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L'AMMONIAQUE
DANS

L' INDUSTRIE
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris.
| \ \
Y.

LAMMONIAQUE
L' I N D U S T R I E
PA R

CH. TELLIER
INGÉNIEU R CIVIL

FoRcE MoTRICE — TRACTIoN MÉCANIQUE - CHEMINs DE FER


vIDE — vIDANGE — ÉLÉVATIoN DEs EAUx
REFROIDISSEMENT DES BRASSINS - DES CAVES – DES LIEUX PUBLICS
FABRICATIoN DE LA GLACE - AÉRosTATIoN
FABRICATIoN DU FER FoNDU - DE L'oxYGÈNE
DE L'AMMONIAQUE, ETC.

DEUXIÈME ÉDITION
ACCOMPAGNÉE DE GRAVURES SUR BOIS
ET DE oNzE PLANCHES LITHOGRAPHIÉES

PARIS
J. ROTHSCHILD, ÉDITEUR
LIBRAIRE DE LA socIÉTÉ BoTANIQUE DE FRANcE
43, RUE sAINT-ANDRÉ-DEs-ARTs, 43

1867
-I-P 1 495 G 1 O
2.2.5
, T4

INTRODUCTION.

Les différentes applications industrielles de l'am


moniaque, dont j'ai signalé la possibilité, ont assez
vivement excité l'attention.
De divers côtés, des demandes de renseignements
m'ont été adressées. C'est pour répondre à la plupart
d'entre elles, satisfaire l'empressement qui a accueilli
mes vues, que je publie cet ouvrage. Sommairement
il résumera, et mes travaux sur ce sujet, et les
développements qu'ils peuvent comporter.
Pour faciliter l'intelligence de ce travail, j'expo
serai d'abord les propriétés de l'ammoniaque, puis,
passant immédiatement aux applications qu'elles
peuvent amener, je décrirai, en les groupant au
tant que possible, celles qui ont le plus d'oppor
tunité.

Passy, 25 janvier 1866.


CH. TELLIER.
L' AMMONIAQUE
DANS

L' IND U S T R I E.

CHAPITRE PREMIER.

NOTIONS G ÉNÉRALES

L'AMMONIAQUE.

L'ammoniaque est un corps gazeux à la tempé


rature et à la pression ordinaires.
Ce gaz n'est pas permanent :
A 33° au - dessous de 0, et sous la seule pression
de l'atmosphère, il devient liquide.
A 75°, dans les mêmes conditions, il se solidifie.
(M. FARADAY.)
Il affecte donc, dans des conditions assez faciles
à produire, les trois états de la matière : l'état so
lide, l'état liquide, l'état gazeux. Un écart de
42" suffit à ces transformations,
4 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

Il est composé de deux gaz permanents, —


l'HYDROGÈNE et l'AZOTE, — dans les proportions
suivantes :

82 parties, 36 d'azote,
17 » 64 d'hydrogène,

ce qui correspond à :
1 volume d'azote,
3 » d'hydrogène,

qui, en se combinant, se réduisent à un volume


moitié moindre.
Ainsi :

1 litre d'azote pesant............. 1825658


3 litres d'hydrogène pesant ....... 0826883

Ensemble......... .. 1852541

forment 2 litres de gaz ammoniac, soit pour 1 litre


0g7627.

En prenant l'air pour unité, la densité spécifique


de ce gaz à 0°, et sous la pression de 0,76 cent. de
mercure, est de 0,589.
Expérimentalement, MM. Biot et Arago ont
trouvé 0,5967. M. Bunsen, qui s'est occupé spécia
lement de gazométrie, donne le premier chiffre,
0,589. -

Comme ces nombres l'indiquent, c'est un des gaz


les plus légers que nous connaissions. Il n'y a en
effet que l'hydrogène, quelques carbures de ce gaz
et la vapeur de carbone, qui soient moins denses
que lui. La vapeur d'eau elle-même, présente une
densité spécifique supérieure. Dans les mêmes con
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 5

ditions elle pèse 0,622, soit 0,0033 de plus que le gaz


3lIIlIIlOIl1aC.

Voici, du reste, comme point de comparaison,


un tableau résumant la densité des vapeurs ou gaz
les plus usuels :
Noms des gaz ou vapeurs.
Poids de 1à litre
0o
de gaz
et 76 cent. de mercure.
Air atmosphérique. .... ... e e • • e • s . 1,293
Hydrogène ..... • • • . .. .. . .. • ... ... 0,0896
X> carboné ... ... • • • e s e e • • e 0,727
Gaz ammoniac......... • .. .. • ... .. 0,772
Vapeur d'eau ..... . º º • • • • . • • • • • • • • 0,804
Oxyde de carbone................. 1,251
Azote .................... .. • e • • e • 1,256
Gaz oléfiant ...................... 1,265
Deutoxyde d'azote....... .. ... . .. .. 1,349
Oxygène ............. © .. ...
s - - º - - 1,430
Acide chlorhydrique........ .. .. .. 1,620
Protoxyde d'azote ..... , .......... . 1,971
Alcool absolu....... • • • • • • • • • • • • • • 2,055
Acide sulfureux........... .. .. .. .. 2,860
Éther sulfurique.......... • • • • • • e • 3,345
(M. REGNAULT.)
Ces chiffres présentent quelques différences, peu
importantes du reste, avec ceux qu'indique M. Bun
sen. En ce qui concerne l'ammoniaque, nous adop
terons ceux de ce dernier savant qui correspondent,
comme nous l'avons vu plus haut, exactement aux
proportions dans lesquelles l'azote et l'hydrogène se
combinent pour former ce corps.

J'ai dit que le gaz ammoniac n'était pas toujours


permanent et qu'à 33° au-dessous de 0°, on l'obte
6 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

nait liquide sous la seule pression atmosphérique ;


cette liquéfaction n'a pas toujours besoin d'un froid
aussi intense pour être obtenue. En proportionnant
la pression à la température, on peut liquéfier ce gaz
à n'importe quel degré.

Faraday est le premier, qui dans ces conditions,


ait obtenu cette liquéfaction. Son procédé, aussi
simple qu'ingénieux, mérite d'être rapporté.
Voici comment s'exprime l'illustre savant :
« Le chlorure d'argent sec absorbe une grande
« quantité de gaz ammoniac sec : 100 grammes du
« premier condensent 150 pouces cubes du second,
« mais la combinaison ainsi formée se décompose
« déjà à la température de 100° Fahrenheit (37°07).
« Je renfermai une portion de ce composé dans un
« tube de verre recourbé; je scellai ce tube à la
« lampe; je chauffai une des extrémités et je refroi
« dis l'autre à l'aide d'eau et de glace. Le composé
« ainsi chauffé se fondit et entra en ébullition, le
« gaz ammoniacal se dégagea et se condensa à
« l'autre extrémité à l'état liquide.
« L'ammoniaque ainsi obtenue est sans couleur,
« transparente et très-fluide ; son pouvoir réfractif
« surpasse celui de tous les liquides dont j'ai parlé
« et même le pouvoir réfractif de l'eau. D'après le
« procédé que j'ai suivi pour me le procurer, il est
« aussidépourvu d'eau que possible. Quand on laisse
« le chlorure d'argent se refroidir, l'ammoniaque
« revient l'attaquer, se combine avec lui et donne
« naissance au composé primitif, Durant cette ac
t

NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 7

tion on observe des effets curieux. Pendant que


le chlorure absorbe l'ammoniaque, il se produit
de la chaleur; la température s'élève jusqu'à
100° Fahrenheit (37°7), tandis que peu de pouces
au delà, à l'extrémité opposée du tube, un froid
intense est occasionné par l'évaporation du fluide.
Si la température de tout l'appareil est main
tenue à 60° Fahrenheit (15°,5), l'ammoniaque bout
jusqu'à ce qu'elle soit évaporée et recombinée à
la température de 50° Fahrenheit (10°). La vapeur
d'ammoniaque exerce une pression de 6 à 5 at
mosphères. La pesanteur spécifique du liquide
est 0,76. »
(Annales de Physique et de Chimie, 1823, t. XXIV).

Mais Faraday n'avait indiqué que la possibilité de


liquéfier l'ammoniaque, M. Regnault a fait plus.
Dans un très-important travail sur les vapeurs, il a
déterminé soigneusement, aux différents degrés de
l'échelle thermométrique, les pressions de ce corps
liquéfié.
Voici les chiffres trouvés par le savant obser
Vateur :

Température. Pression
| correspondante
en millimètres 6º Il †
au# l'eS

de hauteur de mercure. pressions précédentes.


- 78 ...... .. ... ,. 157,95, ... .. • • • • • • . 0,2
40 .. .. ... .. .. , . 528,61 . .. , ... .. .. 0,7
35 : ... : ... .. : . . 684,19 ... .. .. . , , , . 0,9
30 .. ... ... .. .. . 876,58 . ... .. . • ... 1,2
25 .... .. .. .. .. . 1112,12 . .. ... .. .. . 1,5
20 ... , ....... .. 1397,74 ... .... ... .. 1,8
8 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
Réduction
Pression correspondante en atmosphères
Température. en millimètres
CS
de hauteur de mercure. pressions précédentes.

— 15 ..... • .... ... 1740.91 ....... ... .. 2.3


10 .... ... ... ... 2149.52....... .. ... 2,8
5 ... .. ... .. ... 2632,25 ... .. - - - - - - - 3,5
0 ..... ... .. , .. 3162,87 ... ... ... .. 4,1
+ 5 ....... . ... .. 3854,47 ... ... ...... 5,1
10. .... ... ... .. 4612,19 ........ ... 6,1
15 ............. 5479,86 ........ .. .. 7,2
20 ..... .. ... .. 6467,00 ....... .. ... 8,5
25. ... : ..... .. . 7581,16 , ........... 10,»
30. ............ 8832,20 ......... ... 11,6
35 ............. 10144, » ........ .. .. 13,4
40 ....... - - - - - - 11776,42 ............ 15,5

Le calorique latent de vaporisation de l'ammo


niaque a été constaté par M. Regnault. Il est de
5l4 unités à 0°.

Nous avons vu que Faraday avait déterminé la


densité spécifique de ce corps liquéfié. Elle est, en
prenant l'eau pour unité, de 0,76; par conséquent,
un litre d'ammoniaque liquéfiée pèse 760 grammes.
D'autre part, un litre du même corps gazeux pe
sant 0º762, on voit qu'à une minime fraction près,
négligeable dans la pratique, un litre d'ammoniaque
liquéfiée renferme l mètre cube de ce gaz, propriété
qui place ce corps, au point de vue de l'emmagasi
nement de la force motrice, bien au-dessus de l'air
comprimé. On voit encore que pour vaporiser ce
litre, il faudra lui fournir 391 calories 66. Nous
verrons plus loin à développer ces notions.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 9

L'ammoniaque possède une odeur vive et piquante


qui excite le larmoiement; c'est un alcali puissant
qui agit, même à l'état de vapeur, sur le papier rougi
de tournesol et sur le sirop de violette. C'est le seul
gaz qui jouisse de cette propriété, et c'est à elle qu'est
dû le nom d'alcali volatil qui avait été donné pri
mitivement à ce corps, nom qui s'emploie encore
dans le langage ordinaire.

A l'état de vapeur, l'ammoniaque est incolore.


On la distingue facilement, non-seulement par son
action sur les réactifs colorés, mais encore par son
odeur, sa réaction alcaline, et surtout par la pro
priété que possède ce gaz, de former des fumées
blanches, en se combinant avec l'acide chlorhydrique
gazeux. Si donc, dans les appareils qui emploient ce
corps, une fuite se déclare et qu'elle soit assez
faible pour que le bruit ne puisse déceler sa pré
sence, il est facile, en promenant un pinceau trempé
dans de l'acide chlorhydrique ordinaire, de la re
connaître, les fumées blanches formées par la com
binaison des deux corps indiquant l'endroit par où
le gaz ammoniac s'échappe.
Je viens de dire que le gaz ammoniac était inco
lore; cependant, lorsqu'on le laisse échapper par un
étroit orifice, sous une pression de plusieurs atmos
phères, le jet ainsi formé prend une couleur bleuâtre
très-prononcée. -

Ce fait, que j'ai constaté il y a plusieurs années,


ne paraîtrait pas être, je dois le dire, une propriété
spéciale à l'ammoniaque, et pouvant servir à la faire
10 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

distinguer des autres corps. L'air comprimé, entre


autres, présenterait la môme particularité. Il sem
blerait donc y avoir là une propriété spéciale à
l'écoulement des gaz sous pression, propriété qui
n'a pas encore été suffisamment étudiée. Quelle
qu'en soit la nature, le gaz ammoniac en présente
les caractères d'une manière bien tranchée.

Le gaz ammoniac est impropre à la respiration,


il exerce une action très-vive sur l'économie ani
male. Il n'entre pas dans ce sujet d'examiner les
conditions dans lesquelles s'exerce cette action ; je
dois dire cependant qu'elle n'est pas telle qu'on ne
puisse industriellement le manier impunément; il
ne résulte de sa présence dans les Voies respira
toires qu'une irritation qui n'a rien de persis
tant (l).

Le gaz ammoniac n'est pas combustible dans l'air


atmosphérique. Lorsqu'on le fait écouler dans l'oxy
gène pur, par un mince orifice, on peut l'enflammer,
il y brûle avec une flamme jaune ; on peut même

(1) Lorsque j'ai commencé mes études sur l'ammoniaque il


y a quelques années, j'étais affecté de maux de gorge qui me
faisaient redouter l'action de ce gaz. J'ai dû oublier mes craintes
et maintes fois en respirer des quantités considérables, presque
jusqu'à suffocation, les maux de gorge ont disparu.
Je ne puis affirmer que c'est à l'action de l'ammoniaque
qu'est due cette guérison; ce qui est positif, c'est qu'en réalité
ma santé n'a jamais été altérée, quoique je fusse constamment
en contact avec les vapeurs de ce corps.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 11

faire détonner un mélange, en proportion conve


nable, d'ammoniac et d'oxigène.
Une bougie placée dans une atmosphère de ce
gaz s'éteint, mais auparavant elle jette une petite
flamme jaune due à la combustion d'une petite quan
tité d'ammoniaque.

Le pouvoir réfringent de ce corps est à celui de


l'air : : 2,1685l : 1,000; considéré d'une manière
absolue, il est de 0,000762349.
(BERZÉLIUS.)

Nous avons vu que l'ammoniaque se solidifiait


à 75° au-dessous de 0°. En cet état, l'ammoniaque
est incolore, transparente; à cause de la très-faible
tension de sa vapeur à cette température, son odeur
est très-faible.

Nous venons de voir que successivement l'ammo


niaque pouvait prendre les trois états que peut
affecter la matière. Être :
Gazeuse,
Solide,
Liquide.
Mais sous aucun de ces états, elle n'est facilement
maniable pour les usages ordinaires. En effet, l'état
gazeux, qui correspond à la pression et à la tempé
rature ordinaire, présente des difficultés d'emma
gasinement, de transport, qui auraient limité à de
réduites applications l'emploi de ce corps dans l'in
dustrie, si depuis longtemps, on n'avait eu l'idée de
12 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

profiter d'une de ses propriétés : son extrême avi


dité pour l'eau.
Presque tous les gaz se dissolvent dans l'eau en
certaines proportions; mais le gaz ammoniac pousse
si loin cette propriété, qu'on peut faire avec lui des
solutions qui contiennent, à la température moyenne
de nos climats, jusqu'à 600 volumes de gaz pour un
volume d'eau employé.
Cette extrême avidité du gaz ammoniac pour l'eau
se démontre par deux expériences qu'il convient de
rapporter.
On fait arriver ce gaz pur sous une éprouvette
renversée placée sur une cuve à mercure. A l'aide
d'une pipette, on fait passer quelques gouttes d'eau
dans le gaz, l'absorption est tellement rapide, éner
gique, complète, que la cloche se brise sous le choc
du mercure qui vient frapper sa paroi supérieure.
Pour éviter que la rupture de cette cloche ne blesse
l'opérateur, on a soin de l'envelopper d'un linge
qui retient les éclats. Il est préférable de laisser un
peu d'air mélangé au gaz ammoniac; l'expérience a
prouvé qu'une seule bulle suffisait pour amortir le
choc et éviter le brisement.

La seconde expérience est celle-ci :


On remplit un flacon de gaz ammoniac. On ferme
ce flacon à l'aide d'un bouchon bien mastiqué,
lequel a été préalablement muni d'un tube en verre,
effilé aux deux bouts. L'un de ces bouts, celui qui
pénètre dans l'intérieur du flacon, reste ouvert,
l'autre au contraire est fermé à la lampe.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 13

Ceci étant, on dispose le flacon sur un support


de manière à ce que sa tubulure soit en bas et que
l'extrémité du tube plonge dans l'eau d'une cuve
placée au-dessous. A l'aide d'une pince on brise
cette extrémité , aussitôt l'eau de la cuve s'élance
en jet dans l'intérieur du flacon, et ce jet est d'au

tant plus prolongé, que le tube présente un orifice


capillaire.
La figure ci-dessus présente cette expérience,
qui, surtout si l'on colore l'eau, fait ressortir d'une
manière élégante l'extrême avidité du gaz ammoniac
pour l'eau.
J'ai dit que l'eau dissolvait environ 600 vol. de
gaz ammoniac à la température moyenne de nos cli
mats. J'insiste sur ce point, parce que la chaleur a
l4 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

effectivement une grande influence sur la puissance


dissolvante de ce liquide : plus la température est
basse, plus l'eau se charge de gaz; réciproquement,
plus elle s'élève, plus la dissolution est pauvre.
Les deux faits sont tellement solidaires l'un de
l'autre, qu'une dissolution d'ammoniaque bout à
une température d'autant plus faible qu'elle a été
saturée à une basse température. Ainsi une solu
tion saturée à 0° commence à émettre du gaz à 10°.
Si on laisse le vase sur le feu, on voit l'ébullition
continuer, mais en même temps graduellement
monter le thermomètre; c'est qu'en effet la solution
émettant constamment du gaz s'appauvrit, et qu'il
faut, pour que le dégagement de celui-ci continue,
que la température augmente proportionnellement.
A 100°, l'eau ne renferme plus qu'une très-minime
proportion de gaz ammoniac; cependant, pour l'éli
miner complétement, il faut continuer l'ébullition
pendant quelque temps. On admet que l'eau, qui a
perdu par la vaporisation le tiers de son poids, ne
contient plus d'ammoniaque. D'après ceci, il est fa
cile de comprendre que, plus la liqueur ammoniacale
est pauvre, plus les vapeurs qu'elle émet sont chargées
d'eau, et que, lorsque l'opération est poussée jusqu'à ,

complète expulsion du gaz, ce n'est plus, à la fin,


que de la vapeur d'eau, chargée d'un peu d'ammo
niaque, qui s'échappe du récipient.

Si la température agit sur la dissolution ammo


niacale, il faut tenir compte aussi de la pression,
qui, naturellement, favorise cette dissolution; sa ri
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 15

chesse est donc proportionnelle encore à cette pres


sion. Par conséquent, dans le vide parfait, l'eau doit
abandonner tout le gaz qu'elle contient; c'est ce qui
arrive effectivement. .
Il ne faut pas croire toutefois que ce moyen de
dégager l'ammoniaque de sa solution soit bien satis
faisant. Ce n'est qu'à la longue et avec un vide
presque complet qu'on pourrait arriver.
Lorsqu'en effet on place sous le récipient d'une
machine pneumatique (1) une solution ammoniacale
saturée, on voit d'abord une vive effervescence se
manifester, mais bientôt cette effervescence cesse
et le dégagement se ralentit considérablement. C'est
qu'en effet, il arrive un moment où les propriétés
absorptives de l'eau se sont équilibrées avec la pres
sion intérieure, et alors il n'y a plus dégagement de
gaz. Pour que ce dégagement continue , il faut
non-seulement, comme je l'ai dit, arriver au vide
presque parfait, mais encore aspirer ou fixer con
stamment les vapeurs qui se produisent, jusqu'à
complète absorption de celles que contient l'eau.
Ainsi, jusque dans le vide, nous voyons l'eau
conserver une affinité proportionnelle pour l'ammo
niaque. Aussi, en formant une solution suffisam
ment diluée de ce corps, peut-on produire par
l'absorption un vide relativement considérable, phé

(1) Il faut avoir soin de disposer la machine de façon à ce


que la vapeur ammoniacale ne soit pas en contact avec le
cuivre; l'ammoniaque exerçant une action destructive pronon
cée sur ce métal, détériorerait vite les organes de l'appareil.
16 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

nomène dont nous verrons plus loin l'utilisation en


abordant le chapitre des applications.

La dissolution ammoniacale étant ainsi influencée


par la chaleur et la pression, il était intéressant de
connaître, au moins sous la pression de l'atmos
phère, les quantités de gaz qui pouvaient se dis
soudre à de certaines températures.
M. Bunsen s'est livré à de précieuses recherches
sur ce sujet, recherches qu'il a étendues à nombre
de gaz. C'est de son travail que nous extrayons ce
qui concerne l'ammoniaque et l'eau.
Voici les chiffres par lui trouvés :
Nombre de litres Nombre de litres
Température. dissous Température. dissous
par litre d'eau. par litre d'eau.
0° .. .. .... ... 1049,6 13° ... .. , ... .. 759,6
1 .... , ... .. .. 1020,8 14. ... ... ..... 743,1
2. . , ... .. ... . 993,3 15............ 727,2
3............ 967,0 16............ 711,8
4. ... ... : ... . 941,9 17. .. .. ... ... , 696,9
5.... ........ 917,9 18. .. .. ....... 682,3
6. .. .. .. • . .. . 895,0 19. ... ... .. .. . 668,0
7. ... ... .. ... 873,1 20. ... .... .. .. 654,0
8. ... .. . • • • • • 852,1 21 . ... . .. .. ... 640,2
9... .. ....... 832,0 22. ... .. .... .. | 626,5
10. .. .. ... ... . 812,8 23. .......... . 613,0
11 ............ 794,3 24.. ....... ... 599,5
12. .. .. • • .. .. . 776,6

Ainsi donc, en passant de la température 0° à


+ 24°, l'eau perd presque la moitié de son pouvoir
dissolvant. A 60°, l'eau ne contient presque plus de
gaz ammoniac.
) '
| ." .
\ ) ' / ,
Y \ | () | l |
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. l7
, \ \
En ce qui concerne l'influence de la pression,
M. Bunsen pose le principe suivant : la quantité de
gaz absorbée par un liquide est proportionnelle à la
pression qu'il supporte.
Cette loi ne paraît pas être aussi absolue que l'in
dique M. Bunsen. Ainsi l'acide carbonique, dont
l'eau dissout environ 1 volume à la température or
dinaire, ne dissout, d'après M. Couerbe, que dans la
proportion de 5 volumes pour 7 atmosphères; tandis
qu'en suivant la loi Bunsen, à 7 atmosphères il de
vrait y avoir 7 volumes de gaz dissous.
L'ammoniaque étant notablement plus légère que
l'eau, il est clair que la solution, résultant de la dis
solution de l'un de ces corps dans l'autre, sera moins
dense que l'eau seule, et que, précisément, cette
légèreté relative sera proportionnelle à la quantité
d'ammoniaque dissoute. De là, la possibilité d'ap
précier, par sa densité, la richesse d'une solution
présentée. -

L'ammoniaque du commerce, vendue pour 22° Car


tier, en pèse ordinairement 2l. Cette solution com
mence vers 45° à dégager le gaz qu'elle renferme ;
elle en contient environ le cinquième de son poids.
D'après ce qui a été dit plus haut, il est clair que ce
degré de saturation n'a rien d'absolu, qu'il est uni
quement réglé par l'usage, qu'il peut varier. Il est
doncutile de connaître, approximativement du moins,
les proportions d'ammoniaque que peut contenir
une solution, eu égard aux degrés indiqués par
l'aréomètre.
Plusieurs physiciens se sont occupés de cette
2
18 | NoTIoNs PRÉLIMINAIREs.
question. Voici une table dressée par Davy, qui pré
sente les résultats les plus approchés :
Degrés Pesanteur
de l'aréomètre. spécifique. Ammoniaque. Eau.

3096 . .. .. .. ... 0,8750... ..... 32,50 .... .. 67,50


28,2 ... .. .. .. . 0,8875. ... ... . . 29,25. ...... . 70,75
26,» . ........ 0,9000. ........ 26, »........ 74, »
25.» ......... . 0,9054....... .. 25,37. .. .. ... 74,63
23,» ... .. .. , , . 0,9166. ........ 22.07..... . .. 77,95
22,» .......... 0,9230.. .. , .... 20,26. .. . , ... 79,74
21,6 .......... 0,9255......... 19,54........ 80,46
20,4 .. ..... .. 0,9326......... 17.52....... . 82,48
19,4 .......... 0,9385. ... .. ... 15.88........ 84.12
18,7 .......... 0,9435. ... .. .. 14,53.. , ..... 85,47
18,» .......... 0,9476... ... .. . 13,46. .. ... . . 86,54
17,5 .......... 0,9513......... 12,40.. .. .. . . 87,60
17,».. ... ... .. 0,9545. ........ 11,56........ 88,44
16,5 .......... 0,9573. ..... .. 10,82. , , , , ... 89,18
16,2 ...... .... 0,9597......... 10, 17..... , .. 89,83
16,» .. ... ... . 0,9619.. ... ... . 9,60 ....... 90,40
15,50 .. ... .. .. 0,9629..... . ... 9,50. ... ... , 90,50
15,25 ......... 0,9639......... 9,09........ 90,91
14,» ...... .. .. 0,9713. ... ... .. 7,17..... ... 92,83

100 parties d'ammoniaque à 22° en saturent 120


d'acide chlorhydrique à 22°.
(M. A. CHEVALLIER.)

La solution d'ammoniaque se congèle vers — 40°.


Elle ne présente pas de caractères cristallins distinc
tifs, mais une masse gélatineuse, opaque, plutôt
pâteuse que solide; cependant si le refroidissement
se fait lentement, et que la solution soit un peu
allongée, il s'y dépose de longs cristaux aciculaires
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 19

et soyeux; on ne sait toutefois s'ils présentent avec


l'ammoniaque une combinaison définie,

La dissolution ammoniacale conserve toutes les


propriétés de l'ammoniaque pure : elle en a l'odeur ;
sa saveur est lixivielle, forte, brûlante; placée sur
la peau, elle l'irrite, y produisant un effet vésicant.

Il importe de bien distinguer entre l'ammoniaque


liquéfiée et l'ammoniaque liquide, termes générale
ment employés, mais souvent confondus. L'une,
l'ammoniaque liquéfiée, est le corps pur, mais affec
tant l'état liquide; l'autre, l'ammoniaque liquide,
est une simple dissolution dans l'eau des vapeurs du
premier.

Le gaz ammoniac, malgré son extrême solubilité


dans l'eau, ne forme pas de fumées blanches dans
l'air.

La glace absorbe également le gaz ammoniac.


Qu'on place sous une cloche remplie de ce gaz un
morceau de glace, ce morceau absorbera rapidement
le gaz et fondra immédiatement en produisant du
froid, le calorique de fusion de la glace étant plus
considérable que celui produit par la condensation
du gaz absorbé.
D'autres corps absorbent encore ce gaz. Nous
avons vu le chlorure d'argent, dans l'expérience de
Faraday, en absorber une très-grande proportion.
Le chlorure de calcium est dans ce cas : 100 parties
20 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

de chlorure peuvent absorber 118,96 parties de ce


gaz. Le chlorure, dans ce cas, augmente de volume
et tombe en poudre. (M. H. ROSE.)
L'alcool en dissout de très-larges proportions; la
fleur de soufre, le phosphore, l'iode, etc., etc., le
dissolvent également. Le charbon de bois récem
ment préparé en absorbe 90 fois son volume; enfin,
le chlorure de silicium, en dissolvant ce corps tou
jours à la température ordinaire, forme avec lui un
composé blanc, solide, volatil.

La solution ammoniacale dissout très-énergique


ment les oxydes de zinc, de cadmium, le protoxyde
et le bioxyde de cuivre, l'oxyde d'argent; moins
énergiquement l'oxyde de tellure, les protoxydes de
nickel, de cobalt, de fer, le bioxyde d'étain, le
bioxyde de mercure, le trioxyde d'or et le bioxyde
de platine. (M. BECQUEREL.)

Le gaz ammoniac est très-stable. On peut le dé


gager de sa solution ou de la plupart de ses combi
naisons salines sans craindre de le décomposer ;
mais sous l'influence de l'étincelle électrique il se
dédouble en ses deux éléments. Cette décomposition
est lente et ne saurait donner lieu, maintenant du
moins, à aucune application industrielle. Elle sert,
dans les laboratoires, à démontrer la composition .
exacte de ce corps.

En faisant passer une étincelle électrique dans un


eudiomètre contenant un mélange d'oxygène et
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 21

d'ammoniaque, il y a détonation avec formation


d'eau et d'un peu d'acide azotique.

L'action la plus remarquable de l'électricité sur


l'ammoniaque est celle par laquelle Berzélius et d'au
tres chimistes ont essayé de démontrer l'existence
d'un métal composé, l'ammonium, radical supposé
de l'ammoniaque.
Cette théorie, quelque ingénieuse qu'elle soit,
ne reposant sur aucun fait positif, puisqu'on n'a
jamais pu isoler l'ammonium, ne doit pas être re
produite ici. Je décrirai seulement l'expérience fort
curieuse de Berzélius et de de Pontin, qui, les pre
miers, essayèrent d'isoler l'ammonium, ainsi que
Davy venait de le faire pour le potassium et le
sodium.
Voici les propres paroles de Berzélius :
« Lorsqu'on introduit dans un vase de verre ap
« proprié, contenant une solution d'ammoniaque
« dans l'eau, un peu de mercure qui est mis en
« communication avec le pôle négatif de la pile
« électrique, pendant qu'on plonge dans le liquide
« un fil de platine du pôle positif, on voit qu'il se
« dégage de l'azote du liquide sans que le mercure
« laisse échapper d'hydrogène ; au moins ce déga
« gement n'a pas lieu au commencement de l'ex
« périence. Le mercure se gonfle, devient épais
« comme du beurre et cesse d'être liquide... Bien
« que le composé mercurique occupe plusieurs fois
« le volume primitif du mercure, il ne contient ce
« pendant qu'une très-petite quantité d'ammonium,
22 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
et dès que le courant électrique a cessé, il revient
très - promptement, avec dégagement d'hydro
gène, au volume primitif du mercure pendant
« que l'oxyde d'ammonium s'unit au liquide envi
« TOnnant.
« On obtient l'amalgame à l'état sec et en plus
grande quantité par le moyen suivant :
« On prend un morceau de sel ammoniac, on y
creuse une fossette, on humecte cette cavité avec
un peu d'eau, et on y place un globule de mer
cure communiquant par un fil de platine avec le
pôle négatif de la pile pendant qu'un autre fil de
platine venant du pôle opposé plonge dans le sel
ammoniac humide. Si l'on rapproche ce dernier
autant que possible du mercure, sans cependant
le mettre en contact avec lui, on voit le globule
grossir tellement qu'il emplit peu à peu la cavité
entière et qu'il finit même par la dépasser de
((
beaucoup. » (BERZÉLIUS.)

Ce qui résulte de cette expérience, c'est qu'on


constate dans le mercure un changement molécu
laire et apparent analogue à celui que produit l'a-
malgame d'un métal. Le mercure perd sa fluidité,
devient cristallin, plus léger; mais chaque fois
qu'on a voulu décomposer le produit ainsi obtenu
et isoler le métal supposé, on a réduit les éléments,
et, en résumé, l'ammonium n'a jamais pu être en
trevu. Tout se réduit donc jusqu'ici à des hypo
thèses dans lesquelles, je le répète, nous n'avons
pas à entrer. -
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. . 23

La chaleur, à la température rouge, décompose


l'ammoniaque. En faisant passer ce corps à l'état
gazeux à travers un tube en porcelaine de faible
diamètre, soumis à cette température, on obtient de
l'hydrogène et de l'azote. L'action décomposante est
augmentée en.plaçant dans le tube un faisceau de
fils métalliques.
Presque tous les métaux exercent cette action,
mais pas tous au même degré: le fer, par exemple,
opère la décomposition à une température rouge
faible, tandis que le platine, même à une tempéra
ture élevée, n'a qu'un faible pouvoir. Il faut, toute
fois, tenir compte de ce fait, que le fer, le cuivre,
absorbent dans cette opération une certaine quan
tité d'azote, tandis que le platine reste intact et
n'exerce absolument qu'une action de présence.

L'action de l'ammoniaque sur le fer mérite l'at


tention. A la température ordinaire et jusqu'à la
limite de la température rouge, il n'y a pas d'action
d'un corps sur l'autre ; mais au rouge il n'en est
plus ainsi. Comme on vient de le voir, à cette tem
pérature, il y a décomposition de l'ammoniaque et
une partie de l'azote s'unit au fer. M. Desprets, par
des expériences confirmées depuis par les recherches
de M. Fremy, a trouvé que le fer, dans ces condi
tions, absorbait jusqu'à ll,5 pour 100 de son poids
d'azote. La présence de ce corps rend ce métal blanc
et CaSSant.

Lorsqu'on chauffe au rouge vif l'azoture ainsi


formé, il y a décompositinn; l'azote est de nouveau
24 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

mis en liberté, laissant le métal à l'état primitif,


mais il ne redevient pas ductile : il reste gris et
CaSSant.

Le charbon, à une température élevée, produit


les mêmes effets de décomposition; mais alors les
éléments de l'ammoniaque ne s'échappent pas à
l'état de liberté, il y a production de cyanhydrate
d'ammoniaque et d'hydrogène.
Le protoxyde et le bioxyde d'azote décomposent
le gaz ammoniac à l'aide de la chaleur ; ils s'empa
rent de son hydrogène, produisent de l'eau et met
tent l'azote en liberté.
Le chlore agit dans les mêmes conditions, formant
de l'acide chlorhydrique et dégageant l'azote. On
peut utiliser cette réaction pour désinfecter les lo
caux remplis d'ammoniaque. On opère plus simple
ment en se servant d'acide chlorhydrique qui, se
combinant à l'état gazeux avec l'ammoniaque, neu
tralise immédiatement son action, produisant un
composé fixe, le chlorhydrate d'ammoniaque, qui se
condense au bout de quelques instants.
Divers autres corps, tels que le brome, l'iode, etc.,
exercent des actions diverses sur ce gaz; leurs
réactions, échappant d'une manière directe au but
de ce travail, doivent être passées sous silence.

Quelques mots maintenant des sources qui pro


duisent l'ammoniaque.

L'hydrogène et l'azote ne se combinent pas direc


tement à l'état gazeux; mais si, dans un mélange
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 25

des deux gaz, on fait passer une série d'étincelles


électriques, il y a formation d'ammoniaque. La pré
sence de vapeurs acides dans le mélange favorise
singulièrement cette formation. Ainsi, chose singu
lière et qui se présente, du reste, souvent dans
l'histoire des phénomènes électriques, la même ac
tion ou, du moins, le même fluide peut successive
ment décomposer un corps en ses éléments et re
combiner ces mêmes éléments pour reformer le
composé primitif.

On a essayé de fabriquer l'ammoniaque en sou


mettant l'hydrogène et l'azote à l'action combinée
d'une forte pression et d'un grand refroidissement,
aucun résultat n'a été obtenu.

Dans ses remarquables recherches sur l'acier,


M. Fremy a démontré qu'en faisant arriver sur
l'azoture de fer, maintenue à une certaine tempéra
ture, un courant d'hydrogène, il y avait décompo
sition de l'azoture et formation d'ammoniaque. Nous
verrons plus loin à utiliser cette réaction. Notons
en passant un fait non moins curieux que celui que
je signalais en parlant des phénomènes électriques :
c'est que précisément, c'est à la température où le
fer décompose l'ammoniaque et le transforme en
azoture, que l'hydrogène décompose cette azoture et
reproduit l'ammoniaque.

M. Kulhmann a trouvé qu'en faisant passer un


courant d'hydrogène et de deutoxyde d'azote sur de
26 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

la mousse de platine légèrement chauffée, il y avait


formation d'ammoniaque. Le platine, dans cette
circonstance, agit encore par sa présence seule.

M. Reizet a reconnu qu'on pouvait, dans cette


expérience, remplacer ce corps par le sesquioxyde
de fer.
Là se bornent les tentatives faites pour produire
directement l'ammoniaque; aucune d'elles n'a donné
jusqu'ici de résultats industriels.

Mais si l'ammoniaque se forme difficilement par


la combinaison directe de ses deux éléments sim
plement mélangés, il n'en est plus de même lorsque
l'hydrogène et l'azote se rencontrent à l'état nais
sant : la combinaison a lieu immédiatement.
C'est ainsi qu'il y a formation d'ammoniaque
lorsqu'on expose le fer à l'action de l'air humide.
L'eau est décomposée, l'oxygène s'unit au fer pour
former de l'oxyde; quant à l'hydrogène, il s'unit
avec l'azote dissous dans l'eau et forme de l'am
moniaque. Cette formation est encore facilitée par
la présence de l'acide carbonique de l'air qui, se
combinant avec l'ammoniaque formée, produit du
carbonate d'ammoniaque.
Un fait semblable se manifeste quand on fait
réagir l'acide nitrique sur certains métaux, tels que
le fer, le zinc, l'étain. -

On peut même fixer tout l'hydrogène dégagé, en


opérant à l'aide d'un mélange d'acide sulfurique et
d'acide nitrique étendu d'eau. On verse d'abord
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 27
l'acide sulfurique, puis on ajoute goutte à goutte
l'acide azotique, jusqu'à ce que le dégagement du
gaz hydrogène ait cessé entièrement. La réaction
continue à se produire, mais sans dégagement sen
sible d'hydrogène, celui-ci étant fixé au fur et à
mesure de sa production à l'état d'ammoniaque, qui,
en se combinant à l'acide nitrique en excès, forme
du nitrate d'ammoniaque restant dans la liqueur.

Ce n'est pas seulement dans les oxydations inor


ganiques que se forme l'ammoniaque, mais aussi
dans la plupart des réacfions organiques qui se pro
duisent au contact de l'air et de l'eau. C'est à ces
causes, très-faibles en elles-mêmes, mais multipliées
à l'infini, qu'est due la masse d'ammoniaque qui se
rencontre dans la nature. Il est peu de corps, en
effet, qui soient autant disséminés : on le rencontre
dans l'air, dans les eaux pluviales, dans la neige,
dans les rivières, dans les fleuves.
M. BARRAL a déterminé avec soin les propor
tions d'ammoniaque que contiennent les eaux de
pluie.
La moyenne de ses observations, faites en 1851,
donne par mètre cube d'eau tombé à Paris :
Acide azotique. Ammoniaque.

Juillet. ... ...... 6oi ........... 3,77


Août ............ 20,20........... . 4,42
Septembre ....... 36,33......... .. . 3,04
Octobre ... ... . .. 5,82...... .. .. .. 1,08
Novembre .. .. . .. 9,99. ... ... ... .. 2,50
Décembre.. ...... 36,21 ............ 6,85
28 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

D'autres expériences faites en diverses contrées


ont donné des chiffres différents, ce qui est naturel,
puisqu'il s'agit d'un corps dont les causes de produc
tion varient avec les localités; mais toutes ont con
staté l'existence de ce corps dans les eaux de pluie,
ce qui permet d'apprécier l'énorme quantité d'am
moniaque qui est rendue au sol par les eaux at
mosphériques.

M. Boussingault estime qu'on considère chaque


litre d'eau comme contenant, d'après sa nature :

Eau de pluie ........... 0 milligramme 72


Eau de rivière. .. ... ... . 0 do 18
Eau de source.......... 0 do 09

Deux chimistes italiens, MM. VIALE et LATINI,


ont trouvé ce gaz dans les produits de la respira
tion. D'après leurs expériences, la proportion d'am
moniaque produite par un homme sain serait, par
heure, de :
0º,3195.

En admettant ce chiffre comme exact et rédui


sant de moitié le chiffre de la population, afin de
faire la part des enfants, Paris produirait donc par
heure ................ 272 kº d'ammoniaque.
La France ... ... .. . 5751 do d°.
L'ammoniaque se rencontre encore dans le tissu
des plantes et jusque dans certaines fleurs.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 29

L'industrie, nous venons de le voir, ne le produit


pas encore de toutes pièces.
Elle l'extrait de composés préexistants, par des
moyens dont je vais dire quelques mots.

La préparation la plus simple est celle qui consiste


à décomposer le chlorhydrate d'ammoniaque, connu
vulgairement sous le nom de sel ammoniac.
Ce sel était anciennement importé de l'Orient,
particulièrement de la Libye, de l'Egypte et des
contrées environnantes. On le retirait de la fiente
de chameau, ou d'un sable surtout abondant dans
l'Ammonie, contrée de la Libye qui lui aurait donné
SOIl IlOIIl.

Le bois est assez rare dans ces latitudes. Les ha


bitants y brûlent encore la fiente de chameau, qu'ils
font sécher en briquettes réservées pour cet usage.
C'est dans la suie fournie par ce combustible que se
trouve abondamment ce produit, d'où Priestley, le
premier, sut extraire le gaz ammoniac pur.

De 13 kilog. de suie, on retire environ 3 kilog.


de chlorhydrate d'ammoniaque.
(M. J. GIRARDIN.)
Le chlorhydrate d'ammoniaque est décomposé par
la chaux vive. Le résultat de cette opération est de
l'eau, du chlorure de chaux, et de l'ammoniaque qui
se dégage à l'état gazeux.
Voici comment on opère :
La chaux et le chlorhydrate (tout autre sel am
30 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

moniacal peut être employé) sont pulvérisés. Parties


égales de chacun de ces corps sont introduites dans
un ballon, ou mieux dans une cornue en terre d'une
assez grande capacité pour que le mélange n'occupe
que le tiers ou la moitié au plus de la contenance,
le reste devant être rempli de chaux vive concassée,
afin de dessécher autant que possible le gaz qui va
se dégager.
La réaction commence à froid; pour la rendre plus
active, on place quelques charbons sous la cornue.
Le gaz ainsi produit est reçu d'abord dans un flacon
contenant de la potasse caustique, afin d'absorber
les dernières traces d'humidité; de là il passe dans
uue série de vases de Wolff qu'on a soin de refroi
dir, afin d'absorber le calorique latent de condensa
tion du gaz, et d'obtenir ainsi une solution aussi
saturée que possible.

Au lieu de chauffer la cornue, on peut y faire


arriver un courant d'eau : la chaux, en s'hydratant,
dégage assez de chaleur pour favoriser la réaction.
, (BERZÉLIUS.)
Dans les fabriques, on remplace le ballon en verre
par un cylindre en fonte logé dans un fourneau
convenable. On opère ainsi sur de plus grandes
quantités à la fois ; de plus, la fonte permet sur la
fin de l'opération, de pousser le feu de façon à ce
que la température s'élève assez pour fondre le
chlorure de calcium formé, ce qui facilite son enlè
vement et abrége les préparatifs d'une seconde opé
ration.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 3l

Le chlorhydrate d'ammoniaque se rencontre à


l'état natif dans le voisinage des volcans.
L'Etna en a versé parfois des quantités considé
rables. Les Kalmouks, de tout temps, ont fait com
merce de celui qu'ils recueillent près de deux vol
cans encore brûlants de la Haute-Asie.
Ce sel ignifère est rarement pur, mais mélangé
de sulfate et de phosphate de cette base.

Le chlorhydrate d'ammoniaque se trouve encore


dans différents liquides de production animale. L'in
dustrie le produit maintenant et avantageusement
de toutes pièces.

La décomposition du sel ommoniac naturel ou


étranger n'est aujourd'hui qu'une source accessoire
de production d'ammoniaque. On retire de notables
quantités de ce corps de la distillation en vases clos
de matières animales, telles que les os, la laine, les
poils, etc., etc.
Les produits de la distillation contiennent des
quantités considérables de carbonate d'ammonia
que.
Ce sel, soumis au traitement que j'ai indiqué,
dégage l'ammoniaque pure, laquelle est recueillie
dans l'eau, son véhicule ordinaire.

La source la plus abondante d'anmoniaque dont


nous puissions aujourd'hui disposer, résulte de la
distillation, convenablement faite, des eaux venues
des fosses d'aisances, ou des eaux de lavage du gaz
32 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

d'éclairage. Ce procédé est dû à M. Mallet, dont les


moyens sont maintenant dans le domaine public, et
peuvent par conséquent être divulgués.

Nous extrayons de l'excellent ouvrage de M. J.


GIRARDIN la description de cette opération dont les
détails sont présentés par la figure 2 :
Deux chaudières en forte tôle, A et B, de 1200
litres de capacité, sont placées par étages sur un
fourneau ordinaire; l'inférieure A, seule repose sur
le foyer; la supérieure B est chauffée par la chaleur
perdue et par la vapeur de la première. Elles com
muniquent entre elles dans le haut par un tuyau
courbe c, destiné à la transmission des vapeurs de
l'une dans l'autre, et dans le bas par un autre tube
à robinet d, qui a pour objet de faire passer les li
quides de B en A, d'où ils s'écoulent, après leur
épuisement complet, par un tuyau à robinet qu'on
ne voit pas dans la figure.
On introduit successivement dans ces chaudières
les eaux ammoniacales et un lait de chaux, d'où
résultent la mise en liberté de l'alcali volatil, et
la formation de carbonate de chaux et de sulfure
de calcium qui restent dans les eaux épuisées. Les
eaux ammoniacales à traiter arrivent déjà chaudes
par le tuyau à robinet h du réfrigérant D, fermé de
toutes parts, et qu'alimente, au moyen du tube à
entonnoir g, un réservoir E placé dans le haut
de l'atelier. Le lait de chaux est introduit par l'ou
verture e, qu'on rebouche ensuite. Chaque chau
dière est munie d'un agitateur aa' qu'un ouvrier
NOTIONS PRÉLIMINAIRES, 33

manœuvre de temps à autre. Un trou d'homme, b,

X h- | |
-
-

·
-
Rt -

-
-

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#

- ll
|b *-#
-
-
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| #!- | ſi -

-#l#)p)

2 -

2 22
222222
2

est pratiqué dans le couvercle pour le nettoyage


des vases.
34 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
Le gaz ammoniac qui sort de la chaudière A vient
barbotter dans le liquide de la chaudière B, et se
réunir à celui qui se dégage de celle-ci; de là il
passe, au moyen du tube c', dans un laveur C, ar
rive ensuite dans le serpentin du réfrigérant D par
le tube c", puis dans celui du réfrigérant F, qui est
refroidi par de l'eau ordinaire. -

L'eau qui s'est condensée dans les deux serpen


tins, et le gaz ammoniac, arrivent dans le vase G.
Une pompe R reprend l'eau saturée et colorée, et la
fait passer du vase G dans le laveur C, d'où on la
soutire de temps à autre pour l'introduire dans la
chaudière B, afin d'en dégager une seconde fois le
gaz alcalin. Quant au gaz non condensé, il s'échappe
du vase G et passe successivement dans un appa
reil de Wolff. Le flacon H contient de l'huile d'olive
destinée à retenir certains carbures d'hydrogène ;
le flacon I renferme de la lessive de soude pour
achever de dépouiller le gaz de toute matière odo
rante; enfin, le flacon K est à moitié rempli d'eau
pure. De ce dernier vase laveur, le gaz passe dans
un grand cylindre en plomb L contenant de l'eau
ou des acides, suivant que l'on veut avoir de l'am
moniaque liquide ou un sel ammoniacal. Ce cylin
dre est refroidi par un courant d'eau continu; il
porte un tube à entonnoir i pour l'introduction de
l'eau ou des acides, et un autre tube qui conduit
l'excès de gaz dans un flacon M contenant de l'eau.
Lorsque cette dernière est saturée, on la fait retom
ber dans le grand cylindre L au moyen d'un tube à
robinet. | (M. J. GIRARDIN.)
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 35

Nous verrons plus loin, à la suite de cet exposé,

un mode nouveau de fabriquer l'ammoniaque, sur


lequel je m'étendrai alors suffisamment.
36 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
L'ammoniaque est utilisée à nombre d'usages diffé
rentS.

En médecine, on l'emploie pour cautériser les


plaies formées par la morsure ou la piqûre d'ani
maux venimeux, chiens enragés, serpents, abeil
les, etc., etc. On s'en sert avec succès comme vési
cant. Elle entre dans la préparation de divers lini
ments; enfin, on utilise le gaz ammoniac dans les
cas d'apoplexie, de syncope. Il agit, dans ces circon
stances , sur les membranes olfactives; c'est avec
précaution qu'il faut le faire respirer par le malade.
A l'intérieur, on l'administre pour dissiper l'i-
vresse. 5 ou 6 gouttes d'ammoniaque ordinaire,
dans un verre d'eau sucrée, suffisent ordinairement ;
on peut, dans les cas d'ivresse furieuse, aller jus
qu'à 8 ou 10 gouttes. Toutefois il faut être prudent
dans l'emploi de cet agent. Des désordres graves, la
mort même, peuvent résulter de son ingestion. Il
ne faut donc pas abuser de ce moyen d'action, et ce
d'autant plus qu'il ne s'agit pas ici d'une maladie
imprévue qu'il faut combattre, mais bien d'une in
disposition volontaire causée par l'intempérance.
Les arts utilisent l'ammoniaque de bien des façons.
L'industrie de la teinture emprunte à chaque
instant son concours, soit pour dissoudre certaines
couleurs, soit pour en foncer d'autres, enfin pour
réagir sur des teintes rongées par les acides.
La fabrication de l'essence d'Orient est basée sur
la propriété qu'a ce corps de dissoudre la couche ar
gentine qui couvre les écailles de l'ablette. On l'em
ploie pour exalter certaines odeurs, etc., etc.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 37

En chimie, c'est un des agents le plus ordinaire


du laboratoire.
Enfin, l'agriculture s'en sert pour détruire la mé
téorisation chez les animaux, boursoufflement qui
se produit chez les ruminants qu'on a laissés paître
dans les luzernes vertes ou autres plantes aqueu
ses; 32 grammes suffisent pour guérir un cheval ou
un bœuf.
Combiné avec certains corps, c'est un élément
puissant de fertilisation. Sa production n'intéresse
donc pas seulement l'industrie, mais bien auss
l'agriculture, toujours à la recherche d'éléments
azotés.

L'ammoniaque n'est pas toujours pure. Nous


extrayons de l'excellent ouvrage de M. A. CHEVAL
LIER, Dictionnaire des altérations et des falsifica
tions, ce qui a trait à ce corps.
« L'ammoniaque est souvent altérée par la pré
« sence de matières étrangères : huile empyreu
« matique, acide chlorhydrique, cuivre, carbonate,
« chlorure de calcium, chlorhydrate d'ammoniaque.
« L'huile empyreumatique provient de l'impureté
« du sulfate ou du chlorhydrate d'ammoniaque em
« ployé à la préparation de l'ammoniaque; elle se
« reconnaît par l'odeur. On verse dans une capsule
« quelques gouttes d'ammoniaque, on laisse évapo
« rer le gaz ammoniac et le résidu dégage l'odeur
« de l'huile empyreumatique. On peut aussi verser
« goutte à goutte de l'acide sulfurique en excès dans
« l'ammoniaque; une coloration plus ou moins foncée
38 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
((
indique la présence de l'huile empyreumatique.
« L'acide sulfurique se reconnaîtra au moyen du
chlorure de baryum. L'acide chlorhydrique ou le
chlorhydrate d'ammoniaque au moyen du nitrate
((
d'argent, en ayant le soin de saturer préalable
((
ment l'ammoniaque par l'acide nitrique. Sans
((
cette précaution on pourrait obtenir également,
((
dans le premier cas, un précipité blanc dû à ce
que l'alcali, ayant été exposé à l'air, aurait pu
absorber de l'acide carbonique, et, par suite, le
précipité obtenu serait du carbonate et non du
sulfate de baryte, ce que l'on verrait en traitant
({
le précipité par un acide qui dissoudrait le carbo
((
nate et n'attaquerait pas le sulfate. Dans le se
((
cond cas, le précipité de chlorure d'argent se
((
dissoudrait dans l'ammoniaque à mesure de sa
((
formation, et l'on ne pourrait constater la présence
de l'acide chlorhydrique ou du chlorhydrate.
« La présence du cuivre donne toujours à l'ammo
(C
niaque une teinte bleue ou au moins un reflet
azuré (l).

(1) Cette solution présente un phénomène singulier qu'un


des premiers j'ai aperçu.
Si on place du cuivre dans l'ammoniaque, la liqueur, comme
l'indique M. Chevallier, se colore effectivement en bleu; mais
si la liqueur est filtrée et mise à part dans un flacon bouché, elle
se décolore peu à peu, et devient en quelques jours compléte
ment incolore. Vient-on à permettre la rentrée de l'air? La co
loration reparaît pour disparaître plus tard, lorsque le flacon a
été rebouché, et ainsi de suite; l'opération pouvant se reproduire
aussi souvent qu'on veut répéter l'expérience. Ch. T.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 39

« Les carbonates sont décelés par l'effervescence


produite par l'ammoniaque à essayer au contact
des acides. Le chlorure de calcium se reconnaîtra
par les mêmes moyens que l'acide chlorhydrique,
la chaux par l'oxalate d'ammoniaque.
« Si au lieu d'eau pure on a employé de l'eau
ordinaire pour préparer l'ammoniaque, on le re
connaîtra au résidu que laissera l'évaporation
d'une certaine quantité de cette solution alcaline,
qui, si elle était faite avec l'eau pure, n'en devrait
pas laisser sensiblement.
« Exposée à l'air, l'ammoniaque perd de sa force
en perdant du gaz, et absorbe de l'acide carbo
nique, dont la présence sera décelée par l'eau de
chaux. L'ammoniaque doit être conservée dans
((
des flacons bouchés à l'émeri et placée dans des
(( endroits frais.
« Falsifications. La falsification de l'ammoniaque
((
par l'alcool a été signalée par J. VoN BERG, de Ker
((
pen. Cette ammoniaque avait pour densité 0,955.
6(
Elle donna un acétate liquide qui fournit par la
((
distillation un produit ayant l'odeur et la saveur
((
de l'alcool, brûlant avec une flamme bleue. Une
6(
portion de cette ammoniaque, saturée par l'acide
((
sulfurique et soumise à la distillation, donna un
((
liquide ayant une odeur très-prononcée d'éther. »
(M. A. CHEVALLIER.)
Disons de suite que, grâce au haut prix de l'alcool,
comparé au bas prix de l'ammoniaque en France,
la falsification signalée par M. A. CHEVALLIER n'est
pas à redouter.
40 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

L'ammoniaque détermine dans les eaux calcaires


un abondant précipité blanc. Cette réaction, due
probablement à l'absorption de l'acide carbonique,
sera peut-être un jour utilisée dans l'industrie, sur
tout si l'ammoniaque arrive à être produite à très
bas prix. Entre autres applications, on pourrait, par
ce moyen, préparer des eaux notablement épurées
pour l'alimentation des machines à vapeur, qui pré
viendraient ou atténueraient l'incrustation de ces
appareils.

La formule par laquelle on désigne l'ammoniaque


dans le langage chimique s'écrit ainsi :
AZ H*

L'équivalent de l'azote est de. ... ... ... 175


Celui de l'hydrogène 12,50 x 3 = ... .. . 37,50
Nombres correspondants aux chiffres indiqués en
tête de cet article, soit :
82 36 azote,
17 64 hydrogène.
100 00
CHAPITRE II.

F0RCE M0TR IC E.

EXPOSÉ.

Différentes tentatives ont été faites à diverses


époques pour remplacer la vapeur d'eau par la va
peur d'ammoniaque. -

Moi-même, il y a plus de quinze ans, frappé de


la puissante affinité de ce gaz pour l'eau, j'avais eu
la pensée de combiner l'action absorbante de celle
ci, avec la pression de celui-là, en vue de produire
économiquement la force motrice.
Plus tard, comparant le calorique latent de la va
peur ammoniaque avec celui de la vapeur d'eau,
j'ai compris vite, que cette voie était fausse et ne
pouvait conduire à aucun résultat avantageux.
En effet, nous avons vu que M. Regnault avait
trouvé que le calorique latent de l'ammoniaque
était de 514 unités. Or, celui de la vapeur d'eau
étant à la même pression (4,1", pression de
l'ammoniaque à 0°) de 505 unités, on voit que les
puissances calorifiques de ces corps sont sensible
42 FORCE MOTRICE.

ment les mêmes, et que la faculté d'absorption, qui


reste en faveur de l'ammoniaque, ne suffit pas à
compenser les soins et les précautions qu'il faut
donner à une vapeur qu'il importe d'économiser.
La vapeur d'eau, en effet, n'a pas de valeur par
elle-même ; on peut la perdre impunément, elle
est sans action sur l'économie animale, sa présence
dans l'atmosphère n'a d'inconvénient que dans des
cas spéciaux; enfin, elle est utilisable en grand dans
de si bonnes conditions, que de longtemps il sera
difficile de la remplacer. Aussi, n'est-ce pas un suc
cédané de la vapeur d'eau qu'il faut chercher dans
l'ammoniaque, mais un moyen d'emmagasiner la
force qu'elle produit, de la transporter, de l'utiliser
à volonté.
Le rôle que doit jouer l'ammoniaque à ce point
de vue apparaît donc modeste; cependant, en rai
son des services nombreux que son emploi est
appelé à rendre, il est permis de dire que son appli
cation est appelée à prendre un développement
illimité.
En effet, si la vapeur produite par de grands gé
nérateurs, usant toute la puissance calorifique de la
flamme et des gaz brûlés, est un excellent mode
de production de travail, il n'en est plus ainsi lors
qu'il s'agit de petites forces, pour lesquelles la
seule journée d'un chauffeur devient une charge
sérieuse.
Mais si l'on peut emmagasiner la force, produite
économiquement en grand, pour l'employer ensuite
en petit, sans soins, sans surveillance, sans précau
EXPOSÉ. 43

tion, il est clair que les inconvénients signalés dis


paraissent, et qu'en réalité cette force, ainsi réduite,
devient absolument dépendante de la volonté; qu'en
un mot, elle est domestiquée, et que de nombreuses
applications l'attendent.

Ce sont ces réflexions qui m'ont amené à étudier


cette question, et c'est en résumant mes vues sur
ce sujet que, le 9 janvier dernier, j'adressai à l'lnsti
tut la note qui suit :

« La possibilité d'emmagasiner la force motrice


« et de la distribuer dans de bonnes conditions a
« été l'objet de nombreuses études restées jusqu'ici
« sans succès. Le gaz ammoniac, par ses propriétés
« spéciales, permet d'atteindre facilement ce but.
« C'est sur cette application que j'ai l'honneur d'ap
« peler l'attention de l'Académie.
« Les propriétés sur lesquelles est basé ce nou
« Veau mode d'action sont :

« 1° La grande solubilité du gaz ammoniac dans


« l'eau; -

« 2º Sa facile liquéfaction;

« 3º La faculté qu'il a, à la température ordinaire,


« de fournir des pressions industrielles;

* 4° La possibilité de surchauffer ses vapeurs sans


* atteindre de trop hautes températures;
44 FORCE MOTRICE.

« 5° Enfin, et comme complément essentiel, d'a-


((
bord la possibilité de le recueillir en le dissolvant;
((
puis celle de reprendre aux vapeurs utilisées le
calorique latent qu'elles emportaient, pour le trans
((
mettre aux vapeurs qui vont se former et être
employées à nouveau. Triple phénomène produit
(C
simultanément par le seul fait de la dissolution
((
de ce gaz dans l'eau. •

« De la combinaison de ces diverses propriétés


((
résulte ce qui suit :
« C'est que si l'on emmagasine dans un endroit
quelconque, une certaine quantité de gaz ammo
niac liquéfié, et qu'en même temps on ait une
quantité d'eau environ trois fois plus grande, on
(
pourra vaporiser tout ce gaz et l'utiliser comme
((
force motrice à une pression d'environ 8 à 10 at
((
mosphères, effet dont l'action restera constante,
((
puisque, ainsi que je viens de l'expliquer, le calo
rique latent utile à la gazéification sera fourni
constamment par le calorique de condensation (l)
dégagé dans la solution aqueuse.
« Par conséquent, si dans une vaste usine, dis
posant de puissants moyens d'action (naturels ou
, artificiels), on recueille et on liquéfie l'ammonia
que, ce corps, transporté liquide, là où il devra
((
être employé, fournira, sans préparation, instan
tanément, une vapeur motrice employable écono
miquement.

(1) Je néglige ici le calorique de combinaison.


EXPOSÉ. 45

« La solution formée par l'ammoniaque recueillie


sera ultérieurement rapportée à l'usine, régéné
rée, pour, l'ammoniaque ainsi retrouvée, de nou
veau liquéfiée, être reportée au lieu d'utilisation.

« Ce transport d'aller et retour peut tout d'abord


paraître une difficulté; elle n'est pas ce qu'on
pourrait l'imaginer.
« En effet, si l'on considère qu'avec 20 kilog. et
moins d'ammoniaque liquéfiée on peut fournir
pendant une heure la force d'un cheval, il est fa
cile de voir que le maniement de ce corps non
seulement est possible, mais encore qu'il condense
sous un volume et un poids réduit la force mo
trice, laissant loin derrière lui, et l'air comprimé,
et tous autres moyens maintes fois préconisés.

« J'ai parlé d'économie, je dois préciser ce sujet.

« Je n'entends pas dire que l'emploi de l'ammo


niaque présentera comme prix de revient un avan
tage sur la vapeur, surtout quand on utilise celle
ci dans les admirables machines que construisent
nos habiles constructeurs; je dis seulement, qu'il
est facile d'emmagasiner, de transformer cette
force qu'on peut justement produire en grand dans
d'excellentes conditions, en une masse inerte,
transportable à volonté, et employable là où la
vapeur ne se produirait pas avec avantage, où
même sa production ne serait pas possible. Je dis
que la force ainsi emmagasinée deviendra un agent
46 FORCE MOTRICE.

docile, qui pourra sommeiller de longues heures


dans son récipient, mais qui, sous la volonté, in
stantanément se réveillera, devenant aussitôt un
puissant et actif moteur.
« A l'appui de cet énoncé, je pourrais entrer dans
de longues considérations, démontrant la justesse
((
de ces appréciations; je préfère me borner à un
((
seul exemple, qui prouvera que ce n'est pas seu
lement aux usages connus que l'emploi de l'am
moniaque pourra s'appliquer, mais encore qu'il
rendra facile l'obtention de résultats simplement
entrevus jusqu'ici, et qui, pour entrer dans la pra
tique, attendaient précisément un moteur conve
nable. Je veux parler de la traction mécanique.
« Un omnibus, traîné par deux chevaux ammo
niaque, n'aura besoin pour traverser Paris, soit
un trajet d'une heure, que d'emporter 30 kilog.
d'ammoniaque et 90 kilog. d'eau froide, Avec
cette provision, renouvelable facilement à chaque
voyage, on aura un moteur simple, maniable, ne
dégageant ni fumée ni vapeur, produisant instan
tanément sa puissance, quels que soient les temps
d'arrêt et leur durée; enfin, dont la régénération
coûtera quelques centimes, produisant ainsi sur
l'emploi des chevaux une économie d'au moins
75 pour 100, en même temps qu'il donnera au
public de plus larges et de plus économiques
moyens de transport.

« Je ne puis, dans cette note, m'étendre sur les


moyens de produire l'ammoniaque, ni sur les
EXPOSÉ. | 47

nombreuses applications qu'on en peut faire au


point de vue dynamique.' Je ferai de ces diffé
rents moyens l'objet d'un mémoire que j'aurai
l'honneur de soumettre à l'Académie.
« Qu'elle veuille seulement me permettre de si
gnaler comme pouvant recevoir immédiatement
de larges applications de ce procédé :

« 1° Les chemins de fer, comme moyen d'accès


des rampes élevées ;

« 2° Les mêmes, comme moyen de circulation


dans les tunnels, dans les endroits où l'air brûlé
ne saurait être toléré ;

« 3° Dans les chemins de fer vicinaux ;

« 4° Dans les mines;

« 5° Dans le roulage et les transports urbains de


Voyageurs ;

« 6° Dans la navigation fluviale et maritime ;

« 7° Enfin, dans la petite industrie, qui veut un


moteur simple, économique, nuit et jour à ses
ordres. »

Ce sont les applications signalées par cette note


48 FORCE MOTRICE.

que je vais développer ; et pour commencer par


ordre, je décrirai d'abord le moteur ammoniaque
que présente la planche Ir°.

MOTEUR AMMONIAQUE.

DESCRIPTION.

B est un réservoir interne, rempli d'ammoniaque


liquéfiée. Ce gaz est introduit sous cet état dans
ce réservoir, à l'aide du robinet d. Sa liquéfaction
a été préalablement opérée dans une usine spéciale,
dont il sera parlé plus loin. Admettons pour l'in
tant, qu'on emploiera dans ce but, tels moyens que
la science et la pratique pourront suggérer.
A la température de 25°, ce gaz est maintenu
liquide par sa propre pression, qui est de 10 atmos
phères; ses vapeurs ont naturellement la même
tension. En raison de leur densité spécifiquement
plus légère que le gaz liquéfié, elles occuperont la
partie supérieure de B.
Si, en cet état, on ouvre le robinet b, il est clair
que ces vapeurs s'échapperont et iront agir dans le
cylindre moteur A, lequel peut être toute espèce de
système connu ; effet qui se continuera si, par un
artifice quelconque, on remplace, au fur et à mesure
de son enlèvement, le calorique latent qu'emportent
les vapeurs.
MOTEUR AMMONIAQUE. 49

Si l'on opérait avec de la vapeur d'eau, l'échap


pement aurait lieu directement dans l'atmosphère.
Mais deux circonstances forcent à recueillir les
vapeurs ammoniaques : d'une part, elles ont une
valeur qui ne permet pas de les abandonner; d'autre
part, il faut leur reprendre le calorique latent qu'elles
entraînent.

Ces deux actions vont être la conséquence de la


disposition suivante :
Le tube d'échappement, au lieu d'être libre, se
recourbe en E et descend dans l'intérieur de la
cuve D, au fond de laquelle il débouche libre
ment.

Cette cuve est pleine aux deux tiers d'eau à la


température ordinaire.
Or, en vertu de l'énorme affinité existant entre
l'ammoniaque et l'eau, il y aura immédiatement
combinaison, dès que les vapeurs du premier corps
seront en contact avec le second.
Mais cette combinaison ne peut se faire qu'à une
condition absolument nécessaire, c'est que le calo
rique latent des vapeurs sera dégagé, ainsi que le
calorique de combinaison.
Si donc nous ne nous occupions que de cette
seule action , il en résulterait une unique consé
quence : c'est qu'à chaque coup de piston, par con
séquent à chaque arrivée de vapeur, la température
de la cuve D augmenterait successivement.
Mais il y a une autre condition qu'il ne faut pas
oublier, c'est qu'en même temps qu'arrivent dans D
des vapeurs qui se dissolvent et produisent de la
4
50 FORCE MOTRICE.
chaleur, il se forme dans B d'autres vapeurs qui em
portent du calorique. -

S'il y avait autant de vapeurs formées qu'il y en


a de condensées, il est évident que la quantité de
chaleur en mouvement serait la même, et que, pour
rétablir l'équilibre, il suffirait de ramener dans B le
calorique qui se dégage dans D.
Or, c'est précisément ce qui arrive, puisque nous
agissons dans une même et unique capacité, le cy
lindre A, et que, par conséquent, la quantité de va
peur qui y arrive est la même précisément que celle
qui va se condenser.
Tout le problème se réduit donc à un moyen con
venable de faciliter l'échange du calorique, c'est-à-
dire à faire passer dans B le calorique qui arrive
en D.
Pour cela, les parois de B ne suffiraient pas; car,
outre que les surfaces qu'elles développent ne sont
pas assez grandes, il est clair qu'à mesure que le
réservoir B se viderait, l'effet des surfaces et, par
par conséquent, la puissance de la machine dimi
nueraient.
Il est facile de suppléer à cette insuffisance par le
serpentin H, lequel communique en haut et en bas
librement avec le récipient B.
Une pompe G très-simple, sans presse-étoupe,
puisqu'elle n'a pOur oppOsition à son jeu que la co
lonne liquide qui est dans le serpentin, est mue par
un simple prolongement de la tige du piston.
A chaque coup de ce piston, elle envoie une
certaine quantité d'ammoniaque liquéfiée dans le
MOTEUR AMMONIAQUE. 51

serpentin H, qui, lui, est plongé dans l'eau recevant


les vapeurs à condenser. De la vapeur d'ammoniaque
se forme; le mélange de cette vapeur et d'ammo
niaque non vaporisée revient déboucher dans B ;
les parties restées liquides tombent au fond de B
pour recommencer le circuit que je viens de décrire,
tandis que les vapeurs produites vont au cylindre
donner le mouvement, pour revenir à la cuve D
rendre leur calorique latent; simple combinaison,
qui permet de donner aux surfaces toute l'étendue
désirable, tout en rendant leur effet constant.
Il arrivera un instant où toute l'ammoniaque de B
sera utilisée ; ce réservoir, par conséquent, sera vide,
tandis que la cuve D, au contraire, sera pleine de
solution ammoniacale.
Un robinet K permet de soutirer cette solution
pour la reporter à l'usine à régénérer; quant à l'ap
pareil, rempli à nouveau de gaz liquéfié en B, d'eau
en D, il est prêt, ressort infatigable, à recommencer
son action.

Une objection a été faite à l'emploi de l'ammo


niaque dans ces conditions.

On a prétendu que le calorique latent, absorbé par


la vaporisation de ce corps, ne se retrouverait pas
complétement lors de la dissolution de la vapeur
dans l'eau.

Quelque peu fondée que m'ait paru cette asser


tion, j'ai voulu cependant en vérifier la portée.
52 FORCE MOTRICE.

J'ai pris une solution ammoniacale que j'ai placée


dans une cornue soumise à l'action d'un feu mo
déré; le gaz qui sortait de la cornue passait à tra
vers un serpentin constamment refroidi, en sorte
qu'il arrivait froid, dépouillé de l'eau projetée, dans
un flacon contenant de la potasse caustique, où il
achevait de se déshydrater. Le gaz, ainsi desséché
et refroidi, ne contenant plus de vapeur d'eau qui
aurait pu modifier les résultats, était reçu dans un
flacon aussi bien isolé que possible, lequel contenait
une certaine quantité d'eau.
Dans cette expérience, plusieurs fois répétée, j'ai
retrouvé la quantité de calorique émise par l'ammo
niaque, sous la seule différence de # perte causée
par la conductibilité des parois. Ce n'était effective
ment pas avec un calorimètre que j'opérais, mais
dans un simple flacon, dont l'isolement était impar
fait. Cause d'erreur d'autant plus grande, que la
température, dans cette expérience, s'était élevée
jusqu'à 50 et 54°, celle de l'atmosphère étant 19°.

Cette question d'isolement pourra paraître grave.

On se demandera effectivement si l'on arrivera à


empêcher dans la pratique la perte de calorique
constatée dans de simples expériences, et si cette
perte, se renouvelant sans cesse, n'amènera pas
l'inanité du moteur.
Cette objection n'a aucune portée.
En effet, dans l'expérience précitée, la tempéra
MOTEUR AMMONIAQUE. 53

ture était élevée de 19 à 54°; il y avait donc une


différence assez grande, qui favorisait la déperdition
du calorique. Au contraire dans la pratique, la tem
pérature ne change pas, puisque c'est précisément
la même quantité de chaleur qui, alternativement,
est enlevée et restituée; par conséquent, l'équilibre
restant constant, il n'y a pas à se préoccuper de la
conductibilité des parois.

Mais j'ai parlé de 10 atmosphères et de 25°, tem


pérature correspondante; on peut se demander en
core comment atteindre et maintenir cette tempé
rature, quand celle de l'atmosphère sera moindre.
Je tiens à préciser.
Je n'ai pas du tout entendu dire qu'il fallait mar
cher d'une manière fixe dans ces conditions, j'ai
voulu seulement montrer qu'à une température
moyenne de l'été, l'emploi de l'ammoniaque ne de
vait pas faire redouter des pressions exagérées, et
qu'elle différait ainsi essentiellement des autres gaz
liquéfiés, tels que l'acide carbonique, le protoxyde
d'azote, etc., qui, à 25°, atteignent des pressions
considérables, et dans les conditions actuelles sont
dangereusement maniables. Mon opinion, au con
traire, est qu'il faut marcher à la température de
l'atmosphère; par conséquent, pas de précautions à
prendre contre la conductibilité. Si l'on se reporte
page 8, au tableau des pressions de l'ammoniaque,
il est facile de voir que, même à 0°, ce corps a en
core une pression de 4 atmosphères; pression suffi
sante pour donner de bons résultats, si on a soin
54 FORCE MOTRICE.

de disposer l'appareil, ce qui est facile, pour mar


cher sous n'importe quelle tension qui puisse se
produire dans le cours d'une année.
Au-dessous de 0°, il faudra prendre quelques me
sures spéciales pour l'isolement de l'appareil; ces
mesures n'ont pas une telle importance qu'il faille
pour l'instant y attacher un intérêt spécial.

