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1060TA

CLIMAT –
ACTION DES ÉLÉMENTS
DU CLIMAT SUR LA VÉGÉTATION
par
R. DURAND
Maître de Recherches à la Station de Bioclimatologie Agricole de l’INRA à Versailles

SOMMAIRE ANALYTIQUE
I. Facteurs climatiques et facteurs physiques d’action (1 et 2)
Liste
II. Croissance et développement (3 à 7)
III. Action de la température sur les végétaux (8 à 41)
A. Sur la croissance et le développement (8 à 12)
Ta b l e
B. Sommes de températures (13 à 16)
C. Thermopériodisme (17)
D. Action létale des basses températures (18 et 19)
Index E. Action létale des températures élevées (20 et 21)
F. Gelées de printemps (22 à 41)
1. Conditions de formation (23 à 28)
2. Le risque de gelée (29 à 31)
3. Les avertissements gelée (32)
Glossaire 4. La protection contre les gelées (33 à 41)

IV. Autres facteurs météorologiques (42 à 51)


A. Rayonnement (42 et 43)
B. Pluie artificielle et lutte contre la grêle (44 à 49)
C. Le vent et les pollutions atmosphériques (50 et 51)

©Techniques Agricoles 1060

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CLIMAT – ACTION DES ÉLÉMENTS DU CLIMAT SUR LA VÉGÉTATION
TA 1060
INDEX ALPHABÉTIQUE

Dormance, 17, 19. Létale (action), 18. Taux de croissance, 5.


Températures basses, 18.
Échaudage, 21. Mésoclimat, 1.
– élevées, 19.
Microclimat, 1.
Gelées de printemps, 22. – (profils de), 25.
– (avertissements), 32. Photopériodisme, 42. Thermopériodisme, 17.
– (conditions de formation), 23. Pollution atmosphérique, 51.
Vent, 50.
– (protection), 33. Printanisation, 17, 19.
Vernalisation, 17.
– (risque), 29. Rayonnement, 2, 21, 23, 34, 42.
Gelées d’hiver, 23.
Sommes de températures, 13.
Grêle, 44.

Liste

Ta b l e

I n dex

Glossaire

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1060TA CLIMAT – ACTION DES ÉLÉMENTS DU CLIMAT SUR LA VÉGÉTATION

I. FACTEURS CLIMATIQUES 1 (cm)


ET FACTEURS PHYSIQUES D’ACTION
90
1.– Les facteurs du climat, définis dans le fascicule 1050,
ne correspondent pas exactement au climat auquel la 80
plante est soumise. On parle de mésoclimat pour le pre-
mier et de microclimat pour le second. Celui-ci présente
70
lui-même de grandes variations. L’éclairement énergéti-
que des feuilles peut varier dans un rapport de 1 à 10
entre les feuilles supérieures et les feuilles inférieures de 60
la végétation, il peut varier dans un rapport de 1 à 3 en
quelques secondes par suite d’un passage nuageux. Il en 50
résulte des variations de plusieurs degrés dans la tempé-
rature de la végétation. On observe également de grandes Logistique
40
variations dans l’humidité de l’air baignant les plantes. Gompertz
Mesuré
2.– Les facteurs du climat sont très liés entre eux : si l’on 30
compare une journée à ciel clair à une journée à ciel cou-
vert, on constate des variations importantes et concomi-
20
tantes des facteurs climatiques. On mesure dans le pre-
Liste mier cas, un rayonnement global plus important, et un
rayonnement net plus élevé en été et plus faible en hiver. 10
Il en résulte en général une température supérieure en été
et inférieure en hiver. Les amplitudes de température et 0
Jours

d’humidité relative sont supérieures en toute saison. 0 10 20 30 40 50 60 80 90 100


Ta b l e
L’évapotranspiration potentielle est également plus forte Fig. 1. – Évolution de la croissance d’une tige de Papyrus
et les précipitations sont évidemment nulles en cas de ornemental : “ courbe en S ”
ciel clair. On retrouve les mêmes liaisons à l’échelle
annuelle : en hiver le rayonnement la température et la Dans le cas présent l’ajustement des points expérimen-
tension de vapeur de l’eau dans l’air sont plus faibles taux à la courbe logistique est le meilleur ; mais on peut
Index qu’en été ; l’humidité relative par contre varie en sens trouver des points expérimentaux qui s’ajustent mieux à
inverse. A rayonnement global égal, la température et la d’autres courbes symétriques ou à des courbes asymétri-
tension de vapeur sont généralement plus faibles au prin- ques comme la fonction de Gompertz. On se limitera
temps qu’en automne. Les plantes réagissent différem- dans la suite à ces deux types de courbe.
ment à tous ces complexes climatiques et il est souvent 5.– La variation des accroissements quotidiens ∆ l/ ∆ t
Glossaire difficile de discerner quel est le facteur qui agit le plus sur (Fig. 2) est importante. Les accroissements mesurés
la croissance et le développement. Nous allons cependant (moyenne des accroissements sur 7 jours en valeurs glis-
tenter de faire la part des choses en étudiant successive- santes) s’ajustent moins bien aux courbes calculées, mais
ment l’action des différents éléments du climat. l’ajustement à la courbe logistique est encore satisfaisant.
Les accroissements relatifs ∆ l/l∆t (Fig. 3), souvent appe-
II. CROISSANCE ET DÉVELOPPEMENT lés improprement taux de croissance, montrent encore,
pour l’exemple choisi, un meilleur ajustement à la fonc-
3.– Du semis à la maturité, les plantes passent par divers tion logistique. On remarquera que, à conditions de
stades de développement : germination, croissance végéta- milieu constantes, les accroissements absolu et relatif
tive, induction florale, floraison, maturation, pour ne varient beaucoup avec la taille de la plante.
citer que les principaux. Au cours de ces phases, la crois- 6.– Deux paramètres déterminent donc la longueur (ou
sance de la plante entière ou de chacun de ses organes la surface, ou la masse de matière sèche...) d’une plante
(feuilles, tiges, graines...), qu’elle soit exprimée en lon- ou d’un organe à un instant donné : la longueur finale L
gueur, en surface ou en masse de matière sèche, varie en et le taux de croissance k.
fonction du temps selon une courbe en S (sigmoïde) plus
ou moins régulière et symétrique. La longueur finale L est en grande partie inscrite dans le
patrimoine génétique de la plante (par ex. : variation des
4.– Ces courbes sont d’autant plus régulières que les fac- dimensions des feuilles successives, certaines variétés de
teurs du milieu sont plus constants. L’évolution, jour par blé sont toujours plus courtes que d’autres, etc.). Les fac-
jour, de la longueur d’une tige de papyrus ornemental teurs du milieu ont cependant également une action :
(cyperus alternatus) maintenue dans une pièce climatisée étiolement des plantes en lumière insuffisante, réduction
apparaît très régulière (Fig. 1). On a tenté d’ajuster statisti- de la taille à la suite d’un déficit hydrique, action des fac-
quement ces points à deux types de sigmoïdes : l’une logis- teurs trophiques (alimentation minérale et photosyn-
tique, l’autre dite de Gompertz. Les courbes donnent la thèse) sur la masse de la matière sèche, etc. Bien que ces
longueur l au temps t en fonction de la longueur L finale, actions puissent varier au cours de la croissance de la
du temps d’origine to (jour où se produit l’inflexion) et plante, nous supposerons que la taille finale L est unique
d’un facteur du milieu appelé taux de croissance : k. et qu’elle est connue comme c’est le cas dans les figures 1,

