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Economie et statistique

Les catégories sociales en 1975 : l'extension du salariat


Laurent Thévenot

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Thévenot Laurent. Les catégories sociales en 1975 : l'extension du salariat. In: Economie et statistique, n°91, Juillet-Août
1977. pp. 3-31;

http://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1977_num_91_1_3122

Document généré le 23/05/2016


Résumé
Entre 1968 et 1975, les transformations de la population active se sont effectuées dans le
prolongement des tendances passées, tel est le premier enseignement du recensement de la
population qui a été réalisé en février de l'année 1975. La première partie de cet article destinée à
brosser un tableau d'ensemble des évolutions, souligne combien certains mouvements se sont
accélérés ces dernières années comparés aux rythmes passés; en tout premier lieu, la diminution
extrêmement rapide des agriculteurs comme des patrons et commerçants ou des aides familiaux;
également et a contrario le développement du salariat s'est accentué. Toutes ces transformations
portent la marque de l'élévation de l'activité des femmes qui, abandonnant l'entreprise familiale,
agricole ou artisanale, occupent de plus en plus souvent des emplois salariés. La seconde partie,
passant en revue chacune des catégories socioprofessionnelles, des agriculteurs aux cadres
supérieurs, précise le contenu et la signification des grandes évolutions mises à jour. Est-il pertinent,
pour décrire la croissance des effectifs des employés et des cadres moyens et supérieurs, de les
regrouper dans un ensemble dit « tertiaire »? Les frontières entre les différentes catégories se sont-
elles obscurcies ou au contraire précisées? En quoi le remodelage de la population active a-t-il été
facilité voire accéléré par l'augmentation du travail féminin salarié?

Resumen
La extension del salariado - Entre 1968 y 1975, las transformaciones intervenidas entre la poblacion
económicamente activa se realizaron en conformidad con las pasadas tendencias; tal es la primera
ensenanza que se desprende del censo de la poblacion llevado a efecto en febrero de 1975. La
primera parte de este artículo, la que intenta suministrar un bosquejo de las evoluciones, destaca
hasta que punto algunos movimientos se fueron accelerando durante los pasados anos en
comparación con los ritmos anteriores; en primer lugar, la merma rapidísima de los agricultores asi
como de los patronos y de los comerciantes o de los trabajadores familiares; también y al contrario, el
salariado se fué extendiendo. Todas esas transformaciones llevan la serial de la extension de la
actividad de las mujeres, las que al abandonar la empresa familiar, agrícola o artesanal, desempenan
mas y mas cargos asalariados. La segunda parte, la que examina cada una de las categorías sociales
y profesionales, desde agricultores y hasta cuadros superiores, precisa el contenido y significado de
las mayores evoluciones actualizadas. ¿ Es oportuno, con objeto de definir el incremento del numéro
de empleados y de cuadros medios y superiores, agruparlos dentro de un con junto denominado
«terciario» ? ¿ Se obscurecieron los limites entre las diversas categorías o por lo contrario aparecen
con mayor claridad? ¿Por donde el reajuste de la poblacion activa viose facilitado e incluso accelerado
a razon del incremento del trabajo femenino asalariado?

Abstract
The First result of the population census of February, 1975, is that, between 1968 and 1975 the
transformations in the labor force showed a continuation of past tendencies. The first part of this article
gives a broad overview of the changes which have taken place and emphasizes how greatly certain
tendencies have accelerated over these past few years as compared with the previous situation.
Firstly, there has been an extremely rapid decrease in the number of farmers, as well as of owners of
businesses and merchants and family labor; salaried labor, on the contrary, has grown
correspondingly. All these changes clearly reflect the increased activity of women who more and more
frequently are giving up the family — farm or trade — business in order to take a salaried job. The
second part of the article reviews the full range of socio-professional categories, from farmers to senior
executives, and gives an analysis and interpretation of the overall evolution of the labor force in the
light of the latest statistical data. Is it relevant to describe the growth of office staff and middle and high
level executives by grouping them together into a single « tertiary » sector? Is the borderline between
the different categories made more or less clear by such distinctions? In what way have changes in the
labor force been facilitated or accelerated by the increase in the salaried labor of women?
p

Résultats du Recensement de la population de 1975

Les catégories sociales en 1975 :

l'extension du salariat

par Laurent THEVENOT*

Poursuivant le mouvement engagé depuis 1962, entre 1968 et 1975, 200000 travailleurs sont venus
chaque année s'ajouter à la population active. La diminution des indépendants s'est accélérée si bien
qu'en 1975, plus de quatre actifs sur cinq sont salariés. Ce sont les métiers d'employés, de cadres moyens
et supérieurs qui enregistrent les progressions les plus rapides. Autre phénomène marquant, l'activité
féminine a augmenté très nettement.
Au-delà de ces données abruptes, il faut apprécier les changements intervenus au sein des catégories
socioprofessionnelles et percevoir qu'être cadre aujourd'hui ne signifie plus forcément avoir une fonction
d'encadrement; de même qu'être employé ne préserve pas d'un travail sur «machine». Il serait erroné
toutefois d'assimiler ces changements à des mutations qui impliqueraient une sorte de dilution des
catégories : les marges s'épaississent certes, mais l'essentiel demeure et près d'un salarié sur deux se déclare
ouvrier en 1975.

Entre 1968 et 1975, les transformations de la population


active se sont effectuées dans le prolongement des tendances
passées, tel est le premier enseignement du recensement
de la population qui a été réalisé en février de l'année
1975 '.
Hormis le fait que le nombre total d'actifs a progressé L'évolution
entre
socioprofessionnelles
1968 et
des1975
catégories
comme par ie passé à un rythme de 0,9 % l'an 2, on notera 1
la poursuite de l'exode agricole, la croissance des salariés
ou encore la progression de l'activité féminine.
La première partie destinée à brosser un tableau
d'ensemble des évolutions, souligne combien certains
mouvements se sont accélérés ces dernières années comparés aux
rythmes passés; en tout premier lieu la diminution Au recensement de 1975, la France compte 21 775 000
extrêmement rapide des agriculteurs comme des patrons et actifs, soit 1 377 000 de plus qu'en 1968 (tableau 1). Ainsi
commerçants ou des aides familiaux; également et a la croissance rapide de la population active observée entre
contrario le développement du salariat s'est accentué. Toutes 1962 et 1968 s'est poursuivie au même rythme (0,9%).
ces transformations, on le verra, portent la marque de Mais cette progression régulière est apparente et masque
l'élévation de l'activité des femmes qui, abandonnant en fait l'intensification de mouvements opposés dont elle
l'entreprise familiale, agricole ou artisanale, occupent de plus en n'est que le solde : forte diminution des travailleurs
plus souvent des emplois salariés. indépendants (— un million) et augmentation deux fois plus
La seconde partie, passant en revue chacune des importante des salariés (+ deux millions). Parallèlement, le
catégories socioprofessionnelles, des agriculteurs aux cadres niveau du chômage s'est nettement élevé par rapport a
supérieurs, précise le contenu et la signification des grandes 1968 (+394000).
évolutions mises à jour. Est-il pertinent, pour décrire la
croissance des effectifs des employés et des cadres moyens
et supérieurs, de les regrouper dans un ensemble dit « lation
* Laurent
et Ménages
Thévenot
» defaitl'INSEE.
partie de la division c Emploi » du département c Pop»
tertiaire »? Les frontières entre les différentes catégories se
sont-elles obscurcies ou au contraire précisées? En quoi le 1. Un volume des collections de l'INSEE paraîtra prochainement, présentant
les résultats préliminaires du recensement de 1975 (population régionale,
remodelage de la population active a-t-il été facilité, voire démographie générale, population active, logements, ménages).
2. Tousentre
les taux
deuxderecensements.
accéléré, par l'augmentation du travail féminin salarié? variation indiqués dam cet article sont des taux annuel*
moyens

1.
D'y
TABLEAU 1
Évolution des catégories socioprofessionnelles aux recensements de 1954, 1962, 1968 et 1975 *

Effectifs
Code
1954 1962 1968 1975

Agriculteurs exploitants 3 966 015 3 044 670 2 464 156 1 650 865
Salariés agricoles 1 161 356 826 090 584 212 375 480
Patrons de l'industrie et du commerce 2 2 301 416 2 044 667 1 955 468 1 708 925
Industriels 21 91 067 80 660 80 720 59 845
Artisans 22 757 380 637 897 619 808 533 635
Patrons pêcheurs 23 18 747 19 312 18 380 15 835
Gros commerçants 26 181 717 172 833 210 344 186 915
Petits commerçants 27 1 252 505 1 133 965 1 026 216 912 695
Professions libérales et cadres supérieurs 3 553 719 765 938 994 716 1 459 285
Professions libérales 30 120 341 125 057 140 572 172 025
Professeurs, professions littéraires et scientifiques 32 80 380 125126 213 420 377 215
Ingénieurs 33 75 808 138 061 186184 256 290
Cadres administratifs supérieurs 34 277190 377 694 454 540 653 755
Cadres moyens 4 1 112 543 1 501 287 2 005 732 2 764 950
Instituteurs 41 421 189 562 096 737 420
384 984
Services médicaux et sociaux 42 110101 172 748 298 455
Techniciens 43 193 206 343 986 530 716 758 890
Cadres administratifs moyens 44 534 353 626 011 740172 970185
Employés 5 2 068 118 2 396 418 2 995 828 3 840 700
Employés de bureau 51 1 627 548 1 885 508 2 371 128 3104105
Employés de commerce 53 440 570 510 910 624 700 736 595
Ouvriers 6 6 489 871 7 060 790 7 705 752 8 207 165
Contremaîtres 60 306142 363 216 443 305
3 052 953
Ouvriers qualifiés 61 2 286 459 2 630 040 2 985 865
Ouvriers spécialisés 63 1 816 265 2 394102 2 670 328 2 946 860
Mineurs 65 239155 191 588 144 696 73 440
Marins et pêcheurs 66 54 865 48 061 43 344 38 280
Apprentis ouvriers 67 201 310 251 044 256 208 106 690
Manœuvres 68 1 125 323 1 583 394 1 597 920 1 612 725
Personnels de service 7 1017 789 1 047 312 1 166 252 1 243 490
Gens de maison 70 320 758 306 602 280 876 234 355
Femmes de ménage 71 239 408 222 467 227 328 154100
Autres personnels de service 72 457 623 518 243 658 048 855 035
Autres catégories 513 937 564 023 525 860 524 000
Artistes 80 45 089 42184 50196 59 075
Clergé 81 171 394 165 634 137124 116 945
Armée et police 82 297 454 356 205 338 540 347 980
Total 19 184 764 19 251 195 20 397 976 21 774 860

* Les données de ce tableau sont extraites du dépouillement exhaustif des recensements de 1954 et 1962, du sondage au 1/4 en 1968 et du sondage au 1/5 en 1975.
1. Un traitement très différent de la qualification ouvrière en 1954 empêche d'effectuer des comparaisons avec les recensements suivants.
i r

Taux annuel de variation (%) Structure (%) Part des femmes (%)
1954-1962 1962-1968 1968-1975 1954 1962 1968 1975 1954 1962 1968 1975

— 3.3 — 3,5 — 5,6 20,7 15,8 12,1 7,6 41,5 39,2 38,1 34,3
— 4,2 — 5,6 — 6,1 6,0 4,3 2,8 U 15,0 11,5 10,3 11,6
1,5 0,7 1,9 12,0 10,6 9,6 7,8 37,2 36,7 35,2 33,4
1.5 0,0 4,2 0,5 0,4 0,4 0,2 14,9 14,2 13,7 13,5
2,1 0,5 2,1 4,0 3,3 3,0 2,5 18,3 16,0 14,7 11,9
0,4 0,8 2,1 0,1 0,1 0,1 s 14,9 11,1 11,1 10,2
0,6 3,3 1.7 0,9 0,9 1,0 0,9 29,2 30,2 32,9 30,8
1.2 1.7 1.7 6,5 5,9 5,1 4,2 51,7 51,3 50,2 48,2

+ 4,1 + 4,5 + 5,6 2,9 4,0 4,9 6,7 13,8 15.9 19,1 23,2
+ 0,5 + 2,0 + 2,9 0,6 0,6 0,7 0,8 15,6 17,3 19,3 22,2
+ 5,7 + 9,3 + 8,5 0,4 0,7 1,1 1.7 39,9 43,0 44,7 47,0
+ 7,8 + 5,1 + 4,7 0,4 0,7 0,9 1,2 2,1 3,2 3,4 4,4
+ 3,9 + 3,1 + 5,3 1,5 2,0 2,2 3,0 8,6 11,1 13,4 17,1
+ 3,8 + 4,9 + 4,7 5,8 7,8 9,8 12,7 36,7 39,6 40,6 45,2
+ 4,9 + 4,0 2,2 2,8 3,4 65,1 62,7 63,5
+ 4,1 2,0 68,3
+ 7,8 + 8,1 0,6 0,8 1,4 84,8 83,2 79,0
+ 7,5 + 7,5 + 5,2 1,0 1.8 2,6 3,5 7,1 7,9 11,3 14,4
+ 2,0 + 2,8 + 3,9 2,8 3,2 3,6 4,4 24,6 31,9 34,9 44,9

+ 1.9 + 3,8 + 3,6 10,8 12,5 14,7 17,7 52,8 58,8 610 63,9
+ 1,9 + 3,9 + 3,9 8,5 9,8 11,6 14,3 53,0 59,4 61,9 65,0
+ 1,9 + 3,4 + 2,4 2,3 2,7 3,1 3,4 52,0 57,0 57,7 59,4

+ 1,1 + 1.5 + 0,9 33,8 36,7 37,8 37,7 22,7 21.6 20,4 22,4
(1) + 2,9 + 2,9 1,6 1,8 2,0 5,9 7,1 5,9
15,9 20,0
(D + 2,4 + 1,8 11,9 12,9 13,7 17,3 16,3 13,5
(1) + 1.8 + 1,4 9,5 12,5 13,1 13,6 31,8 26,3 23,0 26,8
— 2,7 — 4,6 — 9,2 1,2 1,0 0,7 0,3 0,8 0,4 0,3 0,3
— 1.6 — 1,7 — 1,8 0,3 0,2 0,2 0,2 1,7 3,1 3,8 4,6
+ 2,8 0,3 — 11,8 1,0 1.3 1,3 0,5 20,3 14,0 9,3 4,9
(1) 0,2 + 0,1 5,9 8,2 7,8 7,4 21,6 27,9 30,1 38,1

+ 0,4 + 1,8 + 0,9 5,3 5,4 5,7 5,7 80,7 80,9 79,1 77,9
— 0,6 — 1,5 — 2,6 1,7 1,6 1,4 1,1 96,7 96,0 95,6 96,5
— 0,9 + 0,4 — 5,4 1,2 1,1 1,1 0,7 100,0 100,0 99,2 98,4
+ 1,6 + 4,1 + 3,8 2,4 2,7 3,2 3,9 59,3 63,7 65,1 69,1
+ 1.2 — 1.2 — 0,1 2,7 2,9 2,6 2,4 26,1 23,4 20,7 19,1
— 0,8 + 2,9 + 2,4 0,2 0,2 0,2 0,3 36,4 34,8 32,9 30,4
— 0,4 — 3,1 — 2,2 0,9 0,8 0,7 0,5 65,5 65,4 61,8 60,2
+ 2,3 — 0,8 + 0,4 1.6 1,9 1,7 1.6 1,8 2,5 2,3 3,5
+ 0,04 + 0,97 + 0,94 100,0 100,0 100,0 100,0 34,8 34,6 34,9 37,3

Ce sont les données comparables les plus précises dont on peut disposer sur cette période.