Il me faut encore dire quelques mots d'un fait


très-sérieux dont l'emploi de l'ammoniaque permet
l'utilisation. Je veux parler du suréchauffement
de la vapeur produite, circonstance excessivement
importante, puisque, avec une très-faible quantité
de combustible, on peut produire une force consi
dérable. Tout le monde sait effectivement que si les
corps exigent une très-grande quantité de calorique
pour passer de l'état liquide à l'état gazeux, les gaz
formés, eux, n'en absorbent au contraire, pour se
dilater, qu'une quantité beaucoup moindre et dépen
dante de leur capacité spécifique pour la chaleur.

Cette question de l'échauffement des gaz ou va


peurs préoccupe depuis longtemps les esprits.
Les machines d'EricsOn, de Lobereau et autres
ont éveillé successivement l'attention sans donner
de résultats bien satisfaisants.
Le moteur Lenoir, quoique différant des précé
dents par la nature des moyens employés, est ce
pendant basé sur le même principe.
La vapeur elle-même a été l'objet d'expériences ,
en ce sens; mais suréchauffer une vapeur ayant
MOTEUR AMMONIAQUE. 55

d'elle-même une température de 160 à 180°, c'est


de suite arriver à des limites qui n'ont plus rien de
pratique.

Seule, l'ammoniaque se présente dans des condi


tions favorables.

Sa vapeur se produit à la température ordinaire ;


elle est donc placée dans d'aussi bonnes conditions
que l'air, quant à la limite d'échauffement maximum
à ne pas dépasser. Mais, tandis que ce dernier ne
possède que la simple pression atmosphérique, que,
par conséquent, il n'a pas de pouvoir mécanique, le
gaz ammoniac s'étant formé sous pression, possède,
lui, une force vive de plusieurs atmosphères, dont
le pouvoir augmente immédiatement, en raison di
recte de la température atteinte. La différence est
grande, et de ce seul fait l'emploi de l'ammoniaque
apparaît dans des conditions bien supérieures aux
autres vapeurs.
Voici un tableau comparatif du calorique spéci
fique de différents gaz. Ce tableau permettra de
juger, en considérant les volumes, que le calorique
spécifique de l'ammoniaque ne diffère pas sensible
ment des autres gaz, et que, par conséquent, l'avan
tage que je viens de signaler lui reste tout entier.

Désignation - Chaleur spécifique


•"------
des gaz. en poids. en volume.

Air entre — 30 et + 10...... 0,2377


Air entre 10 100.. , ... 0,2379 ) ... 0,2378
Air entre 400 225...... 0,2276
56 FORCE MOTRICE.

Désignation Chaleur spécifique


des gaz. § - en volume.

Oxygène ..................... 0,2182 ... .. 0,2412


Azote ........................ 0,2440..... , 0,2370
Hydrogène.... ............. . . 3,4046 ... .. 0,2356
Acide carbonique ... ... ... . 0,2164. ..... 0,3308
Ammoniac ... ............. ... 0,5080. .... 0,2994
Vapeur d'eau ................. 0,4750...... 0,2950
Vapeur d'alcool ............... 0,4513...... 0,7171
Vapeur d'éther vinique. .. , ..... 0,4810...... 1,2296
(M. REGNAULT.)

Puisque j'ai parlé d'air, il me reste une dernière


considération à faire ressortir; elle corroborera ce
que j'ai dit de l'immense avantage que possède
l'ammoniaque au point de vue de l'emmagasinement
de la force.
On a beaucoup parlé de la possibilité qu'il y au
rait à faire servir l'air à cet emmagasinement, et
des travaux fort sérieux ont été tentés en ce sens.
Ces recherches prouvent le grand intérêt qui se rat
tache à la découverte d'un moteur simple, facile
ment maniable, toujours prêt à marcher, et le besoin
que nous éprouvons d'appliquer à nos usages do
mestiques, la force motrice ainsi divisée. Mais, il
faut bien le dire, le but n'a pas encore été atteint.
Eh bien! tandis qu'un mètre cube d'air emmaga
siné sous la pression de 10 atmosphères nécessitera
un récipient d'une contenance de 100 litres, l'am
moniaque, elle, n'exigera pour contenir le même
volume de vapeurs, la même puissance, qu'une
capacité de l litre (voir page 8).
RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE. 57
Cette différence est concluante et démontre d'un
seul coup l'immense supériorité de l'ammoniaque.
Pour qui voudra, par la pensée, comparer l'empla
cement exigé, la force à donner aux parois dans
l'un et l'autre cas, enfin le poids des récipients,
cette supériorité ne fera pas un instant question, et
à tous égards l'ammoniaque se présentera seule,
comme pouvant vraiment donner les résultats cher
chés.

RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE.

Dans l'étude qui précède, on a vu que la pro


duction de la force était basée sur le roulement
suivant :

1° Enfermer dans l'appareil une certaine quantité


d'ammoniaque liquéfiée, qui se vaporise et est re
cueillie après travail fait;

2° Introduire une nouvelle quantité d'ammoniaque


liquéfiée quand la première est utilisée, soit par
exemple toutes les vingt-quatre heures; -

3° Extraire la solution ammoniacale formée dans


la cuve, et la remplacer par de l'eau propre à absor
ber de nouveau l'ammoniaque utilisée ;
58 FORCE MOTRICE.

4° Enfin, rapporter à l'usine centrale cette solu


tion ammoniacale pour régénérer l'ammoniaque pri
mitivement employée et la reporter finalement au
lieu d'exploitation.

Cette dernière opération demande quelques déve


loppements. La disposition adoptée pour ce travail
est figurée planche II.
L'appareil qu'elle présente pourra peut-être paraî
tre compliqué. Je dois faire observer que cet appa
reil, tel que le plan le figure, est établi spéciale
ment pour les grandes villes. En ce qui concerne
les petites localités, l'industrie privée, cet appareil
sera nécessairement simplifié. Ne pouvant, dans ce
travail , m'appuyer trop longuement sur chaque
chose, je décrirai la disposition la plus complète; l'i-
dée du mécanisme de l'opération, du but à atteindre,
sera ainsi plus facilement comprise, et il sera facile
de déduire de là les simplifications à apporter, en
raison de l'importance des exploitations.

J)ESCRIPTION.

Z est une voiture à double compartiment qui con


duit le gaz liquéfié chez les consommateurs et ra
mène à l'usine la solution ammoniacale.
Elle est formée par deux capacités concentriques
hermétiquement closes W, W" : l'une W destinée à
renfermer l'ammoniaque liquéfiée qu'on porte chez
le consommateur; l'autre, au contraire W", sert à
RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE. 59

rapporter à l'usine centrale la solution aqueuse for


mée par l'ammoniaque utilisée, solution qu'il s'agit
de régénérer.

Supposons en ce moment cette voiture rentrant à


l'usine.
Le compartiment W est vide, puisqu'il est réservé
à l'ammoniaque liquéfiée, et que cette ammoniaque
a été laissée en route; au contraire, W" est plein de
la solution qui doit être régénérée.
Il s'agit d'abord de vider ce compartiment et de
rendre ainsi la voiture propre à un nouveau voyage.
Pour cela, un raccord r réunit cette voiture à la
pompe rº, laquelle, à l'aide du tube r"r"r", l'envoie
aux réservoirs cylindriques AAAA. Ces réservoirs
sont disposés sur un chantier A'A' en contre-bas du
sol, dans des conditions telles qu'on puisse constam
ment et facilement vérifier leur état de conservation.
En cas de fuites, une tubulure A", communiquant
avec un robinet mû du dehors, permet de faire arri
ver une quantité d'eau suffisante pour absorber
l'ammoniaque, en éviter la perte, et permettre l'ac
cès de la cuve pour y opérer les réparations conve
nables.
Une pompe B, mue par un moteur, puise con
stamment, à l'aide du tube r"r", le composé ainsi
emmagasiné, et l'envoie, par le tube bbb b, dans un
vase C, suffisamment résistant, où commence la
séparation du produit en achevant la rectification
des vapeurs qui arrivent.
Je dis rectification des vapeurs qui arrivent,
60 FORCE MOTRICE.

parce qu'en effet, il est difficile, si ce n'est impos


sible, de séparer radicalement, industriellement et
d'un seul coup, deux liquides combinés ou simple
ment mélangés, quelle que soit d'ailleurs la diffé
rence de tension de leur vapeur. Or il importe, à
différents titres, d'opérer absolument cette sépa
ration.

En effet, d'une part, l'eau que retiendrait l'am


moniaque augmenterait inutilement les frais de
transport; de l'autre, cette eau, retardant le pou
voir vaporisateur de ce corps, diminuerait notable
ment l'effet mécanique utile.

Pour arriver à cette parfaite séparation, il faut


prendre quelques dispositions spéciales, basées sur
celles que prescrit la pratique en matière de distil
lation. -

Ces dispositions se résument en quatre récipients


séparés, disposés en cascade CC'C"C", aboutissant
à une chaudière C'Cº, laquelle est simplement un
générateur tubulaire, ne différant sensiblement pas
des appareils de ce genre, et que, pour ce motif, il
est inutile de décrire.
Les vapeurs formées dans cette chaudière (nous
verrons plus loin aux dépens de quel corps) s'échap
pent du dôme c par le tube a a, qui débouche dans
un second dôme b. - -

Les gouttes de liquide entraînées mécaniquement


retombent dans ce second dôme ; elles s'amassent
autour du flotteur d. Lorsqu'elles sont en quantité
RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE. 61

suffisante, elles le soulèvent, et le liquide ainsi


amené rentre dans la chaudière par l'intermédiaire
du plongeur d'd'. Quant aux vapeurs, grossière
ment purifiées, elles s'échappent par le tube f, f, f,
pénètrent dans le récipient C" par le tube e e e, qui
se replie en spirale horizontale.
Cette spirale est percée d'une infinité de petits
trous, lesquels permettent l'échappement de la va
peur ainsi amenée. Cette vapeur s'échappe à tra
vers la masse du liquide qui remplit C" jusqu'au
niveau c'c'. Elle s'y lave, s'y purifiant par consé
quent. Elle s'échappe à nouveau par le tube f"f"f",
analogue à e'e'e', et n'en différenciant qu'en ce qu'il
aboutit au vase C", où, de nouveau, un second la
vage s'opère aux dépens du liquide qui remplit ce
second vase jusqu'au niveau c"c".
Ce lavage fait, les vapeurs s'échappent de C", tra
versent dans les mêmes conditions C ; enfin, elles
arrivent dans C notablement épurées par ces lavages
successifs. -

Or, dans le vase C, nous avons vu qu'arrivait,


amené par la pompe B, le liquide très-riche emma
gasiné dans les réservoirs AAAA. L'ammoniaque
que renferme ce liquide a une très-grande tendance
à se volatiliser; mais pour cela il lui faut du calo
rique latent : elle le trouve en condensant des va
peurs plus aqueuses, lesquelles ne sont autres que
les vapeurs d'eau entraînées jusque-là, et qui, ainsi
condensées, restent à l'état liquide dans C.
Lorsque cette capacité est remplie, et par cette
condensation, et par l'afflux qui vient de A,A,A,A,
62 FORCE MOTRICE.

le liquide affaibli qu'elle contient arrive au ni


veau c'c". Là il rencontre l'ouverture du tube tt ; il
s'écoule par cet orifice. Arrivé dans C', il s'y amasse
encore, se dépouillant toujours de l'ammoniaque
qu'il contient au profit des vapeurs qui traversent C',
et, par conséquent, s'y enrichissent. Il atteint enfin
le niveau cºcº, gagne le vase C", où se passe la
même opération, puis arrive dans C", pour de là
gagner enfin la chaudière C*C*.
Ainsi donc, tandis que montent constamment
dans la série en cascade C"C"C'C, des vapeurs. qui
de plus en plus s'enrichissent; inversement de cette
même cascade, s'écoule un liquide de plus en plus
appauvri, qui finalement vient alimenter la chau
dière C'C".

Il importe que ce liquide appauvri perde toute son


ammoniaque puisqu'il doit être expulsé.

Pour atteindre ce dernier résultat, un flotteur est


placé dans une capacité E, laquelle est réunie à la
chaudière C'C" par deux conduits g g, g'g', en sorte
que le niveau de cette capacité soit toujours celui
de la chaudière C'Cº. Dans ces conditions, il est
évident qu'à mesure que le liquide arrivera dans la
chaudière et s'y amassera, le flotteur E" du vase E
sera soulevé; dès lors, tout le liquide excédant
le niveau normal s'écoulera, et comme ce liquide est
l'eau épuisée venant de la solution, que cette solution
arrivant de l'autre extrémité de la chaudière a achevé
dans tout son parcours à travers ladite chaudière de
RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE. 63

s'épurer, elle ne contiendra plus d'ammoniaque à son


arrivée dans E. Pour plus de certitude, l'orifice d'é-
chappement de E débouche dans un vase F, où l'eau
ne supporte plus que la seule pression de l'atmosphère.
L'excès de calorique latent qu'elle emportait, déter
mine la formation de vapeurs, qui emmènent les
dernières traces d'ammoniaque s'il en pouvait
exister encore. Ces vapeurs peuvent être recueillies
et concentrées à l'aide d'un mode analogue à celui
que je viens de décrire.
Malgré toutes ces précautions, l'affinité des deux
corps est telle, que les vapeurs d'ammoniaque qui
s'échappent de C sont encore aqueuses. Pour les
obtenir complétement purifiées, il faut les faire pas
ser sur un corps très-avide d'eau, soit de la potasse.
La colonne G G permet d'obtenir ce desséchement.

Elle porte à sa partie inférieure un diaphragme


criblé de trous g"g"; on peut aussi la remplir de
fragments de coke, de ponce, en un mot de matière
inerte, mais grossièrement poreuse, de manière à
diviser aussi bien le courant gazeux que la potasse
employée.

La potasse ne peut pas être utilisée à l'état so


lide ; on comprend facilement qu'à chaque renou
vellement de matières il faudrait défaire les joints,
par conséquent suspendre la marche de l'appareil,
sacrifier les vapeurs emmagasinées dans la co
lonne G G, etc., etc., ce qui serait un grave incon
vénient.
Pour y obvier, il faut employer la potasse à l'état
64 FORCE MOTRICE.

liquide, mais très-concentrée, et, comme dans ces


conditions, le pouvoir desséchant de ce corps est de
beaucoup diminué, il convient de l'employer à de
hautes températures, 100 à 120°, de manière à
obtenir sa fluidité, tout en conservant son avidité
pour l'eau.
Dans ces conditions, une pompe l l, à l'aide du
tube l' l' le puise constamment dans la chaudière L,
et l'introduit par le tube g gg dans la colonne G G.
Ce tube débouchant à la partie supérieure de la
colonne projette ainsi constamment la potasse sur la
ponce qui la remplit.

Une précaution est là à prendre.

Je viens de dire que la potasse qui est amenée


dans la colonne était fluide parce qu'elle a été
chauffée. Si elle venait à se refroidir, il est clair qu'il
y aurait immédiatement obstruction des tuyaux, par
conséquent arrêt de la circulation. Afin d'éviter ce
contre-temps, toutes les conduites recevant la po
tasse, ainsi que la pompe l l, sont entourées d'une
chemise dans laquelle on fait circuler de la vapeur.
Cette vapeur tient suffisamment échauffées ces par
ties de l'appareil, et dans ces conditions on n'a plus
à redouter l'obstruction dont il s'agit, puisque par
tout on opère à la même température. La potasse,
étant ainsi introduite dans la colonne G G, descend
lentement en cheminant sur la ponce. Dans ce tra
jet effectué de haut en bas, elle se croise avec les
vapeurs à dessécher qui arrivent à la base de la
RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE. 65

colonne G G, par le tube fº, fº, fº, et la parcourent


au contraire de bas en haut.
De ce contact prolongé résulte la condensation
des vapeurs d'eau, par suite l'hydratation de plus en
plus prononcée de la potasse, qui, devenant de plus
en plus fluide à mesure qu'elle descend, traverse le
diaphragme g"g", s'amasse à la base de la colonne,
d'où elle s'échappe par le conduit d'd". Ce conduit
la mène dans la pièce à flotteur E*, eù, lorsqu'elle est
en assez grande quantité, elle soulève le flotteur Eº,
s'échappant alors facilement par le tube d"d" pour
aller dans la chaudière L, de nouveau se concentrer,
et rentrer dans la circulation à l'aide de la pompe ll.
Mais en industrie les faits ne se passent jamais
d'une manière absolue, il faut toujours tenir compte
des circonstances accessoires.

Dans le cas présent, voici ce qui arrive :


Quelque peu d'affinité qu'ait la potasse pour l'am
moniaque, la solution du premier corps ne s'en ira
cependant pas, sans entraîner une certaine propor
tion du second.
Pour le recueillir, avant de faire arriver la potasse
dans la chaudière L, on fait passer la solution dans
la cascade NN'N".

Quelques mots sur cette cascade et l'appareil de


concentration.

Celui-ci se compose de la chaudière L, montée sur


un fourneau convenable L'L'.
5
66 FORCE MOTRICE.

Sous l'influence du calorique que dégage la com


bustion dans ce fourneau, le liquide que contient L
se concentre; des vapeurs aqueuses résultent natu
rellement de cette concentration. Elles s'échappent
par le conduit l"l", qui, après avoir fourni une prise
de vapeur à l'appareil d'alimentation, se recourbe,
pour introduire ces vapeurs, dans le serpentin nºn";
lequel les laisse finalement expulser au dehors.
En continuant l'opération, les matières se concen
trent dans la chaudière L. Ainsi concentrées, elles
y sont constamment puisées, par la pompe ll, à l'aide
du tube l'l'; cette pompe les envoie, comme nous
l'avons déjà vu, dans l'épurateur G G.
Mais ce n'est pas seulement la concentration de
la potasse qu'il fallait opérer. Préalablement à cette
opération il fallait dégager, des matières à concen
trer, l'ammoniaque qui pouvait être entraînée par la
solution.
Pour cela on fait arriver cette solution, non pas
directement dans la chaudière L, mais bien dans le
dernier des laveurs N. Cette solution s'amasse dans N
jusqu'à la hauteur du trop pleinn. Celui-ci la ramène
à la base de N' où, de nouveau, elle s'amasse jus
qu'en n'; de là elle s'écoule dans N", qui finalement,
par un troisième trop plein n", la laisser écouler dans
l'alimenteur Y, lequell'envoie à la chaudière de con
centration L.
Or, pendant ce trajet, le phénomène d'expulsion
de l'ammoniaque que nous recherchions s'est pro
duit. -

fy

En effet, nous savons que le serpentin n' n" est


RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE. 67

parcouru intérieurement par les vapeurs de la chau


dière.
Sous l'influence de cette vaporisation, toute l'am
moniaque que pouvait entraîner la potasse que con
tient N" se vaporise. Mais ces vapeurs entraînent
de l'eau, elles sont ramenées par le tube i i dans le
second laveur N' où, de nouveau, elles se lavent,
chassant toujours l'ammoniaque que le liquide de
ce laveur pouvait contenir; enfin ces vapeurs, de
nOuveau enrichies, viennent se laver une troisième
fois dans N, d'où elles sortent presque pures et
Vont, par le tube i'i" et la conduite jj, se dissoudre
dans un vase à absorption XX'X".
De cette manœuvre accessoire résulte donc ceci :
Un courant de liquide qui part de N allant jus
qu'en N", toujours en s'appauvrissant; tandis qu'au
contraire un courant de vapeurs part de N" allant
en sens contraire, toujours en s'enrichissant, pour
finalement s'échapper par i" et aller s'emmagasiner
dans la colonne d'absorption XX'X". Quant à la
solution de potasse, elle se rend à la chaudière L
suffisamment épuisée. Là elle est ramenée au point
de concentration voulu par l'opération.

Je reviens au gaz desséché qui s'échappe par la


tubulure h de la colonne G G.

Pour le condenser voici le mode que j'emploie :


Un tube h'h'h' relie la tubulure h à un serpen
tin H d'un diamètre suffisant. Ce serpentin est par
couru de haut en bas par les vapeurs ammoniacales
68 FORCE MOTRICE.

que nous amenons par la conduite h'h'h'. D'un


autre côté, arrive à la base de H, par une tubulure
à robinet h", un courant d'eau froide, lequel, mar
chant en sens contraire du courant gazeux, remplit
le cylindre. Finalement, ce courant s'échappe par
une tubulure supérieure vue en k.
De ce double travail résulte ceci : enlèvement du
calorique sensible que possédait l'ammoniaque ame
née, et, par conséquent, abaissement de sa tempé
rature, jusqu'à celle environ de l'eau de réfrigéra
tion. -

De la tubulure k du refroidisseur H s'échappe


donc du gaz à la température ordinaire.
Ce gaz est amené, par la conduite k"k", à deux
pompes de compression accouplées, qui se voient
transversalement en MM.
Sous l'action de ces pompes, l'ammoniaque est
comprimée, dans le triple serpentin que renferme la
bâche du condenseur O.
Cette bâche est parcourue de bas en haut par un
courant d'eau froide venant du réservoir P. Sous la
double influence de la pression que donnent les pom
pes MM, de ce courant d'eau froide, l'ammoniaque
se condense, arrive à la base des serpentins et
s'écoule par les tubulures OOO qui se réunissent
en un conduit O'O'O'. Ce conduit les amène dans
les vases récepteurs QQQ, d'où le liquide, ainsi
préparé, est extrait pour les besoins de la consom
mation.

La colonne XX'X" est destinée à recevoir les va


RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE. 69

peurs ammoniacales que la manutention de l'appa


reil forcerait à dégager.
Pour cela, une conduite générale jjjj amène
toutes ces vapeurs dans un vase de sûreté x, lequel
les laisse échapper par un tube x'x'. Ce tube se
recourbe intérieurement et vient plonger à la base
de la capacité X. Là les vapeurs ammoniacales se
dissolvent.
Quand l'eau que contient X est saturée, les va
peurs s'échappent par le tube à cloche mm qui les
ramène à la base de la seconde capacité X', où, de
nouveau, elles rencontrent de l'eau en quantité con
venable. Un niveau permet de juger quand l'ab
sorption est complète dans X.
Ce point étant atteint, on met en jeu la pompe r"
qui, aspirant le liquide que contient X, l'envoie par
la conduite r"r" r" dans les réservoirs AAAA, où il
est réuni à la masse du liquide à régénérer.
Pendant cette opération, le fonctionnement de la co
lonne d'absorption ne cesse pas, puisque les vapeurs
ammoniacales passent facilement dans la capacité X'
par le tube à cloche MM. Lorsque X est compléte
ment vide, ce que permet de voir le niveau z, on
ferme la communication entre la colonne d'absorp
tion et la pompe rº. On ouvre le robinet a", par con
séquent tout le liquide de X' vient s'emmagasiner
dans X. On referme a"; il s'agit maintenant de ra
mener dans X' la quantité d'eau suffisante au tra
vail d'une opération d'absorption.
La capacité X" va nous fournir ce moyen.
En effet, à l'aide du robinet m' on fait arriver fa
70 FORCE MOTRICE.

cilement dans son intérieur l'eau de la bâche P.


Quand elle est pleine, et ceci se voit facilement à
l'aide du niveau zº, on ferme m'; on n'a plus alors
qu'à ouvrir m" pour qu'aussitôt, le liquide que con
tient x", vienne remplir la capacité X'.
Si cette quantité ainsi émise ne suffit pas pour
remplir X' au point convenable, ce qui se voit faci
lement à l'aide d'un niveau que porte cette capacité,
on renouvelle l'opération, et cette seconde émission
de liquide suffit amplement pour parfaire la quan
tité voulue.

La colonne d'absorption n'a pas seulement pour


but de recueillir les gaz qui peuvent être dégagés
du corps absorbant, elle a encore pour objet d'absor
ber ceux qui pourraient s'échapper par les rivures
ou autres imperfections des appareils.
Pour cela, tous les récipients, qui contiennent
l'ammoniaque en travail ou liquéfiée, sont entourés
d'une enveloppe en tôle moins résistante qu'eux,
mais suffisamment étanche. Ces enveloppes sont en
communication par chacune une conduite spéciale,
avec la conduite générale jjjj, etc., qui mène au
vase à absorption.

De cette disposition résulte ceci :

C'est que si à une pièce quelconque une fuite se


déclare pendant le travail :
1° ll n'y a pas de perte;
2° L'air n'est pas rendu suffocant.
RÉGÉNÉRATION DE L'AMMONIAQUE. 7I

Toute l'ammoniaque qui se dégage étant conduite


à la colonne d'absorption où elle se dissout, s'em
magasine, pour de là rentrer à l'état de matière pre
mière, dans la circulation générale.

Un autre avantage résulte de cette disposition :

C'est de former autour de chaque pièce une


couche gazeuse qui aide puissamment à la conser
vation du calorique qu'on y envoie.

Nous avons laissé l'ammoniaque emmagasinée


dans les récipients Q Q Q, il s'agit de la transporter
à domicile.
La voiture Z qui a amené la solution ammoniacale
va servir à cette opération. Pour cela, on l'amène à
proximité des récipients Q Q Q Q. Ceux-ci se pro
longent à l'extérieur par un tube s s s terminé par
un raccord s'. Un robinet spécial s", emmanché au
bout d'un tube flexible et résistant t t, permet de
remplir à volonté la capacité intérieure W. Cette
capacité remplie, on détache le robinet s", lequel est
disposé de façon à ne laisser acune perte de liquide
se produire au moment de la séparation. L'ammo
niaque ainsi emmagasinée peut aller se distribuer
au loin, le même robinet s" trouvant à se greffer,
comme je l'ai déjà expliqué, chez chaque consom
mateur, dans des conditions que nous verrons dé
terminées plus loin planche X.
72 FORCE MOTRICE.

APPLICATIONS.

J'ai dit que la force domestiquée par l'ammoniaque


était destinée à prendre une place considérable dans
l'industrie; je vais, par quelques citations, démon
trer l'exactitude de ce que j'ai avancé.

FORCE INDUSTRIELLE.

Dans les grandes villes comme Paris, on a eu


vite apprécié, l'énorme différence existant entre la
force vapeur produite en grand, et celle produite en
minime proportion. Si à cela on ajoute, l'impossibilité
d'établir facilement des machines à vapeur ailleurs
que sur le sol, on comprendra vite, comment est
venue l'industrie, qui consiste à louer de la force.
Avec l'ammoniaque, plus de nécessité d'aller s'é-
tablir dans des locaux spéciaux. Depuis un demi
cheval jusqu'à cinq chevaux, il est possible d'obtenir
une puissance pouvant être établie partout. Se prê
tant à toutes les exigences, elle peut être montée à
demeure ou mobilisable. On peut plus : on peut,
sur de simples brouettes, établir des moteurs, qui,
devenant l'auxiliaire de l'ouvrier, porteront la force,
là où il aura à travailler.
Dans les maisons, peu importe les étages, partout
elle pourra être installée.
Rendue ainsi accessible pour tous, non-seulement
APPLICATIONS. 73

la force motrice prendra place dans les ateliers im


portants, mais, se prêtant aux plus humbles labeurs,
elle fera mouvoir aussi bien la machine à coudre de
l'ouvrière que le tour de l'ébéniste; la scie du char
pentier que le soufflet du forgeron; tout cela, à des
conditions plus économiques cependant que la force
de l'homme ou que la force vapeur produite dans
les mêmes proportions. -

Là, est pour la petite industrie, une véritable ré


volution. Grâce à elle, les machines-outils, de quel
que nature qu'elles soient, pourront pénétrer chez
l'homme qui travaille par lui-même, devenir en un
mot, les organes pratiques des moindres établisse
mentS.

Ce résultat bien des fois a été cherché. Son im


portance n'avait échappé à personne; mais jusqu'ici
le but n'avait pu être atteint. Les machines à air
chaud, l'air comprimé, ont successivement été l'ob
jet de tentatives impuissantes; la machine à gaz
elle-même n'a été qu'une solution incomplète du
problème.
Seul, le moteur ammoniaque apparaît, avec les
avantages spéciaux nécessaires. Comme la machine
à gaz, il ne lui faut ni feu ni mise en train; instan
tanément aussi il est prêt à marcher comme à se
reposer; mais de plus, il jouit de tous les avantages
de la machine à vapeur, tout en restant affranchi
des inconvénients qu'amène la production et la
combustion du gaz.
74 FORCE MOTRICE.

C'est, en un mot, une véritable domestication de


la force, et laissant de côté le champ qu'ouvre au
comfort, aux habitudes de la vie, la vulgarisation
de cette nouvelle puissance, pour n'envisager que
la question industrielle; il est permis de dire aujour
d'hui, que ce n'est plus l'industrie qui ira chercher .
la force, mais la force, qui désormais ira trouver
l'industrie.

PÉTRINS MÉCANIQUES.

La boulangerie est, de tous les métiers, celui quu


a le plus à faire au point de vue industriel. Ce fait
est assez notoire pour que je n'aie pas à y insister ;
qu'il me suffise de faire remarquer seulement, que
pour substituer facilement les engins mécaniques
au travail des bras, la question la plus importante
est précisément celle de la force motrice.
En effet, la boulangerie n'exige pas un travail
permanent, mais seulement une force vive de quel
ques heures, ordinairement la nuit.
Le travail mécanique dans ces conditions devient
onéreux. Mais, outre le prix élevé de la force obte
nue pour cet usage par les moyens ordinaires, il
faut encore compter avec une installation coûteuse,
qui, de plus par ses exigences, viendrait réduire l'es
pace déjà si circonscrit dont dispose chaque boulan
ger. Il ne faut pas en effet l'oublier, la boulangerie
est une antique industrie, qui s'exerçant au milieu
des villes, ne dispose le plus souvent que de locaux
réduits et mal distribués. Or, la machine à vapeur,
APPLICATIONS. 75

avec ses accessoires, ne se prête guère à cet état de


choses.

Avec l'ammoniaque, les résultats cherchés sont


obtenus et les inconvénients évités.

On apporte le matin ce qu'il faut de ce corps; peu


importe ensuite qu'on dépense sa force, le jour, la
nuit, continuellement ou avec interruption. La force
est toujours là, vive, prête à être employée, sans
chauffeur, sans qu'on pense à elle ; circonstances
absolument nécessaires pour une industrie, qui, par
sa division en de nombreuses mains, ne peut être
manufacturière, et qui cependant, tend à sortir des
données primitives dans lesquelles elle s'agite de
puis des siècles, au grand détriment de l'hygiène
et de la propreté.

GRUES.

On commence à faire des grues à vapeur, mais les


engins ainsi combinés sont appliqués aux seuls tra
vaux constants et journaliers, tels que l'enlèvement
des charbons ou autres matières courantes.
Les soins que demande une chaudière à vapeur,
la mise en feu, etc., etc., ne s'accordent guère, en
effet, avec le travail irrégulier de ces sortes d'appa
reils. Tantôt l'arrimage d'une pièce demande un
temps très-long, tantôt il faut enlever des animaux
vivants rebelles à la manœuvre, tantôt enfin ce sont
des poids énormes, succédant à des objets volumi
76 FORCE MOTRICE.

neux et légers, qu'il faut soulever. En d'autres


circonstances, le travail de la journée se réduit à
quelques heures; tout, en un mot, tend à rendre
l'emploi de la vapeur impossible, celle-ci perdant
tous ses avantages dès que le service n'est plus
régulier et permanent.
Avec l'ammoniaque, plus besoin de surveillance
spéciale ni de précaution. Un simple réservoir con
tenant ce liquide et le moteur que je viens de dé
crire, voilà l'appareil prêt à marcher en tout temps,
quelles que soient les irrégularités et les nécessités
du travail. Un robinet à ouvrir, et l'action est four
nie, sans que le coût de ce travail cesse un seul
instant d'être proportionnel à l'effet utile obtenu.
Peu importe ensuite, que la quantité d'ammonia
que emmagasinée soit usée en un jour, deux jours,
huit jours! L'appareil ne dépense que lorsqu'il agit,
par conséquent, reste toujours instantanément prêt
aux exigences du service qu'il a à remplir.

INDUSTRIE DU BATIMENT.

S'il est possible d'installer des grues par la force


ammoniaque, à plus forte raison devient-il possible
d'utiliser ce mode d'action pour l'ascension des ma
tériaux de construction.
Le montage mécanique de ces matières prend
chaque jour plus d'extension. Qui ne voit de tous
côtés, dans les nouvelles constructions, se multi
plier les locomobiles, les moteurs à gaz, voire même
les monte-charge hydrauliques. Je ne discuterai ici
APPLICATIONSs 77

le mérite d'aucun de ces moyens d'action, ce travail


n'étant pas la critique de ce qui existe, mais l'ex
posé simple de résultats nouveaux à obtenir; je dirai
seulement, qu'avec l'ammoniaque, pas de surveil
lance spéciale, pas d'eau, pas de charbon, pas de
gaz : un robinet ouvert par un manœuvre, quand la
charge est prête, et tout est dit.
C'est toujours le même fait, un ressort endormi
tant qu'on ne veut pas de lui, mais se détendant
instantanément, puissant et actif, au moment du
travail.

PALIERS MOBILES.

Les masses de population qui se pressent dans les


grandes villes ont fait entasser étage sur étage.
Qui ne sait la fatigue que cause, à ceux qui habi
tent les appartements supérieurs, la nécessité de
gravir de longs escaliers! Qui ne sait la dépréciation
qu'apporte cette fatigue aux locaux ainsi situés;
enfin, qui ignore encore, qu'avec dés moyens d'accès
faciles, les étages élevés, baignés par le soleil, l'air
pur, plus éloignés du bruit, deviendraient recher
chés !

Ces conditions ont frappé depuis longtemps l'at


tention, et on a cherché à supprimer les escaliers et
à les remplacer par des paliers mobiles.

Mais une question s'est présentée : la force utile.


Force qu'il faut petite, permanente, indépendante,
78 FoRCE MOTRICE.
fonctionnant sous la main du premier venu, sans
surveillance, sans autres soins qu'un simple grais
sage. Cette force n'existant pas, l'application est
restée là.
La vapeur ne pouvait effectivement la fournir ;
mais l'ammoniaque répond précisément à toutes ces
exigences : de jour, de nuit, par une permanence
incessante, elle peut devenir tributaire du premier
passant. La main placée sur un cordon suffira pour
l'animer. Par cette action, aussi facile que simple,
elle rendra possible une innovation utile et appré
ciée.

POMPES A INCENDIE.

Lorsqu'un incendie éclate, les bras manquent sou


vent au service des pompes, par suite leur manœu
vre souffre ; et, comme en présence du feu les
minutes sont précieuses, chaque ralentissement dans
le jeu de ces appareils laisse au fléau un répit, qui
augmente le désastre.
Avec des pompes mues par l'ammoniaque, un
seul pompier, agissant sur l'ordre de son chef, peut
lancer des torrents d'eau. Trois résultats sont la
conséquence de ce fait :

1° Spontanéité des secours;

2° Puissance et continuité du jet sans force hu


maine dépensée;
3° Possibilité d'utiliser et de disperser les pompiers
APPLICATIONS. 79

sur les points attaqués, leur surveillance et leurs


efforts devenant inutiles au service des pompes.

On a bien essayé la vapeur, mais toujours elle


arrive avec ses inconvénients : son fourneau à mettre
en feu, à entretenir, à activer, à ralentir; sa vapeur,
son alimentation àsurveiller; difficultés qu'augmente
encore le milieu tumultueux dans lequel il faut
agir.

Rien de tout cela pour l'ammoniaque : un cylindre


en tôle contenant tout l'appareil, portant sur ses
flancs une ou plusieurs pompes, et tout est dit.
Il y a plus; non-seulement l'appareil endormi sous
sa remise sera toujours instantanément prêt au mo
ment du danger, mais en le combinant avec les
moyens de traction que j'expliquerai plus loin, il
peut de lui-même, à la première alerte, se transpor
ter sur le théâtre de l'incendie ; emportant sur son
bâtis, disposé en conséquence, aussi bien les moyens
d'action, que les hommes qui doivent aller combattre
le fléau.

Si maintenant on considère que, pour obtenir ces


divers résultats, il n'y a ni feu à préparer, ni che
vaux à atteler, mais rien et toujours qu'un seul ro
binet à tourner, il est facile de comprendre, que pour
combattre un ennemi aussi imprévu que le feu, nul
moyen ne peut lutter d'efficacité avecl'ammoniaque ;
que désormais, nuit et jour, nous aurons là, sous la
main, un auxiliaire aussi docile que puissant.
80 FORCE MOTRICE.

POMPES, IRRIGATIONS.

Cette question sera traitée spécialement plus loin ;


je n'en veux parler ici que pour mémoire, mention
nant seulement la possibilité d'utiliser le moteur
ammoniaque à ces différents services.

NAVIGATION FLUVIALE.

Les transports sur les canaux et les fleuves ten


dent journellement à prendre plus d'importance, et
cette importance deviendra considérable, le jour où
l'on aura substitué, au halage des chevaux, la trac
tion mécanique.
Il n'est pas de mode plus simple et plus rationnel
que le halage au moyen de chaînes immergées dans
les eaux; mais pour cela il faut à bord un moteur,
et un moteur facilement manœuvrable par de sim
ples bateliers.

Or, en est-il un plus simple que le moteur ammo


niaque ?

Avec lui, pas de surveillance, pas de précautions


au passage des usines, des écluses; pas de mécani
cien, n'importe quel homme de l'équipage placé à
proximité suffit à donner la vitesse, ralentir, arrêter ;
enfin, pas de chances d'incendie ni d'explosion.
N'est-ce pas là l'engin qu'il faut mettre sous la
main du marinier, généralement si peu familier avec
APPLICATIONS. 81

l'industrie et se. exigences, et n'y a-t-il pas là une


source de prospérité pour une industrie à laquelle
les voies ferrées font une si dure concurrence ?

BACS MÉCANIQUES.

Les servitudes de la navigation ou d'autres cir


constances forcent souvent à unir, par de simples
bacs, des rives parfois populeuses. Presque toutes les
embouchures des fleuves sont dans ce cas, et de
très grandes villes, telles que Rouen et Bordeaux,
ne peuvent avoir de ponts qu'à une de leurs extré
mités, sous peine de voir la navigation déserter
leurs quais.
Mais, outre les dangers inhérents au batelage, il
y a aussi, lorsque les espaces à traverser sont un
peu longs, les questions de vitesse, de prix, de ré
gularité de départ.

La vapeur ne peut être employée que dans quel


ques cas ; mais, avec l'ammoniaque, le transport
mécanique devient sûr, facile, peu coûteux. Peu
importe que les services soient réguliers ou irré
guliers, la force, par conséquent le bateau, est tou
jours prête.

J'ai cité des villes populeuses pour la population


desquelles l'emploi de l'ammoniaque, en multipliant
les moyens
munication. de transport, deviendra un lien de com
' •

Mais s'il s'agit de fleuves larges, à traverses dif


6
82 FORCE MOTRICE.

ficiles et parfois dangereuses, les bacs mécaniques


seront autrement utiles.
Avec eux, plus de cordages que l'humidité dété
riore et rend cassants, plus d'engins encombrants.
La force mécanique se substituera à l'ancienne rou
tine, et ce progrès ne sera pas seulement matériel.
En se généralisant, les bacs mécaniques permettront
la fréquence des rapports entre populations rive
raines, que de longs détours tiennent éloignées les
unes des autres. Or, du contact des individus résulte
toujours l'avancement du progrès.

La vapeur, du reste, a déjà facilité ces rapproche


mentS.

On voyait, en effet, ces jours derniers dans les


journaux, la note suivante :

« Le rapport annuel de l'inspecteur de la police


constate qu'en 1864 il y avait à New-York quinze
ferries, ou lignes de bateaux à vapeur, desservies
par 72 navires, ayant transporté 70 millions de per
sonnes. On sait que New-York est construite sur une
île longue et étroite, celle de Manhattan, bordée
par la rivière de Harlem, par l'Hudson et par un
bras de l'Atlantique. Il existe un pont mouvant sur
la rivière de Harlem, mais il a été impossible d'en
construire sur les deux autres cours d'eau, trop
larges et sillonnés sans cesse par des vaisseaux à
trois mâts. Or, en face de New-York, de l'autre côté
de l'Hudson et du bras de mer, se trouvent les villes
APPLICATIONS. 83

de Jersey City, Hoboken, Brooklyn et Williamsburg,


comptant ensemble près d'un million d'habitants, et
en relations continues avec New-York, peuplée elle
même d'un million d'âmes.
« Les Américains ont alors inventé les ferries ou
bacs à vapeur. Il y en a quinze stations du côté seul
de New-York, et elles sont desservies par 72 ba
teaux, comme nous l'avons dit. Ces bateaux n'ont
ni avant ni arrière, et leur pont s'adapte parfaite
ment au quai, de sorte que chevaux et voitures peu
vent facilement aborder ces sortes de planches mou
vantes et les quitter, sans que les cochers descendent
de leurs siéges, ou que les bêtes se soient doutées
qu'elles ont traversé l'eau. A droite et à gauche des
ferry boats sont d'élégants salons pour les pas
sagers.
« La traversée de New-York à Brooklyn, à Jersey
City ou à Williamsburg n'est que de cinq à huit mi
nutes, et, en 1862, ce passage coûtait 5 centimes,
1 cent. Nous croyons que le prix a doublé depuis
l'enchérissement général de toutes choses aux États
Unis, enchérissement amené par la guerre et l'émis
sion du papier-monnaie. -

« Les ferry boats marchent presque tous, jour et


nuit, et partent du quai toutes les cinq minutes. »

Qu'on mette en comparaison maintenant les ser


vitudes qu'imposent la vapeur, la spontanéité de
puissance de l'ammoniaque; la valeur de chaque
genre d'appareils sera facile ensuite à déterminer.
84 FORCE MOTRICE.

TRACTION MÉCANIQUE.

J'arrive ici à la plus importante des applications


industrielles de l'ammoniaque, et pour bien faire
comprendre ce sujet et les conséquences qu'il em
brasse, je suis obligé de diviser les questions qui s'y
rattachent en plusieurs groupes spéciaux. Je vais
donc étudier la traction mécanique dans ses appli
cations :

l° Aux voies ordinaires,

2° Aux voies ferrées,

3° A l'établissement des chemins de fer vicinaux


et départementaux.

J'aborde immédiatement le premier sujet.

VOIES ORDINAIRES.

On a maintes fois cherché à appliquer la vapeur à


la traction des voitures sur les routes, et cette in
dustrie, malgré les inconvénients que je vais signa
ler, a pris un certain développement. En Angleterre,
notamment, on compte un assez grand nombre de
ces véhicules. Ce genre de constructions y a déjà sa
spécialité de constructeurs.
Cette tendance, qui répond à un besoin du pro
grès, se trouve enrayée par les inconvénients de la
APPLICATIONS. 85

vapeur; inconvénients tels, que, malgré les avan


tages à retirer de ce mode de traction, l'usage en
est encore restreint.
En effet, pour que la traction mécanique supplée
le cheval, il faut que l'appareil satisfasse à toutes les
facilités que donne l'animal, tout en présentant sur
son travail une économie sérieuse.
Or, la vapeur, avec la nécessité d'un chauffeur,
la difficulté de régler et de maintenir sa tension, les
exigences d'arrêts prévus ou imprévus, le feu traîné
dans les rues ou sur les routes, la fumée, la vapeur
exhalées dans l'atmosphère, le bruit, etc., etc., ne
peut convenir à la généralité des cas, pas plus qu'à
la circulation des grandes villes. Elle ne peut tout
au plus avoir pour objet que des transports spé
ciaux. C'est ainsi qu'à Londres, on l'a utilisée, mais
la nuit seulement, pour traîner de lourds fardiers.
L'ammoniaque , au contraire , n'exigeant aucun
soin, aucune surveillance, étant toujours prête à
donner sa puissance, remplit le but dans des condi
tions complétement avantageuses.

On a bien cherché, pour éviter la vapeur, à re


courir à d'autres moyens. L'air comprimé a été mis
en avant, et des expériences très-sérieuses ont été
tentées en vue de son application (l). On arrivait

(1) Ceux qui voudraient étudier ce sujet consulteront avec


avantage l'ouvrage intitulé l'Air comprimé, de M. Gaugain, le
quel contient l'exposé d'intéressantes recherches. (Paris, 1858,
bureau du Journal des Mines.)
86 FORCE MOTRICE.

ainsi à obvier en partie aux inconvénients que je


viens de signaler; mais quelles difficultés d'emma
gasinement se présentaient, auprès des facilités que
donne l'ammoniaque !
J'ai déjà indiqué ces difficultés; cependant, pour
bien faire apprécier l'importance du rôle que doit
jouer l'ammoniaque dans cette question de traction
mécanique, il convient de rappeler encore : qu'un
litre de gaz liquéfié, ayant 10 atmosphères de pres
sion, contient autant de puissance motrice que
cent litres d'air comprimé à la même pression; que,
par conséquent, 20 litres de gaz liquéfié équivau
draient au travail moteur de deux mètres cubes d'air
comprimé à 10 atmosphères.

Or, voit-on des véhicules chargés de semblables


réservoirs ?

Je sais qu'on a parlé de pressions plus considé


rables. -

Sans discuter ici les inconvénients qu'il y aurait


à laisser circuler des appareils, soumis à d'aussi
fortes tensions; ne voit-on pas encore quels poids
énormes comporteraient toujours des réservoirs aussi
volumineux et aussi résistants ?

Avec l'ammoniaque tout cela disparaît : au lieu


de vastes capacités, il n'y a plus que de petits réci
pients; la force a été véritablement condensée, mise
en bouteille.
APPLICATIONS. 87

Si l'air, comme l'ammoniaque, peut être avanta


geusement surchauffé, son infériorité reparaît quand
il s'agit de frottements. Sa compression est plus
difficile que celle de l'ammoniaque. Sa pression di
minue au fur et à mesure qu'il s'écoule. Il faut des
appareils spéciaux pour régulariser son émission.
L'ammoniaque, elle, jusqu'à la dernière goutte, con
serve sa puissance initiale.

Je n'ai rien à dire des gaz comburants, qui ne


peuvent être utilement employés dans la traction,
ni des moteurs à acide carbonique, protoxyde d'a-
zote, etc., etc., qui tous pèchent par la base — la
somme de calorique latent qu'il leur faut absorber.
Il me reste, la supériorité de l'ammoniaque étant
établie sur ses seuls concurrents — la vapeur et
l'air, — il me reste, dis-je, à passer à la description
des moyens à employer pour réaliser la traction
mécanique. -

La planche III figure le cheval ammoniaque appli


cable à toutes les voitures actuellement construites.
La description de cette figure suffira, pour faire com
prendre les moyens d'action, qu'en fait de traction
mécanique, l'ammoniaque permet d'utiliser

DESCRIPTION.

La planche III présente une coupe transversale de


l'appareil et une vue extérieure.
88 FORCE MOTRICE.

Son principe est celui-ci :

Faire porter, sur une roue unique T, tout le poids


de l'appareil moteur; puis, à l'aide d'une part, de
l'adhérence donnée à cette roue par ce poids; d'une
autre part, du mouvement que lui communique e
moteur; entraîner la charge dans des conditions suf
fisantes pour un bon cheminement.

Ce principe n'est pas absolu. On peut faire varier


de bien des façons l'application de la force motrice,
et la disposition des appareils devant l'utiliser.
Voici les avantages que présente l'arrangement
adopté, et qui m'ont décidé à lui donner la préfé
rence d'une première étude :

l° L'appareil ainsi combiné peut s'atteler à n'im


porte quelle voiture; on n'a qu'à remplacer le train
de devant par celui que porte l'appareil, et l'ammo
niaque est substituée au cheval. En un mot, ce n'est
pas une voiture; celle-ci peut être tout ce qu'on
veut, et l'art du carrossier ne change pas, mais
bien un véritable cheval ammoniaque; cheval mé
tallique, remplaçant le cheval de chair et d'os, et
pouvant contenir dans ses flancs, une plus longue
provision de mouvement, que l'avoine n'en saurait
emmagasiner dans celui-ci.

2° Lorsque l'action motrice s'exerce simultané


ment sur deux roues, il faut nécessairement, quand
on veut tourner, en rendre une folle sur son axe.
APPLICATIONS. 89
Il y a là, outre des manœuvres assez difficiles,
des embrayages, des chocs, qui ont leur part d'in
convénients dans la pratique, sans compter la
difficulté mécanique d'arriver sûrement au ré
sultat.
Avec une seule roue motrice, nous rentrons, pour
le train d'avant, dans la catégorie des tricycles,
genre de voitures bien connues et dont la manœuvre
obéit, même à la main d'un valétudinaire.

3° Parce que la facilité de changer le train d'avant,


par conséquent le moteur, permet l'entretien, la ré
paration du matériel, sans arrêt dans le service de
la voiture. Comme un cheval ordinaire, un cheval
ammoniaque peut, en effet, être suppléé par un autre
cheval ammoniaque.

4° Parce qu'enfin, tous les organes mécaniques sont


réunis sous la main du conducteur, et dans les coli
ditions les plus favorables, pour leur bonne conser
vation.

Avant d'aller plus loin, voyons deux objections


qui se présentent naturellement à l'esprit.

La première a trait à la perte de l'ammoniaque.

La seconde est relative à l'introduction de pous


sières, sable, graviers, dans les organes de la ma
chine; ce qui en amènerait naturellement la dété
rioration rapide.
90 FORCE MOTRICE.

J'obvie à l'un et à l'autre inconvénient en enfer


mant le moteur dans les réservoirs de gaz liquéfié.
J'obtiens ainsi le double résultat désiré, et en effet,
la même raison, qui fait que l'ammoniaque ne peut
sortir, fera aussi que la poussière ne pourra entrer.

Ceci posé, je passe à la description :

A est un réservoir parfaitement étanche, en tôle


suffisamment résistante, dans lequel est emmagasiné
le gaz liquéfié , qu'on introduit par un robinet à
tampon V.
Ce réservoir est complétement logé dans un au
tre BB, lequel contient l'eau d'absorption. La pres
sion ordinaire étant toujours conservée dans ce ré
servoir, il n'y a pas de résistance spéciale à lui
donner. Par la disposition même de ces deux réser
voirs, tout ce qui pourrait s'échapper de vapeur du
réservoir A, serait arrêté au passage et dissous par
l'eau de B; par conséquent, pas de perte possible
d'ammoniaque.
Dans le réservoir A, je place directement les pis
tons moteurs, qui sont au nombre de deux CC'.
Cette disposition a l'avantage de ne laisser sortir
des réservoirs qu'une simple tige tournante a, b,
laquelle permet de faire une garniture très-étanche.
Il est inutile d'insister sur la disposition des cy
lindres qui ont été décrits en parlant du moteur
ammoniaque. Je dois seulement faire remarquer, que
l'introduction est à détente invariable, au 1/5; que
le tiroir d'introduction reçoit le mouvement directe
APPLICATIONS. 91

ment du piston par l'intermédiaire d'une tige d; et


qu'enfin, la boîte d'échappement est formée par la
paroi même du cylindre vertical A, laquelle porte
extérieurement la tubulure d'échappement e, qui se
prolonge jusqu'à la paroi intérieure du réservoir B B.
Ainsi que l'indique la figure, la pompe D se relie
directement à l'axe du piston; cette pompe envoie
l'ammoniaque dans les serpentins E E, lesquels
viennent déboucher à la partie supérieure de A, dis
position déjà indiquée dans le moteur fixe.
L'inspection de cette figure indique encore, que le
mouvement est transmis au dehors par l'arbre à
double bielle S, qui, par un pignon, anime l'arbre
vertical a b.
Pour que l'appareil soit homogène et dans des
conditions de solidité convenables, il importe que le
mouvement soit tout entier établi sur la paroi du
cylindre A, de manière à ce que le montage s'en
fasse facilement, avant de placer les fonds supérieurs
et inférieurs.

Ceci étant, et la puissance motrice aussi transmise


au pignon supérieur, nous allons revenir à la vue
extérieure de l'appareil et à ses mouvements de
translation.

D'abord, avant de quitter la figure lº, il faut remar


quer l'arbre horizontal ff Cet arbre reçoit le mou
vement de l'arbre ab et le transmet au moyen de
roues dentées gg et par l'intermédiaire des chaînes ll,
à l'essieu J, que porte la roue propulseur.
92 FORCE MOTRICE.

Dans ces conditions, il est clair que le mouvement


en avant se produira tant que le moteur sera en
marche.

Mais cela ne suffit pas.

Il faut pouvoir reculer; rien n'est plus facile.

En se reportant sur le plan, il est possible de voir


deux pignons m h placés sur l'arbre ff. Ces pignons
sont calés de telle sorte, que lorsque l'un est en
grené avec la roue b, l'autre ne l'est pas, et récipro
quement; que de plus, un mouvement de glisse
ment latéral peut leur être facilement donné, au
moyen du guide u. -,

Les deux pignons étant solidaires, ce mouvement


permet à volonté de faire engrener avec la roue b,
tantôt le pignon m, tantôt le pignon h. Or, chacun
d'eux communiquant un mouvement opposé à l'ar
bre ff et, par conséquent à la roue propulseur, il
résulte de cette situation que, suivant que l'un ou
l'autre de ces pignons sera engrené, on ira en avant
ou en arrière.

L'appareil est suspendu sur deux ressorts qui se


voient en n n. Pour qu'il reste dans une position
verticale, un double timon, en bois liant, bardé de
fer, le maintient en haut et en bas.
Ce timon est figuré en x x, x æ. Il se relie infé
rieurement à la couronne de l'avant-train. Là, fixé
solidement, il prend son point d'appui à l'aide des
APPLICATIONS. 93

deux roues de cet avant-train. Se prolongeant par


deux doubles branches qui se réunissent aux col
lets tt, il maintient tout l'appareil dans une position
perpendiculaire au plan parcouru.

La stabilité, le mouvement en avant, en arrière,


étant donnés, passons à deux choses essentielles :

l° La direction, qui se décompose elle-même en


mouvements à droite, mouvements à gauche ;

2° La régularisation de la vitesse.

Ces deux actions sont obtenues simultanément et


à volonté par deux manivelles, dont une seulement
se voit en X. Cette manivelle X sert à diriger.
Son action est simple. Elle donne le mouvement
à une roue dentée, qui, par un pignon intermédiaire
agissant sur un segment denté que porte l'appareil,
le fait virer tantôt dans un sens, tantôt dans un
autre. La roue motrice T obéit nécessairement à
cette action. Comme c'est cette roue qui entraîne la
voiture, elle donne forcément à l'ensemble la direc
tion qui lui est imprimée.

La seconde manivelle, cachée derrière la première,


permet la régularisation de la vitesse.

Ordinairement, dans les machines à vapeur, le


robinet modérateur est placé sur l'introduction. Ici
je renverse les faits, je place ce robinet sur l'échap
94 FORCE MOTRICE.

pement. N'ayant pas de condensation à craindre,


peu importe que les cylindres au repos contiennent
ou non du gaz à la pression de marche. Il est clair
seulement, que suivant que je faciliterai l'échappe
ment, j'irai vite; qu'au contraire, si je l'obstrue,
j'enrayerai, et au besoin j'arrêterai.
Dans ces conditions, la seconde manivelle n'est
autre chose que le prolongement d'un robinet à tam
pon qui se voit en R. La vapeur ammoniacale sor
tant de chaque cylindre y est amenée par deux tubes
flexibles k. A la sortie de ce robinet, elle est repor
tée au cylindre BB plein d'eau, à l'aide d'un troi
sième tube flexible L, qui vient déboucher à la partie
inférieure de ce cylindre, où l'absorption se fait na
turellement.

Enfin, il peut arriver des cas où il faille brusque


ment arrêter et, par conséquent, outre l'arrêt de la
machine, neutraliser rapidement la quantité de mou
vement qu'emmagasine l'appareil. -

Pour cela, je dispose le frein oo. Pour actionner ce


frein, il suffit de mettre le pied sur la pédale o, qui,
forçant les sabots à agir sur la périphérie des roues
du train d'avant, enraye celles-ci immédiatement.

Ainsi que je l'ai dit, avant de commencer cette


description, l'appareil qui en fait l'objet est essen
tiellement modifiable. Il a été créé dans un but spé
cial, faire servir les voitures actuellement existantes.
Mais il peut donner plus. De même qu'un cheval
transporte son cavalier, lui aussi, sans véhicule, peut
APPLICATIONS. - 95

transporter au loin une ou deux personnes; conser


vant alors en prolongement de puissance, l'effort
qu'il aurait dépensé à traîner la voiture. Ainsi, attelé
comme non attelé, il sera toujours à l'entier service
de son propriétaire.

Maintenant, suivant les usages, les pays, les


routes; suivant qu'il s'agira d'utiliser, comme je viens
de le dire, de vieilles voitures, ou au contraire d'en
créer de nouvelles; suivant encore qu'il s'agira de
transports particuliers ou publics, l'appareil variera
nécessairement de bien des façons dans sa con
struction. -

C'est ainsi, qu'il sera possible d'abaisser notable


ment son centre de gravité, en remplaçant le cylindre
unique que figure la planche III, par 2 cylindres
horizontaux, dont l'axe coïncidera avec l'axe des
TOUlGS. -

Dans les voitures neuves et construites en vue de


ce mode de traction, on pourra faire plus; transpor
ter les réservoirs sous la caisse même, et ainsi grou
per, ramasser le véhicule, de manière à lui faire
occuper moins de place dans les rues, ou à permettre
l'installation de voitures plus grandes.
Cette modification peut paraître peu importante
pour les routes ordinaires ; mais dans les villes
comme Paris, où l'affluence des voitures est telle
ment grande, à certaines heures du jour, qu'elles
se pressent les unes contre les autres; la diminution,
de l'espace couvert par elles ou leurs chevaux, sera
autant de gagné pour la circulation publique. Or
96 FORCE MOTRICE.

ce résultat, en présence du développement qui en


vahit nos rues spacieuses et nos boulevards, a des
conséquences fort importantes et qu'il importe de
faire remarquer.

Depuis que ces lignes sont écrites, une expérience


intéressante s'est produite à Paris. Un habile con
structeur de Nantes — M. Lotz — y a amené un
omnibus à vapeur qu'il a fait fonctionner sur les
quais.
Je n'ai, au point de vue de la construction, que
des éloges à donner à cette machine; mais laissant
de côté l'appareil et ses agencements spéciaux, pour
ne considérer que le fluide tracteur — la vapeur —
c'est tout autre chose.

Je trouve là, précisément, la confirmation des in


convénients que j'ai signalés comme inhérents à
l'emploi de ce corps, et qu'à l'aide de l'ammoniaque
il est possible d'éviter.

Pour être tout à fait impartial, je ne puis mieux


faire, que de reproduire un article de M. V. Meunier,
racontant une excursion faite l'an passé aux environs
de Paris. Je laisse la plume au savant publiciste :

« Une expérience de la voiture à vapeur de


M. Lotz, de Nantes, a eu lieu, samedi dernier, en
présence d'une commission officielle.
« Nos lecteurs connaissent déjà ce système de
traction. Une locomotive montée sur des roues à
APPLICATIONS, 97

jantes fort larges, et faite pour circuler sur les routes


ordinaires, remorque un ou plusieurs wagons. On
nous assure que ce système fait un service régulier
en plusieurs endroits de la France et de l'Algérie.
Nous ne parlerons que de ce que nous avons vu.
M. Tresca, qui assistait à l'expérience de samedi,
donnera dans son rapport tous les chiffres désirables.
Nous allons raconter nos impressions.
« Un peu après onze heures, le train, composé
d'une locomotive et d'un wagon, arrive sur le quai
d'Orsay et s'arrête à quelques pas du pont de l'Alme.
où rendez-vous a été donné à la commission et aux
invités. Nous sommes frappés et charmés de l'aisance
avec laquelle il se meut; on nous avait dit tant de
fois que le remorquage à vapeur était impossible sur
les routes ordinaires ! La locomotive est de la force
de 12 chevaux et pèse 10000 kilogrammes. Le wa
gon a trois compartiments et une impériale; il peut
contenir soixante personnes. Nous sommes environ
vingt-cinq; les uns prennent place dedans, les autres
dessus. Nous partons à onze heures quarante mi
nutes, et voici l'itinéraire suivi :
« Pont de l'Alma , boulevard de l'Empereur,
Champs-Élysées, que nous remontons; avenue de
l'Impératrice, bois de Boulogne (avenue des Acacias),
pont de Saint-Cloud, côte de Montretout, Ville
d'Avray, Sèvres, le Point-du-Jour. Nous étions de
retour au pont de l'Alma à quatre heures sept mi
DuteS.

« Ce petit voyage a été assez accidenté.


7
98 FORCE MOTRICE.

« Nous manquons, en partant, l'entrée du pont.


La locomotive s'arrête pour ne pas monter sur le
trottoir. Il faut reculer, prendre du champ; mais le
mode d'articulation du train ne permet pas la marche
en arrière. Nous dételons. A force de bras on fait
reculer le wagon. Puis, après quelques allées et ve
nues, moins longues que celles d'un cheval contra
riant qu'on veut faire entrer malgré lui dans les
brancards d'une voiture, la locomotive se trouve en
position convenable pour que la cheville qui la fixe
au wagon puisse être remise en place.
« Plus rien de notable en ce genre jusqu'à Saint
Cloud. Le pont est franchi. Nous traversons la place
en nous portant sur la droite. Nous voici au pied de
· cette espèce de montagne russe qui s'élève presque
en face de la grille du parc. C'est la formidable côte
de Montretout (route impériale n° 185). Les 100 ou
200 premiers mètres sont pavés, le reste est maca
damisé. Ce pavé, qui, outre la pente, est très-gras,
nous arrête tout court. Les roues tournent sur place,
et nous faisons beaucoup de bruit sans avancer.
Pendant un quart d'heure, on a pu croire que notre
voyage se terminerait là. Il a fallu jouer du levier,
jeter du charbon sous les roues, et que tout l'équi
page aidât à la vapeur. Mais dès que nous avons
touché le macadam, nous montons avec la désinvol
ture d'une charrette marchant à vide, et quoique
cette terrible côte soit très-sinueuse, nous tournons
tous les coudes sans aucune difficulté.
« Parvenus au terme de cette longue ascension,
nous nous lançons d'un train de fiacre à la course,
APPLICATIONS. 99
sur un terrain horizontal. A quelques tours de roue
au delà du pont qui, par-dessus la route, joint l'une
à l'autre les deux moitiés divisées du parc impérial,
la locomotive, qu'un léger vice de construction in
cline à se porter vers la gauche, monte sur un trot
toir où notre wagon la suit. Une seconde fois il faut
dételer; mais la facilité avec laquelle la locomotive
reprend terre nous donne une idée avantageuse de
sa stabilité. Pas d'autre accident. -

« Du pont de Sèvres à la barrière du Point-du


Jour, sur une route excellente et de niveau, nous
avons constamment maintenu la courte distance qui
nous séparait de l'omnibus américain parti devant
nous.Voilà pour la vitesse. Il faut dire que nous au
rions bien aisément dépassé cette patache, n'eussent
été les fréquents ralentissements de marche et les
stations mêmes auxquelles nous astreignait le dan
ger d'effrayer les chevaux que nous rencontrions.
« Il paraît bien que dans cette espèce, les nerfs ne
sont pas un privilége de l'aristocratie, car nous avons
vu de franches rosses, traînant des charrettes et des
tapissières, se montrer tout aussi susceptibles que les
bêtes de prix. Vingt chevaux se fussent emportés, à
notre aspect, sans la force de poignet de leurs con
ducteurs et la prudence de notre mécanicien. Un de
nos amis, ancien directeur de l'école des haras, et
l'un des hommes de France qui se connaissent le
mieux en chevaux, nous assure que ceux-ci se feront
à la vapeur. Ainsi soit-il.
« Les voyageurs auront à se faire au bruit, à la
fumée, au contact des cendres brûlantes; je parle
100 FORCE MOTRICE.

des voyageurs de l'impériale. Mais on rencontre


bien des gens qui regrettent le brouhaha des dili
gences et dont la délicatesse s'était faite au gronde
ment des roues, au claquement des fers, au clique
tis des grelots, à la crépitation du fouet et même au
nuage de poussière dont ces regrettables véhicules
marchaient escortés. Tout n'est qu'habitude.
« Je ne dis rien de l'effet produit sur les bipèdes
qui s'arrêtaient pour nous voir passer et se grou
paient autour du train, à chacune de ses nombreuses
stations, si ce n'est que les mêmes, que cette ten
tative eût trouvés sceptiques, sinon hostiles il y a
vingt-cinq ans, se montraient animés du plus cordial
intérêt. Au moment où nous faisions feu des quatre
· roues, sans espoir apparent de réussite au bas de
la côte de Montretout, vous n'eussiez pas vu dans
la foule, qui était grande, un seul visage qui n'ex
primât le désir de nous voir sortir à notre honneur
de ce mauvais pas. Je me souviens d'avoir vu dans
Paris briser des mécanismes ! Ce changement rend
vraisemblable la prophétie de mon ami l'hippolo
giste. Je n'ai recueilli qu'un mot; nous nous étions
arrêtés à Ville-d'Avray pour faire de l'eau. A notre
vue un naturel, qui débouchait d'une cour, s'arrête
stupéfait, et tout à coup, hélant quelqu'un à la can
tonnade : « Ohé ! Lambert, un chemin de fer/...
« viens donc voir ! » -

« Nous avons fait de l'eau trois fois, à la cascade


du bois de Boulogne, à Ville-d'Avray et à Sèvres;
c'était beaucoup. On nous a dit que la machine con
somme 3 kilogrammes 50 de charbon par cheval et
APPLICATIONS. 101

par heure. Cinq hommes étaient affectés au service


du train.

« En résumé, laissant intacte la question des pro


fits que l'exploitation de cette machine pourrait pro
curer à l'entrepreneur, question dont nous n'avons
pas les éléments, nous croyons ne pas trop nous
avancer en regardant comme résolu en principe, au
point de vue technique, le problème du remorquage
à vapeur sur les routes ordinaires.
« Parmi les imperfections qu'a pu mettre en relief
l'expérience à laquelle nous avons assisté, il n'en est
pas une, en effet, à laquelle l'art du constructeur ne
puisse aisément obvier. Je ne suis, du reste, pas en
mesure de préciser les détails par lesquels la loco
motive de M. Lotz diffère des appareils du même
genre usités en Angleterre et aux États-Unis. »
Ainsi :
10000 kilogrammes de poids mort pour la machine;
5 hommes de service ;
Chevaux effrayés ;
Recul impossible ;
Fumée, cendres brûlantes, lancées sur les voya
geurs ;
Renouvellement fréquent de l'eau d'alimentation;
Feu projeté sur les routes;
Surveillance incessante de la chaudière ;

Tel est le bilan de la vapeur.


v
102 FORCE MOTRICE.

L'ammoniaque, au contraire, n'exige dans sa con


struction qu'un poids très-réduit;
Il ne faut qu'un homme pour conduire;
On peut faire des approvisionnements suffisants
pour fournir des courses de 100 kilomètres;
Pas de feu, pas de vapeur, pas de fumée, pas de
bruit ;
Aucun effet exercé sur les chevaux ;
Enfin et surtout, puissance instantanée, toujours
vive, constamment subordonnée à la volonté de son
conducteur ;
Tels sont les avantages spéciaux que peut donner
l'ammoniaque.
A l'appui de cette assertion, je ne veux citer qu'un
fait, qui terminera l'étude de cette partie de la ques
tion : l'opinion exprimée par une commission sié
geant à l'Hôtel-de-Ville, présidée par M. Dumas.
Cette commission a été chargée, l'année passée,
par l'autorité préfectorale, d'étudier la question de
traction mécanique applicable dans les rues de Paris.
Les différents moyens de production de force qui
paraissaient pouvoir être employés lui furent sou
mis : vapeur d'eau, air comprimé, gaz, etc., etc.
Son rapport, se prononçant sur ces divers moyens,
se termine ainsi :
« Que toutefois l'administration municipale ne
6(
doit pas renoncer à l'espoir de trouver un nou
((
veau moteur, et qu'il convient, à ce point de vue,
« de suivre avec intérét les expériences de M. Ch.
« Tellier sur la force motrice produite par la vapo
6(
risation de l'ammoniaque. »
APPLICATIONS. 103

TRACTION SUR vOIES FERRÉES.

Mon but, en proposant l'application de l'ammo


niaque à la traction sur voies de fer, n'est pas de
substituer complétement sa vapeur à celle de l'eau ;
je veux seulement, dans quelques applications spé
ciales, arriver à des résultats plus complets que
ceux obtenus jusqu'ici dans la pratique.

Je veux principalement parler :

l° Du passage des tunnels ;


2° De la traversée des montagnes.

Lorsqu'une ligne doit pénétrer dans un long tun


nel, une préoccupation se fait immédiatement jour
dans l'esprit de l'ingénieur — l'aération de ce tunnel
—dont l'atmosphère sera viciée, d'abord par la pro
pre respiration des voyageurs, puis, et surtout, par
l'énorme quantité de gaz brûlé, de fumée, de va
peur, que jettera la locomotive.
Avec l'ammoniaque, pas de combustion, par con
séquent disparition de la cause principale qui altérait
l'atmosphère intérieure; dès lors l'aération du tunnel
devient chose facile à obtenir.
On peut donc ainsi, arriver à construire des che
mins complétement souterrains. Laissant de côté
pour l'instant la traversée de grands fleuves, de bras
de mer; ouvrages gigantesques, laissés à des âges
futurs, il est facile de voir cependant que les grandes
104 FORCE MOTRICE.

villes peuvent désormais compter sur l'emploi de


réseaux souterrains. Ce mode de traction correspond
à de nombreux besoins, et à Londres notamment,
on commence à l'appliquer largement.

En ce qui concerne la traversée des montagnes,


le problème change de face.

Ce n'est plus l'air qui manque aux voyageurs,


c'est la puissance qui fait défaut aux locomotives.
Pour vaincre les résistances à la montée, on a
augmenté successivement le poids et la force de
ces machines, on est allé ainsi jusqu'à 64 tonnes,
500 chevaux; et quoiqu'on fasse porter cet énorme
poids sur un plus grand nombre de roues, il n'en
reste pas moins un effort considérable sur la voie.
Effort qui lamine, écrase les rails et nécessite par
suite, des frais d'établissement plus considérables,
ainsi qu'un entretien coûteux.

L'ammoniaque permet de ramener la question aux


conditions ordinaires, et de gravir des rampes, qu'il
serait impossible aujourd'hui de franchir.

Pour cela, je propose simplement de supprimer la


locomotive, par suite les exigences qu'elle entraînait
dans l'entretien de la voie. -

Ce résultat peut être obtenu en plaçant sous cha


que wagon un petit cylindre animant une ou deux
paires de roues, puis en mettant ce cylindre en
rapport avec le double réservoir (eau, ammoniaque)
APPLICATIONS. 105

que nous connaissons. Comme cette communication


pourra être établie ou interceptée à volonté, le mou
vement ou l'arrêt, qui en dépendent, seront comme
d'ordinaire, le résultat d'une simple manœuvre du
conducteur.

Or, voici les avantages de cette combinaison :

1° L'adhérence, au lieu d'être représentée par 4,


6, 8 points au plus, sera donnée par autant de
contacts, si l'on veut, qu'il y a de roues dans le
train.

2° Cette adhérence, au lieu d'être produite par


l'énorme poids mort de la locomotive, sera obtenue
par la charge utile à transporter, soit celle de chaque
wagon augmentée de la marchandise qu'il porte. En
conséquence, chaque paire de roues, devenant puis
sance active, aidera à monter, et ce, en raison même
du poids qu'elle supportera. La puissance de trac
tion sera donc précisément en raison directe de
la résistance; et tandis qu'avec la locomotive un
poids énorme, improductif, était forcément trans
porté, ici, c'est la charge elle-même qui devient la
puissance ! · ·

3° Considérant maintenant le matériel de la voie,


il est constant que sa conservation deviendra plus
facile, puisque les rails, au lieu d'avoir à résister au
laminage de roues portant 12 tonnes et plus par
paire, n'auront plus à supporter que 6 à 7 tonnes ;
106 FORCE MOTRICE.

poids maximum par paire de roues des wagons (wa


gon et charge) le plus lourdement chargés.