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2, et 3. Ce sera d’autant plus vrai que les conditions éda-
phiques (eau et alimentation minérale) seront à l’opti- 1 ∆l (j-1)
mum et le rayonnement à un niveau convenable. 2 ∆t
-10

Les variations de l, ou plus précisément de l/L, seront


alors dépendantes des variations du taux de croissance k, -09
lui-même affecté par les facteurs du milieu, notamment
la température. -08 Logistique
Gompertz
80
-07 Mesuré

70
-06

60
-05

50
-04
Logistique
40 Gompertz
-03
Mesuré
Liste
30
-02

20
-01
Ta b l e
10 1 (cm)
0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Jours
0
0 10 20 30 40 50 60 80 90 100 Fig. 3. – Accroissements relatifs I/t
chauds, les deux autres de pays tempérés. Elles ont toutes I n dex
Fig. 2. – Variations des accroissements quotidiens ∆l/∆t
été établies par des procédés différents.
7.– Les divers stades de développement jalonnent la 9.– La courbe relative au lin est une des plus classiques ;
croissance et, pour une plante ou un organe donné, cor- elle se rapporte à une phase de développement, la germi-
respondent à des valeurs de l/L bien définies. Le temps nation. On mesure le temps, t, qui s’écoule entre la mise
séparant deux stades est alors fonction des valeurs que en germination de graines sur buvard humide et l’appa- Glossaire
prendra le taux de croissance entre ces deux stades, et par rition de la radicule hors des téguments, pour différentes
conséquent des facteurs du milieu qui agissent sur k, et températures maintenues constantes pendant la germi-
on pourra indifféremment étudier les variations de k nation. On mesure donc la croissance de la plantule entre
avec la température à partir de notations de phases phé- deux longueurs arbitraires, mais toujours les mêmes. Le
nologiques ou à artir de mesures d’accroissement. taux de croissance est alors inversement proportionnel
Cependant le développement peut être bloqué par au temps t.
d’autres facteurs du milieu tels que photopériode insuffi-
sante, besoin de froid... On examinera plus loin ces cas et Moyennant quelques précautions, cette courbe peut faci-
nous supposerons pour l’instant que le développement lement être réalisée dans toute la gamme des températu-
n’est pas bloqué. res compatibles avec la vie.
10.– La courbe relative au Poirier se rapporte également
III. ACTION DE LA TEMPÉRATURE à une phase de développement : on note pendant plu-
SUR LES VÉGÉTAUX sieurs années les dates d’apparition de deux repères phé-
nologiques des bourgeons de poirier, le début du gonfle-
ment du bourgeon et le début de la chute des pétales. Les
A. Sur la croissance et le développement mesures sont faites dans les conditions naturelles, donc
8.– Compte tenu de ce qui précède l’étude de l’action de les températures varient pendant la réalisation de la
la température sur la croissance ou le développement doit phase. On démontre facilement, en faisant l’hypothèse
passer par celle du taux de croissance k. Une étude por- qu’à chaque température correspond un seul taux de
tant directement sur l’accroissement quotidien, absolu croissance, que la somme des taux de croissance élémen-
ou relatif, comme on en rencontre souvent dans la litté- taires est constante.
rature scientifique, risque de conduire à des conclusions La courbe représentée à la figure 4 a été obtenue à partir
erronées, sauf si les comparaisons sont faites au même de 24 années d’observations et en poussant le développe-
stade de croissance. Les courbes (Fig. 4) montrent la loi ment polynomial jusqu’au 5e degré. Il est évidemment
d’action de la température sur le taux de croissance de illusoire de calculer la courbe au-delà de la gamme des
quatre espèces différentes : deux originaires de pays températures rencontrées.