L'EXTENSION DU SALARIAT
7 671010 5 50 2
83°/o de salariés ,«y v dances passées, les cadres supérieurs accélérant leur
développement détiennent le plus fort rythme de croissance
avec 5,6% par an; leur part dans la population active
En 1975, la part de l'emploi salarié dans l'emploi total atteint maintenant 6,7 % au lieu de 2,9 % en 1954. C'est
atteint 82,7% contre 76,5% en 1968; réciproquement les parmi les cadres supérieurs qu'on rencontre les professions
catégories en régression, pour la plupart des indépendants, non salariées (professions libérales) en croissance ( + 2,9%).
ont diminué encore plus rapidement que par le passé. Les Toutefois, en dépit d'une telle explosion, l'accroissement
agriculteurs exploitants dont la baisse avait été rapide entre absolu des cadres supérieurs entre 1968 et 1975 reste
1954 et 1968 (autour de — 3,3%) enregistrent une
véritable chute de leurs effectifs au rythme annuel de — 5,6 %. inférieur à celui des ouvriers (+ 501 000) qui continuent à
représenter près de 38 % du total des actifs.
Les salariés agricoles voient également leur diminution
s'intensifier sur toute la durée des trois périodes
intercensitaires (— 4,2 %, — 5,6 %, — 6,1 %). Finalement en 1975 Plus de huit millions d'ouvriers
la population agricole ne représente plus que 9% de la
population active totale au lieu de 27% vingt et un ans plus tôt.
L'écart qui séparait la France des autres pays industrialisés, La croissance des ouvriers qui s'était accélérée entre
où cette population agricole avait été réduite de plus 1962 et 1968 (+ 1,5 %) a retrouvé entre 1968 et 1975 un
longue date, se comble donc de plus en plus vite. Cette rythme plus lent (+ 0,9 %) proche de celui observé entre
diminution de 813 000 agriculteurs exploitants (entre 1968 1954 et 1962 (+1,1 %). Cette inflexion concerne surtout
et 1975) provient pour plus des deux tiers de la baisse des les ouvriers qualifiés dont le taux annuel de croissance passe
aides familiaux, beaucoup plus rapide sur cette période de 2,4 % (entre 1962 et 1968) à 1,8 % (entre 1968 et 1975)
(— 10,2 %) qu'entre 1954 et 1968 (—4,5 %). L'accélération et ceci en raison de la diminution des effectifs d'ouvrières
de la décroissance des aides familiaux, hommes ou femmes, qualifiées (— 0,9%). Plus généralement, même lorsque
avait été déjà mise en relief par les résultats de l'enquête l'évolution s'est poursuivie selon la tendance passée, l'apport
emploi mais elle s'y révèle moins rapide (— 6,1%) que respectif des hommes et des femmes s'est trouvé modifié :
d'après le recensement. Cette divergence souligne que les catégories les plus qualifiées se sont masculinisées encore
l'appréciation du statut d'aide familial est sujette à de grandes plus vite que par le passé, les non-qualifiées au contraire
variations parce que ce statut peut avoir des incidences se sont très rapidement féminisées; la part des femmes
juridiques ou fiscales et parce que des situations mixtes parmi les ouvriers spécialisés et les manœuvres, qui s'était
(double activité par exemple) sont susceptibles de donner réduite entre 1962 et 1968, a de nouveau progressé, passant
lieu à des réponses diverses. Les patrons de l'industrie et de 24 % en 1968 à 28 % en 1975. Les personnels de service
du commerce forment avec les agriculteurs exploitants les conservent la même importance qu'en 1968 au sein de la
9/10 de la population active non salariée; l'érosion de leurs population active, soit 5,7 %. Le supplément de 77 000
effectifs étant plus lente que celle des agriculteurs, leur travailleurs masque en fait des évolutions très diverses. La
importance est grandissante parmi les non-salariés. diminution des personnels employés par des particuliers
Toutefois, accompagnant le mouvement général, leur diminution s'accélère, gens de maison (— 2,6 %) ou femmes de ménage
s'est accélérée entre 1968 et 1975 : — 1,9 % contre — 0,7 % (— 5,4%) — notons que les femmes de ménage employées
entre 1962 et 1968. Rappelons que cette diminution s'était par une entreprise sont classées parmi les manœuvres — .
ralentie après 1962 et qu'elle atteignait — 1.5% sur la Au contraire les «autres personnels de service» qui
période 1954-1962. L'effet de la régression extrêmement forment les deux tiers des personnels de service continuent
rapide des aides familiaux est particulièrement net pour les à croître (+ 3,8 %). Cette catégorie importante (855 000)
petits commerçants mais, là encore, la rupture par rapport est d'ailleurs hétérogène et elle a des frontières avec bien
à la tendance passée est moins accusée dans les résultats de d'autres catégories : ouvriers, employés, artisans et même
l'enquête emploi; cela témoigne des difficultés rencontrées cadres moyens.
pour appréhender cette catégorie dans une période
d'extension rapide du salariat à des petites unités familiales de Tous ces changements qui affectent la composition de la
production et de commerce. population active traduisent le développement inégal des
différents secteurs; en particulier ils reflètent une
croissance plus vive des secteurs tertiaires que de l'industrie.
Employés et cadres : Comme on le verra, il serait toutefois hasardeux d'en
conclure à une « tertiarisation » de la société ou encore à une
croissance rapide élévation de sa qualification qui serait son corollaire. D'autre
part, si les rythmes de croissance sont très divergents, leurs
Les employés, les cadres moyens et les cadres supérieurs effets varient considérablement selon les effectifs de départ
(qui comprennent les professions libérales) ont enregistré auxquels ils s'appliquent. On l'a vu pour les ouvriers et les
une croissance très rapide entre 1968 et 1975 : cadres supérieurs mais on pourrait souligner également que
respectivement + 3,6 %, + 4,7 % et + 5,6 %. Au terme de cette l'accroissement des employés et des personnels de service,
évolution, leur part dans la population active s'est accrue c'est-à-dire de 23 % de la population active, dépasse en
de près de 8 points. Si la progression des employés et des effectifs celui des cadres moyens dont pourtant la
cadres moyens s'est opérée dans le prolongement des progression a été plus rapide.
Mais ces transformations profondes ne se comprennent TABLEAU 2
qu'en référence au phénomène qui domine cette période Les salariés dans la population active *
de sept années, à savoir les modifications de l'activité
féminine.
1968 1975
L'entrée en force des femmes
parmi les salariés
Hommes. 77.3 81,8
Femmes., 75.2 84,1
Les femmes sont responsables de près des trois quarts
de la croissance de la population active entre 1968 et 1975; Ensemble 76,5 82,7
or elles ne représentaient qu'un tiers des actifs en 1968.
Ce bouleversement résulte de l'élévation brutale des taux
d'activité féminine : entre 25 et 29 ans, il passe de 50,2% * II s'agit des actifs occupés ou non.
à 62,7% et entre 30 et 34 ans, il atteint 54,6% contre 42,4%
sept ans plus tôt (graphique I). Là encore, les transformations
en cours s'accélèrent. Mais l'augmentation très rapide de la GRAPHIQUE!
main-d'œuvre féminine salariée ne procède pas uniquement
de la hausse des taux d'activité : une grande partie d'entre Évolution des taux d'activité
elles étaient déjà actives dans une entreprise familiale, Taux d'activiîé(on %)
agricole, artisanale ou commerciale. On trouve la preuve 100
de cette mobilité dans la diminution très brutale du nombre
des aides familiales (—517 000 en 1968 et 1975, contre
— 176 000 seulement entre 1962 et 1968); un tel écart ne
peut refléter simplement les départs à la retraite.
Finalement et pour la première fois, les femmes sont en 1975
plus souvent salariées que les hommes. Alors que la part
des salariés dans la population masculine augmentait de
4 points (81,8% en 1975), dans la population féminine elle
s'accroissait de 9 points (84,1 % en 1975) [tableau 2].
Ce développement extrêmement net de l'activité
salariée des femmes devait marquer la plupart des catégories
socioprofessionnelles : il est responsable des trois quarts
de la croissance des employés, de 60 % de celle des
personnels de service et des cadres moyens, de la moitié de celle
des ouvriers — alors que les femmes ne formaient qu'un
cinquième de cette catégorie en 1968 — et de près d'un tiers 10 20 30 40 50 60 70 80
de celle des cadres supérieurs qui comptaient moins d'une Age au 31 décembre
femme sur cinq en 1968 (tableau 3). Mais, semble-t-il, cette
intense féminisation des emplois salariés ne s'est pas traduite Taux d'activité(en%)
par une véritable mixité des métiers ou professions : 100
lorsqu'elles sont ouvrières ou employées, les femmes occupent
fréquemment les postes les moins qualifiés; nanties d'un
diplôme, elles exercent moins souvent des professions
libérales non salariées que leurs homologues masculins;
enfin quand elles sont cadres moyens ou supérieurs elles
remplissent plus rarement des rôles d'encadrement et plus
souvent des rôles d'assistantes ou d'intermédiaires.

En sept ans le taux de chômage des femmes


a doublé dans presque toutes les catégories

La période 1968-1975 qui a été marquée par un fort


accroissement du chômage (+ 395 000) se décompose en
deux phases successives, 1968-1974 et l'année 1975, 10 20 30 40 50 60 70 80
caractérisées par des évolutions très différentes de l'emploi Age au 31 décembre
L'EXTENSION DU SALARIAT
2.
TABLEAU 3
Variation des effectifs Part
entre 1968 et 1975 c/b des femmes La part des femmes
% en 1975 dans révolution des catégories
Femmes (a) et Hommes
femmes (b) socioprofessionnelles

Agriculteurs exploitants — 372 535 — 813 291 45,8 34,3


Salariés agricoles — 16 714 — 208 732 8,0 11,6
Patrons de l'industrie et du
commerce — 117 517 — 246 543 47.7 33,4
Professions libérales et cadres
supérieurs + 148 883 + 464 569 32,0 23.2
Cadres moyens + 435 084 + 759 218 57,3 45.2
Employés + 626 079 4- 844 872 74,1 63,9
Ouvriers 4- 264 825 4- 501413 52.8 22,4
Personnel de service 4- 46 409 4- 77238 60,1 77,9
Autres catégories — 8 773 — 1 860 19,1
Total + 1 005 741 + 1376884 73,7 37,3
Rappel 1962-1968 + 462 233 4- 1 146 781 40,3 34,9

TABLEAU 4
HOMMES FEMMES
Le chômage par catégories
Catégorie socioprofesssionnelles
PDRE/ emploi salarié P.D.R.E. ■ PDRE / emploi salarié P.D.R.E. '
en 1968 et 1975
socioprofessionnelle
1968 1975 1975 1968 1975
% % % % 1975

Salariés agricoles 1.6 2,5 8 230 2,3 4.7 2070


Cadres supérieurs 1,0 1,7 17200 1,5 3.0 9 095
Cadres moyens 1.6 2,5 36 365 1.8 3.4 40995
Employés 1,6 2,9 40 835 3,8 7.3 180 365
2,9 4,0 256180 4,6 8,8 161 810
Personnel de service. . . 4.1 4,9 12015 3,9 6,2 59 745
Autres 0,4 1,0 3 705 6,9 9,2 2 350

Total 2,3 3,4 374530 3,7 6,7 456 430

1.2. Population disponible


n'ayant àpasla déclaré
recherche
de d'un emploi.
Les chômeurs métiers sont classés parmi les manœuvres.

salarié et du chômage3. Entre 1968 et 1974 la croissance culièrement les ouvriers. 1975 enregistre la résultante de
de l'emploi total est très forte mais elle concerne surtout ces évolutions successives. Ces chiffres peuvent paraître
les secteurs tertiaires et le chômage touche davantage les
femmes et les métiers tertiaires. A la fin de 1974, à cet
accroissement structurel s'ajoute l'effet de la crise sur le 3. Voir le numéro 69 d'Economie et statistique; en particulier :
— pour la période 1968-1974 : F. Eymard Duvernay et R. Salais, « Une analyse
secteur tertiaire, et surtout sur l'industrie dont les des liens entre l'emploi et le chômage »;
effectifs baissent; le chômage atteint alors les hommes, et — pour l'année 1975 : J.-P. Revoit, « L'évolution de l'emploi en 1974 et au
début de 1975 ».
8
TABLEAU 5
Effectifs (en milliers) Taux
Évolution des étrangers actifs de croissance
annuel
entre 1968 et 1975 1968-1975
1968 1 1975 %

Contremaîtres, ouvriers qualifiés et apprentis


ouvriers :
233 340 + 5,5
Femmes 19 23 + 2,4
Total 252 363 + 5,3

Ouvriers spécialisés et manœuvres :


Hommes 570 659 + 2,1
Femmes 59 118 + 10,3
Total 629 777 + 3,0

Personnel de service :
20 26 + 4,0
Femmes 75 83 + 1,4
Total 95 109 + 2,0

Autres :
Hommes . 257 261 + 0,2
61 74 + 2.8
Total 318 335 + 0,7

Ensemble :
Hommes 1080 1286 + 2,5
214 298 + 4,8
Total 1294 1584 + 2.9

1. Taux de sondage 1/20*.

dépassés en 19774 mais ils sont intéressants dans la mesure relativement faible dans l'ensemble des ouvriers étrangers
où ils sont connus par catégories socio-professionnelles (un tiers). Pour les femmes ce sont les ouvrières non
(tableau 4) et même par métiers détaillés. Ainsi on constate qualifiées qui ont crû le plus vite : + 60 000 (+ 10,3 %).
que le taux de chômage des femmes particulièrement élevé Finalement, l'apport des étrangers a contribué à accroître
pour les ouvrières (8,8 %), mais aussi pour les employées notablement leur part dans les salariés agricoles (18,5 % en
(7,3 %), est double de celui des hommes dans pratiquement 1975) et dans les ouvriers non qualifiés (17,0 %).
toutes les catégories et qu'il est passé en sept ans de 3,7 %
à 6,7 %.
La population active étrangère est passée de 1,3 millions
en 1968 à 1,6 millions en 1975 (+ 2,9 %) [tableau 5]. Cet
de4.1977 L'enquête
— permetEmploi,
accroissement de 290 000 actifs a surtout modifié les effectuéerégulière
annuellement — semestriellement à partir
une évaluation du chômage. Elle indique en mars 1976
catégories d'hommes ouvriers, qualifiés (+ 110 000) ou non pour la population disponible à la recherche d'un emploi un effectif de 911 000 sans
emplois. Les chômeurs au sens du BIT étaient i la même date 993 000. Cette
(+ 90 000). La croissance des ouvriers qualifiés immigrés enquête permet aussi de connaître la répartition de lacette
population activeétait
par très
a donc été rapide (+ 5,5 %), compte tenu de leur poids catégories socio-professionnelles regroupées; en 1975 estimation
proche de celle obtenue à partir du recensement.
L'EXTENSION DU SALARIAT 9
TABLEAU 6
Hommes Femmes
Catégories socioprofessionnelles Les moins de 20 ans 1
Effectifs % Effectifs %

Agriculteurs (c. s. p. 0 et 1) 41710 7,3 11700 2,6


Employés (c. s. p. 51 et 53) 58 755 10,3 160 955 36,5
Ouvriers qualifiés et apprentis (es. p.
61 et 67) 205 260 35,9 32930 7,5
Ouvriers spécialisés et manœuvres
(c. s. p. 63 et 68) 2 211425 37,0 141045 32,0
Autres personnels de service (c. s. p.
72) 15115 2,7 72 815 16,5
Autres catégories i 38 990 6,8 21535 4,9
Total 571255 100,0 440 980 100,0

