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u e nce
séq La fiction pour interroger le réel
Individu et société : confrontations de valeurs ?
p. 12-31

•La Parure, du rêve à la réalité


Texte intégral Guy de Maupassant, La Parure (1884)

O Comment Maupassant interroge-t-il le réel et la société du xix siècle dans La Parure ?


e

Objectifs Entrer dans la séquence p. 15


• Étudier une nouvelle réaliste.
• Analyser le regard de Maupassant sur la société du xixe siècle. Les documents proposés sur cette page ont pour but
de représenter visuellement la société du xixe siècle.
Présentation de la séquence Une courte biographie permet de situer Maupassant
Cette séquence s’inscrit dans l’entrée « Regarder le dans son époque. Ses liens avec Flaubert et Zola
monde » du nouveau programme, qui correspond en 4e peuvent éclairer son engagement littéraire vers le
à la thématique « La fiction pour interroger le réel ». réalisme.
Dans la nouvelle réaliste, on peut aussi croiser les Ses liens avec la presse donnent un sens au genre
questionnements et s’interroger sur « Individu et société : choisi : les nouvelles sont des écrits brefs, incisifs
confrontation de valeurs ». avec une intrigue simple et peu de personnages
À travers l’étude intégrale de cette nouvelle réaliste – étude afin d’en faciliter l’accès aux lecteurs de la presse
qui s’appuiera sur l’adaptation télévisuelle de Claude de l’époque (voir p. 28 la une d’un journal d’époque,
Chabrol – les enjeux littéraires sont doubles : le Gil Blas, annonçant la publication de la nouvelle
– comprendre quelles sont les ambitions du réalisme en de Maupassant).
matière de représentation de la société ; La lecture de La Parure nécessitera au préalable
– s’interroger sur la manière dont les personnages sont des recherches sur la vie parisienne du xixe siècle,
décrits et sur leur rôle dans la peinture de la réalité. que les documents de cette page visent à présen-
ter : quelles étaient les différentes classes sociales,
Bibliographie qu’est-ce qui les distinguait (loisirs, mode de vie...) ?
• Guy de Maupassant, Nouvelles réalistes, Belin-Gallimard, Il sera également important de se documenter sur
« Classico Collège », 2013. la condition des femmes à cette époque pour mieux
• Guy de Maupassant, Histoire vraie et autres nouvelles, Belin- analyser la trajectoire de Mathilde, personnage
Gallimard, « Classico Collège », 2008. central de la nouvelle.
• Guy de Maupassant, Toine et autres contes, Hachette, « Biblio
Collège », 1999. Parez-vous de vos plus beaux atours
• Gustave Flaubert, « Un cœur simple », Trois Contes [1877],
Le Livre de poche, 1972.
1. Le mot « parure » – qui donne son titre à la
nouvelle – désigne génériquement l’ensemble des
• Réalisme et naturalisme, dir. Éléonore Roy-Reverzy, Flammarion,
« Étonnants Classiques », 2009. vêtements, ornements, bijoux d’une personne en
grande toilette. Et, de manière plus spécifique, ce
Sites à consulter mot désigne une garniture de bijoux assortis et
Pour avoir accès à tous les textes de Maupassant ainsi que des formant un ensemble.
résumés et des notes de lecture : 2. C’est, bien sûr, lors de grandes cérémonies,
• http://maupassant.free.fr de grandes réceptions qu’une femme portera
Pour s’imprégner du Paris du xixe siècle : une parure. On parle notamment de « parures de
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• http://www.info-histoire.com/156/paris-au-xixe-siecle-en-photo/
diamants ».
• http://www.pariszigzag.fr/histoire-insolite-paris/comment-
etait-paris-avant-1900

1. La Parure, du rêve à la réalité 9


3. Ce travail d’écriture nécessitera une documentation rapide 3.
(vidéos, magazines) sur les tenues de soirée portées lors Champ lexical de la Champ lexical du luxe
d’une grande réception. Ce travail préparera activement à la souffrance
lecture (on écrit pour mieux lire) en mettant l’élève dans la
« malheureuse » (l. 9) – « antichambres capitonnées »
situation du personnage qu’il rencontrera dans la nouvelle. « déclassée » (l. 9) – « pauvreté » (l. 25) – « torchères de bronze »
(l. 18) – « misère » (l. 18) – (l. 27) – « deux grands valets »
Imprégnez-vous du xixe siècle « regrets désolés » (l. 24) – (l. 27) – « grands salons vêtus de
« souffrait » (l. 26) – « pleurait » soie ancienne » (l. 30) – « larges
4. Dans cette scène de rue, les différents milieux sociaux
(l. 53) – « chagrin » (l. 54) – fauteuils » (l. 28-29) –
apparaissent, des ouvriers aux bourgeois. Au second plan, « regret » (l. 54) – « désespoir » « bibelots inestimables »
une femme portant un tablier blanc, un homme légèrement (l. 54) – « détresse » (l. 55) (l. 31- 32) – « petits salons
courbé et portant deux sacs verts sont représentatifs de la coquets » (l. 32) – « argenteries
classe ouvrière. Quelques femmes, dont l’une au premier reluisantes » (l. 42-43) – « plats
plan, portant un panier à provisions représentent la classe exquis » (l. 46) – « vaisselles
moyenne. D’autres personnages portant des hauts de forme merveilleuses » (l. 46)
et des nœuds papillon représentent la bourgeoisie. Le contraste marqué par ces deux champs lexicaux est
5. Plusieurs peintres du xixe siècle ont représenté la société évident et trace une frontière nette entre les conditions de
de l’époque, dans toute sa diversité, y faisant apparaître vie de Mme Loisel et celles dont elle rêve. Elle mène une vie
d’autres thèmes qui pourront constituer les thèmes de ce médiocre et monotone, et la vie dont elle rêve semble donc
diaporama : les gens du peuple, les scènes du quotidien, la d’autant plus inaccessible.
nature. On se référera notamment aux œuvres de Gustave
Courbet, Jean-François Millet, Julien Dupré, Jean-Baptiste L’insatisfaction de Mme Loisel
Corot, en plus des nombreux tableaux de Jean Béraud. 4. Pour faire le portrait de Mme Loisel, le narrateur emprunte
un point de vue interne, choix qui permet au lecteur de
pénétrer les pensées intérieures du personnage et d’en saisir
la psychologie. Ici, c’est donc à travers le point de vue de
Mme Loisel elle-même qu’on découvre sa vie et ce à quoi
Lecture 1 p. 16-17 elle rêve. Ce point de vue explique les phrases longues et
énumératives : le narrateur à la 3e personne nous donne à
lire les pensées de Mme Loisel.
Une vie monotone 5. Le portrait de M. Loisel n’est pas vraiment tracé. Seule
son attitude réjouie face à un bon pot-au-feu (« son mari qui
découvrait la soupière en déclarant d’un air enchanté : “Ah !
Objectif le bon pot-au-feu ! je ne sais rien de meilleur que cela...” »,
• Comprendre le portrait d’un personnage dans une nouvelle. l. 39-41) laisse deviner qu’il se satisfait de sa situation et
de son quotidien et qu’il ne nourrit pas d’ambitions inacces-
sibles, contrairement à sa femme.
6. a. Mme Loisel mène la vie classique d’une femme appar-
O Comment le narrateur dépeint-il le personnage et tenant à la petite bourgeoisie. Elle est convenablement
son quotidien ? logée, même si le confort est minimum : « misère des murs »,
« usure des sièges » (l. 19-20) ; elle dispose d’une femme de
Analyser et interpréter le texte ménage et peut se nourrir correctement sans aller à l’ex-
cès. C’est un sort qu’envieraient beaucoup d’ouvriers et le
Un portrait entre rêve et réalité
comportement de Mme Loisel révèle chez elle une insatisfac-
1. On sait de Mme Loisel est jolie (l. 1), qu’elle est née dans tion permanente, une envie presque irrépressible d’accéder
« une famille d’employés » (l. 3) et qu’elle a épousé « un petit à la classe supérieure.
commis du ministère de l’Instruction Publique » (l. 6-7). (On b. Le narrateur condamne clairement cette attitude dans
pourra signaler que Maupassant lui-même a été employé de ce commentaire intégré à la narration : « Toutes ces choses,
ce ministère en 1879 et qu’il connait donc parfaitement le dont une autre femme de sa caste ne se serait même pas
milieu qu’il décrit.) Elle a une femme de ménage, vit modes- aperçue, la torturaient et l’indignaient. » (l. 20-22).
tement et appartient donc à la petite bourgeoisie.
2. « Elle songeait aux antichambres muettes, capitonnées... »
S’exprimer à l’écrit
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(l. 24-25), « aux grands salons vêtus de soie » (l. 30), « aux
dîners fins, aux argenteries » (l. 42) , « aux plats exquis » Imaginer les pensées d’un personnage
(l. 46). En fait, Mme Loisel ne rêve que d’une chose : accéder 7. Il s’agira ici, avant tout, d’émettre un point de vue. M.
à tous les fastes de la haute bourgeoisie. Loisel semble conscient des désirs de sa femme, semble

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avoir des attentions à son égard et est visiblement ravi de 4. Mme Loisel finit par emprunter une rivière de diamants
la carte d’invitation qu’il tend à sa femme parce qu’elle doit, (l. 83), certainement parce que ce bijou est le plus repré-
a priori, répondre à ses désirs de paraître, répondre, pour sentatif de la haute bourgeoisie. La longue énumération des
un moment, à ses rêves de grandeur. C’est, pour l’essentiel, bijoux sert à mettre en valeur l’opulence dans laquelle vit
le plaisir qu’il pense donner à sa femme qui constituera le Mme Forestier.
centre de ce monologue intérieur. Sa hâte de lui remettre 5. On ne peut que deviner ce que dit Mme Loisel à son amie.
l’invitation doit être soulignée. On pourra aider l’élève en On sait seulement, sous forme d’un discours narrativisé,
signalant que le récit doit être raconté du point de vue de qu’« elle lui conta sa détresse » (l. 72). Le verbe « conter »
M. Loisel, à la première ou la troisième personne du singulier. nous laisse deviner à lui seul les confidences amères de
Mme Loisel sans qu’il soit besoin d’en reprendre les propos.
6. La dernière phrase de cet extrait traduit l’euphorie de
Mme Loisel, par le rythme ternaire et le vocabulaire employé
(« sauta au cou », « avec emportement », « s’enfuit avec son
trésor », l. 89). Une rapide analyse de la couverture de la
Lecture 2 p. 18-19
revue La Vie populaire de 1885 (numéro dans lequel a été
publié La Parure) proposée en illustration (p. 19) rendra bien
Le désir de paraître compte de ce moment d’extase.

S’exprimer à l’écrit
Objectif Imaginer un dialogue
• Étudier le rôle des dialogues dans une nouvelle réaliste.
7. Cet exercice d’écriture vise à exploiter l’analyse des senti-
ments de Mme Loisel effectuée dans les deux premières
lectures, et à réinvestir les codes du discours direct étudié
dans cet extrait. Mme Loisel évoquera les différentes étapes
O Comment le dialogue nous renseigne-t-il sur les qui l’ont conduite à cette démarche : l’invitation inattendue,
personnages ?
la pauvreté de sa garde-robe, son envie de ne pas détoner au
milieu d’invités prestigieux. On pourra suggérer une lecture
Analyser et interpréter le texte expressive des productions écrites, qui rendra l’exercice plus
Des dialogues révélateurs attrayant et permettra une analyse critique constructive.
1. Les dialogues marquent une réelle opposition de caractère
entre M. et Mme Loisel : l’un est sage, il essaie de trouver des Pour bien écrire
solutions dans la mesure de leurs moyens, prêt à tout pour Le nom « tâche », homophone/homographe du verbe, a le sens de
satisfaire sa femme, généreux, presque soumis (il renonce à « devoir à accomplir ».
l’achat de son fusil, l. 42-49). Mme Loisel ignore la sagesse,
l’humilité, n’assume pas sa condition (« je n’ai pas de toilette
et par conséquent je ne peux aller à cette fête », l. 26-27, « il
n’y a rien de plus humiliant que d’avoir l’air pauvre », l. 65).
2. Mme Loisel passe donc par divers sentiments : Lecture 3 p. 20-21
– l’irritation car elle n’a pas de toilette (« Elle le regardait
d’un œil irrité », l. 11) ;
– l’immense déception (« sa femme pleurait », l. 18-19) ;
– l’espoir, après la proposition de son mari (l. 39-49) ;
De la gloire à la désillusion
– puis à nouveau l’inquiétude, l’anxiété provoquée par l’ab-
sence de bijou (l.56 à 58) ; Objectif
– et, enfin, l’euphorie (« Elle sauta au cou de son amie, l’em- • Analyser un retournement de situation.
brassa avec emportement, puis s’enfuit avec son trésor »,
l. 89-90).

La parure O Quel retournement de situation intervient dans le


récit ?
3. Mme Forestier appartient à la haute bourgeoisie. On le
voit au grand nombre de bijoux qu’elle propose à Mme Loisel
Analyser et interpréter le texte
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et à la rivière de diamants qu’elle lui prête sans retenue. Les


deux femmes semblent unies par une réelle amitié (on a Une scène de bal
vu dans l’extrait précédent qu’elles sont amies de couvent). 1. Le narrateur décrit cette scène de bal en adoptant un
Mme Forestier cherche visiblement à faire plaisir à Mme Loisel. point de vue omniscient, faisant ainsi partager au lecteur

1. La Parure, du rêve à la réalité 11


à la fois le regard admiratif de tous les invités, leurs inten-
tions (« Tous les attachés du cabinet voulaient valser avec Lecture 4 p. 116-117
elle », l. 5-6) et le bonheur intérieur de Mme Loisel (« Elle
dansait avec ivresse, avec emportement, grisée par le plaisir,
ne pensant plus à rien », l. 8-9). La fin d’un rêve
2. Mme Loisel vit un moment de bonheur intense traduit par
les termes de ce champ lexical : « folle de joie », « ivresse », Objectif
« emportement », « plaisir », « bonheur », « désirs » (l. 8-11). • Étudier la progression dramatique du récit.
3. La soirée se déroule conformément aux rêves de
Mme Loisel, et peut-être même au-delà. Le premier para-
graphe rend bien compte de son incroyable succès, comme
le montre la gradation, de « tous les hommes » (l. 3-4), puis O Par quels procédés Maupassant peint-il la misère
« tous les attachés du cabinet » (l. 5-6), au « ministre » (l. 6), des Loisel ?
point culminant de son triomphe.
Analyser et interpréter les textes
Le retour à la réalité Une situation difficile
4. Deux grands moments s’opposent dans ce passage : 1. Pour remplacer la parure, les Loisel n’ont pas d’autre choix
le premier, que l’on pourrait intituler « Au-delà du rêve », que d’en trouver une semblable. Ils empruntent donc partout
raconte la scène de bal en deux paragraphes (l. 1-18) et nous où ils peuvent de petites et de grosses sommes auprès de
montre une femme comblée ; et le second (l. 19-81), que l’on nombreux prêteurs et à des taux souvent excessifs. Ils
pourrait appeler « Un cruel retournement », occupe plus de prennent des risques en s’endettant (« [M. Loisel] risqua sa
60 lignes et raconte le retour des Loisel à leur modeste condi- signature sans savoir même s’il pourrait y faire honneur »,
tion ainsi que la perte catastrophique du bijou emprunté. l. 30-31), s’enlisent dans la misère.
C’est donc ce deuxième moment qui occupe la plus grande 2. L’ampleur des sommes à rembourser bouleverse tota-
place, car il constitue le nœud tragique de la nouvelle. lement la vie des Loisel. Du statut de petits bourgeois, ils
5. Les mots traduisant les sentiments des Loisel lors de leur passent à celui d’ouvriers, de « [gens] du peuple » (l. 60),
retour sont nombreux et forts et appartiennent au champ ils connaissent « la vie horrible des nécessiteux » (l. 46-47),
lexical du désespoir : « affolée » (l. 50), « éperdu » (l. 53), renvoient la bonne, logent sous les toits.
« atterrés » (l. 66), « sans force » (l. 70), « abattue » (l. 71), 3. Mme Loisel fait face courageusement à cette situation
« effarement » (l. 76). désespérée, ce qui peut surprendre le lecteur quand l’on
6. La scène de la perte du collier se décline en plusieurs compare avec la personnalité qu’elle affichait au début de
étapes : la nouvelle (insatisfaite et ayant des rêves de grandeur). Elle
– d’abord la prise de conscience (« J’ai... j’ai... je n’ai plus la rêvait de haute bourgeoisie, mais assume maintenant sa
rivière de Mme Forestier », l. 51-52) ; condition misérable, malgré la terrible ironie du sort qui la
– puis une sorte d’incrédulité (« Quoi !... comment !... Ce n’est fait évoluer socialement, mais vers le bas. L’adverbe « héroï-
pas possible ! », l. 54) ; quement » (l. 48) résume ici son attitude dans l’épreuve.
– un maigre espoir de la retrouver en faisant le chemin à
l’envers (l. 68-72) ; La peinture du réel
– le recours à d’ultimes solutions (police, journaux, récom-
pense..., l. 73-75) ; 4. Les nombreuses phrases énumératives amplifient l’aspect
– puis, finalement, la résignation (« Il faut, dit-il, écrire à ton dramatique des situations en en énonçant chaque détail. La
amie... », l. 79). première énumération (l. 25-35) dresse la liste des multiples
« Cet affreux désastre » est le groupe nominal qui semble emprunts, énonce les risques pris pour l’avenir ; la seconde
traduire le mieux la gravité de la situation. (l. 52-63) concerne les « basses besognes » et leurs effets sur
le quotidien de Mme Loisel. Ces phrases nous mettent au
L’histoire des mots plus près de chacune des composantes du drame (l’endet-
« Inespéré », formé du préfixe in- et de la racine latine sperare, tement et la vie misérable).
signifie « inattendu, que l’on n’espérait plus ». 5. Les tâches du quotidien accomplies par Mme Loisel sont
énoncées dans le détail, montrant la pénibilité de chacune
d’elles. Les nombreux verbes d’action (« lava », « savonna »,
« descendit à la rue », « monta l’eau », « alla chez le frui-
tier », l. 52-63) accentuent le poids du quotidien en donnant
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l’image d’une incessante et pénible activité.


6. Plusieurs indices temporels permettent d’insister sur l’ha-
bitude et la répétition des tâches effectuées : les expressions
« chaque matin » (l. 58), « chaque mois » (l. 64), ainsi que

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les participes présents (« usant », l. 54, « s’arrêtant », l. 59, 2. Les pensées de Mathilde se tournent parfois vers son
« marchandant », l. 62…) ; les verbes à l’imparfait (« qu’elle passé et, surtout vers cette soirée de rêve « où elle avait
faisait sécher », l. 57, « il fallait », l. 64, « travaillait », l. 66, été si belle et si fêtée » (l. 11). Le narrateur restitue ces
« faisait », l. 69) ; la phrase qui clôt l’extrait et explicite la pensées sous forme de discours indirect libre mêlant phrases
durée de ces actions (« Et cette vie dura dix ans. », l. 71). interrogatives (« Que serait-il arrivé…? », l. 13) et phrases
exclamatives (« Comme il faut peu de choses pour vous
S’exprimer à l’oral perdre ou vous sauver! », l. 14-15), qui sont des constats
sur la dureté de la vie.
Mener un débat
7. La première partie consistera en la préparation indivi- Une chute cruelle
duelle de ce débat, chaque élève devant d’abord réfléchir à
3. Le contraste est saisissant entre Mme Forestier et
des arguments au brouillon. Il conviendra d’inciter les élèves
Mme Loisel. La première est « toujours jeune, toujours belle,
à se méfier d’une condamnation trop hâtive de Mme Loisel,
toujours séduisante » (l. 20-21) et la seconde a à ce point
et à tenir compte de tous les aspects de sa personnalité
changé que son amie ne la reconnaît pas, la prend pour une
(envieuse, mais aussi courageuse).
femme du peuple.
Le débat pourra être régulé par l’enseignant, et être conçu
4. Le long dialogue qui reprend en détail une situation
comme une sorte de procès où défense et partie civile se
connue du lecteur a pour vocation essentielle de retarder
répondront argument par argument avec des recours précis
la chute. Leur émotion, leur surprise, leur étonnement, lors
au texte de Maupassant.
de cette rencontre inattendue, sont surtout marqués par les
nombreuses phrases exclamatives et points de suspension.
Pour bien écrire
5. La dernière réplique (l. 55-56) contient la chute et exprime
Selon que l’on suivra ou non les directives de l’orthographe réno-
vée, on écrira ces chiffres ainsi : dix-sept mille quatre cents / dix- toute la cruauté de la révélation. Le fait de savoir que les
sept-mille-quatre-cents ; quatre-vingts ; quatre cent trente-huit / Loisel ont sacrifié dix ans de leur vie pour rien modifie tout
quatre-cent-trente-huit. le sens que le narrateur avait construit tout au long de la
nouvelle. Cette révélation est complètement inattendue, ce
L’histoire des mots qui ne peut que créer l’étonnement et susciter la pitié chez
Le nécessiteux est celui qui est dans la nécessité, qui a besoin le lecteur.
du nécessaire. « Pauvre » ou « indigent » seront deux synonymes
recevables.
S’exprimer à l’écrit
Imaginer une fin différente
6. L’objectif de cet exercice est de faire prendre conscience
aux élèves de l’importance de la fin d’une nouvelle, et
Lecture 5 p. 24-25 pratiquer la réécriture, compétence au cœur du nouveau
programme. On pourra suggérer aux élèves le choix du
discours indirect ou indirect libre pour traduire le discours
Une cruelle révélation intérieur de Mme Forestier. Il s’opposera nécessairement au
discours direct qui aura pour mission de travestir la réalité.

Objectif Bilan
• Étudier la fin d’une nouvelle à chute.
Il faut attendre la chute de la nouvelle, la révélation finale
pour avoir la clé de l’histoire. Cette chute modifie totalement
le sens construit jusqu’alors par le lecteur et qui amène d’ail-
leurs à une relecture : pourquoi Mme Forestier aurait-elle si
O Comment la fin de la nouvelle crée-t-elle un effet facilement prêté une vraie rivière de diamants ? Pourquoi
de surprise ?
Mme Loisel n’aurait-elle pas avoué la perte du bijou ? Il s’agit
donc à la fois d’une chute cruelle et ouverte.
Analyser et interpréter les textes
Le temps du bilan Pour bien écrire
1. Les Loisel semblent maintenant appartenir à la classe Lorsqu’il n’a pas cette valeur adverbiale, « fort » est habituellement
ouvrière. Ce changement est clairement marqué par les vête- utilisé comme une adjectif qualificatif : « Voilà un homme fort ! ».
ments et l’aspect physique : maintenant, Mme Loisel semble
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vieille, elle est « mal peignée avec les jupes de travers et les
mains rouges », couleur due au dur labeur (l. 6-7).

1. La Parure, du rêve à la réalité 13


6. Pour montrer l’écoulement de dix années, Chabrol multi-
Cinéma p. 26-27 plie les travelling d’accompagnement sous forme d’aller et
retours dans un même lieu : à chaque passage, les traits de
Mme Loisel se creusent, le personnage vieillit, se courbe.
La Parure de Claude Chabrol Dans la nouvelle, Maupassant se contente d’une ellipse
narrative : « Et cette vie dura dix ans » (l. 71, p. 23).
7. Quand Mme Loisel se regarde dans le miroir, les images
Objectif du passé heureux réapparaissent progressivement selon
• Comparer une œuvre littéraire et son adaptation télévisuelle.
un procédé cinématographique que l’on appelle « fondu
enchaîné ». Celui-ci illustre parfaitement ce passage de la
L’étude de ce téléfilm permettra, par confrontation, une nouvelle de Maupassant, ainsi que le passage qui précède :
relecture attentive et analytique de la nouvelle. Elle donnera « Mais parfois, lorsque son mari était au bureau, elle s’asseyait
également à voir les cadres spatio-temporels représentatifs auprès de la fenêtre, et elle songeait à cette soirée d’autrefois,
du xixe siècle et à peine ébauchés dans la nouvelle. Cela à ce bal, où elle avait été si belle et si fêtée » (l. 8-11, p. 24).
permettra enfin d’aborder des procédés cinématographiques 8. Cette image de fin traduit parfaitement l’esprit de la
à travers l’œuvre d’un réalisateur, scénariste, acteur et nouvelle, elle montre un visage vieillit, un regard absent,
producteur français incontournable. les marques d’une cruelle désillusion.

Comparer la nouvelle et le film Bilan


1. La première scène du film se passe chez Mme Forestier, L’adaptation de Chabrol traduit plutôt fidèlement l’esprit de
l’amie de Mme Loisel alors que Maupassant commence sa la nouvelle, elle apporte en plus des élément visuels que
nouvelle chez les Loisel. Mme Loisel vient rendre visite à son la nouvelle ne peut que suggérer : les décors fastueux, les
amie, qui en profite pour lui montrer ses bijoux. Ce choix images du quotidien, l’ambiance d’une époque, les traits
amène d’emblée le spectateur vers ce qui sera l’enjeu de vieillissants des personnages.
tout le récit, la parure, et situe les aspirations du person- Cependant le réalisateur a pris, par rapport à la nouvelle,
nage : s’élever vers la haute bourgeoisie. Il est plus facile quelques libertés : il a ajouté un personnage (voir question 4),
pour le réalisateur de faire comprendre les aspirations de il a modifié le caractère de Mme Loisel face à l’adversité (si
Mme Loisel par le biais d’une conversation avec son amie dans la nouvelle, elle paraît réagir, faire preuve de volonté et
plutôt qu’en la montrant dans son quotidien. de courage, elle apparaît, dans le film, comme faible, fragile,
2. Le photogramme 2 est très représentatif du quotidien de sans réaction véritable face à l’adversité). Claude Chabrol a
Mme Loisel : il situe les personnages dans un cadre simple, donc exagéré volontairement certains aspects de la nouvelle,
sans luxe ; il montre Mme Loisel assistée d’une femme de afin de renforcer la cruauté sous-jacente dans le texte.
ménage dans les travaux du quotidien (ici, la préparation
du repas). Le visage de la bonne semble triste, son corps est Prolongements possibles
quelque peu voûté ; Mme Loisel a une attitude neutre, comme On pourra visionner les téléfilms de la série de France 2
subissant l’évènement. Cette image du quotidien saisissant « Chez Maupassant », réalisée entre 2007 et 2010, adapta-
un moment banal donne à la scène un aspect réaliste. tions de l’essentiel des nouvelles de Maupassant, à l’adresse
Internet suivante : http://www.imineo.com/series/chez-
3. Le travelling permet de montrer l’ampleur du luxe déployé
maupassant/video-chez-maupassant.htm
dans cette scène de bal. Cette scène donne à voir la richesse
des toilettes, le luxe du cadre. Un zoom avant nous amène à
un plan rapproché de Mme Loisel. Elle est radieuse, la parure
est en évidence, les regards convergent vers elle, montrant
son évident succès.
4. Le nouveau personnage inventé par Claude Chabrol,
M. Maronsin, le chef de service de M. Loisel, s’inscrit parfai- Lecture intégrale p. 28
tement dans l’esprit de Maupassant. Le réalisateur porte un
regard satirique, sans concession sur ce petit chef qui prend
plaisir à abuser de son pouvoir. En revanche, il dénonce Lire La Parure de Guy
d’autant plus la faiblesse et la soumission de M. Loisel (à
son patron et à sa femme).
de Maupassant
5. Le photogramme 5 est un insert : un très gros plan sur un
De 1875 à 1890, Maupassant n’a cessé d’écrire des
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détail. Cet insert représente symboliquement les moments


forts de l’histoire : la parure au centre de toute la nouvelle, nouvelles réalistes – nouvelles censées décrire le monde
l’imposante somme d’argent que les Loisel ont dû emprunter et les hommes tels qu’ils sont (sortes de témoignages sur
et qui va détruire dix ans de leur vie. l’époque). Ses sujets de prédilection sont le monde paysan,

14
le monde parisien, la petite et grande bourgeoisie dont La Les adjectifs hyperboliques (« la vie horrible », l. 46, p. 22,
Parure est l’illustration type. « odieuses besognes », l. 53, p. 22…) contribuent également
à la dramatisation de la scène. Maupassant varie enfin le
1. La structure narrative du récit rythme du récit : des lignes 48 à 69 (p. 22), une succession
1. Les principales étapes du récit sont, dans l’ordre chro- de phrases courtes contribue à souligner l’affolement des
nologique : personnages ; à l’inverse, le dialogue final qui marque la
– portrait de Mme Loisel : une femme de la petite bourgeoi- rencontre avec Mme Forestier retarde la chute fatidique.
sie souffrant de sa modeste condition ; 9. La cause de tous ces malheurs est uniquement due au
– l’invitation au bal ; caractère capricieux, envieux, insatisfait de Mme Loisel. Elle
– l’emprunt de la parure ; n’accepte pas la vie à laquelle sa classe sociale la prédesti-
– la scène de bal ; nait. Elle cherche à paraître et sera elle-même victime des
– la perte de la parure ; apparences en choisissant cette fausse parure.
– dix années de vie misérable (ellipse narrative) ; 10. Au début de la nouvelle, Mme Loisel n’attire pas vraiment
– un sacrifice inutile. la sympathie du lecteur : elle est capricieuse et constamment
2. C’est, au cœur de la nouvelle, la perte de la parure qui insatisfaite, emportée par son désir de paraître. Et même
fait basculer la vie des personnages. Cet épisode constitue si après la perte du collier sa manière de faire face coura-
le nœud tragique de la nouvelle, et prendra un éclairage geusement à l’adversité nous rapproche du personnage, on
nouveau à la toute fin. retrouve à la fin son orgueil du début (« Et elle souriait d’une
3. La situation initiale montre un couple qui mène une vie joie orgueilleuse... », l. 53, p. 25) : elle a préféré taire la réalité
modeste, bien réglée, qui dispose du nécessaire. La situation plutôt que d’avouer sa faute dix ans plus tôt.
finale montre un couple usé physiquement et moralement, 11. Pour mettre en relief la vie difficile des Loisel, Maupas-
vivant de peu, dans des conditions difficiles. Par ailleurs, au sant recourt à de longues énumérations qui donnent
début de la nouvelle, Mme Loisel semble mélancolique, rêvant également un éclairage réaliste sur les dures conditions
à une vie de luxe, tandis qu’à la fin, après dix années de durs de vie des classes ouvrières : « elle lava la vaisselle » (l. 53,
labeurs, elle n’a plus aucun désir. Son seul regret porte sur p. 22), « savonna le linge sale » (l. 55, p. 22) « défendant
cette soirée de bal « où elle avait été si belle et si fêtée ». sous à sous son misérable argent » (l. 62-63, p. 22). Il épouse
également le point de vue de Mme Loisel qui cette fois
2. Des personnages représentatifs de leur siècle connaît « la vie horrible des nécessiteux » (l. 46-47, p. 22),
« les odieuses besognes » (l. 53, p. 22).
4. Au début de la nouvelle, l’appartenance des Loisel à la
12. « Et elle souriait d’une joie orgueilleuse et naïve » : si
petite bourgeoisie est évidente : le mari est employé dans
la nouvelle se terminait ici avant la terrible révélation, le
un ministère, la femme est au foyer et s’assure les services
regard du lecteur sur l’histoire aurait été tout autre. Il aurait
d’une domestique. On vit sans excès, on se nourrit d’une
certainement porté un regard plutôt admiratif sur les Loisel
nourriture simple mais suffisante.
et sur leur courage oubliant presque la vanité première de
5. Mme Forestier est, elle, représentative de la haute bour-
Mme Loisel, admiration doublée du soulagement de voir le
geoisie, la classe enviée par Mme Loisel. La quantité de
couple enfin débarrassé du poids de dix années de galère.
bijoux qu’elle propose à son amie en est une preuve.
13. La chute est terrible et apparaît comme une cruelle leçon
6. La petite bourgeoisie envie la haute bourgeoisie, la haute
de vie, comme une véritable sentence : il faut se conten-
bourgeoisie ignore la petite bourgeoisie ou, au mieux, lui
ter de ce que l’on a, on risque sinon de le payer très cher.
porte, comme dans la nouvelle, un regard condescendant.
Cette sorte de leçon de vie totalement inattendue augmente
7. Mme Loisel n’a pourtant pas de véritables raisons de
encore la portée dramatique de la nouvelle et amène à reve-
se plaindre au début de l’histoire. Même si elle ne vit pas
nir sur la lecture. Et, notamment, sur l’épisode de la première
dans le luxe, elle dispose au moins du nécessaire, se nour-
rencontre avec Mme Forestier. Apparences et dissimulation
rit correctement, vit dans un logement sans confort mais
sont des deux côtés : Mme Loisel se fie aux apparences du
décent, peut s’assurer les services d’une bonne et dispose
bijou, Mme Forestier n’en dit rien. Par orgueil, Mme Loisel
même de quelques économies.
n’avoue pas la perte du bijou et, curieusement, Mme Fores-
tier ne vérifie pas le contenu de l’écrin lorsqu’il lui est rendu.
3. La dramatisation de l’histoire
Un autre indice a aussi été négligé : le bijoutier se souvient
8. Pour marquer la descente aux enfers des Loisel, Maupas- de l’étui, mais n’a pas vendu le bijou.
sant décline abondamment les champs lexicaux du désespoir
et du malheur. Il recourt à de longues énumérations (les
emprunts, les durs travaux du quotidien). Il joue sur les
Bilan
Rédiger un résumé
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oppositions : dix ans après, Mme Forestier apparaît « toujours


jeune, toujours belle, toujours séduisante » (l. 20-21, Ce travail pourra prendre appui sur le schéma narratif de
p. 24) alors que l’on a de Mme Loisel l’image d’une femme la nouvelle analysé dans la question 1 de cette page. Après
« vieille », « mal peignée », aux « mains rouges » (l. 6-7, p. 24). une rapide présentation du cadre et des personnages, se

1. La Parure, du rêve à la réalité 15


succèderont les évocations de l’invitation au bal, de la parure Faire face à l’infortune
empruntée, du bal, de la perte du collier, des dix années 3.
de misère et de la révélation finale. On invitera les élèves
à choisir un temps pour la narration et à s’y tenir tout au Mots exprimant un coup Mots exprimant
long du résumé (présent de narration, ou imparfait et passé du sort un sentiment
simple). Les connecteurs temporels marqueront la succes- Misère, nécessiteux, privation, Chagrin, frustration, douleur,
sion rapprochée des premières péripéties : « ce soir-là », revers, catastrophe, adversité, affliction, regret, désespoir,
infortune, déconvenue, désastre, détresse
« elle se rendit alors », « le soir du bal », « au retour », « après
déveine
plusieurs semaines », « dix ans plus tard »...
4. 1. Les Loisel, qui ont dû renoncer à leur confort, ont sans
doute éprouvé une vive frustration.
Prolongements possibles
La vision de Maupassant sur la société bourgeoise pari-
2. Ce sont les privations qui l’ont rendue si décharnée.
sienne peut trouver un écho intéressant dans la lecture 3. Dans ce quartier pauvre traînaient un grand nombre de
cursive d’une autre nouvelle, Un lâche, portrait satirique nécessiteux.
du Vicomte Gontran-Joseph de Signoles. 4. Les malheurs ont succédé aux malheurs, toute sa vie elle
Cette nouvelle avait donné lieu à une adaptation théâtrale a dû faire face à la privation.
en 1974 par Gilles Ange mais ne fut jamais jouée. On pour-
rait donc proposer aux élèves de refaire cette adaptation Dire le désespoir
et, pourquoi pas, de la jouer. 5. Dé- est un préfixe dans les mots « désespéré » (qui n’a plus
d’espoir), « démoralisation » (qui n’a plus le moral), « décou-
ragement » (qui n’a plus de courage). Il s’agit à chaque fois
d’un préfixe privatif, qui signifie « privé de ».
6.

Vocabulaire p. 29
Adjectif
affolé
Nom
affolement
Verbe
affoler
désespéré désespoir désespérer

Entre bonheur et désespoir atterré


abattu
atterrement
abattement
atterrer
abattre
angoissé angoisse angoisser
Objectif triste tristesse
• Explorer deux champs lexicaux contraires.
accablé accablement accabler
déçu déception décevoir
Rêver sa vie démoralisé démoralisation démoraliser
1. a. Les mots du texte qui expriment le luxe sont : « dîners découragé découragement décourager
fins », « argenteries reluisantes », « tapisseries », « féerie », désolé désolation désoler
« exquis », « vaisselle merveilleuse ». torturé torture torturer
b. L’élève pourra trouver dans un dictionnaire des syno-
nymes d’autres adjectifs exprimant la beauté : « splendide »,
« pittoresque », « magnifique », « enchanteur », « éblouis- à vous d’écrire !
sant », « sublime », « éclatant », « ravissant ». 7. Il s’agit d’un exercice d’écriture bref. L’évaluation portera
2. L’élève pourra s’aider d’un dictionnaire pour saisir les donc :
nuances entre ces mots : – sur la concision : il ne s’agit que d’une annonce ;
1. Elle bondit joyeuse, pleine d’allégresse. – sur l’effet produit : donner envie de lire, ou non (donner les
2. Elle était en extase devant cette toile magnifique. premiers éléments de l’intrigue, jusqu’à la perte du collier) ;
3. La qualité de la robe n’a pas provoqué l’euphorie attendue. – sur l’engagement de l’auteur de l’article : émettre une opinion
4. Rendre visite à son amie était toujours un plaisir. personnelle, un jugement positif ou négatif sur l’ensemble.
5. Ce spectacle des danseurs valsant au son des violons : 8. L’élève devra donc respecter la forme d’un article de
quel ravissement ! presse : titre (insister sur le sensationnel), chapeau intro-
ducteur (annonce de l’évènement) puis cœur de l’article. Il
faudra penser à inclure dans les propos rapportés le voca-
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bulaire du bonheur étudié plus haut. L’élève pourra aussi


penser aux variations typographiques (pour distinguer les
différentes parties).

16
S’exprimer p. 30 Évaluation complémentaire
On pourra proposer l’évaluation complémentaire aux pages
À l’oral suivantes afin de prolonger l’analyser d’extraits de nouvelles
Réaliser un débat de Maupassant.
Ce débat a d’abord pour vocation de reparcourir une lecture
avec un nouvel angle d’analyse, de revenir sur une adap- 1. Analyser la description de
tation en interrogeant la relecture faite par le réalisateur.
Les compétences visées par ce travail sont, pour chaque élève :
personnages dans une nouvelle
– d’interagir avec les autres de façon constructive en respec- 1. Les éléments retenus pour décrire les passagers diffèrent
tant la parole de chacun ; à chaque fois : le cocher attire l’attention par son « gros
– d’exprimer une opinion argumentée ; ventre » et sa « face rougie » alors que Maît’ Caniveau est
– d’émettre un point de vue sur une œuvre cinématogra- stigmatisé par son poids excessif qui fait « plier les ressorts ».
phique et une œuvre littéraire. C’est aussi la manière de monter dans la diligence qui carac-
Ce travail demandera une préparation efficace qui pourra térise chaque personnage : l’un grimpe, l’autre s’engouffre…
notamment s’appuyer sur des relevés significatifs et illus- 2. « Courbé », « petite », « maigre »… peu d’éléments objectifs
tratifs de passages du texte, sur un relevé des arguments caractérisent ces descriptions. La plupart des termes sont
à défendre. Une préparation qui demandera, de la même dépréciatifs et se concentrent sur les défauts physiques des
façon, un relevé d’images ou de courtes scènes du film. Il personnages qui les rendent proches du ridicule (« violacé »,
ne faudra pas oublier de faire un bref retour sur le langage « tordu », « pareille à une bique fatiguée »…). L’un est rougi
cinématographique (nom des plans, des mouvements de par l’alcool, l’autre a « la peau séchée par l’oubli des lavages ».
caméra…). On pourra proposer aux élèves en difficulté de Ces descriptions relèvent de la caricature.
s’appuyer sur le schéma narratif de chacune des histoires. 3. Les adjectifs qualificatifs employés par Maupassant sont,
Il sera plus simple d’en faire émerger les ressemblances et pour le cocher : « petit », « gros », « souple » ; pour le prêtre,
différences entre film et nouvelle. « grand », « puissant, large, gros, violacé », « aimable » ;
pour Maît’Poiret et sa femme, « haut et tordu », « courbé »,
« maigri » et « petite et maigre », « fatiguée » ; pour Maît’
À l’écrit Caniveau, « gros, lourd ». Ces adjectifs contribuent à renfor-
Réécrire la fin d’une nouvelle cer l’image caricaturale des personnages, qui sont décrits
Il s’agit là d’une écriture d’invention qui mettra en œuvre les presque comme des objets, des formes (tordues, petites,
compétences suivantes : souples, lourdes…).
– connaître les caractéristiques d’un genre littéraire (la 4. Pour exercer son regard satirique, Maupassant a recours à
nouvelle réaliste) ; la comparaison : « il retroussa sa soutane comme les femmes
– composer un écrit créatif intégrant un cadre spatio-tempo- retroussent leurs jupes », « sa femme le suivait pareille à une
rel déterminé et des personnages connus. bique fatiguée », « plus lourd qu’un bœuf ». Il utilise égale-
La difficulté sera certainement de bien tenir compte de la ment des adjectifs péjoratifs « violacé », « tordu ».
personnalité des personnages : l’humilité de M. Loisel, le désir 5. Cette nouvelle est réaliste par plusieurs aspects : elle se
de paraître de Mme Loisel. situe dans des lieux réels (le « Havre », « Criquetot », « la cour
Un exercice préparatoire sur la focalisation pourra s’avé- de l’hôtel du Commerce »), les personnages sont décrits avec
rer utile : on pourra, par exemple, demander aux élèves de une relative précision et en fonction de leur statut ou métier
réécrire le tout début de la nouvelle en choisissant le point de (« cocher », « curé », « paysan »…). Ce début de nouvelle porte
vue de M. Loisel. Ou encore d’ajouter une scène afin d’affiner un regard satirique sur le monde paysan du xixe siècle.
la psychologie des personnages et travailler la manière de
traduire des pensées intérieures : Mme Forestier émet son 2. Écrire une suite
avis sur Mme Loisel après qu’elle lui a emprunté la parure.
6. On vérifiera que les élèves varient les éléments décrits
et les procédés (choix des adjectifs, termes péjoratifs,
Compétences comparaisons) pour chaque nouveau personnage, et qu’ils
D1, 2, 3 • Participer de façon constructive à des échanges. respectent le schéma narratif : chaque passager monte à
• Adopter des stratégies et des procédures d’écriture efficaces. l’appel de son nom, sa manière de monter dans la diligence
est un élément à retenir. Les portraits seront satiriques.
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1. La Parure, du rêve à la réalité 17


Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

La Bête à Maît’ Belhomme


Voici le début de la nouvelle.

La diligence du Havre allait quitter Criquetot ; et tous les voyageurs


attendaient l’appel de leur nom dans la cour de l’hôtel du Commerce
[…] Le cocher Césaire Horlaville, un petit homme à gros ventre, souple
cependant, par suite de l’habitude constante de grimper sur ses roues
5 et d’escalader l’impériale, la face rougie par le grand air des champs, les
pluies, les bourrasques et les petits verres […] ouvrit la porte de derrière
et, tirant une liste de sa poche, il lut en appelant :
« Monsieur le Curé de Gorgeville. »
Le prêtre s’avança, un grand homme puissant, large, gros, violacé
10 et d’air aimable. Il retroussa sa soutane pour lever le pied, comme les
femmes retroussent leurs jupes, et grimpa dans la guimbarde. […]
« Maît’Poiret, deux places. »
Poiret s’en vint, haut et tordu, courbé par la charrue, maigri par l’abs-
tinence, osseux, la peau séchée par l’oubli des lavages. Sa femme le suivait,
15 petite et maigre, pareille à une bique fatiguée, portant à deux mains un
parapluie vert. […]
« Maît’ Caniveau. »
Un gros paysan, plus lourd qu’un bœuf, fit plier les ressorts et s’en-
gouffra à son tour dans l’intérieur du coffre jaune.
Guy de Maupassant, La Bête à Maît’Belhomme, 1886.

1. Analyser la description de personnages dans une nouvelle

1. Tous les occupants sont décrits, du cocher aux passagers. Ces descriptions sont-elles établies selon un
modèle précis ou diffèrent-elles à chaque fois ?
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•••
2. Ces descriptions vous semblent-elles objectives ou subjectives ? mélioratives ou dépréciatives ? Justifiez
vos réponses en citant le texte.

3. Relevez les adjectifs qualificatifs. Que révèlent-ils de l’allure des personnages ?

4. Quels procédés stylistiques Maupassant utilise-t-il pour décrire les personnages ? Donnez quelques exemples
précis.

5. Qu’est-ce qui permet de dire que cette nouvelle, comme La Parure, est une nouvelle réaliste ? Quelle image
donne-t-elle du monde paysan de l’époque ?

2. Écrire une suite

6. À la manière de Maupassant, poursuivez cette nouvelle en faisant monter dans la diligence deux à trois
autres couples de paysans. Vous utiliserez les procédés d’écriture mis en lumière dans cette étude.
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1. La Parure, du rêve à la réalité


2
u e nce
séq La fiction pour interroger le réel

p. 32-55

•Personnages mystérieux
O Comment un auteur rend-il un personnage de roman mystérieux et nous
donne-t-il envie d’en savoir plus sur lui ?

Objectifs Entrer dans la séquence p. 35


• Étudier comment se construit un portrait de personnage
dans le roman.
• Comprendre la place et les fonctions du portrait dans le
Devinez qui je suis
roman. Cette activité d’entrée en matière, conçue autour du prin-
cipe du portrait chinois, permet une première approche
Présentation de la séquence orale du portrait littéraire. À partir d’indices conçus en
groupe, les élèves seront amenés à faire deviner au reste
Le groupement de textes de cette séquence entend
de la classe le portrait de femme qu’ils auront choisi. Cela
aborder le portrait de personnage dans le roman.
permet de percevoir d’emblée l’importance des images
Il permettra d’étudier les différents procédés
littéraires dans un portrait, de la comparaison à la méta-
romanesques par lesquels un écrivain crée du
phore, en même temps que la filiation étroite qui existe
mystère autour de ses personnages. Les extraits
entre peinture et littérature. En effet, les indices pourront
retenus relèvent du romantisme ou du réalisme,
porter sur les couleurs, les formes, ou encore sur un senti-
et s’étendent du xixe au xxie siècle. Cette variété
ment ou une impression ressentis par les élèves. Enfin, le
permet de mettre en évidence la diversité des
principe des devinettes met en lumière concrètement ce
manières de susciter le trouble chez le lecteur, mais
qu’un portrait peut avoir d’énigmatique.
aussi de souligner la persistance de traits récurrents
dans l’art du portrait littéraire. D’un point de vue
anthropologique, la séquence se veut une invitation Rédigez un portrait
à questionner notre rapport à l’autre, en ce qu’il Il ne s’agit évidemment pas, en ce début de séquence, de
représente toujours plus ou moins une terra incognita, faire écrire un portrait très détaillé. Cette petite activité
à travers sa représentation artistique. Elle se rattache d’écriture est une invitation à mettre en place un cadre
ainsi directement au questionnement des nouveaux narratif sommaire dans lequel va s’insérer un bref portrait
programmes en 4e, « La fiction pour interroger le réel » de personnage. On invitera les élèves à se concentrer sur
(« Regarder le monde, inventer des mondes »). l’atmosphère mystérieuse (par exemple une ambiance
nocturne, un endroit désert…) et sur un ou deux traits
Bibliographie précis du personnage qui contribuent à le rendre intrigant
• Pascale Dubus, Qu’est-ce qu’un portrait ?, L’Insolite, « L’art (ses manières d’agir ou de parler, sa manière de se vêtir…).
en perspective », 2006.
• Le Portrait, textes regroupés par Joseph-Marc Bailbé,
Presses universitaires de Rouen, 1995.

Site à consulter
• Dossier pédagogique et thématique « Le Portrait » sur le
site de la BnF : http://classes.bnf.fr/portrait
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20 2. Personnages mystérieux
le visage est « pâle », « les lèvres […] décolorées », les joues
Lecture 1 p. 36-37 « blêmes ».
3. Ce portrait est particulièrement précis comme le montre
Un étrange vieillard l’abondance des détails physiques et des adjectifs qualificatifs.
4. Deux couleurs dominent la description : le « noir » de la
robe et du bonnet, et le « blanc » de la peau et des cheveux
Objectif du vieillard. L’impression qui s’en dégage est assez sinistre,
• Découvrir les caractéristiques d’un portrait réaliste. et cette pâleur du vieil homme renvoie en creux à l’absence
de vie. L’image n’est donc guère positive.
5. Par la minutie des détails, mais aussi par le contraste
des couleurs pareil à un clair-obscur, ce portrait renvoie à
O Comment Balzac crée-t-il une énigme à partir la peinture qui connaît une longue tradition du portrait.
d’un portrait réaliste ? D’ailleurs, l’auteur fait explicitement référence à cet art en
évoquant le tableau de Gérard Dow, Le Peseur d’or, mais aussi
Cet extrait est un passage situé au début du roman La Peau en évoquant le « peintre » et ses « coups de pinceaux » aux
de Chagrin d’Honoré de Balzac. Par son intrigue, ce roman lignes 26 et 28.
relève du romantisme, Balzac souhaitant, ainsi qu’il l’écrit
lui-même, faire « se dérouler dans le Paris de 1830 un Un personnage symbolique
conte oriental des mille et une nuits ». L’histoire repose sur
l’opposition entre une vie intense et brève guidée par le 6. a. La négation « ne…plus » et la préposition « sans » sont
désir, et une longévité triste qu’offre une vie durant laquelle répétées deux fois chacune.
on aura renoncé à satisfaire ses désirs. Dans sa préface de b. Le vieillard est privé de « jouissances » et de « douleur »,
1831, Balzac expose son esthétique réaliste qui consiste à de « plaisirs » et d’ « illusions ». En somme, il ne ressent plus
« reproduire la nature par la pensée ». L’étude du portrait de guère de sentiments, n’éprouve pas de satisfaction ni ne
l’antiquaire se veut une initiation au portrait réaliste, dans rêve. Le vieillard semble donc étranger à ce qui caractérise
lequel on pourra analyser les procédés utilisés pour créer la vie humaine. Cela laisse à penser qu’il a mené une vie
du mystère. faite de renoncement aux désirs.
7. Les termes « mystérieux », « étrange », « fantasques »
renvoient au monde du rêve et de l’illusion. En les utilisant,
Découvrir le texte l’auteur contribue à rendre irréaliste cet être énigmatique
1. D’après l’étymologie grecque, douteuse mais poétique, et à donner l’impression d’une apparition fantastique, peut-
« Méphistophélès » signifierait « celui qui n’aime pas la être d’un rêve ou d’un cauchemar éveillé. Cela renvoie à
Lumière ». Méphistophélès est un démon, rendu célèbre par l’univers du conte.
l’écrivain romantique allemand Goethe, qui incarne le mal 8. Il compare le vieillard à Dieu lui-même à travers l’expres-
et la tentation, et renvoie donc, symboliquement, à l’obs- sion « le Père Éternel », et de façon totalement inverse au
curité. L’atmosphère qui se dégage du portrait peut être en démon « Méphistophélès », image du mal et du diable. Il
conséquence fantastique. souligne ainsi l’ambiguïté du vieillard : incarne-t-il le Bien
ou le Mal ?
Analyser et interpréter le texte
Un portrait physique détaillé S’exprimer à l’écrit
2. a. L’apparence générale du vieil homme est méticuleu- Écrire un dialogue
sement décrite, l’auteur utilisant abondamment le champ 9. Cet exercice d’écriture vise à exploiter l’interprétation de
lexical du corps. Il dépeint ses membres (« le bras », l. 7), et la description du vieillard qui a été faite à travers le question-
son « visage » (l. 17) fait l’objet d’une attention particulière, naire, afin d’en déduire des caractéristiques psychologiques,
avec les « mèches de ses cheveux » (l. 4), la « barbe » (l. 10), et de les inclure dans un dialogue. On pourra rappeler au
les « lèvres » (l. 14), le « front » (l. 17), les « joues » (l. 17) ou préalable les caractéristiques d’un dialogue : marques de para-
encore les « yeux » (l. 19). graphes, tirets, guillemets, verbes introducteurs ou incises…
b. Chaque partie du corps est caractérisée à l’aide de
nombreux adjectifs. La maigreur le définit plutôt bien : il
est « petit […] sec et maigre » (l. 1), ses joues sont « creuses », Bilan
ses lèvres « minces », le visage est « étroit » et ses bras Cette description relève certes du réalisme par l’abondance
« décharné[s] » (l. 7). L’autre caractéristique principale est sa et la minutie des détails, aussi bien dans les formes que dans
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pâleur, qui renvoie à sa vieillesse, également visible à travers les couleurs. Toutefois, les jeux de contraste ou encore les
les rides, mais aussi à une vie menée loin de la lumière comparaisons avec des êtres surnaturels contribuent à faire
du jour : ses cheveux sont « blancs » (l. 4), tout comme son du personnage dépeint une sorte d’apparition fantastique
visage, la barbe est « grise et taillée en pointe » (l. 10-11) ; qui rappelle également l’univers du conte.

2. Personnages mystérieux 21
Lecture de l’image Analyser et interpréter le texte
On retrouve les longues mèches de cheveux blancs, l’apparence
chétive du vieillard, les lèvres minces, la pâleur de son teint, mais
Une apparence troublante
aussi son regard pénétrant. La description de la boutique obscure, 2. Gwynplaine déclenche l’hilarité chez les gens non à grâce
plongée dans les ténèbres, dans l’extrait du roman, fait écho au à son esprit, mais à cause de son apparence monstrueuse,
fond noir du tableau qui crée un effet de contraste très vif avec la de ce sourire forcé gravé sur son visage qui est en fait une
blancheur du visage qui ressort particulièrement.
cicatrice qui donne l’impression qu’il rit en permanence :
« C’est en riant que Gwynplaine faisait rire », « On voyait
L’histoire des mots Gwynplaine, on se tenait les côtes […]. Il était le pôle opposé
Ce maquillage s’appelle le mascara.
du chagrin » (l. 5-6).
3. L’auteur utilise deux adjectifs pour qualifier le rire de
Pour bien écrire
Gwynplaine : « automatique » (l. 18) et « pétrifié » (l. 19). Ils
On écrit : « une tunique vert foncé », puisqu’il s’agit d’un adjectif
composé (il ne s’accorde donc pas). décrivent non seulement le caractère indélébile de ce rire,
mais ils laissent aussi entendre que ce rire ne dépend pas
de la volonté de Gwynplaine, et qu’il ne saurait donc pas
refléter ses sentiments réels.
4. Dans le reste du texte, le narrateur parle de « rictus »
(l. 20), de « convulsions de la bouche » (l. 20), d’« hilarité
Lecture 2 p. 38-39 des muscles » (l. 32). Ces termes ne sont pas positifs, les
deux premières expressions évoquant davantage une atroce
grimace qu’un sourire. La dernière renvoie quant à elle à la
L’homme derrière le monstre dimension mécanique du rire, réduit à une manifestation
purement physique, détachée de tout sentiment et dénuée
Objectif de cause.
• Comprendre la double dimension physique et morale 5. a. Hugo, grâce à une antithèse, oppose, lignes 13-14, le
du portrait. « dehors » (l’apparence de Gwynplaine) et le « dedans » (ce
qu’il ressent).
b. Les nombreuses phrases négatives montrent que cette
apparence rieuse de Gwynplaine n’est pas voulue par le
O Comment le portrait de Gwynplaine invite-t-il le jeune homme. Il s’agit d’une sorte de fatalité : quelque chose
lecteur à voir derrière les apparences ? qu’il ne souhaite pas mais à laquelle il ne peut échapper. Il
subit ce rire et est réduit à une sorte d’impuissance : « Gwyn-
L’Homme qui rit est l’avant-dernier roman de Victor Hugo. laine ne s’en mêlait pas. » (l. 13) ou « il ne pouvait l’en ôter »
Écrit en 1869, ce roman philosophique met en scène (l. 16).
des personnages évoluant dans l’Angleterre de la fin du
xviie siècle et du début du xviiie siècle. Ursus (ours, en latin) Des sentiments complexes
est un vagabond vêtu de peau d’ours qui vend des potions
6. Les termes « souffrance » (l. 29) et « colère » (l. 30)
à la foule, accompagné de son loup domestique Homo
peuvent être perçus comme des antonymes de « rire ». On
(homme, en latin). Ils recueillent Gwynplaine, un enfant de
en déduit que le rire permanent de Gwynplaine ne reflète
dix ans qui a été capturé et défiguré par des Comprachicos
pas exactement ce qu’il ressent.
(mot inventé par Hugo qui vient de l’espagnol comprar, ache-
7. a. Les deux premières phrases du troisième paragraphe
ter, et chicos, enfants). Alors qu’Ursus et Homo montrent
(« C’est en riant que Gwynplaine faisait rire. Et pourtant il ne
ce qu’il y a d’animalité dans l’homme et d’humanité chez
riait pas », l. 9) reposent sur un paradoxe. Un paradoxe est un
l’animal, Gwynplaine, lui, questionne le rapport entre huma-
être ou une chose qui paraissent défier la logique parce qu’ils
nité et monstruosité. Cet extrait met ainsi en évidence les
présentent des aspects contradictoires voire inconciliables.
deux principales facettes du portrait littéraire : description
Cela crée un effet de surprise chez le lecteur : comment
physique et description morale.
Gwynplaine peut-il rire et ne pas rire en même temps ?
b. Plusieurs formules du texte reposent sur le même prin-
Découvrir le texte cipe, qui vise à mettre en évidence la contradiction entre
1. Le titre du roman L’Homme qui rit laisse attendre un person- l’apparence et les sentiments réels de Gwynplaine : « s’il
nage positif et optimiste, incarnation de la bonne humeur et eût pleuré, il eût ri » (l. 32) ; « Qu’on se figure une tête de
de la joie de vivre. D’une certaine manière, on pourrait même Méduse, gaie » (l. 37).
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s’attendre à un roman comique. Après lecture de l’extrait, on 8. Les termes « étonnement », « souffrance », « colère » et
comprend qu’il n’en est rien, que le rire du personnage ne « pitié » montrent la diversité et la complexité des senti-
renvoie pas tant à son état d’esprit ou à son caractère qu’à un ments ressentis par Gwynplaine derrière le masque rieur et
trait purement physique : une cicatrice sur son visage. simplificateur de son visage.

22
S’exprimer à l’oral Découvrir le texte
Mener un débat 1. Grigori Raspoutine (1869-1916) aurait eu le don de
9. Ce débat pourra être alimenté par des exemples tirés du guérir les malades. C’est ainsi qu’il devint le confident de
texte de Victor Hugo, ainsi que d’autres exemples littéraires l’épouse du tsar Nicolas II de Russie, exerçant par la suite
et constituera une bonne conclusion à l’étude de ce portrait. une forte influence sur la cour. Il a été assassiné par un jeune
prince, participant à une conjuration menée par ceux qui
accusaient le moine de trahir son pays, en pleine Première
Bilan
Guerre mondiale.
Derrière le monstre physique réduit à une seule et unique
expression faciale, se cache donc, malgré lui, un être humain
aux sentiments tout aussi variés et riches qu’un individu Analyser et interpréter le texte
ordinaire. Sa situation est donc rendue tragique, puisque les Un physique fascinant
hommes ne perçoivent que son apparence, et que le corps 2. a. Les principales caractéristiques de Raspoutine sont une
de Gwynplaine ne peut pas traduire ce qu’il ressent au plus maigreur étrange (« traits ravagés », « orbites caves », « joues
profond de son être. creuses », l. 4) et un aspect général négligé (« des mèches de
ses longs cheveux lui collaient aux tempes », l. 2).
Lecture de l’image b. Son air « harassé » (l. 1), sa « pâleur » qui prend une
La première illustration de Rochegrosse semble la plus proche
« teinte de cendre » (l. 1-2), ses « traits ravagés », sa « lassi-
de l’extrait choisi dans la mesure où celui-ci nous présente un
Gwynplaine monstre de foire. Sa condition d’enfant abandonné tude ardente » (l. 4-5) lui donnent une apparence maladive,
n’est donc guère enviable et ses vêtements ne sauraient guère être presque surnaturelle. Le personnage semble plus proche de
riches. Les bougies allumées en bas de l’illustration renvoient à la la mort que de la vie.
scène et au monde du spectacle auquel le jeune Gwynplaine va 3. Les rides « profondes et bizarres » sont « en forme
appartenir malgré lui. Le photogramme, quant à lui, nous montre de croix », rappelant sa fonction de pélerin et de moine
un Gwynplaine plus âgé, richement habillé, ayant sans doute
retrouvé en partie sa condition de noble (information qui nous mystique. On peut aussi y voir un signe funèbre, annoncia-
est donnée dans le résumé avant le texte), et dont la bouche ne teur de sa mort prochaine. L’ambiguïté se loge donc jusque
ressemble pas tant à un rictus qu’à une cicatrice. Toutefois, dans dans les traits de son visage.
cette deuxième illustration, on peut percevoir la réaction hilare du 4. Le narrateur accorde une importance particulière au regard
public à la vue du personnage. de Raspoutine. Il utilise une image pour le décrire : « deux
traits brûlants qui la traversaient de leur feu » (l. 31-32).
a. L’adjectif « brûlants », mais aussi le nom « feu », ou encore
l’adjectif « ardente » au début du texte appartiennent au
champ lexical de la chaleur.
Lecture 3 p. 40-41 b. Ils traduisent l’énergie vitale de Raspoutine qui n’est pour-
tant guère visible dans son apparence générale et contraste
ainsi avec le reste de la description, comme un feu qui couve
Un personnage ambivalent secrètement en lui. Le regard est ainsi une sorte de fenêtre
sur l’âme du personnage.