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k (échelle arbitraire)

Maïs

(L)
Bananier (T)

Lin

Liste

Poirier

Ta b l e Température (°C)

0 5 10 15 20 25 30 35 40 45

Fig. 4. – Loi d’action de la température sur le taux de croissance du Lin, du Maïs, du Poirier et du Bananier

Index
11.– Pour le Maïs, nous avons retenu deux courbes : l’une fier les semis en fonction des températures moyennes de
(marquée L sur la figure 4) est déduite de l’étude de la région. Cette planification est facilitée si on remarque
Lehenbauer qui, en 1914, étudia l’élongation horaire de que le développement élémentaire (en un jour ou en une
pousses de maïs à diverses températures. Il notait que heure) est proportionnel au taux de croissance k et indé-
Glossaire l’accroissement horaire augmentait avec le temps d’expo- pendant de l’état de développement (contrairement à
sition à la température considérée. Mais si l’on fait l’accroissement journalier). La somme des taux de crois-
l’hypothèse que la croissance en fonction du temps est sance du semis à la maturité est donc, en principe, indé-
exponentielle (début de la courbe de croissance), on pendante des températures subies par la plante. Si les tem-
constate que le taux de croissance se maintient sensible- pératures sont basses, les taux de croissance sont faibles
ment constant. La seconde courbe (marquée T) est due à et la durée de la phase de développement est longue ; au
Tollenaar (1979) et représente la variation du rythme contraire, à des températures élevées correspondent des
d’apparition des feuilles pour des plantes maintenues à taux de croissance élevés et une réalisation rapide du
température constante. La concordance des deux courbes développement. Diverses méthodes ont été proposées
est remarquable, d’autant plus qu’il s’agit de phases de pour réaliser ces sommes.
développement différentes. 14.– On peut relever chaque jour la température moyenne
12.– La courbe relative au bananier a été établie par (on prend généralement la demi-somme des températu-
Ganry en 1973 en mesurant l’accroissement horaire de res maximale et minimale sous abri météorologique) et
feuilles de bananier et en en tirant le taux de croissance. déterminer la valeur de k correspondant sur la courbe
Les températures étaient mesurées au niveau des zones représentant la variation en fonction de la température
de croissance (base du pseudo-tronc) qui étaient chauf- pour la variété considérée, et effectuer la somme, pen-
fées ou refroidies par des enceintes pour obtenir une dant toute la période de développement, de ces taux de
large gamme de températures. croissance. Cette méthode a été proposée par Livingston
en 1916, mais n’a pas eu beaucoup de succès à cause de la
B. Sommes de températures lourdeur des calculs. L’utilisation des ordinateurs permet
maintenant de lever cet obstacle.
13.– Lorsque l’on sème des pois au mois de mars, les
températures sont plus basses qu’au moment de la 15.– L’examen des courbes de variation des taux de crois-
récolte au mois de juillet. Le développement s’effectue à sance k en fonction de la température θ montre que les
un rythme plus lent et une semaine d’écart entre deux différentes courbes ont une portion importante assimila-
dates de semis se traduit par un écart de 3 à 4 jours dans ble à une droite.
la date de maturité. Pour obtenir un approvisionnement On constate en outre que la gamme de température pour
régulier des conserveries, il est donc nécessaire de plani- laquelle la relation linéaire est acceptable correspond

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sensiblement à la gamme des températures que subissent D. Action létale des basses températures
les plantes dans leur milieu naturel. Le taux de croissance
k est donc proportionnel à la température diminuée d’un 18.– Les plantes originaires des pays chauds (haricots,
seuil θ0 et le développement, proportionnel à la somme maïs...) ne peuvent subir pendant longtemps des tempé-
des k, est donc également proportionnel à la somme des ratures basses (inférieures à 5 °C). Il semble qu’elles pro-
températures (les températures inférieures à θ0 ne sont duisent alors des substances thermolabiles qui peuvent
généralement pas prises en compte). les tuer progressivement.
Pratiquement les sommes de températures moyennes et 19.– Toutes les plantes peuvent être tuées à des degrés
les seuils θ0 sont déterminés statistiquement : le coefficient divers par le gel. L’eau extracellulaire peut se congeler à
de régression entre les sommes de températures au-dessus des températures généralement comprises entre -1 °C et -
de O °C et la durée de la phase (en jours) donne le seuil θ0 2 °C, mais cette congélation n’est généralement pas
qui minimise la variance des sommes de températures et nocive. Les dégâts apparaissent lorsque l’eau intracellu-
l’ordonnée à l’origine donne la somme de températures, laire se congèle ou lorsque une fraction trop importante
avec seuil, moyenne. L’abscisse à l’origine de la régression de l’eau de la cellule se congèle à l’extérieur. Les plantes
entre l’inverse de la durée de la phase et la température en état de vie ralentie (dormance, printanisation) sont
moyenne donne le seuil θ1, qui minimise le coefficient de plus résistantes ; elles sont endurcies. Lorsque la végéta-
variation de la somme de températures. θ1 est inférieur à tion reprend, elles deviennent de plus en plus sensibles
θ0 et plus l’écart entre les deux est faible, meilleure est la au gel probablement parce que leur eau est de moins en
prévision de la durée par la somme de températures. Le moins mobile, ce qui favorise la congélation intracellu-
seuil qui permet la meilleure prévision est généralement laire. Liste
situé entre θ1 et θ0. Ces seuils peuvent varier avec les condi-
tions thermiques moyennes des différents lieux.
16.– Lorsque les températures subies par la plante sont E. Action létale des températures élevées
souvent inférieures à la gamme où l’on peut admettre la Ta b l e
20.– L’action des températures élevées sur les végétaux est
linéarité, on peut toujours obtenir une relation linéaire,
difficile à mettre en évidence car, dans les conditions
conduisant à une valeur de θ0 plus faible, mais la disper-
naturelles, un air sec accompagne des températures éle-
sion des sommes est plus grande. On obtient parfois de
vées. Cependant les plantes ne peuvent subir pendant
meilleurs résultats en admettant une variation exponen-
longtemps des températures supérieures à 35 °C et plus la
tielle de k avec θ. C’est la méthode des sommes de coeffi- I n dex
température est élevée, moins longtemps les plantes peu-
cients de température Q10 qui ressemble à la méthode
vent la supporter, la variation étant exponentielle.
thermophysiologique de Livingston.
Bien d’autres méthodes ont été proposées principale- 21.– L’échaudage physiologique du blé est probablement
ment pour corriger les sommes des températures lorsque dû à des températures trop élevées au niveau des grains.
les températures sont élevées. Il se produit au cours d’une période critique d’une Glossaire
dizaine de jours qui correspond au stade laiteux du grain,
En France, le seuil optimal pour le maïs est voisin de 6 °C
lorsque la température sous abri dépasse 30 °C deux
et la somme des températures varie de 750 à 900 degrés
jours consécutifs. Il résulte vraisemblablement d’une
jours selon les variétés (semis-floraison). En climat plus
action complexe des facteurs climatiques : une tempéra-
chaud, le seuil optimal se rapproche des 10°C indiqués
ture de l’air élevée, associée à un fort rayonnement
par la courbe figure 4.
entraîne une forte demande en eau que la plante peut
difficilement assurer au milieu de la journée. La réduc-
C. Thermopériodisme tion de transpiration associée au rayonnement provoque
17.– On a vu plus haut (n° 7) que la croissance pouvait une élévation de la température des épis qui peut attein-
être bloquée à certains niveaux de développement. dre plusieurs degrés et devenir létale.
L’alternance saisonnière des températures basses et éle-
vées joue un rôle important, surtout dans les régions F. Gelées de printemps
tempérées, pour induire ou lever ces blocages. Citons la
dormance des graines de certaines plantes (les rosacées 22.– La lutte contre les gelées de printemps est, avec la
notamment) qui ont besoin de subir du froid en début de construction de serres et d’abris et avec l’irrigation, un
germination pour parfaire cette dernière ; la dormance domaine où l’homme sait modifier efficacement le cli-
des bourgeons des arbres des régions tempérées : les mat. Chaque année des gelées tardives peuvent, en un
pêchers, en Californie, ont une production réduite à la point ou un autre du territoire, endommager et même
suite d’hivers doux. Citons encore la printanisation (ou parfois anéantir des cultures. Ces accidents résultent sou-
vernalisation) des céréales d’hiver, des choux, du colza..., vent de l’imprudence de l’homme, qui sème trop tôt
pour lesquels il faut satisfaire des besoins en froid si l’on (tomate, haricot, pomme de terre...) ou qui plante dans
veut obtenir la floraison. On n’insistera pas sur ces pro- des régions gélives (vigne, arbres fruitiers). Mais certai-
blèmes qui sont développés dans le fascicule 2012. nes années, l’agriculteur peut être surpris par des gelées
Bien que cela soit moins bien étudié, les alternances de particulièrement tardives et intenses, il dispose alors de
températures entre le jour et la nuit ont une influence sur moyens actifs pour se défendre contre ce fléau.
la croissance et sur la qualité des produits.

