maris et tombaient en conséquence dans

une grande misère ; ne concevant pas de travailler, elles proposaient

de former une association d'entraide (koempoelan tjeleingan) par

laquelle elles s'assisteraient mutuellent en versant régulièrement des

cotisations. La rédaction de Sekar Setaman, proche du milieu qui, en

1912 avait fondé l'association Poetri Mardika faisait savoir (avril 1914)

qu'elle mettait son journal à la disposition de cette

association ; mais

quelques mois plus tard, Poetri Mardika lançait elle-même sa propre-

revue.

Les premières associations et leurs organes (1914-1928).

La

première

organisation

pour

la

promotion

de

l'éducation

féminine, intitulée Poetri Mardika ou "La

fille libre"

fut fondée

à

Batavia, avec l'assistance de l'association masculine Boedi Oetomo ou

"La noble aspiration", dont les activités étaient aussi surtout éducatives

et culturelles (37). Fait intéressant, l'association Poetri Mardika était

ouverte aux deux sexes

et

en

1915,

elle comportait encore

plus

de

membres masculins que féminins. En 1914,

elle

lançait une revue

mensuelle intitulée : Poetri Mardika, Soerat kabar merrvperhatïkan

kaadaannja pihak per*empoean boemi poetra di Insulinde ou "La

fille libre, Journal qui prend en considération la situation des femmes

d'Insulinde". Elle était imprimée sur les presses

du Boedi Oetomo

à

Surakarta, en quatre langues : malais, sundanais, javanais et

hollandais. A

partir de 1916, l'édition malaise

(la seule que nous ayons

pu

consulter) se mit à comporter toujours davantage d'articles rédigés

en hollandais. Le comité de rédaction qui fut très mouvant, comprenait

dans les débuts quatre hommes, dont le journaliste Sadikoen, et trois

femmes

dont R.A. Abdoerachman (38).

Malgré les

difficultés pour

assurer la

continuité de la rédaction, la revue dura au moins sept ans

(le dernier numéro conservé à la bibliothèque date de 1920).

 

Elle

se

donnait pour objectif d'aider

les

femmes à

se libérer

et

pour

cela,

elle publiait

divers

articles critiquant les coutumes

désormais considérées comme inadmissibles telles que les mariages

(36)

(37)

Tempo itoe wang. Ertinja : tempo menganggoer itoe djeka

kita goenakan boeat

mengerdjakan barang sasoewatoe, pakerdjaan tentoe bisa dapat wang. Kita bangsa

Djawa sabetoelnja sad\]a belom mengerti bahwa tempo itoe ada harganja.

On pourra s'étonner que Mr Nagazumi Akira, dans son étude sur le Budi Utomo

(citée ci-dessus note

2), ne mentionne

pas l'existence

de' Poetri Mardika.

(38) Voir la biographie qui en est donnée dans Cora Vreede-de-Stuers, Op. cit., p. 160.

173

d'enfants,

les mariages forcés, la polygamie

etc. Certains hommes y

prenaient la parole, tel celui qui écrivit sur les mariages forcés (1915,

n° 4) et qui essayait d'expliquer qu'à partir du moment où les femmes

peuvent travailler, le mariage n'est plus aussi indispensable ; il

concluait en disant: "N'attendons pas que les femmes se rendent

autonomes et nous contraignent à leur accorder leur indépendance".

Un autre encore exprimait l'idée que les hommes devaient "donner"

aux femmes leur indépendance (mamardakakan perempoean)\ pour

qu'elles prennent part à la lutte commune pour l'amélioration des

conditions de vie des Indonésiens. Mais

cette idée

était encore très

peu partagée et le terme même de Poetri Mardika donna lieu à bien

des contresens ; plusieurs articles s'efforcèrent d'expliquer qu'il ne

s'agissait pas pour les femmes d'abandonner toute norme morale ou

sociale et que mardika n'impliquait pas losbandigheid (terme

hollandais signifiant "licence") mais qu'il signifiait plutôt loewes

(terme

 

javanais rendant l'idée de "liberté", de "spontanéité") c'est-à-dire la

liberté pour

les femmes

d'exercer leurs capacités

dans toutes

les

tâches et celle de s'entraider avec les hommes (loewes akan ketjakapan

perempoean dalam segala kœwadjïbannya dan dapat taelaeng me-

noeloeng dengan pehak lelaki). Mais ces explications restèrent sans

effet et pour finir les femmes ellesHmêmes renoncèrent au terme

mardika préférant celui de bebas qui cependant comporte aussi, pour

certains, une ambiguité (39).

Dans les années qui suivirent la création de Poetri Mardika de

nombreuses associations firent leur apparition à travers Java, mais

aussi Sumatra, et dans une moindre mesure aux Moluques et à Mi-

nahassa. Il s'agissait parfois, comme pour Poetri Mardika, d'associations

féminines créées à partir d'organisations masculines à vocation

nationale ou régionale telles 'Aisjijah (nom d'une des femmes du

prophète) fondée en 1917 à Yogyakarta (branche féminine de l'association

musulmane Moehammadijah) , Wanoedyo Oetomo (branche féminine

du Sarikat Islam} qui plus tard devint le Sarekat Perempoean Islam

Indonesia (S.P.LI.) ou "Fédération des Indonésiennes musulmanes"

ou encore pou»r Ambon Ina Tuni (branche féminine du Sarikat Ambon).