Objectif
Une personnalité ambiguë
• Analyser un portrait en action.
5. Les autres personnages semblent respecter Raspoutine
et placer beaucoup d’espoir en lui comme le montre leur
attitude : « fronts inclinés très bas et […] mains jointes ou
O Comment le narrateur rend-il la description de crispées en un geste de prière » (l. 8). Le moine les impres-
Raspoutine vivante et dynamique ? sionne également par son don comme le prouve le « long
murmure [qui] se propagea de bouche en bouche » (l. 24-25).
L’extrait présenté ici est issu d’un roman de l’écrivain et La réaction de Lise va dans le même sens, qui « baisse
grand reporter Joseph Kessel, Les Rois aveugles. Il s’agit les paupières » et ne parvient pas à soutenir le regard de
d’un récit historique qui retrace l’histoire de celui que l’on Raspoutine. Le charisme du personnage est donc mis en
surnomme « le moine fou » à la cour de Russie. Le portrait évidence par l’attitude des autres personnages à son égard :
de Raspoutine diffère des précédents en ce qu’il n’est pas le portrait se trouve indirectement enrichi.
mené de bout en bout par le narrateur. La caractérisation du 6. La plupart des verbes utilisés par Raspoutine dans le discours
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personnage passe en effet par des actions et des dialogues, direct sont conjugués au mode impératif : « Montre-moi »
ce qui contribue à rendre la description vivante. (l. 13), « Lâche-le » (l. 16), « Va-t’en » (l. 21). Cela révèle son
caractère autoritaire, puisqu’il ne cesse de donner des ordres.
Il exerce ainsi un fort ascendant sur les autres personnages.

2. Personnages mystérieux 23
7. a. Raspoutine utilise des métaphores animalières douce-
reuses pour s’adresser aux femmes : « ma colombe » (l. 13), Lecture 4 p. 43-44
« hirondelle » (l. 34).
b. Cela traduit une certaine volonté de séduction, voire
même une sensualité charnelle qui ne semble pourtant Mondo, un enfant insaisissable
guère compatible avec sa fonction de moine… L’image du
« feu » relevée précédemment traduit également le désir Objectif
charnel de Raspoutine pour les femmes. • Étudier le portrait d’un personnage apparaissant pour
8. Une phrase en particulier traduit bien l’ambiguïté du la première fois dans le récit.
personnage : « Si cette usure venait d’une nuit de débauche
ou de macération, il était impossible de le discerner. » Si
le narrateur ne tranche pas entre ces deux hypothèses
guère compatibles l’une avec l’autre, il laisse tout du moins O Comment le narrateur cherche-t-il à élucider
entendre que Raspoutine s’adonne régulièrement à la le mystère autour de Mondo ?
débauche et aux orgies, ce qui, là encore, peut surprendre,
de la part d’un homme d’Église. L’extrait suivant est issu d’un bref récit de Jean Marie Gustave
Le Clézio, prix Nobel de littérature, intitulé Mondo. Il met en
S’exprimer à l’écrit scène un enfant étrange dont on ne sait presque rien, mais
duquel émane une humanité débordante. Le texte présenté
Décrire un personnage dans le corpus est le tout début du récit. Le narrateur orga-
9. Cette activité a pour objectif de vérifier que les élèves ont nise la description de telle sorte qu’elle invite le lecteur à
compris ce qu’on entend par « portrait en action », et qu’ils se poser des questions plus qu’elle n’apporte de réponses.
peuvent décrire un personnage par ce biais.
Découvrir le texte
Bilan 1. Le mystère qui entoure le personnage, le cadre spatio-tempo-
Cet extrait nous permet de découvrir une autre manière de rel plutôt vague, l’utilisation du pronom « on » qui crée un
faire un portrait littéraire. Le portrait du personnage se fait certain effet d’oralité, peuvent faire penser à l’univers du conte.
de manière directe à travers ses actes et ses paroles, et non
plus seulement à travers la description du narrateur. Alter- Analyser et interpréter le texte
nant actions et dialogues, le lecteur déduit la personnalité
de Raspoutine de ses paroles et de ses gestes ou attitudes :
Les incertitudes du narrateur
il apparaît comme quelqu’un de charismatique, exerçant une 2. Le récit débute par le pronom indéfini « personne », ce qui
forte impression sur son entourage, mais aussi comme un traduit d’emblée le mystère qui entoure le personnage de
personnage autoritaire et ambigu, ne semblant pas avoir Mondo. Il souligne le manque d’informations sur le jeune garçon.
renoncé à ses désirs les plus charnels. 3. L’autre pronom indéfini récurrent dans le texte est le
« on », qui peut désigner les habitants de la ville où appa-
L’histoire des mots raît Mondo, en incluant le narrateur puisque celui-ci parle
Il existe plusieurs synonymes de « miracle », comme « merveille » de « notre ville » (l. 2). Il désigne donc un groupe impré-
ou « prodige ». cis de personnes, et d’une certaine manière le « on-dit », la
rumeur : « On ne savait rien de sa famille, ni de sa maison.
Lecture de l’image […] Toujours, quand on ne s’y attendait pas, quand on ne
1. L’acteur anglais Christopher Lee, spécialiste des films d’épou- pensait pas à lui… » (l. 8-10). C’est aussi une manière de
vante et célèbre interprète du comte Dracula, met ici en évidence, montrer que tout le monde connaît Mondo, que tout le
par son jeu, l’importance du regard ardent et pénétrant de Ras- monde a eu affaire à lui à un moment ou un autre.
poutine. Il donne un caractère surnaturel, voire halluciné au per-
sonnage. 4. On ne sait pas ce qui conduit Mondo dans la ville, comme
2. La jaquette est plutôt réussie dans la mesure où elle permet le soulignent les deux phrases suivantes : « Il était arrivé
d’identifier rapidement une des principales caractéristiques de un jour, par hasard, ici dans notre ville » (l. 1-2). Le groupe
Raspoutine, en même temps qu’elle révèle une certaine ambi- prépositionnel « par hasard » suggère qu’il n’y a pas de but
guïté chez le personnage. En effet, celui-ci paraît plutôt inquié- à la venue de Mondo dans cette ville précise. La forme inter-
tant, notamment à cause des effets de lumière : une partie de
son visage est orangée, renvoyant au feu, l’autre bleutée (couleur rogative dans « Qu’est-ce qu’il était venu faire ici, dans cette
froide) qui renvoie à son apparence maladive. Mais on laissera les ville ? » (l. 20) montre que le narrateur, qui n’est pas omnis-
élèves exprimer librement leur avis sur cette jaquette, du moment cient, ignore les motivations de Mondo.
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qu’ils justifient leur point de vue. 5. Le narrateur formule plusieurs hypothèses sur la famille
de Mondo, aux lignes 8-9 : « Peut-être qu’il n’en avait pas. »,
puis aux lignes 20-25 : « Peut-être qu’il était arrivé après
avoir voyagé longtemps dans la soute d’un cargo, ou dans

24
le dernier wagon d’un train de marchandises qui avait roulé Pour bien écrire
lentement à travers le pays, jour après jour, nuit après nuit. L’adjectif dérivé de « hasard » est « hasardeux/se », ce qui est un
Peut-être qu’il avait décidé de s’arrêter, quand il avait vu le moyen de se souvenir qu’il faut un -d à la fin du nom.
soleil et la mer, les villas blanches et les jardins de palmiers. »
Les trois phrases commencent par le même adverbe (« peut-
être »), qui traduit les incertitudes du narrateur sur le
personnage, sur son origine, sur la façon dont il est arrivé
en ville et sur ce qui l’a décidé à faire étape dans cette ville.
Lecture 5 p. 44-45

Un personnage impénétrable
6. Mondo est un personnage positif et affable, qui inspire
la confiance avec son « visage tout rond et tranquille, et de
Une nouvelle venue intrigante
beaux yeux noirs un peu obliques » (l. 3-4). Son attitude
face aux inconnus est avenante : « il vous regardait bien en Objectif
face, il souriait, et ses yeux étroits devenaient deux fentes • Découvrir un portrait de femme insaisissable.
brillantes » (l. 14-15). S’il inspire confiance, c’est aussi que
plusieurs éléments soulignent chez lui une maturité inhabi-
tuelle : ses cheveux d’un « brun cendré qui changeaient de
couleur selon la lumière, et qui paraissaient presque gris à
O Comment le narrateur met-il le caractère
fascinant de Louki ?
la tombée de la nuit » (l. 5-7) le vieillissent. « Il avait surtout
une élégance et une assurance que les enfants n’ont pas Dans le café de la jeunesse perdue est un roman du prix
d’ordinaire à cet âge » (l. 30-31). Cette description semble Nobel de littérature Patrick Modiano. Cet auteur s’est fait
conférer au personnage une sagesse extraordinaire que l’on connaître par un livre sur l’Occupation, Place de l’étoile.
n’attend pas chez un garçon de dix ans. L’extrait présenté ici figure au début du roman. Le narra-
7. Le fait que Mondo soit habillé « tous les jours de la même teur se souvient de la figure intrigante de Louki, une jeune
façon » (l. 12) et que son T-shirt soit « un peu trop grand femme à l’attitude mystérieuse qui semble vouloir échapper
pour lui » (l. 13) montrent que le jeune garçon est démuni, au regard. Il tente de reconstituer ses rencontres avec elle.
sans argent.
8. Vers la fin de l’extrait, la démarche silencieuse et « de
travers » de Mondo conduit le narrateur à la comparer à celle Découvrir le texte
d’un « chien » (l. 30). On peut y voir une image de l’errance, 1. Le titre Dans le café de la jeunesse perdue peut inspirer un
de l’abandon (on parle de chien errant, de chien perdu sans sentiment de nostalgie, voire de mélancolie, vis-à-vis d’un
collier) qui correspond bien à l’image de cet enfant qui paraît temps qui appartient définitivement à un passé lointain et
orphelin et sans domicile. révolu que l’on regrette déjà.
9. Mondo semble rechercher un contact humain, amical
et fraternel et plus précisément peut-être, un foyer et des Analyser et interpréter le texte
parents comme le laisse entendre sa question d’une franchise Un souvenir vivant
désarmante : « Est-ce que vous voulez m’adopter ? » (l. 18).
2. Aux lignes 18 à 20, le narrateur révèle explicitement sa
présence et son appartenance à l’histoire qu’il raconte en
S’exprimer à l’oral utilisant la première personne du singulier : « J’étais là, un
Décrire une rencontre soir où elle est entrée vers minuit et où il ne restait plus que
10. En demandant aux élèves de décrire un inconnu, on Tarzan, Fred, Zacharias et Mireille, assis à la même table. »
leur demande d’exploiter le vocabulaire du mystère et les 3. L’atmosphère du café est marquée par une certaine
procédés descriptifs comme la comparaison. Le texte de « étrangeté » (l. 12) qui semble venir de la « seule présence »
J. M. G. Le Clézio constitue en cela un bon support d’expres- de Louki. La comparaison « comme si elles les avait impré-
sion, sur lequel pourront s’appuyer les élèves. gnés tous de son parfum » montre bien que le mystère qui
se dégage du personnage féminin affecte non seulement le
lieu dans lequel elle se trouve mais aussi les autres person-
Bilan nages présents.
Mondo est un garçon hors du commun dans la mesure où il 4. Aux lignes 13 à 17, le narrateur utilise le présent pour
ne répond guère à l’idée que l’on peut se faire d’un enfant décrire Louki, alors que jusque-là il utilisait le passé : « De
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de dix ans. Si sa franchise sans fard le rattache à l’univers tous, c’est elle que l’on remarque d’abord. […] Elle se tient
de l’enfance, son attitude, son caractère insaisissable ou très droite, alors que les autres ont des postures relâchées,
encore sa maturité précoce en font une sorte de symbole celui qui s’appelle Fred, par exemple, s’est endormi la tête
de l’humanité. appuyée contre la banquette de moleskine et, visiblement,

2. Personnages mystérieux 25
il ne s’est pas rasé depuis plusieurs jours. » Le changement Lecture de l’image
de temps donne l’impression que la scène se déroule sous 1. Le personnage semble indifférent à ce qui l’entoure, concentré
les yeux du lecteur et que le narrateur revit littéralement la sur ses seules pensées, le regard fixé sur son café. La jeune femme
scène dont il a été témoin dans le passé. dégage une impression de grande solitude puisqu’aucune autre
présence humaine n’est visible dans le tableau. Cette impression
est accentuée par la chaise vide face à elle.
Une jeune femme fantomatique 2. Les couleurs un peu froides du tableau renforcent la mélancolie,
5. Les indications spatio-temporelles confèrent au person- l’absence de vie se dégage de cette scène qui se déroule dans un
nage un aspect fantomatique. Elle fait son entrée par « la « automate », c’est-à-dire un restaurant dont la nourriture est dis-
tribuée automatiquement par des machines. Le titre sous-entend
porte de l’ombre » (l. 2), s’installe toujours « au fond de la également la déshumanisation à l’œuvre chez les individus dans
salle », c’est-à-dire à l’écart. Le fait qu’on ne sache pas à nos sociétés modernes.
quelle heure la trouver, tantôt « très tôt le matin » (l. 7-8)
tantôt « vers minuit » (l. 8), autrement dit en dehors des Pour bien écrire
heures de forte affluence, la rend insaisissable, à la diffé- Le participe passé ne s’accorde pas car le COD est placé après
rence des autres habitués des lieux. l’auxiliaire : « Comme si elle avait imprégné les gens ».
6. Le narrateur recourt le plus souvent à l’imparfait qui a ici
souvent une valeur d’habitude. Les actions de Louki et des L’histoire des mots
autres personnages sont répétées, comme le soulignent par – « Mettre quelque chose à l’ombre » signifie mettre un objet en
exemple les indications de temps : « Les premiers temps, elle lieu sûr.
– « Mettre quelqu’un à l’ombre » signifie mettre un individu en
ne parlait à personne » (l. 3), ou : « Elle s’asseyait parfois à
prison.
leurs tables, mais, le plus souvent, elle était fidèle à sa place, – « Il y a une ombre au tableau » signifie qu’il y a un défaut qui
tout au fond » (l. 5-6). nuit à l’harmonie de l’ensemble.
7. La jeune femme contraste avec les autres personnages – « Faire de l’ombre à quelqu’un » signifie rendre quelqu’un jaloux
par son attitude très discrète, souvent dans l’ombre, en ou défiant, l’éclipser.
recul. « Elle se tient très droite, alors que les autres ont des – « Il n’y a pas l’ombre d’un doute » signifie qu’il n’y a aucun doute.
postures relâchées » (l. 14-15), ce qui peut traduire des
origines sociales différentes. D’autre part, « elle accrochait
mieux que les autres la lumière » (l. 13), manière de dire
que c’est elle qui attire les regards, que sa présence capte
davantage que les autres l’attention des personnes.
8. « Soulagée » (l. 24) de porter un nouveau prénom, Louki Histoire des arts p. 46-47
semble chercher à échapper à son passé. Le fait que le narra-
teur utilise les termes « se réfugiait », « fuir », « échapper à
un danger » (l. 25-26) laisse entendre que la jeune femme Portraits de dos ou l’art
est en péril. Cherche-t-elle à échapper à des proches ou,
pourquoi pas, à un mari violent ? du mystère
S’exprimer à l’oral Objectif
• Découvrir un motif majeur de l’art pictural du portrait.
Raconter un souvenir
9. On invitera les élèves à s’attacher à de petits détails qui
contribueront à forger l’atmosphère voulue (bruits, éclai- L’art japonisant
rage, météo…), à faire leur récit au passé mais aussi à utiliser Giuseppe de Nittis est un peintre d’origine italienne (1846-
lors de la description le présent comme dans le texte de 1884), ami de Manet et de Degas. Il fut un peintre de la vie
Modiano. moderne, intéressé par la vie parisienne et attentif aux modes
de son époque. Ainsi, il compte parmi les collectionneurs raffi-
Bilan nés d’objets japonais, aux côtés des frères Goncourt.
Le narrateur met en scène une jeune femme dont on ignore 1. Le modèle n’hésite pas à tourner le dos au spectateur.
jusqu’à l’identité réelle. Par petites touches successives, il Appuyée sur un divan, la jeune femme prend une pose plutôt
témoigne du mystère qui entoure le personnage. Ainsi sa lascive.
réaction quand on la surnomme Louki montre qu’elle semble 2. Plusieurs éléments évoquent la mode du japonisme :
soulagée. Sa manière d’être en retrait au café, de sortir aux l’éventail que tient le modèle, mais aussi le paravent plus
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heures les plus solitaires laissent deviner son attention à ne sombre à gauche du tableau, et bien sûr le somptueux
pas se faire remarquer. Enfin, le souvenir de Louki est telle- kimono orange aux motifs floraux, motifs que l’on retrouve
ment présent que lorsqu’il décrit son attitude, le narrateur d’ailleurs sur le paravent.
utilise le présent comme s’il la revoyait devant lui.

26
3. Le contraste des couleurs fait ressortir la vivacité du 13. Le livre, lui, en revanche, a un reflet ordinaire, inversé
kimono qui nous fascine d’autant plus que le visage du de son titre, ce qui accentue le caractère dérangeant de la
modèle n’est pas visible. Les couleurs apportent beaucoup représentation impossible de l’homme.
de luminosité à ce tableau de petit format. 14. Le livre représenté est Les Aventures d’Arthur Gordon Pym,
4. La jeune femme semble regarder vers le paravent, tout en roman d’aventure de l’écrivain américain Edgar Allan Poe
s’aérant distraitement à l’aide de l’éventail. Peut-être est-elle qui accumule les péripéties extraordinaires à la lisière du
plongée dans quelque rêverie exotique ? fantastique. Il y a donc une harmonie entre le sujet du livre
et la représentation non réaliste du modèle.
Le mystère dans la photographie 15. La Repoduction interdite peut être comprise comme une
5. Le chien regarde en direction du photographe et de l’ob- manière de nier le réalisme, c’est-à-dire la peinture conçue
jectif. Par la force des choses, il semble fixer le spectateur comme un miroir fidèle du réel. Mais le tableau a aussi
qui lui-même regarde la photographie. S’établit ainsi un jeu des enjeux plus philosophiques : en refusant de montrer le
de regard et de miroir amusant. visage de l’homme, Magritte nie en quelque sorte la possi-
6. Au second plan, un homme peint de dos, tandis qu’au bilité de le représenter, questionnant ainsi son existence, et
premier plan un badaud s’est arrêté, qui l’observe. Celui-ci l’opposition entre les apparences et la réalité.
est également de dos. Par conséquent, le spectateur qui
observe le peintre est lui-même observé par le spectateur Activités
de la photographie. Cet effet d’enchâssement produit un Constituer une galerie de portraits
comique de situation en soulignant la curiosité du passant,
Le dossier de la BnF sur l’art du portrait présente l’avantage
qui est aussi la disposition d’esprit propre à tout spectateur
d’être complet et de proposer de nombreuses ressources,
d’une œuvre d’art.
ainsi que des activités sur les œuvres littéraires et artis-
7. Le modèle du peintre est caché par sa propre silhouette.
tiques. Il pourra constituer un bon support pour l’ensemble
Toutefois, on peut distinguer le bout d’un banc public, et un
de la séquence.
pied de femme. Sur la toile, étrangement, on distingue un corps
de femme nue. Il y a peu de chance pour que le modèle soit
réellement dénudé. On comprend mieux la curiosité du passant.

L’énigme surréaliste
Une vue étrange Vers d’autres lectures p. 48

8. Les couleurs dominantes du tableau sont le brun et l’ocre


pour l’intérieur de la pièce et les jambes de la jeune femme,
et surtout le bleu qui tire tantôt vers le gris tantôt vers le vert. La double vie des personnages
9. Le ciel, la mer, mais aussi les tentures et la robe de la
jeune femme partagent les mêmes teintes, ce qui crée une
de fiction
harmonie et trace une certaine continuité, un prolongement
entre ces différents éléments. La fenêtre joue d’ailleurs le Objectif
rôle d’un tableau dans le tableau. • Découvrir d’autres personnages énigmatiques.
10. Les voilages ondulent, comme sous l’effet d’une légère
brise qui évoque les ondulations à la surface de l’eau que
l’on peut observer par l’encadrement de la fenêtre. La jeune Rédiger une quatrième de couverture
femme nous introduit donc à la contemplation du paysage. Cette activité pourra être appliquée au roman d’Alexandre
11. Une atmosphère paisible, de contemplation se dégage Dumas ou à tout autre roman. Elle fait appel aux qualités de
de cette scène quotidienne, mais également une certaine synthèse et de rédaction des élèves. On attend donc d’eux
sensualité : les voilages et les couleurs jouent sur les effets qu’ils préparent au brouillon un résumé de l’œuvre (diffé-
de transparence. Une certaine étrangeté propre au surréa- rentes étapes, éléments à révéler ou non…), puis qu’ils le
lisme émane enfin de ce tableau, comme le montre le niveau mettent au propre en faisant en sorte de donner envie de lire.
de l’eau, qui semble arriver directement à la fenêtre, sans
effet de perspective. Imaginer un dialogue
Après lecture du roman de Stevenson, les élèves seront à
Une réflexion impossible
même de cerner la double personnalité du personnage prin-
12. Si le personnage de ce tableau est si énigmatique, c’est cipal. Cet exercice d’invention fera appel à l’imagination des
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qu’il défie les lois de la physique et de la logique. En effet, élèves et pourra donner lieu à un travail collectif, dans lequel
son reflet, au lieu de nous montrer le visage de l’homme une partie de la classe prendra en charge la personnalité du
peint comme cela devrait être le cas, ne fait que reproduire Dr Jekyll, l’autre partie celle de Mister Hyde.
la vision de dos que l’on en a déjà.

2. Personnages mystérieux 27
Réaliser l’interview d’un personnage 6. Félicité est pieuse, très économe, et soigneuse dans son
Ce roman pour la jeunesse de Pierre Véry pourra faire l’objet travail. Elle semble très réservée, toujours sur la retenue.
de discussions en classe après la lecture, afin de préparer le 7. Pour décrire les habits de Félicité, l’auteur utilise notam-
travail d’oral. On pourra également exploiter les personnages ment des adjectifs de couleur (« gris », « rouge »).
de ce roman afin de réaliser leur interview dans le cadre de 8. D’origine sociale modeste, Félicité est une servante. Sa
l’activité d’expression orale page 52. condition est rendue visible par ses actions, la modestie de ses
repas, mais aussi par ses vêtements qui n’ont rien de luxueux.
9. Le narrateur semble omniscient dans la mesure où il connaît
Créer une ouverture le passé de Félicité (« À vingt-cinq ans »), ses pensées et ses
On fera appel ici à la créativité des élèves, qui pourront intentions (« pour ne pas manquer la messe »), mais aussi celles
constituer des groupes pour réaliser des couvertures origi- des autres personnages (« le désespoir des autres servantes »).
nales. On rappellera les éléments principaux à faire apparaître 10. Le personnage est comparé à une « femme en bois »,
sur une couverture : nom de l’auteur, titre, éditeur, illustration c’est-à-dire un mannequin articulé ou un automate, ce qui
(qui pourra être incitative, mystérieuse, explicite…). permet d’insister sur sa déshumanisation, dans la mesure
où il n’est pas fait état de ses sentiments ou de ses désirs.
À vous de créer Sa vie semble réglée par ses actions répétitives au service
Réaliser une double carte d’identité de sa maîtresse.
11. La maigreur et la vieillesse prématurée de Félicité semblent
Dans le prolongement des activités proposées sur cette page,
les conséquences d’une vie dévouée à un labeur acharné.
cet atelier pourra se faire en groupes ou individuellement et
12. Flaubert veut susciter la pitié chez le lecteur en nous
faire l’objet d’un travail préparatoire en classe ou non. L’exercice
décrivant cette vie dénuée de joie. Le nom du personnage
vise à exploiter le vocabulaire du mystère et de la description:
apparaît à cet égard ironique, puisque la félicité signifie un
les élèves pourront donc s’appuyer sur les « mémos » de la
bonheur extrême…
séquence, ainsi que sur la page Vocabulaire (p. 50).

Méthode p. 49
Vocabulaire p. 50

Analyser un portrait littéraire Les mots de la description


et du mystère
Cette méthode peut être particulièrement intéressante pour
aborder l’étude du portrait réaliste dans le texte de Balzac extrait
de La Peau de chagrin. Elle pourra servir d’aide pour l’ensemble Objectifs
• Connaître les mots du mystère.
de la séquence aux élèves en difficulté, le texte de Flaubert • Savoir décrire un personnage.
présentant en peu de lignes plusieurs caractéristiques centrales
d’un portrait littéraire (description physique, morale…).
Nous proposons ici des exercices sur la description du visage en
1. Le lecteur éprouve une certaine empathie à l’égard de la lien avec le portrait littéraire, ainsi que des exercices centrés sur
servante décrite par Flaubert, voire de la pitié devant cette l’expression de la fascination et du mystère. Il s’agit d’enrichir
existence « automatique » vouée au travail et dépourvue, le lexique des élèves en vue des exercices d’écriture.
semble-t-il, de plaisirs et de petites joies au quotidien.
2. Le portrait paraît réaliste grâce à l’abondance des détails Décrire un visage
de la description (aussi bien dans les vêtements que dans 1.
le caractère et les habitudes du personnage), mais aussi par
Lèvres charnues, ourlées
son ancrage dans une situation spatio-temporelle qui est
Nez aquilin, épaté, retroussé
vraisemblable.
3. Le temps le plus utilisé est l’imparfait de l’indicatif, à Teint blafard, blême, mat
valeur d’habitude. Yeux globuleux
4. Les verbes surlignés en vert sont des verbes d’action qui Oreilles décollées
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montrent les activités quotidiennes de Félicité. Front bombé, ridé, fuyant


5. Les principales caractéristiques du personnage sont sa Cheveux clairsemés
maigreur et sa vieillesse prématurée. Sourcils broussailleux

28
2. 1. ardente ; 2. impassible ; 3. funèbre ; 4. effaré.
Repérer des expansions du nom
Exprimer le mystère et la fascination 1. 1. Il m’empruntait souvent la serviette bleue que j’apportais.
3. 2. Emma était la camarade la plus sympathique de ma classe.
Synonymes d’« énigmatique » Antonymes 3. Lors du carnaval, chacun portait un intrigant masque de fête.
d’« énigmatique » 4. À Venise, des gens arboraient un loup noir au nez crochu.
5. Voici l’étroite rue où j’habite.
hermétique, ténébreux, nébuleux, limpide, clair,
bizarre, sibyllin, inextricable, secret, compréhensible,
2. a. 1. Un membre [de la société secrète que j’ai infiltrée]
inconnaissable, obscur, impénétrable transparent, évident s’est confié à moi. 2. L’[étonnante] histoire [qu’il m’a racon-
tée] vaut le détour ! 3. Son nez [rouge], truffe ronde et
4. comique, trônait au milieu [de son visage enfariné]. 4. Il avait
Sibyllin adjectif dérivé du nom d’une prophétesse à l’habitude de passer sa main tremblante dans ses cheveux
laquelle on attribuait le don de prévoir l’avenir. [broussailleux], crinière indisciplinée et sale. 5. La silhouette
Nébuleux adjectif emprunté au latin nebulosus (« où il [furtive] [que j’avais aperçue] disparut à nouveau.
y a du brouillard ») et qui signifie « difficile à comprendre ». b. La phrase initiale est plus intéressante car plus riche de
Bizarre adjectif emprunté à l’italien bizarro (« coléreux », détails et parle davantage à l’imagination du lecteur.
« extravagant »). 3. a. – « Ce nom » : « de Bergotte » (groupe prépositionnel) ;
Saugrenu adjectif provenant de « saugreneux » (« piquant, – « bruit » : « d’un revolver qu’on aurait déchargé sur moi »
salé »), d’où son sens actuel : « qui surprend par son étrangeté ». (groupe prépositionnel) ;
5. a. inexplicable • indéchiffrable • incompréhensible • insai- – « revolver » : « qu’on aurait déchargé sur moi » (proposition
sissable • indéfinissable • indiscernable. subordonnée relative) ;
b. Pour cet exercice d’écriture, on pourra aider les élèves – « contenance » : « bonne » (adjectif) ;
en leur donnant une liste de mots pouvant qualifier une – « prestidigitateurs » : « qu’on aperçoit intacts » (proposition
silhouette : démarche, déambuler, dégaine… subordonnée relative) ;
6. – « homme » : « jeune » (adjectif), « rude » (adjectif), « petit »
Synonymes Antonymes (adjectif), « râblé et myope » (adjectif), « à nez rouge en
de « fascinant » de « fascinant » forme de coquille de colimaçon » (groupe prépositionnel) ;
charismatique, enchanteur, insignifiant, banal, – « nez » : « rouge » (adjectif), « en forme de coquille de coli-
ensorcelant, envoûtant, conventionnel, médiocre, maçon » (groupe prépositionnel) ;
magnétique, subjuguant, commun, insipide, quelconque – « forme » : « de coquille de colimaçon » (groupe préposi-
troublant, passionnant tionnel) ;
7. Ce professeur à l’apparence insipide, sans grand relief, et – « coquille » : « de colimaçon » (groupe prépositionnel).
pour tout dire d’humanité médiocre dans la vie de tous les b. Les expansions du nom enrichissent et précisent la
jours, se muait sur une estrade en un orateur envoûtant. description du personnage. Elles permettent ainsi de mieux
Son regard magnétique fascinait son auditoire littéralement se le représenter.
ensorcelé par son charisme.
Employer des expansions du nom
4. On attend ici des élèves qu’ils sachent compléter des
noms par des expansions. Il sera possible d’ajouter d’autres
expansions pour renforcer l’effet recherché.
Grammaire p. 51 5. Dictée préparée
Adjectifs : jeune, mêmes, bleus, ombrés, noirs, mêmes, pâles,
deux, courte, bouclée, molle.
Les expansions du nom Groupes prépositionnels : de seize ans, de cils, de plus, de
la sœur, du frère.

Objectifs
• Identifier les groupes syntaxiques.
• Identifier les classes de mots.
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La séquence sur le portrait littéraire nous invite, assez


logiquement, à travailler sur les expansions du nom qui
permettent de faire des descriptions plus détaillées et
précises des personnages.

2. Personnages mystérieux 29
Dictée complémentaire Étape 3 •Jouer l’interview
L’interprétation de l’interview devant la classe se fera après
En face, hâve, la moustache déteinte et tombante, le nez
répétitions et concertations au sein du groupe. Les critères
affalé dans deux grandes rides découragées qui descendent
d’évaluation pourront être les suivants :
jusqu’au menton, un individu maigre avale au hasard avec des
– ton adopté ;
clapotements dans les joues. Ses mains osseuses, aux ongles
– respect de la vie et des informations concernant le personnage ;
sales, affectent par moments des gestes arrondis auxquels
– impression de mystère qui se dégage des questions-
nuisent l’élimage des manches et l’absence de linge : sa voix
réponses.
est prétentieuse au début des phrases et humble à la fin,
comme si chacune d’elles subissait les outrages de la destinée.
Luc Durtain, Douze cent mille, 1922, Gallimard. Étape 4 •Faire un compte rendu à l’oral
Cette dernière étape pourra conclure l’activité et faire travail-
ler cette compétence des programmes.
À vous d’écrire !
Cette activité d’écriture permet de réinvestir le vocabu-
laire de la description vu à la page précédente, mais aussi Compétences
D1, 2, 5 • S’exprimer de façon maîtrisée en s’adressant à un
d’enrichir une description ou un portrait par l’utilisation des
auditoire.
diverses expansions du nom. • Utiliser de façon réfléchie des outils de recherche, notamment
sur Internet.
• Mobiliser son imagination et sa créativité au service d’un projet
collectif.

S’exprimer à l’oral p. 52

Réaliser l’interview d’un S’exprimer à l’écrit p. 53

personnage énigmatique
Cette activité permet aux élèves de jouer avec les implicites
Rédiger le portrait d’un
et les sous-entendus afin de s’approprier la manière de faire personnage à partir d’une image
naître l’ambiguïté et le mystère. Il ne faudra pas hésiter à
jouer des attitudes et des inflexions de voix pour accentuer Cette activité vient conclure l’étude du portrait en littéra-
l’effet recherché. ture. Elle permettra aux élèves de réinvestir les différents
éléments qui composent un portrait (description physique,
morale, etc.), mais aussi les outils privilégiés d’une descrip-
Étape 1 • Bien choisir son personnage tion enrichie (expansions du nom, vocabulaire…). La lecture
On pourra aiguiller les élèves en leur donnant par avance du texte devant la classe pourra être suivie d’un échange
une liste de personnages, classés selon le domaine auquel avec le reste de la classe pour savoir par exemple sur quels
ils appartiennent : éléments ceux-ci auraient insisté.
Cinéma : M le maudit, Docteur Caligari, Dark Vador, E.T… Dans l’étape 2, on veillera tout particulièrement à ce que
Littérature : Severus Rogue, M. Rochester (Jane Eyre)… le portrait soit organisé selon un ordre précis. On pourra
Histoire : Jack l’Éventreur, Raspoutine, Vlad III l’Empaleur, également suggérer, pour les élèves plus avancés, de réaliser
François Ravaillac… un portrait en action, en mettant le personnage représenté
On veillera à ce que les élèves mènent des recherches en situation d’interagir avec d’autres personnages ou avec
précises afin de pouvoir alimenter au mieux le travail d’oral. son environnement.

Étape 2 • Préparer l’interview Compétences


Pour connaître les caractéristiques précises d’une interview D1 • Composer un portrait organisé à partir de consignes.
• Utiliser le vocabulaire de la description et du mystère.
journalistique, on invitera les élèves à en lire et en regarder • Retravailler son texte pour l’améliorer.
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en ligne, à prendre des notes pour s’en inspirer (ton, type de


questions posées, etc). On pourra leur suggérer de dresser
une liste de mots de vocabulaire en lien avec le mystère, à
utiliser dans les questions et/ou les réponses.

30
Faire le point p. 55 Évaluation complémentaire
On pourra proposer l’évaluation complémentaire aux pages
L’extrait choisi pour l’évaluation est un texte tiré des Misé- suivantes, à partir du portrait d’une femme mystérieuse.
rables de Victor Hugo. Les élèves seront ainsi en terrain
connu, puisqu’un texte de L’Homme qui rit a été étudié lors
de la séquence. L’extrait met en scène le Père Madeleine. 1. Comprendre un portrait
Derrière ce nom se cache en réalité Jean Valjean, ancien 1. Le narrateur appartient à l’histoire qu’il raconte, comme
bagnard qui tente de se racheter et d’échapper à son passé. le souligne l’utilisation importante de la première personne
du singulier. Celui-ci raconte des événements passés et
2. Lire et comprendre un portrait plus particulièrement son souvenir d’une jeune femme :
« Je racontai alors la singulière impression que me fit cette
littéraire femme ».
6. Le personnage est désigné de plusieurs façons : « un 2. Il se dégage de ce portrait une atmosphère mystérieuse,
homme, un inconnu » (l. 1), « l’auteur de ce procédé » (l. 4), notamment à cause du champ lexical de l’étrangeté : « une
« cet homme » (l. 18), « le Père Madeleine » (l. 21). impression singulière », « cette femme étrange », « passa
7. Ces différentes désignations ne nous apprennent pas comme par miracle »… On oscille entre « rêve » et « réel »
grand chose sur ce personnage et contribuent à renforcer sans bien savoir ce qui relève de l’un ou de l’autre.
le mystère autour de son identité. Son nom est donné à la 3. Le narrateur utilise deux comparaisons : « cette femme
fin de l’extrait seulement, suscitant ainsi des effets d’attente blanche et légère comme une ombre » et « pareille à une
chez le lecteur désireux d’en apprendre davantage sur son de ces fées qui se penchent au bord des torrents ». Ces
compte. comparaisons soulignent le caractère quasi fantomatique
8. a. Plusieurs phrases montrent que l’on ne sait presque de la jeune femme assimilée à une apparition surnaturelle.
rien du personnage : « De son origine, on ne savait rien ; de 4. Le narrateur décrit une première fois la jeune femme
ses commencements, peu de choses » ; « On contait qu’il et « son visage calme et doux, quoique pâle et amaigri par
était venu dans la ville avec fort peu d’argent » ; « on n’avait la souffrance », ou encore son « visage si défait et si triste
pas songé à lui demander son passeport ». aujourd’hui ». Même s’il se dégage un certain charme de la
b. Le pronom utilisé est le pronom indéfini « on » qui renvoie jeune femme, elle apparaît comme fébrile et affaiblie. Aussi
ici aux habitants de la petite ville dans sa globalité, et d’une cette description contraste-t-elle avec la suivante : « joyeuse,
certaine manière la rumeur. rougissante et couronnée de fleurs, emportée au milieu des
9. Ce qui permet au personnage de conserver son identité parfums et de la musique dans quelque valse langoureuse ou
secrète en arrivant en ville est l’incendie duquel il a sauvé quelque galop bondissant ». À la pâleur maladive s’oppose
les deux enfants du capitaine de gendarmerie. donc une impression de santé (« rougissante ») et d’énergie
10. Les principales caractéristiques morales du personnage « bondissant[e] ». Cette différence peut s’expliquer par la
sont son ingéniosité (en tant qu’inventeur d’un procédé « souffrance » que relève le narrateur.
révolutionnaire), son esprit d’entreprise, sa générosité désin- 5. Le narrateur semble connaître la jeune femme mais il n’en
téressée (il sauve des enfants d’un incendie, et « avait tout a pas la certitude comme le révèle notamment les phrases
fait riche autour de lui ») et son goût du secret et du mystère. interrogatives : « où cela ? je n’en savais plus rien ; à quelle
11. À son arrivée en ville, le père Madeleine semble de époque ? il m’était impossible de le dire ». C’est davantage
condition modeste comme le souligne la négation restric- une conviction ou une impression fugitive, qu’un fait établi
tive : « il n’avait que les vêtements, la tournure et le langage comme le souligne la comparaison : « c’était une vision, un
d’un ouvrier » (l. 13-14), alors qu’au moment du récit il est rêve, un écho de ma mémoire […] qui m’échappait comme
devenu « riche » (l. 4). si j’eusse voulu saisir une vapeur ». Cette information accen-
tue le mystère, et rend l’apparition de la jeune femme plus
3. Réécrire un texte en changeant de évanescente encore.
point de vue
12. On pourra ajouter les consignes suivantes pour aider 2. Décrire un personnage
les élèves :
6. On pourra suggérer aux élèves de maintenir le doute entre
S’agissant du récit d’un événement révolu, vous utiliserez
rêve et réalité et d’utiliser à profit le champ lexical de l’oni-
de manière privilégiée les temps du passé. Toutefois, en ce
risme pour décrire la jeune femme plus en détails.
qui concerne l’apparition du père Madeleine, vous pourrez
utiliser le présent afin d’accentuer le saisissement et la forte
© Éditions Belin, 2016

impression qu’il vous a faite.

2. Personnages mystérieux 31
Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Je racontai alors la singulière impression que me fit cette femme


blanche et légère comme une ombre, marchant au bord de l’abîme sans
plus paraître s’en inquiéter que si elle appartenait déjà à un autre monde.
En la voyant s’approcher, je me rangeai contre la muraille afin d’occuper
5 le moins de place possible. Alfred voulut la faire passer seule ; mais elle
refusa de quitter son bras, de sorte que nous nous trouvâmes un instant
à trois sur une largeur de deux pieds tout au plus : mais cet instant fut
prompt1 comme un éclair ; cette femme étrange, pareille à une de ces
fées qui se penchent au bord des torrents et font flotter leur écharpe
10 dans l’écume des cascades, s’inclina sur le précipice et passa comme
par miracle, mais pas si rapidement encore que je ne pusse entrevoir
son visage calme et doux, quoique pâle et amaigri par la souffrance.
Alors il me sembla que ce n’était point la première fois que je voyais
cette figure ; il s’éveilla dans mon esprit un souvenir vague d’une autre
15 époque, une réminiscence2 de salons, de bals, de fêtes ; il me semblait
que j’avais connu cette femme au visage si défait3 et si triste aujourd’hui,
joyeuse, rougissante et couronnée de fleurs, emportée au milieu des
parfums et de la musique dans quelque valse langoureuse4 ou quelque
galop bondissant : où cela ? je n’en savais plus rien ; à quelle époque ? il
20 m’était impossible de le dire : c’était une vision, un rêve, un écho de ma
mémoire, qui n’avait rien de précis et de réel et qui m’échappait comme
si j’eusse voulu saisir une vapeur. Je revins en me promettant de la revoir,
dussé-je être indiscret pour parvenir à ce but […].
Alexandre Dumas, Pauline, chapitre 1, 1838.

1. Prompt : rapide. 2. Réminiscence : souvenir vague. 3. Défait : usé. 4. Langoureuse :


tendre.

1. Comprendre un portrait

1. Le narrateur appartient-il à l’histoire qu’il raconte ? Justifiez votre réponse.


© Éditions Belin, 2016

•••
2. Quelle atmosphère se dégage de ce portrait ? Quels éléments du texte vous ont permis de répondre ?

3. Quelles comparaisons le narrateur utilise-t-il pour décrire la jeune femme ? Sur quels aspects insistent-elles ?

4. Comparez les deux descriptions que le narrateur fait de la jeune femme et plus particulièrement de son
visage et de son attitude. Expliquez la différence.

5. Le narrateur connaît-il la jeune femme ? Qu’apporte cette information au portrait ? Justifiez votre réponse.

2. Décrire un personnage

6. Alors que vous êtes obnubilé(e) par cette rencontre, la jeune femme vous apparaît en rêve durant votre
sommeil le soir même. Décrivez cette deuxième apparition.
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2. Personnages mystérieux
3
u e nce
séq La fiction pour interroger le réel

p. 56-75

•La nuit, tout est possible


O Comment le récit fait-il de la nuit un cadre favorable au surgissement
de la peur et du fantastique ?

Objectifs Entrer dans la séquence p. 59


• Lire des récits fantastiques variés.
• Analyser un motif récurrent dans les récits fantastiques :
la nuit.
Racontez vos rêves
1. Les personnages, les péripéties et leur enchaînement
Présentation de la séquence appartiennent au monde irrationnel du rêve ou du cauche-
mar. L’un des personnages se met « à hurler à la lune »,
Cette séquence invite à découvrir des textes narratifs
comme un chien ou un loup, l’autre court « à quatre
relevant du fantastique et à comprendre comment le
pattes », et le visage du chauffeur est « un cône blanc
récit fantastique interroge le statut et les limites du
terminé par un tentacule rouge sang ». Le narrateur se
réel. Elle s’inscrit donc dans le questionnement du
persuade qu’il rêve (l. 15) mais c’est « en vain » qu’il désire
programme « La fiction pour interroger le réel ». En
se réveiller et il dit être devenu « l’un des habitants de cet
effet, le genre fantastique, en interrogeant les doutes
univers cauchemardesque » (l. 18-19).
que le réel peut susciter, vise à remettre en question
2. La seule explication rationnelle qu’on peut donner à ce
notre perception du monde qui nous entoure. Les
passage est que les dernières lignes n’expriment pas la
extraits étudiés permettront d’étudier différents
nouvelle vie du narrateur mais la poursuite de son cauche-
aspects du fantastique en tant que genre et registre,
mar : un rêve dans le rêve. Seul le réveil lui permettra
et de proposer aux élèves des textes de difficultés
d’échapper à ce cauchemar, s’il se réveille…
variables.
3. Les élèves pourront tenter de se remémorer leurs rêves
Bibliographie et de les écrire en acceptant l’incohérence, l’irrationnel.
S’ils inventent un rêve, ils chercheront à travailler l’ab-
• Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique
sence de logique entre les péripéties.
[1970], Le Seuil, « Points Essais », 2015.
• Pierre-Georges Castex, Le Conte fantastique en France, de
Nodier à Maupassant, José Corti, 1951. Explorez le vocabulaire de la nuit
• Pierre-Georges Castex, Anthologie du conte fantastique 4. Ce défi permettra d’explorer le vocabulaire de la nuit
français [1947], José Corti, 2004. et d’entrer de façon ludique dans la séquence. Le défi
devrait ne pas durer très longtemps et l’activité pourra
Sites à consulter déboucher sur une mise en commun des réponses et la
• http://www.espacefrancais.com/inventer-un-recit- création d’un petit lexique, qui pourra être exploité dans
fantastique la suite de la séquence.
• http://www.bnf.fr/fr/collections_et_services/anx_biblios_
litt/a.biblio_romantisme_frenetique.html
• http://www.clioetcalliope.com/cont/fantastique/
fantastique.htm
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34 3. La nuit, tout est possible


nuages sont eux aussi personnifiés dans « leur fuite affolée »
Lecture 1 p. 60-61 (l. 16). Cette vie prêtée à la tempête contribue à rendre l’en-
vironnement hostile et inquiétant pour le lecteur et souligne
Une sorcière inquiétante aussi la volonté farouche de Véronique qui l’affronte sans
faiblir.
5. La péripétie se déroule la « nuit » à « onze heures » comme
Objectif l’indiquent « les grondements sourds du bourdon » (l. 5-6),
• Étudier un cadre spatio-temporel propice à la description lui aussi personnifié et inquiétant. Les rues de la ville sont
fantastique.
« désertes » (l. 4) et les personnages s’éloignent de la ville –
le narrateur recourt à une ellipse – pour se trouver dans les
« bordières » (l. 14). Le rite qui doit permettre à Véronique de
O En quoi le cadre nocturne permet-il le récit retrouver Anselme n’est pas précisément situé puisque nous
d’événements surnaturels ? savons juste par la vieille femme que « nous y sommes »
(l. 34), sans plus de précisions.
E. T. A Hoffmann (1776-1822), écrivain mais aussi compo- Si Véronique se sent « tout à fait d’aplomb » (l.3) en dépit
siteur, est célèbre notamment pour ses contes comme de l’environnement hostile et se sent assez forte pour
« L’Homme au sable » ou ses romans comme Le Chat Murr. « mépris[er] les mugissements de la tempête » et affronter
Il illustre le romantisme allemand et ce qu’on a nommé « le « les paquets de pluie » elle finit par « trembl[er] de peur »
réalisme fantastique ». Il a suscité l’admiration d’écrivains (l. 12) puis a « le souffle coupé » (l. 24). Son désir de retrou-
français comme Théophile Gautier ou George Sand. Conte ver Anselme la fait résister et « elle se raidit de toutes ses
fantastique et roman d’amour, Le Vase d’or mêle onirisme, forces » (l. 26) même si elle a l’impression d’être attaquée
romantisme et merveilleux. Cette première lecture sera par un monstre griffu qui veut « lui lacérer les entrailles ». Le
l’occasion d’étudier un des auteurs précurseurs du genre cadre spatio-temporel finit donc par terrifier Véronique qui
fantastique en Europe, qui influencera beaucoup les écri- cependant trouve la force de surmonter sa terreur.
vains français.
Une scène fantastique ou surnaturelle ?
Découvrir le texte 6. Le narrateur construit son personnage par divers procé-
dés. Il lui donne d’abord des noms qui insistent sur sa
1. On pourra proposer les titres suivants :
vieillesse : « la vieille Lise », « la vieille ». Elle est aussi « la
– paragraphe 1 : Véronique brave la nuit ;
mère Rauer », nomination assez familière. Elle est associée
– paragraphe 2 : Une vieille sorcière ;
à des accessoires étranges comme « un chaudron, un trépied
– paragraphe 3 : Un chat maléfique ;
et une bêche » (l. 13) : le chaudron peut rappeler la marmite
– paragraphe 4 : L’exorcisme.
des sorcières. Le narrateur insiste sur l’énergie qui l’habite
en dépit de sa vieillesse mais signale aussi que sa main est
Analyser et interpréter le texte « glacée » (l. 11) sans justifications. Elle marche « à grands
Une terrible nuit pas » (l. 19) et parle avec autorité aussi bien à son chat (l. 19)
2. Le narrateur est externe et n’est donc pas un personnage qu’à Véronique (l. 29-33). Le narrateur lui attribue un chat
du récit. Le groupe nominal « la nuit fatidique » (l. 1) installe capable de produire « des éclairs bleuâtres » et des « lueurs
la situation dans le drame et l’inquiétude. Le narrateur crée phosphorescentes » (l. 21-22) et indique qu’elle prononce
un horizon d’attente en construisant un environnement « d’étranges formules d’exorcisme ». Sans utiliser le mot,
hostile et des personnages aux étranges pouvoirs : la vieille le narrateur donne à la vieille femme tous les traits d’une
Lise et le chat. Les curieux événements du troisième para- sorcière, familière du monde surnaturel.
graphe soutiennent cette dramatisation. 7. Lise domine Véronique tout au long de l’extrait par son
3. Si l’action se déroule la nuit, le champ lexical de la nuit autorité en « saisissant de sa main glacée Véronique » (l. 11)
reste discret. On relève : « la nuit fatidique » (l. 1), « randon- et en lui donnant « à porter un lourd panier » (l. 12). Véro-
née nocturne » (l. 3) « les coups de onze heures » (l. 6), « nuit nique, qui a besoin d’elle, obéit et la suit en dépit de sa peur
propice » (l. 11), « nuages ténébreux » (l. 16), « obscurité et s’abandonne à Lise et à ses pouvoirs surnaturels.
impénétrable » (l. 17). Grâce aux adjectifs « fatidique » 8. Le chat, le « matou » (l. 9) est omniprésent dans ces lignes
et « propice », la nuit devient inquiétante et chargée de et c’est lui qui a des pouvoirs étonnants voire surnaturels
mystère. « Ténébreux » et « impénétrable » rappellent que puisqu’il obéit à la vieille, il est son « garçon » (l. 19) et
la nuit est noire et sans lune pour l’éclairer. surtout il produit « des éclairs bleuâtres » (l. 20) et lance
4. « La tempête » s’impose des lignes 4 à 18. Elle est si « des lueurs phosphorescentes » (l. 22) « dans un crépite-
© Éditions Belin, 2016

forte que le narrateur la transforme hyperboliquement en ment d’étincelles » (l. 21-22). Et enfin, « sa queue lanc[e]
« ouragan ». Le narrateur, grâce à la personnification, la des étincelles qui form[ent] un cercle de feu ». Le narrateur
rend menaçante avec « ses hurlements de rage » (l. 15). Les décrit ces événements sans jamais introduire d’incertitude.

3. La nuit, tout est possible 35


Le chat donne au texte, bien plus que la vieille femme qui sion d’étudier un point de vue interne, propice aux doutes
pourrait profiter de la naïveté de Véronique, un caractère et permettant au lecteur de s’identifier plus facilement.
surnaturel et non pas fantastique. Le narrateur, Théodore, raconte le séjour qu’il a passé en
Normandie avec plusieurs de ses amis. Le premier soir, après
S’exprimer à l’écrit qu’ils sont arrivés exténués, le narrateur gagne sa chambre.
Réécrire un passage
À titre de corrigé, on pourra proposer la réécriture suivante,
Découvrir le texte
qui adopte le point de vue de Véronique. L’horreur que 1. La scène est racontée à la première personne du singu-
peut susciter la vieille est davantage exprimée en passant lier car cela permet au lecteur de s’identifier au narrateur,
à un narrateur interne mais la nouvelle narratrice ignore de partager ce qu’il voit selon un point de vue restrictif.
véritablement la tempête et ne s’attarde donc pas sur sa Le point de vue interne permet au doute de s’installer et
description. au lecteur de frissonner avec le personnage. Le récit aurait
« Encouragé par la certitude de retrouver Anselme grâce pu être mené par un narrateur extérieur mais n’aurait pas
aux pouvoirs de la vieille Lise, je surmontais la peur de cette eu la même force. On n’aurait pas pu savoir par exemple
randonnée nocturne et j’allais à grands pas. Le vent, la pluie, que les personnages qui s’animent sont d’une époque bien
rien ne m’arrêtait. Onze heures sonnaient quand j’arrivai antérieure à celle du personnage qui les voit s’animer… Par
enfin devant la maison de la mère Rauer. Elle me vit aussitôt ailleurs, les commentaires du narrateur n’auraient pas eu la
et descendit avec son chat. Elle avait un lourd panier qu’elle même valeur, puisqu’ils ne seraient pas dictés par la peur.
me donna à porter. Je sentis sa main glacée me saisir et je me
mis à trembler de peur mais il n’était plus temps de reculer. Analyser et interpréter le texte
Elle seule pouvait avec son chaudron et ses pouvoirs me Une étrange nuit
rendre mon Anselme ; elle me l’avait promis. »
2. a. Dès la 1re ligne, le narrateur informe que ses amis et
lui-même sont « harassés » et ont une forte envie de dormir.
Bilan b. L’épuisement du narrateur peut évidemment expliquer
Le narrateur invite à croire au caractère surnaturel des certain trouble de la perception ou un endormissement
événements à venir parce que les personnages eux-mêmes immédiat, et faire hésiter entre ces deux hypothèses.
y croient mais surtout parce que le texte démontre à travers 3. Ce sont « les prunelles » et « les lèvres » (l. 25-26) des
les « performances » du chat que la vieille a bien ces fameux personnages représentés sur les tableaux qui s’animent.
pouvoirs. On peut penser que ces deux éléments du visage sont les
outils de la communication, comme s’ils voulaient parler
Pour bien écrire au narrateur.
De nombreux verbes ont leur infinitif en -ger : ménager, déména- 4. Le feu d’abord éclaire suffisamment la chambre mais en
ger, emménager, manger, démanger, engager, mélanger, louanger, même temps sa lumière donne une couleur « rougeâtre »
rédiger, venger, propager, partager, longer, submerger, ravager, (l. 17) à ce qu’il éclaire. Quand il prend, selon le narra-
soulager, etc.
teur lui-même, « un étrange degré d’activité » (l. 23) pour
bien éclairer les tableaux, il confirme au narrateur que les
portraits sont « la réalité » (l. 25) et éclaire le lecteur…

Du frisson à la terreur
Lecture 2 p. 62-63
5. Le narrateur signale sa peur dès le troisième paragraphe
par une comparaison usuelle (« trembler comme la feuille »,

Une terreur insurmontable l. 11) et l’emploi du groupe nominal « sottes frayeurs ».