Depuis que j'ai émis ces idées, j'ai appris qu'un


éminent ingénieur, placé à la tête d'une de nos
plus importantes lignes ferrées, avait, lui aussi,
proposé le fractionnement, le disséminement de la
force sur toute l'étendue du train. Mais il n'avait
eu en vue que l'emploi de la vapeur, et avec elle on
arrive à des inconvénients pratiques que l'ammo
niaque évite radicalement.
La vitesse, en effet, amène nécessairement le
renouvellement rapide des couches d'air qui enve
loppent les organes; de là une abondante condensa
tion. Cette condensation ne sera pas seulement pro
duite par la vitesse. Qui dit pentes à gravir parle
de montagnes, et dans les montagnes on rencontre
généralement de froides températures qui, nécessai
rement, quelques précautions qu'on puisse prendre,
amèneraient non-seulement la condensation, mais
encore et souvent, la congélation de l'eau dans les
conduites, dans les cylindres.
Or, laissant de côté le dernier fait pour ne voir
que le premier, tous ceux qui ont touché aux ma
| chines à vapeur savent, quelle dislocation amène
dans leurs organes, l'eau qu'y amasse la condensa
tion. Si maintenant on considère la presque absolue
impossibilité qu'il y aurait à purger convenable
ment une aussi grande quantité de cylindres, on
voit facilement que la vapeur ne peut donner de
résultats pratiques.
APPLICATIONS. 107

Avec l'ammoniaque, rien de tout cela; ce gaz n'est


condensable à la pression ordinaire qu'à — 33°
congelable ) X) » — 759

Il n'y a donc plus d'inconvénients à redouter; et


toujours, sur les voies ferrées comme sur les routes
ordinaires, comme partout enfin, quelle que soit
l'altitude, quelle que soit la saison, la température,
la vitesse, un robinet, réglé par un seul homme,
donnera à volonté le mouvement ou l'inertie.

CHEMINS DE FER DÉPARTEMENTAUx


ET D'INTÉRÊT LOCAL.

Cette question, à elle seule, présente une impor


tance réelle. En effet, si le réseau des voies ferrées
qui s'étend sur le sol de la France pénètre chaque
province, il ne touche encore qu'aux localités de
quelque importance. Tout ou presque tout est à
faire au point de vue des lignes de moyenne com
munication, qu'on est convenu d'appeler lignes d'in
térêt local.

Voici une note sur ce sujet, que reproduisaient


dernièrement plusieurs de nos journaux :

« On assure que la plupart des conseils généraux


« doivent s'occuper activement, pendant leur pro
« chaine session, de la création de chemins de fer
« d'intérêt local.
« Dix départements ont déjà pris l'initiative et
108 FORCE MOTRICE.

« commencé les travaux de leur réseau spécial.


« Vingt-deux conseils généraux voteront, nous dit
« On, cette année, les fonds nécessaires à l'établis
« sement des lignes ferrées reconnues utiles à un
« grand nombre de localités qui ne possèdent pas
« de communications directes avec les grands ré
« seaux. Il est vraisemblable que cet exemple sera
« promptement suivi par le reste des départements
« intéressés, et que l'établissement complet du ré
« seau des chemins de fer d'intérêt local sera assuré
« dès 1866. »

La presse, en attirant l'attention publique sur ce


sujet, servait de grands intérêts.
Il ne suffit pas d'unir par des voies rapides et
économiques les centres importants. Comme com
plément de ces gigantesques travaux, il faut encore
fournir à l'industrie , à l'agriculture , forcément
éparses sur le sol, des moyens de transport en rap
port avec ceux dont jouissent les localités que fa
vorise le passage des grandes lignes.

Il n'y a pas là seulement une question d'intérêts


privés à équilibrer, mais un progrès social à consti
tuer.

L'abaissement du prix des transports correspond


toujours à une augmentation de trafic. Or, à cette
circulation plus active correspond toujours aussi, un
accroissement du bien-être général et de la fortune
publique.
APPLICATIONS. 109

Ces considérations ont tant d'importance, qu'à


juste titre elles préoccupent les esprits sérieux. La
note citée plus haut est donc tout à la fois l'expres
sion des idées du moment et celle de l'opportunité
de la réalisation de ces projets.

Là se présente une question capitale.

· Les conditions à remplir sur les voies projetées


sont-elles les mêmes que sur les grandes lignes?
Non, assurément! Ici la multiplicité du trafic, des
voyageurs, permet d'organiser des trains, d'utiliser
de puissantes machines, de multiplier les départs,
enfin d'entreprendre des ouvrages d'art considé
rables.
C'est par centaines de millions que peut se chif
frer la dépense, et pour la rémunérer il faut la certi
tude d'un trafic suffisant.
Dans les chemins vicinaux, au contraire, la circu
lation est naturellement de beaucoup réduite; ce
n'est plus par millions qu'il faut compter, mais par
milliers de francs seulement; l'établissement de la
voie doit donc être simple et économique.
La circulation est naturellement réduite ; ce ne
sont plus des trains composés d'un nombre considé
rable de wagons qu'il faut organiser, mais bien
des voitures isolées, proportionnées comme gran
deur aux populations à desservir.

Cette dernière idée pourra paraître impraticable.


Elle est cependant, suivant moi, la première con
110 FORCE MOTRICE.

dition de réussite des services intérieurs. Si on ne


donne pas à l'habitant des campagnes les facilités
de communication que trouve le citadin sur les
grandes lignes, la circulation ne sera pas active,
le but sera manqué. Précisément parce qu'on va
vite, il faut pouvoir partir souvent. Le premier fait
est nécessairement la conséquence de l'autre; et
comme les centres traversés sont peu populeux, que
les voyageurs ne suffiraient pas à la composition
d'un train, il faut bien arriver au mode que j'in
dique, la circulation de voitures isolées.

Ce qu'il faut donc, ce sont de véritables omnibus


partant d'heure en heure, plus tôt même s'il est
nécessaire.
A cette condition, les chemins qu'on veut créer
auront réellement atteint leur but.

Je sais très-bien que la vapeur ne se prête pas


à cette exigence; mais avec l'ammoniaque, que
faut-il?
Un homme pour conduire, un pour percevoir la
recette, et voilà le train composé !
Train modeste, villageois si l'on veut; mais n'est-ce
pas là le résultat à obtenir ? — la dissémination des
moyens de transport.

Si la suppression des locomotives, des trains, rend


le matériel roulant moins coûteux, l'établissement
de la voie se ressent naturellement de cet état de
chOses.
APPLICATIONS. lll

Avec cette disposition, il n'est plus besoin de


rails pesants ni de traverses coûteuses ; peu d'ou
vrages d'art, puisqu'on peut gravir les pentes, em
ployer les courbes à court rayon. Les routes, en
un mot, telles qu'elles existent aujourd'hui, peuvent,
sans préjudicier au roulage ordinaire, céder aux voies
ferrées une partie de leur surface, que la dérivation
des marchandises vers les grandes lignes a rendue
en partie inutile.
Je dis plus : si la question est bien comprise, les
lignes de fer ainsi conçues et économiquement con
struites, devront être laissées au service de tous. Il
sera possible, en se soumettant à des conditions
de police faciles à régler, de permettre à chaque
ferme, à chaque industriel, d'aiguiller sur la voie
principale une voie particulière, menant à son ex
·ploitation. C'est du moins ainsi et sur des bases aussi
larges que je comprends la question.

Or, ce n'est encore ni avec la vapeur, ni avec les


locomotives, qu'on peut arriver à de pareils résul
tatS.

Seule, l'ammoniaque, avec les avantages spéciaux


que j'ai décrits, peut y conduire.

Se reportant à ce que j'en ai dit et expliqué, il est


facile de comprendre que chaque voiture portant son
propre moteur, ayant en elle-même la puissance
utile à sa traction, pouvant partir quand on voudra,
s'arrêter à des stations très-rapprochées, bourg,
l l2 FORCE MOTRICE.

hameau, village, — ceci sans que ces stations exi


gent de construction coûteuse, de surveillance active
— se prêtera aux conditions les plus rigoureuses de
ces exploitations.

Ainsi organisées, non-seulement les lignes vicina


les rendront aux populations de nos campagnes les
services qu'on est en droit d'attendre de leur con
cours, mais encore elles seront les utiles auxiliaires
des grandes voies.
Ce sont elles en effet qui iront chercher le trafic
dans chaque petit centre, qui le conduiront aux sta
tions des réseaux principaux.
Elles aideront ainsi au succès de ceux-ci, tout en
épendant, à la grande prospérité de tous, les den
rées, les produits qu'elles auront été recueillir sur
la vaste étendue du sol.

APPLICATION

AUX TRAVAUX AGRICOLES.

L'agriculture tend chaque jour à étendre ses


moyens d'action, et pour ce faire, elle emprunte à
l'industrie un concours de plus en plus direct.

En première ligne apparaît la base de toute action


mécanique. La force motrice.

C'est presque le besoin agricole qui a fait naître


les ingénieuses machines, qui, sous le nom de
APPLICATIONS. 113

locomobiles, se construisent maintenant de tous


côtés.
Mais la locomobile exige des chevaux pour la
traîner, une mise en feu, la surveillance spéciale
d'un chauffeur, etc., etc. Bref, ce n'est pas encore
là le moteur simple et docile qu'il faut à ce grand
et si noble art de la culture.

L'ammoniaque viendra remplir cette lacune.

Non-seulement avec son aide, l'agriculteur rendra


ses transports plus faciles, mais la plupart des tra
vaux qui demandent la force mécanique, animale
ou humaine, s'exécuteront par ce moyen.
En effet, les moteurs ammoniaques se divisant en
machines de différents degrés et fonctionnant sans
préparatifs, permettront à l'agriculteur de faire en
trer dans son matériel plusieurs petits moteurs,
plutôt qu'une locomobile unique. - | -

Cette division de force a un avantage, c'est qu'elle


permet d'étendre sur divers points à la fois les bé
néfices de l'action motrice. Avec les moyens ordi
naires, ce résultat ne pourrait être atteint que dans
de mauvaises conditions. Chaque moteur en effet,
exigeant du charbon, de l'eau et surtout les soins
permanents d'un homme entendu, amènerait une
complication de frais qui rendrait impossible cette
combinaison.
Avec l'ammoniaque, au contraire, chaque machine
puiserait le matin, à une source commune, la force
qui doit l'animer; puis sans soins, sans surveillance,
8
ll4 FORCE MOTRICE.

elle fournirait tout le jour, à l'endroit utile, une


puissance n'exigeant d'attention, que pour la mettre
en route ou l'arrêter.

Je ne puis m'étendre sur tous les emplois qui


peuvent être faits de la force ammoniaque; qu'il
me suffise de dire que quelque soit l'appareil, char
rue, batteuse, semoir, etc., etc., dès qu'il faut de
la force, petite ou grande, l'ammoniaque sera là,
toujours prête à marcher, ne coûlant qu'en raison de
son travail.

J'ai déjà dit quelques mots de l'application de la


force ammoniaque à la manœuvre des pompes. Par
lant d'agriculture je ne puis passer sous silence un
point très-intéressant — les irrigations.
Je serai très-court, ayant, comme je l'ai dit, à re
venir plus loin sur cette grave question.
Je ne veux signaler qu'un fait : c'est qu'un mo
teur ammoniaque, placé près d'une rivière, d'une
fosse à fumier, etc., peut, recevant sa charge le
matin, marcher tout le jour ou toute la nuit, si on
le préfère, et ce, dans des conditions toujours pa
reilles, c'est-à-dire sans soins ni surveillance, dé
versant des quantités d'eau considérables, ne lais
sant au cultivateur que la mission facile d'en
déterminer l'emploi.

En un mot, grâce à la force ammoniaque, le tra


vail purement mécanique disparaîtra pour l'homme
des champs, il ne lui restera qu'un travail de sur
APPLICATIONS. 115

veillance, circonstance heureuse au point de vue de


l'avancement intellectuel des masses, heureuse au
point de vue pratique, puisque par ce moyen, la
main-d'œuvre, qui commence à manquer aux tra
Vaux agricoles, sera largement suppléée par la force
mécanique.

Une considération sur laquelle il me faut revenir,


c'est l'économie.

Un cheval coûte à nourrir, mais il coûte surtout,


quand le travail lui fait défaut, et les exigences des
saisons font ces jours-là, malheureusement trop
nombreux dans la vie agricole. -

Le moteur ammoniaque ne mange pas, lui, quand


le travail est impossible. Avec lui encore pas de
chauffeur à payer quand le mauvais temps suspend
les travaux. Inerte alors, laissé dans un coin, c'est
la marmotte endormie. La seule dépense, en ce cas,
est l'intérêt du capital engagé. Mais vienne un
rayon de soleil qu'une saison pluvieuse peut rendre
précieux, instantanément il retrouve toutes ses fa
cultés, et de tous les travailleurs ce sera lui le plus
tôt prêt, à fournir sa part de labeur.
Peut-on trouver à la fois serviteur plus docile et
moins cOûteux ?

Une objection m'a été faite.

Si le cultivateur, m'a-t-on dit, remplace les che- .


vaux par la force ammoniaque, si le roulage adopte
116 . FORCE MOTRICE.

ce moyen, la production du fumier s'amoindrira, et


sans fumier, pas d'agriculture ?

Ceci n'a rien de sérieux.

D'abord il est probable que cette puissance ne


supprimera pas plus l'industrie chevaline, que ne
l'ont fait les chemins de fer qui, disait-on, devaient
l'anéantir. R

Ensuite, admettant même la diminution de cette


production, est-ce qu'elle ne se fera pas tout en
tière au profit de l'élève des bestiaux alimentaires,
et par conséquent au bénéfice de l'alimentation des
masses ? De ce côté donc rien à redouter ; l'engrais
aura changé de nature, mais il existera toujours.
D'ailleurs, quand on songe que l'industrie tend cha
que jour à produire des matières azotées, à donner
à la terre de nouveaux éléments de fertilité, il ne
faut pas craindre, que le manque d'engrais puisse
jamais être pour la fortune publique, une source de
dépérissement.

Une autre objection se présente, qu'il importe


d'étudier. On ne mettra pas en doute les résultats
que je viens d'énoncer, mais on dira : Où trouver
l'ammoniaque, où la régénérer ?

J'ai indiqué (page 57) comment on la séparait de


l'eau qui l'avait absorbée et comment on la liqué
fiait. Je n'ai plus à revenir sur ce sujet, je ne dois
APPLICATIONS. ll7

m'occuper que des moyens de trouver partout ce gaz


ainsi préparé,

Dans les grandes exploitations qui disposent de


capitaux suffisants, il y aura avantage à avoir un
appareil à régénérer, un seul homme produira ainsi
tout le travail utile au service de l'exploitation.

Dans les fermes secondaires la chose n'est plus


possible; mais alors qui empêche le groupement par
commune, et la formation d'un établissement cen
tral, générant chaque jour la quantité de travail
utile à tous? -

Qui empêchera une nouvelle branche d'industrie


de se créer, celle des régénérateurs d'ammoniaque?

Est-ce que les chevaux pourraient parcourir n0s


routes si de temps à autre ils ne trouvaient des
auberges où l'avoine qui doit entretenir leur force
est tenue à leur disposition ?

Qui empêche qu'il ne s'établisse, comme je l'in


dique, des établissements qui, moyennant une diffé
rence couvrant leurs frais d'exploitation, prendront
au voyageur la dissolution utilisée et lui rendront
le gaz liquifié?

L'avoine que vend l'aubergiste et que mange le


cheval met un an à pousser,
L'ammoniaque se régénère en une heure.
118 FORCE MOTRICE.

Cette question m'amène à en traiter une autre,


toute d'actualité et que j'ai voulu réserver pour cet
instant, parce qu'elle est la conséquence de ce que
je viens de dire.
Je veux parler de la Régénération des Postes.

DES MAîTRES DE POSTE.

Les chemins de fer les ont à peu près ruinés, au


cune indemnité n'est venue réparer un préjudice
sérieux. Pour beaucoup, ce préjudice a été la ruine.

En autorisant les maîtres de poste à s'unir, à créer


des établissements de régénération où viendraient
s'approvisionner :

l° Les chemins de fer vicinaux qui naturellement


passeraient chez eux, et dont ils seraient les agents;

2° Les voitures particulières qui sillonneraient les


routes ;

3° Les cultivateurs qui auraient besoin de force ;


on leur mettrait en mains un moyen d'action qui
serait un dédommagement du préjudice causé.

On trouverait en même temps là, il ne faut pas


se le dissimuler, un lien d'organisation générale,
qui rendrait un service sérieux à l'avenir de l'in
dustrie que je veux arriver à créer.
Il faut en effet rendre justice à qui le mérite.
APPLICATIONS. 119

Pour ceux qui se souviennent des anciennes messa


geries, il n'est pas possible de méconnaître la régu
larité et le bon entendement des services organisés
par l'union des maîtres de poste formée sur divers
points de la France. -

Eh bien, cette même union, en se renouant et se


généralisant, peut produire de grands résultats.
Soumis au contrôle de l'État, initiés aux besoins
de leur localité, à tout ce qui se rattache aux ques
tions de transport, les maîtres de poste peuvent
donner satisfaction à toutes les exigences. Ils com
posent un cadre complet, tout créé, pour l'organi
sation des lignes d'intérêt local, dont, je le répète,
ils seraient les administrateurs naturels.
En favorisant cet état de choses, l'État non-seule
ment aiderait à la vulgarisation de moyens d'action
puissants, mais encore il ferait un acte de justice.
Il permettrait à l'industrie de réparer le mal qu'en
d'autres temps elle a causé, ce qui prouverait une
fois de plus, qu'elle peut déplacer les intérêts, mais
qu'elle ne les tue jamais, pour ceux qui savent pro
fiter de ses immenses ressources.
CHAPITRE III.

PR0DUCTI0N DU VIDE.

EXPOSÉ.

Dans une note présentée à l'Institut l'année der


nière (l), je faisais remarquer l'extrême facilité avec
laquelle le vide pouvait être produit, en profitant de
l'avidité que l'ammoniaque possède pour l'eau.

Voici les principaux passages de cette note :

« J'ai eu l'honneur, dans une précédente commu


« nication, d'entretenir l'Académie d'une applica
« tion industrielle du gaz ammoniac que je suis en
« train de réaliser.
« Je veux appeler son attention sur un nouveau
« mode d'emploi de ce corps, basé sur les propriétés
« spéciales qui le distinguent.
« Je veux parler d'un moyen énergique de faire
« le vide, moyen applicable dans nombre de circon

(1) 13 février 1865.


EXPOSÉ. 121

stances, — pour citer un exemple, — dans la vi


dange des fosses d'aisances.
« On sait quels sont, sous le rapport de la con
venance publique et de la célérité, les avantages
que procure dans cette industrie l'emploi du vide ;
aussi ce système a-t-il été depuis longtemps pro
posé. Il faut dire cependant, que presque toujours
on y a renoncé, parce que la difficulté d'obtenir
des récipients, des robinets suffisamment étanches,
faisait que, dans le trajet de l'usine au lieu d'opé
ration, le vide, presque parfait au départ, dispa
raissait peu à peu; par conséquent, l'effet utile
était d'autant annihilé, ce qui faisait compléte
ment manquer le but qu'on s'était proposé. Cet
inconvénient a limité à de restreintes applications
le moyen le plus rationnel dont on pouvait indu
striellement disposer. +

« Voici comment l'ammoniaque permet d'arriver


radicalement au résultat cherché :

« Dans la remise où stationnent les voitures est


installée une chaudière contenant une solution de
ce gaz, renouvelable au besoin. Cette chaudière
est en rapport avec une série de laveurs conte
nant de l'eau entretenue froide.
« Le tout est disposé de façon à ce qu'on puisse,
entre cette chaudière et ces laveurs, intercaler à
volonté une tonne en fer, formant voiture de vi
dange. -

« Dans ces conditions on chauffe; le gaz dégagé


122 PRODUCTION DU VIDE.

de la chaudière traverse la tonne et en chasse


l'air; celui-ci s'échappe, parcourant les laveurs et
y laissant l'ammoniaque qu'il aurait pu entraîner.
« L'opération étant suffisamment prolongée, et
c'est l'affaire de quelques minutes, l'atmosphère
intérieure de la tonne se trouve être exclusive
ment formée de gaz ammoniac. Pour prévenir la
rentrée de l'air, on peut charger la tonne sous
une pression supérieure à celle de l'atmosphère.
On s'assure ainsi facilement du bon état de ses
parois. Tous ceux qui se sont occupés de machire
savent effectivement que, s'il est très-difficile de
conserver le vide, les appareils à pression inté
rieure accusent au contraire et de suite leurs pro
pres défauts, circonstance avantageuse, que l'em
ploi de l'ammoniaque rend encore plus pratique,
par la facilité que donnent certains réactifs, de
reconnaître sa presence. -

« Les choses étant ainsi, la tonne est transportée,


quand on le veut, sur le lieu d'utilisation. Là, elle
est mise en communication avec la fosse à vider.
Jusqu'à ce moment, qui peut être éloigné de huit
jours et plus de l'instant où la tonne a été pré
parée, la pression intérieure est toujours égale, si
ce n'est supérieure, à celle de l'atmosphère; mais
lorsque tout est prêt, la situation change brusque
ment. -

« En effet, au-dessus de la tonne est ménagé un


petit réservoir contenant quelques litres d'eau, le
quel, à l'aide d'un robinet, peut être mis en com
munication avec l'intérieur de celle-ci.
EXPOSÉ. 123

« On ouvre ce robinet, l'eau tombe dans la tonne,


absorbe avec une énergie considérable le gaz
qu'elle renfermait, produisant instantanément le
vide, lequel n'a pas le temps d'être détruit, quel
que imparfaits que soient les appareils, puisque
deux à trois minutes suffisent pour remplir la ca
pacité.
« On obtient donc ainsi immédiatement le rem
plissage de chaque tonne, et en peu d'instants
l'opération est terminée, évitant tous les inconvé
nients qui résultent pour la commodité publique
des installations ordinaires.

Q( L'ammoniaque employée peut ne pas être perdue.

« Pour cela, on recueille la solution formée dans


un réservoir inférieur, qu'on sépare de la tonne,
par la fermeture d'un robinet, avant l'arrivée des
matières dans celle-ci.
« Il résulte de ceci : que le coût de l'opération
peut se réduire à la valeur du charbon employé
pour chasser à nouveau l'ammoniaque de sa solu
tion aqueuse, et tout le monde sait, que cette dé
pense peut se traduire par 4 à 5 centimes le mètre
cube.

« L'emploi de l'ammoniaque, au point de vue de


la production facile et instantanée du vide, ne se
limite pas au seul exemple que je viens de citer.
L'industrie a là, sous la main, un moyen énergi
que et toujours puissant de produire cet état, em
124 PRODUCTION DU VIDE.

« ployable d'autant plus facilement que l'action de


« l'ammoniaque sur certains métaux est nulle. »

Dans cette note qui résumait le mode d'emploi de


l'ammoniaque à,la production du vide, j'ai pris pour
exemple l'industrie des vidanges.
Cette industrie est effectivement une de celles que
l'ammoniaque est appelée à faire le plus progresser.
J'aborde immédiatement la question.

VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE.

La vidange des fosses d'aisance ne présente à pre


mière vue que l'idée d'un travail répugnant.
Là cependant n'est pas le côté sérieux de la
question, elle touche par deux points autrement im
portants à l'intérêt public :
La salubrité, -

La conservation des engrais.


A ces titres, c'est une difficile opération qui de
mande plus d'étude et d'intérêt qu'on ne semble
d'ordinaire vouloir lui en apporter. -

J'insiste sur ce mot difficile opération, parce qu'ef


fectivement il faut qu'elle se prête, non-seulement
aux nécessités qu'amènent la disposition des con
structions, la nature de la matière à enlever, aux
exigences de la salubrité, etc., etc.; mais encore, parce
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 125

que la convenance publique exige que ce travail se


fasse de nuit, dans un temps assez court, en ne se
décelant par aucun bruit, aucune exhalaison.

Est-ce à dire que ce programme soit souvent


rempli ?

Non; même à Paris, où la police exerce son con


trôle plus sévèrement qu'en province, le service
laisse encore beaucoup à désirer. Il y a donc sur ce
sujet beaucoup à dire et à faire.

L'ammoniaque peut réaliser un progrès néces


saire.

Pour démontrer l'exactitude de cette assertion, je


vais diviser l'étude de cette question en trois bran
ches principales :

La vidange de la fosse,

Le transport des matières,

La fabrication de l'engrais.

VIDANGE DE LA FOSSE.

Cette opération en suppose deux autres :

La première est la désinfection; la seconde, l'ex


traction des matières
126 PRODUCTI()N DU VIDE.

Dans les conditions actuclles, un ouvrier passe


vingt-quatre ou quarante-huit heures avant la vi
dange, jette dans la fosse une quantité supposée
utile de désinfectant, brasse la matière aussi bien
que possible, puis s'en va, laissant au service qui
doit quelque temps après procédcr à l'extraction, le
soin de terminer l'opération.
Pour juger de l'efficacité de cette prétendue désin
fection, il suffit de passer près des maisons dans
" lesquelles on opère. Il n'est personne, qui, se prome
nant dans Paris après onze heures du soir, n'ait pu
juger combien peu sont efficaces les moyens em
ployés. En ce qui concerne surtout les matières
aqueuses envoyées aux égouts, il est certains en
droits, où l'abord des équipes est vraiment repous
Sant.

Je propose d'opérer autrement et d'utiliser deux


faits qui tout d'abord paraîtront peut-être illogiques
à ceux qui connaissent la question :

La suppression de la désinfection préalable;

L'emploi du vide.

| Je m'explique :

La désinfection est inefficace, parce que faite dans


de bonnes conditions, elle reviendrait à un prix trop
élevé pour que les compagnies puissent opérer aux
prix qui leur sont accordés.
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 127

· Ce n'est pas une opération aussi simple qu'on


pourrait le croire que la désinfection d'une fosse.
Aussi, l'élévation de prix dont je parle, serait-elle
moins causée par la quantité du désinfectant à em
ployer, que par la nécessité d'en changer le do
sage, la composition, avec la nature de la fosse à
vider. - |
Ce qu'on ignore assez généralement, c'est que
l'odeur des matières varie en proportion très-notable
avec l'alimentation. Pour bien désinfecter, il faudrait
donc pouvoir s'assurer préalablement de la nature
de ces matières, et cette analyse, quelque grossière
qu'elle pût être, est encore au-dessus du savoir d'un
simple ouvrier. - -

Pour ne citer qu'un exemple, considérons l'action


de l'acide employé ordinairement en désinfection.
Ce réactif, suivant qu'il est employé en trop faible
quantité ou en excès, produit des résultats égale
ment mauvais.
Dans le premier cas, l'ammoniaque et les autres
bases volatiles que contiennent les matières ne sont
pas complétement fixées; dans l'autre, ccrtains sels
au contraire sont décomposés, et les produits ga
zeux rendus libres, tels que l'hydrogène sulfuré,
l'acide carbonique, etc., viennent désagréablement
affecter les sens, soit par l'odeur qui leur est propre,
soit par celle dont ils sont imprégnés.
La désinfection dans l'état actuel des choses est
donc plutôt une satisfaction donnée aux réglements
qu'un palliatif réel. Ceci étant, inutile de compter
sur son action, mieux vaut la supprimer.
128 PRODUCTION DU VIDE.

La planche IV présente un ensemble de disposi


tions permettant d'opérer sans avoir recours à ce
moyen.

A est la fosse à vider. Admettons qu'elle con


tienne 15 m. c. de matière, il faudra, si nous admet
tons 5 m. c. par voiture (je reviendrai plus loin sur
ce chiffre), 3 voitures pour recevoir son contenu.
Elles sont indiquées sous les nºº l, 2, 3. Ces voi
tures sont absolument semblables, chaque équipe
peut donc en utiliser un nombre plus ou moins grand,
la capacité de la fosse seule règle ce nombre.

Revenons à la fosse A. Nous y remarquons un


tube plongeur a a, en plomb, suffisamment résis
tant. Ce tube part du mur extérieur xa de la maison,
se prolonge dans le sol à travers les cours ou corri
dors, et vient déboucher au fond de la fosse, se re
courbant de manière à présenter son ouverture infé
rieure constamment béante, sous la crépine t.
L'extrémité supérieure qui arrive dans la rue
aboutit à une cavité ménagée dans l'épaisseur de la
muraille et fermée ordinairement par une porte en
tôle R.
Un obturateur à vis b reste constamment placé
sur le nez du tube aa. On ne le retire que pour
opérer la vidange et lorsque les voitures à vide sont
arrrivées.
Cette opération elle-même dégage fort peu d'odeur.
D'une part elle ne dure qu'un instant, d'une autre
le tube aa plongeant dans la matière même, celle-ci
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 129

s'oppose au dégagement des gaz formant l'atmos


phère de la fosse.

Admettons qu'on vienne de retirer le bouchon b


et qu'à sa place on ait vissé le raccord du tube PB,
la communication se trouvera donc ainsi établie
entre la fosse et la série de voitures amenées près
d'elle. -

Quelques mots sur ces voitures.

Les trois premières sont identiques.Chacune d'elles


se compose d'une vaste capacité C, en tôle, laquelle
est consolidée intérieurement par des armatures en
fer cc c c, de manière à supporter aisément l'effort
de la pression atmosphérique, lorsque le vide est
fait.
Toutes sont munies de deux robinets à tampon
B et F, lesquels portent les mêmes raccords, en sorte
que l'extrémité P du tube PB d'une voiture, puisse
toujours se fixer sur F d'une autre voiture, ce qu'in
dique du reste la planche IV.

Avant leur départ de l'usine, les tonnes ont été


remplies de gaz ammoniac.

Cette opération s'est faite très-simplement. Toutes


les voitures formant l'équipe ont été reliées entre
elles par la trompe PB que chacune d'elles porte. Le
n° 4, par son robinet F, a pris de l'ammoniaque ga
zeuse à un récipient de ce corps qu'elle porte (réci
9
130 PRODUCTION DU VIDE.

pient U, vu n° 3 et ſ) sur lequel je reviendrai plus


loin. Le gaz ainsi introduit a chassé devant lui l'air
que contenaient les tonnes, qui par conséquent se
sont remplies de ce gaz. -

L'air ainsi chassé s'échappe par l'extrémité P de


la dernière voiture. -

Mais il arrive un moment où ce n'est plus de l'air


seul, mais un mélange d'air et d'ammoniaque qui
sort des tonnes. Il y aurait perte si on ne prenait
la précaution de faire plonger le tube d'évacuation
dans de l'eau. L'air traverse cette eau, s'échappe,
tandis que l'ammoniaque y est retenue. On peut
pour cette opération employer la colonne d'absorp
tion décrite (page 68); elle donnera d'excellents
résultats.

La seule dépense que nécessite cette opération se


réduit donc au coût du combustible nécessaire pour
chasser de sa solution un certain nombre de mètres
cubes de gaz ammoniac.
On verra plus loin combien peu coûte cette opé
ration.

L'absorption complète du courant gazeux indique


qu'il n'y a plus d'air et que l'opération est terminée.
A cet instant on ferme le robinet B de la trompe
qui aboutit à l'eau. On donne un excès de pression
intérieure, facilement mesurable à l'aide d'un ma
nomètre placé convenablement, puis on ferme tous
les robinets. Les voitures sont alors séparées et con
duites au lieu d'opération où nous les voyons arri
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 131

vées, conservant jusqu'à présent leur atmosphère


intérieure d'ammoniaque.

La voiture n° 4 demande, elle, quelques explica


tions complémentaires.

Elle diffère des précédentes en ce sens, qu'au lieu


d'une tonne unique, elle en porte deux, G et H,
plus une cuve rectangulaire I.
Les tonnes G et H ne différencient de celles C,C,C,
que j'ai décrites, qu'en ce qu'elles sont plus petites.
G jauge environ l m. c., tandis que H peut con
tenir 3 m.-c. ; toutes deux du reste communiquent
ensemble, comme les tonnes isolées CCC communi
quent entre elles. Elles peuvent donc faire partie de
la chaîne de capacités qui compose une équipe.
H est surmontée d'un réservoir à air libre M, le
quel renferme simplement un flotteur m. Ce ſlotteur
porte inférieurement un obturateur en rapport avcc
une ouverture percée sur la tonne; supérieurement
il se termine, par une tige qui s'engage librement
dans la vis forée n, laquelle lui sert de guide.
Lorsqu'on serre cette vis, le flotteur est forcé de
s'appuyer sur l'orifice de la tonne; il reste condamné,
interceptant toute communication entre le reser
voir M et l'intérieur de H. Lorsqu'au contraire on
desserre la vis, le flotteur reprend toute liberté d'ac
tion, et c'est alors, l'eau que contient M, qui le fait
lever ou retomber sur son siége, suivant que son
volume varie. © - -

Ajoutons que G est plein d'eau, que H est rempli


132 , PRODUCTION DU VIDE.

de gaz ammoniac, que toutes les tonnes sont reliées


entre elles par les tubes PB, PB, PB, par conséquent,
à la fosse, par le plongeur aa. Tout étant ainsi dis
posé, nous allons pouvoir opérer la vidange.

Que faut-il pour ce faire?

Rien maintenant ou du moins presque rien, un


enfant suffirait au labeur.

Il faut simplement..... desserrer la vis n !

En effet, le flotteur m étant rendu à .la liberté,


l'eau que contient M va le soulever et s'écouler dans
H. Par conséquent absorption de l'ammoniaque et
vide, lequel va réagir sur toutes les autres tonnes,
jusqu'à la fosse.
Or, pour que cette action se communique à tout
le système, il faut que le gaz que contiennent les
tonnes, arrive dans H où le vide s'est d'abord pro
duit. -

Il est effectivement sollicité par cette action et


tend à gagner cette capacité.
Mais sur sa route, il est obligé de traverser le ré
servoir B plein d'eau ou à peu près.

Là il reste, se dissolvant, maintenant toujours


un vide énergique.

Sous l'influence de ce vide, successivement toutes


les tonnes se remplissent; mais il arrive un fait qui
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 133

se produit toujours dans la vidange atmosphérique,


c'est le dégagement des gaz dissous dans la ma
tière.
Dans une opération faite par les moyens ordinai
res, ce phénomène, très-naturel du reste, a un in
convénient grave : Il empêche le remplissage des
tonnes. Ici cet inconvénient disparaît, par le jeu !
même de l'appareil.
En effet, entraînés par l'ammoniaque qui se porte,
où le vide l'attire, ces gaz se dirigent vers le réser
voir H. Pour y arriver, ils sont toujours forcés de tra
verser la tonne G. Or, non-seulement ils trouvent
là de l'eau qu'il leur faut traverser, mais encore de
l'eau alcaline. Immédiatement ils se fixent, l'hydro
gène sulfuré à l'état de sulfhydrate d'ammoniaque,
l'acide sulfureux à l'état de sulfite, enfin l'acide car
bonique sous celui de carbonate, tous sels qui déjà
avaient pu se former du reste, au simple contact des
gaz et restent en solution dans l'eau de G, laissant
ainsi le vide se maintenir complet.

Tout ceci s'exécute instantanément, l'opération


n'a de durée que le retard apporté par le diamètre
des orifices ou des tubes par lesquels circule la ma
tière. L'expression d'instantanéité, appliquée à la vi
dange ainsi faite, est donc rigoureusement exacte.

Ainsi qu'il est facile de le voir, la désinfection


jusqu'ici aurait été inutile, puisque ni les matières,
ni la fosse, n'ont été en communication avec l'at
mosphère.
134 PRODUCTION DU VIDE.

Mais l'opération n'est pas terminée.

Il reste dans la fosse ce qu'on appelle, en termes


du métier, les fortes matières, plus un ensemble
d'objets hétérogènes impossible à classer; débris de
vaisselle, os, bois, paille, etc., etc. Il s'agit d'enle
ver tout cela.

Laissons d'abord partir les voitures pleines; puis,


ce dégagement de la voie étant opéré, ramenons la
voiture n° 4 au lieu qu'occupait la voiture n° l.

Cette voiture porte, nous le savons, un troisième


réservoir I. Ce réservoir contient l mètre cube
· environ d'une solution allongée d'un désinfectant
convenable. On visse sur le nez du robinet O
un tube flexible, puis, la pierre de la fosse étant
levée, à l'aide d'un ajutoir qui termine le tuyau,
on y lance en jets divergents la solution désin
fectante.
La seule pesanteur pourrait ne pas donner au jet
assez de puissance pour laver convenablement les
parois intérieures. En ce cas une pompe, mue par
un petit moteur ammoniaque installé sur la voiture,
donnera la force convenable. -

Le liquide provenant de ce lavage se réunit au


fond de la fosse. Là son action s'exerce doublement
sur les matières qui y sont restées; d'abord il les
fluidifie, puis il les désinfecte.
Il convient de faire remarquer ici que cette ac
tion est d'autant plus énergique qu'il ne s'agit plus
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 135

maintenant d'opérer sur la masse préexistante, mais


seulement sur ce qui n'a pu être enlevé.

Pour extraire le produit de ce lavage, on ouvre


le robinet Z qui communique avec le réservoir de
gaz liquéfié U que j'ai déjà désigné. On envoie ainsi
un courant gazeux qui balaye l'air de H. Cet air sort
par Y, traversel'eau de G, finalement s'échappe par T.
On remplit donc ainsi à nouveau la tonne H de
gaz ammoniac. -

Refermant les robinets et arrêtant le courant ga


zeux lorsqu'on juge l'air suffisamment expulsé, on
n'a plus qu'à verser un seau d'eau dans la capacité
M, pour que de nouveau, le vide se produise, et
que ce qui reste de parties liquides soit remonté
dans H. -

Il n'y a plus, ceci fait, qu'à retirer les corps tout


à fait solides. Là il faut employer la hotte. Le pro
duit de ce dernier récurage est versé dans la caisse I
qui maintenant est vide; le désinfectant qu'elle
avait apporté ayant été utilisé. - -

Cette dernière manœuvre termine l'opération , la


fosse peut désormais être soumise à l'inspection de
l'autorité, qui doit en vérifier l'état d'entretien.

Une objection a pu se produire. On peut dire que


les matières les plus épaisses étant au fond de la
cuve, le tube a a pourra s'obstruer et ne pas fonc
tionner régulièrement. Cet empêchement n'est pas
à redouter. D'abord la crépine t empêchera les ma
136 PRODUCTION DU VIDE.

tières réellement solides de pénétrer dans cette con


duite; puis, il ne faut pas l'oublier, il y a dans les
tonnes un excès de pression, cet excès de pression,
lorsqu'on ouvrira les robinets, s'échappera par a a,
chassant devant lui l'air de cette conduite, débar
rassant par conséquent son orifice des matières à
circulation difficile, qui pourraient l'obstruer.

Cet acte lui-même n'occasionnera pas d'odeur.


En effet, il y aura bien un instant trouble dans la
fosse, mais les gaz qui à ce moment se dégageront
s'échappant par la cheminée d'appel, il n'y aura au
cun inconvénient pour le voisinage.

Résumant tout ce que nous venons de voir, il est


facile d'apprécier que :

1° L'opération s'accomplit, sans maniement de ces


longs tuyaux qu'il faut maintenant déposer dans les
maisons;

2° Qu'elle se produit, sans qu'un seul instant les


matières (sauf celles solides) soient en contact avec
l'atmosphère ;

3° Que la séparation des voitures mêmes, n'en


répand pas, un obturateur à vis fermant chaque
tuyau ;

4° Que tous les gaz étant fixés, toute odeur dis


paraît ;
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 137

5° Enfin que l'opération, tout en se faisant plus


rapidement, exige cependant moins de manœuvres,
moins de personnel.

Ces résultats ne peuvent être contestés.

A leur valeur, les partisans du système actuel


opposeront peut-être que ce moyen a pour inconvé
nient la conservation des eaux vannes; que leur
transport est coûteux et que dans le mode actuel,
ce transport est évité, en les écoulant directement
aux égoûts, moyennant un faible droit payé à la
ville.

Je ne crains pas de m'élever contre cette manière


de procéder et de soutenir que l'ammoniaque, en per
mettant de combattre ce mode barbare, rendra à
l'hygiène publique comme à l'agriculture un service
signalé.

D'abord, d'après ce que j'ai dit de la traction mé


canique par l'ammoniaque, il est constant que l'em
ploi de ce corps abaissera notablement le prix des
transports, la question perd donc à ce point de vue
beaucoup de son importance.

Sous d'autres rapports, il y a d'énormes intérêts


à agir ainsi :
l° Les égouts contiennent déjà bien assez de ma »
tières en putréfaction sans qu'il soit nécessaire d'y
ajouter.
- º

13S PRODUCTION DU VIDE.

On aura beau diluer les eaux qui y arrivent, les


matières organiques qu'elles contiennent s'attache
ront quand même aux parois, y laisseront des fer
ments, qui à la longue causeront de graves incon
vénients. -

Ce système de projection des eaux vannes dans


les égouts a été importé d'Angleterre. Qui ne sait
la pestilence qu'il a créée à Londres?
Il a fallu d'immenses travaux pour tenter depuis
l'assainissement de la Tamise; son lit empoisonné
était devenu le foyer d'infectes émanations.
Je sais qu'à Paris on procède autrement, et que
c'est en aval que les égouts de ceinture doivent por
ter leur immonde tribut.
Une autre considération surgit de cet état de
choses. .
La Seine n'appartient pas à Paris seulement, et si
l'édilité a voulu, en prolongeant les égouts au dehors,
purger la capitale des miasmes qui se dégageaient
dans son sein, il n'est pas sage d'oublier qu'au delà,
il est des populations, qui, pas plus que Paris, ne
doivent souffrir des inconvénients de Paris (l).

(1) Ces lignes étaient écrites quand j'ai trouvé dans les Mondes
une note de M. Dudouy concernant le mode suivi à Londres,
et qu'à cause de son intérêt d'actualité je transcris tout en
tière :
« Au moment où la construction d'un second égout collecteur
« sur la rive gauche de la Seine, débouchant au-dessus du
« premier, c'est-à-dire entre les rives d'Asnières, Clichy,
« Saint-Ouen et Saint-Denis, vient attirer l'attention, il n'est
« pas sans intérêt de signaler la tendance des esprits en Angle
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 139

2° L'agriculture a besoin d'engrais. Perdre les


eaux vannes, c'est la priver d'une source puissante
de richesse. L'avis d'hommes éminents vaudra mieux
sur ce point que tout ce que je pourrais dire, je me
borne donc à quelques citations :
\

« Toute mauvaise odeur signale dans les villes une atteinte à


« la santé publique, et dans les campagnes une perte d'engrais. »
•(M. MILLE, Rapport sur le mode d'assainissement des villes.)

« Un temps viendra où toutes les matières liquides que nous


«X
proposons d'envoyer aujourd'hui à la rivière seront aussi re
«(
cherchées que le sont les matières solides. »
(Rapport de la Commission, DARCEL, HUZARD fils,
PARENT-DUCHATELET.)

« L'écoulement sur la voie publique des urines désinfectées


(( est-il le dernier mot de la science sur cette industrie ? Je
((
repousse bien loin cette idée. » (M. MAXIME PAULET.)

« On peut admettre qu'on perd à Paris les trois quarts au


«
moins de la puissance fertilisante des vidanges.
« Faire de riches engrais artificiels, découvrir de nouveaux
«(
gisements d'engrais dans la nature, c'est donc rendre un ser
«(
vice signalé à l'agriculture d'abord, et comme conséquence à

((
terre et les progrès qu'a faits la question dans ce pays où
«
l'application suit toujours de très-près la théorie. A Londres,
«
on a bien vite reconnu que le détournement des eaux pu
G(
trides des égouts ne fait que déplacer le mal sans le détruire,
«
et il est sérieusement question de prendre une mesure plus
((
radicale, de supprimer le jet dans les égouts des matières les

plus susceptibles de fermentation putride, et principalement
«(
des immondices humaines. Cette mesure aurait le double
«%
ellet de supprimer les causes d'insalubrité et de conserver au
140 PRODUCTION DU VIDE.
« l'humanité tout entière, intéressée à voir augmenter la somme
« de ses subsistances. » (M. S. BARRAL.

« L'introduction d'un nouvel engrais aussi riche que le guano


« et en quantité très-considérable, serait une circonstance heu
« reuse pour notre agriculture, qui réclame des moyens d'ac
« croître notre production. On frémit en pensant à la possibi
« lité de voir cette population, dont les rangs se pressent tous
« les jours, livrée aux horreurs de la faim. »
(Cº DE GASPARIN.).

En permettant des transports réduits, en fournis


sant un moyen d'enlevage économique et prompt,

« profit de l'agriculture des engrais précieux. Ainsi l'ont pensé


nos voisins d'outre-Manche, et deux projets de loi très-im
portants viennent d'être soumis au Parlement. L'un a pour

: but d'accorder aux communes la libre disposition des engrais


humains produits dans leur circonscription, pour leur enlever
ce qu'ils ont d'incommode et faire des arrangements pour l'usage
de ces matières à des vues agricoles. L'autre projet porte la
. défense de jeter dans les égouts et rivières toutes matières
« insalubres et notamment les engrais humains. La première
« de ces lois a passé au Parlement et est arrivée à la Chambre
« des lords, d'où elle sortira très-prochainement. La seconde a
« été, à une première lecture, l'objet d'une discussion très
« intéressante ; elle n'a été retirée, à la demande du ministre
« de l'intérieur, que sous la promesse formelle de présenter un
« nouveau projet à la session prochaine. La question a donc
« fait un grand pas en Angleterre. -

« Le pouvoir judiciaire lui-même a été saisi d'un litige relatif


« à cette question.
« Londres s'oppose à ce que les villes qui se trouvent au
«(
dessus d'elle, sur le cours de la Tamise, y déversent, comme
« elle a le malheur de le faire elle-méme, les eaux des égouts; et
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 14l

l'ammoniaque donnera satisfaction aux besoins si


énergiquement exprimés. Son application en s'éten
dant hors Paris amènera partout une rénovation
aussi utile qu'appréciée.

TRANSPORT DES MATIÈRES.

Tout ce que j'ai dit de la traction mécanique par


l'ammoniaque, s'applique au transport des vidanges,
je n'ai donc pas à m'étendre sur ce sujet ; je veux
seulement indiquer brièvement les dispositions spé
ciales que présente la planche IV.

« Londres a fait à ce sujet un procès à la ville de Kingston,


« qui se trouve en amont et construit en ce moment de grands
« égouts devant déboucher dans le fleuve.
« L'affaire a été portée, au nom des conservateurs de la Tamise,
devant le vice-chancelier Wood, et c'est, ainsi que l'arrêt
intervenu le reconnaît, la prerfiière fois qu'une question de
cette nature, par rapport à un cours d'eau 0ù il y a courant
((
et marée, arrive devant la justice anglaise.
« La Cour de chancellerie, tout en reconnaissant qu'il n'y
« avait pas à défendre à la ville de Kingston des travaux dont
«
la nuisance future n'était pas et ne pouvait être actuellement
(K
et légalement démontrée, n'a pas hésité à déclarer que si cette
(.K
nuisance était établie, elle eût accordé l'injonction demandée.
« Cet arrêt consacre donc implicitement le droit de réclamer
(K
contre la pollution des eaux des cours d'eau même navigables
« et flottables, même de ceux où il y a marée.
« Ce dommage ne peut être réellement évité que par la prohi
« bition expresse du jet de toutes immondices, et notamment
« des engrais humains dans les égouts. C'est le seul moyen d'ar
« rêter le mal dans sa source et de conserver au sol une masse de
« substances fertilisantes. »
l42 PR()1) UCTION DU VIDE.

De chaque côté de la tonne C est placée longitu


dinalement une capacité U. Cette capacité renferme
et l'eau qui doit absorber l'ammoniaque (page 49)
et le réservoir d'ammoniaque liquéfiée qui doit four
nir les vapeurs motrices. Celles-ci sont utilisées dans
deux cylindres parallèles placés sous chaque voi
ture. L'un d'eux se voit en K.
Chaque cylindre reçoit la puissance de la vapeur
ammoniaque et la transmet à un arbre coudé S, qui
lui-même fait agir un essieu mobile V, sur lequel
est calée une des roues du train d'arrière; chaque
roue a donc ainsi un mouvement indépendant de
l'autre.

| De cet ensemble résulte la traction qui peut,


comme je l'ai démontré (page 93), se produire en
avant. en arrière, de tous côtés.

En ce qui concerne le poids considérable que doi


vent porter ces voitures, qu'on veuille bien se rap
peler que la puissance de la machine doit se borner
à une seule course, puisqu'à chacune d'elle il faut
forcément que le véhicule revienne au point de dé
part décharger ce qu'il a enlevé, qu'en conséquence
une provision de puissance peut être chaque fois
prise à nouveau et que dans ces conditions, il devient
facile de transformer l'effort de durée que produit
ordinairement une voiture, en amplitude de puis
sance. C'est ainsi que chaque voiture, au lieu de
porter l"° ou 2º°, pourra facilement en emmener
cinq, chiffre déjà fixé plus haut.
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 143

Je sais que cette augmentation de poids, corres


pond à une plus grande usure des chaussées, du
macadam; mais si pour ce transport on remplace,
comme je l'expliquerai plus loin, le bandage en fer
des roues par un bandage en bois debout, retenu
par des joues latérales en fer, non-seulement cet
inconvénient n'existera plus, mais à côté de la con
servation meilleure des chaussées se placera une
autre considération : l'atténuation considérable du
bruit. Cette circonstance sera appréciée, je le crois,
par les habitants des rues parcourues habituellement
par ces lourds véhicules ; je reviendrai du reste sur
cette question, lorsque j'aurai traité celle des en
grais.

FABRICATION DE L'ENGRAIS.

Voici ce qui se passe actuellement :

Les matières recueillies journellement à Paris sont


amenées au dépotoir de la Villette. Là une pompe
foulante mue par une machine à vapeur les expédie
à Bondy au fur et à mesure de leur arrivée.
A cette dernière station les matières sOnt re
prises, disséminées sur de vastes espaces. On les
laisse là exposées à l'air jusqu'à leur entier dessè
chement.

- r • - _ -
Que dire d'un mode de préparation qui, pour ob
tenir les sels, les matières solubles que contient un
produit, consiste à le laisser sans abri, exposé pen
144 PRODUCTION DU VIDE.

dant un an, quinze mois, quelquefois plus, au vent,


à la pluie ?

Grâce à une rigole spéciale, la Seine reçoit le pro


duit de ce lavage prolongé, et emporte ainsi vers la
mer les matières assimilables qu'il importait préci
sément de recueillir.
Je dis lavage, car effectivement ce n'est pas un
dessèchement que ce mode de traitement fait subir
aux matières, mais un véritable lessivage, par lequel
toutes les parties solubles sont successivement en
traînées et perdues.
Le résultat de cette triste opération est un engrais
inerte, sans valeur, délaissé maintenant par l'agri
culture.
Et cependant l'engrais humain est de tous ceux
qui peuvent être employés, le plus riche en principes
azotés, par suite, en matières utiles à la végétation.

Le guano est bien venu apporter à nos terres fa


tiguées un élément de fertilisation puissant; mais
les ressources, de ce côté, sont comptées, et c'est
pitié de voir sur notre vieille terre, où les popula
tions se pressent, où le sol sans cesse appauvri de
mande une action largement réparatrice, de voir,
dis-je, négliger d'aussi précieuses ressources.

Le tableau suivant, en présentant la richesse en


azote des principaux engrais, permettra de juger
facilement l'intérêt qu'il y a pour l'agriculture à agir
plus sainement. à
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. l45

AZOTE POUR 1000 Équivalent


•- pour
ENGRAIS. dans dans 1 hectare.
l'engrais l'engrais Engrais
normal. SCC , normal.

Fumier de ferme .......... - 4 19,5 10000


Fumier d'auberge du Midi... 7,9 20,8 5100
Id. de couches à champi
gnons épuisé...... X> 26,6 1503

Id. de fosses des cérusiers| 19,2 19,2 2105


Id. de couches (des ma
raîchers).......... 10,82 10,82 3696
Litière de terre imprégnée
d'urine. ........... ..... 4,70 87,0 8510
Eaux de fumier, ... . - - - - - - - 0,6 15,4 66666
Excréments solides de vache. 3,2 23,0 12500
Id. mixtes id... 4,1 25,9 9800
Urines........ .. .. id... | 4,4 38,0 9101
Excréments solides de cheval. 5,5 22,0 7300
Id. mixtes id... 7,4 30,2 5400
Urines ...... • • • • • • • .. ..... | 26,0 125,0 1533
Excréments de porc ...... - - 6,3 33,7 6300
Id. de mouton...... 11,1 29,9 3600
Id. de chèvre... , ... | 21,6 39,3 1850
Urines des urinoirs publics
desséchées à l'air......... 168,3 175,6 233
Id. (liquides, ammoniacales). 7,2 231,1 5600
Engrais flamand liquide (mi
nimum). 1,9 X> 21000
Id. id. (maximum).| 2,2 X> 18200
Poudrette de Belloni........ 38,5 44,0 4 033
Id. de Montfaucon.. .. | 15,6 26,7 2550
Colombine............... .. | 83,0 90,2 500
Guano (importéen Angleterre)| - 50,0 62,6 · 800
Id. passé au tamis)...... | 54,0 70,5 540
Id. (importé en France).. | 139,0 157,3 285
Id. d'Afrique.. ....... . .. | 97,4 107,2 412
Litière des vers à soie....... | 32,9 34,8 1200

".

(M. PAYEN.)
40
146 PRODUCTION DU VIDE.

L'examen de ce tableau prouve d'une manière évi


dente la richesse des matières qu'on laisse perdre
journellement.
Mon but est de remédier à cet état de choses en
donnant satisfactiôn aussi bien à l'hygiène publique
qu'aux intérêts agricoles.

Je veux parler de la congélation.

L'idée paraîtra peut-être singulière, et cependant,


quoi de plus naturel que d'appliquer ce fait, puis
qu'il conduit aux résultats cherchés :

Séparation des parties aqueuses, par conséquent,


précipitation des sels et des matières solides;

Disparition de l'odeur, puisque, chacun le sait, le


froid empêche la fermentation, par suite le déga
gement des gaz qui imprègnent si désagréablement
l'atmosphère.

En opérant ainsi, on arrivera à faire disparaître


d'une de nos belles forêts un cloaque affreux.

Ce mot n'est pas trop fort. Peu de personnes, je le


comprends, sont désireuses de visiter cet établisse
ment. J'ai voulu me rendre compte de son installa
tion.
Grâce à l'obligeance de M. l'ingénieur chargé de
ce service, il m'a été permis de voir par moi-même
comment s'y traitent les matières.
VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE. 147
C'est par montagnes qu'on accumule là d'infects
résidus, dégageant continuellement de nauséabondes
vapeurs. -

Ce n'est pas seulement l'entourage immédiat qui


souffre des émanations de ce hideux réceptacle, mais
c'est au loin encore que se signale sa présence, à ce
point, qu'à partir d'une certaine distance, l'odeur
suffit pour guider le visiteur.

Avec la congélation tout cela disparaîtra.

C'est au jour le jour que seront concentrées et


précipitées les matières. Les inconvénients que
je signale seront donc évités, un emplacement
considérable pourra être rendu à la culture, une
contrée entière sera préservée d'émanations fé
tides, l'agriculture enfin conservera un engrais pré
C16UlX.

En transformant ainsi en industrie un travail avili


et dégradant, on aura rendu service à la prospérité
publique, tout en faisant une opération fructueuse et
rémunératrice.

Ce résultat tout entier sera dû à l'emploi de l'am


moniaque, et, chose singulière, ce sera précisément
à l'une des matières qui produisent ce gaz le plus
abondamment, que ce corps apportera un m0de
complet de transformation.
148 PRODUCTION DU VIDE. '

VIDANGE DES ÉGOUTS.

On voit souvent dans les rues, des tombereaux


placés près des regards d'égouts, et une escouade
d'égoutiers remonter des sceaux pleins d'une vase
noire et nauséabonde. Opération aussi pénible pour
ceux qui l'exécutent, que désagréable pour les pas
SantS.

Le vide par l'ammoniaque permet de la simplifier.

duPour celadeill'égout.
radier suffit de disposer en cuvette la partie

Dans cette cuvette seront amassées les matières


à enlever. -

Une voiture semblable à celle que j'ai décrite


(planche IV), mais portant un tube plus long, se
développant à volonté, est amenée à l'entrée du re
gard. Le tube déroulé est plongé dans la cuvette,
on fait le vide, aussitôt l'aspiration est produite et
l'opération terminée.
Il convient de dire que la tonne peut être cloi
sonnée, de manière à ce que la même voiture puisse
successivement agir sur plusieurs regards.
Ainsi dans ces conditions, deux hommes peuvent
suffire pour remplacer la manœuvre ordinaire, ceci
au grand avantage de l'économie, de la rapidité du
travail, de la circulation publique.
ÉLÉVATION DES VASES. 149

ÉLÉVATION DES VASES.

Dans nombre de travaux d'intérêt public, il faut


enlever des quantités considérables de vases. Il n'est
pas toujours possible de monter des dragues, et dans
ce cas il faut employer le pelletage à la main, qui
donne d'assez mauvais résultats. Avec le vide par
l'ammoniaque, c'est par mètre cube à la fois et plus
qu'on pourra enlever ces matières, et ce, sans tous
les inconvénients qui s'attachent au service des
pompes.

La pompe est un excellent appareil; mais quand il


s'agit d'enlever des corps semi-fluides, contenant des
pierrailles, du sable, etc., etc., le service des sou
papes et du piston souffre considérablement et amène
une détérioration rapide de l'appareil; enfin il faut
un moteur mécanique, une transmission, etc., etc.,
toutes choses parfois difficiles à installer.

Avec l'ammoniaque, tout cela est évité.

Si l'on dispose d'ammoniaque liquéfiée, un simple


récipient contenant ce corps et placé près de la
capacité qui fait le vide, peut suffire à un travail
considérable.
Si, au contraire, on n'a pas d'ammoniaque liqué
fiée, une chaudière recevant la solution ammonia
cale qu'on forme en produisant le vide, suffit à
produire l'ammoniaque gazeuse, laquelle peut être
150 PRODUCTION DU VIDE.

employée immédiatement, au sortir de la chaudière,


puisque la condensation de ce gaz n'est pas possible
à la pression et à la température ordinaires.

Cette dernière considération fait ressortir l'énorme


avantage que présente, dans certains cas, l'emploi
de la vapeur d'ammoniaque sur la vapeur d'eau.

Depuis longtemps, on a voulu faire le vide avec


cette dernière ; mais, avant que l'air puisse sortir de
l'appareil, il faut que la température de celui-ci
atteigne au moins 100°. Or, pour en arriver là, il
fallait nécessairement produire une abondante con
densation, qui se traduit par une perte de chaleur
considérable. Avec l'ammoniaque, rien de tout cela :
c'est un gaz permanent à la température et à la
pression à laquelle nous agissons. Il ne perd, en
arrivant dans un vase froid, qu'une très-petite quan
tité de chaleur spécifique, résultat insignifiant. Par
conséquent la température qu'il possède, loin d'être
une cause de perte, comme dans l'emploi de la va
peur d'eau, produit au contraire un effet utile, puis
qu'elle augmente proportionnellement le volume du
gaz; il en faudra donc moins pour remplir l'appareil
et produire l'effet cherché. •

Le prix de revient, que je vais indiquer en par


lant de l'eau, pourra être appliqué à l'élévation des
vases, en tenant compte toutefois du poids spéci
fique de ces matières, comparé à celui de l'eau.
ÉLÉVATION DES EAUX. 151

ÉLÉVATION DES EAUX.

Tout ce que je viens de dire de l'enlèvement des


vases s'applique à l'eau. Peu importe, en effet, la
nature du corps, — fluide ou semi-fluide ; — dès
qu'on peut agir par le vide, le même moyen peut
être utilisé. -

Je dois ajouter que dans ce cas, comme dans celui


qui précède, il est possible, par un diaphragme mo
bile ou une couche de parafine dissoute dans un
carbure convenable , de séparer l'ammoniaque de
l'eau. Il n'y a donc, dans ces conditions, ni perte
de gaz, ni altération des qualités du liquide. Sa
température même n'est pas modifiée, ce qui serait,
ainsi que je viens de le démontrer, si l'on agissait
avec de la vapeur d'eau.

Voici le prix de revient de l'opération :

1 kilo de charbon, coûtant en moyenne 3 cen


times, vaporise, dans une bonne chaudière, 9 kilos
d'eau.
Le calorique latent de l'ammoniaque est de 514 ca
lories, tandis que celui de l'eau est 540; il faut
compter élever la solution qui dissout le gaz à 100°;
par conséquent, 1 kilo de vapeur d'eau représente
640 calories, tandis que le kilo de vapeur ammonia
cale n'en représente que 614; donc, 9 kilos de va
peur d'eau, travail d'un kilo de charbon, équivau
dront à 9*38l de vapeurs ammoniacales.

152 PRODUCTION DU VIDE.

Or, l mètre cube de gaz ammoniac pèse 0*776;


par conséquent , 9º380 de gaz nous donneront
12 mètres cubes 088; et comme il a fallu dépenser,
pour obtenir ces 12º088 de gaz, 3 centimes de char
bon, il résulte de ce calcul, que la production de
1 mètre cube de gaz ammoniac coûtera 0'00248.
Considérant maintenant qu'avec ce mètre cube on
peut faire 1 mètre cube de vide, qu'avec ce vide
on peut élever l'eau à 8 mètres, il est facile de voir
que l mètre cube d'eau, élevé dans ces conditions à
8 mètres de hauteur, coûtera 1/4 de centime environ.

TUBES PNEUMATIQUES.

A différentes époques, on a essayé, pour le trans


port rapide dans les villes, de lettres, paquets, etc.,
de tubes souterrains dans lesquels on faisait le vide.
On aspirait ainsi, d'une station à une autre, un
piston, qui, lui-même, entraînait de petits wagon
neaux chargés des colis à transporter.

Une expérience semblable se fait en ce moment à


Londres, et y donne, dit-on, d'excellents résultats.
On a fait plus : certaines personnes n'ont pas craint
de se placer sur le wagon et de parcourir dans toute
sa longueur ce ténébreux chemin. Le prince Napo
léon, lui-même, a voulu répéter cette expérience.

" Restreignant la question au transport de colis, il


est certain qu'il y a quelque chose à faire en ce sens,
et qu'en un temps très-court on pourrait envoyer
TUBES PNEUMATIQUES. 153

sur divers points, soit les lettres, soit les menus


objets qui seraient confiés à ce diligent service (l).
Mais dans tous les emplois qui ont pour base l'u-
tilisation du vide, les difficultés sont toujours les
mêmes. D'abord il faut un moteur, puis une pompe
pneumatique, à soupapes parfaitement ajustées. De
plus, et c'est là l'essentiel dans le cas actuel, il faut
une conduite très-étanche. En effet, le vide étant
fait progressivement, la moindre fuite existant dans
la conduite neutraliserait l'effet de la pompe pneu
matique, et le résultat cherché n'arriverait que dans
de mauvaises conditions.

Avec l'ammoniaque, les circonstances changent


complétement. D'abord, en ce qui concerne le ma
tériel, un simple réservoir, divisé en deux compar
timents munis de robinets, compose toute l'installa
tion. -

L'un des compartiments contient de l'ammoniaque


liquéfiée, l'autre de l'eau.

Avec ces deux éléments, le gardien de la station


a sous la main tous les moyens de manœuvrer.

Supposons le tube plein de gaz ammoniac à la

(1) Il serait question en ce moment, dit-on, d'établir ce


système entre la Bourse et la direction du télégraphe, rue de
(irenelle. Ce serait également un excellent mode de liaison
entre la poste, par exemple, et ses bureaux supplémentaires.
154 PRODUCTION DU VIDE.

pression atmosphérique, il n'y aura pas à s'inquiéter


des rentrées d'air, puisque la pression intérieure éga
lera celle de l'extérieur.
Mais qu'une sonnerie électrique avertisse le gar
dien que le train est prêt à partir de la station voi
sine, c'est lui qui va le faire arriver, et pour cela
quelle manœuvre aura-t-il à exécuter ?
Ouvrir simplement un robinet qui établira la com
munication entre le tube et la caisse à eau ? Immé
diatement l'absorption aura lieu dans des conditions
telles, qu'il faudra la modérer pour ne pas donner
au train une vitesse excessive.

Le déchargement et le chargement des paquets


étant fait, il s'agit de faire suivre le train pour une
autre station ou de le retourner à ºcelle qui l'a
expédié.

A son tour l'employé envoie à cette station le si


gnal convenu.
Là, la manœuvre que je viens de décrire s'exécute
à nouveau; toutefois seule elle ne suffit pas. Si d'un
côté l'action du vide est produite, il faut de l'autre
une pression qui rompe l'équilibre.
Actuellement c'est celle de l'air qu'on emploie.
Elle pourrait être utilisée; mais comme la présence
de ce corps nécessiterait pour son expulsion une
certaine quantité d'ammoniaque qu'il est inutile de
dépenser, il est plus simple de donner cette pres
sion par le gaz lui-même, et pour ce faire, en
même temps que le stationnaire envoie le signal,
TUBES PNEUMATIQUES. 155
il ouvre le robinet communiquant avec le gaz li
quéfié. -

La pression s'établit immédiatement, elle est mo


dérée par un régulateur automatique, en sorte que
aucune attention du stationnaire n'est nécessitée
par ce détail de l'exploitation.

Ainsi, sans moteur, à l'aide d'un double récipient


placé à chaque station, l'organisation peut être com
plète et le service aussi répété que possible.
On peut en quelque sorte faire succéder les dé
parts immédiatement les uns aux autres.

Pour qui connaît les difficultés qui s'attachent à


la production du vide, quels soins et quelle puis
sance motrice ne faudrait-il pas pour arriver à ces
résultats ? Les moyens que je viens d'indiquer évi
tent ces soins tout en étant aussi simples qu'écono
miques.

On pourrait craindre que l'ammoniaque par sa


présence nuise aux objets transportés. D'abord il
n'est absolument nécessaire d'employer l'ammonia
que que d'un côté du piston; le wagon de transport
serait dès lors attelé de l'autre côté de ce piston, et
par conséquent plongé dans l'air. Ensuite, même
en admettant l'emploi de l'ammoniaque des deux
côtés du piston, il serait facile d'obvier à cet incon
vénient en établissant de petits Wagons clos, dans
lesquels seraient enfermés les objets à transporter,
de quelque nature qu'ils pourraient être.
156 · PRODUCTION DU VIDE.

Je dois ajouter que l'emplacement nécessité par


les réservoirs d'ammoniaque liquéfiée, d'eau, est nul.
On peut effectivement les loger sous le sol, à dis
tance, n'importe où, en sorte que la station reste
complétement livrée au service du public. Il ne faut
là qu'une chose : — deux robinets. — Pour le reste,
le stationnaire peut même ignorer où il est logé et
quelles sont les manœuvres à faire pour approvi
sionner les réservoirs ou les vider.

En ce qui concerne le prix de revient, j'ai dé


montré ce que coûtait (page 15l) le mètre cube d'am
moniaque gazeuse ; il est facile de se rendre compte,
en connaissant la longueur et le diamètre de la con
duite employée, du nombre de mètres cubes néces
saire à chaque opération. Il sera facile en opérant
ainsi, de voir que ce prix de revient sera toujours
inférieur au coût du vide fait par un moyen méca
- nique, que de plus les frais d'installation seront
singulièrement réduits; qu'enfin partout, sans mo
teur, sans pompe, sans embarras, ce mode de
transport pourra être appliqué; ce qui, pour les
grandes villes surtout où l'espace est limité, les
loyers excessifs, a une importance considérable.

CHEMINS ATMOSPHÉRIQUES.

L'application aux voies ferrées, de la pression at


mosphérique, a depuis longtemps attiré l'attention
des ingénieurs.
Il y avait là un moyen de supprimer la locomo
MACADAM IMPERMÉABLE. 157

tive, de gravir les rampes, etc., etc.; en un mot,


d'atteindre précisément les avantages qui, je l'ai
démontré dans un précédent chapitre, doivent res
sortir de l'emploi de l'ammoniaque.
Mais les difficultés inhérentes à la production de
ce vide mécanique sont toujours là. Elles ont pré
senté des obstacles tels qu'il a fallu renoncer à ce
mode de traction. -

C'est ainsi que la rampe de Saint-Germain, qui


avait été installée dans ces conditions, est mainte
nant gravie par une locomotive.
L'emploi du vide par l'ammoniaque, en permet
tant de produire ce vide, instantanément, au mO
ment de son utilisation, fait disparaître la plupart
des inconvénients qui s'attachaient à ce mode de
traction. Son usage peut donc devenir pratique.
Le développement de cette application ne pouvant
être traité qu'en vue de travaux spéciaux, que l'oc
casion seule permettra d'étudier, je ne puis ici qu'en
signaler la possibilité; je laisse à l'avenir le soin de
développer les facilités qu'elle présente.

MACADAM IMPERMÉABLE.

La question de l'entretien des rues, du macadam,


préoccupe à juste titre l'administration. C'est effec
tivement une lourde dépense que cet entretien, et
en présence des transports multipliées et des char
gements plus lourds que permettra l'emploi de l'am
moniaque, on est en droit de se demander s'il n'y
158 PRODUCTION DU VIDE.

aura pas là une cause de détérioration nouvelle, et


par conséquent un surcroît de dépense.
Cette préoccupation, à bien dire, ne doit arriver
qu'en seconde ligne, puisqu'avant tout, les routes
sont faites pour les besoins publics et doivent suffire
aux exigences de la circulation. Cependant, en pré
sentant un système de traction qui doit modifier
bien des choses, je veux dire seulement quelques
mots de cette question, afin de démontrer qu'il est
possible d'établir nos voies dans des conditions
telles, qu'elles n'auront rien à redouter de l'excès
de la circulation, et qu'à l'emploi de l'ammoniaque
on ne pourra opposer cette objection.

L'usure des chaussées a pour base le brisement


des pierres par les voitures et l'entraînement par
l'eau des molécules pulvérisées provenant de ce
brisement. ,

Il résulte de ce fait ceci : c'est que la circulation


étant incessante d'une part, et l'arrosage, naturel ou
artificiel, permanent d'une autre, les causes de dé
térioration sont aussi complètes que possible.

Cependant, ce n'est pas seulement le poids et le


nombre des véhicules qui amènent le brisement de la
pierre; il est un autre fait, dont il faut tenir compte,
c'est la présence du fer employé au bandage des
TOll6S.

Cette circonstance a une haute importance dans


la question. Pour qui en effet veut se rendre compte,
MACADAM IMPERMÉABLE. 159

il est une observation facile à faire : c'est que c'est


moins le poids d'un corps qui amène le brisement de
la matière, que la nature des corps qui se choquent.
Quelque dur que soit un pilon de bois, on arrivera
difficilement avec lui à triturer la pierre; qu'on em
ploie un pilon en fer, le même effort la pulvérisera
facilement.
Sans étudier ici la cause de ce phénomène, il
existe, et sa constatation explique ce qui se passe
constamment dans nos rues. Le bandage de la roue
transmet sans l'amortir le choc produit par le véhi
cule, l'action est vive, brisante, dans les meilleures
conditions possibles pour amener l'écrasement.

C'est frappé de cette idée, que parlant plus haut


du transport des vidanges, j'indiquais qu'on éviterait
la détérioration des chaussées, en remplaçant le
bandage en fer par un bandage en bois.

Cette proposition peut paraître anormale; mais si


l'on réfléchit que le bois sera employé debout, main
tenu et fortement serré par deux joues en fer, qu'il
sera choisi parmi les espèces les plus résistantes, on
comprendra qu'il sera possible d'établir, dans ces
conditions, des roues aussi solides que celles en
usage maintenant, tout en obtenant des efforts con
sidérablement amortis.

Mais ce n'est pas tout.

Dans le mode que j'énonce, l'ensemble doit être


160 PRODUCTION DU VIDE.

complétement modifié. Ce n'est plus avec des cail


loux plus ou moins brisés, plus ou moins enchevê
trés, qu'il faut ferrer nos routes; mais avec du sable,
qui en se pressant sans intervalles, peut former une
masse compacte et résistante. Dans ces circonstan
ces, le roulement sera aussi doux que possible, la
conservation des roues assurées, tout en fournissant
à la traction mécanique d'excellentes conditions
d'adhérence.