1. Il s'agit des jeunes actifs de moins de 20 ans ayant ou non un emploi.


2. Les chômeurs n'ayant pas déclaré de métier sont placés dans la catégorie « manœuvres ».

Un million d'actifs a moins de vingt ans

Bien que les taux d'activité avant vingt ans aient continué
à diminuer entre 1968 et 1975, surtout chez les femmes
(graphique I) en raison d'une scolarité légèrement prolongée, Situer lesles
réserver métiers,
emplois
on comptait en 1975 plus d'un million d'actifs de moins de
vingt ans. Or cette population jeune joue un rôle privilégié 2
dans le renouvellement intense des professions les moins
qualifiées. Pour les ouvriers non qualifiés ce renouvellement
résulte de l'entrée des jeunes ayant quitté tôt le système
scolaire et des sorties par mobilité professionnelle; pour
les employés il s'effectue surtout par le jeu combiné des Sous l'effet des transformations intervenues au sein de la
(Rentrées et sorties d'activité des femmes5. Parmi les production, de nouveaux métiers apparaissent, des postes
571 000 actifs âgés de moins de vingt ans, 70 % sont ouvriers de travail évoluent. L'employé n'est plus préservé de la
(pour moitié non qualifiés); un sur dix est employé. La machine, l'ouvrier s'y trouve dans un rapport sinon moins
répartition de 441 000 jeunes actives est tout autre (tableau 6) : étroit du moins différent; la machine qui constituait un
On y trouve en proportion presque deux fois moins critère décisif pour séparer les ouvriers des cols blancs
d'ouvrières (quatre sur dix), mais pratiquement toutes sont joue de moins en moins bien ce rôle et des métiers classés
non qualifiées. Si leur importance est également non dans les premiers empruntent bien des caractéristiques
négligeable dans les personnels de service (16,5 % d'entre elles), aux seconds. Autre changement sensible, être rangé parmi
ce sont surtout les postes d'employées qui absorbent les les cadres moyens n'assure plus d'une fonction
effectifs les plus nombreux (36,5 %). d'encadrement; telle conseillère d'orientation ou encore telle
infirmière ne sont-elles pas davantage des intermédiaires ou
des assistantes que des « chefs » au sens traditionnel ?
Tous ces changements, facilités, encouragés, ou même
précipités par l'élévation très rapide de l'activité féminine,
pourraient parfois donner l'impression que les frontières
entre certaines catégories socio-professionnelles
s'estompent; la multiplication des « cas limites » difficiles à situer,
en raison à la fois de l'évolution des tâches concrètes et du
foisonnement des intitulés de profession, ne doit pas laisser
croire que les diverses catégories ont cessé de refléter des
réalités économiques et sociologiques bien distinctes. Il
serait erroné d'interpréter les changements intervenus
comme des mutations impliquant une sorte de dilution des
profession
5. Sur ce», point
Economie
voir etL. statistique,
Thévenot, n*« 81-82,
Les disponibilités
septembre-octobre
de main-d'œuvre
1976. par catégories : les marges s'épaississent certes, mais l'essen-
10
,
TABLEAU 7 Effectifs (en milliers)' Taux annuel de variation (%)
Évolution des agriculteurs 1954 1962 1968 1975 1954-1962 1962-1968 1968-1975
aux recensements
de 1954, 1962, 1968 et 1975
Chefs d'exploitation :
Hommes 1636 1446 1227 959 — 1,5 — 2,7 — 3.5
Femmes 280 230 168 188 — 2,4 — 5,1 + 1,6
Total 1916 1676 1 395 1147 — 1,7 — 3,0 - 2$

Aides familiaux :
Hommes 684 406 298 125 — 6.3 — 5,0 — 11,7
Femmes 1366 962 771 379 — 4,3 — 3,6 — 9,6
Total 2050 1368 1069 504 - 4,9 — 4.0 — 10,2

Salariés :
Hommes 987 731 524 332 — 3,7 — 5,4 — 6.3
Femmes 174 95 60 44 — 7,3 — 7,4 — 4,3
Total 1161 826 584 376 — 4,2 — 5,6 — 6,1
dont étrangers 1 119 92 80 70
(Part des étrangers
dans les salariés
agricoles) (10.2 %) (11.1 %) (13.7 %) (18,5 %)

Ensemble :
Hommes 3307 2 583 2049 1416 - 3,0 - 3,8 - 5,1
Femmes 1820 1287 999 611 - 4,2 - 4,1 - 6,8
Total 5127 3870 3048 2 027 - 3,5 - 3,9 - 5,7

1. Ces effectif» sont extraits du sondage au 1/20* des recensements de 1954, 1962 et 1968.

tiel demeure et près d'un salarié sur deux se déclare ouvrier Le taux de diminution des agriculteurs, déjà élevé entre
en 1975. Les mêmes changements rendent aussi de moins 1954 et 1968 (— 3,6 %) s'est encore accéléré (— 5,7 %
en moins possible une réponse claire à l'interrogation sur entre 1968 et 1975); le nombre des actifs agricoles a décru
la montée du tertiaire, ou suggèrent même l'obsolescence d'un million pendant ces sept années (tableau 7).
de la question. Tels sont les principaux enseignements qui L'accélération de la baisse des effectifs d'aides familiaux qui concerne
se dégagent d'un examen systématique des différentes autant les hommes que les femmes (mais celles-ci sont trois
catégories socioprofessionnelles. fois plus nombreuses) est responsable pour plus de la moitié
(565 000) de cette diminution. Cette chute brutale des
aides-familiaux indique une rupture dans la tendance passée
marquée au contraire par un ralentissement. Cependant,
Un million d'agriculteurs en moins le changement de statut n'équivaut pas toujours à une
transformation réelle de l'activité car les situations de
Les agriculteurs constituent une des catégories les plus double activité sont fréquentes et elles peuvent donner lieu
hétérogènes dans son contenu; le code des CSP, en effet, à des appréciations diverses de la part des personnes
ne permet pas de distinguer par exemple, le petit paysan concernées. Plus fréquentes pour les fils d'agriculteurs que pour
de montagne du céréalier beauceron, ce qui exigerait des
informations détaillées sur la nature des exploitations. Le
seul découpage retenu est celui qui sépare les salariés des
non salariés, c'est-à-dire les chefs d'exploitation et aides- 6. Voir le dossier très complet qui vient d'être publié : « Les agriculteurs »
tome 1. Jean-Paul Girard, Monique Gombert et Michel Pétri. Collections de l'INSEE,
familiaux *. E 46-47.
L'EXTENSION DU SALARIAT li
TABLEAU 8
Effectifs (en milliers) Taux annuel de variation (%)
1954 1962 1968 1975 1954.1962 1962-1968 1968-1975 Évolution des patrons
de l'industrie et du commerce
aux recensements
Industriels 91 81 81 60 — 1.5 0.0 — 4,2 de 1954, 1962, 1968 et 1975
Artisans 757 638 620 533 -2,1 — 0.5 — 2,1
Patrons pêcheurs .... 19 19 18 16 + 0.4 — 0.8 -2,1
Gros commerçants.... 182 173 210 187 — 0,6 + 3.3 — 1,7
Petits commerçants. . 1252 1134 1 026 913 — 1.2 — 1,7 — 1.7

Ensemble 2 301 2045 1955 1709 -1,5 — 0,7 -1,9

les filles, ces doubles activités se rencontrent même parmi ment de tendance est net pour les artisans ( — 2,1 %) et
les chefs d'exploitation : en 1970, 17 % d'entre eux avaient surtout les industriels (■— 4,2 %) alors que les petits
une activité extérieure principale7. Une grande partie de commerçants continuent à décroître (--1,7%) comme par le
ces aides familiaux entre sur le marché du travail mais une passé et que les gros commerçants au contraire voient leur
autre — les femmes — doit se déclarer chef de régression se ralentir.
l'exploitation. En effet si la diminution des hommes exploitants Tracer les frontières qui séparent ce groupe des
agricoles s'accélère, celle des femmes laisse place à une légère salariés n'est pas toujours aisé. Ainsi un certain nombre de
augmentation. Enfin, une troisième partie doit prendre sa PDG ou de gérants de SARI se déclarent salariés alors
retraite car le poids des personnes âgées de plus de 50 ans qu'ils contrôlent directement ou non la plus grande part
est très lourd dans la population agricole : 43 % des du capital. L'attitude concernant leur classement a été
agriculteurs exploitants avaient plus de 50 ans en 1975. Ce hésitante lors des derniers recensements10, ce qui peut
vieillissement de la population agricole a donc pour expliquer en partie que la croissance des effectifs salariés de ces
conséquence une diminution simultanée des aides familiaux et professions ait été plus rapide que celle des non salariés :
des chefs d'exploitation. L'indemnité viagère de départ + 5,3 % pour les 37 000 gérants salariés, + 2,8 % pour les
peut avoir accéléré ces départs, puisqu'en 1968 on 31 000 gérants non salariés. Mais au sein des patrons eux-
dénombrait 34000 bénéficiaires et en 1969, 84000. Au total 364000 mêmes, les limites entre les « industriels » ayant 6 salariés
agriculteurs ont bénéficié de cette indemnité entre les deux ou plus et les « artisans » ou entre les « gros commerçants »
derniers recensements 8. ayant 3 salariés ou plus et les « petits commerçants », sont
La baisse des salariés agricoles est plus intense également elles aussi fragiles car elles traversent des zones très denses :
(— 6,1 %)• Cette diminution peut s'expliquer par les industriels et les gros commerçants ne sont, dans la
l'augmentation du coût de cette main d'oeuvre plupart des cas, guère plus « gros » que les artisans et petits
traditionnel ement bon marché, à la suite de l'alignement en 1968 du commerçants dont ils ont été distingués. La plus grande
salaire minimum agricole garanti sur le SMIG. La part des partie de ces industriels sont des entrepreneurs du BTP
travailleurs immigrés parmi ces salariés agricoles continue (46 000, — 2,7 %) ou des transports (14 000, — 3,1 %) ou
à augmenter atteignant 18 % en 1975. des industriels stricto sensu (30 000, — 3,7 %).
Des mouvements profonds ont donc affecté la population
agricole entre 1968 et 1975. Ils ont été favorisés par le 8 patrons sur 10 sont artisans ou petits commerçants
redéploiement des activités industrielles ou commerciales
qui ont tiré partie de ces nouvelles disponibilités en main- La quasi totalité (85 %) des patrons de l'industrie et du
d'œuvre pour créer des emplois nouveaux d'ouvriers et commerce sont des petits patrons, c'est-à-dire des artisans
ou des petits commerçants.
d'employés 9.

7.8. Recensement général de l'Agriculture


« Les agriculteurs », op. cité, p. 37. de 1970.
La baisse des patrons de l'industrie 9. Pour une illustration de ce processus dans le cadre d'une région, voir :
C. Thélot « Le fonctionnement du marché de l'emploi : l'exemple des Pays de
et du commerce a repris la Loire », Economie et statistique, n° 69, juillet-août 1975.
10. En 1954Enet1975 1962onless'enPDGtenait
étaient
à leurclassés non salariés quelleles que soit leur
déclaration. déclaration. En 1968 consignes de
chiffrement étaient moins nettes. Sur ce point comme sur l'ensemble des
questi
de o1977 ns ayant trait à la dudéfinition
code desdeses.catégories
p. enrichiesocioprofessionnelles,
d'indications utiles survoirl'évolution
La diminution des patrons de l'industrie et du commerce l'édition
(à paraître)
qui s'était nettement ralentie entre 1962 et 1968 (— 0,7 %) du code et sur le chiffrement des métiers les plus courants. On se reportera
également à l'étude très approfondie d'Alain Desrosières sur ce code. La première
a repris depuis lors (— 1,9 %) plus vivement encore que sur partie concernant sa genèse s'intitule : « Eléments pour l'histoire des
nol'histoire
menclatures socioprofessionnelles ». Aà paraître dansenle juin
compte
la période 1954-1962 (— 1,5 %) [tableau 8]. Ce renverse- de la statistique tenu Vaucresson 1976.rendu du Colloque sur
12
TABLEAU 9 Effectifs (en milliers) Taux annuel de variation (%)
Évolution des artisans* 1954 1962 1968 1975 1954-1962 1962-1968 1968-1975
aux recensements
de 1954, 1962, 1968 et 1975
Indépendants et em-
employeurs :
577 516 510 459 — 1,4 — 0,1 — 1,5
Femmes 92 66 47 33 — 4,1 — 5,5 — 4,9
Total 669 582 557 492 — U — 0,7 — 1.8
Aides familiaux :
Hommes 42 20 19 11 — 8,9 — 0,9 — 7,5
Femmes 47 36 44 31 — 3,3 + 3,4 — 4,9
Total 89 56 63 42 — 5,6 + 2,0 — 5,6

Ensemble :
Hommes 619 536 529 470 -1,8 -0,2 -1,7
Femmes 139 102 91 64 -3,8 -1,9 -4,9
Total 758 638 620 534 -2,1 -0,5 -2,1

* II s'agit de la catégorie socioprofessionnelle, non de la catégorie légale.

La définition de la catégorie des artisans ne recouvre pas, statut pour celui d'indépendantes sans salariés; les trois
malgré le seuil des cinq salariés, la définition légale11 et quarts restant devenant salariées du secteur privé.
l'inscription au registre des métiers ne constitue pas un
critère d'appartenance à cette catégorie. Ainsi les Ce sont les commerces alimentaires qui connaissent la
récession la plus forte sous l'effet du développement des
boulangers, pâtissiers, bouchers, charcutiers sont classés parmi
les commerçants, les chauffeurs de taxi parmi le personnel grandes surfaces de ventes. Le code des métiers ne permet
de service. Cependant cette imprécision des frontières ne d'isoler que certaines des professions, bouchers,
charcutiers, tripiers (57 000) qui effectivement diminuent
remet pas en cause la spécificité de chacune de ces catégories.
Ainsi les artisans sont caractérisés par une origine ouvrière rapidement (— 3,3 %) et les boulangers, pâtissiers (50 000)
nettement plus marquée que les petits commerçants : selon également en baisse ( — 3%) 12. Certaines professions de soins
l'enquête Formation Qualification Professionnelle de 1970, personnels, également distinguées, diminuent moins vite;
on y trouve les coiffeurs (59 000, — 0,7 %) — les femmes
26 % des artisans de plus de 35 ans étaient fils d'ouvriers, qui représentent la moitié de l'ensemble progressent — et
contre 17 % seulement des petits commerçants. Les femmes
sont encore plus souvent d'origine ouvrière : 32 % des
femmes artisans contre 20 % des femmes petits
commerçants.
La reprise de la diminution rapide des effectifs d'artisans
disponi11.bles D'une à saisirmanière générale
des on a cherché,
— ou dans la limite des informations
(— 2,1 %) est surtout le fait des femmes dont la part l'évolution métiers professions, on emploiera ces deux
termes indifféremment — plus précis que les catégories socioprofessionnelles.
relativement faible (1 % en 1975) est très fluctuante. Sur les Une répartition exhaustive par métiers du contenu de chaque CSP a été
réalisée
encoreà partir des données
voir duM. recensement
Cézard « Le de
534 000 artisans on rencontre également peu d'aides 1968, desdanscatégorie
un code des métiers
plus détaillé; contenu
familiaux (8 %) [tableau 9]. socioprofessionnelles », Données sociales (à paraître). La définition des métiers ou des
catégories ne recoupe pas toujours celle des organismes professionnels qui
peuvent fournirdesdesrubriques
statistiques détaillées et on prendra soin de s'informersi du
Pour les 913 000 petits commerçants, au contraire, la contenu exact (cf. Code des métiers 1975, index analytique) on
baisse des effectifs entre 1968 et 1975 (— 115 000, — 1,7 %) veut utiliser ces données fines. Sur la définition de la catégorie des artisans plus
particulièrement, voir l'étude de Bernard Zarca : « La représentation des
a résulté surtout de celle des aides familiaux ( — 100 000; artisans dans la statistique officielle », Consommation, n° 3 (1976).
12. Ce sont les effectifssalariés
des nonsontsalariés,
classéshommes pour la plupart.
parmi lesEnemployés
pour la plupart des femmes) [tableau 10]. En revanche, les effet les
bouchers ou boulangers respectivement
femmes indépendantes ou employeurs sont légèrement plus du commerce ou les ouvriers; les bouchères ou boulangères sont classées parmi
nombreuses en 1975 (317 000; -j- 0,8 %). Ces deux les commerçants lorsqu'elles sont non salariées. On a là un exemple intéressant
de « point multiple » et la pluralité des frontières met en évidence la diversité
phénomènes sont liés; on a observé en effet que sur la période des fonctions attachées à ces métiers d'artisans (production, vente de biens ou de
1965-1970 un quart des aides familiales ont abandonné leur services) et les liens qu'ils entretiennent avec d'autres catégories
socioprofes ion el es.
L'EXTENSION DU SALARIAT 13
7 671010 5 50 3
TABLEAU 10
Effectifs (en milliers) Taux annuel de variation (%)
Évolution des petits commerçants
1954 1962 1968 1975 1954-1962 1962-1968 1968-1975 aux recensements
de 1954, 1962, 1968 et 1975

Indépendants ou
employeurs :
Hommes 559 520 480 454 — 0.9 — 1.3 — 0,8
Femmes 384 353 299 317 — 1.0 -2.7 + 0.8
Total 943 873 779 771 — 1,0 — 1,9 — 0,1
Aides familiaux :
Hommes 45 32 31 19 — 4.2 — 0.5 — 6,8
264 229 216 123 — 1.8 — 1,0 — 7.7
» Total 309 261 247 142 -2.1 -0.9 — 7,6

