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THEORIE ET PRATIQUE DES CLASSIFICATIONS SOCIOPROFESSIONNELLES

LAURENT THEVENOT1

version remaniée publiée dans: Reberioux Madeleine (dir.), "La construction des
branches professionnelles. XIXe - XXe siècles", Technologies Ideologies Pratiques, volume IX -
n° 3-4, 1990, pp.135-149.

Ce texte ne vise pas à présenter le contenu de la nouvelle nomenclature des


Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS), mais se propose de rendre compte
de la démarche qui a conduit à sa construction, et des travaux réalisés à cette occasion qui
en constituent en quelque sorte des sous-produits. Ces sous-produits sont en effet
beaucoup moins connus que la nomenclature elle-même, parce qu'ils n'ont été encore
qu'incomplètement publiés ; ils apportent pourtant un éclairage utile sur cet instrument et
peuvent fournir les bases d'une analyse plus générale des classements sociaux.
Une lourde opération de réforme des nomenclatures s'est déroulée à l'INSEE de 1978 à
1983 (Desrosières, Goy, Thévenot 1983) et s'est traduite par le remplacement, en 1982, des
trois classifications antérieures dites des "catégories socioprofessionnelles", de "métiers" et
des "emplois", par un unique système de classement, dit des "Professions et Catégories
Socioprofessionnelles" (PCS). Le produit principal de cette réforme est présenté, sous
forme exhaustive et opératoire, dans les deux index "analytique" (décomposition par
rubriques) (INSEE 1983) et "alphabétique" (permettant la codification des réponses à un
questionnaire) (INSEE 1983b). Un guide supplémentaire a été réalisé à destination des
entreprises (INSEE Ministère des Affaires sociales 1983), pour aider au classement de leurs
emplois dans la nouvelle nomenclature. Des guides plus spécifiques encore ont été
produits pour permettre la correspondance avec des grilles d'emplois utilisées dans
certaines grandes entreprises. D'autre part, divers articles ont été publiés, qui introduisent
au contenu de cette nouvelle nomenclature, et qui mettent l'accent sur les principaux
changements par rapport au système antérieur (Desrosières 1984b, Seys 1984). Notamment
concernant les professions intermédiaires (Thévenot, 1983c), ainsi que sur les principes et
la méthodes utilisés (Desrosières, Goy, Thévenot, 1983). Les résultats du recensement de
1982 ont également été l'occasion d'un examen du contenu des différentes rubriques de la
nouvelle nomenclature (Gollac, Seys, 1984 ; Seys 1987), ainsi du rapport avec les
nomenclatures antérieures (Seys 1986).
Les documents présentant la nomenclature elle-même mettent nécessairement l'accent
sur les choix réalisés et n'accordent qu'une place secondaire aux matériaux collectés et aux
études préparatoires à ces choix, réalisées tout au long du travail d'élaboration. Cependant
l'intérêt de ces études dépasse celui d'un "facteur de production", et ce texte se propose de

1 Centre d'Etudes de l'Emploi et Groupe de Sociologie Politique et Morale (EHESS-CNRS).


les évoquer sommairement. Pour une information plus précise, le lecteur pourra se
reporter à un ouvrage actuellement sous presse (Desrosières Thévenot 1988) qui présente à
la fois le contenu de cette nouvelle nomenclature et les travaux réalisés lors de sa
construction.
Ces travaux ont été à l'origine d'une réflexion sur le code, plus généralement sur
les opérations de mise en forme, et ont conduit à l'élaboration du cadre d'analyse des
"investissements de forme" (Thévenot 1986). L'étude du codage socioprofessionnel
incitait en effet à rendre compte d'une opération de mise en forme ou de
représentation qui pouvait être comprise de trois façons différentes : comme une
technique utile au chercheur, articulant une hiérarchie de critères et permettant une
organisation objective d'un ensemble d'informations ; comme une procédure
cognitive, une façon de connaître pouvant être partagée par un groupe de
personnes ; enfin, comme une opération politique de délégation (au sens
"socioprofessionnels" présents une table de négociation). Ces trois opérations sont
manifestement de natures différentes : la première d'ordre technique ; la deuxième,
psychologique et sociale ; la troisième, d'ordre politique ou juridique.
Pour des fabricants de nomenclature, la rencontre entre des mondes aussi divers
n'avait pas lieu seulement dans le dictionnaire. Les matériaux que nous manipulions
quotidiennement dans les travaux sur les classifications nous entraînaient sans cesse
de l'une à l'autre de ces trois formes de codage. Notre recherche visait donc à
construire un cadre permettant de traiter de ce caractère polymorphe ainsi que des
relations entre ces différentes figures du code.

Le plan de ce texte suivra grossièrement cette différenciation entre trois façons de


comprendre le codage, ce qui permettra de confronter la variété des travaux engagés
autour des classements socioprofessionnels, et de donner une idée des tensions et des
débats inhérents au façonnage d'un tel classement. Dans une première partie, je
rapporterai les exigences d'un impératif industriel de rationalisation des
nomenclatures, particulièrement mis en avant au tout début des travaux de réforme,
et qui recoupait d'ailleurs sur plus d'un point l'obligation politique de disposer d'une
catégorisation standard pouvant accéder à l'officiel. La deuxième partie portera sur
l'approche du code comme objet social, en rapport avec des représentations
cognitives. Le rappel de la tradition sociologique qui a orienté cette approche
éclairera les travaux et les choix de méthode réalisés. Dans la troisième partie, le
codage sera envisagé dans ses implications politiques, en le rapportant à l'opération
de représentation des citoyens. Une perspective historique est favorable à cette
approche, de même que la comparaison internationale de différents systèmes de
classements. L'examen des débats avec les représentants professionnels, au cours de
la préparation de la nouvelle nomenclature PCS, est un autre moyen d'étudier cette
représentation. Il met en évidence la diversité des argumentations possibles pour
mettre en valeur l'activité, c'est-à-dire les différentes formes de qualification des
personnes au travail - en entendant dans un sens large ce terme de qualification - et
s'appuient sur une pluralité de formes de légitimité et de justification, dont la validité
n'est d'ailleurs pas limitée à la sphère professionnelle (Boltanski, Thévenot 1987).

1. L'impératif industriel de rationalisation des nomenclatures

La demande de réforme des nomenclatures est d'abord venue de l'administration. Elle