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1. Conditions de formation végétation par rayonnement. La plupart des corps per-


a) Facteurs météorologiques dent, par rayonnement de grandes longueurs d’onde (5 à
23.– Contrairement aux gelées d’hiver qui résultent 100um), 300 Wm -2 à 0 °C (loi du corps noir). Sans
d’une arrivée d’air froid qui refroidit la végétation, les apport de chaleur, une tranche d’air de 1 m d’épaisseur
gelées de printemps se produisent généralement par se refroidirait de 14° par minute. Heureusement, il n’en
temps calme et ciel clair. La cause essentielle est en effet est pas ainsi, la surface du sol bénéficiant de divers
un refroidissement intense de la surface du sol et de la apports thermiques.

Altitude 0
300m
Plafond
d'inversion

-2 0 2 4 6
100m
Liste 0
50m

Surface du sol température


Ta b l e 0
0,15 m

0
Index
0,50 m

Profondeur

Fig. 5. – Profils de température


Glossaire
24.– L’atmosphère envoie un rayonnement de grandes au voisinage du sol, on a alors un profil, dit de stabilité,
longueurs d’onde vers le sol. L’intensité de ce rayonne- dans lequel la chaleur se propage surtout par conduction,
ment est voisine des 2/3 du rayonnement émis par le sol, c’est-à-dire très mal. Par contre, s’il y a un vent de circu-
soit environ 200 Wm-2 à 0° lorsque le ciel est pur ; il est lation générale, les couches d’air sont brassées, les échan-
très proche de celui émis par le sol lorsque le ciel est cou- ges se font par convection et des couches d’air importan-
vert de nuages bas. Le rayonnement net varie donc de tes contribuent au réchauffement de la surface du sol. Le
quelques watts par mètre carré par ciel couvert à près de risque d’avoir une basse température est plus faible.
100 Wm-2 par ciel pur et sec : il n’y a pas de gelées par
26.– L’eau atmosphérique joue également un rôle dans le
rayonnement lorsque le ciel est couvert. Par contre, par
risque de gel. Si l’air est humide, son rayonnement est
ciel clair, une tranche d’air de 1 m d’épaisseur se refroidi-
plus fort que s’il est sec ; le bilan radiatif de la surface du
rait encore de 4,5 °C par minute. La surface du sol, qui
sol s’en trouve diminué. De plus, les condensations à la
perd cette énergie, se refroidit donc et refroidit de proche
surface du sol sous forme liquide (rosée) ou solide (gelée
en proche le sol et l’air, conduisant à des profils de tem-
blanche) sont plus abondantes. La chaleur libérée par
pérature tels que ceux représentés à la figure 5.
cette condensation puis congélation freine d’une manière
25.– Ces profils de température montrent qu’il y a des sensible le refroidissement : une gelée blanche de 0,1 mm
apports de chaleur de l’air et de la profondeur du sol vers libère une énergie correspondant à 3/4 heure de rayonne-
la surface (la chaleur se déplace toujours du point le plus ment à 100 Wm-2. Il n’y a généralement pas risque de gel
chaud vers le point le plus froid) : ces apports compen- si le point de rosée est, le soir, supérieur à 4 ou 5 °C.
sent en partie les pertes par rayonnement et limitent for-
tement le refroidissement qui s’effectue au rythme de 1 à b) Facteurs édaphiques et culturaux
2 °C par heure en début de nuit, pour atteindre environ 27.– En moyenne, le sol compense à environ 80 % l’éner-
0,5 °C par heure en fin de nuit. gie perdue par rayonnement. C’est dire son importance
La contribution du sol est généralement la plus impor- sur l’augmentation ou la diminution du risque de gel. Un
tante, on verra ses variations plus loin. Celle de l’air varie sol sombre, humide et bien tassé accumulera plus d’éner-
avec le vent : elle est relativement faible par temps calme gie le jour et en restituera donc plus la nuit qu’un sol
car l’air est stratifié, les couches froides, plus denses, étant clair, sec et fraîchement labouré