6. Les mots utilisés par le narrateur visent d’abord à se
moquer de sa peur. « Trembler comme la feuille » (l. 11),
Objectifs « sottes frayeurs » (l. 12) signalent la volonté du narrateur
• Étudier le passage du réel au fantastique dans un récit. de nier sa peur. Une brutale évolution se produit quand
• Interpréter les doutes que la nuit suscite. il avoue « une terreur insurmontable » (l. 29). La peur se
traduit physiquement par un tremblement (l. 11) puis par
une impossibilité à maintenir une position stable puisque
son lit s’agite « comme une vague » (l. 15). Des manifes-
O Comment le narrateur passe-t-il du doute à la peur ? tations physiques assez stéréotypées se multiplient des
© Éditions Belin, 2016

lignes 28 à 31 (les cheveux qui se hérissent, les dents qui


Après avoir découvert les caractéristiques d’un cadre spatio-
s’entrechoquent, la sueur froide…).
temporel fantastique, le texte de Théophile Gautier, l’un des
maîtres du fantastique en France au xixe siècle, sera l’occa-

36
7. Dans le champ lexical de la vue, on peut relever : « je ne
remarquai… » (l. 9), « je fermai bientôt les yeux » (l. 12-13), Lecture 3 p. 64-65
« voir » (l. 16), « distinguer » (l. 18), « lueur blafarde » (l. 23),
« je vis clairement » (l. 24). Le narrateur voit d’abord un décor
curieux (l. 4-8) puis décide de fermer les yeux et de se tour-
Rencontre avec un vampire
ner « du côté de la muraille » (l. 13). Après s’être retourné,
il distingue sans peine l’étonnante animation des visages. Objectifs
Le narrateur affirme que sa perception visuelle est parfaite • Comprendre le rythme d’un récit fantastique.
parce que « une lueur blafarde illumin[e] la chambre ». Les • Lire le récit d’une rencontre avec un vampire.
certitudes du narrateur ne paraissent cependant pas aussi
crédibles qu’il l’affirme. « Lueur blafarde » relève de l’oxy-
more. O Comment le récit s’accélère-t-il pour susciter l’effroi ?
8. La dernière phrase annonce un événement excep-
tionnel, extraordinaire au point qu’il sera au sens propre Bram Stoker (1847-1912) est connu pour avoir écrit le
« incroyable ». célèbre roman Dracula. Il s’inspire pour le personnage du
comte Dracula d’un personnage historique, Vlad III l’Empa-
S’exprimer à l’écrit leur. On pourra étudier cet extrait à la suite ou en préambule
Écrire la suite du texte du dossier EPI p. 76.
Cette activité a pour but de vérifier que les élèves ont
compris la dimension fantastique de l’extrait proposé, et Découvrir le texte
qu’ils sont capables d’en imaginer la suite. On pourra au 1. Les descriptions de vampires évoluent d’un pays à
préalable réfléchir en classe à différentes suites possibles, l’autre et d’une époque à une autre, mais des traits géné-
qui exploiteront les doutes du narrateur, et laisser les élèves raux peuvent être identifiés. Cette créature mort-vivante
libres de choisir la suite qu’ils préfèrent, avant de la rédiger est connue pour se nourrir du sang des vivants dès la nuit
en quelques lignes. En conclusion, on pourra faire lire la suite tombée, afin d’en tirer la force vitale qui lui permet de rester
du texte de Théophile Gautier pour comparer. immortelle. D’autres éléments indissociables sont le cercueil
dans lequel il se réfugie au lever du jour afin de trouver
Bilan repos. Le vampire possède enfin des canines pointues, ces
Les événements décrits par le narrateur tiennent du prodige dents lui servent à mordre ses victimes au cou et durant
et du surnaturel et jamais il ne les met en doute. On doit leur sommeil pour les vider de leur sang. On retrouve ces
cependant remarquer que l’éclairage du bougeoir, les reflets caractéristiques dans le portrait qui est fait du comte Dracula
rougeâtres et la lumière blafarde peuvent laisser le doute dans l’extrait.
s’insinuer chez le lecteur. De plus, c’est après avoir fermé les 2. A priori ce récit vise à inspirer la peur et l’horreur notam-
yeux – rappelons qu’il est harassé – qu’il sent son lit s’agi- ment avec l’évocation du sang et des « lèvres dégouttantes
ter « comme une vague ». Cet événement ne suscite, contre de sang ». Un lecteur moderne pourra se montrer plus
toute attente, aucun commentaire du narrateur, ni surprise critique voire amusé tant la figure du vampire nous est
ni peur. Cette absence d’explication et de réaction devrait devenue familière.
être prise comme un indice que ce qui suit est un cauchemar.
Analyser et interpréter le texte
L’histoire des mots Une scène d’action
« Terrifiant » ou « terroriser » sont des mots de la même famille
que « terreur ». 3. Le récit peut être découpé en plusieurs étapes, comme
suit :
– étape 1 (l. 1-14) : « Il lui avait saisi le cou » ;
– étape 2 (l. 14-22) : « comme nous faisions irruption » ;
– étape 3 (l. 22-37) : « [il] fondit sur nous », « [il] s’arrêta net » ;
– étape 4 (l. 38-49) : « nous nous précipitâmes ».
4. L’imparfait et le passé simple dominent cet extrait. Le
temps de la description (l’imparfait) permet de visualiser la
scène dans sa relative immobilité et le passé simple centre
l’intérêt sur la succession des actions en donnant un rythme
© Éditions Belin, 2016

haletant à l’action.
5. Le rythme des phrases croît jusqu’à la ligne 20 et imprime
au récit un rythme oppressant et inéluctable qui entraîne

3. La nuit, tout est possible 37


avec lui le lecteur. Après la ligne 20, le rythme des premières Histoire des mots
lignes va se répéter, avec les mêmes effets. Un médicament hypnotique est un médicament qui permet de
trouver le sommeil (synonyme de « somnifère »).
Un personnage effrayant
Pour bien écrire
6. Le portrait de Dracula est plus particulièrement brossé des Ambiguës, contiguës, exiguës.
lignes 15 à 20. Tout vise à le rendre effrayant. Le narrateur
le juge « diabolique », insiste sur ses « énormes narines » qui
s’animent de façon extraordinaire et surtout sur ses « lèvres
dégouttantes de sang » et ses dents, que la comparaison
avec « celles d’un fauve » rend plus effrayantes encore. On
retrouve chez Dracula les caractéristiques physiques tradi-
tionnelles du vampire (voir question 1).
Lecture 4 p. 66-67

7. Les marques de jugement du narrateur sont relative-


ment discrètes mais l’usage d’un certain lexique permet
de comprendre l’horreur qu’il lui inspire. Son visage est Une attaque redoutable
« diabolique » (l. 16), sa violence « terrible » (l. 21) et les
comparaisons soulignent le danger que Dracula représente : Objectifs
« comme des dagues » (l. 19), « comme celles d’un fauve » • Étudier un début de roman fantastique.
(l. 20). La seule marque de jugement véritablement explicite • Analyser un point de vue interne.
est « le monstre » (l. 24) puisque ce substantif caractérise
une « qualité » de Dracula plus que Dracula lui-même. Le
narrateur invite le lecteur à voir en Dracula un être maléfique
et monstrueux. O Quels sont les différents rôles du narrateur
interne dans le récit fantastique ?
8. On rencontre des adjectifs de couleur ou des substan-
tifs qui connotent une couleur. On peut être sensible à
Le texte de Jean-Claude Mourlevat, extrait de La Balafre,
l’insistance sur le noir, le blanc et le rouge. C’est d’abord
appartient à la littérature jeunesse contemporaine. Il
« la silhouette blanche » (l. 5) puis un homme « tout habillé
permettra d’étudier un texte plus accessible aux élèves, et
de noir » (l. 6). Lignes 10 et 11, on retrouve le blanc, « le
de comprendre la permanence de certains procédés et effets
sang et un mince filet rouge ». Plus loin, ce sont « les dents
du genre fantastique à travers les siècles. Dans ce roman, le
blanches » puis « les lèvres dégouttantes de sang » (l. 19-20).
jeune héros, est attaqué par un chien qui se jette sur la grille
« Un épais nuage noir » vient assombrir la pièce (l. 33). Enfin,
avec rage. Ses parents pensent qu’il a rêvé, car la maison est
des lignes 45 à 47, on retrouve la blancheur à travers le
abandonnée depuis des années. Olivier cherchera à élucider
visage « livide » que le narrateur met en relief en l’opposant
le mystère.
au « sang » et au « mince filet de sang ». Cette présence des
trois couleurs contribue à donner un certain relief à la scène
et crée au moins une atmosphère de violence et de conflit. Découvrir le texte
On peut les considérer comme symboliques du bien, du mal 1. Le narrateur décrit ainsi les caractéristiques des films
et de la violence. d’horreur : l’attaque est préparée par la mise en scène, le
héros est tranquille, un incident a lieu, la musique dramatise
S’exprimer à l’oral l’atmosphère et l’attaque se produit. Comme dans le film, le
héros vit une situation tranquille (l. 1-2), il est victime d’une
Mener un débat
attaque mais comme il le fait remarquer, rien ne l’a préparé
9. Les élèves réfléchiront au paradoxe qui consiste à éprou- à l’attaque : « il n’y a pas eu de musique » (l. 15).
ver du plaisir dans la peur. Certains rappelleront que ces 2. Olivier paraît un jeune homme tranquille, sensible à la
peurs sont vécues par procuration et qu’elles permettent nature, amateur de films d’horreur et qui se montre honnête
d’apprivoiser les peurs réelles. D’autres pourront consi- en avouant sa peur.
dérer que ces lectures sont malsaines, qu’elles perturbent
les lecteurs et que des émotions plus douces pourront au
contraire apaiser.
Analyser et interpréter le texte
Un narrateur averti
Bilan 3. La scène est racontée du point de vue du narrateur
interne, du héros. Ce point de vue facilite l’identification
Le narrateur réussit à rendre Dracula effrayant par son
© Éditions Belin, 2016

du lecteur au héros même s’il est aussi conscient de parta-


portrait (l. 15-20) mais également par ses actions (l. 6-15,
ger une subjectivité et non toute l’objectivité d’un narrateur
21-22) et enfin par sa disparition mystérieuse (l. 33-37).
externe. Rien dans cet extrait n’invite à douter du héros si
bien que la scène aurait pu être racontée par un narrateur

38
externe, qui aurait pu d’ailleurs exploiter les ressources de « son pelage était rouge de sang ». On devine une telle rage,
la focalisation interne. une telle fureur qu’on en est effrayé et on s’interroge sur la
4. Dans le troisième paragraphe, le narrateur compare sa volonté de ce chien à attaquer l’adolescent.
situation à celle d’un héros de film d’horreur. La grande
différence, comme le souligne le narrateur, c’est qu’il ne vit S’exprimer à l’oral
pas « une fiction » (l. 14). Le lecteur sait bien que le héros
Reformuler un extrait de roman
vit lui aussi une fiction et qu’il accepte d’adhérer à l’illusion
romanesque. 10. On demande ici à l’élève de devenir conteur : on véri-
5. La mise en voix invite à la dramatisation distanciée de fiera qu’il est capable de créer la surprise et une atmosphère
l’extrait. Il faudra à la fois faire sentir une certaine montée de inquiétante, et de transmettre à l’auditoire un sentiment de
l’angoisse en même temps que sa caricature. Le but de cette frayeur.
pause est essentiellement de créer un effet d’attente chez le
lecteur. La phrase (« À la hauteur de ma tête ») qui précède Bilan
cette pause crée au moins un suspense et une inquiétude, Les points communs sont : une attaque surprise et mettant
et la description du film d’horreur type crée un plus grand en péril la vie de la victime, la peur, la nuit. Mais la situation
intérêt du lecteur mais peut aussi le rassurer par avance sur est cependant très différente, il n’y a pas de chien dans le
les suites de l’attaque. Plusieurs hypothèses sur la fonction film d’horreur, pas d’effets spéciaux ni de musique, et l’on
de cette pause sont donc acceptables. a conscience qu’il s’agit d’une fiction.
6. L’effet de surprise de l’attaque du chien tient justement
à un rejet des codes traditionnels visant à créer une montée Histoire des mots
de l’angoisse, une inquiétude. Les deux phrases « J’aurais pu Le verbe dérivé du latin fingere et signifiant « faire semblant » est
emprunter un autre chemin » et « Tout près » introduisent « feindre ».
cependant sans lourdeur une possible surprise ou une légère
inquiétude. Comme nous l’avons déjà remarqué, c’est la
pause narrative qui permet d’abord d’installer le suspense.
Des lignes 23 à 28, le lecteur peut se demander si le chien
parviendra à se jeter sur le héros. Ce suspense est toutefois
rapidement supprimé par le narrateur qui affirme qu’« il Vers d’autres lectures p. 68
n’avait aucune chance de la franchir, cette grille ».

Une scène essentielle L’univers fantastique


7. La nuit est d’emblée amicale et protectrice (l. 1) et puis
le narrateur n’y fait plus allusion jusque dans le dernier Objectif
paragraphe avec la remarque à propos d’une « lumière qui • Lire des récits fantastiques divers.
s’allumait à l’étage » (l. 33). C’est cette dernière remarque
qui donne toute son importance à la nuit. L’attaque n’en
est que plus effrayante, et elle permet de donner toute
son importance à cette lumière qui s’allume et qui s’éteint Les exercices proposés dans cette page permettent d’évaluer
aussitôt. Ainsi, un lien mystérieux s’est établi entre ces deux des compétences à l’écrit comme à l’oral ainsi que la capacité
événements, lien mystérieux qui sera sans doute lié à la à travailler seul ou en groupes, en autonomie ou sous la direc-
résolution du mystère. tion du professeur. On peut envisager l’utilisation des TICE
8. Le narrateur donne de lui-même l’image d’un adolescent pour rendre compte des lectures (Didapages, Power point).
de son époque, aimant les films d’horreur, mais aussi l’image
d’un jeune homme capable de se raisonner (l. 18-19). Aux Réécrire un passage
phrases exclamatives qui traduisent son émotion et sa Ce relevé pourra avoir été fait dans une lecture autonome.
panique, succèdent des phrases déclaratives plus élaborées On vérifiera la pertinence du relevé et on pourra justifier
qui suggèrent sa capacité à retrouver la maîtrise de lui-même le choix des passages en classe entière. Après ce relevé, on
(l. 21-22) et à décrire la scène avec précision (l. 23-32) en invitera les élèves à réécrire un récit de vampires en actua-
dépit de sa peur qui lui « gla[ce] le sang » (l. 30-31). lisant l’action et on évaluera la justesse et l’invention de
9. C’est d’abord la surprise de l’attaque qui effraie (l. 4-5) cette transposition.
mais c’est surtout à partir de la ligne 23 que l’attaque
devient particulièrement effrayante. Le narrateur signale Réécrire une nouvelle
© Éditions Belin, 2016

l’aspect inquiétant du chien avec « ses petits yeux serrés » La nouvelle se développe sur une trentaine de pages : ce
(l. 26) et « ses épaules puissantes (l. 27-28) mais plus encore relevé pourra être mené de façon autonome ou en classe
« sa frénésie » (l. 31) qui le conduit à se blesser et à souffrir : (on subdivise le texte et on met en commun les relevés des

3. La nuit, tout est possible 39


élèves). Hormis le nez, il n’y a guère que l’oreille que le
barbier aurait pu couper. On pourra reprendre le texte origi- Méthode p. 69
nal en remplaçant « nez » par « oreille » et vérifier si elle
paraît pertinente. Cet exercice permettra de se demander
pourquoi l’auteur a choisi cette partie du visage et non une Analyser un récit fantastique
autre. L’expression « se voir comme le nez au milieu de la
figure » peut apparaître comme une piste de réflexion : ce 1. Cette péripétie suscite l’amusement à la fois par les
qui est évident ne se voit plus. On pourra aussi rechercher commentaires du narrateur et l’attitude et les réactions
des expressions concernant le nez comme « avoir le nez fin », naïves des « polissons ».
« avoir un coup dans le nez » et des expressions concernant 2. L’apprenti qui a reçu la pierre pousse « un cri de douleur »
l’oreille comme « avoir l’oreille fine », « ce n’est pas tombé (l. 8), ce qui peut suggérer que la pierre n’a pas simple-
dans l’oreille d’un sourd », etc. ment rebondi sur la statue mais qu’elle a effectivement était
rejetée avec violence. Le commentaire du narrateur et son
Écrire une chronique de lecture « souhait » qu’il qualifie ironiquement de « charitable » ne
Dans cet exercice, on invite les élèves à prendre le parti de la peuvent sérieusement troubler le lecteur mais au contraire
bande dessinée contre celui du texte littéraire, mais l’inverse le rassurer.
est possible aussi. On évaluera la pertinence des arguments 3. Le narrateur est intérieur, a priori personnage de l’histoire
et des exemples et on demandera que la comparaison soit (« je fermai la fenêtre en riant de bon cœur », l. 12).
présente dans l’article et repose sur des passages précis. On 4. Le narrateur paraît digne de confiance par son statut de
invitera les élèves à utiliser le raisonnement concessif et la scientifique et surtout par son souci de rationalité.
rhétorique de l’éloge. 5. Le narrateur identifie d’abord les personnages comme
des « apprentis » (l. 4) puis en les considérant comme « [ses]
Faire un exposé sur une nouvelle deux polissons », il les caractérise affectueusement. Ils sont
présentés comme de gentils garçons naïfs et superstitieux
On attendra ici un résumé précis de la nouvelle choisie
que le narrateur ne prend pas au sérieux. Ainsi, le narrateur
par l’élève. On évaluera l’exploitation des connaissances
refuse d’introduire déjà un doute propre au fantastique.
acquises lors des différentes « lectures », ainsi que la capa-
6. Le cadre est réaliste comme dans toutes les nouvelles
cité de l’élève à montrer le caractère singulier du fantastique
fantastiques afin de donner aux événements qui vont suivre
de Cortázar.
un caractère naturel qui sera progressivement mis en doute.
7. La superstition des apprentis peut étonner mais le
À vous de créer narrateur souligne leur naïveté. Le seul élément qui puisse
Faire une fiche de lecture réellement étonner, c’est la violence du choc de la pierre sur
Les élèves doivent respecter les différentes étapes mais la tête de l’apprenti.
peuvent aussi s’en écarter pour proposer un autre type de 8. La statue a d’emblée un caractère surnaturel pour les
fiches. On invitera les élèves à s’inspirer de modèles choisis apprentis, qui « [prennent] la fuite à toutes jambes ».
au CDI ou sur de nombreux sites. On vérifiera que les élèves 9. Cette certitude est exprimée dans les paroles qu’ils
ne se contentent pas d’un copier/coller. prononcent : « C’est donc toi qui as cassé la jambe à Jean
Si les élèves choisissent un recueil de nouvelles, ils établiront Coll ! » et « Elle me l’a rejetée ».
une fiche sur l’une des nouvelles. 10. Le narrateur se moque des paroles des apprentis et ne
leur accorde aucun crédit.
Autres lectures possibles
11. Le narrateur contredit les apprentis par ses propres certi-
• Prosper Mérimée, Lokis [1869], Le Livre de Poche, 1995. tudes : « il était évident que la pierre avait rebondi sur le
• Prosper Mérimée, La Vénus d’Ille, suivi de La Chambre bleue métal » et « en riant de bon cœur », il montre qu’il n’accorde
[1837 et 1869], Le Livre de Poche Jeunesse, 2007. aucun crédit aux affirmations des apprentis. Il éloigne ainsi
• Guy de Maupassant, Contes du jour et de la nuit [1880], Le tous les doutes qui pourraient habiter les lecteurs.
Livre de poche, 1988. 12. Le dernier paragraphe a pour rôle à la fois de donner
• Edgar Allan Poe, Histoires extraordinaires [1856], Le Livre un caractère rassurant à l’extrait mais aussi de préparer le
de poche, 1994. dénouement de l’action.
• Dino Buzzati, Le K [1966], Pocket, 2004.
© Éditions Belin, 2016

40
6.
Vocabulaire p. 70
Langage familier Langage courant Langage soutenu
avoir les trembler comme perdre son sang-
Les mots de la ville chocottes, avoir
la trouille, avoir le
une feuille, avoir des
sueurs froides, avoir
froid, être tétanisé
de peur, avoir le
et de la poésie trouillomètre à zéro la chair de poule,
avoir les jambes
souffle coupé

coupées, avoir la
Objectifs gorge sèche, claquer
• Enrichir son vocabulaire lié à la nuit. des dents
• Connaître le vocabulaire du fantastique.
Identifier le registre fantastique
7. a.
S’approprier le vocabulaire de la nuit Certitude Texte 1 : « cette apparition eut
quelque chose de magique »
1. a. Nuit nocturne ; opacité opaque ; nuage
Texte 2 : « inquiet d’être seul dans le
nuageux ; lune lunaire ; crépuscule crépusculaire ;
bois », « un frisson me saisit »
sépulcre sépulcral ; brume brumeux.
b. 1. De l’obscurité opaque sortait une voix sépulcrale. 2. Le Incertitude Texte 1 : « aurait sans doute tremblé »,
« qui semblait être »
ciel nuageux donnait une atmosphère lunaire à la campagne.
3. La lumière était crépusculaire. 4. La montagne brumeuse Texte 2 : « un étrange frisson »,
disparaissait dans la nuit. « apeuré sans raison », « il me sembla »
2. Hypnose, hypnotiser, hypnotique ; somme, somnoler, Émotions et Texte 1 : « quelque chose de
ensommeillé ; assoupissement, s’assoupir, assoupi. impressions magique », « tremblé »
3. a. Ténèbres clarté Texte 2 : « angoisse », « apeuré »
Lumineux sombre b. L’apparition aurait sans doute fait trembler l’homme le
Opaque limpide plus intrépide, égaré, seul dans ce bois profond. Il me sembla
Aurore crépuscule qu’elle était déjà tout près de moi, tout près, à me toucher.
b. Sombre : ténébreux, obscur, funèbre, sinistre. Un étrange frisson me saisit, un frisson d’angoisse. Je trem-
Lumineux : éclatant, illuminé, éblouissant, rayonnant. blai de tout mon corps, j’étais tétanisé de peur, je ne pouvais
c. Une éclatante obscurité ; un sinistre rayonnement ; des faire plus un pas et l’étrange apparition, qui paraissait main-
ténèbres éblouissantes ; de funèbres illuminations. tenant être une femme avança vers moi une longue main
d. 1. Une éclatante obscurité tombait du ciel. 2. Un sinistre blanche.
rayonnement émanait de sa personne. 3. Des ténèbres
éblouissantes nous plongèrent dans une terreur insur-
montable. 4. L’enterrement se déroulait sous de funèbres À vous d’écrire
illuminations. 8. Les élèves s’inspireront des textes de la séquence, tant
pour les péripéties que pour le vocabulaire. Ils choisiront
Exprimer la peur plutôt un narrateur interne.
4. a. On peut classer ces mots dans cet ordre, de la peur
modérée à une peur très forte : appréhension > inquiétude >
crainte > angoisse > effroi > terreur.
b. 1. Avant d’entrer dans la forêt, elle éprouva une certaine
appréhension. 2. Dans la nuit la plus noire, surgit un chien
aboyant et bavant qui provoqua un véritable effroi. 3. Devant
cet abominable spectacle, la terreur l’envahit.
5. a. Appréhensif, inquiet, craintif, angoissant, effrayant,
terrifiant.
b. Appréhender, inquiéter, craindre, angoisser, effrayer,
terrifier.
c. 1. Il était si craintif que tout le terrifiait. 2. La nuit l’angois-
sait, elle était pour lui effrayante. 3. Elle était si inquiète,
© Éditions Belin, 2016

si appréhensive d’un danger qu’elle refusait de quitter sa


maison. 4. Il savait parfaitement terrifier son auditoire,
quand il racontait d’angoissantes histoires fantastiques.

3. La nuit, tout est possible 41


doucement au fond de l’eau et la soulevait ensuite pour la
Grammaire p. 71 laisser retomber.
La suppression des modalisateurs ôte le doute mais le
phénomène reste cependant si étonnant que l’étrange ne
Les modalisateurs pour disparaît pas avec les modalisateurs.
nuancer un énoncé 5. Dictée préparée
a. Vocabulaire du récit fantastique : « apparition », « éclat
Objectif singulier », « plus que je ne saurais dire », « en toute hâte »,
• Repérer et employer des modalisateurs. « disparut aussitôt ».

Identifier le sens des modalisateurs


1.
Modalisateurs de certitude Modalisateurs d’incertitude S’exprimer à l’oral p. 72
sans aucun doute, affirmer, avoir l’air, étrange, douter,
assurer, certainement, évident, probablement, avoir le
incontestablement, il est sûr sentiment, inexplicable, Mettre en scène un récit
que, de toute évidence
fantastique
sembler, se demander,
probable, croire, à ce qu’on dit,
possible, il se peut que
L’enjeu de cet atelier est d’inviter les élèves à comprendre
2.
le rôle et le travail du metteur en scène mais aussi à prati-
Adjectifs évident, étrange, possible quer un exercice de réécriture, qui visera à faire prendre
Adverbes certainement, conscience des procédés propres à chaque genre (la descrip-
incontestablement, tion dans la nouvelle et le roman, le jeu et l’interprétation
probablement des comédiens au théâtre…).
Locutions sans aucun doute, de toute Après le choix du texte, il conviendra de déterminer les
évidence, à ce qu’on dit rôles de chacun : création collective ou sous la direction d’un
metteur en scène plus directif, etc. S’il semble que le texte le
Verbes affirmer, assurer, avoir l’air,
douter, sembler, se demander, plus propice à ce travail soit celui de Bram Stoker, on pourra
croire bien évidemment utiliser chacun des textes, voire propo-
ser la lecture d’autres extraits de romans ou de nouvelles
Tournures impersonnelles il est sûr que, il se peut que
fantastiques.
Ce travail pourrait être mené avec les professeurs d’arts plas-
Employer les modalisateurs tiques et de musique.
3. Le texte 1 exploite les modalisateurs qui sont absents
du texte 2. Le rôle des modalisateurs est d’introduire une
incertitude quant à la décision du narrateur. Compétences
D1, 2, 3 • S’exprimer de façon maîtrisée en s’adressant à un
4. 1. Seuls les yeux étaient étrangement fixes. Mais comme il auditoire.
la regardait avec insistance au moyen de son télescope, il vit • Mobiliser son imagination et sa créativité au service d’un projet
se lever dans les yeux d’Olympia d’humides rayons de lune. collectif.
Si la scène tient encore au fantastique ou à l’étrange,
la suppression des modalisateurs invite à la crédibilité du
narrateur.
2. Le grand jour venu, je marchai à l’église d’un pas si léger
que j’étais soutenu en l’air. J’avais des ailes aux épaules :
j’étais un ange.
La suppression des modalisateurs ne modifie guère
l’appréciation du texte : l’envol, la métamorphose en ange
sont tellement surnaturels qu’on ne peut interpréter ces
© Éditions Belin, 2016

pouvoirs et cette métamorphose que comme un désir et


non comme une réalité.
3. La barque faisait des embardées gigantesques, touchant
tour à tour les deux berges du fleuve ; puis un être l’attirait

42
8. a. La ville, cette nuit, était tranquille ; un vent du sud
S’exprimer à l’écrit p. 73 réchauffait les rues et les promeneurs semblaient apaisés
et heureux. Certains riaient, d’autres bavardaient genti-
Écrire le début d’une nouvelle ment, des couples amoureux s’étreignaient tendrement. Je
marchais moi aussi d’un pas lent mais je me sentais un peu
fantastique esseulé malgré tout.
b. En passant devant une porte à demi ouverte, j’entendis
Cette activité a pour but de faire réfléchir les élèves à ce un bruit qui ressemblait à un craquement d’os, une faible
qui contribue au registre fantastique, en se concentrant lueur apparaissait au fond du couloir.
sur l’étape initiale d’une nouvelle fantastique. Il s’agira
également de vérifier que les élèves ont compris les carac- Compétences
téristiques usuelles du cadre spatio-temporel d’un récit D1 • Mettre en réseau des mots.
fantastique. On pourra s’appuyer sur le corrigé ci-dessous • Analyser le sens des mots.
pour aider les élèves à rédiger leur propre début de nouvelle.

Étape 1 • Déterminer le cadre


de la nouvelle
Les élèves pourront notamment s’inspirer des premières
lignes des textes 2 et 4. Faire le point p. 74-75

Étape 2 • Faire parler le narrateur


Il s’agit dans cette étape de se familiariser avec la rhéto- 2. Lire et comprendre un récit
rique du récit fantastique. On pourra proposer les phrases fantastique
suivantes, en plus des textes de la séquence. 6. L’action se situe la nuit. Cette période, comme l’ont montré
3. – Il me semblait que la lune avait pris une dimension tous les textes de la séquence, est propice à l’inquiétude et
anormale, comme si elle se rapprochait de la terre. au surgissement d’événements difficiles à interpréter. Elle
– L’opacité de la nuit paraissait inhabituelle et propice aux entraîne parfois une perte de lucidité du narrateur ou du
apparitions les plus terrifiantes. personnage.
– Je crus qu’un être ou une force invisible voulait me saisir 7. Entre les personnages, on distingue le chasseur – qui
la main et m’entraîner vers des profondeurs inconnues. est également le narrateur interne –, le paysan, le garde-
4. Je courais à perdre haleine au milieu d’insondables chasse et sa famille ainsi que le chien, puis « un être » à « la
ténèbres, il me semblait qu’une insurmontable frayeur tête blanche avec des yeux lumineux » (l. 23-24). Le chien
montait en moi et qu’elle me jetterait au sol, offert au contribue à la montée de la peur par ses hurlements, et
monstre qui paraissait courir à grands pas dans l’immensité « cette bête […] ren[d] fous » (l. 9) les personnages si bien
qui me séparait encore de lui. que le paysan jette « l’animal dehors » (l. 13). Le chien est
donc rapidement exclu de l’action et n’occupe plus de place
Étape 3 • Créer une atmosphère dès la ligne 14. Dès la ligne 16 et jusqu’à la ligne 26, les
et enclencher l’action personnages sentent la présence d’ « un être » qui paraît
vouloir entrer dans la maison. Sa description menée par le
5. 1. Soudain, un nuage se déchira laissant paraître une lune
narrateur évoque un fantôme, que le garde-chasse vise en
monstrueuse. 2. J’entendis un drôle de bruit qui résonnait
tirant sur la « tête blanche » dès son apparition « contre la
dans les murs de ma chambre. 3. Il semblait que la route
vitre du judas » (l. 23).
s’enfonçait un peu plus à chaque pas.
8. Dans l’action, le narrateur n’a aucun rôle particulier, il
6. 1. Le chien hurlait comme un enfant en proie à la plus
est figé par la peur, comme les autres personnages (« nous
grande douleur. 2. J’entendis un bruit qui ressemblait à un
restions immobiles, livides »). Dans la narration, c’est lui qui
craquement d’os. 3. Ses dents, comme les crocs d’un chien
raconte les différentes étapes de l’action et qui, surtout,
féroce, s’enfonçaient dans son cou. 5. Comme si un tremble-
rappelle comment la peur s’intensifie et se propage à tous
ment de terre avait envahi ma chambre, le lit se mit à bouger.
les personnages qui sont « crispés dans un affolement indi-
6. La main qui s’approchait avait l’air d’un tentacule vivant.
cible » (l. 36-37).
7. Voici des exemples de personnifications qui associent
9. Dès les premières lignes, la peur est pour le narrateur
les noms et les verbes proposés : le vent hurle ; la porte
© Éditions Belin, 2016

« épouvantable », quelques lignes plus loin (l. 15) la peur


grince ; la nuit grimace ; les nuages courent ; le sang pleure ;
s’intensifie puisque le « silence [est] plus terrifiant encore »
la maison se plaint ; la pluie fouette ; le lit geint ; le couteau
pour tous les personnages. Le narrateur et les person-
caresse ; le feu tremble.
nages deviennent « insensés » (l. 20) quand ils perçoivent

3. La nuit, tout est possible 43


la présence d’ « un être ». « Au fracas du coup de fusil », le
narrateur se sent « prêt à mourir de peur » (l. 34). Enfin, la
Évaluation complémentaire
peur gagne tous les personnages, qui sont « crispés dans un On pourra proposer l’évaluation complémentaire aux pages
affolement indicible » (l. 36-37). La peur progresse à mesure suivantes, dans la continuité de cette séquence. Au registre
que la difficulté à trouver les mots grandit : « nous restâmes fantastique étudié dans les textes de la séquence, s’ajoute
là jusqu’à l’aurore, incapables […] de dire un mot » (l. 35-36). ici le registre burlesque, propre au romancier et nouvelliste
10. Le narrateur est « contaminé » par la peur du garde- russe Nicolas Gogol.
chasse craignant le retour du fantôme. Mais ce sont les
hurlements du chien associés à « l’angoisse d’un rêve » qui
déclenchent véritablement la peur du narrateur et qui le 1. Comprendre un début de nouvelle
rend « fou ». Cette peur augmente avec la perception d’« un fantastique
être » puis surtout au « fracas du coup de fusil ». Il reste 1. Dès la première ligne, le narrateur donne une date précise
enfin dans « un affolement indicible ». Des causes précises (« le 25 mars »), des indications de lieux réalistes précis (« à
sont donc à l’origine de la peur du narrateur, mais en même Petersbourg », « avenue Voznéssenki »). Cette attention à
temps – hormis le coup de fusil –, elles restent énigmatiques. donner un cadre réaliste à des événements « étranges » (l. 1)
11. Pour le garde-chasse et sa famille, le surnaturel est est un invariant du récit fantastique.
accepté et présent dès le début du récit. Le narrateur 2. Les personnages de la nouvelle sont d’une classe sociale
commence à adhérer à cette perception du monde avec populaire. Yakovlévitch est « barbier ». Sa femme et lui-
l’apparition de « l’être » et la description qu’il en propose même paraissent pittoresques dans leur relation et leur
ne cherche en rien à donner une explication rationnelle. La langage et le caractère dominateur de la femme se manifeste
paralysie qui s’abat sur lui (l. 35-37) montre encore qu’il dès le début du récit (l. 7-8), ce qui constitue un élément
accepte le passage au surnaturel. burlesque. La femme brosse un portrait peu élogieux de son
12. Jamais le narrateur ne cherche à expliquer rationnelle- mari qu’elle considère comme un « coquin, ivrogne ».
ment les craintes du garde-chasse et à le convaincre que les 3. Le narrateur ne retarde guère l’apparition du « nez »
fantômes n’existent pas. Il ne cherche pas non plus d’explica- puisque celui-ci est découvert au bout de quelques lignes,
tion rationnelle à l’être et le modalisateur « sembla » (l. 18), ce qui évoque aussitôt le titre de la nouvelle et donc son rôle
la comparaison « comme ferait un enfant avec son ongle » essentiel au cœur du récit.
(l. 22), la description de la tête (l. 23-25) contribuent plutôt 4. Si la présence du nez dans le pain est incongrue, elle
à faire accepter l’irrationnel. n’a rien de surnaturelle et même se trouve rationnellement
expliquée par l’hypothèse de l’épouse du barbier : « – À qui,
3. Écrire une suite de texte bête féroce, as-tu coupé le nez comme cela ? s’écria-t-elle
avec colère. Coquin, ivrogne, je te dénoncerai moi-même à la
13. On pourra faire lire la suite du texte de Maupassant, afin
police. Brigand que tu es ! J’ai déjà ouï dire à trois personnes
de la comparer avec les productions des élèves :
que tu avais l’habitude, en faisant la barbe, de tirer si fort
Au pied du mur, contre la porte, le vieux chien gisait, la les nez, qu’ils avaient peine à rester en place. »
gueule brisée d’une balle. 5. C’est l’adjectif « étrange » qui donne toute son importance
Il était sorti de la cour en creusant un trou sous une palis- à la 1re phrase. Cet adjectif introduit immédiatement un
sade. doute propre au récit fantastique et prévient – en quelque
L’homme au visage brun se tut ; puis il ajouta : sorte – que les lignes du registre comique qui ouvrent le
– Cette nuit-là pourtant, je ne courus aucun danger ; récit doivent être elles aussi mises en doute par le lecteur.
mais j’aimerais mieux recommencer toutes les heures où
j’ai affronté les plus terribles périls, que la seule minute du 2. Écrire une suite de texte
coup de fusil sur la tête barbue du judas. 6. Les élèves devront respecter les modalités narratives. Ils
pourront simplement proposer une explication à la présence
incongrue du nez, imaginer la réaction de Kovaliov quand
il découvrira qu’il n’a plus son nez, ou proposer d’autres
événements fantastiques qui viendront s’ajouter à celui-ci.
© Éditions Belin, 2016

44
Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Le nez

Le 25 mars, un événement tout à fait étrange s’est produit à Péters-


bourg. Le barbier Ivan Iakovlévitch, demeurant avenue Voznéssenki […]
s’éveilla d’assez bonne heure et sentit l’odeur du pain chaud. Se soulevant
à demi sur son lit, il vit que son épouse, une dame assez respectable et
5 qui appréciait beaucoup le café, retirait des pains du four.
– Aujourd’hui, Prascovia Ossipovna, je ne prendrai pas de café, dit
Ivan Iakovlévitch ; je mangerai plutôt du pain chaud et de l’oignon […]
« Qu’il mange du pain, l’imbécile, se dit en elle-même la digne
matrone, ce n’en est que mieux pour moi, j’aurai un peu plus de café. »
10 Et elle jeta un pain sur la table.
Ivan Iakovlievitch, par respect pour les convenances, endossa un
vêtement par-dessus sa chemise et, ayant pris place à table, posa devant
lui deux oignons et du sel ; puis, s’emparant d’un couteau, il se mit en
devoir de couper le pain. L’ayant divisé en deux, il jeta un regard dans
15 l’intérieur et aperçut avec surprise quelque chose de blanc. Il y plongea
avec précaution le couteau, y enfonça un doigt :
« C’est solide ! fit-il à part soi, qu’est-ce que cela pourrait bien être ? »
Il enfonça encore une fois les doigts et en retira… un nez !…
Les bras lui en tombèrent, il se mit à se frotter les yeux, à le tâter :
20 c’était en effet un nez et au surplus, lui semblait-il, un nez connu. La
terreur se peignit sur la figure d’Ivan Iakovlievitch. Mais cette terreur
n’était rien en comparaison de l’indignation qui s’empara de son épouse.
– À qui, bête féroce, as-tu coupé le nez comme cela ? s’écria-t-elle avec
colère. Coquin, ivrogne, je te dénoncerai moi-même à la police. Brigand
25 que tu es ! J’ai déjà ouï dire à trois personnes que tu avais l’habitude, en
faisant la barbe, de tirer si fort les nez, qu’ils avaient peine à rester en place.
Mais Ivan Iakovlievitch était plus mort que vif. Il avait enfin reconnu,
dans ce nez, le propre nez de l’assesseur de collège Kovaliov, à qui il faisait
la barbe tous les mercredis et dimanches.
Nicolas Gogol, « Le Nez », Nouvelles de Pétersbourg, 1836.

1. Comprendre un début de nouvelle fantastique


1. Montrez que le narrateur donne au cadre spatio-temporel un caractère réaliste.
© Éditions Belin, 2016

•••

3. La nuit, tout est possible


2. Qu’est-ce qui caractérise les personnages de la nouvelle ?

3. Comment la découverte du nez est-elle amenée par le narrateur ?

4. Ce nez a-t-il ici un caractère surnaturel ? Justifiez.

5. Quelle importance peut-on accorder à la première phrase ?

2. Écrire une suite de texte


6. Imaginez la suite immédiate de ce texte, en vous appuyant sur les indices étudiés dans le texte (registre
burlesque et fantastique, caractère des personnages…).

© Éditions Belin, 2016


Dossier EPI
p. 76-81

Frissonner dans les


Thématiques
• Culture et création artistiques
• Information, communication,

romans et au cinéma
citoyenneté

Disciplines croisées
• Français : établir des relations
entre les textes littéraires et leurs
adaptations cinématographiques
• Arts plastiques : la narration visuelle :
images, réalité et fiction
• Éducation musicale : recherche  Quels procédés communs les écrivains et cinéastes
d’associations originales entre mettent-ils en œuvre pour créer une atmosphère troublante ?
musique et image animée

Projet
Organiser une exposition virtuelle

Présentation de l’EPI
Le vampire, une créature
Ce dossier EPI s’inscrit dans la continuité de la légendaire p. 76-77
thématique de 4e : « La fiction pour interroger le réel ».
Il invite les élèves à appréhender le genre fantastique Doc 1
dans sa diversité, à travers des extraits de romans, 1. Les deux descriptions mettent l’accent sur des éléments
ainsi que des films. Il permettra donc un travail en similaires : d’abord la pâleur du visage qui suggère que
collaboration avec les professeurs d’art plastique et l’homme ne voit guère la lumière du soleil et qui connote
d’éducation musicale (pour l’analyse des bandes-son). la mort (« le visage couleur de cire » dans l’extrait 1 et « les
Le projet final (réaliser une exposition virtuelle) vise oreilles étaient pâles » ou encore « une pâleur étonnante »
lui à une production numérique, dont les étapes sont dans l’extrait 2) ; puis la bouche et la dentition, éléments
explicitées à la dernière page du dossier. caractéristiques du vampire. La rougeur des lèvres (« les
lèvres rouges », « des lèvres dont le rouge vif »), signe d’une
Bibliographie « vitalité extraordinaire », rappelle évidemment la couleur
• Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, du sang et contraste avec la « blancheur » des dents dont
Seuil, 1970. l’aspect menaçant est souligné par leur forme acérée (« poin-
• Autres films de Tim Burton : L’Étrange Noël de Mr Jack tues », « particulièrement pointues »). Par ailleurs, l’homme
(1994), Sleepy Hollow (2000), Big Fish (2003)… apparaît âgé (« un homme de cet âge »), et sa maigreur et
• Films de Guillermo del Toro : Le Labyrinthe de Pan (2006), ses vêtements sombres le rendent inquiétants.
Histoires extraordinaires (2013), Crimson Peak (2015)… 2. La première sensation sur laquelle insistent Mrs Hacker
et le narrateur est la vue (« je regardais », extrait 1, « ce que
Sites à consulter j’en voyais », extrait 2). Le comte a le don de faire des appa-
• http://upopi.ciclic.fr/apprendre/l-histoire-des-images/ ritions marquantes et son apparence étrange ne fait que
histoire-du-cinema-fantastique renforcer l’impression qu’il fait sur ses hôtes. Mrs Hacker a
• http://www.cineclubdecaen.com/analyse/ une impression de déjà-vu en apercevant le comte. On peut
fantastiquefilms.htm donc penser que ce n’est pas la première visite clandestine
• http://blog.ac-versailles.fr/harrypotter/index.php/ que le comte rend à Mrs Hacker sans l’en avertir. Dans tous
les cas, cela apporte une incertitude proche du fantastique
sur l’apparition du comte et ses intentions. Quant au narra-
teur, son « cœur se soul[ève] » lorsque le comte s’approche
© Éditions Belin, 2016

de lui. L’odorat joue donc un rôle primordial. Cette odeur


nauséabonde peut faire penser à celle d’un corps en décom-
position, et par extension à la mort.

Frissonner dans les romans et au cinéma 47


3. L’aspect fantomatique du comte, son âge avancé, l’odeur 8. Le comique ici naît de la situation incongrue qui détourne
pestilentielle qui se dégage de lui, ses dents acérées et l’ex- la scène d’apparition du comte auprès de Mrs Harker. La
trême pâleur de son visage sont autant de signes qu’il est jeune femme est en effet surprise dans un bain moussant.
un mort-vivant. Quant à l’éponge au premier plan, elle accentue le côté
4. Pour l’extrait 1, on peut imaginer un plan moyen fixe grotesque de la scène.
qui permettrait de rendre compte de l’affolement de la 9. On pourra commencer le débat en groupes en prépa-
jeune femme réveillée en sursaut dans son lit et qui dissi- rant quelques arguments pour justifier le point de vue. Les
mulerait dans un premier temps au spectateur le reste de arguments peuvent s’appuyer sur les impressions de lecture
la chambre. Puis, pour coller au regard de la jeune femme, ou de spectateur, mais aussi sur des éléments techniques
un plan séquence semi-circulaire permettrait d’embrasser (procédés littéraires ou cinématographiques) qu’on veillera à
du regard la chambre. Ce plan s’achèverait sur l’appari- relier avec les effets produits (par exemple, l’utilisation de la
tion surprenante du comte dont on rendrait compte avec couleur dans le film de Terence Fisher renforce l’impression
un plan moyen pour témoigner de sa silhouette haute et terrifiante, notamment grâce aux yeux injectés de sang du
maigre. Enfin, on peut imaginer un gros plan sur le visage comte Dracula).
du comte, voire des très gros plans successifs pour mettre
en avant le potentiel angoissant des lèvres et des dents, et
enfin du regard mystérieux et pénétrant. Pour l’extrait 2, un
gros plan sur le visage permettra de détailler les éléments
caractéristiques du comte et du mort-vivant, avec un léger
Créatures artificielles p. 78-79

mouvement de bas en haut. Puis il faudrait passer à un plan Docs 3 à 6


d’ensemble qui embrasserait les deux personnages pour voir
les mouvements simultanés du comte qui s’avance et du 1. Dans les deux films, le savant est représenté dans son
personnage qui recule. Enfin, on pourra finir sur un gros atelier. Whale offre une vision très mécaniste du lieu, avec
plan sur le visage du narrateur afin de souligner son dégoût. beaucoup d’appareils mécaniques. L’objet que le savant
et son aide sont en train de manipuler est aussi doté d’un
Doc 1 et 2 regard. C’est de toute évidence un clin d’œil à l’image d’un
robot. L’ambiance créée par Brannagh est toute autre : le
5. Dans les différents photogrammes, on retrouve plusieurs costume, l’éclairage à la bougie, la présence importante
éléments inspirés des extraits du récit, comme par exemple d’objets en bois, l’attitude même du savant donnent une
l’habit noir du comte, mais aussi son teint particulière- vision romantique de la scène. Les bocaux du premier plan
ment pâle accentué dans les trois cas par un maquillage renvoient au monde animal. Aux regards inquiets du film de
prononcé. Les dents pointues sont également visibles sur les Whale répond le calme du Frankenstein de Brannagh perdu
captures 2, 3 et 4. Quant aux lèvres rouges, elles sont surtout dans des formules inscrites dans de grands livres. Les créa-
mises en valeur par le Dracula incarné par Christopher Lee tures correspondent à ces deux styles : dans le film de Whale,
(photo 3). Enfin, les documents insistent sur le regard fasci- Boris Karloff est un géant raide avec un regard inquiétant,
nant (photo 2) ou révulsé (photo 3) du comte. On remarque les yeux enfoncés dans de profondes orbites ; dans le film
en revanche qu’aucune des incarnations du comte ne porte de Branagh, Robert de Niro semble inquiet, son corps est
de moustache, contrairement à ce qui est écrit dans le récit. couvert de cicatrices, ce qui lui donne un aspect humain.
6. La représentation la plus surprenante est peut-être celle 2. Dans la description que fait Mary Shelley du monstre, on
du film de Murnau. Le personnage de Nosferatu (adaptation peut relever les expressions suivantes :
« pirate » du Dracula de Bram Stoker) par son apparence « ses cheveux étaient d’un noir jais, sa chevelure abon-
particulièrement excentrique, son absence de chevelure, son dante », « les orbites sombres », « ses yeux aqueux », « son
maquillage outré et terrifiant, ses oreilles disproportionnées teint hâlé », « ses lèvres droites et noires »… On constate que
semblables à celles d’une chauve-souris, ses doigts pareils à la créature de Branagh est très éloignée du texte, tandis que
des griffes, prend quelques libertés avec son modèle litté- celle de Whale lui est assez fidèle.
raire. 3. et 4. Edward aux mains d’argent est un humain mutant.
7. La photo 1 est un plan moyen tandis que les photos 2 Seuls les ciseaux à la place des mains le distinguent d’un
et 4 sont des plans serrés. La photo 3 est un gros plan sur le être humain normal. Sa posture, la délicatesse avec laquelle
visage de Dracula. Si dans les quatre documents, les effets il étreint la jeune fille, son regard triste et mélancolique
d’ombre et de clair-obscur jouent un rôle prépondérant, les le situent à l’opposé de la créature de Frankenstein et le
deux derniers, par l’utilisation du technicolor, font ressortir rendent plus humains que cette dernière.
un rouge flamboyant (cape et lèvres) caractéristiques des 5. Le rythme est beaucoup plus rapide chez Kenneth
films d’horreur des années 50 et 60 produits par la société
© Éditions Belin, 2016

Branagh, avec une succession de plans serrés qui interdisent


anglaise de La Hammer (Terence Fisher). Roman Polanski, au spectateur de s’échapper. Pas de dialogue ni de commen-
par l’utilisation de ce procédé rend un hommage appuyé à taire, une musique symphonique avec un grand chœur, des
ces productions. percussions et des violons, en accord avec la violence de

48
l’orage, symbole de l’arrivée puis des méfaits de la créa- formes, un éclairage très contrasté avec une forte opposition
ture. Les seuls plans larges sont des accélérés sur le ciel entre ombre et lumière. On peut donc considérer que Robert
d’orage. Dans la bande annonce du film de Whale, une voix Wiene s’inspire lui aussi de la peinture expressionniste pour
off annonce le spectacle auquel nous allons assister comme réaliser ses décors.
dans les foires où les bonimenteurs attiraient le chaland. De 3. Une musique plutôt angoissante, voir atonale, pourrait
gros titres rappellent ceux utilisés dans les actualités ciné- accompagner cette scène du film. Le personnage seul au
matographiques de l’époque. Les plans d’ensemble alternent centre de ce décor irréaliste semble en effet errer, perdu.
avec des plans plus serrés. Ces différences de choix font que Ce décor est par ailleurs tellement irréel qu’il en évoque
le spectateur peut être captivé par la bande annonce de un univers de cauchemar, ce que la bande son pourrait très
Branagh : beaucoup d’éléments du film sont donnés, mais en bien rendre par des instruments graves ou des percussions.
même temps, le mystère sur l’intrigue demeure. Chez Whale, 4. L’affiche produit une effet angoissant, étouffant. Le
le spectateur est tenu à une certaine distance. regard est enfermé dans la vision de la scène, sans pouvoir
y échapper. Les formes obliques renforcent une impression
d’instabilité et de mouvement, la position des figures est
ambigüe : le spectre qui plane au dessus du personnage
Zoom sur le cinéma l’accompagne-t-il ou est-ce une forme menaçante ? Les
couleurs vives et contrastées (noir, blanc, rouge) renforcent
expressionniste p. 80 cette impression d’étouffement.

Docs 7 et 8
1. Le cinéma expressionniste nait à une époque où l’Alle-
magne est affaiblie par sa défaite lors de la Première Guerre
mondiale. En 1919, il règne dans le pays une atmosphère de projet  
Réaliser une
malaise. Les films traitent souvent de sujets liés à la folie et
au dérèglement. Faute de moyens, les décors seront réalisés exposition virtuelle p. 81
avec des matériaux pauvres. De ce fait, les cinéastes optent
pour un parti pris abstrait qui exacerbent les formes angu-
L’objectif de ce projet est de réutiliser les informations qui
leuses, géométriques, les éléments sont dessinés de façon
auront été vues dans le dossier documentaire, et de les
synthétiques (plancher, fenêtre,...) sans souci de réalisme,
réinvestir à travers une production numérique développée.
comme ici dans le film de Robert Wiene.
Le projet vise donc à faire travailler, en interdisciplinarité,
2. Le terme « expressionnisme » est utilisé dans les arts
les compétences digitales des élèves. On pourra au préa-
depuis le début du xxe siècle. Mouvement artistique d’Eu-
lable faire lire l’un des romans présentés dans le dossier et/
rope du nord, il s’inscrit en opposition au mouvement ou visionner l’un des films. Pour plus d’informations sur la
impressionniste essentiellement français. L’impression- mise en œuvre de l’exposition virtuelle sur Prezi, on pourra
nisme observe l’effet de la lumière et des conditions sur la consulter des tutoriels en ligne :
vision des choses, tandis que l’expressionnisme s’attache • https://www.youtube.com/watch?v=Xtc4mktvaoY
à transcrire ce que ressent l’artiste, ses états d’âme. Dans • https://prezi.com/p6nll-axxuyf/tutoriel-prezi-en-
ce début de siècle inquiet, la peinture traduira ce malaise francais/
par des formes agressives souvent géométrisées et des La durée de chaque étape sera modulable en fonction du
couleurs vives voire criardes (voir le tableau de Jakob Stein- temps dont on dispose, et de l’ampleur donnée au projet.
hardt, doc 7). Lorsqu’après la guerre, les cinéastes allemands Il conviendra toutefois d’accorder une large place aux
reprennent leur création, ils se tourneront vers ces modes recherches préliminaires, ainsi qu’à la présentation de l’ex-
d’expression, géométrisation des décors qui ne se veulent position elle-même.
plus naturalistes mais symboliques, par l’exagération des
© Éditions Belin, 2016

Frissonner dans les romans et au cinéma 49


4
u e nce
séq La fiction pour interroger le réel

p. 82-99

•Sur les traces d’Arria Marcella


Parcours d’une œuvre Théophile Gautier, Arria Marcella, Souvenir de Pompéi (1852)

O Comment le passé de Pompéi prend-il vie dans la nouvelle fantastique de


Théophile Gautier ? Quels procédés introduisent le doute chez le lecteur ?

Objectifs Entrer dans la séquence p. 85


• Étudier les caractéristiques et les enjeux d’une nouvelle
fantastique. La nouvelle Arria Marcella mêle les souvenirs précis d’un
• S’interroger sur les liens entre le passé et le présent dans voyage que Théophile Gautier a fait en Italie en 1850 et
l’évocation de Pompéi.
un rêve d’amour qui est inspiré par l’œuvre de Nerval
(Les Filles du feu, Isis, 1845). On retrouve l’influence du
Présentation de la séquence romantisme dans la nouvelle à travers les thèmes suivants :
La séquence s’inscrit dans le domaine « Regarder le le voyage en Italie, la poésie des ruines, la promenade
monde, inventer des mondes », qui correspond en 4e au solitaire à la faveur de la nuit, l’intrusion du rêve dans la
questionnement « La fiction pour interroger le réel ». réalité, l’amour impossible…
Dans la continuité de l’étude du genre fantastique, Le bref roman de Wilhem Jensen, Gradiva, publié en 1903,
la lecture de la nouvelle Arria Marcella, Souvenir de est inspiré de la nouvelle de Théophile Gautier, Arria Marcella.
Pompéi, de Théophile Gautier, vise à faire approfondir On y retrouve le goût et la fascination pour l’Antiquité, la
la connaissance des caractéristiques d’une nouvelle rencontre d’une figure féminine déterminante, Gradiva,
fantastique et à questionner les réactions du lecteur « celle qui marche », pour le personnage masculin et les inter-
dans un univers dont l’action oscille entre le présent rogations sur la frontière entre rêve et réalité.
(xixe siècle) et le passé (Antiquité). Elle interroge les Le jeune archéologue allemand, Nobert Hanold, est un spécia-
liens entre ces deux temporalités et pose les limites liste de l’Antiquité romaine. à l’occasion d’une visite dans un
du réel : le personnage féminin d’Arria Marcella musée de Rome, il est séduit par un bas-relief représentant
appartient-il au rêve ou à la réalité ? Le héros Octavien une jeune fille en marche. Une nuit, il rêve qu’il voit Gradiva
est-il victime de son imagination ? La séquence s’animer, lors de l’éruption du Vésuve en 79.
permet aussi d’établir des ponts avec le programme
de Langues et Cultures de l’Antiquité, notamment le Préparez-vous à rêver
théâtre et la vie quotidienne dans la cité de Pompéi.
Pour cet exercice d’expression écrite, on pourra donner
Bibliographie les conseils suivants à l’élève : décrire le physique de la
• Théophile Gautier, Contes et récits fantastiques, Livre de jeune fille, en lien avec son âge, les différentes parties de
Poche, 1988. son corps qui est en mouvement (grâce, beauté, majesté,
• Théophile Gautier, La Morte amoureuse, 1836. solennité, pas alerte…) ; mobiliser le lexique du corps et
• Prosper Mérimée, La Vénus d’Ille, 1837. du mouvement ; décrire les réactions de l’archéologue
• Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, devant la figure féminine (surprise, stupeur, malaise,
Le Seuil, 1970. fascination, envoûtement…) ; se référer au lexique des
sens et des sensations (p. 97), des réactions physiques
Sites à consulter et morales, des sentiments (fiche 51, p. 369) ; décrire les
• Des informations sur le site archéologique de Naples : http:// lieux (édifices, rues, maisons ou villas…) qui constituent
www.naples-napoli.org/musee-archeologique-de-naples/ le décor de l’action.
© Éditions Belin, 2016

• Site archéologique de Pompéi (UNESCO) : http://whc. Enfin, d’un point de vue narratif, il conviendra de s’assurer
unesco.org/fr/list/829/ que les élèves distinguent récit et description, et qu’ils choi-
• http://www.guidepompei.com/fr/sites/ruines-de-pompei/ sissent le temps du passé qui convient (fiche 27, p. 336).

50 4. Sur les traces d’Arria Marcella


culanum », l. 3, « un morceau de cendre noire coagulée »,
Lecture 1 p. 86-87 l. 12). La mention du « corricolo » dans le dernier paragraphe
contribue également à ancrer ce début de nouvelle dans la
réalité.
En route vers l’antique Pompéi 5. Le protagoniste, Octavien, se trouve à l’écart de ses amis.
Il est présenté le premier. Il est tout entier concentré sur
Objectifs l’objet qu’il contemple. Tout le troisième paragraphe est par
• Comprendre les fonctions d’un incipit. ailleurs raconté de son point de vue.
• Formuler des attentes sur la suite du récit.
Un touriste troublé
6. a. Octavien contemple une pièce du musée : « un morceau
Il s’agit d’étudier dans un premier temps l’incipit de la
de cendre noire coagulée » (l. 12). Cet objet appartient au
nouvelle, Arria Marcella, Souvenir de Pompéi. L’élève pourra
passé de Pompéi : calciné, il porte les marques de la catas-
déjà s’interroger sur le cadre spatio-temporel, les person-
trophe de 79. Il suscite la fascination.
nages et l’action dans cet extrait, tout en formulant des
b. L’objet est longuement décrit dès le troisième para-
hypothèses sur l’horizon d’attente.
graphe. Les adjectifs qui le qualifient passent du simple
constat objectif (« cendre noire coagulée », l. 12, « empreinte
creuse », l. 12) à un jugement de valeur mélioratif (« cette
O Comment le passé de Pompéi apparaît-il noble forme », l. 18).
au début du récit ? 7. a. La vue est très sollicitée dans cette scène : « ce qu’il
examinait avec tant d’attention » (l. 11), « l’œil exercé »
Découvrir le texte (l. 13), « absorbé […] dans une contemplation profonde »
(l. 10-11), « s’obstinait dans sa contemplation » (l. 22). Il
1. Octavien, Max, Fabio, « trois jeunes gens, trois amis »
s’agit d’un regard approfondi et « contemplatif » porté sur
(l. 1) en voyage, sont nommés dès la première page de
l’objet qui va être déterminant dans la quête du héros.
la nouvelle. Le personnage central est Octavien, « le plus
8. Octavien semble avoir rompu ses liens avec le réel : il est
jeune des trois » ; son prénom est cité en premier lieu, avant
détaché. Il est troublé et fasciné par l’objet qu’il a décou-
Max et Fabio. Il porte un prénom d’origine latine. Il semble
vert (lexique de la vue dominant). Du reste, l’environnement
assez rêveur (« absorbé qu’il était dans une contemplation
sonore n’existe plus : les verbes de perception auditive sont
profonde », l. 10-11), contrairement à Max et Fabio (« les
niés à deux reprises. Il est ensuite tiré de sa rêverie par ses
exclamations de ses camarades », l. 10).
camarades, et sa réaction indique son trouble : « le fit tres-
2. Le protagoniste est qualifié par des adjectifs apposés
saillir comme un homme surpris dans son secret » (l. 23-24),
(« arrêté », « absorbé ») avant même d’être présenté. Il est
« Octavien rougit faiblement » (l. 39).
déjà coupé de la réalité : il n’entend plus ses camarades,
9. Cette rencontre entre un personnage et un objet est
comme le montre la négation des verbes de perception
surprenante, car elle est traitée comme une scène de
auditive (« ne pas entendre », l. 10, « n’avait entendu venir
rencontre entre deux êtres. Le héros subit un choc physique
ni Max ni Fabio », l. 25). Il est fasciné par un objet qui se
(contemplation de l’objet et abstraction du réel), voire affec-
trouve dans l’une des vitrines du musée : « contemplation
tif (trouble et fascination). Le lexique de la vue et celui de
profonde » (l. 11), « contemplation » (l. 22). Le lecteur peut
l’ouïe sont mobilisés. L’objet anodin (« cendre coagulée »,
être intrigué par ces éléments.
l. 12) se transforme peu à peu en œuvre d’art (« la coupe
d’un sein admirable », l. 14). L’objet s’humanise au fur et à
Analyser et interpréter le texte mesure que la description se déploie (dans le paragraphe 3) ;
Une situation empreinte de réalisme il devient sensuel (« sein admirable », l. 14, « rondeur d’une
gorge », l. 19). Il préfigure la rencontre décisive avec Arria
3. Les trois amis se trouvent dans un lieu culturel bien
dans la vie du héros.
identifié : « Italie » (l. 1), « musée des Studj à Naples »
(l. 2). L’action est située au xixe siècle et les protagonistes
visitent les ruines des deux cités dévastées par l’éruption du
S’exprimer à l’écrit
Vésuve en 79, Pompéi et Herculanum. L’expression « l’année
dernière » (l. 2) signale que le narrateur situe l’intrigue dans Imaginer une suite
une temporalité proche de la sienne. 10. L’élève pourra émettre des hypothèses sur les prolonge-
4. La scène est ancrée dans le réel : trois amis font une visite ments de cette scène étrange : animation de l’objet dans la
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banale, a priori, du musée archéologique de Naples. Des réfé- vitrine, métamorphose de cet objet en être humain, en femme,
rences au passé de Pompéi et d’Herculanum apparaissent prise de parole de cet objet… Le personnage peut être amené
à travers les objets exposés dans les vitrines (« différents à quitter son époque et le lieu (musée moderne) pour entrer
objets antiques exhumés des fouilles de Pompéi et d’Her- dans le passé de Pompéi et suivre cette créature féminine.

4. Sur les traces d’Arria Marcella 51


Bilan tations les plus considérables de Pompéi . Elle se caractérise
Octavien est fasciné par un objet qui renvoie à la catastrophe par : ses dimensions très vastes, ses étages et ses terrasses,
de 79 : « un morceau de cendre noire coagulée » (l. 12). Il l’importance de l’atrium, son confort (fraîcheur de l’eau qui
s’agit d’une marque authentique de l’événement historique coule dans les bassins), ses décorations (peintures et sculp-
qui a ravagé quatre cités ; la pièce contemplée, témoignage tures), son jardin d’agrément (ombre du péristyle, végétation
du passé, peut susciter l’émotion d’un visiteur moderne. luxuriante, chant des oiseaux)…
L’imagination transforme peu à peu cet objet calciné et fait
revivre la femme qui a existé. L’évocation est empreinte de Analyser et interpréter le texte
marques affectives et sensuelles à travers le sein. Le destin La résurrection de la « ville morte »
du héros semble scellé dès l’incipit. 2. Octavien semble découvrir une maison entièrement
restaurée ou conservée intacte. Des changements sont
L’histoire des mots apparus par rapport à la visite diurne qui a permis de décou-
« S’aventurer » (partir à l’aventure), « aventurier » (personne qui vrir une maison en ruine : maison rehaussée d’un étage,
part à la découverte de nouveaux horizons), « aventureux » (intré-
disparition des crevasses, peintures fraîches, fleurs dans le
pide)… sont des mots de la même famille qu’ « aventure ».
jardin. Une accumulation est à noter : « pas une pierre, pas
une brique, pas une pellicule de stuc, pas une écaille de
Pour bien écrire
« On y eût reconnu » (l. 14) est l’équivalent d’un conditionnel passé
peinture ne manquaient aux parois luisantes des façades »
(« on y aurait reconnu »). (l. 14-15). Le terme de « restauration » (l. 9) et l’expression
« sûr d’avoir vu cette maison le jour même dans un fâcheux
état de ruine » signalent la dimension fantastique de ces
changements.
3. La nature a reconquis ses droits dans cette vision de la villa
ressuscitée. C’est une nature domestiquée qui s’invite dans
Lecture 2 p. 88-89
une nouvelle accumulation : « des lauriers roses et blancs,
des myrtes et des grenadiers » (l. 17-18) et qui participe
Promenade nocturne de la grandeur de cette villa. Cette nature qui semble luxu-
riante vient contredire l’événement historique de l’éruption
du Vésuve (« Tous les historiens s’étaient trompés : l’éruption
Objectifs n’avait pas eu lieu », l. 18-19).
• Découvrir l’antique Pompéi.
• Repérer les indices du surnaturel. L’intrusion du surnaturel
4. Le commentaire du narrateur (« l’éruption n’avait pas eu
Dans le passage qui précède ce deuxième extrait, les deux lieu ou bien l’aiguille du temps avait reculé de vingt heures
amis, Max et Fabio, quelque peu enivrés, dorment à l’au- séculaires sur le cadran de l’éternité », l. 18-19), qui montre
berge. Octavien, quant à lui, resté sobre, ne peut trouver le le dérèglement du temps, prépare le point de vue du héros.
sommeil. Il se dirige alors vers « la ville morte » et voit de Il s’interroge ; des mots-clefs sont notés : « rêve » (l. 22),
nuit la riche demeure d’Arrius Diomèdes qu’il retrouve très « hallucinations » (l. 23), « ni endormi ni fou » (l. 24). L’objet
bien conservée… Dans les pages qui précèdent l’extrait, un mentionné, la montre du personnage (l. 28), insiste sur le
signe trouble le lecteur : l’oxymore « ce jour nocturne ». dérèglement du temps ; il existe un contraste, voire un para-
Il s’agit ici de la promenade solitaire d’Octavien dans les doxe entre l’heure (minuit) et le lever du soleil (« il était bien
rues de Pompéi à la faveur de la nuit ; la ville antique semble minuit, et cependant la clarté allait toujours augmentant »,
ressuscitée. La visite se fait en partie à travers le regard du l. 30).
héros : « il vit »… 5. Octavien apparaît « surpris », tourmenté (« tourmentait
beaucoup Octavien », l. 10), perturbé par les contrastes :
aspect différent de la villa vue de jour et de nuit, le lever de
soleil vers minuit ; le jeu de lumière provoqué par la lune
O Quelle relation le héros entretient-il avec la ville trompe le héros et le lecteur. D’où une série de questions
morte ? rapportées au style indirect et introduites par les verbes
« se demanda », « il s’interrogea ». Octavien fait appel à ses
Découvrir le texte sens, et alterne entre doutes et certitudes (« il fut obligé de
1. On peut reconnaître dans cette vidéo les « murs exté- reconnaître qu’il n’était ni endormi ni fou », l. 24, « Octa-
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rieurs, teints d’ocre et de rubrique », l’étage, le « toit de vien, en qui toutes les idées de temps se brouillaient, put
tuiles », l’« acrotère » mentionnés dans la description de se convaincre », l. 32…).
Théophile Gautier. La maison d’Arrius Diomède à Pompéi 6. Tout au long du texte, Octavien veut garder « la tête sur
apparaît comme celle d’un riche propriétaire : « une des habi- les épaules ». Il tient à rester objectif, rationnel. Il n’a pas bu

52
comme ses camarades, il ne veut pas être ivre. Les phrases
interrogatives traduisent son besoin de se raccrocher à des Lecture 3 p. 90-91
explications rationnelles. Référence est faite à un autre objet
(objectif) dont il vérifie le bon fonctionnement : la montre.
Pourtant, certains indices montrent qu’Octavien se laisse Une apparition fantastique
glisser dans cet univers étrange. Référence est faite aux
historiens (savants) qui se seraient trompés sur les événe- Objectifs
ments historiques ou à la technique. On trouve le lexique • Étudier la progression du fantastique dans la nouvelle.
de la confusion : « les idées de temps se brouillaient » (l. 32). • Dégager les caractéristiques d’une scène de rencontre.
Enfin, deux antithèses closent l’extrait : « non dans une
Pompéi morte … mais dans une Pompéi vivante », « non en
esprit, mais en réalité » (l. 33-37). Dans cette troisième partie, Octavien découvre Pompéi telle
qu’elle était dans l’Antiquité, avant l’éruption du Vésuve. Lui,
homme du xixe siècle voit la Pompéi antique : il ne rêve pas
S’exprimer à l’écrit ni n’est fou. Il assiste à des scènes quotidiennes. Les gens
Imaginer un dialogue le voient, sont surpris mais ne font pas de remarques. Octa-
7. Il s’agit d’un exercice d’écriture d’invention qui vise à vien est stupéfait mais il décide de vivre cette expérience
vérifier que l’élève a bien compris le caractère fantastique de sans perdre de temps à se demander ce qui ne va pas. Il
l’extrait étudié. On pourra compléter la consigne en rappe- rencontre Rufus, un jeune homme et fait sa connaissance
lant que l’élève devra : respecter le cadre spatio-temporel en lui parlant en latin. Rufus lui offre l’hospitalité. Ils vont
(la Pompéi antique), opter pour le discours direct avec ses ensemble au théâtre…
marques (des verbes introducteurs, des guillemets, des
tirets, le respect des temps…), faire en sorte qu’Octavien
mène le dialogue à travers les questions qu’il pose. Enfin,
l’élève pourra choisir entre la réalité ou le rêve comme expli-
O Comment la rencontre amoureuse est-elle rendue
fantastique ?
cation finale.