Seulement une question se présente : la fixation


de ce sable. Si il était aussi meuble que celui que
nous voyons tous les jours ramasser, il est évident
qu'il serait à chaque instant entraîné et que ce sys
tème conduirait à la détérioration rapide de la voie.
Il n'en sera pas ainsi.
Pour le fixer, j'entends profiter d'un fait que j'ai
sOuvent observé.
Habitant pendant longtemps un de nos ports, j'ai
pu fréquemment remarquer des traces de goudron
épanché sur le sol. Quel que fût le temps, le sable
s'était aglutiné, l'eau glissait sur lui, et malgré la
circulation, la tache restait intacte, plus résistante,
que les parties voisines restées à l'état normal.
| Ce fait est rationnel, puisque le goudron ne se dis
sout dans l'eau qu'en une infime proportion. Tout
le monde sait le temps, qu'une simple couche mise
sur un toit, résiste à l'action de la chaleur, du vent,
de la pluie.
Profitant de cette observation, je propose de trans
former le fait isolé en généralité, de former nos rues
MACADAM IMPERMÉABLE. 161

par des couches successives de sable et de goudron.


A l'aide de la régularité de celui-ci, de l'imperméa
bilité de celui-là, on obtiendra des chaussées unies,
résistantes, qui n'étant plus endommagées par le
choc brisant du fer, se conserveront longtemps, se
réparant facilement, sans la résistance qu'apporte
toujours à la traction, la pose d'un nouveau maca
dam.

Ce projet paraîtra peut-être bizarre. Si l'on réflé


chit au bas prix des matières goudronneuses, à leur
| résistance à l'action des eaux, à l'emploi facile du
sable, on verra que tout en tendant à l'économie, il
donnera tout aussi bien satisfaction aux piétons qu'à
ceux plus heureux qui circulent en voiture. Je dois
ajouter, qu'en ce qui concerne l'ammoniaque, il pré
sentera d'excellents sols de roulement, qu'enfin il
tend à supprimer la boue, ce qui n'est pas peu dire,
dans notre moderne Paris. -

14
CHAPITRE IV.

TRANsPoRT ET UTILIsATIoN
DU CALORIQUE.

EXPOSÉ.

Jusqu'ici j'ai étudié l'ammoniaque sous deux


points de vue spéciaux :

l° Comme agent générateur de puissance motrice,


à l'aide de la restitution du calorique latent em
· ployé ;

2° Comme agent producteur du vide, à l'aide de


l'affinité toute spéciale que ce gaz possède pour
l'eau.

Je vais consacrer ce chapitre à un autre genre


d'applications. Elles ont pour principal objet : l'ab
sorption et l'utilisation du calorique, par la vapori
sation de l'ammoniaque, dans certains cas où la pré
sence de la chaleur est nuisible, inopportune ou
simplement sans emploi.
EXPOSÉ. 163

Voici comment le 20 mars dernier, j'exprimai,


dans une troisième note adressée à l'Institut, les
principes qui servent de base à ces applications :

« Je dois rappeler avant tout deux principes de


« physique d'une incontestable vérité.

« Le premier, c'est que dans des espaces vides


« d'air, instantanément les liquides émettent des
« vapeurs dont la tension atteint immédiatement
« son maximum.

« Le second, c'est que dans deux capacités, com


« muniquant ensemble, maintenues à des tempéra
« tures inégales et contenant un corps liquide, il y
« a toujours vaporisation dans la capacité la plus
« chaude, condensation dans la capacité la plus
« froide.

« De la combinaison de ces deux lois, avec les


« propriétés de l'ammoniaque, vont résulter les con
« séquences énoncées. »

Ce sont ces conséquences que je vais développer


dans ce chapitre.
l64 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.

AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE

ET DES

ÉDIFICES PUBLICS ET PARTICULIERS.

Voici une question mise bien des fois en avant et


qui jusqu'ici n'a pas eu encore de solution satisfai
Sante. -

En ce qui concerne les théâtres surtout, il résulte


de cet état de choses, ce fait : que l'été, les salles
sont transformées en véritables étuves. Quoi que fas
sent les directeurs, le public se porte ailleurs. L'épo
que des chaleurs est donc pour eux une morte-sai
son qu'il importe d'atténuer.

Ce résultat est possible.

L'hiver, les salles de spectacle ne seraient pas


plus fréquentées si on ne les chauffait pas Pour
quoi, renversant l'artifice, ne pas faire de la fraî
cheur l'été ?
Le public, trouvant alors une température conve
nable, serait tout aussi empressé, en cette saison
qu'en hiver, de jouir d'un plaisir recherché, et la
direction, comme auteurs et acteurs, se ressenti
raient largement de cette nouvelle situation.

Ce que je dis des théâtres s'applique à tous les


autres lieux de réunion, — tribunaux, bourses,
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. 165
assemblées délibératives, — voire même à la salle
de l'Institut, qui, pour être habitée par les princes
de la science, n'en est pas moins soumise, nous le
verrons plus loin, aux exigences atmosphériques.

On a essayé, je le sais, de remédier à cet état de


choses en recourant à des moyens de ventilation
énergiques. L'effet cherché n'a pas été produit.
Pour obtenir un certain refroidissement par le tra
vail mécanique de l'air, il faut des engins autrement
puissants que de simples ventilateurs. Il faut des
appareils, qui, comprimant puissamment l'air, le for
cent à reprendre une quantité relativement considé
rable de calorique de dilatation. Ce n'est pas là le
rôle des ventilateurs dont je parle. La compression
qu'ils exercent dépasse à peine quelques centi
mètres d'eau; ils favorisent la circulation de l'air,
mais ne peuvent modifier sa température.

Je sais encore que dans une salle de spectacle, où


quelques centaines de becs de gaz et quelques mil
liers de spectateurs exhalent constamment des gaz
qu'il faut expulser, le renouvellement de l'air est
une chose nécessaire ; mais cela ne suffit pas, si
l'air puisé à l'extérieur est chaud, il ne peut pro
curer à l'intérieur un rafraîchissement suffisant.

On a parlé, et.cela a été tenté pour certains édi


fices publics, de prendre l'air dans les caves, au
bord de la Seine ! -

Est-ce bien là le moyen que doit indiquer la pra


166 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
tique industrielle que nous avons acquise ? Est-ce
un moyen rationnel, que de renouveler une atmos
phère viciée par de l'air confiné, ou chargé de mias
mes humides ? N'est-ce pas au contraire aux sour
ces les plus pures de l'atmosphère qu'il faut savoir
recourir ?
Pour moi, j'entends opérer autrement.
Je veux prendre la question dans ses développe
ments les plus complets, c'est-à-dire, aspirer l'air là
où il est le plus sain; puis, soit par son propre poids,
soit par un ventilateur, le chasser dans l'intérieur,
mais en ayant soin, dans son parcours, de le faire
passer par un appareil qui abaissera à volonté sa
température. J'obtiendrai donc ainsi le résultat
cherché.

Je sais, qu'en agissant ainsi, je heurte bien des


idées reçues. Je sais, l'importance qu'on attache aux
moyens de ventilation purement naturels ; mais ils
sont limités, et pourquoi au moment où l'industrie
brille par d'immenses ressources, pourquoi, dis-je,
epousser son concours lorsqu'il conduit au but ?

Cette question de ventilation a eu l'an passé les


honneurs académiques. Dans la séance du 8 mars
dernier, M. Velpeau, prenant la parole, demanda à
l'illustre assemblée, si parmi les membres de la sec
tion de physique, il n'y en aurait pas un, qui pour
rait donner le moyen d'atténuer la chaleur acca
blante qui se manifestait dans la salle des séances.
M. le président Decaisne fit observer, qu'une
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. 167
commission était nommée pour étudier cette ques
tion.
L'un des membres de cette commission, M. le gé
néral Morin, ajouta : que parmi les projets présentés,
aucun n'avait paru satisfaisant, que la difficulté
consistait précisément à trouver une source d'air
frais, où l'on pût puiser de quoi entretenir une ven
tilation hygiénique; que les caves de l'Institut sont
malsaines; que dans les greniers, la température est
au moins aussi élevée que dans celle de la salle des
séances.
La réponse de M. le général Morin corrobore, on
le voit, la théorie que j'énonçais plus haut. Le dif
ficile n'est pas de faire circuler l'air, mais de trouver
de l'air frais et sain. Dans la cave il est mauvais,
dans le grenier il est trop chaud.

Les sources naturelles manquant, pourquoi ne pas


arriver aux moyens artificiels ?
C'est que, il faut bien le répéter, ces moyens se
heurtent contre des idées préconçues, qui ne sont
pas favorables aux actions mécaniques.
Cependant on a beau faire, la ventilation ration
nelle, en l'envisageant dans sa généralité la plus
complète, ne sortira pas de l'énoncé de cette propo
sition : -

« Forcer l'air à circuler, en lui donnant l'hiver de


la chaleur, l'été de la fraîcheur. »

M. le général Morin, lui-même, semble repousser


168 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
en ventilation toute idée de production artificielle
du froid.
A la suite de la séance dont je viens de parler, il
avait annoncé à l'Académie qu'il présenterait bien
tôt une note sur ce sujet. Effectivement le 31 juillet
suivant, il communiquait à la docte assemblée ses
vues sur ce sujet.

Voici le résumé que le compte rendu officiel donne


de cette communication :

« Les conditions auxquelles doivent satisfaire les


« dispositions à prendre pour assurer l'arrivée de
« l'air nouveau et l'extraction de l'air vicié dans les
« lieux habités que l'on se propose d'assainir par
« une ventilation régulière, étant de faire affluer le
« premier le plus loin et d'extraire le second le plus
« près possible des personnes, on est souvent con
« duit à établir dans les parties supérieures des édi
« fices, dans les combles, des chambres de mélange,
« d'où, l'air chaud fourni par les appareils de chauf
« fage, après avoir été mêlé avec une certaine quan
« tité d'air froid, pénètre par les plafonds, à une
·« température modérée, dans les locaux qu'il s'agit
« de chauffer et de maintenir salubres.
« Mais cette disposition, convenable pour les sai
« sons d'hiver, de printemps et d'automne, et qui
« est très-souvent la seule que l'on puisse adôpter
« pour des édifices déjà construits, présente pour la
« saison d'été l'inconvénient de faire arriver dans
((
les salles à ventiler de l'air, qui en traversant les
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. 169
combles, y a acquis une température très-notable
ment supérieure à celle de l'air extérieur, ce qui
empêche d'atteindre dans cette saison l'un des
principaux buts que se propose la ventilation, la
modération de la température intérieure.
« Cette difficulté s'est présentée pour nous à l'oc
casion du grand amphithéâtre du Conservatoire
des Arts et Métiers, et lorsqu'il s'est agi du projet
qui nous a été demandé pour le chauffage et la
ventilation de la salle des séances de l'Institut.
Elle existe pareillement pour la salle des séances
de la Société d'encouragement, et se produirait
presque toujours l'été, quand les conditions locales
ne permettraient pas de puiser dans l'atmosphère
directement, en faisant passer dans des caves
vastes et salubres, l'air nouveau que l'on devrait
faire affluer dans la salle.
« Elle est donc due à l'échauffement des toitures
qui est produit par les rayons solaires pendant le
jour, et à l'élévation durable de température qui
en résulte dans l'intérieur des combles et qui per
siste longtemps après le coucher du soleil. Cet
effet est sensible avec tous les genres de couver
tures; c'est surtout quand on a employé le cuivre,
le zinc, ou le plomb posés sur des voliges minces,
et plus encore quand une partie de la couverture
est formée par des vitrages.

« L'inconvénient de l'échauffement de l'air dans


les combles et dans les parties supérieures des
édifices n'est pas seulement un obstacle pour l'or
l70 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
ganisation d'une bonne ventilation pendant l'été;
il se fait sentir parfois d'une manière incommode
dans beaucoup de cas.
« Des logements, des ateliers établis sous les com
bles y sont soumis et deviennent par cela seul
fort insalubres. Si l'ouverture des fenêtres et des
châssis vitrés diminue sous un certain rapport ces
inconvénients, elle en aggrave parfois les consé
quences par des courants d'air auxquels donnent
passage les orifices d'admission trop peu nom
breux. En plein jour, ces orifices d'admission ne
suffisent pas pour modérer la température, et il
n'est pas rare de voir dans les ateliers placés sous
les combles, le thermomètre monter à 40° et 45°
alors que la température extérieure à l'ombre ne
dépasse pas 30° et 32°.
« Les gares de chemins de fer, malgré les ouver
tures permanentes réservées sous le faîtage et à
leurs extrémités, sont pendant l'été de véritables
étuves dont le séjour est extrêmement pénible et
même dangereux, pour les agents obligés de
manœuvrer le matériel. Dans l'immense gare du
chemin de fer de Lyon, à Paris, aux premiers jours
du mois de juillet, la température a dépassé 40°;
dans celle des chemins de l'Ouest elle s'est élevée
à 46°, et dans celle de Strasbourg à plus de 48°.

« La recherche des moyens à employer, pour éviter


cet échauffement excessif et incommode de l'air
dans les parties supérieures des édifices, n'est donc
6(
pas moins intéressante au point de vue des gares,
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. l7l
des salles de réunion, des ateliers, qu'à celui des
édifices qui doivent être ventilés; l'on verra par
ce qui suit les solutions qui paraissent devoir être
employées concurremment, pour atteindre le but
final qui est de modérer ou d'abaisser la tempé
rature des lieux occupés.

« Les expériences exécutées au Conservatoire des


Arts et Métiers et dont nous avons exposé les ré
sultats à l'Académie, ont porté sur quatre moyens
différents et nous ont conduit à des conclusions
que nous résumons ainsi qu'il suit :

« Par le premier procédé, nous avons cherché à


rafraîchir l'air nouveau aspiré par la cheminée de
ventilation en le faisant passer, avant son intro
duction, dans un jet d'eau divisée à l'état pulvé
rulent; ce procédé n'a produit dans cet air qu'un
abaissement d'un peu plus de 2°; il exige l'emploi
d'un volume d'eau assez considérable et celui
d'une force motrice que l'on a rarement à sa dis
position, et dont l'effet serait disproportionné à la
((
dépense, s'il fallait l'établir exprès pour cet usage ;
((
il ne peut donc être regardé que comme une res
source exceptionnelle.

« Le deuxième moyen consiste à faire passer l'air


((
contre les parois d'enveloppes métalliques dans
(ſ
l'intérieur desquelles circule de l'eau plus ou
moins froide. Ce procédé, basé sur un principe
exact de physique, est efficace; mais il exige l'em
l72 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
((
ploi de surfaces d'un développement très-consi
((
dérable par rapport au volume d'air rafraîchi ;
((
même quand l'eau employée est préalablement re
froidie à l'aide d'un mélange de glace dont le poids
en kilog. doit être à peu près égal au nombre de
mètres cubes d'air rafraîchi. Il doit être considéré
comme généralement inacceptable dans la pra
tique. •A

« Le troisième et le quatrième, plus directement


empruntés aux phénomènes ordinaires de la na
ture, paraissent seuls applicables dans tous les cas
et suffisants aux besoins ordinaires.

« L'un, qui consiste à assurer, par l'ouverture d'ori


fices nombreux et largement proportionnés, l'ad
mission et l'évacuation de l'air, n'exige que des
dispositions faciles à réaliser partout et peu dis
pendieuses. Les proportions des orifices d'évacua
tion devront être calculées de manière à ce que
l'air soit renouvelé au moins deux fois par heure,
et l'on ne devra compter en général que sur une
vitesse d'écoulement de 0"40 à 0"50 par seconde;
les cheminées d'évacuation devront être en tôle
à leur partie extérieure, afin que l'action du soleil
en les échauffant , en active le tirage; on leur
donnera trois mètres et plus de hauteur au-dessus
· des toits. -

« Les orifices d'admission de l'air seront aussi


nombreux que possible, et ouverts, s'il se peut,
sur les côtés de l'édifice qui ne reçoivent pas l'ac
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. l73
tion du soleil; on devra déterminer leurs dimen
sions par la condition que l'air ne les traverse pas
avec une vitesse de plus de 0"30 à 0"50 par se
conde, et que le volume d'air introduit suffise
comme celui de l'air évacué à un renouvellement
total répété au moins deux fois l'heure,
« Les fenêtres exposées à l'action des rayons so
laires seront munies de persiennes fermées, ou
masquées par des stores extérieurs , à moins
qu'elles ne soient en forme de châssis à taba
tières, auquel cas elles seront soumises à l'arro
sage qui constitue le quatrième procédé et cou
vertes de toiles.
« Pour les ateliers et autres locaux éclairés au
gaz, on devra toujours assurer l'évacuation des
produits de la combustion, soit directement à l'ex
térieur, soit quand on le pourra dans les chemi
nées de ventilation dont ils activent la marche.
« Il est d'ailleurs évident que ces cheminées de
vront être pourvues de registres pour en modérer
l'action, selon les temps et les saisons.

« Le quatrième procédé, qui bientôt, lorsque la


nouvelle distribution d'eau de la ville de Paris
sera organisée, pourra être appliqué à peu près
directement à la plupart des édifices et habita
tions, n'est que la simple imitation des effets natu
rels de la pluie, mais il est très-efficace; il n'exige
environ qu'un mètre cube 30 d'eau par heure pour
mouiller suffisamment cent mètres carrés de toi
(
ture et les mettre à l'abri de l'échauffement pro
l74 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
duit par la radiation solaire. Appliqué dès le matin,
et continué tant que le soleil agit, il s'oppose, non
seulement à l'échauffement des toitures, mais pour
peu que l'eau soit à une température inférieure à
celle de l'atmosphère, il peut maintenir les parrois
intérieures à une température notablement infé
rieure à cette dernière et rafraîchir l'air qui pé
nètre dans les combles. Ce service d'arrosage étant
accidentel et ne devant jamais s'appliquer à plus
de 60 jours par an, il est facile de voir que même
pour une gare immense comme celle d'Orléans
qui a 138 mètres de longueur sur 28 de large, la
dépense annuelle ne s'élèverait qu'à mille francs.

« Les deux derniers moyens que nous venons


d'indiquer pour diminuer l'élévation parfois exces
sive de la température dans les logements ou les
ateliers situés sous les combles, dans les gares de
chemins de fer, dans les cirques et autres lieux de
grandes réunions, sont l'un, celui de l'aération
continue qui est toujours applicable, et ce dernier
celui de l'arrosage que l'on peut presque toujours
réaliser dans les grandes villes.
« Leur emploi, qui permettrait d'assurer en toute
saison la ventilation intérieure des lieux de réu
nion, nous paraît constituer pour la salubrité pu
blique une amélioration facile à réaliser et assez
importante pour mériter l'attention de l'adminis
tration.

L'autorité qui s'attache, au nom de M. le général


AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. l75
Morin donnait, une valeur considérable à l'opinion
qu'il exprimait, et, il faut bien le reconnaître, cette
opinion n'était pas favorable aux moyens artifi
ciels.
Frappé des conséquences que pouvait avoir, l'es
pèce de défaveur qui résultait pour ces moyens
de cette situation, je résolus de démontrer, que si
l'aération artificielle n'était pas encore passée dans
la pratique, il lui restait du moins bien peu de chose
à faire pour y arriver. C'est ainsi, que je présentai à
cette Occasion les observations suivantes à l'Aca
démie :

« Dans la séance du 31 juillet dernier, M. le gé


« néral Morin a communiqué à l'Académie une note
« sur la ventilation des édifices publics et particu
« liers.
« Je demande à l'Académie la permission de lui
« soumettre quelques observations relatives au
« moyen présenté par cette note.

« M. le général Morin résume en quatre points


« principaux les modes expérimentés au Conserva
« toire des Arts-et-Métiers :

« Le premier est le refroidissement de l'air au


« moyen de l'eau pulvérisée;

« Le second produit ce refroidissement par le con


C( tact de surfaces refroidies;
176 TRANSPORT ET UTILIsATIoN DU CALORIQUE.
« Le troisième consiste dans un appel d'air exté
« rieur, régularisé aussi bien que possible;

« Le quatrième, enfin, est basé sur l'arrosage per


« manent des toits.

« M. le général Morin, dans ses conclusions,


« n'hésite pas à donner la préférence aux deux der
« niers moyens, qu'il appelle naturels, tandis qu'au
« contraire les deux premiers, qu'il qualifie d'artifi
« ciels, sont repoussés par lui.
« Quelqu'autorité qui s'attache à l'opinion de
« l'éminent académicien, j'avoue que je ne saurais,
« en ce cas, partager complétement sa manière de
« voir, et qu'au contraire pour moi, la ventilation
« artificielle doit être le moyen qui, tôt ou tard, sera
« définitivement employé, pour mitiger l'atmosphère
« insupportable de presque tous nos lieux de réu
« nion.

« Voici sur quels faits je base cette assertion :

« Ce n'est pas seulement sous les toits, que l'été,


« la chaleur est intolérable, à tous les étages des
« habitations on en sent les atteintes; et si sous les
« toits cette influence est évidemment plus intense,
« partout on sent, en cette saison, la nécessité d'a-
« doucir la température. Or, je doute que l'eau ver
« sée continuellement sur le toit d'une maison ayant
« plusieurs étages, produise un effet bien sensible
« pour les habitants du premier ou ceux du rez-de
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. 177
chaussée. Ce rafraîchissemeut, au contraire, ten
drait, suivant moi, à ralentir l'appel de l'air qui
se fait dans les combles, et à rendre, par consé
quent, sa circulation moins active.
« Je laisse de côté la question de dégradation
qu'amènerait infailliblement pour les toitures cet
arrosage permanent; j'arrive immédiatement au
second moyen naturel qu'enonce M. le général
Morin, moyen basé sur une ventilation énergique
bien combinée, et je dis qu'il ne serait pas plus
efficace que le premier. -

« Quels sont, en effet, les locaux les plus large


ment ventilés, si ce ne sont les gares de chemin
de fer ? - - -

« Leur élévation, jointe à la chaleur qui rayonne


sur les toits, y fait un appel considérable; les ou
vertures par lesquelles l'air peut entrer y sont
nombreuses, larges, toujours béantes, et cependant
M. le général Morin nous l'apprend, la tempéra
ture y a atteint jusqu'à 48° cette dernière saison.
« Il est clair que le mode de couverture de ces
édifices favorise singulièrement les élévations de
température, il est encore évident que ce sont eux
qui présentent le plus de difficultés à l'obtention
d'un rafraîchissement convenable; mais il est une
chose certaine aussi, c'est qu'ils démontrent d'une
manière surabondante, que la ventilation seule
n'est pas un moyen suffisant de combattre les
hautes températures de l'été.

« En résumé, ni l'un ni l'autre de ces moyens ne


12
178 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
(( présente des conditions d'efficacité sérieuse, aussi
(( je n'hésite pas à donner la préférence aux moyens
« artificiels, parce qu'en somme je ne saurais trop
« le répéter, on ne peut pas plus mitiger une chaude
« température avec de l'air chaud, qu'on ne saurait
« la réchauffer, quand elle est froide, avec de l'air
« froid (l).
« Or, l'hiver on fait bien de l'air chaud avec des
« moyens artificiels, pourquoi, renversant l'artifice,
« ne pas faire l'été de l'air froid ?

« Jusqu'ici le problème, ainsi posé, a paru d'une


« solution impossible; je vais démontrer le con
« traire, en abordant immédiatement le mode au
« quel je donne la préférence : le refroidissement
« par les surfaces.
« M. le général Morin dit que, dans les expé
« riences faites au Conservatoire, il a été permis
« d'évaluer à l kilog. la glace nécessaire au refroi
« dissement d'un mètre cube d'air.

« Ce résultat est effrayant d'impuissance.

« Il a fallu, pour l'obtenir, que ces expériences


« aient été faites dans des conditions tout particu
©4 lièrement difficiles.

(1) Je laisse de côté bien entendu le travail mécanique de


l'air qui jusqu'ici n'a pu entrer en comparaison avec les autres
moyens connus de Droduire le froid.
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. l79
« En effet, que représente l kilog. de glace ?
« 79 calories 25. Or, en utilisant convenablement
cette quantité de froid, et en tenant compte du
calorique spécifique de l'air, qui est de 0. 2377,
on voit que toute la chaleur qu'absorberait 1 kil.
de glace en agissant sur un seul mètre cube d'air,
devrait produire un abaissement de 258° 85, soit,
en prenant l'air à 30°, l'amener à environ 288° au
dessous de 0.
« Il est bien évident que ce n'est pas cette tem
pérature exagérée qu'on recherche, mais bien un .
simple abaissement de quelques degrés, ce qui
place dans d'excellentes conditions pour éviter les
pertes de conductibilité. J'admets que ces pertes
puissent monter à 25 pour 100; j'admets encore
qu'il faille abaisser de 20° l'air à refroidir, c'est en
résumé 8 mètres cubes d'air ainsi rafraîchis que
produira l kilog. de glace ou son équivalent en
travail frigorifique, et j'ai prouvé, dans ma com
munication du 20 mars dernier, que dans nos cli
mats surtout, grâce à l'emploi de l'ammoniaque,
ce travail pouvait être obtenu gratuitement.

« Je dois ajouter que l'air froid ainsi produit est


puisé directement dans l'atmosphère aux sources
les plus pures; qu'il n'est souillé d'aucune éma
nation, ce qu'on n'obtiendra jamais en prenant
l'air dans des caves ou à la surface des rivières,
sources naturelles de fraîcheur, c'est vrai, mais
qu'à tort on songe trop souvent à employer.
« Pour obtenir les résultats que j'énonce, ce n'est
180 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.

toutefois pas dans les conditions indiquées par


©(
M. le général Morin qu'il faudrait opérer. L'eau
((
rafraîchie par la glace est un mauvais conducteur
du froid; pour réaliser dans ces conditions l'é-
change du calorique, il faudrait des surfaces con
sidérables, encore le résultat ne serait-il pas
complet.

« Mais il est un moyen bien plus énergique d'o-


pérer; ce moyen, je l'ai encore indiqué dans la
note précitée du 20 mars, c'est de profiter de la
vaporisation des liquides en vases clos et purgés
d'air.
« Ici la question change. Nous ne sommes plus
en présence d'une simple question de contact,
mais bien devant des phénomènes d'une énergie
considérable.
« Ne sait-on pas, en effet, que dans le vide d'air,
les vapeurs se produisent instantanément ;
« Que, par conséquent, leur production est en
raison directe de leur condensation ;
« Que si cette condensation est énergique, une va
porisation puissante en est la conséquence forcée;
« Que cette vaporisation ne peut se faire qu'à la
condition rigoureuse d'enlever du calorique ;
« Qu'en disposant l'appareil pour que l'air à re
froidir seul le traverse, ce sera seulement à cet
· air que sera pris ce calorique;
« Qu'en conséquence, l'action frigorifique pro
duite sera forcément proportionnelle à la quantité
d'air refroidi;
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. l8l
« Qu'en conséquence encore, ce mode conduit
forcément à l'utilisation de toute la puissance
calorifique ;
« Qu'enfin, en employant l'ammoniaque, une dif
férence de seulement 10° entre la vaporisation et
la condensation produit un écart de plus de 2 at
mosphères dans la pression correspondante à cha
que température, c'est-à-dire que le transport du
calorique est fait avec une telle énergie, qu'on
peut la comparer à celle avec laquelle une chau
dière, maintenue à 3 atmosphères, laisserait exha
ler sa vapeur dans l'atmosphère ?

« Je dois ajouter que les surfaces sont utilisées


dans des conditions excellentes, puisqu'on peut
produire par mètre carré jusqu'à 4800 calories de
condensation pour une différence de 1°.

« Dans l'emploi de ce moyen réside donc, à mon


avis, la source la plus puissante de rafraîchisse
ment dont nous puissions disposer, et si on la
combine avec un système de distribution conve
nable, ce qui ne saurait prendre place dans cette
note, on a là, sous la main, la possibilité de pro
duire à volonté une aération aussi saine qu'a-
gréable.

« Quelques mots, en terminant, sur le refroidisse


ment produit par la projection de l'eau pulvérisée
dans l'air. •- .

« Ce moyen ne vaut évidemment pas celui que je


182 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
« viens d'indiquer; cependant, dans certains cas, il
« peut rendre des services. Il ne faudrait pas alors
« se contenter de l'employer en jet dans la conduite
« d'air à refroidir, comme l'indique l'expérience rap
« portée par M. le général Morin; il est évident que,
« dans ce cas, l'échange de température n'a pas le
« temps de se produire, et que l'effet frigorifique
« est presque nul.
« Pour obtenir de bons résultats, il faut lancer
« l'eau en jets pulvérisés dans le local même à ra
« fraîchir, la reprendre pour la lancer encore, de
« manière à la faire, si je puis dire, se saturer du
« calorique à enlever, avant de l'envoyer aux appa
« reils refroidisseurs. Les résultats désirés se mani
« festeront alors utilement. »

Les considérations qui précèdent sont mises à


profit dans l'installation que présente la planche V.

Cette installation est basée sur le simple chan


gement de densité qu'affecte l'air lorsqu'il se re
froidit.
Ce changement de densité, grâce à l'extrême mo
bilité des molécules de ce fluide qui tendent cons
tamment à se mettre en équilibre, détermine un
courant descendant, sorte de tirage renversé, qui
permet à l'air de traverser l'appareil et de gagner
ensuite la partie inférieure des locaux à rafraîchir.
Là il s'empare du calorique ambiant, devient plus
léger, s'élève, cédant la place à de nouvelles quan
tités arrivant fraîches; enfin, toujours cheminant,
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. 183
il gagne l'extérieur après avoir produit les conditions
essentielles cherchées :

Le renouvellement de l'air,
Le rafraîchissement des locaux traversés.

Je ne présente pas cette disposition comme devant


être absolument employée partout ; il est évident
qu'en raison des frottements plus ou moins grands
que peut amener la distribution de l'air, il y aura
des cas où la vitesse de l'air pourra ne pas être suf
fisante pour vaincre la résistance qu'apporteront ces
frottements. En cette occurrence il faudra recourir à
l'action d'un ventilateur, ainsi que je l'ai déjà indi
qué. Plus loin, à l'article Régularisation de la tem
pérature des caves de brasserie, On trOuvera une
disposition réalisant cette application. Pour l'instant,
j'ai dû prendre la question à son point de départ et
la considérer dans sa plus simple installation.

La planche V suppose l'appareil placé au milieu


des locaux à aérer. L'air est ainsi distribué aussi di
rectement que possible.
Cet appareil se compose d'une cheminée AA, plus
ou moins haute, suivant que le permettent les bâti
ments qui la renferment.
A la partie supérieure de cette cheminée est placé
verticalement le générateur tubulaire B, lequel con
tient de l'ammoniaque liquéfiée jusqu'à la ligne bb.
Cette capacité construite parfaitement étanche,—
et à l'article ci-dessus indiqué j'insisterai sur ce
184 TRANsPoRT ET UTILIsATIoN DU CALoRIQUE.
point,— est en communication directe avec le serpen
tin condensateur E, par les deux tubulures F et G.
Autour de ce serpentin circule de l'eau de puits.
Divers moyens peuvent être employés pour la faire
arriver; la quantité d'eau et la hauteur qu'il faudra
atteindre fixeront mieux, sur le choix de ce moyen,
que je ne le saurais faire dans une étude générale ;
ce que je veux établir ici, c'est que nous avons par
cette disposition, deux capacités étanches, commu
niquant librement entre elles, et dont nous expul
sons complétement l'air en ouvrant le robinet pur
geur l.
Cette opération est facile à faire. Nous savons
que B contient de l'ammoniaque liquéfiée ; or,
quelle que soit la température qui règne autour de
l'appareil, il est clair que la pression intérieure
sera supérieure (page 8) à celle de l'atmosphère.
L'ammoniaque se vaporisera donc aussi bien dans la
chambre bb nn que dans le tube mmm. Le courant
gazeux ainsi formé, balayant l'atmosphère intérieure
des tubes et serpentins, chassera devant lui l'air,
lequel sera expulsé dès qu'on ouvrira le robinet l.
A l'aide d'un tube de caoutchouc placé sur le nez
de ce robinet on recueillera ce courant dans un vase
contenant de l'eau. L'air s'échappera, l'ammoniaque
restera dans l'eau, et quand l'absorption sera com
plète, qu'aucune bulle ne viendra crever à la sur
face, on sera sûr que tout l'air aura été chassé, il
faudra fermer l. Cette manœuvre exécutée, il ne
restera donc plus à l'intérieur que de l'ammonia
que liquéfiée dont les vapeurs, atteignant immé
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. 185
diatement le maximum de tension, rempliront in
stantanément les espaces laissés libres par l'air
expulsé.
Si donc, par une circonstance quelconque, la tem
pérature de B vient à être supérieure à celle du
condensateur E, il y aura immédiatement formation
de vapeurs dans B, lesquelles iront se condenser
dans E, jusqu'à ce que l'équilibre de température
soit rétabli. Cette action sera d'autant plus vive,
qu'il faut se le rappeler, la production des vapeurs
est instantanée dans les espaces vides d'air; elle sera
donc proportionnelle à la condensation. Par consé
quent, autant puissante sera l'action condensatrice
en E, autant vive sera la vaporisation dans B, et
énergique le refroidissement du corps qui passera
dans les tubes acacaca et autour de l'enveloppe de B.
Or ce corps n'est autre que l'air de l'atmosphère,
qui entre librement par l'orifice A et pénètre dans les
tubes acacaºac, appelé par l'accroissement de densité
qu'il acquiert en se refroidissant, lequel tend à le
faire tomber dans la cheminée. Si donc les surfaces
sont suffisantes, la température se maintiendra égale
entre B et E; par conséquent si l'eau qui arrive au
tour du condensateur est à 9 ou 10°, c'est de l'air à
cette température qui sortira de la partie inférieure de
l'appareil et qui, descendant dans la cheminée AA,
ira par les conduits S, S, se distribuer à volonté dans
les locaux à rafraîchir.

Ainsi, voici une source constante d'air froid trou


vée et certes suffisante, car, lorsque l'été la tempé
186 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
rature est à 25 ou 30°, il est bien évident que de
l'air à 10° sera plus que convenable pour tempérer
l'atmosphère. J'ajouterai que cette source est pres
que naturelle, car sauf la disposition des appareils
et l'ascension de l'eau de condensation, tout se
fait par la seule combinaison de lois physiques im
prescriptibles.

Dans la disposition que présente la planche V,


le condensateur est placé au-dessus du niveau d'am
moniaque liquéfiée bb, par conséquent le retour du
produit de la condensation s'établit en vertu du pro
pre poids du liquide formé ; mais cette situation
peut ne pas toujours se produire.
Il peut arriver par exemple, que dans le but
d'augmenter la puissance de mouvement de laveine
d'air enfermée dans A, on élève celle-ci considéra
blement; le condensateur, dans ce cas, ne pourrait
être placé dans les mêmes conditions, il faudrait
nécessairement l'établir au-dessous de B. Cette mo
dification nécessiterait la seule addition d'une petite
pompe dont le mouvement serait combiné avec ce
lui de l'appareil envoyant l'eau au condensateur.
Cette pompe puiserait constamment l'ammoniaque
condensée dans E et la restituerait constamment
aussi dans B, en sorte que le rapport des deux
liquides ne changerait pas et que, conséquemment,
les faits resteraient ce que je viens de les décrire.

Se reportant maintenant aux conséquences que


j'ai énoncées page 180 et qui toutes s'appliquent
AÉRATION DES SALLES DE THÉATRE, ETC. 187
à l'appareil que je viens de décrire, il est facile de
déduire la puissance du moyen d'action que l'am
moniaque, au point de vue de l'aération, met en nos
mains.

J'ajouterai seulement qu'en ce qui concerne le


coût de l'opération, il se réduit à la seule dépense
de l'eau de condensation à élever. Si on opère sur
1000 mètres cubes d'air à abaisser de 25° à 10° par
heure, qu'on admette que l'eau dans son passage
au condensateur se charge seulement d'une calorie,
la quantité d'eau à élever se déduira par ce simple
calcul :

1000 x 15 x 1,293 x 0,237 = 4,596 kilog. d'eau ;


1,293 étant le poids d'un mètre cube d'air,
0,237 son calorique spécifique comparé à celui de l'eau,

Soit environ 5 kilogr. d'eau par mètre cube d'air


abaissé à 10°.

Si l'on voulait économiser l'eau employée, il fau


drait, au lieu de la faire sortir avec une élévation de
température de seulement 1°, lui faire absorber 2°,
3°, 4°, la quantité utilisée diminuerait proportion
nellement; quant à la température de l'air, elle cor
respondrait toujours à celle maximum de l'eau sor
tant du condensateur.
Il est presque inutile d'ajouter que la disposition
que je viens d'indiquer peut se modifier de bien des
manières, et satisfaire ainsi à tous les besoins qui
peuvent se manifester.
l88 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.

REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE

ET DES BRASSERIES.

La fabrication de la bière est une opération exces


sivement délicate. L'une des circonstances qui ont
le plus d'influence sur sa qualité, est, sans contredit,
la température.
Cette influence est telle, que l'été, elle paralyse
presque complétement la production.
Les altérations qui résultent de l'action de la cha
leur se manifestent surtout par des fermentations
visqueuses ou lactiques qui se produisent, soit dans
le cours de la fabrication pendant la fermentation
alcoolique, soit après la fabrication pendant la pé
riode de conservation. -

Dans le premier cas, la perte est limitée au bras


sin mal réussi ; dans le second, elle peut atteindre
des chiffres considérables, et il est des brasseurs,
même parmi les plus réputés, qui ont eu parfois à
chiffrer, par des sommes importantes, le préjudice
qui leur était ainsi causé. Du reste, il est peu de
brasseurs, qui, en s'interrogeant bien, ne trouve
raient dans leur pratique la preuve de ce que j'a-
vance ; aussi le remède à cet état de choses est-il
A

depuis longtemps cherché.

L'application la plus favorable tentée en ce sens


a été, jusqu'ici, l'emploi de la glace. Mais la glace
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 189
est-elle bien le moyen suffisant qu'il faille em
ployer?
Non, car si ce corps a l'avantage de se trouver
en maints endroits, il n'existe cependant.pas par
tout. Puis , même dans les contrées favorisées,
l'hiver n'en produit parfois pas. Enfin, il n'agit pas
toujours d'une manière efficace.
L'emploi de la glace indique donc simplement la
voie à suivre. Ce n'est pas un palliatif certain.

Ce n'est d'ailleurs pas du froid proprement dit


qu'il faut produire dans la fabrication de la bière. Le
froid annihile les fermentations ou détruit la sapi
dité du liquide, ce qu'il faut éviter. Ce qu'il faut
simplement, c'est combattre les excès de tempéra
ture , la maintenir constante , et c'est chose facile
avec les moyens d'action que fournit l'ammoniaque
liquéfiée. -

D'après l'expérience qu'il m'a été permis d'acqué


rir en écoutant des hommes expérimentés et en
recueillant les avis qui me sont venus de sources
diverses, trois actions principales sont à exercer
dans la fabrication de la bière :

La première est le refroidissement des brassins ;

La deuxième, l'absorption de l'excès du calorique


produit par la fermentation ;

La troisième, la régularisation de la température


des caves.
190 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
Je vais démontrer que ces résultats peuvent être
atteints par l'emploi de l'ammoniaque (l).

(1) Dans cette opération, l'ammoniaque peut être remplacée


par l'éther méthylique, qui, au point de vue des applications
que renferme ce chapitre, peut être considéré comme un suc
cédané de ce corps.
Cet éther, dû aux savantes recherches de M. Dumas, était
resté un produit de laboratoire. J'ai créé sa fabrication indus
trielle, et le premier j'ai appliqué ses propriétés, en les utilisant
à la production de la glace et du froid artificiel.
Les appareils établis en vue de cette fabrication spéciale sor
tant du cadre de cet ouvrage, je n'ai rien à en dire.Je dois me
borner à signaler l'analogie qui existe entre ce corps et l'am
moniaque, en ce qui concerne la production facile et industrielle
de vapeurs.
Voici, du reste, un tableau comparatif des pressions des deux
corps à certaines températures :
Températures Pr#on Pr#on
degrés §ugrades. º#º rº#ique
- 20.. • ... .. .. . 2 • • • • • • .. • • • . . 1,50
15. .. • • • • • • • . 2,30. ............ 2,»
10........... 2,80............. 2,25
5. .. • ... • ... 3,50. ............ 2,50
0.... • ...... 4,10.......... . .. 2,75
+ 5...... ..... 5,10...... - • • - • - - 3,25
10... .. ... ... 6,10. ..... . - - - a - - 3,75
15.......... • 7,20............. 4,25
20. ...... . . .. 8,50. ............ 4,75
25......... .. 10,». ............. 5,»
30...... ... .. 11,60............. 5,25

Je dois faire observer que les pressions indiquées dans la


dernière colonne pour l'éther méthylique n'ont pas la précision
des observations de M. Regnault. Elles ont été notées sur des
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 191
Il serait rationnel de commencer par traiter la
première question, mais à cause de certains détails
de construction qui apparaissent plus nettement
dans la planche qui concerne l'aération des caves,
j'intervertirai l'ordre des choses. Je vais donc im
médiatement aborder le dernier sujet; je reviendrai
ensuite aux brassins, puis aux fermentations.

RÉGULARISATION DE LA TEMPÉRATURE DES CAVES DE BRASSERIB.

Cette question présente une très-grande impor


tance ; aussi dans les pays du Nord, où la glace est
abondante , les brasseurs ont-ils soin d'enfermer
dans les caves qui contiennent leurs bières de garde,
des monceaux de glace destinés précisément à atté
nuer l'influence que les températures de l'été exer
cent sur ces réserves.

Ce moyen, le seul dont on pouvait disposer jus


qu'ici, n'est pas, je l'ai dit, une solution du pro
blème.

La glace, en admettant qu'on en ait toujours, fond

appareils industriels, dans lesquels l'éther était commercial,


c'est-à-dire pas absolument pur, avec des manomètres métal
liques ordinaires. Il n'y a donc là que des résultats approchés.
En l'absence d'expériences précises, ils suffiront cependant pour
fixer les idées sur les applications industrielles qui peuvent
être faites de ce corps. .
192 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
à mesure que la saison s'avance. Les interstices que
laissent entre eux les fragments accumulés dimi
nuent. L'air ne peut plus circuler entre eux et y
laisser son calorique; en définitive, c'est précisé
ment au moment où l'avancement de la saison ren
drait plus opportune l'action de la glace, qu'elle
manque, ou, tout au moins, que son effet est sin
gulièrement atténué.
Si l'on ajoute à cela que l'action de la glace ainsi
| amassée n'est pas uniformément répandue dans les
caves, qu'elle se manifeste en raison directe du rap
prochement des tonnes aux tas de glace, on voit que
les résultats à attendre de ce mode d'emploi sont
loin d'être aussi complets qu'on pourrait le croire, et,
qu'en résumé, une grande marge reste aux moyens
artificiels. -

Ceux-ci se divisent en deux genres principaux :

L'emploi de l'eau froide,


L'emploi de l'air froid.

Dans le premier cas, l'eau froide produite est


amenée par un tube dans les caves. Là , soit qu'on
la pulvérise en la lançant en poussière dans l'atmo
sphère, soit qu'on l'épanche en minces filets sur des
toiles recouvrant les tonnes, elle s'empare d'une
certaine quantité de calorique, diminuant ainsi la
masse enfermée dans la cave. -

Ce procédé a un avantage, c'est de ne pas néces


siter d'appareil spécial. Il est possible , en effet,
d'utiliser, pour produire l'eau froide, l'appareil ser
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 193
vant au refroidissement des brassins. La dépense
d'installation est par conséquent réduite d'autant.

Mais le froid ainsi produit est humide; à ce titre,


je donne la préférence au mode qui va suivre, le
quel repose sur ces simples données :
PrOduire de l'air refroidi et le chasser dans les
caVes à l'aide d'un ventilateur.

Que ce mot de ventilateur ne rappelle pas des


expériences déjà tentées. On a déjà, je le sais, es
sayé de ventiler les caves. Mais l'air envoyé était
simplement pris dans l'atmosphère, on produisait
alors, si ce n'est de l'échauffement, du moins un
simple remous dans l'atmosphère des caves, en
résumé rien de bon n'était obtenu.
J'appuie sur ce fait, car il a trait à un préjugé
trop généralement admis. On considère souvent que
le mouvement de l'air procure de la fraîcheur, et, à
l'appui de cette croyance, On cite la sensation de
froid que produit sur nous l'air fortement agité.
Rien n'est aussi erroné que cette assertion. Il est
bien vrai qu'une impression de fraîcheur est perçue
dans le cas que je viens d'indiquer, mais la tempé
rature ne baisse pas pour cela, et l'effet est parti
culier aux seuls êtres animés : voici pourquoi.
La température de notre corps est dans l'état nor
mal d'environ 37°, par conséquent, presque toujours
au-dessus de la température de l'atmosphère. De
plus, toutes les parties de notre corps rayonnent
constamment du calorique. Cette déperdition est
43
194 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
modérée et par nos vêtements et par le peu de con
ductibilité de l'air qui nous baigne. Dès lors, les
couches qui nous approchent immédiatement s'é-
chauffent à notre contact et nous entourent d'une
véritable enveloppe préservatrice. Nous n'avons
donc pas froid. Mais qu'un courant d'air vienne
changer l'état de choses et renouveler vivement
cette atmosphère immédiate qui s'était échauffée,
les choses changent instantanément; la couche qui
avait pris sensiblement la température de notre corps
est remplacée par une autre à la température am
biante, aussitôt une sensation de fraîcheur est per
çue, quoique la température soit restée stationnaire.
Dans les caves , c'est bien autre chOse encore
qu'une ventilation irréfléchie peut produire. Ce n'est
effectivement pas de l'air à une température appro
chant celle de la bière qui peut y être lancé, mais
bien de l'air à 25°, 30°; le résultat de cette intro
duction intempestive serait donc tout opposé à l'effet
à produire. -

En admettant même qu'on ne fasse marcher la


ventilation que la nuit , c'est encore de l'air
à 15 ou 20° qu'on enverrait. Or, la température
normale des caves étant 9 à 10°, c'est donc encore
de l'échauffement qu'on y produirait.

La question change avec l'appareil que je vais


décrire.

Ce n'est plus de l'air chaud , mais de l'air


à 2°, 3°, 4° qu'on va pouvoir envoyer combattre les
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 195
influences calorifiques, et cet air n'agira plus alors,
comme la glace, par simple rayonnement ou par
absorption du calorique qui arrive à elle , mais en
enveloppant les foudres d'un matelas d'air réelle
ment frais, matelas sans cesse renouvelé et qui agit
d'autant plus certainement qu'il isole les pièces des
murailles, recevant lui-même et l'absorbant le calo
rique qu'elles dégagent. Immédiatement ill'entraîne,
puisque, devenu plus léger, il monte occuper la
partie supérieure de la cave, laissant toujours l'air,
neuf et froid, baigner les pièces contenant le li
quide à conserver.

La planche VI présente la disposition à adopter


pour obtenir les résultats énoncés.

L'ensemble de cette disposition présente quatre


principaux organes :
l° Un tube rafraîchisseur A;
2° Un ventilateur B ; "
3° Une pompe de compression C;
4° Une colonne de condensation D.

Le rafraîchisseur A est formé d'un tube en fer à


bords recouverts et soudés aaaa, formant enveloppe
extérieure et résistante. |

Dans l'intérieur de ce tube est logé un faisceau


d'autres tubes d'étroit diamètre, 12 à 15 millimètres
environ. Partie de ces tubes se voit en aºaºaºaº. Tous
viennent librement déboucher dans l'atmosphère,
aux deux extrémités du tube enveloppe A.
196 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
Celui-ci est fermé à chaque bout par un disque
métallique. Dans ces disques s'engagent les tu
bes acacacac, en sorte que, tout en laissant l'intérieur
de ceux-ci parfaitement libres, l'espace que circons
crit le tube A et ces disques, n'en forme pas moins
une capacité parfaitement close et résistante.
Pour obtenir d'une manière complète ce résultat,
une forte frette, qui se voit à chaque extrémité
en aa, aa, est passée à chaud sur le tube et conso
lide cette extrémité. Des goujons, passant à travers
le tube A, s'engagent dans les disques qui reçoivent
tous les tubes, et font ainsi du tout un assemblage
parfaitement résistant. Enfin, l'ensemble soigneuse
ment décapé, étamé, soudé, est chauffé et recou
vert de soudure sur une épaisseur de l à 2 centi
mètres, en sorte que le tout forme une masse
unique, ne permettant absolument aucune fuite,
puisqu'il n'y a ni rivets, ni joints, ni boulons, hor
mis les deux seules tubulures des robinets E et F,
lesquelles encore sont établies de manière à faire
corps avec le tube A. -

Je n'ai rien à dire du ventilateur B, qui peut être


de n'importe quel système.
La pompe de compression C est mue à l'aide d'une
courroie passant sur la poulie v. Son cylindre ne
présente d'autres particularités que les soupapes
qui, contrairement à l'usage, sont placées :
1° Celles d'aspiration, à la partie supérieure du
cylindre; elles correspondent à la tubulure f;
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 197
2° Celles de refoulement, à la partie inférieure
dudit; elles correspondent à la tubulure g.

Cette disposition permet, pour le cas où une cer


taine quantité de liquide se formerait dans le cy
lindre, d'en opérer l'expulsion à chaque coup de
piston; de plus, elle permet encore de réduire con
sidérablement les espaces nuisibles. -

Enfin, ce cylindre est venu de fonte, avec une


enveloppe extérieure, laquelle sert à faire circuler
un courant d'eau destiné à enlever le calorique que
dégage la compression. Un robinets permet de régler
l'introduction de cette eau. -

La colonne de condensation D se cOmpOse :

l° D'un serpentin G.
2° D'une capacité à flotteur L recevant le produit
de la condensation du serpentin.

Les choses étant en cet état, la marche de l'ap


pareil devient facilement explicable.

A l'aide du ventilateur B, on envoie dans le ra


fraîchisseur A un courant d'air continu.
Cet airs'introduit dans les différents tubesacxxxxx,
lesquels sont baignés par l'ammoniaque liquéfiée
que renferme le tube A.
Sous l'influence de la chaleur que possède l'air,
ce liquide se vaporise, déterminant l'abaissement de
la température de ce fluide. On peut ainsi descendre
198 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
à un degré voisin de 0°. Toutefois, cette limite ne
peut être dépassée; la condensation abondante qui
se fait dans les tubes se transformerait en givre, et,
les obstruant, arrêterait bientôt la marche de l'ap
pareil. En descendant seulement à un degré voisin
de 0°, il ne résulte de cette opération qu'une con
densation abondante qu'on laisse échapper par la
tubulure M.
L'air ainsi refroidi s'échappe par la conduite géné
rale N,N, qui vient déboucher au fond des caves à
leur partie inférieure.
Lorsque la conduite doit se bifurquer et desservir
plusieurs caves, un obturateur, réglé automatique
ment, fait ouvrir et fermer chaque branchement,
suivant que le travail des caves exige que le cou
rant soit distribué d'un côté ou d'un autre.

Je reviens maintenant à la vaporisation du liquide


volatil qui se fait dans A et qui s'échappe par le
robinet à tampon E. Si les vapeurs ainsi formées
s'échappaient librement dans l'atmosphère, l'effet
utile serait bien produit, mais ces vapeurs seraient
perdues, le coût de l'opération serait inabordable,
il résulterait de cette situation un appareil absolu
ment impropre au service qu'on réclame de lui.
D'un autre côté, si on les envoyait directement
au condensateur D, la condensation ne pourrait s'en
faire, puisque, la température de A étant moindre
que celle de D, la pression correspondrait au vase
le plus froid et ne pourrait amener en D la tension
maximum nécessaire à la condensation.
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 199
Il faut, par un artifice quelconque, obvier à
cet inconvénient, c'est-à-dire conserver dans A la
faible pression qui s'y manifeste, afin que la vapori
sation y soit continue; puis donner aux vapeurs,
après leur sortie de A, une pression suffisante pour
qu'elles puissent se condenser dans D.

C'est précisément à ce résultat que mène la pompe


de compression C.

Sous l'influence du mouvement qui lui est donné


par le moteur, son cylindre se remplit de vapeurs
produites dans A, qui, comprimées par le piston, re
foulent les soupapes d'échappement et arrivent dans
le condensateur, dès que la pression est suffisante
pour la condensation. 1

Pour que celle-ci s'opère d'une manière constante,


un courant d'eau froide arrive continuellement par
la tubulure O et sort par la tubulure P, après avoir
baigné le réservoir à flotteur L et le serpentin G,
emportant ainsi tout le calorique de condensation.
Cette eau n'est nullement altérée; elle peut servir
à tous les usages de la brasserie, brassin, lava
ges, etc., etc. On peut même placer le condensa
teur D sur la conduite qui mène aux réservoirs, et
dans ces conditions le travail sera fait sans eau
dépensée. La seule différence sera que l'eau, au lieu
d'arriver aux réservoirs qui l'amassent à la tempé
rature de 10°, y arrivera à 15 ou 20° environ. Cette
circonstance, loin d'être nuisible, favorisera au con
traire la plupart des opérations ultérieures de la bras
200 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
serie. Ainsi donc, dans une installation bien combi
née, on peut dire que la quantité d'eau employée
peut être considérée comme nulle.
A mesure que les vapeurs se condensent, le li
quide qui en résulte s'amasse dans le réservoir qui
entoure le flotteur L. Lorsque la quantité amassée
est suffisante, ce liquide soulève ce flotteur et s'é-
coule par le tube oooo, qui le ramène au tube ra
fraîchisseur A.

De cet ensemble de faits résulte ceci : c'est que


constamment la vaporisation peut se produire dans
le tube A sans que le niveau de l'ammoniaque .
vienne à s'y abaisser, ce qui assure la marche con
tinue de l'appareil. -

Un niveau en verre, raccordé avec les deux tubu


lures EF, permet de vérifier aussi souvent qu'il le
sera nécessaire l'état de remplissage du tube A, le
quel doit toujours contenir assez d'ammoniaque li
quéfiée pour baigner complétement le faisceau de
tubes acacacaºaºaº.

Reste maintenant à considérer comment s'opère


la prise de l'air à refroidir.

S'il fallait prendre cet air dans l'atmosphère, il y


aurait là, l'été surtout, un travail considérable à
fournir, puisque la température extérieure atteint
parfois jusqu'à 30° et au-dessus.
Pour éviter cet inconvénient, c'est l'air lui-même
des caves qui est aspiré. Dans ce but, le conduit en
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 20l
maçonnerie dans lequel est placé la conduite N (la
planche VI la présente brisée, toutes longueurs
pouvant lui être données) est ouvert à ses extrémi
tés nn, nn. Il résulte de cette disposition qu'il forme
un canal établissant une communication directe entre
les caves et la chambre du ventilateur B. Comme
précisément il débouche à la partie supérieure des
caves, c'est l'air le plus chaud qu'il y puise, lequel
est appelé par le ventilateur, chassé à travers le ra
fraîchisseur A, puis renvoyé à la partie inférieure
des caves.
C'est donc, en un mot, une circulation continue
de la même masse fluide, qui, versée froide à la
partie inférieure de la cave, y prend le calorique
qu'elle rencontre, se dilate, s'élève, emportant ce
calorique pour revenir dans la chambre du ventila
teur se refroidir, et ainsi de suite.
En résumé, l'air n'est donc dans ce travail qu'un
véhicule de la chaleur qu'il emporte de la cave et
abandonne dans le rafraîchisseur, circuit successif
qui peut se maintenir aussi longtemps que le jugera
convenable le brasseur. -

Peut-être craindra-t-on que cette circulation du


même air ne purifie pas suffisamment l'atmosphère
des caves. Ceci n'est pas à redouter.

D'abord, il est d'usage en brasserie de clore les


caves aussi bien que possible lorsqu'elles sont pleines;
par conséquent, laisser l'air stationnaire ou le faire
circuler, ne change absolument rien à sa composition.
202 TRANSPORT ET UTILISATION DU, CALoRIQUE.
Ensuite, en ce qui concerne l'acide carbonique, il
est facile de l'éliminer en mitigeant le courant par
une certaine proportion d'air neuf, qui chassera une
quantité égale d'air vicié, et, par conséquent, peu à
peu renouvellera l'atmosphère intérieure.

Mais ce n'est pas tout. Loin d'être une cause d'al


tération, c'est au contraire une constante purification
de l'air que produit cette circulation.
En effet, sous l'influence de l'absorption du calo
rique, l'état hygrométrique de l'air se modifie, toute
la vapeur qu'il tient en suspension se condense. Or,
ce phénomène amène une autre conséquence, c'est
l'entraînement dans l'eau condensée de tous les
miasmes qui étaient en suspension. L'air arrive donc
dans la cave purifié, desséché, c'est-à-dire dans des
conditions éminemment propres à l'absorption des
nouvelles vapeurs et des miasmes qui se dégage
raient dans la cave, lesquels, par sa circulation con
tinue, il emmènera constamment au dehors, laissant
ainsi l'atmosphère intérieure aussi fraîche et aussi
pure que possible.

La disposition de la planche VI forçant à masser


les détails, présente le tube N comme descendant à
l'entrée de la cave; il est presque inutile d'indiquer
que cette disposition ne doit pas dans la pratique
subsister, que l'air froid doit être porté à l'extré
mité opposée du local à rafraîchir, en sorte qu'il soit
forcé de parcourir toute l'étendue de la cave avant
de pénétrer dans la conduite de sortie nn. L'effet
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 203
utile cherché sera ainsi obtenu dans les meilleures
conditions possibles.

L'importance des considérations qui précèdent


n'échappera à aucun de nos praticiens; aussi, sans
m'étendre plus longuement sur ce sujet, vais-je im
médiatement passer au refroidissement des brassins.
"

REFROIDISSEMENT DES BRASSINS.

Lorsque le moût est cuit et que la bière a été hou


blonnée, on la dirige sur de vastes bacs où elle reste
exposée à l'action de l'air, y subissant un refroidis
sement prolongé. -

Cette longue exposition est-elle nécessaire ?

· La généralité des brasseurs le prétend, pour moi


je ne le crois pas. Il est bien évident que l'ébullition
rend le moût impropre à la fermentation et que c'est
par le contact ultérieur de l'air que cette propriété
lui est rendue; mais ce contact n'a pas besoin de se
prolonger et de correspondre, comme on le croit gé
néralement, à une large absorption de ce corps.
D'après les études de divers observateurs, ce n'est
effectivement pas l'oxygène qui est utile pour com
mencer la fermentation, mais la simple présence de
l'air. Il suffit, je le répète, que le contact soit mo
mentané. Il y a intérêt à profiter de cette circon
stance. En effet, si l'air porte les germes qui doivent
204 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
allumer, si je puis dire, la fermentation alcoolique,
il contient aussi les principes qui déterminent les
fermentations lactiques et visqueuses; il faut redou
ter pour plus tard ces causes d'altération.
Ces principes, qui se rangent dans la même ca
tégorie de corpuscules que les miasmes dont je
| parlais il y a quelques instants, ont une importance
qu'on ne saurait maintenant méconnaître. La science
est impuissante encore à démontrer de visu leur
existence, à analyser leurs propriétés, mais elle
constate journellement l'énorme influence qu'ils ont
sur les matières organiques, et entre toutes il n'est
peut-être pas de substance plus délicate et plus sen
sible à leur atteinte que le liquide qui nous occupe.
A ce titre donc, il y a un haut intérêt pour le bras
seur à se tenir en garde contre ces causes préjudi
cielles.
Ce serait sortir du cadre que je me suis tracé,
que d'insister plus longuement sur ce sujet; je tiens
seulement à constater que, si l'avenir démontrait
qu'il y a intéret à supprimer l'exposition sur les
· bacs, l'appareil que je vais décrire pourrait, en le
combinant convenablement, aussi bien agir sur le
moût sortant de la chaudière que sur celui sortant
des bacs à rafraîchir, je démontrerai du reste ceci
planche VIII.

En disant en tête de cet exposé que la fabrica


tion de la bière serait rendue possible l'été, on
, pourrait être tenté de croire qu'à cette saison se
limitera l'emploi des appareils que je vais décrire.
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 205
Il n'en est rien. L'expérience a prouvé que pour
opérer dans de bonnes conditions, il fallait des
cendre à une température d'environ 4° centigrades. Or
l'hiver cette température n'est pas toujours atteinte,
c'est donc en toute saison que peut être utilisé
l'appareil dont il s'agit. La planche VII le présente
dans tous ses développements.
Comme l'inspection de cette planche le fait pres
sentir, l'ensemble des phénomènes qui se passent
dans cette seconde opération est exactement iden
tique à ceux énoncés dans la description de la
planche précédente, le mode d'absorption du calo
rique seul diffère, en ce sens que la nature du fluide
étant différente, il faut agir à l'aide de dispositions
spéciales à ce fluide.
Je n'ai donc rien à dire, ni de la pompe de compres
sion, ni du condensateur qui se comportent exacte
ment comme dans le cas précédent, je ne dois m'oc
cuper ici que du seul passage des brassins dans
l'appareil.
Le tube refroidisseur AA est exactement sem
blable au tube A de la planche VI déjà décrit
(page 195), il est seulement plus petit, le moût exi
geant moins de section pour son passage que l'air.
Tel qu'il est là cependant, il suffit pour présenter
des surfaces suffisantes à l'échange du calorique,
dans la proportion de 4860 calories par mètre carré
et pour une différence de l°, ce qui, d'après Péclet,
correspond à la puissance condensatrice des appareils
à tube dans lesquels l'air est parfaitement expulsé.
206 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
La bière arrive en B, se distribue dans les tubes (l),
les traverse, se rafraîchit, sort suffisamment refroidie
par la tubulure C, laquelle est ainsi placée à la par
tie supérieure du tube AA, afin d'assurer le parfait
échappement de l'air.
Comme cette disposition laisse l'appareil plein de
moût et qu'il convient de le vider à chaque opéra
tion, un robinet n, se branchant sur la conduite mm,
permet d'opérer cette vidange aussi complétement
qu'on le peut désirer. -

Les tampons en tôle DD s'enlèvent aisément,


permettant ainsi le nettoyage facile des tubes dans
lesquels circule le moût.

Mais il ne faut pas oublier que l'action produite


dans le tube AA correspond à une absorption de
force motrice qu'il importe d'économiser. Or, pre
nant le moût à 30° sur les bacs et disposant d'eau
à 9°, il est évident que nous pouvons par simple
voie d'échange enlever une notable quantité de ce
calorique. Si nous amenons par ce moyen le moût
à 12°, je suppOse, nous n'aurons plus que 8 calories
à enlever à la machine par litre de moût, et, dans
ce cas, l'effet utile de l'appareil sera aussi complet
que possible, tout en réduisant au minimum la force
dépensée.

(1) On pourrait, si on le voulait, rétrécir l'orifice d'entrée de


chaque tube, de manière à ce que la somme de leur section soit
égale à celle du tube d'arrivée. - -
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 207
Pour obtenir ce résultat, je dispose une table à
double fond RR, vue longitudinalement dans la
coupe 3-4, et transversalement dans la coupe 1-2.
Cette table se compose d'une semelle en bois,
épaisse, laquelle présente dans toute sa longueur et
largeur une cavité d'environ 1 centimètre, formée
par un rebord de 5 centimètres de largeur et l d'épais
seur ménagé au pourtour. Le tout est recouvert
d'une feuille de cuivre que des bandes de fer vv, vv
coupes 6-5, 7-8, 9-10, serrées par des boulons qui
traversent tout le système, réunissent fortement.
Une tubulure à robinet U, se prolongeant par un
tube intérieur ww, coupe 7-8, perforé de trous dans
toute sa longueur, permet de faire arriver de l'eau
à volonté. Cette eau est ainsi distribuée dans toute
la largeur de la table, et forme une nappe intérieure
qui baigne constamment la plaque de cuivre formant
la paroi supérieure de la table. Après en avoir par
couru toute la longueur, elle s'échappe par la tubu
lure s, qui la conduit où le juge convenable le bras
seur possédant l'appareil.
Inversement, une seconde tubulure X semblable
à la première, mais extérieure, amène le moût, le
quel est à son tour distribué sur la table et dans toute
sa largeur, par les nombreux orifices qui sont percés
dans la paroi de ce tube.
La coupe 6-5 présente les détails de cette dispo
sition. -

Dans ces conditions, le moût ainsi versé s'étale


· sur la table en une mince happe, et comme la face
OppOsée de cette table est constamment baignée par
208 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
le courant intérieur qui marche en sens contraire,
il résulte de ce cheminement opposé un échange
aussi complet que possible, entre la tempéra
ture des deux liquides. Par conséquent, l'eau qui
était entrée à 9° environ, sort à près de 30°,
tandis que le moût, qui était entré à 30°, sort
à 10 Ou 12°.
Il serait mieux de faire passer le moût à l'inté
rieur, l'eau sur la table ; la propagation du calorique
se ferait ainsi d'une manière plus rationnelle, mais
puisque l'usage d'aérer longuement la bière prévaut,
il faut y satisfaire et opérer dans les conditions ci
dessus énoncées.
La feuille de cuivre formant la table supérieure
n'est pas unie. De place en place, à environ l cen
timètre l'un de l'autre, sont implantés en elle des
· clous carrés en cuivre. Ces clous, en divisant de part
et d'autre le courant, en présentant des arêtes
nombreuses, facilitent singulièrement l'échange du
calorique. Cette disposition est facilement visible
dans les coupes 6-5, 7-8, 9-10 en æææææ.

La table RR est boulonnée sur trois forts tré


teaux Z, Z, Z, lesquels sont disposés de façon à ce
que leur traverse inférieure z, z, z, puisse porter
le tube AA.
Ce tube ne repose pas directement sur ces tré
teaux, mais sur trois tasseaux ttt faisant partie
d'une longue boîte ssss, laquelle est remplie de
sciure, de manière à rendre l'isolement de AA
aussi complet que possible.
REFROIDISSEMENT DE LA BIÉRE, ETC. 209
En étudiant bien l'appareil, il est facile de voir
qu'avec son aide, en supposant un nombre suffisant
de tables RR, il serait possible de prendre le moût,
non plus à 30°, mais à 100°, tout en l'amenant à 4°
en quatre heures, résultat qu'aucun appareil ne peut
donner. L'opération ainsi menée serait bien plus
profitable à la brasserie.
D'une part l'aération du moût, si on la désire,
serait aussi complète que possible, puisque le moût
aurait été pendant tout le travail étendu en couches
plus minces qu'il ne l'est ordinairement sur les bacs.
D'une autre, ce refroidissement rapide, en diminuant
l'évaporation, conserverait l'arôme du houblon, tout
en préservant la bière du contact trop prolongé de
l'atmosphère.

Je sais encore qu'en brasserie on compte sur une


certaine évaporation afin d'arriver à un degré de
concentration du moût regardé comme convenable.
Mais cette évaporation peut être suppléée par une
moindre quantité d'eau mise dans le brassin, et elle
aura l'avantage, je le répète, d'éviter une vaporisa
tion qui ne se fait qu'aux dépens de l'arôme du
houblon et toujours au risque d'altérations.
Le jour, du reste, où la brasserie entrera dans
cette voie, il y aura, je l'ai déjà dit, mieux à faire
encore. Il sera possible de profiter de la chaleur des
brassins pour produire l'effet moteur utile à leur
complet rafraîchissement. Ce faisant, cette opération,
qui déjà se réduit au seul coût d'un peu de force
motrice, ne coûtera réellement plus rien, l'appareil
14
210 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
fournissant alors lui-même et son moteur et la cha
leur qui lui est nécessaire.

La planche VIII présente l'ensemble des disposi


tions à utiliser pour obtenir ce double résultat.

Le fonctionnement de l'appareil qu'elle reproduit


| est basé sur la division en trois temps du refroidis
Sement :

Le premier, de 100° à 40°, est destiné à produire


le calorique utile à la puissance motrice.

Le second, de 40° à 12°, permet l'exposition à


l'air, et par conséquent l'action de ce fluide sur le
brassin.

Le troisième , de 12° à 4°, achève le refroidisse


ment.

Dans ces conditions, si nous admettons un bras


sin de 50 hectolitres et que nous supposions que
la température s'abaissera d'elle-même de 100°
à 95°, en raison de la grande émission de vapeur
qui se produit naturellement à cette température,
nous verrons que la masse de calorique emmagasi
née de 95 à 40° est égale à 5000 x 55 = 275000 calo
ries. Qu'au contraire, la quantité de chaleur qui sera
enlevée dans la dernière partie de l'opération n'est
égale qu'à 5000 x 8 = 40000 calories, qu'en consé
quence il y a dans la première somme (275000 calo
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 2l 1
ries) plus que la puissance utile pour obtenir l'effet
cherché. -

Voilà pour ce qui concerne la partie physique de


l'opération.

L'économie générale de l'opération comporte


d'autres avantages. Je vais les énumérer:

l° L'action totale (refroidissement du brassin


de 100° à 4°) sera réduite à quatre heures en tout,
ce qui facilitera singulièrement les opérations de la
brasserie.
2° L'exposition à l'air de 100° à 40°, qui ne pro
duit aucun effet d'absorption utile, et, au contraire,
ne sert qu'à laisser exhaler l'arôme du houblon, sera
supprimée.
3° Contrairement, le moment où l'action de l'air
s'exerce favorablement est conservé, soit de 40° à l2°,
mais précisément en rendant le contact assez court
pour qu'il n'y ait pas d'inconvénients.
4° Enfin, le coût de l'opération sera nul.

Ceci posé, j'entre immédiatement dans la descrip


tion de la planche VIII.

Les deux tubes A et B sont complétement identi


ques, dans leur construction comme dans leur fonc
tionnement, au tube AA de la planche précédente ;
je n'ai donc rien à en dire.
2l2 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.

La pompe de compression C, que nous connais


sons, est conjuguée avec un piston se mouvant dans
un cylindre moteur D de n'importe quel système.
Un volant V aide, comme dans toutes les machines,
à franchir le point mort et à actionner la pompe G.

Deux condensateurs, E et F, se remarquent de


chaque côté de l'appareil de compression.
Le premier E, formé uniquement d'un serpentin,
est en rapport avec le moteur D et le refroidisseur A
par la pompe G; le second F, à flotteur, analogue à
B de la planche précédente, réunit la pompe C et le
tube refroidisseur B.

Trois tables, H, I, J, analogues à RR de ladite


planche, complètent le système.

· Maintenant, voici la marche de l'opération :

Par le robinet K, le moût s'introduit bouillant


dans le tube A. Une vaporisation active d'ammo
niaque se fait. Les vapeurs ainsi produites s'échap
pent par le tube aa et vont au cylindre D donner le
mOllVement.

La bière sort de A, à environ 40°, par le tube bbb,


qui la conduit sur la première table H, où elle est
versée en h, elle s'écoule ainsi de h en c. La gout
tière c la reçoit et la distribue en d, sur la table I.
Elle chemine encore sur cette table de d en e, pour
tomber sur la table J, suivre de f en j, et finalement
arriver dans le refroidisseur B.
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 213
Or, nous le savons, pendant son parcours, non
seulement elle a reçu en tranche d'une épaisseur de
4 à 5 millimètres seulement l'action de l'air, mais
encore elle a marché aussi en sens contraire du cou
rant d'eau froide, qui, arrivant en L, a successive
ment parcouru intérieurement les tables J, I, H. Si
les surfaces ont été bien combinées, l'échange a été
complet, et c'est à 12° environ que la bière est arri
vée en B, où, sous l'action de la pompe C, l'effet
utile à son abaissement à 4° s'est produit. J'ai ex
pliqué comment précédemment.

Reste maintenant à voir de quelle manière le


mouvement utile est donné à la pompe.
En examinant l'appareil, il n'est pas difficile de
voir que les vapeurs produites en A arrivent dans
le cylindre D; que, faisant mouvoir le piston qu'il
renferme, forcément celui-ci anime la pompe C qui
lui est solidaire, que pour cela, en combinant conve
nablement les surfaces, il suffit d'un excès de 2 à 3
atmosphères dans le cylindre D sur la pression qui
agit en C; que de là enfin elles vont se condenser
dans le serpentin E, où liquéfiées, elles sont intro
duites dans A par la pompe G qui fait marcher le
mOteur.

J'ai dit que dans ces appareils la dépense de l'eau


pouvait être considérée comme nulle par la raison
simple qu'elle pouvait être ultérieurement utilisée.
· Je veux, dans cette planche, montrer, par une
installation bien simple, que ce fait peut être obtenu
214 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.

partout, sans amener aucun dérangement dans les


usages de la brasserie.
Les réservoirs destinés à amasser l'eau sont au
nombre de deux, M, N, disposés l'un au-dessus de
l'autre. Toute l'eau qu'envoie la pompe de l'établis
sement arrive dans N par la tubulure n; au contraire,
toute l'eau nécessaire à la brasserie est prise par
le robinet m; un déversoir z, lorsque N est plein,
amène dans M, le courant élevé par la pompe.
Veut-on maintenant faire marcher l'appareil, on
ouvre les robinets x, ac, r; aussitôt c'est l'eau
de N, constamment alimenté, qui s'échappe par le
tube ssss, pénètre autour des serpentins de E, F;
dans l'intérieur des tables J, I, H, et qui finalement
va se réemmaganiser dans le réservoir M, par les
tubulures o, p. Là, elle reste aussi bien au service de
la brasserie que celle qui est versée directement
par le déversoir z.