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TA 1060
P
4,9°
CRAMANT LES BRIQUETTES
(200m) 2,9° (115m)
A A

S N -2,0°
P
B 1,5° B -3,7° 1,0°
SSE NNW 15 m
2,0°
40 m C
C

1,0° -5,0° 580 m

300 m AVIZE
0,9° (115 m)
P 3,0°
S N C
+ 0,1° A
-0,9°
-2,0°
D
-2,9° B Liste
E 15 m
LE MESNIL S/ OGER B
(120 m)
-1,0° 5,2° 500 m -5,8°
A
S N
P -3,5° SSW
10 m NNE Ta b l e
0,8° VERTUS D
-3,0° (120 m)
-3,0°
250 m C
B
A 25 m I n dex
-3,0°
P
-1,5° -3,0°
-4,0°
-40° 750 m
Glossaire
Fig. 6. – Influence de la répartition des cultures sur les risques de gelées

Une couche de neige constitue un très bon isolant ther- Il est nécessaire de disposer de longues séries de données car
mique. Si le ciel se dégage la nuit après une chute de neige les gelées ont une occurence marginale et présentent des
de quelques centimètres d’épaisseur seulement, la tempé- fluctuations à long terme. La figure 7 représente la fréquence,
rature de l’air chute brutalement. On observe le même établie sur une quarantaine d’années, d’occurence d’une ou
phénomène, mais heureusement atténué, lorsqu’une plusieurs gelées après une date donnée ; elle montre donc le
couche de paille, un mulch, un sol enherbé ou même un risque d’avoir des dégâts après cette date. Elle est établie
sol fraîchement travaillé entrave la remontée de chaleur directement en indices actinothermiques (ou température
du sol. La température sous l’isolant est par contre plus minimale au sol, fasc. 1040) à 40 cm de hauteur. Cette don-
élevée. née est plus proche de la température subie par la végétation
c) Facteurs topographiques que la température sous abri météorologique. Les stations de
la Météorologie Nationale peuvent fournir de telles courbes,
28.– L’air, refroidi au contact de la surface du sol est plus mais celles-ci sont généralement établies à partir des tempé-
dense, il a donc tendance à s’écouler le long des pentes et ratures sous abri. Il est donc nécessaire de transposer ces
a s’accumuler derrière les obstacles (murs, haies,...) et données par quelques comparaisons pour tenir compte des
dans les bas-fonds qui, de ce fait, sont plus gélifs que les variations topographiques et des écarts moyens entre tempé-
zones qui les entourent (Fig. 6). rature sous abri et indice actinothermique.
La répartition des cultures peut accentuer ces différences, 30.– Les courbes de la figure 7 peuvent être utilisées
les températures étant plus basses sous une friche ou une directement pour les plantes annuelles. On voit par
culture couvrant bien le sol que sous un sol nu. exemple qu’après le 1er mai, le risque d’avoir des dégâts
29.– L’agriculteur qui veut produire des primeurs ou sur une plante sensible à -3 °C est de 20 %, soit une année
implanter une vigne ou un verger doit pouvoir mesurer sur 5. On voit également que, si l’on dispose d’un pro-
le risque qu’il prend. Il est alors nécessaire de procéder à cédé permettant de relever la température de 2 °C, le ris-
une étude climatique qui présente un certain nombre de que d’avoir des températures au-dessous de -3 °C après le
difficultés. 15 avril tombe de 52 % à 8 % seulement.

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1060TA CLIMAT – ACTION DES ÉLÉMENTS DU CLIMAT SUR LA VÉGÉTATION

Fréquence
100

90

80

70 0°
-1°
60
-2°

-3°
50

40 -4°

30
Liste -5°

20
-6°
-7°
Ta b l e 10
-8°
-9°

1 5 10 15 20 25 30 5 10 15 20 25 30 5 10 15 20 25 30 5 10 15
Mars Avril Mai Juin
Index
Fig. 7. – Fréquence d’occurence d’une gelée après une date donnée