Bilan Analyser et interpréter le texte


La peinture d’un coup de foudre
L’entrée d’Octavien dans un univers fantastique se fait
progressivement. Il découvre tout d’abord le contraste saisis- 1. Les sens d’Octavien sont perturbés dans cette scène de
sant entre la visite diurne de Pompéi (maisons délabrées) et rencontre. Il se désintéresse de la représentation théâtrale
la visite nocturne (maisons intactes). Il s’interroge ensuite (La Casina de Plaute) comme le montrent les négations :
sur son état mental et intellectuel : « rêve » (l. 22), « folie » « n’écoutait plus et ne regardait plus ». Son attention est
(l. 23), « hallucinations » (l. 23) et opte pour la clairvoyance : fixée sur la « créature d’une beauté merveilleuse » (l. 3-4).
« ni endormi ni fou » (opposition forte : « mais », l. 24). Toute- Le regard est actif : « il venait d’apercevoir » (l. 3). C’est le
fois, les repères du héros vacillent : le paysage nocturne début d’un point de vue interne ; le portrait féminin semble
porte les marques de la naissance du jour : « on eût dit que le perçu à travers le regard du héros.
jour allait paraître » (l. 27) et le temps se dérègle : « minuit… 2. Octavien voit Arria : « il venait d’apercevoir » (l. 3), « la vue
et cependant le soleil se levait » (l. 30-31). Ainsi, le héros de cette gorge » (l. 22), « la voyait-il » (l. 31), « regardant »
perd les certitudes qu’ils avaient acquises : « en qui toutes (l. 39). Elle est perçue à travers le regard ébloui du héros. Il
les idées de temps se brouillaient ». Le passage se clôt sur existe une réciprocité du regard dans cette scène. Arria fixe
l’évocation d’un « prodige » (c’est l’image inversée de la ville aussi le personnage masculin : « le regard de cette femme se
qui l’emporte, celle de la Pompéi antique qui (re)vit), et sur tournait vers lui » (l. 10-11), « le regard velouté de ses yeux
l’apparition d’un personnage mystérieux (« un homme vêtu nocturnes » (l. 51), « ce regard » (l. 51).
à l’antique venait de sortir d’une maison voisine », l. 39-40). 3. Le narrateur insiste sur les différentes parties du corps
d’Arria : les cheveux (« brune », l. 12 ; « ondés et crespelés,
noirs comme ceux de la Nuit », l. 12, « à la mode grecque »,
l. 13) ; le teint (« pâle », l. 12, « son visage d’un ton mat »,
l. 14, « blancheur tranquille du masque », l. 17, métaphore
du théâtre) ; la bouche (« dédaigneusement arquée », l. 16,
« ardeur vivace de sa pourpre enflammée », l. 16, expression
de la passion) ; les yeux (« sombres et doux », l. 14, « regard
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velouté de ses yeux nocturnes », l. 51) ; le cou, les bras et la


poitrine (« belles lignes pures », l. 18, « seins orgueilleux »,
l. 19, « fouillés dans le marbre par Phidias », l. 21, méta-
phores de l’art). Le portrait physique domine, les éléments

4. Sur les traces d’Arria Marcella 53


sont très précis. Les caractéristiques morales sont moins Bilan
développées. Arria semble douce, triste, malheureuse tout La rencontre amoureuse peut s’apparenter à un rêve, car la
en étant sensuelle et passionnée : « doux, chargés d’une jeune fille surgit au hasard. Elle se distingue par son extrême
indéfinissable expression de tristesse voluptueuse et d’ennui beauté, digne des statues antiques. Son tempérament est
passionné » (l. 14-15). fait de contrastes très forts (« si froide et si ardente) ; elle
4. De ce portrait se dégage une impression d’admiration face à semble appartenir à deux mondes, les morts et les vivants.
la beauté (images artistiques) et de sensualité (lexique : « sein », Le héros, quant à lui, subit un choc physique et effectif très
« gorge »…). Le portrait est fait de constantes oppositions : Arria violent face à cette « créature d’une beauté merveilleuse ».
est tellement merveilleuse et hors du commun que le narrateur Le réel n’existe plus pour lui.
n’arrive pas à la décrire autrement que par des séries d’oppo-
sitions : « tristesse voluptueuse » (l. 15) ; « ennui passionné »
(l. 15) ; « si calme et si passionnée, si froide et si ardente, si
morte et si vivace » (l. 39-41). Les adjectifs sont à leur plus
haut degré avec le « si » intensif et les couples d’antonymes.
Lecture 4 p. 92-93
Une expérience extraordinaire
5. Le héros est troublé et bouleversé. Ses sens visuels et
auditifs sont perturbés : double négation (l. 2). Octavien se L’amour en cendres
désintéresse de la pièce de théâtre : « il venait d’apercevoir
une créature d’une beauté merveilleuse ». Les comparai- Objectifs
sons « tout disparut comme dans un songe », « s’éclipsèrent • Étudier la chute d’une nouvelle fantastique.
comme les étoiles devant Phœbé », la répétition « tout s’éva- • Identifier les thèmes du fantastique dans le dénouement
nouit, tout disparut », l’hyperbole « éloignement infini » du récit.
montrent l’insistance ; le cadre de la représentation théâ-
trale n’existe plus. Il ressent en même temps des sensations La rencontre entre Octavien et Arria se prolonge dans la
physiques très fortes : « comme une commotion électrique » demeure de cette dernière. Tous deux se sont avoué leur amour.
(l. 9), « troubla magnétiquement » (l. 23) ; il s’agit d’images L’intervention d’Arrius Diomèdes, figure du père sévère, préci-
empruntées à la nature (forces physiques) qui traduisent pite la chute de la nouvelle.
la violence du choc. Le coup de foudre semble finalement
réciproque : Arria parle à l’oreille de sa voisine.
6. Octavien veut rester objectif mais il se laisse glisser dans
cet univers étrange sans résister : il devient objet gramma- O Quelle est la place du surnaturel dans la chute
tical, « la vue […] troubla […] Octavien » (l. 22-24). Il vit une
de la nouvelle ?
expérience extraordinaire. Des termes appartiennent au
lexique de l’étrange : « un prodige », « la roue du temps », Découvrir les textes
« une chimère » (deux occurrences, l. 35-36). 1. Le couple se trouve dans la maison d’Arria, dans la salle du
7. Le portrait d’Arria est fait de termes antithétiques : « si festin (« le lit du festin », l. 46, « tels qu’on dut les découvrir
calme et si passionnée, « si froide et si ardente », « si morte en déblayant la maison d’Arrius Diomèdes », l. 49-50).
et si vivace » qui montrent son appartenance à deux mondes, 2. Le rêve prend fin quand le père fait irruption dans la maison
celui des morts et celui des vivants. C’est la figure d’une mais surtout quand il prononce les paroles de la malédic-
revenante, d’un fantôme, d’une ombre… tion qui réduisent Arria en cendres : « fit tomber des joues
d’Arria… ». C’est le son de la cloche (« la cloche lointaine »,
S’exprimer à l’écrit l. 39, « à ce son », l. 42), qui, symboliquement, annonce la fin
du rêve, comme si Octavien devait se réveiller.
Décrire un personnage
8. Cet exercice d’écriture a pour objectif de réinvestir les
caractéristiques de la rencontre amoureuse et d’établir un
Analyser et interpréter les textes
parallèle entre les deux points de vue (celui d’Octavien L’apparition du vieillard
et celui d’Arria). Les critères de réussite pourront être les 3. Le vieillard joue le rôle du « deus ex machina » qui préci-
suivants : épouser le point de vue d’Arria (point de vue pite la chute de la nouvelle. Il met fin à « l’existence » de sa
interne, lexique du regard), brosser le portrait du héros fille : il la condamne au nom de la vie qu’elle mène, immorale
(marques de la subjectivité, de la sensualité) ; présence d’un à ses yeux, puis prononce les paroles qui la font disparaître à
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portrait physique (jeunesse, beauté, élégance…) et d’un nouveau. Par conséquent il met fin au bonheur des amants.
portrait moral (exaltation) ; prise en compte de la présence 4. Arrius emploie essentiellement des phrases interrogatives
d’un tiers, dépositaire de la confidence ; utilisation de (deux premières phrases du premier paragraphe) : c’est le
quelques images ; correction de la langue. ton de la colère et de la réprimande. Il recourt ensuite à

54
des phrases injonctives : « Tais-toi, ne me parle pas », « laisse
aller », « ne l’attire plus », « retourne », « abandonne », dans L’Antiquité et nous p. 94-95
sa deuxième réplique (l. 10-16), qui sont des ordres (mode
impératif), des exhortations à changer de « vie ».
5. Le personnage surgit du néant sans que le lecteur soit Villas pompéiennes
préparé à son arrivée, qui se fait de manière impromptue
et brutale.
Objectif
• Parcourir les villas de Pompéi pour découvrir les vestiges
La disparition de la femme amoureuse de la vie quotidienne.
6. Arria supplie son père en recourant elle aussi à des
phrases injonctives (« ne m’accablez pas », « laissez-moi
jouir de cette existence »). Elle cherche à susciter sa pitié ; Le parcours invite les élèves à découvrir la vie quotidienne
elle revendique son droit au bonheur à travers l’amour et à Pompéi, à travers un seul type d’habitat : les riches villas.
défend ses croyances anciennes (paganisme). Elles sont présentées sous différents aspects : intérieur
7. Arria prône une conception « épicurienne » de l’amour à avec des pièces telles que l’atrium, des décorations faites
travers les valeurs de l’ancienne religion qu’elle incarne : « la de fresques et de mosaïques, extérieur avec jardin, péristyle
vie, la jeunesse, la beauté, le plaisir » (l. 8). Arrius condamne et statuette. C’est l’occasion d’approfondir le lexique de l’art.
vivement cette vision, il incarne un autre système de valeurs, On pourra également faire le lien avec la description de la
inspiré du christianisme. Il condamne la luxure avec virulence : villa de Diomèdes dans la nouvelle de Gautier.
« tes impures séductions » (l. 11), « tes amants asiatiques » (l. 13).
8. Octavien est en état de choc, à l’instar de la scène de Comprendre les documents
rencontre, mais le degré est très intense. Il se fige : « pâle, 1. Marcus Lucretius Fronto était un riche propriétaire, car sa
glacé d’horreur » (l. 17). Il éprouve un sentiment d’effroi. demeure constitue un type d’habitat particulier : une villa,
Il perd l’usage de la parole et finit par tomber en syncope une domus de Patricien. Elle se distingue par son ampleur,
(« Il poussa un cri terrible et perdit connaissance », l. 51). La ses agréments (atrium spacieux avec présence de l’eau qui
disparition participe du surnaturel : arrivée inattendue du père rafraîchit), ses décorations : colonnes et murs peints, présence
moralisateur, lui-même appartenant au monde des morts ; d’objets (statues), personnage féminin se reposant…
châtiment violent infligé à sa fille réduite en poussières... 2. Les œuvres d’art appartiennent à plusieurs domaines : des
mosaïques, des peintures, des statues. Différents thèmes
S’exprimer à l’oral apparaissent : la nature avec les colombes (3), le masque de
Interpréter un dialogue théâtre (5), l’initiation à un rituel religieux (4), la représen-
tation d’un faune, créature de la mythologie (6).
9. Il s’agira dans un premier temps, avant l’expression orale 3. La maison de Diomèdes se caractérise par sa gran-
à proprement parler, de faire distinguer par les élèves, dans deur, comme le montre la photographie du jardin (2), et
le texte, ce qui relève du dialogue, et ce qui relève du récit. par la recherche de l’agrément (vaste portique favorisant
On pourra suggérer aussi une rapide réécriture au brouillon les promenades à l’ombre). La nature y était entièrement
de l’extrait avant le passage à l’oral. Lors de l’interprétation domestiquée. Le péristyle (galerie de colonnes) est repré-
du dialogue par les élèves, on veillera à ce que les prises de senté ; ses ruines donnent une idée de leur importance.
parole soient respectées (père/fille) et à ce que la lecture 4. L’extérieur se caractérise par la hauteur (étage), les orne-
soit expressive : ton accusateur et moralisateur du père face ments de valeur (toit avec acrotère), la végétation luxuriante
à la supplique de la fille. (lauriers, myrtes, grenadiers). Des éléments intérieurs sont
communs : caractère vaste de la demeure (étage), profu-
Bilan sion de décorations (mosaïques et peintures dans le premier
Arria appartient au monde des morts ; son retour chez les paragraphe), matériaux de qualité (peintures colorées, stuc
vivants ne peut être que transitoire ou éphémère (on pourra et marbre).
y voir la référence au mythe d’Orphée et d’Eurydice). Elle 5. Il s’agit d’un mode de vie réservé à une élite sociale
représente un idéal amoureux, donc chimérique, qui ne peut (les patriciens) et à de riches propriétaires. Les villas
exister. Elle incarne aussi la mort ou la fin de l’ancienne reli- pompéiennes présentent, à l’extérieur et à l’intérieur, des
gion, le paganisme, face au christianisme qui s’est imposé. décorations très abondantes et de belle facture qui reflètent
un art de vivre raffiné.
L’histoire des mots
Les élèves devraient trouver sans trop de difficultés de nom- À vous de créer
© Éditions Belin, 2016

breux exemples (« inutile », « inaccessible », « impossible »,


« incroyable »…), mais il conviendra de bien distinguer les mots On pourra demander aux élèves de chercher dans un livre,
dans lesquels le préfixe a bien un sens négatif. On pourra suggérer un manuel au CDI ou sur Internet une villa qui plaise par sa
l’utilisation d’un dictionnaire. grandeur et la qualité de ses ornements. On pourra ensuite

4. Sur les traces d’Arria Marcella 55


noire coagulée » qui se transforme peu à peu sous le regard
constituer la fiche d’identité de la villa : son emplacement
esthétisant et sensuel du narrateur comme du personnage :
(la situer dans le plan de la ville), la date de sa découverte,
« un moule de statue… la coupe d’un sein admirable ». L’objet
le nom éventuel de son propriétaire dans l’Antiquité, ses
est assimilé ensuite à « cette noble forme » (valeur empha-
dimensions possibles, les types de vestiges, les pièces que
tique) qui devient « la rondeur d’une gorge », « ce cachet de
l’on peut identifier, les éléments d’architecture, les déco-
beauté ». L’objet fascine d’emblée Octavien.
rations (sols et murs), les objets retrouvés sur le site… Les
5. Le Vésuve est présenté tout d’abord comme un volcan :
élèves prépareront le commentaire de chaque image en
« cône, laves », mais se transforme vite en tableau avec ses
précisant la partie de la villa, en décrivant l’espace et en le
formes (« stries, cône ») et ses couleurs (« laves bleues, roses,
caractérisant (grandeur, architecture, décoration…). Il s’agira
violettes, mordorées par le soleil »). Il est assimilé ensuite
de guider le visiteur ou l’auditeur dans les différentes pièces
à un phénomène météorologique : « on eût pu le prendre
de la maison et dans le ou les jardins. Afin de rendre cette
pour un de ces nuages ». Enfin, il est personnifié, devenant
visite interactive, les élèves auront la possibilité d’enregis-
un homme à part entière : « d’humeur débonnaire… fumait
trer le texte à l’aide d’un logiciel gratuit de type Audacity
sa pipe… ses pieds ». La fumée augmente l’impression de
en veillant à la clarté du propos, à son organisation et à
mystère.
la correction de la langue, ainsi qu’au caractère audible de
6. La villa d’Arrius Diomèdes se caractérise par : son statut
l’enregistrement.
social (« une des habitations les plus considérables de
Pompéi »), son ampleur (maison avec étage, patio, terrasse),
la richesse de ses ornements extérieurs (acrotères) et intéri-
eurs (peintures polychromes, mosaïques, objets décoratifs),
les matériaux (marbre), le jardin. La découverte de la villa
Lecture intégrale p. 28 provoque une vive émotion chez Octavien. Son destin
semble déjà lié à cette riche demeure et au passé de ses
habitants. La longue description de ces lieux lors de la
Lire Arria Marcella, visite diurne joue un rôle déterminant dans l’économie de
la nouvelle, puisque l’avenir du héros est désormais engagé
Souvenir de Pompéi, sur les traces d’Arria.

de Théophile Gautier 2. La promenade nocturne d’Octavien


7. Dès qu’Octavien pénètre de nuit dans « la ville morte »,
Ce parcours peut être proposé une fois la lecture cursive
les repères temporels sont perturbés. L’oxymore « ce jour
réalisée par la classe. Il peut aussi accompagner chaque
nocturne » intrigue déjà le lecteur. La suite confirme cette
lecture analytique pour mieux guider les lecteurs plus lents.
impression : les repères sont brouillés. Le commentaire du
L’objectif de cette lecture intégrale sera de dégager la struc-
narrateur «  l’éruption n’avait pas eu lieu ou bien l’aiguille du
ture narrative de l’œuvre et de s’interroger sur les enjeux
temps avait reculé de vingt heures séculaires sur le cadran
d’une nouvelle fantastique en lien avec l’Antiquité. Le thème
de l’éternité » montre le dérèglement du temps. L’objet
du passé qui s’anime est en effet un lieu commun du genre
mentionné, la montre du personnage, insiste sur la pertur-
fantastique. On pourra suggérer en complément la lecture
bation des repères; il existe un contraste, voire un paradoxe
des autres nouvelles du recueil du Livre de poche.
entre l’heure affirmée (minuit) et les marques patentes du
lever du soleil.
1. Du musée de Naples aux ruines de Pompéi 8. Le narrateur fait revivre l’antique Pompéi à la faveur
1. Le lecteur peut s’interroger sur l’époque à laquelle se d’une nouvelle description de la villa d’Arrius Diomèdes ;
déroule l’histoire (l’Antiquité ?), sur le lieu (Pompéi antique elle surgit restaurée. Des changements sont apparus par
ou moderne ?), sur le personnage éponyme (l’héroïne ?), sur rapport à la visite diurne qui a permis de découvrir une
le genre (une nouvelle, un roman, un récit de voyage ?). On maison en ruine : maison rehaussée d’un étage, disparition
peut prolonger la réflexion par une étude comparée des des crevasses, peintures fraîches, fleurs dans le jardin. Le
couvertures de différentes éditions. narrateur peuple la ville de ses habitants, un esclave avec un
2. Le récit commence à l’occasion de la visite du musée panier, un bouvier, des paysans avec des victuailles, les rues
archéologique de Naples (Studj) et à l’époque moderne : sont animées, on parle latin : « Advena salve », un dialogue
plusieurs références au chemin de fer apparaissent. s’instaure entre Octavien et Rufus Holconius. C’est la vie
3. « Trois jeunes gens, trois amis » : ainsi commence le récit. quotidienne qui est restituée à travers une atmosphère.
Octavien, le plus jeune, porte un prénom d’origine latine. Il 9. Le héros est troublé, puis bouleversé par l’apparition
© Éditions Belin, 2016

est très intéressé, voire intrigué par un objet du musée. Max d’Arria, « créature d’une beauté merveilleuse ». C’est une
et Fabio sont plus pressés et détachés. scène de rencontre traditionnelle avec le choc physique du
4. L’objet est présenté de manière progressive dès le troi- héros qui ne voit plus, qui n’entend plus (« comme une
sième paragraphe. C’est tout d’abord « un morceau de cendre

56
commotion électrique ») et affectif (« troubla magnétique- Écrire un article pour le blog du collège
ment Octavien »). On pourra donner aux élèves les conseils suivants pour cette
10. Des jeux de contrastes apparaissent. Arria est décrite activité d’écriture :
avec des couleurs sombres (« brune », cheveux noirs », « yeux • Présenter le contexte de production : fascination des
sombres »), claires (« brillaient » « blancheur ») et vives (« sa romantiques pour l’Antiquité et tradition du voyage en Italie.
pourpre enflammée ») ; elle appartient à deux mondes, celui • S’attacher au cadre spatio-temporel de la nouvelle ; érup-
des morts et des vivants. Ces oppositions se retrouvent dans tion du Vésuve en 79, Pompéi antique et moderne.
la description de la demeure qui présente des matériaux et • Veiller à caractériser les protagonistes : Arria Marcella, fille
des décorations aux couleurs claires (marbre par exemple) d’Arrius Diomèdes et Octavien, les comparses (Max et Fabio).
et chaudes (les ocres notamment). Le personnage et sa • Dégager l’intérêt de la nouvelle : rêve pompéien, amour
demeure sont à l’unisson. obsessionnel et chimérique…
11. Elle est en quête d’amour (« ton désir m’a rendu la vie ») • Veiller à s’exprimer dans une langue correcte à l’écrit.
et de sensualité.
12. Arrius Diomèdes, le père d’Arria, incarne l’autorité du
« pater familias » qui vient fustiger la conduite de sa fille
qu’il juge immorale. Il représente le christianisme, quand
Arria défend l’ancienne religion, le paganisme. La disparition
d’Arria à deux reprises symbolise la mort du paganisme. Vocabulaire p. 97
13. Le temps se dérègle, les Pompéiens ressuscitent (habi-
tants se promenant dans les rues et remplissant les activités
ordinaires de la vie), les villas retrouvent leur éclat d’antan,
Arria et Arrius, le père et la fille, s’affrontent, Arria disparaît
Sens et sensations
à nouveau et retourne à l’état de cendres… dans l’univers fantastique
3. La fin d’un rêve Objectif
14. Le lever du soleil, le son de cloches, le réveil de Max et • Explorer le lexique des sens et des sensations.
de Fabio, la syncope d’Octavien ramènent le lecteur dans
une autre temporalité et à la réalité.
Il sera utile d’étudier les attitudes et les réactions des prota-
15. Le retour au réel est aussi douloureux que difficile pour
gonistes, Arria Marcella et Octavien, en s’appuyant sur le
le héros, « en proie à une mélancolie morne ». La narration
lexique des sens, des sensations, voire des sentiments,
s’accélère, car Arria a disparu ; « l’hallucination ne se renou-
qui occupe une place très importante dans la nouvelle. Ce
vela pas ». Octavien ne parle pas de cette rencontre à ses
lexique sera fondamental pour la lecture et l’étude d’autres
amis, car il a « peine à reprendre le sentiment de la vie réelle ».
textes fantastiques.
16. C’est l’image de la Pompéi en ruine (« il ne vit que des
lézards fuyant sur les pierres ») qui contraste avec l’aventure
pittoresque et étrange que vient de vivre le héros.
Exprimer des sensations
17. La nouvelle s’achève sur l’évocation de l’état physique et 1. Les sens renvoient aux perceptions des objets ou de la
affectif du héros, « en proie à une mélancolie morne ». Son réalité par les organes du corps. Ainsi, l’ouïe permet d’en-
amour perdu, il demeure inconsolable. Rêve ou réalité ? Sa vision tendre, la vue de voir, l’odorat de sentir, le goût permet
de l’amour absolu demeure un idéal impossible à atteindre. d’apprécier par la bouche et le toucher par le contact.
Il s’est marié mais seulement « en désespoir de cause » et sa Les sensations désignent la stimulation de l’un de ces
femme sent bien qu’il est « amoureux d’une autre ». organes (ex. : les sensations olfactives). Cela caractérise l’état
physique ou psychologique lié aux impressions ressenties.
Ex. : une sensation de vertige, une sensation de faim.
Bilan
2. a. Vue : apercevoir • considérer • contempler • découvrir •
Créer un diaporama dévisager • lorgner • regarder • discerner • distinguer • mirer
On pourra donner aux élèves les conseils suivants, préalables • observer • entrevoir • épier
à la réalisation du diaporama : Ouïe : auditionner • écouter
• Structurer le récit en délimitant les différentes parties de la Odorat : parfumer • émaner • embaumer • empester •
trame narrative ; s’appuyer sur les repères spatiaux (musée empuantir • exhaler • fleurer • imprégner • dégager
de Naples et Pompéi moderne vers l’antique cité) et tempo- Goût : déguster
rels (Pompéi au xixe siècle et en 79 sous le règne de Titus). Toucher : attraper • caresser • chatouiller • chiffonner • mani-
© Éditions Belin, 2016

• Caractériser chaque étape de l’itinéraire du héros en lui puler • masser • palper • manier • frotter • heurter • friper •
donnant un titre ; préciser les sensations, les sentiments et froisser • frôler • effleurer
l’état d’esprit d’Octavien face aux découvertes qu’il fait.

4. Sur les traces d’Arria Marcella 57


b. à vous d’écrire !
Organe Sens Adjectif Champ lexical 5. Au préalable, les élèves pourront s’interroger sur les
Œil Vue Visuel Apercevoir, voir, … raisons qui suscitent la peur et l’angoisse : présence cachée
Nez Odorat Olfactif Sentir, humer, … d’animaux ou d’hommes, interprétation abusive des bruits,
vision troublée… Cela pourra donner lieu à un échange oral
Bouche Goût Gustatif Goûter, épicer, adoucir, …
en classe. Ensuite, on invitera les élèves à choisir un décor
Oreille Ouïe Auditif Écouter, entendre, … étrange qui fait peur : une rue nocturne avec des ombres,
Peau Toucher Tactile Sentir, effleurer, … une forêt peuplée de cris, une maison remplie de bruits…
3. Voir Pour la rédaction à proprement parler, on veillera à ce que
– Avec attention : examiner, épier, dévisager, guetter, inspecter, les élèves exploitent le lexique des sens et des sensations,
observer, regarder, viser, fixer, espionner, scruter, surveiller qu’ils adoptent la marque de l’énonciation (« je »). Enfin, le
– Avec émerveillement : admirer, être subjugué ou émerveillé… respect de la longueur fixée (une dizaine de lignes) fera
– Sans pouvoir détacher les yeux : être fasciné, contempler, partie des critères d’évaluation.
dévorer des yeux, être hypnotisé par... 6. Cet exercice d’écriture vise à exploiter les connaissances
– Brutalement : découvrir, constater, remarquer, sauter aux yeux... acquises sur les caractéristiques du fantastique ainsi que
– Rapidement : jeter un coup d’œil, saisir à la dérobée, viser le lexique des sens et des sensations. Par ailleurs, cela
du coin de l’œil…. permettra à l’élève de prendre conscience de l’étendue des
Entendre possibilités d’écriture fantastique. On pourra fonder l’éva-
– Un bruit agréable peut : bercer, caresser, charmer, réjouir... luation sur les critères suivants :
– Un bruit désagréable peut : agresser, déchirer les tympans... • choix d’un objet qui s’anime (par exemple, un personnage
Sentir dans un tableau ou une nouvelle, un objet du quotidien…) ;
– Sentir bon : embaumer, fleurer, parfumer, exhaler… • respect des caractéristiques du fantastique : irruption de
– Sentir mauvais : empester, empuantir, infecter… l’étrange ; atmosphère oppressante ; expression des sens,
Goûter sensations et sentiments (peur, angoisse, frayeur, folie…) ;
– Avec rapidité : avaler, croquer, boire, ingurgiter, dévorer… limites floues entre le réel et l’irréel ; ambiguïtés suscitant
– Avec plaisir : savourer, déguster, siroter, se délecter… le doute et le malaise du lecteur ;
Toucher • mobilisation des procédés d’écriture : énonciation (je),
– Avec brutalité : cogner, appuyer, frotter, heurter, saisir... point de vue interne, description du cadre spatio-temporel,
– Avec douceur : caresser, câliner, enlacer, flatter, chatouiller... lexique des sens, des sensations et des sentiments…
– Avec insistance : presser, tripoter, palper, pétrir, presser, tâter,
frictionner, frotter, masser...
– Avec légèreté : effleurer, frôler, égratigner, érafler, écorcher,
chatouiller...
– Avec hésitation : tâtonner, tâter… S’exprimer p. 98

Exploiter l’expression des sens dans le fantas-


tique À l’oral
4. a.
Présenter un extrait de récit fantastique
L’objectif de cette activité est de mobiliser, dans un premier
Vue Ouïe
temps, ses acquis (les caractéristiques du fantastique) pour
« voir », « vagues formes « sourds chuchotements », lire un nouveau texte, puis de réinvestir le lexique des sens
humaines », « ombre », « rumeur indéfinie »,
et des sensations. Les élèves sont invités à découvrir un
« s’évanouissaient », « portion « le silence », « quelque
éclairée », « quelque bourdonnement de ses
autre auteur, Prosper Mérimée, dans une nouvelle fantas-
papillonnement de ses oreilles », « soupir de la brise tique qui a un lien avec l’Antiquité et qui présente une figure
yeux », « jeu d’optique, ces marine », « tout bruit », « même féminine : La Vénus d’Ille.
formes entrevues », « d’êtres le silence », « ces bruits 1. Les éléments suivants se rapportent aux perceptions
invisibles » indistincts » visuelles ou auditives qui sont très sollicitées : « j’entendis »,
b. « Cependant il éprouvait une espèce d’angoisse involon- « j’avais entendu », « je n’imaginais », « j’allais refermer les
taire, un léger frisson, qui pouvait être causé par l’air froid de yeux », « mon attention », « je distinguai ». Les éléments
la nuit, et faisait frémir sa peau » : le narrateur ressent ici des suivants concernent la création d’un univers sonore quelque
sensations physiques (« frisson », « frémir ») qui donnent lieu peu inquiétant : « j’entendis distinctement les mêmes pas
© Éditions Belin, 2016

à un sentiment (« angoisse »). Par ailleurs, Octavien, troublé lourds », « mon attention fut de nouveau excitée par des
par les éléments appartenant au passé de Pompéi, se croit trépignements étranges », « le tintement des sonnettes et
victime d’hallucinations visuelles ou auditives. le bruit des portes », « je distinguai des cris confus ». Ils
peuvent être mis en valeur lors de la lecture.

58
2. Les caractéristiques du fantastique apparaissent dans inquiétantes ; le brouillage des indices spatio-temporels ;
l’extrait : présence de bruits étranges répétés, atmosphère des ambiguïtés dans le récit suscitant le doute et le malaise
au petit matin, personnage-narrateur (je) qui s’interroge du lecteur…
sur la cause des bruits et qui s’inquiète peu à peu ; champ 5. La scène de rencontre amoureuse se caractérise par son
lexical du bruit... aspect soudain, par un jeu de regards partagés ou non, par un
3. Le surnaturel fait une irruption brutale dans le quotidien choc physique et affectif qui bouleverse la vie des personnages.
matinal. Il se manifeste sous la forme sonore, comme le
suggère le champ lexical des bruits et des cris dont l’origine
n’est pas identifiée. Le personnage-narrateur cherche une
explication rationnelle mais elle reste en attente. La tension
monte peu à peu. Le lecteur s’interroge aussi sur la nature Évaluation complémentaire
des faits.
4. L’exposé oral devant la classe mobilise des compétences : On pourra proposer l’évaluation complémentaire aux pages
parler distinctement sans lire ses notes, regarder l’auditoire, suivantes, qui s’appuie sur un extrait de nouvelle fantastique
le convaincre du propos tenu. de Maupassant. Les élèves pourront esquisser un parallèle
entre l’apparition d’Arria Marcella dans la Pompéi antique et
À l’écrit cette « grande femme vêtue de blanc » dont parle le narra-
Imaginer un retour dans le passé teur dans la nouvelle « Apparition ».
Lors du travail préalable au brouillon, on pourra détermi-
ner avec les élèves les étapes de la séquence narrative. On 1. Lire un extrait de nouvelle fantastique
rappellera si nécessaire les caractéristiques du fantastique 1. La narration est menée à la première personne du singu-
(cadre spatio-temporel étrange, importance des perceptions, lier. Les marques de cette personne ponctuent l’extrait : « Je
marques de l’incertitude dans la recherche de l’explication, m’écarquillais », « me regardait », « je faillis », « me courut
lexique du doute…). Les critères d’évaluation pourront être dans les membres »…, en fonction sujet ou complément. Le
les suivants : présence d’une description précise du lieu et narrateur est en même temps le personnage.
de l’époque (retour en arrière) retenus, bref portrait de la 2. Des sensations de divers types se retrouvent dans l’extrait.
personne rencontrée, célèbre ou non, homme ou femme, Elles sont d’ordre visuel : « Je m’écarquillais les yeux », « me
insistance sur les réactions du personnage-narrateur, emploi regardait », le personnage-narrateur apparaissant tantôt
du lexique de l’étrange, installation du doute entre une expli- comme sujet, tantôt comme objet. Elles deviennent très
cation rationnelle ou surnaturelle. vite tactiles : « sentir un frôlement derrière moi », « un autre
mouvement […] me fit passer sur la peau un petit frisson
Compétences désagréable », « soupir, poussé contre mon épaule ». Elles
D1, 2, 3 • Pratiquer le compte rendu. sont aussi de nature auditive : « entendre », « soupir ». Ces
D1, 2, 3 • Pratiquer l’écriture d’invention. sensations parfois mêlées participent de l’atmosphère du
surnaturel, en raison de leur caractère étrange et inquiétant.
3. Le champ lexical de la peur domine dans le troisième
paragraphe. La peur est déjà suggérée dans le premier para-
graphe de manière implicite à travers la mobilisation des
sens. La comparaison finale « comme un lâche » explicite
Faire le point p. 99 ce sentiment. L’apparition féminine dans le deuxième para-
graphe provoque la peur qui se transforme peu à peu en
angoisse. Le dernier paragraphe décrit la réaction physique
1. L’éruption du Vésuve et la destruction des cités Pompéi et psychique du personnage-narrateur terrassé par la peur. Il
ou Herculanum. décrit les effets sur son corps en recourant à des expressions
2. Fantastique vient du grec « phantastikos » signifiant « qui précises et violentes : « une telle secousse », « courut dans les
imagine des choses irréelles, qui se crée des illusions ». À membres », « faillis m’abattre à la renverse », « le corps entier
partir du xviie, le mot s’applique à ce qui est étrange. Au devient mou », « l’intérieur de nous s’écroule ». Le mental est
xxe siècle, il s’utilise pour nommer un genre de récit jouant affecté lui aussi : « ces épouvantables […] terreurs », « l’âme
sur l’extraordinaire. se fond ». Le héros est peu à peu dépossédé de ses capacités
3. Auteurs de nouvelles fantastiques en France : Théophile physiques et psychiques. L’emploi de tous ces termes vise
Gautier, Prosper Mérimée, Auguste Villiers de l’Isle-Adam et à produire la même sensation d’effroi et de panique chez
Guy de Maupassant au xixe siècle.
© Éditions Belin, 2016

le lecteur.
4. Caractéristiques du fantastique : une fiction qui va des 4. L’apparition est mise en valeur dans le récit par différents
limites du réel à un imaginaire proche du rêve ; l’irruption moyens. Elle est préparée dans le premier paragraphe par la
de l’étrange dans un décor ordinaire ; des atmosphères description des sensations qu’éprouve le personnage et par

4. Sur les traces d’Arria Marcella 59


la montée progressive de l’angoisse. Le paragraphe central, mène bouleverse les sens et les sentiments du personnage
consacré à l’apparition de la figure féminine, se caractérise en proie à la terreur. L’explication du phénomène n’est pas
par son extrême concision ; il est en effet constitué d’une proposée au lecteur qui éprouve un malaise. Le doute est
seule phrase brève. Le narrateur-personnage est réduit à maintenu.
l’état d’objet grammatical : « me regardait », le sujet étant
l’apparition : « une grande femme ». Cette dernière n’est pas 2. Écrire une suite de texte
décrite avec précision. Maupassant fait appel à l’imagination
6. L’objectif de cet exercice d’écriture est de vérifier la capa-
du lecteur.
cité de l’élève à établir une cohérence avec le texte source, à
5. Cette nouvelle appartient au genre fantastique. Le quoti-
construire un récit structuré et progressif, à réutiliser le voca-
dien réaliste du narrateur-personnage, qui est en quête de
bulaire des sens et des sensations étudié dans la séquence,
documents, est tout à coup bouleversé par des événements
et à maintenir l’ambiguïté et le doute jusqu’à la fin du récit.
quelque peu inexplicables : il entend et ressent des soupirs.
Il s’agira également d’utiliser les temps qui conviennent :
Les sensations sont décrites avec précision, le sentiment
imparfait et passé simple de l’indicatif et présent de vérité
de peur-panique envahit progressivement le héros, qui est
générale.
confronté à une apparition. Quelle est la nature de cette
intrusion féminine : naturelle ou surnaturelle ? Ce phéno-

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60
Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Apparition

La scène se passe dans un château. Le narrateur a été chargé par un ami, qui
a perdu son épouse, de récupérer des papiers dans la demeure qu’il a quittée.

Je m’écarquillais les yeux à déchiffrer les suscriptions1, quand je crus


entendre ou plutôt sentir un frôlement derrière moi. Je n’y pris point
garde, pensant qu’un courant d’air avait fait remuer quelque étoffe. Mais,
au bout d’une minute, un autre mouvement, presque indistinct, me fit
5 passer sur la peau un singulier petit frisson désagréable. C’était telle-
ment bête d’être ému, même à peine, que je ne voulus pas me retourner,
par pudeur pour moi-même. Je venais alors de découvrir la seconde des
liasses qu’il me fallait ; et je trouvais justement la troisième, quand un
grand et pénible soupir, poussé contre mon épaule, me fit faire un bond
10 de fou à deux mètres de là. Dans mon élan je m’étais retourné, la main
sur la poignée de mon sabre, et certes, si je ne l’avais pas senti à mon côté,
je me serais enfui comme un lâche.
Une grande femme vêtue de blanc me regardait, debout derrière le
fauteuil où j’étais assis une seconde plus tôt.
15 Une telle secousse me courut dans les membres que je faillis
m’abattre à la renverse ! Oh ! personne ne peut comprendre, à moins de les
avoir ressenties, ces épouvantables et stupides terreurs. L’âme se fond ; on
ne sent plus son cœur ; le corps entier devient mou comme une éponge,
on dirait que tout l’intérieur de nous s’écroule.
20 Je ne crois pas aux fantômes ; eh bien ! j’ai défailli sous la hideuse2
peur des morts, et j’ai souffert, oh ! souffert en quelques instants plus
qu’en tout le reste de ma vie, dans l’angoisse irrésistible des épouvantes
surnaturelles.
Guy de Maupassant, Apparition, 1883.

1. Suscriptions : adresses écrites sur une enveloppe. 2. Hideuse : ignoble.

1. Lire un extrait de nouvelle fantastique


1. À quelle personne se fait la narration ? Quel est le point de vue adopté ?
© Éditions Belin, 2016

•••

4. Sur les traces d’Arria Marcella


2. Quelles sensations sont décrites dans l’extrait ? Justifiez votre réponse.

3. Quel est le champ lexical dominant dans le troisième paragraphe ? Relevez des exemples. Quel est l’effet
produit par ces termes?

4. Comment l’apparition est-elle mise en valeur dans le récit ? Justifiez votre réponse.

5. Quels éléments permettent d’affirmer que cette nouvelle appartient au genre fantastique ? Illustrez votre
propos.

2. Écrire une suite de texte


6. Imaginez la suite immédiate de ce récit en le menant à son terme. Vous veillerez à ménager le doute sur
la nature de l’apparition et à proposer une double explication du phénomène, rationnelle et irrationnelle.

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5
u e nce
séq La fiction pour interroger le réel

p. 100-105

La nouvelle fantastique
dont vous êtes l’auteur
Ateliit uerr
e
d’écr

étape 1 • Définir la situation initiale


Objectif
• Réinvestir à l’écrit ses connaissances sur le fantastique. 1 Comprendre le début d’une nouvelle
fantastique
Compétences 1. « Il y a deux ans, dit-elle, quand je fus si malade… » : les
• Exploiter des lectures pour enrichir son récit. pronoms « je » et « elle » représentent un seul et même
• Pratiquer l’écriture d’invention. personnage héros du récit. « Elle » est le personnage qui
• Adopter des stratégies et procédures d’écriture efficaces. rapporte son histoire au narrateur, « je » est ce même
personnage qui revit son histoire passée. Le fait qu’elle
Présentation de la séquence raconte son histoire au passé (indicatif imparfait essen-
Cet atelier sera l’occasion de réinvestir les acquis tiellement) à un narrateur témoin la rend plus crédible
précédents (séquences 3 et 4), de mettre en œuvre encore.
sa connaissance du genre et les procédés d’écriture 2. Au moment des faits qu’il rapporte, le personnage est
étudiés. malade et troublé par un rêve qui se répète à l’identique
Rappelons que les caractéristiques de la nouvelle chaque nuit.
à effet de chute ont été étudiées lors de la première 3. La description de la maison est très précise, très
séquence consacrée à l’étude de La Parure de réaliste : « pierre blanche », « toit d’ardoises », « porte de
Guy de Maupassant. chêne clair ». Le cadre est décrit avec cette même précision
Les étapes proposées suivent pas à pas l’étude d’une donnant à l’ensemble une image très réaliste, loin des
nouvelle fantastique très brève d’André Maurois représentations habituelles des rêves dont les images sont
(« La Maison »), qui peut servir de déclencheur et souvent imprécises et fluctuantes.
de référence. La mise en place de tous les éléments 4. Le rêve s’arrête à la porte de la maison, une maison que
est clairement identifiable : une situation initiale et personne ne vient jamais ouvrir.
un cadre spatio-temporel réalistes ; un personnage
principal quelque peu troublé, l’apparition d’une 2 Définir le cadre de la nouvelle
situation ou d’éléments étranges ; une situation finale Il sera essentiel de bien suivre les étrapes proposées
qui laisse le lecteur dans le doute, entre explication page 101 et notamment de fournir une description à
rationnelle et irrationnelle. la fois précise et inquiétante du lieu choisi et d’évoquer
le trouble du personnage qui sera le héros de l’histoire.
Comme dans la nouvelle d’André Maurois, l’histoire du
personnage peut être rapportée par un narrateur témoin.
Outre le lexique des « sens et sensations dans l’univers
fantastique » proposé page 97, on pourra recourir au voca-
bulaire de la nuit proposé page 70.
© Éditions Belin, 2016

5. La nouvelle fantastique dont vous êtes l’auteur 63


étape 2 • Mettre en place 2 Faire basculer la nouvelle dans le fantastique
une situation inquiétante C’est un phénomène troublant, inattendu qui va faire bascu-
ler la nouvelle : ici, un fantôme qui a fait fuir les propriétaires
1 Comprendre l’apparition de l’étrange et que le domestique affirme avoir « souvent rencontré dans
1. La narratrice donne à son rêve une explication rationnelle : le parc, la nuit ». Les suggestions données sont autant de
il doit s’agir d’une image d’enfance qu’elle fait ressurgir, ce pistes exploitables par les élèves. Les réactions du héros
qui expliquerait cette précision et cette constance du rêve. face à ce phénomène inattendu devront souligner le trouble
Pour s’en assurer et vérifier cette hypothèse, elle décide de produit, orienter vers l’irrationnel. Les œuvres picturales
partir à la recherche de ce château. pourront également servir de support pour imaginer une
2. La succession de connecteurs temporels (« un été », atmosphère fantastique.
« en octobre », « tout l’hiver », « au printemps », « un jour »)
marque chronologiquement l’obstination de la narratrice.
Le dernier « Un jour » annonce nettement qu’un élément
nouveau a surgi. étape 4 • Imaginer le dénouement
3. Rien de ce qu’elle découvre ne diffère de ses rêves, ce qui de la nouvelle
semblerait valider son hypothèse : elle rêve d’un château
qu’elle a vu dans son enfance ou qu’elle connaît déjà. 1 Comprendre la chute d’une nouvelle
fantastique
2 Imaginer les péripéties 1. L’effet de chute est provoqué par cette annonce surpre-
Les textes cités (La cafetière, Le Vase d’or, La Vénus d’Ille), nante faite par le domestique : le fantôme qui hante cette
auxquels on pourrait ajouter Le Portrait ovale d’Edgar Allan maison est la narratrice elle-même.
Poe ou bien encore La Main d’écorché de Maupassant, consti- 2. Impossible de donner une explication sûre à cette histoire.
tuent des supports de référence intéressants dans lesquels Si « je » est un fantôme alors le récit rapporté par le narrateur
on pourra puiser, outre une diversité de situations, un de toute cette histoire en crédibilise l’existence : celle qui lui
lexique et des procédés d’écriture. a confié cette histoire est un fantôme. Si « je » n’est pas un
fantôme, alors, la similitude entre les deux est troublante :
peut-on être le fantôme de soi-même ? Peut-être également
étape 3 • Faire surgir le surnaturel la narratrice est-elle victime de ses troubles hallucinatoires,
de ses rêves : elle aurait alors rapporté une explication qui
1 Découvrir les éléments surnaturels appartient au rêve lui-même. Comme dans toute nouvelle
fantastique, le doute subsistera.
1. Le domestique a un « visage triste », il est très vieux et
« vêtu d’un veston noir ». Il semble usé par le temps.
2. Une explication vient semer le trouble : malgré la présence
d’un domestique, la maison est à vendre, les propriétaires étape 5 • Améliorer son texte
l’ont quittée parce qu’elle est hantée. et le mettre en page
3. Cette explication ne convainc guère la narratrice qui main-
tient son désir de la visiter (« Hantée ? dis-je. Voilà qui ne Toutes les étapes proposées dans cette page et notamment
m’arrêtera guère. Je ne savais pas que, dans les provinces la grille de relecture permettront aux élèves de fournir un
françaises, on croyait encore aux revenants »). travail rigoureux tout en respectant leur liberté de création.
Un exemplaire du livret final composé par la classe pourra
être déposé au CDI. © Éditions Belin, 2016

64
6
u e nce
séq Dire l’amour

p. 106-127

•Dire l’amour en poésie


O Comment la poésie permet-elle d’exprimer les variations du sentiment amoureux ?

Objectifs Entrer dans la séquence p. 109


• Découvrir des poèmes d’amour de l’Antiquité
à nos jours. Cette page invite les élèves à aborder l’analyse du
• Étudier un thème essentiel de la poésie lyrique. sentiment amoureux en poésie par ses manifestations
physiques. Les élèves doivent s’exprimer sur les symp-
Présentation de la séquence tômes de l’état amoureux : les vers de Goethe exposent
Cette séquence s’inscrit dans l’entrée « Se chercher, la difficulté de dissimuler ces sentiments. C’est l’occasion
se construire » du nouveau programme de Français de faire le lien entre littérature et vécu, de faire prendre
cycle 4, traitée sous l’angle « Dire l’amour » en 4e. conscience à chacun que les poèmes qu’ils vont lire leur
Elle répond aux enjeux proposés : découvrir des parlent d’eux, d’expériences possibles. Les activités propo-
poèmes lyriques, explorer les variations du sentiment sées invitent à créer un lien entre le texte et le lecteur, à
amoureux et les nuances propres à son expression, déclencher l’expression des sentiments.
s’interroger sur les images et références culturelles Remarque : on pourra évoquer la polysémie des mots
convoquées. Les textes, proposés dans un ordre « feu » et « flamme », et distinguer sens propre et sens
chronologique, permettent de percevoir l’évolution du figuré.
langage poétique et mettent en valeur la complexité
du sentiment amoureux. 1. On acceptera les différentes réponses des élèves, en
veillant à ce que celles-ci soient illustrées par des exemples
Bibliographie concrets.
• Les plus beaux poèmes d’amour de la langue française, dir. 2. La question invite les élèves à réfléchir aux manifesta-
Jean Orizet, Le Livre de poche, 2007. tions physiques mais aussi psychologiques de l’amour. On
• La poésie lyrique (anthologie et dossier), Belin-Gallimard, peut lister d’une part les signes visibles, d’autre part les
« Classico Collège », 2010. signes psychologiques.
• Jean-Louis Joubert, La poésie, Armand Colin, 2015. 3. On pourra élaborer un tableau répertoriant les mani-
festations physiques propres à chaque sentiment. Par
Sites à consulter exemple : colère visage rouge ; bonheur sourire ;
• http://www.maulpoix.net/lelyrisme.htm tristesse yeux qui tombent…
• Pour une définition complète du lyrisme : http://www. 4. On rappellera les codes de la lettre (date, formule d’ap-
etudes-litteraires.com/figures-de-style/lyrisme.php pel, contenu, formule finale, signature…), et on pourra
constituer une liste d’arguments possibles pour aider les
élèves à entrer dans l’écrit. Ils liront leur lettre, puis écou-
teront les impressions de leurs camarades.
© Éditions Belin, 2016

6. Dire l’amour en poésie 65


6. C’est un sonnet, forme poétique venue d’Italie en vogue à
Lecture 1 p. 110-111 la Renaissance. Cette question sera l’occasion de rappeler la
définition des types de rimes (embrassées, croisées…). Ici, le
schéma des rimes est le suivant : ABBA / ABBA / CDC / CDD.
Je vis, je meurs… On pourra se référer à l’exercice 10 p. 123.

Objectifs La poétesse vaincue par l’amour


• Découvrir les caractéristiques de la poésie lyrique. 7. Au vers 9, on comprend l’origine de la douleur : l’Amour.
• Identifier et définir la forme poétique du sonnet. La majuscule crée une allégorie : la représentation concrète
d’une idée abstraite. On pourra proposer en complément
une représentation de Cupidon : la fresque de Raphaël, Le
triomphe de Galatée (villa Farnesina, Rome).
O Comment le poème exprime-t-il la complexité du 8. Deux sentiments s’opposent dans ces strophes. D’une
sentiment amoureux ? part, le bonheur : la poétesse ressent un « chaud extrême »
(v. 2), « brûle » (v. 1), « ri[t] » (v. 5) ; de l’autre la tristesse :
Ce texte inaugural met en valeur la pluralité du sentiment elle endure la « froidure » (v. 2), et pleure (« larmoie », v. 5).
amoureux. C’est l’occasion de définir d’emblée ce qu’est le 9. Le temps utilisé est le présent de l’indicatif qui a une
lyrisme (les questions y pourvoient), et de définir des termes valeur d’habitude.
propres à l’étude de la poésie. Dans ce poème extrait des 10. Aux vers 12-13, l’espoir semble renaître avec le voca-
Sonnets (1555), Louise Labé exprime les tensions extrêmes bulaire mélioratif : « joie », « certaine », « désiré heur ». Mais
provoquées par la passion, faisant ainsi preuve de sincé- le verbe « je crois » (v. 12) sous-entend que tout cela n’est
rité et d’audace pour une femme au xvie siècle. On pourra qu’un leurre, comme le signale le dernier vers.
rappeler ce qu’est un sonnet, forme poétique venue d’Italie 11. a. C’est « Amour » (« il ») qui est sujet. La poétesse subit
en vogue à la Renaissance. l’action de l’amour : le pronom personnel « me » (v. 9 et v. 14)
est COD du verbe.
Découvrir le texte b. L’amour est ici tout-puissant : l’adverbe « inconstamment »
1. Le mot « lyrisme » est formé à partir du mot « lyre », instru- et le verbe « mener » (v. 9) montrent que la poétesse est
ment utilisé par Apollon, dieu de la musique, et Orphée. Ce à sa merci, et le poème s’achève sur le mot « malheur ».
dernier, poète et musicien, attendrissait par son art bêtes Les nombreuses antithèses vues dans les questions 4 et
sauvages, arbres et rochers à tel point qu’ils se déplaçaient 8 signalent que la poétesse est sous l’emprise d’une force
pour le suivre. Pour illustrer ce mythe, on pourra étudier qui la dépasse et fait d’elle ce qu’elle veut. Les vers 10-11
en lecture d’image le tableau de François Boucher (1703- et 12-13 créent une impression de balancement (avec les
1770), Orphée charmant les animaux (musée des Beaux-Arts, expressions « quand je pense », v. 10, et « quand je crois »,
Clermont-Ferrand). v. 12), qui renforce l’idée selon laquelle elle est soumise à
2. Plusieurs hypothèses sont possibles : la poétesse a peut- des sentiments changeants.
être dû endurer plusieurs ruptures douloureuses ; elle est
amoureuse mais l’amour n’est pas réciproque… S’exprimer à l’oral
Réciter un poème
Analyser et interpréter le texte 12. Les élèves pourront proposer une mise en voix expres-
Les contradictions de l’amour sive suite à l’analyse du poème. Ils indiqueront d’un trait les
3. Le poème est écrit par la poétesse à la première personne. pauses légères, et de deux les pauses fortes. Ils pourront
Par ailleurs, on peut noter que le « je » est très présent, effectuer une première lecture avant de passer à la mémo-
presque à chaque vers. risation. On pourra se référer au barème suivant pour la
4. Dans la strophe 1, on note une opposition entre « vis » / notation : mémorisation /10 ; volume /2,5 ; articulation /2,5 ;
« meurs », « chaud extrême » /« froidure », « molle » /« dure », rythme /2,5 ; regard-posture /2,5.
« ennuis » /« joie ». Dans la strophe 2, on relève « ris » /
« larmoie », « plaisir » /« tourment », « sèche » /« verdoie ». Bilan
Dans la strophe 3, on remarque « plus de douleur » /« hors de
On peut dire que ce poème est lyrique car l’auteur exprime, à
peine », « à jamais » /« tout en un coup ». Dans la strophe 4
la première personne, des sentiments personnels. La musica-
s’opposent « désiré heur » et « mon premier malheur ».
lité de la poésie, le vocabulaire expressif, la force des images
5. On relève les mots : « noie », « froidure », « dure »,
© Éditions Belin, 2016

et des figures de style contribuent à nous faire ressentir les


« larmoie », « j’endure », termes à la connotation péjorative.
douleurs et l’instabilité amoureuses vécues par la poétesse.
L’impression générale est donc négative et propose une
Les ressentis et les sentiments de celle qui parle sont au
vision douloureuse de l’amour.
cœur du poème.

66
L’histoire des mots mon front », v. 2), l’odorat (« j’ai respiré parfois la douce
Tripalium en latin désigne un instrument de torture composé de haleine …le parfum », v. 3-4), le goût (« j’ai mis ma lèvre à ta
trois pieux utilisé pour punir les esclaves, les criminels. Il a donné coupe », v. 1, « ta bouche sur ma bouche », v. 8). Ces sensa-
en français le mot « travail » : au Moyen Âge, le verbe « travail- tions évoquent une expérience agréable en lien avec l’amour.
ler » signifiait « torturer », « tourmenter » puis « inquiéter, faire
un effort ». Recherches suggérées : quelle est l’origine des mots 4. Sa place en début de vers, mise en valeur par un rejet,
« gêne » et « labeur » ? donne du poids à cette expression. Après les qualités
sensuelles de la femme aimée, le poète met en avant son
esprit. On pourra se référer à l’exercice 13 p. 123, sur les
coupes en poésie.
5. Elle désigne et valorise la femme aimée grâce à cette
métaphore (voir note p. 125) qui l’associe à une étoile, un
Lecture 2 p. 112-113 soleil, et en fait un objet d’adoration. Cette source de lumière
comble le poète. La suite du vers introduit cependant une
forme d’inquiétude (contenue dans l’expression « hélas !
Puisque j’ai mis ma lèvre voilé toujours ») et laisse à penser que le bonheur prodigué
à ta coupe encor pleine par la femme aimée n’est pas sans obstacles.

