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L’Antéchrist (ou « Antichrist »).

N’ayez pas peur de le nommer, de le connaître. Le Christ lui-même en a parlé. La


Bible elle-même en parle. La Vierge Marie aussi. Et peu importe si la seule évocation
de son nom vous fait passer pour un fou, un conspirationniste, un alarmiste, un
complotiste, un paranoïaque. C’est le but de ce fils humain de satan de passer
inaperçu et de vous attribuer, dans son silence, sa propre identité, dangerosité, folie.
Et surtout, c’est le but de satan de vous faire perdre l’assurance en vous faisant passer
pour lui-même, pour le diviseur. Au contraire : démasquer en vérité cet « homme de
péché » proche de venir, qu’est l’Antéchrist, c’est faire œuvre d’unité et de
libération… quand bien même cela risque en apparences de vous isoler. Vous n’avez
rien à craindre de l’Antéchrist ni de ses futurs défenseurs qui ne le voient pas venir.
N’oubliez pas que, grâce à Jésus et à Marie, tout être humain est plus fort que lui.

a) Mes sources :

En plus de la Bible, je me suis appuyé principalement sur 8 sources (6 livres et 2


conférences) :
1) Michael D. O’Brien, Père Elijah : une Apocalypse (1996)
2) Monseigneur André Léonard, Les Raisons d’espérer (2008)
3) Robert-Hugh Benson, Le Maître de la Terre : La Crise des derniers temps (1905)
4) Vladimir Soloviev, Trois Entretiens : sur la guerre, la morale et la religion suivis
du Court Récit sur l’Antéchrist (1900)
5) Jean-Claude Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-maçonnerie :
Recherches sur une religion d’État (2015)
6) Conférence de Maurice Caillet en 2002 sur la Franc-Maconnerie.
7) Philippe de Villiers au micro de Jean-Marie Le Méné, le 9 octobre 2015 sur Radio
Courtoisie, à propos de son nouveau livre Le Moment est venu de dire ce que j’ai vu.
8) Père Malachi Martin, La Maison battue par les vents (1996)

À propos de l’Antéchrist (et le thèmes liés : les prophéties, les apparitions mariales, le
NOM – Nouvel Ordre Mondial –, le Gouvernement Mondial, le satanisme, la Fin des

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temps, etc.), il y a énormément de choses sur Internet maintenant, mais qui sont, pour
beaucoup, anxiogènes, sédévacantistes (anti-Pape), ou bien là pour impressionner,
faire peur, nous faire rentrer dans une résistance dure et sans Espérance, sans
confiance, sans humilité. Et qui finalement jouent le jeu de l’Antéchrist (comme si
c’était lui qui avait gagné… alors que non). J’ai donc préféré m’axer sur des livres
solides, d’autorité, et même parfois plébiscités (comme c’est le cas du Maître de la
Terre) par nos deux papes Benoît XVI et François.

b) L’Antéchrist dans la Bible :

L’Antéchrist, qui signifie « ennemi du Christ » ou « apostat », est le nom donné, à la


suite de saint Jean (1 Jean 2, 18), à un personnage mystérieux qui détient le pouvoir
de satan et doit apparaître à la fin des temps pour mener contre l’Église du Christ une
lutte suprême. Il est une figure commune à l’eschatologie chrétienne et islamique,
mais puise ses origines dans la notion d’anti-messie déjà présente dans le judaïsme.
Saint Paul l’appelle « l’homme du péché » et « le fils de la perdition » (2 Thes 2, 3).
D’autres termes sont employés dans la Bible : « La bête qui monte de la mer » (Ap
13, 1), « la bête écarlate » (Ap 17, 3), la « bête » (Ap 17 : 8, 16 ; 19 : 19-20 ; 20 :
10), « la petite corne » (la licorne). Il sera élu par un grand nombre de personnes
comme le Maître de l’Univers. S’accomplira ainsi la Parole du Christ : « Je suis venu
au nom de mon Père et vous ne m’agréez pas ; un autre viendra en son propre nom et
vous l’agréerez. » (Soloviev) Au commencement du Jour du Seigneur (l’Apocalypse,
la Parousie), la véritable identité de cet homme du péché sera révélée.

« Quand les méchants auront mis le comble à leur révolte contre Dieu, s’élèvera un
roi dur et expert en intrigues. A cause de sa prospérité et du succès de ses ruses, il
aura de l’arrogance dans le cœur, il fera périr beaucoup d’hommes qui vivaient
paisiblement, et il s’élèvera contre le chef des chefs ; mais il sera brisé, sans l’effort
d’aucune main. » (Daniel 8, 23-25)

« Pour ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion


avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans
votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit
par quelque parole, ou par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le
jour du Seigneur était déjà là. Que personne ne vous séduise d’aucune manière ; car
il faut que l’apostasie soit arrivée auparavant, et qu’on ait vu paraître l’homme de
l’iniquité*, le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on
appelle Dieu ou de ce qu’on adore, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, se
proclamant lui-même Dieu. Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses,

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lorsque j’étais encore chez vous ? Et maintenant vous savez ce qui le retient, afin
qu’il ne paraisse qu’en son temps. Car le mystère de l’iniquité agit déjà ; il faut
seulement que celui qui le retient encore ait disparu. Et alors paraîtra l’impie, que le
Seigneur Jésus détruira par le souffle de sa bouche, et qu’il anéantira par l’éclat de
son avènement. L’apparition de cet impie se fera, par la puissance de Satan, avec
toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, et avec toutes les
séductions de l’iniquité pour ceux qui périssent parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour
de la vérité pour être sauvés. Aussi Dieu leur envoie une puissance d’égarement,
pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité,
mais qui ont pris plaisir à l’injustice, soient condamnés. » (IIe Épître de saint Paul
aux Thessaloniciens)

* Le mot « iniquité » ou « anomie » qui décrit la nature de l’Antéchrist, signifie sans


foi ni loi, qui rejette tout attachement à Dieu et toute norme. C’est une forme de
libertinage extrême ou d’anarchie.

c) Signes que le règne de l’Antéchrist c’est pour maintenant :

J’entends déjà d’ici certains me rétorquer : « Oui, mais quel orgueil que ta
démarche ! Nul ne peut prédire l’avenir de Dieu et assurer que c’est maintenant ! De
tout temps depuis l’Ascension, le règne de l’Antéchrist a été annoncé et cru vrai ! »
Alors d’une part je n’assure rien (seul Dieu le Père sait la date précise de la venue de
son Fils), et d’autre part, ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas savoir
précisément la date et l’heure de l’accouchement que nous ne pouvons pas déjà sentir
les contractions (= signes des temps, ou motions de l’Esprit Saint, ou appels pressants
de la Vierge Marie et de ses anges). Surtout quand elles sont aussi explicites que
maintenant!

Je relèverais quatre fortes contractions mondiales qui nous mettent sur la voie de
l’arrivée de l’Antéchrist d’une part, et de l’arrivée triomphale du Christ ensuite.

1) Le Grand moment d’égarement, comme l’annonce saint Paul : « Dieu leur envoie
une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge. »

En effet, nous pouvons constater, et ce, de manière assez générale, que depuis dix
ans, l’absence de sens critique et de réflexion gagne nos contemporains et même nos
élites intellectuelles. Les penseurs qui sont censés nous défendre, voire nous laisser la
parole, démissionnent, ou bien occupent les fauteuils des plateaux-télé et du Sénat
pour exposer leurs impressions, leurs sentiments comme des droits et des lois « justes
». « Leur pensée se ramène à un enchaînement d’impressions. Je suis bien obligée de

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dire qu’il y a de nombreux signes d’impressionnisme. » (Anna Benedetti, dans Le
Père Elijah, p. 334) ; « Avez-vous remarqué combien peu de grands hommes nous
possédons, à présent ? Ce n’est point comme il y a 50 ans, ou même 30 ! Et, à
présent, voici cet homme nouveau [l’Antéchrist], que personne ne connaît, qui a
surgi en Amérique, il y a quelques mois à peine, et dont le nom est sur toutes les
lèvres ! » (le vieux Blackmore parlant de Felsenburgh, dans Le Maître de la Terre de
Benson, p. 69) ; « La fin de la civilisation et l’approche concomitante de l’Antéchrist
s’accompagnent d’une baisse sensible de la clarté des esprits comme de
l’atmosphère. » (Vladimir Soloviev s’exprimant en 1900 dans sa préface aux Trois
Entretiens, p. 1) ; « Ce qui est encore plus vrai, c’est que le Diable fait tomber sa
brume sur la création avec sa queue. C’est aussi un signe de l’Antéchrist. » (le
Général dans les Trois Entretiens de Soloviev, p. 151) ; etc. Il est clair que les esprits
sont massivement désorientés en ce moment, au point que ce sont ceux qui voient
clair qu’on fait passer pour des « fous » ou des « fondamentalistes ». J’en sais
quelque chose…

L’« esprit d’égarement » est appelé aussi « l’endurcissement » ou « l’enivrement »


(au moment de la venue de la Coupe christique). Il est le fruit de la réaction du
pécheur à une venue plus pressante de Dieu. L’intelligence humaine s’emballe, se
corrompt et va jusqu’à tuer le juste. Cet esprit d’égarement est un prélude au Jour du
Seigneur. Par exemple, le déploiement historique de cet esprit d’égarement est
manifesté dans l’Ancien Testament par l’endurcissement de Pharaon, d’Hérode, de
Selecias. Le déploiement temporel de cet esprit d’égarement est manifesté dans le
Nouveau Testament par l’endurcissement des Juifs et des païens au moment de
l’arrivée du Christ. Le déploiement eschatologique de l’esprit d’égarement, c’est
l’engourdissement des cœurs et intelligences que nous vivons aujourd’hui.

Nous pourrions nous en indigner. Mais en réalité, même si ça ne nous excuse pas
d’avoir à dénoncer l’anesthésie générale actuelle, nous devons la comprendre comme
un signe des temps puissant auquel consentir dans la paix. L’esprit d’égarement est un
appel du pied fait par le Christ pour nous avertir qu’il y a une raison surnaturelle à
toutes les tribulations « illogiques » et « hallucinantes » que nous vivons en ce
moment. Non, nous ne rêvons pas. L’apostasie et l’endormissement s’étendent à
toutes les couches relationnelles de notre existence. Mais ça ne veut pas dire que nous
serions dans l’erreur ou que nous deviendrions fous : c’est juste la Fin qui arrive � !
Keep cool.

2) La Troisième Guerre mondiale concentrée en Orient.

Le Pape François a déjà évoqué plusieurs fois le démarrage de la Troisième Guerre


mondiale (une guerre qui ne se déroule pas de la même manière que les deux

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précédentes). Et nous pouvons comprendre qu’elle constitue le marche-pied logique
de l’arrivée de l’Antéchrist, ce pseudo « Pacificateur ». C’est par l’épuisement des
troupes mondiales de la Néo-Guerre-Froide (blocs de l’Occident contre le bloc de
l’Orient), et sur la base d’une honte et d’un écœurement générés par la reproduction
d’une nouvelle Guerre Mondiale concentrée en Orient (alors que les Hommes
s’étaient jurés que la Seconde Guerre mondiale serait la dernière !), que l’Antéchrist
va précisément asseoir la légitimité de son nouveau règne de Paix, où les frontières,
les inégalités, les nations et les querelles seraient abolies. Par exemple, Soloviev
annonce (en 1900, rien que ça !) le succès de l’arrivée du panmongolisme (sorte de
philosophie bouddhiste venue d’Orient, sorte de synthèse humaniste et pacifiste de
toutes les religions) dont l’Antéchrist sera le représentant, après les désastres de
l’islamisme : « Il me semble que le succès du panmongolisme sera d’avance facilité
par la lutte acharnée et épuisante que certains États européens seront amenés à
soutenir contre l’islam réveillé en Asie occidentale, en Afrique du Nord et en Afrique
centrale. » (Préface de Vladimir Soloviev aux Trois Entretiens, p. 17) ; « Profitant de
ce qu’au début du XXe siècle l’Europe était occupée à mener un dernier combat
contre le monde musulman, les Japonais se mirent à la réalisation de leur grand
projet de fonder sur l’univers entier le véritable empire du Milieu. […] Cette époque
se signale par le mélange général et la profonde interpénétration des idées
européennes et orientales. […] Il résulte naturellement de cette évidence que le vieux
régime traditionnel des nations perd de son importance. L’Europe du XXIe siècle se
présente comme une union d’États plus ou moins démocratique : les États-Unis
d’Europe. » (Monsieur Z. dans Trois Entretiens de Soloviev, pp. 153-158). Je
développerai plus bas la mise en place du Gouvernement Mondial et du Nouveau
Culte Mondial pacifique et a-national qu’est en train d’instaurer l’Antéchrist. La
Troisième Guerre mondiale n’est qu’une entreprise sinistre de
purification/assainissement/épuisement/soumission des Peuples au New Age
humaniste de l’Antéchrist.

3) L’attaque mondialisée contre la différence des sexes (famille, mariage), par la


croyance généralisée en l’hétérosexualité.

Dans sa lettre au Cardinal Caffarra (publié en mars 2015), sœur Lucie, voyante de
Fatima, écrivait : « La bataille finale entre le Seigneur et le règne de Satan portera
sur le mariage et la famille. » L’attaque contre la famille et le mariage est le voyant
rouge final. L’hétérosexualité, son alibi n°1. Et nous sommes en plein dedans
mondialement ! Je vous parlerai de la politique malthusianiste et franc-maçonne du
Gouvernement Mondial un peu après.

4) Le Figuier (= l’Église) qui ne donne plus les fruits escomptés.

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« Est-ce que la maisonnée de la foi porte les fruits qu’elle est appelée à porter ? »
(Matthieu 24 cité dans le Père Elijah, p. 58) Comme le montre la parabole du figuier
ne donnant plus de fruits, Jésus nous indique dans la Bible que le moment où l’Église
ne donnera plus les fruits qu’Elle est censée produire sera le moment de Sa venue, et
préalablement de la venue de l’Antichrist : chute des vocations sacerdotales,
corruption généralisée et tiédeur du Clergé, persécutions anti-chrétiennes,
affadissement des publications médiatiques « chrétiennes », etc. Et actuellement
(même si la phase descendante a été amorcée depuis la fin du XVIIIe siècle), de plus
en plus d’évêques, de cardinaux, de journalistes pseudo « cathos », applaudissent au
discours spirituel et humaniste franc-maçon (cf. l’inauguration de la Cathédrale de
Créteil, le discours de Cazeneuve aux derniers États Généraux du christianisme,
l’omerta sur l’homosexualité, les applaudissements à Juppé, etc.), ou, à l’extrême
inverse, au discours complotiste maçonnique de Civitas (cf. la focalisation
civilisationniste des francs-maçons). Les cardinaux droits dans leurs bottes s’étonnent
même d’être minoritaires dans leur propre maison : « Le cardinal Vettore donne des
interviews qui parlaient d’un nouvel âge pour les Églises nationales, publiant des
articles, se faisant des amis. ‘Je ne sais pas comment il s’y prend, dit Dottrina.
Toutes les portes semblent s’ouvrir pour lui, mais pour nous elles sont toutes
fermées. Les liens entre le Siège de Pierre et les Églises locales se rompent l’un après
l’autre. L’Église universelle est en désordre. La presse est pleine d’informations
concernant les divisions. Évêques contre évêques, cardinaux contre cardinaux. Les
efforts pour rallier les fidèles derrière le Pape n’ont eu presque aucun succès. Ils ne
lisent pas, ils ne pensent pas ! Les quelques journaux catholiques qui restent
orthodoxes sont isolés et dénigrés comme des réactionnaires rigides. Tout le monde
pense que les choses sont normales. » (Le cardinal Dottrina parlant du cardinal franc-
maçon Vettore, dans le roman Père Elijah, p. 581) Je vous parlerai plus longuement
du schisme de l’Église – provoqué, utilisé et alimenté par l’Antéchrist – dans le
chapitre sur le Schisme.

Le Saint Père se rend compte que le ver est dans le fruit. C’est la raison pour laquelle,
de novembre 2015 à décembre 2016 il propose ce temps final de la Miséricorde («
Année de la Miséricorde ») à son Église. Car il sait qu’ensuite viendra le temps
implacable de la Justice.

Certains mauvais esprits, ou esprits apeurés de savoir qu’ils font biologiquement


partie de la Grande Génération martyre, vont m’opposer plein d’arguments justes me
disant que tout ce que je rapporte a déjà été annoncé dans les sacrements, les
Évangiles, la vie du Christ. Et ils n’auront pas tort : dans le temps de l’éternité, tout
ce qui va se produire s’est déjà produit et se produit déjà maintenant. Christ hier,
aujourd’hui, demain et toujours ! Mais le Jugement Dernier, le bouquet final, la
défaite définitive de satan, ont bien un instant T qui se rapproche à mesure que vous

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me lisez, et surtout qui doit arriver un jour (même si cet instant se déplace sans cesse
grâce à nos prières, nos actes de charité et surtout la sainte patience de notre Père des
Cieux !). Il est vrai que de tout temps, même à l’époque de Jésus, les gens ont vu des
antéchrists et ont cru que c’était déjà la Fin. Par exemple, les Juifs voyaient
l’Antéchrist dans le roi Antiochus Épiphane. Plus tard, le Livre de Renan annonçait
Néron comme l’Antéchrist. Certains ont identifié en Hitler ou en Staline l’Antéchrist.
Et c’est finalement un mirage de toutes les époques historiques humaines : «
Aujourd’hui l’Église sombrait encore dans le désordre, mais nulle part aussi
terriblement qu’au treizième siècle, à l’époque des Borgia ou à celle de la papauté en
Avignon. Les jours sombres de l’occupation nazie de Rome avaient aussi été
terriblement mauvais. Et pendant l’époque soviétique, il avait semblé que l’Europe
vacillait sur la crête d’une invasion qui ressemblait de plus près au règne de
l’Antéchrist qu’aucune autre des tyrannies auxquelles l’Église avait été confrontée
pendant ses deux mille ans d’histoire. » (Père Elijah, p. 179) ; « Il y a eu beaucoup
d’apocalypses depuis l’époque du Christ – les règnes de Néron, Hitler et Staline par
exemple. » (Père Elijah, p. 228) ; « Vous avez entendu dire, mes petits enfants, que
viendrait l’Antéchrist et maintenant il y a un grand nombre d’antéchrists. » (le
Général citant saint Jean dans l’Écriture, dans Trois Entretiens de Soloviev, p. 109) ;
etc. Et le jour de notre mort, nous vivrons tous déjà le Jugement dernier.

Néanmoins, il est important d’allumer aujourd’hui plus qu’avant les warning.


Monsieur Z., dans les Trois Entretiens de Soloviev, parle de cette « accélération
actuelle de l’Histoire » (p. 28). Dans Le Maître de la Terre, Benson lui aussi décrit le
calme apparent qui précèdera le Troisième et Ultime Déluge : « Vous êtes-vous
jamais trouvé en mer, demanda le Père Blackmore au Père Percy, pendant le calme
qui précède un typhon ? Eh ! bien c’est ce calme qui est la chose la plus effrayante !
La mer est comme de l’huile ; vous avez la sensation d’être à demi-mort ; vous ne
pouvez rien faire. Et puis arrive la tempête ! Avant toutes les grandes catastrophes,
ce calme se produit. Toujours il en a été ainsi dans l’histoire… » (p. 67) Dans le
roman Le Père Elijah d’O’Brien, quand le père Elijah demande au cardinal Stato si «
la Chute de Rome et les invasions barbares » sont imminentes, alors qu’à d’autres
époques elles étaient déjà annoncées, ce dernier lui répond : « À cette époque le
monde avait ses maîtres du mal, Néron, Tibère et Domitien. Mais même au milieu de
l’effondrement de la civilisation, le monde rampait hors des ténèbres. Nous nous y
enfonçons et c’est la différence. » (Père Elijah, p. 432) Un peu plus tôt dans le même
roman, Elijah entendait de la bouche du cardinal Dottrina : « Nous sommes
probablement en train de faire face à la confrontation finale entre l’Évangile et
l’anti-Évangile, entre l’Église et l’anti-Église. Dans le sens de l’ultime Apocalypse. »
(p. 55) Le Pape précise aux deux clercs : « Aucun homme ne connaît l’heure ou le
jour de la venue du Fils de l’homme. Cependant, chaque génération est appelée à la
vigilance. » Puis, quand Elijah souhaite savoir auprès du Saint Père si le Retour du
Christ est pour bientôt, ce dernier lâche calmement : « Oui. Je crois que nous sommes
au point culminant de l’histoire telle que nous le connaissons. Je crois que le retour

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du Seigneur est imminent, peut-être d’ici trois ou quatre ans, peut-être une décennie.
» (p. 56) Plus tard, Elijah entend le même avertissement dans son entretien avec Davy
: « Nous sommes actuellement au cœur d’une immense apostasie. Jamais dans toute
l’histoire de l’Église il n’y a eu une perte de foi aussi répandue. Dans quelques
années, restera-t-il encore de la foi sur la terre ? » (Père Elijah, p. 111) ; « Et si une
génération d’illettrés religieux devenait incapable de faire la distinction entre vérité
religieuse et sentiment religieux ? » (Davy s’adressant à Elijah, idem). Quand le père
Elijah demande à Davy : « Tu penses qu’on est cette génération ? », celui-ci lui
répond laconiquement : « Je le crois. ». À la fin du roman, Elijah s’assure à nouveau,
cette fois avec le Père Smith, qu’il n’est pas en train de rêver par rapport à la
proximité des « Grands Événements ». Le prêtre américain lui parle sans ambages : «
L’Écriture nous avertit que le second déluge sera pire que celui de Noé. Simplement
il ne sera pas d’eau mais de feu. […] Nous savons par l’Écriture que le temps de la
fin sera désastreux. » (pp. 436-437). Elijah parachève le constat dans l’Espérance du
martyr : « Père, c’est tout proche. La fourberie et la mystification seront puissantes.
Nous devrions être très petits. Nous devons nous attacher à la Croix. » (p. 440)

Oui. Il y a un Grand Final annoncé par saint Jean dans les livres de l’Apocalypse. Et
ce Grand Final est imminent pour les 4 contractions (insuffisantes) que je vous ai
données plus haut. Le grain de blé (l’Église) doit vivre la Passion du Seigneur, mourir
avec Lui pour ressusciter avec Lui et par Lui : « N’a-t-il pas été décrété que l’Église
devait un jour vivre une deuxième Pâque ? » (Elijah s’adressant au cardinal Stato,
dans Le Père Elijah, p. 432) ; « Tu vois, ce temps doit avoir une fin, dit la voix au
Père Elijah. Le mal ne peut pas continuer à dévorer le bien indéfiniment. » (Père
Elijah, p. 554) ; « Certains personnages sur la scène mondiale sont en train de se
diriger vers le troupeau pour une attaque définitive. Ils approchent du moment où ils
mettront tous leurs efforts pour la division et la destruction. Ils crient, paix, paix,
mais il n’y a pas de paix. Leurs cœurs sont pleins de meurtre. Ils détestent le
troupeau de Dieu, et pourtant de tous côtés on les proclame sauveurs. Cela aussi fait
partie du plan de la Providence. Cela aussi, Il le permet, car la confrontation finale
entre l’Église et l’anti-Église doit venir. » (le Pape s’adressant à Elijah, p. 59) ; etc.
Le récit de l’Apocalypse n’est pas qu’une gentille fiction symbolique dont
l’actualisation pourrait être éternellement reportée : « L’apocalypse n’est pas un
mélodrame. Si c’était le cas, la plupart des gens se réveilleraient et verraient le
danger dans lequel ils sont. C’est notre vrai péril. » (Père Elijah, p. 150) Rome va
(doit ?) vraiment tomber. « Percy savait seulement que la ruine [du Vatican] était
fatale. » (le Père Percy dans Le Maître de la Terre de Benson, p. 178) La fin des
temps est inéluctable. Et loin d’être un fatalisme, le rappeler est une Espérance : « La
dernière et extrême manifestation du mal » (Préface de Vladimir Soloviev, p. 14) est
couronnée par la Justice plénière du Christ.

Dans son livre Les Raisons d’espérer (2008), Monseigneur André Léonard insiste

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bien sur l’existence d’un point final marqué par le Christ, de l’« ultime confrontation
avec l’Antéchrist, qui, en même temps qu’elle réveillera les chrétiens assoupis,
conduira à la pleine réunification des Églises et communautés ecclésiales désunies et
à la pleine unité du Peuple de la Première Alliance avec celui de la Nouvelle, à la
réconciliation achevée de l’Israël de Dieu et de l’Église » (p. 151) ; « Cet
achèvement de l’œcuménisme et cette heureuse conclusion du dialogue interreligieux,
précèderont la glorieuse nouvelle venue de Jésus, préludant elle-même à
l’achèvement de l’histoire et au plein épanouissement de ces cieux nouveaux et de
cette terre nouvelle, inaugurés ici-bas, dans la foi et l’espérance, par la résurrection
du Christ. » (idem pp. 153-154)

Pourquoi le Pape se tait, ne tire pas la sonnette d’alarme, et nous laisse dans
l’ignorance alors qu’il sait cette imminence là ? On serait en droit de se poser la
question. Et nous trouvons la formulation d’une juste excuse dans Le Père Elijah,
quand sa Sainteté déclare à Elijah : « Vous êtes silencieux. Presque certainement,
vous ressentez ce que d’innombrables millions de gens ressentiraient si je devais
parler de cela depuis la Chaire de Pierre. Ils ne l’entendraient pas avec le bénéfice
de votre foi solide. Aujourd’hui, l’homme moderne ne pourrait pas supporter cette
connaissance. Il souffre du plus grand mal de notre siècle, une sorte de désespoir
subconscient. En conséquence, il ignorerait tout simplement la vérité ou la rejetterait
hors d’atteinte. » (p. 56) Il est possible d’entrevoir, avec les yeux de la foi et de la
communion fraternelle avec le Pape, la beauté de la liberté que laisse le non-dit
papal : « Regarder dans cette obscurité et y voir la victoire du Christ, c’est l’essence
même de l’espérance. » (le Pape, dans Père Elijah, p. 57) Par ailleurs, il ne faut pas
être sorti de la cuisse de Jupiter pour voir que nos deux papes actuels, avec finesse et
prudence, égrènent çà et là des indices pour nous « avertir sans nous faire peur ». À
nous d’être attentifs, de comprendre les signes des temps, de nous préparer et de nous
convertir.

d) La carte d’identité de l’Antéchrist :

Qui est l’Antéchrist ? Personnellement, je n’ai pas la réponse. Et le jeu de devinettes


sur ce sujet est un exercice périlleux qui mérite une grande prudence… car le premier
à le mener, ce jeu, c’est précisément l’Antéchrist, qui souhaite se faire passer pour «
chercheur de l’Antéchrist » afin de s’innocenter lui-même et surtout de faire
carrément passer Jésus pour l’Antéchrist ! Donc méfiance avec cet usurpateur
avançant masqué !

Potentiellement – et je commencerai par là -, nous pourrions tous, moi le premier,


être l’Antéchrist. « Tous les chrétiens, en étant pécheurs, nous nous avérons des
antéchrists. » (p. 112) déclare Monsieur Z. dans les Trois Entretiens de Soloviev.
Selon 1 Jean 4, 3, ça a le mérite d’être clair : « Quiconque déclare que Jésus n’est

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pas venu dans la chair est un antéchrist. » Nous sommes tous, à différents degrés,
des antéchrists. Parce que nous devenons tous des imposteurs dès que nous
n’obéissons pas au Christ, des pécheurs ignorant parfois l’Incarnation christique en
l’Homme. D’autant plus si nous nous disons « chrétiens » ou « catholiques ». Car il
ne suffit pas d’être catholiques pour aimer l’Église et Jésus (la preuve avec les francs-
maçons de Civitas, qui mettent l’adjectif « catholique » partout, pour se justifier de se
couper de Rome et pour se justifier de voir dans tous les Papes qui sont venus après le
Concile Vatican II des traîtres et des antéchrists). « Il faut mettre au rang des
‘antéchrists’ ceux qui – ici, en France, comme chez nous – se mettent
particulièrement en peine du christianisme, s’en font une spécialité et s’attribuent le
monopole ou le privilège du nom de chrétien. » (l’Homme politique, dans Trois
entretiens de Soloviev, p. 112) Jésus lui-même, en s’adressant à Pierre qu’il désignera
pourtant comme le pasteur humain de son Église, le verra à plusieurs reprises comme
l’Antéchrist ! (« Arrière satan ! »). Cependant, même si tous les humains – de par
notre condition humaine pécheresse – nous sommes des antéchrists en puissance, il
n’empêche que l’Antéchrist, le vrai, a franchi un cran au-dessus par rapport au simple
pécheur : lui, il est carrément ennemi du Christ. Il le haït.