Leur utilisation est plus délicate pour les plantes péren- mètre avertisseur, mais celui-ci doit être mis en indice
nes dont la sensibilité varie avec l’état de développement actinothermique, au point le plus froid de l’exploitation
Glossaire (Fig. 8) lui-même variant à la même date d’une année à (et non à la fenêtre, ni dans la cour de ferme).
la suivante. Il faut alors calculer la probabilité d’être, à
une date donnée, à un stade de développement donné et 4. La protection contre les gelées
d’avoir, par la suite, un minimum inférieur au seuil cor-
respondant à ce stade. a) Méthodes passives
31.– La transposition des statistiques effectuées à la sta- 33.– La crise de l’énergie et l’augmentation du prix des
tion météorologique la plus représentative du lieu produits pétroliers qui l’accompagne donnent un regain
d’exploitation peut se réaliser soit à partir d’un réseau de d’intérêt pour les méthodes préventives qui peuvent
thermomètres à minimum, soit par prospection au cours diminuer le risque de gel d’une façon sensible et réduire
de nuits claires en déplaçant un thermomètre. Il est pro- le coût de la lutte active lorsqu’elle est encore nécessaire.
bable que dans un avenir assez proche, il sera possible de Il faut tout d’abord éviter de planter des cultures sensi-
réaliser une cartographie assez précise grâce à la thermo- bles dans les zones gélives (bas-fonds, trous à gelée...),
graphie infrarouge aéroportée ou par satellite. Il subsis- contrôler l’écoulement de l’air froid pour éviter qu’il ne
tera cependant des difficultés pour interpréter les résul- stagne : suppression des murs et des haies au-dessous des
tats car les modifications culturales locales et celles de cultures ou au moins ménager des trous à leur base ;
l’environnement peuvent modifier les microclimats. création de haies au-dessus des cultures sensibles pour
détourner le flux d’air froid ; éviter les cultures sensibles
3. Les avertissements gelée au milieu des friches.
32.– La Météorologie fournit actuellement des prévisions Tout ce qui empêche la remontée de chaleur du sol doit
à courte échéance très fiables. Elle les diffuse par radio ou être proscrit. Il faut ainsi éviter le paillage et le mulch
par répondeur téléphonique (il y en a maintenant dans pendant la période sensible au gel. Il faut supprimer les
de nombreux départements). Mais là encore il y a un mauvaises herbes et le faire suffisamment tôt pour que le
problème d’adaptation des données : le minimum sol ait le temps de se tasser. L’emploi des herbicides est
annoncé, même et surtout si c’est le minimum au sol, est favorable puisqu’il ne modifie pas la conductibilité ther-
valable pour la station météorologique et l’agriculteur mique du sol. L’enherbement des vergers est à éviter dans
doit se « caler » sur cette donnée pour évaluer ses propres les zones gélives et l’herbe doit être coupée ras pendant la
minimums. Il peut être prudent d’installer un thermo- période sensible si l’on désire cependant la garder.

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CLIMAT – ACTION DES ÉLÉMENTS DU CLIMAT SUR LA VÉGÉTATION
TA 1060
B C D E F G H I J
1

6
Aucun dégât signalé
Aucun dégât observé
7
Dégâts légers
Dégâts moyens
8
Dégâts graves
Liste
9 Poiriers Versailles 1930-1977

10
Ta b l e

11

Indice actinothermique à 0,40 m au dessus d'un sol gazonné

I n dex
Fig. 8. – Risques de gelées

On doit éviter de planter trop tôt les plantes annuelles ancien, mais aussi le moins efficace. Depuis la combus-
(pommes de terre, tomates...) et choisir des variétés à tion de paille humide ou de fumier du temps des
débourrement tardif pour les espèces pérennes (un Romains jusqu’aux procédés modernes de camouflage en Glossaire
retard moyen de 15 jours diminue le risque par deux). temps de guerre, de nombreux systèmes ont été testés.
Il est souvent possible de gagner un ou deux degrés par Tous provoquent de la gêne dans la circulation sans rele-
ces méthodes préventives, le graphique de la figure 7 ver substantiellement la température. La réalisation de
montre que la réduction du nombre de gelées est subs- brouillards aussi développés et à même granulométrie
tantiel . que les nuages naturels nécessite en effet la mise en
œuvre de moyens puissants.
b) Méthodes actives
Des essais ont été tentés, consistant à augmenter le rayon-
34.– Le bilan énergétique (n. 24) montre que le refroidis- nement atmosphérique à l’aide de panneaux radiants à
sement est dû aux pertes par rayonnement ; on peut donc infrarouge, mais l’investissement est considérable et le
lutter contre les gelées en cherchant à réduire ces pertes. fonctionnement, à base de produits pétroliers, est égale-
On sait également que l’air en altitude est plus chaud ment très élevé.
qu’au niveau du sol, d’où les méthodes de lutte par bras-
Un procédé, développé au Canada, consiste à recouvrir
sage de l’air. Enfin on a vu que les pertes pouvaient
les plantes basses (jeunes plants de tomate) par de la
atteindre 100 Wm-2 (1 MW ha-1) soit des puissances de mousse à base de protéine. Un générateur de mousse uti-
chauffe facilement réalisables, d’où les méthodes par lisé contre les incendies de forêts permet de répandre
chauffage. rapidement cette mousse sur la végétation. Il semble que
35.– La réduction du rayonnement net peut être réalisée ce procédé soit efficace, mais le matelas isolant doit
de diverses manières : l’utilisation des coiffes en paille ou empêcher la remontée de chaleur du sol vers l’air et les
des panneaux de toile ou de papier bituminé que nos surfaces protégées deviennent des sources d’air froid
grands-parents disposaient sur les vignes n’est plus réali- dangereuses pour les cultures voisines non protégées.
sable de nos jours, mais des solutions mécanisées sont 36.– Le brassage d’air est bien développé en Californie et
envisageables. Il faut se méfier toutefois des bâches en en Australie pour lutter contre le gel des agrumes. Dans
plastique, certaines étant transparentes à l’infrarouge ces régions où l’air est très sec, le rayonnement net est
lointain (Polyéthylène, par exemple). particulièrement intense et le gradient de température
L’émission des fumées ou des brouillards artificiels est avec l’altitude est élevé : on observe fréquemment des
sans doute le procédé de lutte contre les gelées le plus différences de 5 à 6 °C entre 11 m et 1 m, soit des gra-