était politique et technique au sens où primait l'exigence de constitution d'une
nomenclature officielle standard - unification qui avait déjà été réalisée pour les
nomenclatures d'activités économiques- remplaçant un foisonnement jugé anarchique de
nomenclatures d'activités individuelles (le plus souvent désignés par le terme
anciennement en vigueur de "code"). L'état des lieux était le suivant :
- un "code des métiers" en 284 postes (INSEE 1975a, 1975b);
- un "code des catégories socioprofessionnelles" en 30 postes (lié au précédent dans la
mesure où la codification de la CSP utilisait, entre autres, le code des métiers) (INSEE
1977) :
- un troisième code, dénommé "PJ", en 59 postes, construit à partir du premier, de
façon à rapprocher emplois et formations dans les travaux de planification de l'emploi et
du système éducatif ;
- une quatrième nomenclature, toujours gérée par l'INSEE, dite "nomenclature des
emplois", en 294 postes, qui n'avait aucune relation directe avec les précédentes et était
destinée aux enquêtes auprès des entreprises (notamment l'enquête "Structure des
Emplois") ;
En plus de ces nomenclatures dont l'INSEE avait la charge, un répertoire des emplois
(ROME) était en cours d'élaboration à l'ANPE, destiné à la mise en correspondance des
offres et demandes d'emploi, et un guide des métiers était réalisé par l'ONISEP afin de
mettre en ordre l'information collectée sur les métiers et destinée à l'orientation scolaire.
Outre la prolifération jugée anarchique des quatre nomenclatures de l'INSEE, on
déplorait le plus souvent la vétusté des deux premières qui enfermaient trop
d'appellations jugées désuètes de métiers traditionnels issus du Dictionnaire des métiers et
appellations d'emploi de 1955 (INSEE 1955), et un nombre insuffisant de "nouveaux métiers".
Une autre critique, plus profonde, portait sur la place accordée dans le classement aux
appellations, qui aurait contribué à produire un reflet déformant de la réalité des emplois
(CEREQ 1973). Une critique se présentant comme plus radicale encore, consistait à mettre
en cause la pertinence de la notion de métier, en s'inspirant notamment de l'exemple
antérieur du DOT (Dictionary of occupational Titles), la nomenclature américaine de
professions qui existait depuis 1939 et qui mettait partiellement en oeuvre une logique
systémique. Sue le modèle du fonctionnement d'un tube électronique, il s'agissait de coder
principalement trois types de relations d'échange d'informations entre le système homme-
emploi et le milieu extérieur : la "relation aux données", la "relation aux personnes" et la
"relation aux choses". Ce triptyque était mis en oeuvre dans la nomenclature américaine,
puisque le codage a l'aide de ces trois critères se traduisait dans trois des chiffres du code
DOT.
Cette perspective a marqué, à l'origine, le cadre d'analyse des emplois mis en oeuvre
dans le RFE (Répertoire Français des Emplois) du CEREQ et conçu pour servir dans
l'élaboration de la nouvelle nomenclature de l'INSEE, répertoire qui, avec le travail réalisé
par le CEE sur les emplois industriels (d'Hugues, Petit, Rérat 1973), a de fait largement
contribué à la collecte d'un matériel précieux sur les emplois. Ainsi, le projet d'emploi
"infirmier de réanimation" indique qu'il "est en relation" avec le médecin, qu'il "est en
relation" avec les services d'examen, qu'il 'est en relation" avec les familles des malades.
Ces trois relations avec le milieu extérieur sont mises en équivalence par le cadre
d'analyse, ce qui empêche de distinguer les différences de nature entre elles, différences
qui pèsent pourtant lourdement sur l'exercice de l'emploi. La difficulté de l'activité
d'infirmier consiste justement à devoir glisser fréquemment d'une relation hiérarchique
avec le médecin qui a autorité, à une relation technique avec les services d'analyse, et à
une relation domestique avec les proches du malade.
Cette approche systématique ou "fonctionnelle" était donc très ajustée et très féconde
pour des emplois définissables dans un registre strictement industriel (particulièrement
lorsque la tâche consiste justement à gérer de l'information, comme dans le cas des
surveillants-opérateurs) (Simula 1983), mais, en revanche, elle ne permettait pas de rendre
compte de situations professionnelles complexes, caractérisées par des conflits entre des
registres différents. De telles professions, souvent en cours de transformation, sont des
lieux de tension entre des déterminations divergentes du bon exercice engageant plusieurs
principes de qualifications, et ce sont justement celles sur lesquelles le taxinomiste doit
porter une attention particulière, puisqu'elles se situent en des points où "travaille" la
structure sociale dont il doit rendre compte.
Prenons l'exemple des infirmiers psychiatriques. Cette profession s'est profondément
transformée depuis une vingtaine d'années, de sorte que l'activité de l'infirmier
psychiatrique peut être envisagée tantôt comme une action énergique apparentée à celle
d'un gardien, tantôt comme une intervention psychologique proche de celle de
l'animateur ou du psychothérapeute. Dans la fiche correspondante du RFE, on trouvait,
dans la même phrase, artificiellement mise en équivalence au sein d'une définition
uniformément industrielle de la tâche, la réduction de ces deux modes d'activité, et des
deux formes de justification qui permettent de la mettre en valeur et qui sont absolument
sans rapport l'une avec l'autre : "demande une grande disponibilité d'écoute de la part de
celui qui l'occupe <et> peut impliquer la nécessité d'actions de neutralisation impliquant
certains risques de brutalité".
Une autre limite inhérente à cette approche industrielle du codage tenait à ce que la
description des occupations risquait de se confondre avec la définition formelle de la
tâche, avec la consigne (bien que l'ouverture du "peut aussi ..." dût pallier cet
inconvénient). Dans les cas où une telle définition explicite faisait défaut et n'avait pas été
déjà consignée dans un document, la description tendait vers une formule du type "fait ce
qu'il y a à faire" : "installe le malade le plus confortablement possible", 'fiche "aide-
soignant"), "choisit la méthode de rééducation la mieux adaptée" (fiche "rééducateur en
psychomotricité").
Les exemples précédents ont été choisis pour faire ressortir les limites d'une certaine façon
d'appréhender des occupations (j'utiliserai ce terme d'occupation comme neutre, les
termes "métier", "profession" ou "emploi", portant en eux-mêmes une spécification du
mode de qualification de l'activité). Il ne s'agit pas ici de polémiquer mais de rendre
compte des différentes approches qui ont été confrontées lors des travaux préparatoires de
la nouvelle nomenclature, exercice de clarification qui comporte des simplifications
inévitables. De plus, il est clair que la définition fonctionnelle du codage social ne peut être
écartée . L'opérationalisation d'un classement suppose non seulement qu'il obéisse à
quelques règles formelles simples, mais exige aussi, dans le cas d'un instrument de codage
"lourd", un appareillage de consignes, de documents, de logiciels, de machines qui
relèvent de ce registre fonctionnel.
Notons cependant, pour conclure cette première partie, que le rêve d'une
nomenclature parfaitement industrielle, produite au moyen d'un questionnaire universel
de description des emplois qui aurait été traité par des méthodes de classification
automatique, ne fit pas long feu. Et pourtant, non seulement au CEREQ, mais à l'INSEE
aussi, c'était cette espérance qui avait nourri les premiers efforts et fait ouvrir les premiers
chantiers, lors du démarrage de la réforme des nomenclatures des métiers, des emplois et
des catégories socioprofessionnelles.