Ensemble :
«04 552 511 473 -1.1 -1,3 — 1.1
Femmes 648 582 515 440 — 1.3 *-2,0 — 2,2
Total 1252 1134 1026 913 -U -f,7 - 1.7

des professions récentes en pleine expansion (esthéticiennes, disparaître — en renforçant ses liens avec la grande
maquilleuses, 4 000 : + 8 %) 13. Mais le code des métiers industrie, dans un rapport de sous-traitance en particulier, et dans
ne permet pas d'isoler les commerces de luxe, dont on sait ce cas tantôt les industriels (petits et moyens surtout)
par ailleurs qu'ils sont en pleine expansion et qu'ils se décroissent moins fortement (1954-1962), tantôt, au contraire, ce
rapprochent par leur recrutement de certaines professions sont les artisans (1968-1975). Quant au petit commerce,
d'intermédiaires des cadres moyens u. son développement n'est nullement contradictoire avec
Rappelons que, pour les artisans comme pour les petits celui du capital industriel puisqu'il l'a accompagné sur une
commerçants, une partie des réductions d'effectifs longue période et que sa dispersion avait même été mise
s'explique par des départs à la retraite car ces catégories sont à profit pour pénétrer sur le marché paysan et le
concur encer 15
âgées, particulièrement les femmes : en 1975, 36 % des
hommes et 43 % des femmes artisans et petits commerçants La contribution des femmes permet également d'opposer
avaient 50 ans et plus. ces différentes catégories. Les artisans sont très peu
féminisés (12 %), les agriculteurs nettement plus (34%), mais
c'est surtout parmi les petits commerçants que la part des
Comprendre les liens des indépendants avec le salariat femmes est la plus forte (48 %) et elle ne s'est réduite que
faiblement en vingt ans. Cette division familiale des tâches
Si les fractions les plus nombreuses des travailleurs est constitutive du petit commerce puisque dans bien des
indépendants, composées des agriculteurs, des artisans et des cas l'homme assure le travail productif (production,
commerçants sont toutes en déclin, rendant possible le préparation ou transport) alors que la femme est occupée à la vente.
développement rapide de la population salariée, on ne peut
pour autant conclure à un même phénomène.
Ainsi le ralentissement de ce déclin entre 1962 et 1968, 13. La faiblesse de certains effectifs et les difficultés de chiffrement laissent
très net pour les artisans, est modéré chez les petits planer une incertitude importante sur les chiffres présentés; on ne les a
indiqués que dans la mesure où leur évolution était très nette.
commerçants et inexistant pour les agriculteurs. Ceci suggère 14. L'examen direct avec
des bulletins a montrémagasin
que dans ces cas lace spécialité du
commerce est précisée soin (parfumerie, de mode...) qui souligne
que l'emploi salarié puise régulièrement dans la main- qu'elle a un sens pour les personnes qui occupent ces emplois et qui sont sans
d'œuvre agricole encore relativement nombreuse en France doute désireuses de s'opposer aux commerçants de l'alimentation.
15. Sur cette
voir «question
La petitedubourgeoisie
fractionnement de la petite bourgeoisie et surRoger
son
comparée aux autres pays industrialisés, mais qu'il évolution en France » Christian Baudelot,
Establet, Jacques Malemort (Maspero).
entretient des liaisons plus complémentaires avec la petite En ce qui concerne l'artisanat voir : « L'artisanat du bâtiment : un monde en
production indépendante. Elle peut se transformer — et non transition
n° 56. », Jean Lafont et Daniele Leborgne, Économie et statistique, n* 55 et
14
On verra lors de l'analyse détaillée des catégories de (143 000), le quart restant se trouvant classé parmi les
salariés les conséquences sur l'évolution de différents métiers employés de commerce et le personnel de service. Cette
de la dissociation de cette unité familiale de production et chute brutale du nombre des apprentis fait suite à la
de commerce. nouvelle loi sur les Centres de Formation d'Apprentis
Certaines frontières du groupe des patrons de entrée en vigueur en 1971. Elle impose désormais la
l'industrie et du commerce sont de plus en plus diffuses. Ceci signature d'un contrat d'apprentissage pour l'accès à ces centres
ne relève pas d'un simple vieillissement de la nomenclature, qui accueillaient auparavant un nombre non négligeable de
mais plutôt d'une plus grande perméabilité de ces catégories jeunes travailleurs sans contrat (15 % en 1968) 16. D'autre
à l'égard du salariat et cela à deux niveaux différents. Dans part, cette loi met en place une réforme pédagogique des
la grande industrie, la multiplication des dirigeants plus centres, laquelle se traduit par une diminution
ou moins salariés succédant aux patrons propriétaires importante de leur nombre, et donc également des effectifs
brouille la frontière entre industriels et cadres d'apprentis.
administratifs supérieurs. Dans la petite production marchande,
l'instauration d'un rapport salarial à l'intérieur même de la
cellule familiale contribue également à une altération de Des hommes de plus en plus qualifiés.»
la limite entre les aides-familiaux et les employés de Le reste des ouvriers, c'est-à-dire la quasi-totalité de
commerce. l'ensemble, a continué à voir son importance grandir dans
la population active avec un taux de croissance légèrement
inférieur à celui du passé (-f 1,4 %). L'examen des
Près d'un salarié sur deux est ouvrier structures par qualifications montre que les parts des ouvriers
qualifiés et des contremaîtres ont poursuivi leur lente
progression alors que celle des ouvriers spécialisés restait
On l'a vu, la part des ouvriers dans la population active fixe et que celle des manoeuvres diminuait modérément
totale n'a pas véritablement bougé entre les deux (tableau 11). Mais ces évolutions peu contrastées ne
recensements : elle est restée voisine de 38 % et rapportée à la permettent pas de conclure à une élévation de la qualification
seule population salariée, cette proportion a même diminué des emplois ouvriers. Un examen détaillé de cette
de 49 % à 46 %. Pour autant, les effectifs d'ouvriers n'ont qualification, telle qu'elle ressort des différentes sources
pas stagné entre 1968 et 1975, ils se sont au contraire gonflés statistiques 17, a montré au contraire qu'il existait des
de quelques 500 000 travailleurs supplémentaires. Les divergences importantes entre les diverses enquêtes suivant
femmes, qui ne comptent que pour un cinquième dans qu'elles s'adressaient aux employeurs ou aux individus, et
l'ensemble des ouvriers, sont responsables de plus de la moitié suivant les nomenclatures utilisées. En définitive, ces
de cette croissance (265 000) : ceci démontre que leur appréciations sont souvent influencées par les conventions
entrée sur le marché du travail ne se limite pas aux métiers collectives et les grilles de salaires et elles ne reflètent pas
dits tertiaires. nécessairement la nature des tâches effectuées.
D'autres mouvements sont plus nets. Ainsi la part des
La chute des apprentis : femmes dans la population ouvrière qui avait décru de 23,9 %
l'effet de la réforme de l'apprentissage en 1954 à 21,3 % en 1968, s'est de nouveau élevée en 1975
pour retrouver un niveau proche de celui de 1962 (22,9 %).
Certaines catégories se différencient du reste des ouvriers Mais cette élévation globale recouvre en fait des
par leur logique de développement qui est autre et qui se mouvements opposés, à savoir l'augmentation de la proportion des
traduit par des évolutions très spécifiques. femmes dans les effectifs d'ouvriers non qualifiés et la
Le nombre des marins et des pêcheurs salariés, peu élevé diminution dans les autres. Parallèlement, et toujours
(38 000), a continué à décroître, un peu plus vite que par le pendant les années 1968-1975, la part des hommes parmi
passé néanmoins ( — 2 %). les ouvriers qualifiés s'est élevée. Ces tendances n'avaient
pas été observées entre 1962 et 1968 : sur cette période,
Les mineurs sont également peu nombreux en 1975 (73 000) au contraire, les contremaîtres et les ouvriers qualifiés
mais cela résulte d'une diminution beaucoup plus rapide croissaient, les ouvrières spécialisées diminuaient et les
de leurs effectifs. En 1954 ils étaient 239 000; ils ont donc femmes manœuvres n'augmentaient que modérément.
en 1975 un poids quatre fois moins élevé dans la
population active. A la suite de la fermeture de nombreux
établissements miniers, leur régression s'est accélérée sur la période
1968-1975 : 9 % par an pour seulement 4 % sur la période
1954-1968. 16. L'enquête spécifique du ministère de l'Éducation nationale (SEIS) sur les
apprentis fait état d'un effectif un peu plus élevé pour l'année scolaire 1974-1975 :
Enfin les apprentis ouvriers qui avaient progressé 154 000. La série annuelle des effectifs montre que leur chute très nette entra
197117.etCet
1972examen
s'est poursuivie
réalisé dansjusqu'en
le cadre1975desetprojections
que la croissance a repris
régulièrement par le passé pour atteindre le chiffre de 256 000 d'emploi pour depuis
le VII* lors.
Plan
en 1968 connaissent une diminution très importante et ils a porté sur la période 1968-1973 et il s'est appuyé sur les résultats des enquêtes
Emploi et Structure des emplois. On trouvera le détail de ces informations dans
un volumedu n"des81-82
Collections de l'INSEE à paraître : la synthèse
d'emploi figure
ne sont plus que 107 000 en 1975. Ces apprentis ouvriers déjà dans»
l'article d'Economie et Statistique : « L'offre par profession
ne forment que les 3/4 du total des apprentis recensés de Michel Cézard et Alain Goy.
L'EXTENSION DU SALARIAT
3.
TABLEAU 11
Répartition par qualification Part des femmes par qualification
La population ouvrière :
qualification et féminisation
1962 1968 1975 1962 1968 1975

Contremaîtres 4,7 5.0 5,5 5.9 7,2 5,9


Ouvriers qualifiés 34,8 36,2 37,4 17,3 16,3 13,5
Ouvriers spécialisés .... 36,4 36,8 36,9 26,3 23,0 26,8
Manœuvres 24,1 22,0 20,2 27,9 30,1 38,1

Total1 100,0 100,0 100,0 22,6 21,3 22,9

1. Il ne s'agit pas là du total du groupe des catégories socioprofessionnelles ouvrières puisqu'on a


retiré du champ du tableau les catégories particulières de mineurs, marins-pêcheurs et apprentis.
La détermination
la comparaisontrès différente de la qualification ouvrière au recensement de 1954 interdit de
pousser jusqu'à cette date.

Effectifs (en milliers) Taux annuel de variation TABLEAU 12


(%)
Catégories socioprofessionnelles Évolution des ouvriers aux
1962 1968 1975 1962-1968 1968-1975 recensements de 1962,
1968 et 1975
Contremaîtres :
288 337 417 + 2,7 + 3,1
Femmes 18 26 26 + 6,3 + 0,2
Total 306 363 443 + 2,9 + 2,9

Ouvriers qualifiés :
Hommes 1890 2202 2 584 + 2,6 + 2,3
396 428 402 + 1,3 — 0,9
Total 2 286 2 630 2 986 + 2.4 + 1,8

Ouvriers spécialisés :
Hommes 1 765 2055 2157 + 2,6 + 0,7
Femmes 629 615 790 — 0,4 + 3,7
Total 2 394 2 670 2 947 + 1.8 + 1A

Manœuvres :
Hommes 1 141 1117 999 — 0.4 — 1,6
442 481 614 + 1.4 + 3,6
Total 1583 1598 1613 + 0.2 + 0,1

Ensemble :
Hommes 5084 5 711 6157 + 2,0 + 1,1
Femmes 1485 1550 1832 + 0,7 + 2,4
Total 6569 7261 7989 + 1.7 + M

16
TABLEAU 13 Effectifs en milliers
La population d'ouvriers 1962» 1968 » 1975 » Variations
absolues
non qualifiés aux recensements
de 1962, 1968 et 1975
Français :
2415 2 596 2496 — 100
à2,4% 60,7% 54,8%
Femmes... 1017 1034 1287 4- 253
26,3% 24,2% 28,2%
Étrangers :
Hommes et femmes 439 650 777 + 127
11.3% 15,1 % 17.0%
Total 3 871 4280 4 560 + 280
100,0% 100,0% 100,0%

1. Sondâtes au 1/20 en 1962 et 1968, au 1/5 en 1975.

... et des femmes de moins en moins GRAPHIQUE II


La division sexuelle des métiers est donc particulièrement Évolution de la part des femmes
nette dans les métiers ouvriers entre 1968 et 1975 et, sem- dans les catégories ouvrières
ble-t-il, elle s'accentue (tableau 12 et graphique II). En effet,
ce sont dans les métiers les plus qualifiés (contremaîtres de la catégorie
et ouvriers qualifiés), où la part des femmes est la plus faible,
qu'elle diminue encore, et dans les métiers les moins 1975
qualifiés (ouvriers spécialisés et manœuvres), où le pourcentage
des femmes est le plus élevé, qu'il s'accroît davantage. 1988
1975
L'examen des taux d'évolution est encore plus explicite : 1968
ils ne diffèrent pas seulement par leur niveau mais aussi 1988
par leur signe et on constate que si les ouvrières qualifiées 1975
sont en diminution absolue, les manœuvres hommes 1968 1975
décroissent eux aussi (graphique III).
Ainsi la croissance des ouvriers non qualifiés repose sur Contremaîtres Ouvriers qualifiés Ouvriers spécialisés
l'apport de main-d'œuvre féminine mais aussi sur la présence
des travailleurs immigrés qui constituent 21 % des effectifs
masculins d'ouvriers spécialisés et de manœuvres en 1975.
Finalement (tableau 13), entre 1968 et 1975 la diminution GRAPHIQUE III
des effectifs masculins français non qualifiés ( — 100 000) Évolution des qualifications ouvrières
s'est trouvée largement compensée par l'apport des selon les sexes
travailleurs immigrés (+ 127 000) et des femmes (+ 253 000)
lesquelles sont souvent très jeunes : 43 % ont moins de Taux de croissance annuel
30 ans et 10 % moins de 20 ans. Rappelons d'ailleurs que la 1968-1975
catégorie de manœuvres comprend des professions très F F
différentes depuis le travail de force traditionnel où la
charge de travail a été plus ou moins allégée par la
mécanisation (terrassiers, manœuvres du bâtiment, dockers) •:■:•:!:¥:■:•:
jusqu'à des tâches nouvellement développées (emballeuses,
empaqueteuses) proches des emplois d'ouvriers spécialisés
en passant par des travaux d'entretien où est concentrée H
la plus grande part des femmes manœuvres. H
É
La difficile reconversion des ouvrières qualifiées
La diminution des ouvrières qualifiées (— 0,9 %) fait I
suite à la régression des secteurs où elles étaient le plus Contremaitrts Ouvriers L'EXTENSION
qualifiés Ouvrier» spécialisés
DU SALARIATManœuvres 17
HOMMES FEMMES ■■■-- TABLEAU 14
Catégories Le chômage ouvrier
Accrois ement PDRE Taux de Accrois ement PDRE Taux de
socioprofessionnelles de la PDRE chômage de entre
la PDRE chômage
entre en 1975 en 1975
et1968 en 1975 1968 en 1975
1975 et 1975

Contremaîtres ........ + 2 837 5225 1,3 + 522 850 3.3


Ouvriers qualifiés + 46 210 122790 4,8 + 19 361 45 445 11,3
Ouvriers spécialisés .... + 15 006 50 850 2.4 + 24162 42 810 5,4
Manœuvres f + 16 803 75 295 7.5 + 44952 72 620 11,8
Autres (es. p. 65, 66 et
67) — 428 2020 1,0 + 33 85 1.2

Total + 80428 256180 4,0 + 89030 161 810 8,8

1. Les chômeurs n'ayant pas déclaré de métier sont classés parmi les « manoeuvres ».

T.",!