Il faudrait mentionner aussi les nombreuses associations de jeunes

qui souvent avaient des sections féminines, ainsi que les formations

politiques (40). Dans d'autres cas, il s'agissait d'organisations fondées,

(39) Saadah Alim,

la

rédactrice du Soeara

Perempoean créée

à

Padang en

parlait plus volontiers de kebebasan, mais elle

a été tout autant critiquée.

(40) Citons par exemple les sections féminines de Pemoeda Indonesia (Pemoedi

1918,

Indonesia), Jong-Islamieten-Bond (Dames Afdeling), Jong Java

et du Taman Siswa (Organisait Wanita Taman Siswa);

(bagian Gadis-gadis),

174

il semble bien, directement par les intéressées, en vue de poursuivre

la promotion sociale de la femme, l'éducation des filles et la protection

des

épouses et mères.

On

pourrait citer dans

cette catégorie :

Ke-

oetamaan Istri ou

"L'excellence de l'épouse" fondée, semble-t-il, à

Tasikmalaya en 1913 et dont le but était la création d'écoles, Pengasih

Iboe Kepada Anak Toeroenan Pikat) ou "L'amour maternel pour sa

descendance", fondée à Menado en 1917, par Maria Walanda Maramis

femmes" (1872-1924) fondée (41), à Pergerakan Padang c. 1918Perempoean et Pergerakan ou Pererwptyzan "Mouvement Medan des

c. 1919 .Le foisonnement de ces organisations nous permet de constater

que

les

femmes

des

classes moyennes faisaient peu

à

peu

leur

apparation à

côté

des nobles.

Il

est

difficile de

savoir dans

quelle

mesure ces organisations éprouvaient le besoin de créer des organes.

Des

association comme 'Aisjijah

et

Pikat

par

exemple

n'en

ont

édité que plusieurs années après leur fondation (la première en 1926

et la deuxième en 1925). Si la revue Soeara 'Aisjijah (Suara 'Aisyiyah)

parait encore, la majorité n'ont duré que quelques années. Il faut

noter par ailleurs que nous avons rencontré quelques revues de cette

époque dont l'appartenance à une association n'est pas précisée, telle

Istri Mardeka ou "L'épouse libre" (1923) qui parut à Bandung d'abord

en malais, puis en sundanais.

Le

contenu de

ces journaux avait des colorations parfois assez

différentes selon les implications politiques et religieuses des groupes

qui les supportaient. Certaines appartenant à des associations

musulmanes telles que Suara 'Aisyiyah et Al Sjarq, "L'Orient", étaient assez

modérées dans leurs revendications. Cette dernière, l'organe du

Serikat Kaoem Iboe Soematra, "Association des femmes de Sumatra",

qui fut

créée

à

Padang

en

1925

et

dura

au moins

quatre ans

(le

dernier numéro du musée date de 1928), avait tout naturellement

tendance à s'intéresser davantage à l'émancipation féminine telle qu'elle

était conçue dans les autres pays musulmans, notamment la Turquie.

On note même parfois, comme dans Istri Soesilo, "L'épouse vertueuse",

journal créé

à

Solo

en

1924,

une

certaine hostilité à

l'égard

d'un

féminisme influencé par l'Occident et dont le tort était de méconnaître

la religion musulmane ; dans un numéro de

1925,

on

peut y lire un

article écrit par un certain Oemmat Moehammad et critiquant violam-

ment les idées subversives de Kartini (Apa kata almarhoem R.A.

(41) Maria Walanda

Maramis partage

le privilège

avec

Kartini,

Martha Christina

Tijahahu, Tjut Njak Dien, Tjut Njak

Meutia et Dewi Sartika, d'être considérée

actuellement comme une

héroïne

nationale ; en tant que

telles,

elles ont

droit

à une petite biographie dans Kesatuan Pergerakan Wanlta Indonesia, Buku

Kenang-kenangan KOWANI ke XIII, Jakarta,

1974,

pp.

189-200.

175

Kartini tentang Agama Islam, dan perkawinan

Islam ?)'.

Le

même

journal reproduisit aussi quelques textes émanant d'hommes et tendant

à montrer les bienfaits de la polygamie, au moment même où elle

était remise en question.

Parmi les journaux émanant d'organisations proprement féminines,

les tendances étaient aussi très variées.

Une

revue comme De Pikat

créée en 1925,

donc après

la

mort

de

Maria

Walanda Maramis,

se

donnait pour objectif de regrouper les femmes de Minahassa, d'assister

les mères et leurs

enfants.