Je crois qu'il n'est pas besoin d'insister autrement


pour démontrer la simplicité de cette combinaison,
laquelle peut aussi bien s'appliquer aux deux
planches qui précèdent, qu'à celle-ci, enfin à toute
installation analogue.

MAINTIEN DE LA TEMPÉRATURE DE LA FERMENTATION.

-'importance de cette question perd considéra


mement de sa gravité, lorsqu'on peut entonner le
moût aux basses températures que je viens d'indi
quer. · · · · -
REFROIDISSEMENT DE LA BIÈRE, ETC. 215
Dans les brasseries bien organisées, on place dans
les cuves à fermenter, des nageoires en cuivre, dans
lesquelles on empile de la glace.Le calorique qui
détermine la fusion de cette glace étant pris au li
quide en fermentation, cet emprunt modère l'inten
sité du phénomène et en rend l'action plus régu
lière. -

Avec l'appareil des brassins il n'est plus besoin


de glace. J'ai indiqué qu'il pouvait produire de l'eau
à basse température. Cette eau peut être emmagasi
née dans un réservoir convenablement isolé.
De ce réservoir partirait un tube se rendant dans
l'entonnerie. Si maintenant on suppose sur chaque
cuve à fermenter un serpentin se raccordant par un
robinet avec ce tuyau, il est facile de voir que lors
qu'une fermentation accusera une augmentation de
température qui pourrait devenir préjudiciable, il
suffira d'ouvrir le robinet correspondant, un courant
d'eau à l° ou 2°, traversant le serpentin, enlèvera
le calorique nuisible, opération qu'on arrêtera aussi
facilement qu'on l'aura eue mise en train.

Quatre choses mêritent d'être notées :

1° C'est que l'eau qui a ainsi servi peut être re


prise et de nouveau refroidie. Cette opération n'en
traîne donc pas non plus de perte d'eau.
2° C'est que ces serpentins peuvent être facile
ment disposés pour être enlevés et nettoyés à vo
lonté.
216 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.

3° Que le prix de cet appareil se réduira au seul


coût de ces serpentins, l'installation première de
l'appareil des brassins étant utilisée.
4° Qu'enfin, par l'emploi de brassins amenés à 4°,
cette opération, quoiqu'excellente en elle - même,
n'a cependant plus autant d'opportunité que les pré
cédentes , ce que j'indiquai en commençant cet ar
ticle.

L'application des moyens que je viens de décrire


est une des plus importantes qui puisse être faite de
l'ammoniaque ou du succédané que je lui ai trouvé.
La brasserie tend partout à prendre un dévelop
pement considérable : chaque jour en effet, la con
sommation de ses produits augmente notablement,
il y a donc pour elle un haut intérêt à rendre sa
production permanente, en obviant aux interrup
tions qu'amènent ordinairement les chaleurs.
Cet intérêt est vivement apprécié par tous ceux
qui touchent à cette industrie. On comprend, que le
moment est venu d'ajouter à d'anciennes pratiques,
par d'utiles applications. Il y a donc dans ces appli
cations, non-seulement le germe d'améliorations
considérables à obtenir, mais encore une question
toute d'opportunité.
RÉGULARISATION DES FERMENTATIONS. 2l7

R É G U LA RISATIO N DES FERMENTATIONS

ALCOOLIQUES.

· Ce qui se passe pour la bière, se reproduit fré


quemment dans les fermentations alcooliques en
général. L'augmentation de température amène ra
pidement la fermentation acide qui ne se forme
qu'aux dépens de la production alcoolique.
Il y a donc pour la distillerie aussi, une question
excessivement sérieuse et sur laquelle le producteur
ne saurait trop apporter son attention.

Dans la fermentation des vins destinés à la distil


lation, il n'est pas besoin d'arriver à une tempéra
ture aussi basse que celle nécessaire au travail des
moûts préparés pour la brasserie; cependant l'écart
existant entre le point où la fermentation marche
bien et celui où elle commence à s'acidifier étant
peu sensible, il importe de régulariser la tempéra
ture. La construction de l'appareil destiné à obtenir
ce résultat est favorisée par la dimension des cuves
à fermenter, qui d'ordinaire atteignent d'assez
grandes capacités.

La disposition à employer est bien simple et n'est


que la reproduction de phénomènes déjà expliqués.
D'une part, dans la cuve à fermenter, on place un
serpentin ou tout autre appareil vaporisateur à
218 TRANSPORT ET UTILIsATIoN DU CALORIQUE.

surface convenable. D'autre part, dans une bâche


recevant un courant d'eau froide, on dispose un
condensateur.
Une certaine quantité d'ammoniaque liquéfiée
est placée dans le vaporisateur, l'air est expulsé
des deux capacités qui sont réunies par un tube.
| Ce tube permet aux vapeurs produites dans le
vaporisateur de la cuve à fermenter, de venir se
liquéfier dans le condensateur. Une pompe ou un re
tour automatique ramène constamment dans le
vaporisateur le produit de la condensation, en sorte
que le rapport entre les diverses parties de l'appa
reil reste toujours le même.

Ceci étant, il est facile, en se reportant aux prin


cipes énoncés en tête de ce chapitre, de comprendre
le mécanisme de l'opération.

Sous l'influence de la chaleur produite par la fer


mentation, des vapeurs se produiront dans le vapo
risateur que contient la cuve à fermenter, ces
vapeurs en s'échappant emporteront nécessairement
du calorique de cette cuve. Par conséquent, pour
régler sa température, il suffira de régulariser l'é-
mission de ces vapeurs, ce qui est une affaire de
robinet qu'on peut régler à la main ou automatique
ment. ·

Quant aux vapeurs ainsi produites; amenées dans


le condensateur, elles s'y liquéfient pour retourner
à l'état liquide au vaporisateur, et ainsi de suite. .
Ce circuit continuel transporte constamment, mais
RÉGULARISATION DE LA GERMINATION. 219

proportionnellement à la volonté de l'opérateur, le


calorique de la cuve à fermenter dans l'eau qui en
toure le condensateur, produisant ainsi la régularisa
tion de la température; circonstance extrêmement
importante, dans un genre d'opération basé sur
l'existence de corpuscules organiques, que le moin
dre changement atmosphérique affecte considéra
blement. .
RÉGULARISATION DE LA GERMINATION.

Les industries que je viens d'énumérer, la brasse


rie, et parfois la distillerie, opèrent sur des masses
considérables de grains.
Ce grain est mouillé pendant quelques heures,
puis étendu par couches de 40 à 60 centimètres, sur
des aires disposées dans des locaux ou règne autant
que possible une température de l4 à 16°.
Mais il s'en faut de beaucoup que cette tempéra
ture se maintienne initiale. Quelque bien placé que
soit le germoir, il n'est pas possible de le sous
traire complétement aux influences atmosphériques.
D'autre part, la germination ne se fait pas sans une
certaine combustion organique. Il y a absorption
d'oxygène, dégagement d'acide carbonique. En un
mot, par la propre action de l'opération, la tempé
rature de la masse s'élèverait graduellement et dé
passerait vite la limite convenable, si on ne remé
diait à cet état de choses en retournant de temps
en temps la couche de grains, à l'aide de larges
pelles en bois; opération, qui en modérant l'action :
220 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
de la température, permet l'aréage plus facile de la
IT1aSS6 .

· Mais outre que cette manutention est coûteuse,


elle ne peut se faire sans qu'un certain nombre de
grains ne soient écrasés; puis, si elle n'est pas faite
régulièrement et soigneusement, la germination
souffre et donne un malt difficile à traiter.
Cette circonstance a tant de gravité, qu'on pro
cède ordinairement au maltage au printemps et à
l'automne, saisons où la température de l'atmosphère
est le plus favôrable.
Si, pour la brasserie, il faut déjà une position de
fortune qui n'est pas donnée à tous les industriels,
pour pouvoir amasser en trois mois des approvision
nements suffisants pour l'année, il est encore plus
difficile à la distillerie d'agir ainsi. Les masses de
grains sur lesquelles il faut qu'elle"opère sont trop
considérables. Les moyens artificiels de régulariser
la température prennent donc avec elle plus d'im
portance. -

· Pour obtenir le résultat cherché, il faut remplacer


l'aération que produit le pelletage à la main par un
courant d'air froid, fourni par un ventilateur. La
disposition de la planche VI convient tout particu
lièrement à cette application.

A l'aide de ce moyen d'action, on mitigera à vo


lonté l'action de la germination, en même temps
qu'on chassera l'acide carbonique qui se produit
dans la masse, double circonstance qui permet d'ob
REFROIDISSEMENT DU CHOCOLAT. 221

tenir facilement une germination régulière et non


précipitée, ce qui est utile pour que la diastase se
produise convenablement.
Cette régularisation est d'autant plus importante,
qu'une germination trop rapide, en développant
outre mesure les radicelles et la gemmule, détruit
par ce fait une partie de l'amidon.
Or, cet amidon est le principe, qui transformé en
glucose sous l'action de la diastase, doit donner
l'acool; par conséquent, tout ce qui a seivi à la vé
gétation de la plante étant perdu, la production de
l'alcool est diminuée d'autant. Il importe donc de
limiter cette végétation et d'arrêter la germination
du grain lorsque la production d'une quantité suf
fisante de diastase est obtenue.
La disposition que j'indique, en mettant aux mains
du malteur un énergique moyen de combattre la
température, atteindra ce résultat. A ce titre, elle
doit prendre une place importante dans cette indus
trie, vers laquelle se portent chaque année de très
grands capitaux.
Je dois ajouter, qu'inversement l'hiver, le même
appareil pourrait servir à amener de l'air chaud. On
aura donc, avec son aide, les moyens d'agir en
toutes saisons.

REFROIDISSEMENT DU CHOCOLAT.

La fabrication du chocolat présente une particu


larité singulière : c'est que si le refroidissement du
produit n'est pas effectué rapidement, sa cassure
222 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.

offre un aspect blanchâtre, granuleux, au lieu de


la cassure nette et serrée que présente le chocolat
bien préparé. Il résulte de cet état de choses que les
meilleures sortes peuvent, par une simple influence
de température, présenter la même apparence que
les produits secondaires.
Presque tous les fabricants de premier ordre se
sont préoccupés de cet état de choses et ont cherché
à obvier à un inconvénient, qui, en résumé, peut
faire assimiler leurs produits aux marques infé
rieures.
Ce résultat n'a pas encore été obtenu d'une ma
nière satisfaisante, quoique des sommes parfois con
sidérables aient été engagées dans ce sens; aussi,
l'été, certains établissements sont-ils forcés d'inter
rompre leur fabrication.

Les moyens que présentent les planches VI et VII


permettent encore d'obtenir le résultat cherché. Ils
peuvent être employés concurremment ou séparé
ment.

Dans le premier cas, celui de la planche VI, il


faut faire arriver, dans le local où doit se refroidir
le chocolat, le courant d'air froid que produit le
ventilateur. L'atmosphère intérieure constamment
renouvelée par de l'air à 4 ou 5° au-dessus de 0°, se
trouve nécessairement dans les mêmes conditions
que l'hiver, lorsque cette basse température règne
au dehors. Or, à cette époque, la fabrication du cho
colat se présente dans d'excellentes conditions; en
REFROIDISSEMENT DU CHOCOLAT. 223

produisant artificiellement la même température,


des résultats identiques seront donc obtenus.
Je dirai plus : tandis que l'hiver l'atmosphère est
souvent humide, avec le moyen que j'indique, l'air
froid, au contraire, est toujours sec. Cette circon
stance sera d'autant favorable à l'action qu'on veut
produire.

Dans le second cas, celui de la planche VII, c'est


un courant d'eau refroidie qu'il faut employer.
Il suffit, pour utiliser cette action, de disposer
dans l'atelier des tables formées de deux plaques de
tôle, réunies sur leurs bords légèrement emboutis,
de manière à laisser entre elles un espace libre de
2 ou 3 centimètres. La disposition, du reste, que
présente la table RR peut être parfaitement em
ployée.
Il est clair qu'en laissant courir dans cet espace
l'eau à 2° ou 3°, cette eau refroidira rapidement la ta
blette supérieure, et comme c'est sur cette tablette
que le chocolat sera disposé pour subir l'influence
frigorifique, il est évident encore, que malgré son
faible pouvoir conducteur, le refroidissement sera
assez rapide. -

Je dois ajouter que ce mode présente un avantage


sur l'emploi de l'air rafraîchi, en ce sens que l'at
mosphère de la salle, quoique singulièrement refroi
die, ne présentera pas cependant une différence aussi
grande, entre la température intérieure et exté
rieure, que dans le cas précédent.
Cette considération, au point de vue de la santé
224 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
des ouvriers que leur service force à passer rapide
ment d'endroits chauds à un atelier froid, a une im
portance sérieuse, qui n'échappera pas à l'attention
de tout manufacturier soucieux du ien-être et de la
santé de ses ouvriers.

RAFRAICHISSEMENT DE L'AIR

A B O R D DES PAQU E B OTS A VAPEUR.

Les compagnies chargées du service des grandes


lignes maritimes, s'attachent à donner aux passa
gers tout le comfort qu'il est possible de trouver à
la mer.
Il y a toutefois une circonstance contre laquelle
elles sont impuissantes, c'est la chaleur et l'aération
imparfaite des navires.

Cette question a un double intérêt, car non-seule


mentil s'agit de rendre la vie de bord plus facile aux
passagers, mais aussi de faciliter le service des ma
chines. -

Tous ceux qui ont navigué à bord de bateaux à


vapeur savent combien fatiguent, de l'excessive
chaleur, les mécaniciens et les chauffeurs. Il n'est
pas rare de voir des hommes apportés sur le pont
complétement inanimés.
Si la chaleur intense qui règne sous ces latitudes
n'amène pas toujours un résultat aussi fâcheux, il
n'en est pas moins vrai qu'elle énerve les hommes,
AÉRATION DES NAVIRES. 225

double leur fatigue, rend leur service excessivement


pénible, et, par suite, tend à ralentir la marche du
navire (l). -

En se reportant à l'appareil de la planche VI, on


voit aisément qu'une installation semblable est fa
cile à bord et qu'elle obviera aux inconvénients que
je signale.

Quels sont en effet les éléments nécessaires à l'éta


blissement de ces moyens d'actions?

(1) Voici, à ce sujet, ce que disait la Patrie du 14 avril de


cette année en parlant du Panama, vapeur de la Compagnie
transatlantique : -

« ..... Les soutes à charbon sont bien combinées, avec un

« système de chemin de fer qui simplifie le passage du charbon


« aux chambres de chauffe. Celles-ci laissent, suivant moi,
« beaucoup à désirer. La chaleur, si pénible dans toutes les cham
« bres de chauffe, est particulièrement intolérable dans celles-ci.
« Il n'y a pas d'air et les chauffeurs étouffent. Leur poste est
« dans la machine même. Il est trop petit et mal aéré. Ces mal
« heureux font pitié, et je crois que la vitesse du navire est dimi
« nuée par la difficulté d'obtenir une suffisante pression. »
Je ne puis faire cette citation sans ajouter que le comman
dant du Panama, M. le capitaine Laurent, est, parmi nos offi
ciers de marine, l'un de ceux qui sont le plus favorables aux
améliorations qui peuvent être introduites dans les services de
bord. Je suis heureux de saisir l'occasion qui m'est offerte de
rendre hommage à son bon vouloir et de dire que tout a été
fait par lui pour amener des innovations, que le temps bien
certainement déterminera la Compagnie transatlantique, comme
les autres exploitations maritimes, à adopter.
45
226 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
De l'eau en abondance, et si la température de
cette eau ne suffit pas, un peu de force. Or, ni l'une
ni l'autre de ces choses ne manquent sur un pa
quebot.

On objectera peut-être l'encombrement, le poids


de l'appareil.

L'encombrement, je dois le dire, est nul.


En effet, il n'est pas du tout nécessaire de réunir
ensemble toutes les pièces, on peut au besoin frac
tionner chacune d'elles, placer leurs différentes par
ties dans les cales, utiliser en un mot les coins peu
importants. Quant au poids, il s'agit de deux ou trois
mille kilos pour des navires qui portent deux, trois
mille tonnes et plus; ce poids n'a pas d'importance
eu égard aux avantages procurés.

Ainsi donc, à l'aide d'un ventilateur bien com


biné et de l'action de l'ammoniaque, il sera possible
de distribuer dans toutes les parties du navire de
l'air à la température qu'une sage pratique fera dé
terminer.

Si maintenant on envisage la question à un autre


point de vue — celui de l'hygiène publique — il est
facile de voir que d'immenses avantages peuvent
résulter d'une ventilation aussi complète.
La dernière épidémie vient donner de l'actualité
à cette question. Quelle que soit en effet la source du
mal, on est à peu près d'accord sur sa cause et son
AÉRATION DES NAVIRES. 227

mode de propagation. Ce sont des miasmes qui pa


raissent surtout transportés par les hommes eux
mêmes. L'irruption du fléau à Marseille coïncida, on
le sait, avec l'arrivée d'un navire porteur de passa
gers déjà attaqués par la maladie, et les quaran
taines instituées pour certaines provenances, disent
assez les dangers que font courir à la santé publique
les arrivages de l'Orient. -

Or, avec le moyen que j'indique, si facilement


installable à bord des vapeurs presque exclusivement
chargés aujourd'hui des transports de passagers,
n'y a-t-il pas moyen de combattre le fléau, au moins
d'en atténuer l'influence?

On parle du peu de soins qu'ont généralement


les Orientaux; mais avec de l'air puissamment re
froidi et en quantité considérable, n'y a-t-il pas en
core moyen de désinfecter en masse, qu'on me passe
l'expression, cette foule de voyageurs si oublieux
des soins hygiéniques, que chaque année l'Asie et
l'Afrique renvoient vers nos côtes ?

Si à cela on ajoute la facile production de la glace


à bord, ce que j'expliquerai plus loin, il est aisé de
comprendre que désormais les capitaines auront en
leur puissance des agents de salubrité, dont l'in
fluence ne saurait être méconnue, et qui seront
d'autant plus appréciés, qu'ils produiront en même
temps le bien-être et la santé.

A ces nouveaux titres l'ammoniaque est appelée


228 TRANSPORT ET UTILISATiON DU CALORIQUE.
à rendre de nombreux services à la navigation,
et son emploi avec le temps se généralisera lar
gement.

ARROSAGE GRATUIT.

La note précitée du 20 mars, communiquée à l'In


stitut, s'exprimait ainsi :

« Qu'il s'agisse de la culture maraîchère ou de la


« grande culture, l'eau est toujours l'élément indis
« pensable.
« Et quand cet élément est-il surtout nécessaire?
« Quand il fait chaud. Eh bien ! c'est précisément
« grâce à cette chaleur, et en raison directe de son
« intensité, qu'il est possible d'arroser gratuitement
« et nos champs et nos jardins.
« Qu'on suppose un certain nombre de tubes en
« fer, disposés en faisceau conique de manière à re
« cevoir aussi complétement que possible l'insola
« tion. Qu'on suppose ces tubes remplis d'ammo
« niaque liquéfiée, que de plus, on admette encore
« que chacun d'eux est entouré d'une sorte d'enve
« loppe formant conduit ouvert aux deux bouts ;
« enveloppe formée du côté du sol par un demi cy
« lindre en bois doublé intérieurement de ferblanc,
« du côté du soleil par un demi cylindre en verre.
« Nous aurons ainsi un appareil placé dans d'ex
« cellentes conditions pour recevoir les effluves ca
« lorifiques, puisque d'un côté, l'air chaud formera
« un courant baignant constamment les tubes, que
ARROSAGE GRATUIT. 229

« de l'autre les rayons solaires, concentrés par le


« verre, seront réfléchis par le ferblanc et absorbés
« par les tubes noircis.
« Sous ces différentes actions, la vapeur d'ammo
« niaque se produira à une pression assez élevée ;
« elle ira à un moteur fort simple, dont j'ai chez
« moi le type, produisant le mouvement nécessaire
« pour pomper l'eau.
« Mais pour que ce mouvement se continue, il
« faut condenser la vapeur ammoniacale utilisée.
« Or, précisément, nous puisons dans les entrailles
« de la terre de l'eau très-froide. Si nous faisons
« passer cette eau avant de la livrer au sol autour
« d'un condensateur, nous condenserons l'ammo
« niaque, et, circonstance tout à la fois remarquable
« et utile, c'est que c'est précisément à l'eau qui va
« aller baigner le sol, et qui a besoin d'être aussi
« chaude que possible, que nous restituerons le ca
« lorique qui a servi à la puiser.
« Encore ici, le moteur lui-même ramène le pro
Q(
duit de la condensation dans le générateur am
((
moniacal, en sorte que, sans personne, sans dé
Qk
pense, sans soins, l'eau peut sortir constamment
« du sol.

« Il y a des circonstances cependant dans les


quelles l'appareil s'arrêtera; ces circonstances sont
((
les jours froids d'hiver ou ceux de pluie. Mais dans
(
un cas comme dans l'autre, il n'y a pas besoin
d'eau, et là encore l'appareil accomplit fidèlement
((
Sa mission : pomper de l'eau en raison directe de
|
230 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
« la chaleur, par conséquent en raison directe des
« besoins d'arrosement.

« Que l'Académie veuille bien un instant supposer


« le sol agraire enrichi de ces infatigables puiseurs,
« elle verra que désormais les années de sécheresse,
C(
ordinairement peu productives, deviendront au
6(
contraire éminemment fertiles, puisque, à la cha
&
leur qui fait la vie en agriculture, se joindra l'eau,
« amenée en quantité d'autant plus considérable
&
que l'année sera chaude et sèche. »

Plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage j'ai


abordé cette question d'arrosage qui touche à un
côté très-important de l'industrie agricole : les irri
gations. Je dois dans cet article m'étendre plus lon
guement sur ce sujet.
On s'est beaucoup occupé de drainage, et des tra
vaux considérables ont été faits en ce sens, mais il
ne suffit pas de faire écouler l'eau nuisible aux
terres qui en ont trop, il est aussi utile d'en donner
à celles qui n'en ont pas; la question des irrigations
se présente donc avec un égal intérêt.
Un agronome distingué me citait dernièrement
des terres dans la Brie qui se vendent de 600 à 1500fr.
l'hectare non arrosé, et qui, devenues propres à
la culture maraîchère, par suite d irrigations large
ment ménagées, atteignent jusqu'à 40000 fr. l'hec
tare.

Laissant de côté ces chiffres exceptionnels pour


ARROSAGE GRATUIT. " 231
rentrer dans des conditions de culture plus ordinai
res, nous trouvons des besoins aussi urgents.
De l'eau! tel est, dans certains instants, le cri
unanime des agriculteurs.
Mais l'eau ne peut venir qu'avec la pluie, celle-ci
qu'avec un changement de temps correspondant à
un refroidissement atmosphérique, ce qui, en don
nant à la terre un élément utile, la prive cependant
de l'action bienfaisante du soleil.

Laissant de côté les moyens naturels pour arriver


aux moyens artificiels, cet état de choses peut être
modifié. Dans ces conditions, il devient, en effet,
possible d'amasser l'eau, de la distribuer suivant les
besoins, aux moments opportuns , sans que, pour
cela, l'action fécondante de la chaleur soit annihilée
ou atténuée. De cette combinaison doit nécessaire
ment résulter une augmentation considérable dans
la production du sol.
Or, c'est précisément à ce résultat que tend le
mode d'arrosage que je vais décrire, et qui, comme
je l'expliquai en commençant cet article, emprunte
justement à la chaleur atmosphérique le calorique
utile à son fonctionnement.

Une question se présente dominant toutes les au


tres; c'est le mode d'absorption de ce calorique, et
la génération des vapeurs motrices qu'il doit pro
duire.
· D'après les données recueillies par la science, il
est permis d'estimer qu'un mètre carré de surface
232 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
exposée ausoleil peut moyennement produire 2 kilo.
de vapeur par heure. Admettons 15 mètres cubes à
disposer pour produire un cheval.

En France, sous le climat de Paris, la température


moycnne de l'eau de puits est de 10° environ,
correspondant , pour l'ammoniaque , à une pression
de 6",l.
En été, au soleil, la température s'élève jus
qu'à 40°, et au-delà (l); c'est donc une pression de
15 atmosphères (page 8) qu'elle peut produire.
Par conséquent, se basant sur ces températures,
le moteur marchera à 15 atmosphères en condensant
à 6º,l.

Cette condensation à pression élevée ne serait pas


économique si la vapeur devait être produite par un
combustible ; mais elle n'a d'importance dans le cas
présent, qu'en ce qui concerne les surfaces à em
ployer, le calorique ne coûtant rien, et ces surfaces
pouvant parfois être considérables.
Leur agencement est le point le plus délicat de la
question. Il faut effectivement qu'elles soient com
binées de façon à mettre le liquide vaporisable en
contact continuel avec l'action calorifique, tout en
permettant le dégagement facile des vapeurs for

(1) On a constaté sous des édifices vitrés jusqu'à 70°. La


communication de M. le général Morin (page 170) cite, pour la
gare de l'ouest, une élévation de 48°, correspondant a 18 at
mosphères.
ARROSAGE GRATUIT. · 233 .

mées. Il faut, de plus, que la disposition de l'appa


reil soit assez simple, pour que les joints ne soient
pas trop multipliés, qu'ils puissent être faits solide
ment afin d'éviter toutes fuites.

L'appareil que présente la planche IX répond à


ces exigences. Il se compose :

l° D'un toit peint en noir, AA, AA, permettant


de recueillir l'action des rayons solaires et de la
chaleur atmosphérique ;

2° D'un moteur B, utilisant les vapeurs produites


par l'action calorifique que je viens d'indiquer;

3° D'un condensateur C, permettant de liquéfier


les vapeurs employées ;

4° D'une pompe E, recueillant les produits de la


condensation et les renvoyant au générateur que
contient le toit AA, AA ;

5° D'une pompe ordinaire D, puisant l'eau du puits


et la montant dans le réservoir F FFF.

Le toit AA, AA couvre un hangar complétement


libre, pouvant par conséquent être utilisé à tous
usages pOssibles , grange , charterie , étable , mai
SOn, etc. Il peut donc , en un mot, être établi sur
toute espèce de construction.
Intérieurement, il ne présente aucune disposition
234 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
spéciale, et le grenier qu'il forme peut être construit
et utilisé comme d'usage.
Le seul agencement particulier qu'il faille étudier,
est tout extérieur. Ce toit, au lieu d'être formé par
une couverture unique, est composé de deux enve- .
loppes concentriques formant un espace annulaire
étanche et libre, d'environ 3 à 4 cent. de largeur.
Dans cet espace est d'abord disposé en cercle
horizontal un tube en fer portant 18 tubulures à brides
inclinées dans le sens de la pente du toit. Ce tube
se voit en a a figures l et 2.
De ces 18 tubulures partent 18 spires, également
en fer creux, lesquelles s'élèvent en serpentant dans
l'espace annulaire laissé libre entre les enveloppes,
de manière à venir déboucher dans le vase en
fonte G, lequel porte aussi 18 tubulures correspon
dantes.
Cet ensemble constitue le générateur, et pour '
qu'il utilise complétement l'action des rayons solai
res, tout l'espace annulaire compris entre les deux
enveloppes est rempli d'eau.
C'est cette eau, qui absorbant l'action calorifique
reçue par le toit, la transmet aux tubes générateurs,
sans que ceux-ci aient besoin d'être aussi multipliés
qu'il le faudrait, s'ils étaient directement exposés
à l'influence atmosphérique.
Le vase G contient un flotteur J, équilibré pour
se soulever dans l'ammoniaque liquéfiée.

Ceci expliqué, la marche générale de l'appareil


devient facile à comprendre.
ARROSAGE GRATUIT. 235

La pompe E envoie par le tube s ss de l'ammo


niaque liquéfiée, qu'elle prend dans le condensa
teur C. Cette ammoniaque pénètre dans le tube
horizontal a a, puis par les 18 tubulures que porte
ce tube, dans les 18 serpentins que j'ai décrits. En
cheminant ainsi, l'action du calorique se manifeste,
de la vapeur se forme, c'est donc un mélange d'am
moniaque en vapeur et d'ammoniaque liquéfiée qui
arrive au récepteur G.
La partie liquide tombe au fond de G, soulève le
flotteurJ, s'échappe par le tube g g g et vient gagner
la pompe E, quilarenvoie dans la circulation ; quant
aux vapeurs ammoniacales formées, elles s'échap
pent par le tube h h h et vont au moteur B fournir
la puissance motrice.
Ce moteur peut être de n'importe quel système ;
il serait diseux d'en faire ici la description; qu'il me
suffise de dire qu'il est établi pour ne laisser aucu
nement perdre la vapeur employée, et qu'àl'aide des
, tringles oo, il transmet directement la puissance à
la tige aºaºaº de la pompe D.
Cette pompe peut être encore de n'importe quel
système; elle aspire l'eau du puits et l'envoie dans
le réservoir FFFF, d'où elle s'échappe par la tubu
lure S, pour être employée à tels usages qu'on ju
gera convenable.

Revenons aux vapeurs motrices utilisées. Elles


s'échappent par le tube ll et vont gagner l'intérieur
du serpentin C. Sous l'influence de la température
relativement basse de l'eau de puits qui entoure ce
236 TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.
serpentin, de la pression que conserve la vapeur, la
condensation s'opère, le produit liquide qui en ré
sulte est repris par la pompe E, puis renvoyé dans
le circuit que je viens de décrire; l'opération est
donc d'elle-même continue.

Une action cependant l'anime. Cette action, c'est


le calorique atmosphérique que reçoit et transmet le
toit AAAA, son intensité est proportionnelle à la
puissance de cette action. Ainsi se vérifie ce que j'ai
annoncé de l'harmonie amenée par cet appareil en
tre l'ardeur du soleil et les besoins d'arrosage.

Il est bien évident que la disposition de cette ma


chine peut énormément varier et qu'on peut combi
ner de bien des façons ses divers agencements; quel
que soit l'ensemble adopté, il ne faudra jamais se
départir de cette condition essentielle :
Profiter de toutes les surfaces, en favorisant leur
contact avec le liquide à vaporiser et permettre le
dégagement facile des vapeurs.

Le moteur solaire serait évidemment un très-mau


vais agent s'il fallait l'appliquer aux usages indus
triels, l'irrégularité de son travail ne permettrait
pas d'en tirer un parti convenable.
Mais dans le cas d'arrosage, cet inconvénient dis
paraît, puisque, je viens de le faire remarquer, son
activité coïncide avec les besoins du sol. Sous ce
rapport donc, il est impossible de trouver force plus
convenable, je dirai presque plus intelligente et ce
ARROSAGE GRATUIT. 237

d'autant plus, que sauf le graissage de ses organes,


elle n'a absolument pas besoin de surveillance.
Il n'est en effet nécessaire, ni de modérer son ac
tion, ni d'activer sa puissance, en elle-même elle est
tout; seul le débit de l'eau est plus ou moins actif.
C'est en un mot une véritable source que le soleil
fait jaillir de terre en proportion d'autant plus large
que son action est grande.

Quelques applications spéciales permettraient en


core l'utilisation de ce moteur, par exemple la fa
brication de la glace. J'indiquerai plus loin un appa
reil qui pourrait être combiné avec celui-ci, toujours
bien entendu à la condition d'avoir du soleil et une
production irrégulière.

En un mot, chaque fois que la régularité ne sera


pas une condition absolue du travail, qu'on voudra
une puissance automatique, on pourra utiliser le
moteur solaire.
CHAPITRE V.

APPLICATI0NS DIVERSES.

EXPOSÉ.

J'ai jusqu'ici consacré chaque chapitre à l'étude


spéciale d'une propriété de l'ammoniaque et aux
applications que pouvait amener l'utilisation de cette
propriété.
Je vais maintenant grouper les faits, et, envisa
geant la question à un point de vue plus général, je
vais étudier dans ce chapitre certaines combinai
sons, qui, empruntant leurs données à tout ce qui
précède, montreront le parti qu'on peut tirer de
ce corps, lorsqu'on sait l'envisager sous les divers
points de vue que ses propriétés présentent.
Je passe immédiatement à la description de cha
que application.
FABRICATION ARTIFICIELLE DE LA GLACE, ETC. 239

FABRICATION ARTIFICIEL LE

DE LA GLACE ET DU FROID.

L'ammoniaque présente au point de la fabrica


tion de la glace et du froid (1) des propriétés spé
ciales.

Divers moyens se présentent permettant de l'em


ployer.

(1) Ce mot — froid — peut laisser croire que je fais confu


sion entre ce chapitre et celui qui précède.
Il n'en est rien.

Si, dans le langage habituel, le mot froid est simplement


l'antithèse de chaud, d'où le mot refroidissement s'appliquant à
toute absorption de chaleur, qu'il s'agisse de très-hautes tem
pératures ou de moindres; dans le langage précis de la science,
et de l'industrie, il en est autrement, le froid correspond à un,
état calorifique constant et déterminé.
La science, sous ce rapport, n'a rien laissé à l'arbitraire. De
puis longtemps déjà, les physiciens, en affectant à l'échelle
thermométrique le signe + et le signe —, ont tracé le point de
démarcation. Ce point, fixe sous toutes les latitudes, est le zéro;
c'est la température de la glace fondante.
J'ai suivi, dans ce travail, ces données rationnelles. Tout ca
qui précède avait trait à des températures au-dessus de 0°, tout
ce qui suit correspond à des températures au-dessous; c'est
donc de la glace, du froid dans l'acception véritable du mot,
qu'il sera question dans une partie de ce chapitre.
240 . APPLICATIONS DIVERSES.

Celui que je veux signaler d'abord, est basé sur


l'absorption de ce corps dans l'eau. -

Je ne dois que mentionner cette application. Un


long procès, dont je subis encore la pénible impres
sion, me prive des bénéfices qui y sont relatifs et
me force à rester dans les limites d'une indication
| sommaire.
| Toutefois en raison du mot de contrefaçon qui a
été prononcé dans cette affaire, je tiens à préciser
les faits et à faire remarquer que l'arrêt rendu par
la Cour dit : qu'en ce qui concerne l'appareil con
tinu, objet principal et réel du litige, mes associés
et moi « ne pouvons avoir contrefait sciemment un
« mécanisme qui n'existait pas. »
Afin de faire apprécier ce qu'était cet appareil
continu, le rôle qu'il jouait dans la question, j'ai
groupé dans la planche XII, en les réunissant en
tableau synoptique, les différentes phases de l'action
par nous du reste intentée.
Ce tableau est l'expression rigoureuse de la vérité.
Je défie qui que ce soit d'y trouver la moindre
inexactitude.
Revenant à l'appareil continu — que je n'ai pu
contrefaire parce qu'il n'existait pas — la Cour l'a
déclaré, qu'il me soit permis, puisque je n'en puis
faire ici la description, encore moins l'éloge, de
dire que le titre de chevalier de la Légion d'hon
neur a récompensé chez un autre les combinaisons
qui le constituent; combinaisons, que dans son rap
port le jury de l'Exposition de Londres a cru pou
voir comparer à l'œuvre des Watt et des Newco
PRODUCTION DE LA GLACE A DOMICILE. 24l

men, c'est-à-dire à la plus.brillante conception de


notre siècle.

Ayant ainsi dit adieu à une œuvre qui ne m'a


laissé, à moi qui l'ai créée, que des souvenirs pé
nibles et d'indignes représailles, je veux immédia
tement aborder la description de deux moyens qui
donnent au problème plus commode et plus com
plète satisfaction.

Ces moyens sont :

l° La production de la glace à domicile :

2° Sa fabrication à l'aide de la compression mé


canique.

PRoDUCTION DE LA GLACE A DoMICILE.

Ce mode est spécialement consacré à l'usage de


grandes villes comme Paris. Il répond plus précisé
ment que tous autres aux exigences de la consom
mation dans les grands centres.
L'exiguïté de la place , la nécessité de limiter le
personnel, celle de ne demander aucun soin, aucune
· préparation, enfin, de fournir instantanément, sans
préparation, aux besoins d'une clientèle irrégulière,
sont autant de raisons qui exigent des moyens d'ac
tion spéciaux.
Pour bien faire comprendre dès à présent que les
46
: 242 · APPLICATIONS DIVERSES.

résultats que je viens d'indiquer sont atteints par le


système que je vais décrire, qu'il me suffise de dire :
que dans les conditions que je vais énoncer, la fa
brication de la glace chez le consommateur, le jour,
· la nuit, à toute heure, ne demande pas plus de soins
ni de préoccupations que l'action de prendre de
l'eau, pour les habitants qui possèdent chez eux une
- concession d'eau de Seine.

Ce moyen se résume :

l° Par le transport à domicile de l'ammoniaque


liquéfiée, préparée comme je l'ai indiqué page 57
et suivantes;
2° Par l'utilisation de ce produit à la fabrication
de la glace à l'aide d'un appareil que je vais dé
crire ; -

3° Par le retour à l'usine à régénérer, de la solu


tion formée chez le consommateur, de manière à
reproduire l'ammoniaque liquéfiée primitivement
employée.

Comme on le voit, il s'agit d'utiliser le même


roulement que pour la production de la force mo
trice ; l'application seule diffère.

J'aborde la description de l'appareil, il est repré


senté par la planche X.

A est un réservoir suffisamment résistant monté


sur un socle B.
PRODUCTION DE LA GLACE A DOMICILE. 243

Ce réservoir peut être logé soit dans une cave,


soit, comme le plan l'indique, dans une excavation
ménagée dans le sol. Comme on n'a pas besoin d'y
toucher, qu'il ne craint pas l'humidité, que l'exca
vation à faire pour le recevoir a des dimensions
très-limitées, il n'y a là aucun embarras, ni frais
sérieux, et cette pièce ainsi établie ne prend pas de
place, ce qui est important dans toute grande localité.
De ce réservoir part une conduite en fer aaa, qui,
passant dans le sol, va aboutir dans une niche xxxx,
pratiquée dans l'épaisseur du mur de la maison
donnant sur la rue. Cette niche ferme avec une porte
en fer, comme celle des compteurs à gaz, en sorte
que son accès puisse être réservé aux seuls agents
de l'administration.
Il est facile de voir sur le plan, que dans cette ni
che, le tube aaa se termine par un robinet, lequel,
caché par un autre N, se voit mieux en D (fig. 2).
A l'aide de deux boulons on réunit facilement le
robinet D au robinet E.
Il est encore facile de voir qu'en faisant manœu
vrer la manivelle de chaque robinet, on ouvre la
communication entre la conduite aaa et la con
duite b. Or cette dernière est en relation avec la
voiture Z, dont une fraction seulement s'apperçoit.
Cette voiture, on doit se le rappeler (page 71), con
tient de l'ammoniaque liquéfiée. Il est clair que tant
que la conduite sera libre, l'écoulement se fera de la
voiture dans le réservoir A et qu'ainsi ce réservoir
se remplira.
Pour rendre l'appareil moins compliqué, moins
244 APPLICATIONS DIVERSES.

sujet aux accidents, je ne place à ce réservoir ni


niveaux, ni autres organes de vérification. Un comp
teur installé sur la voiture indiquera les quantités
introduites et le moment où l'écoulement cessant, il
sera temps de refermer les robinets D, E; de les sé
parer, pour aller chez un autre consommateur.

Mais revenons au réservoir A que nous venons de


remplir d'ammoniaque liquéfiée.

La même conduite aaa permet, à l'aide du plon


geur a' et du branchement a'a", qui se greffe sur
elle en n, de conduire l'ammoniaque liquéfiée au
congélateur C. -

Ce congélateur pouvant varier en bien des formes,


je ne m'arrête pas à le décrire ici; qu'il me suffise
de dire qu'à l'aide du robinet H on modère, on ar
rête à volonté l'arrivée de l'ammoniaque liquéfiée,
par suite la production du froid, puisque c'est le
passage de ce corps de l'état liquide à l'état gazeux
dans le congélateur qui détermine cette production.
Cette manœuvre du robinet H est la seule que le
consommateur ait à faire, et on comprend facilement
qu'il faut bien la laisser à sa disposition, puisque
c'est lui qui, suivant ses besoins, doit régler sa pro
duction. Hors, cette manœuvre qui n'est rien, il n'a
plus à s'occuper de l'appareil que nous allons conti
nuer à étudier.

Il est facile de comprendre que s'il fallait laisser


échapper dans l'atmosphère les vapeurs ammonia
PRODUCTION DE LA GLACE A DOMICILE. 245
cales qui ont produit le froid, non seulement on ren
drait celle-ci insupportable, mais en même temps
on perdrait une matière coûteuse, ce qui rendrait
l'opération absolument impraticable.
Il est donc de première nécessité de recueillir les
vapeurs qui se dégagent. Pour cela, elles sont réu
nies dans un tube dd, qui les conduit d'abord à la
cuve de sûreté K, dont je dirai quelques mots plus
tard, puis par le tube ee à la colonne d'absorp
tion GR, dont je vais immédiatement expliquer
l'action.

Cette colonne est supportée par un socle P.

Elle se compose de deux parties G, R, divisées


par un diaphragme ss.
La partie supérieure R est en libre communica
tion avec l'extérieur au moyen du tube à boules zz,
contenant un peu de glycérine ou autre matière
inerte.
Une conduite d'eau mmm permet, en ouvrant le
robinet V, d'emplir R. Lorsqu'au niveau T on lit
que l'eau est arrivée à la ligne ponctuée tt, on
ferme V. Ceci fait, on ouvre V. Comme le robinet V
est fermé, toute l'eau que contient R s'échappe dans
la capacité inférieure. On remplit à nouveau R et
la colonne que nous supposons être au début de
son installation est désormais prête à fonctionner.
Voici comment :
Nous avons vu que l'ammoniaque gazeuse, après
avoir traversé la cuve de sûreté K, s'échappait par le
. 246 APPLICATIONS DIVERSES.

tube ee pour venir, par le plongeur f, déboucher à


la-base de G.
Là ces vapeurs rencontrent l'eau que nous y avons
emmagasinée, elles s'y dissolvent.
La dissolution se sature de plus en plus, il arrive
un moment où l'eau ne peut plus rien absorber.
A cet instant, calculé pour coïncider avec le travail
de vingt-quatre heures, la soupape g chargée du
poids S se lève et laisse passer le trop plein de gaz,
qui, passant dans R, y est retenu par l'eau qui rem
plissait cette capacité jusqu'au niveau tt.
En opérant ainsi nous avons formé dans G un
composé d'eau et d'ammoniaque. Ce composé n'est
autre que l'ammoniaque liquide du commerce, celui
qui précisément a été acheté pour produire primiti
vement l'ammoniaque liquéfiée qui a été apportée
dans le réservoir A.
Or, pour faciliter la formation de l'ammoniaque
liquide, on a soin, dans les usines qui ont pour
objet la fabrication de ce produit, de refroidir le
composé formé, afin d'enlever le calorique latent de
condensation et de conserver à l'eau ses propriétés
absorbantes. Nous obtenons ce résultat en faisant
passer, à l'aide du robinet M, modérable à volonté,
unPour
courant
biend'eau froide dans
comprendre le serpentin
la simplicité L. appli-
de cette •

cation, il importe de faire remarquer que tout le


mécanisme que je viens de décrire ne doit pas pré
occuper le consommateur, lequel peut parfaitement
ignorer comment les faits se produisent. Aussi tout
est calculé pour qu'il n'y ait pas à toucher à l'ap
PRODUCTION DE LA GLACE A DOMICILE. 247 .

pareil pendant vingt-quatre heures, par conséquent


jusqu'au moment où le service de l'exploitation, qui
est chargé de la manœuvre, vient renouveler la
provision d'ammoniaque et reprendre la solution
formée.
A cet instant, l'un des deux hommes chargés de
ce service se rend à l'endroit où est située la colonne .
d'absorption. -

Si toute la provision a été épuisée, le liquide de G


doit être saturé, il faut l'enlever complétement. Si
au contraire il n'y a que moitié de l'approvisionne
ment usé, on ne soutire que la moitié du liquide .
de G, et, après avoir complété la provision d'eau, on
laisse le tout se saturer.
La manœuvre étant la même dans les deux cas,
je suppose que toute l'ammoniaque a été utilisée et
que, par conséquent, la solution que contient G est
saturée, qu'il faut en opérer l'extraction.

Pour bien comprendre cette manœuvre, reportons


nous dans la rue près de la niche acxxx, par laquelle
nous avons vu introduire l'ammoniaque liquéfiée.
Nous savons que là est la voiture Z venue de l'u-
sine apporter ce corps, laquelle contient deux capa
cités distinctes, l'une W destinée à apporter l'am
moniaque,—c'est celle avec laquelle communique le
robinet E que nous avons réuni, puis disjoint d'avec
le robinet D; —l'autre W" est vide, elle va nous servir
à remporter la solution ammoniacale, pour parler
vulgairement, l'ammoniaque du commerce ou alcali
volatil que nous avons fabriqué dans G.
248 APPLICATIONS DIVERSES.

Pour ce faire, cette capacité vide se prolonge par


le tube l qui se termine par un robinet O.
A l'aide de deux boulons on réunit à volonté les
robinets N et O. Si maintenant ces robinets sont
ouverts, nous voyons qu'à l'aide du tube kkk la so
lution que contient G n'a plus d'obstacle pour s'écou
ler et aller rejoindre la niche xxxx, de là la voiture Z,
opération que facilite une pompe d'appel placée sur
cette dernière, laquelle sert en même temps de
compteur et par conséquent de moyen de contrôle.
Lorsque G est vide, et quel'appareil compteur placé
sur la voiture indique ce moment, l'homme préposé
au service extérieur ferme, puis démonte les robi
nets N, O; la voiture est ainsi rendue à son service
ambulatoire. En même temps, soit par une sonnette,
soit par tout autre moyen, il avertit son collègue en
ce moment à l'intérieur, qu'il peut remettre l'appa
reil dans ses premières conditions de marche.

Pour cela, celui-ci n'a qu'une chose à faire :


Ouvrir le robinet V'; aussitôt le liquide de R va
s'écouler dans G. -

R étant vide, — et le niveau T permet de s'en


assurer, — on ferme V", on ouvre au contraire V, et
de nouveau on remplit R jusqu'au niveau tt.
Cette manœuvre étant exécutée, la voiture passe
à un autre consommateur, et ainsi de suite, partout
les faits se passant comme je viens de les décrire.

Je dois ajouter que pendant cette opération le


consommateur n'a pas besoin de ralentir sa produc
PRODUCTION DE LA GLACE A DOMICILE. 249
tion. Son service peut parfaitement ignorer qu'elle
se produit. En effet, pendant qu'on soutire G, l'ab
sorption se fait dans R, pendant au contraire qu'on
remplit R elle reprend son cours dans G; il n'y a
donc pas un seul instant d'arrêt dans la production
du froid, partant de là, dans les applications quil'ont
pour objet.

J'ai parlé de la cuve de sûreté K.

Elle a tout simplement pour objet d'empêcher le


liquide de la colonne d'absorption d'arriver au con
gélateur.
En effet elle est munie de trois tubulures corres
pondant à autant de tubes : un venant du congéla
teur, débouchant en d à sa partie moyenne; l'autre e
partant de la partie supérieure de la cuve et allant
replonger dans la colonne d'absorption ; enfin un
troisième g, plongeant au fond de la cuve et se
rattachant à la partie supérieure de la capacité G.

Voici maintenant le mécanisme qui résulte de cet


ensemble.
La cuve K est remplie de solution ammoniacale
jusqu'à la hauteur de la tubulure. Lorsque le gaz
arrive dans cette cuve, il s'échappe librement par ee,
faisant monter dans le plongeur ggg le liquide que
contient la cuve à une hauteur égale à celle que
mesure la colonne refoulée dans G.
Lorsqu'au contraire on arrête l'appareil, le liquide
de G dans les conditions ordinaires rentrerait par f
250 APPLICATIONS DIVERSES.

et irait gagner le congélateur; mais grâce à la cuve


de sûreté cet inconvénient n'est plus à craindre.
En effet, le tube gg correspond avec la partie de
la capacité G qui contient du gaz. Le gaz pour
revenir dans le congélateur n'a à vaincre que la
petite couche de liquide que contient la cuve, effort
beaucoup moins considérable que celui que repré
senterait l'ascension du liquide de G dans le col de
cygne fee, par conséquent l'équilibre s'établit entre
l'atmosphère des différentes pièces et le liquide
emmagasiné dans G, y reste indéfiniment.

Si maintenant nous résumons cet exposé détaillé


de l'appareil, nous voyons qu'il n'y a absolument
pour le consommateur qu'une seule action à pro
duire, — celle indiquée — régler par un robinet sa
production suivant ses besoins.
Tout le reste, il importe de le bien comprendre,
concerne les conducteurs de la voiture, et à n'im
porte quelle heure ils arrivent, ils peuvent opérer,
sans que rien annonce leur présence et force à s'oc
cuper d'eux.

Dans l'état actuel de la science, de l'industrie, il


n'est pas possible, je le crois, de fournir moyen plus
commode et plus simple de produire la glace à bon
marché.
Je n'ai rien à dire ici de la production de l'ammo
niaque liquéfiée, la planche II décrite page 58 et sui
vantes fournit à ce sujet tous les détails utiles.
APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE. 25l

APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE.

FABRICATION DE LA GLACE A BORD DES PAQUEBOTs.


SÉPARATION DE L'EAU DOUCE.

L'ensemble des dispositions que j'ai décrites ci


dessus ne peut convenir que là, où se trouve de
l'ammoniaque liquéfiée.
Or, il est des endroits où ce corps ainsi préparé
n'existe pas.
Il faut donc, dans ce cas, pouvoir disposer d'un
appareil qui de lui-même produise constamment
le liquide dont la vaporisation amènera la con
gélation. - -

J'ai déjà expliqué que dans ce but j'avais créé la


fabrication industrielle de l'éther méthylique ainsi
que des appareils qui produisent le résultat indiqué
en utilisant ce corps; mais ces appareils, n'ayant
pas trait à l'ammoniaque, sortent du cadre de cet
ouvrage, je dois m'abstenir de les décrire. Leur
mode de fonctionnement sera du reste suffisamment
expliqué dans un ouvrage intitulé — le Froid,— que
je ferai paraître incessamment.

De nouvelles recherches m'ont permis d'établir


avec l'ammoniaque des appareils très-simples qui
n'ont d'autre inconvénient que celui d'exiger un
moteur. Cet inconvénient est largement racheté,
252 APPLICATIONS DIVERSES.

dans nombre de cas, par la facilité de la ma


DOBUlVre.

| En ce qui concerne surtout la fabrication de la


glace à bord des steamers, il y a d'importants
avantages à employer ce moyen, je dois même
dire que c'est cette application qui en a amené la
création.
La fabrication de la glace à bord des navires n'est
pas en effet chose facile. Il faut satisfaire à des
conditions qui ne permettent pas l'utilisation des
appareils qu'on emploie ordinairement à terre.
Le roulis, le tangage s'opposent à tout agence
ment ayant pour base la combinaison et la décom
position de substances à affinité. Il faut donc, tout
en profitant du calorique de vaporisation de liquides
très volatils, produire des appareils simples, d'une
conduite facile, régénérant cependant constamment
le liquide producteur du froid. -

La planche XI figure cet appareil.

Avant d'entrer dans sa description, je dois faire


remarquer que la disposition d'ensemble figurée sur
le plan est essentiellement variable. Chaque pièce
peut effectivement être rapprochée, éloignée, suivant
l'installation du navire; par conséquent l'appareil se
prête, sous ce rapport, à toutes les exigences de
bord. -

La figure lº est une coupe longitudinale de l'ap


pareil suivant AB ;
APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE. 253
La figure 2° est une coupe transversale suivant CD;

La figure 3° une vue en plan.

L'ensemble se décompose en trois parties princi


pales :

Le congélateur h,
La pompe de compression d,
Le condensateur ab.

Je commence par le congélateur h.

Il contient de l'ammoniaque liquéfiée. J'indique


rai plus loin comment cette ammoniaque y est ame
née, je dois seulement dire quelques mots de la
disposition de ce congélateur.
Il se compose de cinq réservoirs en forme de tran
ches, qui se voient en coupe longitudinale fig. 1r°
et en coupe transversale fig. 2.
Chacun de ces réservoirs est formé par deuxfeuilles
· de tôle légèrement embouties, réunies par une so
lide clouure courant le long des bords extérieurs.
Des entretoises, placées à distance égale en rrrr,
permettent de donner à l'appareil toute la solidité
désirable. Quatre forts boulons, dont deux se voient
en s, s (fig. 2), réunissent solidement ces cinq ré
servoirs, lesquels sont cependant maintenus régu
lièrement écartés les uns des autres par les tubu
lures eeee, eeee qui font joint à l'aide du serrage des
boulons ss.
254 APPLICATIONS DIVERSES.

On obtient donc ainsi un tout solidaire, formant


une capacité à compartiments, étanche, résistante
et présentant de très-larges surfaces. C'est dans
cette capacité qu'arrive l'ammoniaque liquéfiée, et
comme elle est immergée dans une bâche convena
blement disposée et isolée, on voit, qu'en faisant
arriver de l'eau dans cette bâche, cette eau va rem
plir tous les espaces laissés libres par les compar
timents du réservoir à ammoniaque, qu'elle baignera
les surfaces extérieures de ce réservoir; et que dans
ces conditions, si l'on fait vaporiser l'ammoniaque,
il y aura congélation, et congélation d'autant plus
rapide que rien ne sera interposé entre les surfaces
congelantes et l'eau.

Ce point mérite une attention spéciale.

Dans les machines qui produisent la glace, il est


assez ordinaire de prendre un liquide incongelable,
— de la glycérine, — de l'alcool, — une solution
de chlorure de calcium, etc., etc., — de refroidir ce
liquide, puis d'y plonger des moules ou boîtes rem
plies d'eau. Cette eau ainsi soumise à l'action frigo
rifique se congèle, affectant la forme de ces moules.
Ce procédé a des inconvénients. A la mer surtout
'il ne serait pas pratique. En effet, non-seulement
les mouvements du navire auraient vite projeté au
dehors le liquide incongelable pendant la manœuvre
des boîtes, mais encore celles-ci emportent, lors
qu'on les retire, une certaine quantité de ce liquide
qui retombe dans les boîtes voisines, ce qui nuit à
APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE. 255
la pureté de la glace; enfin il faut essuyer les mou
les, les tremper dans de l'eau douce pour décoller
les pains, toutes manœuvres incommodes et inutiles
à bord.
Dans la disposition qui précède, tous ces inconvé
nients disparaissent. En effet, le congélateur est
fermé pendant la congélation par un couvercle n, n,
rien par conséquent ne peut être lancé au dehors.
Lorsque cette opération est faite et qu'on ôte ce
couvercle, presque toute l'eau est solidifiée, la pro
jection est donc, même pendant l'extraction des
pains, singulièrement réduite.

Admettons un instant qu'elle ait lieu, ce n'est que


de l'eau qui serait lancée au dehors, ce qui n'aurait
pas grand inconvénient.
Mais veut-on l'éviter complétement ?
Rien de plus facile. On n'a qu'à ouvrir le robi
net x, toute l'eau restée liquide s'écoulera, et il ne
restera dans le congélateur que la glace dont l'en
lèvement n'offrira plus aucune difficulté.
Sous le rapport de la rapidité de l'action frigorifi
que, de la simplicité de la manœuvre, ce congélateur
a donc de très-grands avantages sur ceux qui exis
tent, et ces avantages, je dois le répéter, sont sur
tout précieux à la mer.

Il en est d'autres encore.

Ce n'est pas tout de donner le comfort aux passa


gers, de conserver les vivres frais, il faut encore pen
256 APPLICATIONS DIVERSES.

ser à l'équipage. Or, rien de plus facile que de rendre


l'eau qui doit l'alimenter saine et agréable, en lui
donnant une température suffisamment fraîche. Il
suffit, pour cela, de lui faire traverser le congéla
teur, ce que l'on fait facilement en manœuvrant
les robinets xx', qui permettent d'avoir à toute heure
de l'eau ainsi rafraîchie, sans aucuns soins spéciaux
et sans que la marche de l'appareil soit le moins du
monde modifiée.

Une autre application, vainement tentée jusqu'ici,


peut être réalisée avec ce congélateur, je veux par
ler de la préparation de l'eau douce à la mer par la
congélation. -

Je n'ai rien à dire du phénomène en lui-même :


tout le monde sait en effet que l'eau de mer, en se
congelant, abandonne les sels qu'elle tient en dis
solution et qu'on obtient ainsi de l'eau aussi douce
que celle produite par la distillation. -

Il y a toutefois entre les deux modes d'opérer une


différence tout à l'avantage du premier, et cette dif
férence c'est qu'en se congelant, surtout en opérant
rapidement, l'eau retient dans ses molécules solidi
fiées l'air qu'elle contenait, air qui se redissout fa
cilement lorsque la glace fond. Or, ce fait, au point
de vue de l'hygiène, a une extrême importance : l'aé
ration de l'eau est une question qui n'est peut-être
pas encore complétement résolue, même dans les
appareils distillatoires les mieux combinés. Ce n'est
pas effectivement de l'air, dans les conditions ordi
naires, que renferme l'eau potable, mais un mé
APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE. 257
lange gazeux, très-riche en oxygène. Ce composé
restant très-divisé dans la glace, en quelque sorte à
l'état naissant, se trouve dans d'excellentes condi
tions pour être réabsorbé par l'eau. -

Tout le monde peut du reste facilement apprécier


la différence existant entre l'eau congelée et l'eau
distillée. Un verre de celle-ci ne peut être avalé,
tandis que les carafes frappées sont partout recher
chées. Qu'est-ce qu'une carafe frappée si ce n'est de
la glace artificielle ? - -

Le point délicat de la question, resté jusqu'ici à


l'état de problème, est le côté pratique de l'opéra
tion. -

Je vais démontrer qu'avec le congélateur que je


viens de décrire la difficulté est facilement résolue.

Que faut-il faire en effet ?

Remplir le congélateur d'eau de mer, laisser la


congélation s'opérer, puis, ce résultat atteint, ouvrir
le robinet x'. Aussitôt les eaux mères chargées de
sels s'échapperont, tandis qu'au contraire l'eau douce,
sous forme de glace, restera dans l'appareil.
Celle-ci, mise à part, donnera en fondant de l'eau
potable, qui pourra être employée à tous les usages
de bord.
Cette utilisation de l'eau de mer a une grande im
portance. En admettant même qu'on ne fabrique pas,
par ce moyen, toute l'eau nécessaire au navire, il
n'en est pas moins vrai que la proportion ainsi pro
duite, mélangée avec l'eau difficile à refroidir des
17
258 · APPLICATIONS DIVERSES.

appareils distillatoires, ramènera rapidement la tem


pérature moyenne du mélange à un degré convena
ble, et cette question, je le sais, mérite attention.

Je reviens à la description de l'appareil.

Sous l'influence de l'absorption du calorique la


tent de l'eau, une vaporisation active de l'ammo
niaque se fait dans le congélateur. Si l'appareil était
à terre, les vapeurs ammoniacales ainsi produites
s'en iraient en n'emportant qu'une faible proportion
de particules liquides; mais à la mer c'est autre
chose, il faut toujours compter avec le roulis.
Or, les mouvements qu'il imprime au navire, lan
çant le liquide tantôt d'un côté, tantôt de l'autre,
font qu'à certains instants l'orifice de sortie, s'il était
unique, serait immergé par l'ammoniaque liquéfiée,
et que par conséquent ce ne serait plus sa vapeur,
mais le corps liquide lui - même qui serait projeté
dans les conduites, ce qui en peu de temps viderait
le congélateur sans, bien entendu, produire de glace.
Pour éviter cet inconvénient, deux précautions doi
vent être prises :
La première, c'est de quadrupler les orifices de
sortie, en les plaçant à chaque angle du congélateur,
soit tt (fig. lº), tttt (fig. 3).
Grâce à cette disposition, quelle que soit la position
du congélateur, un des orifices au moins sera né
cessairement et dans tous les cas toujours libre; par
conséquent la vapeur ammoniacale pourra s'échap
per sans entraîner d'ammoniaque liquéfiée.
APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE. 259
La seconde précaution suppose même la possibi
lité de cet entraînement et y obvie. Elle consiste à
réunir les quatre tubulures en un vase égoutteur k,
qui précisément, en raison du roulement du navire,
présente toujours une de ses tubulures en contre-bas
de celle qui enlève les vapeurs, et permet par con
séquent le retour au congélateur du liquide qui en
aurait été projeté.

La congélation s'opèrera donc ainsi facilement et


régulièrement. Mais il est une autre condition à la
quelle il faut encore satisfaire. Cette condition c'est
l'économie. Or, pour atteindre ce résultat, une né
cessité est toujours là, absolue : celle de ne pas
perdre les vapeurs ammoniacales qui s'exhalent du
congélateur.
Ces vapeurs, comme Leslie l'a indiqué il y a lon
temps, pourraient être annihilées par la présence
d'un absorbant énergique. Mais j'ai expliqué déjà
l'impossibilité dans laquelle on se trouvait à bord
de recourir à un semblable moyen. Pour atteindre
le résultat cherché, j'emploie la compression méca
nique.
A cet effet, je dispose la pompe d mue par la mº -
chine du navire.

Cette pompe, à l'aide de soupapes fonctionnant


dans les conditions ordinaires, aspire constamment
les vapeurs qui se forment dans le congélateur et
les refoule dans le condensateur h .
Or ce serpentin est entouré d'un courant d'eau

260 . AppLICATIONS DIVERSES.

froide, laquelle arrive à la partie inférieure de la


bâche c et s'élève dans cette bâche, baignant cons
tamment le serpentin qu'elle renferme .
Sous la double influence de la température, rela
tivement froide, produite par ce courant et de la
pression que donne aux vapeurs l'action de la
pompe d, l'ammoniaque se liquéfie et s'écoule à la
partie inférieure du serpentin.
S'il n'y avait à produire qu'une action constante,
frigorifique, sans enlèvement de glace, je ferais
retourner immédiatement le gaz ainsi condensé du
condensateur au congélateur; mais il y a une cir
constance avec laquelle il faut compter, c'est préci
sément l'enlèvement de la glace formée, et ce fait
force à amasser pendant un temps déterminé dans le
réservoir a, l'ammoniaque liquéfiée que produit le
condensateur.
Voici pourquoi:
Nous avons vu que la glace se formait directe
ment sur chacune des dix faces du congélateur. Sa
capacité est calculée de façon à contenir une quan
tité suffisante d'ammoniaque pour former des couches
d'environ 2 cent. l/2 à 3 cent. d'épaisseur (l), couches

(1) On pourrait former des couches plus épaisses; mais plus


la glace augmente d'épaisseur, plus e le s'oppose au chemine
ment du calorique, et comme d'autre part en posant les pains
les uns sur les autres, ils se soudent en vertu d'une propriété
bien connue, - le regel, — il n'y a réelement aucun intérêt à
former des couches plus épaisses.
APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE. 261
qui ne se forment pas en un seul bloc sur chaque
surface, mais sont fractionnées en pains, par la
présence d'entretoises en bois rrrrr (fig. lº) qui
limitent la congélation.
Quelle que soit la division de ces pains, ils n'en
adhèrent pas moins aux surfaces du congélateur, il
faut les en détacher.
A cet instant le congélateur est vide, le récipient a
ayant reçu toute l'ammoniaque qu'a produite la con
gélation. Puisque ce congélateur est vide, si j'y fais
arriver des vapeurs ammoniacales à une pression
supérieure à celle correspondant à 0°, il y aura
nécessairement condensation. S'il y a condensation,
il y aura production de calorique, et s'il y a pro
duction de calorique, les pains vont immédiatement
se détacher, résultat que j'obtiens en ouvrant le
robinet u (fig. 3).
Ce robinet, par la conduite o, se raccorde au
tube m, m, qui mène au condensateur. Celui-ci con
tient des vapeurs qui se sont condensées à une tem
pérature de 20 à 25° et possèdent une tension cor
respondante à cette température. Immédiatement le
robinet u ouvert, ces vapeurs s'élancent vers le con
gélateur où règne une température de — 10 à - l5°.
Elles s'y précipitent, s'y condensent, et cette con
densation ramenant la température des parois à + l,
détache immédiatement les pains. -

Il ne faut pas croire qu'il faille beaucoup de temps


et d'ammoniaque pour accomplir cette manœuvre.
La couche à fondre est inappréciable. Il n'y a donc
que le congélateur qui se réchauffe de 10 à ll°,
262 APPLICATIONS DIVERSES.

Encore celui-ci est-il en fer, et l'on sait que le calo


rique spécifique de ce métal est à celui de l'eau
: : 0,1137 : 1.
Cette opération étant faite, on ouvre le robinet x,
qui permet à de nouvelle eau de remplir la bâche
du congélateur ; ouvrant ensuite le robinet y, on
fait arriver, par la conduite ll dans le congélateur,
le gaz liquéfié que contient le réservoir a. Ceci fait,
on referme le robinet y, et de nouveau la congéla
tion est prête à se reproduire.
Le rapport des deux capacités est assez exact pour
que la quantité d'ammoniaque que renferme a soit
justement celle que doit contenir le congélateur pour
produire un résultat donné. Par conséquent, ni
jauge, ni tubes, etc., etc., ne sont à consulter; une
seule manœuvre de robinet suffit.

Il importe que l'appareil soit bien purgé d'air. On


sait effectivement que la présence de ce corps em
pêche notablement la condensation des vapeurs.
Pour cela, un robinet de purge est placé en v, im
médiatement avant le robinet y d'introduction d'am
moniaque liquéfiée. -

En ouvrant légèrement ce robinet v, il est pos


sible de balayer tout l'air que contient l'appareil.
Le gaz ainsi produit peut être recueilli dans l'eau
ou fixé par un acide. Il n'y a donc, de ce côté en
core, ni perte, ni exhalaison désagréable à re
douter.

La quantité d'ammoniaque utilisée est peu consi


APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE. 263
derable. Pour ume production de 50 kilos à l'heure,
elle serait d'environ 30 kilos.

La perte possible de ce corps est, comme dans


tous les appareils qui précèdent, pour ainsi dire
nulle. Elle ne peut se produire que par le stuffing
box de la pompe d. Or, la moindre quantité de gaz
qui s'échapperait trahirait immédiatement son odeur
par sa présence. La surveillance de ce stuffing box
devient dès lors facile ; tout le monde sait que ce
n'est, en résumé, qu'un écrou à serrer de temps en
temps. -

Il n'y a donc aucune crainte à avoir relativement


à la déperdition de l'ammoniaque. Par surcroît de
précaution, il est facile d'en avoir quelques kilo
grammes à bord. Je dois rappeler que, dissous dans
l'eau, ce corps vaut 40 à 45 francs les 100 kilos,
ce qui n'est pas une dépense méritant considéra
tion.

Pour charger l'appareil, deux moyens se présen


tent. L'un consiste à le mettre en communication
avec un récipient contenant de l'eau ammoniacale
fortement saturée (ammoniaque liquide à 25° Car
tier). La pompe d étant mise en mouvement, aspirera
l'ammoniaque qui se séparera de l'eau. Les Vapeurs
ainsi produites passeront, en sortant de l'eau, sur de
la potasse caustique, qui les desséchera; refoulées
par la pompe d dans le condensateur b, elles s'y
condenseront dans les conditions ordinaires.
Avec une solution à 25°, on peut charger l'appa
264 APPLICATIONS DIVERSES.

reil sans pousser la désaturation de l'eau à une


limite exagérée et sans chauffer la solution ammo
niacale. On trouve, dans le commerce, de l'ammo
niaque à ce titre.
Avec une solution à 20 ou 22°, il serait bien de
la chauffer jusqu'à 40 ou 50°; le gaz s'échappera
ainsi plus facilement. Au besoin on pourrait, en
poussant l'élévation de température jusqu'à 60 et 70°,
l'extraire complétement. Toutefois les dernières par
ties ainsi obtenues étant notablement chargées d'eau,
leur desséchement serait moins radical, et à moins
de nécessité absolue, mieux vaut agir avec des so
lutions concentrées.

Le second moyen consiste tout simplement dans


l'introduction de l'ammoniaque liquéfiée.
Il suffit, pour cela, de jonctionner le robinet pur
geur avec un récipient jauge, contenant une provi
sion convenable de ce corps liquéfié, et de laisser
cette provision se verser dans le congélateur.
Ainsi qu'il est facile de le voir, soit dans un cas,
soit dans l'autre, l'opération ne présente aucune
difficulté.

En terminant, qu'il me soit permis de présente


quelques considérations générales. -

On objecte souvent que la glace artificielle n'a


pas la solidité de la glace naturelle. C'est une
GITelll'.

La glace n'est qu'un état de l'eau, — l'état solide,


APPAREIL A COMPRESSION MÉCANIQUE. 265
— et cet état se présente dans les mêmes conditions,
chaque fois que l'eau est soumise à l'action du froid
dans des conditions égales aussi; la seule cause qui
puisse influer sur sa formation , c'est l'intensité
du froid. Or, dans les climats tempérés et chauds,
cette circonstance est tout à l'avantage de la glace
artificielle.
En effet, tandis que dans les rivières la glace est
souvent faite par un froid de 2, 3, 4° au-dessous
de 0°, dans les congélateurs, elle se forme sous
un abaissement de température d'environ — 10°. Il
y a donc toutes raisons pour que la glace s'y pro
duise compacte et dure, et c'est effectivement ce
qui arrive.

La question d'économie présente une haute im


portance. Soit à terre, soit en mer, il y a peu de
localités, où la glace naturelle puisse lutter avec le
prix de revient de l franc les 100 kilos, qu'on peut
presque partout assigner comme coût maximum de
la glace artificielle.

En ce qui concerne spécialement la navigation,


on a objecté que la glace était surtout nécessaire au
moment de l'embarquement des vivres, et que, sans
approvisionnement, il faudrait recourir aux gla
cières.
Mais qui empêche l'emmagasinement et la conser
vation à bord des excédants de consommation? Qui
empêche surtout, lors de l'embarquement des vivres,
de faire marcher quelques heures la machine! Il y a
266 APPLICATIONS DIVERSES.

toujours, pour l'alimen'ation des chaudières, un pe


tit cheval qu'on peut faire fonctionner.
Du reste, il ne faut pas croire que la glace par
elle-même soit un moyen de conservation aussi com
plet qu'on pourrait le désirer. Elle peut produire une
température basse, c'est vrai, mais cette tempéra
ture est humide; or, ce qu'il convient d'employer
dans ce cas, c'est un froid sec, pouvant au besoin
conserver les aliments congelés, ce que ne peut
donner la glace.
A l'aide de modifications dans l'appareil que je
viens de décrire, ce moyen pourra être employé. Il
ne faut pour cela qu'une disposition convenable,
facile à établir, et qui trouvera sa place dans l'ou
vrage sur le froid que je vais publier.

En résumé, l'appareil à compression mécanique


est, de tous ceux qui ont été faits jusqu'ici, le plus
simple, celui qui peut atteindre les proportions les
plus vastes. Pour moi, c'est celui qui se prêtera le
mieux aux usages industriels. Quelques applications
nouvelles, dans lesquelles je vais entrer, en démon
treront la facile utilisation.

FABRICATION DU SEL MARIN.

Je viens d'expliquer, dans l'étude qui précède,


qu'il était possible de séparer l'eau, par la congéla
tion, du sel qu'elle tenait en dissolution. Générali
sant ce fait, une conséquence naturelle en découle,
c'est la fabrication du sel marin. -
FABRICATION DU SEL MARIN. 267

Il suffit pour cela de concentrer les eaux mères


que laisse la glace, de les amener au point de
saturation. Ce degré de salure étant obtenu, toute
congélation ultérieure ne peut se produire qu'à la
condition de précipiter les sels en solution, particu
lièrement le chlorure de sodium, qui en forme la
portion la plus abondante.

Le sel obtenu par la congélation est moins pur


que celui obtenu par l'évaporation. Il faut toutefois
dire que ce moyen n'est encore usité que dans quel
ques contrées du Nord, où on laisse la nature agir
seule.
En opérant dans des conditions rationnelles et
avec les moyens fournis par la science, il devient
possible de séparer le chlorure de sodium des pro
duits secondaires, qui peuvent eux-mêmes être re
cueillis à part pour être utilisés suivant leur valeur.
Le sel préparé à — 10° conserve une grande pro
portion d'eau interposée entre ses cristaux. Suivant
M. Fuchs, cette quantité serait de 61,7 pour 100.
D'après M. Mitscherlich, elle ne serait que de
38 pour 100. Cette eau abandonne le sel à la tem
pérature ordinaire; elle n'a d'autre effet que de le
laisser poreux et divisé, ce qui n'altère en rien ses
propriétés. Ce fait n'a donc pas d'importance en lui
même.