2. Codage et représentation sociale

2.1 Les apports de la tradition durkheimienne


C'est la tradition de sociologie durkheimienne qui nous semblait offrir l'outillage
intellectuel le plus consistant, le plus adapté pour traiter des classifications comme faits
sociaux, et, par conséquent, sortir d'un mode dans lequel le codage était une opération
purement industrielle, la tâche élémentaire de mesure. En fait, c'est chez Mauss, dans l'
"Esquisse d'une théorie générale de la magie", que l'on trouve les premiers éléments d'une
théorie traitait les formes de connaissances comme des objets sociaux. Comme l'a
remarqué Lévi-Strauss, "En analysant les notions de mana, de wakan, et d'orenda, (...) Mauss
anticipe de dix ans l'économie et certaines conclusions des Formes élémentaires de la vie
religieuse" (Levi-Strauss 1950, p. XLI). "La notion de mana comme la notion de sacré, n'est en
dernière analyse", observe Mauss, "que l'espèce de catégories de la pensée collective qui
fonde ces jugements, qui impose un classement des choses, sépare les unes, unit les autres,
établit des lignes d'influence ou des limites d'isolement" (Mauss 1950, p.115). Toujours à
propos du "jugement magique", Mauss condense son analyse des formes de connaissance
dans une formule qui traite "la généralité des jugements" comme "la marque de leur
origine collective" (id., p.118).
Dans le texte de Durkheim et Mauss sur "quelques formes primitives de classification",
texte spécifiquement consacré à l'opération de catégorisation, l'analyse de la justification
collective du classement se poursuit, notamment dans la critique adressée à Frazer : "Bien
loin que, comme semble l'admettre M. Frazer, ce soient les relations logiques des choses qui
aient servi de base aux relations sociales des hommes, en réalité ce sont celles-ci qui ont servi
de prototype à celles-là. (...) Les premières catégories logiques ont été des catégories
sociales ; les premières classes de choses ont été des classes d'hommes dans lesquelles ces
choses ont été intégrées" (Durkheim Mauss 1968, p.224, ital. ajoutées).
Dix ans plus tard, dans Les formes élémentaires de la vie religieuse, l'analyse que
Durkheim fait de la catégorisation contribue à rapprocher l'objet social de l'outil matériel,
en confondant "capital intellectuel" et "capital matériel accumulé" : <Les catégories
apparaissent> comme de savants instruments de pensée, que les groupes humains ont
laborieusement forgés au cours des siècles et où ils ont accumulé le meilleur de leur capital
intellectuel." Et il commente en note : "C'est pourquoi il est légitime de comparer les
catégories à des outils ; car l'outil, de son côté, est du capital matériel accumulé. D'ailleurs,
entre les trois notions d'outil, de catégorie et d'institution, il y a une étroite parenté"
(Durkheim 1960, p. 27).
On comprend le profit que pouvaient tirer de cette tradition durkheimienne des
chercheurs soucieux d'étudier et de construire des nomenclatures sociales et qui
cherchaient à ne pas se limiter à une définition strictement technique de l'instrument. Plus
proches de nous, l'oeuvre de Bourdieu et les travaux menés dans son Centre ont contribué
à prolonger cette tradition tout en adjoignant des emprunts à l'anthropologie culturaliste,
ainsi que des apports du marxisme et de sa théorie des classes sociales et une description
ethnographique des pratiques culturelles de milieux sociaux différents. Elle constituait
donc un outillage intellectuel tout à fait ajusté aux catégories socioprofessionnelles. En
effet, l'élaboration de cet instrument dans les années cinquante était redevable, outre à une
généalogie des classifications statistiques dont je dirai quelques mots en dernière partie,
aux sympathies trotskistes de son auteur Jean Porte. Mais le culturalisme n'en était pas
absent non plus et Porte insiste sur le fait que les groupes socioprofessionnels sont des
groupes de fréquentation ou encore des groupes d'opinion. A l'époque où Porte met au
point les CSP, les courants culturalistes sont retraduits dans l'appareillage de l'enquête
d'opinion récemment importé et développé en France, enquête sur l'opinion politique
comme sur l'opinion du consommateur.
Non seulement les travaux de Bourdieu étaient cohérents avec l'instrument des CSP
dont ils faisaient grand usage, mais encore ils contribuaient à permettre un recul salutaire
à l'égard de cet outil, par l'attention portée à l'activité de classement dans la tâche du
chercheur (Bourdieu, Chamboredon, Passeron 1973, pp. 67-69). Le fait de considérer le
classement, tantôt comme un trait structurel objectif, tantôt comme un trait distinctif entre
les mains d'agents engagés dans des "luttes de classements" (Bourdieu Boltanski 1975), lui
a conféré une place importante dans cette problématique, ouvrant la possibilité de
régressions réflexives infinies sur le classeur classé : "Les sujets classants qui classent les
propriétés et les pratiques des autres, ou les leurs propres, sont aussi des objets classables
qui se classent (aux yeux des autres) en s'appropriant des pratiques et des propriétés déjà
classées" (Bourdieu 1979, p. 561).
La réflexion de Boltanski sur la notion de "personne collective", menée à partir de
matériaux réunis sur l'histoire de la constitution du groupe social des cadres (Boltanski
1982), a eu également sur notre travail une grande influence, par l'analyse qui y était
menée du travail politique de représentation, et de son rôle dans le façonnement d'un
groupe social. Comme le souligne Rolande Trempé, dans sa propre contribution à cette
journée, le droit, les instruments réglementaires, les outils de construction des personnes
collectives, le syndicalisme, ont une importance décisive dans la formation des catégories.
Ce dernier développement peut aider à comprendre les points qui nous sont apparus
insuffisamment pris en compte dans le cadre d'analyse mentionné antérieurement : les
contraintes (et les bénéfices) attachées aux procédures de mise en forme institutionnelle et
politique, et - moins étudiées encore - les contraintes relevant du registre technique. Il
nous semblait nécessaire de disposer d'un cadre d'analyse qui rende compte de
l'articulation que compose le dispositif de codage entre les opérations de représentation ou
de rapprochement social (au sens d'un milieu, d'une familiarité), politique, et technique, et
qui permettent de spécifier les différences entre ces différents modes de mise en équivalence.
Déjà dans la conception des classifications de Durkheim et Mauss, la forme de mise en
équivalence que l'on désigne par "logique" était confondue à la fois avec un "outil"
technique (Durkheim 1960, p. 27), avec une mise en équivalence fondée sur le "collectif" (la
"pensée collective", l' "opinion publique souveraine" : Mauss 1950, pp. 113-115) et avec une
équivalence "domestique" justifiée par la parenté : "les liens mêmes qui unissent soit les
êtres d'un même groupe, soit les différents groupes entre eux, sont conçus comme des
liens sociaux (...) les choses d'une même classe étant réellement considérées comme
parentes des individus du même groupe social, et, par suite, comme parentes les unes des
autres. Elles sont de 'la même chair', de la même famille. Les relations logiques sont alors en
un sens, des relations domestiques" (Durkheim Mauss 1968, p. 226, ital ajoutées).
Pour terminer sur les auteurs qui ont profondément marqué l'esprit dans lequel nous
avons entrepris ces travaux sur les classifications - tout au moins dans les premiers temps
de l'entreprise - et qui nous ont armés contre une réduction techniciste de cet objet
(Desrosières, Thévenot 1979), il faut encore mentionner les noms de Lévi-Strauss, déjà cité
comme introducteur de Mauss, et de Foucault. Le rapprochement délibéré que Lévi-
Strauss fait de la pensée sauvage et de l'activité scientifique moderne, en hissant les
taxinomies indigènes au rang des taxinomies techniques, incite, symétriquement, à
replacer les formes de classification officielle dans l'espace des formes de classement
indigène. par ailleurs, sa distinction célèbre de l'ingénieur et du bricoleur qui utilise des
éléments à demi particularisés (Lévi-Strauss 1962, p. 27) suggérait en même temps
d'importantes différences entre ces deux formes, que nous avons cherché à explorer par
des dispositifs expérimentaux spécifiques (cf. ci-dessous, 2ème partie). Il mettait l'accent
sur "la nature polyvalente de logiques <indigènes> qui font simultanément appel à
plusieurs types formels de liaisons" (id. p. 83), soulignant que "Les relations qu'elles
posent entre les termes sont, le plus souvent, fondées sur la contiguïté (serpent et
termitière, chez les Luapala, comme aussi chez les Toreya de l'Inde du Sud) ou sur la
ressemblance (fourmi rouge et cobra, pareils par la 'couleur' selon les Nuer)" (id., p. 85).
L'ouvrage de Foucault, Les mots et les choses, est tout entier consacré à l'analyse de ces
différentes façons de rapprocher, envisagées cette fois dans une perspective historique.
Comme il le résume dans son introduction, "Il s'agit en somme d'une histoire de la
ressemblance : à quelles conditions la pensée classique a-t-elle pu réfléchir, entre les
choses, des rapports de similarité ou d'équivalence qui fondent et justifient les mots, les
classifications, les échanges?" (Foucault 1966, p. 15). Ainsi, il est amené à mettre l'accent
sur ce qui différencie la convenientia, "une ressemblance liée à l'espace dans la forme du
'proche en proche' (id., p.33), de "la pensée classique excluant la ressemblance comme
expérience fondamentale et forme première du savoir, dénonçant en elle un mixte confus
qu'il faut analyser en termes d'identité et de différences, de mesure et d'ordre" (id., p. 66).
2.2. Représentation statistique et représentation sociale
La tradition sociologique mentionnée dans le paragraphe précédent nous procurait les
moyens d'envisager l'activité de classement comme une activité sociale, et de décider, dans
l'élaboration de la nouvelle nomenclature, de certains choix de méthode (tenir compte des
relations sociales entre membres pour définir une catégorie) ou de contenu (dans la
nouvelle catégorie "professions intermédiaires"). Mais la posture critique qui tendait à
mettre en cause la construction industrielle ou légale de la taxinomie, et à dénoncer la
facticité formelle de cette construction, ne rendait pas justice - c'était une de ses limites -
des éléments techniques ou réglementaires du dispositif de codage et de leur économie.
Cette tradition n e comprenait d'ailleurs pas de travaux spécifiquement consacrés à l'étude
de l'activité de codage2
Par ailleurs, la connaissance indigène des statisticiens sur l'activité de cadre était
constituée exclusivement en terme de fiabilité et d'erreur. Dans cette perspective, la
conception et l'utilisation d'une nomenclature socioprofessionelle sont, au même titre que
la mise au point d'autres outils statistiques, des tâches d'ingénieur. La production de cette
variable standard s'insère dans un processus industriel et repose sur l'usage de
formulaires, de règles, de consignes, de logiciels et matériels informatiques qui permettent
d'assurer la fiabilité d'un produit normalisé. C'est donc d'abord en nous inscrivant dans
cette préoccupation industrielle de fiabilité que nous avons entrepris l'étude de la chaîne
de production de la variable socioprofessionnelle.
Une première étape a consisté à observer les "ateliers de chiffrement" qui réunissent,
dans les directions régionales de l'INSEE, des employés (et surtout des employées, d'où les
termes de codeuse ou chiffreuse, dans ce texte) chargés de mettre en oeuvre les
nomenclatures et de coder des questionnaires. Cette observation a contribué à confronter
un ensemble de pratiques à un corps de consignes. Elle a fait ressortir l'importance du
travail d'interprétation (au coeur des études menées par les ethnométhodologues sur les
procédures de mise en oeuvre : Cicourel 1964) exigé par les cas qui ne sont pas
explicitement prévus dans les règles de codification. Il apparaissait que ces interprétations
amenaient la codeuse à s'éloigner sensiblement de la règle prescrivant de chiffrer chaque
variable en ignorant le reste du questionnaire. A l'inverse, la codeuse cherchait à réunir un
faisceau d'indices sur la personne enquêtée (et parfois sur le reste du "ménage") pour
combler un manque d'information ou lever une ambiguïté (Desrosières et Thévenot 1988).
Ces procédures étaient souvent débattues et donnaient lieu à l'établissement d'une
jurisprudence locale, à la confection de coutumiers manuscrits.