L’amour face au temps qui passe


Objectifs 6. Les vers 1, 2 et 4 commencent par l’anaphore « Puisque » :
• Repérer les caractéristiques du lyrisme romantique.
le poète insiste sur tous les bonheurs dont il a profité grâce à
• Aborder des thèmes traditionnels de la poésie amoureuse.
l’amour. L’anaphore, que l’on retrouve dans les deux strophes
suivantes, crée un effet d’attente (qui n’est rompu qu’au
vers 13) et d’accumulation des plaisirs de l’amour.
7. a. Aux vers 1 à 12, les verbes sont conjugués surtout
O En quoi le sentiment amoureux devient-il au passé composé qui renvoie à une expérience passée,
une force pour le poète ?
accomplie.
b. Au vers 13, c’est le présent qui est utilisé, un présent
Ce poème poursuit l’étude du lyrisme amoureux, en abor-
d’actualité. Le poète s’adresse aux rapides années » à venir
dant le Romantisme, et permet de mieux connaître un
(v. 15) ; il ne craint plus le temps qui passe. Cette disposition
auteur essentiel. Contrairement au sonnet de Louise Labé,
d’esprit est originale, car traditionnellement chez les Roman-
l’amour est ici une force positive qui traverse l’existence.
tiques, la fuite du temps engendre tristesse et mélancolie :
Dans cet extrait des Chants du Crépuscule, Victor Hugo s’ins-
elle rappelle à l’homme sa mort inéluctable, la séparation
pire de sa passion pour Juliette Drouet, jeune comédienne
définitive avec l’être aimé.
qu’il a rencontrée à l’occasion de la création de sa pièce
8. a. Les fleurs fanées symbolisent le temps qui passe, du
Lucrèce Borgia en 1833. Ainsi, il lui écrit : « Le 28 février 1802
fait de la brièveté de leur vie. L’élément naturel (ici, la fleur)
je suis né à la vie, le 17 février 1833 je suis né au bonheur
est souvent présent dans la poésie romantique en ce qu’il
dans tes bras. La première date n’est que la vie, la seconde
symbolise l’authenticité, notamment des sentiments. Victor
c’est l’amour. Aimer c’est plus que vivre. »
Hugo se détache de la tradition poétique car il ne s’apitoie
pas sur la fuite du temps. On pourra par exemple comparer
Découvrir le texte avec un poème de Ronsard ou encore le fameux poème de
1. On pourra procéder à un classement des sentiments en Lamartine « Le Lac ».
rapprochant les synonymes dans les mots proposés par les b. Au vers 16, la « fleur que nul ne peut cueillir » représente
élèves. On pourra aussi les classer selon leur intensité crois- la femme aimée : un amour qui ne peut faner, enraciné dans
sante. l’âme du poète.
9. a. Les deux phrases des vers 19-20 sont des phrases excla-
Analyser et interpréter le texte matives. Elles sont par ailleurs construites selon la même
La communion de deux êtres structure comparative, avec le comparatif « plus… que… ».
Ces deux phrases créent un effet d’insistance sur la force
2. C’est le poète qui s’exprime à la première personne du
que le poète éprouve grâce à l’amour.
singulier. Il s’adresse à la femme aimée comme le montrent
b. La répétition de cette structure comparative et des excla-
les déterminants démonstratifs (ton, ta, tes : « ta coupe »,
mations accentue l’expression des sentiments du poète : il
v. 1, « tes mains », v. 2, « ton âme », v. 4, « ta bouche », « tes
montre une grande énergie et de l’enthousiasme et se sent
© Éditions Belin, 2016

yeux », v. 8).
invincible face à l’avenir. Ayant connu l’amour, il n’a plus
3. Aux vers 1-8, les cinq sens sont sollicités : la vue (« j’ai
peur de vieillir.
vu… j’ai vu  », « tes yeux sur mes yeux », v. 7-8), l’ouïe « t’en-
tendre me dire » (v. 5), le toucher (« j’ai dans tes mains posé

6. Dire l’amour en poésie 67


S’exprimer à l’écrit
Expliquer une décision
Lecture 3 p. 114-115

Les élèves devront rédiger un paragraphe pour justifier une


décision importante en réemployant l’anaphore présente Ô douleurs de l’amour !
dans le poème. L’objectif de cet exercice est de réinvestir
le principe de l’anaphore et ce qui a été vu dans le ques-
tionnaire en termes d’analyse des sentiments. On pourra Objectifs
• Étudier un poème en vers libres.
mettre en commun des idées de décisions : arrêter un sport
• Comprendre le lien entre l’expérience de l’amour
de compétition, demander à intégrer un internat, chan- et la création poétique.
ger totalement d’orientation... On conseillera d’utiliser des
adverbes d’intensité : « vraiment », « extrêmement », « parti-
culièrement », ainsi que des phrases exclamatives. Parmi les
critères de réussite, on pourra vérifier que les élèves ont bien O Comment la douleur amoureuse est-elle source
utilisé une anaphore, un vocabulaire expressif et une syntaxe d’inspiration pour le poète ?
correcte, et des justifications pertinentes.
Ce poème en vers libres permet d’élargir les perspectives sur
Bilan l’écriture poétique. Il pose la question du rôle des sentiments
Victor Hugo met en valeur la force de l’amour : les douces dans le processus d’écriture. Il permet également d’étu-
sensations vécues, les souvenirs heureux demeurent éter- dier une forme poétique différente de celles vues jusqu’à
nels. Ils nourrissent l’existence du poète et le rendent fort, présent. Lorsqu’il écrit en 1926 le recueil de sept poèmes
invincible face à la fuite du temps. L’amour ressemble à un intitulé « À la mystérieuse », Desnos s’inspire de la passion
feu intérieur inextinguible. L’amour permet au poète de dévorante qu’il ressent pour la chanteuse Yvonne George
traverser les années avec bonheur car il surpasse l’oubli. rencontrée en 1925. Malheureusement, elle ne partage pas
Par ailleurs, le poème en lui-même permet d’inscrire l’amour ses sentiments...
du poète dans un temps indéfini, surmontant ainsi le temps
qui passe et la mort. Découvrir le texte
1. On remarque l’absence de vers réguliers, de rimes, de
L’histoire des mots strophes.
« Cœur » renvoie dans cette expression au sens de « courage » ; 2. Cette question vise, en amont de l’analyse, à faire réfléchir
il s’agit de mettre toute son énergie dans un travail. On pourra
l’élève sur les formes poétiques qu’il a vues jusqu’à présent,
également suggérer aux élèves de rechercher et expliquer d’autres
expressions avec le mot cœur : « parler à cœur ouvert », « avoir un et à s’interroger sur le caractère poétique des vers libres.
cœur d’artichaut », « haut les cœurs ! »….
Analyser et interpréter le texte
Pour bien écrire La perception de la douleur d’amour
On trouve « j’ai vu sourire » (v. 7), « j’ai vu briller » (v. 9), « j’ai vu
tomber » (v. 11). On pourra rappeler l’astuce pour pallier cette 3. a. On peut s’attendre à un poème pathétique, déplorant
difficulté (remplacer par prendre, vendre, ou mordre). les douleurs amoureuses subies.
b. Elle est placée en tête du poème, détachée du reste du
texte. Elle est par ailleurs répétée trois fois dans le poème.
Prolongements possibles
4. C’est le champ lexical de l’habillement et de la beauté.
On pourra proposer des exposés autour de Victor Hugo :
sa biographie, le poète, le romancier, l’homme engagé, le Celui-ci est mis en relation avec le « rire » et la « joie » (l. 10).
dramaturge, le romantisme. A priori, les poètes lyriques n’utilisent pas ces thèmes pour
• http://maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/victor-hugo/biogra- décrire les douleurs provoquées par l’amour.
phie-de-victor-hugo 5. a. « Mon » désigne le poète. « Vous » se rapporte aux
• http://expositions.bnf.fr/hugo/expo.htm (exposition de douleurs. Après le pronom « vous » vient le déterminant
la BNF). « votre » (dans « votre fard », « votre poudre », etc), qui, là,
renvoie vraisemblablement à la femme aimée. Le poète
passe donc indifféremment des « douleurs de l’amour » à la
femme elle-même, comme on le voit lignes 19-20 (« vous
vous confondez avec mon amour »).
b. Le poète associe la douleur de l’amour avec le rire et la
© Éditions Belin, 2016

joie. Cette association est étonnante et originale.

68
Une douleur source de création se confond avec l’amour lui-même, et avec la poésie. Elle est
6. Cette description est positive ; le vocabulaire est mélio- positive en ce qu’elle est source d’inspiration.
ratif : « bas de soie », « fine », « fourrure ». La répétition de
« mon rire » (l. 10, l. 14) et « ma joie » / « mes joies » (l. 10, L’histoire des mots
l. 15), qui sont associés à ce vocabulaire mélioratif, vient Une pantalonnade peut être une comédie bouffonne et grossière,
une ruse grotesque et méprisable, une démonstration hypocrite et
renforcer le caractère positif de cette énumération. exagérée d’un sentiment. On pourra aller plus loin en demandant
7. a. Les noms n’ont pas d’expansion (« les vêtements », aux élèves de créer une pantalonnade en jouant de manière exa-
« les yeux », « la voix », « le visage », etc.), comme si le poète gérée un sentiment : la joie, le désespoir, la colère.
n’était pas inspiré quand il évoque son « amour » (l. 20), la
femme aimée. Ces noms, qui sont du domaine du physique, Pour bien écrire
ont un aspect restrictif (« mon amour dont je ne connais On trouve le verbe « tendre » (l. 4). Les élèves pourront se référer
que… »). à la règle précitée ou à un Bescherelle pour la conjugaison de ce
b. En comparaison, les noms des lignes 10-15 ont des expan- verbe au présent.
Sites pratiques :
sions, principalement des adjectifs et des compléments du • http://leconjugueur.lefigaro.fr/
noms (« petit pli », « pantalon de soie », « fine chemise », • http://bescherelle.com/le-conjugueur-bescherelle
« manteau de fourrures », « ventre rond »), et sont marqués
par une plus grande sensualité. Or, le poète fait référence
aux douleurs de l’amour. Il y a donc un paradoxe dans cette
association sensualité/douleur.
8. Dans la mythologie grecque, les neuf Muses (http://
mythologica.fr/grec/muses1.htm), filles de Zeus, sont les Lecture 4 p. 116-117
gardiennes des Arts. Elles ont chacune un attribut artistique
ou intellectuel (Musique, Poésie épique…). Autrefois, elles
étaient considérées comme les inspiratrices des artistes. Le
poète y fait ici référence pour s’inscrire dans une longue
Notre Vie. Je t’aime.
tradition poétique et montrer que l’inspiration ne vient pas
de lui. C’est sa douleur qui est à l’origine de son écriture Objectif
poétique. Par ailleurs, les muses sont ici caractérisées par • Comparer deux poèmes liés à deux expériences opposées
de l’amour.
des expansions surprenantes (« muses du désert », « muses
exigeantes ») : la poésie, autant que l’amour, apparaît comme
intransigeant.
O Comment la poésie accompagne-t-elle le poète au
S’exprimer à l’écrit fil de ses passions ?
écrire une strophe en vers libres
9. Les élèves rédigent un paragraphe commençant par l’apos- Ce diptyque poursuit et achève la réflexion sur la création
trophe lyrique « Ô ». On préparera le vocabulaire en amont : poétique liée à l’amour. Paul Éluard évoque ses Muses :
adjectifs, synonymes pour éviter les répétitions, vocabulaire Nusch, sa première femme morte brutalement, puis Domi-
imagé (comparaisons et métaphores)... On pourra aussi défi- nique qui lui offre une renaissance. Les élèves vont découvrir
nir avant la rédaction l’expérience personnelle que l’élève un poète de l’amour incontournable qu’ils rencontreront
veut raconter. L’objectif de cet exercice est que l’élève réin- ensuite, par exemple dans l’étude de la poésie engagée en
vestisse le registre lyrique (voir fiche 47 p. 365). 3e.
Le site suivant pourra être utile : http://www.cnrtl.fr/
synonymie/ Découvrir les textes
Les critères d’évaluation peuvent être les suivants : respect 1. Cette question vise à faire entrer l’élève dans les textes
du cadre de la consigne, expression des sentiments, richesse par le ressenti : les chapeaux pourront l’aider à aborder les
du vocabulaire. poèmes et à comprendre ce qui s’y joue. On pourra poser
en question complémentaire : quel poème vous touche le
Bilan plus ? Pourquoi ?
Robert Desnos exploite les ressources du poème en vers
libres pour laisser libre cours à son lyrisme. Il reprend un Analyser et interpréter les textes
thème courant dans la poésie amoureuse : la douleur de « Notre vie » : La poésie au fil de la vie
© Éditions Belin, 2016

l’amour. Mais il en propose une vision originale et person- 2. a. « Tu » désigne la femme aimée (Nusch), « je » désigne
nelle : elle devient objet d’amour, car elle est source le poète, et « nous » le couple qu’ils formaient avant le décès
d’inspiration, de création poétique. La douleur amoureuse de sa femme.

6. Dire l’amour en poésie 69


b. On passe de l’imparfait (« disais », « aimions », v. 1-2) au S’exprimer à l’oral
passé composé (« a rompu », v. 3) puis au présent (« vient », Mettre un poème en musique
« va », « boit », « mange », v. 4-5). Le poème progresse chro-
nologiquement et signale les changements dans la vie du 11. L’objectif de cette activité est de faire prendre conscience
poète : l’imparfait renvoie à un passé révolu (avant la mort aux élèves de la dimension musicale de la poésie, et plus
de Nusch), le passé composé évoque une action passée qui a particulièrement de la poésie d’Éluard. On pourra donner
encore des répercussions dans le présent (la mort est venue aux élèves les conseils suivants : recopier le poème, signaler
bouleverser la vie du poète), et enfin le présent renvoie au en couleur les pauses à effectuer, essayer plusieurs inten-
moment où le poète écrit, présent encore marqué par la tions de lecture, enregistrer et choisir celle qui semble la plus
mort. pertinente. On pourra s’appuyer sur les critères d’évaluation
3. C’est la conjonction de coordination « mais » qui marque suivants : qualité de la diction, pertinence de l’intonation,
une rupture : Nusch est morte. cohérence entre texte et musique, validité de la justification.
4. Le mot « mort » est répété quatre fois, et celle-ci semble
parasiter totalement la vie du poète. Elle est personnifiée Bilan
(elle « boit », elle « mange »), ce qui lui donne encore plus Ces poèmes évoquent l’amour, vécu par le poète, à deux
d’importance. L’expression « à mes dépens » (v. 5) montre époques opposées : tout d’abord la douleur insensée de la
que le poète est soumis à cette mort omniprésente. perte, puis le bonheur exaltant d’une passion nouvelle. Paul
5. Le poète a perdu sa source d’inspiration, d’où le « silence » Éluard compose une poésie lyrique sincère, touchante qui
(v. 10) qui naît. La mort, censée être invisible, devient exprime au plus proche ses émotions. Sa poésie le suit, au
« visible » (v. 5-6) pour le poète, tandis que la femme aimée gré des aléas de son existence.
et disparue est « invisible ». Si la mort « boit et mange », le
poète, lui, éprouve « la soif et la faim ». Éluard met ici en Lecture de l’image
évidence le paradoxe selon lequel c’est la mort qui vit, et 1. Le couple enlacé, les mains entrelacées, les regards croisés et
le décor ensoleillé sont représentatifs d’une vision traditionnelle
non plus lui.
de l’amour.
2. Néanmoins, quelques détails marquent une rupture : les gants
« Je t’aime » : La renaissance à rayures de la femme, ses lèvres et ses yeux dédoublés, le profil
6. Le phénix est un oiseau légendaire qui renaît de ses doublement tracé de l’homme, sa bouche en forme de bec, le vil-
cendres après s’être consumé dans sa propre chaleur. Il est lage peint à l’intérieur du crâne, la couleur des visages. L’artiste a
voulu « parodier » la tradition, parfois un peu naïve. Il s’inspire des
symbole de résurrection. Le poète est à son image : il renaît cartes postales de l’époque et cherche à provoquer. Pour faire le
grâce à un nouvel amour, d’où le titre du recueil qui contient lien, on pourra projeter aux élèves des cartes postales anciennes
ce poème d’amour en hommage à sa nouvelle femme, Domi- sur ce thème : http://www.lescartespostalesanciennes.fr/fantai-
nique. sie/saint-valentin-des-amours-de-cartes-postales/#more-260
7. a. On note six répétitions de l’expression « je t’aime », à 3. On attend ici des élèves qu’ils justifient leur choix en s’appuyant
sur des extraits du poème choisi mis en lien avec des observations
chaque fois en début de vers.
précises dans le tableau. On pourra accepter les deux réponses.
b. Il s’agit d’une anaphore. Le deuxième poème, « Je t’aime », paraît plus proche du tableau :
8. Les trois expressions (faisant appel aux sens) sont : « le l’amour est nettement exprimé, le « grand large » (v. 3) peut être
grand large » (v. 3), « le pain chaud » (v. 3), « les premières rapproché de la mer peinte, ainsi que le reflet évoqué au vers 3.
fleurs » (v. 4). Cette dernière expression, qui évoque le Enfin, les couleurs estivales du tableau font écho au soleil du
renouveau de la nature au printemps, est particulièrement vers 20. Mais on peut aussi faire un lien avec le premier poème,
« Notre vie » : le passé qui « se dissout » peut être évoqué dans
évocatrice et renvoie à la longue tradition de la poésie l’aspect évanescent des deux personnages aux contours flous, le
lyrique, dans laquelle les évolutions de la nature sont liées crâne de l’homme, qui contient des paysages oniriques, peut ren-
aux ressentis du poète. voyer à la mémoire de la femme disparue et à leur vie.
9. Cette strophe renvoie à la période de deuil, au passé ;
le poète évoque les « morts » et parle de la période entre
« autrefois » (la mort de Nusch) et « aujourd’hui » (la vie avec
Dominique).
10. La femme aimée se caractérise par sa « sagesse », sa
« raison », pour la lumière dont elle éclaire la vie du poète :
elle est un « grand soleil » qui le rend fort. La métaphore du
soleil peut évoquer le poème de Victor Hugo étudié dans
la séquence et montre que, dans la poésie amoureuse, la
femme aimée est souvent perçue comme supérieure et
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presque irréelle, astrale.

70
les larmes du deuil, la chandelle apportée par l’oiseau
Histoire des arts p. 118-119 comme symbole d’espoir…
8. Le poème d’Éluard « Notre vie », qui renvoie à la perte,
Une histoire d’amour, au deuil, à l’obscurité de la vie semble pertinent à mettre
en relation avec le second tableau. On retrouve un même
deux tableaux contraste entre clarté et obscurité (v. 8). De plus, les larmes
(v. 9) sont suggérées aussi dans le tableau (par la main de
Objectifs
la femme proche de son œil).
• Découvrir un artiste majeur et sa représentation de l’amour.
• établir des relations entre une œuvre picturale et Activité
des œuvres littéraires.
Réaliser un diaporama
On pourra aussi faire découvrir les autres thèmes de prédi-
Marc Chagall est né en 1887 à Vitebsk en Biélorussie dans lection de Chagall : la famille et le couple, le cirque, les
une famille juive modeste. Dès sa jeunesse, il fréquente les animaux, les mendiants et les chemins… ; les vitraux de
ateliers de peintres, il rencontre également sa future femme la Cathédrale de Reims et du musée Chagall de Nice ; ses
Bella qui sera sa muse, son inspiratrice : « Son silence est le travaux pour les salles de spectacle : le plafond de l’Opéra
mien. Ses yeux, les miens. C’est comme si elle me connaissait Garnier à Paris, les décors de ballet, les costumes.
depuis longtemps, comme si elle savait tout de mon enfance,
de mon présent, de mon avenir […]. Je sentis que c’était elle
Bibliographie et sitographie
ma femme », écrit-il en 1909 dans son autobiographie Ma
• Le petit dictionnaire Chagall en 52 symboles, Jean-Michel
Vie. Le tableau Au-dessus de la ville (tableau 1) évoque cette
Foray, publication de la Réunion des musées nationaux-
période heureuse de leur vie. Il épouse Bella en 1915 et, en Grand Palais.
1916, naît leur fille Ida. En 1941, toute la famille s’exile aux
• http://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/chagall/
états-Unis. En 1945, Bella meurt brutalement, foudroyée par (Musée Chagall à Nice)
la maladie. Chagall est alors rongé par le chagrin. Il exécute • http://www.cathedrale-reims.culture.fr/vitraux-marc-
le tableau Autour d’Elle (tableau 2) un an après la mort de sa chagall.html (Les vitraux à Reims)
femme. Pour montrer l’importance de l’amour dans l’œuvre • http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/peinture/
de Chagall, on pourra faire référence au tableau d’ouverture les-secrets-du-plafond-chagall-a-l-opera-garnier-233305
du chapitre, Les Mariés de la Tour Eiffel. • https://www.opera-online.com/articles/quand-chagall-et-
malraux-bousculaient-lopera-garnier (Explications et Giga
1. Les personnages semblent calmes, sereins, légers. On pixel du plafond de l’Opéra Garnier)
peut imaginer qu’ils ressentent un grand bonheur.
2. Le décor constitué d’une ville bâtie en bois renvoie à la
ville natale du peintre : Vitebsk. C’est une représentation
de leur rencontre. L’homme est le peintre lui-même, et la
femme qu’il tient dans ses bras représente sa femme Bella.
3. Les personnages vont vers le haut à gauche ; au contraire
le regard est attiré vers le bas à droite : les palissades qui se L’Antiquité et nous p. 120
rejoignent forment un point de fuite. Le peintre a donc créé
une tension dans ce tableau qui semble s’élargir de chaque
côté. Peut-être le peintre a-t-il voulu glorifier l’amour, mettre Dire l’amour dans la Rome
en valeur sa ville natale…
4. La lumière centrale, les différents personnages, les détails
antique
étonnants (la tête renversée du peintre, l’oiseau qui a des
mains et tient une chandelle…) attirent le regard. Objectif
5. Au centre, la ville est contenue dans une forme sphérique, • Découvrir la poésie latine.
un globe. On note un mouvement circulaire dans le tableau :
les personnages forment une courbe. Cet ensemble peut
faire référence au cycle de la vie, de la naissance à la mort. Comprendre les documents
6. C’est un bleu foncé, un bleu nuit qui contraste avec la 1. Le message est transmis sur des tablettes de cire, on
lumière centrale du tableau. Il fait plutôt penser à la nuit, utilise un stylet pour tracer les signes.
2. Les expressions « sans tarder » (l. 3), « dès qu’elle » (l. 3),
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une nuit symbolique, le deuil.


7. Ce tableau, peint un an après la mort de Bella, renvoie à « presse-la » (l. 3), « que… elle se borne à » (l. 7-8) traduisent
leur histoire : les mariés, la ville de leur rencontre, le peintre, l’impatience du poète.

6. Dire l’amour en poésie 71


3. Il demande une réponse rapide à sa question : puis-je 7. Le champ lexical de la souffrance et de la mort est :
venir une nuit ? « hurlait » (v. 1), « deuil » (v. 2), « douleur » (v. 2), « livide »
4. De nos jours, le poète pourrait téléphoner, envoyer un (v. 7), « tue » (v. 8), « éternité » (v. 11).
courriel, voire un sms. Il s’agit d’être explicite mais délicat ! 8. On note une assonance en « i » : ce son est agressif, désa-
5. On repère quatre strophes (distiques). Le premier vers gréable et peut renvoyer à la douleur qui transperce le poète.
est plus long que le deuxième : c’est le distique élégiaque. 9. Au vers 6, le poète se compare à un « extravagant »
6. On observe que la fin des vers ne rime pas. « crispé » ; il donne de lui une image dépréciative, ridicule.
7. a. Voici les mots traduits dans l’ordre : « main », « yeux », Face à l’élégance de la femme, il se dévalorise, se replie sur
« lettre », « doigts », « écrire ». lui-même.
b. Quelques réponses possibles : manu : manuel, manuten- 10. Aux vers 7-8, l’œil devient un ciel très orageux qui peut
tionnaire, manier, maniement ; oculos : oculiste, oculaire ; provoquer un désastre. Beauté et malheur sont indisso-
littera : littérature, littéraire, littéral ; digitos : digital ; scriptum : ciables.
un script, description, inscription.

Prolongements possibles
• Effectuer des recherches sur d’autres poètes latins de
l’amour, par exemple Catulle, Properce et Tibulle.
• Expliquer aux élèves comment lire le texte en latin à haute voix.
Vocabulaire p. 122-123

Le vocabulaire des sentiments


Objectifs
Méthode p. 121 • Enrichir son vocabulaire pour exprimer ses sentiments.
• Découvrir le vocabulaire de la versification.

Analyser un poème lyrique Les exercices proposés ont pour but d’enrichir le lexique des
élèves pour le réinvestir dans les travaux d’écriture proposés
On pourra utiliser cette méthode pour analyser notamment tout au long de la séquence, en lien avec les sentiments.
le poème de Paul Verlaine Mon rêve familier (ex. 10 p. 123)
que les élèves doivent reconstituer. 1. a. Les couples d’antonymes : confiance-jalou-
s i e   ; s é ré n i t é - i n q u i é t u d e   ; a d m i ra t i o n - m é p r i s   ;
1. Le poète éprouve tout d’abord de l’intérêt, il est séduit par enthousiasme-découragement ; euphorie-désespoir ; atta-
la passante (1er quatrain). Puis il est fasciné par son regard chement-antipathie.
(2e quatrain). Enfin, il éprouve du désarroi, du regret : elle b. Les adjectifs correspondants sont : confiant, jaloux, serein,
a disparu. inquiet, admiratif, méprisant, enthousiaste, décourageant,
2. Il utilise la 2e personne du singulier pour s’adresser à la euphorique, désespéré, attaché, antipathique.
passante (v. 11, 13, 14). 2. Les noms se rapportant à la haine sont : animosité, inimi-
3. Le poète observe la femme dans la rue, peut-être assis tié, exécration, dégoût, répulsion, répugnance, aversion.
à une terrasse. Il emploie une personnification : la rue Les noms renvoyant à l’idée d’amour sont : flamme, inclina-
« hurl(e) » comme un être humain, ce qui donne une image tion, penchant, passion, adoration, adulation, attachement.
négative, agressive. 3. a. Mélancolie : tristesse diffuse ; nostalgie : regret
4. Elle est grande et « mince » (v. 2), vêtue avec soin du passé ; amertume : rancœur ; peine : chagrin ; souci :
(« feston », v. 4), avec une démarche élégante : elle soulève contrariété ; anxiété : vive inquiétude. b. Les adjectifs corres-
magnifiquement sa robe (v. 3-4). Mais elle semble triste, en pondants sont : mélancolique, nostalgique, amer, pénible,
« grand deuil » (v. 2). soucieux, anxieux.
5. Le poème est composé de deux quatrains puis de deux 4. Langage familier : toquade. Langage courant : passade,
tercets : il s’agit donc d’un sonnet (voir définition p. 111). passion, amourette. Langage soutenu : bluette, flamme.
6. À partir des tercets, on remarque que la ponctuation 5. 1. Le poète éprouve de l’inquiétude, de l’angoisse, du
devient plus expressive : on note la présence des points désespoir : il cherche et ne trouve pas l’être aimé. 2. Le poète
d’exclamation, des points de suspension et du point d’inter- éprouve du bonheur : il rêve d’un amour partagé.
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rogation. Le rythme est beaucoup plus irrégulier, haché. Il 6. 1. Cette rupture a provoqué / suscité en lui … 2. Tris-
traduit l’inquiétude et la douleur du poète car la vision de tan a ressenti / éprouvé… 3. Pauline a éprouvé /
la femme a été trop fugace. ressenti…4. Pendant plusieurs mois, François a enduré…
5. L’annonce de leur mariage a suscité / provoqué…

72
7. On pourra mettre en commun des idées : expérience
Dictée complémentaire
personnelle, faits empruntés aux actualités, histoire inven-
tée, inspiration à partir d’un récit, d’un film. On pourra proposer aux élèves la dictée suivante en lien
8. a. Il vient du latin passio qui signifie « souffrance ». Il avec l’analyse des sensations et des sentiments.
évoque les souffrances physiques endurées par les martyrs Un hémisphère dans une chevelure
chrétiens (à l’image de la « passion du Christ »). Son sens a Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes
évolué pour signifier : « mouvement, sentiment de l’âme », cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme
puis un amour violent. altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main
b. Synonymes de résister : contenir, réprimer, maîtriser, comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs
refréner. dans l’air.
Synonymes de céder : assouvir, satisfaire, suivre, se laisser Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens !
aller, s’abandonner à. tout ce que j’entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur
le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.
Comparons nos langues Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures
« Apple » désigne la pomme. et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont
les moussons me portent vers de charmants climats, où
à vous d’écrire ! l’espace est plus bleu et plus profond, où l’atmosphère
On pourra demander aux élèves d’élaborer une valise de est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau
mots en rapport avec le sentiment choisi, en sélectionnant humaine. […]
dans les textes lus et sur cette page les mots adéquats. Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris, 1869.

1. Relevez les verbes conjugués, indiquez le mode et le


Exercices de réécriture complémentaires temps.
2. Relevez les verbes du premier groupe à l’infinitif. Justi-
a. Consigne simple : Réécrivez ce poème d’Arthur
fiez l’emploi de cette forme.
Rimbaud à la 3e personne du singulier.
3. Recopiez le texte, soulignez les adjectifs qualificatifs,
b. Consigne double : Réécrivez ce poème à la 3e personne
reliez-les au nom avec lequel ils s’accordent.
du pluriel (ils) et au passé composé.
Sensation
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue. Le lexique pour étudier
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
un poème
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
10. a.
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.
Arthur Rimbaud, Poésies, 1895.
Mon rêve familier
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur transparent


Pour elle seule, hélas ! Cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.


Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
© Éditions Belin, 2016

Son regard est pareil au regard des statues,


Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.
Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866.

6. Dire l’amour en poésie 73


b. Les deux quatrains ont des rimes embrassées (ABBA), La lecture du poème peut évoquer plusieurs sentiments :
puis les tercets des rimes plates (CC) puis croisées (DEDE). mélancolie, nostalgie, tristesse… On pourra faire parler et
11. On précisera la nuance entre rime pauvre (un son en échanger les élèves sur leurs ressentis.
commun), rime suffisante (deux) et rime riche (trois ou plus).
Exemples de rimes : soleil / merveille ; amour / toujours ; Étape 2 • Apprendre à bien dire
parfum / destin ; douleur / terreur ; personne / donne. un poème
12. a. On note principalement une assonance en « é », en
« a » et une allitération en « m », et en « l ». Après avoir lu et étudié le sens du poème, on pourra passer
b. Les allitérations en consonnes nasales (m, n) traduisent à une analyse stylistique plus précise, étape préparatoire à
l’amertume, la douleur diffuse du poète. L’allitération en « l » la lecture à haute voix.
(liquide) évoque l’élément marin. Le son « é » peut renvoyer Ici, les vers sont des distiques, écrits en décasyllabes. On
à la douleur incessante du poète. Au finale, tous ces sons pourra demander aux élèves de lire chacun leur tour un
se mélangent, créent une osmose comme celle de la mer distique à voix haute, en respectant la ponctuation et les
et de l’amour. coupes.
13. b. 1: La coupe à l’hémistiche crée un effet de parallé-
lisme. 2 : Le contre-rejet met en valeur le mot « moqueur » Étape 3 • Mettre en scène le poème
puis l’enjambement crée de la fluidité entre les deux derniers à plusieurs
vers. 3 : Le rejet insiste sur le mot « passe ». L’activité tend vers cette mise en scène du poème. Même
14. La comparaison utilise un outil de comparaison (comme, si chacun apprend sa partie, il sera nécessaire de connaître
pareil à, tel que…) et fait le lien entre une réalité (le comparé) l’intégralité du poème pour pouvoir bien enchaîner.
et une image (le comparant). On pourra dans un premier temps procéder à des répétitions
C’est la métaphore qui utilise directement une image. avec le texte seul, puis ajouter les gestes et déplacements.
L’antithèse associe des mots de sens opposés. Enfin, il sera intéressant de filmer et visionner les mises
C’est une anaphore, forme d’insistance. en scène du poème afin que les élèves portent un regard
critique sur leur travail.
Les critères de réussite pourront être les suivants : mémo-
risation, coordination du trio, clarté de la voix, intonation,
mise en scène (regard-expression, gestes, déplacements).
S’exprimer à l’oral p. 124
Compétences
D1, 2, 3 • Exploiter les ressources expressives et créatives de
Dire un poème à plusieurs la parole
• Lire à voix haute et mémoriser des textes
• Participer à un projet collectif, s’engager dans un dialogue
Cette activité a pour but de proposer une mise en voix constructif.
concertée d’un poème, exprimant les sentiments et respec-
tant les règles de prononciation de la poésie classique.
L’objectif est de réinvestir ce qui a été vu dans les lectures
et les pages vocabulaire, que ce soit au niveau de la versifi-
cation ou au niveau de l’expression de sentiments. Les élèves
ont récité, après une mise en valeur des oppositions, le
sonnet de Louise Labé, puis mis en voix un poème d’Éluard.
S’exprimer à l’écrit p. 125

Désormais, ils doivent réinvestir ces compétences pour un


projet collectif qui demande de se concerter. Réaliser une anthologie
Étape 1 • Préparer la lecture du poème de poèmes amoureux
On commencera l’activité par une première lecture du
poème et une étude rapide du cadre et des protagonistes. L’objectif de cette activité écrite est de réaliser un recueil
Il y a trois personnages : les deux amoureux qui se remémo- poétique dans lequel chaque élève crée un poème et l’il-
rent leur amour passé et le narrateur qui présente le cadre lustre.
et perçoit les paroles des amants. On peut supposer que ces
Étape 1 • Choisir une forme poétique
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derniers sont des fantômes (d’où la mention d’un « vieux


parc solitaire », v. 1) : « deux formes » (v. 2), « leurs yeux sont Il s’agira de veiller à la diversité des formes poétiques
morts » (v. 3), « deux spectres » (v. 6)… choisies par les élèves. On pourra compléter le travail de
relecture des poèmes de la séquence en donnant d’autres

74
exemples de poèmes d’amour célèbres (de Musset, Baude- 5. Une anaphore est la répétition d’une même expression
laire, Nerval, Aragon…). en début de vers ; une métaphore est une image qui associe
deux éléments sans outil comparatif.
Étape 2 • Écrire un poème lyrique
sur l’amour 2. Lire et comprendre un poème
Pour faciliter le travail des élèves, on pourra créer une carte 6. La jeune fille est « vive et preste », elle a une « fleur qui
mentale avec les sentiments associés à l’amour, leurs syno- brille » à la main et elle chante « un refrain nouveau ». Au
nymes, puis recenser les images rencontrées dans les textes vers 2, la comparaison renvoie à la légèreté, la vivacité et la
lus avant de proposer d’autres idées. musicalité de l’oiseau, qualités de la jeune fille.
On pourra utiliser un dictionnaire des rimes, comme le 7. Le poète ne connaît sans doute pas la jeune fille : « elle a
dictionnaire en ligne : http://www.dicodesrimes.com/. passé », « elle a fui ». L’expression « peut-être » (v. 5) prouve
Il sera important que les élèves se relisent, se corrigent son incertitude.
entre eux, partagent leurs avis et améliorent ainsi leurs 8. Les mots « nuit » et « éclaircirait » s’opposent et créent une
productions. Le nouveau programme insiste en effet sur antithèse. La jeune fille pourrait éclairer la triste vie (« nuit
cette compétence. En variante à la lecture à voix haute, on profonde ») du poète.
pourra aussi enregistrer les lectures pour les faire écouter. 9. Le « parfum » renvoie à l’odorat, la « jeune fille » à la vue
Enfin, pour illustrer les poèmes, on pourra travailler avec le et l’« harmonie » à l’ouïe. Le poète est mélancolique, nostal-
professeur d’Arts Plastiques (création), en lien avec l’Histoire gique car ces plaisirs ont fui.
des Arts (choix d’une œuvre patrimoniale). 10. Le rythme change : la strophe 2 est fluide avec un enjam-
bement (v. 5-6). Au contraire, la strophe 3 a un rythme
Étape 3 • Réunir les poèmes créés haché, syncopé avec les virgules et les tirets. Le poète est
désemparé : il ne vivra pas une histoire d’amour avec cette
dans une anthologie jeune fille.
Une fois que les poèmes auront été classés et rassemblés, 11. Le poète envisage sa vie à venir sans amour, le passé
les élèves pourront se concerter pour créer une mise en composé « il a fui » ne laisse aucun espoir.
page des poèmes puis une couverture. L’aboutissement de
l’activité pourra être l’exposition du recueil au CDI ou sur
le site du collège.
3. Écrire
Les critères de réussite pourront être les suivants : forme 12. Ce poème est lyrique car le poète exprime ses sentiments
poétique respectée, expression des sentiments, cohérence personnels à la première personne. Il évoque le passé : Il se
entre le texte et l’illustration, création de figures de style. souvient avec plaisir des délicieuses sensations ressenties
au passage d’une jeune fille séduisante. Mais cet épisode le
rend nostalgique, le poète exprime son regret de n’avoir pas
Compétences saisi sa chance en amour. La fuite du temps est inexorable,
D1 • Connaître les caractéristiques des genres littéraires pour
l’empêche à jamais de vivre cette passion qui appartient
composer des écrits créatifs, en intégrant éventuellement dif-
férents supports. désormais au temps de sa jeunesse.
• Prendre en compte les visées du texte et les caractéristiques de 13. On pourra conseiller aux élèves de commencer par l’ex-
son genre dès la préparation de l’écrit jusqu’à la relecture ultime. pression : « Elle / Il a passé … ».
Les critères d’évaluation pourront être : respect des
contraintes d’écriture, expression des sentiments, figures
de style, musicalité du langage.

Faire le point p. 126-127

Évaluation complémentaire
1. Mobiliser les acquis de la séquence
1. Le sonnet. En complément de l’évaluation du manuel, on pourra propo-
2. Victor Hugo. ser aux élèves l’évaluation figurant aux pages suivantes, qui
3. « Lyrique » vient de la lyre que jouait Orphée pour charmer permettra de vérifier les connaissances acquises sur la forme
les animaux et les plantes ; aujourd’hui, on parle de « lyrisme » du sonnet et le registre lyrique.
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pour l’expression personnelle de sentiments en poésie.


4. Un poème en vers libres.

6. Dire l’amour en poésie 75


1. Lire et comprendre un poème 9. Les mots : « Dieu », « pieusement fidèle », « austère
1. C’est un sonnet (voir encadré Lecture 1). devoir » suggèrent que cette jeune fille est peut-être une
2. Le poète aime une femme mais ne peut lui dire. religieuse, ce qui expliquerait que le poète a « dû taire » sa
3. « Éternel » s’oppose à « en un moment ». Le coup de passion pour respecter ce choix.
foudre est bref mais ses conséquences durent toute une
vie : l’amour demeure. 2. écrire
4. La femme est « douce », « tendre », « distraite », respec- 10. Ce poème est lyrique car le poète écrit à la première
tueuse de son devoir, pieuse. Elle semble réservée et calme. personne et exprime des sentiments personnels : l’amour,
5. La coupe à l’hémistiche met en valeur la solitude du poète le regret, la mélancolie. Il utilise les ressources du langage :
proche physiquement mais seul sentimentalement. les variations de rythme, les sonorités, les figures de style
6. Elle ne le voit pas, ne l’entend pas, elle semble fixée sur pour traduire sa tristesse.
son chemin. Et, lui, il n’ose pas lui parler. 11. Voir critères de l’évaluation 13 p.127.
7. L’allitération en « m » imite le son feutré d’un murmure.
8. « Hélas ! » (v. 5) est une exclamation lyrique qui exprime
le regret, la tristesse, le désespoir du poète.

© Éditions Belin, 2016

76
Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Un secret

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère,


Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

5 Hélas ! j’aurai passé près d’elle inaperçu,


Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire.
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,


10 Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas.

À l’austère devoir, pieusement fidèle,


Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle
« Quelle est donc cette femme ? » et ne comprendra pas.
Félix Arvers, Mes heures perdues, 1833.

1. Lire et comprendre un poème


1. Quelle forme poétique reconnaissez-vous ? Justifiez votre réponse.

2. Quel est le secret du poète ?

3. Quelle antithèse (opposition) remarquez-vous au vers 2 ? Expliquez sa signification.


© Éditions Belin, 2016

•••

6. Dire l’amour en poésie


4. Relevez les expressions qui caractérisent la femme. Quelle image donnent-elles de l’être aimé ?

5. Comment se nomme la coupe effectuée au vers 6 ? Que met-elle en valeur ?

6. Quelle est l’attitude de la femme quand elle croise le poète ? Quelle est l’attitude du poète ?

7. Relevez une allitération au vers 11. À quoi peut-elle faire référence dans ce vers ?

8. Relevez une exclamation lyrique : quel sentiment traduit-elle ?

9. À votre avis, pourquoi le poète ne peut-il révéler son secret ?

2. Écrire

10. Ce poème est-il lyrique ? Pour quelles raisons ?

11. Imaginez que le poète a laissé un texte à remettre, après sa mort, à cette femme. Il lui exprime son amour,
décrit comment il l’a vécu. Sur une feuille séparée, rédigez ce texte sous forme de lettre, de sonnet, de poème
en vers libre… Aidez-vous de votre lecture du poème pour être cohérent avec le cadre du poème.
© Éditions Belin, 2016
Dossier EPI
p. 128-135

Thématiques
• Culture et création artistiques
• Information, communication,
Les chansons d’amour
du Moyen Âge
citoyenneté

Disciplines croisées

à nos jours
• Français : lire des chansons d’amour
• Éducation musicale : composer et
interpréter une réalisation musicale
• EPS : communiquer par le mouvement
des émotions et des intentions

Projet
Composer et chorégraphier une
chanson d’amour
 Comment les chansons d’amour ont-elles évolué au cours
des siècles pour toucher un public de plus en plus large ?

Présentation de l’EPI Sites à consulter


Ce projet interdisciplinaire Français / Éducation • Un document sur la musique médiévale : http://
www.crdp-montpellier.fr/produits/petiteshistoires/
musicale / EPS répond à la problématique des
communs/docpp/PP-MUS-MED-%20La%20musique%20
programmes : « Comment communiquer des m%C3%A9di%C3%A9vale.pdf
émotions à autrui grâce à différents langages ? » Il
• Pour aider les élèves à l’écriture : http://dictionnaire-des-
peut également s’inscrire dans la continuité de la rimes.fr/
thématique « Dire l’amour » en Français 4e. Ce dossier • Quelques conseils pour écrire une chanson : http://www.
présente l’évolution de la chanson d’amour populaire : musiclic.com/ecrire_une_chanson.asp
quelles formes ? quels moyens de transmission ? Il • Une fiche pédagogique sur l’écriture d’une chanson :
propose un éventail varié de textes dont les élèves www.consulfrance-atlanta.org/IMG/.../Fiches_
pourront s’inspirer pour leur propre production. pedagogiques_ecrire_une_chanson.pdf
Il a pour objectif d’aboutir à la composition et la
chorégraphie d’une chanson d’amour. Par groupes de
4 à 6, les élèves concevront le texte d’une chanson
d’amour, créeront l’accompagnement musical et
réaliseront une composition corporelle en lien avec
cette chanson. Ils utiliseront différents langages au Troubadours et trouvères au
service d’une même dimension émotionnelle. Moyen Âge, une tradition orale
Bibliographie p. 128-129
• Tizou Perez, Annie Thomas, Danser les arts, Canopé-CRDP
de Nantes, 2000. Doc 1
• M.-C. Vernay, La danse hip-hop : carnets de danse, Les troubadours parlent la langue d’oc ou occitan au sud de
Gallimard Jeunesse, 1998. la France au Moyen Âge ; au Nord, les trouvères utilisent la
• Anthologie du slam, dir. L. Lamarche, Carrés classiques, langue d’oïl.
Nathan 2013. 1. Les mots « flor » (fleur) et « doussor » (douceur) riment
• Dictionnaire de la musique, Larousse, 2005. avec « amor ».
2. Il propose une vision positive de l’amour : il embellit la
Film à voir nature (le gel devient une fleur), transporte de joie le trou-
• Les rêves dansants. Sur les pas de Pina Bausch, badour (« Tant j’ai le cœur plein de joie »), et « élève » son
documentaire d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann, 2010. chant.

Les chansons d’amour du Moyen Âge à nos jours 79


Prolongements possibles Prolongement possible
• http://www.limousin-medieval.com/#!bernard-de-venta- • Site de la revue Musica et Memoria, qui a pour vocation de
dour/c1kkq (présentation de l’artiste) présenter musiques et artistes oubliés : http://www.musi-
• http://geo.culture-en-limousin.fr/Les-Troubadours- mem.com/mus-legere.html
l-oeuvre-poetique,181 (une autre chanson d’amour
expliquée : « Le vol de l’alouette »)
• Clara Pierre, Troubadour, trad. de l’anglais par Christian Doc 6
Molinier, Presses de la Cité, 2001. 6. La scène se situe dans un cadre rural : à l’arrière-plan,
on voit une forêt, les personnages portent des vêtements
évoquant leur condition de paysans, la mansarde derrière
Doc 2
eux semble avoir un toit de chaume, typique des maisons
3. Le deuxième chansonnier indique les notes sur une portée campagnardes, on voit des animaux en liberté (l’oiseau en
et les paroles, tandis que le deuxième n’indique que les bas à gauche), le sol ne semble pas pavé...
paroles. 7. Le marchand de chansons joue du violon.
4. Elle comporte 4 lignes ; de nos jours il y en a 5. 8. C’est une enfant qui chante, elle tient une partition (ou un
5. Il n’y a pas de signes pour indiquer le rythme, seul l’écart livret avec les paroles) et porte un sac avec d’autres feuilles.
entre les notes peut suggérer une variation. 9. Les personnages ont leurs regards sont tournés vers les
6. Les instruments sont simples (à cordes) et la mélodie très artistes, ils semblent charmés : la jeune femme assise par
épurée, de même que le rythme et la voix qui les accompagne. terre est captivée, la dame en rouge semble comme bercée
par la mélodie, quant à l’homme, il semble observer atten-
Doc 3 tivement le violoniste, dans une attitude de curiosité.
7. Sur l’image de gauche, on voit des vièles, avec des archets. 10. C’est le mot « emplettes » qui indique la transaction
Sur l’image de droite est représentée un luth (les doigts commerciale.
pincent les cordes). 11. Il fait une démonstration : il chante la chanson pour
donner envie aux gens d’acheter la partition et de chanter
Prolongements possibles à leur tour.
• Un site sur lequel sont représentés différents instruments
médiévaux : http://lacorreze.com/documents/instru- Doc 7
ments_de_musique.htm 12. Les feuillets sont posés en évidence face au public, prêts
• Une vidéo sur la musique médiévale : https://www. à être achetés.
youtube.com/embed/kq8cSs1ax90 13. Il roule sur les pavés et possède un son puissant qui
attire le chaland. On pourra renvoyer à cet article en ligne
sur la musique populaire : https://www.histoire-image.org/
etudes/petits-metiers-musique-populaire

La vogue de la romance aux


xviiie et xixe siècles p. 130-131
L’époque moderne : à chaque
Docs 4 et 5
1. « Plaisir » et « chagrin » d’amour s’opposent dans cette
chanson son interprète p. 132-133
chanson. Doc 8
2. Le succès de cette chanson s’explique par son vocabu-
laire simple, le refrain aisé à mémoriser, les rimes, le thème 1. Cette chanson est émouvante car elle dit la force de
populaire. l’amour : elle peut donner de l’espoir, de la joie et de la force.
3. On trouve le titre (« Plaisir d’amour »), le type de la chan- 2. Elle ne possède pas de refrain mais est construite sur une
son (mélodie), le compositeur (Martini), le parolier (Florian), anaphore (« Quand on n’a que l’amour », répété à chaque
l’éditeur (L. Billaudot), le prix (1 Franc). début de couplet).
4. Les illustrations champêtres, les arabesques et le profil 3. C’est la force de l’amour (la « force d’aimer ») qui permet
féminin vont dans le sens d’une chanson d’amour. de vivre heureux simplement, d’aller au bout de ses projets,
5. Les interprétations de cette chanson étant assez diffé- de combattre la haine universellement.
rentes les unes des autres, les élèves devront s’appuyer 4. Cette chanson est actuelle car les « maux de la terre » dont
parle Jacques Brel sont universels et intemporels (la guerre
© Éditions Belin, 2016

sur le rythme, les instruments, la voix… pour justifier leur


préférence. et la pauvreté).

80
Prolongements possibles projet  
Composer et
• Site du centre national du patrimoine de la chanson, des
variétés et des musiques actuelles : http://www.lehall.com/ chorégraphier une chanson
• Site officiel de l’artiste : http://www.jacquesbrel.be/
d’amour p. 135
Doc 9 Voici une progression qui peut être envisagée sur un
5. On voit le titre, le nom du chanteur et son visage. trimestre (30 heures environ) :
6. Les lettres du nom en gros caractères et la photo en gros 1. Présenter en co-animation le projet, établir un planning
plan mettent en valeur l’interprète, plus que le titre (« Quand des tâches à réaliser, expliquer la tenue d’un carnet de projet
on n’a que l’amour »), qui est dans une police plus petite. (bilan par étape et séance, suivi). (2 heures)
2. Constituer les groupes (4 à 6 élèves) : définir les grandes
Doc 10 lignes de chaque projet. Proposer un tableau à remplir : titre,
résumé strophe par strophe, refrain, style… (1 heure)
7. Comme le montre la photo, les gestes de ses bras et son
3. En atelier, rédiger texte et refrain de la chanson. (4 heures)
regard pouvaient captiver le public. Par ailleurs, sa voix
4. 1er bilan : proposer une lecture orale, prendre en compte
grave, profonde et puissante ne laissaient pas les auditeurs
les remarques des autres. (1 heure)
insensibles.
5. Retravailler le texte de la chanson, mettre au propre.
8. On demandera aux élèves de justifier leur réponse en
(2 heures)
s’appuyant sur des éléments précis de ces enregistrements :
6. Créer l’univers sonore en éducation musicale. (6 heures)
voix, mélodie, présence du public ou non…
NB : on pourra commencer par cette étape ou la mener
9. Il ne bouge pas mais chante avec énergie ; son visage est
concomitamment avec l’écriture du texte.
très expressif : il vit la chanson intensément.
7. 2e bilan : présenter la chanson aux 3 professeurs, ébau-
10. Il s’agira ici de comparer deux chansons d’amour d’un
cher la production commune. (2 heures)
même artiste et interprète. La comparaison s’appuiera sur
8. Concevoir la composition corporelle en EPS. (8 heures)
les paroles, la mélodie, le rythme, etc.
9. 3e bilan : répétition en co-intervention. (2 heures)
10. Présentation, captation des productions finales.
(2 heures)
Pour une évaluation collective, on pourra s’attacher aux
Chanter l’amour à l’ère numérique critères suivants :
p. 133-134 – Tenue du carnet de projet : clarté, organisation, réflexion
sur les tâches réalisées (difficultés rencontrées, satisfac-
Doc 11 tions…).
– Production finale : cohérence texte / musique / geste, créa-
2. Les familles, l’une juive (« le père de Juliette a une kippa
tivité, dimension émotionnelle.
sur la tête »), l’autre musulmane (« celui de Roméo va tous
Pour une évaluation individuelle, on pourra s’attacher aux
les jours à la mosquée »), sont ennemies pour des raisons
critères suivants :
religieuses.
– Pages individuelles du carnet de projet : ma participation,
3. Les mots « kiffe », « pros », « métro », « darons », « véner »,
mes réussites / mes difficultés, ce que j’ai appris…
« fout », « clandé », « sandwich au grec et cheese au McDo »,
– Qualité de l’investissement selon le du rôle tenu par l’élève
« biftons » renvoient à aujourd’hui.
et par matière.
4. Contrairement à la version de Shakespeare, les deux
amoureux ne meurent pas, ils s’enfuient ensemble.
5. Cette chanson prône la tolérance et la primauté de l’amour Prolongements possibles
face aux différences. En technologie : créer une production multimédia intégrant
les prestations filmées et des interviews des élèves pour
Doc 12 présenter et expliquer leur projet.
1 et 2. Ils sont, au départ, en osmose car ils effectuent les
mêmes gestes : cela renvoie au titre ou la strophe 1. Ensuite,
ils sont éloignés avec l’effet de perspective : il « ne doi[t] pas Compétences
D1, 2, 3 • Interagir avec autrui dans l’élaboration d’une réali-
[s]’approcher d’elle ». sation commune.
• Exploiter les ressources expressives et créatives de la parole.
© Éditions Belin, 2016

D1, 5 • Exercer sa créativité au sein d’une réalisation collective.


• Adopter des stratégies et des procédures d’écriture efficaces.

Les chansons d’amour du Moyen Âge à nos jours 81


7
u e nce
séq Dire l’amour

p. 136-159

Premiers émois amoureux


•au théâtre
O Comment l’amour naissant est-il représenté au théâtre ?

Objectifs Bibliographie
• Étudier l’expression des premiers sentiments amoureux • Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde,
au théâtre. dir. Michel Corvin, Bordas, 2008.
• Découvrir la diversité de l’écriture théâtrale. • Histoire du théâtre dessinée, dir. André Degaine, Nizet,
2000.
Présentation de la séquence • Michel Azama, De Godot à Zucco. Anthologie des auteurs
dramatiques de langue française : 1950-2000, tomes 1 à 3,
Cette séquence s’inscrit dans la thématique « Se
Éditions Théâtrales, 2004.
chercher, se construire » des nouveaux programmes,
traitée en 4e sous l’angle « Dire l’amour ». Les
Sites à consulter
recommandations officielles préconisent d’analyser le
sentiment amoureux dans la poésie (voir séquence 6), • http://www.cndp.fr/crdp-creteil/telemaque/comite/
mais également à travers « une tragédie du xviie siècle, amour.htm
une comédie du xviiie siècle ou un drame du • Des idées de textes de théâtre contemporain à travailler
avec les élèves : http://www.editionstheatrales.fr/
xixe siècle ». Ainsi, cette séquence vise à faire étudier
dramaturgies/bibliotheque-ideale-eleves-comediens-40.
divers genres et registres théâtraux à travers la
html
thématique amoureuse. Les cinq extraits choisis créent
également un parcours diachronique qui permettra
aux élèves de percevoir l’évolution et la diversité
de l’écriture théâtrale comme sa représentation
contemporaine. Les personnages mis en scène sont
en prise avec les premiers émois amoureux et tentent
tant bien que mal de les exprimer et d’exprimer ce
Entrer dans la séquence p. 139

qu’ils ressentent. L’âge et les préoccupations des


protagonistes permettront aux élèves de s’identifier Soyez amoureux
plus aisément. L’extrait de la scène du balcon de Roméo 1. Cléante, pour montrer son coup de foudre pour Mariane,
et Juliette (Shakespeare) constituera un point de départ fait d’elle un portrait très élogieux : « faite pour donner
incontournable et montrera comment s’est constitué de l’amour », « de plus aimable », « air le plus charmant »
un topos théâtral. L’incipit de L’Avare (Molière) mettra « mille grâces», « une douceur », « une bonté », « une
au jour les craintes amoureuses dans le théâtre honnêteté adorable ». Pas de portrait physique, mais des
classique. L’extrait d’On ne badine pas avec l’amour superlatifs, des adjectifs laudatifs successifs pour des
(Musset) sera l’occasion d’appréhender la complexité caractères moraux en font une merveille, un soleil (« bril-
du drame romantique et de ce qui s’y joue. Enfin, ler »).
deux pièces contemporaines permettront aux élèves 2. Cléante ressent des émotions très vives comme le
d’aller à la rencontre d’une langue plus accessible et de montrent les superlatifs (« la nature […] n’a rien formé de
© Éditions Belin, 2016

comprendre les enjeux du théâtre actuel. plus aimable », « un air le plus charmant ») et les hyper-
boles (« mille grâces », « une douceur pleine d’attraits »).
L’omniprésence du champ lexical de la vue (« tous ceux qui

82 7. Premiers émois amoureux au théâtre


la voient », « dès le moment que je la vis », « l’on voit », « que 4, 6-8, 11-13, 15-16, 21, 24, 31-33, 42) : par leur lecture à
vous l’eussiez vue ») signale en creux le coup de foudre dont voix haute, les noms en ressortiront d’autant que les élèves
a été « victime » Cléante (« transporté dès que je la vis »). vont observer et vivre cette montée en tension puisqu’ils
L’exclamation qui clôt cette réplique montre la difficulté qu’il sont lecteurs et auditeurs. La question du nom et de la lignée
éprouve à dire ce qu’il ressent et à trouver des mots aussi est donc dans ce passage la base de toute la société et des
forts que ses sentiments : « Ah ! ma sœur, je voudrais que relations humaines. Si la tragédie se met en place, c’est parce
vous l’eussiez vue ». que les jeunes gens appartiennent avant tout à une famille
3. L’élève qui jouera Cléante peut évidemment montrer reconnue.
l’emphase puis mimer la flèche de Cupidon qu’il reçoit, ce
qui fera réagir l’auditoire. Élise, quant à elle, peut varier Analyser et interpréter le texte
son jeu en fonction du jeu de Cléante, être émue, sourire
Deux noms ennemis
ou être moqueuse…
2. Roméo est un Montaigu (v. 7 et 31) et Juliette est la
fille des Capulet (v. 4). On voit que ces deux familles sont
Réécrivez une scène ennemies car le mot est prononcé par chacun des deux
4. Transposer la langue de Molière dans la langue moderne personnages aux vers 6 et 27. De plus, aux vers 36 (« ta
est un exercice que les élèves pourront apprécier, d’autant mort, étant qui tu es ») et 42 (« ce n’est pas ta famille qui
qu’il s’agit ici de garder les procédés d’écriture. On pourra me fait peur »), les deux amants rappellent le danger de
cependant niveler l’exercice en leur faisant écrire plusieurs leur rencontre.
répliques : une réplique dans une langue moderne qui reste 3. Au vers 4, Juliette est prête à renier son nom (« je cesserai
soutenue, une qui empruntera au langage familier, et enfin d’être une Capulet ») et au vers 5, elle ajoute : « C’est ce nom
un slam. Lire les textes produits à haute voix permettra de seul qui est mon ennemi ». Ce serait pour elle la seule issue
mesurer la différence entre les textes et d’en percevoir l’écart. pour revoir Roméo. Au vers 2, elle lui demande de faire la
même chose (« renie ton père et refuse ton nom »). Juliette
a compris que leur malheur vient de leurs familles qui les
séparent et qui punissent de mort (v. 36) ceux qui dérogent
à cette loi clanique.
Lecture 1 p. 140-141 4. Roméo renie à son tour son nom à trois reprises aux
vers 20-21 (« un autre baptême ! Jamais plus /Je ne serai
Roméo »), et des vers 24 à 28 (« Par aucun nom », « je hais le

Ô Roméo, Roméo ! mien », « je le déchirerais ») et encore au vers 32 (« ni l’un ni


l’autre »). Les verbes « je ne serai » (v. 21) et « je ne saurai »
Pourquoi es-tu Roméo ! (v. 25) sont au futur de façon à montrer sa détermination
de quitter son nom. Le futur est un temps de l’indicatif donc
certain. Roméo propose à Juliette de l’appeler « amour »
Objectifs (v. 19), ainsi, c’est grâce à elle qu’il renaît.
• Étudier l’expression de l’amour malgré les interdits.
• Découvrir une scène emblématique du théâtre amoureux.
Un amour interdit
5. Les images de l’amour sont celles de la rose (v. 11) et
Dans un premier temps, étudier la célèbre scène du balcon des ailes (v. 38). La rose est donnée par Juliette comme un
dans Roméo et Juliette permettra aux élèves de se familiariser exemple de mot qui désigne la fleur mais qui aurait pu être
avec une scène (et une tragédie) emblématique du théâtre autre. Ainsi en est-il de Roméo qui aurait été le même avec
classique, dont ils auront forcément quelques pré-représen- un autre nom. Juliette sépare ainsi l’être et le nom. Mais
tations, ne serait-ce que par les nombreuses adaptations le choix de la rose est judicieux car c’est la métaphore de
et réécritures modernes du mythe. Il s’agit ici du début de l’amour et si on l’associe à la couleur rouge elle pourrait
la scène, où Roméo, caché par la nuit et le jardin, admire désigner le désir amoureux, suggéré au vers 17. « Les ailes
Juliette au balcon. de l’amour » (v. 38) nous font penser à Cupidon, dieu romain
de l’amour, fils de Vénus et de Mars. Il est représenté comme
un enfant ailé tirant une flèche dans le cœur des amoureux.
Ici, Roméo a été touché par l’amour et c’est sur les ailes de
O Comment surmonter l’obstacle des familles pour Cupidon qu’il arrive à surmonter les obstacles pour rejoindre
aimer ?
sa bien-aimée : « J’ai volé par-dessus les murs » (v. 39). Le
© Éditions Belin, 2016

pouvoir de l’amour est sans limite.


Découvrir le texte 6. a. C’est le mur qui enserre le jardin de Juliette que Roméo
1. Les vers contenant un nom propre ou une expression a franchi. Les deux expressions « par-dessus ces murs » et
relative aux noms et à la famille sont nombreux (vers 1-2, « les clôtures de pierre » (v. 39) sont au pluriel (« murs »,

7. Premiers émois amoureux au théâtre 83


« clôtures ») et rendent ainsi l’exploit plus important. Roméo Prolongements possibles 
se présente ainsi comme un héros posé sur « les ailes » et • Romeo + Juliet, film réalisé par Baz Luhrmann avec
« vol[ant] » jusqu’à elle. C’est l’amour qu’il ressent qui lui Leonardo di Caprio (1996).
donne ce pouvoir. • West Side Story, film de Robert Wise (1962) qui place l’his-
b. Le danger terrible pour celui qui est pris dans le jardin, toire dans le New York des années 1960.
l’ennemi de la famille, est la mort ; Juliette le lui rappelle : « ce
serait ta mort, étant qui tu es, /Si quelqu’un de mes proches
te découvrait » (v. 36-37).