Il

était exliqué

dans

le premier numéro

que la nécessité de créer un organe avait été ressentie dès les débuts,

mais que les difficultés matérielles ayant

empêché les organisatrices

de réaliser leur objectif, elles avaient dû, pour un temps, se contenter

de faire paraître dans la presse locale les nouvelles importantes

concernant la vie de l'organisation. La rédactrice, J.F.M. Loing Ka-

langie,

prudente

à

l'égard

du gouvernement hollandais, précisait

d'emblée qu'il ne saurait être question

de parler

de politique : "Nous

admettons

que nous

ne comprenons pas

encore

le

sens

ni l'objectif

du terme "politique" ;

nous parlerons

ici de

ce que nous ressentons

dans notre coeur". En fait, la revue se composait d'une double feuille

se

bornant à

donner les nouvelles administratives

de l'association

(publication des statuts et amendements divers)

et

à

insister sur

la

nécessité d'éduquer les

enfants ; la rubrique culturelle comportait

des traductions malaises

de textes hollandais, des légendes

du

pays

Minahassa et des articles sur la situation économique de la région.

Il

n'y avait pas, semble-t-il, un intérêt très grand pour les autres contrées

d'Indonésie (42).

Certains autres journaux d'organisations de Sumatra se voulaient

beaucoup plus violents dans leurs revendications. Soeara Perempoean,

"La voix des femmes" créée par l'association Pergerakan Perempoean

ou "Mouvement des femmes" à Padang en 1918 et dont la rédactrice

en chef Saadah Alim (1898-1968) était alors institutrice, se montrait

plus méfiante à l'égard des institutions locales (43) ; les membres de

cette association devaient être issues d'un milieu différent de celui de

Sitti Roehana (cf. ci-dessus). Les femmes qui prenaient la plume dans

Soeara Perempoean avaient l'impression de sentir une résistance

sociale ; elles se plaignaient de

se voir refuser le

droit

à l'étude

et

 

(42) Notons

qu'à présent cette association existe toujours et qu'elle

a

des branches

en dehors

du pays

Minahassa.

(43)

Saadah

Alim devint à partir de

1925, rédactrice de divers journaux et traduisit

aussi plusieurs ouvrages occidentaux en indonésien. Lorsqu'elle écrivait,

elle

utilisait souvent le nom de plume

de Aida S.S. ; cf.

Almanak Sumatra

terbilan

1969, p.

409.

176

au travail, sous prétexte que ces nouvelles activités les détourneraient

de leurs tâches traditionnelles. A

ce

propos, l'une d'elles

disait que

les femmes n'oubliaient pas leurs obligations, mais qu' "elles voulaient

en outre conquérir leurs droits en tant qu'êtres humains et qu'elles

désiraient se libérer, se qualifier et exprimer leurs sentiments" (tetapi

lain dari pada

itoe kami

akan merebalet hak

hak kami gtebagai ma-

noesia; kami berhendak kebebasan dan kepandaian, kami hendak me-

ngeloearkan perasaan kami}. Si elles

se prononçaient contre les

suffragettes anglaises et leurs excès, et si elles louaient les

Européennes qui voulaient aussi être des mères, elles n'excluaient pas cependant

toute violence et partaient elles-mêmes en guerre contre les tenants

de la tradition qui refusaient tout changement (44). A noter aussi

qu'elles proposaient d'user de nouvelles appellations, telles que entjik-

entjik, au lieu du hollandais "Dames" (lorsqu'on s'adressait aux

femmes en général, mariées ou non), Siti, pour remplacer le hollandais

Juffrouw, "Mademoiselle" et Rangkajo, titre jadis réservé aux épouses

de la haute société, qui devait s'appliquer à toutes les femmes mariées

et remplacer le hollandais Mevrouw, "Madame". Ainsi lorsqu'on

s'adresserait à une femme professeur on lui dirait selon les cas : Siti

goeroe ou Rangkajo goeroe (45).

On trouvait des revendications analogues dans Ke.oetamaan Istri

Minangkabau, "L'excellence de l'épouse Minangkabau", revue qui

paraissait à Padang vers la même époque (46) ; elle combattait aussi

l'idée

selon

laquelle

les filles instruites deviennent dévergondées

(soeka mendjalankan jang tiada senonoh), démontrait que c'était faux

et qu'il

était indispensable d'éduquer les filles pour

le

bien

de

la

société. Perempoean bergerak ou "Les femmes passent à l'action" qui

était l'organe de l'association Pergerakan perempoean ou "Mouvement

de femmes" de Medan-Deli (lancé en 1919), revendiquait des droits

sociaux mais aussi politiques et économiques, Le n° 2 de 1920

reproduisait une lettre demandant aux

lectrices de devenir membres de

l'"Association pour le suffrage féminin" (Vereeniging voor vrouwen-

kiesrecht) créée par des Hollanaises des Indes Néerl. sur le modèle de

celle de la Hollande, et publiant à Batavia depuis 1920, une revue

intitulée Maandblad

V. V. V. Le texte de la

lettre s'adressait à

toutes les

femmes des Indes et il expliquait que le droit de vote allait leur ouvrir

une

voie nouvelle pour l'obtention de droits en matière de mariage,

d'éducation et de travail.

A partir de

1920,

la revue passa

dans les

(44)

On trouve plusieurs

articles intitulés Geen Overwinnîng zonder strijd ou "Pas

de victoire sans combat".