2Pour des travaux plus récents, voir Merllié (1980, 1982)


Fort de ces observations qui faisaient apparaître l'importance d'éléments non
industriels dans le dispositif de codage, nous avons cherché à mener une étude
systématique sur les résultats de cette phase de codification. La formulation des réponses à
la question ouverte sur la profession devant évidemment influencer l'activité de codage,
nous avons souhaité évaluer aussi les variations dans les réponses concernant la même
personne et leur impact sur le chiffrement. Pour cela, nous avons couplé, sur un large
échantillon (17 000), les réponses au recensement et à une enquête "Emploi" menée à une
date proche concernant les mêmes personnes, dont on s'était assuré en outre qu'elles
n'avaient pas changé de métiers entre temps (Thévenot 1981; 1983a).
La première opération a consisté à comparer les réponses brutes deux à deux et à
mesurer leur variation par rubrique de la nomenclature (désigné par "flou d'appellation").
Nous pensions que cette variation n'était pas indépendante des occupations et que son
étude devait pouvoir apporter un éclairage supplémentaire à la formation des identités
professionnelles. La seconde tâche a porté sur l'examen de la phase suivante, la
codification de ces réponses. Elle est influencée par la précédente mais il se peut également
que des appellations identiques soient chiffrées différemment. Chacune de ces deux
phases crée une incertitude dans la production statistique, mais on peut supposer qu'elles
dépendent toutes les deux de la consolidation relative des occupations qui peut faire
défaut, faute du marquage par un nom de métier, par une appellation contrôlée de
profession, ou par une qualification. Les flottements sont d'autant plus probables que le
travail de représentation professionnelle est plus fiable, et ne permet donc pas à la
personne enquêtée et au codeur d'identifier automatiquement la situation.
Cependant ces deux phénomènes ne vont pas pour autant nécessairement de pair. La
comparaison entre deux occupations du secteur de santé éclairera ce point. Dans la
rubrique "aide-infirmier, infirmier non diplômé et assimilés" (de la nomenclature de 1975 :
INSEE 1975a; 1975b), la variation des déclarations d'une source à l'autre (flou
d'appellation) est proche de 20%. Lorsque cette déclaration change, il en résulte, six fois
sur dix, une codification dans une rubrique différente, parfois fort éloignée dans la
nomenclature. Dans la rubrique "médecin", l'instabilité des réponses est encore plus
importante : 27%. Mais, à la différence du cas précédent, elle n'entraîne une codification
différente que dans 5 cas sur 10, car l'éventail des titres dont peut disposer un même
médecin (médecin, docteur en médecine, cardiologue, chef de service, professeur agrégé
de médecine, etc.) sont assurés d'une cohérence réglementaire et orientent donc vers une
même rubrique. En revanche, les nouvelles "qualifications" d'aide soignant" ou d'"agent de
service hospitalier" recouvrent des occupations qui peuvent aussi être identifiées suivant
d'autres modalités (brancardier, agent de cuisine, femme de ménage), ce qui conduit alors
à des codifications toutes différentes.
Sur l'ensemble des occupations, celles dont la déclaration est la plus stable sont les
suivantes : artiste peintre ou sculpteur (0% de flou d'appellation), artisan d'art (0%)3 ,

3Lesartisans d'art présentent un cas extrême dans la construction de nouvelle nomenclature puisque tous les
intitulés figurant dans la rubrique ont été désignés par une cmmission ad hoc réunissant des
pêcheur (0%), marin du commerce (10%), notaire (0%), clerc de notaire (7%), sage-femme
(0%), kinésithérapeute (10%), assistante sociale (10%), (l'instabilité moyenne, sur
l'ensemble des rubriques de la nomenclature de 1975, est de 34%). La liste est tout à fait
hétéroclite, mais on peut cependant remarquer que ces différentes occupations ont en
commun de réaliser, de manière très pure, différentes façons de justifier une occupation :
l'inspiration de l'artiste, la tradition du métier, le civisme de l'office, la compétence
technique de la profession. Chacun d'eux contribue à clarifier des situations
caractéristiques aisément reconnaissables par la personne enquêtée et par celle qui code.
Parmi les métiers ouvriers, à ceux qui ont conservé un nom (coiffure, cuir,
alimentation, bâtiment) s'opposent les emplois dans des industries très capitalistiques
(sidérurgie, verre, matière plastique) dont les processus de production en continu font
obstacle à une délimitation nette des attributions et à la formation d'un nom de métier. Les
occupations sont alors plus souvent définies par la phase du processus dans lequel
l'ouvrier intervient : "surveillant sur machines au mélange de produits chimiques",
"employé aux mélanges produits chimiques". On voit clairement cette différence
lorsqu'elle traverse un même secteur. Quand l'ancienne nomenclature permet de
distinguer, parmi les occupations spécifiques d'un secteur industriel comme celui de
l'alimentation, celles qui relèvent plutôt du "métier" et celles qui relèvent d'une
"qualification" (ou d'une non-qualificaiton), la différence dans la consolidation des
identités apparaît clairement (le flou d'appellation passant de moins de 25% à près de
50%).
2.3. L'étude expérimentale de la représentation des catégories sociales
Les résultats des études précédentes sur la chaîne de codage statistique nous ont
incités à concevoir un deuxième type de travaux, toujours destinés à étudier
systématiquement l'opération de codage, mais permettant, grâce à un dispositif adéquat,
de mieux contrôler l'examen des différents aspects de cette opération. D'autre part, la
place occupée par des interprétations, dans la codification, et l'idée que ces interprétations
s'écartant des consignes, devaient reposer sur un savoir commun, une compétence
ordinaire, suggéraient d'étudier cette activité de classement aussi bien chez des
"professionnels" que chez des "profanes".
Nous avons donc cherché, Luc Boltanski et moi-même, à observer expérimentalement
la façon dont des personnes ordinaires - et non seulement des codeurs de l'INSEE -
pouvaient catégoriser le monde social. Je présenterai ci quelques résultats de ces exercices
conçus pour étudier l'aptitude à se repérer dans l'univers des occupations et catégories
sociales (Boltanski, Thévenot 1983; Desrosières, Thévenot 1988).
Le premier exercice (Boltanski, Thévenot 1983, pp. 633-646) consistait à faire fabriquer
une nomenclature, par équipe de deux personnes, à partir d'un paquet de 65 fiches
correspondant à des questionnaires d'enquête remplis par des personnes réelles et
comportant des information sur l'occupation, l'âge, le lieu d'habitation, le diplôme, l'âge
de fin d'études, le statut (travailleur indépendant, salarié, etc.), le nombre de salariés dans