Une fois énoncée cette mise en garde d’humilité, il est toujours intéressant, pour se
faire une idée du profil de l’Antéchrist (autant s’informer sur qui il est pour ne pas se
faire pas piéger par lui !), de se baser sur la Bible, sur ce que dit Marie dans ses
apparitions, sur ce que disent les grands mystiques et saints, sur ce que dit l’Église, et
aussi (avec prudence) sur l’imaginaire futuriste (et parfois visionnaire) de certains
laïcs et prophètes. C’est d’ailleurs à travers les fictions romanesques sur l’Antéchrist
(comme Le Père Elijah, Le Maître de la terre, Voyage en hiver, etc.) que j’ai le plus
appris sur l’Antéchrist. Les portraits trop assurés et trop prétendument réalistes
d’Internet sont douteux car ils veulent incarner à l’excès celui qui ne s’incarne pas (=
satan). Par conséquent, ce n’est pas un hasard que même des évêques sérieux comme
Mgr Léonard aient choisi le mode du conte/roman apocalyptique pour parler du sujet,
car pour le coup, la fiction annonce sans imposer, sans prétendre nous vendre du «
scoop » ou du « portrait-robot » précis. C’est fait tout en douceur et en respectant la
liberté des lecteurs. C’est cela, le véritable esprit des paraboles christiques !

Maintenant, concernant l’origine de l’Antéchrist, si l’on écoute le message que la


sainte Vierge aurait divulgué à la bergère Mélanie à la Salette (en 1851), on entend
que l’Antéchrist est d’origine judéo-chrétienne : « Naîtra l’Antéchrist, d’une religion
hébraïque [donc une mère chrétienne mais avec des racines juives ?] , d’une fausse
vierge qui aura communication avec le vieux serpent, le maître de l’impureté ; son
père sera évêque [donc chrétien d’un niveau social élevé ?]. Un enfer règnera sur la
terre. Ce sera alors que l’Antéchrist naîtra d’une religieuse: mais malheur à elle ! »
Plusieurs prophéties disent aussi que l’Antéchrist régentera le monde pendant trois
ans et demi. Pas davantage. Ce sera un dirigeant mondial qui conclura une alliance

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avec Israël, avant la Fin des Temps. Il se prétendra donc soit juif, soit au moins
sioniste. Il est peu probable que ce soit une femme, car il prétend se substituer au
Christ… mais l’hypothèse contraire est intéressante, comme on peut le voir dans la
série V (à la 45e minute).

Dans le roman Le Père Elijah (1996) de Jonathan O’Brien, l’Antéchrist est « un


homme distingué dans la cinquantaine. » (p. 20). Il ne porte pas de nom. Il est appelé
« le Président ». Et pour cause : il occupe la fonction de « nouveau président pour la
Fédération des États Européens » (p. 20), sorte d’Amérique européenne. Il habite «
sa propriété de l’île de Capri » (p. 64), une luxueuse demeure, mais vit toujours en
déplacement (en hélicoptères notamment). C’est peu ou prou le jumeau de Jésus : «
Cet Antéchrist ressemble à nos images traditionnelles du Christ. » (p. 110)… sauf
qu’il a une ombre qui traverse son regard de temps à autres (nous verrons cela plus en
détails dans le chapitre sur la « Personnalité » de l’Antéchrist, bien décrite par le
personnage d’Anna Benedetti).

Dans le roman d’anticipation Le Maître de la Terre (1905) de Robert-Hugh Benson,


où l’action se déroule dans les années 1970, l’Antéchrist a plus de 32 ou 33 ans. Il
surgit de nulle part. C’est vraiment l’inconnu au bataillon. On ne lui connaît aucun
passé politique ou médiatique : « On dit que, jusqu’à ces mois passés, il a vécu dans
une solitude complète. » (p. 132) Il s’appelle Felsenburgh, et il est souvent baptisé «
l’Empereur (d’Occident) ». C’est un homme fascinant, beau, intelligent, excellent
orateur. Il se déplace dans un très joli vaisseau blanc, un peu « à la Fantômas » : «
Sur le pont central du vaisseau blanc, se dressait, très haut, un siège drapé de blanc,
orné d’insignes maçonniques ; et, sur ce siège, une figure d’homme trônait, seule et
immobile. L’homme ne faisait aucun signe, ne semblait pas se rendre compte de la
présence du monstrueux troupeau humain accumulé au-dessous de lui. Son vêtement
sombre contrastait violemment avec la blancheur qui l’environnait. Il avait un visage
pâle, très jeune encore, mais fortement accentué, avec des sourcils noirs très arqués,
de grands yeux sombres d’un éclat de glace, des lèvres minces, et des cheveux
blancs. Puis le visage fit un mouvement ; et le vaisseau, poursuivant sa route, se
dirigea vers le palais. » C’est l’archétype de la beauté glaciale.

Dans le roman Trois Entretiens et Court Récit sur l’Antéchrist (1900) de Vladimir
Soloviev, l’Antéchrist n’a pas de prénom mais est appelé « l’Empereur », le «
surhomme ». Il est préfiguré par le personnage du « Prince », un trentenaire tolstoïen,
bobo, post-moderne, pacifiste, anti-guerres et anti-nationalismes. Soloviev nous
montre un Antéchrist âgé de 33 ans, profondément spiritualiste, ascétique dans son
comportement, doué d’une intelligence supérieure, « gros capitaliste » et diplômé
d’une académie militaire (il est « savant artilleur de profession »). L’argent et les
liens avec l’armée lui sont des outils indispensables pour prendre le pouvoir. Saint
Thomas d’Aquin l’avait noté : la puissance du monde, la potencia saecularis, sera le

11
véritable instrument de l’Antéchrist. L’Antéchrist de Soloviev est élu président des
États-Unis d’Europe. Dans la vision de l’auteur, l’Europe devient les « États-Unis
d’Europe ». L’indifférence religieuse s’étend à la plupart de la population mondiale,
si bien que l’Europe Unie ne compte plus que quelques millions de chrétiens
authentiques, toujours divisés en catholiques, orthodoxes et protestants, les anglicans
s’étant ralliés depuis peu à l’Église catholique à la suite d’une grave crise spirituelle.
« Toutefois, l’Antéchrist de Soloviev n’est pas juif, à la différence de ce que veut le
plus souvent la Tradition. Mais il est indispensable à la conversion finale des Juifs
qu’il les abuse en se faisant passer pour un des leurs. » (Introduction de Bernard
Marchadier aux Trois Entretiens de Soloviev, p. 11)

Enfin, je ne peux pas terminer cette brève esquisse de l’Antéchrist sans faire mention
du bras droit qui seconde cet empereur de pacotille. Je veux parler évidemment du
fameux « faux prophète » qui l’accompagne. Il s’agit d’un homme d’Église. Un
clergyman. Peut-être un cardinal ou un évêque. Mais certainement pas le Pape,
contrairement à ce que croient les sédévacantistes et autres excités de Civitas. Le «
faux prophète » est un double de Judas, et non pas un double de saint Pierre !

En Ap 13 : 11, la Bible parle d’une « autre Bête sortant de la terre elle-même », c’est-
à-dire d’une résurgence moderne du potier qu’est Judas, ce « berger de l’idole », qui
au départ n’a fait que prétendre qu’il était un prédicateur de Jésus et de son Royaume,
pour finalement se tourner vers satan et le dieu Argent. Le récit de l’Apocalypse (Ap
13, 12) nous décrit un peu plus ce faux prédicateur : « Il avait deux cornes, comme un
agneau [= Jésus] mais parlait comme un dragon [= satan]. » Ce Judas Nouvelle
Génération semble être chrétien, mais ses paroles ne le sont pas. Il se fait passer pour
un disciple de Christ, mais il permet à satan de le posséder, trahissant son maître, et le
vendant pour trente pièces d’argent. Luc (22, 3) et Jean (13, 27) mentionnent
clairement que « Satan entra en Judas ». La Bible démontre aussi que Judas sera
l’infâme faux prophète qui trahira (à nouveau) Jésus pendant la Tribulation, le
dénonçant, le blasphémant, et disant au monde que l’Antéchrist est le vrai Dieu et
que, par conséquent, c’est lui qu’il faut adorer. Il y aura un jour où Judas finira par
payer pour ce qu’il a fait. Selon Apocalypse (19, 20), lui et l’Antéchrist seront jetés
tous les deux, vivants, dans le lac de feu (lave d’un volcan ?) pour l’éternité : « Et la
bête fut prise, et avec elle le faux prophète, qui avait fait devant elle les prodiges par
lesquels il avait séduit ceux qui avaient pris la marque de la bête et adoré son image.
Ils furent tous les deux jetés vivants dans l’étang ardent de feu et de soufre. » (Ap 19,
20)

Le faux prophète sera le « porte-parole » de l’Antéchrist, il agira comme son « bras


droit ». Il servira l’Antéchrist et l’exaltera comme le « vrai Dieu », en soutenant que

12
Jésus n’est pas vraiment ressuscité. Qui mieux que Judas peut en effet se permettre
d’assurer, tout en restant crédible « Je connais les deux hommes et celui-là est le bon.
Il est plus grand et plus puissant que Jésus » ? Judas s’occupait déjà des finances pour
Jésus et il fera de même pour l’Antéchrist (Jean 12, 6 ; et 13, 29). Il forcera les gens à
se soumettre à l’Antéchrist en déployant le système de la Marque de la Bête. Il «
justifiera » sa trahison en disant qu’il savait que Jésus n’était pas le vrai Dieu, raison
pour laquelle il l’a livré aux autorités. Il accomplira également de grands miracles en
présence de l’Antéchrist. Selon Apocalypse (13, 13), il fera des prodiges, allant même
jusqu’à faire descendre le feu du ciel… à la vue de tous. En Luc (9, 54), nous
trouvons Jacques et Jean demandant à Jésus : « Seigneur, veux-tu que nous
commandions au feu de descendre du ciel…? » Il est clair qu’il s’agit d’un miracle
que Judas aurait pu faire comme les autres disciples de Jésus. Mais Jésus leur répond
alors : « Vous ne savez pas par quel esprit vous dites cela ! » C’est l’esprit de
l’Antéchrist qui donnera à Judas le pouvoir de faire cela, pas le Saint-Esprit ! Mais
l’argument décisif quant à la véritable identité du « faux prophète » se trouve en
Zacharie (11, 11-17) : « Ce jour-là… je leur dis : ‘Si cela vous semble juste, donnez-
moi mon prix…’ alors ils pesèrent mon prix, trente pièces d’argent. L’Éternel me dit :
‘Jette-la au potier, cette somme misérable à laquelle ils m’ont estimé !’ Et je pris les
trente pièces d’argent, et je les jetai dans la maison de l’Éternel, pour le potier. »
Cette prophétie a été clairement et entièrement réalisée par Judas (Matthieu 26 : 14-
15 ; et 27 : 3, 9). Il a vendu Jésus pour 30 pièces d’argent, puis, pris de remords, il a
jeté cette somme dans le Temple pour amener les hommes à adorer une idole, l’image
de l’Antéchrist, soit exactement ce qui est annoncé en Apocalypse (13, 14-15). Quelle
folie, après avoir marché avec le véritable Christ, que de le rejeter pour une pâle
imitation ! Judas semblait faire partie du « troupeau » de Jésus, l’Agneau, mais il
parle comme satan, le dragon (Apocalypse 13, 12). L’épée frappera son bras et son
œil droit, son bras se desséchera et son œil droit sera plongé dans le noir (Psaume 69,
23). Le « faux prophète » fera fabriquer une idole de l’Antéchrist. Il rendra
obligatoire l’adoration de cette image, sous peine de mort, en restreignant le
commerce d’une manière telle que seuls ceux qui auront fait allégeance à
l’Antéchrist, en recevant sa marque, seront autorisés à vendre et à acheter. Selon
l’Apocalypse (13, 15), Judas II sera en mesure d’animer l’idole satanique (par
hologrammes ?) et de la faire parler. Sans aucun doute, il sera le faux prophète, qui va
promouvoir l’Antéchrist et l’adoration de satan. Le publiciste.

Dans les romans qui m’ont servi de base à l’étude sur l’Antéchrist, le « faux prophète
» est une sorte de sbire (si vous préférez, Diabolo accompagnant Satanas dans Les
Fous du Volant… mais en moins stupide, bien évidemment), d’Antéchrist dédoublé.
Par exemple, dans Le Père Elijah, le « faux prophète » est le cardinal Vettore. Dans
Le Maître de la Terre de Benson, c’est un clerc un peu télévangéliste, double du héros

13
le père Percy. Dans Court Récit sur l’Antéchrist de Soloviev, c’est Apollonius, un
magicien faiseur de miracles, une sorte de charlatan dont les sortilèges enchantent les
foules et qui, comme la seconde Bête de l’Apocalypse, fait la publicité de
l’Antéchrist : « Lui et son faux prophète font descendre le feu du ciel, mettent à mort
les deux témoins du Christ [Pierre et Jean], exposent leurs corps dans les rues de
Jérusalem. » (Préface de Vladimir Soloviev, p. 15). Tout ça se trouve dans la Parole
de Dieu : « Le personnage du faux prophète tel qu’on le trouve dans l’Apocalypse et
le rôle qui lui est nettement assigné dans ce livre et qui consiste à mystifier les gens
au profit de l’Antéchrist exigent qu’on lui attribue toutes sortes de tours de
sorcellerie et de magie. On sait de façon certaine ‘que son chef-d’œuvre sera un feu
d’artifice’ : il accomplit de grands prodiges jusqu’à faire descendre du ciel, aux yeux
de tous, un feu sur la terre (Ap 13, 13). La technique magique et mécanique utilisée
par ce faire, nous ne pouvons pas la connaître par avance. » (Préface de Vladimir
Soloviev pp. 15-16) L’Apollonius de Soloviev est un grand thaumaturge d’Extrême-
Orient, homme indubitablement génial, mi-asiatique, mi-européen, évêque catholique
titulaire d’un diocèse fictif in partibus infidelium : « Il sera parvenu entre autres, à
maîtriser l’art mi-scientifique mi-magique d’attirer et de diriger à son gré
l’électricité atmosphérique, et dans le peuple on dira qu’il fait descendre le feu du
ciel. » (Monsieur Z., Court Récit sur l’Antéchrist, p. 168). Il fera descendre un feu du
ciel sur Jean, sur Pierre, pour les assassiner. L’Antéchrist choisira alors Apollonius
comme remplaçant du Pape, et ce dernier affichera urbi et orbi son œcuménisme
frelaté : « Je suis tout aussi véritablement orthodoxe et tout aussi véritablement
protestant que je suis véritablement catholique. »

e) Que fait l’Antéchrist ? (Gouvernement Mondial)

Ce que fait l’Antéchrist ? C’est très simple. Propulsé par les sociétés secrètes (Franc-
Maçonnerie) qui auront préparé le terrain à son élection, il va instaurer le
Gouvernement Mondial (Gog et Magog dans le Coran), appelé aussi NOM (Nouvel
Ordre Mondial). Vous savez, la « nouvelle gouvernance mondiale » que Nicolas
Sarkozy et François Hollande ont appelée de leurs vœux depuis un bon bout de
temps. C’est le règne de l’humanisme intégral dont je parle dans mon futur livre sur
le boboïsme : « Les structures de péché nous donnent l’illusion de vouloir un
humanisme intégral : c’est cela leur projet affiché. Or l’humanisme intégral ne sera
effectif que dans la gloire ! En attendant, sur la terre, l’humanisme n’est pas intégral
puisqu’il va falloir souffrir et mourir ! » (le frère Samuel, dans les Attaques du
démon contre l’Église, Actes du colloque de Banneux, Éd. Bénédictines, Paris, 2009,
p. 80)

Le projet de l’Antéchrist est clairement civilisationnel. Le dirigeant satanique vise en


effet la fondation d’une Civilisation contre la « Barbarie » belligérante : « J’ai voué
ma vie entière aux principes de civilisation. » (p. 524) déclare-t-il solennellement

14
pendant son discours présidentiel dans le roman Le Père Elijah. C’est aussi en cela
que le groupe Civitas, même s’il simule la dissidence anti-System, est vraiment franc-
maçon. Par exemple, dans Le Père Elijah, le Gouvernement Mondial se nomme «
Unitas – Une nouvelle civilisation pour l’humanité » (p. 318). Le Président veut que
son ascension au pouvoir soit « reconnue par les générations futures comme un
moment décisif dans le développement de la civilisation humaine sur cette planète. »
(p. 319) La Civilisation qu’il met en place est centrée sur le « principe de Fraternité
Universelle » (Maître de la Terre, p. 124).

Mais attention. Pas une civilisation fraternelle qui s’appuierait sur la charité du
Christ. Oh que non ! Il s’agit plutôt, par le biais des bonnes intentions désincarnées et
angélistes, de faire émerger l’« ordre » par la création du chaos. Un peu comme ces
mauvais syndicalistes qui créent les problèmes qu’ils prétendent résoudre, pour
s’offrir une légitimité et une bonté. Ou un peu comme le « mariage gay » qui prétend
résoudre le problème des divorces, de l’homophobie ou de l’infertilité. Ce qu’il faut
retenir, c’est que le mot d’ordre du Gouvernement Mondial est la devise bien connue
de la Franc-Maçonnerie : « Ordo ab chao » (« L’ordre par le chaos »). Autrement dit,
l’État Mondial invente les solutions radicalisées et pacifiantes aux cataclysmes qu’il
aura secrètement provoqués. Et beaucoup Le verront comme le Sauveur de leurs
maux !

L’Antéchrist va arriver comme une fleur sur une terre rincée par les conflits, et du
coup pourra sortir l’artillerie lourde de la PAIX (que déjà quasiment tous les
chanteurs actuels ont préparée : « On n’a pas encore poussé le cri de la Paix, mais
pour le bien de tous, il faut qu’on s’unisse » chantent par exemple les Neg’Marrons
dans « Triste réalité » d’Amadou et Mariam). Peu de peuples terrestres vont avoir la
force de voir le mal dans l’appel pressant pour la Paix (vous n’avez qu’à voir la
marée multimillionnaire qu’a rassemblée une manif aussi indigente et dénuée de
cause que JE SUIS CHARLIE pour vous faire une idée de l’ampleur du futur
moutonnage…). Peu de gens vont trouver l’énergie de contrer l’« arme de fraternité
massive » (pour reprendre la formule très signifiante de l’humoriste Pierre Fatus) que
dégainera l’Antéchrist. Car quel est le mec assez fou pour s’opposer à la « paix », à la
« solidarité », au « respect universel », à l’« anti-racisme », et à l’« amour », à moins
d’être un gros con dangereux ou un paranoïaque intégriste ?? L’inertie sera (et est
déjà) grande.

Petite parenthèse à propos du one-man-show L’Arme de fraternité massive de Pierre


Fatus, que je suis allé voir dernièrement au Théâtre du Gymnase à Paris, et qui est
loin d’être un cas isolé de pièces illustrant et alimentant la guerre civile et la haine
anti-nationaliste, au nom pourtant de l’amour et de la solidarité (en ce moment le
scène des « humoristes » regorge de roquets déprimés et agressifs comme lui, gérant
mal leur panique). Ce spectacle est un concentré d’antifascisme moralisant. Nous

15
nous retrouvons face à un pur produit du futur Gouvernement Mondial, prônant un
totalitarisme humaniste déraciné : « Fatus est black, blanc, bi, beur, coco, catho,
chinois de gauche mais athée tendance rom de droite, avec un côté musulman laïc,
un peu juif gay mais toujours humain. » (cf. le résumé du tract)… Pierre Fatus
prétend « rejoindre les sentiers lumineux de la fraternité collective » (« lucifiériens »
aurait-il pu carrément dire…) Et là encore, le public de la salle, au lieu d’y voir une
soumission, une dispersion, une agression, un prémisse clair de totalitarisme, se
persuade massivement d’avoir goûté à une vraie transgression révolutionnaire. Au
secours… On retrouve cette idée du projet civilisationnel de la «
fondation/pacification par le chaos » dans énormément de spectacles et de one-man-
shows de nos artistes bobos actuels, de nos anars libertins gauchistes. Les 4 rocs qui
fondent l’humain – la différence des sexes, la différence des générations, la différence
des espaces, la différence Créateur/créatures -, qui séparent pour mieux incarner
l’Homme et le mettre en relation avec les autres, sont envisagés comme des
abstractions, des dangers, des fondamentalismes, des communautarismes. Plus de
frontières, plus de croyances, plus de sexes, plus de différences, plus de générations,
plus de distinction de couleurs de peau, plus de politique, plus de nations, plus de
familles, plus de couples, plus de riches et plus de pauvres ! Tout ça viré ! À les
entendre, c’est le chaos qui va devenir l’amour et le vrai. Pendant tout le spectacle, le
comédien déblatère sa haine de la France. À l’époque où les sirènes de notre système
chantent avec leur mandoline « J’ai appris à aimer l’Univers, haïr les frontières. »
(Nolwenn Leroy, « Rentrer en Bretagne »). Eh bien mes petits amis, je vous le dis, le
monde est de plus en plus prêt à recevoir à bras ouverts le Gouvernement Mondial !

Pour l’installer, les actions de l’Antéchrist sont diverses. Spectaculaires mais


ponctuelles… car évidemment, en étant le Président du Monde, il aura une vie de «
pigeon voyageur presqu’invisible » ! mais très hollywoodienne les rares fois où il fera
ses allocutions.

Si l’on s’en tient à la Bible, l’Antéchrist sera possiblement un futur empereur mondial
qui doit être « adoré » par toute la Terre. Ou alors un système qui s’oppose (de
manière non frontale) à Christ.

Dans le Court Récit sur l’Antéchrist (1900) de Vladimir Soloviev, « ‘L’homme-qui-


vient’ est élu à la quasi unanimité président à vie des États-Unis d’Europe. On le
nomme Empereur romain. En un an les fondements de la monarchie universelle, au
sens propre du mot, sont établis. » (pp. 166-167) L’Antéchrist écrit un livre qui plaît à
presque tout le monde et que la planète entière s’arrache : La Voie ouverte vers la
paix et la prospérité universelle. C’est l’auteur de ce best-seller que le lobby franc-
maçon pousse, sans difficulté, à la présidence des États-Unis d’Europe (prélude à
l’hégémonie atlantiste de l’OTAN). Chez Soloviev, l’Assemblée constituante

16
internationale de l’Union des États d’Europe se réunit à Berlin. S’il reste toujours des
conflits, ils n’opposent plus des nations entre elles, mais des partis politiques et
sociaux. L’Antéchrist joue sur l’amalgame entre européanité et universalité
(autrement dit, l’adjectif « européen » devient synonyme de « Citoyen du Monde »)
pour instiller « l’esprit européen global » (L’Homme politique, Trois Entretiens, p.
99), imposer l’« égalitarisme indifférencié » (idem) et construire « le monde civilisé,
ou européen, qui croît peu à peu et s’agrandit pour finalement embrasser tous les
peuples en retard sur ce mouvement historique et les inclure dans un unique
ensemble pacifique, international et solidaire. L’instauration de la paix
internationale éternelle. » (Monsieur Z., pp. 123-124) Devenu empereur et installé à
Rome, le Président réalise en 3 ans son programme-bulldozer : il achève l’unification
politique de l’Europe, développe le plein-emploi et la paix sociale et veille
écologiquement à la protection de toute vie sur la Planète. « Végétarien, il interdit la
vivisection et institue une surveillance stricte des abattoirs. » (p. 167) Il encourage
les sociétés protectrices des animaux (à l’instar de toutes les civilisations païennes
d’ailleurs, qui érigent des cultes à nos amis les bêtes pour remplacer le culte de Jésus,
et à l’instar d’Hitler qui de son vivant avait interdit la chasse à cour). Il faut que
personne ne manque de rien ! Des jeux et de la bouffe pour tous ! « Il instaure
l’égalité la plus fondamentale, ‘l’égalité de la satiété universelle’. La deuxième
année de son règne. La question sociale et les problèmes économiques sont
définitivement réglés. » (p. 168)

Dans le roman Le Père Elijah (1996) de Jonathan O’Brien, le Président anonyme


instaure « un eurocommunisme modifié » (p. 54). Les désastres du communisme
historique (60 millions de morts) passent totalement à la trappe de la mémoire
collective. « En cette ère des plus guerrières, nous sommes invités à une renaissance
joyeuse, commença-t-il d’une voix calme. » (p. 321) L’Antéchrist organise également
la centralisation universelle de toutes les institutions humaines autour de l’idéologie
de l’humanisme intégral. « Par pure force morale, il a rendu possible la transition
des anciens États totalitaires vers une communion économique et culturelle avec
l’Ouest. Il a réduit les tensions entre d’autres États instables et a réalisé des progrès
significatifs dans la lutte contre la faim dans le monde. » (p. 319) ; « Il parle de
‘forger une civilisation globale’. » (p. 20). Il crée « la Banque mondiale » (p. 210), «
la télévision mondiale » (p. 328) Il impose de main de maître le monisme, c’est-à-dire
une propagande visant à interdire toute opposition, toute contradiction, toute
différence, tout conflit, montrés comme des menaces à l’« unité » et à la « paix
sociale ». « On crée une philosophie qui place l’unité au-dessus de la vérité. » (p.
161), contrairement au christianisme : « Pour les cathos, l’unité ne peut être
authentique que si elle est fondée sur la vérité. Nous ne pouvons pas prétendre qu’il y
a deux vérités conflictuelles, les deux étant justes. » (idem) Dans le roman d’O’Brien,
le personnage d’Anna Benedetti donne une excellente définition du monisme, puis
développe ce qu’est le « néomonisme » (un monisme à la sauce contemporaine) : «
Les monistes croient que toutes les divisions sont en bout de compte une illusion, tous

17
les conflits peuvent être négociés, tout dogmatisme est essentiellement une violation
de la liberté, et ainsi de suite. » (p. 332) ; « Le néomonisme représente une nouvelle
espèce de politicien spirituel. » (p. 332) Si vous préférez, le monisme est en fait une
unité sans Vérité : « Le monisme souhaite apporter la paix au monde. Il parle partout
d’unité. Mais le monisme n’est que superficiellement affaire d’unité. Il est un concept
séduisant. Il produit beaucoup de tendances destructrices dans la société. Certains
concepts élaborés par l’homme peuvent sembler humanistes et en même temps
entraîner la violation ou la destruction de vies humaines. Peu ont l’appareil
intellectuel pour comprendre ce que je vais leur dire. » (p. 333)