Je dois, du reste, faire remarquer que, lorsque l'eau


a été amenée par la congélation au point de satura
tion, on peut tout aussi bien employer l'action du
268 APPLICATIONS DIVERSES.

feu pour précipiter le sel que celle du froid. L'opé


ration rentrerait alors dans la catégorie de celles
qu'on pratique à Dieuze, Saint-Nicolas-Varenge
ville, etc., etc. L'eau est envoyée là dans des trous
de sonde pratiqués dans la masse saline; elle s'y
sature, puis, reprise par une pompe, elle est ensuite
évaporée au feu.
Pour satisfaire aux exigences de la consommation,
il est parfois utile de laisser le sel cristalliser dans
des conditions de formes particulières exigées par
l'usage. Ceci n'est encore qu'une question secon
daire facile à concilier. Je ne la signale qu'en
passant, la séparation des masses d'eau qui dis
solvent le sel étant le point essentiel que je dois
ici traiter.'

D'après ce que je viens de dire de la fabrication


de la glace, il est facile de comprendre que la con
gélation peut être produite sur une échelle aussi
large qu'on le peut désirer; par conséquent, ce n'est
pas le fait en lui-même qui peut faire question, mais
bien le prix de l'opération.
Avec l'appareil figuré planche XI, ce prix se
résume par deux points principaux :

Les frais généraux,


Le coût de la force employée.

Les frais généraux ne doivent pas être étudiés


ici, puisqu'ils sont en grande partie variables, sui
vant les pays, la direction donnée.
FABRICATION DU SEL MARIN. 269
La force, c'est autre chose.

Si nous appliquions la vapeur à sa production, il


y a des données connues qui pourraient facilement
servir de base à établir son prix de revient, mais
dès maintenant nous pouvons le dire, la vapeur ne
peut être utilisée, son emploi ne permettrait pas
d'arriver à des limites suffisamment basses; il faut
donc y renoncer.
Nous devons recourir à un moyen plus économi
que de production, et ce moyen la nature nous l'offre
gratuitement : c'est le vent.
A première vue, ce mode paraît bien peu en har
monie avec le mouvement industriel de notre épo
que. En effet, la vapeur est utilisée maintenant
dans de si bonnes conditions, que devant elle les
moulins à vent, naguère si employés, disparaissent
peu à peu. Même dans le Nord, où ce genre de mo
teur était le plus répandu, son usage va toujours
décroissant. - -

| C'est qu'effectivement le travail du vent est fort


irrégulier. Coulomb compte qu'en moyenne un mou
lin à vent ne travaille qu'un tiers du temps utili
sable. Des chômages incessants sont donc journelle
ment à craindre. Cette situation cadre peu avec la
régularité vers laquelle tend forcément toute produc
t1on industrielle.

Mais dans le cas spécial qui nous occupe, les faits


ne sont plus les mêmes.

D'une part, le travail s'exécute précisément au


270 APPLICATIONS DIVERSES.

bord de la mer, c'est-à-dire là où l'action du vent


est pour ainsi dire permanente, et où, en employant
des moyens de résistance suffisants, on peut le mieux
profiter de sa puissance.
D'une autre part, le produit fabriqué ne coûtant
rien comme matière première, peut se produire dans
des conditions d'irrégularité qui ne seraient pas ad
missibles, s'il s'agissait de grains, d'huiles, en un
mot, de matières comportant des capitaux considé
rables ou subissant des fluctuations importantes, et
demandant, par suite, à être travaillées à heure
dite.
Nous sommes donc dans des conditions excep
tionnelles, et comme la force dont nous pouvons
alors profiter est gratuite, qu'elle peut être employée
d'une manière constante à liquéfier l'ammoniaque ;
il résulte de cet état de choses que l'opération ne
coûtera que des frais généraux et de la surveillance.
Dès lors n'importe où, on pourra entrer en con
currence avec les sels produits par l'évaporation;
avec cette différence toutefois qu'un orage peut dé
truire une récolte, que la nuit le soleil soustrait sa
puissante influence, que l'hiver, enfin, rien ne se
fait, tandis qu'au contraire ici : la nuit, le jour, l'été,
l'hiver, toujours on travaillera.

Ainsi donc, grâce à l'industrie :

Le vent se transformera en force,


La force en glace,
La glace amènera la précipitation du sel,
FABRICATION DU SEL MARIN. 271

Triple opération, qui démontre d'une manière


virtuelle comment les phénomènes naturels les plus
simples peuvent être transformés, groupés, pour
donner des résultats imprévus.

Mais, objectera-t-on, la masse de glace à extraire


est tellement considérable, que sa manutention en
traînera à elle seule des frais énormes !
Du tout, et voici comment : la glace ne sera pas
touchée, de l'eau seule sortira de l'établissement.
En effet, nous reportant à l'appareil de la plan
che XI, il est facile de voir que plus la différence
de température entre le congélateur et le condensa
teur sera grande, plus aussi sera grande la différence
de pression; par conséquent, plus grande aussi sera
la force motrice employée à comprimer l'ammo
niaque.
Si, au contraire, on pouvait congeler à 0° et li
quéfier à 0°, les pressions étant égales, il n'y aurait
plus d'utilisé qu'une force minime destinée à rom
pre l'équilibre. Il importe donc de diminuer autant
que possible l'écart entre les deux points. Le moyen
d'y arriver, c'est précisément d'employer à la con
densation la glace produite. En admettant le point
de congélation le plus éloigné — 10°, et la conden
sation à 0°, il n'y aura plus entre les deux faits
qu'une différence de 10°, qui se traduira par un effort
de compression égal à l",3, seul travail que le vent
aura à accomplir.

Reste à examiner comment s'opérera sans frais


272 APPLICATIONS DIVERSES.

le transport de la glace du congélateur dans le con


densateur.

Deux moyens bien simples se présentent. J'aborde


immédiatement le premier.

Certaines huiles, telles que l'huile de lin, l'huile


de noix, etc., conservent leur fluidité bien au-des
sous de 0°; de plus, elles sont plus légères que l'eau
et plus denses que la glace.
Voilà trois propriétés qui, par leur combinaison,
vont donner le résultat cherché.
Pour le bien comprendre, rappelons-nous le fonc
tionnement de l'appareil présenté par la planche XI.
Laissons de côté la question de force motrice,
puisque nous savons que c'est le vent qui doit la
fournir; ne considérons que le congélateur et le con
densateur.
Dans le premier, au lieu d'eau, c'est un courant
d'huile que nous faisons passer. Cette huile va se
refroidir et descendra au-dessous de 0°. Si en cet
état nous la faisons arriver sur de l'eau de mer em
magasinée dans un vaste réservoir maçonné dans
le sol, il est clair qu'elle lui prendra son calorique,
- et si la circulation est suffisante, il est encore évi
dent que les points de l'eau en contact avec l'huile
se congèleront. - .

Mais l'eau, en se congelant, a changé de densité :


liquide, elle était plus lourde que l'huile, elle res
tait au-dessous d'elle; solide, elle devient plus lé
gère qu'elle, elle monte à sa surface.
FABRICATION DU SEL MARIN. 273

Là elle n'adhère à aucun corps solide ; en un


mot, elle constitue des glaçons flottants, et si on a
disposé à côté de cette citerne à concentration, la
bâche du condensateur; il est facile, avec un râble
mû automatiquement, d'attirer la glace ainsi flot
tante et de l'entraîner dans ce condensateur, où,
par sa fusion, elle aide la liquéfaction de l'ammo
niaque, sous une constante température. L'eau pro
duite par cette opération s'échappe alors naturelle
mont du conden sateur. On a soin toutefois, avant
de la perdre, de la faire passer par un trop-plein où
l'huile, qui pourrait être entraînée mécaniquement,
peut se dégager et être recueillie, en sorte que, de
ce côté, il n'y ait aucune perte à redouter.

Le second mode d'opérer repose sur l'emploi de


deux congélateurs égaux, servant tour à tour de
congélateur et de condensateur.
La manœuvre, dans ce cas, est bien simple.
Considérons d'abord le congélateur où se produit
l'action frigorifique. Ses plaques vont se couvrir de
glace. Lorsque cette glace aura atteint une épais
seur convenable, il ne restera plus entre les tran
ches formées par elle que de l'eau concentrée, qu'on
fera évacuer.
Or, cet instant coïncide justement avec l'épuise
ment de l'ammoniaque liquéfiée que contenait le
congélateur; celui-ci est donc vide intérieurement.
Si, par une manœuvre de robinet, nous le mettons
en communication avec l'ammoniaque en vapeurs,
il est clair que celles-ci vont y affluer et que, sous
18
· 274 APPLICATIONS DIVERSES.

l'influence de ses vastes surfaces maintenues à 0°


par la glace qui se fondra, la condensation s'y opé
rera énergiquement. -

Lorsque toute la glace sera fondue, on laissera


écouler l'eau douce formée, on la remplacera par de
l'eau de mer. Mais en même temps que la glace a
fondu, l'appareil s'est rempli d'ammoniaque liqué
fiée. Il est donc de nouveau prêt à reprendre sa
première mission, et ainsi de suite produisant, suc
cessivement, tantôt de la glace, tantôt la liqué
faction.
Quant aux eaux concentrées, résultat de ces
diverses opérations, elles peuvent être mises à pré
cipiter dans un congélateur convenable ou être
traitées par le feu; l'usage, les habitudes de la con
sommation formeront l'unique règle qu'il faudra
consulter pour adopter l'un ou l'autre moyen.
Ainsi donc, dans cette opération en apparence
multiple, le rôle de l'homme se réduit à la ma
nœuvre de quelques robinets et au graissage des
machines. Tout le reste est produit par l'utilisation
de phénomènes naturels, que l'ammoniaque, par ses
pressions modérées et régulières, permet de mettre
à profit.

FABRICATION D'OBJETS D'ART EN MARBRE MOULÉ.

Il y a plusieurs années, j'ai communiqué à M. le


surintendant des beaux-arts un travail tendant à
obtenir la reproduction d'objets d'art en marbre
moulé. -
FABRICATION D'OBJETS D'ART, ETC. 275

Comme en bien d'autres circonstances, aucune


suite n'a été donnée à cette communication.

Mon intention n'est pas du tout ici d'exprimer un


blâme indirect; je sais que, malheureusement, il
faut à la pensée, pour se produire, un surnuméra
riat inévitable; je ne veux constater qu'un fait, c'est
l'existence déjà ancienne du travail que je vais
· analyser.

On a essayé d'obtenir le résultat que j'énonce à


l'aide de la fusion, sous pression, du carbonate de
chaux. La haute température qu'il faut employer et
la difficulté de donner en même temps la pression
convenable, font que ce moyen ne peut donner de
résultats satisfaisants. La pratique artistique n'a
donc à son service, pour la reproduction des objets
d'art, que le plâtre ou des ciments plus ou moins
durs, moyens assurément insuffisants.

Je veux faire plus. Je veux, quand les dimensions


ne seront pas trop grandes, arriver à mouler en
marbre, et en marbre saccharoïde, les objets que le
ciseau aura fouillés dans la pierre.
Pour obtenir ce résultat, voici le moyen dont je
propose l'emploi :

Faire dissoudre le carbonate de chaux dans l'acide


carbonique liquéfié, puis, après filtration, faire éva
pOrer dans des moules ordinaires la solution, de
v

manière à recueillir cristallisé le carbonate fo mé,


-

276 APPLICATIONS DIVERSES.

lequel s'étant moulé contre les parois internes des


moules, présentera en relief le creux de ces moules,
c'est-à-dire l'objet à reproduire.

Il est bien évident que l'acide carbonique liquide


est le dissolvant le meilleur qui puisse exister du
carbonate de chaux. La nature, elle-même, semble
indiquer cette voie.
Plus les eaux sont chargées d'acide carbonique,
plus elles dissolvent de carbonate de chaux. Réci
proquement, plus elles perdent d'acide carbonique,
plus elles laissent précipiter abondamment ce sel.
Les fontaines de Saint-Allyre et de San-Filippo, les
stalagmites et stalactites de certaines grottes, voire
même les dépôts si adhérents de nos chaudières,
sont là pour affirmer le fait. - -

Mais la difficulté et la grande, c'est de manier le


dissolvant. -

Ce n'est pas, en effet, chose facile que de traiter


l'acide carbonique liquide.
L'appareil de Thilorier, le seul qu'on puisse jus
qu'à présent commodément employer pour liquéfier
ce corps, exige pour son établissement et son fonc
tionnement de grands soins. Il se dégage au mo
ment de la réaction des pressions qui peuvent aller
au delà de 100 atmosphères, et l'infortuné Hervey
paya de sa vie une expérience imprudemment con
duite; peut-être aussi, car il ne faut pas toujours
accuser ceux qui succombent, l'impéritie du con
structeur. -

Or, ce n'est évidemment pas cet appareil dont je


FABRICATION D'OBJETS D'ART, ETC. 277

propose l'emploi. Il astreint à trop de précautions,


trop d'exigences. Puis il nous faut d'autres limites
que celles circonscrites par quelques décimètres cu
bes de capacité, et cet appareil ne peut, sans dan
ger, dépasser ces dimensions.
Pour arriver au résultat cherché, il faut un moyen
facile, sûr, et c'est l'ammoniaque qui va nous le four
nir; qui encore là arrive précisément, comme si ses
propriétés avaient été créées en vue de ce résultat.

En effet, en remplaçant le tube rafraîchisseur A de


la planche VI par deux récipients formés chacun de
deux capacités concentriques et étanches, l'une in
térieure, l'autre enveloppant la première de toutes
parts, il est facile de comprendre, qu'en remplissant
la capacité formant enveloppe extérieure d'ammo
niaque liquéfiée, qu'en faisant de plus agir la pompe,
la température des vases contenant l'ammoniaque
baissera progressivement. - -

Si le volume d'ammoniaque est convenablement


alimenté, ce qui se fera à l'aide du serpentin con
densateur G et du flotteur L, et qu'on suppose
d'ailleurs l'appareil convenablement isolé, il est en
core évident que la température s'affaiblira de plus
en plus et qu'on arrivera ainsi à des limites très
basses, soit 50° au-dessous de 0°. | .

A cette température, qui correspond à une tension


de 7 atmosphères environ pour l'acide carbonique,
nous n'avons plus à craindre les pressions exagérées
que nous redoutions tout à l'heure, et nous pouvons
278 APPLICATIONS DIVERSES.

donner aux capacités des diamètres et des hauteurs


permettant de recevoir le moule de statues ayant au
moins hauteur d'homme.

Ce pas fait, la difficulté pratique est écartée, et


nous pouvons arriver à un résultat industriel.

Je sais que cette température de 50° au-dessous


de 0° présente, à première vue, quelque chose de
peu ordinaire. Mais qu'a-t-elle d'anormal?
Rien.
· L'écart qu'elle présente avec la température ordi
naire est de 70 à 80°. Cet écart est bien moins con
sidérable que celui que nous obtenons dans nos
appareils ordinaires, chaudières à vapeur, fours, etc.
Ce n'est donc qu'une question de précaution à
prendre. " ,

Je sais encore que le froid agit sur les métaux


dans des conditions qui pourraient faire pressentir
quelques craintes de rupture; mais il faut considérer
ceci, c'est que d'une part il est facile, par des expé
riences précises, de déterminer le coefficient pra
tique qu'il convient d'employer; de l'autre, la mér
tallurgie, aux pressions, dont je parle, nous donne
des tôles assez épaisses pour fournir des garanties
plus que suffisantes.
Ainsi donc, grâce à l'ammoniaque, et c'est le seul
corps qui puisse efficacement donner ce résultat,
nous avons transformé une impossibilité matérielle,
— celle d'obtenir des vases de l mètre à 1 mètre 20
de diamètre, propres à contenir de l'acide carbonique
FABRICATION D'OBJETs D'ART, ETC. 279

liquéfié, — en une simple difficulté d'exécution,


qu'il est facile de vaincre : l'isolement des appa
reils. -

Ce dernier point mérite certainement attention. Le


calorique n'est pas un agent facile à maîtriser. On
peut y arriver cependant à l'aide de dispositions
convenables, et surtout en disposant les appareils
de manière à fournir un excès de froid, suffisant
pour combattre le réchauffement qui viendrait à se
manifester.

On pourrait encore craindre qu'un accident surve


nant, ce réchauffement en se produisant ne vienne
à donner à l'acide carbonique des pressions exagé
rées, lesquelles, eu égard aux diamètres employés.
ne seraient bien certainement pas supportées par
l'appareil.
Rien encore là à redouter.
J'admets l'arrêt. Mais le calorique ne peut péné
trer qu'à travers les surfaces isolantes, son achemi
nement sera donc lent.
Dans ces conditions, sa présence n'est plus à
craindre. En effet, avec son intrusion coïncidera
précisément une vaporisation correspondante, par
conséquent l'appareil se videra forcément au fur et
à mesure de l'introduction du calorique, qui tout
entier sera entraîné à l'état latent par les vapeurs
produites. Quand donc l'échauffement se manifes
tera, c'est qu'il n'y aura plus de liquide à vaporiser;
dès lors, il n'y aura plus de danger, l'appareil ne con
tenant plus à ce moment d'acide liquéfié. .
280 APPLICATIONS DIVERSES.

Ceci posé, le mécanisme de l'opération se déduit


bien simplement. - - | -

Se reportant aux dispositions générales que j'ai


indiquées, il est facile de se rappeler que l'appareil
se compose de deux récipients à double enveloppe
formant deux couples de capacités concentriques.
Chacun de ces couples présente conséquemment :

· 1° Un récipient intérieur renfermant de l'acide car


bonique liquéfié ;
2° Un autre, extérieur, entourant celui-ci, conte
nant de l'ammoniaque, qui, en se vaporisant, main
tient la basse température ci-dessus indiquée.

Pour produire et maintenir cette vaporisation, la


pompe est mise en train. Le froid se produit. A l'aide
d'une manœuvre de robinets, on s'arrange pour
qu'une différence de 3 ou 4° s'établisse entre les
deux récipients. Par conséquent, si nous supposons
de l'acide carbonique dans le vase le plus chaud (et
ce mot est relatif, puisqu'il s'agit de 50° au-dessous
de 0), cet acide se vaporisera et ira se condenser
dans le vase le plus froid, en raison du principe
énoncé page 163. | -

· Or, dans ce vase condenseur est déposé du carbo


nate de chaux. L'acide liquéfié baigne donc ce car
bonate. Il le dissout, s'en sature ; puis continuant
toujours sa marche, il gagne le fond du vase, où
une conduite, maintenue à la même température, le
ramène ainsi saturé dans le premier récipient. .
Il n'y est pas versé directement, mais bien dans
FABRICATIoN D'oBJETs D'ART, ETC. 281 .

les moules en plâtre qu'il s'agit de remplir. Là, en


vertu toujours de la différence de température, il se
vaporise, abandonnant le sel qu'il avait dissous, le
quel est ainsi arrivé dans le moule aussi pur que
possible. Les vapeurs qui se forment constamment
retournent au condensateur, toujourselles s'y liqué
fient, s'y saturent, pour revenir dans les moules,
ramener une nouvelle quantité de sel qui y cristal
lise. Circuit continu qui permet d'opérer et de rem
plir, sans qu'on y touche, les moules portant les
précieux contours, que l'art a su tracer.

| Ainsi donc, ce n'est pas seulement le comfort,


l'utile que l'ammoniaque nous donnera, mais l'art à
bas prix, pétri en sa plus riche matière : ceci, aussi
bien au profit des artistes, qu'à celui de la satisfac
tion publique. - -

· Ce n'est effectivement pas dans les seuls musées


qu'il faut pouvoir grouper les chefs-d'œuvre. La
nécessité d'élever le goût des masses, de grandir
leurs aspirations, conduit à la généralisation de tout
ce qui est beau et grand.
· En fournissant à bas prix une matière plastique
impérissable, ce but sera atteint. Avec son aide, les
œuvres artistiques pourront entrer dans le domaine
de tous, et ne restant plus le partage d'admirateurs
privilégiés, elles deviendront pour le grand nombre
la source de jouissances aussi nobles qu'intelli
gentes.
282 - APPLICATIONS DIVERSES,

MACHINES A VAPEURS CoMBINÉEs.

Le mérite de cette conception revient à M. du


Tremblay, qui le premier conçut l'idée, en conden
sant la vapeur sortant du cylindre, de profiter du
calorique latent abandonné par elle pour engendrer
de nouvelles vapeurs, de nature différente, utilisa
ble dans un second cylindre.
L'application qu'il fit eut pour objet principal
l'éther vinique, ainsi que quelques autres corps faci
lement vaporisables.
Fâcheusement, tous sont inflammables , des acci
dents survinrent, les craintes d'incendie devinrent
plus vives, et finalement on renonça à l'emploi de
ce système, quelques avantages qu'il fût permis d'en
attendre. - -

Il y avait cependant là une idée fertile, et dans


l'état actuel de la science et de l'industrie, la ma
rine surtout, en vue de laquelle avait été créée
cette combinaison, ne devait pas en abandonner la
VOle,

Je vais essayer de prouver que l'ammoniaque, en


évitant tous dangers d'incendie, en se vaporisant, se
surchauffant facilement, permet de réaliser dans de
bonnes conditions, l'idée à laquelle je suis heureux
de rendre hommage, et dont l'honneur tout entier
revient à M. du Tremblay. -
MACHINES A VAPEURS COMBINÉES. 283
Voici comment je pose la question :

1° Condenser la vapeur à 100°, tout en ne dimi


nuant pas l'intensité du vide produit par les conden
sateurs ordinaires ;
2° Conserver sans mélange l'eau distillée produite
par la condensation, pour la faire servir à l'alimen
tation des chaudières; -

3° Profiter de cette condensation pour produire une


quantité de vapeur d'ammoniaque proportionnelle à
· l'eau condensée; vapeurs utilisables à de très-hautes
pressions et dans des cylindres convenables ; -

4° Surchauffer l'ammoniaque avant son introduc


tion dans la machine.

Ainsi donc, le mécanisme de la combinaison se


réduit à avoir deux machines au lieu d'une seule
grande : -

L'une, alimentée par les moyens ordinaires,


L'autre par l'ammoniaque.

Deux faits dominent la question :

L'économie,
La complication.

Voyons d'abord l'économie.

Elle repose :
l° Sur l'alimentation des chaudières avec de
284 APPLICATIoNs DIvERsEs.
l'eau distillée à 100°, ce qui n'existe pas aujour
d'hui ;
| 2° Sur la transformation du calorique latent de la
vapeur d'eau en vapeur d'ammoniaque, ce qui, de ce
seul chef, réduit de près de moitié la dépense en
combustible ; - - -

| 3° Sur le suréchauffement des vapeurs ammonia


cales de 100° à 200°, ce qui en augmente la puis
sance de 100 -

267 -

| En somme, les avantages de cet état de chose


constituent une économie, variable suivant la combi
naison adoptée, mais pouvant atteindre jusqu'à la
moitié du combustible employé, ce qui est énorme,
surtout en fait de navigation.

| Passons maintenant à la complication.

Je dis qu'elle est nulle.

En effet, admettons que la force ammoniaque


produise une économie de moitié, il résultera de cet
état de chose l'établissement, comme je l'ai déjà dit,
de deux machines motrices au lieu d'une. Or, cette
disposition n'est pas du tout une complication. Elle
constitue au contraire un meilleur emploi de la force
motrice, surtout si chacune d'elles correspond à un
propulseur distinct. · · ».

A l'appui de cette opinion, je ne puis mieux


faire que de citer celle de M. le contre-amiral
MACHINES A VAPEURS COMBINÉES. 285

Paris, qui dernièrement, à l'Académie, s'exprimait


ainsi : -

« ... Ce n'est pas sous ce point de vue seulement


« que je désire signaler les avantages de ce système
« (adoption d'hélices jumelles), c'est plutôt pour la
« machine à vapeur elle-même qui, lorsqu'elle arrive
« aux énormes puissances actuelles, cesse d'offrir la
« sécurité nécessaire , comme on en a eu plusieurs
« preuves évidentes depuis quelque temps.
« Pour comprendre les raisons qui ont amené à cet
« état de choses, il faut considérer que le navire a
« une résistance qui dépend de sa grandeur, et qu'on
« ne peut pas plus la changer que son tirant d'eau.
« Dès lors, l'hélice ne pouvant sortir de l'eau, ni
« dépasser la quille, se trouve avoir un diamètre
« limité, ainsi que son pas. Il faut donc qu'elle
« tourne très-vite pour développer le chemin voulu,
« afin que, déduction faite du recul, on obtienne la
« marche nécessaire au but dans lequel le navire a
« été construit. Mais pour obtenir cette célérité, il
« faut des puissances énormes qui maintenant dépas
« sent 4000 chevaux de 75 kilogrammètres. Com
« ment dès lors produire cette puissance, puisque
« tout en faisant tourner vite le propulseur, le piston
« ne peut guère dépasser un glissement de 2 mètres
« par seconde ? Ce n'est évidemment qu'en augmen
« tant la surface du piston. C'est ce que tous les
« ingénieurs ont été entraînés à faire en Angleterre
« comme en France, et les machines actuelles ont
« des courses qui ne dépassent pas les 23 du dia
« mètre du cylindre. De la sorte, elles se trouvent
286 APPLICATIONS DIVERSES.

· presque transformées en pistons à percer les tôles


et à boutroller les rivets. Il en est résulté des pis
tons de 2 mètres 10 pesant 25 tonneaux avec leur
équipage, exerçant un effort de 60 000 kilogram
mes et renversant l 10 fois leur direction dans une
minute. L'arbre a dû naturellement être renforcé;
il est arrivé à un diamètre de 450 millimètres, et
cependant, comme ses coussinets ne le maintien
nent pas exactement dans le sens latéral, il a
éprouvé des échauffements et même des ruptures
sur les paquebots qui naviguent réellement. Les
différentes pièces sont devenues énormes et n'ont
plus été aussi solides qu'avec de plus petites di
mensions ; aussi, tandis que les machines : de
400 chevaux fonctionnent longtemps, celles de
900 et de 1000 ont des avaries très-graves.
« Lors des essais comparatifs des navires cuiras
sés, il y a trois ans, il y eut trois cylindres fendus
et d'autres accidents. D'autres navires du même
genre ont également éprouvé des avaries. Il faut
maintenant changer ces pièces, et elles sont si
grandes, elles demandent tant de travail, qu'on
emploiera 5 ou 6 mois avant de pouvoir fonction
ner. En temps de paix, ce n'est que de l'argent
perdu, mais en temps de guerre, les navires se
raient pris, ou s'ils avaient échappé, leur valeur
de 7 millions serait inutile pendant 6 mois.
« C'est en présence de ces faits, déjà connus des
marins, que j'ai cru qu'il fallait chercher la sécu
rité nécessaire dans une autre combinaison et
adopter la division de l'effort sur deux propul
MACHINES A VAI EURS COMBINÉES. 287
seurs, afin de n'employer que les machines avé
rées et même de les mettre dans de meilleures
conditions. On a, il est vrai, divisé les appareils en
4 cylindres, lorsqu'il s'est agi de les articuler di
rectement à une seule hélice et de déployer une
grande force; mais en mettant quatre machines à
la suite l'une de l'autre pour agir sur le même
arbre, on a le désavantage de la longueur de ce
dernier, de ses 4 coussinets à maintenir en ligne
droite, et, en fin de compte, il a toujours fallu que
la dernière manivelle portât l'effort total. Aussi on
y a renoncé depuis plusieurs années, et il est très
douteux que le terme moyen de trois cylindres
adjacents, auquel on pense actuellement, présente
de meilleurs résultats, car c'est toujours rassem
bler après avoir divisé.
« ... Si j'insiste de nouveau sur la nécessité de di
viser la force motrice pour arriver à la sécurité né
cessaire, c'est que des exemples récemment pu
bliés dans les journaux montrent à quelles chances
nos navires seraient exposés en cas de guerre ;
car on peut dire sans exagération, qu'une machine
peu sûre, devient alors un billet de prison dont le
cautionnement n'est pas désigné.
« Si donc la matière paraît se refuser à une trop
grande concentration de la force, je crois que le
seul moyen de la mettre dans de bonnes condi
tions de durée est de diviser les efforts comme je
viens de le dire, et comme on le trouvera exposé
en détail dans la brochure que j'ai l'honneur de
présenter à l'Académie. »
288 APPLICATIONS DIVERSES.

Cette situation démontre d'une manière absolue


l'intérêt qu'il y a à diviser la production de la force;
rien donc n'empêche de profiter d'un côté de la va
peur d'eau, de l'autre de la vapeur ammoniaque.

Mais, dira-t-on, soit, la division du moteur ne sera


pas une complication, mais c'est dans l'installation
des générateurs complexes, de leur condensateur,
qu'on la rencontrera.

Non ! et voici encore pourquoi :

Quel que soit la nature de la vapeur, il en faut,


pour produire un effet utile, une quantité détermi
née. Or, pour obtenir cette quantité, il faut un cer
tain nombre de mètres carrés de surface de chauffe.
· Mais cette surface ne se modifie pas, puisque la
quantité de calorique à employer reste la même, que
c'est seulement la nature de la vapeur qui change.
Ce n'est donc pas une augmentation de matériel que
cette application exige, mais un simple fractionne
ment, permettant d'affecter à chacun des corps les
surfaces utiles. C'est en un mot une organisation
plus rationnelle rendant possible l'économie annon
cée.

| Une objection, qui doit subsister dans l'esprit du


lecteur, mérite l'attention.

J'ai parlé de condensation à 100° et de vide. Or,


il y a là en apparence des faits contradictoires, puis
MACHINES A VAPEURS COMBINÉES. 289
qu'à 100° la vapeur d'eau a précisément une tension
égale à celle de l'atmosphère, et de fait, dans les
condCnsateurs ordinaires, où le vide est maintenu à
quelques centimètres de mercure, la température de
l'eau condensée varie ordinairement de 30 à 40°.
Le résultat que j'énonce est cependant possible.
Voici comment j'entends opérer :
Je divise le condensateur en deux capacités, sépa
rées par des soupapes, ouvrant de dedans en dehors,
suivant le sens de projection de l'échappement.
Ceci étant, et les capacités convenablement calcu
lées par rapport au volume de vapeur engendré par
chaque cylindrée, voyons ce qui va se passer. .

Deux temps bien distincts caractériseront l'échap


pement :

Un, très court, emportant la presque totalité de la


vapeur,
Un plus long, ne formant qu'une sorte de traî
née.

Ces différences sont très-faciles à constater quand


on observe l'échappement d'une locomotive ou de
toute autre machine sans condensation.
Les phénomènes que je viens de rappeler se re
produisent naturellement dans l'acte de la conden
sation et par conséquent dans le condensateur que
je viens d'indiquer sommairement.
Dès que la lumière de sortie est découverte, un jet
de vapeur emportant la presque totalité de la cylin
19
290 APPLICATIONS DIVERSES.

drée se produit. Sous l'influence de la vive, mais très


courte pression que cet échappement manifeste,
presque toute cette vapeur passe à travers les sou
papes et va s'emmagasiner dans la capacité la plus
grande, mais aussi la plus éloignée du cylindre.

La vapeur à condenser est donc ainsi divisée en


deux parts bien distinctes :

L'une, logée derrière les soupapes et ne pouvant


par conséquent pas revenir sur elle-même;
L'autre, contenue dans la première chambre du
condensateur et dans la partie du cylindre que le
piston n'a pas encore balayée: c'est la traînée que j'ai
signalée, c'est-à-dire une très-faible portion de la
vapeur utilisée. -

Revenons maintenant à la condensation considé


rée en elle-même. Tout le monde sait qu'il importe
qu'elle soit aussi grande que possible, puisqu'elle
atténue d'autant la résistance qui s'oppose à la
marche du piston. Dans une machine ordinaire, on
aurait à agir sur toute la masse de vapeur; ici au
contraire nous n'avons plus qu'à opérer sur ce que
j'ai désigné sous le nom de traînée, c'est-à-dire sur
la plus faible partie de l'échappement.
La condensation de cette fraction de vapeur de
vient d'autant facile, qu'on peut y employer les
moyens les plus énergiques, moyens d'autant plus
efficaces, que la quantité à condenser est faible, et
qu'en même temps cette condensation peut s'exercer
MACHINES A VAPEURS COMBINÉES. 291
pendant toute la durée du cheminement du piston.
Bien entendu que dans cette partie du condensateur
l'eau de condensation s'échappera à une température
prOpOrtionnelle au vide obtenu, c'est-à-dire 30 ou
40°. Mais en sera-t-il de même dans la seconde
chambre du condensateur où nous avons emmaga
siné tout ce qu'a produit l'expansion de la vapeur
au mOment de sa sortie ?
Non, assurément. Là, nous n'avons plus à nous
occuper du moteur, son action ne peut plus être pa
ralysée par le plus ou moins de condensation; nous
pouvons donc opérer à la température que nous vou
drons, et soit que nous nous occupions de produire
de l'eau chaude pour l'alimentation, soit des vapeurs
ammoniacales utilisables dans un second moteur,
liberté reste de disposer de cette vapeur, du calo
rique qu'elle emmagasine, comme on le juge conve
nable.

Afin de mieux faire comprendre ma pensée, je


vais, par les linéaments d'une simple figure, repro
duire ce que je viens de dire. -

Soit un cylindre AB, de n'importe quel système,


envoyant la vapeur de son échappement dans un con
densateur que je suppose de telle forme qu'on voudra
adopter, mais seulement divisé en deux chambres
distinctes d et c.
Lorsque la lumière de sortie, supposée en g, va
être découverte, toute la vapeur que contient le cy
lindre AB va pénétrer dans le condensateur, d'abord
en c, puis à travers la soupape h en d.
292 APPLICATIONS DIVERSES.

Admettons que nous marchions à 6 atmosphères


et que la capacité de c soit à celle de d augmenté
de AB :: 5 : l, il est évident que les 5/6 de la vapeur
produite par une course du piston s'emmagasine
ront dans c. Nous aurons donc ainsi deux parts :

Z2

L'une contenue dans d + AB représentant le l/6


de la masse gazeuse. Celle-là nous la condensons
énergiquement, sans nous occuper de celle que con
tient c, puisque la soupape h s'oppose à son retour
dans d.
L'autre, emmagasinée dans c, reste à notre com
plète disposition. C'est elle que nous condensons
comme nous l'entendons, et dont nous tirons parti,
soit pour produire des vapeurs ammoniacales, soit
pour obtenir de l'eau à 100°.
Je dis que l'option reste, car effectivement la con
densation peut s'opérer à la température jugée con
MACHINES A VAPEURS COMBINÉES. 293

venable et que règle la pression qu'on veut donner


à l'ammoniaque employée. -

Si on ne craint pas des pressions excessives, telles


que 100 atmosphères, pression qu'on atteindrait
vraisemblablement à 100°, on peut obtenir l'eau
condensée à cette température; si au contraire on
veut des pressions moindres, naturellement la con
densation s'en ressentira, et l'eau réintroduite dans
la chaudière aura une moindre température.
Néanmoins il n'y aura pas pour cela de perte de
chaleur, puisque le calorique sensible que l'eau aura
perdu aura été transformé en calorique latent et
aura formé une quantité correspondante de vapeur
ammoniacale.

Quelques mots en terminant sur les pressions


dont je viens de parler et qui peuvent paraître exa
gérées.

D'abord rien ne force, comme on l'a vu, à les em


ployer, puisque la vapeur ammoniacale peut être
produite à la tension qu'on désire; puis il faut bien
se dire ceci : c'est qu'avec la perfection qu'atteint
tous les jours l'industrie, un rôle important peut être
réservé aux machines à très-hautes pressions. Pour la
navigation surtout, il y a là une source de très-im
portants progrès.
Nous nous sommes habitués à considérer la
vapeur d'eau comme l'unique élément employable
en machines à vapeur, et tout naturellement, l'es
prit se refuse tout d'abord à utiliser des pressions

#i
#.
294 APPLICATIONS DIVERSES.

autres que celles produites normalement par ce


liquide. Mais il n'est pas difficile de faire des ap
pareils résistant à des pressions supérieures. Je dis
plus : avec l'acier qui tend à prendre une large part
dans la consommation, avec le fer fondu, dont je di
rai plus loin quelques mots, il sera plus facile, moins
coûteux, de faire des machines à très-hautes pres
sions, que celles actuellement en usage dans la ma
rine ; ceci au grand profit de la navigation, puisque
le poids de ces engins, tout en conservant une résis
tance suffisante, sera considérablement réduit.

Toutefois une réflexion utile trouve ici sa place.


Beaucoup de gens, et j'en ai rencontré de très-sérieux,
se laissent captiver par le seul appât de très-hautes
pressions; c'est ainsi qu'on voit tous les jours van
ter l'acide carbonique liquéfié et autres corps dont les
vapeurs atteignent en vases clos des tensions fort
élevées, ce qui, à première impression, semble ex
pliquer l'idée de forces considérables.
Cette manière de voir conduit à des résultats erro
nés.
Il y a d'autres éléments qu'il faut faire entrer dans
le choix d'une vapeur motrice.
Ces éléments essentiels sont : -

Le poids de la vapeur sous un volume déterminé,


Le calorique que rend latent sa vaporisation, sous
ce même volume ou poids,
La pression ne vient qu'accessoirement.
C'est parce que la vapeur d'eau se présente sous
ces différents points de vue dans d'excellentes condi
MACHINES A VAPEURS COMBINÉES. 295

tions qu'elle est si difficile à remplacer, et que ne


fut-elle pas répandue si libéralement dans l'univers,
elle serait encore précieuse pour la production de la
force motrice.
L'ammoniaque arrive dans des conditions aussi
favorables. Sa seule infériorité consiste en ce qu'elle
n'est pas un produit naturel, qu'elle a, par consé
quent, une valeur qui lui est propre, qu'il faut dès
lors dans son emploi des soins plus spéciaux.

Voici les points qui forment l'analogie :

Le calorique latent de l'ammoniaque à 4",l est de


514 unités, celui de la vapeur d'eau à la même pres
sion est de 505; ils sont donc sensiblement iden
tiques.
A 0° et sous la pression de l'atmosphère, l'ammo
niaque en vapeur pèse au mètre cube 0,772, l'eau
sous le même état 0,804.

Ainsi donc, au point de vue de ces deux proprié


tés, l'ammoniaque et l'eau arrivent dans des con
ditions presque égales. En ce qui concerne la ten
sion de leur vapeur, une différence surgit. Celle de
l'ammoniaque est plus élevée; sans être exagérée,
elle vient précisément aider à la transformation que
je signale ; et comme cette vapeur n'attaque ni le
fer, ni la fonte, ni l'acier, qu'elle ne nuit pas à la
lubréfaction des organes, elle devient le véritable
succédané, ou, pour mieux dire, — l'auxiliaire puis
sant de la vapeur d'eau. -
296 APPLICATIONS DIVERSES.

BATEAUX A VAPEUR AMMONIAQUE.

Je viens de parler de l'application de l'ammonia


que à la navigation, en indiquant la possibilité de
créer avec ce corps des appareils à vapeurs combi
nées, donnant des résultats meilleurs que ceux ob
tenus jusqu'ici.

Il est possible de faire plus. En appliquant direc


tement la puissance sur la résistance, on peut obte
nir la marche du navire, tout en supprimant et l'hé
lice et les roues à aubes.

Je dois dire qu'il y a plus de dix ans déjà que j'ai


tenté cette application, que la question de marche a
été résolue, et que si les experiences qui avaient
pour objet ce mode de propulsion ont pris fin, c'est
uniquement par suite d'un accident, qui, coulant
l'embarcation, coupa court aux tentatives faites par
moi en ce sens. -

Quoi qu'il en soit, le fait en lui-même est acquis.


Aussi, lorsque dernièrement on annonçait des expé
riences faites en Angleterre pour arriver à supprimer
l'hélice par la réaction de l'eau, je dus faiie observer
que déjà ce but avait été atteint en France, et que
cette application remontait à plusieurs années.

Voici ce que les Mondes du 26 avril dernier di


saient à ce sujet :
BATEAUX A VAPEUR AMMONIAQUE. 297

« On parle beancoup, à Londres, des essais d'un


nouveau bateau à vapeur, le Nautilus, mu, non par
la pression de la vapeur, mais par la réaction de l'eau.
La machine à vapeur de 10 chevaux, en mettant en
mouvement une pompe centrifuge de forme particu
lière, aspire une grande quantité d'eau, qu'elle lance
ensuite par deux orifices percés en dessous, l'un à
droite, l'autre à gauche, et armés de plaques courbes
destinées à donner au jet d'eau la direction la plus
propre à produire l'effet de réaction et de propulsion.
L'essai a été favorable au Nautilus, luttant contre le
Volontaire, un des navires de la Compagnie des ba
teaux de fer de la Tamise, dont la machine est de
24 chevaux ; il l'a distancé sans beaucoup d'efforts.
Ce même mode de propulsion, que M. Coignard avait
eu, de son côté, la pensée d'organiser, a été essayé
en France l'année dernière, sous la direction de
M. du Puy de Lôme, sur une grande chaloupe mu
nie d'une de ces pompes centrifuges dont nous par
lions tout à l'heure; et nous attendions avec quel
que impatience les résultats de ces expériences. »

Les essais dont parlent les Mondes ne sont pas


aussi complets que ceux que je citais plus haut. En
effet, s'il est bien question d'employer la réaction
de l'eau à bord du Nautilus, on conserve la machine
à vapeur, la pompe, tous engins à mouvements ri
gides, emmagasinant des masses d'inertie, qui de
mandent de la puissance, de la place, des soins per
manentS. -

Mon but, je le répète, était autre. Je voulais la


298 APPLICATIONS DIVERSES.

suppression de tous ces appareils. Pour cela, j'avais


mis à profit la propriété que possède l'ammoniaque
de n'être pas une vapeur condensable, sous des
pressions de 2, 3 atmosphères, au simple contact
d'un corps froid.

Voici comment j'opérai :

Des sphères métalliques creuses, d'un diamètre


suffisant, étaient placées dans la cale du navire.
Leurs deux hémisphères, réunis par des boulons,
retenaient dans le joint, formé par eux, le bord d'un .
diaphragme intérieur, flexible, en toile caoutchoutée,
lequel diaphragme pouvait s'appliquerintérieurement
tantôt sur l'hémisphère supérieur, tantôt sur l'hémis
phère inférieur. Celui-ci était mis en rapport par un
système de valves, soit avec l'atmosphère, soit avec
l'eau ; l'hémisphère supérieur était au contraire en
relation avec un générateur produisant de la vapeur
d'ammoniaque. L'émission de cette vapeur était ré--
glée par un tiroir. Quand elle affluait, le fluide, air
ou eau, séparé d'elle par le diaphragme, était re
foulé dans le milieu flottable, le bateau avançait. Cet
effet produit, le tiroir, revenant sur lui-même, met
tait en communication la sphère pleine alors de va
peurs d'ammoniaque, avec une capacité contenant
de l'eau maintenue froide, une absorption énergique
se produisait, le vide par conséquent; immédiate
ment le diaphragme remontait. Derrière lui la sphère
s'emplissait à nouveau d'air ou d'eau, qui à son tour
était refoulé et ainsi de suite.
BATEAUX OMNIBUS. 299

Je ne puis m'étendreici sur toutes les dispositions


qu'il était possible d'établir pour utiliser ce mode de
propulsion, je ne veux qu'en signaler l'application.
Toutefois je dois faire remarquer que grâce à deux
seules propriétés de l'ammoniaque :

La possibilité de la dégager de sa solution sous


une pression supérieure à celle de l'atmosphère ;
Celle, au contraire, de produire immédiatement le
vide dès qu'elle est en contact avec l'eau;

Les mouvements que donne la pompe sont de


suite réalisés, et ce, directement, par le contact im
médiat du fluide générant la puissance, d'où, par
conséquent, suppression du moteur à vapeur, de la
transmission, de la pompe ; triple résultat que seule
l'ammoniaque permet d'atteindre, et qui, dans la
navigation, peut ouvrir une voie nouvelle à l'indus
trie.

BATEAUX OMNIBUS.

· Avant de terminer ce chapitre, je veux dire quel


ques mots d'une innovation projetée et qui vient
démontrer encore les services que peut rendre et
rendra l'emploi de l'ammoniaque. Je veux parler des
bateaux-omnibus, dont maintes fois il a été question,
et qu'une puissante volonté veut, dit-on, réaliser,
définitivement en vue de la prochaine Exposition.

Trois types étaient dernièrement mis en présence


300 APPLICAT| ONS DIVERSES.

par les soins de l'administration. Deux bateaux à


hélice français, l'Abeille et le Papillon, un anglais à
roues, l'Éléonore.
Je n'ai pas à faire ressortir les qualités ou les
défauts de chacun de ces navires, je dois dire seule
ment qu'en ce qui concerne la navigation des fleuves
le moyen que je viens de présenter aurait de très
grands avantages, en ce sens que l'action sur l'eau
étant tout intérieure, le navire glisserait réellement
sur le fleuve, sans produire les mouvements de re
mous que causent les bateaux à aube, sans craindre
l'empêtrement des hélices dans les cordages, que la
navigation fluviale laisse séjourner dans les eaux,
et qui, le soir surtout, se rencontreront trop sou
Vent.

Quel que soit du reste le moyen adopté : dia


phragme, hélice, roue, qu'il me soit permis de faire
ressortir le grand avantage que trouveraient dans
l'ammoniaque liquéfiée des services comme ceux des
omnibus projetés, partant de stations fixes et pou
vant, par conséquent, emporter chaque voyage une
provision d'ammoniaque liquéfiée, puis échanger à
l'arrivée la solution formée en cours de route, contre
une nouvelle provision.

Ces avantages sont :

l° Absence complète de foyers à bord, par consé


quent pas de danger d'incendie ;

2° Pas d'odeur, de fumée, de vapeur;


BATEAUX OMNIBUS, 301

3° Pas de dégagements de chaleur si désagréables


l'été;
4° Chances d'explosion, dont ne sont pas à l'abri
les meilleures chaudières, absolument annihilées ;

5° Centre de gravité abaissé autant que possible,


les récipients pouvant occuper la partie tout à fait
inférieure du bateau ; -

6° Absence de cheminées, par conséquent suppres


sion des manœuvres que nécessite le passage de
chaque pont; -

7° Arrêts répétés à volonté, aussi longs qu'on le


voudra, et ce, sans préoccl pation du feu des chau
dières, de la pression, etc., etc.
Aucun de ces résultats ne peut être donné par un
autre corps que l'ammoniaque; de ce côté donc, son
emploi peut rendre d'éminents services, et là encore
| on ne peut le méconnaître, la force emmagasinée
par elle trouvera utilement à déployer sa puissance.
En se reportant à la description du moteur ammo
niaque que j'ai faite en commençant ce volume, il
est facile de vérifier que tous les avantages que je
viens d'énoncer peuvent être facilement obtenus et
dans des conditions de travail, de surveillance, plus
faciles qu'avec n'importe quel autre système mo
teur.
-- ----------
#

CHAPITRE VI.

APPL}CATI0N A L'AÉROSTATION.

EXPOSÉ.

Étudier les applications auxquelles l'ammoniaque


doit se prêter, sans parler de l'aérostation, c'est lais
ser en arrière une lacune regrettable, et cependant,
dans une publication sérieuse, donner place à ce
sujet, n'est-ce pas à l'avance assumer bien des pré
ventions? -

Je n'hésite cependant pas. Il y a là une question


d'un trop haut intérêt pour ne pas l'aborder.

Je sais quelles déceptions ont été souvent le ré


sultat d'entreprises pompeusement annoncées. Mais
dans un sujet de cette importance, ce n'est pas sur
le résultat de tentatives avortées que l'opinion doit
se baser. Il faut savoir s'élever au-dessus des diffi
cultés matérielles ou individuelles que soulève cha
que œuvre nouvelle; il faut, laissant de côté les
questions de détail, examiner d'abord s'il est pos
EXPOSÉ. 303

sible en principe d'arriver, oui ou non, à la solution


du problème.
Ceci fait, l'examen des applications vient en ordre
utile, et il est alors possible d'étudier la part de dif
ficultés qu'apporte chacune d'elle.

Je vais ainsi procéder. Si parfois je m'écarte un


peu du but que je me suis tracé,— l'étude de l'am
moniaque, — qu'on veuille bien ne pas trop m'en
tenir rigueur. D'une part, l'attrait du sujet permet
l'entraînement, d'une autre je tiens à bien faire con
naître les difficultés qui se rattachent à cette ques
tion, afin de mieux faire apprécier l'importance du
rôle que doit jouer l'ammoniaque dans la solution
du problème et l'intérêt qui se rattache, sous ce point
de vue, à son application.
Pour atteindre ce but, il me faut donc presque
faire un cours d'aérostation; j'entre immédiatement
en matière.

Avant tout, fidèle au programme que je viens de


· tracer, je pose le principe :

La direction aérienne est-elle en désaccord avec


les lois physiques admises par la science ?

NOn !

Rien, absolument rien, ne s'oppose à ce que ce


résultat soit rationnellement cherché. La solution du
problème est donc possible.
304 APPLICATION A L'AÉROSTATION.
Mais si, au point de vue du principe, rien ne s'op
pose à la direction des aérostats, en est-il de même
des difficultés matérielles qui sont à vaincre ?

Ici la question change singulièrement de face !

Il est évident que nous sommes au début d'une


science nouvelle, et que presque tout, si ce n'est tout,
est encore à créer. Nous ne sommes pas plus avan
cés que l'homme qui, le premier monté sur un tronc
d'arbre, s'abandonna au gré des eaux, sans avirons,
sans voiles, sans gouvernail. Cependant, c'était
l'image de la navigation, et depuis elle a grandi,
grandi.... jusqu'à réunir les mondes.
· La navigation aérienne, elle aussi, prendra sa
place. -

Comme toutes choses, dès qu'elle n'est pas absurde


en principe, elle est possible, et s'il n'y a plus de
mondes à réunir sur le globe, elle n'en sera pas
moins féconde en résultats considérables.

Pour bien apprécier les difficultés d'application


que comporte l'aérostatique, je vais la considérer
sous deux points de vue différents :

L'étude des aérostats ordinaires,


Celle de leur direction.

Je vais examiner le premier point.


DES AÉROSTATS. 305

3 Ier.

DES AÉROSTATS.

Quels sont les inconvéhients communément re


prochés aux aérostats?

Ces inconvénients sont :

l° La perméabilité du tissu, par suite la déperdi


tion du gaz;

2° L'inflammabilité de ce dernier ;

3° Sa dilatation ;

4° Son emmagasinement à l'arrivée ;

5° L'insuffisance du lest ;

6° L'action des courants atmosphériques.

Toutes ces objections ont certes leur caractère de


gravité. Elles ont découragé bien des esprits. Quel
ques-uns, pour y remédier, ont proposé :
La suppression des ballons.
Certes, le remède eût été radical. Toutefois, si on
procédait toujours ainsi en industrie, le progrès s'ar
20
306 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

rêterait vite. En ce qui concerne la vapeur, par


exemple, si à cause des inconvénients que son em
ploi présentait au début, on avait reculé; nous n'au
rions aujourd'hui ni ces rapides locomotives qui dé
vorent l'espace, ni ces puissants steamers qui tra
versent les mers, ni ces moteurs énergiques, qui, en
transformant l'industrie, ont constitué la civilisation
moderne.
Je laisse donc de côté les moyens qu'on propose de
substituer aux ballons, j'aime mieux prouver, que
les objections qui s'élèvent contre eux n'ont pas la
gravité qu'on y attache, et que les plus sérieuses
tomberont d'elles-mêmes, dès que par des expé
riences, coûteuses c'est vrai, peu industrielles c'est
encore vrai, mais positives, on aura démontré la
possibilité de naviguer dans les airs.

Je dispeuindustrielles avec intention, On se figure


trop facilement que le premier aérostat dirigeable
devra satisfaire à toutes les exigences d'un service
de locomotion ordinaire. On oublie que, dans toute
chose neuve, il y a deux périodes bien tranchées :

La période d'incubation dans laquelle les expé


riences n'ont qu'un but : prouver la possibilité d'un
résultat;
La période d'exploitation, qui seule donne un rang
dans l'industrie à la chose trouvée et suit nécessai
rement la précédente.

Dans cette dernière phase, le succès marche vite,


DES AÉROSTATS. 307

car alors ce n'est pas un travail isolé qui se pro


duit; la voie est ouverte,.les intelligences se grou
pent, les efforts se multiplient, s'attachent aux dif
ficultés de détail, les étreignent, les levènt; c'est
alors que l'application industrielle naît, grandit,
prend place dans nos habitudes.
Que la direction aérienne se produise, dix ans
après la navigation aérienne existera. On n'y verra
plus alors qu'un fait très-ordinaire.
C'est donc à la démonstration pratique du principe
qu'il faut s'attacher. En attendant, étudions les faits
que nous venons d'énumérer et qui jusqu'ici sem
blent être un obstacle à l'existence de ce principe,
peut-être le résultat désiré sera-t-il au bout de cet
6X8lII16Il.

La difficulté la plus grave se présente la première,


c'est la perméabilité du tissu.

Tous les ballons perdent continuellement du gaz


à travers les pores de leur enveloppe, et quand ils
ont fourni une course de dix heures, douze heures,
vingt heures peut-être, forcément ils tombent. Le
plus grand ballon qu'on ait fait, le Géant lui-même,
n'a pu se soustraire à cette inflexible nécessité.
Malgré cet inconvénient, il y a un fait important
cependant qui surgit de cette situation, c'est que le
ballon, quelque limitée que soit sa course, n'en
franchit pas moins et toujours l'espace; ce que, par
parenthèse, n'ont pu encore faire les engins qui pré
tendent le remplacer. /
308 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Si donc, il y avait un moyen de remplacer le gaz


au fur et à mesure de son échappement, il est évi
dent que la continuité du voyage serait assurée et
que, tandis que tout à l'heure nous étions en pré
sence d'une impossibilité matériellle, nous ne serions
plus que devant une question d'argent, le coût du
gaz renouvelé, ce qui change singulièrement de face
la difficulté.
En effet, l'argent s'économise quand il s'agit de
prix de revient, d'application industrielle; devant la
solution d'un problème, il n'est plus rien !
L'économie d'ailleurs, je l'ai déjà dit, aura son
temps; quand une solution sera trouvée, on cherche
ra des étoffes mieux faites, on produira le gaz à bon
marché, en un mot, la conquête industrielle se fera
peu à peu, l'argent ne sera plus prodigué.

Mais pour l'instant que faut-il?

Un moyen simple, peu compliqué, de remplacer


le gaz au fur et à mesure de son échappement.

J'indiquerai plus loin ce moyen.

Que je constate d'abord qu'avec son adoption


l'aérostation aura fait un pas immense, puisque la
durée des voyages n'aura plus d'autres limites que
la volonté de l'aéronaute.
Déjà, grâce à lui, apparaît comme possible la fa
culté de profiter des courants aériens, et cette fa
culté devient plus probante encore, si les causes
DES AÉROSTATS. 309

d'insuccès que j'ai énumérées disparaissent en


même temps.

L'inflammabilité du gaz, je vais démontrer qu'elle


peut ne plus exister.

Sa dilatation dans les régions élevées ou dans les


zones plus chaudes, je vais prouver qu'il est pos
sible d'en prévenir les inconvénients sans perte de
9a2.

La perte du gaz à l'arrivée, je vais expliquer com


ment elle peut être annulée.

Le lest, je vais montrer qu'il est inutile.

La puissance des courants atmosphériques sur les


parois de l'aérostat, je dis dès à présent qu'elle n'est
plus à redouter :

1° Parce qu'en temps de marche, l'aérostat suit


l'impulsion du vent, est entraîné par lui et ne sup
porte pas de pression non équilibrée ;
2° Parce que l'aérostat, placé dans les conditions
que je vais indiquer, pouvant occuper et se mainte
nir à volonté dans telles zones aériennes choisies,
permet à l'aéronaute, dans le cas où le vent serait
trop violent à terre, de chercher le milieu convenable
et d'attendre pour descendre le moment favorable ;
3° Parce qu'à terre le ballon pourra être dégonflé,
son gaz emmagasiné sans compression dans uue
310 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

capacité très-restreinte, et que, par conséquent, la


masse n'existant plus, l'appareil n'aura plus à subir
aucune influence atmosphérique.

Les résultats que je viens d'énoncer peuvent


paraître chimériques, impossibles, je vais prouver
que leur réalisation repose sur un seul fait :

La substitution du GAz AMMONIAC au lieu et place


de la plus grande partie de l'hydrogène employé.

J'aborde immédiatement la démonstration de cette


affirmation.

Nous avons vu que le gaz ammoniac était plus


léger que l'air. Voici, du reste, les chiffres :

1 litre d'air pèse................... 1 299


1 litre d'ammoniaque........... .. .. 0,776
Différence. ........ .. 0,523

Soit pour l'ammoniaque gazeuse un pouvoir as


censionnel par mètre cube de 523 grammes.
L'hydrogène est plus léger, puisque le mètre cube
ne pèse que 89 grammes; mais ce gaz pur n'est pas
ordinairement employé, il est d'une préparation,
si ce n'est difficile, au moins peu praticable en
grand, et c'est le gaz d'éclairage qui le remplace
depuis longtemps dans les aérostats. Or, la densité
de ce dernier se rapproche sensiblement de celle de
l'ammoniaque, soit en moyenne 0 gr. 495 par litre,
DES AÉROSTATS. | 31 l

au lieu de 0,776. Encore cette différence s'efface-t-


elle sensiblement, par la possibilité d'employer la
chaleur, ce que nous verrons plus tard.
Mais ce n'est pas seulement de la faible densité
du gaz ammoniacal qu'il s'agit, il faut se rappeler
quelques-unes de ses autres propriétés qui semblent
être réunies pour faire de ce gaz, l'élément aérosta
tique par excellence.

En effet :

Il est ininflammable.

Il est facilement liquéfiable.

Il se dissout instantanément dans l'eau.

Il s'ensépare facilement sous l'influence d'une cha


leur modérée.

Bref, si on ajoute à cet ensemble sa légèreté spé


cifique que je viens de rappeler, on voit qu'il est
impossible de trouver assemblage plus complet de
propriétés aérostatiques.
Eh bien ! c'est de cet ensemble que je vais tirer
parti pour répondre à toutes les objections qui, depuis
plus d'un demi siècle (1783), s'accumulent contre les
ballons, et que j'ai plus haut énoncées.
Afin que ce que j'avance apparaisse nettement, je
vais reprendre une à une ces objections.
3l2 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

PERTE DU GAZ A TRAvERs L'ENVELOPPE.

J'ai démontré :

Que cette circonstance était la plus importante


parmi celles qui limitent la durée des ascensions;
Qu'en admettant la possibilité de produire cons
tamment du gaz neuf, le problème se transformait
en question d'argent, ce qui n'était plus alors qu'une
considération secondaire ;
Qu'en conséquence, la solution de ce problème re
posait en très-grande partie sur la facilité de produire
en cours de voyage du gaz en quantité égale à celui
qui se perd.

C'est le moyen de produire ce gaz que je vais étu


dier, et je vais prouver que l'ammoniaque, de deux
façons différentes, peut donner le résultat cherché.

Nous reportant aux propriétés de ce corps énon


cées dans le paragraphe précédent et décrites dans
le premier chapitre de cet ouvrage, il est facile de se
rendre compte de la possibilité d'emporter avec soi
ce gaz liquéfié.

Pour mieux fixer la pensée, je veux rappeller ici


la Sgradation (I
que suit sa lpression dans les limites qui
peuvent être employées :
DES AÉROSTATS. 313

at.

0. ... ... , .. 4,4


+ 5...... .... 5,1
10. ........ 6,4
15......... 7,2
20. ........ 8,5
25.... .. ... 10,»
30. ... ... .. 11,6
35. ..... ... 13,4
40. ..... .. , 15,5

A ces tensions, qui n'ont rien d'excessif, le gaz peut


être facilement emmagasiné; il est donc possible
d'enlever un réservoir contenant sous forme liquide
une provision de gaz dépensable à chaque instant
et en raison de la perte que cause l'enveloppe.
Pour plus de clarté, prenons des chiffres. Soit
un réservoir de 1000 litres, contenant par consé
quent. ... ... .. o • e • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • 760k
d'ammoniaque liquéfiée.
Ce réservoir, enle supposantentôle d'acier,
pèsera environ. ... . e .. .. .
é • • • • • • • • • • • • • • 350

C'est donc un poids total de. .. ... ... .. . 1110k


Et comme un mètre cube de gaz ammoniac à 0,
pèse 762 grammes, il résulte de cette situation, que
sous ce poids de l 110 kilos, nous aurons une provi
sion d'environ 1000 mètres cubes de gaz, utilisable
à volonté par le seul jeu d'un robinet.
Mais ce n'est pas tout. Que représentent dans la
nacelle ces 760 kilos de gaz?

Du lest, puisque c'est un poids mort.


314 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Dès lors, qu'on lâche un mètre cube de gaz dans


l'aérostat, non seulement on produit un effort as
censionnel égal à la différence de densité du gaz et
de l'air, soit de. .................... , . . . 0k 523
mais encore on déleste la nacelle de.. .. . ,. 0 762
Ensemble ... .. .. .. lk 285
En sorte que réellement on a donné à l'aérostat,
avec un mètre cube de gaz ammoniac, une force vive
de 1285 grammes, soit une puissance plus grande,
que si l'on avait pu introduire de l'hydrogène pur,
puisque ce dernier n'aurait produit qu'une force as
censionnelle de l*l10.

Ainsi donc désormais, pour suppléer aux pertes de


l'enveloppe, au lieu de jeter du lest irrémédiable
ment perdu, on enverra le lest dans le ballon.

Je sais que deux objections peuvent se produire.

On dira qu'il faut à l'ammoniaque une quantité de


calorique latent assez considérable pour que sa va
porisation puisse se faire. Mais que nul ne s'effraie à
ce sujet, si je ne puis dans cette étude descendre
dans tous les détails d'application, je puis au moins
dire :
Que ce calorique latent, n'exigeant pas de tempé
rature élevée, peut être facilement produit dans les
conditions que présente un aérostat.
Je dis plus; dans l'aérostation les moyens d'action
sont limités, tous ceux dont on peut disposer doi
vent donc être soigneusement utilisés. La source de
DES AÉROSTATS. 315

froid pourra dès lors être aussi précieuse qu'une


source de chaleur. Il ne faudra pas beaucoup de re
cherches pour savoir profiter de l'une comme de
l'autre en vue du résultat cherché.
La deuxième objection a pour objet le coût de
l'ammoniaque.
Sans affaiblir ce que j'ai dit sur la nécessité de ne
pas compter tout d'abord en aérostation, j'examine
rai plus loin cette question de dépense.
Mais ce n'est pas seulement à l'état liquide que
l'ammoniaque peut être emportée comme gaz com- .
pensateur. L'eau en dissout de très-grandes quanti
tés. Nous avons vu qu'à :
5o elle en dissolvait environ 900 fois son volume.
10 id. 800 id.
15 id. 700 id.
20 id, 600 id.
25 id. 590 id., etc.

Au lieu de gaz liquéfié, on peut donc emporter


une solution concentrée de ce gaz, et alors il n'y a
plus besoin de vases à parois résistantes : un récipient
en tôle mince suffit, et avec un appareil dégageant
à volonté du calorique, l'aéronaute aura encore en
mains les moyens de suppléer aux imperfections des
enveloppes.
Dans les conditions où se trouve actuellement
l'aérostatique, cette idée de combustion à bord de
la nacelle fait presque frémir. L'esprit s'accoutume
difficilement aux effrayants dangers que comporte
l'emploi du feu dans de semblables appareils.
316 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

En effet, précisément à cause de sa perméabilité,


l'arérostat est entouré d'une enveloppe d'hydrogène
mêlé d'air, c'est-à-dire dans les meilleures conditions
possibles pour détonner ou s'enflammer. Et alors que
faudrait-il pour amener une catastrophe dont fâcheu
sement on a de siterribles exemples ?
Une simple étincelle échappée au foyer !
Aussi la première précaution est-elle de proscrire
d'une manière aussi absolue que possible, l'usage du
feu, ce qui ne concorde guère avec ce que je pro
pOse.

Mais dans les conditions où je place la question


tout danger disparaît.

L'ammoniaque estininflammable;

L'enveloppe l'est très-peu;

Par conséquent plus de périls.

Ce n'est toutefois pas un foyer ordinaire qu'il faut


installer à bord d'un aérostat, surtout à bord de ceux
qui fraieront la voie à l'application industrielle; ce
qu'il faut, c'est un appareil simple, peu volumineux,
produisant instantanément, à volonté, le calorique
utile en proportion aussi large que le comporteront
les besoins, comme aussi, cessant instantanément
de produire, quand ces besoins disparaîtront.
J'indiquerai autre part le moyen de construire cet
appareil.
DES AÉROSTATS. 317

INFLAMMABILITÉ.

Après ce que je viens de dire, cette question peut


à priori paraître résolue.
Cependant, je veux prouver que, sous ce rapport,
les services que l'ammoniaque rendra à l'aérosta
tion sont encore plus grands, qu'on le ne supposerait
en principe.
En effet, ce n'est pas seulement le feu des hom
mes qui est à redouter en aérostation, mais c'est
aussile feu du ciel. Souvent l'aérostat est placé dans
la région des nuages, et par conséquent exposé aux
influences électriques quise produisent dans ces pa
rages.
Une détonation peut enflammer l'hydrogène.
Tout le monde connaît l'action de l'étincelle élec
trique sur le mélange de ce gaz avec l'oxygène ou
l'air. L'ammoniaque n'a rien à redouter de sem
blable, puisque, loin de l'enflammer, l'étincelle élec
trique ne peut que la décomposer. Encore cette dé
composition demande-t-elle pour se produire des
dispositions spéciales de laboratoire, qui ne se trou
vent pas dans les conditions naturelles où nous nous
trouvons. Partant de là, rien, absolument rien à re
douter pour l'ammoniaque, et comme l'enveloppe est
un excellent isolant, rien à redouter pour l'aérostat.

Mais là, ne se borne pas l'avantage que donne


1'ininflammabilité de l'ammoniaque.
318 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Si nous supposons des voyages d'une certaine du


rée, il faut vivre et vivre en se contentant d'aliments
froids, est une assez dure nécessité. Or, pour avoir
des aliments chauds, il faut du feu; grâce à l'ammo
niaque, nous savons qu'on en peut faire.

Ce n'est pas tout encore.

Qui n'a senti avec bonheur les douces émanations


d'un foyer, lorsque par un temps froid et humide on
est resté pendant quelques heures dans une inaction
forcée ?
L'ammoniaque permettra encore ce bien-être, en
donnant aux voyageurs futurs la possibilité de se
chauffer, et de narguer dans une chaude nacelle,
l'atmosphère froide et humide des nuages.

Ainsi donc, l'ammoniaque apportera, non pas uni


quement la facilité de prolonger les voyages, mais la
sécurité, mais les exigences de la vie, enfin le bien
être indispensable, partout où l'homme est forcé de
séjourner.

DILATATION DU GAZ.

Après tout ce que je viens de dire, voilà une ob


jection qui va être bien facilement levée.
Toutefois, pour l'apprécier sainement, il convient
de la décomposer en deux parties :
DES AÉROSTATS. 319

Dilatation par suite de l'élévation de l'aérostat;

Dilatation par suite de l'élévation de température.

Le premier cas peut et doit être prévenu, en cal


culant la capacité du ballon suffisamment grande
pour que ses flancs puissent conserver la même
quantité de gaz, quels que soient l'altitude à laquelle
on s'élève et le volume qui en résulterait.
Cette précaution est de première nécessité.En effet,
si le gaz se dilate, c'est que la pression atmosphé
rique diminue ; par conséquent, l'air aussiest dilaté,
et comme cette dilatation agit sur les deux gaz en
même proportion, leur rapport de densité tend à
changer, c'est-à-dire que la force ascensionnelle de
vient moins grande. Par conséquent, ce n'est pas le
moment de retirer du gaz ; il importe au contraire
de le conserver, et en vue de cela, il faut faire une
enveloppe assez grande pour suffire à tous les effets
de dilatation ; effets faciles à calculer et à prévoir, si
l'on songe qu'à l'avance, grâce à l'ammoniaque, on
peut maintenant prescrire la hauteur que le ballon
ne devra pas dépasser.

Mais la question est toute autre lorsqu'il s'agit des


influences calorifiques qu'amènent :

La position du soleil,

Les changements atmosphériques,


320 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

La température de l'air à diverses hauteurs.

Ici, avec les moyens ordinaires, il faut forcément


contre-balancer ces effets, soit en perdant du gaz,
soit en jetant du lest, suivant que la chaleur aug
mente ou diminue, et cette manœuvre conduit iné
vitablement à un rapide atterrissement.
· Avec l'ammoniaque, ce n'est plus qu'un robinet à
tourner, qu'on pourrait au besoin régler automati
quement, en sorte que l'aérostat reste forcément
dans la zone reconnue convenable par l'aérostier.
Et en effet, nous savons ce gaz très-avide d'eau,
mais avide de telle façon que le moindre contact dé
termine la combinaison.
Dès lors, si nous faisons communiquer le gaz de
l'aérostat avec un réservoir d'eau placé sur la na
celle, ce gaz, appelé par cette eau, s'y dissoudra, et
cet effet se continuera jusqu'à ce que le volume du
gaz soit revenu au point jugé convenable et qu'on
arrête alors la communication.
Si, au contraire, la température vient à baisser et
qu'il y ait contraction, il suffit de produire, dans
l'eau qui a reçu le gaz, un dégagement de chaleur,
et aussitôt celui-ci, quittant son dissolvant, revien
dra gonfler le ballon et rétablir l'équilibre primitif.

Ainsi, sans qu'on ait perdu un atome de gaz, voilà


encore que par l'aide de l'ammoniaque, nous arrivons
à annihiler les effets de la température; que ces effets
se produisent par excès de chaleur ou par excès de
froid.
DES AÉROSTATS. 321

INSUFFISANCE DU LEST.

Avec l'aérostat ordinaire on embarque dans la na


celle une certaine quantité de sable. Le jet de ce
sable, combiné avec l'écoulement du gaz par lasou
pape, constitue la seule manœuvre qui permette à
l'aérostat de monter ou de descendre.
Je n'ai pas besoin de dire que plus souvent on la
renouvelle, plus on abrége le voyage, puisque for
cément il se termine quand il n'y a plus de lest, et
qu'alors le moyen de combattre la déperdition du
gaz n'existant plus, l'aérostat arrive peu à peu à
terre.

Si le lest était encore uniquement employé à com


battre cette déperdition, la provision qu'on en pour
rait faire conduirait assez loin; mais ce qui l'épuise
rapidement, c'est la nécessité d'alléger la nacelle
pour suppléer aux masses de gaz perdues, soit,
nous venons de le voir, en combattant la dilatation,
soit dans les manœuvres d'ascension.

L'emploi de la solution ammoniacale vient préci


sément fournir le moyen de supprimer le lest. En
effet, qu'on veuille monter, on chauffe cette solu
tion : dégagement de gaz, par conséquent force as
censionnelle du ballon augmentée et augmentée
doublement, puisque, je l'ai démontré, la nacelle
s'est allégée de tout le poids du gaz dégagé. Veut
21
322 APPLICATION A L'AÉROSTATION.
on descendre? On ouvre un robinet faisant cOmmu
niquer le ballon avec une cuve à eau froide, et im
médiatement le gaz du ballon se dissout, produisant
encore ce double résultat :

Allourdissement de la nacelle,

Diminution dans la force ascensionnelle de l'aé


TOStat ;

Par conséquent , accession des zônes infé


rieures.

Et ici il ne faut pas confondre l'effet obtenu avec


celui que donnerait la compression du gaz proposé
dans maintes occasions. L'emploi des pompes de
mande une force mécanique vive qu'il faut épargner
en a^rostation; leur action amène, par la compres
sion du gaz un dégagement de calorique qui devient
un obstacle à leur bon fonctionnement; enfin, sous
peine d'employer une force considérable, il faut du
temps, et le temps dans les manœuvres, en aérosta
tion comme dans la navigation, c'est trop souvent la
mOrt !
Ce fait est rigoureusement exact. N'est-il pas
avéré que le peu de sinistres de la marine impériale,
comparé à ceux de la marine marchande, tient,
d'abord, je le sais, à la capacité des officiers, mais
aussi à la promptitude des manœuvres qu'exécute
un équipage nombreux et exercé !
Avec l'ammoniaque et l'eau, l'action est instanta
DES AÉROSTATS. 323

née. Ce n'est pas de l'activer qu'il faudra s'occuper,


mais de la maîtriser, ce qui est facile.
Qui ne sait, en effet, que l'ammoniaque est telle
ment avide d'eau, qu'en présence de ce liquide elle
produit un vide prononcé ?
Qui ne sait encore avec quelle vitesse un gaz sou
mis à la pression atmosphérique se précipite dans le
vide ?