professionnels, sous l'égide du ministère de la Culture, et donnant lieu à d'âpres débâts pour le choix de
chaque intitulé de la liste. C'est une liste fermée, dont chaque intitulé est contrôlé.
l'entreprise, éventuellement la qualification des ouvriers ou le grade, les nom et adresse de
l'établissement où la personne travaille. La consigne, intentionnellement vague, était de
"répartir ces fiches en tas, selon les milieux auxquels appartiennent les personnes
considérées". A l'issue de cette première phase, une deuxième consigne était donnée de
mettre, sur le haut de chaque tas, la fiche la plus représentative, c'est-à-dire "permettant de
faire comprendre aux autres le contenu du paquet". Enfin, troisième consigne, on
demandait aux participants de donner un nom à chaque tas.
Nous avions mêlé des cas que nous supposions aisément repérables, parce que
conformes à des représentations sociales communes ("médecin" ou "instituteur"), et des cas
plus incongrus, au statut "décristallisé", dont nous supposions qu'ils poseraient problème :
par exemple le cas d'un "laveur-graisseur" dans un garage, âgé de 26 ans et titulaire d'un
diplôme d'enseignement supérieur. Un tel cas, fort éloigné des représentations sociales des
différentes catégories, a effectivement créé des difficultés aux participants, donnant
souvent lieu à hésitation et transport entre rubriques. Une équipe a cependant choisi de
construire une catégorie autour de ce cas, dénommée "sous-employé transitoire". Notons
que cette équipe était composée de deux jeunes hommes qui avaient toutes raison de
chercher à tenir compte des circonstances (liées à la jeunesse et l'inexpérience) qui peuvent
venir atténuer la valeur d'un diplôme. Le premier, après avoir suivi une formation de
technicien supérieur de l'électronique, occupait une position d'ingénieur maison. Le
second, titulaire d'un BTS et d'un DUT commerciaux, avait eu une vie professionnelle
particulièrement instable, composée d'une suite de petits boulots : VRP, moniteur d'auto-
école, agent au sol d'une compagnie aérienne.
L'exercice était donc conçu pour observer une pratique de classement et la confronter
à une forme des nomenclatures savantes et à leurs consignes formelles d'utilisation. Il a
permis de montrer que les assimilations de proche en proche suscitées par un traitement
cas par cas de la première étape (et qui font penser à la ressemblance examinée par
Foucault : cf. ci-dessus, partie 1) ne supposaient pas les mêmes processus cognitifs que la
désignation des catégories (troisième étape) qui en appelait à une équivalence critérielle.
Le plus souvent, la construction des tas, après une première caractérisation qui peut être
très grossière ("plutôt haut", "plutôt manuel", "plutôt cadre"), se poursuivait par une suite
de rapprochements qui conduisait progressivement t à modifier l'identité du tas. Ainsi, un
tas était formé autour du cas d'un "professeur de CES" auquel était ajouté un "professeur
agrégé" qui semblait proche parce qu'ils étaient tous deux enseignants. Ultérieurement,
'ajout d'un "chercheur du CNRS" puis d'un "inspecteur du Trésor" indiquait un glissement
vers l'identité de fonctionnaire dont a témoigné l'appellation finale du tas : "fonctionnaires
cadres supérieurs". Les tas ainsi construits par assimilations successives n'étaient donc pas
homogènes au regard d'un critères ou d'une définition logique.
La deuxième consigne qui demandait à placer en tête de tas un bon exemple de son
contenu permettait, en repérant les fiches choisies le plus souvent pour faire office de bon
représentant, de saisir le processus de stylisation de l'identité des groupes sociaux, dont on
peut penser qu'il est lié au travail politique de ses représentants. Prenons le cas des
travailleurs non qualifiés, démunis de diplômes ou de patrimoine et recevant les salaires
les plus faibles, ou encore, comme disent parfois les participants, le "bas de gamme", le
"bas de l'échelle", etc. L'exercice a montré que plutôt que l'"aide cuisinière", ou le "veilleur
de nuit", c'est l'"ouvrière d'usine emballeuse" qui était le plus souvent choisie comme bon
exemple, sans doute parce qu'elle peut représenter à la fois la condition ouvrière (par la
référence à l'usine) et la condition féminine. A la différence de cette représentation de
l'ouvrière non qualifiée (dont la représentation politique est souvent mise en avant par la
CFDT), l'autre bon représentant des ouvriers était le "fraiseur P2", choisi comme tête de tas
quatre fois plus souvent que l'"ouvrier pâtissier" ou l'"ouvrier ébéniste" qui renvoient à
une définition traditionnelle du métier. Contrairement à l'"emballeuse", le "fraiseur P2"
correspond bien à la représentation de la classe ouvrière par le "métalo" (Segrestin 1985),
soutenue de longue date par la CGT.
La troisième consigne proposait de nommer chaque tas et tirait donc davantage vers la
description standardisée d'une nomenclature au moyen de la liste de ses rubriques. Cette
nouvelle consigne a fait souvent basculer complètement l'exercice, amenant les
participants à engendrer des noms de groupes qui s'approchaient de ceux des catégories
socioprofessionnelles, à s'imposer la mise en oeuvre de critères dans la délimitation des tas
et, par conséquent, leur réarrangement. Ces noms révèlent une capacité à s'ajuster à la
logique ayant présidé à la production des catégories socioprofessionnelles. Ainsi, par
exemple, l'appellation "OS dans le tertiaire" ne figure pas parmi la liste des CSP mais reste
conforme à leur logique et pourrait accéder à l'existence, être instituée. Un autre nom
inventé "ouvrier de métier artisanal" est à ce point probable qu'il sera adopté dans la
nouvelle nomenclature des PCS (63 : "ouvriers qualifiés de type artisanal" et 68 : "ouvriers
non qualifiés de type artisanal").
La tension entre la forme de rapprochement par proximité, mise en oeuvre dans la
construction progressive des tas et la forme d'équivalence critérielle impliquée par leur
nomination, reste apparente dans le résultat final des trois étapes de l'exercice. Il est
fréquent que des tas baptisés de noms identiques ou voisins, proches des appellations
officielles, aient des contenus très différents. Ainsi, bien que les six classifications
produites par un même groupe comprennent des catégories similaires ("cadres moyens et
maîtrise", "maîtrise", "cadres moyens", "classes moyennes", "techniciens"), aucune fiche
n'est commune aux six ensembles. De même, les six classifications comportent une
catégorie "cadres supérieurs", ou "cadres supérieurs et professions libérales", mais ces
catégories n'ont que trois fiches communes : "ingénieur TP", "médecin", "avocat".
Dans un autre exercice (Boltanski, Thévenot 1983, pp. 654-659), nous avons cherché à
étudier expérimentalement les débats autour de la construction d'une nomenclature
socioprofessionnelle, que nous évoquerons en vraie grandeur dans la dernière partie de ce
texte. L'exercice proposait à 5 ou 6 équipes de deux personnes, qui avaient élaboré leurs
propres nomenclatures respectives au cours de l'exercice précédent de classement,
d'arriver à un accord sur une nomenclature unique. Nous souhaitions maintenir la
contrainte de classement des cas réels, dont nous avons vu qu'elle éloignait sensiblement
d'une logique critérielle de classement favorisée, à l'inverse, par la mise en avant des noms
de catégories. Ainsi la consigne était la suivante : chaque équipe devait présenter sa
nomenclature non par l'énumération des noms des catégories, mais par la liste des bons
représentants de chacune d'entre elles. A partir de la nomenclature la plus courte, on
procédait par comparaison avec les nomenclatures plus détaillées, soit en assimilant un
cas à un autre, soit en ajoutant une nouvelle rubrique sous la forme d'un exemple type
supplémentaire.
Pour illustrer les enseignements de ce jeu, prenons l'exemple d'une négociation
particulièrement vive au sein d'un groupe de semi-professionnelles de l'identification
sociale, des enquêteuses de l'INSEE. Un premier débat a lieu autour du rapprochement
proposé par Renée entre la "femme de ménage" et l'"ouvrière d'usine emballeuse". Martine
s'y oppose en ces termes : "c'est deux genres différents quand même, l'ouvrière d'usine,
elle se salit, elle travaille beaucoup plus qu'une femme de chambre employée dans une
maison". Renée rétorque qu'"une employée de maison, ça ne chôme pas". Notons que le
débat engage d'emblée des jugements sur les personnes et sur leurs valeurs respectives.
L'échange précédent se conclut sur une comparaison où le volume de travail fournit la
mesure des valeurs respectives. Cependant Martine avait parlé initialement de "genres
différents", appréciation qui ne renvoie pas à la mesure du volume de travail mais à une
autre forme de rapprochement. Martine met donc en cause le jugement de Renée et
relance le débat en revenant à cette forme d'appréciation, qu'elle précise : "Moi, je trouve
que c'est pas du tout la même vie, un travail d'usine et un travail de femme de ménage ou
de femme de chambre chez un particulier, c'est pas du tout la même vie. Nous, on avait
placé ça comme femme de chambre". Martine oppose une place déterminée dans un
registre domestique à un emploi défini dans une organisation industrielle du travail. Plus
qu'un ordre entre les valeurs de ces deux emplois, Martine veut rendre compte d'une
différence plus fondamentale de registres dans lesquels ces emplois trouvent leur
détermination. C'est cette différence que Renée va réduire en projetant ces deux formes de
grandeurs légitimes, domestique et industrielle (Boltanski, Thévenot 1987), sur un ordre
unique dont la mesure serait la qualification professionnelle assurée par le diplôme. Renée
réplique en effet à Martine : "Ce qu'elles ont en commun, c'est qu'il n'y a pas besoin de
diplôme ni pour l'une ni pour l'autre".
A propos du rapprochement entre deux autres cas, une "infirmière" et un "médecin",
un débat comparable s'engage entre Renée, à nouveau, et Denise, sur la différence entre
une "situation" (entendue comme un capacité professionnelle) et un "milieu" (déterminée
par une éducation domestique). A Renée qui ordonne ces deux cas conformément à la
compétence professionnelle, Denise oppose que : "Au point de vue situation, on ne peut
pas mettre ensemble l'infirmière et le médecin, mais au point de vue social, l'infirmière
peut être d'un milieu supérieur même au médecin. Ca ne veut rien dire. Vous voyez des
grandes familles avec des noms à rallonge à n'en plus finir, et ils sont employés de
banques. (...) Dans quel milieu social il faut classer, nous (en tant qu'enquêtrice) on le sait
quand on est rentré dans l'appartement et qu'on a eu le contact avec la personne. Mais il
ne faut pas assimiler l'éducation aux situations. C'est deux choses tout à fait différentes. Le
milieu social, qu'est-ce que c'est ? Le milieu social c'est l'éducation."
Enfin, au cours de ces débats, nous avons aussi pu voir développée la méthode que
nous avions nous-mêmes rencontrée lors de la préparation de la nouvelle nomenclature
(cf. ci-dessus, première partie). Présentée, au plus fort des disputes, la technique du
méthodologue doit permettre de progresser en dépassant rationnellement des querelles
stériles : "Serait-il possible de lister quelque part les critères de jugement de chacun qui ont
amené a priori à mettre les gens dans telle ou telle catégorie ?"
Ces différente exercices contribuent donc à replacer le codage statistique des
professions et catégories socioprofessionnelles dans le cadre plus large des procédures de
repérage du milieu social que chaque membre de la société est amené à mettre en oeuvre
dans la vie quotidienne. A côté de la diffusion de la représentation officielle des CSP, nous
avons pu mesurer la place des procédures de rapprochement qui s''opposent à la
définition technique de la tâche et à l'usage exclusif de critères. Nous avons vu s'affronter
des argumentations qui mettaient en évidence la compétence commune à distinguer
plusieurs formes de jugement et donc plusieurs façons de construire des équivalences entre
personnes, à partir de l'occupation. Ce dernier point introduit le thème de la troisième
partie de cet article, dans laquelle je voudrais insister sur les liens entre représentation
statistique et représentation politique, en arguant du fait que ces façons de construire des
équivalences entre personnes renvoient à autant de modalités différentes de fondation du
lien politique (Thévenot 1987b).