.
souvent employées (en 1968, 37 % étaient employées dans chaque qualification (tableau 14), le taux de chômage est
le textile, 15 % dans l'habillement, 4 % dans le travail du deux fois plus élevé parmi les femmes sauf pour les
cuir). Ces ouvrières n'ont pu dans bien des cas retrouver manœuvres où il est cependant très important (11,8 %). Rappelons
un emploi correspondant à leur qualification d'origine. Une que les chômeurs n'ayant pas déclaré de métier — en
partie d'entre elles a rejoint le groupe des ouvrières particulier une grande part de ceux qui cherchent un premier
spécialisées et des manœuvres qui augmente lui très rapidement emploi — sont classés dans la catégorie « manœuvres », ce
(+ 3,6 %). Ainsi entre 1965 et 1970, 15 % des ouvrières qui contribue à augmenter le taux de chômage de cette
qualifiées âgées de 20 à 30 ans sont devenues non qualifiées 1$. catégorie i9.
Cependant, comme on l'a déjà indiqué, ces qualifications
relèvent souvent de classements dans des conventions
collectives qui ne reflètent pas nécessairement la réalité des
tâches effectuées et certains emplois minutieux d'ouvrières 3,8 millions d'employés
spécialisées (électronique) peuvent tirer parti d'une habileté
acquise dans un emploi qualifié antérieur (couture). C'est la poursuite de la croissance rapide des catégories
Une autre partie de ces ouvrières qualifiées se retrouve d'employés (+3,6% par an entre 1968 et 1975) [tableau 15],
sans emploi et on observe des taux de chômage très élevés qui, jointe à celle encore plus rapide des cadres moyens et
dans les professions (toutes qualifications réunies) supérieurs (respectivement +4,7% et +5,6%) a pu faire
correspondant à ces secteurs : 7 % parmi les ouvrières du travail conclure à une « tertiarisation » de la société française,
du cuir et 10 % parmi les ouvrières de la couture, soit sans que cette notion soit très clairement établie, soit
28 000 femmes; notons que les ouvrières du blanchiment que l'on confonde les secteurs d'activité et les professions
ou de la teinturerie et les repasseuses connaissent aussi individuelles, soit que l'on regroupe sous ce vocable de
des taux de chômage importants (9 % et 10 %) ce qui résulte « tertiaire » des métiers sans grand rapport entre eux.
à la fois, comme pour les ouvrières de la couture, d'une L'analyse détaillée des métiers qui composent les catégories
modification des matières textiles utilisées et d'une d'employés va donc conduire à nuancer une telle affirmation.
automatisation des processus de travail. Les ouvrières qualifiées sont De même, et en dépit d'une féminisation croissante de ces
deux fois plus souvent au chômage que les ouvrières professions (64 % en 1975 contre 53 % en 1954), on ne peut
spécialisées. prétendre qu'il y ait une réelle mixité : les femmes
n'occupent pas les mêmes emplois que les hommes et certains
D'une manière générale, le chômage ouvrier a nettement métiers semblent leur être plus spécifiquement réservés.
augmenté sur cette période (+ 169 000). En effet, après
avoir touché les métiers tertiaires au début de la crise, le
chômage s'est étendu aux métiers industriels, et c'est
parmi les ouvriers que le taux de chômage est le plus élevé
en 1975 : 4 % pour les hommes, 8,8 % pour les femmes. 18. L. Thévenot, « Les disponibilités de main-d'œuvre par profession », Economie
et statistique, n° 81-82, septembre-octobre 1976.
Si deux ouvriers sur dix sont des femmes, ce sont quatre 19. Cette convention était sans grande conséquence à une époque où les
ouvriers au chômage sur dix qui sont des femmes. Pour chômeurs étaient moins nombreux et elle mériterait aujourd'hui d'être revue. En
1975 on compte parmi la PDRE 118000 personnes n'ayant pas déclaré de métier.
TABLEAU 15 Effectifs (en milliers) Taux annuel de variation (%)
Évolution 1954 1962 1968 1975 1954-1962 1962-1968 1968-1975
des employés aux recensements
de 1954, 1962, 1968 et 1975
Employés de bureau :
Hommes 764 766 904 1087 0,0 + 2,8 + 2,7
Femmes 863 1119 1467 2017 + 3,3 + 4,6 + 4,6
Total 1627 1885 2 371 3104 + 1.9 + 3,9 + 3,9
Employés de
commerce :
Hommes 212 220 264 299 + 0,5 + 3,1 + 1,8
Femmes 229 291 361 438 + 3,0 + 3,6 + 2,8
Total 441 511 625 737 + 1.9 + 3,4 + 2,4
Ensemble des
employés :
976 986 1168 1386 + 0,1 + 2,9 + 2£
Femmes 1092 1410 1828 2455 + 3,2 + M + 4,3
Total 2068 2 396 2 996 3841 + 1,9 + 3,8 + 3,6

Des «cols blancs» qui n'en sont pas toujours ont modifié la nature des tâches effectuées, désormais plus
\

parcellaires. De plus, l'extension de techniques récentes a


Avec 3104000 actifs, les employés de bureau souvent provoqué le développement de professions
représentent 81 % de l'ensemble des employés; leur importance est caractérisées par des opérations peu qualifiées et répétitives.
grandissante, car leur progression est plus rapide que celle Force est de constater que ces emplois sont occupés pour
des employés de commerce. Cette catégorie comprend tout leur très grande majorité par des femmes; avec 5,3 % de
d'abord un ensemble de professions de bureau peu rythme de croissance annuelle, les 51 000 emplois de
différenciées (1 139 000; + 5,4 %) partagé grossièrement en standardistes et de télexistes sont féminisés à 96 %. Mais le cas
emplois non qualifiés (688 000) très féminisés (70 %) et le plus exemplaire de l'impact de l'utilisation d'une
en emplois qualifiés (451 000), comme les employés des technique nouvelle sur les emplois est, sans aucun doute, celui
banques et des assurances, qui ne sont occupés que pour de l'informatique. La diffusion des techniques informatiques
moitié par des femmes. Les emplois qualifiés de la fonction s'est certes accompagnée de mise en place d'emplois
publique (adjoints administratifs, chefs de groupe, commis, nouveaux mais aussi de reconversions, si bien que le taux de
employés principaux; + 2,6 %) sont plus féminisés que ceux chômage dans les métiers de l'informatique peut varier très
du secteur privé et cette situation s'accentue : les effectifs considérablement d'une spécialité à une autre. Classée dans
de femmes s'élèvent rapidement (+ 5 %) alors que ceux les employés de bureau, la majorité du personnel de
des hommes diminuent. Cette féminisation se retrouve traitement de l'information est constituée par les agents
d'ailleurs à tous les niveaux hiérarchiques du secteur public. d'exploitation (opérateurs, pupitreurs) qui assurent le
C'est sans doute au sein de ces emplois de bureau que l'on fonctionnement de l'ordinateur, et les agents de saisie de l'information
rencontre les professions les plus traditionnellement (perforeurs, vérifieurs). Ces 103 000 emplois, soit 61 % du
associées à l'image de l'employé, impliquant un travail total des emplois de l'informatique (tableau 16) sont pour
intellectuel non mécanisé, une certaine formation scolaire, et la plupart occupés par des femmes. Cet ensemble recouvre,
parfois une possibilité de « carrière » *°. Mais pas plus que les outre des professions récentes, des professions
autres catégories, celle des employés de bureau ne s'est traditionnelles de saisie qui, elles, sont en déclin, comme les
trouvée à l'abri des mutations profondes qui ont affecté mécanographes. Cette situation rend les reconversions nécessaires
le monde du travail. Certains emplois ont été transformés comme en témoignent les taux de chômage élevés dans
par la mise en place d'une nouvelle division du travail à les professions de calculatrices (12,3 %) et de perforeuses-
l'intérieur des secteurs administratifs. Ainsi les emplois
de dactylos, sténodactylos, secrétaires (797 000 + 3,7 %)
peuvent exiger une qualification complète, mais dans bien 20. 19 % des employés de bureau avaient en 1970 le BEPC contre 4 % des
des cas la recherche de progrès de productivité dans les employés de commerce. Les employés de bureau ont également plus de chances
secteurs tertiaires a conduit à organiser des « pools » qui (10 %) de devenir cadres moyens que les employés de commerce (6 %). (D'après
l'enquête Formation-Qualification professionnelle de 1970).
L'EXTENSION DU SALARIAT 19
TABLEAU 16
Taux annuel Taux
Métiers et catégories 1968 1975 de variation de chômage L'évolution des métiers
socioprofessionnelles (%) en 1975
1968-1975 du traitement de l'information
entre 1968 et 1975
Ingénieurs et cadres techniques
supérieurs spécialistes de
l'informatique (c.s.p. 33) :
Hommes (4100) 18 200 (+ 23,8) 0,8
Femmes. (400) 1900 (+ 23,1) 2,6
Total (4500y 20100 (+ 23.7)'

Analystes, analystes-programmeurs,
programmeurs (c.s.p. 43) :
Hommes. 10900 37 600 + 19,3 2,3
Femmes. 1800 8400 + 24,7 5,4
Total 12 700 46000 + 20,2 2,9
Opérateurs et perforateurs en
traitement de l'information (c.s.p. 51)
:

Hommes 22100 22 300 + 1.6 3,1


Femmes. 67 600 80900 + 3,8 6,0
Total 89 700 103200 + 3,3 5,4
Dont perforeurs :
Hommes.., 800 6,7
Femmes. . . . 25 900 7,6
Total 26 700 7,6

1. En 1968 les ingénieurs informaticiens n'étaient pas séparés des ingénieurs de l'organisation et de
la gestion et on a estimé ces effectifs en supposant que les variations de ces deux groupes de professions
ont été identiques sur la période 1968-1975.
2. Cette ventilation fine n'était pas possible en 1968.

vérifîeuses (7,6 %). De fait la croissance des employés de à 90 % de femmes, ce métier est en progression très rapide
l'informatique est modérée (-f 3,3 %) comparée à celle des (+ 6 %) surtout à la suite du développement des
cadres supérieurs et moyens de cette même spécialité. Ces établissements commerciaux en libre-service, ce qui ferait pencher
derniers (66 000 emplois en 1975) ont vu leurs effectifs pour un classement dans la catégorie des employées de
quadrupler en sept ans; emplois nouveaux de conception commerce 21.
(ingénieurs-système, ingénieurs analystes), de direction Outre des métiers à la frontière de la catégorie, ou des
(chefs de centre...), de techniciens (programmeurs...), professions nouvelles ou transformées en raison des
ils ont été occupés par des jeunes ayant subi des changements qui affectent la division du travail, sous la rubrique
formations spécifiques et ont donné peu de place aux « employés de bureau » sont également classés un certain
reconversions, ce qui est attesté par un taux det chômage très nombre d'emplois des entreprises nationalisées : le secteur
bas dans toutes ces professions. d'appartenance semble l'avoir emporté sur l'activité
La diffusion de ces nouvelles techniques n'a pas seulement proprement dite. Ce sont tout d'abord les agents des PTT
été à l'origine de métiers nouveaux ou de reconversions, (77 000 facteurs ou postiers) qui sont d'ailleurs en faible
elle a également perturbé des professions bien établies augmentation (-f 0,5 %); ceux de la SNCF et de la RATP
comme celles des aides-comptables (120 000) parmi lesquels dont les chefs de station, ou de train (25 000) sont en régres-
on enregistre 10 % de chômeurs, ce taux étant aussi élevé
pour les hommes et pour les femmes, ce qui est exceptionnel.
Autre profession également transformée par les 21. En principe les caissiers-vendeurs (hommes et femmes) sont classés parmi
changements économiques intervenus, celle de caissière; composé les employés de commerce et les caissiers tout court parmi les employés de bureau.
20
sion. Une grande partie de ces métiers ne s'exercent pas dire, voire d'un remplacement progressif des tâches
dans un bureau (facteurs, contrôleurs, aiguilleurs) et manuelles par des tâches intellectuelles. Au contraire ce
certains même sont très proches des métiers ouvriers qui développement résulte de l'extension à des secteurs jusque-
impliquent la conduite ou la surveillance d'installations là épargnés, d'un mode de division du travail déjà en œuvre
automatisées. Une telle ambiguïté est encore plus patente dans l'industrie, ainsi que de la croissance de ces secteurs
pour les magasiniers (207 000, + 4,1 %) dont la blouse « rénovés » comme les banques, les assurances, les services,
grise s'allie encore plus difficilement avec le prétendu et le grand commerce. Si les hommes conservent des emplois
« col blanc » qui constitue l'emblème de la catégorie où plus traditionnels et souvent plus qualifiés, l'arrivée massive
on les a placés, bon nombre effectuant des tâches des femmes dans les professions plutôt moins qualifiées a
productives sur les lieux mêmes de production, dans l'usine. sans doute facilité la mise en place de nouvelles techniques
Ainsi la progression des effectifs d'employés de bureau et de nouveaux modes d'organisation du travail. Les
s'accompagne d'une refonte de son contenu. On ne trouve différences d'âge, de rémunérations ou encore le degré de
plus guère de traces par exemple d' « adressographistes » mobilité professionnelle sont autant d'indices d'une absence
ou de « penduleurs » " et si les opérations qu'effectuaient de mixité véritable de ces professions pourtant très
ces employés n'ont rien perdu de leur actualité, la plupart féminisées. En effet la moitié des employées ont moins de 30 ans
d'entre elles sont désormais réalisées mécaniquement ce en 1975, alors qu'un tiers seulement des employés sont
qui les rapproche d'autres tâches sur machines. dans ce cas. Autre indication, les femmes et les hommes
employés ne perçoivent pas le même salaire. En 1973, les
employés de bureau (fonctionnaires non compris) ont un
La division du travail dans les emplois de commerce salaire mensuel moyen de 1 870 francs alors que les employées
de bureau ne perçoivent en moyenne que 1 520 francs par
Avec 737 000 actifs (dont 59 % de femmes) les employés mois; de même les hommes employés de commerce
de commerce connaissent des transformations analogues. touchent en moyenne 1 990 francs par mois, les femmes 1 170
Le classement des caissières déjà évoqué a montré qu'un francs, soit à peine plus de la moitié u.
même mouvement de division des tâches affectait les deux Entre les périodes 1959-1964 et 1965-1970 les possibilités
catégories d'employés et conduisait à une osmose entre elles. d'accès des femmes employées aux positions de cadres
En effet, si les caissiers qui très certainement occupent moyens sont restées stables, trois fois moins élevées pour
des emplois de bureau, diminuent de 1 % par an (on en les employées de commerce. Pour les hommes au contraire
compte 71 000 en 1975), les caissières, en revanche, les proportions sont devenues plus importantes d'une
augmentent à un rythme très rapide passant de 39 000 en 1968 à période à l'autre, à peine moins fréquentes chez les employés
64 000 en 1975 (+ 7,1 %). Ce développement est né de de commerce. Ces différences permettent de distinguer les
l'extension des grandes surfaces et de l'éclatement des hommes employés et les femmes employées de bureau
métiers traditionnels de vendeurs qui s'en est suivi; ils ont dont le niveau de formation est plus élevé et les possibilités
alors été remplacés par des cadres commerciaux classés de carrière plus importantes, des femmes employées de
dans les cadres administratifs moyens (chefs de groupe, chef commerces 2S. L'examen de l'origine sociale confirme ce
des ventes, chef de produit, pour la plupart masculins) découpage : d'après l'enquête FQP, 43 % des employées
d'une part, et par des employées non qualifiées (réassortis- de commerce de 35 ans et plus en 1970 avaient un père
seuses, approvisionneuses, caissières) d'autre part. La ouvrier contre 36 % des employées de bureau, 33 % des
rubrique même de vendeurs (555 000, + 2,4 %) est trop employés de bureau et 30 % des employés de commerce.
imprécise pour être significative et la proportion moyenne de Ces professions sont donc très proches, pour l'origine
59 % de femmes est assez trompeuse : les femmes sont sociale, des métiers ouvriers, surtout pour les femmes.
surtout vendeuses, rayonnistes, employées de magasins, les Mais il faut noter aussi qu'une proportion non négligeable
hommes peuvent eux être occupés à des tâches plus des employées de bureau est issue des milieux de cadres
complexes : voyageurs de commerce salariés, bouchers ", (11 % pour 4 % seulement des employées de commerce).
gérants de magasins à succursales multiples. Dans cette
dernière catégorie on rencontre cependant une assez forte
proportion de femmes (41 %) sans doute parmi les gérants quelconque
une
22.
« Penduleur
entreprise.
« Adressographiste
les adresses
: employé
» surqui
: aide
lesenregistre
lettres
de bureau
et lele temps
chargé
courrierded'enregistrer
départ.
travail du
» personnel
par un moyen
dans
de station-service. Cette transformation profonde des
emplois du commerce est allée de pair avec une forte Ces définitions sont extraites du « Dictionnaire des métiers » publié par
l'INSEE en 1955,
augmentation du chômage qui atteint des taux importants pour des métiers ». mais elles sont encore présentes dans l'édition de 1968 du « Code
23. On a jugé que lesauxboulangers
bouchers —exerçaient une tâche
les caissières (6,3 %), vendeurs (9,0 %) et surtout pain) par opposition non abatteurs — quiproductive
préparent(fabriquer
seulementle
vendeuses (9,9 %). la marchandise vendue. Les boulangers salariés sont donc classés parmi les ouvriers
et les bouchers salariés parmi les employés de commerce.
24. « Les salaires dans l'industrie, le commerce et les services en 1973 », Lts
collections de l'INSEE, volumedesM 61.
Sur la question de l'écart salaires entre hommes et femmes voir l'article
Une catégorie féminisée, mais non mixte portant
n° 59. Once ytitre
montre
d'Alain
en particulier
Charraud etqueKathy
des différences
Saada dans dans
Economie
la durée
et statistique,
du travail
expliquent une partie mais non la totalité des écarts de salaires observés.
Cet aperçu sur le contenu de la catégorie « employés » 25. En 1970, 38 % des employées de bureau avaient au plus le CEP alors que
76 % des employées de commerce étaient dans ce cas.
montre que l'expansion de ce groupe ne porte pas la marque Toutes ces données concernant la formation, la mobilité professionnelle et
d'une bureaucratisation de la société comme on a pu le l'origine sociale sont extraites des enquêtes formation-qualification professionnelle
4«1964 et 1970.
L'EXTENSION DU SALARIAT 21
7 671010 5 50 4
(en %) ..."■, ..,..,,, , TABLEAU 17
Catégorie socioprofessionnelle
Catégorie socioprofessionnelle du conjoint Employés » Employées » du conjoint actif des employé (e) s*
au recensement de 1975