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1060TA CLIMAT – ACTION DES ÉLÉMENTS DU CLIMAT SUR LA VÉGÉTATION

dients moyens de 0,5 °C m-1. De puissants ventilateurs, l’on rabat après la période des gelées. On observait égale-
montés sur des tours, brassent l’air. Selon les prospectus, ment que les traitements au sulfate de fer contre les mala-
une seule machine peut protéger 4 à 5 hectares avec une dies cryptogamiques retardaient notablement le débour-
consommation de 20 à 50 litres de fuel à l’heure. rement. On peut remarquer que la taille de la vigne est
beaucoup plus précoce dans le Sud-Est que dans les
Malheureusement, en France, les inversions thermiques
autres régions et que les viticulteurs taillent de préférence
sont généralement plus faibles et le système est de ce fait
en dernier les tenements en situation les plus gélives,
moins efficace. Quelques essais sont actuellement en
mais il est souvent difficile de retarder encore plus la
cours dans la région méditerranéenne, un hélicoptère est
taille. Différents essais de traitement de la vigne ou des
utilisé pour brasser l’air.
arbres fruitiers par des substances retardant le débourre-
Des systèmes combinent le brassage d’air et le chauffage : ment ont été réalisés (par exemple, sur pêchers). Ces
un ventilateur propulse de l’air sur la flamme d’un brû- techniques ne sont pas encore parfaitement maîtrisées et
leur. Cependant la portée de ces appareils semble limitée, on peut se demander s’il ne vaut pas mieux renoncer à
d’autant plus que l’air est puisé près du sol et qu’on ne cultiver ces arbres dans les régions où les gelées sont fré-
profite pas ainsi de l’inversion thermique. quentes. On ne peut en effet prévoir longtemps à l’avance
37.– Le chauffage est sans doute le procédé le plus sûr. Il si l’on subira ou non des gelées néfastes et le traitement
est utilisé depuis longtemps, mais l’augmentation brutale doit être répété tous les ans.
du prix des produits pétroliers depuis quelques années en 40.– Signalons également les travaux de chercheurs améri-
réduit l’usage aux cultures à haute rentabilité. On a cru cains qui obtiennent un retard au débourrement substan-
longtemps que la protection dépendait surtout de la tiel en pratiquant une aspersion intermittente pendant les
Liste
fumée dégagée et on s’arrangeait pour réduire la com- heures chaudes. La vaporisation de l’eau permet de réduire
bustion. Pour des raisons d’économie et de protection de de 20 °C, dans certains cas, la température des bourgeons
l’environnement, on cherche actuellement au contraire à et par suite à retarder le débourrement. Une telle pratique
améliorer la combustion. Les combustibles les plus utili- ne peut cependant être efficace que si le rayonnement
Ta b l e sés sont le fuel et le gaz, ce dernier ayant une plus grande solaire est intense, l’air sec et le vent très faible, conditions
souplesse d’utilisation. rarement réunies en France au printemps.
Si théoriquement, pour une surface plane infinie, il suffit 41.– D’autres recherches se poursuivent, en France et à
d’apporter l’énergie perdue par rayonnement (1 MWh l’étranger, pour tenter de favoriser le développement par-
ha-1, soit près de 0,1 tonne-équivalent-pétrole par hectare thénocarpique des fleurs touchées par le gel et ainsi de
Index et par heure), pratiquement les apports d’énergie en fin sauver, au moins en partie, la récolte. L’utilisation de
de nuit sont supérieurs à cause des pertes en bordure de l’acide gibberellique sur poirier semble prometteuse,
la zone protégée et des pertes par ascendance de l’air mais il faut encore mettre au point les modalités des trai-
chaud au-dessus des brûleurs. On obtient donc une tements (concentration, moment de l’application, etc.).
meilleure efficacité en répartissant la fourniture d’éner-
Glossaire gie sur le terrain et en renforçant les bordures. En général
on compte 200 à 400 chaufferettes par hectare, brûlant IV. AUTRES FACTEURS MÉTÉOROLOGIQUES
chacune un litre de fuel à l’heure.
38.– L’aspersion est également un procédé de chauffage
A. Rayonnement
puisque l’on utilise la chaleur de congélation de l’eau
pour compenser l’énergie perdue par rayonnement. 42.– Le rayonnement d’origine solaire est le facteur cli-
Cette énergie est apportée à basse température (l’eau se matique le plus important puisqu’il conditionne tous les
transformant en glace reste à 0 °C) et est répartie unifor- autres. Au point de vue énergétique, son action princi-
mément sur le terrain, ce qui réduit au mieux les pertes pale est le contrôle de la température et de l’évapotrans-
par ascendance. L’apport de 1 mm d’eau (10 m3 ha-1) piration. Mais une faible fraction (de l’ordre de 1 %) a
libère 0,93 MWh, soit l’équivalent des pertes par rayon- une action essentielle sur les plantes : elle permet la fixa-
nement, mais, là encore, il y a des pertes par effet de bor- tion du gaz carbonique de l’air et sa transformation en
dure et par ruissellement, si bien que l’on doit apporter matière vivante : c’est la photosynthèse. De plus, le
de 3 à 5 mm d’eau par heure. rythme du jour et de la nuit peut favoriser ou lever les
L’aspersion est un procédé efficace de lutte contre les blocages dans le développement (n. 7) : c’est le photopé-
gelées, mais à condition d’être bien utilisée : un retard riodisme.
dans la mise en route, une panne ou une aspersion insuf- Nous ne développerons pas l’étude de la photosynthèse
fisante peuvent être catastrophiques car les dégâts sont et du photopériodisme qui sont traités dans les fascicules
plus élevés que sans aspersion. Il est nécessaire d’avoir un 2010 et suivants ; nous ferons cependant remarquer que
sol drainant bien à cause du risque d’asphyxie des raci- l’intensité du rayonnement et la durée du jour entrent
nes. L’investissement est élevé, mais les frais de fonction- dans la plupart des modèles agrométéorologiques qui
nement sont faibles. permettent la prévision des rendements ou des stades
c) Méthodes biologiques et chimiques phénologiques.
39.– Déjà à la fin du siècle dernier, on proposait diverses 43.– De même l’eau a une importance capitale en agri-
méthodes pour retarder le débourrement : taille tardive culture ; nous n’entrerons pas non plus dans les détails
ou taille en deux temps laissant des sarments longs que puisque le lecteur peut se reporter au fascicule 1165.