Dans le roman Le Maître de la Terre (1905) de Robert-Hugh Benson, l’Antéchrist,


Felsenburgh est nommé « Président de l’Europe » (p. 176) et se fait « élire à la
présidence des deux Amériques » (p. 287) : l’Amérique des USA, et l’Amérique
européenne. « L’Orient se montre enthousiaste, tandis que l’Amérique semble
partagée. Mais en tout cas, l’Amérique est sans pouvoir : la balance du monde
penche trop lourdement sur elle. » (p. 178) L’Antéchrist lance « un mouvement qui
tend à supprimer toute distinction de patries ou de classes sociales, après avoir
supprimé toute institution militaire. » (le vieux Templeton, p. 5) Toutes les grandes
puissances mondiales veulent l’Empereur à leur tête. Par exemple, au Congrès de
Paris, « la France a recommencé à s’agiter fiévreusement ; elle a offert au Président
d’être dictateur : il a refusé cela aussi. » (p. 132) Très vite, « l’enthousiasme
‘humanitaire’ » (p. 139) conquiert le cœur des quatre coins du Globe : « Cet
enthousiasme avait infiniment grandi depuis la venue de Felsenburgh, et la
publication de la paix d’Orient. L’homme, tout à coup, était littéralement devenu
amoureux de l’homme. Des quantités de personnes s’étonnaient d’avoir jamais pu
croire, ou même rêver, que c’était un Dieu inconnu qu’il fallait aimer ; et elles se
demandaient par quel étrange sortilège elles avaient pu rester aussi longtemps
plongées dans cet aveuglement. Le christianisme, le théisme même, étaient en train
de s’effacer du cerveau du monde. » (p. 139) L’élan de pseudo « paix » qui émerge
d’un Orient détruit par des guerres effroyables arrive par l’intermédiaire d’un
chantage émotionnel imparable. Comme je le signalais en début d’article, il est
attribué à l’Antéchrist la paix après une vague de conflits concentrée en Orient, le
processus de « Réconciliation de l’Orient avec l’Occident » (p. 97) : « Toute
perspective de guerre a disparu, et c’est la paix universelle. » (p. 95) ; « Si l’empire
d’Orient se décide à se mettre en mouvement, nos États-Unis d’Europe ne pourront
rien contre lui. » (p. 9) avertit le sage Templeton au début du roman. « La question
d’Orient est décidément réglée ! C’est Felsenburgh qui a tout fait. » (p. 85) déclare
triomphalement Olivier, le député ; « Le Congrès d’Orient est terminé ! La Paix
définitive et non la guerre ! la Fraternité universelle établie ! » (cf. une inscription
sur une affiche, p. 93) L’Antéchrist passe pour le Gran Libertador : « Ces journaux
l’appelaient le Fils de l’Homme, à cause de son cosmopolitisme, le Sauveur du
Monde, parce qu’il avait tué la guerre ; d’autres allaient même jusqu’à l’appeler

18
Dieu incarné, parce qu’il était le plus parfait représentant de l’élément divin qui
réside dans l’homme ! » (p. 161) ; « Felsenburgh avait aboli la guerre. Il avait
découvert un moyen d’assurer librement la nourriture à tous. On avait trouvé le
secret de la vie, et les hommes n’allaient plus connaître ni la maladie ni la mort. Oui,
et à tout cela, il manquait seulement, – songeait Percy, – ce qui rend une vie digne
d’être vécue ! » (p. 136) L’Antéchrist de Benson se situe sur le même registre moniste
(= refus des conflits) que l’Antéchrist d’O’Brien : « Au reste, n’était-ce pas cette
fusion des individus en une humanité totale qui, seule, pouvait explique la cessation
des rivalités de partis et des conflits entre les nations ? » (pp. 291-292)

Comme on peut le constater dans ces trois romans et dans la Bible, le régime de
l’Antéchrist est totalitaire et désastreux… au point que les gens qui avaient cru qu’il
ferait mieux que les « totalitarismes » religieux du passé vont souhaiter mourir : « Ah
! mais il aurait mieux valu mourir !… » (Mabel s’adressant à son mari Olivier, dans
Le Maître de la Terre, p. 260) Le but de l’Antéchrist est de conduire l’Humanité à son
homicide, à son suicide, à sa perte, mais par le consentement de celle-ci. Ça se fera
tout doucement, tout progressivement. « Ordinairement, l’ennemi n’est pas autorisé
à terroriser les âmes par des apparences matérielles. Son travail est très largement
silencieux. Il est le plus efficace quand il n’est pas vu. À l’occasion, Dieu permet que
le diable utilise des armes plus crues, et ainsi se relève tel qu’il est. Il saisit
l’opportunité, même s’il sait qu’il perd du terrain en se révélant. Mais sa malice est
si grande qu’il ne peut résister. » (Père Élijah, p. 102)

Quand l’Antéchrist se révèlera, on saura qu’il ne restera plus que trois ans et demi de
tribulations. Il ne sera pas difficile à reconnaître : ce sera le premier (et le dernier)
homme à mettre en place un Gouvernement Mondial, et les Juifs le reconnaîtront
comme leur Messie. La suite du programme est connue, elle a été expliquée par
Albert Pike, le grand prophète luciférien du XIXème siècle : « La Troisième Guerre
mondiale doit être fomentée en utilisant les divergences que les agents des Illuminati
attiseront entre les Sionistes Politiques et les dirigeants du monde musulman. La
guerre doit être menée de telle manière que l’Islam (le monde Arabe y compris la
religion de Mahomet) et le Sionisme Politique (y compris l’État d’Israël) se
détruisent mutuellement. Dans le même temps, les autres nations une fois de plus
divisées entre elles à ce propos, seront forcées de se combattre jusqu’à un état
d’épuisement complet, physique, moral, spirituel et économique. »

Cette guerre ayant démontré une fois de plus l’animosité entre les trois grandes
religions monothéistes (Chrétiens, Juifs et Musulmans), les promoteurs du Nouvel
Ordre Mondial proposeront la religion mondiale du noachisme via le « faux prophète
» dont parle l’Apocalypse. La religion noachide sera présentée comme celle de la «
nouvelle civilisation de l’amour », celle de l’Antéchrist et de son bras droit. En
somme, une religion universelle et cosmopolite, réunissant tous les hommes devenus

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enfin frères. Je rentrerai plus en détail sur le contenu de cette Religion Mondiale dans
le chapitre qui lui est dédié plus bas.

Pour revenir au contexte explosif dans lequel l’Antéchrist va émerger, il convient de


regarder de quel chaos le Nouvel Ordre Mondial se nourrit. Comme nous l’explique
très bien Louis d’Alencourt, pour s’imposer, le Gouvernement Mondial a besoin
d’une crise majeure. Seulement ce n’est pas UNE guerre qui se profile mais CINQ
types de guerres différentes :
1) La guerre financière : crise économique, crise monétaire, crise de la dette pour
générer la banqueroute universelle (celle-ci est prévue pour la fin 2015 par certains
économistes de renom).
2) La guerre conventionnelle, ou militaire. Elle oppose le monde musulman à Israël
et ses alliés. Et on sait ce qui déclenchera la Troisième guerre mondiale version
militaire : la guerre contre l’Iran.
3) La guerre civile, générée par la guerre financière qui ruinera les populations et
multiplier les pillages. « Le sang coulera dans les rues. Le Français se battra avec le
Français, l’Italien avec l’Italien. […] On se tuera, on se massacrera mutuellement
jusque dans les maisons. » a prévenu la Sainte Vierge à la Salette.
4) La guerre bactériologique. Ce type de guerre est encore peu connu, mais il est
très probable. Depuis le coup d’essai de la grippe espagnole en 1917, les laboratoires
ont fait beaucoup de progrès, et il faut s’attendre à des virus mortels sélectifs, avec un
coup de maître : la vaccination générale, vaccination qui bien entendu portera en elle-
même les germes d’un (autre) virus mortel.
5) La cyber-guerre. Cette forme de guerre est redoutable, car elle agit sur des
éléments qui nous sont devenus essentiels : l’électricité et les moyens de
communication. Plus de liaisons satellites, c’est plus de téléphone, d’internet, de
télévision, etc. Un virus informatique ciblant les centrales électriques, c’est plus
d’informatique, plus de chauffage, plus d’eau courante.

Les propos de Philippe de Villiers au micro de Jean-Marie Le Méné, sur Radio


Courtoisie le 9 octobre 2015, à l’occasion de la sortie de son livre Le Moment est
venu de dire ce que j’ai vu (2015), sont d’une lucidité impressionnante à propos du
Nouvel Ordre Mondial (même si je ne le suis pas sur son appui pro-Poutine). Selon
Villiers, l’Antéchrist et son Gouvernement travaillent à une unification des États-Unis
et de la France (la French American Foundation), entendent « faire péter les nations
» et l’Espace Schengen, fonder « une Cité sans frontière et sans racine », « se servir
du réchauffement climatique et des mouvements migratoires pour créer un grand
Marché Transatlantique qui va tuer l’Europe et tuer les Nations ». Le Président de la
Commission Trilatérale, en 1973, a lancé un appel clair à ses eurodéputés : « Aidez-

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moi à dissoudre les Nations ! » Il a défendu notamment le Rapport de Migrations de
Remplacement. « Ces hommes ne veulent pas d’un Super-État. En réalité, ils veulent
dissoudre la Politique. Ils veulent l’anéantissement du politique ! » insiste Philippe
de Villiers, en évoquant « l’erreur de Maastricht » : « Maastricht, c’est une tentative
inouïe de l’anéantissement du politique. ». Selon lui, « ces firmes a-nationales ont
deux buts : 1) anéantir les souverainetés ; 2) couper les attachements vitaux c’est-à-
dire fabriquer l’homme-nomade. » Il rappelle également la prédominance de
l’idéologie hétéro-bisexuelle à la gouvernance de l’Europe actuelle : « Il y a 2/3 du
Parlement Européen qui sont membres du LGBT, quand même. » Villiers raconte
dans son livre l’insoupçonnée corruption idéologique qui règne à Bruxelles. « Ils
veulent marchandiser toute la vie intime, mettre en place un marché planétaire de
masse : celui du désir. On va tuer la mort. On va fabriquer des hommes éternels :
avec des nanorobots, avec un commerce d’organes. » La sonnette d’alarme est pour
le moins tirée !

Et le plus dingue, c’est que certains intellectuels applaudissent déjà le Gouvernement


Mondial comme LA solution qui va sortir l’Humanité des crises profondes qu’Elle
vit. Par exemple, « l’OCDE – Organisation de Coopération et de Développement
Économiques – est en train de mettre en place un État de droit planétaire avec
contrôle fiscal mondial », annonce, d’une mine réjouie et d’une voix anesthésiante,
Jacques Attali début octobre 2015. Cet « économiste » polémiste, qu’on voit
actuellement sur tous les plateaux télé français (rien qu’à voir sa tronche, ses yeux
mi-clos et son petit sourire en coin, vous comprenez vite qui il défend…) présente ce
Gouvernement Mondial comme « le Bien », et le seul moyen d’échapper à la
Troisième Guerre mondiale.

Le modèle politique idéal du Gouvernement Mondial, vous pouvez le trouver par


exemple dans La République de Platon, L’Utopie de Thomas More, La Cité du Soleil
de Campanella. Tous ces écrits chéris par la Franc-Maçonnerie. Voici précisément un
extrait du livre platonicien (315 av. J.-C.) qui nourrit le néoplatonisme d’aujourd’hui :
« Dans cet État parfaitement organisé, la propriété est abolie et les guerriers ne sont
que les gardiens de la Cité. On apporte à leur éducation le plus grand soin en les
amenant graduellement à la contemplation du Bien en soi. Les meilleurs et les plus
désintéressés d’entre eux sont désignés aux plus hauts postes. Tout intérêt individuel
est supprimé. Tout est commun : logement, repas, femmes et enfants. Les mariages
sont contrôlés par l’État et on laisse mourir les enfants nés d’unions irrégulières,
infirmes de naissance ou simplement faibles. Les autres sont élevés par la collectivité
de telle sorte que, faute de reconnaître les leurs, tous les parents aiment tous les
enfants et réciproquement. Quant aux producteurs, artisans et paysans, un petit bien
leur est consenti de peur qu’ils ne sombrent dans la révolte. Platon exalte avec
enthousiasme l’harmonie et la pauvreté de cet État ‘savant, fort et juste’, et dans
lequel le pouvoir est aux mains des philosophes. » La « civilisation » collectiviste que

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la Franc-Maçonnerie veut bâtir sera selon toute vraisemblance une synthèse du
capitalisme et du socialisme. Elle s’étendra au monde entier. Elle sera démocratique
en apparence. Elle aura à sa tête un despote à la fois « roi » et « prêtre » (l’Antéchrist,
baptisé aussi « le Grand Architecte » par la « tradition » franc-maçonne : le roman
Père Elijah y fait allusion avec le personnage de l’« Arquitecto »), entouré d’une
nomenklatura privilégiée, fortement anti-chrétienne. L’Antéchrist veut faire passer
Dieu pour un tyran. Et l’Homme deviendrait dieu par le développement des sciences
et des techniques. Dans cet univers rationalisé, la famille et le mariage auront disparu.
On y pratiquera l’eugénisme et l’euthanasie. À l’unification politique et économique
s’ajoutera celle des religions remplacées par un culte unique, celui de la « religion
naturelle » dite « de Noé ». (Jean-Claude Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la
franc-maçonnerie : Recherches sur une religion d’État (2015), p. 184). Nous en
reparlerons plus tard. Du point de vue de la création d’un hybride politique inédit,
Mikhaïl Gorbatchev (président russe de 1985 à 1991), dans son discours du 1er
décembre 1989 à Rome, affirme qu’il faut « construire la ‘maison commune
européenne’ en la fondant sur ce qu’ont en commun Communisme et Démocratie
libérale : l’Humanisme et la Renaissance, c’est-à-dire le culte de l’homme qui se
détache du Dieu transcendant et personnel pour créer un Monde Nouveau dont il et
lui-même le centre et le patron absolu. » (idem, p. 186-187) Dès 1946, le Frère
Riandley, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France (une des
principale loges franc-maçonnes mondiales), lève le voile, en défendant « la
nécessité d’une organisation totalitaire du monde, d’où toute notion de primauté
d’une nation sera exclue » (p. 187). Plus tard, dans le même article, il entre dans le
détail : « Par quel moyen cette autorité d’un agent unique s’imposera-t-elle ?
Probablement par la guerre, par une troisième et – espérons-le – dernière convulsion
mondiale, car l’humanité est condamnée, comme tout ce qui vit, à enfanter dans la
douleur et dans le sang. » Quatre ans plus tard, en 1950, le richissime banquier Paul
Warbourg confirme devant le sénat américain : « Qu’on le veuille ou non, nous
aurons un Gouvernement Mondial. La seule question qui se pose est de savoir si ce
gouvernement mondial sera établi par consentement ou par conquête. » (p. 187) La
messe diplomatique est dite. Ou presque.

L’Antéchrist exalte l’idéal d’autonomie, de liberté individuelle, pour imposer, en fait,


une domination masquée. « Le Maître de la Terre, p. 334) ; « Les masses aspirent à
des solutions systémiques au problème humain. Elles veulent du totalitarisme sans
brutalité. » (Père Elijah, p. 161) ; « Dix millions de personnes meurent chaque année
par avortement ou euthanasie. » (idem, p. 54) ; « Staline : soixante millions de
personnes, mortes des mains de ce seul tyran. » (idem, p. 289)

L’objectif à plus ou moins long terme des Illuminati du Gouvernement Mondial (ces
adorateurs de Lucifer, l’ange de lumière… une lumière coupée de l’Amour, bien
évidemment), est de réduire, « pour son confort », l’Humanité de 7 milliards de

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personnes à 500 millions. Y arriveront-ils en lançant sur Elle des famines, des
épidémies, des cracks boursiers, des catastrophes naturelles, des outils technologiques
pour le « suicide assisté » ? On ne le sait pas. Mais c’est en tout cas la visée du
malthusianisme, cette politique « civilisatrice » inspirée par les travaux de
l’économiste britannique Thomas Malthus, qui fut défendue par Pierre-Joseph
Proudhon dès 1849, et qui prône la restriction démographique. On retrouve le
malthusianisme transhumaniste – c’est-à-dire ce contrôle numérique et technologique
de population – dans les trois romans précédemment cités. Par exemple, le Père
Elijah raconte comment le Président envisage de « rendre obligatoires les lois anti-
population partout dans le monde » (Père Elijah, p. 445). D’ailleurs, au début du
roman, Elijah croise dans un avion un jeune cador nord-américain qui lui présente
avec enthousiasme et détermination le passage « obligé » de la purification ethnique
mondiale : « Le problème majeur dans le monde actuel, c’est qu’il y a trois milliards
d’habitants en trop sur cette planète et faut qu’ils dégagent ! » (p. 23)

La perversion de ce programme étatique d’extermination de l’Humanité, c’est qu’il


va faire en sorte de tuer les Hommes à petit feu et par eux-mêmes, par l’intermédiaire
du libre accès à l’euthanasie et au clonage (petite précision : le premier clonage
humain a eu lieu dans l’Oregon, aux États-Unis, en 2013), ou bien de décimer les
Hommes en masse mais sous des aspects naturels (cataclysmes environnementaux,
bactéries et épidémies impossibles de localiser, canicules, etc.) et des aspects aériens
invisibles comme de préférence les guerres nucléaires (parce que le camp
d’extermination, ça fait trop Deuxième Guerre mondiale…). La chaleur des enfers va
petit à petit gagner l’atmosphère, au point de transformer la terre en brasier : « Les
savants affirmaient qu’un courant de chaleur, absolument inattendu, venait de se
produire. Cette condition anormale de l’atmosphère avait été accompagnée de
désastres : un peu partout, il y avait eu des tremblements de terre d’une violence
prodigieuse ; une tempête en Amérique, avait détruit, d’un seul coup, trente-deux
cités ; plusieurs îles avaient disparu ; et l’inquiétant Vésuve semblait se préparer
pour un dénouement de son aventureuse carrière. » (Le Maître de la Terre, p. 350) ; «
un feu qui brûlerait sous la surface de la terre » (idem)

Dans le roman Le Maître de la Terre de Benson (publié, je le rappelle, en 1905 !),


l’un des thèmes centraux est justement l’euthanasie. « D’un consentement unanime,
les êtres inutiles, les mourants, étaient délivrés de l’angoisse de vivre ; les maisons
spécialement réservées à l’euthanasie lui prouvaient assez combien un tel
affranchissement était légitime. » (p. 273) Olivier, le député à la botte de l’Antéchrist,
souhaite l’euthanasie pour sa vieille mère à l’agonie, Madame Brand. Benson décrit
également l’existence d’« institutions d’euthanasie » (p. 335) où les gens peuvent se
rendre « librement » pour « décider » d’y mourir, l’existence de « grands
laboratoires de vivisection » où sont faites « des expériences sur des sujets humains,

23
sur des personnes qui s’étaient séparées du monde, et à qui, dans des maisons
d’euthanasie privées, on avait administré des gaz suspendant la vie, au lieu de la
détruire… » (p. 349) La femme d’Olivier, Mabel, dégoûtée des pratiques despotiques
du Gouvernement Mondial, décide de mettre fin à ses jours dans une de ces «
maisons d’euthanasie ». La réduction programmée de la population mondiale est un
projet clair et net de l’Antéchrist.

Dans l’idée, « l’homme de péché » veut éradiquer l’amour incarné qu’est le Christ en
toute vie humaine. « Ne prononcez pas le mot ‘amour’ devant un franc-maçon ! »
prévient Maurice Caillet, un ex-franc-mac, lors de sa conférence bretonne en 2002
sur la franc-maçonnerie. « Le projet de la Franc-Maçonnerie est celui-là : Le
mariage deviendra une communauté sociale, un contrat. Le mariage n’empiètera pas
sur la vie sexuelle. Le géniteur ne sera plus l’amant. » Et la sexualité ne sera plus
sexuelle… Mes amis, préparons nous à ceindre notre ceinture aux reins !

f) Sa personnalité et sa manière de s’exprimer :

Je vais à présent essayer de brosser un portrait non-exhaustif des attitudes et du


caractère de l’Antéchrist. Car là encore, on retrouve, d’un portrait à l’autre dressé par
ceux qui ont imaginé le personnage, beaucoup de points communs. Ce qui signifie
qu’on s’approche quand même de ce qu’il sera vraiment. Toute la difficulté – et aussi
l’intérêt – que l’on peut trouver dans l’exercice du teste de personnalité, c’est de
résoudre chez l’Antéchrist cet insoluble paradoxe (sous forme d’oppositions… alors
qu’idéalement, christiquement, il n’y a pas d’opposition) entre Vérité et Charité,
beauté et bonté, fond et forme, moyens et but, qualités et sainteté, intentions et actes,
sincérité et Amour. Car oui, l’« homme de péché » a beaucoup de qualités, a une foi
en Dieu et une piété réelles, exerce une forme de bonté, possède un capital sympathie
indéniable, veut (trop) bien faire, n’est pas le diablotin 100% mauvais des dessins
animés, ressemble parfois à s’y méprendre à Jésus. C’est troublant. Et bien
prétentieux est celui qui assurera qu’il ne se laissera pas prendre par son double jeu. Il
n’y a que Jésus et Marie qui peuvent garder notre conscience en éveil.

Voilà où réside toute la perversion du personnage : l’Antéchrist ressemble à s’y


méprendre à un saint, bien sous tous rapports (on pourrait même le confondre avec le
Roi qui viendra bientôt en France) : « Il était tout à fait classique, et cependant
princier à la manière démocratique, plein d’esprit d’une façon qui n’écartait pas la
joie. Et plus encore que tout cela, il avait une dignité profonde qui n’était ni
pompeuse ni affectée en quoi que ce soit. C’était un individu retenu, posé, d’attitude
humble, et pourtant dans cette retenue il y avait une qualité qu’aucune âme présente
ne pouvait manquer de comprendre comme de la grandeur. » (Le Père Elijah, p.

24
320) ; « Un homme monte en pouvoir global. Pour le monde entier, il apparaît
comme une sorte de saint laïc. Il est courtisé par les Nations unies comme l’homme
qui peut servir de modérateur pour une transition paisible de l’ère des États-Nations
à une fédération mondiale. » (le Pape parlant de l’Antéchrist, idem, p. 59) Le fils de
satan a le discours rassurant de l’homme de paix apportant la « confiance en soi », du
révolté qui veut en finir avec la guerre… mais de manière plus argumentée et moins
cucul que Miss France : « ‘Du fait de la violation généralisée des droits de l’homme
tout au long du siècle passé, nous souffrons d’un manque de confiance dans
l’homme.’ Il rappela aux juristes que l’âge des guerres nationales pour l’acquisition
d’un territoire touchait à sa fin. » (le Père Elijah, pp. 20-21) Saint Jean Damascène,
dans son Exposé de la Foi orthodoxe (Ier siècle ap. J.-C.), disait déjà à son sujet : «
En prélude à son règne, à sa tyrannie plutôt, l’Antéchrist affecte la sainteté. »

Dans ses attitudes, ce qu’on sait de l’Antéchrist, c’est qu’il simule au départ la pureté,
l’humilité et la discrétion, pour parfaire son camouflage d’agneau sans tache et
s’assurer (en coulisses) un bagage linguistico-intello-spirituel solide. Par exemple,
dans le roman Le Maître de la Terre de Robert-Hugh Benson, Felsenburgh a vécu
dans une obscurité complète avant d’être propulsé sur le devant de la scène. On ne lui
connaît aucun antécédent véreux (en gros, l’Antéchrist est presque l’anti-thèse de
DSK ou de Bernard Tapie !), aucune liaison sulfureuse : « Sa puissance vient de son
incorruptibilité, unie à son génie d’orateur. » (p. 133) Il réunit tous les atouts de la
respectabilité et du savoir-vivre. Toutes les langues lui sont familières. Dans Le
Maître de la Terre », l’Antéchrist en parle 18 couramment ! De quoi flatter le monde
entier. « Le prophète Daniel avertissait que le pouvoir de l’ennemi sur toutes les
nations serait obtenu paisiblement et par des flatteries. » (Le Père Elijah, p. 188) Il
fait des discours en Espéranto (= la langue universelle), « très brefs et très simples »
(idem, p. 118), en l’honneur de la « Fraternité Universelle » et « à la louange de
l’Esprit du Monde » : « Il est le produit vraiment parfait de cette nouvelle humanité
cosmopolite. » (p. 117).

Il arrive sur l’échiquier polico-religieux mondial les mains propres, nickel chrome.
C’est « un homme au passé sans tache, n’ayant dirigé aucun journal, n’ayant attaqué
personne, soutenu personne. » ; « Il avait pris le peuple par surprise, surgissant des
eaux troubles du socialisme américain comme une vision. » (p. 64) Même en étant le
Maître du monde, il cultive sa marginalité, son côté outsider désintéressé par les
honneurs et par son propre rôle, son côté bohème, sa sobriété, un simulacre
d’humilité et de spiritualité : « Le Président avait l’intention de ne point prendre part
à la vie politique, sauf pour suggérer de temps à autre, d’importantes mesures dont il
remettait l’exécution aux divers gouvernements nationaux. » (pp. 217-218)

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Dans le roman Court Récit sur l’Antéchrist de Soloviev, on voit que l’Antéchrist a les
talents que procurent en général l’occultisme, la magie noire, l’ésotérisme, la
médecine douce, la psychologie… et un peu la Nature, puisqu’il est beau (il est fait
allusion à « sa beauté étrange »). L’Empereur s’exprime super bien (il est question de
son « éloquence quasi médiumnique »). Il est très intelligent (il a une « facilité
intellectuelle », un « génie exceptionnel », p. 159). Il sait embobiner son auditoire
puisque la grande majorité de l’Humanité va se faire avoir par ce beau parleur qui
fera l’unanimité.

Il est un peu la caricature des mentalistes, magiciens, hypnotiseurs, coach mentaux et


devins du show business, mais en plus crédible et plus dangereux tout de même, car
lui et son « faux prophète » vont réellement mettre le paquet pour nous éblouir de
leurs tours, et sans effets spéciaux (en apparence). Ce sera objectivement très
troublant.