Cadre supérieur (sauf profession libérale),- cs.p. 32, 33 et 34. 2.1 7.7
(128) (218)
Cadre moyen cs.p. 41 , 42, 43 et 44 .. ... . . J ...... -15,3 19.3
(219) (296)
Employé (e), cs.p. 51 et 53. ........ i 49,0 18.7
(370) (370)
Ouvrier (e) cs.p. 60 et 68. ;; 18,9 42,3
(199) (240)
Autre actif (ve) . ............ ji. -.- . 14,7 12,0
" " " '*' ''
"'. ., , Total 100,0 100,0
'

:
'
'
.

chef *deCeménage
tableauestcouvre
l'époux.
le champ
Il ne s'agit
des ménages
donc pasordinaires
exactement
dontde lesla totalité
deux époux
des employé(e)s
sont actifs etmarié(e)s
dont le
dont le conjoint est actif. Pour les hommes on obtient un total de 506 000 personnes, pour les femmes
13261.000.
Ce tableau se lit de la manière suivante : si on appelle n« le nombre de couples dont le mari
chef de ménage appartient à la catégorie socio-professionnelle i et la femme à la catégorie j, la première
colonne réunit les ne<\jnSt,% la seconde colonne les n;i£/n,ie. (e désigne la cs.p. « employé ») Pour
s'affranchir de l'effet de structure qui résulte de la répartition inégale des hommes et des femmes par
catégories, on a figuré entre parenthèse le quotient des proportions précédentes par les effectifs na : pour
la première colonne, ii{ a pour la seconde colonne, ces quotients étant indiqués en millième?.

L'analyse de la nuptialité confirme ces proximités (tableau croissance rapide. C'est une rubrique hétérogène possédant
17) : la moitié des employés sont mariés avec une employée des frontières avec beaucoup d'autres catégories. On y
alors que 19 % seulement des employées ont un conjoint rencontre des métiers proches des employés de bureau,
employé 26. Si on neutralise l'effet des poids inégaux des gardiens, plantons, concierges (194 000; — 0,3 %) ou des
différentes catégories socioprofessionnelles des maris et employés de commerce, garçons de café, serveuses (135 000,
des femmes, on obtient confirmation dufaitquelesemployées + 2,1 %), mais aussi des employées médicales ou sociales
sont plus proches des ouvriers que ne le sont les employés, qui croissent encore plus rapidement que les personnels
et qu'une partie de ces employées sont mariées avec des plus qualifiés qu'elles assistent : aides-infirmières, aides-
cadres et cela plus souvent que les employés. soignantes (269 000, + 8,4 %), aides-maternelles, aides-
Finalement, hormis cette petite fraction des femmes sociales (43 000, + 18,2 %). On y trouve aussi des
employées qui a des liens avec le milieu des cadres (les professions salariées voisines des artisans, chauffeurs de taxis,
secrétaires par exemple) par filiation ou par mariage — ou moniteurs d'auto-école (36 000, + 2,0 %), des métiers des
par les deux à la fois — la grande majorité est liée au milieu soins personnels, coiffeurs (62 000, — 3,4 %) dont certains
ouvrier, tant par des liens familiaux que par les conditions liés à l'image de la femme, connaissent une croissance
de travail ou de rémunération qui lui sont réservées. rapide, esthéticiennes, maquilleuses (10 000, -f 3,2 %).
Ces métiers se rapprochent d'ailleurs, par leur fonction,
et par leur recrutement important dans des milieux de
cadres, d'un autre ensemble de professions qui se
Les personnels de service : développent très rapidement : les hôtesses, agents d'accueil,
une catégorie éclatée très féminisée accompagnateurs (35 000, + 20 %). Leurs effectifs ont presque
quadruplé en sept ans.
Entre 1968 et 1975 les personnels de service (1,2 millions
en 1975) ont cru modérément, au rythme de la population
active totale (tableau 18).
Les employés de maison " (234 000) ont continué à d'enfants.
26. Voir
27. Cetteles rubrique
notes du tableau
comportepourégalement
la définitionles exacte
nourrices
du champ.
et les gardiennes
décroître et les effectifs de femmes de ménage (154 000) 28. Les femmes de ménage sont classées manœuvres si elles ne travaillent pas
ont brutalement chuté 2S. Par contre, la troisième catégorie, chez un particulier. Cette frontière avec les manœuvres risque d'être imprécise
puisqu'il
Ceci peutfaut évaluer une
l'activité
partiededel'employeur
la variationpour classer cesentre
femmes
les « autres personnels de service » (856 000) connaît une expliquer intervenue 1968 deet ménage.
1975.
22 ■■.■■:,.< -.--.il-. .-...

.
TABLEAU 18 Effectifs (en milliers) Taux annuel de variation (%)
Évolution des personnels de service 1954 1962 1968 1975 1954-1962 1962-1968 1968-1975
aux recensements
de 19S4, 1962, 1968 et 1975
Gens de maison 321 307 281 234 — 0.6 — 1.5 -2,6
Femmes de ménage . . 239 222 227 154 — 0,9 + 0,4 — 5,4
Autres personnel de
service :
Hommes 186 188 230 264 + 0.1 + 3,4 + 2.0
Femmes 272 330 428 591 + 2,4 + 4,4 + 4,7
Total 458 518 658 855 + 1.6 + 4.1 + 3.8

Ensemble (total) 1018 1047 1 166 1243 + 0,4 + 1,8 + 0,9

Les taux de chômage sont élevés dans les métiers du glissement des appellations et par les classements qui
traditionnellement en régression, comme les coiffeurs (15 %), en résultent.
mais aussi dans les nouvelles professions en pleine Les cadres moyens comprennent des professions diverses
croissance, hôtesses (12 %), esthéticiennes (28 %). dont les rythmes de croissance ont été très inégaux. Entre
Ce groupe des personnels de service rassemble donc des 1962 et 1975, les effectifs de techniciens ont plus que doublé,
professions très diverses. Les personnels employés par des et ont ainsi devancé les institutrices, de leur côté les
particuliers diminuent au profit des salariés des entreprises intermédiaires médicaux et sociaux triplaient. Toutefois, malgré
d'entretien classés parmi les manœuvres. Les personnels ces évolutions, les cadres administratifs moyens constituent
des commerces et de la santé, également peu qualifiés pour encore la catégorie la plus nombreuse (35 % de l'en-
la plupart, croissent ainsi que les professions de la semble).
présentation et de la représentation, en pleine expansion et
proches à bien des égards de certaines professions nouvelles
de cadres moyens. Les cadres moyens administratifs : :
les seuls qui encadrent
Représentant un tiers des cadres moyens, les cadres
Les cadres moyens : des cadres, administratifs remplissent une fonction d'encadrement, c'est-à-
des intermédiaires dire de direction et de surveillance d'employés dans
l'Administration, les banques, les commerces... Leur fonction
ou des assistants techniques d'encadrement est attestée par l'écart observé entre leurs
salaires (3 440 F) et ceux de l'ensemble des cadres moyens
Constituant 6 % de la population active en 1954, les cadres (2 850 F). Mais le qualificatif de « moyen » rappelle qu'ils
moyens en représentent désormais 13 % et leurs effectifs restent dans la plupart des cas les exécutants d'une couche
s'élèvent à près de 2,8 millions; c'est dire combien leur d'encadrement supérieure. Une partie d'entre eux sont des
croissance a été rapide (tableau 19). Parallèlement, la fonctionnaires (264 000), lesquels croissent très rapidement
féminisation de cette catégorie s'est accusée : en sept ans la (+ 4,3 %). Les autres, c'est-à-dire les cadres moyens des
proportion de femmes parmi les cadres moyens est passée banques et des commerces, progressent encore plus vite :
de 41 % à 45 %. Très souvent présentes dans les services ils sont deux fois plus nombreux en 1975 qu'ils ne l'étaient
médicaux et sociaux, leur importance demeure modeste en 1968. Ce bond résulte, pour les cadres des banques
chez les techniciens; faut-il reconnaître ici, comme pour (chef de bureau, chef de section, chef de groupe : 21 000
les employés, un certain partage des professions entre les en 1975), du développement rapide du secteur bancaire
sexes? Le groupe des cadres moyens est mal circonscrit. qui s'est accompagné d'une embauche importante
En effet, si le statut de cadre a été juridiquement défini d'employées peu qualifiées et de personnels destinés à les
dans les accords Parodi, et repris dans les conventions encadrer. Pour les cadres du commerce (chef de rayon, chef de
collectives qui s'en sont inspirées, la distinction cadre groupe, chef des ventes... : 47 000), ce doublement révèle
supérieur - cadre moyen, bien que désormais entrée dans une restructuration des emplois qui a fait suite à la
les mœurs, est surtout l'œuvre du statisticien. Ces deux concentration des commerces, les petits commerçants étant
catégories plus étendues d'ailleurs que l'ensemble défini remplacés par des employés de commerce non qualifiés
dans ces conventions, tendent encore à s'élargir par l'effet (caissière, vendeuse) et des cadres commerciaux. Toujours dans
L'EXTENSION DU SALARIAT 23
4.
Taux annuel de variation TABLEAU 19
Effectifs (en milliers)
1962 1968 197S 1962-1968 1968-1975 Évolution des cadres moyens
aux recensements de 1962,
1968 et 1975
Cadres administratifs moyens :
Hommes. 427 482 534 + 2,0 + 1,5
Femmes. 199 258 436 + 4,4 + 7.8
,

Total 626 740 970 + 2.8 + 3.9

Instituteurs et professions
intellectuelles diverses :
Hommes . 147 210 269 + 6,1 + 3,6
Femmes. 274 352 468 + 4,3 + 4,2
.

Total 421 562 737 + 4,9 + 4,0

Services médicaux et sociaux :


Hommes. 17 29 63 + 9,3 + 11,7
Femmes.. 93 144 236 + 7,6 + 7,3
Total 110 173 299 + 7.8 + 8,1

Techniciens :
Hommes. 317 471 650 + 6,8 + 4,7
Femmes.. 27 60 109 + 14,2 + 8,9
Total 344 531 759 + 7,5 + 5.2

Ensemble :
Hommes. 908 1 192 1516 + 4,6 + 3,5
Femmes. 593 814 1249 + 5,4 + 6,3
Total 1 501 2006 2 765 + 4,9 + 4,7