3. Classement et représentation politique

3.1. L'histoire des nomenclatures socioprofessionnelles


Une première façon d'éclairer le lien entre la représentation statistique des catégories
sociales et la fondation d'un ordre politique consiste à retracer l'histoire de cette
représentation statistique. Le travail d'Alain Desrosières sur le code des catégories
socioprofessionnelles (Desrosières 1977), prolongeant le travail antérieur sur les
nomenclatures d'activités d'entreprises (Guibert, Laganier, Volle 1971), a ouvert cette voie,
en mettant notamment en relief la relation entre l'établissement des grilles des conventions
collectives distinguant cadres, maîtrise, ouvriers (partagés eux-mêmes selon leur
qualification) et le classement des ouvriers dans les nomenclatures statistiques.
L'occupation est aujourd'hui, en France, une caractéristique de la personne
presqu'aussi largement utilisée que les qualités d'état civil (sexe, âge, nationalité, état
matrimonial) pour identifier l'individu dans les formulaires de gestion administrative ou
les questionnaires d'enquête. A la différence des précédentes qualités, cette propriété n'a
toutefois pas complètement la forme critère que confèrent le droit ou la mesure scientifique
quantificatrice en assurant standardisation et stabilité aux objets ainsi enregistrés
(Thévenot 1986). Bien qu'il n'existe pas de liste officielle des états professionnels comme il
en existe des états matrimoniaux, la construction d'une grandeur industrielle (Boltanski et
Thévenot 1987) a entraîné l'extension de l'usage de cette caractéristique, le développement
des représentations statistiques de la société, et la fabrication de taxinomies sociales
conférant généralité et durabilité à cette caractéristique.
Si la loi de 1791 sur les recensements prévoyait de recueillir des renseignements sur "la
profession et les autres moyens d'existence", la question ne fut posée pour la première fois
qu'en 1851. Depuis cette date jusqu'en 1891, la population était répartie suivant quelques
grandes catégories d'activité (en 1876 : "agriculture, industrie, commerce et transports,
professions libérales, rentiers et pensionnés, mendiants, vagabonds, filles publiques
inscrites, professions inconnues") dont la plus détaillée était celle de "professions libérales"
. Outre les professions toujours considérées aujourd'hui comme des professions libérales
(médecin, dentiste, pharmacien, avocat, notaire, etc.), cette catégorie comprenait alors le
clergé, la gendarmerie et la police, les fonctionnaires et employés de l'Etat et des
communes, les instituteurs et professeurs, les artistes, les savants et hommes de lettre. En
1906, elle s'accroît des employés de bureau, caissiers, clercs, comptables, et des ingénieurs,
dessinateurs, chimistes. Cependant, cette répartition est croisée, sous forme de tableaux,
avec un autre découpage par "situation sociale" ou "situation professionnelle", qui
distingue les "chefs ou patrons", les "employés", les "ouvriers", et les "journaliers et les
hommes de peine", découpage faisant référence à un mode de classement différent de
celui des métiers : "En nous plaçant à un autre point de vue et faisant abstraction des
professions proprement dites, nous diviserons la population d'après l'ordre hiérarchique des
fonctions sociales" (dénombrement de 1872, cité dans Desrosières 1977)."
A la suite de la grave récession de 1872-1895, l'acuité des problèmes de main-d'oeuvre
justifia la création d'un Office du travail en 1891, et fut à l'origine d'un développement de
la statistique industrielle. A partir de 1876 et jusqu'en 1936, l'"activité collective"
(correspondant à la "situation dans l'industrie") est l'objet d'un comptage spécifique et
prend le pas sur l'"activité individuelle" ("situation professionnelle" réduite à trois
catégories : patron, employé, ouvrier). Les réglementations du travail et les premières
conventions collectives, entre 1936 et 1939 (faisant suite aux premiers accords collectifs de
1919 qui reprennent souvent de très près le contenu des conventions collectives
antérieures4, contribuent à généraliser, standardiser, puis légaliser, les catégories de
salariés : ouvriers ("manoeuvre ordinaire", "manoeuvre gros travaux et manoeuvre
spécialisés", "ouvrier spécialisé", "ouvrier qualifié", "ouvrier hautement qualifié") ;
employés, techniciens et agents de maîtrise et cadres. Dans l'après guerre sont créées
simultanément deux nomenclatures : une "Nomenclature des Activités Individuelles" ; un
"Code des catégories Socioprofessionnelles" qui constitue plutôt une extension du
découpage antérieur par "situation sociale" ou "situation professionnelle".
La recherche de Luc Boltanski sur la formation du groupe des cadres, qui l'a amené à
analyser la notion de "personne collective", a mis en évidence le travail de mobilisation
politique, de "représentation", et d'inscription juridique qui concourt à la reconnaissance
d'un groupe social et dont l'enregistrement dans la nomenclature officielle est
l'aboutissement (Boltanski 1982)5. Ainsi, dans les années 1931950, la mobilisation et

4Pour le cas de la chimie, voir la contribution de A. Jobert et P. Rozenblatt, dans ce même volume.
5Letravail de J. Kocka sur la formation du grupe des "employés" a mis aussi en relief le rôle de formes
institutionnelles dans ce processus, montrant que le système d'assurances sociales mises en place dans les
années 1880 a été l'occasion d'une identification globale des salariés non manuels.
l'organisation de groupes "nouveaux'" ("classes moyennes" ou "cadres") qui n'avaient pas
faits, jusque là, l'objet d'un travail de constitution, doivent êtres mises en relation avec la
formation, à la même époque, d'un ensemble d'instances de représentation politique des
groupes socioprofessionnels (Conseil économique et social, conventions collectives, Plan,
etc.)6. Les mouvements qui défendaient les "classes moyennes" ou les "cadres" réclamaient
d'abord l'accès à ces instances de représentation.
La nomenclature de 1947 qui se perpétuera dans ses grandes lignes jusqu'en 1975 est
très dépendante de la définition de l'occupation comme métier. Pourtant cette
nomenclature est élaborée au moment où il commence à être question de comptabiliser
des ressources en main-d'oeuvre, de planifier leur évolution en influant sur le système
scolaire. Ainsi, un 3ème chiffre du code des métiers devait caractériser le nombre d'années
d'apprentissage et s'étendre à l'ensemble des occupations (7 pour les dessinateurs, 8 pour
les artistes, 9 pour les cadres supérieurs). La formation était donc incluse dans la
nomenclature, entendue toutefois dans le langage du métier et mesurée en années
d'apprentissage. Cette première tentative sera abandonnée par la suite, le code ne prenant
plus en compte que la notion de métier. La qualification ouvrière sera obtenue
séparément, à partir d'une question fermée introduite lors du recensement de 1962. C'est
le croisement de ces deux variables, "métier" et "qualification", qui fournit une répartition
entre ouvriers qualifiés et ouvriers non qualifiés (Desrosières 1987).
La compétence technique est, par rapport au métier et aux relations domestiques qu'il
suppose (Zarca 1986, Cornu 1986) et qui sont aujourd'hui revalorisée dans l'organisation
industrielle dite de spécialisation flexible (Piore Sabel 1986), une grandeur d'une autre
nature, cohérente avec un autre principe d'ordre politique légitime. L'importance
croissante de ce principe industriel de représentation des citoyens, dans l'entreprise où se
développent des systèmes d'évaluation de la qualification du travail (Dadoy 1976), comme
dans l'appareil de planification et de gestion de l'emploi et du chômage (Salais, Baverez,
Reynaud 1986) s'accompagne d'une dénonciation d'un mode de rapprochement des
personnes par métier qui relève d'une forme de lien politique domestique (Thévenot
1987c). Ce principe industriel justifie la mise en place de nouvelles nomenclatures ou
regroupements (nomenclature des emplois, code "PJ") conçus pour permettre des
projections de structures d'emploi et des estimations des besoins en main-d'oeuvre par
qualification (Thévenot 1987a), et pour effectuer un diagnostic sur la relation formation-
emploi qui se situe au coeur de ce dispositif industriel d'évaluation et de planification de
la main-d'oeuvre (Affichard 1983).
Les représentants des professions et la représentation statistique
La construction de la nouvelle nomenclature des PCS s'est donc accompagnée d'une
procédure administrative de consultation reposant sur un groupe ad hoc de l'organe
consultatif orientant le dispositif statistique (le "Conseil National de la Statistique"),
groupe qui réunissait , outre des représentants de l'administration, des représentants des
groupes professionnels, des syndicats professionnels, des syndicats de salariés, et divers

6Pour un travail parallèle sur la Grande Bretagne, voir Szreter (1984).