De l'emploi de l'ammoniaque résulte donc deux


qualités précieuses : énergie et promptitude.
Leur utilisation donne la solution de cette partie
de la question, j'en appelle à ceux qui ont eu occa
sion de mettre en contact les deux éléments et d'ap
précier la vigueur de leur combinaison.

Les résultats que j'indique sont d'autant plus


rigoureux qu'il ne s'agit pas en aérostation d'exer
cer dans le poids de l'appareil une notable modifica
tion. Le moindre changement de densité produit
immédiatement un changement correspondant dans
l'altitude de l'appareil.

D'après M. Godard, auquel on ne saurait refuser


une longue expérience de l'aérostation, un déleste
ment de 30 à 40 kilos aurait suffi pour entraîner le
Géant, des régions basses où il planait lors de son
départ, aux plus grandes hauteurs.
Or, pour produire ce changement dans la position
occupée par ce monstre d'aujourd'hui, ce nain de
l'avenir, qu'aurait-il fallu faire avec l'ammonia
324 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

que ? Envoyer 30 mètres cubes de gaz dans l'aé


rOstat !

Ils auraient produit une puissance ascensionnelle


de 30 >< 0*523, soit.. ................... 15k69
Un délestement de la nacelle égal au
poids de 30 mètres cubes d'ammoniaque,
soit 30 X 0,776. ... ... ............. ... . 23 28
Soit.......... 38k97
Et toute cette ammoniaque étant contenue dans
une masse d'eau de 60 kilos, c'était environ
20950 calories à fournir, soit environ 33 kilos de
vapeur, ce qui se serait traduit par une combustion
de 5 kilos 1/2 de charbon.
Ainsi donc, en admettant qu'on se soit servi de ce
combustible, 5 kilos 1/2 auraient produit un effet
égal à 39 kilos de lest, sans aucune espèce de force
mécanique ou humaine dépensée !
Et, de plus, les 30 mètres cubes de gaz qu'il aurait
fallu lâcher ultérieurement, si le lest avait été perdu,
devenaient faciles à conserver. Ne savons-nous pas
que pour descendre, il aurait fallu simplement les
ramener dans l'eau et reformer la solution primi
tive! Ne savons-nous pas encore que, pour ce faire,
il n'y avait qu'à ouvrir un robinet?
En résumé, en opérant ainsi, il n'y aurait eu de
perdu que les 5"50 de charbon brûlé, qui, ajoutés
aux 38º97 plus haut trouvés, auraient produit un
effet utile égal au jet de 44,47 kilos de lest, résultat
considérable, puisqu'il est dans le rapport de l à 8.
Revenant à la question générale, je sais qu'une
conséquence secondaire se présente : le refroidis
DES AÉROSTATS. 325

sement de l'eau après qu'elle a été échauffée,


condition sine qua non de toute absorption de
gaZ. -

Ici, je prie mes lecteurs d'apprécier encore une


fois, que je ne puis descendre dans tous les détails
d'application; qu'il me suffise de dire que ce refroi
dissement peut être facilement obtenu; bien des cir
constances peuvent être utilisées, entre autres, n'en
ai-je pas signalé une qui paraissait d'abord embar
rassante : le froid produit par la gazéification de
l'ammoniaque liquéfiée ?

Mais l'absorption de l'ammoniaque par l'eau est


elle le seul moyen dont on puisse faire usage pour
monter ou descendre ?

Non, certes !

Puisque nous ne craignons plus l'incendie, nous


pouvons largement utiliser le calorique, et par con
séquent produire artificiellement à l'intérieur du bal
lon, ce qu'un rayon de soleil fait en dilatant le
9aZ.
Dans ce but, deux moyens peuvent être employés.
Le premier, c'est de chauffer directement l'ammo
niaque en la faisant passer dans un système de
tuyaux soumis à une température facile à déter
miner. On enverra ainsi dans l'enveloppe du gaz
à 100°, je suppose, qui, se mêlant à la masse gazeuse
froide dans laquelle il ira s'épancher, produira très
rapidement l'effet désiré.
326 AppLICATION A L'AÉROSTATION.

Avec quoi étaient chargées les premières mont- .


golfières ?
Avec de l'air dilaté.
Mais tandis que celles-ci présentaient une certaine
somme de dangers, ici, il n'y a plus qu'un moyen
d'action, modérable à volonté et absolument sans
périls.

On objectera l'immense surface que présente au


refroidissement la périphérie de l'enveloppe ?
Mais d'une part les gaz ont une capacité si faible
pour la chaleur, de l'autre ils sont si mauvais con
ducteurs du calorique, que le refroidissement ne se
traduira que par une minime dépense.
Cette propriété des gaz d'être mauvais conduc
teur peut être encore augmentée en plaçant deux
ballons l'un dans l'autre. Les effluves calorifiques se
dégageant dans le seul ballon intérieur, seraient
conservées par l'atmosphère gazeuse que formerait
autour de ce ballon le gaz contenu entre les deux
enveloppes.

Cette dernière disposition permettrait même d'em


ployer directement la vapeur d'eau, presque aussi
légère que l'ammoniaque. Leurs effets, pourvu qu'il
n'y ait pas mélange, pourront donc être combinés.
D'une part l'enveloppe gazeuse ralentirait de beau
coup la condensation, d'une autre le produit de cette
condensation s'écoulant par la pointe inférieure de
ce ballon, reviendrait constamment alimenter le gé
nérateur, en sorte que le rapport entre la densité
DES AÉROSTATS. 327

moyenne de l'appareil ne serait pas altéré par cette


condensation.

EMMAGASINEMENT DU GAz A L'ARRIVÉE.

· Dans les conditions ordinaires, aussitôt le voyage


accompli, on lâche l'hydrogène que contient l'aéros
tat, et celui-ci, replié sur lui-même, est ramené au
point de départ.
On conçoit facilement que ce moyen est plus que
primitif et la perte sérieuse que cause le volume de
gaz ainsi abandonné.
Cette perte est d'autant plus à envisager, que si
au lieu de considérer des géants de 6000 mètres
cubes (l), on en conçoit de 500000, de l million de
mètres cubes, seules dimensions qui permettront à
l'aérostation de rendre des services sérieux, on juge
facilement à quelles dépenses inutilesune semblable
manière de voir conduirait, s'il n'y avait pas moyen
de réserver le gaz.

Or, il ne faut pas se dissimuler les embarras

(1) En parlant du Géant, je n'entends pas du tout déprécier


les expériences qu'il a permis de faire. Je le prends pour point
de comparaison tout simplement, parce que c'est le plus grand
aérostat qui ait été construit. Je rends d'ailleurs hommage à
l'énergie, au courage et à la volonté de bien faire de ceux qui
l'ont monté.
328 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

que présenterait l'emmagasinement de semblables


II18SSGS.

Les gazomètres de Paris, qui déjà possèdent une


rotondité respectable, contiennent au plus 25000 mè
tres cubes, et sans compter la difficulté qu'il y au
rait à faire rentrer le gaz sous ces gazomètres, on
voit la quantité d'appareils de ce genre qu'exigerait
un aérostat qui transporterait 1000 tonnes.
Avec l'ammoniaque cet emmagasinement devient
facile, même à la pression ordinaire. L'eau à cette
pression en absorbe, nous l'avons vu, environ
500 volumes, par conséquent tout le gaz que contient
le Géant serait logé dans 12 mètres cubes d'eau,
qui, augmentés du volume de l'ammoniaque dis
soute, donnerait un total d'environ 18 mètres cubes.
Ainsi donc, au lieu d'avoir à emmagasiner 6000 mè
tres cubes, nous n'en aurions plus que 18.

Mais pOur retirer ce gaz de l'eau, la dépense ne


serait-elle pas considérable ?

Non! Elle se réduit à une simple combustion dont


voici les éléments :

Nous avons à agir sur 17000 kilos de mélange à


100°, soit en calories. ... .. .. . l700000 calories.
Nous avons à vaporiser 4656k
d'ammoniaque à 514 calories.. 2393184 —
Ensemble. ... . 4093184 calories.
DES AÉROSTATS. - 329

Soit une quantité de chaleur égale à environ


6300 kilos de vapeur, et comme 1 kilo. de charbon
peut produire 9 kilos de vapeur, c'est en résumé
1000 kilos de charbon à brûler qui peuvent être es
timés à 30 fr.

Ainsi, tandis que les 6000 mètres cubes auraient


coûté 1020 fr. ou 1800 fr., suivant qu'on lés estime à
l'un ou l'autre des prix de la compagnie Parisienne,
avec l'ammoniaque la dépense serait réduite à
30 fr.

Donc sous ce double point de vue : coût et emma


gasinement, la même quantité de gaz est représen
tée par les chiffres suivants :

Hydrogène. Ammoniaque.
Coût. ............ 1020 ou 1800 fr. 30 fr.
Emmagasinement.. 6000 m. c. 18 m. C.

Mais, objectera-t-on, on ne trouvera pas partout


des appareils propres à recevoir le gaz ammoniac, à
le dégager ensuite ?
C'est vrai, tant que l'aérostation consistera à
s'élever au hasard et à descendre de même. Mais
vienne la conquête de l'air, on créera des gares pour
les aérostats, comme on en a créé pour les che
mins de fer, comme il existe des ports pour les na
vires.
Est-ce que forcément il ne faut pas des points
fixes où voyageurs et marchandises puissent sûre
330 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

ment venir trouver le véhicule qui les doit trans


porter ?
Eh bien! là seront les moyens utiles pour assurer
aussi bien la descente des voyageurs que la conser
vation des appareils.

Ce dernier point se trouvera encore facilement


résolu grâce à l'ammoniaque.

En effet, tandis qu'un aérostat plein de gaz retenu


captif souffrirait énormément de l'action des vents,
avec l'ammoniaque l'appareil restera dégonflé tant
que dureront le chargement et le déchargement. Ceci
fait, un système de vaporisation bien combiné, et la
science est assez avancée pour qu'il soit facile de le
produire, permettra en quelques heures de restituer
à l'appareil tout le gaz utile pour que de nouveau
l'aérostat soit prêt à planer dans les airs. -

Avant de passer à l'examen d'une autre question,


je dois répondre à trois objections qui ont pu se pro
duire dans l'esprit du lecteur :

La première a trait au poids relativement élevé


de l'ammoniaque comparé à celui de l'hydrogène ;
La seconde concerne son prix ;
La troisième son action sur les enveloppes.

La première objection, dont j'ai déjà dit quelques


mots, sera traitée spécialement quand j'étudierai
la direction aérienne.
DES AÉROSTATS. 331

Quant à la seconde, elle a une haute portée. Tan


dis que l'hydrogène est vendu par les usines à gaz
30 cent. le mètre cube et quelquefois moins, l'am
moniaque vaut environ l fr. 70 à l 75.

Mais ne savons-nous pas que le gaz ammoniac ne


se perd pas ?

Qu'il s'emmagasine liquéfié?

Qu'il se dissout dans l'eau ?

Qu'il s'en sépare par la chaleur ?

Qu'il est ininflammable ?

Toutes qualités que l'hydrogène ne possède pas et


qui font que d'un côté on ne rencontre qu'impossi
bilités, tandis que de l'autre on satisfait à toutes les
exigences de l'aérostation.
En présence de ces résultats la comparaison reste
t-elle possible ?
Puis si on réfléchit aux sources abondantes de ce
gaz, que la nature a mises en nos mains et qui res
tent improductives, on comprendra vite, que le jour
où un nouveau débouché sera créé, l'industrie saura
y suffire.
Pour moi, j'ai l'intime conviction que l'ammonia
que descendra au prix de l'hydrogène. Dans la der
nière partie de ce volume, j'indiquerai du reste mes
vues sur ce sujet.
332 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Reste la question de l'action de l'ammoniaque sur


les enveloppes.

On a prétendu, et c'est la seule objection sérieuse


qui m'ait jamais été faite, que l'ammoniaque détrui
rait tous les tissus qu'on pourrait employer.
A ceci, je n'ai qu'une seule réponse à faire.
J'ai eu Occasion, on le sait, de travailler en grand,
et sous des pressions de 8, 10 atmosphères, l'ammo
niaque. Pour faire de nombreuses ligatures réunis
sant des tubes enverre à d'autres tubes, mais en fer,
et présentant par conséquent des solutions de conti
nuité permettant à ce corps d'exercer son action,
j'ai employé du caoutchouc revêtu de rubans de fils
et de ficelles. Or, jamais les ligatures ainsi faites
n'ont donné traces de fuite. L'action de l'ammonia
que cependant pouvait se produire d'autant plus
énergiquement, que des pressions considérables agis
saient intérieurement; si donc il y avait eu action
destructive, il est évident qu'en peu de temps elle
se serait manifestée. Loin de là, pendant un an et
plus ces ligatures ont subsisté, et si à ce temps s'est
· trouvé limité leur durée, c'est que les expériences
dont il est question ont dû prendre fin avec lui.
L'action de l'ammoniaque sur des tissus convenable
ment choisis n'est donc pas à redouter.

Je viens de démontrer l'importance que doit jouer


l'ammoniaque dans l'aérostation ; mais si je limitais
là ce travail, pour beaucoup il serait inutile, car
beaucoup ont peine à croire à la direction aérienne.
DIRECTION AÉRIENNE. 333

Pour le rendre complet il me faut encore prouver la


possibilité de cette direction. Pour cela, il me faut
entrer dans quelques détails spéciaux, je tâcherai de
les rendre aussi courts et aussi clairs que possible.

3 II.

DIRECTION AÉRIENNE.

Voilà un bien grand mot lâché.

La pensée qu'il exprime est-elle réalisable ?

Je le crois !

Cette profession de foi, après l'anathème lancé


sur ce sujet par tant de gens sérieux, par nombre
d'esprits éminents, est presque une hardiesse.
J'ose cependant m'inscrire contre cet anathème
et prendre rang parmi ceux qui croient dans
l'avenir.
J'y crois, en effet, parce que j'ai confiance dans le
génie de l'homme, parce que je crois à sa mission,
qui est de conquérir ce qui l'entoure, c'est-à-dire ce
que Dieu, en créant les mondes, a mis à la portée
de ses investigations.

Agir autrement serait poser une barrière à l'intel


ligence, limiter la science, douter de notre huma
nité, et j'ai foi en elle.
334 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Si je ne tenais à circonscrire ce travail à l'étude


que je me suis proposée, je pourrais répondre à
quelques-uns des pionniers de l'aérostation que le
mot — absurde — adressé à ceux qui croient à la
direction des ballons, peut être aussi facilement ren
voyé que relevé; j'aime mieux ne voir que le but
et songer que les tentatives vers l'inconnu amènent
toujours un résultat, tandis que les discussions
n'engendrent souvent que des personnalités inu
tiles.

Cherchons donc les résultats.

Pour les trouver, il faut de nouveau descendre


dans le vif de laquestion et examiner les objections
qu'on accumule depuis longtemps contre la direction
aérostatique.
Cette étude est déjà simplifiée par l'examen que
nous venons de faire du rôle que doit jouer l'ammo
niaque.
Pour la compléter, je vais scinder la suite de ce
travail en autant d'articles spéciaux qu'il y a de
faits importants à examiner. Voici l'énumération de
ces faits :

1° Résistance de l'air,
2° Point d'appui,
3° Construction de l'aérostat,
4° Traction,
5° Direction,
6° Combustion,
DIRECTION AÉRIENNE. 335
7° Machine motrice,
8° Gaz employé,
9° Dangers,
l0° Conclusions.

RÉSISTANCE DE L'AIR.

TABLEAU DES PREssIoNs ExERCÉEs PAR LE VENT A DIFFÉRENTEs vITEssEs


CoNTRE UNE sURFACE D'UN MÈTRE CARRÉ CHOQUÉE DIRECTEMENT.

- VITESSE |VITESSE | PRESSION


DESlGNATI0N CI1 6Il SUlr

des kilomètres | mètres un mètre

VENTS. par § .• . carré.

k. Ell. k.
Vent à peine sensible ...... . .. .. | 3 6 | M » 0 14
Brise légère................. , . . | 7 20 | 2 » 0 54
Vent frais ou brise. ............. | 14 40 4 » 2 17
tend bien les voiles. .. | 21 60 6 » 4 87
le plus convenable aux
Vent moulins....... . .. , , | 25 20 7 » 6 64
bon frais..\forte brise........ . .. | 28 80 | 8 » 8 67
convenable pour la
marche en mer. ... . 32 40 9 » 10 97
très-forte brise....... 36 » | 10 » 13 54
Vent -

. {fait serrer les hautes


ººl voiles............. 43 20 | 12 » | 19 5o
Vent très-fort ........ - - - - - - - . .. | 54 » | 15 » 30 47
Vent impétueux......... .. .. ... | 72 » | 20 » | 54 16
Tempête. .................. .... 86 40 | 24 » | 78 »
Tempête violente ............... 108 18 | 30 05 | 122 28
Ouragan .......... .. .. .. ... .. .. | 130 14 | 36 45 | 176 96
Gramd ouragan .............. . .. | 163 08 | 45 30 | 277 87
336 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

En plaçant en tête de ce paragrapbe le tableau


ci-dessus, j'ai voulu prouver que mon intention
n'était pas d'éluder la question. Je la prends avec
toute sa gravité et je dis de suite que longtemps en
core, elle stimulera bien des intelligences. Mais de
là, à la croire insoluble, il y a loin, et je vais prou
ver que dès à présent elle n'est pas un obstacle à
l'aérostation.

Voyons les faits.

Les circonstances atmosphériques que rencontre


un aérostat dans les airs, peuvent se ranger en trois
principales catégories :

Vent arrière,
Vent de côté,
Vent debout ou contraire.

Dans chacune de ces conditions, le vent peut


souffler avec une intensité variable. Nous pouvons
donc subdiviser chacune de ces catégories, en trois
classes :

Vent ordinaire,
Vent fort,
Tempête.

Cette classification étant établie, faisons le bilan


de ce qu'elle présente de favorable à l'aérostation,
de ce qui peut lui nuire; nous pourrons facilement
DIRECTION AÉRIENNE. 337

déduire du résultat trouvé la véritable situation de


la question.
Lorsque le vent est arriére, peu importe sa puis
sance, puisque l'aérostat immobile, relativement à
la couche d'air qui l'emporte, ne subit aucune pres
sion. Quelle que soit donc la puissance du vent
dans ce cas, à moins qu'il ne tourbillonne, elle est
toujours utilisée.
Si le vent est de côté et que l'appareil puisse être
dirigé, il est encore possible, sauf le cas de tem
pête, de courir des bordées, et de gagner le but,
avec moins de vitesse c'est vrai, mais cependant,
en arrivant peu à peu.
Voilà donc, dans l'ensemble des probabilités, déjà
près des deux tiers des circonstances qui permettent
à l'aérostat de voguer dans les airs, sans préoccupa
tion de son volume.

Toutefois, pour que ce résultat soit obtenu, il faut


une condition essentielle qu'il est important de ne
pas perdre de vue. Cette condition, c'est la direc
tion. Aº°

On comprend, en effet, qu'un courant qui marche


du nord au sud peut balayer en largeur un espace de
plusieurs centaines de lieues. Or, si dans ce cou
rant On ne pouvait se diriger, comment l'utiliser,
comment arriver au but ?
La direction est donc une condition absolument
nécessaire; seulement, dans le cas qui nous occupe,
cette direction n'augmente pas la résistance de l'air,
22
338 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

toute la manœuvre consistant à légèrement incliner


dans le courant vers le but à atteindre, et c'est chose
facile avec les moyens que j'ai déjà énoncés, avec
ceux dont la description suivra.
Si le vent est contraire et qu'il soit modéré, la
marche en avant est encore possible. Une bonne
installation permettra de lutter.

Mais si le vent est fort, voilà la grosse objection !

Oh ! alors, il n'y a plus qu'une chose à faire, fuir


devant le temps et gagner-soit des hauteurs inac
cessibles à la tempête — soit une gare où l'aérostat
pourra être mis en sûreté.
Ne sait-on pas que maintenant, grâce à l'ammo
niaque, on peut tout aussi bien se maintenir dans
les airs à n'importe quelle hauteur, qu'à terre on
peut annihiler le volume de l'aérostat en dissolvant
son gaz dans l'eau ?
Ainsi donc, que les adversaires de la direction
aérostatique se rassurent; c'est une chose bien en
tendue, quand le vent sera contraire, violent, qu'il
y aura danger, immédiatement, soit en haut, soit
en bas, l'équipage saura chercher un refuge.

Mais dira-t-on, si cette circonstance se produit


souvent, de telles exigences rendront le service des
aérostats bien peu régulier, partant, peu commode ?

D'abord nous venons de le voir, ces circonstances


seront beaucoup moins nombreuses qu'on est tenté de
DIRECTION AÉRIENNE. 339

le supposer, puis la météorologie, en prenant bien


tôt la place qu'elle doit occuper dans la science, per
mettra des déductions qui les rendront encore moins
nuisibles.
Enfin, j'ai déjà fait observer qu'il fallait éloigner
de la pensée cette idée, que le premier aérostat diri
geable allait immédiatement prendre rang dans nos
services ordinaires de locomotion.

Il ne faut pas, en effet, se figurer que l'aérostat,


devenu simple omnibus, nous conduira tantôt à
Pantin, tantôt à Asnières. Ce ne sont pas là, les ré
sultats qu'il faut chercher; l'aérostation a un rôle
autrement grand et elevé à remplir, en même temps
plus facile.
Sa véritable mission est de franchir les espaces,
de rapprocher les distances, et alors qu'importe un
peu de mauvais temps, si d'une part on peut s'y
soustraire, si d'une autre la durée d'un voyage per
met de rattraper les heures perdues ?
Qu'on imagine une traversée d'Europe éh Austra
lie, et qu'on admette que pendant cette traversée, il
y ait un, deux, trois, cinq jours contraires. Est-ce
une raison pour ne pas arriver ?
Est-ce qu'après ce contre-temps la ligne droite ne
redevient pas le privilége de la navigation aérienne?
Est-ce que pour elle, en effet, il y a des caps à
doubler, des détroits à franchir, des continents à
tOurner?
Puis :
Est-ce qu'un voilier ne supporte pas des temps
340 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

contraires qui durent parfois quinze jours et plus, le


forçant à d'énormes écarts de route ?
Est-ce qu'il ne lui faut pas supporter le double
danger que présente la lutte des deux éléments,
l'air et l'eau ?
Et ce, sans pouvoir comme dans l'aérostation,
trouver à n'importe quel instant une zone de refuge ?
Et cependant, malgré tous ces inconvénients, la
navigation à voiles a-t-elle été abandonnée ? Ces
inconvénientsl'ont-ils empêchée de féconder le com
merce, d'enrichir les nations?

Mais ce n'est pas tout.

Sur mer, il faut bon gré mal gré se servir du


vent qui règne, mais pour l'aérostat employant
l'ammoniaque, est-ce que l'espace n'est pas à lui ?
Est-ce que montant, descendant, il ne peut pas
chercher les courants, sinon favorables. au moins
manœuvrables?
Est-ce que montant encore, il ne peut pas trouver
le calme, et là, déployant ses moyens mécaniques,
cheminer, laissant à terre la tempête mugir et s'a-
paiser ?
Enfin, réduisant les services de l'aérostation aux
limites les plus exiguës, admettant que l'aérostat
n'ait pas à combattre la résistance de l'air, que les
moyens employés ne serviront, comme je l'ai déjà
indiqué, qu'à diriger le navire aérien dans les cou
rants, ne serait-ce pas déjà une première solution
de la question ?
DIRECTION AÉRIENNE. 34l

Est-ce que la science, l'expérience ne vien


draient pas bientôt aider à ce résultat en obser
vant les vents, les courants, indiquant des routes à
suivre, etc., etc.?

Mais si les circonstances défavorables, qui tout


d'abord apparaissaient comme un obstacle invincible,
s'amoindrissent singulièrement lorsque le raisonne
ment parle, que deviendra l'aérostat quand il aura
vent arrière ?
Là, sans moteur, se laissant aller au gré du
courant, il suivra la route, ne se servant de la
manœuvre que pour se guider vers le but du
voyage.
Et tandis que si le vent fraîchit, le navire est
obligé de serrer ses voiles, de craindre pour la mâ
ture, de redouter en un mot l'excès du bien ; lui,
· colosse endormi, emporté dans une course vertigi
neuse et cependant insensible pour ses passagers,
il parcourra les espaces, pouvant dévorer jusqu'à
4 000 kilomètres dans un jour !
En présence de ces résultats, considérera-t-on
encore comme un obstacle quelques jours d'inaction
forcée dans une année ?

Mais ce ne sont pas seulement les grandes dis


tances que les aérostats sauront franchir.

Combien de trésors ne mettront-ils pas en notre


possession! Je ne veux parler ici ni d'or, ni d'argent;
mais de ces forêts vierges inexploitées; de ces mines
342 APPLICATION A L'AÉRosTATIoN.
de métaux usuels placées en des points inaccessibles;
de ces lacs salés, véritables laboratoires, où la nature
a élaboré nombre de corps, que le soleil chaque jour
élimine gratuitement.
Pour que l'homme puisse profiter de ces pré
cieuses ressources, que faut-il?
Pour qu'il fasse plus encore, qu'il aille au sein de
ces contrées inexplorées, aux pôles qui nous sont un
mystère, que faut-il encore ?

Une route, des moyens de transport !

L'aérostation, aidée de l'ammoniaque, fournira


l'un et l'autre.

Je pourrais multiplier les exemples, et si la place


n'était précieuse, je me laisserais aller à cette tenta
tion, tellement est entraînant l'avenir réservé à
l'aérostation, tellement aussi je tiens à bien faire
comprendre que les premiers services rendus par elle
ne seront pas de ceux qui exigent de la régularité.
A Dieu ne plaise cependant que je veuille faire
croire à l'impossibilité de cette régularité. Elle vien
dra avec le temps. Fille de l'expérience, elle doit
nécessairement prendre sa place un jour; mais l'at
tendre aujourd'hui serait compliquer la question,
éloigner la solution : or, c'est cette solution qu'il faut.

Ainsi donc, c'est bien entendu, nous ne marche


rons qu'avec du temps favorable; grâce à l'ammo
niaque nous laisserons la tempête se déchaîner,
DIRECTION AÉRIENNE. 343

nous nous tiendrons à l'abri pendant que ses fureurs


s'exerceront, et ayant ainsi donné satisfaction aux
inquiétudes qu'éprouvent les adversaires de l'aéros
tation, occupons-nous d'une autre objection qui oc
cupe bien des gens : le point d'appui.

pOINT D'APPUI.

Pour beaucoup, voilà une grosse question.

Et cependant le point d'appui n'a jamais manqué.

La première montgolfière qui s'élança dans les


airs prouva qu'il existait. Sans point d'appui, elle
n'aurait pu quitter le sol.
Ce fait est d'ailleurs solidaire de l'existence de
tous les corps; tous sont supportés par un point d'ap
pui quelconque, qu'il soit solide, liquide ou gazeux,
peu importe.
Il n'y a que les mondes qui échappent à cette loi
naturelle en vertu de forces immuablement posées
et qui font l'immensité.

Mais, dira-t-on, ce n'est pas là que porte l'objection;


ce qu'on entend encore par point d'appui, c'est l'at
tache, le corps en un mot, sur lequel il faut s'ap
puyer pour traîner l'aérostat.

Mais dans ce cas il suffit de réfléchir pour voir


que ceci existe. Qu'on suppose dans l'air une sur.
344 APPLICATION A L' AÉROSTATION.

face perpendiculaire et qu'on l'attire vivement à


soi, on trouvera une résistance assez forte. Cette
résistance, c'est le point d'appui qui l'oppose.
Si maintenant, au lieu de cette expérience, nous
supposons un système quelconque d'ailes, de roues,
d'hélices, ce système s'appuiera également sur l'air
et entraînera en certaine proportion l'aérostat.
L'hélice connue sous le nom d'hélicoptère et dont
on prétend faire une application industrielle, ne
marche qu'en trouvant un point d'appui formé par
la pression qu'exercent ses ailes sur l'air. Or, cette
pression agit aussi bien latéralement que verticale
ment.

En résumé, dès qu'un corps librement plongé


dans un fluide exerce sur ce fluide une action ten
dant à en déplacer une certaine quantité, il y a pro
· pulsion, l'effort mécanique exercé se partageant en
certaine proportion entre le fluide chassé et le mou
vement donné au corps.
Par conséquent, le point d'appui, c'est l'air dans
lequel flotte l'aérostat, et c'est sur les parties de cet
air, chassées par les ailes du moteur, que celui-ci
doit s'appuyer pour traîner la masse qui le suit.

CONSTRUCTION DE L'AÉROSTAT.

FORME ET RÉSISTANCE DE L'ENVELOPPE.

Considérons d'abord la forme.

Les ballons, comme l'indique leur nom, sont or


DIRECTION AÉRIENNE. 345

dinairement sphériques. Dans les conditions où ils


se sont produits jusqu'ici, cette forme était ration
nelle, mais est-elle la plus favorable aux aérostats
dirigeables?

NOn.

Et en effet, présentant à l'air une très-vaste sur


face, ils opposent au moteur et à l'action dirigeante
une résistance proportionnelle à cette surface.
Ce qu'il faut donc, c'est une forme régulière, la
plus simple possible, permettant l'emmagasinement
de larges quantités de gaz, tout en présentant la
section la plus réduite possible au vent.
A ce titre, la préférence doit être donnée à la
forme cylindrique allongée, laissant de côté d'ail
leurs les images d'oiseaux, de poissons, même de
navire, qu'on s'est évertué à vouloir imiter.
Cette disposition a d'autres avantages. Elle per
met de présenter un avant effilé qui, ouvrant l'air,
facilite le passage du corps de l'aérostat,-tout en di
minuant la résistance à vaincre. -

Enfin, comme c'est cet avant qui supporte le plus


de fatigue, il est possible de le renforcer de manière
à lui donner un excès de solidité dont le reste de
l'appareil n'a pas besoin.
A l'aide de cette sorte de bouclier, il est facile de
comprendre que l'aérostat a bien moins à souffrir de
l'action des vents contraires, ce qui n'atténue pas
du tout ce que j'ai dit sur la nécessité de chercher
un abri, soit en haut, soit en bas, lorsque les tem
346 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

pêtes excitent dans l'atmosphère inférieure des cou


rants d'une énergie insurmontable.
Enfin, une dernière et importante considération
en faveur de la forme cylindrique, c'est que cette
forme permet le cloisonnement intérieur et par con
séquent l'emmagasinement par fraction du gaz aéros
tatique. Dès lors, si une fuite, une déchirure se dé
clarait dans une partie de l'appareil, la seule chambre
endommagée laisserait échapper son gaz, le reste
de l'appareil conserverait la situation normale. Or
cette disposition a une valeur incontestable au point
de vue de la sécurité.

Cette dernière considération m'amène à traiter


de la résistance de l'enveloppe.

On a objecté qu'en donnant aux aérostats des di


mensions colossales, cette enveloppe ne pourrait
pas résister à la pression qu'exercerait sur elle la
charge.

Rien de moins fondé.

En effet, l'effort à vaincre par l'enveloppe n'est


pas une action de tirage analogue à celle qu'elle
aurait à subir, s'il fallait qu'elle résistât à une pres
sion intérieure. Au contraire, c'est une action de
compression de — port, — si je puis dire, que le
tissu a à supporter, effort proportionnel au diamètre
du ballon. Il s'agit de se rendre compte de l'impor
DIRECTION AÉRIENNE. 347

tance de cet effort, eu égard à un des grands dia


mètres employables.
Admettons pour fixer les idées 100 mètres, ce
qui est une dimension respectable, et considérons
dans cet aérostat une section cylindrique d'un mètre
seulement de largeur. Nous aurons les résultats
suivants : -

Une surface de 100 mètres de diamètre =7852 mé


tres carrés. Puisque la tranche considérée a seule
ment 1 mètre d'épaisseur, les 7853 mètres carrés
donneront 7853 mètres cubes.
En admettant 600 grammes par mètre cube pour
la puissance ascensionnelle de l'ammoniaque échauf
fée, ce sera donc pour 7853 mètres cubes un effort
de 4711 kilogr. à vaincre.
Cet effort n'est pas supporté par une surface
unique, mais bien par des fractions proportionnelles
aux dimensions des mailles du filet. On comprend
facilement que plus ces mailles seront serrées, plus
l'effort supporté par le tissu sera amoindri. Dans
l'exemple que je viens de prendre, si les mailles ont
un décimètre de côté, l'effort supporté par le tissu
entre chacune d'elles sera de 300 grammes, ou, en
expression dynamométrique, de 3 grammes pour une
bande de l centimètre de largeur, ce qui évidem
ment est bien au-dessous du coefficient utilisable
d'un tissu bien fait.

On voit par ce qui précède qu'en aérostation, et


dans des dimensions assurément fort respectables,
rien ne dépasse la limite du possible.
348 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Quant au tissu imperméable formant l'enveloppe,


toutes fibres suffisamment résistantes peuvent être
employées, à condition de les associer au caoutchouc
pur ou mélangé de gutta-percha.
Je dois, à ce sujet, faire ici une remarque utile :
c'est que précisément à cause des grandes dimen
sions données aux ballons dirigeables, la question
de réduire autant que pessible le poids de l'enve
loppe, ne conserve plus d'importance.
Jusqu'ici on s'est attaché à utiliser la soie, qui,
de tous les tissus, présente sous un poids donné, la
résistance la plus grande. Mais la soie coûte très
cher, il faut l'économiser. On arrive donc à faire de
l'enveloppe aérostatique une véritable pelure, tandis
qu'il conviendrait de lui donner une résistance suf
fisante pour supporter la fatigue des manœuvres et
du temps.
La soie doit être proscrite avec l'ammoniaque ;
mais les tissus de coton, de fil, peuvent donner
d'excellents résultats ; et alors on voit de suite
qu'avec leur usage, ne craignant plus de charger
l'appareil, on peut arriver en les combinant au
caoutchouc, à faire des étoffes solides, excessive
ment résistantes, et bien plus imperméables que
celles obtenues jusqu'à ce jour. Les coussins à air
supportent une pression beaucoup plus considérable
que l'enveloppe d'un aérostat, et cependant ils ré
sistent parfaitement.
Sur ce point spécial du reste, de nombreuses
études seront à faire, et dans quelques centaines
d'années, si l'on prend encore des brevets, nos des
DIRECTION AÉRIENNE. 49

cendants en verront surgir de nouveaux, pour des


perfectionnements apportés à cette branche de l'in
dustrie aérostatique.
Laissons donc à l'avenir sa tâche.

TRACTION.

Pour entraîner un corps quelconque dans l'espace,


il faut nécessairement un agent tracteur.
Quelque perfectionnée que soit notre industrie,
il y a encore beaucoup à faire de ce côté, aussi bien
sur terre que sur mer.
Toutefois, il ne serait pas sage de vouloir inno
ver dans une chose aussi neuve que l'aérostation.
Il est prudent de mettre l'expérience à profit, en
choisissant parmi les propulseurs, celui qui donne
les meilleurs résultats.

· Entre tous l'hélice mérite la préférence.

Sur ce sujet, du reste, presque tous ceux qui se


sont occupés d'aérostation sont tombés d'accord;
mais une chose essentielle, qui a été bien mal com
prise dans la plupart des cas, c'est la position de
cet appareil tracteur. -

Il y a longtemps déjà qu'une première hélice fut


essayée. C'était vers 1785.
Elle était placée sur la nacelle — faute grave —
et qui depuis, fut reproduite fréquemment et se re
produit journellement.
350 APPLICATION A L'AÉROSTATION.
Je vais prouver en quoi cette disposition est
mauvaise.

Soit A un aérostat dont B serait la nacelle, pour


vue d'un moteur aussi énergique que possible et
d'une hélice mue par ce moteur.
Les choses étant en cet état, deux hypothèses se
présentent : ou cette hélice n'exercera aucune trac
tion, et alors il n'y a plus à discuter, ou elle exer
cera une action en avant. Admettons ce mouve
ment.

Pour qu'il ait pu s'effectuer, il a fallu que la na


celle exécute un mouvement de rotation, dont le
centre est l'axe du ballon. En effet, les cordes qui
la supportent ne sont pas rigides, elles ne peuvent
par conséquent transmettre une action latérale.
DIRECTION AÉRIENNE. 351

Pour que cette traction puisse s'exercer, il faut


nécessairement que la nacelle vienne se placer en
avant de l'aérostat, de façon à exercer sur lui une
action de tirage.
Or cette action de tirage ne peut se manifester
que sur un des points quelconques d'une courbe,
ayant pour centre le ballon à entraîner et par con
séquent encore immobile, pour rayons les cordes
rattachant la nacelle, soit la courbe BD. Admettons
C comme point où le tirage commence à s'effec
tuer.

Mais pour arriver en C, cette nacelle a dû s'élever


d'une distance OC, mesurant la distance entre l'ho
rizontale BO qu'elle occupait d'abord, et le point C
auquel elle est arrivée, et cette élévation aurait été
due au seul effort de l'hélice.
Or si l'hélice à elle seule peut élever la nacelle de
O en C, elle l'élèvera aussi bien d'une seconde
quantité, puis d'une troisième et ainsi de suite.
Dès lors pourquoi l'embarrasser d'un corps aussi
gênant qu'un ballon ? Il n'y a qu'une chose à faire,
le laisser de côté, et revenir purement et simplement
à l'hélicoptère. Malheureusement jusqu'à présent
l'hélicoptère n'a encore rien produit.
L'hélice posée sur la nacelle conduit donc fatale
ment à un résultat négatif !

Où faut-il la placer?

Là où se trouve la résistance, soit dans l'axe de


- aérostat.
352 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Cette observation a déjà été faite par plusieurs


aérostiers, et j'ai souvenir de divers plans dans les
quels l'organe tracteur occupait une position ra
tionnelle.
Mais, il faut le dire encore, si les auteurs de ces
projets avaient, à ce point de vue, jugé sainement
la question, ils s'étaient bien peu rendu compte
des difficultés matérielles qui entourent l'aérosta
tion.
En effet, tous caparaçonnaient leur appareil d'une
charpente telle, qu'exécutée en grand, l'aérostat
la portant n'aurait pu quitter terre.
Ce n'est rien dans un modèle que de figurer l'é-
trave ou l'étambot d'un navire aérien. Un fil de fer,
· une baleine, un feuillet de bois léger, et tout est dit,
et voilà un appareil qui, dans un air non agité, ira
de l'avant et de l'arrière, fournira en un mot une
course démonstrative.
Mais quelle différence, quand il faut atteindre des
hauteurs de 40-50-100 mètres! C'est alors que se
montrent les difficultés, je dois dire plus, l'absolue
impossibilité de semblables charpentes, en tant au
moins qu'on les comprend avec la solidité propor
tionnelle à leur dimension.
Ce n'est pas peu de chose, en effet, que 100 mè
tres de diamètre, et par conséquent de hauteur.
Sur le papier, ce n'est rien; mais pour bien com
prendre la difficulté qui s'attache aux travaux de ce
genre, il faut avoir un objet de comparaison.
Je ne puis mieux faire dans ce but que de rap
peler la hauteur de certains monuments :
DIRECTION AÉRIENNE. 353

Colonne Vendôme...... , ... 43 mètres.


Tours Notre-Dame.......... 66 —
Flèche des Invalides........ 105 —
Saint-Pierre de Rome. , ... .. 132 —
Flèche de Strasbourg ....... 142 —

Comprend-on maintenant une charpente ayant la


hauteur d'environ deux fois les tours Notre-Dame
et 100 ou 200 mètres de longueur ?

La chOse n'est pas possible et cependant il faut


pouvoir agir sur des surfaces rigides. Pour y arriver,
il faut sortir de l'ordinaire, il faut faire en quelque
sorte ce que la nature n'a pas fait, établir un sque
lette suspendu dans un corps mou.
Si nous considérons en effet le règne animal,
nous voyons dans les espèces les plus élevées une
charpente intérieure qui soutient les chairs, sert
d'attache aux muscles, donne l'énergie aux fonc
tions de relation.
Dans les animaux inférieurs, nous trouvons une
cuirasse extérieure,—test ou coquille,—qui protége
les organes de la vie.
Enfin, certains mollusques , certains insectes
n'ayant ni charpente intérieure, ni charpente exté
rieure, sont soutenus par la seule plasticité de leurs
muscles.
Eh bien ! dans l'aérostation, il faut créer, si ce
· mot peut être employé par l'homme, une quatrième
catégorie.
Il faut, dans une enveloppe qu'une épingle peut
23
354 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

percer, savoir ensevelir une partie solide, sur la


quelle la force pourra prendre un point d'appui et
exercer vigoureusement sa puissance ; il faut, que
cette partie rigide soit suspendue à l'intérieur,
qu'elle ne puisse nuire ni aux ondulations de la
masse gazeuse, ni aux replis que peut subir l'en
veloppe, et cependant il faut, que cet embryon de
squelette tienne ferme, au nez de l'aérostat, le mo
teur qui doit donner la vie à tout le système.
Et en effet, s'il est de principe en mécanique d'ap
pliquer la puissance aussi près que possible du
centre de résistance, en aérostation cette vérité
prend encore plus de force.
Je conseille donc fortement, à ceux qui voudront
s'engager dans cette voie, de ne jamais perdre de
vue ce principe et surtout de se bien pénétrer
de cette vérité :

Que le ballon étant entraîné par l'hélice, la na


celle suivra le ballon, tandis qu'il est tout à fait
illogique de penser, que la nacelle entraînera le
ballon.

DIRECTION.

Ce n'est pas tout que d'aller en avant, il faut en


core aller où l'on veut.

Pour ceux de mes lecteurs qui n'ont jamais navi


gué ou qui n'ont aucune notion de la résistance des
fluides, cette question peut paraître difficile à ré
DIRECTION AÉRIENNE. 355

soudre, et cependant, loin d'être la clef de voûte du


problème, elle n'est que la conséquence d'un fait
que nous venons d'étudier, — la traction.
En effet, dès qu'un corps se meut dans un fluide,
si, sur un point de sa surface, on produit une résis
tance quelconque, immédiatement la direction obli
quera du côté où s'est produit cette résistance.
Là est toute la loi du gouvernail dans la naviga
tion ordinaire, et cette loi s'applique à la navigation
aérienne.
Qu'un mouvement en avant soit donc donné à un
aérostat; que ce mouvement soit aussi faible qu'on
veuille le supposer, dès qu'il existera et que sur le
flanc de cet aérostat on fera naître subitement une
résistance, immédiatement l'appareil inclinera de ce
côté, faisant subir à la traction une déviation pro
portionnelle.

Que faut-il donc pour diriger un aérostat?

Une voile de chaque côté, montée sur une vergue


manœuvrable à volonté.

En développant plus ou moins ce mécanisme, on


réglera la marche de l'aérostat. En un mot, quand
les deux voiles seront serrées, On marchera en
avant; en déployant celle de gauche on obliquera à
gauche, en déployant celle de droite on obliquera à
droite. -

Le gouvernail d'un navire ne fait pas autre chose,


356 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

et cette direction, tant agitée en fait d'aérOstation,


n'est en réalité que l'ABC de la question.

Mais si la direction n'est qu'une conséquence de


la traction et ne vient alors qu'en ordre secondaire
dans la solution du problème, son importance est
toute autre lorsqu'on considère les résultats auxquels
elle conduit.
N'ai je pas prouvé en effet, que pendant les 3/4 de
l'année on pouvait, pourvu qu'on puisse se diriger,
profiter des courants naturels, et ce sans dépense de
traction mécanique bien sensible?
N'ai-je pas démontré qu'avec l'ammoniaque on
pouvait monter, descendre, sans perte et trouver les
courants favorables ?

Ces faits-irrécusables-placent du premier coup


la navigation aérienne à côté de la navigation à
voile, et pour qui est attentifaux avantages qu'il est
permis d'attendre de la première, aux luttes impos
sibles à fuir que doit si souvent subir la seconde, il
est facile de prévoir l'énorme développement que le
temps donnera à la navigation aérienne ?

ÉQUILIBRE, STABILITÉ.

Mais, dira-t-on, tout cela est exact, nous l'admet


tOnS. -

Nous admettons un long aérostat dont la nacelle


aura 50 mètres, 100 mètres de longueur; où les pas
DIRECTION AÉRIENNE. - 357

Sagers auront leurs aises, une sécurité relative, etc.


Mais quand ces mêmes passagers se porteront d'un
bout à l'autre de cette nacelle, qu'arrivera-t-il?
Qu'immédiatement, l'appareil tendant à conserver
son centre de gravité, obliquera du côté où le poids
humain sera porté, ce qui sera peu agréable.
Il y a plus.
Que par inadvertance, panique ou autrement, les
passagers se groupentvivement sur un point, qu'arri
vera-t-il encore ? Qu'aussitôt l'aérostat piquant le
nez, placera la nacelle dans une telle situation, que
la plupart des voyageurs, quittant la place, iront
rejoindre la terre dans des conditions plus que ra
pides; mode de retour assurément peu prisé de per
SOIlIl6 .

Tout ceci est rationnel, car dans les fluides les


corps tendent constamment à reprendre leur centre
de gravité, lorsqu'une circonstance quelconque a
dérangé l'état qui préexistait.
Mais il n'y a pas de raison pour que cet incon
vénient ne puisse être prévenu, et c'est chose
facile.
Pour ce faire, il n'y a qu'une précaution à prendre :
placer au milieu de la nacelle une glissière dans la
quelle un mât peut, tout en conservant sa position
verticale, monter et descendre. Des haubans, forte
ment fixés aux extrémités opposées de la nacelle et
à la partie inférieure de ce mât, le maintiendront dans
la position assignée, c'est-à-dire empêcheront sa
flexion d'un côté ou d'un autre, le forceront en un
358 APPLICATIoN A L'AÉRosTATION.
mot à faire constamment angle droit avec cette na
celle. Dans ces conditions, nous formerons un véri
table balancier qui nécessairement obéira aux mouve
ments de l'aérostat.
Or, si à l'extrémité de ce mât un poids est sus
pendu (et ce poids peut être une soute à bagage, à
eau, etc.), il est évident qu'il tendra toujours à res
ter dans la verticale, et par conséquent à maintenir
la nacelle horizontale. Dès lors, si à l'une des
extrémités de celle-ci, une charge anormale vient à
se produire, elle obéira c'est vrai; mais comme en
obéissant elle force le balancier, et par conséquent
son poids, à sortir de la verticale, ce balancier de
viendra un véritable levier, à l'extrémité duquel
agira le poids, pour contrebalancer l'effet du dépla
cement de la charge, par suite maintenir et ramener
l'appareil dans l'état d'équilibre préexistant.
Ainsi donc, tout se réduit à calculer le rapport
convenable à établir entre la longueur du balancier,
le poids qu'il supporte et l'irrégularité de charge que
peut apporter sur un point ou sur un autre la pré
sence fortuite des passagers.

Une dernière objection se présente. Dans l'atterris


sement, que faire de cette longue tige qui, pendant
sous la nacelle, rendrait impOssible le contact de celle
ci avec le sol ?

J'ai commencé par parler d'une glissière qui rete


nait le balancier à la nacelle, quand on atterrira la
tige du balancier remontera au-dessus d'elle, s'éle
DIRECTION AÉRIENNE. 359

vant dans l'espace qui sépare la nacelle du ballon.


Débarrassé ainsi d'un engin devenu incommode,
l'aérostat prendra terre comme si rien de spécial
n'existait.

COMBUSTION.

J'ai fait ressortir la nécessité en navigation ordi


naire ou aérienne, d'une prompte exécution des ma
nœuvres; par conséquent, si on veut envoyer vive
ment une certaine quantité d'ammoniaque dans
' l'appareil, il faut avoir sous la main une quantité de
chaleur suffisante pour :

l° Donner à la solution ammoniacale le calorique


sensible nécessaire à la séparation des deux élé
ments ; -

2° Au gaz, le calorique latent nécessaire à sa va


porisation.

Or, cette masse de calorique ne peut s'obtenir que


dans deux conditions :

Par l'emmagasinement,
Par une production instantanée.

Dans les grands appareils, il sera possible de


monter des chaudières assez grandes pour contenir
de l'eau en quantité suffisante et emmagasiner dans
cette eau, à l'aide d'une pression convenable, le ca
lorique utile; la simple ouverture d'un robinet per
360 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

mettra alors d'envoyer là où il le faudra ce calorique.


Mais dans les appareils plus petits, et c'est sur
ceux-là que doivent se porter les premières tenta
tives, la situation change. Il faut épargner le poids
des appareils, épargner l'emmagasinement inutile ;
par conséquent, il faut produire le calorique au fur
et à mesure des besoins; dès lors il faut un com
bustible qui se prête à ces exigences : ce ne saurait
être le charbon.

Un gaz seul peut donner le résultat cherché. Entre


tous, l'hydrogène et l'oxyde de carbone sont ceux
qui doivent obtenir la préférence, en raison de leurs
propriétés calorifiques élevées.

Or, pour pouvoir utiliser facilement ces corps, il


faut pouvoir les produire au moment de leur emploi,
et précisément en raison de cet emploi.
Au début de la navigation aérienne, l'hydrogène
sera le corps auquel il faudra donner la préférence.
En effet, il est facile de combiner un appareil qui le
produira à volonté, sans soins embarrassants; et si
le prix du gaz ainsi obtenu constitue un combustible
coûteux, cette infériorité relative ne saurait atténuer
les avantages que procurera son emploi.
C'est donc à produire aisément à bord ce com
bustible que les premiers aéronautes devront s'atta
cher. Je ne dois pas insister ici sur ce sujet; qu'il
me suffise de dire que les réactions que nous in
dique la chimie présentent une voie suffisamment
facile aux expériences qui se tenteront en ce sens,
DIRECTION AÉRIENNE. 36l

MACHINE MOTRICE,

Chaque fois que le mot navigation est prononcé,


il faut songer à économiser trois choses dans l'appli
cation de la force motrice :

· La place,
Le poids,
La dépense.
Si la navigation aérienne a sur la navigation ma
ritime l'avantage de pouvoir se ravitailler en tra
versant les continents, elle n'échappe cependant pas
aux nécessités que je viens d'indiquer.
Pour satisfaire aux deux premières exigences, il
convient d'augmenter les pressions et les vitesses;
on diminuera d'autant la masse de l'appareil mo
teur. -

C'est en aérostation surtout que les machines at


mosphériques rendraient de grands services; mais,
jusqu'ici aucune n'ayant donné de résultats satisfai
sants, il est sage, au début, de se limiter à l'emploi
de la vapeur d'eau, seul agent moteur sur lequel
on puisse, dans ce cas, sérieusement compter.
D'ailleurs, les propriétés calorifiques de la vapeur
après son service comme force motrice peuvent être
utilisées. Il suffit de placer, comme je l'ai indiqué,
des ballons intérieurs pouvant la recevoir à sa sortie
de la machine. On ajoutera ainsi à la puissance
ascensionnelle de l'aérostat, tout en ne dépensant
362 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

rien. De plus, le produit de la condensation sera


précieux pour l'alimentation des chaudières.

Cette double utilisation du calorique a une grande


importance. Elle conduit à une notable économie de
combustible, et cette économie à bord d'un aérostat
est, en effet, une question de premier ordre.

On sera peut-être surpris, en lisant ces lignes, de


me voir préconiser la vapeur d'eau et sembler ou
blier l'ammoniaque.
C'est que, je l'ai déjà dit, si l'ammoniaque, au
point de vue de la force domestique, doit donner
d'excellents résultats, ses avantages disparaissent
lorsqu'il s'agit de moteurs puissants, tels que ceux
employés dans la navigation. -

La vapeur d'eau est jusqu'ici le seul fluide qui


présente avantage, et l'ammoniaque elle-même ne
doit venir qu'en ligne complémentaire, c'est-à-dire
en utilisant le calorique latent qu'emmagasine la
vapeur d'eau utilisée, ce que j'ai, du reste, expliqué
en décrivant les machines à vapeurs combinées.
En navigation aérienne, où l'inconnu a encore
une si large part, il est prudent de n'employer au
tant que possible que des moyens éprouvés.
C'est effectivement en laissant le moins de prise
possible à l'imprévu qu'on marchera vivement vers
le résultat; et comme, de toutes les machines mo
trices, la machine à vapeur est, je le répète, la plus
connue, la plus expérimentée, marchons donc, sans
hésiter, d'abord avec la vapeur. -
DIRECTION AÉRIENNE. 363

GAZ EMPLOYÉ.

Je me suis longuement étendu sur l'ammoniaque


et les propriétés toutes spéciales qu'elle présente au
point de vue de l'aérostatique.

Est-ce à dire que ce gaz doive être exclusivement


employé ? -

Non! surtout si on emploie des aérostats à capa


cités internes. En effet, l'espace qui sépare le ballon
intérieur de l'enveloppe extérieure étant plein de
gaz ammoniac, cette quantité suffit pour faire jouir
l'appareil de toutes ses propriétés. On reste libre de
remplir le ballon intérieur de n'importe quel gaz,
et spécialement d'hydrogène, si on tient à profiter
de sa légèreté spécifique.

J'ai indiqué aussi l'emploi de la vapeur d'eau ;


je n'ai pas besoin d'insister pour faire comprendre
qu'elle doit être utilisée dans une capacité distincte
de celle que contient l'ammoniaque. Avec l'hydro
gène, cette précaution devient inutile : on peut di
rectement lancer la vapeur dans ce gaz. Quant au
produit de la condensation, il est recueilli, comme
je viens de l'expliquer, à la partie inférieure du
ballon; circonstance doublement favorable, sur la
quelle je ne crains pas d'insister, parce qu'on obtient
364 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

ainsi de l'eau pure, servant à alimenter les ma


chines et diminuant d'autant la masse de condensa
teurs qu'il faudrait installer.
Mais de l'emploi de la vapeur résulte encore un
troisième avantage.
J'ai démontré comment, en faisant dissoudre dans
l'eau le gaz ammoniac, on pouvait contre-balancer
les effets de dilatation que produisent les inégalités
de température. L'emploi de la vapeur peut atténuer
beaucoup ces variations; et, en effet, si l'aérostat
est maintenu à une température supérieure à celle
de l'atmosphère, il y aura plus ou moins de conden
sation; mais quant à la dilatation produite par la
chaleur atmosphérique, elle ne pourra plus se pro
duire, puisque c'est l'aéronaute lui-même qui réglera
la température intérieure et qu'elle sera, par ce
fait, indépendante de celle de l'atmosphère.

Ainsi donc, plus on avance dans l'étude de l'aéros


tation, plus on voit qu'à chaque pas se rencontrent les
éléments utiles pour combattre les obstacles qui tout
d'abord apparaissaient comme insurmontables. C'est
là du reste le propre des choses de ce monde : vues
de loin, elles apparaissent avec une importance rela
tivement considérable; examinées de près, en détail,
cette importance disparaît, et au lieu de difficultés
décourageantes, il n'y a plus souvent que des faits
ordinaires, qu'on s'étonne de n'avoir pas su mieux
juger d'abord.

J'ai indiqué que je donnerai un troisième moyen


DIRECTION AÉRIENNE. 365

de remplacer le gaz perdu à travers l'enveloppe; je


vais tenir parole.

Ce moyen est simple. Il consiste tout bonnement


à rattraper le gaz qui s'est échappé, à le séparer de
l'air avec lequel il pourrait être mélangé, et à le
réintégrer dans l'aérostat.

A priori, ceci paraît être impossible. Rien cepen


dant de plus facile, et l'ammoniaque va encore être
ici l'agent qui résoudra le problème.

Si l'on considère que l'enveloppe, le filet qui la


maintient, forment la partie coûteuse de l'aérostat,
on comprendra facilement que tous les moyens pos
sibles doivent être pris pour en assurer la conser
vation.
Cette nécessité prend encore plus d'importance
si l'on se rappelle que, loin de laisser au tissu cette
fragilité, cette imperméabilité qui jusqu'à ce jour a
nui à tous les essais, j'ai indiqué qu'il convenait de
lui donner une solidité qui permette des études
sérieuses, la lutte même, en certaines proportions,
avec les éléments. Il importe donc de diminuer, par
la conservation et la durée, le coût considérable
ment augmenté de l'appareil.
Or, de tous les agents de destruction, il n'en est
pas, pour les matières organiques, de plus sérieux
que l'humidité.
Il convient donc de maintenir l'aérostat à l'abri
de l'eau.
366 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Pour cela, ce n'est pas seulement un toit qu'il lui


faut trouver, mais une enveloppe imperméable, prO
tégeant tous ses organes contre la pluie et l'humide
atmosphère des nuages.
En un mot, ce qu'il faut, c'est un cylindre pro
tecteur enveloppant le cylindre aérostatique muni
de tous ses agrès. -

Mais une conséquence de cette disposition conser


vatrice, c'est que le gaz qui s'échappera à travers
les pores de l'aérostat s'arrêtera forcément entre cet
aérostat et l'espèce de gigantesque étui que je viens
d'indiquer, étui qu'il traverserait à son tour, si une
disposition spéciale ne l'en empêchait.
Cette disposition, c'est une longue manche pro
longeant l'étui jusqu'à la nacelle, et aboutissant à
un appareil, qui aspirera constamment l'atmosphère
intermédiaire subsistant entre la paroi de l'aérostat
et celle de l'enveloppe.

De cet ensemble résultera ceci :

C'est que tout le gaz qui s'échappera de l'appareil


étant ramené à la nacelle au fur et à mesure de
son échappement, il sera facile de le réintroduire
dans l'aérostat.

Toutefois, une difficulté se présentera :

Si nous avons employé deux gaz,— l'ammoniaque


et l'hydrogène, — je suppose que tous les deux se
seront échappés et se seront mélangés. Si nous in
DIRECTION AÉRIENNE. 367

troduisions ce mélange tel quel dans l'aérostat, il


arriverait une conséquence naturelle, c'est que peu
à peu les atmosphères extérieures se mélangeant,
les propriétés spéciales à chaque gaz s'affaibliraient,
ce qui déterminerait dans l'économie entière de
l'appareil des modifications qu'il importe d'éviter. Il
faut donc séparer les gaz après les avoir recueillis.
La chose est facile : Il suffit de faire passer tout le
mélange gazeux dans de l'eau froide, l'ammoniaque
se dissoudra et restera dans l'eau, l'hydrogène, au
contraire, s'échappera.
Avec les moyens d'action installés à bord, il sera
dès lors facile de renvoyer chaque gaz, qu'on me
passe le mot, à son domicile respectif.

Ainsi donc, ce n'est plus seulement la possibilité


de remplacer le gaz perdu que donne l'ammoniaque,
mais celle encore plus précieuse de la renouveler et
de la purifier. Est-il résultat plus concluant?

DANGERS.

Voilà un triste paragraphe à étudier, et que je


devrais retrancher de cet ouvrage, si je ne tenais
toujours, à démontrer d'une manière complète,
l'importance et la possibilité de l'aérostation, par
suite, l'intérêt qui y rattache l'ammoniaque.
Certes, il ne faut pas se le dissimuler, l'aérosta
tion aura longtemps encore, toujours même, ses
victimes. Mais, ces accidents sont-ils aussi probants
368 APPLICATION A L'AEROSTATION.

qu'on semble le redouter, et méritent-ils à l'aérosta


tion l'espèce de répulsion qui la frappe?

Si nous interrogeons le passé, si nous considérons


que jusqu'ici l'aérostation a été réduite au simple
abandon d'un corps léger dans les airs, on est tenté
de se demander, comment l'homme a été assez hardi,
pour oser confier sa vie aux chances diverses contre
lesquelles il semblait impuissant à lutter.
Eh bien, malgré cette pénurie de moyens, les
accidents ont été rares en aérostation, et, si on
excepte de ces accidents, ceux causés par l'impru
dence, on voit de suite que le danger n'est pas aussi
effrayant qu'il le paraît, et que de plus, lorsque des
moyens d'action convenables seront mis entre les
mains de l'homme, ces chances de danger seront
encore amoindries.

Dès à présent, examinons les causes de sécurité


dues à l'emploi de l'ammoniaque :

Plus d'incendie ;
Plus de dilatation par suite d'explosion;
Facilité de se soustraire immédiatement au mau
vais temps ;
Possibilité de rester dans les airs jusqu'à ce qu'un
moment favorable se présente pour descendre;
Atterrissement facile, puisqu'on se dirige à vo
lonté et que, lançant de l'eau dans l'ammoniaque,
on peut en un instant en absorber des masses con
sidérables.
DIRECTION AÉRIENNE. 369

Ajoutons à ces moyens :

La solidité plus grande du tissu ;


La disparition de tout harnachement extérieur,
gênant les mouvements de l'aérostat ;
Enfin son cloisonnement intérieur, ce qui rend
les chutes moins dangereuses, et nous verrons faci
lement que les causes de danger sont singulièrement
amoindries.

Le dernier point mérite quelques développements.

Qu'une déchirure vienne à se faire, il est clair que


la seule capacité attaquée perdra son gaz, et que le
reste de l'aérostat restant gonflé, la descente, par
suite, n'aura pas la rapidité qu'elle atteindrait si
l'aérostat se vidait complétement.

Mais ce n'est pas tout.

Dans les constructions cylindriques que j'ai indi


quées, le filet doit, non-seulement servir de support
à la nacelle, mais encore entourer complétement le
cylindre aérostatique, de manière à le consolider et
à augmenter sa résistance. Il est facile, dans ce cas,
d'attacher d'une manière permanente l'enveloppe à
la demi-circonférence du filet, en sorte qu'en admet
tant une déchirure, quelque large qu'elle soit, l'en
veloppe ne puisse fuir, et vienne ainsi former un
vaste parachute qui ralentirait et régulariserait la
descente.
24
370 APPLICATION A L'AÈROSTATION.

Mais ce n'est pas tout encore : il est facile d'in


staller dans le navire aérien ce que j'appellerai un
refuge.

Ce refuge est tout simplement formé par une


nacelle supérieure, en matière flexible, et tendue
dans les cordages, touchant presque le corps du
ballon.
En cas de danger, elle doit servir de moyen de
sauvetage aux passagers, ainsi qu'à l'équipage.
J'admets en effet la rupture complète d'une des
capacités de l'aérostat, celui-ci va tomber.
La chute va être diminuée : d'abord, nous le sa
vons, par l'action des capacités restées pleines;
puis par le filet, qui, entourant de toutes parts l'en
veloppe, maintient en certaines proportions la dé
chirure; enfin par le parachute que je viens de dé
crire, et qui, tout naturellement, va se former par la
disposition même de l'appareil.
Malgré cela, la chute continue. Que va-t-il arri
ver? La nacelle va d'abord toucher le sol. Or, cette
nacelle ne contient plus d'hommes, puisque tous sont
dans le refuge, mais elle renferme encore les mar
chandises, les bagages, les machines, la majeure
partie en un mot du lourd.
Dès qu'elle sera à terre, l'aérostat tendra bien
encore à descendre, en vertu de l'impulsion acquise,
mais cette impulsion sera immédiatement combattue
par la légèreté spécifique de l'appareil, laquelle en
un instant deviendra considérable, puisque la na
celle ayant touché le sol, a débarrassé l'aérostat
DIRECTION AÉRIENNE. 371

du poids qui l'entraînait. Dès lors, il tendra à re


monter et, par conséquent, les passagers logés dans
le refuge, n'auront pas touché terre et n'éprouve
ront qu'un choc très-amoindri.
Donc de ce côté, et le plus redoutable, les chances
d'accidents sont notablement diminuées.

Si nous nous reportons maintenant aux naufrages


qui, chaque année, désolent les rivages de nos côtes,
si nous nous rappelons les luttes que la navigation
soutient journellement au milieu des océans contre
les éléments, si enfin nous songeons à ces drames
dont la mer seule garde le secret, et où parfois des
milliers d'hommes trouvent la mort en même temps,
nous pouvons hardiment dire que la navigation
aérienne, de ce côté encore, présentera de nom
breux avantages sur la navigation ordinaire.
Pour se convaincre de la réalité de ce fait, il suf
fit de se rappeler qu'au navire chassé par la tempête,
il lui faut craindre jusqu'à la côte qui lui offre un
refuge, tandis que l'aérostat, avec les moyens que
lui donne l'ammoniaque, peut à tout instant, et en
quelques minutes, gagner les plaines aériennes, où
un calme toujours complet assure toute sécurité.

Ainsi donc, en admettant la triste nécessité d'ac


cidents possibles, il est permis de dire que ces acci
dents seront relativement rares et que, parmi les
modes de locomotion adoptés, l'aérostation, sous ce
rapport encore, n'aura pas le dernier rang.
372 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

CONCLUSIONS,

Je viens de prouver dans tout ce qui précède


que, grâce à l'ammoniaque et aux moyens qui com
plètent son action, on pouvait :

Faire de longues traversées;


Monter, descendre à volonté;
Se maintenir à telle hauteur désirée;
Se diriger dans les courants ;
Lutter en certaines proportions contre eux ;
Amoindrir les dangers ;
Enfin donner aux navires aériens des puissances
de 500 à 1000 tonneaux.

Que faut-il donc encore pour assurer l'avenir de


la navigation aérienne ?

De l'argent! de l'argent! beaucoup d'argent !

Et, en effet, chaque fois qu'on tentera l'expé


rience dans des conditions insuffisantes, l'insuccès
sera là; chaque fois qu'on se contentera d'expé
riences en miniature, rien ne sera prouvé.

Pour moi toute la question est là.

Avec une dépense suffisante, un demi-million


DIRECTION AÉRIENNE. 373

au moins, il n'y a pas un ingénieur, même de ceux


qui ne croient pas, qui n'arriverait à conduire un
navire aérien de Paris à Pékin, je ne crains pas de
l'affirmer ?
La question d'argent est donc tout. Dès qu'elle
sera résolue, il ne faudra plus que vouloir. Il n'y a
peut-être pas de problème, dont la solution présente
autant d'éléments de succès que celui-ci.

Fâcheusement, par la grandeur même et l'immen


sité de ses résultats, l'aérostation échappe à la spé
culation privée. Dès lors la difficulté de réunir des
capitaux suffisants apparaît.
Cependant il ne faut pas désespérer.
La navigation aérienne est avant tout une
question humanitaire, c'est un lien de plus à ajou
ter à ceux qui unissent les nations. Si elle ne peut
être tout d'abord une opération commerciale, elle
peut du moins appeler à elle ceux qui veulent le
bien public.

Un jour viendra, où résolûment un certain nombre


d'hommes se réuniront et voudront le succès, en lui
faisant la part d'argent qu'il lui faut; ce jour-là, je
le répète, le succès sera!

Et quand on voit des entreprises hérissées de dif


ficultés comme le percement de l'isthme de Suez,
la pose du câble transatlantique, subsister par la
seule volonté de quelques-uns, il n'est pas permis
de douter.
-

374 APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Bientôt aussi, j'en ai la ferme conviction, l'aérosta


tion trouvera son promoteur; alors les airs eux
mêmes ne refuseront plus à l'homme les voies qu'il
est en droit de s'y tracer, et son domaine s'étendra
jusqu'aux plaines aériennes, dont l'ammoniaque lui
aura facilité l'accès. Conquête admirable, pacifique,
qui, en brisant les barrières que le sol a mis aux
nations, tendra à les conduire vers l'harmonique
union, qui doit résulter de la civilisation.
CHAPITRE VII.

FABRICATI0N DE L'AMM0NIAQUE
ET

CONSTRUCTION ÉCONOMIQUE DES APPAREILS

DESTINÉS A UTILISER SES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES.


-

EXPOSÉ.

Dans tout ce qui précède, je me suis occupé des


applications de l'ammoniaque à l'industrie. Il me
reste à traiter un sujet intéressant, c'est la fabrica
tion économique des appareils destinés à utiliser les
propriétés de ce corps et sa préparation par de nou
veaux moyens.

Ce sujet a une importance considérable. Il s'agit


en effet de répondre à de nombreux besoins; il faut
donc arriver à construire les appareils utiles, dans
des conditions économiques telles, que leur emploi
puisse facilement se généraliser.

Les moyens d'arriver aux résultats que j'énonce


376 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
ont fait l'objet d'un quatrième mémoire envoyé à
l'Institut, je vais en reproduire la substance.

Tout le monde sait, que les machines sont ordi


nairement composées de fonte, de fer, de cuivre,
enfin d'acier en moindre proportion.
Dans l'établissement de celles qui emploieront
l'ammoniaque, le cuivre devant être proscrit, je n'ai
pas à m'occuper de ce corps; il en est autrement
des trois autres métaux qui seront largement uti
lisés.
Jusqu'ici, la fonte a tenu en construction le pre
mier rang. Son bas prix, la propriété qu'elle a de se
mouler et de donner ainsi à bon compte des pièces
très-ouvragées, la font autant que possible em
ployer.
Mais elle a un très-grand inconvénient, c'est
qu'elle est cassante. On ne peut, par suite, l'utiliser
partout; de plus il faut lui donner des épaisseurs
considérables, ce qui ajoute au prix des machines,
à leur poids, à leur encombrement.
Le fer est autrement tenace. Sa fibre permet de
le contourner à la forge dans des conditions relati
vement faciles; mais ce travail est coûteux, aussi
réserve-t-on son emploi pour les pièces ayant des
efforts considérables à supporter, ou pour toutes
celles ayant un mouvement quelconque à trans
mettre.

L'acier jouit de propriétés encore plus résistantes,


mais avec lui un inconvénient spécial se présente :
il est très-cher; son emploi est dès lors limité. Les
EXPOSÉ. 377

efforts de l'industrie tendent bien à lui donner une


place plus large dans la consommation. On est arrivé
par les procédés Bessemer à le fabriquer dans des con
ditions relativement réduites. Les avis sont diverse
ment partagés sur la qualité de l'acier ainsi produit.
Je n'ai pas à émettre d'opinion sur ce sujet, pas
plus qu'à entrer dans les discussions qui se sont éle
vées dernièrement sur la nature et la formation de
ce corps; je ne veux que constater une chose, c'est
le mouvement qui entraîne la construction vers des
agents meilleurs, plus résistants, et en même temps
l'analogie de mes recherches avec cette tendance.

Pour atteindre les résultats cherchés, je propose


de prendre à la fonte ses procédés de moulage qui
sont économiques et de les appliquer au fer, en un
mot, d'arriver à fondre celui-ci et à le mouler dans
des conditions ordinaires. Le travail difficile et lent
de la forge sera ainsi suprimé; la fabricatien du fer
sera simplifiée, par conséquent le prix de cette ma
tière singulièrement abaissé. Dès lors, on pourra
l'employer en des proportions d'autant plus larges,
que le moulage permettra d'obtenir des pièces, qu'il
aurait été impossible de produire au marteau.

Je sais que le fer fondu ne pourra remplacer com


plétement le fer forgé. Il y a des cas où le marte
lage est nécessaire pour condenser, comprimer les
molécules du métal et augmenter sa ténacité. Mais
encOre là, il y aura avantage à fondre des lingots
appropriés à la forme de la pièce et à ne laisser par
378 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
2

conséquent au travail du marteau, qu à produire la


compression moléculaire.
Pour qui a vu combien la forge de certaines pièces
demande de temps et d'efforts, combien de soinsil faut
pour arriver à obtenir un morceau d'une homogénéité
suffisante, duquel on puisse faire sortir la pièce de
mandée, il sera évident que produire un lingot par
faitement sain, de forme appropriée à la circonstance,
facilitera singulièrement le travail et ses résultats
économiques, tout en conservant au métal le nerf,
la ténacité que donne la percussion.
En étudiant la question des machines à vapeur
combinées, je citai une note très-substantielle de
M. l'amiral Pâris, qui relatait la félure à la mer, de
cylindres en fonte de diamètres considérables, et
représentant par conséquent des sommes considé
rables en temps et en argent.
N'est-il pas vrai, que si le fer était substitué dans
les mêmes conditions à la fonte, ces accidents n'ar
riveraient plus? Avec le fer fondu la chose devient
possible.

Il est encore une application du fer fondu qui ren


dra la construction plus économique.
L'impossibilité de trouver des moules suffisamment
résistants force à couler la fonte et le cuivre dans
des moules en sable. Quelque bien établis que
soient ces moules, il y a toujours des irrégularités,
en sorte que, soit pour des surfaces frottantes, soit
simplement pour des contacts, il faut ultérieurement
ajuster la pièce. De plus, les trous, soit pour bou
EXPOSÉ. 379

lons, soit pour axes, ne viendraient pas à la fonte


exactement, il faut donc exécuter ultérieurement
tOuS ces travaux.