cette catégorie, les agents du commerce (animateur des Les Intermédiaires de l'enseignement et de la santé
ventes, promoteur des ventes, agent commercial; 254 000)
et des assurances (57 000), qui sont davantage des A côté des véritables agents d'encadrement que sont les
intermédiaires que des cadres, connaissent une croissance modérée. cadres administratifs moyens, on trouve divers personnels
En revanche, un autre métier d'intermédiaire technico- qui ne s'inscrivent pas dans une hiérarchie dont ils seraient
commercial s'est littéralement multiplié en 1968 et 1975, à la fois les cadres et les exécutants et qui ne sont pas non
passant de 9 000 à 16 000. Il s'agit du métier d' « acheteur » plus, comme les techniciens, les assistants techniques de
qui constitue une extension de l'agent technico-commercial cadres supérieurs. On pourrait les qualifier «
traditionnel à la sphère du marketing, considérablement d'intermédiaires » 29 marquant par ce terme qu'ils possèdent une
développée pendant ces dernières années. Enfin, plus proches fonction technique (enseignement, santé), mais que leur
de l'adjoint technique que de l'agent d'encadrement, les métier les amène à diffuser cette technique auprès d'un
comptables dont les effectifs (275 000) régressent (—1,3 %
par an) en raison de la mise en place de méthodes de gestion
informatisée, sont également classés dans les cadres les29.
touj ourscadres
deL'introduction
« moyens
véritables
parlefonctions
du d'une
code «des
d'encadrement
position
catégories
intermédiaire
».socioprofessionnelles
» qui n'implique
concernant
pas
administratifs moyens.
24
large public. Pour ce faire, ils se réfèrent à ceux qui ou pharmaciens indépendants puisqu'ils doublent presque
détiennent et contrôlent la totalité de ce savoir (professeurs (+ 10% par an); Ns occupent les deux tiers des effectifs
de l'enseignement supérieur, médecins) lesquels sont classés de la profession. Mises à part ces activités paramédicales,
dans les cadres supérieurs. Cette référence est manifeste qui se développent intensément, l'essentiel des
dans les systèmes de formation mais on la retrouve en intermédiaires médicaux est constitué par les infirmières (212 000)
filigrane dans les luttes continuelles contre les déclassements qui évoluent comme l'ensemble de la catégorie (+ 7,7 %).
dont on verra un exemple à propos des personnels de Une infirmière sur dix est non salariée mais ces effectifs
santé. d'indépendants augmentent plus rapidement que les salariés
Les instituteurs (et professions intellectuelles diverses) contrairement à ce qu'on a observé pour les autres
font partie de ces intermédiaires et représentent un quart professions médicales ou paramédicales. De fait, à la différence
des cadres moyens. Les trois quarts d'entre eux (563 000) de ces autres professions, l'établissement à son compte
sont effectivement des enseignants, instituteurs, n'est pas subordonné à la possession d'un capital important
enseignants du technique court, maîtres auxiliaires dont la pour la disposition d'un local et de matériel.
progression est désormais ralentie (+ 1,9%). Le quart restant Les intermédiaires médicaux non salariés qui ne
constitue une fraction qui n'a guère de raison d'être représentent qu'un dixième des personnels des services médicaux
rattachée à la précédente tant elle s'en sépare par son et sociaux croissent encore plus rapidement (+ 10,1 %)
recrutement, ses fonctions, sa position dans le système productif que les autres. Ils se définissent par rapport aux professions
et son taux de croissance. Ce sont les intermédiaires de libérales mais n'y sont pas classés en raison d'une durée
l'animation (130 000 animateurs de formation, rubrique des études inférieure (trois ans après le bac en moyenne,
créée en 1975), de la presse (rédacteur, journaliste), des au lieu de sept ans pour les médecins). De fait, l'accès à
relations publiques (attaché de presse), de la décoration ces professions n'est pas encore aussi fermement défendu
(dessinateur, publicitaire, étalagiste, styliste, décorateur, qu'à celles de médecins ou de pharmaciens. Leur croissance
ensemblier) et de la publicité (rédacteur-concepteur, chef reflète, semble-t-il, une reconversion d'une partie de ceux
d'études-media). Toutes ces professions se développent très qui n'ont pu accéder aux professions médicales : en 1970,
rapidement; ainsi les intermédiaires de la presse et des 13% des personnels féminins des services médicaux et
relations publiques passent de 17 000 à 23 000 en 1975. Mais sociaux âgés de plus de 35 ans étaient issus des couches de
ce sont les spécialistes de la publicité qui connaissent un cadres supérieurs contre 6 % seulement des techniciens
essor exceptionnel : ils étaient 5 000 en 1968, ils sont 12 000 hommes.
en 1975. Au moment de la création du code, ces professions
intellectuelles diverses étaient peu représentées et leur
assimilation avec les instituteurs ne portait pas à Les techniciens : souvent proches des ouvriers
conséquence. Aujourd'hui, au contraire, en les réunissant avec Un bon quart des cadres moyens est composé de
d'autres métiers analogues tels les acheteurs déjà rencontrés, techniciens et de dessinateurs qui forment une couche d'assistants
et en les séparant des enseignants, on verrait mieux que les des cadres supérieurs (ingénieurs pour la plupart); ils
premiers stagnent, après le passage de la vague du « baby s'opposent aux cadres administratifs moyens et aux
boom » consécutif à la guerre et que les seconds connaissent intermédiaires par leur rôle le plus souvent productif, par leur
une croissance rapide fondée sur une extension des services insertion dans l'usine même ou dans le bureau d'études qui
commerciaux et publicitaires. y est directement attaché et par le rapport de dépendance
Un cadre moyen sur dix appartient aux services médicaux immédiate dans lequel ils se trouvent placés vis-à-vis de la
et soc/aux où il occupe le plus souvent une position catégorie supérieure, dépendance qui n'est nullement
d'intermédiaire, tirant parti de l'autorité des médecins, contrebalancée par un rôle d'encadrement. La frontière
sociologues, psychologues dont il ne dépend pas n'est d'ailleurs pas toujours très nette entre les techniciens
hiérarchiquement 30 pour justifier de sa pratique auprès d'un large public.
Cette dépendance non hiérarchique se reflète dans les
formations et les diplômes mais elle n'est jamais définitivement
figée et les frontières entre ces intermédiaires et leurs 30. La frontière n'est pas toujours tris nette; ainsi la position d'une infirmière
homologues supérieurs sont l'objet de luttes de classements salariée dans un hôpital vis-à-vis du médecin peut être pratiquement celle d'un
exécutant
l'infirmièremême est à sisonla voie hiérarchique
ce rapportpasse par la surveillante.
est moinsAu direct.
contraire si
de part et d'autre 31. Les intermédiaires sociaux (assistantes compte, de domination
31. On sait que c'est Pierre Bourdieu qui est à l'origine des travaux qui se sont
sociales, psychologues scolaires, d'entreprises, conseillers développés autour des fonctionnements de ces modes de domination à l'intérieur
d'orientation) connaissent un développement exceptionnel : d'un champ. Cette analyse est particulièrement féconde pour les cadres moyens
et on peutils ontmême
songépenser qu'elledesétait en germe dans l'esprit des dits
auteurs du code
leurs effectifs (14 000) ont presque quintuplé en sept ans. quand à séparer cadres dits moyens les cadres supérieurs.
Sur la question de lutte de classement et de lutte de classe voir « le titre et
Comme leurs homologues médecins, les intermédiaires n'le poste»,
2, marsPierre 1975.Bourdieu et Luc Boltanski, Actes de la recherche en sciences sociales,
médicaux sont partagés en salariés et non salariés. Comme Récemment dans une correspondance du journal Le Monde (4 mai 1977) intitulée
justement « les kinésithérapeutes, ces mal compris » deux interventions s'entre»
pour les médecins ce sont les salariés qui croissent le plus croisent sur ces thèmes : le président de la Fédération française des masseurs
kinésithérapeutes, luttant contre une menace de déclassement
rappelle del'importance
vite. Ainsi les masseurs, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, la profession
résultant de la prolifération de masseuses non agréées, du
orthophonistes rééducateurs salariés passent de 4 300 à diplôme et invoque le conseil régional de l'ordre des médecins pour écarter les
« brebis galeuses ». Inversement un chef de clinique, médecin enseignant en
11 300 en sept ans (+ 14,8% par an). En revanche, les non kinésithérapie
profession derésistant à unspécialisé
surclassement
et quede «la l'étudiant
professionfasciné
proclamepar que c'est une
technicien un savoir médico
salariés progressent beaucoup plus vite que les médecins qu'il maîtrise mal se détourne fâcheusement des disciplines pratiques ».
L'EXTENSION DU SALARIAT 25
il; TABLEAU 20
Hommes Femmes
Les cadres moyens
(Effectifs en 1975)
Cadres administratifs moyens 534 000 35,2 436000 34,9
Instituteurs, professions
intellectuelles diverses 269 000 Ï7.8 468 000 37,5
Services médicaux et sociaux 63 000 4,1 236 000 18,9
Techniciens 650 000 42,9 109000 8,7
Total cadres moyens 1516000 100,0 1249 000 100,0

et les ouvriers, les « techniciens d'atelier » et les « agents médicaux et sociaux sont les plus féminisés (79 %), suivis
techniques » pouvant être classés dans ces deux catégories. des enseignants (64%), des cadres administratifs (45%) et
On a de multiples indications de cette proximité, que l'on enfin des techniciens qui comptent très peu de femmes
regarde l'origine sociale, la formation ou le salaire. En 1970, (H%).
39% des hommes techniciens âgés de plus de 35 ans étaient En 1975, les femmes cadres moyens sont aussi souvent que
d'origine ouvrière contre 22% des instituteurs et 18% les hommes cadres administratifs (une fois sur trois).
des femmes des services médicaux et sociaux (enquête Cette situation est le fruit d'une évolution rapide; en sept
FQP). Un sur cinq de ces techniciens avait un brevet de ans les femmes ont occupé plus des trois quarts des emplois
technicien ou de technicien supérieur, c'est-à-dire un peu supplémentaires de cette catégorie. Les écarts de salaires
moins que la part des techniciens qui n'ont que le CAP. entre les sexes suggèrent toutefois qu'il ne s'agit pas des
En 1973, les techniciens percevaient en moyenne un salaire mêmes emplois que les hommes : les hommes perçoivent
mensuel de 2 640 F contre 3 440 F pour les cadres en 1973 un salaire moyen de 3 600 F par mois, les femmes
administratifs moyens. Parmi ces assistants techniques, les 2 780 F. Effectivement, ce sont surtout les emplois de
dessinateurs (151000) croissent modérément (+1,3%) et ce fonctionnaires qui sont accessibles aux femmes, où elles en
fléchissement lié pour une bonne part, à la crise du assurent la quasi-totalité de la croissance, et en 1975 elles
bâtiment, s'accompagne d'un fort taux de chômage (6,7% sont plus nombreuses que les hommes dans ces professions.
pour les hommes). En dehors des dessinateurs, on ne En effet, l'encadrement féminin est mieux toléré dans ces
distinguait en 1968 que deux catégories de techniciens. Les fonctions où il peut s'appuyer sur une hiérarchie
premiers (34 000 : agents de planning, d'ordonnancement, traditionnelle et sur la détention d'un diplôme; de plus, l'accès
chrono-analyseurs) croissent très rapidement (-+- 6,4%) en des femmes à ces emplois est facilité par une législation
raison du développement d'un contrôle plus intense du sociale plus favorable. Les emplois mieux rémunérés de
processus de production, des modes de gestion et cadres moyens des banques ou du commerce sont eux
d'organisation du travail. Les seconds (analystes, programmeurs) davantage occupés par les hommes. Quand ils ne sont pas
font un bond spectaculaire : passant de 13 000 en 1968 à cadres administratifs, les hommes sont dans deux cas sur
46 000 en 1975. Ils ont presque quadruplé, sous l'effet de trois techniciens et, dans un cas sur trois seulement,
la mise en place progressive des techniques informatiques instituteurs ou intermédiaires médicaux et sociaux. Les femmes,
dans l'industrie et dans les services. en revanche, sont dans neuf cas sur dix institutrices ou
Les techniciens proprement dits augmentent rapidement intermédiaires médicaux et sociaux.
dans leur ensemble (+5,2%), même si leur progression Déjà très élevée, la féminisation des « instituteurs et
s'est un peu tassée avec le ralentissement de la croissance professions intellectuelles diverses » s'est poursuivie : c'est
industrielle et la résorption progressive des pénuries parmi les intermédiaires de l'animation, de la presse et de
dénoncées dans les années 60 32. Toutefois, la croissance la publicité qu'elle a cru le plus : en 1975, les femmes
encore plus vive des techniciens de la gestion, de la occupent un tiers de ces emplois.
production et de l'informatique permet de mesurer l'effet de la Un psychologue sur deux est une femme, ce qui s'explique
diffusion de techniques nouvelles visant à rationaliser la par le fait qu'un grand nombre de ces psychologues
gestion et à étendre toujours davantage l'organisation n'exercent pas leur métier dans un établissement scolaire mais dans
scientifique du travail. l'industrie où le recrutement des femmes semble plus
difficilement accepté pour un poste qui implique dans bien des
Les femmes cadres moyens cas le contrôle de l'embauche.
'■

La proportion de femmes parmi les cadres moyens est


élevée : 45% en 1975. Mais cette féminisation moyenne d'emploi
bilans
32. Voir
parpour
dans
profession.
le leVII*n° Plan,
81-82 etd'Economie
en particulier
et statistique
l'article dele dossier
Joëlle Affichard
des projections
sur les
marque de grandes disparités (tableau 20) : les services
26
Ce sont les intermédiaires médicaux qui sont les métiers GRAPhHQUE IV
les plus féminisés; les infirmières bien sûr (84%) mais
aussi les masseurs, kinésithérapeutes, orthophonistes, Évolution de la part des femmes
rééducateurs, surtout quand ils sont salariés (70%), car, comme parmi les cadres tertiaires moyens et supérieurs
on Ta vu à propos des professions homologues de médecin
ou de pharmacien, la féminisation de ces professions va CADRES SUPÉRIEURS
toujours de pair avec leur salarisation progressive. 51,3% 1975
Finalement, la féminisation des cadres moyens touche peu
les postes d'encadrement véritable des services (banques, 36,8%
commerces). Les femmes cadres ne sont nombreuses que 26.3%
dans les postes de fonctionnaires où les fonctions
d'encadrement sont moins nettes et auxquels elles peuvent accéder ■ 16,0%
par un titre scolaire ou par concours d'entrée. Par ailleurs, • x«i£x! :;5?Sv:;??7:v:viv
elles jouent un rôle important dans les professions
d'intermédiaires, soit qu'elles y tiennent déjà une grande place Professeurs Médecins Fonctionnaires Médecins
(éducation, santé), là encore par l'entremise d'un salariés supérieurs non salariés
recrutement sur concours, soit que cette place plus modeste se
renforce dans d'autres situations d'intermédiaires où le
milieu social d'origine peut à la fois faciliter l'accès à ces
métiers et leur exercice ultérieur (presse, relations
publiques, publicité). D'une manière générale, les femmes
cadres moyens sont plus souvent issues d'un milieu de cadres % CADRES MOYENS
supérieurs que les hommes. Ceci résulte d'un double effet : 80
70,1% 1975
à l'intérieur de chacune des catégories de cadres moyens 70 67.4%
les hommes sont d'origine plus modeste, mais, de plus, ils
sont plus nombreux parmi les techniciens dont l'origine 60 rrj.rrmjTtrriyT 55,4%
sociale est globalement moins élevée. 50 41^7%
illilli W.7.W».<?.W
L'afflux des femmes dans les professions intermédiaires 40 5x'?::x'::$S:¥::x'
entre 1968 et 1975 a contribué à la salarisation progressive JwSx^ïx"?!?
mais incomplète des professions médicales mais il a 30
également conduit à une féminisation accrue des cadres de la 20
fonction publique. En 1968 les femmes ne constituaient que 11111111 illiliill illilli
10 Kx'Sx'SJSiWx'
46% des cadres moyens de la fonction publique et 15%
des cadres supérieurs; en 1975 ces taux sont beaucoup plus o
élevés : respectivement 55 % et 26 % (graphique IV). Ce Instituteurs Kinésithérapeutes
BIS
salariés!!) cadres moyens
Fonctionnaires Kinésithérapeutes
non salariés!!)
sont donc les professions médicales salariées — surtout
intermédiaires — et les cadres de la fonction publique qui (1) Outre les kinésithérapeutes, cette profession rassemble les rééducateurs, les
ergothérapeutes, les orthophonistes, les aides-dermatologistes, les pédicures
ont connu la plus forte féminisation entre 1968 et 1975, et
les les manucures-pédicures... mais pas les manucures qui sont classés dans
prenant ainsi le relais des professions de l'enseignement. personnels de service.
La croissance de ces intermédiaires traduit la rencontre
entre une main-d'œuvre féminine d'une origine sociale
souvent élevée, et un certain type d'emplois qui peuvent fesseurs et cadres administratifs supérieurs forment les
tirer profit de caractéristiques propres à cette main-d'œuvre, trois quarts de ce groupe et contribuent à 80% de sa
et en particulier des rôles traditionnellement attribués aux croissance (tableau 21).
femmes : éducation, assistance, relations humaines. La féminisation des différentes catégories progresse mais
elle reste très inégale, très faible pour les ingénieurs (4,4 %)
importante pour les professeurs (47 %). Un homme cadre
Les professions libérales supérieur sur deux est cadre administratif alors qu'une
femme cadre supérieur sur deux est professeur.
et les cadres supérieurs :
pouvoir et diplôme Les professions libérales : .
à la limite du numerus clausus s ^
C'est le groupe qui a connu la croissance la plus rapide
entre 1968 et 1975 (+ 5,6 %). Cette croissance était déjà Sont classées dans les professions libérales les personnes
rapide entre 1954 et 1968 mais elle s'est encore accélérée « établies à leur compte » qui ne font pas partie des patrons
après 1968 et les effectifs qui ne représentaient que 3 % de l'industrie et du commerce et qui exercent une
de la population active en 1954 en représentant plus du profession dont l'activité exige « une instruction d'un niveau
double (6,7 %) en 1975» soit 1,5 millions d'individus. Pro- supérieur ». C'est une catégorie sociale très homogène
L'EXTENSION DU SALARIAT 27
TABLEAU 21

Évolution des professions libérales et des cadres supérieurs aux recensements de 1954, 1962, 1968 et 1975

Effectif (en milliers) Taux annuel de variation (%)


1954 1962 1968 1975 1954-1962 1962-1968 1968-1975

Professions libérales :
101 524 103 364 113 392 133 835 + 0,2 + 1,6 + 2,4
18 817 21693 27180 38190 + 1.8 + 3,8 + 5,0
Total 120341 125057 140572 172 025 + 0,5 + 2,0 + 2,9

Professeurs, professions littéraires et scientifiques


48 321 71321 117 956 199 970 + 5,0 + 8.7 + 7.8
32059 53 805 95 464 177 245 + 6,7 + 10,0 + 9,2
Total 80380 125 126 213 420 377 215 + 5,7 + 9,3 + 8,5

Ingénieurs :
74247 133 626 179 808 245 080 1 + 5.1 + 4,5
1 561 4435 6 376 11210 1 + 6.2 + 8,4
Total 75808 138061 186 184 256 290 1 + 5,1 + 4,7

Cadres administratifs supérieurs :


Hommes 253 375 335 951 393 828 541 785 1 + 2,7 + 4,7
Femmes 23 815 41743 60 712 111 970 1 + 6.4 + 9,1
Total 277 190 377 694 454540 653 755 1 + 3,1 + 5,3
:

Ensemble :
Hommes ;. 477467 644262 804984 1 120 670 + 3,8 + 3,8 + 4,8
76252 121 676 189732 338 615 + 6,0 + 7,7 + 8,6
Total 553 719 765938 994 716 1 459 285 + 4,1 + 4,5 - + 5 ,6

1. En 1954 seuls les ingénieurs du secteur privé éuient classés dans la catégorie des "ingénieurs", ceux du secteur public étaient classés parmi les cadres
administratifs supérieurs ; cela empêche des comparaisons 1954-1962 pour les deux catégories.