En gros, l’Antéchrist aura la puissance d’impact (pas énorme si on ne s’y laisse pas
prendre) d’un mentaliste ou d’un hypnotiseur. D’ailleurs, un ami religieux m’a
déconseillé, lorsque l’Antéchrist passera à la télé, de regarder ce dernier dans les
yeux. Il n’est pas le diable personnifié, attention, car le diable ne peut pas s’incarner
(ne perdons pas de vue que satan est un ange certes magnifique mais qui n’a jamais,
comme Dieu, réussi l’Incarnation longue durée en l’Homme et donc en Jésus). Mais
il en a quand même les séductions. Des effets discrets de mise en scène nous
donneront d’ailleurs l’impression qu’il est vraiment divin. « Il y avait une auréole
autour de sa tête. » (Mabel par rapport à Felsenburgh sur l’estrade, dans Le Maître de
la Terre, p. 122)

L’Antéchrist a un clair charisme de la parole pour galvaniser les foules, leur dire ce
qu’elles attendent tout en les surprenant par des mots punchy et apparemment sans
concession. Certes, c’est un menteur, mais qui cache sublimement son jeu, si bien
qu’on a envie de lui pardonner même ses mensonges. Ses mots auront à la fois la
tempérance qui l’empêchera d’être comparé à un Hitler hystérique au micro, et la
vigueur cassante qui satisfera le sadisme masochiste des gens qui ne veulent pas d’un
mou, qui veulent être un peu maltraitées, qui veulent s’auto-détruire ou qui rêvent de
vengeance ou de changement radical. Le bon dosage de la Justice-sans-amour. « Sa
popularité reposait surtout sur ses habitudes de franchise : car rien ne plaît tant aux
masses que d’être grondées, injuriées, par un homme intelligent, courageux, et doué
d’un pouvoir magnétique d’éloquence. » (Le Maître de la Terre, p. 31)

Son soi-disant « franc-parler » (je dis « soi-disant », car la franchise, la transparence,


la radicalité, la sincérité, ne sont pas toujours gages de Vérité) l’élèvera au rang des

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pourfendeurs de tabous, au rang des plus grands justiciers et libérateurs que l’Histoire
humaine ait comptés. « Le monde qu’il espère est libéré de la domination d’un
régime mondial tout-puissant ou d’une bureaucratie mondiale ; sans domination au
nom de la religion ; sans contrainte au nom d’un juridisme religieux, dogmatique ou
moral. » (Le Père Elijah, p. 40). Il jouera la carte de l’apolitisme, du « président
normal » (tiens, ça me rappelle quelqu’un…). Le président est cette sainte-nitouche
qui touche à tout avec l’air de ne pas y toucher (pour ne pas se salir trop avec ces
sales petits êtres humains !) : « C’était l’homme le plus sincère que j’ai jamais
rencontré, après Stefano. Il était toujours humain, apolitique. » (Anna Benedetti dans
Le Père Elijah, p. 389) Pourtant, « ce sera le premier à se rallier à un quelconque
pouvoir politique mondial, une quelconque tyrannie, pourvu que cela ait l’air d’une
libération, que cela le nourrisse et lui permette de jouer le rôle du révolutionnaire. »
(idem)

Son attitude de dédain du pouvoir lui assurera le soutien de tous les « anti-Système »,
y compris les « anti-fascistes ». Il sera étonnamment porté par les anarchos bobos
gauchistes, les écolos socialistes capables de troquer la Vérité contre la « Justice »,
comme le montrent clairement les paroles de la chanson « Mestizaje » du groupe
SKA.P : « Noir africain, asiatique oriental, Indien d’Amérique, Africain musulman,
Blanc européen, Aborigène d’Australie, cinq continents dans un même Cœur.
Multiracial, multiculturel ! Des Philippines à l’Amérique Centrale, du Pôle Nord à
Madagascar. Pas de frontières, pas de drapeaux ! Non à l’autorité ! Pas de richesses,
pas de pauvreté, non aux inégalités. Rompons l’utopie, arrêtons de rêver, le
métissage arrive, vivre en collectivité. Je crierai pour que brûlent les drapeaux pour
la fraternité. Que tombent le patriotisme et l’hostilité raciale. Culture populaire ! Ay,
ay, ay, la Justice, où est-elle, crucifiée dans les autels du capital. Ay, ay, ay, la Justice
où est-elle ? Ni ta résidence, ni le credo, ni la couleur, aucune différence ne te rend
supérieur. Stupide raciste, désertion de l’être humain, cinq continents dans un même
Cœur ! » L’Antéchrist, tout intello qu’il soit, parviendra donc à gagner même le
cœurs des gros beaufs dégoûtés des discours trop « prise de tête », des jeunes loups
libertins révoltés et dégoûtés par tout.

Conjointement à ce que je nous dis Benson sur « l’incorruptibilité » de l’Antéchrist,


il est à noter que l’« homme de péché » a un côté jusque-boutiste, ascétique,
procédurier, méthodique, scientifique, méticuleux, maniaque, implacable, arbitraire,
extrémiste, particulièrement déconcertant et efficace. Ce trait de personnalité confine
au courage, à l’héroïsme. C’est – semble-t-il en tout cas – un acharné du travail, et du
travail bien fait : « Toujours Felsenburgh arrivait et repartait, ainsi, sans prévenir,
voyageant et travaillant avec une énergie incroyable. » (Le Maître de la Terre, pp.
371-372) ; « Felsenburgh devait être un homme d’une énergie extraordinaire. »
(idem, p. 63) Il a besoin que tout soit ordonné, carré, parfait, réglé comme du papier à

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musique. Il ne supporte pas le contre-ordre, l’imprévu (insulte à sa propre intelligence
de programmateur !), la contrariété, l’imperfection. C’est un psychorigide de base !
Un perfectionniste et un puriste avec un P majuscule ! Tout sauf être vulnérable ! Il
incarne « la combinaison de l’extrême tendresse avec l’extrême impitoyabilité »
(idem, p. 288). Il y a d’ailleurs dans ce trait de caractère tranchant et non-négociable
quelque chose de l’intransigeance de la Nature (comme on le verra dans le chapitre
suivant sur la Nouvelle Religion Mondiale, à propos de la place du naturalisme, de
l’écologie et de la Nature dans la philosophie de l’Antéchrist). Pas de pitié ! Pas de
pardon ! Pas de transcendance ni de Croix ! Pas de quartier ! C’est militaire, avec
l’Antéchrist. « Cet homme incarnait la nature. » (idem, p. 289)

Par conséquent, le degré d’exigence de l’Antéchrist sera tellement impressionnant


que personne n’aura envie de rire devant lui au moment où il ne l’aura pas décidé,
personne ne s’aventurera à le contredire ou à lui couper la parole. Il en imposera ! «
Certes, il était possible de haïr Felsenburgh, et de le craindre, mais non pas de le
dédaigner, ni de sourire d’aucune de ses manifestations. » (Le Maître de la Terre, p.
288) ; « Sa personnalité est d’une sorte qui ne souffre point la discussion. » (idem, p.
290) ; « Pas un seul reporter n’a eu le courage de baisser les yeux sur son papier,
pour prendre des notes. » (idem, p. 118) ; etc. Tout le monde – ou presque – voudra
observer la même distance que lui impose à tous. D’ailleurs, on peut se demander
comment les foules parviendront à gober aussi massivement le mal que l’Antéchrist
fera ? Précisément en voyant sa froideur glaciale et son autoritarisme sous l’angle de
la « nécessité profonde » (idem, p. 289), sous l’angle de l’implacabilité de la Nature
et de la spontanéité « naturelle » : « C’est un homme qui accomplit les préceptes de
la Nature. » (idem), à savoir la survivance, le besoin, la nécessité, la légitime défense,
le droit de vie et de mort sur le vivant, l’absence de pardon et d’intention mauvaise
(aucun animal ne tue pour le mal), etc. Ainsi, toute violence est justifiée par ce
fatalisme naturaliste, déterministe, qu’incarne l’Antéchrist ! « Il possède la
connaissance la plus surprenante, non seulement de la nature humaine, mais de tout
ce qu’il y a, dans cette nature, de proprement divin. Sans que l’on puisse deviner où
il a puisé une science aussi universelle. » (idem, p. 117)

L’Antéchrist se défend de sa froideur dépassionnée par l’argument de l’inexorabilité


de la Nature : « Nous ne pouvons pas expliquer la nature, ni lui échapper par des
arguments sentimentaux : la vie n’existe qu’à la condition qu’existe la mort ; et ces
choses arrivent malgré toutes les théories qu’il nous plaît d’enfanter. La vie doit être
acceptée dans ces conditions, qui seules sont bonnes, car nous ne pouvons pas nous
tromper en suivant la nature ; et ce n’est qu’en acceptant ces conditions que nous
trouverons la paix, car notre commune mère ne révèle ses secrets qu’à ceux qui la
prennent comme elle est. » (Felsenburgh dans Le Maître de la Terre, p. 290) ; « Il y a
des moments où la science doit dépasser le reste de l’humanité. Le scientifique doit
faire des choses impopulaires, même des choses que d’autres appellent mauvaises, au

28
nom du bien commun. » (le Président dans Le Père Elijah, p. 451) ; etc. On retrouve
exactement en lui le naturalisme humaniste d’ Écologie Humaine, de Nos Limites, de
Sens Commun. Par exemple, Écologie Humaine, c’est la matérialisation de
l’Humanisme intégral (comme je l’ai expliqué maintes et maintes fois). D’ailleurs,
Pierre-Yves Gomez, son fondateur, dit bien que « L’Homme doit être au centre de
tout, pour un plus grand respect de la Nature », qu’il faut « remettre l’humain au
cœur de la société ». Dans ces mouvements d’inspiration chrétienne bien dissimulée,
tout est centré sur les « valeurs humanistes » (même vaguement « spirituelles »)…
mais sans le Christ comme chef assumé et ouvertement défendu, sans l’Église
catholique. Juste un vague message crypto-papal derrière. N’en déplaisent aux pontes
d’Écologie Humaine ou de la revue Limite. C’est tout le discours bon ton du
Gouvernement Mondial. « Il semblait que le Président fût avant tout un humaniste. »
(le Père Elijah, p. 20)

Au passage, la pseudo « beauté » de l’inexorabilité « naturelle », défendue par


l’Antéchrist, me fait penser à l’esthétisme de la « noblesse » du diable naturalisé,
mise en scène dans le film « Suddenly Last Summer » (1960) de Joseph Mankiewicz,
incarné par la glaciale Catherine Hepburn (Mrs Venable) : « La Nature est cruelle.
Sébastien l’avait toujours su depuis sa naissance. J’ignorais que nous sommes
traqués, tous dévorés par l’avide Création. » Si la Nature est indiscutable et bonne en
soi, elle devient aussi pour le coup l’alibi idéal pour « mal agir » bien, et autant de
fois qu’on le veut !

L’Antéchrist est ce « représentant nécessaire de la vérité naturelle. » (Le Maître de la


Terre, p. 290). Il combine « un indubitable individualisme uni à un dévouement
ardent pour le bien commun, et des principes directeurs d’un idéalisme sublime alliés
à des solutions pratiques extrêmement précises et proches de la vie » (Court Récit
sur l’Antéchrist, p. 164) Il fait. Que ça plaise ou non. Et puis c’est tout. Il n’y a pas à
discuter.

Rien ne semble l’atteindre, avoir de prise sur lui. « Tout le monde et personne n’est
son intime. » (Anna Benedetti dans Le Père Elijah, p. 391) D’ailleurs, on ne connaît à
cet Insaisissable aucune famille, aucun enfant, aucune histoire amoureuse – pas
même sulfureuse. Qui l’a touché un jour ? À qui s’est-il donné entièrement ?
Personne. C’est là son grand péché secret, pour le coup. L’attraction médusante qu’il
opère sur les autres sera due notamment à son inaccessibilité. Dans sa bonhomie sans
limites, invincible, et même insensible à toute offense » (p. 122), y compris sa dualité
de gentil méchant : « Le ‘scélérat’ n’est pas un concentré de vice sur jambes, c’est le
mélange habituel des bons et des mauvais côtés. » (idem) ; « Lui aussi sait être bon. »
(idem). Mais si l’Antéchrist se permet d’être gentil, ce n’est pas tant pour défendre le
Bien en Lui-même, que pour utiliser ce dernier comme vernis émotionnel de

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respectabilité et de crédibilité. En effet, l’Antéchrist admet que « le bien est assez fort
pour corriger moralement et perfectionner l’homme et l’humanité » (Soloviev p.
148). Néanmoins, il n’envisage pas d’« attribuer au bien une force quelconque hors
de la sphère morale » (le Prince dans Trois Entretiens de Soloviev, p. 148). Or le Bien
a une supériorité absolue : le Christ !

J’imagine que c’est très déstabilisant de se retrouver devant un tel paradoxe sur
pattes. L’Antéchrist est capable à la fois de s’émouvoir sincèrement d’un mal et des
conséquences dramatiques dont il est l’auteur ou dont il a chéri les causes. Par
exemple, dans le roman Le Maître de la Terre, le Président se met à pleurer sur la
destruction de Rome (qu’il a commanditée en secret !), un mois après avoir présenté
l’extermination comme un moyen qui, parfois, pouvait et devait être employé au
service de l’Humanité. « Seulement, ajoutait-il, l’extermination est un instrument qui
doit être employé avec délibération, non avec passion. » (p. 289). En gros, un jour il
prêche la guerre, l’autre jour la paix et la tolérance. Un jour il joue l’affliction, l’autre
la dépassion et la distance pour ce qui l’a fait pleurer. Et tout ça, dans un même
mouvement et un calme olympien ! Bluffant. C’est un peu le kapo nazi qui s’émeut
lui-même de torturer des innocents, qui croit en sa beauté et en son innocence dans le
mal. Le comble de la sincérité !

Ce « grand spiritualiste, ascète et philanthrope » (Court Récit sur l’Antéchrist, p.


159) qu’est l’Antéchrist saura savamment camoufler son inflexibilité, son refus de se
donner entièrement et de se recevoir des autres, par un vernis de sympathie et de
gratuité manifeste (il transpire « le désintéressement et la bienfaisance active »,
idem), par d’étonnants accès de générosité, d’humour, de camaraderie voire même de
bonté, de patience et de spiritualité. Il fera des bonnes blagues au bon moment,
vannera gentiment les cardinaux complices. Il saura justement se contenir pour ne pas
afficher le moindre faux pas, le moindre emballement, la moindre impétuosité
excessive, ou le moindre désir de vengeance. La « très grande tempérance » (Court
Récit sur l’Antéchrist, p. 159) qu’il fera preuve attestera qu’il ne se laisse jamais
déstabiliser, qu’il ne s’emporte pas, qu’il est maître de lui-même au point de mériter
d’être le Maître du monde (En fait, il a confondu « paix » et self-control : c’est juste
ça le problème…). « Sa beauté et sa noblesse » (Court Récit sur l’Antéchrist, p. 159)
éblouiront, rassureront et charmeront toute l’Humanité. « Il flatte, mais de telle
manière qu’on se sente vraiment complimenté. Il exsude la sincérité. » (Le Père
Élijah, p. 148)

La personnalité de l’Antéchrist est brillante. Ce n’est pas pour rien qu’il est le
représentant humain de Lucifer, l’Ange de Lumière ! « Le pape avait étudié avec
attention l’analyse du caractère du mystérieux personnage, deux grands traits
caractéristiques de la personnalité du Président, sa double faculté de domination sur
les mots et sur les faits. Parmi les traits secondaires, la prodigieuse mémoire, son

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génie linguistique. Il possède à la fois l’œil télescopique et l’œil microscopique,
discerne les grandes tendances universelles et les plus menus détails des choses
particulières. » (Le Maître de la Terre, p. 287) ; « Il a l’air assez optimiste sur
l’avenir de l’homme. C’est un utopiste. C’est un citoyen courageux du monde à
venir. Il préserve l’apparence publique de la bonté. » (le Pape parlant de l’Antéchrist,
dans Le Père Elijah, p. 61). L’Antéchrist défend « le pouvoir de faire du bien à
l’humanité. C’est une chose extraordinairement magnétique. » (idem, p. 63) ; « Le
président dit des choses importantes. Des vérités. Il se pourrait bien qu’il fasse
vraiment du bien au monde. » (idem, p. 21) Les « vérités » que l’Antéchrist prononce
sont en réalité des contre-Vérité, mais qui sur le coup, apparaîtront super belles, super
justes et super inédites. Dans Le Maître de la Terre, Robert-Hugh Benson nous a
fourni quelques aphorismes antéchristiques très croustillants, car force est de
constater que l’esprit catho non-avisé pourrait même s’y laisser prendre : « Nul
homme ne pardonne. Ce qu’on appelle pardonner, c’est seulement comprendre. » (p.
288) ; « Il faut avoir une foi suprême pour renoncer à croire en Dieu. » ; « Un
homme qui croit en soi-même est seul capable de croire en son prochain. » ; «
Pardonner un mal commis, c’est approuver un crime. » ; ou encore « L’homme fort
ne doit être accessible à personne, mais tous doivent être accessibles pour lui. ».
Relisez bien ces maximes : à première vue, elles semblent vraies.

En maniant les mots et les concepts idéologiques avec art (ça tient du lavage de
cerveau, il faut le dire : un peu de « tolérance » par-ci, de « fraternité » par-là, de «
liberté » et d’« égalité » contre les « discriminations »… et le tour est joué !),
l’Antéchrist tient un discours focalisé sur l’espoir, l’optimisme, l’humain et la
solidarité (top bobo, quoi) : « L’espoir c’est la vie ! » (Le Père Elijah, p. 218)
s’exclame-t-il pendant sa démonstration oratoire de tribun de la plèbe. On lui
donnerait le Bon Dieu sans confession. Il se dégage sûrement de cet homme, de
prime abord, la même impression de « simplicité, silence, pauvreté » (p. 309) que le
Père Elijah ressent quand il pénètre le hall de l’Hôtel Victoria Intercontinental pour se
rendre au colloque du Palais de la Culture et de la Science, organisé autour du
Président justement. L’Antéchrist prend la figure du Rassembleur : « C’est un homme
bon, et un homme du peuple. Grands et petits sont les bienvenus à sa table. »
(Philippe, le vieux maître d’hôtel, parlant du Président en des termes élogieux, p.
310) Il est même qualifié d’« homme idéal » (p. 313).

L’Antéchrist a tout, physiquement et comportementalement, du gendre parfait. Sa


clique ministérielle d’agents certifiés conformes aussi. « Ils parlent posément. Ils
n’ont rien à perdre, tu vois. Ils ne sont pas sur la défensive comme nous. » (Billy
s’adressant à Élijah à propos du Président et de sa cour d’hommes flegmatiques, dans
le roman Le Père Elijah, p. 39) Mais il ne faut pas beaucoup de temps pour se rendre
compte que leur bonté n’est qu’une façade inquiétante : « Il y a quelque chose de
totalement sain en même temps que de totalement psychotique en eux. Ce sont de

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parfaits gentlemen avec quelque chose de hideux derrière leurs yeux. Cela m’a
glacée. » (Anna Benedetti, Le Père Elijah, p. 448)

Toujours dans le roman Le Père Élijah, le héros, face à son ami Billy, confesse qu’il a
failli être séduit par l’Antéchrist lors de leur première rencontre : « Il se dégage de lui
une sorte unique d’humilité. J’étais impressionné. » (p. 151) ; « Apparemment, dans
ses discours sur la spiritualité, il fait souvent référence à l’humilité comme l’une des
grandes vertus. » Billy se contente de réagir cyniquement : « Je suis toujours mal à
l’aise avec les grands hommes qui parlent trop d’humilité… ».

En un mot pour résumer la personnalité de l’Antéchrist, il est glacialement SYMPA,


objectivement RESPECTABLE. C’est bien ça ce qui nous déchirera intérieurement :
ce Super Connard est sympa !!

Mais le fin mot de l’histoire, c’est que l’Antéchrist n’est en réalité qu’un homme pétri
d’orgueil, qui a refusé de mourir à son arrogance et surtout au Christ pour ressusciter
avec Lui. Dans le Court Récit sur l’Antéchrist de Soloviev, on le voit très bien au
moment de « l’aventure du ravin » (p. 163), épisode initiatique pendant laquelle
l’Empereur, juste avant son ascension « glorieuse » aux manettes du monde, se voit
au bord de l’abîme, et refuse d’accueillir sa propre finitude, d’expérimenter
l’obéissance qui l’aurait sauvé.

Une seule chose trahit l’intégrité de l’Antéchrist, et invalide son impressionnant


projet de Salut du monde : son regard. « J’ai vu une ombre passer dans ses yeux –
derrière ses yeux. » (Anna Benedetti dans Le Père Elijah, p. 392) Philippe Russo
avait raison : « Ta magie noire, ha ha. C’est juste une ombre dans ton regard. » (cf. la
chanson « Magie noire ») Le roman Le Père Elijah évoque « la noirceur brillante »
(p. 576) qu’est et dit l’Antéchrist : « De sa bouche sortit une noirceur brillante.
‘Nous allons bâtir la cité de l’Homme, et transformer nos nuits en jours.’ » Cette
fameuse « obscure clarté » qui sert d’exemple à beaucoup de profs de français pour
nous expliquer la figure littéraire stylistique de l’oxymore ! ENFIN, elle sert à
quelque chose !

g) Le Nouveau Culte Mondial :


Le projet de domination planétaire de l’Antéchrist n’est pas tant politique que
religieux. Blackmore avait bien senti le coup venir… « Peut-être n’est-ce que cette
affaire d’Orient qui s’apprête à tomber sur nous : mais je ne sais pourquoi, il me
semble que ce n’est point cela. C’est dans la religion que quelque chose va arriver. »

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(le Père Blackmore s’adressant au Père Percy, dans Le Maître de la Terre, p. 67)
L’Antéchrist travaille à la fondation de ce qu’il appelle « la religion nouvelle » (idem,
p. 260), à « l’avènement d’une théocratie » pour « réunir les Églises chrétiennes »
(Vladimir Soloviev dans sa Préface aux Trois Entretiens, p. 12), « sous la houlette
d’un pape imposteur » qu’il contribuera à installer : le fameux « faux prophète » dont
je vous parlais plus haut. L’Antéchrist souhaite ainsi tenir en étau le catholicisme (et
plus globalement l’Humanité) entre deux courants spirituels – orientalisme d’une
part, et humanisme athée d’autre part – dont il se croit le digne catalyseur : « Pour
résumer la situation, il n’y a plus au monde que trois forces qui comptent : le
catholicisme, l’humanitarisme, et les religions de l’Orient. » (le vieux Blackmore,
toujours dans Le Maître de la Terre, p. 9). « Communisme et œcuménisme sont les
deux facettes indissociables qui caractérisent la théocratie d’un Âge d’Or. » (Jean-
Claude Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-maçonnerie : Recherches
sur une religion d’État (2015), p. 118)

Dans le roman Le Maître de la Terre, il est dit que « le nouveau monde socialiste » (p.
347), « un monde interprété par des forces socialistes, matérialistes, hédonistes » (p.
163) éclôt. Étant donné que ce « monde ne peut pas vivre sans foi, ni un culte, et que
Dieu a été enfin trouvé » (p. 203) [sous-entendu : avec l’arrivée de l’Antéchrist], « le
culte divin est restauré dans toutes les nations » (p. 200). Il s’agit d’un « Culte
Nouveau » (p. 207), qui est rendu obligatoire aux citoyens au-dessus de 12 ans. Il
s’appelle « la religion de l’Humanité » (p. 208). Benson en donne une définition
concise : « C’est un catholicisme sans christianisme, une divinisation admirable de
l’Humanité. » (p. 216) Mais attention. Il faut nuancer sur le caractère humaniste de
cet œcuménisme. « L’objet de l’adoration n’est point l’Homme, mais l’idée de
l’Homme privée simplement de son élément surnaturel. Le sacrifice lui-même est
reconnu, l’offre volontaire de soi, répondant à l’un des instincts fonciers de notre
nature ; mais sans aucun caractère de contrainte, – sans l’ombre d’une expiation
imposée, par un pouvoir transcendant, à la culpabilité originelle de l’homme. » (p.
217) Dans ce nouveau culte, ce n’est a priori pas très compliqué : on implore «
L’Esprit du Monde » (p. 209) dans « un temple consacré non point par de vaines
formules sacerdotales, mais par la volonté de l’homme » (p. 210). Il n’y a qu’à « se
prosterner devant l’Esprit du Monde et chanter très haut la gloire de la vie, offrir par
des cérémonies et le parfum d’encens, un hommage symbolique à la force dont on a
tiré son être, et qui, un jour, le lui reprendrait. » (p. 210) L’année liturgique de ce «
culte » est ponctuée de quelques fêtes bobos (que nous observons déjà aujourd’hui en
France) ou événements communautaires spectaculaires et peu contraignants : la Fête
de la Paternité (le 1er octobre), Fête de la Maternité, la Fête de la Vie, la Fête de la
Solidarité ; etc. Bref, c’est une religion à la fois festive, émotionnelle et intellectuelle.
Un art de vivre. (Je rappelle à nouveau au passage que le livre de Benson date de
1905 !)

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Si l’on en croit la Bible et tous les romans qui parlent de l’Antéchrist, ce dernier
proposera une « nouvelle vision du monde apparemment plus ouverte. Un nouveau
concept d’Église. » (Le Père Elijah, p. 370) Évidemment, cette « Église-qui-n’en-
porte-pas-le-nom » constituera le couronnement de la Franc-Maçonnerie et des
Illuminati. Par exemple, dans Le Maître de la Terre de Soloviev, l’Imposteur doit son
élection à la tête du « Comité permanent universel » à ses frères en maçonnerie
(sociétés secrètes, « gnosticisme mondain », « salons théosophiques »).

Voici, en gros, les idées « spirituelles » défendues par la Franc-Maçonnerie


universelle classique :
– une conception cyclique de l’Histoire assimilant parfois le retour « imminent » de
l’Âge d’Or à l’avènement du Messie,
– une hostilité profonde à l’égard de l’Église Catholique et de la civilisation héritée
du Moyen-Âge,
– un idéal de religion œcuménique impliquant la réconciliation du Christianisme et
du Judaïsme,
– le recours constant à des pratiques magiques ou spirites permettant d’entrer en
contact avec des entités spirituelles qualifiées d’« anges »,
– un projet de réunification du genre humain sous l’égide d’un Gouvernement
Mondial,
– un idéal de société collectiviste,
– la primauté absolue accordée aux sciences et aux techniques, dont le
développement est censé permettre aux hommes de retrouver la condition divine qui
fut la leur avant la chute originelle.

Pour tuer le corps humain, l’Antéchrist va s’atteler à tuer l’âme (son ultime
conquête : le sanctuaire inviolable que seul Dieu a pu atteindre en tout Homme… et
pas satan !), en instaurant une Nouvelle Religion Mondiale qui désagrègera
l’Humanité de l’intérieur. En effet, après avoir désarmé les armées, anémié les forces
de l’ordre, décrédibilisé les militaires, neutraliser les conflits extérieurs à l’Homme,
interdit les armes et les bombes, après avoir fait croire à la maxime « l’Enfer c’est les
autres » de Sartre (pour justifier l’individualisme de masse), la prochaine étape de
l’Antéchrist, c’est d’amener l’être humain à se considérer comme son propre ennemi
(« L’enfer, c’est moi-même. Je lui appartiens. ») et donc comme son propre terrain de
pacification, l’amener à partir en guerre contre lui-même. Se libérer de soi pour
atteindre la lumière (de Lucifer)… comme le chante la candide Indila dans « Ego » :
« Le seul combat auquel je crois, c’est contre moi moi moi moi moi. Libère ton esprit.
Écoute chanter le monde. Pourquoi passer sa vie à courir après une ombre ? Juste

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une pâle copie, une voix qui t’entraîne, et petit à petit, elle prend ton oxygène. We are
the war, the war en nous-même. J’veux voir, j’veux voir, j’veux voir la lumière.
Libère-toi. » Ça a l’air joli, comme ça, sur le prospectus. Humble. Ouvert. Libérateur.
Spirituel. En réalité, pas du tout. C’est de la haine de soi déguisée en bien-être «
religieux », de l’auto-destruction à petit feu, de la fuite en avant vers un Néant
cosmique (Comme le détaille fort justement Anna Benedetti dans Le Père Elijah, il
s’agit de « projeter son incroyance sur le cosmos », p. 415), de l’auto-dissection par
quelqu’un qui se prend pour son propre objet d’étude et de perfectionnement. « Mon
atelier, c’est notre bon vieux corps humain. » (p. 22) déclare fièrement le jeune Le
Père Elijah.

La « paix » que nous vante la religion de l’Antéchrist n’est pas l’accueil de la


Présence de Jésus en soi, mais est entendue comme l’« absence de guerre »,
l’extinction du désir et du Moi, le vide intérieur, le déni d’épreuve et de combat…
alors que la paix véritable n’est certainement pas l’absence de guerre et ne se fera pas
sans nous ! Elle est l’affrontement (par la Croix du Christ) avec la mort, le combat
victorieux contre une souffrance éprouvée ! Elle passe par un renoncement à soi
(mais pas une neutralisation de soi !) et un don entier aux autres par amour. Rien à
voir avec la sédation lente et lumineuse proposée par l’Antéchrist et ses prêtres
cliniciens en costard.

