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Mots

Ruth Amossy, Anne Herschberg-Pierrot, Stéréotypes et clichés


Jacqueline Dahlem

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Dahlem Jacqueline. Ruth Amossy, Anne Herschberg-Pierrot, Stéréotypes et clichés . In: Mots, n°60, septembre 1999.
Perspectives croisées sur l'immigration. pp. 171-173 ;

http://www.persee.fr/doc/mots_0243-6450_1999_num_60_1_2177

Document généré le 17/12/2016


humaine. Face à cette dérive, M. Chemillier-Gendreau propose de
repenser « les enjeux nationaux et internationaux des politiques
d'immigration » (p. 171). En tout premier lieu, il s'agit de reconnaitre
que le travail des immigrés clandestins, devenu une nécessité de
l'économie libérale mondialisée, n'est possible qu'avec la complicité
active ou passive des gouvernants. Aussi la problématique des
étrangers, parce qu'elle ouvre plus largement sur celle « du statut
du travail dans l'économie libérale » (p. 174), doit être réintégrée
dans la question sociale.
Juliette Rennes

Ruth AMOSSY, Anne HERSCHBERG-PIERROT, Stéréotypes et


clichés, Paris, Nathan université, 1997 (coll. « 128 »).

L'ouvrage de Ruth Amossy, professeur à l'université de Tel Aviv


et d'Anne Herschberg Pierrot, maitre de conférences à l'université
de Paris 8, a pour objectif d'éclairer « la question des évidences
partagées, des représentations collectives, des automatismes de
langage ».
Une première partie présente l'histoire des notions de clichés,
poncifs, lieux communs, idées reçues et stéréotypes dont l'évolution
sémantique est fortement marquée par la péjoration et, plus
récemment, par la conceptualisation. Les différents champs des sciences
humaines qui ont théorisé et mis en œuvre clichés et stéréotypes
(psychologie sociale, études littéraires, sciences du langage) sont
explorés dans les trois autres parties.
L'intérêt de ce petit ouvrage est de retracer clairement le mode
d'appréhension des notions propre à chaque discipline, mais
également de mettre en évidence les proximités et les convergences de
recherches dont les objets et les méthodes diffèrent. Une lecture
transversale, guidée par de nombreux renvois, permet de dégager
les orientations et préoccupations communes :
— la réhabilitation des notions de clichés et stéréotypes, dont la
valeur péjorative, encore présente aujourd'hui dans l'usage courant,
est prédominante aux 18e et 19e siècles ;
— le rapport à l'altérité.
La perspective historique fait apparaître la tendance à réhabiliter
clichés et stéréotypes qui caractérise l'évolution des sciences
humaines au 20e siècle. Si la psychologie sociale s'est d'abord
interrogée sur l'origine des ravages entraînés par une représentation
stéréotypée, source de préjugés à l'égard de certains groupes