organismes représentatifs (assemblées permanentes des chambres de métiers, de
commerce et d'industrie, d'agriculture, etc.). Les consultations se sont faites par "domaines
d'emplois" (emplois de la mécanique, de l'électricité-électronique, de la banque, de la
santé, de la gestion générale, etc.). Selon la manière dont les professions d'un domaine
sont représentées, défendues, contrôlées, le nombre de participants variait. La réunion
concernant les professions de la santé a ainsi rassemblé 90 personnes, alors que pour
certains domaines il était difficile de trouver des interlocuteurs.
Les débats portaient sur le classement de telle ou telle profession dans une rubrique,
sur les arguments pouvant justifier ces regroupements, sur le libellé de la rubrique, sur les
termes de sa définition, sur les noms d'occupation cités à titre 'exemple de son contenu.
Ainsi, une représentante d'un syndicat de psychologues, après avoir participé à un tel
débat, fait parvenir au secrétariat du groupe le courrier suivant : "A la suite de la réunion à
laquelle j'ai participé ce matin, j'ai pensé que la ponctuation sur laquelle nous nous
sommes arrêtés ne rend pas bien compte de ce que nous avons voulu y mettre. Peut-être
n'est-il pas trop tard pour suggérer que la virgule soit remplacée par une parenthèse, qui
me semble rendre compte d'une façon plus juste du sens de la proposition qu'a reconnue
l'accord, à savoir psychologue, psychothérapeute ou psychanalyste. N'est-ce pas en effet le
ton qui donne le sens que nous avons attaché à la formulation psychologue,
psychothérapeute et psychanalyste. Ne peut-on penser - si on laisse cette équivoque - qu'il
s'agit des psychologues tous emplois ?". En clair, la demande du représentant vise à
constituer deux niveaux logiques (à partir d'une parenthèse) ou un seul (résultant des
virgules). Les occupations de psychothérapeute ou de psychanalyste seront alors traitées
comme des cas particuliers de l'occupation de psychologue.
Bien que la nomenclature n'ait pas à proprement parler d'incidence juridique, les
discussions étaient souvent très vives, aussi animées que les négociations entre syndicats
de salariés et patronat préalables à la fixation de classifications d'emploi dans les
conventions collectives. Les taxinomies sociales apparaissent donc clairement comme un
enjeu suffisamment important pour entraîner une mobilisation des organes représentatifs
des professions. Ainsi, figure au programme 1979-1980 de l'Union des associations
françaises de relations publiques, les points suivants : 1) intervention auprès des organes
de presse, 2) réaction systématique aux articles présentant une image erronée de la
profession, 3) action en vue d'une meilleure définition de notre profession dans le code des
métiers à la nomenclature des emplois. Il ne s'agit pas là seulement d'un enjeu symbolique,
les représentants professionnels s'employant à modifier ou maintenir une place dans une
espèce de carte du monde social. Dans ce lieu sont consolidées, réévaluées, étendues,
articulées au niveau national, les ressources qui servent à la formation d'identités sociales.
Autre exemple extrême, celui d'un syndicat de pharmaciens qui ne se contente pas de
participer aux débats mais propose sa propre rédaction de la rubrique complète de la
nomenclature dans laquelle cette profession est classée.
Le matériel de ces débats est donc très éclairant sur les façons dont est constituée, dans
la France contemporaine, une identité collective fondée sur l'occupation et ayant valeur
nationale. Limités dans le temps et dans l'espace, ces débats offrent une manière de
réduction quasi-expérimentale de la construction politique à une cité, propre à faire voir
les différents principes d'ordre légitime disponibles dans lesquels les participants se
fondent pour justifier une certaine position et mettre en valeur une occupation. Ainsi, un
ensemble d'usages et de savoir-faire attachés à un nom de métier traditionnel pouvait
s'opposer à des compétences mesurables, à un art indépassable, ou encore à un intérêt
général collectif. Les discussions mettent en lumière l'incompatibilité de ces principes et
les tentatives de compromis entre différentes façons de construire des équivalences entre
des personnes, compromis qui seront inscrits dans la nomenclature finalement produite.

J'emprunterai d'abord plusieurs exemples aux occupations touchant de près ou de loin


à la santé qui offrent, à condition qu'on ne se restreigne pas aux pressions strictement
médicales, un panorama très large des modes de définition de l'identité et des outils mis
en oeuvre pour consolider cette identité.
L'affrontement entre deux syndicats qui représentent tous deux la même occupation
de psychologue selon deux modes tout à fait incompatibles, offre un exemple
particulièrement clair de la pluralité de principes généraux de justifications mis en oeuvre
pour mettre en valeur une occupation (pour plus de détails, voir Desrosières et Thévenot
1988, chapitre 2). On voit bien sur ce cas que la dispute n'est pas un litige sur une frontière,
comme le suggérerait la métaphore de la lutte de classement, mais un différend plus
profond dans lequel les principes de jugements ne sont pas identiques. Ces principes ne
sont pourtant pas des jugements de valeurs subjectifs qui pourraient être aussi nombreux
que les personnes ou les groupes qui s'y réfèrent. Nous les avons retrouvés en maintes
occasions, y compris dans les différends qui n'étaient pas liés à l'occupation.
L'un des syndicats désignons-le par "syndicat A" - s'attache à mettre en valeur
l'occupation par référence à une compétence technique sanctionnée par un diplôme d'Etat.
Les actions entreprises et les argumentations mises en avant sont tout à fait
caractéristiques de ce que l'on peut reconnaître comme compromis entre les formes
industrielles et civique de justification (Boltanski, Thévenot 1987, pp. 155-162;166-173).
L'enseignement prôné doit être universitaire, l'exercice le plus légitime est en
établissement hospitalier "public", l'objectif visé est la relation entre la capacité
professionnelle et un "diplôme universitaire". Ainsi, un décret de 1971 est acquis qui
stipule que les psychologues recrutés dans des établissements d'hospitalisation publics
devront être titulaires d'une licence ou d'une maîtrise de psychologie ou encore d'un
diplôme de l'enseignement supérieur appartenant à une liste d'assimilation.
Un deuxième "syndicat B" représente, d'une toute autre façon, les psychologues. Son
nom ne fait pas mention d'un diplôme mais souligne, à l'inverse, l'importance de la
"pratique" caractérisée dans d'autres textes par l'"expérience", la "maturité", le "savoir-
faire" acquis 'sur le tas', particulièrement en exercice "libéral" (ce syndicat met en avant son
appartenance à l'"Union Nationale des Professions Libérales"). Le syndicat délivre une
licence d'exercice par l'entremise d'un jury constitué de syndiqués et "se porter garant" de
la qualité d'un de ses membres. Là encore, on pourrait montrer que l'ensemble de ces
ressources trouvent sa cohérence par référence à une forme de justification domestique
(Thévenot 1987c).
L'incompatibilité des deux visées justificatives des deux syndicats et des ressources
respectivement engagées par l'un et par l'autre pour faire la preuve, conduisent, comme
toujours en pareil cas, à des dénonciations réciproques qui contribuent à défaire la
généralité - et donc la capacité à faire équivalence - des ressources justifiées par le principe
adverse (Boltanski et Thévenot 1987, pp. 175-223) (3.3.01). Dans les argumentations de B, la
qualité de "salarié" est misérable : elle ne signale que le défaut de patrimoine et
d'indépendance financière qui importe dans l'établissement à son compte. De même, la
qualité d'"étudiant" exprime la misère de la jeunesse (Thévenot 1986b), par rapport à un
principe domestique dans lequel l'âge et l'expérience grandissent. Le salarié n'est qu'un
irresponsable et l'étudiant qui n'a pas fait d'apprentissage un immature.
Chacun des registres précédents conduit à justifier des rapprochements différents.
Ainsi, les qualités pertinentes selon le second principe vont amener les représentants du
syndicat B à rapprocher, sous la même dénomination de psychologue, des occupations qui
prolongent une relation de conseil naturelle dans une situation domestique : "conseiller
conjugal et familial", "conseiller matrimonial", "conseiller sexologue", "formateur et
animateur", "conseiller social", "conseiller professionnel", etc. Ces occupations sont, en
revanche, mal représentées, voire éliminées dans les congrès du syndicat A. A l'inverse, le
syndicat A trouve inacceptable de partager un stand avec les conseillers matrimoniaux
dans un congrès de l'Union nationale des Professions Libérales.
La référence humanitaire à l'intérêt général du citoyen, que permet la connexion avec
le domaine de santé, peut s'étendre jusqu'à des occupations fort distantes, les
représentants réclamant un rapprochement dans la topographie créée par la
nomenclature. Ainsi, le représentant des ambulanciers se plaint que son occupation ait été
"exclue du champ". Il fait valoir que "l'ambulancier fait désormais partie intégrante de la
chaîne de soin. (...) En toutes circonstances, il assure et porte secours aux malades et
blessés. C'est une personne qui a des relations humaines avec le malade et qui est
parfaitement à même de connaître le circuit d'hospitalisation". S'élevant contre le
rapprochement avec d'autres chauffeurs ou conducteurs, il déclare : "Il se trouve que ces
gens sont évidemment chauffeurs aussi, et peuvent conduire le véhicule. Il y a le côté
"conduite", si vous voulez, mais aussi la prise en charge du malade. (...) Je pense que,
quand même, ils ont un travail qui mérite de les classer dans les professions de santé".
Les représentants peuvent aussi parfois emprunter le registre argumentatif technique
des statisticiens et faire valoir, comme un représentant des kinésithérapeutes, que les
effectifs de la profession sont suffisants pour créer une rubrique significative. Et il ajoute
que "c'est uniquement en fonction du nombre, ce n'est pas parce qu'on est différents, qu'on
est les meilleurs".
Les différentes façons de mettre en valeur une occupation que nous avons rencontrées
font référence à la capacité professionnelle, à l'apprentissage du métier, au besoin du
client, ou encore à un emploi dont l'exercice est garanti par l'Etat, par le Code de Santé
établi au nom de l'intérêt général. Ces principes ne règlent pas seulement la définition
d'une occupation, mais détermine la forme de la relation qu'elle entretien avec d'autres.
Ainsi, dans une hiérarchie des capacités professionnelles, la durée des études va souvent
déterminer un rapport d'autorité, entendue comme compétence technique? La
représentante des sages-femmes, pour marquer un tel rapport à l'égard d'occupations
d'auxiliaire médical qui exigent une même durée de formation, conteste la formule "de
même niveau" employée dans le projet de nomenclature, en faisant valoir que "le
programme est très dense" et demanderait donc, pour bien faire, une année de plus.
C'est ce même principe qui a orienté l'action des préparateurs en pharmacie pour
obtenir que le diplôme d'accès ne soit plus un CAP mais un BEP. Le changement n'est pas
seulement un allongement de durée des études mais implique aussi la substitution
progressive d'un principe à un autre. Le CAP antérieur qui, jusqu'en 1977, ouvrait l'accès à
cette profession par voie d'apprentissage (3 ans) accompagné de cours du soir ou par
correspondance, était cohérent avec une subordination personnelle à l'égard du
pharmacien, un lien domestique au sein de l'officine. On comprend donc que le Syndicat
National des Pharmaciens Résidents représentant les pharmaciens salariés d'hôpitaux,
soutienne les préparateurs dans leur revendication cohérente avec une relation anonyme
de compétence. En revanche, le Syndicat National autonome des Cadres Pharmaciens,
représentant plutôt les pharmaciens d'officine et qui a fait de la lutte contre "la pléthore de
diplômés" l'un de ses chevaux de bataille, n'est pas favorable à la redéfinition de
l'occupation de préparateur, soulignant que "la formation dans l'officine a fait jusqu'à
présent la grande force des préparateurs". La création d'une "voie scolaire" est dénoncée
comme l'intérêt particulier de "l'Education (ex-nationale) à l'heure où les établissements
d'enseignement secondaire ont des effectifs qui stagnent ou même régressent 'du fait de
l'évolution démographique), (et où) il est urgent d'organiser de nouveaux
enseignements!"7.
Quittons maintenant le domaine de la santé pour un dernier exemple de débat ayant
trait à la question des conventions collectives. L'une des lignes directrices dans la
construction des nomenclatures PCS a été de tenir explicitement compte des classifications
des conventions collectives au lieu de subir leur influence de manière incontrôlée, comme
cela avait été observé pour l'ancienne nomenclature. Des guides d'utilisations spécifique
ont été d'ailleurs réalisés à destination des entreprises, après examen des différentes
conventions collectives. En effet, la nouvelle nomenclature des PCS doit être utilisée aussi
bien dans les enquêtes auprès des ménages, des individus, ou des entreprises, à la
différence de la situation antérieure qui connaissait une "nomenclature des emplois" tout à
fait spécifique pour les enquêtes auprès des entreprises). Lors du changement de
nomenclature, de nombreuses entreprises téléphonaient à l'INSEE pour des conseils
d'utilisation et des renseignements complémentaires. La question suivante a été soulevée
par un grand magasin parisien.
Le problème tenait à ce que le personnel de ce grand magasin n'était réparti qu'en
deux catégories, "employés" et "cadres", sans collège "ETAM" (ce cas m'a été rapporté par