L’Antéchrist élabore le projet œcuménique de « religion naturelle » (Jean-Claude


Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-maçonnerie : Recherches sur une
religion d’État (2015), p. 178) Dans son essai Les Raisons d’espérer (2008),
Monseigneur André Léonard a parfaitement bien décrit les deux ressorts idéologiques
empruntés au New Age sur lesquels va reposer le Culte Mondial : à savoir le
naturalisme et le panthéisme. « Le Nouvel Âge est une ‘gnose’ dans la mesure où il
propose un chemin de libération réservé à des initiés et dont le ressort est une
‘connaissance’ (‘gnosis’ en grec) permettant de capter à son profit les bonnes
énergies de l’Univers. Cette gnose est teintée de naturalisme (l’homme est une pièce
de la nature) et de panthéisme (le divin est présent de façon diffuse dans le Tout). »
(p. 92) Autrement dit, la Religion Mondiale s’appuie sur le rationnalisme et le
déisme. Le panthéisme est une doctrine philosophique selon laquelle Dieu est Tout, et
l’Homme se fondrait en Lui (comme un papillon qui crame à la lumière qui l’attire).
« Pour Olivier Brand, ‘Dieu’ était la somme, toujours en développement, de la vie
créée et l’unité personnelle de chaque individu formait un élément de cet être divin.
D’où il concluait que les rivalités individuelles étaient la plus grande des hérésies, et
le plus grand obstacle à tout progrès : celui-ci ne pouvant résulter que de la fusion
des individus dans la famille, de la famille dans l’État, et des États particuliers dans
le grand État universel. » (Robert-Hugh Benson, Le Maître de la Terre : La Crise des
derniers temps (1905), p. 28)

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Le « Cosmique » en question, c’est au fond le panthéisme : Dieu est partout, mais on
ne le nomme jamais Dieu. Dans la Religion Mondiale, on ne se préoccupe pas de
Dieu. Il se peut qu’il soit fait référence à des réincarnations (innombrables), au
karma. « Je suis un canal divin : je suis Dieu. » Mais peu ou pas du Christ. Aux yeux
des born again rationnalistes, il n’y a aucune vérité définitive. C’est le relativisme
érigé en dogme. La devise d’entrée, c’est : « Aucune vérité n’est indiscutable et
aucune croyance n’est à l’abri du doute. » Donc l’initié au Nouveau Culte n’admet
pas la Révélation. C’est le relativisme spirituel : pour lui, il n’y a pas de morale. Tout
simplement. À travers ce panthéisme dans lequel tout ce qui existe est esprit, et tout
ce qui est esprit est Dieu, l’individu expérimenterait la vie intérieure de la Divinité
telle qu’elle est exprimée par les formes successives par lesquelles passe la substance
de toutes choses. « Par ses vies successives, l’homme se purifie jusqu’à ce que son
âme, ayant atteint la perfection, se fonde en Dieu. Le Mal absolu n’existe donc pas et
l’Enfer lui-même se transformera, à la fin du Monde, en Paradis. » (Jean-Claude
Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-maçonnerie : Recherches sur une
religion d’État (2015), p. 142)

Les fidèles de l’Antéchrist ont un « vif intérêt pour la tradition hébraïque et une
conception cyclique de l’Histoire » (idem, p. 147). Ils annoncent « l’unification de
l’humanité par la conversion de tous les peuples à la religion naturelle » (idem, p.
155) : « La loi doit servir les principes universels de l’homme, basés sur la loi
naturelle. » (Anna Benedetti, dans Le Père Elijah, p. 217) Comme l’écrit
Campanella, l’un des fondateurs historiques de la Franc-Maçonnerie, « toute règle
contraire à la nature n’est qu’une règle fausse et un abus. » (Jean-Claude
Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-maçonnerie , p. 155) La
perfection, selon lui, consiste pour l’homme non pas à renoncer à soi-même mais au
contraire à « développer toutes ses facultés et à employer toutes les ressources de son
génie à l’amélioration de sa condition naturelle, intellectuelle et sociale. » Bienvenue
dans le transhumanisme (ou, mieux dit, dans l’en-deça de l’humain… car en soi, le
transhumanisme dans le Christ, c’est ce que tout catholique doit viser : c’est la Vie
éternelle) !

L’objectif officiel de la Nouvelle Religion (qui ne s’appellera d’ailleurs pas « religion


» : le mot est trop marqué religieusement, ça tombe sous le sens !), c’est la
découverte du « chemin » de la Nature et donc de ses lois. L’Antéchrist veut fonder
un État idéal dans lequel la Nature sera étudiée de la manière la plus utile pour le bien
de l’Homme. « L’écologie est une des dernières impostures du capital pour nous
faire aimer l’économie. » (Francis Cousin, 41e minute).Il veut permettre à l’être
humain de s’arracher à l’état d’ignorance, considéré comme une servitude. En
d’autres termes, il projette de diviniser l’Homme : « Vous serez comme des Dieux,
promet le serpent à Adam et Ève, vous êtes seuls juges d’un bien et d’un mal qui au
fond n’existent pas, ou qui sans doute s’équilibrent l’un l’autre pour s’annuler dans

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la Nature cosmique ! C’est la vie ! ». Dans une prodigieuse confusion mentale entre
l’Homme et la Nature, Nature que l’Homme était censé dominer et distinguer de Lui,
l’Adam antéchristique va se mettre à « chanter sans cesse la nature en ‘perpétuel
progrès’ » (Jean-Claude Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-
maçonnerie, p. 118) et à croire en « l’éternité de la matière » (doctrine condamnée
notamment par l’Église catholique au XIIe siècle, il est utile de le rappeler).

L’Antéchrist colore son Nouveau Culte (à Lui-même) de culturalité universelle,


d’œcuménisme rassembleur, d’un syncrétisme religieux qui ratisse large, et en
particulier en s’inspirant, à l’instar de la Franc-Maçonnerie, de quelques traditions
religieuses dites ancestrales, comme le Judaïsme, mais également des rituels
chamaniques pré-christiques, et bien sûr de la pensée New Age actuelle : « Le
Président a eu affaire à toutes les innombrables sectes et castes orientales. » (Le
Maître de la Terre, p. 117) Il a puisé sa « sagesse » et sa légitimité de « directeur
spirituel mondial » dans l’orientalisme, le bouddhisme, l’histoire et l’archéologie,
pour concocter une sorte de best-of religieux prémâché prêt à l’emploi. Avec aussi ce
qu’il y a de pire : l’occultisme, la magie noire, la nécromancie, le spiritisme. Il
encourage à développer la médiumnité, cette qualité chez une personne de capter le
surnaturel (pendule, radiesthésie, yoga, chi-kong, taï-chi, sophrologie, ostéopathie,
magnétisme, etc.).

La mixture spirituelle du Gouvernement Mondial, Vladimir Soloviev la nomme dans


sa préface aux Trois Entretiens « panmongolisme » (p. 11), comme je le signalais en
début d’article. C’est une sorte de néo-bouddhisme. Les suiveurs de l’Antéchrist
s’appuient sur le bouddhisme (celui-ci fait office d’autorité historique) qui prêche la
non-résistance, l’impassibilité, le non-agir, la tempérance, et offre le Salut sans le
martyre. Il s’agit d’une religion athée de l’extinction de l’Ego, de l’extinction du désir
et de la négation de l’unité du corps. « Les livres saints des bouddhistes annoncent
effectivement le vide. » (Soloviev, p. 11)

Dans le roman Le Maître de la Terre, avec le personnage de Mabel, la femme du


député Olivier Brand au service de l’Antéchrist, on trouve un beau descriptif détaillé
du processus de dépersonnalisation « mystique » de la spiritualité antéchristique
bouddhisante (et hyper bobo !) : « Mabel se mit à méditer, – à prier – d’après une
méthode qui lui était devenue familière. En premier lieu, elle concentra son attention
sur elle-même, se détachant de tout ce qui était purement extérieur, transitoire, se
refoulant toujours plus au dedans, jusqu’à ce qu’elle eût atteint cette étincelle secrète
qui, sous toutes les fragilités individuelles, faisait d’elle un membre effectif de la race
divine de l’humanité. Le second degré de sa prière consistait en un acte de pensée.
Elle songeait que tous les hommes possédaient cette étincelle ; puis, réunissant toutes
les forces de son imagination, elle tâchait à voir les innombrables millions de

37
l’humanité, – les enfants naissant au monde, les vieillards qui en sortaient, les
hommes mûrs qui se réjouissaient de pouvoir y vivre. Loin, à travers les siècles, son
regard s’étendait, loin à travers ces âges de crime et d’aveuglement pendant lesquels
la race s’était lentement élevée de la sauvagerie et de la superstition jusqu’à une
pleine conscience de soi ; ou bien elle considérait les temps encore à venir, se
dirigeant vers un point de perfection qu’il lui était impossible de comprendre tout à
fait, faute d’y être, elle-même, arrivée. Et cependant, se disait-elle, cette perfection a
déjà commencé ; les douleurs de l’enfantement sont passées, et déjà est venu Celui
qui doit être l’héritier des temps ! Enfin pour un troisième acte de foi, elle se
représenta l’humanité entière, le feu central, dont chaque étincelle n’était qu’un
rayonnement, cet être divin immense, impassible, qui s’était réalisé à travers les
siècles, et que les hommes avaient appelé Dieu, jadis, sans le connaître, mais que
maintenant ils avaient reconnu comme la réunion transcendante d’eux tous. Et, à ce
point de sa prière, elle s’arrêta, contemplant la vision de son âme, élevée au-dessus
de son individualité personnelle, et buvant, lui semblait-il, à longues gorgées,
l’éternel esprit d’amour et de vie… » (Le Maître de la Terre de Benson, pp. 250-251)

C’est bien beau de faire le vide mental (arrêter de penser, stopper le magnétophone
intérieur, s’abandonner). L’ennui, c’est qu’il y a quelqu’un qui peut en profiter pour
rentrer en nous : ou l’Esprit Saint (dans ce cas-là, génial !)… ou le Toto (là, c’est plus
gênant) ! Certaines méditations font connaître des manifestations surnaturelles
réelles, c’est indéniable : les esprits peuvent nous parler, des dons particuliers
apparaissent, vous pouvez influencer les autres, etc. On favorise le monde invisible,
certes, mais pas le bon côté. C’est bien là le souci !

L’autre problème, c’est que la Nouvelle Religion de l’Antéchrist supprime le corps…


ou au contraire (ce qui revient au même) l’idolâtre en tant que carcasse uniquement
sensorielle et émotionnelle à explorer de fond en comble par l’introspection ou la
médecine. Elle supprime également les intermédiaires humains (clergé, prêtres, Pape)
et tout ce qui est matériel (et qui sera jugé « idolâtrie »), exactement comme le font
les protestants et les bouddhistes : « La théurgie, définie comme une magie
supérieure, a pour but de permettre une communication directe avec les dieux. »
(Jean-Claude Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-maçonnerie :
Recherches sur une religion d’État (2015), p. 168) Donc concrètement, Elle isole. Il
s’agit, selon les plans de l’Antéchrist, que chaque personne rentre dans cette Unité et
cet Âge d’Or où le genre humain sera unifié avec lui-même, et coupé du monde
auquel il s’imagine pourtant se connecter pleinement. Il n’y aura plus qu’un même
genre de vie, qu’une seule forme de gouvernement, qu’une seule langue, qu’une seule
foi.

L’Antéchrist est hanté par la création d’une pansophie, ou doctrine universelle. Il


élabore le projet de synarchie (c’est-à-dire de gouvernement à plusieurs) qui

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s’étendrait au monde entier. Le Tchèque Jan Amos Comenius (1592-1670) a parlé de
la synarchie en ces termes : « Le Conseil de la Lumière veillera à ce qu’il ne se
trouve nulle part quelqu’un qui ignore quelque chose d’indispensable… Le
Consistoire Mondial veillera à ce que Jérusalem ne soit plus livrée à l’interdit, mais
qu’elle soit désormais en sûreté (Zacharie 14, 11) ; c’est-à-dire que toute la terre soit
consacrée à Dieu… Enfin, la Cour de Justice veillera à ce que nulle part une nation
ne s’élève contre une autre nation. » Ce philosophe, de son vivant, avait préconisé la
fondation d’un « Collège de la Lumière » et d’un « Temple de la Sagesse ».

L’abandon à la « Lumière de Vie » a beau se faire sans amour, sans volonté (il s’agit
d’une volonté de ne pas avoir de volonté, en fait), il n’en est pas moins réglementé
par la raison. L’Antéchrist veut créer de la divinité à coup de décision humaine, de
volontarisme (plus que de volonté dans le sens de « vouloir le bien »), de
combattivité, de raisonnement implacable, de maîtrise et d’art humains, de
programmation intellectuelle : « Tout mérite repose dans la volonté. […] Aucun
succès ne compte autant que l’obéissance parfaite. » (p. 409) déclare le Président
dans Le Père Elijah Il n’envisage pas le Salut éternel comme le don christique gratuit
qu’est ce Dernier mais au contraire comme une affaire de « savoir-faire », de
cérébralité, de génie humain, de commerce donnant-donnant, de troc… et même
pire : de compétition.

Parce qu’il y a une ligne intellectuelle assez stricte à suivre, il est logique que la
Nouvelle Religion Mondiale soit théorisée et matérialisée par un ouvrage littéraire de
référence. Les trois romans d’anticipation (Soloviev, Benson, O’Brien) dont je vous
parle depuis le début de l’article, font précisément référence au best-seller en librairie
que l’Antéchrist aura rédigé, et qui constituera le substitut de la Bible, le guide
spirituel de base du Nouveau Culte Mondial pour atteindre cette paix et cette
intelligence humaine pointées par l’Antéchrist. Par exemple, dans le Court Récit sur
l’Antéchrist de Soloviev, l’Antéchrist a publié un livre spirituel, La Voie ouverte vers
la prospérité et la paix universelle, ainsi que la « morale de facilité » qu’il prêche au
monde entier. Selon Bernard Marchadier, il est l’incarnation du « parfait cathare »
pour les « masses qui pataugent dans l’exotérisme et le charnel » (Introduction de
Bernard Marchadier, Trois Entretiens, p. 12). Il est fort possible que l’ouvrage de
référence du Culte Mondial soit tout simplement un film. Ce sera en tous cas un topo
clair, attrayant, accessible à tous, une vraie méthode assimil qui permettra à beaucoup
de gens de progresser rapidement sur la voie du développement personnel et spirituel.

L’adepte de la secte du gourou Antéchrist est appelé à se soumettre à « une paix qui
jaillit de la raison » (Le Maître de la Terre, p. 28), autrement dit au rationnalisme le
plus scientifique, cartésien, empirique, basique possible. Les fils sataniques des
Lumières ont tous vocation à former ensemble et individuellement l’« Être suprême »
que serait leur propre intelligence. Dans la pensée du néoplatonicisme, très liée au

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rationnalisme, il est question de développer les « lumières intelligibles » (Jean-Claude
Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-maçonnerie, p. 193), de manifester
universellement la divinité de l’Homme Nouveau, d’inaugurer « une nouvelle étape
de l’évolution » (Le Père Elijah, p. 141). L’Antéchrist défend « le mythe de
l’évolution de l’intelligence » (le Président-Antéchrist, dans Le Père Elijah, p. 330) :
« La raison triomphera malgré tout. » (p. 29) affirme le Prince, dans Trois Entretiens
de Soloviev. Le but de l’Antéchrist semble clair : faire de l’intelligence une force plus
grande que l’Amour. C’est ce que nous a expliqué avec brio le père Philippe de
Maistre lors de sa conférence parisienne sur le diable, aux Cours Wojtyla, le 9 octobre
2015. Pour l’Antéchrist, « il ne faut point que le sentiment domine et entrave la
raison. » (Le Maître de la Terre, p. 290). Il raisonne comme au Front National : la «
lucidité », le « pragmatisme », la « réalité », avant la Charité et à la place de la
Charité ! Aimer, c’est être lâche ! La fin justifie les moyens ! croit le Machiavel-
Antéchrist.

Pour s’assurer une assise rationnelle et culturelle béton, l’Antéchrist se pique


d’archéologie. Il cherche – partout sauf dans la théologie catholique, comme par
hasard – la Sagesse de l’Histoire. Et il lance toute l’Humanité dans ses fouilles
légendaires. Ça fait « Retour aux Racines de soi, aux Origines, à l’Authenticité
primitive, à la Terre ». Ça donne à ses suiveurs l’impression d’aller beaucoup plus en
profondeur que le christianisme, d’être les nouveaux Indiana Jones ou Templiers de la
Divinité Perdue, d’être des experts intelligents et spirituels qui plongent de
découverte en découverte, de remonter aux sources de la Première Alliance du temps
de Noé avant la Création du Monde. Par exemple, dans le roman Le Père Elijah, le
Président organise au « Palais de la culture et de la science » (p. 234) des colloques
internationaux d’anthropologie, avec notamment « une conférence sur la restauration
de la culture en Occident », un « atelier d’archéologie biblique » (p. 225). Et les
Hansel et Gretel que l’Antéchrist parviendra à entraîner dans ses Maisons (cubiques !
genre « l’Homme est son propre casse-tête Rubik’s Cube futuriste ») de la Science
seront tellement ébahis face aux trésors culturels et spirituels qu’ils découvriront et
qui chantent l’ingéniosité transhistorique de l’Humain, qu’ils se demanderont, encore
la bouche pleine, pourquoi diable certains êtres arrivent encore à accorder du crédit à
une quelconque divinité transcendantale (tout est déjà si passionnant et riche sur Terre
et dans l’Espace !) et aux vieilles superstitions de la religion chrétienne qui ont
atrophié les capacités cérébrales humaines depuis des siècles. « Cependant, il y avait
encore des hommes qui croyaient en Dieu, devant ce triomphe manifeste de la
matière ! Il y avait des hommes qui rêvaient – en bien petit nombre, maintenant, il est
vrai, – que la vie de l’âme réclamait des forces supérieures à celles de la matière. »
(Olivier dans le roman Le Maître de la Terre, p. 391) Nan mais franchement !

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L’archétype des chercheurs employés par l’Antéchrist, c’est le Docteur Félix von
Tilman dans le roman Le Père Elijah. Le sujet d’étude de ce chercheur « théologien
par excellence » (p. 311) est pour le moins hybride et signifiant : « Archéologie et
Spiritualité » ! Le Nouveau Culte Mondial scientifise la foi pour lui ôter sa principale
essence : la confiance (et donc la nécessaire incertitude, le nécessaire risque, qui lui
sont concomitants !). Dans la Religion Mondiale, on nous promet que Dieu est à la
fois une équation inimaginable, insondable, qui ne peut donc pas avoir figure
humaine (en Jésus), et paradoxalement qu’Il est quand même résoluble ! En ce
moment, dans les documentaires qui circulent sur internet ou à la télévision, on voit
de plus en plus de tentatives de psychologiser l’Art ou de transcendantaliser
l’Histoire (comme l’explique Federico Mihura Seeber), notamment à travers une
science qui s’appelle la « pan-mythologie » (cf. le documentaire sur la Grande
Pyramide de Kheops à Gizeh). Et tout ce travail archéologico-superstitieux ne se fait
pas tant au bénéfice de Jésus (y compris quand il s’agit du Da Vinci Code et du
traitement de thématiques pourtant explicitement chrétiennes) que du paranormal et
des extra-terrestres. Les mass médias actuels se penchent par exemple sur
l’égyptologie, les civilisations précolombiennes (Plateau de Nazca, le calendrier
aztèque, etc.), sur la magnificence des temples. Ils se nourrissent, comme l’écrit
Bernard Marchadier à propos du Prince dans la préface aux Trois Entretiens de
Soloviev, de l’« utopie d’une post-Histoire », du rêve de « sortir de l’Histoire » (p.
8) : « Le Prince est déjà un post-moderne par sa volonté de se déclasser, par son rêve
de dépolitisation, par son aspiration à sortir de l’Histoire, à vivre dans l’utopie
d’une post-Histoire, qui n’est évidemment qu’une préhistoire imaginaire, un super-
primitivisme, un pacifisme idéologique. » Nos journalistes entretiennent
scientifiquement le « mystère » (ça s’appelle la scientologie, non ?). Ils essaient de
nous faire croire que les pierres et les édifices ont un « grand Secret » irrationnel à
nous délivrer et qui dépasserait Jésus, une origine surnaturelle telle que les extra-
terrestres ou des dieux inconnus du traditionnel panthéon sacré universel. On nous
vante à la fois la toute-puissance et paradoxalement l’incapacité des mathématiciens à
résoudre l’énigme de la construction de ces monuments anciens, pour au final, nous
certifier droit dans les yeux et de manière hyper sérieuse, que vraisemblablement ils
ne peuvent être que l’œuvre d’« êtres omniscients » encore inconnus. Des Troisièmes
Types, quoi ! En clair, nous pouvons déjà être témoins aujourd’hui de cette volonté,
chez les membres du Gouvernement Mondial, de résoudre par la science et
l’émotionnel, le Mystère de l’origine humaine, et donc de Dieu. Ils essaient de
prouver Dieu… sans Dieu et sans Jésus ! Ça risque d’être difficile, éternellement
difficile…

Cela dit, loin de n’être que sensationnaliste, même si de toute façon elle très sera
anxiogène, il y a quelque chose de rassurant dans la pensée rationnaliste du Nouveau
Culte Mondial, quelque chose de foncièrement optimiste : si le Bien et mal n’existent
pas, personne ne pèche ! Donc ça protège tout le monde du poids du péché et de la
culpabilité ! Si la Vérité unique en Christ n’existe pas, je n’ai plus jamais tort et tout

41
le monde a un peu raison. Si tout va bien parce que ça ne doit pas aller mal, eh bien
tout va bien, ou du moins tout ira mieux ! « Ça ira mieux demain » comme dirait Koz
Toujours. La peur est interdite… pardon… n’a plus de raison d’être ! : « Et surtout,
n’ayez peur de rien ! Je vous jure qu’il n’y a plus rien à craindre ! » (Mabel, la
perpétuelle femme angoissée dépressive, dans Le Maître de la Terre, p. 127) S’il n’y
a plus de prérequis ni de dogmes auxquels se soumettre, c’est la liberté de croyance
pour tous, sans les inconvénients de l’Église-Institution ! : « Cette Église Libre ne
réclamait qu’une simple adhésion de sentiment. La Bible, dorénavant, avait
complètement cessé d’être tenue pour une autorité digne de foi. » (le vieux
Templeton dans Le Maître de la Terre, p. 6) L’« obscurantisme chrétien » n’en mène
pas large face au « libre altruisme du croyant nouveau, qui ne demandait à la vie que
ce qu’elle pouvait donner. » (idem). Y’a pas à dire : au départ, la Universal Religion,
c’est comme le Red Bull, ça donne des ailes ! Ça transforme en passionaria
révolutionnaire !« Mabel se disait, que, en cet instant, elle aurait été heureuse de tout
souffrir, d’affronter la mort. » (idem)

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le rationnalisme (forcément extrême, par
définition) de l’Antéchrist empêche le jugement, c’est-à-dire toute morale, et
finalement tout exercice de la raison : « Le jugement, c’est entièrement une création
de l’esprit humain. » lâche le Président, dans le roman Le Père Elijah (p. 321).
Compte tenu de ce paradigme, la tête est déconnectée du corps qui la porte.
L’Homme, selon la logique de l’Antéchrist, est pur esprit raisonnant. Il n’a donc pas à
porter de jugement sur ce que l’humain fait, et encore moins à porter la responsabilité
des actes que ce dernier pose ! Et comme de toute façon, aux yeux de l’Antéchrist, le
Bien et le mal n’existent pas, et que la croyance en ceux-ci empêche de raisonner,
autant interdire le jugement et la raison humaine (bien trop limitée, et finalement bien
trop entravante aux élans spontanés du cœur) !

Arrêtons de penser : vivons ! Aimons ! Émouvons-nous d’être ensemble !


L’Antéchrist ne veut pas s’embarrasser de ses propres excès rationnalistes. Il est
capable de passer de la masturbation intellectuelle à la paresse intellectuelle et au
discours rose bonbon mystique en un claquement de doigt. Par exemple, dans le
roman Le Père Elijah, le Président se félicite de la « convergence psychique ressentie
par toute âme sur terre qui vit à cette époque. C’est un moment de bénédiction
fabuleux pour l’humanité. » (p. 321) Il ne se gêne pas pour faire sa déclaration
d’amour à l’Homme (comme ça, ce dernier ne pourra pas se douter qu’il veut sa
mort), sa déclaration à la Déesse « Humanité Naturelle » : « Oh ! Humanité ! s’était
écrié le Président, notre mère à tous ! » (Le Maître de la Terre, p. 279) ; « L’univers
respire ! » (le Président, Le Père Elijah, p. 321) Il ne se gênera pas non plus pour re-
switcher sur le rationnalisme et pour faire sa déclaration d’amour à l’Intelligence
humaine, à la Culture humaine (comme ça, les humains prétentieux s’en

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gargariseront), à la Nature (comme ça, les Écolos seront contents) et à l’Écologie
Humaine (comme ça, les écolos cathos seront aussi contents !). « Stefano [le mari
d’Anna] parlait de la nécessité de régénérer une vision morale pour la politique
européenne. Il appelait cela un humanisme chrétien. » (Anna Benedetti, dans Le Père
Elijah, p. 393)

L’ambivalence du discours roots, cultivé, raisonnable, et paradoxalement ampoulé,


mystique, haut perché aussi, du Président-Antéchrist est particulièrement bien rendue
par Jonathan O’Brien dans le passage de la grande conférence télévisée, dans Le Père
Élijah : « La terre vit. Et nous qu’elle a créés sommes une part d’elle. Il est temps de
forer nos puits profondément dans le sol, et de découvrir dans les profondeurs de
notre être ce que toutes les âmes sages finissent par découvrir ; là, nous verrons qu’à
la source de tout il y a une rivière souterraine. Il y a des puits africains et des puis
européens, des puits aborigènes et des puits soufis, juifs et chrétiens, musulmans et
bouddhistes, hindous et jaïns. Il y a des puits gaïa et confucéens, et des puits rouges
et noirs et blancs et jaunes. Il y a des puits animistes et wiccans et spiritistes. Et
même au-dessous des friches desséchées du fondamentalisme, il y a un puits obstrué,
un désir ardent de la seule grande vérité. Chacun est un point d’accès vers l’ultime
vérité de la destinée humaine. Là nous découvrirons une crainte primale, un sacré
originel. Chaque personne dans cette pièce irradie de cette splendeur ! […] Nous
entrerons dans la lumière le jour où nous déposerons nos armes, nos jugements et
nos divisions et nous nous regarderons dans les yeux. Parce que dans nos propres
yeux, nous verrons enfin le rayonnement de la divinité. Doxa ! Gloire ! Et ce jour-là
nous commencerons à adorer en esprit et en vérité !’ […] Il parla avec émotion de la
révolution écologique et des divers mouvements humanitaires qui, depuis plus d’un
siècle, tâtonnaient autour du problème de l’homme. Il fit leur éloge, chacune et
chacun, comme des préfigurations, des précurseurs de cette génération qui
convergeait vers un saut de conscience dans l’âge de l’harmonie universelle. Il parla
des souffrances des indigènes, des femmes, des pauvres. Il exprima un éclair de juste
colère contre ces forces anonymes toujours à l’œuvre dans le monde qui répandent la
division et défendent la fracture destructrice dans la conscience humaine. […] ‘Ceux
qui sont engagés dans le pessimisme se sont condamnés eux-mêmes à une fin
tragique. Ils créent leur propre mort. Les philosophies sociales systémiques, la
religion systémique, les économies systémiques, les formes systémiques d’oppression
gouvernementale sont toutes en train de mourir, et aucun être humain sur cette terre
ne peut leur éviter cette mort. Nous qui sommes appelés à guider vers le nouvel ordre
mondial devons laisser les morts enterrer leurs morts. […] Les vieux systèmes et les
vieilles solutions ne fonctionnent plus. Dans ces périodes, les individus doués d’une
authentique vision doivent travailler ensemble pour restaurer la paix et l’harmonie,
doivent s’unir dans un ordonnancement de tous les pouvoirs humains pour répandre
une vision mondiale auprès d’une communauté humaine apeurée. […] Les tyrans
sont morts. Une race de créateurs naît. De grands penseurs, artistes, maîtres

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spirituels et mystiques sont apparus tout autour de nous, chacun portant une flamme
de cette lumière universelle. Si ce congrès doit aider avec succès à la naissance d’un
nouveau monde, alors nous devons mettre de côté nos peurs mutuelles, mettre de côté
nos suspicions sans fin, notre dogmatisme, et notre peur cosmique. Il est temps pour
l’homme de forger une nouvelle histoire de la création, de réinventer les anciens
mythes sans les écarter. En puisant dans les richesses de notre héritage culturel
global, nous ferons cela !’ » (pp. 322-324)

