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La planète en danger

Les OGM, pari à trois inconnues

A la croisée des débats sur

la mondialisation et la notion

de progrès, la question

des organismes génétiquement

modifiés (OGM) illustre

le constat selon lequel

la loi de l’économie s’impose

plus vite que les précautions

suggérées par l’état

des recherches. Résultat :

les produits issus

de la transgenèse sont dans

nos assiettes avant que

l’on puisse en garantir

la totale innocuité.

ous sommes de plus en plus nombreux à consommer de plus en plus d’OGM. Les

combats écologistes contre la modification génétique des végétaux, comme le fauchage très médiatique de parcelles expérimentales, ne doivent pas occulter ce constat : fin 2005, on compte dans le monde 8,5 millions d’agriculteurs qui exploitent 90 mil- lions d’hectares de ce type. Les plantes transgéniques, en hausse de 11 % sur l’année 2004-2005, couvrent déjà 6 % des terres cultivées sur la planète. Long- temps réservées aux pays industrialisés (Amérique du Nord), elles gagnent du terrain dans les pays pauvres, et sur- tout en Chine et en Inde, où des moyens considérables sont engagés pour leur développement. Cette production, pour l’instant con- centrée sur le soja, le maïs, le coton et le colza, se retrouve nécessairement dans l’alimentation. La mondialisation des échanges, les contaminations naturelles ou accidentelles et la complexité des circuits agroalimentaires rendent assez vains les efforts d’étanchéité des filiè- res. A l’exception des produits garantis sans OGM fabriqués à grands frais, par précaution et par intérêt, nous mangeons

N
N

Asie 2

170 Canne à sucre Papaye 160 Soja 150 Peuplier Nombre de variétés 140 déjà commercialisées
170
Canne à sucre
Papaye
160
Soja
150
Peuplier
Nombre de variétés
140
déjà commercialisées
130
Tabac
120
Amérique latine
et Caraïbes
110
Tomate
100
90
Pays en voie
de développement :
Coton
80
Nombre total
de variétés OGM
70
testées : 542
Pomme
de terre
Nombre total
60
de variétés OGM déjà
commercialisées :
Maïs
50
environ 20
40
30
Proche-
Afrique
Orient 2
Riz
20
Europe 2
10
0
Nombre de variétés génétiquement modifiées
en phase d’expérimentation dans les pays
en voie de développement 1

1. Dix principales espèces testées en laboratoire ou en plein champ 2. Pays en voie de développement uniquement

Source : FAO-BioDeC, 2005.

voie de développement uniquement Source : FAO-BioDeC, 2005. Essais multiformes au Sud tous des ingrédients

Essais multiformes au Sud

tous des ingrédients génétiquement modifiés. L’Europe a admis cette évi- dence en autorisant leur présence dès lors qu’elle est mentionnée sur les étiquettes (au-delà de 0,9 % du produit), au grand dam des Américains qui suspectent une « mesure protectionniste ». En quelque sorte, c’est au citoyen consommateur de prendre ses responsabilités. Pauvre consommateur ! Outre que la première génération de transgéniques ne lui apporte pas grand-chose – il en sera peut-être autrement demain, avec les plantes enrichies, dépollueuses ou

Une production croissante

Surfaces plantées en OGM Millions d’hectares Surfaces plantées dans le monde Part des OGM dans
Surfaces plantées en OGM
Millions d’hectares
Surfaces plantées dans le monde
Part des OGM dans la production totale
de coton, soja et maïs aux Etats-Unis
Millions d’hectares 100 160 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Millions d’hectares
100
160
0
10
20
30
40
50
60
70
80
90 100 %
Surfaces totales
140
Part des semences Monsanto
80
?
120
Soja
100
60
80
Coton
40
60
40
Part
20
des
20
Maïs
OGM
0
0
1996
1998
2000
2002
2004
Soja
Maïs
Coton Colza
2001
2004
1998 2000 2002 2004 Soja Maïs Coton Colza 2001 2004 Sources : International Service for the

Sources : International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; Monsanto, 2005 ; Clive James ; United States Department of Agriculture (USDA).

Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; Monsanto, 2005 ; Clive James ; United States Department of Agriculture
Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; Monsanto, 2005 ; Clive James ; United States Department of Agriculture
Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; Monsanto, 2005 ; Clive James ; United States Department of Agriculture
Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; Monsanto, 2005 ; Clive James ; United States Department of Agriculture
Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; Monsanto, 2005 ; Clive James ; United States Department of Agriculture
Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; Monsanto, 2005 ; Clive James ; United States Department of Agriculture
Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; Monsanto, 2005 ; Clive James ; United States Department of Agriculture

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James ; United States Department of Agriculture (USDA). 36 Finlande Canada Suède Danemark Allemagne Royaume-Uni
Finlande Canada Suède Danemark Allemagne Royaume-Uni Rép. tchèque France Autriche Etats-Unis Bulgarie
Finlande
Canada
Suède
Danemark
Allemagne
Royaume-Uni
Rép. tchèque
France
Autriche
Etats-Unis
Bulgarie
Espagne
Italie
Chine
Grèce
Suisse
Corée du Sud
Serbie-et-Monténégro
Roumanie
Pakistan
EgyptEgyptee
Cuba
Inde
Thaïlande
Mexique
Honduras
Philippines
Venezuela
Ghana
Kenya
Colombie
Indonésie
Pérou
Brésil
Bolivie
Zimbabwe
Paraguay
Australie
Afrique
Uruguay
du Sud
Argentine
Surfaces plantées en OGM
Millions d’hectares
50 Les cinq pays produisant plus de 95 % des OGM commercialisés Autres pays producteurs
50
Les cinq pays produisant plus de 95 % des OGM commercialisés
Autres pays producteurs d’OGM commercialisés
25
Plantations uniquement expérimentales
5
Pays où plus de 5 % de la surface agricole totale
sont plantés en agriculture biologique
N. B. : L’ISAAA, seul organisme à produire des
statistiques mondiales sur les OGM, est financé
par plusieurs grands groupes biotechnologiques
(dont Bayer CropScience, Monsanto et Syngenta).
Sources : International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications (ISAAA), 2004 ; FAO, 2005 ; International Federation of Organic Agriculture Movements (Ifoam), 2005 ; Institute for Health
and Consumer Protection (IHCP) of the European Commission’s Joint Research Centre (JRC).
Les cinq plus gros producteurs d’OGM

résistantes à la sécheresse –, il a bien du mal à se forger une opinion à partir des arguments contradictoires des experts, que le débat porte sur les conséquences environnementales, sanitaires ou écono- miques des OGM. Comme pour tout ce qui touche au vivant, il est difficile de trier entre ce qui relève de l’émotion et ce qui ressort de la raison. L’inconnue environnementale oppose avec acharnement écologistes et semenciers, mais aussi les scientifiques entre eux. La dissémination par le pollen fait courir un danger à la biodiversité. Des observations faites en Allemagne et au Royaume-Uni confirment ce ris- que de « bio-invasion ». Au Mexique, berceau du maïs, la colère a brusque- ment monté lorsque l’on a eu confir- mation de la présence sur des plants traditionnels de gênes étrangers intro- duits par des importations américaines. Au lieu de s’en expliquer, les avocats des OGM font valoir que les cultures transgéniques diminuent le recours aux produits phytosanitaires (traitement des végétaux), limitent l’érosion des sols et encouragent les techniques d’agricul- ture simplifiées.

Le doute demeure sur les consé- quences sanitaires à long terme de l’emploi des OGM, faute d’études sys- tématiques, y compris aux Etats-Unis où l’on consomme du transgénique depuis des années. Des expériences – discutées – semblent démontrer des modifications sanguines et rénales chez le rat. A l’inverse, les défenseurs des OGM expliquent que la diminution des mycotoxines, causées par les agressions des insectes ravageurs, limite les risques cancérogènes des plantes génétiquement modifiées. Les bénéfices économiques sont tout aussi discutés. En Afrique du Sud, cer- taines proliférations d’insectes (telle la punaise du coton) ont parfois réduit à néant les gains escomptés à partir de semences dont le brevet coûte très cher aux petits producteurs. Dans d’autres cas (pourriture des fruits, anomalies dans la croissance de la vigne), les gains de ren- dement semblent évidents. Mais, avant de résoudre les déséquilibres alimen- taires dans le monde, les OGM risquent d’abord d’accroître la dépendance des pays pauvres à l’égard de quelques fir- mes comme Monsanto ou Bayer. Cela

vaut d’ailleurs pour d’autres pays. Les précautions prises en Europe – étique- tage, refus de 172 collectivités locales ou régionales d’autoriser les cultures transgéniques – et les actions des « fau- cheurs » d’OGM freinent les recher- ches sur la biodiversité sans bloquer les importations de semences ou produits modifiés. Le vrai risque est alors que le transgénique se banalise et atteigne un point de non-retour avant que des précau- tions élémentaires, les mêmes qui précè- dent la commercialisation d’un nouveau médicament, n’aient été prises.

Sur la Toile g Inf’OGM : www.infogm.org g GeneWatch : www.genewatch.org g Organic Consumers :
Sur la Toile
g
Inf’OGM : www.infogm.org
g
GeneWatch : www.genewatch.org
g
Organic Consumers :
www.organicconsumers.org
g Comité de recherche et
d’information indépendantes
sur le génie génétique (CRRI-GEN) :
www.crii-gen.org
g Site interministériel sur les OGM :
www.ogm.gouv.fr

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