S’exprimer à l’écrit
Analyser un décor Lecture 2 p. 142-143

7. L’une des forces de cette scène est sans doute le fait


que Shakespeare nous la rend visuelle. L’image du mur qu’a
surmonté Roméo renforce la prouesse de leur amour. On Pourquoi cette inquiétude ?
attend que les élèves parlent de ce mur comme de la méta-
phore de ce qui sépare les deux familles, ce qui les a rendues
Objectifs
ennemies. La hauteur du balcon est le deuxième obstacle à • Analyser une scène d’exposition.
surmonter par Roméo, celui des convenances et des règles • Comprendre les craintes amoureuses dans le théâtre
de société. Juliette est comme enfermée en haut d’un donjon classique.
et le chevalier Roméo vient la libérer. Les élèves pourront
également parler de l’acte héroïque de Roméo et s’appuyer
pour cela sur la question 6.
O Comment s’expriment les craintes d’élise dans la
Bilan scène d’exposition ?
Les deux amants sont réunis par l’amour comme par l’in-
quiétude de leur sort. L’amour avoué par Juliette au vers 2
Découvrir le texte
est repris au vers 19 par Roméo qui propose de s’appe- 1. Valère : Hé quoi ? / charmante Élise/ la bonté de me
ler par ce mot. Le désir amoureux est également présent donner de votre foi / hélas / ma joie / heureux/ mes feux.
puisque Juliette, évoquant le corps de cet homme (v. 10) Élise : Non / une trop douce puissance / aimer.
et plus loin sa bouche (v. 29), est prête à s’offrir à Roméo Valère : Hé ! / dans les bontés que vous avez pour moi.
au vers 17. Mais toutes ces évocations sont entremêlées Élise : Hélas ! / ardents d’une innocente amour.
du danger qui les frôle, celui de leur clan. Aux vers 3-4, Valère : Ah ! / Je vous aime trop pour cela / mon amour pour
dans la même phrase, amour et Capulet s’entrechoquent, vous, durera autant que ma vie.
ainsi qu’aux vers 17-19 et 21. Les phrases interrogatives de Élise : Ah !
Juliette amplifient cette inquiétude. Valère : mon cœur / l’honnêteté de mes feux.
Élise : Hélas ! / l’on aime / votre cœur / véritable amour /
Lecture de l’image fidèle.
La mise en scène d’Éric Ruf renvoie tout à fait à l’image du mur Ce relevé permet de vérifier les récurrences, « Oh » et
qu’utilise Roméo, et la dépasse. En effet, la scénographie mono- « hélas » qui tour à tour montrent les émotions ou les senti-
lithique d’un mur vertical, vertigineux, semble interdire aux ments des personnages : la surprise, la joie, l’inquiétude, le
amoureux toute tentative. Il n’y a ni porte ni fenêtre, ni arbre, dépit, le désespoir, la détermination. Et les autres mots sont
ni branche pour aider Roméo à gravir cette montagne âpre. Le
fameux « balcon » de Juliette n’a par ailleurs pas de balustrade, il laudatifs. La lecture permettra de faire ressortir l’intensité
est si étroit qu’il montre le danger qu’il y a pour elle à se pencher des émotions vécues par les personnages.
et à regarder Roméo. Elle ne peut que prendre appui sur la paroi 2. Valère parle d’un engagement d’Élise en réponse à son
pour se protéger. Même la lumière, tel un clair-obscur pictural, est amour, et qu’elle pourrait regretter. La scène d’exposition
placée pour séparer les amants, elle crée l’ombre entre Juliette et se fait donc in medias res, c’est-à-dire que l’action a déjà
Roméo, métaphore de la mort certaine.
commencé avant la scène. La scène d’exposition joue égale-
ment son rôle, celui de donner des éléments de situation et
Pour bien écrire de compréhension au spectateur. Mais ce n’est pas encore
Les verbes en -ir et -re gardent le « s » à la 2e personne du singulier
à l’impératif. l’intrigue. La scène 1 est beaucoup plus longue, ce ne sont
ici que les premières répliques de l’échange entre les amou-
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reux. Nous pouvons cependant faire trois hypothèses à partir


de cette première réplique de Valère : soit Élise s’est engagée
auprès de lui (fiançailles avant le mariage), soit elle s’est

84
engagée à en parler à son père pour qu’il accepte de les 9. Élise reproche à Valère l’inconstance des hommes, leur
marier, soit le mariage a été célébré en secret… esprit volage : « cette froideur criminelle dont ceux de votre
sexe » (l. 19) et « tous les hommes sont semblables » (l. 29). Ce
Analyser et interpréter le texte comportement coupable qu’elle prête à tous les hommes est
évidemment le contraire de son attitude (« innocente amour »).
Un amour réciproque
3. « Foi » (l. 3), « feux » (l. 5 et 38), « puissance » (l. 7),
« bontés » (l. 12), « cœur » (employé par les deux amants,
S’exprimer à l’écrit
l. 34 et 40) sont les noms synonymes d’ « amour » que Valère Écrire la suite d’un texte
et Élise utilisent. Les adjectifs qui leur correspondent sont : 10. Cet exercice vise à vérifier que les élèves ont bien compris
« ardents », « innocente », « douce », « véritable ». On pourra les enjeux de ce début de scène d’exposition et qu’ils sont
rappeler que le mot amour pouvait être masculin ou féminin capables de les réexploiter dans un exercice d’écriture. Il s’agira
au xviie siècle. d’écrire la réponse d’Élise en tenant compte du contexte,
4. Le mot « amour » a donc plusieurs synonymes au de la situation de cette scène par rapport à l’ensemble de
xviie siècle en fonction de ce que l’on veut décrire du ressenti la pièce, des attentes du spectateur… On pourra donner des
ou des conséquences physiques. Le vocabulaire imagé (foi, indications aux élèves sur ce qui pourrait inquiéter Élise, pour
feux, puissance, cœur…) vise donc à montrer l’intensité de les aider avant la rédaction : Élise peut craindre la réaction
l’amour, qui brûle ou consume celui qui en fait l’expérience. de sa famille, d’être bannie de sa maison, d’être envoyée au
Le mot « cœur » répété deux fois associe l’amour à ce qui couvent… On rappellera à cet effet qu’au xviie siècle, un père
fait vivre. est maître de ses enfants jusqu’à leur mariage. Élise pourra
5. Valère qualifie Élise de « charmante » à la ligne 1, manière également exprimer des doutes sur celui qu’elle aime et sur
agréable d’engager la réponse de cette dernière, ou signe l’amour lui-même. On pourra faire lire le texte de Molière, où
de dépit puisqu’il suit l’interjection « hé quoi ? ». Élise quant Élise explique comment elle a rencontré Valère et comment
à elle, lors de sa réponse à la ligne 6, n’use pas de la même celui-ci est devenu intendant de son père.
tournure. Elle raisonne, montre ses inquiétudes…
Bilan
Les premières inquiétudes Cette scène d’exposition est singulière car les informations
6. Élise est dans la crainte, elle ressent de l’inquiétude, données dans ces premières répliques ne cernent pas encore
voire du désespoir (mélancolie), comme le montrent les l’intrigue principale. Les personnages de cette scène d’expo-
exclamations (dans l’ordre au début des répliques) : « non », sition sont secondaires ainsi que l’intrigue les concernant.
« hélas ! », « ah ! », « hélas ! ». Cependant, nous avons tout de même des informations sur
7. C’est Valère qui interroge Élise car il ne comprend pas la situation des personnages, ici Élise et Valère qui s’aiment
sa mélancolie (l. 1). Il le fait à travers trois longues inter- mais dont le mariage ne semble pas aller de soi. Leur amour
rogatives. Dans sa troisième question (l. 11-13), Valère est donc caché. On apprend aussi qu’Élise a des raisons de
demande à Élise si leur union est toujours effective : « que craindre son père, sa famille et la société … Quant à l’intrigue
pouvez-vous craindre, Élise, dans les bontés que vous avez on ne peut faire que des hypothèses concernant ces deux
pour moi ? ». L’incompréhension de Valère est visible à l’in- amoureux. La suite de la scène, puisqu’ici ce ne sont que les
terjection « Hé ! » au début de la réplique. L’incise « Élise » premières répliques, en dira un peu plus. Une querelle amou-
montre que Valère n’est pas inquiet, contrairement à la jeune reuse pourrait constituer un bon début de comédie, mais
femme. L’adjectif « charmante » (l. 1) a cependant disparu, ici le ton adopté ne correspond pas au registre comique.
et le nom de la femme aimée se trouve accolé au verbe Il faut attendre les scènes suivantes pour qu’interviennent
« craindre ». Dans la phrase, le mot « bontés » (synonymes des personnages plus proches du comique, comme le père
d’amour) se retrouve entouré de « vous » (répété) et « moi », d’Élise, l’avare.
ce qui signale en creux le désir de Valère que leur union soit
toujours possible. Pour bien écrire
8. Élise énonce quatre craintes dans sa réplique aux Les mots « amour », « délice » et « orgue » sont les seuls à avoir le
lignes 14-21 : « l’emportement d’un père », « les reproches genre masculin au singulier et féminin au pluriel. Par exemple :
d’une famille », « les censures du monde », « le changement Ce chocolat est un délice ; de merveilleuses délices. Un orgue ; les
[du] cœur [de Valère] ». Les trois premières sont des inquié- grandes orgues de la cathédrale.
tudes concernant la famille et la société, qui à l’époque
jouent un grand rôle dans les mariages et les unions. La Prolongements possibles 
quatrième renvoie à la possibilité qu’aurait Valère de ne plus • Pour trouver plus de photographies de mises en scène
© Éditions Belin, 2016

l’aimer. Ces inquiétudes mélangées laissent à penser que de L’Avare, on peut se rendre à cette adresse : http://edus-
l’amour entre Valère et Élise connaîtra des obstacles sociaux, col.education.fr/theatre/ressources/ressources-auteur/
comme l’opposition du père (on apprendra plus tard que moliere/avare
Valère n’occupe pas le même rang social qu’Élise).

7. Premiers émois amoureux au théâtre 85


Perdican, l. 15 pour Camille). Cette phrase est construite de
Lecture 3 p. 144-145 manière à mettre en valeur la réciprocité de l’amour, par la
redondance du pronom « nous », utilisé à maintes reprises
dans l’ensemble de leurs réplique, qui réunit les amants dans
Insensés que nous sommes ! cette scène finale.
nous nous aimons 3. Il semble à Perdican que leur mensonge a été un rêve, car
il a du mal à croire qu’il n’a pas été sincère, il ne se reconnaît
pas dans « les vaines paroles » et les « misérables folies ». Il
Objectifs compare la vie elle-même à un « pénible rêve » dans laquelle
• Repérer l’expression de l’amour sincère. ils ont été « insensés ». Il utilise le champ lexical de la nature :
• Étudier un dénouement tragique. la vie sur terre est comparée à un « océan », le bonheur est une
« perle si rare » et Dieu « le pêcheur » qui la donne aux êtres
qu’il choisit. Le bonheur est également comparé à un chemin
naturel, un « sentier » entouré de « buissons si fleuris ».
O Comment l’aveu final révèle-t-il la cruauté du jeu 4. Perdican s’adresse à Dieu, la supplication « ô mon Dieu »
de l’amour ? (l. 6) le prouve puis « je vous en supplie, mon Dieu ! » (l. 29),
Dieu qu’il tutoie à la ligne 7. Il est le « pêcheur céleste » (l. 7)
Après avoir étudié un extrait de tragédie et une scène qui apporte le bonheur dans la première réplique mais celui
d’exposition de comédie, le dénouement d’On ne badine dont le jugement est craint : « ne tuez pas Rosette, Dieu
pas avec l’amour vise à faire étudier un autre registre et le juste » implore Perdican. « Pur » et « tuez » situés côte à côte
drame romantique permet de se pencher sur la diversité des à la ligne 31 par la construction phrastique forment une
manières de dire l’amour au théâtre. Ici, Camille se trouve antithèse qui accentue le jeu « avec la vie et la mort » (l. 31)
dans la chapelle, Perdican la rejoint et ils mesurent tous auxquels se sont livrés les deux jeunes gens.
deux les erreurs commises, tout en s’avouant leur amour
réciproque. La fin de la scène (et de la pièce) est tragique
Un dénouement tragique
car elle se termine sur la mort de Rosette, personnage tiers
dont se sont servis les amants pour arriver à se dire leur 5. Les raisons que donne Perdican sont « la vanité, le bavar-
amour. On pourra étudier avec les élèves l’ambiguïté qui dage et la colère » et le désir de faire le mal, « car nous
subsiste cependant à la fin, avec la dernière réplique de sommes des hommes », dit-il (l. 11-14). Ici, nous pouvons
Camille (« Adieu, Perdican. »). penser que l’auteur, Alfred de Musset, s’exprime à travers
son personnage, un autre lui-même qui se souvient, en
écrivant cette pièce, de la relation difficile et violente avec
Découvrir le texte George Sand (qu’il rencontre en 1833). Pour écrire cette
1. Les espaces mentionnés sont la chapelle du château où pièce, Musset s’est inspiré des lettres passionnées qu’ils
se trouve Camille, une entrée par laquelle arrive Perdican, s’écrivaient et des fulgurantes colères qui les déchiraient.
l’autel derrière lequel sort un grand cri, et une galerie dans 6. « Un grand cri derrière l’autel » (didascalie) vient inter-
laquelle Camille veut entrer pour vérifier qui a crié. L’autel et rompre leur déclaration. Dès qu’ils ont acquis la certitude
la galerie doivent se situer sur un côté différent de l’entrée que le cri vient de Rosette, la réplique de Perdican est sans
de Perdican (voir réplique de Camille qui veut sortir, l. 22, appel : « mes mains sont couvertes de sang » (l. 23). Le sang
sort l. 29, puis revient à la fin). Il faut donc prévoir sur la renvoie ici à la mort et Perdican fait de son jeu de trom-
scène l’espace de la chapelle, l’autel et la galerie qui seraient perie envers Rosette un véritable meurtre (« de moi un
sur un côté (comme une sortie de scène vers la sacristie) et meurtrier », l. 29).
l’entrée de Perdican. On pourra éventuellement, pour aller 7. La dernière phrase de Camille, « Adieu, Perdican. » (l. 35),
plus loin, demander aux élèves de faire des maquettes de scelle leur destin et clôt la tragédie. Il s’agit d’une sentence,
leur scénographie (voir piste EPI p. 145). L’auteur a choisi elle montre le lien entre la mort de Rosette et la séparation
la chapelle pour mettre les amoureux face à leurs respon- définitive de Camille et Perdican. La destinée renvoie à la
sabilités, Camille n’arrive plus à prier car elle s’est menti à tragédie classique, qui termine ce drame romantique. Mais
elle-même et à Dieu, puisqu’elle devait devenir religieuse. ici pas de dieux qui manipulent les hommes, ce sont les
Perdican, quant à lui reconnaît sa culpabilité dès qu’ils ont hommes eux-mêmes qui sont « insensés » (l. 14 et répétés
reconnu la voix de Rosette (« mes mains sont couvertes de trois fois par Perdican), qui jouent avec l’amour. Ce n’est pas
sang », l. 24). le héros qui meurt mais le « jouet » du héros, le personnage
au cœur pur (« la pauvre enfant », l. 25, comme l’appelle
Analyser et interpréter le texte Camille). La formule « Adieu » peut également signaler
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Deux amoureux réunis l’entrée de Camille au couvent (« à Dieu », au sens étymolo-
gique), pour expier sa faute.
2. Perdican et Camille s’avouent leur amour en répétant
à plusieurs reprises « nous nous aimons » (l. 2 et 14 pour

86
S’exprimer à l’oral Découvrir le texte
Organiser un débat 1. Mouss n’avoue pas son amour pour Rebecca : il ne réus-
8. Ce débat sur le sort des personnages principaux permettra sit pas à le faire malgré les questions de Rebecca dans la
d’aborder plusieurs aspects de la pièce : la culpabilité, la reli- première partie de l’extrait. Il semble réservé, ou il attend
gion, la morale, l’influence de l’éducation et le rôle assigné le moment propice pour se déclarer (« j’avais besoin qu’on
à la femme au xixe siècle, etc. La question de l’innocence ou soit seuls », l. 14, « il faut que je me calme », l. 20). Rebecca
non des jeunes gens, leur orgueil, leur psychologie pourra le presse de parler, mais quand enfin elle devine ce qu’il veut
faire l’objet d’une explication en classe, préalable au débat. lui dire (« T’es amoureux de moi, c’est ça ? », l. 39), il se sent
Il pourra être intéressant de faire lire, si ce n’est l’œuvre inté- désarmé, se renferme et élude la question (« Moi, c’est pas
grale, du moins d’autres extraits de la pièce, afin de mieux pareil », l. 52). Les élèves pourront aisément se reconnaître
en saisir les enjeux. dans une telle situation, ou tout du moins être ému par la
position de Mouss.
Bilan
« On ne badine pas avec l’amour » fonctionne comme un
Analyser et interpréter le texte
proverbe. « Badiner » signifie « jouer ». Ainsi, le titre met en Deux caractères en opposition
garde contre le fait de ne pas être sincère en amour, de 2. Mouss et Rebecca sont deux jeunes gens qui habitent à
ne pas être naturel, de jouer des tours à l’autre qui aime, la campagne (« un hangar de machines agricoles », première
d’être hypocrite. Dans cette pièce, Camille comme Perdican didascalie). Ils font partie d’un groupe situé plus loin (« ils
ont joué chacun leur tour (voir les questions 2 et 5) avec et vont tous croire », l. 24). Mouss a demandé à Rebecca de
contre l’autre et tous les deux contre Rosette. Le proverbe venir à l’écart. Leur langage est familier, c’est une langue
amène une morale (celui qui « joue » avec l’amour sera orale, contemporaine : élision de la négation « ne », absence
puni). Musset reprend avec ce titre la mode des proverbes, d’inversion du sujet dans les interrogatives, tournures imper-
en vogue en France depuis le xviiie siècle. sonnelles et familières comme « ça », « c’est » pour le pluriel,
(« c’est les ongles »), interjections (« hein ? », « ah bon », « Eh
ben », « ben oui » ), etc.
3. Rebecca est inquiète de ce que vont penser les autres de
leur départ : « ils vont tous croire qu’on est partis ensemble »
Lecture 4 p. 146-147 (l. 24). C’est ici la question de la réputation dans le groupe
qui est en jeu.
4. Au contraire, Mouss veut être à l’écart du groupe : « parce
qu’il y a trop de monde là-bas » (l. 9), « je vérifie qu’on est
Tout le monde est amoureux bien seuls » (l. 14). Cette situation lui convient car il veut lui
de moi en ce moment parler (« Pour te parler », l. 2) sans subir le regard des autres
et la pression du groupe.
5. Pour insister sur le fait qu’ils sont seuls, Rebecca utilise
Objectifs l’image du vent qui ne réussit pas à s’introduire dans le
• Étudier l’opposition entre silence et parole. hangar, car les murs y sont bien hauts. Les murs sont peut-
• Comprendre la difficulté de la déclaration amoureuse au être, par métaphore, ceux qui finalement empêcheront les
théâtre.
deux adolescents de se dire ce que désire Mouss. Et le vent,
force vive et libre, la métaphore de ce que Mouss rêve de
dire.

O En quoi cette scène montre-t-elle la difficulté La déclaration impossible


d’exprimer ses sentiments amoureux ?
6. C’est Rebecca qui parle le plus dans cet extrait. Tout
Ce texte contemporain, publié en 1993, permet d’aborder la d’abord, elle pose beaucoup de questions à Mouss,
permanence du thème amoureux au théâtre et d’étudier un auxquelles il ne répond que quelques mots. La répétition
texte dans lequel les contraintes de l’écriture théâtrale ont de « je sais pas » (l. 37) montre sa difficulté à parler. C’est
disparu. Dans Hors les murs, Jean-Gabriel Nordmann assemble paradoxalement par cette réplique (qui peut être comprise
des scènes autonomes où se croisent des adolescents dans comme une antiphrase) que Rebecca devine ce que Mouss
différentes situations. La scène étudiée met en présence deux veut lui dire. Dès que Rebecca a compris, elle donne de
nombreux détails sur les louanges qu’elle reçoit de ses autres
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adolescents, un garçon et une fille, lors d’une soirée. L’un


invite l’autre à l’écart pour lui avouer quelque chose. L’enjeu admirateurs (l. 43-66), ce qui semble agacer Mouss. Leurs
principal de cet extrait tourne autour de la difficulté à dire, et caractères respectifs semblent très différents : Rebecca
du silence, qui fait partie du texte théâtral.

7. Premiers émois amoureux au théâtre 87


cherche à plaire et aime être admirée, tandis que Mouss
semble plus discret et réservé. Lecture 5 p. 148-149
7. Rebecca presse Mouss de parler en lui posant une série
de questions, mais Mouss élude les questions à chaque fois.
Il va même jusqu’à la questionner sur ses ongles (l. 27). Le cœur mitraillette
Elle cherche à le rendre jaloux en lui montrant la bague
qu’Ignace lui a offerte, et en insistant sur le fait qu’elle est Objectifs
« en argent massif ». • Analyser la description des sensations physiques au théâtre.
8. Mouss semble déterminé au début de la scène, ses • Étudier une tirade poétique.
réponses sont courtes et rapides. Devant l’impatience de
Rebecca, il vérifie qu’ils sont seuls, puis, ne trouvant pas
ses mots, il essaie de se calmer (l. 20). Par la répétition de
« attends » (l. 12 et 20), il cherche en même temps à retarder O Comment exprimer les premiers ressentis de
le moment de se déclarer. Finalement, il ne lui avouera pas l’amour ?
son amour, sans pourtant le nier (« hein ? », l. 40, « pour-
quoi ? », l. 42, « moi c’est pas pareil », l. 52). Le comédien Le corpus de cette séquence s’achève sur un texte de théâtre
jouant Mouss pourra avoir une gestuelle hésitante, un regard plus contemporain, qui explore de nouvelles formes d’écri-
fuyant, allant vers Rebecca puis se reprenant… ture théâtrale, ici une forme poétique. Cette tirade semble en
effet versifiée, utilisant le vers libre. Par l’écriture poétique,
S’exprimer à l’oral Sylvain Levey met des mots sur les sensations physiques
du personnage.
Jouer le texte et finir la scène
9. Jouer ce duo permettra de vérifier que les élèves ont Découvrir le texte
compris l’esprit de la scène, et de développer leur imagina-
tion pour inventer la suite. Il s’agira de travailler la précision 1. L’auteur, Sylvain Levey, donne par la parenthèse la possi-
du regard, des gestes… On pourra faire apprendre le texte bilité dans la mise en scène de la présence ou non de Gabin.
par cœur et commencer à répéter en insistant sur l’arti- En effet, Alice raconte leur premier baiser comme si elle le
culation. Pour l’écriture de la suite de la scène, les élèves revivait, ainsi Gabin peut être présent sur scène.
pourront donner libre cours à leur imagination : déclaration 2. Pour tester la présence ou non de Gabin, on peut faire
d’amour de Mouss, autres révélations, mensonges… entendre les deux voix. L’exercice propose alors de lire le
texte à une voix ou à deux voix. Pour la lecture à deux,
les élèves pourront décider des vers attribués à Alice et à
Bilan Gabin, chaque duo pouvant être différent dans le choix des
La scène met en jeu deux adolescents d’aujourd’hui. En vers. Les élèves expliqueront leur ressenti, le duo permet-
effet, la langue est actuelle, familière et efficace comme tant de faire certainement entendre l’osmose des amoureux
rapide. Ces adolescents vivent une situation qui n’est pas évoquée dans le texte.
rare, celle de déclarer son amour. Mais pour Mouss, cela
s’avère difficile, il passe par des émotions diverses. Rebecca, Analyser et interpréter le texte
quant à elle, attendait certainement une déclaration qui n’est
pas venue et, de fait, se la dit à elle-même en rappelant Une scène poétique
comment les garçons lui font la cour, créant la jalousie de 3. Voici plusieurs exemples de citations poétiques qu’on
Mouss. pourra analyser. Dans « le cœur mitraillette » (v. 16), la méta-
phore portée par le mot « mitraillette » renvoie au battement
histoire des mots du cœur lorsqu’il est submergé par le sentiment amoureux.
Le mot « drôle » a également le sens d’« inhabituel », « étonnant », C’est l’une des manifestations de l’amour, le cœur accélère.
« bizarre » voire « étrange » : « c’est une drôle de fille » (tournure Les occlusives [k] de « cœur» et [t] de « mitraillette » (2 fois)
familière). suggèrent les bruits de la rafale comme du cœur qui bat. La
mitraillette rappelle également mais de façon détournée le
coup porté par la flèche du dieu Amour. « Chair de poule sur
mes lèvres le goût sucré du miel » (v. 21) est, à l’inverse, un
vers long. Il décrit le contact des lèvres des amoureux qui se
donnent le premier baiser. Alice le dit sous la forme d’une
juxtaposition, sans ponctuation, de trois expressions : « Chair
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de poule / sur mes lèvres / le goût sucré du miel ». L’absence


de ponctuation participe à créer l’osmose suggérée. Ce vers
met également en correspondance les sens : la vue bien sûr,
le toucher (chair de poule, lèvres), le goût (le mot lui-même,

88
sucré, miel). Ces sensations sont envahissantes, chambou-
lées, et agréables. Mise en scène p. 150-151
4. Cinq occurrences du mot « feu » apparaissent dans le texte
(v. 5, v. 20, v. 33, v. 51, v. 54). La métaphore du feu est un
cliché dans l’expression de l’amour, c’est une manifesta- Jouer le sentiment amoureux
tion physique connue qu’on transcrit ainsi, les joues et les
oreilles rougissent mais c’est aussi le corps entier qui semble
au théâtre
prendre feu par l’émotion intense.
5. L’absence de ponctuation est propre à la poésie surréa- Objectif
liste du début du xxe siècle et est aujourd’hui un procédé • Découvrir différentes manières d’interpréter
les personnages amoureux.
courant de l’écriture poétique. La lecture est donc plus fluide
et l’interprétation ouverte. La fusion, l’harmonie entre les
amoureux sont ainsi suggérées. À la suite de l’étude des cinq textes du corpus, il sera intéres-
sant d’analyser, dans cette double page consacrée à la mise
Le récit des émotions en scène, le jeu d’acteur pour exprimer le sentiment amou-
6. Aux vers 7 et 11, Alice suggère la présence de Gabin par reux au théâtre. On se penchera sur la diversité des choix
le discours direct, « je t’aime », qu’ils disent chacun leur tour. effectués par les metteurs en scène, et ce qu’ils révèlent.
La présence de Gabin est également suggérée par le prénom
au vers 36. Répété aux vers 47 et 49 par symétrie, le prénom Les craintes de l’amour
encadre l’adresse « sur tes lèvres ce long baiser », comme 1. Élise est assise, recroquevillée sur une palette posée sur
pour allonger encore le temps. des caisses de rangement. Elle est donc refermée sur elle-
7. Alice ressent principalement deux sentiments : l’amour même, elle semble exprimer ses craintes à Valère. Les deux
(« je t’aime », v. 11), le bonheur (« j’étais heureuse », v. 6), personnages ne semblent donc pas amoureux, ensemble.
qu’elle répète au vers 19 (« heureuse et amoureuse », en 2. Valère fait un geste de l’avant vers Élise, les mains
rime). Quant aux sensations, elle éprouve une sensation de ouvertes comme un appel.
plaisir (« pour mieux profiter », v. 9), elle est hypersensible 3. La pièce est déplacée dans un contexte actuel : les décors
(« les cinq sens en éveil », v. 19), notamment du toucher. semblent faire penser à un entrepôt, Valère est en pantalon
8. Alice ressent les manifestations physiques du sentiment de ville et chemise. Élise a une coiffure et une tenue actuelle.
amoureux : l’hypersensibilité, le rougissement, la respiration, En modernisant la pièce L’Avare, le metteur en scène Ludovic
la moiteur des mains, l’accélération cardiaque, les frissons, Lagarde a voulu montrer que le thème de l’argent est plus
la chaleur. Tout son corps est en éveil, des cheveux (v. 1) que jamais d’actualité dans notre société contemporaine,
au creux poplité (v. 54) en passant par les oreilles (v. 20), et que les thèmes traités par Molière peuvent trouver un
mais aussi de l’intérieur du corps, des poumons (v. 14) aux écho aujourd’hui.
muscles de la main (v. 32). 4. Il est certain que le décor, les costumes actualisés font
entendre le texte plus proche. Un micro est visible près
S’exprimer à l’écrit d’Élise, qui pourrait servir lors du jeu et qui ferait d’elle le
Rédiger le portrait d’Alice porte-parole des femmes accusant les hommes d’infidélité
et d’inconstance.
9. Les élèves seront ici libres d’imaginer le personnage
d’Alice, tenus toutefois par les sentiments et les sensations
L’amour et la tragédie
exprimés dans la tirade. Ils pourront s’inspirer des deux
photographies de mises en scène des pages 148-149. On 5. La posture des comédiens dans cette mise en scène d’Yves
y voit une Alice heureuse, exprimant la joie dans la danse Beaunesne, procède du tableau. Le blanc domine et crée un
(p. 148) puis deux adolescents inquiets, qui se cherchent du contraste avec le fond noir. La pureté des personnages est
regard, séparés par le tissu (p. 149). mise en avant par les vêtements et le drap qui recouvre le
lit. La posture des personnages est également révélatrice :
Camille domine Perdican, rappelant ainsi que c’est elle qui
Bilan refuse ce que Perdican lui propose (l’embrasser à son arri-
Par une écriture sensible, imagée, travaillée d’un point de vée, se souvenir de leur enfance, se rappeler leur serment
vue stylistique comme formel, cette tirade est un texte qu’on d’amour). Elle est à genou, position qui peut rappeler son
peut appeler poétique. On pourra reprendre les réponses aux vœu de devenir religieuse. Perdican lui, est presque allongé
questions 2 à 5, qui montrent par des analyses précises les à même le sol, dans une posture naturelle, sincère : il offre
éléments poétiques de cette scène.
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son visage à Camille, comme dans un appel à le suivre.


6. Perdican regarde Camille, qui regarde leurs mains. Les
histoire des mots regards ne se croisent pas puisqu’ils ne pourront être unis.
On peut aussi frissonner de peur, de fatigue et d’excitation. Pourtant, Perdican lui tend ce bras et cette main pour qu’elle

7. Premiers émois amoureux au théâtre 89


s’unisse à lui, ils sont semblables, les mêmes bras nus, les Prolongements possibles 
mêmes mains offertes, le même cœur, semble dire Perdican. • Pour lire des critiques de la mise en scène de L’Avare par
Camille observe, analyse, réfléchit… Les bras et les mains Ludovic Lagarde : http://www.theatre-contemporain.net/
réunies pourraient être le symbole de leur amour. spectacles/L-Avare-12334/critiques/
• Pour voir d’autres photographies de la mise en scène
Les premiers émois amoureux d’Alice pour le moment : http://www.mascarille.com/
7. Les deux jeunes personnages sur scène semblent inquiets, galerie/index.php?/category/1139&acs=alicepourlemoment
comme le montrent leurs visages expressifs. Les comédiens
essaient avec précision de montrer comment le corps réagit
à la découverte d’un sentiment nouveau. La main de Gabin
est encore tendue, pour montrer l’émotion qu’il y a à toucher
celle d’Alice. Leurs corps mêmes sont crispés, exprimant
ainsi la nouveauté des sensations ressenties.
8. Le tissu de voilage, rouge et transparent, donne une allure
Vers d’autres lectures p. 152

de princesse à Alice et rend la scène merveilleuse en captant


bien la lumière.
Les premiers mots d’amour
L’amour partagé au théâtre
9. Nous retrouvons ici le noir et le blanc comme dans la
photographie d’On ne badine pas avec l’amour, le blanc pour
Objectif
Juliette et le noir pour Roméo. Juliette est en robe décolletée, • Étudier comment l’amour s’exprime au théâtre
simple, innocente et pure. Roméo dans sa veste et chemise à des époques différentes.
noires est davantage soumis au corps social et à ses règles.
La superposition des deux couleurs, par la symbolique,
permet de rappeler la fin funeste des héros. Les quatre pièces proposées sur cette page, allant du xixe  au
10. L’union des personnages est visible à la fois par la xxie siècles, permettront de prolonger le thème.
gestuelle, la posture et l’expression du visage. Les comédiens
ont travaillé dans la sincérité et l’abandon. Les sentiments Apprendre par cœur une réplique de Cyrano
exprimés sont l’amour, le bonheur et la joie d’être unis, La célèbre « réplique du nez » (acte I, scène 4) pourra bien
Roméo a les yeux fermés pour mieux goûter ce bonheur. sûr être choisie par un élève qui essaiera de la jouer avec
Leur union est aussi montrée par la gestuelle des bras et une gestuelle grandiloquente comme le veut le personnage
des mains, qui rassemblent les personnages comme s’ils ne de Cyrano. Mais d’autres passages sont également propices à
faisaient qu’un. un apprentissage par cœur, seul ou à plusieurs, par exemple
la scène où Roxane avoue à Cyrano son amour pour Christian
Activités (acte II, scène 6) ou la scène où Cyrano et Christian mettent
en place leur stratagème (acte II, scène 10).
Analyser le jeu des regards
Dans ces quatre photographies, les regards des amoureux Mettre en jeu une foule dans le métro
sont différents et pourtant tous s’aiment. Du face à face de
Cet exercice permettra de faire jouer toute la classe, et
l’explication que demande Élise à Valère, aux regards qui ne
pourra être décliné en jeu improvisé. Chaque élève pourra
se croisent pas de Perdican et de Camille, les regards font
travailler son personnage et sa relation aux autres passagers
sens. Deux photographies (3 et 4) présentent des regards
puis réagir à l’arrivée du couple. Les deux élèves jouant les
tournés vers le spectateur pour qu’il soit témoin des émois
amoureux pourront donc varier leurs expressions et leurs
amoureux, même si la posture des adolescents (photo 3)
attitudes qui surprendront les voyageurs. La mise en scène
est encore crispée dans la découverte. Roméo et Juliette
pourra être jouée avec ou sans le texte.
(photo 4), eux, s’abandonnent complètement au sentiment
d’amour.
Illustrer une scène de théâtre
On trouvera à l’adresse suivante de nombreuses références
Rédiger un texte pour un comédien picturales qui traitent du mythe d’Iphigénie : http://
Pour ce texte à rédiger, on pourra demander aux élèves de mythologica.fr/grec/iphigenie.htm. L’exercice proposé
réfléchir au préalable aux intentions du metteur en scène permet de mêler le théâtre à la peinture et de voir les
© Éditions Belin, 2016

et à ce qu’on veut transmettre des personnages : quel âge résonances qui peuvent exister entre les arts. Les élèves
ont-ils ? quel est leur passé ? leur vision de l’avenir ? leurs pourront illustrer la scène choisie au moyen de la technique
goûts ?... Cela aidera les comédiens à se projeter. qu’ils préféreront (collage, dessin, peinture…).

90
Créer l’affiche du spectacle
L’exercice vise à faire réfléchir les élèves sur des choix de
Vocabulaire p. 154

mise en scène, qui auront un impact sur la réalisation de


l’affiche du spectacle. On pourra au préalable proposer aux L’expression de l’amour
élèves d’observer et d’analyser diverses affiches de théâtre,
par exemple en faisant une recherche dans Google images.
La mise en page pourra être composée de plusieurs plans, Objectif
• Explorer la diversité du vocabulaire de l’amour.
jouer avec le titre, son écriture…

À vous de créer
Créer le costume d’un personnage Employer le vocabulaire de l’amour
Cette activité pourra constituer un bon atelier pour ouvrir à 1. Les mots de la même famille sont nombreux : aimer,
tous les aspects de la mise en scène théâtrale, y compris les amour, amoureux, amant(e), aimé(e), bien aimé(e), aimable,
costumes. L’exercice fait appel à la créativité des élèves et amabilité, amateur…
leur permettra de toucher du doigt la dimension matérielle 2. Les synonymes du mot « amour », du moins fort au plus
et manuelle des métiers liés au théâtre, et pourra s’inscrire fort, sont les suivants : affection < inclination < amourette <
dans la préparation de la nouvelle épreuve orale sur le tendresse < coup de foudre < attachement < union < désir <
parcours artistique et culturel du brevet en 3e. ardeur < passion.
3.
Noms Adverbes
emballement • enchantement • follement • tendrement •
bouleversement • joliment • passionnément
Méthode p. 153 éblouissement • enivrement •
attachement

4. Le cœur bat plus fort.


Rendre compte oralement Les mains deviennent moites.
La voix balbutie.
d’un spectacle de théâtre Les joues rosissent ou rougissent.
La peau transpire.
La méthode proposée permet aux élèves d’aller au-delà de Les yeux brillent.
l’analyse textuelle pour développer des outils d’analyse de 5. Les manifestations physiques de l’amour sont : « je rougis »,
mises en scène. Chaque élève pourra faire l’expérience, au « mes yeux ne voyaient plus », « je ne pouvais parler », « je
moins une fois au cours de sa scolarité, d’assister à un spec- sentis tout mon corps et transir, et brûler ». Les sens affectés
tacle de théâtre. Rendre compte de cette expérience sera sont la vue (« je le vis ») et le toucher (« brûler »).
l’étape suivante essentielle. Il s’agira d’explorer le ressenti 6. On peut classer ces mots du moins fort au plus fort dans
et les réactions des élèves a posteriori. Présenter à l’oral un cet ordre : incertitude < risque < doutes < crainte < peur <
spectacle ou un film que l’on a vu fait partie des compé- peine < chagrin < jalousie < tourments < mélancolie.
tences attendues en fin de collège et cette méthode permet 7. Les définitions suivantes sont pour la plupart issues du
de la travailler. On pourra se référer au site de l’ANRAT (Asso- dictionnaire Trésor de la Langue Française.
ciation nationale de Recherche et d’Action théâtrale), pour – Libertinage : conduite de celui qui s’adonne librement aux
trouver d’autres ressources et aides à l’analyse de spec- plaisirs de la chair.
tacles : http://www.anrat.net/tool_cats/2. – Marivaudage : attitude, propos d’une galanterie délicate,
recherchée, subtile, en particulier dans le domaine amou-
reux.
– Badinage : action de badiner, de plaisanter sans consé-
quence.
– Carte de Tendre : au xviie siècle, carte d’un pays imaginaire,
Tendre, inspiré de Clélie, de Madame de Scudéry. Cette carte
retrace, de manière allégorique, les différentes étapes de la
vie amoureuse.
© Éditions Belin, 2016

– Transport : vive émotion, sentiment passionné.

7. Premiers émois amoureux au théâtre 91


Repérer un lexique imagé « Vous m’en puniriez » : fait soumis à une condition (propo-
8. – Premier amour : première personne qu’on a aimé. sition subordonnée : « si je vous disais »). Il s’agit d’une
– Coup de foudre : expression imagée qui dit la violence phrase complexe aux subordonnées nombreuses coupées
d’un amour soudain. aux vers 2 et 3 par deux propositions juxtaposées. Les rimes
– Conter fleurette : expression imagée pour dire « faire la viennent confirmer la condition exposée au vers 1 (« aime »,
cour ». qui rime avec « extrême » et vous-même »). Ici, l’amour n’est
– Faire la cour : séduire. vu que par la souffrance qu’il amène (« extrême »).
– Avoir le béguin (fam.) : être amoureux. 4. – Perdican : « j’aurais voulu » : souhait. Perdican invite
– Avoir un flirt (fam.) : faire la cour sans but précis. Le mot Camille à aller avec lui sous les marronniers comme au
anglais flirt viendrait du français « fleureter » (conter fleu- temps de leur jeunesse.
rette). – Roméo : « sauraient » : souhait de ne voir aucun obstacle à
– Faire une touche : attirer l’attention de quelqu’un. l’amour (« les clôtures de pierre » par périphrase désignent
– Fréquenter quelqu’un : avoir un(e) amoureux(se). les murs qui encerclent le jardin de Juliette).
– Avoir un penchant : être attiré par quelqu’un. – Alice : « serait » (à plusieurs reprises), « imiterait »,
9. a. Exemple de métaphore avec le mot « feu » : le feu de « verrait », « m’appellerait », « deviendrait » : futur dans la
tes yeux m’embrase. passé. Alice donne toutes les conséquences de l’acte de sa
Exemple de comparaison avec le mot « feu » : mon amour mère, quand elle l’a appelée « ma chérie » devant tous ses
est aussi fort qu’un feu. camarades de classe.

Champ lexical du feu Champ lexical de la nature 5. Dictée préparée


feu • flamme • ardeur • foudre • bourgeon • rose • lune • blé •
Verbes à l’indicatif Verbes à Verbes au
brûlure • brasier • étincelle printemps • fleur • aube
présent l’indicatif conditionnel
10. Les métaphores sont : « le bourgeon de l’amour », mûrir imparfait présent
dans la brise », « splendide fleur ». C’est leur amour que « savez », « parle », « je « aimais » « ne me toucherait »,
Juliette compare à un bourgeon qui mûrit et se transforme vous aime », « êtes », « resterais »,
en fleur. Leur amour sera donc de plus en plus fort et beau. « voyez », « cache » « ferais »,
« pourrait »
À vous d’écrire !
Les élèves pourront s’inspirer pour cet exercice de l’exemple Dictée complémentaire
donné à la p. 139 (réplique de Cléante dans L’Avare). On pourra proposer la dictée complémentaire suivante,
en lien avec l’étude de la thématique amoureuse et le
conditionnel.
Inès. – Cette douceur mêlée de tristesse, c’est bien le goût
de notre amour. Vous ne m’avez donné que des joies ; pour-
Grammaire p. 155 tant, toujours, quand je pensais à vous, si j’avais voulu
j’aurais pu me mettre à pleurer. Depuis deux ans, sur nous,
cette menace, cette sensation d’une pluie noire sans cesse
prête à tomber et qui ne tombe pas. La destinée qu’on sent
Les valeurs du conditionnel qui s’accumule en silence. Combien de fois, dans notre
maison, m’y trouvant avec vous je me suis représenté le
temps où ces heures seraient du passé. »
Objectif
Henri de Montherlant, La Reine morte, acte I, scène 4, 1942.
• Repérer le conditionnel et comprendre ses valeurs.

1. 1. « Je voudrais » : souhait.


2. « Elle aurait pu » : un fait soumis à une condition.
3. « Conseilleriez-vous », « je verrais » : faits soumis à une
condition.
2. Ces deux conditionnels n’ont pas la même valeur : le
premier a valeur de souhait (« je voudrais »), le deuxième
© Éditions Belin, 2016

a valeur de fait soumis à une hypothèse (« si… ne devriez-


vous pas »).
3. « Vous en diriez » : fait soumis à une condition (proposition
subordonnée : « si je vous disais »).

92
étape 3 • Jouer la scène
S’exprimer à l’oral p. 156
8. et 9. Pour la manipulation, deux points sont importants : la
main du manipulateur tenant par l’arrière la tête du person-
Jouer une scène nage, et le regard du manipulateur toujours tourné vers le
personnage pour lui donner vie.
avec le théâtre d’objet
S’initier au théâtre d’objet permet de s’interroger sur le rôle Prolongements possibles
du comédien qui est aussi le manipulateur. On travaillera Pour travailler la technique de jeu, on pourra s’aider des
dans un premier temps sur le choix d’un objet en adéqua- outils suivants :
tion avec le personnage, puis sur la manipulation de l’objet • « Marionnette et théâtre d’objet », un DVD de la collec-
elle-même. tion « Entrer en théâtre » du Scérén-CRDP de Lyon, 2010.
Deux sites où l’on trouve une tentative de définition du
théâtre d’objet et des fondamentaux de la manipulation :
étape 1 • Observer une adaptation • http://agon.ens-lyon.fr/index.php?id=2079
1. L’observation permet de cibler, de comprendre le choix. • http://www.lintermede.com/theatre - objet-
On distingue la table qui sert de scène, recouverte d’un marionnettes-isabelle-bertola-paris-cuisine-manarf-
matériau figurant un sol aride. Les manipulateurs sont ainsi analyse-critique-interview-piece.php
à hauteur normale, rendant plus facile la manipulation. Les
manipulateurs sont dans l’ombre et habillés de noir de façon
à laisser dans la lumière les objets qui prennent vie.
2. Les objets choisis sont des robinets de différentes tailles Compétences
ou calibres, affublés de tissus et de couleurs en fonction D1, 2, 3 • Percevoir et exploiter les ressources expressives et
créatives de la parole.
des personnages. Le choix du robinet est intéressant car sa
forme renvoie au nez et aux yeux. Quant à sa fonction, il
régule l’eau, une ressource vitale et à sauvegarder pour la
planète. Cela peut donc pousser à l’avarice. Le débit du robi-
net peut également être interprété : à flot quand on gaspille,
ou par gouttes pour indiquer les pleurs… Dans la deuxième
photographie, un chandelier est allumé, pour l’éteindre, S’exprimer à l’écrit p. 157
l’objet sera utilisé dans sa fonction, de l’eau.
3. Une main tient l’objet pour le manipuler, l’autre est la
main du personnage lui-même, ce qui agrandit le nombre écrire un texte argumentatif
des possibles.
L’écriture d’un texte argumentatif vise à préparer à l’exercice
dissertatif au lycée. Ici, il est question d’aborder l’argumen-
étape 2 • Choisir la scène et les objets tation à travers un sujet en lien avec le théâtre. Mais la
4. 5. et 6. Quelle que soit la scène choisie, on pourra donner question posée n’est qu’un point de départ, et l’on pourra
des exemples d’objets aux élèves, que ceux-ci pourront trou- tout à fait adapter cette activité à une autre question. L’inté-
ver dans les objets de l’école ou chez eux. rêt de cette question pour clore la séquence est double :
– Roméo et Juliette : un pied de lampe et son ampoule pour l’élève pourra tirer des arguments de l’étude des textes, et
Roméo et un abat-jour pour Juliette (qui se penche au il aura à sa disposition un vivier de citations pour appuyer
balcon) ; ses arguments.
– L’Avare : des aiguilles pour Valère et une pelote de laine
pour Élise (la pelote ayant peur que les aiguilles la piquent) ;
– On ne badine pas avec l’amour : un missel pour Camille, un étape 1 • Comprendre la question
livre d’amour pour Perdican (on pourra jouer avec les pages 1. On veillera à bien expliquer chacun des mots, si besoin à
qui se tournent, s’écornent, se déchirent…) ; l’aide d’un travail de mise en commun. Les mots clés de la
– Hors les murs : une pompe à vélo pour Mouss (car il est question posée sont : « le théâtre » (au sens double de texte
essouflé de sa course), un soufflet pour Rebecca ; et de représentation), « lieu propice » (c’est-à-dire adéquat,
– Alice pour le moment : une valise ou un sac à dos pour Alice, qualifié, propre à, intéressant…), « représentation » (mise en
toujours en partance car ses parents cherchent du travail. scène, mise en jeu, symbolique, relation scène-spectateur…),
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7. Si cela semble difficile ou par manque de temps, les élèves « amour » (histoires d’amour, personnages amoureux…),
pourront lire les répliques pendant le jeu mais de façon « obstacles » (problèmes, difficultés, contraintes…).
expressive. Il conviendra cependant de faire des répétitions 2. L’élève pourra reformuler la problématique en disant :
afin que la manipulation soit fluide. je dois dire si oui ou non, le théâtre est un bon espace (sur

7. Premiers émois amoureux au théâtre 93


la scène) pour représenter les histoires d’amour et leurs
difficultés. On pourra écrire au tableau toutes les reformu- Faire le point p. 158-159
lations proposées par les élèves pour vérifier leur justesse et
montrer que de nombreuses reformulations sont possibles.
2. Lire et comprendre un monologue
étape 2 • Chercher des éléments 6. Cette réplique est un monologue car le personnage est
de réponse seul sur la scène. La fonction du monologue est de donner
un espace de parole au personnage, pour qu’il exprime ses
3 et 4. Avec l’exemple de la photographie de la mise en
pensées, désirs, peurs en fonction d’une situation, tout en
scène de J.-L. Martinelli, l’obstacle est intéressant à analyser
rendant le public témoin de ces pensées. Le monologue peut
car ici il s’agit du père qui ne veut pas du mariage. La mise
être délibératif si le personnage dans sa réflexion prend une
en scène montre comment le corps de ce père en se plaçant
décision. Ici, Perdican s’interroge pour savoir s’il est ou non
sur le banc au milieu des deux jeunes gens figure l’obstacle
amoureux de Camille.
de poids. Valère est si impressionné qu’il en tomberait du
7. Perdican exprime ses pensées à travers un conditionnel
banc. Ici, la position des corps et la gestuelle lors de la repré-
présent (« je voudrais »), à valeur de souhait.
sentation viennent renforcer visuellement les difficultés de
8. « Diable, je l’aime, cela est sûr » (l. 5) et « il est clair que
l’amour. Dans un tableau à deux colonnes, on pourra mettre
je ne l’aime pas » (l. 10) sont les deux phrases qui se contre-
à gauche les arguments trouvés, et à droite les textes du
disent.
corpus qui peuvent les illustrer.
« je l’aime » « je ne l’aime pas »
« cette manière d’interroger « elle ne se soucie pas de moi » ;
étape 3 • établir le plan de l’argumentation est […] cavalière » ; « elle a des manières beaucoup
5. Le plan est toujours une réponse à la question posée : ici, « elle doit partir aujourd’hui » trop décidées et un ton trop
la question demande l’avis de l’élève, donc un plan antithé- brusque »
tique (oui-non, ou non-oui) sera possible, un plan concessif Perdican essaie de trouver des excuses à l’attitude de
(oui ou non, mais) ainsi qu’un plan comparatif (on compare Camille, qu’il trouve péremptoire (« les idées que ces nonnes
les pour et les contre). lui ont fourrées dans la tête »), mais il est troublé par le fait
6. et 7. La progression se fera sur l’importance croissante qu’il pense à elle nuit et jour.
des arguments, du plus banal au plus nuancé. 9. « D’un côté », « de plus », « après tout », « et d’ailleurs »,
« d’une autre part », « mais », « en vérité » : les connecteurs
étape 4 • Rédiger le texte argumentatif logiques sont nombreux et donnent l’illusion d’une argu-
mentation construite et rationnelle, mais Perdican se répète,
8. L’élève pourra reprendre sa reformulation (voir question 2) se contredit, s’embrouille… Cela crée une impression de
et la rédiger sous forme interrogative. Pour l’annonce du va-et-vient et de balancement.
plan, il pourra utiliser le « nous d’auteur » ou le « je person- 10. Perdican semble prendre une décision finale (« en
nel ». Il pourra commencer par « Nous verrons », « nous vérité »), mais ce n’est que pour rappeler qu’il a passé la
étudierons tout d’abord »… nuit à réfléchir (« radoter »). Il est perdu dans ses pensées,
9. On pourra au préalable établir avec les élèves une liste ne sait plus où il va. La seule décision qu’il prend, comme
des connecteurs logiques les plus utilisés, en s’appuyant sur au hasard, est de se rendre au village.
la rubrique « Pour bien écrire », et en renvoyant les élèves à
la page 360 du manuel.
10. La conclusion fait le bilan du développement. Elle répond 3. Écrire un dialogue
à la question. Elle peut donc commencer par « Ainsi… » 11. L’intérêt de cette écriture d’invention est de voir
comment l’élève pourra faire dialoguer les deux personnages
alors que Perdican est encore troublé puisqu’il n’a pas pris
Compétences de décision (l’aime-t-il ou non ?). Cette nouvelle conversation
D1 • Utiliser l’écrit pour penser et pour apprendre. lui permettra peut-être d’en prendre une. Les élèves devront
• Exploiter des lectures pour enrichir son écrit.
garder à l’esprit les caractères de chacun des personnages :
• Passer du recours intuitif à l’argumentation à un usage plus
maîtrisé. Camille est prompte, rapide, indépendante ; Perdican est
D1, 2 • Construire les notions permettant l’analyse et la produc- indécis, troublé… La consigne demande de trouver une fin
tion des textes et des discours. au dialogue : ce pourra être une dispute, une voix qui vient
des coulisses, un objet qui glisse de la main de Camille et
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sème le trouble, Rosette qui apparaît…

94
Évaluation complémentaire « promesse », « aveu », « point rose […] sur l’i du verbe aimer »,
« secret qui prend la bouche pour oreille », « instant d’infini
Afin d’étudier un texte extrait d’une autre œuvre, qui entre qui fait un bruit d’abeille », « communion ayant un goût de
en résonance avec la lecture 1 (Roméo et Juliette), on pourra fleur », « se respirer le cœur », « se goûter […] l’âme ».
proposer l’évaluation complémentaire aux pages suivantes. 4. Si la reine de France, Anne d’Autriche, épouse de
Louis XIII, (« la reine même ! ») a osé donner un baiser au
duc de Birmingham, son amant, (« Un baiser, c’est si noble »)
1. Lire et comprendre une scène typique alors Roxane a toute légitimité pour le faire (« la reine que
du théâtre amoureux vous êtes »), d’autant qu’elle n’est pas mariée.
1. Cette scène ressemble à celle de Roméo et Juliette car 5. La fleur est une métaphore très utilisée pour désigner
la jeune fille est au balcon et l’amoureux est en bas prêt l’amour naissant (le printemps). Dans cette scène, la fleur
à monter dès que la jeune fille le permettra. L’extrait se est évoquée à plusieurs reprises, et symbolise le baiser que
termine en effet par le baiser qui a fait l’objet de leur badi- l’amant (Christian) peut venir « cueillir ».
nage amoureux. Cependant, il n’est pas question ici de 6. Le « cœur » est par métaphore le lieu où se loge les senti-
familles ennemies ni de mur à franchir au péril de leurs ments. Ainsi, par sa répétition, ce sont ses sentiments que
vies, le balcon fonctionne comme une référence et un topos Cyrano évoque dans cette réplique. La douleur d’une pointe
amoureux depuis Shakespeare. Ce qui est insolite dans cette est ressentie lorsque Roxane embrasse Christian : « Aïe !
scène, et qui en fait la célébrité, c’est que les personnages au cœur, quel pincement bizarre ! ». Puis, ce sentiment de
sont trois, et non pas deux. Le duo amoureux a un inter- souffrance donne place à une joyeuse découverte, Roxane
médiaire, en la personne de Cyrano. Le jeu des masques embrasse Christian pour les mots que Cyrano a prononcés,
propre au théâtre est donc particulièrement présent dans c’est pourquoi il lui semble recevoir des miettes de ce baiser.
cette scène, où la nuit cache les deux personnages mascu-
lins, et où l’un des deux (Cyrano) contrefait sa voix pour 2. Écrire pour argumenter
imiter l’autre.
7. Pour le registre comique de la scène, les élèves pourront
2. Cyrano livre à Christian des vers d’amour pour Roxane.
s’appuyer sur plusieurs points. Le verbe « monte » répété
Ses trois premières répliques vont dans ce sens. Cependant
plusieurs fois par Cyrano à Christian qui n’a pas compris
Cyrano, secrètement amoureux de Roxane, s’exalte (comme
l’allusion, et la didascalie « le poussant ». Lors de la dernière
le montre la didascalie) dans ce rôle de précepteur et ajoute
répétition, Cyrano ajoute « monte donc, animal » pour accen-
(v. 15-16) deux vers qui disent en fait ses propres senti-
tuer cette fois sa bêtise, or la didascalie accentue cet aspect
ments. Les répliques suivantes de Cyrano sont adressées à
animal dans la montée jusqu’au balcon. La mise en jeu de
Christian pour lui dire ce qu’il doit faire (« monte », répété, et
ce moment peut créer le rire chez le spectateur.
la didascalie « le poussant »), celui-ci n’ayant pas saisi l’allu-
Le jeu de la stichomythie (la succession de courtes répliques)
sion de Roxane au vers 17 (« montez cueillir cette fleur »),
du vers 18 au vers 21, par le rythme et l’alternance des
comme une invitation à venir l’embrasser. La dernière
« monte » de Cyrano et les expressions qui ont charmé et que
réplique de Cyrano est dite pour lui-même. Sentiments
répète Roxane, est assez amusant par le décalage créé. On
opposés s’y heurtent, joie de sentir par procuration un peu
peut encore analyser le jeu de la construction et des sono-
de ce baiser, mais désarroi de ne pas en être le destinataire.
rités au vers 21. « Ah ! Roxane ! » pour Christian enchanté
3. Dans la première réplique, le baiser est défini par de
de recevoir le baiser, et par opposition, « Aïe ! au cœur »
nombreuses expressions, certaines portant des métaphores,
de Cyrano qui avait rêvé de l’être. Le jeu des sonorités est
d’autres jouant sur la correspondances des sens : « serment »,
également amusant.
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7. Premiers émois amoureux au théâtre 95


Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Acte III, scène 10


La jeune Roxane est au balcon, goûtant avec plaisir les mots d’amour qu’elle croit entendre venir de Chris-
tian. Cependant, dans cette scène célèbre qui s’inspire de Roméo et Juliette, Cyrano est caché sous le balcon
et contrefait sa voix pour imiter celle de Christian, qui ne maîtrise pas le langage amoureux. Le badinage
tourne ici autour du baiser.

Cyrano Cyrano, poussant Christian vers le balcon.


Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ? 20 Monte !
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer, Roxane
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ; Ce goût de cœur…
5 C’est un secret qui prend la bouche pour oreille, Cyrano
Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille, Monte !
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d’un peu se respirer le cœur, Roxane
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme ! Ce bruit d’abeille…

Roxane Cyrano
10 Taisez-vous ! Monte !

Cyrano Christian, hésitant.


Un baiser, c’est si noble, Madame, Mais il me semble à présent que c’est mal !
Que la reine de France1, au plus heureux des lords2,
Roxane
En a laissé prendre un, la reine même !
Cet instant d’infini !…
Roxane
Cyrano, le poussant.
Alors !
Monte donc, animal !
Cyrano, s’exaltant.
Christian s’élance, et par le banc, le feuillage, les
J’eus comme Buckingham des souffrances
piliers, atteint les balustres qu’il enjambe.
muettes,
15 J’adore comme lui la reine que vous êtes, Christian
Comme lui je suis triste et fidèle… Ah ! Roxane !...
Roxane Il l’enlace et se penche sur ses lèvres.
Et tu es
Beau comme lui ! Cyrano
Aïe ! au cœur, quel pincement bizarre !
Cyrano, à part, dégrisé. 25 – Baiser, festin d’amour dont je suis le Lazare3 !
C’est vrai, je suis beau, j’oubliais ! Il me vient de cette ombre une miette de toi, –
Mais oui, je sens un peu mon cœur qui te reçoit,
Roxane
Puisque sur cette lèvre où Roxane se leurre
Eh bien ! montez cueillir cette fleur sans
Elle baise les mots que j’ai dits tout à l’heure !
pareille…
© Éditions Belin, 2016

1. La reine de France : Anne d’Autriche. 2. Plus heureux des lords : il s’agit du duc de Buckingham, amant de la reine. 3. Lazare :
dans l’Évangile selon Saint Luc, Lazare est un homme pauvre qui se nourrit des miettes du repas d’un homme riche.

•••
1. Lire et comprendre une scène typique du théâtre amoureux
1. Quels éléments de la scène du balcon de Roméo et Juliette retrouvez-vous ? En quoi cette situation est-elle
différente ?

2. Quelles sont les répliques de Cyrano dites au nom de Christian et celles dites en son nom ? a. Quelle remarque
faites-vous au vers 16 ? b. Quelle est l’importance des didascalies ?

3. Dans la première réplique, par quelles expressions Cyrano définit-il le baiser ?

4. Pourquoi compare-t-il Roxane à la reine de France ?

5. Que signifie ici la métaphore de la fleur (v. 7 et 17) ?

6. Pourquoi Cyrano répète-t-il le mot « cœur » à la dernière réplique ? Quel sentiment ressent-il ?

2. Écrire pour argumenter


7. Cette scène peut-elle prendre un tour comique ? Vous expliquerez votre point de vue en vous appuyant sur
le texte et ses procédés d’écriture comme de jeu.
© Éditions Belin, 2016

7. Premiers émois amoureux au théâtre


8
u e nce
séq Dire l’amour

Moonrise Kingdom
p. 160-165

de Wes Anderson (2012)


r
Dossie
cinéma  Comment le réalisateur Wes Anderson renouvelle-t-il
le thème de l’amour impossible dans Moonrise Kingdom ?

Objectifs
Découvrir le film
• Analyser le traitement du sentiment amoureux dans un et son réalisateur p. 160-161
film contemporain.
• Découvrir l’univers d’un réalisateur. Lire l’affiche du film
1. Les couleurs sont vives et « acidulées », elles
Présentation de la séquence semblent presque irréelles. Cet aspect est renforcé par
Ce dossier cinéma est à mettre en lien avec le l’arrière plan, qui représente un paysage et s’avère être
questionnement des nouveaux programmes « Se une affiche déroulée derrière les personnages. Le gazon
chercher, se construire » et plus particulièrement en 4e sur lequel les personnages se trouvent semblent lui-
la thématique « Dire l’amour », puisque le film revisite même synthétique. L’ensemble crée un univers décalé
le thème de l’amour impossible, et peut compléter et inattendu. Par ailleurs, l’image est construite symé-
les séquences 6, 7 et 9 du manuel. Il est à noter que triquement (titre et casting centré et personnages au
le film est aussi un questionnement sur le rapport milieu qui créent un axe), ce qui donne une impres-
des enfants aux adultes. On peut donc aussi le relier sion de rigueur étonnante au regard des personnages
à la thématique « Individu et société : confrontations présents sur l’affiche (des enfants, des scouts…).
de valeurs ? ». Le film est construit comme une quête 2. L’affiche se présente comme une photo de classe avec
initiatique autour de deux adolescents. De nombreux une mise en scène très ordonnée et figée des person-
thèmes littéraires s’entrecroisent : l’amour impossible, nages. Par ailleurs, on remarque un tableau noir en
la robinsonnade, le voyage initiatique… premier plan, sur lequel figure la date (1965) et rappelle
L’objectif du dossier est de proposer une vision les anciennes photos de classe. Les personnages mis en
d’ensemble du film avant de faire travailler plus valeur sont ceux qui se trouvent au centre de l’image,
précisément sur une séquence. Il s’agira pour les un jeune scout et la jeune fille qui se trouve derrière lui.
élèves d’apprendre à manipuler des outils simples 3. Le titre du film est écrit sur la pancarte ainsi que le
d’analyse filmique. lieu de prise de vue « New Penzance Island, Summer
Ce dossier cinéma pourra aussi être exploité dans 1965 ». L’histoire va se dérouler sur une île, dans les
le cadre de l’enseignement de l’histoire des arts, et années 60, pendant un été. On pourra faire préciser par
s’intégrer dans un Parcours d’Éducation Artistique et les élèves que l’uniforme du policier peut nous aider à
Culturel. identifier le pays où se déroule l’histoire : les États-Unis.
Le réalisateur joue donc sur les codes de la photo de
Sites à consulter classe, en s’en amusant : les personnages sont en effet
• Site anglais du film, très ludique et facile à comprendre, à la fois des enfants et des adultes.
qui pourra donner lieu à un travail avec le professeur 4. Le titre se trouve à deux endroits sur l’affiche :
d’anglais : http://www.moonrisekingdom.com tout en haut en grosses lettres, et en plus petit sur
• Un dossier très riche sur le film : http://www.e-media.
© Éditions Belin, 2016

la pancarte qui rappelle une photo de classe. Le titre


ch/documents/showFile.asp?ID=4141 anglais signifie littéralement « Le Royaume du Lever
de la lune », et rappelle l’univers du conte merveilleux.