Dans cette longue citation, je reconnais complètement le boboïsme, c’est-à-dire ce


paganisme de l’humanisme intégral ! Cet humanisme sans Jésus, où tout d’un coup «
chaque Homme retombe amoureux de l’Homme », où la Justice prétend se supplanter
à la Vérité qu’est le Christ. « La foi dans l’homme était l’essence de la religion, la foi
dans les éléments les meilleurs de l’homme. » (Le Maître de la Terre, p. 260)
D’ailleurs, dans le roman Le Père Elijah, l’Antéchrist confie au héros un cadeau à
transmettre au Pape, un objet d’une valeur culturelle à ses yeux inestimable… mais
qui concrètement tombe à côté de la plaque (car le Pape, lui, n’attend pas que la
Vérité-Charité soit remplacée par la Justice-Culture ou par l’esthétisme matérialiste !)
: un exemplaire original d’un des livres perdus d’Aristote, De la Justice. La Justice
sans amour, quelle cata ! L’Antéchrist est l’Apôtre de la Justice (au détriment de la
Vérité) par excellence. Il prétend « embrasser l’humain dans sa totalité, y compris de
l’homme comme un être spirituel » (idem, p. 21). Il montre qu’il a toute « confiance
dans la nature humaine » (p. 313). Au sein du Culte Mondial, tout est placé sous
l’égide de « la commission des droits de l’homme » (p. 224), sous le régime des «
valeurs communes » (p. 141) qui relient les Hommes les uns aux autres. Ces fameux
Droits de l’Homme français deviennent sacrés, intouchables, gravés en lettres d’or sur
le marbre de la République Démocratique Apatride. « À quelques exceptions près,
leurs idées [à l’Antéchrist et à son ordre] peuvent être grossièrement résumées ainsi :
‘Je suis un idéaliste, mais réaliste ; j’espère une solution collective du problème
humain ; je ne crois plus (ou n’ai jamais cru) en un Dieu transcendant et une religion
organisée. Je crois dans le bien en l’homme. » (p. 39) En quelques sortes,
l’Antéchrist veut créer « un monde où chacun est sa propre pape ou son propre
ayatollah, où tout le monde est devenu infaillible, sauf le Pape de Rome, bien sûr. »
(p. 41)

Et il faut reconnaître qu’avec ce discours philanthrope et anthropocentré facile, la


Nouvelle Religion Mondiale va remporter, planétairement, un grand succès (y
compris dans les rangs dits « catholiques »). Elle réussira le pari de parvenir
collectivement à un semblant de paix : « Ainsi la guerre, suivant toute apparence,
était désormais éteinte : et ce n’était point le christianisme qui l’avait éteinte ! Les
hommes avaient compris que l’union valait mieux que la discorde ; et c’est en dehors
de l’Église qu’ils l’avaient compris. En fait, les vertus naturelles s’étaient

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soudainement épanouies, tandis que les vertus surnaturelles avaient été méprisées.
La philanthropie avait pris la place de la charité, le contentement celle de
l’espérance, et la science s’était substituée à la foi. » (Le Maître de la Terre, pp. 159-
160)

Je sais bien. C’est extrêmement difficile de s’imaginer que le discours christo-centré


ou biblico-centré du protestantisme sera celui de la Nouvelle Religion mondiale de
l’Antéchrist. Cela a de quoi nous désorienter fortement, ébranler notre foi. Mais c’est
fascinant aussi. Nous devons nous y faire et nous entraîner à dépister ce paradoxe de
l’Antéchrist. Il est probable que l’Antéchrist et ses prophètes – se présentant
volontiers comme des anti-Antéchrist, des hors-Système, et des pourfendeurs du
Gouvernement Mondial – défendent ouvertement la Bible et le Christ comme leur
seul Sauveur, afin de s’acheter auprès des gens une sécurité et une légitimité
imparables. En revanche, comme par hasard, ils envoient balader l’humanité divine
de la Vierge, les sacrements, l’Église-Institution catholique, le Pape, le pardon,
l’Espérance, le purgatoire, la Croix, l’Eucharistie, la communauté des cathos, etc.
C’est à ces « détails » près qu’on peut tout de suite voir qu’ils se servent de Dieu pour
ne pas L’écouter.

Ce travail extrêmement subtil de travestissement, je l’observe actuellement chez les «


chrétiens » complotistes de la bande à Dieudo et Soral par exemple (« Le Christ
contre le CRIF ! » déclare le second) : ces chrétiens alternatifs ex-protestants, ces
agents anti-antichrist de l’Antéchrist, qui feignent de louer le Seigneur pour
finalement s’attaquer à Lui, qui feignent de s’en prendre à l’Antéchrist pour le
soutenir inconsciemment, ces représentants de ce « catholicisme identitaire » dont la
foi se résume à « la fin justifie les moyens » (cf. les dernières secondes de l’interview
de Soral)

Concernant ce surprenant et paradoxal christianisme antéchristique, je voudrais faire


un petit encart sur une personnalité hors du commun que j’ai découverte il n’y a pas
longtemps : Morgan Priest. La caution prophétique du messianisme bibliste à la
Dieudo, justement. Né en 1979 (il a un an de plus que moi), il dit avoir rencontré
Dieu en 2012. Il a un look marginal (gothique) qui peut effrayer autant que séduire,
car ça le sort du cliché propret du « catho coincé langue-de-bois ». Plus c’est gros,
plus ça passe ! Morgan Priest est un homme qui s’habille comme un prêtre, avec la
soutane, les boucles d’oreilles, la croix du Christ autour du cou, et qui parle beaucoup
des fins dernières dans ses vidéos Youtube. Intellectuel bibliste tout à fait pertinent
dans ses dires, ne manquant pas d’humour de surcroît, il développe un discours subtil
et souvent vrai, mais très dangereux. Je vous invite à voir le génie diabolique qu’il
déploie à travers une de ses allocutions que j’ai regardée en entier et qui m’a bluffé
tellement elle pourrait séduire bien des catholiques et prend l’apparence du bien.

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Force est de reconnaître que ce Morgan Priest est très fort. C’est un bon orateur, très
nuancé et super sympa, pas du tout caricatural (en apparences) dans ses propos. Il sait
détendre l’atmosphère par des petites blagounettes « djeunes » bien placées. Il tutoie
son auditoire et on peut le tutoyer. Il sait instaurer une camaraderie collective, un vrai
climat de confiance. En plus, il rassure tous ceux qui croient vaguement « en Dieu »,
en ne s’imposant pas comme le prosélyte religieux mandaté par une religion instituée.
Non. C’est un « libre croyant ». Il se définit d’ailleurs comme « chrétien » ni
protestant ni catholique, « un chrétien biblique » (je ne connaissais pas cette
dénomination : ça vient de sortir). Il a déjà instauré avec ses nouveaux disciples born
again plein de petits rituels empruntés aux grandes religions traditionnelles, en
proposant une forme de synthèse sincrétique et œcuménique du protestantisme,
adaptable à tous : par exemple, pendant sa conférence, il échange « la Paix du Christ
» avec certains frères croyants. Et quelques « amen » d’approbation convaincue
s’élèvent de temps en temps jusqu’à lui, comme chez les Évangéliques. Morgane
Priest est fin connaisseur de la Bible : il la cite abondamment et la connaît sur le bout
des doigts. Il assure « prier » souvent. Il chante les louanges de Dieu. Il Le reconnaît
même comme « le Seigneur » : « Dieu fait des miracles. Dieu est vivant. Il fait des
choses insoupçonnées. Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de la prière » Il défend
la prévalence de la liberté dans la pratique religieuse, et donne une image de la foi
très accessible et peu contraignante. Il possède un bon bagage théologique,
philosophique et même télévisuel. Alors évidemment, c’est très sécurisant pour tout
le monde, y compris les incroyants. Il passe d’une émotion à une autre, souvent
contraires (joie, tristesse, peur, conviction, rire, etc.), captant ainsi l’attention du
spectateur lambda et créant de la sensation forte comme si c’était accidentel.

Dans le discours de Morgan Priest, il y a énormément d’optimisme mystique matiné


d’humour… mais absolument pas d’Espérance, en fait. Il insiste beaucoup trop sur
les faits (on reconnaît là la patte paranoïaque de Soral et des ex-votants FN, dont le
pilier idéologique et discursif est « la RÉALITÉ», « la dénonciation des faits », «
l’importance d’avoir raison avant d’aimer », « la lucidité », le pragmatisme
spiritualiste) et sur la méchanceté du Gouvernement Mondial pour ne pas les appuyer
inconsciemment. Car la lucidité n’est pas la Vérité. C’est d’ailleurs la raison pour
laquelle Morgan Priest passe davantage son temps à dire que tout n’est qu’apparences
dont il ne faudrait pas se fier qu’à défendre les vérités incarnées. Son fond de
commerce est la mise en garde. Il joue beaucoup sur l’impression et les effets
d’annonce du genre « Attention, ce que je vais vous dire est impressionnant, inédit et
secret » (« Là, je vais vraiment vous choquer. » ; « J’espère qu’il n’y a pas d’enfants
dans la salle… »). Il s’appuie sur une quantité colossale de chiffres et d’images
censées être des documents hyper compromettants et cachés du grand public. « Ce
qui m’intéresse, ce sont les faits massifs. » dit-il. Tout cela dans le but de flatter mais
aussi d’impressionner son public.

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Si j’ai un conseil à donner : ce n’est certainement pas sur son look qu’il faut le
contrer, ni même sur les faits qu’il relève. Car tout est mêlé dans son discours : le très
vrai et inédit, et puis le très faux. En effet, il prévient de choses que moi-même j’ai
étudiées et qui tiennent parfois la route (la puce RFID nommée aussi Blockchain, les
documents biométriques, les Illuminati, le Gouvernement Mondial, les réseaux pédo-
satanistes, le Projet Bluebeam, les Guidestones, le Projet HAARP, les chemtrails, la
faillite des États, la mutation de la crise économique en Guerre Mondiale, les
illusions holographiques, les camps de la FEMA aux États-Unis, etc.). Il a le nez
creux pour annoncer énormément de prophéties eschatologiques qui m’ont aussi été
rapportées par d’autres canaux plus doctrinaux. Par exemple, il a raison quand il
prévient contre les travers laïcistes et individualistes de l’Humanisme intégral («
L’athéisme, c’est l’Homme au centre de tout »). Il définit le Gouvernance atlantiste
mondiale avec des mots très précis et justes : « Ère de coopération internationale »
C’est tout à fait le nom que j’aurais donné à la Nouvelle Religion mondiale, par
exemple. Il semble aussi s’approcher du vrai quand il décrit la manœuvre du Nouvel
Ordre Mondial de faire en sorte que l’islam et le sionisme politique se neutralisent
entre eux. Il évoque plein de scoops qui ont l’air scientifiquement crédibles et que
peu de gens connaissent, alors bien évidemment ça fascine les néophytes et l’effet de
surprise est garanti dans la salle. Il en fout plein la vue. Et le zapping audiovisuel
achève de convaincre les quelques sceptiques.

En y regardant de plus près, Morgane Priest n’est pas si scientifique et érudit qu’il le
prétend. Car il insiste énormément sur la notion – très satanique, en réalité – de
sincérité (notion qui se substitue à la Vérité) et sur celle – non moins satanique –
d’autonomie (concept dissident qui se substitue à la liberté dans l’obéissance au
Christ et son Église). Et avec un peu de sentimentalisme individualiste et spiritualiste
par-dessus tout cela, ça se boit très bien ! : « Dieu, c’est toujours une histoire de
cœur. Vraiment. L’important, c’est ce que tu penses dans ton cœur. Si tu as été
sincère, c’est ça qui compte. » « Si ton cœur a été sincère », tu seras sauvé !

Pour rejoindre le même ordre d’idées, ce qui marque quand on visite le blog de
Morgan Priest, c’est que les demandes de fric clignotent de partout. Car oui, la
sincérité a un prix (plus élevé que ce que le sincère nous propose sincèrement) ! Cela
montre que la gratuité et l’humilité ne sont pas là, et que notre prêtre dissident n’est
pas autant au service de son message qu’il le prétend. Car si on l’écoute, on a
pourtant l’impression qu’il est complètement désintéressé. Il passe son temps à
prévenir contre le Dieu Mammon (Argent), en plus ! Il critique les catholiques et leurs
indulgences médiévales, en vantant la gratuité du Salut (« C’est la foi qui sauve. Pas
les œuvres, malheureusement. »)… mais dans les faits, il empoche volontiers l’argent
sur lequel il crache !

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Mais au-delà des considérations matérielles et formelles, c’est vraiment sur son
désamour de la Vierge Marie et de l’Église catholique que Morgane Priest finit par se
décrédibiliser et par faire tomber son masque. Le masque de l’orchestration
misanthrope de l’opposition entre l’Homme et Dieu, entre le Fils (Jésus)/la Fille
(Marie) et le Père (Dieu), entre l’Église et Jésus : « Je ne prêche pas l’Homme : je
prêche Jésus-Christ Seigneur et Sauveur » affirme-t-il dans une autre de ses vidéos. «
Tout le pouvoir est en Dieu et non plus en les hommes » (idem) Sur la fin de sa
conférence à la Main d’or, dans les dernières minutes, notre orateur est hallucinant de
mauvaise foi, une mauvaise foi s’annonçant comme la vraie foi. Il se met comme par
hasard à dévaluer la Vierge Marie, le sacrement du pardon, les neuvaines, le
purgatoire, le Pape, tout ça en continuant à chanter les louanges de Jésus et de la
Bible : « Je crois personnellement que l’Antéchrist viendra de l’Église catholique. Je
pense même que c’est le Pape François. » (2h34) Il qualifie Rome comme «
Babylone la Grande » d’où émergera l’Antéchrist. Il est facile de voir que ce touche-
à-tout religieux cache un orgueil de ne pas tout contrôler et de vouloir tout savoir (à
travers une gnose bibliste pseudo exégétique). « Au départ, avant d’être vraiment et
totalement en Christ, j’étais dans le catholicisme. Je priais Marie, je priais le
Rosaire. Je faisais plein de choses comme ça. Je comprenais pas tout. Loin de là.
C’est bien d’ailleurs parce que je ne comprenais pas tout que j’étais dedans. Et puis
après, j’ai connu… Dieu m’a renvoyé vers les protestants : donc j’ai connu les
églises évangéliques, pentecôtistes, adventistes, etc. J’ai tâtonné à droite à gauche.
Et le Seigneur m’en a sorti aussi, pour devenir juste biblique, tu vois. Parce que j’ai
vu qu’il y avait certaines hérésies. Alors c’est important d’être entouré de chrétiens,
mais parfois c’est dur de se concentrer et d’être entouré de certaines hérésies. » Fait
qui n’est absolument pas anodin : Morgan Priest remet en cause, à la fin de son topo,
l’humanité divine de Marie, en prétendant qu’elle n’est que la mère humaine de
Jésus, mais pas la mère de Dieu : « Marie n’est pas la mère de la partie divine du
Christ. » (2h36) Il invalide les neuvaines à la Vierge devant un auditeur catholique
qui lui assurait qu’il avait arrêté le tabac grâce aux neuvaines qu’ils avaient récitées.
Il essaie de le décourager : « Les neuvaines, c’est pas biblique. Lis la Bible et tu
verras. ». Comme par hasard, il récuse aussi l’existence du purgatoire (so
protestant…). « C’est toujours un instrument de pouvoir, le catholicisme. Je ne dis
pas qu’ils n’ont fait que des mauvaises choses, loin de là. Ils ont fait de très bonnes
choses. Mais ils ont fait croire aussi qu’on pouvait avoir le Salut par les œuvres. » En
somme, il ne croit pas en la responsabilité, en la liberté et en la collaboration active
des Hommes dans l’œuvre de Salut divin donné par Dieu, ni aux actes de pénitence
(qu’il confond avec les indulgences), ni même au sacrement de réconciliation : « Tu
ne peux pas racheter tes péchés. Soit tu demandes pardon, et tu essaies de ne plus
recommencer… mais c’est pas tes œuvres qui te sauvent. »

Son hypocrisie et son apostasie ne s’arrêtent pas là. Morgan Priest balance toutes ces

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contre-vérités pour, juste après, faire genre qu’il ne les a pas dites avec présomption,
et en soutenant qu’il n’est pas sûr de ce qu’il vient de dire. Il habille ses propos d’un
vernis d’incertitude et d’humilité : « Tu sais, avec l’eschatologie, il faut être très très
humble. Je me suis basé sur du factuel, avec des vidéos. Mais l’eschatologie, c’est
très très délicat. C’est mon humble étude, encore une fois. Ne prends pas tout ce que
je te dis pour argent comptant. Une seule chose est sûre : c’est que Jésus est notre
seul Sauveur, il est le seul à pouvoir nous sauver. » Comme je l’ai déjà précédemment
cité, « Je suis toujours mal à l’aise avec les grands hommes qui parlent trop
d’humilité… » (Billy Stangby dans le roman Le Père Élijah (1996) de Jonathan
O’Brien) Morgan Priest a la finesse de simuler qu’il ne prend pas la Bible au pied de
la lettre, en proposant le second degré interprétatif de la métaphore et du symbolisme.
Il a la prudence de ne pas s’annoncer comme le dépositaire d’une révélation divine
privée qu’il possèderait à lui tout seul et magiquement. Monsieur le Curé dissident se
fait généreux et discret : « Je ne suis pas prophète. Je ne suis pas gourou. » Même
s’il annonce pleins d’événements du futur, il éteint sa présomption de visionnaire par
un semblant d’humilité. Par exemple, concernant la date de la Parousie, il déclare : «
Je n’ai pas la date. » C’est presque beau. Et on y croirait quasiment…

Ce qui est discrètement choquant chez Morgan Priest, c’est la contradiction entre son
discours et les actes. Il dit que Dieu l’a sauvé et qu’il est un ancien sataniste… mais
pourtant, il en conserve toutes les caractéristiques. Pendant le temps de conférence, il
est saisissant de voir que parallèlement à la jovialité, le prêtre gothique a énormément
de mal à écouter. Dans sa manière de s’exprimer, il adopte parfois un ton injonctif
(quand il se dirige à son lecteur de la Bible, notamment) très surprenant, qui contraste
avec sa douceur d’apparat. Pendant le temps des questions, on peut constater qu’il n’a
pas de patience. Il coupe la parole à son auditoire. Mais personne ne semble s’en
rendre compte.

De plus, il cite la Bible et le Christ, mais sa démarche n’est pas une démarche
d’humilité et d’obéissance (à part d’obéissance littérale à la Bible). Il a l’air d’être
centré sur le Christ qu’il annonce clairement comme Fils de Dieu et comme Dieu
d’Amour. Mais il fait comme les protestants : il nie le corps ecclésial de Jésus qu’est
l’Église catholique pour ne réduire Dieu qu’à sa tête (= Jésus).

Il met en garde contre les dangers du satanisme, du magnétisme, de la franc-


maçonnerie, de la voyance. Du coup, il s’assure une solide couverture. Qui ira
suspecter un type passant son temps à dire que le diable est suprêmement intelligent,
de se laisser tromper par lui et de le servir ? Qui peut soupçonner un type prévenant
les autres contre lui-même de s’attaquer lui-même ? Qui peut soupçonner un type
affable et sympa, parlant super bien, s’annonçant comme un ex-sataniste et un ex-
franc-maçon, de retomber dans ses anciens travers ésotériques et satanistes ?

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Personne. Et pourtant, lui-même finit par se comparer au diable. « Satan, il se
déplaçait avec ses grandes ailes. Il était majestueux… comme moi ! Non, j’plaisante.
» (2h01’30) Il déclare qu’il faut se méfier des faux prophètes et des gens qui se
prennent pour Dieu (« C’est énervant de voir que certains se font prophètes. »)…
mais c’est pourtant ce qu’il fait en s’habillant comme un prêtre, et en
s’autoproclamant prélat par le choix de son pseudonyme ! Bref. Prudence, mes
enfants, prudence. Les faux prophètes sont tellement rusés qu’ils sont capables de
vous mettre en garde contre eux-mêmes pour s’innocenter à vos yeux.

h) Attaque ambiguë de l’Antéchrist contre l’Église catholique :

Mais il serait complètement naïf de penser que l’œcuménisme de la Nouvelle


Religion Mondiale épargnera les catholiques. Si dans un premier temps il leur fout la
paix, ce n’est que pour mieux en pervertir certains, mieux croquer – en portions
hachées – le reste, et faire en sorte qu’ils s’étripent entre eux pour ne pas avoir à faire
la sale besogne. Cet œcuménisme fonctionne vraiment comme la « laïcité à la
française » (= le laïcisme idéologique soixante-huitard), je trouve : il privilégie toutes
les religions (Juifs, Musulmans, Bouddhistes, et même Protestants) à partir du
moment où le catholicisme ne les dépasse pas, voire carrément SAUF le
catholicisme. « ‘Toutes les religions sont les mêmes.’ Ils ne le disent pas comme ça
directement, mais c’est le message. » (le Père Smith s’adressant à Élijah, dans Le
Père Élijah, p. 440) L’œcuménisme du Culte Mondial, qui se veut pour un temps
égalitaire, gentil avec tout le monde, reconnaissant et impartial, repose en réalité sur
une haine profonde de la préférence religieuse, sur un refus de la primauté du Christ
et de son Église catholique (primauté car l’Église catholique est le meilleur chemin de
Vérité et a reçu l’entièreté de la Révélation divine), sur un mépris de l’universalité de
l’Église (qui, parce qu’Elle est aimante, s’adresse à tous sans exception, sans rejeter
personne), sur une haine anticléricale et antichristique féroce. « Les hommes avaient
appris la leçon sociale du christianisme, mais en la séparant de son divin
précepteur ; ou plutôt même, disaient-il, c’était malgré lui qu’ils l’avaient apprise. »
(Le Maître de la Terre, pp. 293-294)

Alors vous vous en doutez un peu. Rusé comme il est, l’Antéchrist ne va pas s’en
prendre au christianisme et à Jésus frontalement. Il va le diluer peu à peu dans la
métaphore (de la Charité, de la spiritualité, de la prière, de l’Eau, de la Lumière, de la
montagne, de la Parole, du Soleil, des petits oiseaux, du Cœur, des Larmes, de
l’Amour, des bonnes intentions humanistes). Un peu comme dans les chansons du
répertoire musical profane actuel (cf. la chanson « Dieu m’a donné la foi » d’Ophélie
Winter, « Ma Prière » d’Axelle Red, « Bien après l’au-delà » de Sofia Essaïdi, « Ma
Chance » d’Amel Bent) qui parlent de Dieu sans Le nommer. Dans un premier temps,

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c’est assez fou (et presque drôle si les conséquences sur le long terme n’étaient pas
dramatiques) de se rendre compte qu’entre le discours spirituel de l’Antéchrist et le
discours catholique officiel, il n’y a en apparence quasiment aucune différence…
Pour vous montrer le ravissement subjuguant de la contrefaçon du « magicien »
diabolique, je vais vous retranscrire un extrait du Maître de la Terre de Benson, où le
Père Percy (le narrateur catholique) se retrouve au milieu d’une assistance qui chante
un hymne maçonnique qui ressemble à s’y méprendre à certains chants chrétiens (…
de Glorious ou Grégory Turpin). C’est à l’occasion du « 50e anniversaire du vote de
la ‘loi des pauvres’ » : « ‘Seigneur, qui habites la terre et les mers…’ Madame Brand
lut les vers suivants, composés avec un heureux mélange de zèle et d’adresse pour
l’exaltation de l’idée humanitaire. L’hymne entier avait une allure religieuse ; un
chrétien même, à la condition de ne pas trop réfléchir, aurait pu le chanter sans
scrupule. Et pourtant sa signification était assez claire : c’était la substitution de
l’homme à Dieu comme objet du culte. L’auteur y avait introduit jusqu’à des paroles
du Christ, disant, par exemple, que le royaume de Dieu résidait dans le cœur de
l’homme, et que la plus grande de toutes les grâces était la charité. » (pp. 72-73)

La religion-philosophie de l’Antéchrist sera même prête à rendre hommage à Dieu, à


Jésus, en le nommant « Seigneur », ou même en citant la Bible (comme satan au
désert) et les grands saints. « Ma seule paix, mon seul bonheur, mon seul amour, c’est
toi Seigneur » (cf. la chanson « Ma Seule Paix » de Grégory Turpin et Natasha St-
Pier). Elle rendra même, dans un premier temps, hommage au Pape en tant que
personnage important pour le monde. Le problème, c’est qu’elle n’accepte pas que
Jésus-Dieu se soit incarné en tout être humain et pleinement dans l’Église-Institution
catholique. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il est tout à fait possible (même
si ce n’est pas souhaitable) de croire en Dieu et en Jésus et aux anges et même au
Pape, tout en méprisant l’Humain. C’est subtil. Mais la contrefaçon de la
misanthropie panthéiste (= individualisme protestant) nous pend au nez, d’autant plus
si nous sommes croyants.

L’Antéchrist n’a aucun intérêt à éradiquer massivement ni dans l’immédiat tous les
catholiques. Il ne connaît que trop bien la dangerosité des vrais et fermes serviteurs
humains de l’Armée de Marie ! Et puis il a plutôt intérêt à les imiter, à leur offrir
plein de cadeaux et à collaborer avec ceux qui parmi eux sont corruptibles, à
s’infiltrer discrètement dans les paroisses et la Curie. Il a besoin de certains laïcs et
clercs pour créer la division interne (dont je vais parler dans le chapitre suivant) : «
Ils [l’Antéchrist et ses agents] essaient de gagner à leur cause tous les joueurs
possibles dans le monde des arts, de la politique ou de la religion. Ils tentent une
entière reconfiguration de la culture mondiale. Une grande partie de leur travail est
déjà accomplie. Bien sûr que vous êtes important pour eux ! » (le Cardinal Stato
s’adressant au prêtre Elijah, dans Le Père Elijah, p. 207) ; « Le président a dit que

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malgré votre religion vous étiez une personne aux qualités exceptionnelles et pouviez
contribuer à quelque chose de valeur pour le nouvel ordre. […] J’ai compris qu’il
vous détestait et cependant voulait vous utiliser pour quelque chose. » (Anna
Benedetti s’adressant à Élijah, idem, p. 394) La Nouvelle Religion Mondiale, avant
de faire tomber son masque, va respecter, et même défendre en apparence le Pape, les
cathos, la foi, Jésus (en tant que personnage historique « marquant pour beaucoup de
gens ») et les lieux de cultes cathos : cf. Alain Juppé ou Éric Zemmour qui
soutiennent les « racines chrétiennes » de la France et de l’Europe, les ministres
francs-maçons Bernard Cazeneuve et Claude Bartelone qui viennent inaugurer la
Cathédrale de Créteil ou se montrer aux États Généraux du Christianisme à
Strasbourg, Manuel Valls qui souligne à l’occasion de la tentative d’attentat de
Villejuif que le respect du culte catholique est important et touche au cœur du
patrimoine culturel et spirituel de la République, etc. Ça ne coûte pas grand-chose de
cirer les pompes des évêques ou du Pape. À partir du moment où ils nous laissent les
dominer ! D’ailleurs, le Pape François fait en ce moment symboliquement son entrée
triomphale des Rameaux dans Jérusalem, en bénéficiant d’un capital sympathie de la
part des journalistes du monde entier… un œil bienveillant qui risque de se fermer
assez vite.

Pourquoi je me méfie de la sympathie pro-catholiques du Gouvernement Mondial ?