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CLIMAT – ACTION DES ÉLÉMENTS DU CLIMAT SUR LA VÉGÉTATION
TA 1060
B. Pluies artificielles et lutte contre la grêle méthode, sont les seuls à noter une réduction des chutes
de grêle estimée à 20 %. Après avoir détecté au radar la
44.– Faisons cependant un point succinct sur la pluie
structure des nuages greligènes, ils envoient des charges
artificielle et la lutte contre la grêle sur lesquels les agri-
d’iodure d’argent dans la cellule où la grêle est supposée
culteurs s’interrogent souvent.
se former (8 à 9 000 m d’altitude).
Remarquons tout d’abord que la grêle est un phénomène
aléatoire relativement rare, pour lequel l’effet d’un pro- 48.– En France, les moyens financiers et intellectuels sont
cédé d’inhibition est difficile à mettre en évidence : ce groupés au sein d’une Commission Nationale d’Étude
n’est pas parce qu’il n’y a pas eu de chute de grêle dans des Fléaux Atmosphériques dans laquelle un Conseil
une région donnée pendant 10 ans que les tentatives de Scientifique regroupe des chercheurs du CNRS et de la
lutte sont à considérer comme efficaces même si pendant Météorologie Nationale. Ce conseil participe activement
la décade précédente, on a pu relever 3 ou 4 chutes de avec plusieurs pays européens à une opération quinquen-
grêle. nale sur le territoire helvétique (opération Grossver-
Aussi chaque procédé de lutte a eu ses adeptes pendant such), qui consiste à essayer de transposer les expériences
longtemps. Citons les archers de l’antiquité grecque qui soviétiques à d’autres conditions.
lançaient des flèches vers les nuages d’orage ; les moines Les chercheurs de la Météorologie Nationale participent
du moyen-âge qui entrechoquaient leur batterie de cui- également au « Programme » qui se déroulera en Espagne
sine pour que le bruit détourne les nuages, suivis, sous l’égide de l’Organisation Météorologique Mondiale.
jusqu’au début de notre siècle, par les sonneurs de clo-
ches les artilleurs de l’époque napoléonienne qui tiraient 49.– En conclusion, on peut espérer qu’un jour, l’homme
Liste
des coups de canon, remplacés plus tard par les canons à saura faire pleuvoir et empêcher la grêle de tomber. Mal-
acétylène dont on peut encore voir les vestiges dans nos heureusement et malgré les moyens importants mis dans
campagnes, puis par les fusées ; les « niagaras », réseau de le monde, ce jour n’est pas encore là. Aussi convient-il de
fils électriques tendus sur des perches pour « décharger » se méfier de toutes les propositions qui peuvent être fai-
l’électricité atmosphérique ont également eu leur vogue tes, même s’il est difficile pour un agriculteur de suppor- Ta b l e
au siècle dernier. ter de voir les fruits d’une année de travail, et parfois
45.– Depuis une quarantaine d’années, la lutte contre la plus, anéantis en quelques minutes. L’assurance grêle est,
grêle a pris une nouvelle forme dans l’utilisation de avec les filets paragrêle, la seule arme efficace.
l’iodure d’argent qui permet de faire cristalliser les gout-
tes d’eau surfondues. Il s’agit, en gros, de provoquer la C. Le vent et les pollutions atmosphériques I n dex
formation de grêlons nombreux, mais petits qui ont dès
lors le temps de fondre avant d’arriver au sol, donc de 50.– Le vent a un double effet sur la végétation : il peut
faire pleuvoir de la pluie plutôt que de la grêle. D’où les causer des dégâts matériels : verse, feuilles arrachées ou
recherches menées de front sur la pluie artificielle et sur simplement déformation des arbres ou réduction de la
l’inhibition de la grêle. Mais, si le principe est facile à taille des feuilles. Il agit également en augmentant l’éva- Glossaire
comprendre, l’application est beaucoup plus délicate . potranspiration potentielle, donc la demande en eau. On
46.– Il semble que l’on soit capable actuellement d’aug- peut réduire ses effets grâce à l’implantation des brise-
menter les précipitations de certains nuages : les nuages vents (cf. fasc. 1160, 1165, 1170, 1175) .
orographiques (qui se forment au-dessus des reliefs) à
température inférieure à 0 °C. Mais on ne sait pas encore 51.– Le vent joue encore un rôle de transport qui est
faire pleuvoir pour limiter une sécheresse. bénéfique lorsqu’il s’agit de grains de pollen, mais qui est
souvent nuisible : transport de spores de champignons,
47.– Malgré de nombreux essais, dans le monde entier, d’insectes ou de polluants. Aussi la Météorologie Natio-
depuis une quarantaine d’années, les scientifiques ne nale et l’lnstitut National de la Recherche Agronomique
savent pas encore si l’iodure d’argent est efficace pour se préoccupent-ils de ces problèmes.
lutter contre la grêle. Certains se demandent même si,
dans quelques cas, il ne favorise pas les chutes de grêle. Ils se préoccupent également des problèmes liés à l’exploi-
Divers modes de diffusion de l’iodure d’argent dans tation de puissantes centrales thermiques ou nucléaires:
l’atmosphère sont tentés : émission au sol, émission par étude des modifications microclimatiques et de leur réper-
avion, insémination par fusée ou par obus. Les cher- cussion sur les cultures, mais aussi étude des utilisations de
cheurs soviétiques, qui ont mis au point cette dernière l’eau chaude que rejettent ces centrales.

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