caractérisée par des revenus très élevés et une grande A un niveau de détail plus fin, les salariés se distinguent
immobilité sociale : 27 % des hommes âgés en 1970 de plus nettement des non-salariés : ainsi lès médecins34 salariés
de 35 ans et issus de ce milieu social y sont restés, alors que doublent-ils en sept ans, passant de 25 500 à 50 400, tandis
17 % seulement des fils d'ingénieurs, catégorie pourtant que leurs homologues établis à leur compte croissent trois
plus nombreuse, sont devenus eux-mêmes ingénieurs fois moins vite (ils sont 56 400 en 1975 contre 44500 en
(FQP). L'homogamie est également forte : 64 % des femmes 1968). Il en est de même pour les pharmaciens qui sont
mariées appartenant à cette catégorie en 1975 ont un mari 34 000 en 1975; les deux tiers sont non salariés et leur
qui en fait aussi partie 33. progression est encore moins rapide que celle des médecins
Le contrôle exercé par les membres de ces professions (1,8 %), l'ouverture des officines étant strictement régle-
sur l'évolution de leurs effectifs au moment de la formation
(médecins) ou de l'établissement (pharmacien) et les
contraintes financières qui pèsent sur l'ouverture d'un 33. Il s'agit très exactement des femmes mariées à un chef de ménage, de plus
on
sontdoitclassées
se rappeler
quel quequesoitles leur
aidesmétier
familiales
dans (1/4
cabinet ou d'une officine expliquent la faible croissance des femmes de cette catégorie)
la catégorie socioprofessionnelle de
des professions libérales (+ 2,9 % par an), comparée à leur mari.
celle des cadres supérieurs. 34. La rubrique des médecins du code des métiers comprend les internes des
hôpitaux; sur la question de la définition des métiers voir la note 11.
28
mentée. En revanche, les pharmaciens salariés ont vu leur différenciée selon les professions qui la composent. Les
effectif s'élever rapidement pendant la même période 41 000 enseignants du supérieur ne comptent que 35 %
(+ 8 %). des femmes contre 54 % pour les 202 000 enseignants du
secondaire. Si on se souvient que les femmes représentent
67 % des 563 000 enseignants du primaire et du technique
Peu de femmes «à leur compte» court — auxquels on a réuni les maîtres auxiliaires — on a
Cette divergence entre salariés et non salariés a été une idée de la pyramide sociale à l'intérieur du système
favorisée par l'arrivée des femmes dans les professions libérales éducatif et de son découpage par sexe. Cette répartition
et leur concentration dans les secteurs salariés de cette en fonction du sexe est encore plus nette si l'on distingue
catégorie. Parmi les médecins, la croissance des femmes les professeurs d'université des assistants ou le personnel
salariées a été de 13,1 %, celle des hommes salariés de administratif (principal, censeur, proviseur) des
8,8%, enfin les hommes non salariés n'augmentent que de enseignants 3S, les femmes étant surtout présentes parmi les
3 2°//o*
J»z seconds. Ce sont les hommes qui ont le plus de chances
d'accéder à des emplois, mieux rémunérés, dotés d'un
L'exercice libéral de ces professions qui forge à la fois pouvoir plus largement reconnu, et surtout inscrits dans
une notabilité et un patrimoine important est surtout une carrière, c'est-à-dire impliquant un accroissement
réservé aux hommes. Les femmes bien que pourvues en des avantages précédents 36.
principe, par leur diplôme, du même droit d'entrée dans
la profession, n'ont que quatre chances sur dix de s'établir
à leur compte contre six pour les hommes; elles occupent Professeurs ou responsables du marketing ?
des emplois moins rémunérés et dotés d'un pouvoir moins
grand parce qu'insérés dans la hiérarchie d'un Comme les « professions intellectuelles diverses » jointes
établissement hospitalier. Ajoutons que les conditions d'exercice aux instituteurs, ies« professions littéraires et scientifiques »
attachées à ces professions salariées préservent mieux le réunies aux professeurs s'en éloignent de plus en plus
statut traditionnel des femmes à l'intérieur de la cellule souvent par le rôle économique bien différent qui leur est
dévolu. Ainsi les critiques, les experts et les chargés d'étude
familiale. de marché peuvent effectuer des tâches voisines de celles
Pour les pharmaciens, l'évolution est analogue et ce sont des écrivains, des chercheurs et des sociologues auxquels
les emplois salariés les moins bien rémunérés, dans les ils ont été réunis dans le code des métiers, mais cette
officines, mais surtout dans l'industrie pharmaceutique où analyse technique des tâches est insuffisante. Elle passe
l'industrie chimique qui sont réservés aux femmes (64 % sous silence l'insertion très éloignée de ces professions dans
des pharmaciennes salariées sont des femmes). Toutefois, l'économie et la distance très grande qui sépare
les pharmaciennes à leur compte, sont plus nombreuses que l'université d'une entreprise ou d'un cabinet spécialisé, autant de
les femmes médecins dans la même situation. dissemblances susceptibles de modifier très fortement le
revenu ou les modes de consommation 37. Certes ces
La part des femmes dans l'enseignement professions sont relativement peu nombreuses par rapport
diminue du primaire au supérieur aux professeurs, mais leur croissance est très rapide : la
seule rubrique « professions intellectuelles, sciences
Les «professeurs, professions littéraires et scientifiques » économiques et humaines » a vu ses effectifs passer de 4000
forment la rubrique qui parmi celle des cadres supérieurs, en 1968 à 12000 en 1975.
et même parmi la totalité des catégories
socioprofes ionnel es, croît le plus rapidement (8,5 %) encore qu'on observe Les ingénieurs croissent moins vite
un léger fléchissement par rapport à la période 1962-1968
qui tient pour une part à la fin de la scolarité des classes La croissance du nombre des ingénieurs (dont les femmes
nombreuses de l'après-guerre. Ces professeurs étaient ne représentent que 4,4 %), très importante entre 1954
81 000 en 1954; ils sont 377 000 en 1975, c'est-à-dire presque et 1962 (+ 7,8 %), s'est constamment ralentie depuis
cinq fois plus nombreux. (+ 5,1 o/o entre 1962 et 1968; + 4,7 % entre 1968 et 1975);
Le gros de cette catégorie est constitué par des enseignants
du technique long (lycées techniques, écoles normales
techniques) et du secondaire (licenciés, certifiés ou agrégés)
ainsi que du personnel administratif correspondant
(directeurs d'établissement) : leurs effectifs ont doublé en sept
ans (+ 10,5 %) pour atteindre 202 000 personnes en 1975.
Un deuxième ensemble est constitué par les enseignants leL'payer
(59
Cet
fréquemment
qui
dépréciation
des
alliés
complète,
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rubrique
pas
une enseignement
36.
37.
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féminisée
plus
confèrent
faisant
mime
tirent
dedoit
plus
surla
du supérieur qui ont également presque doublé entre 1968
et 1975; ils sont 41 000 en 1975.
Cette catégorie est la seule parmi les cadres supérieurs
où les femmes sont nombreuses (47 %), ce qui s'accompagne
comme pour les cadres moyens, d'une répartition très
L'EXTENSION DU SALARIAT 29
7 671010 5 50 5
ce qui résulte à la fois de la résorption progressive des catégorie « ingénieurs », ont eu une croissance encore plus
pénuries de personnel très qualifié dénoncées dans les années rapide (9 %), tandis que les fonctionnaires supérieurs (chefs
cinquante, d'une moins grande croissance de l'industrie de bureau, chef de service, inspecteur...) ont connu la plus
dans la période récente et aussi d'une fluctuation dans les lente (+ 1,2%)".
appellations de métier. En effet on voit fleurir tout un
ensemble de nouvelles dénominations, souvent d'origine
anglo-saxonnes, qui supplantent les anciennes, surtout dans Les femmes cadres administratifs
les fonctions commerciales ou technico-commerciales qui dans le secteur public
sont justement celles qui croissent le plus vite. Or ces
nouvelles appellations conduisent dans bien des cas à un La féminisation de cette catégorie, qui reste faible (17 %)
classement parmi les cadres administratifs supérieurs. Parmi en 1975, s'est cependant beaucoup accentuée depuis 1968
ces professions situées à la frontière, mais à l'intérieur (+ 4 points). Les femmes cadres administratifs supérieurs peu
de la catégorie ingénieur, on compte, en 1975, 20 000 présentes dans le secteur privé où elles ne constituent
spécialistes de l'informatique et 14000 spécialistes de que 13 % des effectifs, se sont surtout dirigées vers le
l'organisation et de la gestion. Comme ces professions ne secteur public où leur proportion s'élève à 25 %, alors qu'il
rassemblaient que 8 000 personnes en 1968, leurs effectifs ont donc y a sept ans, elle n'était que de 15 %. Elles ont ainsi
plus que quadruplé en sept ans (d'où un taux annuel de contribué, pour moitié, à la croissance des cadres administratifs
croissance impressionnant : + 24 %). supérieurs du secteur public; chez les fonctionnaires
supérieurs, les hommes diminuent de 109 000 à 102000
entre 1968 et 1975 alors que les femmes, en passant de
Deux cadres administratifs supérieurs sur trois 19 000 à 37 000, ont doublé.
travaillent dans le privé
Mais si les femmes ont fortement progressé dans cette
Les cadres administratifs supérieurs rassemblent près catégorie, leur répartition entre les professions reste très
d'un cadre supérieur sur deux. Leur rapide progression inégale, surtout dans le secteur privé où elles sont rares
depuis 1968 (+ 5,3 %) fait qu'en 1975, ils ont un poids chez les directeurs (généraux et financiers), un peu moins
dans la population active deux fois plus important qu'il chez les cadres commerciaux ou des relations humaines.
y a 20 ans. Les deux tiers d'entre eux travaillent dans le Les rémunérations reflètent bien sûr, cette répartition
secteur privé et leur croissance est un peu plus élevée inégale entre les postes et donc les pouvoirs. Les hommes
(+ 5,8 %) que celle des cadres du secteur public (+ 4,6 %). cadres administratifs supérieurs touchent, en 1973 (DAS),
En 1968, les directeurs salariés (directeur un salaire mensuel de 6 700 francs et les femmes 4 300 francs
d'établissement, administrateur, PDG mais aussi directeur seulement. Si on le compare au salaire des hommes cadres
commercial et chef du personnel) constituaient le tiers de cette administratifs moyens (3 600 francs) on voit que les femmes
catégorie. C'est parmi eux qu'on rencontre les principaux cadres supérieurs sont plus près des hommes cadres moyens
détenteurs du pouvoir économique et financier et non pas que des nommes cadres supérieurs.
dans la catégorie « industriels » surtout peuplée de petits L'évolution des cadres supérieurs entre 1968 " et 1975
entrepreneurs. Ils sont de plus en plus souvent salariés a donc été marquée par les faits suivants : faible croissance
et on ne peut plus les distinguer alors des autres cadres des professions libérales compensée par un accroissement
salariés qui ne sont pas investis du même pouvoir. Jusqu'en rapide des professions salariées correspondantes surtout
1968 on plaçait d'autorité les PDG qui s'étaient déclarés occupées par des femmes; poursuite de la croissance vive
salariés parmi les non-salariés mais, en 1975, on ne tient des professions très féminisées de l'enseignement;
compte que de leurs déclarations. Une autre difficulté développement des nouveaux métiers du commerce et de la
provient d'un découpage par fonctions plus fin publicité à la frontière entre différentes catégories; irruption
qu'auparavant qui enrichit la description de ces professions, mais des femmes parmi les cadres administratifs du secteur
interdit les comparaisons avec le passé. public.
En 1975, 40 % des 379 000 directeurs salariés sont PDG,
chef de service ou cadre administratif supérieur sans autres
indications; 45 % sont cadres supérieurs commerciaux;
13 % cadres supérieurs financiers et 2 % cadres supérieurs 38. L'expression « cadre supérieur » proposée en 1952 comme intitulé d'une
des
des catégories
chargés du personnel et de la formation. Ensemble, ces socioprofessionnelles est reprise danscel'édition de 1975sondu usage
code
métiers comme appellation courante de métier, qui sanctionne
différentes professions ont fortement augmenté (+ 6,3 %), largement répandu. Cet effet de retour de la classification i la pratique sociale
progression qui peut s'expliquer par la présence de ces montre bien que le statisticien, par le fait qu'il est habilité à produire un
clconsiassement et plus généralement
un observateuruneextérieur.
représentation de la société, ne peut être
salariés particuliers que l'on vient d'évoquer, par le déré comme
39. La liste des appellations de métier figurant dans la rubrique « fonctionnaire
supérieur » étaitle jusqu'en
point de 1975 exceptionnellement
le taxinomiste longue,
découpage plus détaillé, mais aussi par l'adjonction, dans ces ce qui classé
peut s'expliquer
en partie par vue d'où — lui-même dans cette
rubriques, d'appellations nouvelles dont certaines assez rubrique — décrit la structure sociale. En 1975 cette liste a été réduite des trois
vagues (cadre supérieur administratif, financier, commercial) quarts et il est possible qu'on en observe des conséquences sur les effectifs
recueil is.
qui peuvent en élargir le recrutement 38. 40. On trouveraetdes sur informations détaillées sur les différentes
de 1968, catégories de
cadres supérieurs leurs formations, au recensement dans les deux
Les ingénieurs technico-commerciaux qui font partie articles de Michel Cézard parus dans Economie et statistique : « Un million de
cadres supérieurs», dénombrés
du même regroupement bien qu'étant plus proche de la leurs diplômes n° 42. au recensement de 1968 », n* 40. « Les cadres et
se
Entre 1968 et 1975, les transformations de la population
active se sont accélérées et la contribution de l'activité
des femmes s'est avérée déterminante. Mais le lien entre
cette activité et l'évolution des emplois n'est pas uni-
voque. Les nouveaux emplois n'ont certainement pas été
produits par le seul désir d'activité des femmes mais, à
l'inverse, on ne peut pas dire non plus qu'ils soient sans
rapport avec les caractères de cette offre de travail, et une
correspondance étroite s'observe à deux niveaux distincts.
Un premier ensemble de femmes sont issues d'une
exploitation agricole désormais peu rentable ou d'une cellule
familiale où elles effectuaient des tâches ménagères qu'elles
« sous-traiteront » désormais en partie. Dans un cas comme
dans l'autre, cette modification de l'activité, destinée à
accroître le revenu du ménage est le plus souvent vécue
comme une nécessité et va à rencontre des souhaits des
femmes elles-mêmes41. Ces femmes occuperont, pour la
plupart, des emplois non qualifiés où peu d'éléments de leur
qualification antérieure (familiale ou agricole) sont utilisés
et où sont mises à profit leur faibles exigences salariales
qui résultent d'une insertion récente dans un milieu de
travail nouveau.
Un second ensemble est constitué des femmes issues des
couches moyennes ou supérieures. La transformation de
l'activité qui les conduit à prendre un emploi — pas toujours
salarié — ne relève pas de contraintes financières pressantes
mais s'appuie plutôt sur une volonté d'autonomie plus
grande, valorisée dans ces catégories sociales. Cette
attitude est d'ailleurs souvent le résultat d'une politique
« d'investissement » qui a poussé les parents à favoriser
une éducation scolaire prolongée et qui explique en partie
que les femmes cadres moyens soient plus diplômées que les
hommes. Toutes ces dispositions font que les femmes cadres
moyens qui prennent un métier sont prédisposées pour des
emplois intermédiaires où le niveau de formation exigé
est relativement élevé, le rôle d'encadrement réduit et
les valeurs socialement dévolues aux femmes reconnues :
assistance d'un cadre supérieur, aide ou conseil d'un client.
Au-delà de la progression de l'activité féminine, les grandes
tendances de l'évolution de la population active se sont
confirmées : baisse rapide des indépendants, extension
du salariat, croissance vive des cadres. Mais le bilan des
transformations de la structure sociale ne doit pas s'arrêter
à l'examen des taux d'évolution de ces grands agrégats :
il faut aussi apprécier les changements intervenus au sein
des catégories socioprofessionnelles.

41. Nicole Tabard, « Besoins et aspirations des familles et des jeunes »,


CREOOC, 1974.

L'EXTENSION DU SALARIAT 31
5.