Tout simplement parce qu’elle n’est pas entière (elle est mêlée à une jalousie, un
cynisme, une méfiance, un mépris qui crèvent les yeux), et que peu à peu le nom de
Jésus est zappé. De plus en plus dans les discours officiels, l’Église catholique est
reléguée au statut de « patrimoine culturel intéressant », et rangée sur l’étagère du
supermarché spirituel au rayon frais en tant que « religion comme une autre »… ET,
implicitement, en tant que « religion aussi absurde et plus dangereuse que les autres »
! Dans Le Père Élijah, par exemple, l’Antéchrist traite le catholicisme de « religion
simpliste » (p. 418) : « Dans l’un de ses livres, le président dit que toutes les religions
sont seulement des mythologies incomprises. C’est pour cela qu’il peut vous envoyer
des cadeaux, comme s’il n’y avait pas de contradiction entre ses croyances et la
nôtre. » (p. 160) La sympathie catho friendly des suiveurs de l’Antéchrist est
purement tactique, scrupuleusement calculée, comme l’illustrent les propos du
Cardinal Stato au frère Élijah dans Le Père Élijah : « Nos autocrates ne sont pas des
tyrans vicieux. Ce sont les architectes du pouvoir mondial, et ils manipulent toutes
les ressources de la psychologie moderne pour contrôler l’âme de l’homme et en
faire un instrument à leur service. En un sens, ce sont de rigides puritains. Mais ces
puritains font le mal froidement, motivés par ce qui leur semble être les plus grands
idéaux. » (p. 432)

Une fois qu’aura sonné le glas du dernier grand soubresaut de la Jesusmania et de la


Papemania (qui descendront aussi rapidement qu’elles sont montées
médiatiquement : à mon avis, les JMJ 2016 devraient être cet ultime soubresaut),

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Jésus risque même d’être très vite présenté par l’Antéchrist et le Gouvernement
Mondial comme l’« idiot utile » des guerres de religions qui auraient défiguré
l’Humanité depuis vingt siècles, de passer pour le méchant, le satan en personne. Il
faut savoir que la Religion Mondiale, de type prométhéen, oppose un « Dieu
Civilisateur », ami des hommes, à un « Dieu Tyrannique », auteur du Déluge et
identifiable au Dieu de la Bible. En réalité, satan veut faire croire que Dieu est un
tyran qui craint de perdre son pouvoir si les hommes accèdent à la Connaissance. La
notion de Bien et de mal gêne visiblement l’Antéchrist : c’est pourquoi il la détourne
en enjeu de connaissance des lois de l’Univers, qui accroîtra le pouvoir de l’Homme
et lui permettra de se faire Dieu (comme nous l’avons étudié dans le précédent
chapitre).

Le Nouveau Culte Mondial, après avoir trouvé la foi catholique « mignonne », «


touchante » quoiqu’un peu kitsch, va très très hâtivement la transformer en
superstition dangereuse et orgueilleuse à éradiquer. Pour le Nouvel Ordre Mondial, il
est hors de question de laisser l’Église catholique vaquer tranquillement à ses
occupations d’évangélisation et créer de nouveaux « malades ». « La récente
encyclique démontre que l’Église de Rome s’attache à maintenir une sorte d’autorité
absolue sur la conscience, ce qui nie le concept de liberté personnelle et contredit les
objectifs déclarés de l’encyclique. » (une passagère de l’avion que prend Élijah,
gagnée à la cause de l’Antéchrist, dans Le Père Élijah, p. 25) ; « Ils [les progressistes
antithéistes] veulent que l’Église fasse des excuses publiques aux Musulmans pour
les croisades, aux Chinois pour nos missionnaires, aux Indigènes pour la conversion
du Mexique, et cetera. Il y a encore un tas de coulpes à battre ; à peine visible
derrière tout cela, il y a un mépris pour l’appel évangélique de l’Église. » (le Père
Smith s’adressant à Élijah, idem, p. 440) L’Antéchrist et ses adeptes entendent «
réformer l’Église de l’intérieur » (Jean-Claude Lozac’hmeur, Les Origines
occultistes de la franc-maçonnerie, p. 155) : « Il s’agit de ramener le catholicisme à
la seule loi de la Raison. » (idem).

En plus de cela, le Pape est vu comme un obstacle à l’Unité de l’Œcuménisme


interreligieux promue par l’Antéchrist (un œcuménisme qui ne veut pas faire de
différences entre les cultes, ni de favoritisme en plaçant l’Église catholique au-dessus
des autres) : « Le docteur Félix von Tilman, ancien prêtre et actuel directeur de
l’Institut d’études religieuses et politiques de Gaia, appelle à ‘l’œcuménisme
profond’. Il affirme qu’il y a un consensus parmi les théologiens selon lequel le Pape
accorde trop d’importance au concept de vérité absolue au détriment d’un dialogue
entre les religions du monde. » (Le Père Élijah, p. 25) L’Antéchrist sous-entend que
le Pape serait comme un vieux poisson dans son bocal romain qu’il vaudrait mieux
laisser mourir de sa belle mort : « Le président sourit brusquement : ‘Vous avez un
proverbe : le Pape est le prisonnier du Vatican.’ S’il vous plaît dites-lui que moi aussi
je suis prisonnier – le prisonnier de la civilisation. » (l’Antéchrist s’adressant à

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Élijah, et trouvant un prétexte pour ne pas se déplacer vers le Pape, idem, pp. 144-
145) Le Souverain Pontife est ridiculisé par les mass médias qui le font passer pour
un sénile : « Les médecins déclarent le Pape incompétent. » (p. 371) Pire que ça.
Comme il est gentil et bon tout en étant supposément dangereux, il est très vite
présenté comme un imposteur, comme l’Antéchrist en personne, qui a caché
perversement son jeu depuis le départ ! Dans son opuscule Lux in Tenebris
(littéralement « La Lumière dans les Ténèbres »), Comenius, précédemment cité,
révéla son objectif ultime : « Le Pape est le grand Antéchrist de la Babylone
universelle. La Bête à tout faire de la courtisane, c’est l’Empire Romain
(Germanique) et spécialement la Maison d’Autriche. Dieu ne tolèrera pas longtemps
ces choses ; bien mieux ; il détruira le monde des impies dans un déluge de sang. À
la fin de la guerre, la Papauté et la Maison d’Autriche seront détruites. Cette
destruction sera le fait des nations fatiguées de leur despotisme. » (Comenius, cité
dans Les Origines occultistes de la franc-maçonnerie, de Jean-Claude Lozac’hmeur,
p. 116) On sait que l’un des résultats de la Première Guerre mondiale fut précisément
la destruction de l’Autriche-Hongrie. Quant à la crise actuelle de l’Église Catholique,
elle sert trop les projets des Initiés maçonniques pour être due au hasard. En
décembre 1958, l’UNESCO célébrait avec éclat le troisième centenaire de la
publication des œuvres pédagogiques complète de Comenius, qui est l’une des
figures de proue de la Franc-Maçonnerie mondiale (quand même !). Je souligne au
passage que la Franc-Maçonnerie est à l’origine de toutes lois anticatholiques votées
et appliquées en France sous la Troisième République, à savoir : le décret proscrivant
les congrégations enseignantes non autorisées (1880), l’expulsion des ordres religieux
(1881), la création de l’école gratuite, obligatoire et laïque (1882), le rétablissement
du divorce en 1884 (alors qu’il avait été supprimé en 1816 sous Louis XVIII lors de
la Restauration), la suppression des congrégations (1904), la séparation de l’Église et
de l’État (1905). Et cela continue aujourd’hui avec les lois sur l’avortement, la
contraception, l’union libre, l’homosexualité et déjà l’euthanasie et le clonage
humain. La Franc-Maçonnerie travaille activement à la progressive « divulgation du
complot catholique » (Le Maître de la Terre, p. 255)

Globalement, les « athées » autoproclamés de l’Antéchrist partent du principe que


l’Église catholique est trop clivante : « Songez comme le christianisme a échoué,
comme il a divisé les nations. » (Mabel dans Le Maître de la Terre, p. 126) ; « Avec
ses copains, Von Tilman condamne les organes de la religion institutionnelle comme
étant les vrais monstres de l’Histoire. » (Le Père Élijah, p. 40) L’Église de Jésus
serait terroriste. Elle aurait traumatisé des générations et des générations avec cette
histoire obscurantiste et moyen-âgeuse du « mal », du « diable », du « péché », de l’«
enfer », pensez-vous ! « Et l’enfer : comment avez-vous jamais pu croire à cette
chose horrible ? Rendez-vous compte que cette religion d’autrefois n’était rien qu’un
odieux cauchemar ! » (idem, p. 127) Elle ne ferait pas assez corps avec l’Ensemble
Cosmique que veut réunir l’Antéchrist : « Il n’y avait au monde qu’une seule religion

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dont l’existence fût dangereuse, par la prétention qu’elle manifestait à une autorité
universelle : la religion catholique. Les sectes de l’Orient, dont chacune gardait son
individualité propre, n’en avaient pas moins trouvé, dans l’Homme nouveau,
l’incarnation de leur idéal, et, par conséquent, s’étaient soumises à la suprématie du
grand corps total dont il était la tête. Mais la religion catholique, elle, avait pour
essence la trahison contre la véritable idée de l’homme. […] Les catholiques,
délibérément, se retranchaient de ce corps total. Ils étaient comme des membres
morts, se soumettant à la domination d’une force extérieure autre que celle qui aurait
pu les faire vivre ; et, par cet acte même, c’était le corps tout entier qu’ils mettaient
en danger. Le refus des chrétiens de puiser leur vie à la source commune, voilà quel
était leur crime ! » (Le Maître de la Terre, pp. 329-330)

En plus, la Nouvelle Religion Mondiale trouve depuis un bon bout de temps l’Église
trop sexiste, machiste et misogyne. Il ne faut pas perdre de vue que, selon les
libertaires, Dieu n’a pas de sexe (Jésus ne compte pas !) ou bien Il est tous les sexes
et aucun à la fois puisqu’Il serait un ange de lumière (= Lucifer). Les adeptes du New
Age développent depuis toujours le « mythe pansexualiste du ‘féminin sacré’ »
(Monseigneur André Léonard, Les Raisons d’espérer (2008), p. 93). « Dieu est une
femme lesbienne noire ! » Mais bien sûr…

Autre point dogmatique qui « incrimine » les catholiques. Pour l’Antéchrist et sa


religion, le pardon n’existe pas, puisqu’il fait injure à la raison et à la « vérité »
objective qu’est le réel physique et surnaturel, puisque la culpabilité ne doit pas
exister, et que le mal ou le Bien sont des créations du « vieux » christianisme ! : « Ce
pardon, nous l’avons tous, puisque nous savons décidément que ce qu’on appelle
péché n’existe pas ! Et puis, il y a la communion. Vous vous figuriez qu’elle vous
faisait participer à Dieu : eh ! bien, nous participons tous à Dieu, par le seul fait que
nous sommes des êtres humains ! Ne voyez-vous pas que votre christianisme était,
simplement, une manière d’exprimer tout cela ? Je veux bien que, pour un temps,
c’ait été l’unique manière : mais maintenant, il n’en est plus ainsi !’ » (Mabel dans
Le Maître de la Terre, 126) ; « Il y avait quelque chose d’infiniment supérieur au
repentir : la connaissance des crimes dont l’homme était capable, et la volonté de
mettre à profit cette connaissance. » (Conviction des francs-maçons exprimée dans
Le Maître de la Terre, p. 279)

Les conséquences pratiques des désaccords et des reproches que l’Antéchrist et ses
suiveurs font à l’Église catholique, ce sont bien sûr les persécutions (aussi appelées
dans le jargon eschatologique « les Tribulations » ou « La Dernière Passion du Christ
»). Et celles-ci s’opèrent d’ailleurs toujours pour d’excellentes raisons : au nom de la
justice et même de la sainteté et de la charité. « Pour assurer la sécurité de la
sainteté de l’existence humaine » (Le Maître de la Terre, p. 255) L’Antéchrist et ses
agents athées prônent un assainissement mondial, une épuration ethnique et religieuse

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complète (cf. le malthusianisme évoqué plus haut) : « Il y a deux problèmes majeurs
dans le monde actuel. Le premier, c’est qu’il y a trois milliards d’habitants en trop
sur cette planète et faut qu’ils dégagent. Le second problème, c’est l’Église
catholique romaine. Et faut qu’elle dégage. » (le jeune Américain, dans Le Père
Élijah, p. 23) ; « Votre Église est le seul obstacle pour faire de cette planète un lieu
sain. » (idem) ; « Le sempiternel rôle du théologien est révolu. » (p. 24)

Elles se traduisent comment, sur le terrain, ces persécutions ? Par exemple, dans le
roman Le Père Elijah d’O’Brien, les protagonistes catholiques sont obligés de se
cacher, ils sont surveillés de partout. Élijah, notamment, rencontre le Cardinal Draco
dans les catacombes (p. 351) pour ne pas être écouté. « Nul endroit n’est sûr pour des
gens comme nous. » (p. 30) lui avoue un de ses confrères prêtres, Billy Stangby. On
déplore des « incidents anticléricaux dans la campagne » (p. 383) mais surtout en
ville. Élijah est obligé de s’expatrier en Terre Sainte pour sauver sa peau.

Dans le roman d’anticipation Le Maître de la Terre (1905), l’Antéchrist planifie une


vaste « entreprise de purification » (p. 267) du catholicisme, l’« extermination finale
et complète de la peste catholique » (p. 268). Les persécutions anti-cathos sont
marquées (c’est logique) par la grande absence de Felsenburgh au moment des
forfaits : « Il se livrait au repos et à la méditation dans sa mystérieuse retraite
d’Orient. » (p. 269) Comme Ponce Pilate, l’Antéchrist délègue le massacre des
chrétiens à son peuple et livre les grandes villes aux mains des athées. « Le Nouveau
Peuple en majuscules énormes, affirmait que ‘la ville de Londres était enfin purifiée
de tout vestige de l’ignoble et malfaisante superstition de la croix’. » (p. 266) ; « À
présent, pas un seul édifice, à Rome, ne restait debout. » (p. 267) Aux yeux des
contemporains de l’Antéchrist, l’Église catholique est un vestige de l’obscurantisme,
« une preuve de l’hostilité irréconciliable de la superstition contre le progrès » (p.
144). Benson a imaginé dans sa fiction romanesque l’existence d’un « recensement »
(p. 351) nommé « le décret nouveau » (p. 351) ou « loi de probation » (p. 378), qui
consiste à décerner à chaque être humain un « certificat cultuel » (p. 265) qui le
classifie dans telle ou telle communauté de croyances. C’est le rejeton de l’étoile
jaune des Juifs des camps nazis, ou encore du triangle rouge pour les cathos et les
protestants. Bien entendu, l’issue de ce fichage confessionnel n’est pas clairement
dévoilée, mais c’est la mort : « Tous les hommes vont être interroger sur leur
croyance en Dieu, et tués s’ils avouent leur croyance. » (Mabel interrogeant son mari
Olivier, dont le silence vaut acquiescement, p. 334) À la fin du roman, le
Gouvernement Mondial lance carrément son aviation et ses bombes sur la ville de
Rome pour l’assiéger et la détruire : il est question de l’« expédition des aériens vers
Rome » (p. 255), « des églises incendiées, des catholiques traqués, des corps de
l’enfant et du prêtre portés par les rues, de la destruction des églises et des couvents
» (p. 259). La violence de la réponse du Gouvernement de l’Antéchrist contre les

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Chrétiens va même finir par poser un cas de conscience passager à ses suiveurs, qui
seront partagés entre le détermination à demeurer dans « leur fidélité à leur foi
humanitaire » (p. 258) et « leur haine de ces crimes commis au nom de la justice ».
Un mélange entre ténacité et dégoût. Robert-Hugh Benson décline la persécution
gouvernementale anti-chrétienne en différentes phases historiques et formelles. « La
persécution, dit le père Percy au Pape, est certainement en train d’approcher. […]
Jadis, dans les premiers temps du christianisme, l’attaque de Satan s’était produite
sur le corps, avec des fouets, et du feu, et des bêtes féroces ; au XVIe siècle, elle
s’était produite sur l’intelligence ; au XXe siècle, elle avait eu pour objet les ressorts
les plus intimes de la vie morale et spirituelle. Maintenant, il semble que l’assaut va
être dirigé des trois côtés à la fois. Cependant, ce qui mérite surtout d’être craint,
c’est l’influence positive de l’humanitarisme. […] La persécution, s’écrit Percy, doit
être accueillie comme le salut, et demandée à force de prières ; mais il craint que les
autorités, dans leur ruse diabolique, ne reconnaissent trop la manière de distribuer
l’antidote avec le poison. Sans doute, il y aura des martyres individuels, et en très
grand nombre : mais ceux-là auront lieu malgré les gouvernements, et non pas à
cause d’eux. Enfin, Percy s’attend à voir, d’un jour à l’autre, l’humanitarisme revêtir
le déguisement de la liturgie et du saint-sacrifice ; quand il aura réussi à obtenir
l’adhésion des peuples pour ce déguisement sacrilège, c’en sera fait de la cause de
l’Église, si Dieu ne consent pas à intervenir ! » (pp. 161-162) Je retraduirais en disant
que cette persécution décrite par Benson descend davantage comme une foudre, par
des attaques atomisées, isolées, presque invisibles (il nous parle par exemple de la «
dispersion des catholiques irlandais, et çà et là, quelques exécutions individuelles et
par petits groupes », p. 289) que comme une rafle massive. À noter que, à la fin du
roman, le Pape trouve asile en Terre Sainte.

Dans le Court Récit sur l’Antéchrist de Soloviev, il ne reste suite aux persécutions
plus que 45 millions de chrétiens sur toute la surface de la Terre. Petite note
d’Espérance malgré tout : « Le catholicisme avait gagné en qualité ce qu’il avait
perdu en quantité. La papauté avait depuis longtemps été chassée de Rome et, après
avoir beaucoup erré, le pape avait trouvé refuge à Saint-Pétersbourg, à condition de
s’abstenir de toute propagande dans la ville et à l’intérieur du pays. » (p. 169) ; «
L’Église protestante ne comptait plus que des croyants sincères. » (p. 170) ; « Le petit
reste des fidèles est repoussé au désert. » (Soloviev dans sa préface aux Trois
Entretiens, p. 14)

Les persécutions, et l’entrée de l’Église Universelle dans la Passion du Christ, sont


des réalités bibliques. Si vraiment nous nous disons catholiques et nous assumons
pleinement notre foi, il y a fort à parier que le martyr soit incontournable pour nous,
et dans un avenir très proche : « Tous les croyants sont potentiellement obligés au
martyr. » (Erik Peterson, Essai sur l’Apocalypse (1935), p. 98) Joie ! Vous vouliez
mourir utilement et héroïquement, mais vous ne saviez pas comment faire ni à quelle

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occasion ? Les opportunités ne manqueront pas !

Ça a le mérite d’être clair dans l’esprit de l’Antéchrist. Au bout du compte, « son


projet est la démolition et la reconstruction complètes de la Maison de Dieu. » (Le
Père Elijah, p. 39). Vous avez bien entendu : RECONSTRUCTION. Pas uniquement
destruction, contrairement à l’idée reçue. « Il croit qu’il sauve l’Église, alors qu’il est
en train de la miner et cela précisément à ce moment de l’histoire où nous aurions
besoin de garder tous nos esprits. » (p. 40) Il nous faut – et ce n’est pas facile – entrer
dans le paradoxe intentionnel de l’Antéchrist, cette sincérité QUI FAIT LE MAL
POUR LE BIEN. Dans sa conférence sur le diable aux Cours Wojtyla (octobre 2015),
le père Philippe de Maistre a très bien expliqué que le diable veut sincèrement « aider
» Dieu à récupérer sa toute-puissance, à ne pas s’abaisser à l’Humanité, à retrouver sa
grandeur et sa royauté d’avant la création des êtres humains et avant qu’Il ne partage
« lamentablement » sa couronne avec eux (par son fils Jésus et sa fille Marie), en
privilégiant les Hommes aux anges ! « L’homme du péché niera la divinité du Christ
et s’élèvera lui-même à Sa place. » (Le Père Élijah, p. 188)

Selon Vladimir Soloviev, « l’Antéchrist croit en Dieu, mais surtout en lui-même. Il


respecte le Christ, mais le considère comme un simple précurseur de l’ordre nouveau
dont lui, le surhomme européen, va être le réalisateur » (Court Récit sur l’Antéchrist,
p. 188). « Conscient de posséder en lui une haute force spirituelle, l’Empereur s’était
toujours montré spiritualiste convaincu, et son intelligence ne manquait jamais de lui
montrer la vérité de ce en quoi on devait croire : le bien, Dieu, le Messie. Il y croyait
mais il n’aimait que lui-même. Il croyait en Dieu mais au fond de son cœur il ne
pouvait s’empêcher de se préférer à Lui. » (Monsieur Z. dans Court Récit sur
l’Antéchrist, p. 159)

L’Antéchrist, c’est vraiment l’antithèse de saint Jean-Baptiste. C’est l’annonciateur


du Christ qui n’a pas l’humilité de Lui laisser la place, de s’effacer pour Lui. « En un
mot, il pensait être ce que le Christ avait été en réalité. » (Court Récit sur
l’Antéchrist, p. 159) ; « Initialement, il n’était pas non plus hostile à Jésus. Il
reconnaissait Sa dignité et Sa signification messianique mais, sincèrement il ne
voyait en Lui que le plus grand de ses prédécesseurs. » (idem) L’Antéchrist est le
Messager qui, dans une fulgurante inversion, se substitue à la Bonne Nouvelle qu’il
était chargé de délivrer : « La Mission du Christ consistait à annoncer et à préparer
ma venue. » (p. 160) a-t-il le culot de prétendre à tous. Force est de constater que la
manœuvre malhonnête et orgueilleuse de l’Antéchrist eus égard à Jésus, cette
reconnaissance pro-christique mi-honorifique mi-condescendante, on l’observe à
l’identique dans l’Islam : « Mahomet, par exemple, considérait ses rapports avec le
Christ de façon semblable, et c’était un juste que l’on ne peut accuser de mauvaises
intentions. Cet homme imbu de soi se préfèrera donc au Christ et le justifiera par le
raisonnement suivant : ‘Le Christ fut le réformateur de l’humanité, mais moi j’ai

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pour vocation d’être le bienfaiteur de cette humanité en partie réformée et en partie
irréformable. Je donnerai aux hommes ce qu’il leur faut. Le Christ, en tant que
moraliste, divisait les hommes entre le bien et le mal ; moi, je les unirai par des biens
qui sont tout aussi nécessaires aux bons qu’aux méchants. Je serai le véritable
représentant de ce Dieu qui fait lever son soleil sur les justes et les pécheurs. Le
Christ a apporté le glaive, j’apporterai la paix. Il a menacé la Terre du jugement
dernier ; mais le juge dernier ce sera moi.’ » (idem, p. 160) Voilà. On l’aime bien,
Jésus, au village/au bled ! On L’« estime » d’un « respect » jaloux et haineux.

L’Antéchrist ne s’oppose pas complètement à Dieu. Il réclame juste son initiale


seconde place au Ciel ! Il ne veut que dégommer Jésus et devenir Lui. Et il le fera
plutôt bien, d’un point de vue bassement terrestre, médiatique, quantitatif et
instantané. Saint Cyrille de Jérusalem avait prédit que l’Imposteur « simulerait la
prudence, la pieuse clémence et la philanthropie ». L’Antéchrist se reconnaîtra à ce
qu’il prétendra clore l’histoire du monde et viendra congédier le christianisme, se
comportera moins en païen qu’en post-chrétien. Ce n’est pas pour rien que Saint
Hippolyte de Rome l’appelait « le Trompeur ». La contrefaçon a failli être parfaite. «
La Franc-Maçonnerie n’est pas athée comme on pourrait le croire, mais bel et bien
antithéiste. » (Jean-Claude Lozac’hmeur, Les Origines occultistes de la franc-
maçonnerie, p. 125)

L’attitude de l’Antéchrist vis à vis de l’Église catholique suit un double moment : un


rapprochement fusionnel puis une terrible trahison et tentative de meurtre. À l’image
du baiser de Judas. Effectivement, l’Antéchrist « souhaite utiliser l’Église autant
qu’il en a besoin, dit le Pape. Mais il la méprise, parce qu’il n’a jamais compris sa
nature divine. Il ne comprend pas sa force. Il croit que c’est seulement une institution
humaine. » (le Pape dans Le Père Elijah, p. 60) ; « Il n’est pas ouvertement contre
nous, du moins pas encore, dit le Pape. Mais il se prépare. Il se pourrait qu’il y ait
encore du temps. Il y a peut-être de l’espoir au-delà de l’espoir. Je n’appelle
personne Antéchrist tant que son âme est suspendue dans la balance, tant qu’il est
toujours libre de choisir le bien. Mais avec la plus grande certitude, je vous dis que
ses idées évoluent dans le royaume de l’Antéchrist. » (idem, p. 61) ; « Il souhaite
qu’il soit vu dans la presse mondiale qu’il ne va pas vers le Pape ; le Pape vient à
lui. » (le Pape en parlant de lui-même à la troisième personne, idem, p. 60) Le pire, je
trouve, c’est que l’Antéchrist fait croire que Jésus est jaloux de lui, pour ensuite
rendre le Sauveur détestable aux yeux des Humains : « Il n’y a plus de lumière dans
le monde sauf une, conclut le président hors de lui, celui qui est le porteur de
lumière, l’ange de lumière qui a été mis à terre par la jalousie de Dieu ! » (le
Président s’adressant à Élijah, dans Le Père Élijah, p. 529) Alors qu’en réalité, c’est
lui qui est jaloux du Christ !

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Je crois, pour finir ce chapitre sur les attaques du démon contre Jésus et les chrétiens,
que le gros du litige qui sépare (qui a séparé) le diable du Christ, c’est la Croix de la
Vérité, tranchante comme un glaive. « ‘Pensez-vous que Je sois venu porter la paix
sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division.’ Il est venu apporter sur terre la
Vérité et, tout comme le bien, elle divise avant tout. » (Monsieur Z. dans Trois
Entretiens, p. 114) En effet, dans le roman Le Maître de la Terre de Benson, un article
de journal défendant la présidence mondiale de l’Antéchrist, présente Jésus comme le
méchant diviseur parce que la Vérité qu’Il apporte est un glaive et non la paix
mondaine : « ‘J’apporte non point la paix, mais un glaive !’ disait le Christ ; et l’on
sait combien amèrement vraies se sont trouvées ces paroles. – ‘Je n’apporte pas un
glaive, mais la paix !’ est la réponse, enfin nettement formulée, de ceux qui ont
définitivement renoncé à suivre le Christ, ou qui jamais n’ont accepté de le suivre.
Les principes d’amour et d’union de notre Occident a appris à comprendre et à
appliquer, durant le siècle passé, ont maintenant été adoptés aussi par l’Orient. Il n’y
aura plus d’appel aux armes, mais à la Justice ; les hommes ne s’adresseront plus à
un Dieu qui s’obstine à se tenir caché, mais bien à l’Homme qui a appris sa propre
divinité. Nous allons déférer tous nos actes, toutes nos paroles, et toutes nos pensées
au Tribunal de l’Amour et de la Justice. Tous les codes auront à être détruits, toutes
les barrières à être renversées. Chaque parti devra s’unir avec l’autre parti, chaque
nation avec l’autre nation, et chaque continent avec l’autre continent. Rien ne
subsiste plus de l’ancienne peur qui pesait sur nous ; nous n’avons plus à craindre ni
les dangers de la vie présente, ni ceux d’une soi-disant vie future, dont
l’appréhension a paralysé toute l’activité des générations précédentes. » (p. 121)
L’Antéchrist n’a pas compris que la seule paix véritable n’est pas l’absence de
combat ou de guerre, mais au contraire la Paix du Christ, et donc précisément un
combat au service du Christ : « Je vous donne MA Paix. Non pas celle qui vient du
monde, mais celle qui vient de mon Père qui est aux Cieux. » dit Jésus.