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minoritaires, elle a, par la suite, sondé la fonction constructive du
stéréotype dans l'élaboration de l'identité sociale.
La hantise de la doxa ou des idées reçues, dans les études et
les œuvres littéraires, s'est transformée en un intérêt pour l'analyse
des énoncés figés et les relations que clichés et stéréotypes établissent
entre l'œuvre, la société et ses représentations. Les théories de la
lecture les plus récentes vont jusqu'à considérer qu'« apprendre à
lire, c'est d'abord apprendre à maîtriser des stéréotypies », c'est-à-
dire «repérer des constellations figées, des schemes partagés par
une communauté donnée » (p. 76).
Parmi les sciences du langage, ce sont la linguistique et la
rhétorique qui s'écartent le plus radicalement d'une perception
péjorative des stéréotypes ; objets de théories sémantiques, ils
assurent « une description du sens en usage, fondée sur une
reconnaissance de la norme sociale et culturelle » (p. 90), étudiés
en terme de topoi, ils «garantissent l'enchainement argumentatif »
(p. 97).
Quant à l'analyse du discours de presse et du discours politique,
elle met plutôt en évidence l'ambivalence du stéréotype, dont les
usages à visée péjorative ou laudative, témoignent de l'imaginaire
d'une époque ou participent de stratégies de séduction d'un lectorat.
Par-delà l'intérêt informatif et scientifique de la mise en
perspective pluridisciplinaire des notions étudiées, on pourra découvrir
une préoccupation d'ordre éthique et idéologique : quel rapport à
l'altérité révèlent les usages des stéréotypes et des clichés et leur
théorisation dans les différents champs ?
Source de préjugés, facteur de tensions et de discrimination dans
les relations interpersonnelles et groupales, le stéréotype « apparait
aussi comme un facteur de cohésion sociale, un élément constructif
dans le rapport à soi et à l'Autre » (p. 43).
Inspirée par ce courant des sciences sociales, une branche de la
littérature comparée, l'imagologie, est attentive à la perception
littéraire de l'Autre : mettant à jour les relations interethniques et
interculturelles dans l'univers fictionnel, ce point de vue «permet
de dénoncer une attitude de fermeture à l'Autre au profit d'une
vision positive du rapport identité/altérité » (p. 70-71). La mise en
place d'un « dispositif de fermeture à l'Autre » est la conclusion
d'une analyse du discours de la presse française sur le Japon
(p. Ш).
Enfin, la réflexion de la pragmatique sur les topoi montre que
tout locuteur « est toujours traversé par le discours de l'Autre, la
rumeur publique qui sous-tend ses énoncés » (p. 99).

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Quant aux limites de l'ouvrage, elles sont définies en introduction
par les auteurs eux-mêmes : d'autres champs seraient à explorer qui
concernent « l'image : la photographie, le cinéma, la télévision,
l'image publicitaire » (p. 7). Il demeure que la qualité majeure de
cette étude réside dans le choix d'une approche pluridisciplinaire
de la stéréotypie discursive.

Jacqueline Dahlem

Damon MA YAFFRE, « Le discours politique dans les années 30.


Analyse du vocabulaire de Maurice Thorez, Léon Blum, Pierre-
Etienne Flandin et André Tardieu (1928-1939)», thèse soutenue
sous la direction de Ralph Schor, Nice, Université de Nice Sophia
Antipolis, 1998, 779 p. en deux volumes et un volume d'annexés.

La première originalité de ce travail réside dans la constitution


d'un vaste corpus de 1 570 868 occurrences réparties de manière à
peu près équivalente entre les discours de quatre dirigeants politiques
des années 1930, Thorez, Blum, Flandin et Tardieu, sur une dizaine
d'années, justifiant une étude à la fois contrastive, synchronique et
diachronique. Il convient de souligner le caractère exemplaire de ce
travail en matière de collecte des discours, y compris dans les
archives, et de saisie numérique d'un ensemble de textes qui nous
situe dans l'univers d'un discours d'assemblée indissociable du
discours des partis présents sur la scène parlementaire.
La lexicométrie, avec sa boite à outils (les listes de fréquences
et de répartition des formes par sous-corpus, l'analyse factorielle
des correspondances à valeur globalisante, les énoncés répétés, etc.),
est mise à contribution tout au long de ce travail qui prend appui
sur une analyse lexicale quantitative pour élaborer un faisceau
convergent de résultats historiques.
Mais ce qu'il importe d'emblée de souligner, c'est la variation
qualitative introduite par cette analyse lexicométrique du discours
politique français des années 1930. En effet, une expérimentation
tout à fait novatrice en matière de « très grand corpus », appréhendé
dans une perspective historique, déplace l'objet même de l'historien
du discours : il est avant tout question ici du corpus discursif lui-
même comme objet d'histoire à l'horizon d'un genre discursif
spécifique.
Nous pouvons ainsi préciser l'originalité de la démarche selon
trois caractéristiques majeures :

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