98 8. Moonrise Kingdom, de Wes Anderson (2012)


5. La typographie utilisée est jaune citron, ce qui tranche n’apparaît pas sur l’affiche, ce qui semble paradoxal quand
avec le bleu azur du fond de l’image. Ces couleurs acidulées on sait qu’il s’agit des deux acteurs principaux.
mettent en valeur une écriture manuscrite ancienne, qui 9. Bill Murray est un acteur récurrent des films de Wes
rappelle l’écriture liée que l’on apprend à l’école, et qui ancre Anderson, et l’a soutenu dès le début de sa carrière.
le film dans une époque passée. 10. Bruce Willis incarne le Capitaine Sharp. Il joue un rôle
6. Plusieurs groupes de personnages composent cette assez différent de ceux qui ont fait son succès : loin d’être
image : au centre, les deux adolescents semblent former un un héros invincible, son personnage dans Moonrise Kingdom
couple (la jeune fille a les mains posées sur les épaules du se présente comme un homme maladroit et sensible. C’est
garçon) ; à gauche, on peut observer une famille, avec les un rôle à contre-emploi qui crée un décalage par rapport à
deux parents et les trois jeunes garçons (on constate que sa filmographie. À la fin du film néanmoins, au moment du
ces derniers ont la même attitude que leur père, ce qui crée sauvetage des adolescents, il réalise un exploit qui permet
un effet comique) ; à droite des personnages principaux, on au réalisateur de faire un clin d’œil aux rôles qu’on lui
remarque un groupe de scouts, constitué d’un chef scout et connaît d’habitude.
de trois jeunes. Ce dernier groupe crée un effet de symétrie 11. On peut constater sur les extraits des Making-off propo-
par rapport aux trois enfants de gauche. Enfin, plusieurs sés sur le site du film que Wes Anderson prend en charge
personnages isolés intriguent le spectateur : le personnage lui-même les prises de vue : c’est un réalisateur de terrain
en ciré rouge et bonnet vert à l’extrême gauche, le chef qui est très impliqué. On le voit courir à un moment donné,
scout assis à gauche qui tient le portrait d’une femme en caméra à la main, par exemple, pour suivre les acteurs.
uniforme, le policier assis à l’extrême droite, et garçon en 12. On pourra montrer notamment les bandes-annonces des
tee-shirt derrière le chef scout à droite. Les élèves pourront films suivants : La Famille Tanenbaum, The Grand Budapest
faire plusieurs hypothèses sur les relations entre les person- Hôtel, Fantastic Mr. Fox, dans lesquelles on retrouve l’uni-
nages, en s’appuyant sur la composition de l’affiche. vers décalé du réalisateur, la mise en scène particulièrement
soignée avec des cadrages rigoureux et très structurés, les
correspondances colorées avec des tons vifs. L’esthétique
Activités du cinéaste se reconnaît d’un coup d’œil. Wes Anderson
est un réalisateur de films indépendants et un cinéaste très
Consulter la bande annonce du film
singulier dans la production cinématographique américaine.
1. Sam et Suzy échangent des lettres. On comprend qu’ils
sont amoureux et ont organisé leur fuite.
2. On voit clairement dans la bande-annonce trois grands Activité
moments : la rencontre de Sam et Suzy, la fugue, l’organi-
sation des recherches. On comprend aussi que tout l’enjeu Écouter la bande-son
sera pour Sam et Suzy de trouver un moyen de vivre leur Il pourra être intéressant pour cette activité d’attirer l’atten-
amour malgré l’interdiction des adultes. tion des élèves sur la présence de la chanson, en français,
de Françoise Hardy, « Le Temps de l’amour » (1962), dans un
film américain. Wes Anderson est un cinéaste francophile,
Prolongement possible
On pourra proposer aux élèves de comparer l’affiche fran- féru de cinéma de la Nouvelle Vague, et il réside régulière-
çaise avec l’affiche américaine, assez différente, consultable ment en France. D’autre part, un travail pourra être mené
à l’adresse suivante : http://cdn.collider.com/wp-content/ avec le professeur d’éducation musicale autour du compo-
uploads/moonrise-kingdom-poster1.jpg siteur Benjamin Britten, très présent dans la bande-son du
film, avec en particulier la chanson « Cuckoo ! » des Fridays
Afternoons (op. 7), qui est un des thèmes marquant du film,
ou encore le Young’s Person’s Guide to the orchestra qu’on
Découvrir la filmographie d’un réalisateur
entend au début. Enfin, le compositeur français de films,
7. Le nom des acteurs mentionnés sur l’affiche sont tous Alexandre Desplat, collabore pour cette bande-son avec
les adultes représentés sur l’affiche, de gauche à droite : Wes Anderson pour la deuxième fois, et assure pour la fin
l’homme au bonnet est Bob Balaban ; Tilda Swinton est repré- du générique une malicieuse et savoureuse réécriture de la
sentée sur la photo du cadre que tient Jason Schwartzman ; leçon Young’s Person’s Guide to the orchestra.
Bill Murray se trouve à côté de Frances Mc Dormand debout
à l’arrière-plan ; Edward Norton est le chef scout debout et
Bruce Willis est assis sur une chaise. Ce sont des acteurs Prolongement possible
On pourra faire visionner aux élèves une interview de Wes
très connus, qui ont chacun joué dans beaucoup de films.
Anderson, dans laquelle il explique son intérêt pour le
8. Le rôle de Sam est interprété par Jared Gilman et celui de
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compositeur Benjamin Britten, à l’adresse suivante : https://


Suzy par Kara Hayward. Ils avaient tous les deux 12 ans au www.youtube.com/watch?v=4buB3zEIZbo
moment du tournage, et n’étaient pas des acteurs profes-
sionnels. Moonrise Kingdom est leur premier film. Leur nom

8. Moonrise Kingdom, de Wes Anderson (2012) 99


Entrer dans le film p. 162-163 sateur, qui situe son film dans les années 1960, donc à la
même époque que le tableau de Rockwell.
Étudier l’intrigue et les personnages
1. La description minutieuse (« vingt-six kilomètres de Activités
long »), avec de nombreux détails géographiques permettent
de se représenter l’île, qui est d’ailleurs cartographiée dans le Effectuer des recherches sur le lieu de tournage
film. On peut accéder à cette carte sur le site du film. L’objec- Moonrise Kingdom a été principalement tourné sur l’île de
tif du réalisateur est de rendre vraisemblable ce lieu fictif. Prudence situé dans la baie de Narragansett (nord-est des
2. L’installation de Sam et Suzy sur une plage de l’ancien États-Unis, entre Warwick, Bristol et Portsmouth) : ce choix a
territoire indien Chickchaw est l’étape centrale du scénario. été fait pour permettre l’installation de bâtiments d’époque
C’est le seul moment où les adolescents peuvent vivre leur car l’île était dépourvue d’infrastructures.
amour, en harmonie avec la nature. Ils s’organisent pour
survivre comme des naufragés, dans un paysage idéalisé. Imaginer un livre inventé
On retrouve ici le thème de la robinsonnade. Le récit est Le fait que les livres du film soient des livres fictifs renforce
organisé en miroir autour de ce centre : les deux fugues le caractère décalé du film et nous montre à quel point le
(étapes 4 et 6) se répondent car elles fonctionnent comme réalisateur est attentif à tous les détails. Suzy lit certains
des courses-poursuites des adolescents par les adultes ; les passages dans le film : ces extraits ont été écrits par Wes
étapes 1 (situation initiale) et 9 (situation finale) se font Anderson lui-même, pour renforcer l’illusion. Les titres
écho car elles se passent dans le même lieu (la maison des sont aussi des clins d’œil : L’Odyssée de Francine fait allu-
Bishop). sion à L’Odyssée d’Homère, avec un prénom d’héroïne assez
3. Dans ces photogrammes, les quatre adultes sont placés détonant ; La Fille qui venait de Jupiter est un roman de
dans le même cadre, en plan rapproché poitrine, avec chacun science-fiction, dont le nom de l’auteur est la contraction
un regard qui exprime la stupéfaction et l’hébétement. Dans de deux grands auteurs classiques américains de récits de
le film, les adultes sont toujours dépassés par les prises de science fiction (Isaac Asimov et Arthur C. Clarke) ; La Lumière
décision des adolescents qui se comportent davantage en de sept allumettes est un clin d’œil au conte d’Andersen La
adultes qu’eux. C’est un thème que l’on retrouve souvent Petite Fille aux allumettes.
dans les films de Wes Anderson : l’inversion des rôles entre On pourra faire visionner sur Internet, en collaboration avec
les enfants et les adultes. le professeur d’anglais, la vidéo, ‘Moonrise Kingdom’ Anima-
4. Tilda Swinton incarne le rôle d’« Action sociale » (en ted Shorts, dans laquelle le narrateur du film (Bob Balaban)
anglais, « Social Services »), c’est-à-dire des Services sociaux. présente ces livres fictifs comme s’ils étaient réels.
Le personnage est désigné par sa fonction et non par un Sur le même principe, les élèves sont amenés à imaginer
prénom et un nom. C’est une manière d’insister sur le carac- des titres de romans d’aventure, où l’imaginaire tient une
tère désincarné du personnage : elle est limitée à sa fonction grande place. C’est une activité qui permettra de travailler les
dans la mesure où elle n’est capable que de répondre de genres romanesques, de chercher des titres et des auteurs
manière administrative, sans humanité à la situation parti- qui illustrent ces genres. Les élèves pourront s’amuser à
culière de Sam. inventer des titres ou des nom d’auteurs de manière à faire
5. Les deux adolescents consultent une carte et sont équi- eux-mêmes des clins d’œil littéraires.
pés comme pour un voyage. On peut remarquer l’humour L’extrait du livre que les élèves écriront devra respecter le
avec lequel le réalisateur a représenté les deux manières de genre littéraire du récit tel que le laisse supposer le titre.
voyager des deux personnages : Sam se promène avec son
matériel de scout, prêt à affronter tous les dangers, et Suzy
est encombrée d’une valise, d’un panier en bandoulière, d’un
électrophone, comme si elle partait en voyage d’agrément.
6. La vidéo « Where you followed ? » sur le site officiel du Analyser une séquence
du film
film permet d’identifier le contenu du panier de Suzy :
p. 164-165
elle a emmené avec elle son chat, une étonnante manière
de partir en voyage. Dans sa valise jaune se trouvent des
livres empruntés et non rendus à la bibliothèque. Tous les 1. La séquence est remarquable par son unité de couleurs :
livres sont des livres d’aventure, pétris d’imaginaire (récits jaunes, ocres, obtenus par des filtres. Cela donne une
de science fiction, contes fantastiques...). Le réalisateur impression de film d’une autre époque, effet voulu pour
souligne le caractère fantasque et décalé de son personnage. situer le film dans les années 1960.
2. Les personnages se trouvent dans la nature, dans un vaste
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7. Sam est en train de peindre un portrait de Suzy. La mise en


scène fait clairement allusion au tableau Triple Autoportrait champ de blé. Entre le photogramme 1 et le photogramme 5,
de Norman Rockwell (1960). C’est un clin d’œil du réali- on constate un changement d’échelle de plans : on passe
d’un plan large à un gros plan sur les personnages, en champ
contre-champ. Ce rapprochement vise à rendre compte de
100
la rencontre amoureuse, dans un effet de parfaite symétrie, personnage de l’affiche s’appelle Oncle Sam (allégorie des
renforcé par le jeu des regards entre les deux protagonistes. États-Unis), et son geste est similaire à celui de Sam dans
3. Suzy se trouve dans une loge avec ses camarades de ce plan.
classe : elles participent à un spectacle théâtral, L’Arche de
Noé, mis en musique par Benjamin Britten.
4. On comprend que les photogrammes 6 à 8 correspondent Activités
à un flashback car les lieux ne sont plus les même – on passe
1. La symétrie est l’un des procédés de construction des
du champ de blé à une loge et le carton « Un an plus tôt »
plans omniprésents chez Wes Anderson. On pourra remar-
ne laisse aucun doute. On comprend alors que ce flashback
quer que tous les photogrammes du dossier sont construits
intervient juste après le plan du photogramme 5 où l’on
ainsi. Il y a 24 plans de Moonrise Kingdom représentés dans
voit Sam de face, plongé dans le regard de Suzy, et se passe
cette vidéo. Tous les autres sont extraits des films : La Famille
dans la tête de Sam. On pourra ainsi montrer aux élèves
Tanenbaum, La Vie aquatique, À bord du Darjeeling Limited,
que le flashback suit d’abord le point de vue de Sam, qui va
Fantastic Mr. Fox, Moonrise Kingdom, The Grand Budapest
rencontrer Suzy par hasard.
Hotel.
5. Les photogrammes 7 et 8 répondent aux photogrammes 4
2. Plusieurs éléments de ce clip rappellent l’univers de Moon-
et 5 : les personnages sont cadrés en gros plans et de face, en
rise Kingdom : la chanson française des années 60 (France
champ contre-champ. Le même procédé consistant à mettre
Gall, Poupée de cire, poupée de son, 1965), la 2CV (autre
le spectateur dans la position de l’interlocuteur est mis en
référence à la culture française) ; un personnage (Brad Pitt)
place. On comprend ainsi l’intensité de la rencontre et du
habillé comme Sam en jaune ; des scouts ; un peintre. On
coup de foudre entre les deux adolescents : le réalisateur
retrouve les éléments de l’esthétique du film (couleurs, mise
veut rendre cette rencontre amoureuse singulière.
en scène dynamique et minutieuse dans les enchaînements
6. Tous ces plans ont comme caractéristique commune d’être
de plans). Il ya aussi une référence au cinéma de Jacques Tati
construits autour d’une symétrie très méticuleuse. Cette
(Les Vacances de M. Hulot, Jour de fête avec les cyclistes), qui
construction commune entre la scène de coup de foudre et
renvoie aussi à la cinéphilie (au cinéma française en particu-
celle de la rencontre dans le champ de blé assure la lisibilité
lier) et à l’univers fantasque et loufoque de Wes Anderson.
entre les deux scènes et rend encore plus forte la relation
3. Pour cet exercice, on veillera à ce que le texte soit un texte
entre Suzy et Sam.
explicatif qui prenne en compte la citation précisément avec
7. Sam pointe du doigt Suzy. Ce geste laisse entendre que
ses mots clé, et que l’élève justifie son choix en s’appuyant
c’est Suzy qui attire son regard, parmi le groupe de filles
sur des exemples précis.
devant le miroir. On pourra montrer aux élèves le clin d’œil
4. On peut proposer aux élèves de travailler d’abord en
humoristique que fait Wes Anderson à l’affiche de propa-
binômes et de chercher chacun deux arguments et deux
gande diffusée au moment de l’entrée des États Unis dans
exemples précis (film et mythe littéraire), avant de mettre
la première Guerre mondiale (http://www.loc.gov/pictures/
en commun les propositions.
resource/ppmsc.03521/). Le clin d’œil est double : le
© Éditions Belin, 2016

8. Moonrise Kingdom, de Wes Anderson (2012) 101


9
u e nce
séq Dire l’amour

p. 166-183

•Le Cid, entre amour et devoir


Parcours d’une œuvre Pierre Corneille, Le Cid (1637)

O Quelles sont les caractéristiques d’une tragi-comédie du xvii siècle ? e

Quelles valeurs les héros incarnent-ils dans la pièce de Corneille ?

Objectifs Entrer dans la séquence p. 169


• Découvrir ce qu’est une tragi-comédie.
• Comprendre les valeurs en jeu dans le théâtre classique. L’objectif de ces activités d’entrée est de faire découvrir
les thèmes, les enjeux et les principaux personnages de
Présentation de la séquence la pièce.
Cette séquence explore une double entrée des
nouveaux programmes de Français 4e : « Individu Improvisez une petite scène
et société : confrontations de valeurs ? » et « Dire 1. Sur la première couverture, on peut voir Rodrigue et
l’amour ». À travers l’étude en œuvre intégrale d’une son père. On pourra attirer l’attention des élèves sur les
pièce fondamentale, elle invite les élèves à s’interroger tenues des personnages, qui nous indiquent leur rang
sur les codes, les valeurs et la société du xviie siècle. En social. Sur la seconde couverture, on devinera aisément
cela, elle permettra aux élèves de « comprendre que la qu’il s’agit de Rodrigue et Chimène, cette dernière tenant
structure et le dynamisme de l’action dramatique ont sur ses genoux un homme qui semble mort. Il s’agit de son
partie liée avec les conflits » et de « saisir quels sont les père, mais les élèves, à ce stade, ne le devineront peut-
intérêts et les valeurs qu’ils mettent en jeu ». être pas encore. Cependant, le fait que Rodrigue, l’épée à
Le jeu théâtral, le débat et l’argumentation seront ici la main, semble contrit, et que Chimène le regarde avec
les bienvenus. La lecture intégrale de l’œuvre et les colère, constituent des indices assez lisibles. Sur l’affiche,
lectures abordées donneront aux élèves les éléments on voit Rodrigue, toujours l’épée à la main, et Chimène,
nécessaires pour alimenter leur réflexion. en arrière-plan. Le rouge, couleur du sang, marque cette
image. Des soldats sont aussi visibles.
Bibliographie
Si l’exercice d’improvisation prendra appui sur l’une des
• Une adaptation du Cid en bande-dessinée : Oliv’, Jean-
images, il ne sera pas forcément lié à l’histoire précise du
Louis Mennetrier et Christophe Billard, Le Cid, une tragédie
Cid. L’objectif est de faire en sorte que les élèves s’inter-
de Pierre Corneille, Darnétal, « Petit à petit », 2006
rogent sur les attitudes, les tonalités à adopter en fonction
• Virgule, n°73, éditions Faton, avril 2010.
des indices présents sur l’image choisie.
• Pierre Corneille, L’Illusion comique [1636], Larousse,
« Petits classiques », 2012.
Découvrez l’histoire du duel
Sites à consulter 2. Les deux définitions semblent se rapporter à l’histoire
• Le site « Antigone-en-ligne » (https://www.reseau- de l’œuvre. La première évoque le duel, physique, auquel
canope.fr/antigone/) propose aux enseignants et aux se livrent don Diègue et don Gomez, tandis que la locu-
élèves des extraits de la pièce, avec différentes mises en tion présentée dans la définition au figuré (2) renvoie plus
scène, utilisables gratuitement au sein des séquences. particulièrement aux joutes verbales qui opposeront les
• Un dossier pédagogique de l’Association bourguignonne personnages dans la pièce de théâtre. On attendra des
élèves qu’ils soient capables de faire la distinction entre
© Éditions Belin, 2016

culturelle : http://www.abcdijon.org/12-13/
ESPACEPEDAGOGIQUE/dossierspedagogiques/LeCid.pdf ces deux définitions et qu’ils comprennent en quoi elles
se mêlent au théâtre.

102 9. Le Cid, entre amour et devoir


3. L’exposé pourra prendre la forme que l’on désire, mais il d’épouser qui elle souhaite, que c’est son père qui va déci-
faudra expliquer aux élèves le degré de précision attendu. der, et qu’il effectuera son choix entre deux jeunes hommes
On pourra se rendre avec eux en salle informatique pour les en fonction non pas de l’amour, mais de leur valeur estimée,
aider à formuler leurs recherches et à effectuer une sélection de leur famille. Elvire se montre rassurante, mais Chimène
parmi les sites apparaissant. La synthèse et la reformula- ne peut s’empêcher de craindre le pire.
tion d’information sont également des points sur lesquels il 4. Corneille transmet ces informations par le jeu de ques-
sera intéressant de travailler. Le numéro spécial de la revue tions-réponses entre Chimène et Elvire. Le spectateur est
Virgule, cité dans la bibliographie, sera particulièrement utile amené à prendre la conversation en cours de route, comme
pour cet exposé. le montre la première réplique de Chimène.
5. Après avoir lu la scène, on comprend que Chimène, au
début de la pièce, semble joyeuse de ce qu’elle sait, elle
ose à peine y croire (v. 1-2 « m’as-tu fait un rapport bien
sincère ? »). Elle demande à Elvire de répéter ce qu’elle a
Lecture 1 p. 170-171 appris pour la rassurer davantage (« apprends-moi de
nouveau quel espoir j’en dois prendre », v. 9). Cependant,
à la fin de l’extrait, elle éprouve une certaine inquiétude
La scène d’exposition (« âme troublée », « accablée », « crains un grand revers »,
v. 39-42).

Objectifs Des points de vue divergents


• Comprendre les enjeux d’une scène d’exposition. 6. Chimène n’a pas exprimé son choix à son père. On peut
• Découvrir les valeurs principales du Cid. le voir dans la question qu’elle pose à Elvire, vers 15-16 :
« N’as-tu point trop fait voir quelle inégalité / Entre ces deux
amants me penche d’un côté ? ». Ces vers montrent que
Chimène n’a pas encore dévoilé sa préférence à son père.
O En quoi cette scène répond-elle aux exigences En effet, selon les codes de l’époque, c’est son père qui est
d’une scène d’exposition ?
en mesure de décider qui sera pour elle le meilleur époux.
7. a. Le dernier vers de l’extrait (« Et dans ce grand bonheur
Ce premier texte constitue le début de la pièce. Les élèves
je crains un grand revers ») montre l’inquiétude de Chimène.
sont placés dans la situation de tout lecteur ou spectateur
b. La césure du vers marque la nette opposition entre le
découvrant une nouvelle histoire et devant s’en approprier
bonheur espéré et le « revers » qui arrivera. Par ailleurs,
les différents éléments : il s’agira de leur donner les codes
la répétition du mot « grand » accentue cette opposition
pour comprendre comment fonctionne une scène d’expo-
(« grand bonheur » / « grand revers »), en créant un paral-
sition.
lélisme de construction. Le spectateur peut s’attendre à un
renversement de situation.
Découvrir le texte 8. Chimène souhaite se marier par amour tandis que son
1. Elvire est la gouvernante de Chimène. « Mon père » père souhaite un gendre qui réponde à ses critères de valeur.
renvoie au père de Chimène (don Gomès). « Son père » est 9. « Noble », « vaillant », « fidèle », « jeunes », « vertu »,
don Diègue, le père de Rodrigue. « braves », « guerriers », « lauriers », « force », « exploits »
2. Dans cette scène, c’est Elvire qui parle le plus, car elle (v. 26-35) montrent les qualités attendues par don Gomès :
répond aux questions que pose Chimène. C’est en effet par elles font référence à des qualités morales et à des vertus
elle que l’on apprend l’intrigue, en ce qu’elle fait le récit de de héros guerrier.
ce qui a précédé le début de la pièce. Son discours est parti-
culièrement long, car elle rapporte les paroles du père de S’exprimer à l’écrit
Chimène, des vers 25 à 38. On pourra expliquer aux élèves
Réécrire une scène
qu’il s’agit d’un procédé courant dans les scènes d’exposi-
tion des pièces classiques (un personnage et son confident 10. On pourra passer par une phase de travail collectif pour
dialoguent et leur conversation est rapportée in medias res). répertorier les informations qui devront être présentes :
espérances de Rodrigue, rôle rassurant du confident, qui
Analyser et interpréter le texte pourra rapporter le fait que don Gomès semble favorable
à son union avec Chimène, présence d’un rival, indication
Une intrigue initiale simple de rang social, inquiétudes… Le texte original pourra servir
© Éditions Belin, 2016

3. Cette scène nous présente l’intrigue : Chimène obtien- de support de progression. Enfin, on pourra faire varier la
dra-t-elle l’accord de son père pour épouser celui qu’elle longueur du texte attendu en fonction du niveau des élèves.
aime secrètement (Rodrigue), ou devra-t-elle épouser don
Sanche ? On nous apprend donc que Chimène n’est pas libre

9. Le Cid, entre amour et devoir 103


Bilan 3. a. « Chimène » est répété à la fin des stances. Tout tourne
À partir de cette scène d’exposition, le lecteur peut s’attendre en effet autour de ce personnage : elle est celle qui est
à différentes suites : soit Rodrigue et Chimène pourront se aimée, mais également celle dont il faut tuer le père.
marier, mais des rebondissements perturberont un temps b. « Chimène » rime à chaque fois avec « peine ». Encore une
leur histoire ; soit Chimène épousera finalement don Sanche ; fois, quel que soit le choix de Rodrigue, il sera marqué par
soit un rebondissement amènera une autre solution (pas de la douleur.
mariage, nouveau personnage, amour brisé…). Si les élèves 4. La fatalité (de fatum, le destin) qualifie ce qui nous arrive
ont bien lu la page Repères (p. 168), ils pourront pencher sans qu’on puisse y changer quelque chose. Rodrigue y
pour la première solution. est soumis car il subit le conflit entre son père et celui de
Chimène, qui rend son amour avec Chimène impossible.
Pour bien écrire Cette pièce s’apparenterait alors à une tragédie.
On pourra citer : « œuf », « chœur », «sœur », « œil », « bœuf »,
« œuvre », « nœud »… De l’hésitation à la décision ?
5. a. Les vers 1 à 28 montrent les doutes de Rodrigue, qui
sont exprimés par des questions (« Faut-il laisser un affront
impuni ? / Faut-il punir le père de Chimène ? », v. 9-10) et par
des parallélismes de construction (« L’un me rend malheu-
reux, l’autre indigne du jour », v. 14).
Lecture 2 p. 172-173 b. Les deux premières stances s’achèvent sur des questions,
tandis que les deux dernières sont marquées par des impé-
ratifs à la 1re personne du pluriel. Cela montre que Rodrigue
Le monologue de Rodrigue a pris une décision.
6. « Il faut » est répété. Cela indique que Rodrigue choisira
son devoir plutôt que ses sentiments : il vengera son père
Objectifs en tuant le père de Chimène.
• Étudier un monologue de théâtre. 7. C’est l’impératif qui est employé dans les vers cités, car
• Comprendre un dilemme tragique. Rodrigue s’exhorte à accomplir son devoir.
8. Dans la troisième stance, Rodrigue souhaite mourir car
il pense qu’il ne pourra plus avoir de valeur aux yeux de
Chimène. Dans la dernière stance au contraire, il se dit prêt à
O Quelles sont les caractéristiques du dilemme mourir, mais pour sauver son honneur. Cette dernière stance
cornélien ?
marque le choix définitif de Rodrigue.
Étudier le monologue de Rodrigue permet de faire découvrir
des aspects importants du théâtre classique, et plus parti- S’exprimer à l’écrit
culièrement la tragi-comédie : dilemme du héros, fonction Imaginer une suite
du monologue, valeurs en jeu au xviie siècle… On s’assurera L’exercice n’est pas long, mais il présente plusieurs difficul-
que les élèves ont bien compris les informations contenues tés : la principale est qu’il faut veiller, en plus des rimes, à
dans le chapeau introductif. Avec les élèves d’un meilleur employer un langage adapté. Pour le contenu, le discours
niveau, on privilégiera la lecture des scènes qui précèdent. du père doit être cohérent avec l’époque et la situation : don
Diègue ne peut conseiller à son fils de privilégier l’amour.
Découvrir le texte On pourra, avant la mise en forme en stance, proposer aux
1. Rodrigue est seul sur scène. Il s’adresse à lui-même, car il élèves de rédiger au brouillon leurs idées en prose.
ne sait pas ce qu’il doit faire et se pose des questions.
Bilan
Analyser et interpréter le texte Ce monologue permet à Rodrigue d’explorer les options qui
Le dilemme de Rodrigue s’offrent à lui et leurs conséquences. Si l’hésitation domine
2. Rodrigue doit choisir entre son amour pour Chimène et dans les deux premières stances, la décision se dessine dans
la vengeance de l’honneur de son père (en provoquant en les deux suivantes : d’abord la mort « sans offenser Chimène »,
duel le père de Chimène). c’est-à-dire sans venger son père, puis, cette mort ne lui
a. On pourra relever notamment les deux mots clés de la paraissant pas supportable (v. 31 à 34), il se dirige vers l’autre
© Éditions Belin, 2016

scène (et de la pièce) : « honneur » et « amour » (v. 2), repris solution : assurer son honneur, quitte à mourir.
par « l’un », « l’autre » (v. 4).
b. Le vers 7 (« Des deux côtés mon mal est infini ») marque L’histoire des mots
la difficulté de ce choix, qui engendrera de la douleur. « Tri » signifie « trois ».

104
me meurs », v. 7), la colère et la résignation (v. 8), et enfin
Lecture 3 p. 174-175 l’exaspération (v. 10).
6. Le verbe « devoir » est répété (« je la dois attaquer », « je
dois te poursuivre ») et nous montre que Chimène, elle aussi,
Va, je ne te hais point fait passer son devoir avant ses sentiments.
7. C’est le futur de l’indicatif qui est employé. Ce temps et ce
Objectifs mode ancrent le fait énoncé dans une réalité à venir présen-
• Découvrir une scène de confrontation amoureuse. tée comme certaine : Chimène a pris sa décision.
• Analyser le rythme d’un enchaînement de répliques courtes. 8. Le vers 35 est une litote, c’est-à-dire qu’il énonce de
manière détournée ce que Chimène veut faire comprendre
à Rodrigue : elle l’aime malgré ce qu’il a fait.

O Peut-on dire que Rodrigue et Chimène obéissent S’exprimer à l’oral


aux mêmes valeurs ?
Devenir metteur en scène
La scène de la première confrontation entre Chimène et Les comédiens mémoriseront les répliques pendant que le
Rodrigue, après que ce dernier a tué le père de sa maîtresse, metteur en scène les annotera. Selon le niveau des élèves,
constitue l’une des scènes clés de la pièce. À travers l’analyse on ajustera la longueur et la difficulté du passage à travailler.
de cet échange, on pourra montrer aux élèves comment On pourra évaluer les élèves sur les critères suivants : into-
les valeurs en jeu entrent en opposition et comment les nation et rythme adaptés, gestuelle et placement cohérents,
deux héros en souffrent tout en dépassant leurs sentiments maîtrise et appropriation du texte mémorisé.
personnels. La célèbre litote « Va, je ne te hais point » synthé-
tise en un vers le cœur de cette scène. Bilan
La confrontation entre Chimène et Rodrigue présente
Découvrir le texte plusieurs aspects : d’un côté, chacun est marqué par la fata-
lité et ce qu’il doit accomplir : Rodrigue se rend à Chimène,
1. Les premiers vers témoignent de la colère apparente des
Chimène « doit » le poursuivre. La colère et la douleur
personnages : colère de Chimène de voir paraître le meur-
dominent, car cette situation leur est insoutenable. Mais
trier de son père, et résignation de Rodrigue à cause de la
d’un autre côté, leur amour reprend le dessus à la fin de l’ex-
situation. Il demande à Chimène de le tuer.
trait, puisque Chimène laisse partir Rodrigue en lui faisant
comprendre qu’elle l’aime encore.
Analyser et interpréter le texte
Le choc de la rencontre
2. Rodrigue demande à Chimène de le tuer, car, de la même
façon qu’il a dû tuer le père de Chimène pour venger l’hon-
neur du sien, Chimène doit à présent le faire périr. Rodrigue Lecture 4 p. 174-175
préfère mourir par sa main que de vivre dans le déshonneur.
On pourra reformuler ce vers ainsi : Vengez-vous à votre
tour en me tuant.
3. Chimène s’indigne de ce que Rodrigue lui tend son épée,
Un héros victorieux
celle-là même qui a servi à tuer son père. Elle semble lasse
de ce cercle vicieux : si chacun se venge, les morts ne s’arrê- Objectif
teront pas. Par ailleurs, tout juste affligée par la mort de son • Lire un récit de bataille héroïque.
père, elle ne veut pas perdre un autre être qui lui est cher.
4. Chimène doit venger son père en « poursuivant » Rodrigue,
mais elle ne doit pas pour autant être l’auteur de la sanction
(« punir »). « Poursuivre » a ici le sens d’ « accuser », au sens
O Comment se manifeste l’héroïsme de Rodrigue ?
juridique du terme. « Punir » a le sens fort d’ « infliger une L’étude de cette scène extraite de l’acte IV permettra aux
peine de mort ». Cette peine de mort doit être infligée par élèves de comprendre l’une des caractéristiques d’une tragi-
le roi, après que Chimène aura accusé Rodrigue. comédie, à savoir la présence d’un héros victorieux, qui
laisse entrevoir une fin heureuse. Par ailleurs, cette scène
Chimène face à son devoir
© Éditions Belin, 2016

est l’occasion d’étudier le registre épique.


5. Chimène affiche plusieurs sentiments : d’abord la surprise
et l’indignation (marquées par les phrases exclamatives et
interrogative aux vers 3 et 4), puis la douleur (« Hélas ! », « je

9. Le Cid, entre amour et devoir 105


Découvrir le texte tir le caractère éclatant des exploits de Rodrigue. Il faudra
1. On acceptera les points de vue différents des élèves également imaginer que Rodrigue s’adresse non seulement
pourvu qu’ils soient cohérents et justifiés. Il s’agit de faire au roi, mais aussi aux autres nobles présents (don Arias, don
comprendre aux élèves le statut de héros qu’acquiert Sanche, don Diègue).
Rodrigue dans cette scène, mais l’on pourra accepter le point
de vue selon lequel il a ce statut depuis le début. S’exprimer à l’écrit
Adopter un point de vue différent
Analyser et interpréter le texte Les élèves pourront s’appuyer sur le texte étudié pour en
Le récit d’une bataille suivre les étapes : il leur suffira juste alors d’effectuer le
changement de point de vue. La page consacrée au registre
2. Le récit commence avec l’évocation du rôle actif joué par
épique (p. 364) pourra aussi constituer une aide avant
Rodrigue dans la bataille, comme le montrent les verbes
l’écriture. On veillera à la cohérence et à la progressivité du
d’action (v. 1-4, « j’allais », « faire avancer », « pousser »),
récit, à la maîtrise des procédés d’écriture propres au récit
puis la retraite des soldats Maures, accentuée par un renfort
de bataille (lexique, rythme, présent de narration), et à la
espagnol (v. 5-14), tandis que les rois se battent encore
maîtrise de la langue (orthographe, syntaxe, ponctuation).
(v. 15-19). Enfin, la reddition des derniers combattants
On pourra déterminer au préalable une liste de mots appar-
marque la victoire des troupes de Rodrigue. Le champ lexi-
tenant au champ lexical de la défaite, pour aider les élèves.
cal dominant est celui du combat (« perte », v. 6, « renfort »,
v. 7, « vaincre », v. 8, « vaisseaux », v. 9, « tumulte », v. 11,
« vaillamment », v. 17, « cimeterre », v. 19…). Bilan
3. À partir du vers 5, c’est le présent de l’indicatif qui est Rodrigue devient un héros en triomphant des Maures : c’est
utilisé (« montre », « voit », « perd »…), à valeur de présent lui qui sauve le royaume. On pourra discuter avec les élèves
de narration : il vise à plonger le lecteur-spectateur au cœur de ce statut de héros, et échanger autour des questions
de l’action. suivantes : Rodrigue n’est-il un héros qu’à la fin, quand il
4. Les ennemis demandent à voir le chef de l’armée, qui est a vaincu les Maures ? Ou est-il déjà un héros lorsqu’il pose
Rodrigue, pour se rendre. un choix difficile à la scène 6 de l’acte I ? Est-ce faire preuve
a. Il s’agit d’une ellipse narrative, qui permet de ne raconter d’héroïsme que de lutter contre ses propres sentiments pour
que les moments importants d’une action. Par ailleurs, ce sauver son honneur ? On veillera à ce que les élèves fassent
procédé permet de montrer en très peu de mots le statut bien la distinction entre les valeurs en jeu dans la tragédie
de chef (« ils demandent le chef : je me nomme ») puis de du xviie siècle et qu’ils soient capables d’émettre une opinion
libérateur (« ils se rendent ») que Rodrigue occupe. qui prenne en compte ces valeurs.
b. On pourrait raconter la bataille, les combats, l’arrivée des
renforts, les dialogues entre les combattants et leurs incer-
titudes, jusqu’à la décision de se retirer.

La victoire de Rodrigue
5. Rodrigue renvoie l’image d’un chef vaillant (v. 1-3), victo- Mise en scène p. 178-179
rieux (v. 22), au service de son roi (v. 23 et 25).
6. « Encourager », « faire avancer », « soutenir », « ranger »,
« pousser » (v. 1-2) marquent la présence de Rodrigue sur Mettre en scène Le Cid
tous les fronts : d’une part il assiste et guide ceux qui se
trouvent déjà sur le front, d’autre part il gère et déploie
Objectif
les renforts qui arrivent : en tant que chef, il coordonne les
• étudier différentes manières de mettre en scène une tragi-
actions et veille sur ses troupes. comédie.
7. Cette scène explique le titre de la pièce : Cid est en réalité
le titre que les Maures eux-mêmes ont donné à Rodrigue
en reconnaissance de sa bravoure. Le roi reprend ce terme La lecture et l’analyse du Cid pourront conduire dans un
pour marquer sa victoire (on pourra faire lire le début de second temps à s’interroger sur les mises en scène possibles
la scène dans laquelle le roi s’adresse ainsi à Rodrigue : de cette tragi-comédie et sur les partis pris des metteurs en
« Sois désormais le Cid : qu’à ce grand nom tout cède »). scène – parfois radicalement différents les uns des autres.
Cette explication est tardive car elle va dénouer l’intrigue et Cette double page sera aussi l’occasion de faire acquérir
© Éditions Belin, 2016

permettre le mariage de Chimène et Rodrigue. aux élèves quelques éléments de scénographie. On pourra
8. L’analyse du registre dominant (le registre épique) dans compléter les mises en scène proposées par les suivantes :
ces vers aura conduit les élèves à adapter leur lecture orale. Il – la mise en scène de Declan Donnellan, festival d’Avignon, 1998 ;
s’agira donc de lire ces vers avec emphase, en faisant ressor-

106
– la mise en scène de Bérangère Jannelle, théâtre de l’Ouest face l’un de l’autre, à la fois se touchant mais ne pouvant
Parisien, Boulogne-Billancourt, 2007 ; s’unir.
– la mise en scène de Bénédicte Budan, théâtre Silvia 7. La particularité de ce spectacle est la présence d’un
Monfort, Paris, 2009 ; batteur sur scène. On pourra aussi relever les partis pris
– la mise en scène de Philippe Car, théâtre du Gymnase, très modernes (costumes, décors).
Marseille, 2013.
Le jeu des comédiens et les costumes Un cadre original : le cirque de Gavarnie
Le théâtre Gérard-Philipe propose un dossier pédagogique sur 8. Chaque année, le festival de Gavarnie propose un spec-
la mise en scène adoptée : http://www.theatregerardphilipe. tacle à la nuit tombée dans un cadre naturel au grand air.
com/old/pdf/cid-dossier-pedagogique.pdf Voici le site du festival : http://www.festival-gavarnie.com/.
1. Les deux hommes sont Rodrigue et don Diègue, son père, Dans la rubrique « éditions précédentes », on trouvera les
derrière lui. informations et photographies se rapportant à l’œuvre qui
2. Les costumes semblent être d’époque (veston brodé et nous intéresse. Le terme « cirque » renvoie ici à un espace
pantalon de velours bouffant pour Rodrigue, collerette pour naturel circulaire (ou semi-circulaire), ceint par de hautes
don Diègue). parois. À Gavarnie, il s’agit d’un cirque glaciaire.
a. Le metteur en scène a voulu montrer le rang social 9. On acceptera les points de vue des élèves pourvu qu’ils
des personnages. Ce parti pris du metteur en scène vise soient justifiés : chacun est libre de prendre position, et les
à inscrire la pièce dans le contexte, non pas de l’Espagne échanges peuvent être intéressants. Des extraits vidéo pour-
du xie siècle qui est celui de la pièce, mais dans celui de la ront être proposés en amont, de manière à ce que les élèves
France du xviie siècle, qui a vu naître la pièce. Les costumes s’imprègnent des atmosphères dégagées par les différents
nous montrent que ce sont bien les valeurs du xviie siècle spectacles.
qui sont en jeu.
b. Les couleurs dominantes sont sombres. Le noir et le rouge Activité
n’augurent rien de bon : ils peuvent se rapporter à la mort
Mettre en scène un extrait du Cid
et au sang.
3. Rodrigue semble pensif, son regard est sombre et il serre Selon le temps disponible, cette activité pourra rester à
la main de son père comme pour s’accrocher au réconfort l’état d’ébauche ou s’inscrire dans un projet plus vaste de
qu’il lui offre. Il semble se trouver dans une situation déli- réécriture et de spectacle à partager. Le travail collabora-
cate. Son père, penché sur lui, l’enserrant des deux mains, tif s’avère ici particulièrement utile, et on pourra proposer
semble inquiet pour lui. Il tente de s’appuyer sur les liens aux élèves d’utiliser les supports numériques qu’ils utilisent
qui les unissent, soit pour lui demander quelque chose, soit pour réaliser une bande-annonce, un extrait de scène ou une
pour le réconforter. présentation d’idées.
4. Cette image pourrait renvoyer à la scène 5 de l’acte I où
don Diègue exhorte son fils à venger son honneur, ou à celle
où Rodrigue s’apprête à aller combattre don Gomès en duel
(acte II, scène 2).

Les décors et le son


Lecture intégrale p. 180

Un dossier complet (interview de Sandrine Anglade, dossier


artistique, revue de presse, bande-annonce et photographie)
est disponible sur le site de la compagnie : http://www.
Lire Le Cid, de Pierre Corneille
compagniesandrineanglade.com/cid_page.html
5. a. Le décor est sombre : le sol est jonché de débris, qui 1. La trame de la pièce
semblent brûlés, et l’arrière-plan se décline verticalement Acte I
du noir (associé symboliquement à la mort) au rouge (asso- 1. La pièce se déroule à Séville (en Espagne), comme on peut
cié au sang). Une sorte de grille métallique, derrière les le voir à la fin de la liste des personnages au début de la pièce.
personnages, suggère leur enfermement dans une situation 2. On pourra se reporter au schéma établi p. 169 pour définir
inextricable. les relations entre les personnages. Au début de la pièce,
b. L’accent est porté sur l’aspect tragique de la pièce. Chimène et Rodrigue ont de bonnes raisons de penser qu’ils
6. Rodrigue et Chimène, au centre de la scène, semblent vont pouvoir se marier, même si des obstacles restent à
prisonniers du décor : empêtrés dans les cendres au sol, surmonter, puisque Chimène est aimée de don Sanche et
prisonniers des grilles. Le blanc de leurs costumes les en
© Éditions Belin, 2016

Rodrigue de l’Infante.
détache cependant nettement, et eux-mêmes n’y prêtent 3. L’affront du père de Chimène envers le père de Rodrigue
aucune attention : ils semblent être seuls au monde, face à (scène 3) fait tout basculer. Le mécanisme se met en place :
sous le coup de la douleur (scène 4) puis de la colère (scène 5),

9. Le Cid, entre amour et devoir 107


don Diègue demande à son fils de provoquer en duel le père 2. Les personnages
de Chimène. Rodrigue hésite, puis accepte (scène 6). Le spec- Rodrigue : Rodrigue acquiert le statut de héros en sauvant le
tateur peut s’attendre à ce que Chimène et Rodrigue soient royaume des ennemis Maures. Il manifeste loyauté, courage
définitivement séparés, soit parce que Rodrigue pourrait se et se montre prêt à donner sa vie pour sauver son peuple.
faire tuer lors du duel, soit parce que, ayant tué le père de On pourra relever les passages suivants pour justifier les
Chimène, celle-ci ne pourrait plus l’aimer. qualités de Rodrigue :
4. Les valeurs qui entrent en conflit sont l’honneur, le devoir, Courage : Don Diègue. – « Rodrigue, as-tu du cœur ? » / Don
et l’amour. Il s’agit d’effectuer un choix entre deux « solu- Rodrigue. – « Tout autre que mon père / L’éprouverait sur
tions » insatisfaisantes : c’est un choix cornélien, un dilemme. l’heure. » (acte I, scène 5)
Générosité : « Pour posséder Chimène, et pour votre service, /
Acte II Que peut-on m’ordonner que mon bras n’accomplisse ? »
5. Les scènes 2 et 4 font progresser l’action, car elles (acte V, scène 7)
amorcent le duel et marquent la mort de don Gomès. La Sens de l’honneur : « Allons mon âme, et puisqu’il faut
scène 8 confirme l’impossibilité de l’amour entre Chimène mourir, / Mourons du moins sans offenser Chimène. » (acte I,
et Rodrigue, puisque celle-ci demande vengeance. scène 6)
6. Rodrigue accomplit son devoir en vengeant l’honneur de Chimène : Elle incarne également un personnage héroïque
son père. Ce devoir prime sur l’amour qu’il porte à Chimène, car elle fait passer l’honneur de son père avant son amour :
et donc, aussi, sur ses intérêts et sentiments personnels. elle préfère renoncer à Rodrigue et se tuer par amour plutôt
que de céder à la facilité de pardonner l’offense et de vivre
Acte III heureuse. Elle rejoint en cela Rodrigue, qui avant elle, a dû
7. Les personnages qui dominent ce troisième acte sont effectuer le même choix : perdre l’amour de Chimène pour
Chimène et Rodrigue, même si Elvire, en tant que confi- venger son père.
dente, est également très présente. C’est dans cet acte qu’ils L’Infante : Elle est la fille du roi. Elle aussi rencontre plusieurs
se jaugent et que Rodrigue apprend que Chimène, même si obstacles qui empêchent son bonheur, car elle est amou-
elle exige la vengeance, l’aime toujours. reuse de Rodrigue, qui n’est pas un homme de son rang :
8. Chimène se trouve à présent dans la même situation leur union n’est pas envisageable. Par ailleurs, ce dernier
que Rodrigue puisqu’elle doit choisir entre son amour pour aime de toute façon Chimène, et leur amour, sous ses yeux,
Rodrigue et l’honneur de son père. la ronge. L’Infante est d’autant plus touchante qu’elle reste
9. Même si l’issue semble funeste pour les deux protago- bienveillante envers les deux protagonistes, malgré la souf-
nistes (scène 5), l’amour triomphe : ils sont résolus à ne plus france. Elle reprend espoir à la mort du Comte, mais en vain :
vivre l’un sans l’autre. l’amour entre Rodrigue et Chimène reste intact. Elle vit une
10. Don Diègue offre une nouvelle issue à Rodrigue et véritable tragédie car, pour elle, il n’y aura pas de dénoue-
dénoue ainsi le nœud cornélien : en se battant contre les ment heureux : elle supportera avec dignité son rang sans
Maures, il pourra reconquérir Chimène et obtenir le droit perspective de bonheur personnel.
de l’épouser. Don Sanche : Il peut être considéré comme un rival honnête
car il ne va jamais à l’encontre des valeurs pour parvenir à
Acte IV son but, même si la perspective de remporter le combat
11. Rodrigue est parvenu à repousser les Maures et a sauvé contre Rodrigue pourrait servir son intérêt. Son objectif est
le royaume. Le roi, reconnaissant, le traite en héros, et de conquérir Chimène, qui le repoussera tout au long de la
accepte son union avec Chimène. pièce.
12. Le spectateur peut comprendre le titre de la pièce Don Diègue : Il joue un rôle clé puisque c’est lui qui réclame
puisqu’il fait référence à la victoire de Rodrigue sur les vengeance et qui demande à Rodrigue de tuer le père de
Maures. Cid est le titre obtenu du roi par Rodrigue : c’est un Chimène. L’honneur et la vaillance sont les valeurs qui le
surnom de guerre qui signifie « seigneur », « maître », et qui caractérisent, comme son passé glorieux nous le rappelle
renvoie à un personnage historique dont l’histoire devenue (acte I, scène 1). Il incarne un certain héroïsme que Rodrigue
légende le présente comme le héros du peuple : Rodrigo devra lui aussi acquérir au fil de la pièce.
Diaz de Vivar (xie siècle).
3. Deux valeurs en conflit :
Acte V amour et honneur
13. Cette pièce présente un dénouement heureux puisque 1. a. Rodrigue déplore la contradiction entre ses sentiments
le mariage entre Chimène et Rodrigue est officiellement et ce qui fait sa dignité (« Contre mon propre honneur mon
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accordé. Les personnages ont donc malgré tout surmonté les amour s’intéresse », v. 302). Il s’adresse à Chimène pour lui
obstacles. C’est en cela qu’on peut parler de tragi-comédie. expliquer que, quel que soit son choix, il perdra son amour :
soit il tue le père de Chimène, soit il renonce à venger son

108
propre père, mais, dans ce cas, il renonce à servir de nobles
valeurs et ne mérite donc plus son amour (« Qui m’aima Vocabulaire p. 181
généreux me haïrait infâme », v. 890).
Chimène, quant à elle, s’indigne de la suggestion d’Elvire
de renoncer à sa vengeance meurtrière car ce serait pour Les mots du théâtre classique
elle déshonorant (« Et je pourrai souffrir qu’un amour
suborneur / Sous un lâche silence étouffe mon honneur ! », Objectifs
v. 835-836). Elle affirme à Rodrigue que, si son amour pour • Comprendre le sens des mots du xviie siècle.
lui est intact, elle n’y cèdera pas tant qu’il ira à l’encontre de • Enrichir son vocabulaire pour analyser des scènes de théâtre.
son honneur. Elle refuse de faire preuve de lâcheté en cédant
à ses sentiments, et reste ferme face à son devoir : obtenir
vengeance (« Cet effort sur ma flamme à mon honneur est
dû », v. 924). Cette page présente à la fois du vocabulaire technique
Rodrigue et Chimène ne nient pas l’existence de leur amour. permettant d’aborder et de commenter un texte de théâtre
Cependant, chacun refuse de laisser les sentiments dicter et du vocabulaire propre aux sujets abordés dans la pièce.
ses actes et prendre le dessus sur le devoir.
b. L’honneur représente la ligne de conduite à suivre. Quoi Jouer avec les mots du théâtre
qu’ils pensent ou ressentent, les deux personnages déter- 1. 1. Confident. 2. Cornélien. 3. Stances. 4. Didascalie.
minent leurs actes en fonction de ce code de l’honneur. 5. Exposition. 6. Tragédie. 7. Dilemme. 8. Bienséance.
Les vers suivants montrent ce que représente pour eux cette 9. Monologue. 10. Honneur.
valeur :
– Rodrigue : « Endurer que l’Espagne impute à ma mémoire / Caractériser un choix
D’avoir mal soutenu l’honneur de ma maison ! » (v. 333-334) ; 2. Le choix de Rodrigue est « cornélien » : il s’agit d’un
– Rodrigue : « Assurez-vous l’honneur de m’empêcher de dilemme. « Judicieux » ne s’applique pas, car chacun des
vivre » (v. 850) ; choix entraîne de la douleur. De la même manière, puisqu’il
– Chimène : « Cet effort sur ma flamme à mon honneur est subit ce dilemme, le choix n’est pas vraiment « délibéré ». La
dû » (v. 924). seule délibération possible consiste à déterminer pour lequel
c. Chimène et Rodrigue incarnent bien des héros dignes des deux maux opter. « Déterminant » fonctionne, puisque
d’une tragédie : tous les deux nobles, ils adoptent la ligne le choix opéré modifie le cours de la pièce.
de conduite qui impute à leur rang malgré la force de leurs 3. Obéir : obtempérer, acquiescer, se résoudre à, fléchir.
sentiments. Tous les deux sont prêts à renoncer au bonheur Refuser : défier, braver, transgresser, enfreindre.
et à sacrifier leur vie pour assurer leur dignité. 4. 1. Décision. 2. Détermination. 3. Fermeté. 4. Résolution.
2. Les deux valeurs semblent « réconciliées » : Rodrigue est 5. Certitude. 6. Assurance.
devenu un héros et son offense est pardonnée par le roi.
Cependant, il doit continuer à faire ses preuves pendant un Comprendre le sens de l’honneur
an, temps nécessaire également pour que Chimène fasse 5. Honneur dignité, fierté vis-à-vis de soi.
dignement le deuil de son père. Courage force de caractère que l’on manifeste devant
une situation difficile.
Bilan Mérite ce qui rend quelqu’un digne d’estime.
Créer une carte heuristique 6.
Plusieurs cartes sont possibles. Il sera particulièrement fruc- Nom Verbe Adjectif
tueux de faire mener cette activité en groupes pour instaurer valeur valoriser valeureux
un débat entre les élèves sur les choix de construction de
dignité indigner digne
la carte. Cela permettra de faire surgir et de dénouer les
difficultés éventuelles de compréhension globale de la pièce. courage encourager courageux
honneur honorer honorifique
À vos carnets ! 7. Le mot « infamie » désigne le déshonneur, la honte
On pourra demander aux élèves de relever ces formules qu’a subie don Diègue, giflé par don Gomès. « Calomnie »,
au cours de leur lecture pour leur éviter d’avoir à relire la « déshonneur », « honte » peuvent être des synonymes.
pièce pour cette activité. Chaque citation sera brièvement
commentée, et un affichage pourra être réalisé afin de les À vous d’écrire !
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partager. Cette activité est l’occasion de tester la compré- 8. On veillera à ce que le vocabulaire défini soit employé
hension des élèves tout en restant peu contraignante et en correctement : un travail collaboratif ainsi qu’un retour d’ex-
leur permettant d’exprimer leurs goûts. traits de productions seront particulièrement fructueux pour

9. Le Cid, entre amour et devoir 109


cet exercice. Bien entendu, les élèves emploieront les mots ture organisée (paragraphes avec alinéas construits autour
dans l’ordre qui leur semblera le plus cohérent. d’une idée, progression des idées, utilisation de connecteurs
9. Cet exercice a pour objectif de faire travailler les élèves logiques), contenu varié et pertinent.
sur le lexique et de les amener à trouver les mots justes. Ils
pourront s’aider ici d’un dictionnaire des synonymes.
Compétence
D1, 2, 3 • Passer du recours intuitif à l’argumentation à un pas-
sage plus maîtrisé.

S’exprimer p. 182

À l’oral Faire le point p. 183

Jouer un enchaînement de répliques courtes


1. Don Diègue et le Comte envisagent d’unir leurs enfants, 1. L’intrigue est centrée sur l’amour entre Chimène et
Rodrigue et Chimène. Les vers sont majoritairement des Rodrigue. Ceux-ci s’aiment mais ne peuvent officialiser leur
alexandrins (vers de douze syllabes). amour car Rodrigue, pour venger l’honneur de son père, a
2. Ces deux personnages se provoquent : on assiste ici à tué le père de Chimène.
une véritable joute verbale. La colère monte peu à peu. Cela 2. Un monologue délibératif présente un personnage face à
peut être rendu par le ton qui monte également, ainsi que lui-même, qui exprime ses pensées à voix haute sur scène
la tonalité, de plus en plus grave. Les répliques s’enchaînent pour s’aider à prendre une décision.
aussi de plus en plus vite. 3. Un dilemme cornélien est une situation exposant un
3. La mise en scène doit être dynamique. Les élèves pourront personnage à la nécessité d’effectuer un choix entre deux
sélectionner et choisir un fond sonore. Ils travailleront en valeurs qui s’opposent, aucun des choix n’étant satisfaisant.
particulier la gestuelle pour permettre de rendre le rythme. 4. « Honneur » peut être rapproché de « dignité » et désigne
Il est possible de leur présenter un ou plusieurs extraits un mérite, une estime, liés à un comportement exemplaire.
mettant en scène ce passage ou un autre (voir le site Anti-
gone-en-ligne ; lien en début de séquence) pour leur donner
des pistes de réflexion.
4. On veillera à ce que soient respectés les critères suivants :
la maîtrise et l’appropriation du texte, une tonalité adéquate, Évaluation complémentaire
l’articulation, une gestuelle adaptée, permettant d’insuffler
du dynamisme à la scène. Afin de proposer une évaluation complémentaire aux élèves,
on pourra s’appuyer sur l’extrait qui suit, de la scène de
dénouement, et sur les questions de compréhension et
Compétence
d’interprétation qui l’accompagnent.
D1, 2, 3 • Exploiter les ressources créatives de la parole.

1. Lire et comprendre un dénouement


À l’écrit de tragi-comédie
Écrire un monologue argumentatif 1. Cette scène constitue le dénouement. Tous les person-
Des mises en scène sont proposées sur le site « Antigone-en- nages ayant pris part à l’intrigue doivent être présents pour
ligne ». Il serait bon d’effectuer un ou plusieurs visionnages connaître son issue. Chimène et Rodrigue sont les princi-
si cela n’a pas été fait auparavant pour nourrir les arguments paux intéressés. Le roi est celui qui apporte le « jugement »
des élèves. et qui dénoue l’intrigue. L’Infante annonce officiellement
L’objectif de cette activité est d’apprendre aux élèves à à Chimène que son amour avec Rodrigue est possible. Les
organiser leurs idées et à structurer leurs écrits. Ainsi, on gouvernantes Elvire et Léonor accompagnent respective-
pourra leur faire prendre conscience qu’il est plus fructueux ment Chimène et l’Infante. Don Diègue, le père de Rodrigue,
de consacrer leur brouillon à noter et à classer leurs idées au doit être présent puisqu’on évoque le mariage de son fils.
sein d’un tableau plutôt qu’à écrire ce qui leur vient à l’esprit Don Alonse et don Arias, gentilshommes sans rôle particu-
au fur et à mesure pour ensuite le recopier en n’effectuant lier, contribuent à donner un caractère public et solennel à
© Éditions Belin, 2016

que quelques changements. la scène.


Les critères de réussite pourront être les suivants : respect 2. L’Infante fait preuve de grandeur d’âme car elle donne
de la langue (syntaxe, orthographe, ponctuation), struc- officiellement Rodrigue à Chimène en s’adressant à elle alors
qu’elle est amoureuse de Rodrigue : « Reçois […] des mains

110
de ta princesse ». Ses paroles sont par ailleurs bienveillantes retour, mais au roi, à qui elle confie ses inquiétudes sur
et réconfortantes (« sèche tes pleurs », « sans tristesse ») à son honneur si elle épouse Rodrigue. Elle s’en remet au roi
l’égard de Chimène alors que cette décision marque pour comme seul juge : en tant qu’autorité suprême, c’est son
elle la fin de toute espérance et l’enfonce encore plus dans la verdict seul qui a de la valeur.
douleur : elle épouse ici encore davantage le rôle de l’héroïne
tragique. 2. Écrire un paragraphe argumenté
3. Rodrigue s’adresse d’abord au roi pour s’excuser de son 5. Le roi propose que Rodrigue commande son armée et serve
comportement à venir : il se « jette » aux genoux de Chimène. le royaume encore une année, puis qu’il épouse Chimène.
C’est à elle ensuite qu’il s’adresse et à qui il propose encore Cette décision constitue une sorte de compromis qui dénoue la
sa vie, ne croyant pas encore mériter son amour. Il est prêt, situation : elle répond d’une part aux inquiétudes de Chimène,
si elle le lui demande, à continuer à prouver sa valeur ou à qui s’inquiète encore pour son honneur, et qui pourra prendre
mourir, si elle l’exige. Cette attitude peut paraître déplacée une année pour pleurer son père avant d’épouser Rodrigue,
devant le roi. Elle est cependant encore le signe de sa valeur, qui, de son côté, aura acquis encore plus de mérite ; d’autre
puisque, loin de céder à la facilité après son exploit, il ne part, elle permet à Rodrigue de prouver, encore une fois, sa
s’avance pas en vainqueur devant Chimène. valeur, pour se rendre digne de Chimène. Enfin, la décision est
4. Chimène, elle aussi, reste fidèle à ses valeurs et à sa ligne noble car elle met Rodrigue au service du royaume.
de conduite : ce n’est pas à Rodrigue qu’elle s’adresse en
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9. Le Cid, entre amour et devoir 111


Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Acte V, scène 7
Don Fernand, don Diègue, don Arias, don Rodrigue, don Alonse, don Sanche, l’infante, Chimène, Léonor, Elvire

L’Infante Si Rodrigue à l’État devient si nécessaire,


Sèche tes pleurs, Chimène, et reçois sans tristesse De ce qu’il fait pour vous dois-je être le salaire,
Ce généreux vainqueur des mains de ta princesse. 25 Et me livrer moi-même au reproche éternel
D’avoir trempé mes mains dans le sang paternel ?
Don Rodrigue
Ne vous offensez point, Sire, si devant vous Don Fernand
Un respect amoureux me jette à ses genoux. Le temps assez souvent a rendu légitime
5 Je ne viens point ici demander ma conquête : Ce qui semblait d’abord ne se pouvoir sans crime :
Je viens tout de nouveau vous apporter ma tête, Rodrigue t’a gagnée, et tu dois être à lui.
Madame ; mon amour n’emploiera point pour moi 30 Mais, quoique sa valeur t’ait conquise aujourd’hui,
Ni la loi du combat, ni le vouloir du Roi. Il faudrait que je fusse ennemi de ta gloire
Si tout ce qui s’est fait est trop peu pour un père, Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire.
10 Dites par quels moyens il vous faut satisfaire. Cet hymen4 différé ne rompt point une loi
Faut-il combattre encor mille et mille rivaux, Qui, sans marquer de temps, lui destine ta foi5.
Aux deux bouts de la terre étendre mes travaux1, 35 Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.
Forcer moi seul un camp, mettre en fuite une armée, Rodrigue, cependant il faut prendre les armes.
Des héros fabuleux passer2 la renommée ? Après avoir vaincu les Maures sur nos bords,
[…] Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts,
Va jusqu’en leur pays leur reporter la guerre,
Chimène 40 Commander mon armée et ravager leur terre.
15 Relève-toi, Rodrigue. Il faut l’avouer, Sire, À ce nom seul de Cid ils trembleront d’effroi;
Je vous en ai trop dit pour m’en pouvoir dédire3. Ils t’ont nommé seigneur, et te voudront pour roi.
Rodrigue a des vertus que je ne puis haïr. Mais parmi tes hauts faits sois-lui toujours fidèle;
Et quand un roi commande, on lui doit obéir. Reviens-en, s’il se peut, encor plus digne d’elle;
Mais à quoi que déjà vous m’ayez condamnée, 45 Et par tes grands exploits, fais-toi si bien priser
20 Pourrez-vous à vos yeux souffrir cet hyménée ? Qu’il lui soit glorieux alors de t’épouser.
Et quand de mon devoir vous voulez cet effort,
Pierre Corneille, Le Cid, acte V, scène 7, 1660.
Toute votre justice en est-elle d’accord ?