7in, Le Journal des cadres pharmaciens, n°47, juillet-août 1979.


B. Seys). Comme souvent, en pareil cas, le cadre de l'INSEE consulté a demandé qu'on lui
envoie la convention collective. Au vu de la définition des emplois, il a déterminé la
fraction inférieure des "cadres" et la fraction supérieure des "employés" qui devait être
affectée au groupe socioprofessionnel "professions intermédiaires" (PCS 4) qui correspond,
pour les emplois d'entreprise, à la catégorie ETAM des conventions collectives.
L'interlocuteur a consulté ses collègues d'autres grands magasins. Deux semaines plus
tard, un représentant de la Fédération nationale des grands magasins a organisé, avec un
responsable de la nomenclature PCS de l'INSEE, une réunion de représentants des
différents grands magasins. La décision de reclasser une partie des "employés" et des
"cadres" dans le groupe "professions intermédiaires" de la nomenclature des PCS
rencontrait de très fortes résistances. Un représentant de la Fédération insista sur le fait
que les contremaîtres d'usine étaient classés dans ce groupe et que les cadres des grands
magasins "n'étaient pas de vulgaires capots de chez Talbot". Le statisticien de l'INSEE fit
remarquer que les assistantes sociales, les instituteurs, les infirmières, les programmeurs,
une partie des secrétaires de directions et des comptables étaient également classés dans ce
groupe, et qu'il était justifié d'y placer les cadres de 1er niveau des grands magasins.
Finalement, après d'âpres discussions, tout le monde - sauf le représentant précédent -
s'est accordé pour affecter les "secrétaires de direction" des grands magasins dans le
groupe "professions intermédiaires".
En revanche, l'ensemble des participants restait résolument hostile au reclassement du
dernier niveau (6) des "employés" dans ce même groupe. la raison ne fut explicitée qu'au
terme d'une longue et obscure discussion. Le statisticien finit par être informé du fait que
le syndicat des chefs de rayon avait engagé un mouvement pour créer un nouveau niveau
hiérarchique d'"agent de maîtrise", pour obtenir justement que les employés de la
catégorie 6 soient classés à ce nouveau niveau d'"agents de maîtrise". Des représentants de
la Fédération des grands magasins ont ainsi pu sous-entendre qu'il y avait "collusion"
entre l'INSEE et les syndicats. L'argument avancé par le statisticien fut alors le suivant : si
on suit votre raisonnement, et si l'on refuse le classement des employés de niveau 6 dans
des rubriques du groupe "professions intermédiaires", les emplois des grands magasins
vont apparaître dans toutes les statistiques comme très peu qualifiés. Cet argument n'a
cependant pas suffit à débloquer la situation et comme l'INSEE refusait d'obtempérer, le
différend est remonté à un niveau élevé. Finalement, l'arrangement suivant a été accepté :
les chefs de rayon, dernier échelon, seraient affectés à une catégorie différente de celle des
employés. Mais le code de cette catégorie ne commencerait pas par un 4, ce qui est le cas
de toutes les catégories du groupe PCS "professions intermédiaires", mais par un 7 qui
code le groupe "employés". Il suffirait de transformer ultérieurement le 7 en 4 pour obtenir
le cassement conforme au reste de la nomenclature PCS.

3. Conclusion : statistique et politique

L'approche des classifications socioprofessionnelles suggérée dans ce texte ne conduit


pas à aborder les rapports entre politique et statistique en terme d'influence directe du
pouvoir politique sur une activité scientifique ou technique. Je n'ai pas non plus cherché à
réexaminer directement la question fort débattue de la relation entre ces catégories
socioprofessionnelles et la notion de classes sociales.
J'observerai néanmoins que cette question ouvre souvent sur une opposition entre la
tâche des sociologues et celle des statisticiens. Les premiers déploreront le caractère
artificiel de l'agrégation des statisticiens, les accusant de traiter les personnes comme des
unités atomisées, confondues à l'aide de quelques critères formels, au lieu de reconnaître
la réalité du fait collectif qui constitue le groupe social, et qui permet de dépasser les
particularités insignifiantes de ses membres. Les seconds déclareront que leur tâche est de
mesurer, et qu'il s doivent nécessairement s'appuyer sur des critères objectifs, sur des
moyennes, et non sur des perceptions subjectives de l'appartenance à un groupe. En vérité
l'opposition perd de son tranchant si l'on porte attention, au-delà des débats sur la
pertinence de tel ou tel critère et la composition de tel ou tel groupe, à la structure
commune des deux opérations élémentaires de la statistique et de la sociologie, sur les
investissements de forme qu'elles supposent (Thévenot 1986a). Toute statistique est fondée
sur une construction à deux niveaux, celui des unités élémentaires entachées de bruit et de
particularités inutiles, et celui de la catégorie dont la consistance est assurée par le calcul
de la moyenne. L'intitulé de la catégorie qui se trouve accolé dans le tableau de chiffres à
cette valeur moyenne de la variable, fait ainsi figure de représentant de l'ensemble des
individus qu'elle résume. Toute approche sociologique repose sur une construction
similaire, à deux niveaux, celui des subjectivités personnelles sur lesquelles le sociologue
n'a pas prise, et celui de la tendance collective qu'il a pour mission de mettre au jour,
comme le statisticien calcule la moyenne. C'est cette tendance collective qui représentera un
comportement normal dépassant les particularités des conduites personnelles. Enfin, la
commune structure à deux niveaux des représentations statistique et sociale ne manque
pas de rappeler l'opération de représentation des membres d'une société qui fonde un
ordre politique. Cette façon d'envisager la politique des statistiques exige donc d'être
attentif aux possibilités d'articulation entre les formes d'équivalence statistique (codes,
critères, moyennes) et les formes d'équivalence politique (intitulé homogénéisant du
groupe, définition, justification). Elle suppose, en ne se limitant pas à l'analyse d'une
idéologie, ou d'un langage (comme le réalise remarquablement l'ouvrage de Sewell, 1983)
de traiter dans un même cadre des objets qui sont les instruments de cette équivalence et
des arguments qu'avancent les personnes en prenant appui sur ces objets.

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