Le fer fondu permettra d'opérer une réduction


considérable dans ces retouches. En effet, comme
d'une part il reste solide à la température de fusion
de la fonte et de celle du cuivre, que d'une autre
part la faculté de le mouler permet de lui donner
toutes formes désirables, il est possible d'en faire des
moules ajustés convenablement, dans lesquels pour
ront se couler les objets d'utilisation courante.
On les obtiendra ainsi finis, ajustés, avec trous de
boulons, etc., etc.
Je n'entends pas dire que ce mode de coulage
s'appliquera à toutes les pièces d'une machine. Il en
est qui resteront toujours l'objet de la fabrication
ordinaire; mais nombre d'autres, telles que coussi
nets, paliers, tubulures, etc., etc., pourront être
ainsi obtenues d'un seul coup, avec cette circon
stance qu'elles présenteront une surface lisse, polie,
durcie, que ne peut donner le sable.

En résumé, je classe en trois applications princi


pales l'emploi du fer fondu :

1° A l'obtention directe de pièces employables


en mécanique ;

2° A la fabrication de moules soigneusement finis,


dans lesquels on pourra couler des pièces de fonte
utilisables sans ajustage ultérieur ;
380 FABRICATIoN DE L'AMMONIAQUE, ETC.
3° Enfin à la préparation de lingots de forme dé
terminée, devant être soumis plus tard au marte
lage.

En parcourant les lignes qui précèdent, une ob


jection se sera présentée à l'esprit du lecteur. Le
fer, dira-t-on, fond à envpron 15 à 1600°, encore à
ce degré n'est-il pas assez fluide pour être coulé. Or
nos foyers ne donnent moyennement qu'une tem
pérature maximum de 13 à 1400°; comment arriver
aux résultats énoncés ci-dessus?
Ce sont les moyens utiles à cette opération que je
vais étudier dans le paragraphe suivant.

PRODUCTION DU FER FONDU.

Dans la combustion ordinaire, non-seulement les


produits de la combustion s'échappent à une très
haute température, mais encore une énorme quan
tité d'azote traverse le foyer, s'y échauffe, et en
traîne par conséquent au dehors une quantité
considérable de calorique.
Dans les fourneaux les mieux combinés, en brû
lant du charbon et ne chauffant pas préalablement
l'air, il est évident qu'on ne peut dépasser la tempé
rature indiquée de 12 à 1400°. Cette température
suffit pour la fonte, qui entre en fusion de 1050 à
1200°; elle est insuffisante pour le fer, à moins de
chauffer l'air nécessaire à la combustion, ce qui
n'évite pas la perte causée par l'échappement de
PRODUCTION DU FER FONDU. 381

l'azote et a, de plus, des inconvénients sur lesquels


je n'ai pas à insister.

Je propose, moi, de changer radicalement, et le


combustible et le mode de combustion, et de rem
placer le tout par la combustion du fer dans l'oxy
gène.

J'examinerai plus loin comment produire éco


nomiquement ce dernier corps. Qu'il me soit per
mis seulement d'entrer dans quelques considé
rations qui démontreront la justesse de ce que
j'avance.
Nous sommes habitués à n'envisager comme com
bustibles que les corps qui, en se combinant à l'air
libre avec l'oxygène, peuvent produire des effets
calorifiques. Ces corps sont nombreux. Ceux que
leur prix, la facilité de leur combinaison met le
plus à notre portée sont : les charbons, les bois, les
huiles, enfin l'hydrogène, et nombre de carbures
de ce gaz.
Or tous ont des produits volatils, c'est-à-dire
que, le résidu de la combustion étant gazeux et
prenant par conséquent un développement considé
rable, il faut nécessairement les laisser échapper
dans l'atmosphère, et ce à une température d'au
tant plus élevée, que la molécule gazeuse, vive
ment entraînée par le courant qui l'emporte, n'a
pas le temps de se refroidir.

Mais ce n'est pas tout. Le fait qui constitue la


382 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
combustion n'est, on le sait, qu'une combinaison
d'oxygène. Or, comme cet oxygène est pris dans
l'atmosphère, il en résulte, comme je l'ai déjà ex
pliqué, que pour une partie d'oxygène, il faut
échauffer quatre parties d'azote, corps parfaitement
inerte et inutile.
Si, au contraire, au combustible ordinaire nous
substituons un corps, qui c'est très-vrai ne brûle que
dans l'oxygène, mais dont le produit de la combus
tion est fixe, rien n'est plus perdu. Nous évitons
l'échauffement de l'énorme quantité d'azote qui .
s'échappe dans les conditions ordinaires; nous con
centrons dans le fourneau toute la chaleur produite ;
enfin, nous sommes sûrs de ne mélanger au fer
aucun corps étranger, ce qui n'arrive pas avec le
charbon. Cette méthode, tout en laissant le métal
parfaitement pur, permet d'atteindre des tempéra
tures inconnues jusqu'ici dans la pratique indus
trielle ; elle ouvre donc un champ nouveau à des
applications jusqu'ici impOssibles.
Si nous considérons, en effet, qu'un kilogramme
d'oxygène brûlant du fer dégage 4327 calories (Du
long) et produit 3º62 d'oxyde, nous voyons que
le calorique spécifique de ce dernier étant 0,1669,
donne pour la masse une élévation de température
égale à 7161 degrés, et ce, sans que l'oxygène ait
été préalablement échauffé.
Au lieu du chiffre de Dulong, si nous admet
tons celui résultant des expériences de M. Des
pretz, qui est 5325, nous voyons que l'élévation
produite sera de 8814°, toujours sans échauffement
PRODUCTION DU FER FONDU. 383

préalable de l'oxygène. En mettant à profit cet


échauffement, on pourrait donc dépasser des tem
pératures de 10000°.
/

Les métaux ne le cèdent en rien, comme puis


sance calorifique, aux combustibles ordinaires. La
table suivante fera voir, que comparés à l'hydro
gène, ces corps donnent d'excellents résultats. -

CHALEUR ÉVALUÉE EN CALoRIEs, PRoDUITE PAR LA CoMBINAIsoN DE


1 KILOGRAMME D'oxYGÈNE AvEC L'UNE DES sUBsTANCEs CI-DEssoUs
DÉNOMMÉES :

SUIVANT

Nom Lavoisier
des Dulong. et Despretz
substances. Laplace.
Hydrogène.......... 4325. .. ... 2910. . , , , . 2578
Zinc.. ... .. ... ... .. . 5275. ... .. > • • • • • • X>

Etain............... 4531 . ... .. 2 • • •• • • X>

Oxyde de carbone.. .. 4358.... .. 2 • • • .. . X>

Fer. ........ - • • • • • • • 4327... .. . > • • • • • • 5325


Charbon ............ 2735...... 2722...... X>

Alcool absolu........ 3336...... 3019... .. . >

Ainsi, d'après Dulong, l'hydrogène n'aurait pas


plus de puissance calorifique que le fer et en aurait
moins que le zinc. M. Despretz a trouvé pour le
fer des quantités encore plus fortes. Même en admet
tant comme seuls exacts les résultats les plus faibles,
ceux de Dulong, nous voyons que la flamme du cha
Iumeau ne peut produire qu'un courant gazeux élevé
à 8094°, tandis que la combustion du fer, tout en
atteignant presque cette température, présente cette
384 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
différence énorme, que toute la chaleur reste concen
trée dans l'intérieur de l'appareil employé, que
l'oxyde formé n'a qu'une chaleur spécifique très
réduite, tandis que la vapeur d'eau résultant de la
combustion de l'hydrogène en a au contraire, une
beaucoup plus élevée, et s'échappe constamment du
foyer comburant.

Appliquant ces différents raisonnements au cas


spécial que je traite, voici comment s'établiront les
choses :

1000* de fer élevés à 1700° représentent, en y


comprenant le calorique de fusion, environ 220000
calories.
Prenant pour base le chiffre de Dulong, qui est
l'expression calorifique la plus réduite du fer, nous
voyons, que pour produire cette quantité de cha
leur, il faudra 50*086 d'oxygène, et qu'en admet
tant la production de l'oxyde Fe"0* que donne or
dinairement cette combustion, ces 50*086 d'oxygène
exigeront la présence de. . . . 13l*450 de fer.
Ensemble. . . . . . . . . 18lk536 d'oxyde à
produire pour obtenir l'effet utile.
Mais deux circonstances tendent à augmenter
cette dépense.
La première, c'est la conductibilité des parois. En
admettant 1/20 pour la perte de chaleur ainsi faite,
on arrive à augmenter de 2º50 la quantité d'oxygène
à brûler, soit 190*612 d'oxyde à produire.
La seconde, c'est la quantité de chaleur que con
PRODUCTION DU FER FONDU. 385

serve cet oxyde, quantité de chaleur qui s'évalue


par :
190,612 >< 1700 >< 0,166 = 53790 calories,

sur lesquelles une bonne partie, estimable aux 3/4


environ, peut être reprise par l'oxygène et le fer à
53787
brûler, soit en définitive 4
= 13446 calories, ou
3*10 d'oxygène à ajouter; ensemble 55º68
Soit. ... .. ... ......... 146 13 de fer,
20l 8l d'oxyde,
En définitive..........
dont nous étudierons plus loin la réduction.

Je néglige de défalquer de cette quantité une


certaine proportion d'acides, carbonique, sulfureux,
phosphorique, etc., etc., qui pourront être formés par
la combustion des métalloïdes que contient le fer,
ces différences ne changeant pas sensiblement les
résultats cherchés.

Mais si, au point de vue calorifique, la combus


tion de ces métalloïdes n'a pas grande importance,
la situation change singulièrement si nous considé
rons que l'oxyde de fer ainsi formé n'est pas perdu;
qu'au contraire, il sera réduit et transformé en fer
malléable.
Dans cette condition la combustion qui a servi à
produire cet oxyde n'est, en réalité, qu'un mode
complet d'épuration du fer ou de la fonte brûlée.
En effet, tous les corps qui étaient engagés dans
le métal combustible, soit à l'état de combinaison,
soit à l'état de mélange, Ont été comburés. Le char
25
386 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
bon, le soufre ont été chassés à l'état de gaz. Le
phosphore lui-même a été aussi éliminé sous cet état,
les acides qu'il forme étant volatils à la très-haute
température atteinte. L'arsenic est dans les mêmes
· conditions. Le silicium passe à l'état d'acide et forme
un silicate de fer fusible qui reste sur le bain. Enfin
le cuivre, que peuvent contenir les fontes provenant
de pyrites, passe àl'état d'oxyde, qui peut être séparé
du fer par des lavages dans une eau ammoniacale,
cette eau dissolvant cet oxyde et étant sans action
sensible sur l'oxyde de fer.

En résumé, ce mode de traitement présente les


avantages suivants :

1° En raison de la haute température obtenue, il


est possible d'obtenir le fer dans un état de fluidité
convenable, ce qui permet d'arriver aux consé
quences pratiques plus haut énoncées ;

2° Par suite de cette haute température, il de


vient facile d'allier au fer d'autres métaux suscep
tibles d'augmenter sa ténacité ;

3° Dans cette opération, tous les métalloïdes que


contient le fer combustible sont brûlés et éliminés ;

4° En raison de cette élimination, on peut se ser


vir comme combustibles de fontes de première fu
sion, obtenant ainsi pour résultat de l'oxyde de fer
très-purifié, facilement réductible ;
PRoDUCTION DU FER FONDU. 387

5° Enfin, par suite encore de cette propriété, il


sera possible d'utiliser des minerais sulfureux ou
phosphoreux rejetés aujoud'hui par l'industrie. Le
résidu du grillage des pyrites, par exemple, sans
valeur actuellement, étant transformé en fonte,
pourra être brûlé et former un oxyde donnant en
suite du fer de qualité ordinaire.

Un mot sur la construction des fourneaux à établir.

Il est bien évident, que les matériaux utilisés or


dinairement dans l'établissement des fours métal
lurgiques ne résisteraient pas aux émanations de
rayons calorifiques aussi intenses. Il faut donc recou
rir à des matières plus réfractaires.
En combinant l'emploi de certains corps infusibles
et purifiés, tels que l'alumine, le carbonate de
chaux, etc., etc., il est possible de faire des revête
ments intérieurs suffisamment résistants. Ce résul
tat est d'autant plus facile à obtenir, que les ma
tières traitées dans les fours ne peuvent produire
que des laitiers peu abondants; que ces fours au
raient une capacité réduite, ne seraient pas en com
munication avec l'air atmosphérique, qui, pendant
le refroidissement, déliterait la chaux formée ;
qu'enfin, en raison du moindre développement de
leur capacité, la consolidation du tout serait facile à
faire extérieurement, en s'aidant de matériaux ordi
naires et en donnant aux murs assez d'épaisseur
pour diminuer autant que possible la conductibilité
des parois.
388 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
Je m'arrête dans l'exposé que je viens de faire de
ce nouveau mode de combustion. Je dirai, toute
fois, que ce n'est pas seulement aux opérations mé
tallurgiques que pourra s'étendre la combustion du
fer. Bien des applications pourront utiliser ce mode de
produire la chaleur. Il n'est pas jusqu'au chauffage
des maisons sans perte d'air brûlé ni de chaleur,
qui ne pourra avec le temps être produit dans ces
conditions. Mais pour utiliser ce combustible, il nous
faut, ne l'oublions pas, un corps spécial, l'oxygène;
c'est à produire ce gaz à bon compte qu'il faut ar
I'lVeI'. -

Avant d'aborder cette étude, je veux m'arrêter


un instant et reproduire le résumé de recherches,
qui, publiées depuis la communication du travail
qui précède à l'Académie, sont venus confirmer mes
VUleS.

D'abord M. Schlœsing, en démontrant la possibi


lité de fondre le fer, par la seule action de la cha
leur produite par la combustion de l'hydrogène, a
déduit de cette possibilité, celle que je viens d'ana
lyser — l'utilisation du fer fondu — en le coulant
au lieu et place de fonte.
Ce mode de fusion ne me paraît pas destiné à de
venir industriel. La masse d'azote qu'il faudrait
échauffer sera toujours là une cause d'insuccès, mais
cette expérience n'en démontre pas moins la possi
bilité parfois contestée de pouvoir couler le fer. A
ce titre il est important de la noter.
PRODUCTION DU FER FONDU. 389

Vient ensuite M. Cailletet, qui, par ses tra


vaux sur la dissociation des gaz à de hautes tem
pératures, phénomène indiqué par M. H. Sainte
Claire-Deville, a de son côté, démontré l'opportunité
en métallurgie de la substitution d'un combustible
métallique aux combustibles métalloïdes jusqu'ici
employés.

Il m'est impossible de reproduire en entier l'inté


ressant travail de M. Cailletet. Il est surtout impor
tant, en ce qu'il a constaté sur des appareils métal
lurgiques, mis en feu dans les conditions ordinaires,
que les phénomènes de combustion auxquels est
dû le dégagement de la chaleur utilisée, ne se pro
duisent qu'en très-minimes proportions dans ces
foyers mêmes; que ce n'est qu'au delà, dans les en
droits où la température est moindre, que se mani
feste la presque totalité des combinaisons.
Partant de ce principe que la proportion d'oxy
gène devait être plus grande là où le phénomène
de dissociation était le plus intense, M. Cailletet a
disposé un appareil qui lui a permis de soutirer du
milieu des foyers les plus actifs, les gaz en formant
l'atmosphère. Refroidissant brusquement ces gaz, il
évitait toute combinaison ultérieure, et obtenait
ainsi un échantillon exact de l'atmosphère inté
rieure, pouvant'être extrait à n'importe quel moment
de l'opération.

Voici le résultat des analyses que, dans ces con


ditions, l'habile expérimentateur a pu faire :
390 | FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.

GAz AsPIRÉs DANs LA CUVE D'UN HAUT FOURNEAU.

No 1. No 2. Moyenne.
Oxygène. ......... 15,24... .. 15,75..... 15,49
Hydrogène........ 1,80. .. . 0,» .. .. . 0,90
Oxyde de carbone.. 2,10. .. .. 1,30. ... . 1.70
Acide carbonique . . 3,» . .. , . 2, 15. .. .. 2,58
Azote............. 77,86..... 80,80... .. 79,33
100,00 100,00 100,00

GAz AsPIRÉs AU-DEssUs DE LA GRILLE D'UN FoUR A soUDER.

No 3. No 4. Moyenne.
Oxygène.......... 13,15 .... 12,33... .. 12,74
Oxyde de carbone.. 3,31. .. . 2,10.... . 2,70
Acide carbonique .. 1,04. ... . 4,20 , ... . 2,62
Azote............. 82,50..... 81,37... . . 81,94

100,00 100,00 100,00

GAz DE CE FoUR ASPIRÉS A 15 MÈTRES AU DELA DE LA GRILLE.

No 5. No 6. Moyenne.
Oxygène.......... 8,» . ... . 7,30. ... . 7,65
Oxyde de carbone.. 2,40. ... . 4,02. .. .. 3,21
Acide carbonique .. 7,12. ... . 7,72... .. 7,42
Azote.... , ........ 82,48..... 80,96.... . 81,72
100,00 100,00 100,00

GAz DE CE MÊME FoUR, MAIS RECUEILLIS PAR UN TUBE MÉTALLIQUE


LES LAISSANT SE REFROIDIR LENTEMENT.

No 7.

Oxygène ... ... .. ....... : ... 1,21


Oxyde de carbone. .. .. ... .. e • • 1,42
Acide carbonique......... ... . 15,02
Azote. ............. - - - • - º - • - © 83,35

400,00
PRODUCTION DU FER FONDU. 391

Ainsi l'oxygène, qui, dans les deux premières


- - 15.49
expériences, présentait une moyenne de. .. TI0OTöö
- - · · , · 12,74
se maintenait dans la 2° série à.. .. .. ... .. TI0OT
pour, dans la 3° série d'expériences, où déjà
les gaz étaient puisés dans une partie de
l'appareil notablement refroidie (5 à 600° en
viron), ne présenter plus qu'une moyennne
7,65
de · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · TI0OT

s'annihile presque complétement, lorsque


les gaz peuvent se refroidir lentement et,
par suite, trouver la température utile à
leur combinaison, ce que démontre sura
bondamment la 7° expérience, qui, elle,
• - - r 1 .21
n'indique plus la présence que de. .... ... . * o
d'oxygène.

Ainsi donc, comme l'avait bien indiqué M. Deville,


les gaz se combinent d'autant plus difficilement que
leur température approche du point de dissociation.

Cette conclusion a une haute importance dans la


pratique. Elle prouve, et c'est en cela surtout que le
travail de M. Cailletet présente un intérêt sérieux ;
Que ce n'est pas dans les foyers métallurgiques,
où l'action du calorique a besoin d'être le plus in
tense, que se fait la plus grande partie de la com
binaison, mais bien au delà, hors du centre d'action,
392 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
là où les gaz rencontrent les températures conve
nables pour que leurs affinités mutuelles puissent
s'exercer.
Ce travail prouve encore, que si la chaleur peut
être utilisée ultérieurement au chauffage de géné
rateurs, il n'en est pas moins vrai qu'au point de
vue de l'action métallurgique à produire, il n'y a
qu'une très-minime proportion de combustible uti
lisée, ce qui rend naturellement les résultats cher
chés plus lents à obtenir et plus coûteux.

Toutefois une considération autre doit être envi


sagée : si la loi de dissociation, qui désormais est un
fait acquis à la pratique, peut s'appliquer à la géné
ralité des corps, il est certain aussi qu'elle ne s'exerce
que proportionnellement à la nature et à l'affinité
de leurs composants. C'est ainsi que la plupart des
oxydes métalliques résistent à des températures
beaucoup plus élevées que les gaz, déduction natu
relle, qui vient rationnellement démontrer, l'oppor
tunité de la substitution d'un combustible métallique
aux combustibles métalloïdesjusqu'ici exclusivement
employés.
Voici, sur ce point, ce que dit M. Cailletet, qui, de
visu, a constaté les faits qui viennent donner raison
à la méthode nouvelle que j'avais indiquée :
« ... Le tube extrait du four est recouvert d'une
« couche épaisse de noir de fumée; ainsi, comme
((
dans le haut fourneau, l'oxygène a été à peu près
sans action sur le charbon. Les corps combustibles
sont cependant brûlés dans le courant gazeux; le
PRODUCTION DU FER FONDU. 393

« fer s'y oxyde en développant une température bien


« supérieure à celle du four; l'œil, armé d'un verre
« coloré, peut vérifier ce fait. L'écoulement des
« scories confirme également l'oxydation du fer, qui
« peut monter à plus de 10 pour 100 pendant le
« temps nécessaire à son soudage.
« Si tous les corps portés à une température suf
« fisante peuvent être dissociés, ainsi que cela est
« probable, la tension de dissociation de l'oxyde de
« fer doit être bien plus faible que celle des gaz que
« nous avons examinés. A la température à laquelle
« nous opérons l'affinité de l'oxygène pour le fer
« n'est donc pas détruite, et c'est grâce à la double
« action de la chaleur du foyer, et de la température
« développée par l'oxydation, que ce métal a pu
« être soudé dans les ateliers métallurgiques. »
M. CAILLETET.

De ce qui précède résulte donc ceci :


1° Que la combustion des gaz ne se fait qu'en
très-minimes proportions dans les foyers métallur
giques;
2° Que la combustion du fer entre au contraire
pour une large part dans la production des hautes
températures obtenues.

Est-il possible de trouver démonstration plus


claire et plus positive de l'opportunité du mode
que j'ai énoncé , et quelque osées qu'aient pu
paraître mes vues, leur rationalisme n'est-il pas
394 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
prouvé par les remarquables recherches que je
viens de citer? -

Ainsi donc, s'appuyant sur les principes mêmes


que je viens d'énoncer, il est évident qu'il est désor
mais utile et économique de n'employer en métal
lurgie que des combustibles métalliques. Reste à voir
maintenant ce qu'il sera fait des oxydes ainsi pro
duits, le mode le plus convenable de produire l'oxy
gène; je reviens à ces différents sujets que je vais
immédiatement aborder.

PRODUCTION DE L'OXYGÈNE.

La production économique de l'oxygène a été jus


qu'ici le but de nombreuses recherches.

Les procédés donnant les meilleurs résultats


sOnt :

1° La décomposition et la reconstitution de l'hy


drate de baryte, proposée par M. Boussingault;
2° La décomposition du chlorate de potasse ;
3° Celle de l'acide sulfurique.

Divers autres modes ont été encore mis en avant,


mais pas un, y compris ceux ci-dessus indiqués, n'a
pu encore prendre une place sérieuse dans la pra
tique.
Je crois pouvoir indiquer un mode de préparation
pouvant mieux convenir à l'industrie.
PRODUCTION DE L'OXYGÈNE. 395

Je veux parler de l'emploi du chlore.

Lorsqu'on fait passer un courant d'acide chlorhy


drique desséché et d'air sec sur de la ponce chauffée
au rouge dans un appareil convenable, il y a dé
composition de l'acide. L'hydrogène se porte sur
l'oxygène de l'air pour former de l'eau et on recueille
de l'azote et du chlore facilement séparables.
Lorsqu'au contraire, on fait passer dans un tube
chauffé au rouge un mélange de chlore et de vapeur
d'eau, il y a de nouveau décomposition, mais, cette
fois, c'est l'hydrogène qui se combine avec le chlore
et l'oxygène est mis en liberté.

Profitant de ce double phénomène et des proprié


tés spéciales à chacun de ces corps, on comprend
qu'il est facile d'établir un circuit dans lequel le
chlore, après avoir décomposé l'eau et mis l'oxygène
en liberté, est ramené à l'état naturel pour de nou
veau servir à une autre décomposition.
Ainsi, dans cette opération, le corps décomposant
se reproduit continuellement, et finalement c'est
l'air, qui, par l'intermédiaire de l'eau, fournit l'oxy
gène utile à l'opération.

Je ne puis entrer ici dans la description des appa


reils qui pourraient être utilisés dans ce but, appa
reils du reste essentiellement modifiables, je dois
seulement reprendre les chiffres déjà fixés et en
suivre l'enchaînement.
396 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
J'ai démontré dans le paragraphe précédent que,
pour fondre 1000 kilog. de fer, il fallait produire :
201 kil. 81 d'oxyde, formés de ... 55,68 oxygène,
146,13 fer.
201,81

Si l'on considère maintenant que 97*26 de chlore,


en formant de l'acide chlorhydrique, absorbent 2,74
d'hydrogène, et dégagent par conséquent 2lº92
d'oxygène, il faudra, pour fournir 55,68 d'oxygène,
combiner 274º04 de chlore avec 6º95 d'hydrogène.
Mais d'autre part, lorsque l'acide chlorhydrique
sera à nouveau décomposé, il y aura, pour mettre le
chlore en liberté, à agir sur de nouvelles quantités
de gaz. Ces quantités seront :
k
55,68 d'oxygène repris à l'air;
par conséquent 265,14 d'azote proportioncorrespondante.

En résumé, le calorique à produire pour élever


à 800° les masses gazeuses sur lesquelles il faut
agir, s'estimera ainsi :
Température. Calorique
spécifique. Calories .

55,68 d'oxygène ... >< 800 >< 0,2182 = 9719,50


6,95 d'hydrogène. >< 800 >< 3,3046 = 18929,57
247,04 chlore....... >< 800 >< 0,1214 = 23992,52
55.68 d'oxygène ... >< 800 >< 0,s182 = 9719,50
265, 14 azote... , ... . >K 800 >< 0,2440 = 51755,32

Soit. ........ 114116,41


calories à produire.
Pour obtenir ce résultat, au lieu de nous servir
de charbon , continuons la combustion du fer dans
PRODUCTION DE L'OXYGÈNE. 397

l'oxygène. Admettons que les 3/4 du calorique


soient repris aux gaz expirés, ce qui est possible
avec les moyens actuels que fournit l'industrie ,
nous voyons que la production de l'oxygène exigera
6º59 de ce gaz, quantité qui pourrait encore être
diminuée si, au lieu de fer comme combustible, on
employait du zinc, le rapport entre les quantités
de chaleur produites par ces deux corps étant, je
l'ai indiqué, :: 4327 : 5275.
Afin de parer aux pertes de chaleur, il convient
de porter à 10 kilog. la quantité d'oxygène à brû
ler dans cette seconde opération, soit 26º24 de fer
à combiner, ensemble 36º24 d'oxyde à former, qui,
ajoutés aux 20lº81 nécessités pour la fusion du fer,
donneront, en définitive, un total de 238,05 d'oxyde
à réduire, que nous porterons en chiffres ronds à
300 kilog. pour parer soit aux pertes qui pourraient
se produire, soit aux quantités emportées par les
métalloïdes brûlés.

Ainsi donc, qu'il ait été question jusqu'ici de la


fusion du fer ou de la production de l'oxygène, il
n'y aura encore eu de brûlé que du fer.

La dépense se réduira donc au coût de la réduc


tion de l'oxyde formé, opération que je vais exa
miner dans le paragraphe suivant (l).

(1) Je sais que, dans les calculs établis d'autre part, je n'ai
fait entrer ni le calorique de dissociation, ni celui de vaporisa
tion; mais ces chiffres se balancent avec ceux que produit la
398 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.

RÉDUCTION DE L'OXYDE DE FER.

Je viens de faire remarquer que la fabrication du


fer fondu n'avait, jusqu'à présent, coûté que la pro
duction de 300 kilog. d'oxyde de fer.
Il s'agit de réduire cet oxyde, afin de retrouver
le fer primitivement employé.
Cette réduction exigeant une certaine dépense en
charbon, ce combustible, premier débours réel de
l'opération, va permettre de chiffrer la dépense,
abstraction faite, bien entendu, de la main-d'œuvre
et des frais généraux.

Avant d'aller plus loin, je tiens à énoncer un fait


dont je vais démontrer l'évidence : c'est que cette
dépense n'est qu'apparente; qu'au fond, elle
n'existe pas.

En effet, est-on forcé d'employer comme combus


tible du fer amené à l'état commercial?
Du tout : on peut parfaitement, pour cet objet,
utiliser des fontes de première fusion. Or il n'est
pas de fontes de cette nature, qui, pour passer à
l'état de fer, même pour devenir fonte mécanique,
ne demande un traitement métallurgique, soit pour

recombinaison des gaz, ainsi qu'avec l'emploi du calorique


échappé à l'échange, les différents gaz devant être amenés pour
leur séparation à la température ordinaire.
RÉDUCTION DE L'OXYDE DE FER. 399

éliminer le carbone qu'elle contient, soit pour chas


ser les autres métalloïdes. J'ai démontré que pour ce
faire, il n'était pas de traitement plus rationnel et
plus radical que la transformation du métal en
oxyde ?
La réduction de l'oxyde devant être faite dans
tous les cas, la fusion du fer n'a donc rien coûté.
Elle a été simplement le résultat d'une opération
nécessaire, — l'affinage du métal impur employé
comme combustible, — métal qui ne pouvait entrer
dans la pratique que par cet affinage. J'avais donc
raison de dire, il y a quelques instants, que cette
dépense n'était réellement pas une charge spéciale
à l'opération décrite. -

Je vais maintenant démontrer à quelle minime


quantité de charbon se réduit le traitement de
l'oxyde ainsi formé.
100 kilog. d'oxyde de carbone absorbent, pour
passer à l'état d'acide carbonique, 57*l5 d'oxygène.
De là résulte ce fait : c'est que, pour réduire 300
kilog. d'oxyde de fer contenant 82º77 d'oxygène,
il faudra 144,80 d'oxyde de carbone, qui passeront
à l'état d'acide carbonique.

Reste donc à voir ce que coûtera cet oxyde et


les moyens de le produire.

Bien des procédés peuvent être employés. Le plus


simple est de décomposer un courant d'acide carbo
nique pur par le charbon.
400 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
J'indiquerai plus loin comment produire ce corps.
Qu'il me suffise de rappeler qu'en le faisant passer
sur du charbon porté au rouge, il y a dédoublement
de l'acide, qui, s'emparant d'un poids de charbon
égal à celui qu'il contenait, se transforme compléte
ment en Oxyde de carbone.
Il nous faut, pour parfaire l'opération, 144*,80
d'oxyde de carbone. Pour obtenir cet oxyde de car
bone, il faudra agir sur 113*,76 d'acide carbonique,
qui, en s'emparant de 31,04 kilog. de charbon, for
meront la quantité d'oxyde demandée.
La dépense en charbon neuf sera donc limitée à
31 kilog. de charbon. Il convient d'y ajouter une
quantité approximative, que nous estimerons être de
50 0/0, tant pour les cendres, scories, etc., que pour
le calorique qu'absorbe le dédoublement de l'acide,
soit en résumé une dépense de 46º50 de charbon,
qui finalement auront fourni :

1000 kilos de fer fondu et moulé,


217 kilos de fer épuré,
265 kilos d'azote.

PRODUCTION DE L'ACIDE CARBONIQUE.

Si dans l'usine ainsi montée il était nécessaire de


faire fonctionner des foyers au charbon, il serait fa
cile d'extraire gratuitement, des produits de la com
bustion, des masses d'acide carbonique.
Pour cela se présente un mode bien simple d'opé
PRODUCTION DE L'ACIDE CARBONIQUE. 40l
rer : il consiste à renverser ce qui se fait ordinai
rement dans la ventilation des fourneaux métallur
giques. - -

· A l'aide de puissants ventilateurs, on y envoie


des masses d'air qui s'y brûlent, entretenant la
. haute température nécessaire au traitement du mé
· tal. Au lieu d'utiliser ce ventilateur ainsi, je le
transforme en aspirateur de l'air brûlé.
La quantité d'air qui passe dans le fourneau reste
la même ; seulement, au lieu d'être poussée, elle
est attirée. Dans ces conditions, l'air est refroidi, as
piré, puis refoulé par l'aspiration dans des réci
pients contenant de l'eau et maintenus à 2 ou 3".
Cette eau dissout l'acide, laisse échapper les autres
gaz. Soutirée lorsqu'elle est saturée, elle laisse
échapper l'acide qu'elle dissolvait sous pression ;
elle est ensuite réintégrée dans les récipients pour
de nouveau reproduire les mêmes phénomènes.

Je n'ai pas besoin de dire que, d'une part, l'appa


reil est disposé pour fixer les acides autres que l'a-
cide carbonique qui pourraient exister dans l'air
brûlé; qu'ensuite, ce même appareil est disposé de
façon à ce que la pression des gaz qui entrent dans
l'appareil, et celle de ceux qui en sortent, s'équili
brent, en sorte que la puissance motrice exigée se
réduise à peu de chose.

Dans les circonstances énoncées aux paragraphes


précédents, il n'y a pas lieu de brûler de charbon ;
il faut donc produire l'acide carbonique par de
26
402 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
moyens connus. Cette première provision faite, elle
sert indéfiniment.
En effet, en disposant les fours à réduction de
manière à ce qu'ils alternent avec les fours à dédou
blement d'acide carbonique, il sera possible d'utiliser,
et sans refroidissement, le même courant gazeux.
La production de l'acide carbonique se réduira
donc au combustible suffisant pour fournir le calo
rique de dissociation qu'exige la décomposition de
l'acide carbonique, circonstance dont j'ai tenu
compte dans les chiffres que présente l'approxima
tion reproduite au paragraphe précédent.

PRODUCTION DE L'AMMONIAQUE.

De savants travaux, et particulièrement ceux de


M. Fremy, ont appris qu'en faisant arriver un cou
rant d'azote sur du fer chauffé au rouge, celui-ci se
combine avec le gaz en notable proportion, que de
plus, si l'on fait arriver de l'hydrogène sur l'azoture
ainsi formé, cet azoture se réduit avec formation
d'ammoniaque . -

Or, pendant la production de l'oxygène, il s'est


dégagé une très grande quantité d'azote qui a pu
facilement être recueillie sous un gazomètre. Si main
tenant dans de longues cornues remplies de fer en
éponge, maintenues de plus à une température
convenable, on fait arriver l'azote ainsi amassé; il y
aura formation d'azoture, qui, décomposé ensuite
par un courant d'hydrogène, fournira en quantité
PRODUCTION DE L'AMMONIAQUE. 403

considérable de l'ammoniaque, laquelle finalement


ne coûtera que le prix de l'hydrogène employé.

On pourrait craindre la lenteur de l'opération. En


effet, dans toutes les expériences faites jusqu'ici, ce
n'est que par l'action d'un courant prolongé qu'on
est parvenu à azoter le fer. Mais on n'opérait que
sur des fils de fer qui présentaient, c'est vrai, des
surfaces nombreuses, mais dont la texture compri
mée, serrée par l'étirage, s'opposait à la pénétration
du gaz et par suite à sa combinaison.

Le fer en éponge, dont je propose l'emploi, obvie


à cet inconvénient. La production de cet état du fer
est due à M. Chenot, qui, en préparant ainsi ce
métal, proposait de fabriquer l'acier dans de meil
leures conditions que celles connues alors.
Il profitait de l'extrême division du métal ainsi
obtenu, pour lui faire absorber une certaine quantité
d'hydro-carbure liquide.
La simple immersion du fer suffisait pour qu'il
absorbât un volume égal au sien d'hydro-carbure.
Il suffisait alors de chauffer le mélange au rouge
pour obtenir l'acier.

Appliquant cette propriété à l'opération qui nous


occupe, il est facile de voir que le métal ainsi pré
paré, n'est plus le fer compacte et serré des expé
riences précitées, mais un corps dont chaque molé
cule est à nu et peut être immergée dans le courant
gazeux, circonstance tout à fait favorable à la com
404 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
binaison des deux corps. Quant à la lenteur de
l'opération, en admettant que la texture poreuse
du fer, employé comme je l'indique, ne soit pas de
nature à la rendre plus prompte, elle ne serait dans
tous les cas qu'une question d'installation ; installa
tion qui ne serait pas encore très dispendieuse,
puisqu'en expérimentant comme je l'ai indiqué,
M. Fremy a pu combiner au fer jusquà 10 et
ll p. 100 de son poids d'azote. Cette proportion
indique suffisamment la possibilité d'atteindre des
résultats industriels. En effet, supposons des cornues
contenant 1000 kilos d'éponge et admettons 10 p. 100
de travail utile, ce serait en résumé une absorption
de 100 kilos d'azote, qui, exigeant pour la réduction
du fer 2lk42 d'hydrogène, produiraient 12lk40
d'ammoniaque pure, correspondant à la production
par opération de 62l kilos d'ammoniaque à 21°, titre
réel et ordinaire de la solution ammoniacale du
COIDIſl6l'Ce. -

En ce qui concerne la production de l'hydrogène,


tous les moyens connus peuvent être utilisés. Il
en est un cependant très-simple, que j'indiquerai,
parce qu'il n'a pas encore été décrit, que je sache.
Il s'agit simplement de faire arriver de la vapeur
d'eau dans un bain contenant du zinc fondu.

Le zinc décompose l'eau à une très-basse tempé


rature, presque celle de l'eau bouillante, comme il
fond à 423°; la température qu'il possède au moment
de la réaction est plus que suffisante.
PRODUCTION DE L'AMMONIAQUE. 405

Ce procédé a plusieurs avantages :

Le premier est de donner de l'hydrogène parfaite


ment pur.
Le second, de n'employer que des températures
modérées, ce qui permettra, dans les usines bien
montées, de profiter de la chaleur perdue des fours.
Le troisième,de mettre toujours la vapeur en pré
sence du zinc métallique : circonstance essentielle
ment favorable à l'opération. En effet, l'oxyde formé,
étant beaucoup plus léger que le zinc, viendra nager
sur le bain, laissant, par conséquent, le métal par
faitement pur remplir la cuve de l'appareil dans
laquelle débouche la vapeur, ce qui maintiendra la
décomposition constante.
Enfin je dois dire, que la pression nécessaire pour
que la vapeur puisse se dégager au sein du zinc en
fusion, ne dépasse pas 2 à 3 atmosphères, ce qui
entre dans la moyenne la plus basse des généra
teurs ordinaires.

En résumé,la fabrication de l'ammoniaque dans les


conditions que j'indique, ne présente rien de com
pliqué. Elle offre à la production de ce corps des
ressources infinies, puisque les éléments de l'opéra
tion sont l'air et l'eau, c'est-à-dire les corps les plus
universellement répandus.
Enfin, son prix de revient devriendra tel, que cette
fabrication, soit qu'il s'agisse de l'industrie, soit
qu'il s'agisse de l'agriculture, prendra un développe
ment pour ainsi dire illimité.A ces titres, la produc
406 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
tion économique de ce corps touche aux plus graves
intérêts. Comme question d'exploitation financière,
c'est l'une de celles qui pourraient être le plus fruc
tueuses et le plus susceptibles d'extension, parmi
celles qu'on peut tenter actuellement

ÉCLAIRAGE AU ZINC.

Un mot seulement de cette question, qui ne doit


ici trouver place qu'accessoirement et parce qu'elle
est une conséquence de la combustion des métaux
dans l'oxygène.

Déjà, à l'aide du magnésium, on a produit des


effets lumineux très-beaux et qui semblent ouvrir
une voie neuve à d'intéressantes applications; mais
ce métal coûte cher, tandis que le zinc est à un prix
très-bas.
Brûlé dans l'oxygène, il donne une flamme exces
sivement brillante, dont l'usage peut s'appliquer à
nombre d'emplois.

J'ai indiqué comment peut être produit à bon


compte l'oxygène, il est facile de comprendre qu'en
mettant en communication une cloche ou un réci
pient en verre avec un gazomètre contenant du gaz
à une pression déterminée, y faisant arriver ensuite
un fil de zinc dont un mouvement d'horlogerie
réglera l'arrivée, il est facile, dis-je, de comprendre
CONCLUSION. 407

que la lumière ainsi produite se maintiendra régu


lière et aussi intense qu'on le voudra, puisque la
tension du gaz restant constante, cette intensité sera
réglée par la grosseur du fil et la rapidité du mou
vement d'horlogerie.
On sait d'ailleurs que l'oxygène n'exerce, à froid,
aucune action sur les métaux, que par conséquent
il peut circuler dans les conduites souterraines et
se prêter à tous les usages que l'expérience pourra
ann6IleI'.

CONCLUSION.

Résumant en quelques lignes les conséquences


qui ressortent des faits énoncés en ce dernier cha
pitre, on voit que ces conséquences peuvent se
grouper ainsi :

Production de l'oxygène avec application à :

1° La fusion du fer par la propre combustion de ce


métal;
2° Production d'un foyer de lumière intense par
la combustion du zinc dans le gaz ;
-

Et comme conséquence de ces faits :

1° Reprise à l'air brûlé, quelle que soit la cause


qui ait amené la combustion, de la moité du carbone
408 FABRICATION DE L'AMMONIAQUE, ETC.
utilisé, par la séparation de l'acide carbonique et sa
décomposition;

2° Utilisation comme combustible de fontes im


pures, pyriteuses ou autres, et transformation de
l'oxyde ainsi produit en fer de qualités commerciales ;

3° Production économique de l'ammoniaque.

FIN.
J'ai voulu, en composant cet ouvrage, démontrer
tout le parti qu'on pouvait tirer de l'ammoniaque
dans l'industrie.

Ai-je énoncé toutes les applications qu'il est pos


sible de faire de ce corps?

Non, assurément !

A mesure que son usage se répandra, les appli


cations se multiplieront et naîtront des circonstances.
Mon intention n'est donc pas de présenter ce volume
comme un travail complet, ce n'est qu'un simple
exposé des moyens à employer et des résultats prin
cipaux à attendre de leur combinaison.

Quelles que soient les recherches tentées en vue


d'applications nouvelles, j'applaudirai à leur succès,
comme aussi toutes mes sympathies seront pour les
travaux, qui, en vulgarisant ce corps à tant d'égards
intéressant, favoriseront son entrée dans la pra
tique industrielle.
CH. TELLIER.
E R R ATA.

Page 61, ligne 13, au lieu de : e'e'e', lisez : fff.


Page 69, ligne 22, au lieu de : MM, lisez : m m.
Page 71, ligne 18, au lieu de : W", lisez : W.
TABLE DES MATIÈRES.

INTRODUCTION . . . . . . . . . . . • . . . . . . . .

CHAPITRE PREMIER.

NOTIONS GÉNÉRALES SUR L'AMMONIAQUE.


Nature de l'ammoniaque . . . . . . . . - - - - º - •

Sa composition , . . . . . . , . . . • • • • • • • •

Tableau de la densité des gaz ou vapeurs . . . . .


Liquéfaction de l'ammoniaque . . . . . . . . . . • -

Tableau des tensions de la vapeur d'ammoniaque. . . .


Propriétés de l'ammoniaque en vapeur. . . . . . . . -

Solubilité de ce corps dans l'eau. . . . . . . . . . e • 4

Tableau des quantités d'ammoniaque dissoutes dans l'eau


aux différents degrés de l'échelle thermométrique . .
Tableau des proportions d'ammoniaque contenues dans
une solution mesurée par l'aréomètre . . . . . . . 18
Théorie de l'ammonium . . . . . . • • • • • • • • • 21
Actions de l'ammoniaque sur le fer . . . . . . . . . . 23
Sources de production de ce corps. . . . . . , . º
24
Son extraction du chlorydrate d'ammoniaque. . . . . . 29
- des eaux vannes ou des eaux d'usines à
80Z. • • . • • • • • • • • . . , • . · · · · · · · 3|
Ses altérations et falsifications . . . . . . . . . . . . 37
Sa formule atomique. . . . . . . . , . . . . . . . . 40
412 TABLE DES MATIÈRES.

CHAPITRE II.

F O RCE MOTRICE.

Exposé . . . . . . . . . . . . . . - e •

Moteur ammoniaque. . . . . . . . . . . . . . . . . 48
Régénération de l'ammoniaque . . . . . . . . . 57

APPLICATIONS.

Force industrielle . . . . . . . . e • • • • • . . . . 72
Pétrins mécaniques . . . . . . . . . . . . . . • . . 74
Grues. . . . . . • e • • © • • • • • • » . . . , . . 75
Industrie du bâtiment . . . . , . . . . . . . . . . , 76
Paliers mobiles . • - e s • 9 • • • e - e • • e • 77
Pompes à incendie. . . . . . . . . . . . . . . , . . 78
Pompes, irrigations . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
Navigation fluviale. . . . , . . . . . . . . . . . . . 80
Bacs mécaniques. . . . . . . . . , . . . . « . . . . 81
Traction mécanique . . . . . . . . . . . • . . . . . 84
- - sur voies ordinaires . . . . . . . 84
- - cheval ammoniaque. . . . . . . . 87
- •- sur voies ferrées . . . . . . . . . 103
- - sur chemins de fer départementaux
et d'intérêt local. . . . . . . . . , . . . .. . . . , 107
Application aux travaux agricoles. . . . . . . . . . . 1 12
Des maîtres de poste . . . . . . , . . . . . . . . . .. 118

CHAPITRE III.

PRODUCTION DU VIDE.

Exposé . . . . . . . . . . . . . . . . · · · · · · · 120
Vidange par l'ammoniaque. . . . . . . . . . . . . .. 124
— Vidange de la fosse . . . . . . . . . . . . - 125
— Transport des matières . . . . . . . . . . , 141
— Fabrication de l'engrais . . . . . . . , • . .. 143
Vidange des égouts . . . . . . . • . . . . . , . .. 148
TABLE DES MATIÈRES. 413

Élévation des vases . . . . . . . . . . . . . . . . .. 149


Élévation des eaux.. . . . . . . . . . . . . . . . . 151
Tubes pneumatiques. . . . . . . . . . . . . . . . .. 152
Chemins atmosphériques. . . . . . . . . . . . . . .. 156
Macadam imperméable. . . . . . . . . . . . . . . .. 157

CHAPITRE IV.

TRANSPORT ET UTILISATION DU CALORIQUE.

Exposé. . . . . . . . . . . . . . . . . . . • . . - 162
Aération des salles de théâtre et des édifices publics et
particuliers . . . . . . . . . . . . . . . . . . • . 464
Refroidissement de la bière et des brasseries . . . . . .. 188
- Régularisation de la température des caves. . .. 191
— Refroidissement des brassins . . . . . . . . . 203
— Maintien de la température de la fermentation , 214
Régularisation des fermentations alcooliques . . . . . . 217
Régularisation de la germinationdes grains. . . . . . . 219
Refroidissement du chocolat.. . . . . . . . . . . . . 221
Rafraichissement de l'air à bord des paquebots à vapeur. 224
Arrosage gratuit. . . , , . . . . . . . . . . . . . . 228

CHAPITRE V.

APPLICATIONS DIVERSES.

Exposé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - . - 238
Fabrication artificielle de la glace et du froid. . . . . . 239
Production de la glace à domicile . , . . , . . . . . . 241
Appareil à compression mécanique . . . . . . , . . . 251
Fabrication du sel marin. . . . . . . . . . . . . . . 266
Fabrication d'objets d'art en marbre moulé . . . . . . 274
Machines à vapeur combinées. . . . . . . . . . . . . 282
Bateaux à vapeur ammoniaque . . . . . . . . , . . . 296
Bateaux omnibus . . . . . . . . . . . . . . . . . . 299
414 TABLE DES MATIÈRES.

CHAPITRE VI.
APPLICATION A L'AÉROSTATION.

Exposé. . , . . .. , . . • . . . . · · · · · · · . . 302

S Ier.
Des aérostats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 305
— Perte du gaz à travers l'enveloppe. . . . . . 312
— Inflammabilité. . . . . . . . . . . . . . . 317
- Dilatation du gaz . . . . . . . . . . . . . 318
— Insuffisance du lest . . . . . . . . . . . . 321
— Emmagasinement des gaz à l'arrivée. . . . . 327

S II.
Direction aérienne. . . . . . . . . . . . . . . . • • 333
- Résistance de l'air. . . . . . . . . . . . . 335
- Point d'appui . . . . . . . . , . . . . . . 343
- Construction de l'aérostat. Forme et résistance
de l'enveloppe. . . . . . . . . . . . . . 344
- Traction.. . . . . . . . . . . . . . • . . 348
- Direction . . . . . . . • . . - . . .. • • . 354
— Équilibre, stabilité. . . . . . . . . . . . . 356
- Combustion. . . . • . . . . . . . . . . . 359
- Machine motrice. . . . . . . . . . . . . . 361
- Gaz employé . . . . . . . . . . . . . . . 363
- Dangers. . .. • . . . . . . . . . . . . , . 367
- Conclusion . . . . . . . . . . , . . . . • 372

CHAPITRE VII.

FABRICATION DE L'AMMONIAQUE ET CONSTRUCTION ÉCO


NOMIQUE DES APPAREILS DESTINÉS A UTILISER SES
PRoPRIÉTÉS PHYSIQUEs.

Espº. · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · . 375
TABLE DES MATIÈRES. 415

Production du fer fondu . . . . . . . . . . . . . . . 380


Production de l'oxygène . . . . . . . . . . . . . • . 394
Réduction de l'oxyde de fer. . .. . . . . . . . . . . . 398
Production de l'acide carbonique . . . . . . . » . . . 400
Production de l'ammoniaque . . . . . . . . . . . . . 402
Éclairage au gaz . . . . . . . . . . .. • . . . . . • 406
Conclusion . . . . . . . . . . . . . .. • . .. • . . . 407

FIN DE LA TABLE.

--

Paris. — Typ. GAITTET, rue du Jardinet, 1.


M0TEUR AMM0NlAQUE

Zegende explicatº ve

4 /ylindre moteur A Zongeur maman an /eau,


5 Robinet introducieur Ze gaz ammonigc iiihse.
5 Reservoir damaomague / gue/ee 6 Aompe 4chtºni / Vaporisation
receram ce cops par le roºme 5 4 Jeupentin vaporºsateur
Z) 53 # zonieman# /eau devant
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#ôsorôer le gaz utilisé et permeire ^ Aozi/ie 77o#rica.
A reprise du calorzgue laienč.

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RÉGÉNÉRATI0N DE L AMM0NIAQUE

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à Amp 3eriauk Paris
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Plan Che V.

VIDANGE PAR L'AMMONIAQUE.


0|SP0SITI0N D' ENSEMBLE .

Planche IV.
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ZaicoZzte zores gue/a voitare est arc vée.
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Planene VIII

REFR0iDiSSEMENT DES BRAssiNs

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PlanChe |X.

ARROSAGE GRATUIT .

Planche IX

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Planche X

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PR0DUCTl0N DE LA GLACE A DOMiCiLE


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FABRICATl0N [lE LA GLACE APPLIQUEE A LA NAVIGATi0N .

ELEVATi0N _ CUt]PE SUIVANT AR _ FIG.1

C0UPE TRANSVERSALE SUIVANT C0

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NOTE.

Le mot de contrefacteur a souvent été prononcé à mon sujet,


je le sais, relativement aux appareils à fabriquer la glace à
l'aide de la solution d'ammoniaque, lesquels, aujourd'hui sont
la propriété de MM. Carré et Ce. - -

Quoique la Cour impériale ait fait justice de cette qualifica


tion en déclarant :
« Que je ne pouvais avoir scuemment contrefait un appareil qui
n'existait pas, »
Je tiens à ce que cet ouvrage, complétement consacré à l'am
moniaque, aille à l'esprit de mes lecteurs sans y laisser de
prévention. -

Pour ce faire, j'ai résumé dans le tableau ci-contre les faits


principaux qui ont motivé l'action que, de concert avec
MM. Haussmann et Badin, j'ai dû intenter à M. Carré.
La Cour a prononcé en dernier ressort. Elle a donné à mes
adversaires la propriété des appareils revendiqués; je n'ai de
vant son arrêt qu'à m'incliner.
Aussi le résumé qui va suivre n'est-il ni une réminiscence
de ce procès, ni l'objet de représailles inutiles. -

Je ne veux qu'une chose : préciser la vérité, et énergiquement


repousser des insinuations à dessein répétées.Je veux surtout
prouver, que dans tout ce que j'ai dit de l'ammoniaque, y
compris les appareils précités, nul ne peut me soupçonner de
contrefaçon.
La contrefaçon ! c'est un vol, c'est l'acte de prendre à autrui
ce qu'il a su créer; c'est une flétrissure, et tout homme d'hon
neur doit énergiquement en repousser l'atteinte.
C'est pour satisfaire à ce devoir impérieux que j'ajoute à cet
ouvrage le tableau qui va suivre.
Ch. T.

14 avril 1866.
•°
TABLEAU CHRONOLOGIQU ONT AMENÉ LA PRODUCTION DES APPAREILS A FAIRE LA GLACE
ÉTABLISSANT LES PRINCIPES ET LES FAITS QUI
lEP A ER L' E M EP L O I D E L"A M M O N I A Q U E E NT D I S S O IL U T I O N

• -

2 3

Du 24 a0ût 1859 au 16 mai 1860, 25 juillet 1860.


24 a0ût 1859, ADDITIONS CARRÉ
ADDITIONS CARRÉ RÉSUMÉ.
PRINCIPES SCIENTIFIQUES. BREVET TELLIER ET CONSORTS. POSTÉRIEURES AU BREVET TELLIER.
BREVET CARRÉ. A U B R E V ET P R É C I T É.

SEPTIÈME ADDITION, Ainsi, il importe de le bien constater, avant le brevet pris collectivement le 25 juillet
PREMIÈRE ADDITION. 1860, par mes associés et moi, M. Carré n'avait dit de l'absorption que ce qu'énonce
Les appareils, objet du procès qui a surgi Ce brevet , son auteur le constate lui 23 août 1860,
entre : MM. Carré et Ce d'une part, — Tel même, repose uniquement sur l'expérience | 2 octobre 1859. la colonne 2, et les extraits de Faraday et de Berzélius disent assez la valeur de cet énoncé.
lier et consorts d'une autre — reposent tous (le Leslie. Un an se passe ! M. Carré lui-même oublie pendant ce temps et cet énoncé et la
RIEN de l'absorption, ni de l'ammonia | Cette septième addition commence la sé en ait un de contrefait ! Est-ce celui qui figure 8 qui y a trait.
sur le principe indiqué par Leslie dès 1611. Son objet principal est un appareil dia apparaît le 25 JUILLET, sans aucun précé Le brevet ci-dessus indiqué, du 25 juillet 1860, est pris par moi et mes associés;
« La vaporisation en vase clos d'un liquide. phragmatique. à éther vinique, sans absorp que, ni de la figure 8. | rie des additions Carré sur l'ammoniaque
dent, ou celui qui arrive le 23 AoUT, un immédiatement les choses changent. Toutes les additions, tous les travaux de M. Carré
Vaporisation maintenue par la présence d'un lion, mû par un moteur. | soluble dans un liquide. n'ont plus trait qu'à l'ammoniaque dissoute dans l'eau, et grâce à ce brusque changement,
absorbant ou par l'action d'une pompe. » Incidemment, il reproduit la seconde DEUXIÈME ADDITION. La figure 8 n'y est même pas rappelée ; mois aprés. ... ? le monde connaît maintenant, sous le nom de mon adversaire, l'appareil continu
Cette expérience, que voici dans sa pri partie du principe de Leslie — l'absorption elle n'a, par conséquent, aucun rapport La Cour a décidé que c'était ce dernier; employant cette solution, qu'un mois avant lui j'avais fait breveter.
mitive simplicité, est universellement con - par la traduction qui est faite, sous le 10 n0vembr'e 1859.
OBJET UNIQUE. je m'incline !
Je l'ai dit, ce n'est pas à moi de rechercher la cause au moins singulière de ce revire
Illl6 : nom de figure 8, du tube de Faraday. avec l'appareil continu ci-dessous figuré : ment; je ne puis que préciser les faits. | .
RIEN de l'absorption, ni de l'ammonia cet appareil n'est donc pas un perfectionne Voici la légende annoncée; elle démontre Eussions-nous connu, en prenant notre brevet, l'informe figure 8, il ne nous serait
que, ni de la figure 8. au moins que tout ce que j'ai avancé est jamais venu à l'idée de la confondre avec l'appareil continu, et de considérer celui-ci
EXPÉRIENCE DE LESLIE. Cette traduction est si peu importante, ment de la figure 8. comme une conséquence de l'autre.
si accessoire, que sur 1134 lignes que ren Il ne saurait être non plus la conséquence rigoureusement exact. La justice cependant en a décidé autrement. L'arrêt dit que l'appareil que voici :
-
ferment le brevet et les additions qui vien TROISIÈME ADDITION.
Emploi spécial d'un absorbant liquide. naturelle de principes particuliers exposés.
() nent avant notre brevet :
1er mars 1860. Sur ce point, l'opinion de la commission
1088 sont consacrées à l'appareil à mo LÉGENDE.
teur par l'éther vinique, RIEN de l'absorption, ni de l'ammonia nommée par l'Académie est souveraine ;
40 à la figure 8, ci-dessus indiquée et || que, ni de la figure 8. elle dit, par l'organe de son honorable rap Les mêmes dispositions sont représen
ci-dessous présentée, porteur :
6 à l'eau et l'ammoniaque. tées par les mêmes lettres dans les deux
A « Les principes généraux sur lesquels rep0se appareils figures 7 et 4 ; leur ensemble
QUATRIÈME ADDITION. « la construction de l'appareil de M. Carré
Ce sont ces 6 lignes, qu'à un an de là, Constitue la continuité.
5 mars 1860.
mais un mois après le brevet Tellier, « sont très-simples; ils ont été mus en œuvre
MM. Carré et Ce se sont rappelés avoir RIEN de l'absorption, ni de l'ammonia « dans les divers cryophores ou frigérateurs Je rappelle que : la figure 7 est l'APPAREIL
écrites, et qu'ils ont exhumées, pour servir APPAREILS INTERMITTENTS TELLIER.
que, ni de la figure 8. « imaginés jusqu'à ce jour. » CONTINU DU BREVET TELLIER, du 25 juil
de base à une addition, qu'on verra figurer
dans la colonne 5. Voilà pour les principes. let 1860 ;
CINQUIÈME ADDITION. La même commission, en ce qui con Que la figure 4 est l'APPAREIL CARRÉ DE
Tube de Faraday, Figure S
| Ces appareils peuvent se construire en n'importe quelles proportions, ce que ne permet pas de faire la figure 8. cerne l'appareil continu, seul objet men L'ADDITION du 23 août 1860.
du
19 mars 1860.
suivant les indications tionné au rapport, ajoute :
du brevet Carré. brevet Carré .
FIG. 1 .
RIEN de l'absorption, ni de l'ammonia « Ce qui est si simple en théorie se com ÀA Chaudières contenant le mélange
Échelle 1/25. que, ni de la figure 8. Échelle 1/25°.
« plique étrangement lorsqu'il faut arriver d'eau et de gaz.
Elle est depuis longtemps de droit com « à la pratique, lorsqu'il faut donner un BB Appareil séparateur ramenant les
mun; différents brevets l'ont appliquée de 28 mars 1860.
diverses façons : Schaw, Taylor et Marti
neau, Harrison, Rizet, etc., etC.
| T La Société d'Encouragemeut décerne une
médaille d'or à M. Carré. Pourquoi ?
«
«
corps à ces premières idées, pour consti
tuer une grande machine à effet continu, CC
vapeurs d'eau à la chaudière.
Liquéfacteur où le gaz se liquéfie FIG. 9.
L'expérience de Faraday, non moins « travaillant avec régularité et se gouvernant sous l'influence de la pression et
Pour une machine à éther à l'aide d' une d'uncourantextérieur d'eau froide.
n'est pas une invention, que ce n'est qu'un perfectionnement de celui-ci :
connue que celle de Leslie, date de 1823. pompe pneumatique. -
« elle-même, à peu près comme une ma
Elle a pour résultat une conséquence ſ-)
FIG. 3. FIG. 8. RiEN de l'absorption, ni de l'ammonia « chine à vapeur : c'était là une question DD Réfrigérant dont la forme peut va
absolument inévitable : LE FROID; et cette rier à l'infini.
que, ni de la figure 8. « véritablement difficile, dont M. Carré
conséquence n'est elle-même que la repro « nous donne enfin une solution satisfai
duction du principe posé par Leslie : L'échelle ci-dessus indiquée est la même EEEE Appareil d'absorption, où le gaz est
FIG. 10. — Appareil intermittent de M. Carré.
La vaporisation en vase clos d'un liquide, que celle des appareils du brevet Tellier, B REVET BELGE. « sante. » continuellement absorbé par un (Les deux appareils ci-dessus sont reproduits exactement à la même échelle.)
vaporisation maintenue par la présence d'un ci-contre représentés, figures 5 et 6.
2 mai 1860. Ainsi, pour l'Académie, toute l'invention courant d'eau froide constamment
absorbant. D'après les propres prospectusdeM. Carré, renouvelé. Je respecte l'arrêt. D'ailleurs, nul n'est juge dans sa propre cause. •- * -
réside dans l'appareil continu : « Question Mais à côté de l'arrêt, il est permis de voir ce qu'énoncent d'autres autorités, qui, elles
ces dimensions ne sauraient être dépassées. Récapitulation complète du brevet et des aussi, surtout au point de vue technique, ont bien leur valeur.
« véritablement difficile, dont M. Carré nous FFFF Robinet ou pompe permettant le
additions qui précèdent. retour à la chaudière AA de la Voyons ce que dit chacune d'elle :
TUBE DE FARADAY. Il est utile de reproduire textuellement RIEN autre de l'ammoniaque, pas un mot « donne enfin une solutton satisfaisante. »
tout ce qui a trait dans le brevet Carré à la de la continuité. La légende ci-contre va démontrer que solution reformée. DE LA FIGURE 8. DE LA CONTINUITÉ.
figure 8 (40 lignes). Mais en même temps, ( G. Régénérateur dans lequel l'eau qui
M. Carré n'a pas eu beaucoup de mal à D'abOrd l'Académie :
pour édifier le lecteur, il convient aussi de doit servir à l'absorption, prise
trouver cette solution. En effet, s'appliquant « Ce qui est si simple en théorie se com
mettre en regard le texte de Faraday; puis, SIxIÈME ADDITION. RIEN !
pour bien faire comprendre que la conclu aussi bien à l'appareil Tellier qu'à l'appa épuisée au bas de la chaudière par « plique étrangement lorsqu'il faut donner
16 mai 1860.
sion qu'énonçait M. Carré n'était pas un fait reil Carré, elle prouve surabondamment le plongeur H, échange sa tem Silence le plus complet..... « un corps à ces premières idées pour con
neuf trouvé par lui, mais une conséquence RIEN de l'absorption, ni de l'ammonia leur complète identité. pérature avec celle de l'eau satu
«Ç
stituer une grande machine à effet con
inévitable de l'opération; que, de plus, cette « tinu, travaillant avec régularité et se gou
que, ni de la figure 8. Des deux, il faut nécessairement qu'il y rée, qui s'y rend en sens inverse. vernant elle-même, à peu près comme
conséquence n'avait échappé à personne, une machine à vapeur. C'est là une
j'ajoute ce que Berzélius, dans son édition « question véritablement difficile, et dont
de 1846, en disait également. Tout est copié < M. Carré nous donne enfin une solution
textuellement; les trois textes sont repro Ainsi, pendant tout ce temps, qui se pro AppAREIL CONTINU DE LA SEPTIÈME ADDITION CARRÉ. « satisfaisante. »
duits par ordre d'antériorité sous l'accolade longera jusqu'à l'achèvement de l'année MOINs
UN JOUR, M. Carré oublie si complétement la Date de l'addition : 23 août 1860. Puis M. Carré :
que voici :
figure 8, l'absorption, que le tout reste lettre « L'appareil contunu est suscepttble de
m07°te. « L'appareil intermittent est d'une simpli
FIG. 6. « cité rudimentaire. » (< développements illimités. »
Le brevet pris de concert avec mes asso
ciés arrive : la situation change brusquement. Mème échelle
Les experts :
Tout le passé de l'éther va maintenant être que la figure 7.
« La description de l'appareil continu
« Cet appareil consiste en deux réser- • > -

oublié; il ne sera plus question que d'am « voirs cylindriques réunis par un tube. » | « est trop compliquée pour que nous puis
moniaque, et ce, dans les conditions déter « sions la faire comprendre sans le secours
minées par notre brevet. « d'une figure. Nous renvoyons au certificat
Quelle est la cause de ce singulier revi « d'addition du sieur Carré. »
rement? Je n'ai pas à la préciser, je ne puis
qu'indiquer le fait; l'inspection des co Enfin, le Jury de l'Exposition de Londres :
lonnes 4, 5 et 6, en vérifiera l'exactitude. « Ces appareiis coûtent encore de 100 à « Comme le remarque M. Pouillet, tout
APPAREIL CONTINU TELLIER. « 300 fr. C'est fort cher, et c'est ce qui nous « se réduit à une circulation complète du
-^-
T-- « faisait dire en commençant que l'inven « liquide volatil dont les deux éléments,
« tion répondait encore assez mal à l'éco « l'eau et l'ammoniaque, se trouvent tour
« nomie domestique proprement dite. » « à tour réunis ou séparés, soit par la con
1823. 1846. « densation, soit par l'évaporation , leur
-

· | 1859. Premier appareil posant le principe de la continuité et rendant industrielle l'expérience de Leslie, « affinité mutuelle jouant ici le rôle impor
« tant. »
TEXTE DE FARADAY. TEXTE DE BERZÉLIUS. TEXTE DU BREVET CARRÉ. restée intermittente depuis CINQUANTE ans. « Maintenant, pour se faire une idée de
- - -

HUITIÈME ADDITION.
COMMUNICATION DE M. CARRÉ « l'esprit d' invention de M. Carré, il fau
« Je renfermai une portion de ce com On fait absorber ce gaz par du chlorure Quelques corps ayant la propriété d'ab
posé (chlorure d'argent ammoniacal*) dans 18 septembre 1860. à « drait étudier les détails par lesquels il a
argentique; il en résulte un sel double so sorber à froid des quantités considérables Date de la création : 25 juillet 1860. « réalisé cette circulation. Ces vaporisa
un tube de verre recourbé, je scellai ce lide que l'on introduit dans un tube sem de gaz ou vapeurs, et de les émettre quand ToUT pour l'ammoniaque, et son absorp L'ACADÉMIE DES SCIENCES. « tions et condensations successives dans
tube à la lampe, je chauffai une de ses blable à celui dont j'ai parlé en traitant de on les chauffe surtout dans le vide, cette « les diverses parties d'une même machine
extrémités et je refroidis l'autre à l'aide la condensation du cyanogène, et dont on propriété peut être appliquée à la produc
tion uniquement par un liquide. « comportaient des difficultés du même
24 décembre 1860.
d'eau et de glace. Le composé ainsi formé ferme à la lampe sur-le-champ l'ouverture. tion du froid et de la glace. Le chlorure « ordre, que celles que Watt dut autrefois
se fondit et entra en ébullition, le gaz am Après que ce tube s'est refroidi, on le plonge d'argent, par exemple, absorbe à froid des « trouver dans la substitution de sa ma
moniacal se dégagea et se condensa à l'au
NEUVIÈME ADDITION. Son objet sérieux est l'annonce pompeuse « chine à celle de NeWcOmen. »
dans la glace, puis on fait chauffer douce quantités considérables de gaz ammoniac ; de la découverte de la continuité; l'objet spé
tre extrémité à l'état liquide. » . ment l'extrémité qui contient le sel double. si, lorsqu'il est à peu près saturé, on le 2 octobre 1860.
< . .. . . . . Quand on laisse le chlo A + 38° celui-ci fond; à quelques degrés renferme dans la branche fermée a d'un cial qu'elle désigne est l'emploi de l'ammo On sait que ce rapport du Jury de l'Exposition de Londres a valu à
rure d'argent se refroidir, l'ammoniaque au-dessus, il entre en ébullition et laisse tube recourbé en U renversé ToUT pour l'ammoniaque, et son absorp niaque dans l'eau. M. Carré la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Il est bien
revient l'attaquer, se combine avec lui et dégager son ammoniaque, qui se condense tion uniquement par un liquide. évident que ce n'est pas à l'invention « répondant encore assez mal à
l'économie domestique proprement dite » que s'est adressée cette
donne naissance au composé primitif; du dans le bout refroidi. L'ammoniaque ainsi
rant cette action, on observe des effets cu condensée est un liquide incolore très-mo
rieux. » bile, qui réfracte la lumière avec plus de a b DIXIÈME ADDITION. illustre récompense, mais bien « aux difficultés du même ordre 4º
BREVET ANGLAIS. « celles que Watt dut autrefois trouver dans la substitution de sa machine
« Pendant que le chlorure absorbe l'am force que l'eau, et dont le poids spécifique qu'on le purge d'air en chauffant très 31 janvier 1861.
moniaque, il se produit de la chaleur, la est d'environ 0,76. En examinant le tube légèrement, et qu'on soude l'autre bran 45 0ctobre 1860. « à celle de Newcomen. »
température s'élève jusqu'à 100° Fahrei qui la renferme, on voit, au bout de quel che b, si l'on chauffe ensuite la branche a ToUT pour l'ammoniaque, et son absorp
nheit; tandis que peu de pouces au delà, que temps, l'extrémité qui avait été chauffée en maintenant b dans un bain d'eau froide, ToUT pour l'ammoniaque, et son absorp Ainsi, pour la figure 8, accord unanime, ce n'est rien ou à peu près! La continuité:
à l'extrémité opposée du tube. un froid in d'abord, s'échauffer de nouveau jusqu'à vers 45 à 50°, presque tout le gaz ammo tion uniquement par un liquide. tion uniquement par un liquide. c'est autre chose : les éloges qui lui sont donnés sont tels, qu'elle est comparºº º
moins qu'aux plus belles créations de notre siècle. • • • •

tense est occasionné par l'évaporation du | + 38°, tandis que l'ammoniaque entre en niac aura abandonné le chlorure d'argent La figure 8 l c'est le lot de M. Carré, je ne l'ai jamais envié; mais la continuité, de par
fluide. » ébullition d l'autre extrémité et y pr0duit un et se sera condensé ou liquéfié dans la l'arrêt, j'ai le droit de revendiquer l'honneur de l'avoir inventée, car ceci est désormais
(Annales de Physique et de Chimie, froid considérable, .... . • - branche b; si alors on place celle-ci dans B REVET BEL G E. ONZIÈME ADDITION. ineffaçable :
1823, t. XXIV, p. 403.) un vase cylindrique d'une très-petite ca
pacité contenant de l'eau, en même temps 20 novembre 1860. 14 mai 1864 . « Je ne puis sciemment avoir contrefait un appareil qui n'existait pas. »
que la branche a dans un bain d'eau froide Énoncé de la continuité. Puisqu'il n'existait pas, c'est donc moi qui l'ai créé ! - : ) , .
ToUT pour l'ammoniaque, et son absorp
" Il ne faut pas inférer de ce que Faraday désigne
le chlorure d'argent, qH'il entend limiter à ce corps
assez volumineux, la propriété absorbante
EMPLOI SPÉCIAL de l'ammoniaque. tion uniquement par un liquide. queMaintenant
je n'étais je
pasn'irai pas plus loin;Je mon
un contrefacteur. laissebutd'ailleurs
est désormais atteint
à ce livre : j'aidepu
le soin prouVº
démontrer
ses expériences ou cette action ; il dit formellement : du chlorure d'argent vaporisera prompte FIG. 7.
« Après de nombreux essais, je m'arrêtai. .... .. M) ment l'ammoniaque liquéfiée, celle-ci, sou -
que je n'avais pas besoin des travaux d'autrui, pour marcher vers l'inconnu. -

Quant à ceux qui m'ont fait expier par une captivité pénible, l'honneur de les avoir
tirant son calorique latent de vaporisation précédés dans la voie qu'ils ont suivie, je ne puis que pardonner le mal qui m'a été fait.
à l'eau qui entoure la branche b, en congélera RAP PORT DE M. pOUILLET,
Membre de l'Institut,
En terminant, je leur dirai ceci :
une partie. Si par vous-mêmes vous savez produire, allez en avant. Le champ est assez vaste pour
Il est bon que la partie horizontale du A L'ACADÉMIE DEs sCIENCES. n'y pas prendre le sillon d'autrui. • - - - -

tube ab soit de plus petite dimension et A ces labeurs, il y a de plus nobles satisfactions u'à s'arrêter à d'indignes Insinua
21 août 1862. tions; puis, tout en servant l'intérêt privé, on sert le bien public, et là est la meilleure
assez allongée, pour éviter le réchauffement récompense qu'homme puisse ambitionner. CH. T.
dû à la conductibilité. Ce rapport ne parle QUE DE LA CONTINUITÉ; la figure 8 n'est même pas mentionnée.

Paris. - Typ. Gaittet, rue du Jardinet, 1.


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38 Âeservoir d eau galsorption
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