1. Travaux : exploits. 2. Passer : surpasser. 3. M’en pouvoir dédire : dire le contraire.


4. Cet hymen : ce mariage. 5. Lui destine ta foi : te promet à lui en mariage.

1. Lire et comprendre un dénouement de tragi-comédie


1. Pourquoi tous les personnages sont-ils présents sur scène ? Justifiez la présence de chacun.
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•••
2. Pourquoi peut-on affirmer que l’Infante fait preuve de grandeur d’âme ?

3. Que propose Rodrigue ? À qui ? Que pensez-vous de cette attitude ?

4. Quelle est, d’après ses dires, la principale inquiétude de Chimène ? Est-elle constante dans sa ligne de
conduite ?

2. Écrire un paragraphe argumenté


5. Quelle est la proposition du roi ? En quoi répond-elle aux préoccupations à la fois de Chimène et de Rodrigue ?
Répondez en un paragraphe argumenté.
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9. Le Cid, entre amour et devoir


10 •Pour tout l’or du monde
u e nce
séq Individu et société : confrontations de valeurs ?

p. 184-207

O Comment le désir d’argent oppose-t-il et fait-il évoluer les personnages de récits ?

Objectifs Entrer dans la séquence p. 187


• Comprendre les conflits provoqués par le désir d’argent
dans les récits. Pour amorcer l’étude des textes de la séquence et la
• Lire des extraits de romans et de nouvelles divers. compréhension du thème, la lecture de la fable de La
Fontaine « La Poule aux œufs d’or » constituera une
Présentation de la séquence bonne première approche. Tout en étant courte, cette
Cette séquence s’inscrit dans l’entrée « Vivre en fable permet d’emblée, et de manière explicite, de faire
société, participer à la société », traitée en 4e avec le ressortir une morale, que les élèves pourront aisément
questionnement « Individu et société : confrontations s’approprier quand elle aura été identifiée. Cette morale
de valeurs ». Il s’agit d’un groupement de textes sur et le propos du fabuliste pourront faire l’objet d’une
le thème du désir d’argent, qui est en effet souvent, discussion en classe.
dans la littérature et la société, un moteur et un
agent de discorde entre individus, notamment dans Découvrez un trésor
les romans réalistes du xixe siècle, mais également
1. Il s’agit dans un premier temps de s’assurer que les
dans d’autres genres (fables, contes, nouvelles)
élèves ont bien compris les différentes étapes de cette
et d’autres époques. Les textes choisis, par leur
courte fable : un homme possède une poule qui pond des
diversité, permettent donc d’observer comment
œufs en or ; il décide de la tuer car il s’imagine qu’elle
l’argent peut bouleverser les relations humaines et
contient de l’or ; il découvre qu’elle ne contient rien de
leur nuire.
plus qu’une poule normale. L’homme, trop pressé de s’en-
Au travers de lectures variées, de l’Antiquité à nos jours,
richir rapidement a donc, de ses propres mains, sacrifié
l’élève sera amené à « comprendre que la structure et le
celle qui faisait sa richesse.
dynamisme de l’action […] romanesque ont partie liée
2. L’ « avarice » consiste à vouloir amasser toujours plus
avec les conflits » et à « saisir quels sont les intérêts et
d’argent sans jamais le dépenser ; c’est le défaut principal
les valeurs qu’ils mettent en jeu ».
de l’avare. La majuscule montre que La Fontaine person-
Bibliographie nifie ce trait de caractère.
3. Il y a un renversement de situation lorsque l’homme
• Quatre nouvelles réalistes sur l’argent, dir. M. Busdongo,
Nathan, « Carrés classiques », 2013.
tue la poule et l’ouvre (v. 6). La Fontaine énonce la morale
de sa fable au vers 1 : la convoitise peut nous mener à
• Molière, L’Avare [1668], Belin-Gallimard, « Classico
Collège », 2010.
la ruine.
4. Le but est ici de vérifier que l’élève a bien compris la
• Honoré de Balzac, Eugénie Grandet [1833], Gallimard,
morale et qu’il est capable de l’illustrer par un récit ancré
« Folio », 1999.
dans son quotidien. On pourra donner pour exemple un
• Charles Dickens, Un chant de Noël [1843], Gallimard,
homme qui gagne une somme importante, qu’il place en
« Folio Junior », 1994.
bourse, et qui perd tout.

Organisez un débat
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On pourra dans un premier temps noter au tableau les


deux questions posées puis demander aux élèves de les

114 10. Pour tout l’or du monde


reformuler : Qu’est-ce que le fait de posséder beaucoup
d’argent peut m’apporter ? Qu’est-ce que l’argent ne peut Lecture 1 p. 188-189
pas acheter ? On laissera un temps de réflexion à chacun
afin qu’il note ses arguments illustrés systématiquement
d’un exemple concret. Le débat sera une manière efficace Des retrouvailles salutaires
d’aborder les textes de la séquence. On pourra distribuer à
chacun un tableau vierge qu’il remplira. Objectifs
• Dégager la morale d’un conte.
Ce que l’argent peut Ce que l’argent ne peut • Comprendre l’argumentation implicite dans un récit.
m’apporter pas acheter
• Argument 1 : le confort • Argument 1 : l’immortalité
Exemple 1 : une maison, Exemple 1 : Nous sommes
des vacances … tous égaux face à la mort O Quelle leçon Voltaire délivre-t-il à travers
• Argument 2 : • Argument 2 : l’histoire de Jeannot et Colin ?
Exemple 2 : Exemple 2 :

Le professeur introduira le débat et distribuera la parole ; L’étude d’un extrait d’un conte philosophique permettra en
deux secrétaires prendront en notes les arguments et première approche de montrer quels biais l’argent introduit
exemples. Chacun veillera à écouter ce qui a été dit précé- dans les relations entre les personnages, et d’analyser le
demment et à ne pas couper la parole. On pourra envisager, message implicite que contient ce conte. Dans Jeannot et
à l’issue du débat, un petit compte rendu oral ou écrit qui Colin, Voltaire critique l’attitude de Jeannot qui a délaissé
synthétisera les réponses apportées aux questions posées. son ami cher parce qu’il n’était pas aussi riche que lui.

Prolongement possible 
Découvrir le texte
L’activité suivante pourra également constituer une variante 1. Jeannot et ses parents sont délaissés par leurs connais-
pour entrer dans la séquence : écrire une petite scène de sances parce qu’ils se trouvent en fâcheuse posture : ils sont
théâtre et la jouer. La consigne pourrait être la suivante : de nouveau pauvres et leurs proches ne sont pas prêts à
Rédigez un dialogue entre deux personnages très typés : les aider.
l’un adore l’argent et se félicite d’avoir récemment gagné 2. Ce débat pourra amener les élèves à se questionner sur
une somme importante, l’autre exprime un point de vue leur propre attitude face à l’argent et face aux plus dému-
plus sage et nuancé. Vous reprendrez des arguments expo- nis. La réflexion se fera à partir du texte. Il ne s’agira pas de
sés dans le débat mené précédemment.
juger mais de s’interroger pour savoir si le comportement
des proches de Jeannot est surprenant ou non.

Analyser et interpréter le texte


Un ami providentiel
3. Au début du passage, Jeannot demande de l’aide à un
religieux (« le théatin », l. 1). Ce dernier adopte la posture de
l’homme d’Église, qui a fait vœu de pauvreté et présente à
Jeannot la situation sous un jour favorable : elle a été voulue
par Dieu, qui réprouve l’attachement aux biens matériels.
On notera la présence du connecteur « donc » (l. 3) qui
présente le discours du religieux comme logique. Mais on
peut s’étonner qu’il coupe court à la conversation pour aller
voir « une dame de la cour » (l. 7). Cette dernière précision
montre l’hypocrisie de ce religieux, qui est lui-même attaché
au prestige que donne la richesse, et fréquente les gens de
la cour. Le religieux apparaît comme un beau parleur qui,
bien qu’homme d’Église, ne prête pas secours à la mère de
Jeannot qui est dans le besoin.
4. Après cet entretien, Jeannot est profondément désemparé
(« prêt à s’évanouir », l. 8, « plongé dans l’accablement du
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désespoir », l. 11, et « abîmé dans sa douleur », l. 18).


5. Colin arrive comme un sauveur et joue le rôle d’adjuvant à
un moment extrêmement critique pour Jeannot. Son arrivée
est caricaturale dans la mesure où il est comme tombé du

10. Pour tout l’or du monde 115


ciel. Il ne « fait qu’un saut » (l. 21), n’hésite pas une seconde Bilan
avant d’aller vers son ancien ami et de lui pardonner (« Tu D’après Voltaire, la vanité ne peut contribuer au bonheur de
m’as abandonné […] mais je t’aimerai toujours », l. 23-24). l’homme ; au contraire, elle peut lui nuire. Jeannot comprend
6. L’arrivée à point nommé du sauveur fait penser à l’élément en très peu de temps que lorsqu’il n’est plus riche, son
de résolution d’un conte de fée : Colin lui annonce rapide- entourage se détourne de lui parce qu’il ne présente plus
ment une vie heureuse (l. 37). En revanche, Voltaire joue avec d’intérêt aux yeux de ses prétendus amis. Il faut pour être
les codes du conte merveilleux : au lieu de voir s’avancer de heureux cultiver d’autres valeurs : le travail, la sincérité, la
beaux grands chevaux tirant un carrosse, c’est « une chaise simplicité, et rejeter la futilité. On attend donc de l’élève qu’il
roulante à l’antique » qui arrive ; les personnages quant à eux ait perçu que derrière ce récit se trouve une morale implicite
ne ressemblent pas à des héros de contes de fées (« un jeune conférant au texte de Voltaire une dimension argumentative.
homme grossièrement vêtu », « sa petite femme brune, et
assez grossièrement agréable »). La répétition de « grossière- Pour bien écrire
ment » par deux fois produit un effet comique et montre que On écrira en toutes lettres : deux heures et demie.
Voltaire joue avec les codes du merveilleux pour s’en amuser.

Une leçon de sagesse


7. Le champ lexical de la simplicité (« l’hôtellerie où je
loge », l. 25, « grossièrement vêtu », l. 14, « nous travaillons
beaucoup », l. 32, « nous n’avons point changé d’état ; nous
Lecture 2 p. 190-191

sommes heureux », l. 33) montre l’opposition entre Colin qui


ne semble pas désirer vivre comme un prince et le « grand Une terrible prise de conscience
seigneur » que souhaitait être Jeannot. Les deux person-
nages ont une vision du bonheur très différente : Jeannot a
montré qu’il rêvait de richesses, que les apparences étaient Objectifs
• Étudier le registre pathétique.
importantes pour lui au point de délaisser son ami d’enfance
• Analyser le récit réaliste d’une agonie.
moins riche que lui ; Colin, au contraire, continue à travail-
ler pour gagner sa vie ; l’amitié pour lui vaut plus que tout
(« toutes les grandeurs de ce monde ne valent pas un bon
ami », l. 34-35). Ces deux personnages ne partagent pas les
mêmes valeurs. Mais on peut, à ce stade du récit, espérer O Comment l’argent modifie-t-il les rapports entre
les personnages ?
que Jeannot aura su tirer leçon de son expérience et voir où
sont « les vraies grandeurs de ce monde ».
Cet extrait du Père Goriot, qui correspond à l’agonie de ce
8. a. Le verbe de cette proposition est conjugué au présent
dernier, s’inscrit dans la continuité du texte de Voltaire
de l’indicatif, présent de vérité générale, qui exprime une
(lecture 1), puisqu’on y découvre un personnage abandonné
idée valable de tout temps.
de tous (comme Jeannot), et surtout délaissé par ses propres
b. La leçon que délivre ce présent de vérité générale est que
filles, dès lors qu’il ne représente plus un intérêt financier.
rien ne vaut un bon ami : l’amitié est quelque chose qui ne
Les élèves pourront analyser comment l’argent fausse les
s’achète pas et lorsqu’on a le bonheur de la partager, rien
rapports entre les personnages.
ne saurait la surpasser.

Découvrir le texte
S’exprimer à l’écrit 1. a. Dans ce texte à la première personne du singulier, c’est
Écrire une lettre le père Goriot qui parle. Le narrateur rapporte ses paroles
9. On attendra de l’élève qu’il respecte les règles de présen- au discours direct, comme le montrent les guillemets qui
tation d’une lettre (lieu et date d’écriture, formule d’appel encadrent le texte.
et de politesse, en-tête, paragraphes…), qu’il utilise le voca- b. Le lecteur a ainsi l’impression d’être plus proche du person-
bulaire des sentiments de manière précise et adaptée. On nage : ses propos ne sont pas mis a distance par le narrateur.
pourra au préalable travailler avec les élèves sur le lexique La prise de parole est longue, le lecteur a l’impression que
des sentiments et des émotions. On pourra guider le travail ce personnage de roman ressemble à un personnage de
de l’élève en indiquant qu’un paragraphe de la lettre racon- théâtre. La scène est ainsi rendue plus vivante.
tera la rencontre inopinée et les sentiments éprouvés par
Colin face à son ami en détresse, et qu’un autre paragraphe Analyser et interpréter le texte
© Éditions Belin, 2016

évoquera plus précisément le bonheur éprouvé par Colin


Un terrible constat
d’avoir pu retrouver Jeannot et quelle fut sa peine quand
Jeannot l’a abandonné. 2. Le père Goriot est mourant ; ses filles ne sont cependant
pas à son chevet. Il semble lucide mais désorienté, son

116
propos est décousu et contradictoire : « j’aime mieux mon S’exprimer à l’oral
abandon et ma misère ! […] Non, je voudrais être riche, je Jouer un extrait de roman
les verrais » (l. 8-10).
3. a. La relation père-filles a été modifiée par l’argent : le 8. On attend des élèves qu’ils fassent le lien entre ce texte et
père Goriot leur a tout donné et elles savent que désormais un monologue théâtral. On pourra tout d’abord leur deman-
il est ruiné. Le champ lexical de l’argent est très présent : der de proposer une diction du texte en tenant compte de
« riche » (l. 1), « fortune » (l. 1, 13, 50), « l’argent donne tout » la ponctuation et du registre du texte, puis de mémoriser
(l. 5), « trésors » (l. 6), « huit cent mille francs » (l. 23)… et d’imaginer quelques gestes et déplacements possibles,
b. Le père Goriot éprouve successivement des sentiments comme le ferait un comédien.
contradictoires. Tout d’abord des regrets : « ah si j’étais riche,
[…] elles seraient là » (cet irréel du présent en témoigne : il a Bilan
bien conscience que l’argent est le maître du jeu). Il éprouve On peut dire que l’argent fausse les liens entre un père et
aussi du désespoir (« Oh ! Je souffre un cruel martyre ! », l. 21) ses filles dans la mesure où il dénature la relation qu’ils sont
et de la colère (« les misérables ! », l. 16, « elles ont toutes les censés entretenir. Le père Goriot n’est pas aimé pour ce qu’il
deux des cœurs de roche », l. 10). Enfin, on peut sentir de la est mais pour ce qu’il donne matériellement. Dès lors qu’il
nostalgie du passé (« l’on me menait en voiture au spectacle, n’a plus rien à offrir à ses filles, celles-ci se détournent de
et je restais comme je voulais aux soirées », l. 37-39). lui, ce qui est contraire à l’amour filial que les enfants sont
4. Le registre dominant dans ce texte est le registre pathé- censés avoir pour leurs parents.
tique (la situation suscite la pitié du lecteur) : le père Goriot
vit une intense souffrance. Il est seul, abandonné de ses L’histoire des mots
filles qu’il a toujours profondément aimées et aidées. Les « Infortuné » est un mot dérivé de fortuna, qui signifie « malheu-
interjections (ah ! oh !), les phrases exclamatives et inter- reux », « privé de fortune ».
rogatives (l. 1-2, 5-6, 10, 16, 18, etc.) sont des signes du
registre pathétique. On remarque aussi que le père Goriot Pour bien écrire
est dans un tel désarroi qu’il exprime ses idées comme elles La bonne orthographe dans cette phrase est : « Persécutés, ils sont
lui viennent, au fil de sa pensée. On remarque un certain morts en martyrs ».
désordre lié aux émotions qu’il éprouve. Ainsi, le lecteur
comprend que le père Goriot est à la fois affligé et lucide. Prolongements possibles
• Le Père Goriot, téléfilm de Jean-Daniel Verhaeghe, 2004,
Le reproche du père avec Charles Aznavour (le père Goriot) et Malik Zidi (Eugène
de Rastignac).
5. Aux lignes 6-7, les verbes des propositions principales
• Le Père Goriot, bande-dessinée adaptée du roman de
sont au conditionnel présent, précédés d’une proposition Balzac, scénario de Thierry Lamy et Philippe Thirault, dessin
subordonnée circonstancielle de condition introduites par de Bruno Duhamel, Delcourt, 2009.
« si », et traduisent une hypothèse. L’emploi de ce mode
montre que le père Goriot éprouve des regrets, qu’il vit dans
un monde irréaliste où son rêve prend le dessus sur la réalité.
6. Le temps employé ici est le présent de l’indicatif. C’est un
présent de vérité générale, tel que celui que l’on trouve dans
les proverbes. Cette phrase signifie que le fait de posséder
beaucoup d’argent donne du pouvoir et permet de disposer Lecture 3 p. 192-197
de tout ce dont on a envie, même de ce qui ne s’achète pas,
en l’occurrence, l’amour filial. S’il avait encore de l’argent,
ses filles seraient présentes et lui donneraient l’illusion d’être
Aux champs
attachées à lui. Le père Goriot sait très bien que c’est illu-
soire puisqu’il dit peu après (l. 32-33) : « et l’on était aux Objectifs
petits soins, mais c’était pour mon argent », qui fait écho à • Lire une nouvelle réaliste intégrale.
la phrase des lignes 8-9 (« au moins quand un malheureux • Comprendre les procédés de la critique sociale.
est aimé, il est bien sûr qu’on l’aime »).
7. « Elles ont toutes les deux des cœurs de roche » (l. 10-11) :
cette métaphore insiste sur l’ingratitude et la dureté des deux
filles du père Goriot. La comparaison « je n’étais pas aussi à O Quelles visions de la société Maupassant donne-t-il ?
l’aise chez elles qu’à la table d’en bas » (l. 45-46) montre que le
© Éditions Belin, 2016

père Goriot reproche à ses filles d’être cupides et intéressées : La lecture de la nouvelle « Aux champs » vise à faire étudier
aussi, lorsqu’il se retrouve aux côtés d’aristocrates, lors de par les élèves, en texte intégral, une nouvelle réaliste dans
soirées que ses filles ont organisées, il ne se sent pas à sa place. laquelle l’argent joue un rôle central. Outre le dénouement
cruel, le registre pathétique auquel fait appel Maupassant et

10. Pour tout l’or du monde 117


la confrontation entre classes sociales qui se joue au cœur (l. 3), « grouillaient » (l. 4), « donner la pâtée » (l. 17) « comme
du texte, l’opposition entre désir d’argent et amour parental des gardeurs d’oies » (l. 17), « empâtait » (l. 25) font partie
peut faire écho au texte de Balzac étudié précédemment du champ lexical des animaux ou de l’animalité.
(lecture 2). b. Les parents considèrent leurs enfants dans la globalité du
groupe qu’ils forment, comme on regarderait un troupeau et
non comme des êtres humains qui ont chacun leur identité.
Découvrir le texte
Leur objectif principal est de les nourrir comme on nourrit
1. Pour retrouver le schéma narratif de la nouvelle (sur le un troupeau.
modèle du schéma narratif d’un conte), les élèves seront 5. a. Les deux familles s’expriment en patois comme le
amenés à la relire et à délimiter les grandes étapes. Ce font des paysans normands : « allez-vous-en, et pi, qj’vous
schéma permettra de mettre en évidence le fait que c’est revoie point par ici. C’est-i permis d’vouloir prendre un éfant
l’argent qui constitue l’élément perturbateur. comme ça ! », « qué qu’t’en dis, l’homme ? ». Cela renforce la
– Situation initiale (l. 1-29) : deux familles de paysans, les dimension réaliste du texte.
Vallin et les Tuvache, vivent misérablement dans leurs chau- b. Les D’Hubières s’expriment dans un langage courant
mières voisines. voire soutenu. Ils n’appartiennent pas à la classe sociale des
– élément perturbateur (l. 30-59) : M. et Mme D’Hubières, paysans. Ce sont des bourgeois qui vivent en ville.
un couple de bourgeois, passent devant les chaumières, 6. L’arrivée des D’Hubières «  par un après-midi du mois
revient régulièrement apporter des friandises aux enfants, d’août » (l. 30) constitue l’élément perturbateur du récit. On
et décide finalement d’adopter le dernier des Tuvache. pourra se référer au schéma narratif établi en préambule de
– Péripéties (l. 60-190) : les parents Tuvache refusent de l’analyse, pour montrer que, par les D’Hubières, c’est l’argent
vendre leur fils ; les D’Hubières se tournent vers les Vallin, qui s’introduit dans les relations familiales, de voisinage et
qui, eux, acceptent de faire adopter leur fils Jean contre d’amitié.
de l’argent. Plusieurs années s’écoulent, durant lesquelles
les Vallin sont haïs des Tuvache, qui leur reprochent leur Un regard critique sur les hommes
manque de cœur, Mme Tuvache se vantant d’être « une
7. Leurs arguments sont d’ordre financier : « cent francs par
bonne mère ».
mois » (l. 134), « Mme D’Hubières leur parla de l’avenir du
– Résolution (l. 191-219) : Jean Vallin, jeune homme éduqué,
petit, de son bonheur et de tout l’argent qu’il pourrait leur
a 20 ans, et revient voir ses parents émus.
donner plus tard » (l. 141-144). La notion de bonheur est liée
– Situation finale (l. 220-253) : Charlot Tuvache voit ce qu’il
à la possession d’argent. L’enfant est présenté comme un
aurait pu devenir si ses parents l’avaient vendu, et accuse
bien qui les enrichira. Par ces arguments, Mme D’Hubières
ces derniers d’être des idiots. Il les quitte.
cherche à séduire les Vallin en excitant en eux le désir d’ar-
2. L’élève est amené à formuler des hypothèses qu’il pourra
gent, jusqu’à ce qu’il devienne plus fort que l’amour pour
vérifier lors de l’étape d’analyse et d’interprétation. On
leur fils.
pourra repérer les deux familles de paysans qui mènent
8. a. L’adjectif qualificatif « radieuse » est apposé (ou épithète
une vie pénible (les Tuvache et les Vallin), et un couple de
détachée). Jusqu’à présent dans le récit, Mme D’Hubières est
bourgeois (les D’Hubières) aisés. Leurs milieux sociaux sont
présentée comme une femme capricieuse, impatiente et qui
principalement repérables grâce au niveau de langue et au
pleurniche lorsqu’elle n’obtient pas satisfaction (l. 102-105,
mode de vie (les Tuvache, les Vallin et leurs enfants vivent
116-117). Ici, l’adjectif « radieuse » placé entre virgule crée
« péniblement de soupe, de pommes de terre et de grand
un effet de contraste avec l’image que renvoyait Mme D’Hu-
air », les D’Hubières roulent en voiture, et Mme D’Hubières
bières précédemment. « Radieux » signifie « qui rayonne »,
revient voir les paysans « les poches pleines de friandises
« épanouie ». Le personnage semble donc épanoui suite aux
et de sous »).
négociations menées pour « acquérir » l’enfant.
b. Le narrateur emploie une comparaison, insistant sur la
Analyser et interpréter le texte manière de s’emparer de l’enfant, réduit à l’état d’objet
Un texte réaliste (« comme un bibelot désiré d’un magasin », l. 162). Maupas-
3. L’action se déroule à la campagne, près « d’une petite sant s’amuse ici à comparer Mme D’Hubières à une enfant
ville de bains » (l. 2), « au pied d’une colline » (l. 1) ; la terre qui emporte un « bibelot » (lui-même un « marmot hurlant »).
y est « inféconde » (l. 2), « les deux paysans besognaient 9. Tout au long de la nouvelle, les Tuvache éprouvent
dur » (l. 2). Les deux familles vivent dans des chaumières une colère intense : « la fureur inapaisable des Tuvache »
(l. 1) évoquées ligne 14 par le terme « masure » ; l’idée de est provoquée par le fait que les Vallin, qui ont mal agi
pauvreté est renforcée par la phrase suivante (l. 15) : « tout en vendant leur enfant, se sont néanmoins enrichis et
« vivot[ent] à leur aise, grâce à leur pension » (l. 186).
© Éditions Belin, 2016

cela vivait péniblement de soupe, de pomme de terre et de


grand air ». Charlot éprouve à la fin ce même sentiment, surtout lorsqu’il
4. a. Les enfants sont comparés à des animaux, que l’on a revoit Jean, le fils des Vallin, âgé de vingt et un ans, adopté
peine à distinguer les uns des autres : « tous leurs petits » par les D’Hubières.

118
10. La chute de la nouvelle est cruelle car, au lieu de la
reconnaissance envers ses parents que l’on aurait pu Lecture 4 p. 198-199
attendre de sa part, Charlot décide de quitter la maison de
ses parents ; il leur dit « vous n’êtes que des niants » ( l 231),
leur reprochant de ne pas l’avoir confié aux D’Hubières. La La soif d’innocence
situation comme les propos tenus par Charlot sont cruels :
«  des parents comme vous, ça fait l’malheur des éfants » Objectifs
(l. 231-232). Les Tuvache ont donc tout perdu, leur fils et • Analyser le dilemme d’un personnage.
l’argent qu’ils auraient pu avoir. • Comprendre les contradictions dues à l’argent.

S’exprimer à l’oral
Mener un débat
11. On adoptera la méthode énoncée lors de l’entrée dans la
O Comment l’auteur met-il en évidence l’attrait
des biens matériels ?
séquence. La question ayant déjà été amorcée en début de
séquence, il s’agit ici d’approfondir la réflexion : les élèves, Pour compléter le corpus par l’étude d’un texte plus contem-
après avoir échangé au sujet du comportement des Vallin, porain, l’extrait de la nouvelle de Romain Gary « J’ai soif
seront tenus de se reporter aux textes étudiés lors des d’innocence » permettra d’introduire un narrateur idéaliste mais
lectures 1, 2 et 3, que l’on mettra en perspective avec la marqué par ses propres contradictions. Le décalage entre « soif
problématique de séquence : « Comment le désir d’argent d’innocence » et attrait pour l’argent est en effet présent de
oppose-t-il et fait-il évoluer les personnages de récits ? » manière explicite dans ce texte ironique et cruel, qui pourra
faire l’objet d’une lecture intégrale, le dénouement étant pour
Bilan le moins inattendu.
Maupassant critique le comportement de ceux qui pensent
qu’ils peuvent se permettre de tout acheter, y compris un Découvrir le texte
être humain. Tout serait-il donc monnayable ? 1. On attend des élèves qu’ils fassent des hypothèses, après
Il critique donc à la fois les D’Hubières et les Vallin. Par avoir lu le titre, le chapeau et le texte une première fois. Le
ailleurs, Charlot, qui au départ était fier de ne pas avoir été narrateur espère trouver sur cette île perdue une société
vendu, semble finalement penser lui aussi que l’argent fait qui ne connaît pas l’argent et dont les rapports ne sont pas
le bonheur et se montre ingrat envers ses parents qui ont pervertis par le capitalisme.
fait le choix de garder leur enfant en poursuivant une vie On pourra compléter la question par : De quoi peut-on
de labeur. Le regard que porte Maupassant sur le monde vouloir s’éloigner ? Qu’est-ce qui, dans notre société, peut
est sombre mais lucide. Les deux familles étaient, dans la nous donner envie de fuir ? Pourquoi ? Un débat pourra
situation initiale, très proches. Le désir d’argent oppose naître des réponses formulées par les élèves.
les personnages de récits (reflet de l’homme) et les mène
parfois vers l’immoralité.
Analyser et interpréter le texte
Histoire des mots Une saisissante découverte
L’adjectif correspondant est « abominable ». 2. Le narrateur est d’abord frappé de stupeur lorsqu’il
découvre la toile qui enveloppe le gâteau ; les couleurs de
Prolongements possibles  la toile lui rappellent « vaguement quelque chose » (l. 7) qu’il
On pourra faire lire d’autres nouvelles de Maupassant pour ne se formule d’abord pas.
les comparer, et comprendre que son regard mordant sur la 3. Le narrateur éprouve des sensations physiques intenses à
société s’applique à toutes les classes sociales. On pourra la découverte de la toile (« mon cœur fit un bond prodigieux
notamment se reporter à la séquence 1, pour étudier en dans ma poitrine », l. 8), à tel point qu’il doit s’asseoir (l. 10).
texte intégral La Parure. Il est aussi saisi de tremblements (« d’une main tremblante »,
• Aux champs, téléfilm d’Olivier Schatzky, avec Guillaume
l. 19) et ressent « du côté du foie » un « pincement doulou-
Gouix (Charlot Tuvache), Marianne Basler (la mère Tuvache),
Anne Benoît (la mère Vallin), 2009.
reux » (l. 23). Plus tard, il en perd même le sommeil (l. 33).
Le narrateur passe du doute à la stupéfaction et cherche à
comprendre comment en effet une toile de Gauguin a pu
se retrouver sur cette île et servir à envelopper son gâteau.
© Éditions Belin, 2016

Pris dans la toile


4. Les phrases employées des lignes 25 à 27 sont des
phrases exclamatives. Elles traduisent sa surprise, et un

10. Pour tout l’or du monde 119


enthousiasme non feint pour la valeur matérielle de cette en ne lui avouant pas la vérité. Ces réactions ne sont pas
toile (« Une peinture qui, vendue à Paris, devait valoir cinq celles de quelqu’un qui aurait « soif d’innocence ».
millions ! », l. 26-27).
5. À partir de la ligne 4, c’est le mot « toile » qui est répété L’histoire des mots
à de nombreuses reprises. « Se mouvoir » est un verbe de la même origine latine qu’ « émo-
a. Cette répétition revient comme un leitmotiv : c’est un tion », signifiant « bouger ».
procédé d’insistance.
b. Pour le narrateur, cette toile devient une obsession dont Lecture de l’image
il est la proie. Son esprit est tout entier occupé par cette 1. Ce tableau représente des personnages en tenue exotique, au
bord d’un rivage aux couleurs chatoyantes. On remarque égale-
toile de Gauguin.
ment en arrière-plan une statue qui ressemble à un totem, une
6. Le narrateur s’est rendu sur cette île pour fuir un monde plage, des montagnes, de la verdure et des animaux. L’atmosphère
qui avait fini par lui déplaire, une société corrompue par générale du tableau donne un sentiment d’apaisement, de vie
l’argent. Le lecteur s’étonne donc que les pensées du narra- idyllique.
teur se tournent vers la valeur financière de la toile. De plus, 2. Tout semble y être facile, on a une impression d’âge d’or. Les
on peut penser que l’île sur laquelle il a élu domicile est pour couleurs inspirent gaieté et bien-être.
3. Ce tableau peut illustrer la description de la toile, des lignes 19
lui un lieu idéal qui le satisfait pleinement. Il y a celle qu’il à 22 (« un petit coin de la montagne tahitienne », « des baigneuses
appelle son « amie Taratonga » (l. 2), qui lui fait porter à au bord d’une source »).
quatre reprises un gâteau préparé à son intention, enveloppé
dans une toile qui ressemble en tout point à un tableau de
Gauguin. On s’étonne tout à coup que le narrateur émette
des jugements péjoratifs au moment où il reçoit un gâteau
qui cette fois n’est plus enveloppé : « Il faut bien reconnaître
que […] les indigènes de Taratora ont également quelques
graves défauts » (l. 35). Ainsi, son état d’esprit a changé ;
L’Antiquité et nous p. 200

le lecteur est à même de comprendre que cette volonté de


rompre avec une société corrompue par l’argent n’aurait
pas dû engendrer de telles perturbations chez le narrateur. Le festin de Trimalcion
7. Le narrateur se retrouve face à ses contradictions : il se
prétendait désintéressé et heureux de vivre dans un lieu où Objectifs
l’argent était absent. Il lui faut alors faire un choix : pour- • Découvrir l’un des premiers romans de la littérature.
suivre sa vie en renonçant aux trente millions que valent à • Étudier la figure du parvenu dans l’Antiquité.
Paris toutes les prétendues toiles de Gauguin que Taratonga
propose de lui donner, ou quitter l’île et la vie à laquelle il
L’étude de ce texte permettra de montrer combien le désir
pensait aspirer. On remarque qu’il fait passer ce désir de
d’argent et le besoin d’étaler sa richesse ont traversé les
récupérer les toiles pour un geste en faveur de l’humanité
siècles. On pourra s’interroger sur les raisons qui poussent
(« quelle perte irréparable pour l’humanité si je n’étais pas
les hommes à se comporter ainsi : est-ce un moyen d’afficher
passé par là ! », l. 46-47). On peut donc penser qu’il est de
sa place dans la société et de montrer sa réussite sociale ?
mauvaise foi et que son souci majeur est de faire fortune.
L’homme, en étalant sa richesse, n’a-t-il pas le sentiment
d’acquérir du pouvoir sur les autres tout en les fascinant ?
S’exprimer à l’écrit On pourra ainsi se référer aux textes du corpus et voir dans
Imaginer un débat intérieur quelle mesure les deux premiers textes montrent qu’en
8. On attend ici de l’élève qu’il ait compris le dilemme qui effet l’argent permet à Jeannot ainsi qu’aux filles du Père
agite le narrateur et qu’il soit capable de le développer Goriot d’accéder à un rang social plus élevé et de satisfaire
dans un texte rédigé à la première personne, dans lequel leur désir de paraître. On pourra à l’inverse préciser que
le narrateur mènera un débat intérieur en pesant le pour et certains individus n’éprouvent pas ce désir d’ostentation et
le contre. On pourra demander que cette délibération aille se demander pourquoi.
jusqu’à une décision finale.
Comprendre les documents
Bilan 1. On voit que Trimalcion a quitté son statut d’esclave
Le narrateur ne semble pas si désireux d’étancher sa soif puisqu’il a les moyens d’organiser un banquet : ce sont les
d’innocence ; en effet, il a suffi de l’arrivée du gâteau enve- riches maîtres qui organisaient de somptueux banquets dans
© Éditions Belin, 2016

loppé d’une toile ressemblant en tout point à un tableau l’antiquité. De plus, le foulard bordé de pourpre est une réfé-
de Gauguin pour que rapidement il en considère la valeur rence à la bande de pourpre qui ornait la toge des sénateurs.
marchande. Les toiles l’ont obsédé au point de lui faire 2. Il renvoie l’image d’un homme fortuné, désireux d’étaler
perdre le sommeil. De plus, il essaie de tromper son amie sa richesse. Le champ lexical du luxe en témoigne : « magni-

120
ficences » (l. 2), « amené au son de la musique » (l. 4), « une à l’oral est un exercice qui permettra à l’élève de vérifier sa
bague toute petite et toute d’or » (l. 15), « bracelet d’or » compréhension de l’œuvre et la confronter aux questions de
(l. 17), « cercle d’ivoire » (l. 18), « pointe d’argent » (l. 19), ses camarades. Par ailleurs, cela demande un effort de mise
« table de térébinthe avec des dés de cristal » (l. 23-24), en forme, l’objectif étant d’attiser la curiosité des élèves et de
« deniers d’or et d’argent » (l. 24). leur donner envie de lire l’œuvre en question. On pourra, dans
3. La scène provoque le rire des convives (« des rires mal le prolongement de l’étude des textes du corpus, demander
dissimulés », l. 7) qui se rendent bien compte que Trimalcion aux élèves de lire d’autres recueils de nouvelles puis d’en
cherche à étaler sa richesse. rendre compte à l’oral en suivant cette méthode.
4. L’arrivée de Trimalcion est mise en scène. Il éprouve le Voici des recueils que pourront lire les élèves de 4 e, pour
désir de paraître en se faisant amener auprès de ses invités élargir leur connaissance du réalisme :
et déposer sur de petits oreillers. Sa tenue vestimentaire • Un million et autres nouvelles réalistes, de Guy de Maupas-
témoigne de son désir de paraître et des expressions telles sant, Hatier, « Classiques & Cie », 2013.
que « d’où sortait sa tête toute rasée », « emmailloté », le • Neuf nouvelles réalistes, dir. Virginie Manouguian, Belin-
« large anneau légèrement doré », la « bague plus petite et Gallimard, « Classico Collège », 2015.
toute d’or » renforcent cette idée. Nous sommes face à une • Nouvelles réalistes et naturalistes, dir. H. Baty-Delalande,
caricature ; l’expression ironique du narrateur « en voulant Nathan, « Carrés classiques », 2013.
nous montrer encore d’autres richesses… » témoigne de la
volonté de ce dernier de tourner son personnage en ridicule.
5. Cette expression signifie que pour obtenir de la consi-
dération, il faut être riche. C’est ce que montre le parallèle
entre le verbe « avoir » et le verbe « être ». L’impératif « ayez »
donne l’idée que la possession de biens matériels est un pré- Vocabulaire p. 202
requis pour exister. Les élèves pourront discuter entre eux de
cette affirmation, en prenant des exemples dans l’actualité,
et en se référant aux débats qu’ils auront déjà eu à l’occasion Argent, ambition et apparences
de l’étude des textes du corpus.
Objectif
À vous de créer • Apprendre à nuancer le vocabulaire utilisé.
6. Pour aider les élèves à se documenter avant de rédiger
cette scène, on pourra leur conseiller de se référer au Guide
romain antique (de Georges Hacquard, Jean Dautry, et Olivier Découvrir le lexique de l’argent
Maisani, Hachette, 2006). On pourra aussi se référer à la 1. a. L’argent renvoie à la fois au métal blanc et à la monnaie.
vidéo suivante sur la cuisine romaine antique : https://www. b. Voici deux exemples de phrases :
youtube.com/watch?v=xXPzg5ohueg – J’aime beaucoup ce bracelet en argent.
– Il me faut de l’argent pour payer les courses que je vais
Prolongement possible  faire chez l’épicier.
L’étude de l’extrait du Satiricon pourra donner lieu à un débat : 2. a.
pourquoi certaines personnes ont-elles besoin d’étaler leurs
richesses, et d’autres non ?
Sens positif Sens négatif
fortuné argenté
aisé nanti
friqué
richard
vénal
b. Le suffixe -ard est péjoratif, comme dans « vantard »,
Méthode p. 201
« froussard », « criard », « pleurnichard », « chauffard ».
3. 1. Il y a plus grave dans la vie que d’avoir des problèmes
d’argent car il y a toujours moyen d’y remédier.
Rendre compte à l’oral 2. Vouloir avoir tous les avantages d’une situation.
de la lecture d’un récit 3. Croire naïvement tout ce qu’on nous dit.
4. Gaspiller
4. • « Être plein aux as » signifie « avoir beaucoup d’argent »
Cette page Méthode se prête tout particulièrement à la lecture
© Éditions Belin, 2016

(sens négatif).
et la présentation orale des nouvelles de Maupassant, en ce
Par exemple : Il n’a aucun souci à se faire pour son avenir,
qu’elles sont souvent des nouvelles à chute, mais peut s’appli-
il est plein aux as !
quer à la lecture de n’importe quel livre. Présenter un livre

10. Pour tout l’or du monde 121


• « Un nouveau riche » est une personne qui a gagné une un vocabulaire spécifique, qu’il est capable de nuancer un
certaine somme et qui se plaît à l’afficher. propos en variant les verbes, et qu’il sait faire la différence
Par exemple : Il a fait plusieurs fois le tour du village avec entre vocabulaire mélioratif et vocabulaire péjoratif.
sa grosse voiture ; c’est bien une attitude de nouveau riche !
• Un « gosse de riches » désigne un enfant privilégié par sa
situation familiale.
Par exemple : Ce jeune a l’habitude d’obtenir tout ce qu’il
veut, c’est un gosse de riches.
Grammaire p. 203

5.
Familier
fric
Courant
monnaie
Soutenu
faste
Exprimer le but
flouze espèces dénuement
oseille liquide cupidité Objectif
pognon rente • Repérer et utiliser les différentes expressions possibles du but.
blé pauvreté
thune richesse
fauché aisance Repérer l’expression du but
1. Les phrases qui expriment le but sont les phrases 2 (au
Exprimer l’ambition moyen de la conjonction « en vue de »), 3 (au moyen de la
6. préposition « pour »), et 5 (au moyen de la conjonction de
subordination « afin de »).
Qualité Défaut 2. Les conjonction de subordination et les locutions qui n’ex-
probité individualisme priment pas le but sont : « parce que », « étant donné que »,
altruisme vanité « comme », et « vu que ». Elles expriment toutes la cause.
philanthropie cupidité
3. « Pour » exprime le but dans les phrases 2 et 4.
intégrité avarice
dévouement
abnégation Varier l’expression du but
humanité 4. Toutes ces propositions circonstancielles de but doivent
générosité
être au subjonctif.
7. 1. Cet homme regarde d’un œil de convoitise les biens 1. De peur qu’il n’oublie, il lui a rappelé ce qu’il devait faire.
possédés par les autres. 2. Cette chaumière a été construite afin que des paysans
2. Elle cherche toujours à accroître son train de vie, elle tient puissent y vivre.
à sa réussite sociale. 3. Il s’est rendu dans les îles lointaines pour que personne
3. Sa soif d’argent est telle qu’elle est prête à tout pour en obtenir. ne cherche à l’y rejoindre.
4. Il n’a aucun scrupule, son ambition le rend arriviste. 4. Il est allé voir son ami dans l’espoir que celui-ci lui vienne
5. Elle veut à tout prix réussir sa carrière professionnelle, en aide.
elle est carriériste. 5. Cette affiche a été créée afin que la population soit sensi-
8. Souhaiter > souhait Viser > visée bilisée à la pauvreté dans le monde.
Désirer > désir Aspirer > aspiration 5. 1. Ils ont acheté Jean Vallin pour devenir (infinitif) parents.
Vouloir > vœu Projeter > projet 2. Ses filles lui ont soutiré de l’argent afin d’être (infinitif)
Convoiter > convoitise Prétendre (à) > prétention les plus belles au bal.
Espérer > espoir Ambitionner > ambition 3. Il lui a prêté de l’argent pour qu’elle aille (subjonctif) à
9. l’opéra ce samedi.
Ambition positive Ambition négative 4. Il se rend dans une île perdue du Pacifique afin de pouvoir
(infinitif) vivre loin d’une société corrompue.
Remporter les lauriers Avoir les dents longues
Tenir le haut du pavé Bâtir des châteaux en Espagne
Faire flèche de tout bois Exercice de réécriture complémentaire
Avoir son bâton de maréchal Réécrivez ce texte en exprimant le but par des préposi-
Monter au pinacle tions et conjonctions de subordination différentes
Durant les prochaines vacances, vous veillerez à faire vos
À vous d’écrire devoirs avant votre départ en voyage afin d’en profiter
© Éditions Belin, 2016

pleinement. Nous voyageons pour découvrir la région et


10. On attend de l’élève qu’il soit capable d’exprimer une
dans l’espoir que vous fassiez preuve d’ouverture d’esprit
ambition personnelle dans un texte rédigé à la première
et que vous ayez envie de voir ce que vous n’avez jamais vu.
personne. L’exercice permettra de vérifier que l’élève a acquis

122
6. Dictée préparée
Compétences
Les expressions du but sont : « pour être admirée » (infinitif) ;
D1, 2, 3 • S’exprimer de façon maitrisée en s’adressant à un
« afin qu’elles s’assortissent » (subjonctif) ; « pour montrer » auditoire.
(infinitif) ; « dans l’espoir qu’elle les remarque » (subjonctif) ; • Participer de façon constructive à des échanges oraux.
« pour devenir riches » (infinitif).

Dictée complémentaire
En lien avec le thème de la séquence, on pourra proposer
le texte de dictée suivant, dans la continuité des textes S’exprimer à l’écrit p. 205
étudiés.
Il était une fois un homme qui avait une cervelle d’or ; oui,
madame, une cervelle toute en or. Lorsqu’il vint au monde, Faire parler des personnages
les médecins pensaient que cet enfant ne vivrait pas, tant
sa tête était lourde et son crâne démesuré. Il vécut cepen- Cet atelier d’écriture vise à exploiter ce qui a été vu dans la
dant et grandit au soleil comme un beau plant d’olivier ; séquence, en termes de construction narrative, et d’alter-
seulement sa grosse tête l’entraînait toujours, et c’était nance récit/dialogue.
pitié de le voir se cogner à tous les meubles en marchant… Ce pourra être l’occasion de revoir, en étude de la langue,
Il tombait souvent. Un jour, il roula du haut d’un perron la construction du discours direct et on pourra constituer
et vint donner du front contre un degré de marbre, où son préalablement :
crâne sonna comme un lingot. On le crut mort ; mais, en • une fiche de vocabulaire sur les verbes exprimant le ton
le relevant, on ne lui trouva qu’une légère blessure, avec employé pour s’exprimer (enrichir la liste de l’étape 2 : crier,
deux ou trois gouttelettes d’or caillées dans ses cheveux hurler, murmurer… ; possibilité de faire ce travail de manière
blonds. C’est ainsi que les parents apprirent que l’enfant collaborative) ;
avait une cervelle en or. • une fiche sur les sentiments (mise en forme d’une palette
Alphonse Daudet, « L’Homme à la cervelle d’or », Lettres de mon moulin, 1869.
de sentiments positifs et négatifs affichable ensuite dans
la classe).
Cette activité pourra faire l’objet d’un travail collaboratif, afin
À vous d’écrire de faire participer de manière plus ludique l’ensemble des
7. On veillera à ce que les élèves respectent les codes du élèves. L’utilisation d’un logiciel en ligne comme Framapad
genre épistolaire et qu’ils soient capables de varier les sera utile : https://framapad.org/
conjonctions de subordination et les locutions conjonctives.
La dimension argumentative de ce texte devra être mise en Compétences
valeur par le choix d’arguments et d’exemples pertinents. D1 • Adopter des stratégies et des procédures d’écriture efficaces.
• Respecter les normes linguistiques.

S’exprimer à l’oral p. 204


Faire le point p. 206

Convaincre un auditoire
2. Lire et comprendre un texte
Les nouveaux programmes insistent particulièrement sur 6. Le regard que Mme Bonnin porte sur son mari est déva-
l’importance de travailler l’expression orale sous toutes ses lorisant : elle le tient pour responsable de la situation dans
formes. « L’expression orale des élèves constitue le moyen laquelle ils se trouvent (« le rendant seul coupable, seul
non plus seulement d’appréhender le monde mais d’y jouer responsable de la perte de cette fortune », l. 12-13) et ne
un rôle et de faire entendre leur voix dans la société, à manque pas une occasion de le lui faire sentir (« le harce-
commencer celle qu’ils constituent avec leurs pairs et leurs lait », l. 1, « allusions désobligeantes », l. 2, « le martyrisait de
enseignants. » La capacité à convaincre un auditoire par le sous-entendus », l. 2). Les expressions « Monsieur le gratte-
choix d’arguments pertinents, d’exemples percutants, d’un papier » (l. 8) ou encore « imbécile » (l. 17) montrent à quel
ton de voix adapté et d’un discours construit est donc fonda-
© Éditions Belin, 2016

point elle le méprise. La tension est à son comble (« la guerre


mentale. était déclarée, une guerre incessante, acharnée », l. 14).
7. Le dépoiement du champ lexical de l’argent dans le texte
montre que l’héritage convoité est une obsession dans l’es-

10. Pour tout l’or du monde 123


prit de Madame Bonnin : « l’héritage » (l. 3), « riches » (l. 5), 3. La Bruyère décrit le comportement de Giton, en utili-
« cinquante mille livres de rente » (l. 7), « fortune » (l. 13). sant des phrases courtes, de structure identique (il + verbe
8. Les paroles sont rapportées au discours direct, ce qui d’action) composées de propositions indépendantes coor-
permet de rendre le texte plus vivant et de bien voir à quel données ou juxtaposées (« il crache fort loin et il éternue
type de personnage on a affaire lorsque l’on découvre la fort haut », « il dort le jour, il dort la nuit »). Les verbes (des
violence des propos de Mme Bonnin. verbes d’action) sont conjugués au présent de l’indicatif :
9. Le temps dominant est l’imparfait de l’indicatif, qui traduit « parle », « fait répéter », goûte », « déploie », « se mouche »…)
la répétition dans le passé. qui sont des présents de narration. Tout cela confère au texte
10. C’est aux biens matériels que Mme Bonnin attache le une certaine vivacité ; de plus, il utilise à la fin du texte
plus d’importance, au confort que ceux-ci pourraient lui une énumération d’adjectifs qualificatifs péjoratifs recou-
apporter. Le fait de devenir mère est loin de ses véritables rant ainsi au procédé de l’accumulation. Il utilise aussi la
désirs. Elle est intéressée par l’appât du gain et ne montre figure de l’hyperbole : « il déploie un ample mouchoir et se
aucune véritable qualité humaine. mouche avec grand bruit », ce qui permet d’insister sur le
côté déplaisant du personnage.
3. Écrire la suite d’un récit 4. Le registre de ce texte est satirique, ce qui signifie
que l’intention de l’auteur est de blâmer tout en faisant
11. On valorisera pour évaluer cet exercice : le respect du
sourire le lecteur ; tous les procédés énumérés ci-dessus en
sujet, la pertinence des idées, l’expression des sentiments
témoignent. La Bruyère brosse le portrait du riche qui pense
des personnages, la construction du dialogue (varier les
pouvoir tout s’autoriser, en en grossissant les traits. On peut
verbes de parole suivis de commentaires sur le ton employé
voir dans ce portrait une caricature.
par les personnages), comme cela a été travaillé durant la
5. L’entourage de Giton apparaît derrière le pronom « on » :
séquence.
«  il s’arrête et l’on s’arrête ; il continue de marcher et l’on
marche » ; « on ne l’interrompt pas »… Son entourage est
docile voire servile ; en effet, « tous se règlent sur lui », « on
est de son avis », « on l’écoute aussi longtemps qu’il veut
Évaluation complémentaire parler ».
6. La dernière phrase constitue une chute. En début de texte,
Dans la continuité des textes de la séquence, qui portent cette phrase n’aurait pas créé le même effet. C’est en effet
tous en creux une critique d’un travers humain (en l’occur- à la lumière de cette phrase que le texte prend a posteriori
rence la cupidité et l’avarice), il pourra être utile de proposer tout son sens.
l’évaluation complémentaire aux pages suivantes.
2. Rédiger un portrait
1. Lire et comprendre un texte à visée 7. On pourra choisir un type de personnage contemporain,
argumentative par exemple : un adolescent obsédé par ses jeux vidéo, un
1. Ce texte est une description, et plus précisément le individu sans cesse penché sur son smartphone, un avare,
portrait d’un homme appelé Giton. un profiteur… On récapitulera avec les élèves les procédés
2. La première phrase est consacrée au portrait physique de utilisés par La Bruyère (notamment l’hyperbole).
Giton : « le teint frais », « le visage plein »… L’homme paraît On pourra ensuite préciser la consigne en demandant aux
bien, voire trop nourri ; le groupe nominal « le visage plein et élèves de commencer par une phrase concernant le portrait
les joues pendantes » ridiculise le personnage et nous laisse physique, puis de développer des phrases indépendantes
penser que nous sommes face à une caricature. contenant des verbes d’action pour décrire son comporte-
ment, suivis d’éléments de portrait moral, et enfin de conclure
par une chute. Les élèves réaliseront ainsi un pastiche.
© Éditions Belin, 2016

124
Nom :

Prénom :

Classe :

évaluation

Giton

En 1688, La Bruyère publie Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle,


une œuvre composée d’une succession de textes courts au travers desquels il
se livre à une peinture de l’homme et brosse un tableau de la société de son
temps et tout particulièrement la cour à l’époque de Louis XIV. Il fait ici le
portrait de Giton.

Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l’œil fixe et
assuré, les épaules larges, l’estomac haut, la démarche ferme et délibérée.
Il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l’entretient, et il ne goûte
que médiocrement tout ce qu’il lui dit. Il déploie un ample mouchoir et se
5 mouche avec grand bruit ; il crache fort loin, et il éternue fort haut. Il dort
le jour, il dort la nuit, et profondément ; il ronfle en compagnie. Il occupe
à table et à la promenade plus de place qu’un autre. Il tient le milieu en
se promenant avec ses égaux ; il s’arrête, et l’on s’arrête ; il continue de
marcher, et l’on marche : tous se règlent sur lui. Il interrompt, il redresse
10 ceux qui ont la parole : on ne l’interrompt pas, on l’écoute aussi longtemps
qu’il veut parler ; on est de son avis, on croit les nouvelles qu’il débite. S’il
s’assied, vous le voyez s’enfoncer dans un fauteuil, croiser les jambes l’une
sur l’autre, froncer le sourcil, abaisser son chapeau sur ses yeux pour ne
voir personne, ou le relever ensuite, et découvrir son front par fierté et
15 par audace. Il est enjoué, grand rieur, impatient, présomptueux, colère,
libertin, politique, mystérieux sur les affaires du temps ; il se croit du
talent et de l’esprit. Il est riche.
Jean de La Bruyère, Les Caractères, « Des biens de fortune » (83), 1688.

1. Lire et comprendre un texte à visée argumentative

1. À quelle forme de discours ce texte appartient-il ?

2. Que sait-on du physique du personnage ? Quelle impression se dégage du portrait physique de Giton ?
© Éditions Belin, 2016

•••

10. Pour tout l’or du monde


3. À quels procédés La Bruyère recourt-il pour brosser le portrait moral de Giton ?

4. Quel est le registre de ce texte ?

5. Comment sont désignées les personnes qui entourent Giton ? Comment se comportent-ils en sa présence ?
Quel adjectif pourrait qualifier ce comportement ?

6. Quel effet produit la dernière phrase ? L’effet aurait-il été le même si cette phrase avait été placée au début
du texte ?

2. Rédiger un portrait

7. À votre tour, rédigez à la manière de La Bruyère le portrait d’un individu incarnant un travers humain.

© Éditions Belin, 2016


11
u e nce
séq La ville, lieu de tous les possible ?

p. 208-231

•Villes de poètes
O Quelles visions de la ville les poètes du xx e
siècle cherchent-ils à transmettre ?

Objectifs Entrer dans la séquence


• Découvrir les différentes écritures poétiques pour décrire la ville.
p. 211
• Comprendre le rapport de l’homme à la ville exprimé par les poètes.

Présentation de la séquence Suivez les poètes dans la ville


Cette séquence s’inscrit dans le questionnement 1. Les deux poètes associent les substantifs
complémentaire en classe de 4e, « La ville, lieu de tous les « ville » et « cœur ».
possibles ? ». La thématique de la ville sera traitée à travers On pourra développer les champs lexicaux
le genre poétique, afin de voir en quoi ce thème est un thème autour de ces deux mots :
privilégié de la modernité. Depuis le milieu du xixe siècle, les – ville : rue, bruit, automobile, piéton, magasin,
poètes ont fait entrer la ville en poésie. Lieu moderne, elle avenue, métro, etc.
suscite des émotions, favorise les rencontres et les rêves, – cœur : sentiment, amour, peine, joie, batte-
mais aussi les cauchemars. En tant que « lieu de tous les ment, pleurer, etc.
possibles », on pourra donc s’interroger sur « les ambivalences 2. Pour réaliser cet exercice, on pourra au préa-
des représentations du milieu urbain : lieu d’évasion, de liberté, lable montrer des exemples de nuages de mots.
de rencontres, de découvertes, mais aussi lieu de "perdition", L’objectif est de faire réfléchir les élèves au voca-
de solitude, de désillusion, de peurs ou d’utopies », comme bulaire de la ville, avant d’aborder les textes de
le préconisent les nouveaux programmes. La poésie, par la la séquence.
diversité de ses formes, est en cela le genre privilégié.
Partez à la rencontre
Bibliographie de votre ville
• Les poètes et la ville. Une anthologie, avant-propos de Jacques Réda,
3. Ce travail personnel à réaliser à la maison
Gallimard, « Poésie », 2006.
pourra se faire sous la forme d’un diaporama à
• Daniel Leuwers, Introduction à la poésie moderne et contemporaine,
projeter en classe ou sous la forme d’un travail
Armand Colin, 2005.
écrit à évaluer.
Sites à consulter
De nombreux sites proposent des anthologies de poèmes sur la ville
comme par exemple :
• www.lettres.ac-versailles.fr/IMG/pdf/VILLE-POESIE.pdf
• http://www.sculfort.fr/articles/litterature/poemes/poemesville.html
• www.maulpoix.net/ville.html (site du poète et critique Jean-Michel
Maulpoix)
• www.weblettres.net/ar/articles/14_164_445_dossier16a25.
pdf (dossier sur l’évolution des formes poétiques dans la poésie
moderne)
© Éditions Belin, 2016

• http://expositions.bnf.fr/utopie/pistes/ateliers/index.htm (des pistes
pédagogiques et des idées d’ateliers sur le thème de l’utopie)

11. Villes de poètes 127


également chargée d’une certaine violence que n’aurait
Lecture 1 p. 212-213 pas, par exemple, la comparaison avec le dessinateur et des
« soirs » qui dessineraient le firmament.

La ville Une ville inquiétante


6. Dans ces vers, la ville est associée à une « pieuvre » (v. 15),
Objectifs animal inquiétant, ainsi qu’à la mort (« carcasse », v. 16). Ces
• Étudier un poème versifié. métaphores visent à donner de la ville une vision menaçante
• Comprendre la conception de la ville à la fin du xixe siècle. pour les campagnes.
7. « Tentaculaire » signifie « qui se développe dans toutes les
directions ». Cette métaphore souligne l’avancée inexorable
de la ville qui vient occuper tout l’espace qui l’environne et
O En quoi la ville de la fin du xix e
siècle paraît-elle
donc « vers les campagnes » (v. 13). L’adjectif est annoncé
inquiétante ?
par tout un champ lexical qui évoque ce développement
inexorable comme « s’étale » (v. 3), « surgit » (v. 5) mais aussi
Émile Verhaeren est un poète à la jonction entre les xixe et
la métaphore « ses rails sont des chemins sinueux » (v. 8) qui
xxe siècles, chez qui la ville occupe une place importante. Il
rappelle les tentacules de la pieuvre.
sera donc intéressant d’étudier ce texte en premier, malgré
8. Le poète cherche à donner une image effrayante et
ses apparentes difficultés lexicales (qu’on pourra élucider
monstrueuse de la ville. La pieuvre ne lâche jamais sa
avant la lecture). Les Campagnes hallucinées est un recueil
proie, enserre jusqu’à étouffer et l’imaginaire de la plupart
de poèmes qui saisit le passage d’un monde rural à un
des lecteurs en fait davantage un monstre qu’un simple
monde urbain : les hommes quittent les campagnes pour
animal marin. On peut considérer que les allitérations en
les villes. L’œuvre de Verhaeren porte témoignage de son
[t] et [r] qui produisent dans ce tercet des sonorités peu
temps. Les Campagnes hallucinées comme Les Villes tentacu-
harmonieuses, symbolisent l’effroi, la crainte et rappellent
laires reflètent un des grands moments de l’ère industrielle
les sonorités des mots « pieuvre » et « tentaculaire ». L’alli-
et prolétarienne de la toute fin du xixe siècle.
tération en [s] peut symboliser le glissement menaçant des
tentacules. La ville est synonyme de « hantise » (v. 5). Cette
Découvrir le texte vision peut être cependant nuancée parce qu’elle apparaît
1. Le mot peut avoir les sens d’ « illusion », d’ « erreur de également et paradoxalement comme un « colossal espoir »
perception », « qui est égaré » ou « qui a des hallucinations ». (qui tient presque de l’oxymore) et qu’elle est associée au
Pour la campagne personnifiée, la ville produit des halluci- « désir » et à la « splendeur ». Enfin, elle attire « les chemins »
nations jusqu’à apparaître comme « tentaculaire », comme de la campagne qui « vont » « vers elle ». La ville fascine.
« la pieuvre ardente ».
2. Ce poème inaugural suggère au moins une opposition S’exprimer à l’oral
probable entre « la ville » et « les campagnes », une menace
9. La lecture du poème pourra être théâtralisée voire empha-
pour la campagne égarée, perturbée par cette ville.
tique. On cherchera à traduire par la lecture le caractère
menaçant de la ville en invitant les élèves à faire entendre des
Analyser et interprét