L’Antéchrist rêve d’une paix factice. Une paix aseptisée telle que la conceptualise
comme par hasard l’OTAN, dont le slogan est exactement le même que la réaction
qu’auront les gens juste avant l’arrivée du Christ au Jugement Dernier, réaction
prédite dans la Première Épître de saint Paul aux Thessaloniciens : « Paix et Sécurité
» L’Agent de satan croit en une vérité gentillette, désincarnée, peu exigeante, diffuse
partout, sans forme, ne séparant rien, une vérité qu’il distribuerait égalitairement à
tous et selon son bon plaisir… parce que, bien entendu, il veut être le principal à
distribuer les cartes. Par exemple, dans le Court Récit sur l’Antéchrist de Soloviev, la
« Ligue Universelle pour la Paix » (p. 167) impose sa bien-pensance pacifiste à la
Terre entière : le mot « guerre » est même banni. L’Antéchrist, via son livre
ésotérique La Voie ouverte vers la paix et la prospérité universelle récolte un franc
succès car il propose un idéal enthousiasmant qui n’impose aucun renoncement à soi.
Il oriente l’Humanité vers des sommets pacifiques auxquels chacun peut avoir accès
de plain-pied, sans devoir corriger ses erreurs. Partout, dans ce livre étonnant, les

60
valeurs chrétiennes ou évangéliques sont reconnues et honorées, mais d’une manière
telle que chacun peut s’y reconnaître, car leur mise en forme est strictement
universelle et correspond aux idéaux de la raison humaine. Certes, quelques chrétiens
protesteront, en faisant remarquer que, dans ce livre qui consacre les valeurs
chrétiennes (avec plein de belles « leçons de vie »), jamais le nom du Christ n’est
mentionné. Mais les chrétiens plus éclairés les feront taire. « Jusqu’ici on a trop
parlé du Christ ! Mieux vaut aujourd’hui le protéger d’un zèle excessif. L’essentiel
n’est-il pas que les valeurs fondamentales du christianisme soient présentes dans
l’ouvrage ? » L’Antéchrist se targue d’être plus gentil, plus pacifique, et moins
exigeant que Jésus. Et son maître, satan, a eu au moins le mérite de ne rien lui
demander, de ne pas lui imposer la souffrance, la mort, ni une quelconque Croix : «
Je t’aime et je ne te demande rien. Je n’exige rien de toi. Par amour pur et
désintéressé pour toi, je t’aiderai.[…]Dieu a demandé le sacrifice de la croix, moi, je
ne te demande rien, je te donne tout, reçois mon esprit. » (le diable s’adressant à
l’Antéchrist, idem, p. 162)

Justement, dans les deux opus de Vladimir Soloviev (les Trois Entretiens, suivis du
Court Récit sur l’Antéchrist), une grosse partie des débats se concentre autour de la
question de la légitimité de la guerre, voire la sainteté de la guerre, précisément au
moment où le monde voudrait bannir toute guerre et la diaboliser. « Nous ne voulons
que du Pain ! Pas de la Coupe ! Nous ne voulons que de l’Amour ! Pas de l’Épée ! »
Chez Soloviev, le personnage du Prince, qui est le doublon de l’Antéchrist, se dit
pacifiste et anti-guerres… et c’est pourtant le plus prétentieux et le moins amoureux
de la Vérité de tous les convives qui entourent la Dame. Car au fond, il refuse la juste
guerre qu’est le don entier de soi. Les autres protagonistes des Trois Entretiens, au
contraire, font d’abord le constat amer du désamour mondialisé des êtres humains à
l’encontre de la guerre… désamour qui annonce la fin des temps, la démission
suicidaire de l’Homme face à Lui-même, et l’émergence d’une Troisième Guerre
Mondiale dramatique pour l’Humanité (Car en effet, que vaut la vie humaine sans
combat, et sans combat pour Jésus, pour l’Amour ? que vaut le monde s’il ne se bat
pas pour sa culture et pour tous les êtres humains sans exception, y compris les plus
fragile ? Où est la croissance de l’Homme et son bonheur, sans challenge, sans
sacrifice, sans effort, sans renoncement, sans Croix ?) : « La guerre revêt un
caractère nouveau : l’absence d’effusion de sang » (l’Homme politique, p. 81) ; « Le
duel ainsi que la guerre sont rangés définitivement dans les archives de l’histoire. La
civilisation authentique qui exige la complète disparition de toute bagarre entre
hommes et entre nations. En tout cas, la politique de paix est le critère et le
symptôme de progrès de la civilisation. » (idem, p. 105) ; « La période militaire de
l’histoire a pris fin, en Russie comme partout. Partout la guerre a été à un certain
moment le moyen principal et inévitable de protéger et de consolider l’existence de
l’État et de la nation, et partout, ce but ayant été atteint, elle perd son sens. Demain
la guerre n’aura plus de sens nulle part. Il est remarquable qu’à mesure qu’elle perd
sa signification pratique, la guerre perd aussi, quoique lentement, son auréole

61
mystique. » (idem, p. 71) ; « Je suis convaincu que la guerre n’est pas le mal absolu,
et que la paix n’est pas le bien absolu, ou, simplement, qu’une guerre bonne
demeure tout aussi possible qu’une paix mauvaise. » (Monsieur Z., p. 29) Ne serait-
ce que parce que le mal existe et qu’il fait souffrir, il mérite, selon Soloviev (et selon
son double narratif, Monsieur Z.), que nous luttions pour le combattre, que nous
rentrions en guerre. Il nous faut « résister au mal par la force » (p. 187) soutient
Monsieur Z.. Sans ça, il ne disparaîtra pas. C’est un devoir divin, une vocation noble
et nécessaire, de « résister violemment au mal » (idem). À travers la figure du
Général, Soloviev défend le constat particulièrement vérifiable que tous les saints,
quand ils ne sont pas moines, sont soldats ! Il est question de « sainteté militaire », de
« sainteté soldatesque » (p. 72). La Guerre, du point de vue de Soloviev (que je
partage !), est une affaire de Salut ! Pas de manichéisme polarisant la méchanceté
d’un côté et la gentillesse de l’autre. Jésus ne possède-t-il pas lui-même une armée ?

i) Schisme dans l’Église catholique (trahison interne) :

Les catholiques n’y sont absolument pas pour rien dans les persécutions qu’ils «
subissent ». Car, comme je viens de le démontrer, l’Antéchrist parvient à utiliser leurs
désunions pour les dresser les uns contre les autres, et les désorienter encore plus. Ce
qui signifie donc qu’il y a des traîtres parmi eux (pour ne pas dire parmi tous les
catholiques, puisque nous sommes tous pécheurs !), et qu’il a un schisme réel, larvé
et à mon avis déjà bien consommée dans l’Église catholique même. « Les ennemis
extérieurs ne sont qu’une partie du problème. Il y a des problèmes à l’intérieur de la
Maison de Dieu. » (le père Billy Stangby dans Le Père Élijah, p. 30) Rien qu’à voir le
positionnement des catholiques actuels par rapport à l’Union Civile, je suis bien placé
pour me rendre compte que peu obéissent et comprennent vraiment l’Église
catholique par rapport à ce seul sujet, pourtant crucial, de l’homosexualité, et
finalement aussi du célibat consacré.

Ce schisme ecclésial étant tactique et honteux aux yeux des catholiques mêmes (oui,
c’est « légèrement » humiliant de découvrir que l’Ennemi satanique est à l’intérieur
de sa propre famille), on n’en sait pas grand-chose. On ne soupçonne pas son
existence. Un schisme ? Où ça ? C’est ridicule, voyons ! Le dernier Synode sur la
Famille (octobre 2015) a noyé le poisson à ce sujet, souri et joué l’unité familiale,
pour sauver médiatiquement la face et ne pas prêter le flanc aux attaques extérieures
du monde, à l’affût de la moindre faille. Idem pour pendant l’assemblée plénière de la
Conférence des Évêques de France en novembre 2015 à Lourdes.Le Gouvernement
Mondial, de son côté, par ignorance et surtout par calcul, attend que l’Église implose
petit à petit d’Elle-même à cause d’une désunion interne qu’Elle refuse de voir : «
L’Église clandestine subit une terrible persécution, mais seul un filet de nouvelles à
ce sujet nous parvient. Pendant ce temps, il y a un flot d’interviews de Vettore à
propos de l’Église patriotique. » (Le Père Élijah, p. 431) La conclusion papale du

62
Synode laisse pantois : « C’est la fin d’une Église qui juge. » Eh ben les amis, on est
cuits dans pas longtemps… Et ce n’est pas la création du Dicastère (qui ne « dit qu’à
se taire ») qui va reporter l’échéance et changer quoi que ce soit, à mon avis. Les lots
de consolation, ça ne sert à rien quand on n’identifie pas le chagrin et ses causes.

Dans un très prochain temps, beaucoup de catholiques et de prêtres, même fervents,


vont tourner le dos à Jésus pour Lui préférer son image « sympa » et/ou « stricte »
incarnée par son jumeau l’Antéchrist (même s’ils continueront, pour un temps, à
l’appeler « Jésus »). Car en effet, deux courants internes dans l’Église s’opposent à
Jésus, au Pape et aux gardiens du Magistère (et même s’ils n’aiment pas se l’entendre
dire, il s’agit en fait du même camp) : 1) les conservateurs – frange pharisienne,
fondamentaliste, rigide, trouvant Jésus trop gentil, trop laxiste, et le Pape trop
convivial – et 2) les progressistes – frange mondaine, idéaliste, émotionnelle,
sentimentaliste, trouvant Jésus trop radical et dogmatique et le Pape trop doctrinal. Et
pour couronner le tout, 3) s’ajoute au bal de la conspiration progressisto-
conservatrice le clan (nombreux !) des pondérés, c’est-à-dire des langues de bois
tièdes et suiveuses, des « François Bayrou ecclésiastiques » secrètement très critiques
et très râleurs, soi-disant centristes, modérés et confortablement installés dans ce
qu’ils appellent le « juste milieu », clan qui en réalité a les dents qui rayent le parquet
et qui attaquera en traître le Pape pour le renverser au moment opportun. Dans le
roman Le Père Élijah, celui qui incarne la fourberie de ces modérés mi-progressistes
mi-traditionnalistes, c’est le cardinal franc-maçon Vettore. À propos de ce dernier,
Billy Stangby prévient qu’on ne sait pas par où il va dégainer… mais ce qui est sûr,
c’est qu’il va dégainer ! « Tu serais incapable en parlant de lui, ou en lisant ses
publications, de dire s’il est libéral ou conservateur. Le résultat c’est qu’il est
considéré comme un modéré. » (p. 168) Contrairement aux prévisions des « tradis »
de l’Église catholique, qui actuellement préfèrent ne voir le danger du schisme que du
côté qui les arrange (à savoir le modernisme : ce loup pratique qui fait diversion) et
pas de leur côté (bien évidemment !), la scission dans la famille catholique s’annonce
plutôt, à mon avis, par la voie de la tiédeur des centristes et de la soif de « vérité »
(sans Charité) des conservateurs. Ces traditionnalistes, tirant la couverture à eux au
nom de la conservation/application scrupuleuse de la Sainte Doctrine, sont la
résurgence post-moderne des juges et des vieux scribes qui ont voulu recadrer Jésus à
son époque, le faire disparaître, et qui veulent maintenant mater la joyeuse
spontanéité du Pape François : « Quelques-uns de mes amis aux États-Unis ont
rejoint les schismatiques. Ils croient que plus vous êtes conservateur, plus vous êtes
orthodoxes. Ils sont plus catholiques que le Pape. » (Le Père Élijah, p. 436) Vlan
pour Civitas ! Vlan pour la réacosphère « catholique » ! Et vlan pour les cardinaux
modérés carriéristes ! L’aile conservatrice et modérée compte punir le Pape François
à ses yeux trop « communiste », « environnementaliste », « pastoral et pas assez
doctrinal ». Et ce règlement de comptes s’annonce MASSIF, les gars. « Il faut
s’attendre à ce que 99% des prêtres et moines se déclarent pour l’Antéchrist. »

63
(Vladimir Soloviev dans une lettre de mai-juin 1896 à Eugène Tavernier)

Jonathan O’Brien se veut à peine plus rassurant que Soloviev dans Le Père Élijah.
Quand le frère Élijah demande au Cardinal Stato si « l’infestation » démoniaque est «
considérable » au Vatican, et dans quelles proportions, ce dernier lui répond : « Ce
n’est pas un groupe très important, probablement une douzaine de cardinaux et
autant d’évêques. » (p. 201) Élijah demande alors des précisions : « Des ennemis
personnels du Pape ? » Le Cardinal rajoute : « Deux ou trois disent du bien de lui. »
Ça fait une petite moyenne ! en plus d’un bel euphémisme. Stato laisse entendre que
certains prélats trahissent le Pape non par réelle malveillance mais par ignorance,
négligence et manque de recul sur les dangers. Pire : par un optimisme que je
qualifierais personnellement de « façade Famille Chrétienne ».

Certains cardinaux, « séduits par une magnifique vision de l’avenir – une vision
spirituelle », une positive attitude en quelque sorte, « n’ont pas reconnu le péril » (p.
202) Le vieillissement couplé au choc des générations et des cultures n’aidant pas
certains cardinaux âgés à affronter sereinement et courageusement l’accélération
réelle de la libéralisation des mœurs à échelle mondiale et à oser l’adaptation aux
questions nouvelles (sur l’homosexualité en particulier, mais aussi sur le célibat),
toute une partie de la Curie Romaine freine des quatre fers pour ne pas voir que le
bateau catholique est objectivement menacé, voire qu’il coule. Elle surjoue le
soulagement. Elle n’ose pas le défaitisme et pense que l’immobilisme – avec le
discours familialiste et nataliste de bon aloi –, le profil bas, les compromissions et la
langue de bois, colmateront les brèches. Le diable profite de l’optimisme arbitraire et
scolaire du Vatican pour prendre le Clergé au dépourvu et en péché de peur niée. Et
rien de pire, quand il y a des urgences et des problèmes pressants à régler
(l’hétérosexualité en était un, l’homosexualité également), que de ne pas les nommer
et de continuer à faire comme s’ils n’existaient pas. Rien de pire que les faux effets
d’annonce et l’esquive. Car dans un premier temps, c’est sûr que ça rassure. Mais
après, la blessure cachée gangrène… et c’est là que l’amputation importante arrive.
Le réveil du Synode d’octobre 2015 risque d’être très violent quand le Clergé va se
rendre compte que la « Théorie du Genre » cachait l’hétérosexualité, que le dossier
des divorcés-remariés servaient de paravent médiatique au traitement de
l’homosexualité, que le mariage et la famille prenait la place du célibat consacré.
Déjà, rien que lorsque vous voyez la mention du mot « hétérosexualité » ou du mot «
espoir » dans les textes, vous pouvez vous dire que ça pue le diable et que rien n’a été
réglé ! Le Pape François a choisi la « sagesse » et la « tendresse » (moi, je dirais
plutôt la peur). Il est donc fortement prévisible qu’il soit éjecté pour « trop consensuel
», pour « mollesse » et pour « refus d’évoluer ». Et cela, par les conservateurs comme
par les progressistes comme par les modérés. Le Vatileaks de 2012, à côté, c’est de la
rigolade !

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Dans Le Maître de la Terre de Robert-Arthur Benson, il est carrément question d’ «
abjurations d’évêques », d’« apostasies » de la part des cardinaux qui continuent
pourtant de revendiquer leur statut sacerdotal… donc ils ne seront pas vus et ne se
considèreront pas comme « apostats » ni « traîtres » ! Attention. L’apostasie n’est pas
nécessairement consciente d’elle-même. Selon Soloviev, les suiveurs de l’Antéchrist
se disent « intellectuels », « chrétiens » : « Ils nomment évangile leur prédication,
mais en fait c’est un christianisme sans Christ et c’est un évangile, c’est-à-dire une
Bonne Nouvelle, sans cette réalité bonne qu’il conviendrait d’annoncer, sans
résurrection. » (cf. la Préface des Trois Entretiens de Vladimir Soloviev, p. 9) ; « Ces
gens-là continuent obstinément à se désigner comme ‘véritables chrétiens’ et à
recouvrir la prédiction de leur vide par des paroles évangéliques détournées de leur
sens. » ; « Ici comme là-bas, ils refusent de dire honnêtement, ni d’une façon directe
(par une parole résolue), ni d’une façon indirecte (par un silence éloquent), leur
véritable attitude envers le fondateur du christianisme, à savoir qu’Il leur est tout à
fait étranger, qu’Il ne sert à rien, et qu’Il ne constitue pour eux qu’un obstacle. »
(idem, pp. 10-11) Je vous le confirme parce que je le vois déjà (et que, pour ça,
l’homosexualité agit comme un sérum de Vérité extrêmement visionnaire) : ça va être
rapidement le gros bordel à la Curie ! Et dans un futur très proche, le chrétien lambda
ne saura pas bien quoi penser ni qui soutenir.

Je dois vous faire une confidence. Cette désorientation générale est prévue dans le
script écrit par Dieu, et est logique quelque part (de la logique surnaturelle, pas de la
logique rationnelle humaine). Le très certainement dernier Pape de l’Histoire de
l’Humanité, le Pape François, est désarçonnant, car il incarne l’Église de Pierre. Je ne
sais pas si vous avez remarqué – je m’adresse ici à ceux qui sont un peu honnêtes
sans pour autant avoir basculé dans l’extrémisme sédévacantiste ronchon et passéiste
à la Civitas qui ne voit dans les Papes post-concile Vatican II que des « imposteurs »
et des « Antéchrists » – mais à la tête de l’Église catho, aujourd’hui, on a un peu «
Boulet Ier du nom », si je puis me permettre. Le pape François est comparé, non sans
raison, à saint Pierre par la prophétie de saint Malachie (ce dernier lui a attribué la
périphrase « Pierre le Romain » et l’a annoncé comme le dernier des Papes). Ce n’est
pas du tout un hasard. En réalité, je suis persuadé que ce n’est « Boulet Ier » qu’en
apparences, car même s’il manque de formation et a des élans fougueux parfois
incompréhensibles et non-protocolaires, il est exactement ce Pape de Fin des Temps
qu’il nous fallait et que l’Esprit a choisi, car il est rassembleur, miséricordieux,
populaire, fraternel. Et c’est ainsi que l’a été Jésus juste avant de vivre sa Passion,
pendant la Sainte Cène (le moment de se réunir et de faire abstraction des querelles
internes). Le Pape Benoît XVI, plus docteur que pasteur, est en revanche le disciple
de l’Église de saint Jean. L’Église de saint Jean (Église spirituelle, mystique) est
résolument plus sage, solide, rapide et visionnaire que l’Église de saint Pierre (Église
d’Institution, Église-hiérarchie). Mais elle se plie, par obéissance, à l’Église de Pierre,

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sans s’opposer à Elle. Il en est exactement ainsi dans la Bible. Jean court plus vite
que Pierre au moment d’arriver au tombeau vide du Christ, et il comprend avant
Pierre… mais il le laisse passer devant. Idem pour une des pêches miraculeuses : Jean
repère plus vite… mais il laisse Pierre jouer son rôle de leader. Voilà pourquoi
l’Église a du mal avec les prophètes, car avec l’Église de Jean, Pierre ne maîtrise pas
tout (on peut penser à sainte Thérèse de Lisieux qui n’avait pas de père spirituel, à
sainte Faustine qui a mis beaucoup de temps à le trouver : en fait, c’est parfois long
de trouver des prêtres de l’Église de Jean).

La fidélité au Christ et au Pape ne sera pas plus brillante du côté des fidèles
catholiques. Et je me mets dans le lot ! Entre les carrément hostiles, les indifférents,
les peureux et les lâches, on va un peu halluciner de voir la déclinaison massive de
trahisons au sein de notre propre confession catholique. Oui, la Vérité n’est pas facile
à suivre. Car Elle n’est pas aimée dans notre monde et peut nous attirer beaucoup
d’ennemis, voire peut nous coûter la vie. Qui, parmi nous, peut assurer qu’il aura
jusqu’au bout le courage du martyr ? Personne.

Pour ne pas avoir d’emmerdes et pour sauver leur peau, pile au moment où la
catholicité va devenir une question de vie ou de mort, ce que j’appelle les « cathos
UMP » (Les Républicains, Sens Commun, et malheureusement aussi parfois Force
Vie et le PCD), tout comme les « cathos de gauche » (à la Erwann Binet, François
Hollande, Cécile Duflot), ainsi que les « cathos centristes » ou « dissidents »
(L’Avant-Garde) ou les « anars de droite » inclassables (du FN jusqu’à Frigide Barjot,
Civitas, en passant par le SIEL) vont quasiment tous retourner leur veste au moment
de la menace des persécutions, ou bien présenteront leur foi comme une réalité
relative, annexe, culturelle, éducative, de leur vie, une valeur ajoutée qui
s’accommode très bien de l’œcuménisme unificateur et pacificateur de la Nouvelle
Religion Mondiale. « Je suis certes catho… mais si j’étais né dans un autre pays ou
dans une autre famille, j’aurais pu tout aussi bien être protestant ou musulman. Il se
trouve que je suis catho, c’est vrai, mais je n’en fais pas un étendard. Si on me le
demande, je dis que oui et n’en fais pas de mystère. Mais si on ne me le demande pas,
je ne m’affiche pas comme catho. Je ne veux pas partir en guerre. Ce n’est pas bon
pour mon humilité. La foi, c’est d’abord dans les actes et pas dans les mots, c’est
dans le service et la charité du quotidien, c’est dans la présence silencieuse, et non
pas une carte politique, ni une étiquette du supermarché religieux qu’on affiche. Je
suis contre les étiquettes et les chapelles, de toute façon. Parfois, j’évangélise bien
mieux en restant discret que si j’avais affiché directement ma foi et que les gens
athées en face de moi se seraient braqués. » Voilà le beau panel d’excuses-bidon que
se trouvent déjà beaucoup de catholiques pratiquants pour se dire « chrétiens » plutôt
que « cathos ».

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J’observe, aussi bien chez les catholiques médiatiques que chez les catholiques «
ordinaires », aussi bien dans le Clergé que dans les radios et télés dits « chrétiennes »,
une peur d’annoncer clairement le Christ et surtout sa Croix. Je prendrai deux
exemples récents de situations discursives médiatiques où le nom de Jésus «
s’imposait » mais a été lamentablement zappé par un discours guimauve. D’abord le
passage radiophonique de l’homme politique Franck Margain du Si notre vie ne nous
appartient pas et que nous ne pouvons pas en faire ce que nous voulons, elle
appartient à qui, alors ? », a été infichu de répondre « À Jésus », et a bredouillé une
phrase tautologique d’une stupidité ahurissante « Notre vie appartient à… à… à la
Vie ». Ensuite, le passage-télé de Virginie Tellenne (alias Frigide Barjot), le 19
octobre 2015, dans l’émission C à vous sur la chaîne France 5, qui venait présenter
son nouveau journal-pastiche Notre Pape François, et qui au moment de devoir
expliquer ce que, concrètement, les Papes représentent, à savoir Jésus, s’est emmêlée
les pinceaux, a tourné 36 fois sa langue dans sa bouche, avant de sortir une niaiserie
rose bonbon complètement plate : « Nos deux Papes défendent la même chose… c’est
que nous devons… euh… le fait que l’Humanité ne doit pas oublier d’où elle vient et
qu’elle est là aussi pour aimer son prochain. Mais les deux Papes le disent. Et
François, lui, est un Pape des pauvres et un Pape du monde entier. ». J’aurais encore
sous le coude un troisième exemple de tiédeur cathodique/catholique, avec le
discours de Mgr Santier lors de l’inauguration de la Cathédrale de Créteil. Cet évêque
a été incapable de prononcer le nom de Jésus. De plus en plus maintenant, le nom du
Christ est remplacé par les valeurs qu’on lui attribue : l’amour, l’accueil des pauvres,
l’ouverture d’esprit, la gentillesse, le bonheur, la confiance, la prière, l’Espérance, la
solidarité, le silence, l’unité, etc. Les occasions d’annoncer clairement la Charité et la
Vérité de la Croix, retombent comme des soufflets. Et peu de cathos actuels
transforment l’essai.

Malheureusement, de plus en plus, les catholiques vont renier le Christ et son Église,
en ne présentant que le côté Bisounours du catholicisme : Jésus mon ami, « notre
Pape François l’ami de tous », « Dieu mon bien-être », etc. C’est une apostasie,
même si elle n’est pas franche, car le nom du Christ et du Pape est encore vaguement
annoncé, et qu’elle va decrescendo. Mais elle arrive à grands pas. On l’observe très
bien dans les mass médias censés représenter les catholiques (cf. mon article sur
RDN) et dans le monde de la chanson chrétienne actuelle (cf. la cérémonie des
Angels Music Awards, que je qualifierais volontiers d’acte de corruption ou de
prostitution : ni plus ni moins !). La meute « croyante » qui se soumettra à
l’Antéchrist va par exemple s’arranger pour travestir l’Espérance en ESPOIR et en
PROGRÈS, la Charité en SOLIDARITÉ, la Résurrection en IMMORTALITÉ, la
prière en MÉDITATION et en PENSÉE, l’Amour de Jésus en AMOUR UNIVERSEL
et en SENTIMENT, l’être humain en ANGE, l’Esprit Saint en ÉTAT D’ESPRIT et en
LUMIÈRE, la messe en CONCERT, la personne christique en PAROLE BIBLIQUE,
le Catholique en CHRÉTIEN, le célibat continent consacré en CHASTETÉ et en

67
SAINTETÉ, la Vérité en INTELLECT et en RESSENTI/OPINION, l’humanité en
ÉCOLOGIE, la fidélité au Christ en FIDÉLITÉ AUX AUTRES et surtout en
FIDÉLITÉ À SOI-MÊME, l’Amour divin en RESPECT et en BIENVEILLANCE, la
Communion eucharistique en COMMUNION HUMAINE, la Croix en FLEUR et en
DÉLIVRANCE DE LA CROIX. L’Église de l’Antéchrist va petit à petit supplanter le
PAPE au Christ, ou bien – ce qui est tout aussi pervers – supplanter JÉSUS à la
Vierge Marie, à l’Eucharistie, aux saints, et à l’Église catholique (comme le font les
protestants).

Les noms de « Dieu » et de « Jésus » seront pourtant au départ invoqués partout, à


toutes les sauces. Il y aura tout ce que vous voulez en actions de grâce et en louanges
(Je crie fort vers toi, mon Dieu, et tu entends ma voix. Coule en moi, Esprit de Feu !
Je te bénis, tu es vraiment présent ! Je glorifie le Seigneur, je chante le Seigneur tout
mon être ! Jésus mon Sauveur. Tu es ma source, ma lumière, la force me guide mes
pas. Je te bénis mon frère, et je crois en toi !)… mais Dieu n’y sera pas concrètement,
ne sera pas reconnu sous toutes ses formes incarnées (les sacrements, le clergé
ministériel, la Croix, Marie et les saints, les prières traditionnelles, etc.). Et bientôt,
Dieu ne sera plus nommé du tout. On l’appellera « gentil précurseur », « prophète »,
« fraternité », « énergie de vie », « unité », « valeurs », « esprit de vie », « Espérance
», « Foi ». Il n’y a qu’à voir aujourd’hui toutes les fois où, dans les mouvements
politiques ou sociaux d’obédience catholique, le nom de Jésus est maquillé par le mot
« Vie » : Alliance Vita, La Marche Pour la Vie, les revues La Vie ou La Croix (la
croix de quoi ? la croix gammée ? la croix rouge ? la croix de bois croix de fer si je
meurs je vais en enfer ?), Force Vie, etc. C’est toujours pareil : les idées à la place de
Celui qui les porte. Je veux bien admettre, parce que c’est Lui-même qui l’a déclaré,
que « Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie », mais quand même, faut pas pousser !
La Bible n’est pas qu’un gentil corpus de belles « valeurs » ! Et Jésus n’est pas un
idéologue, ni un simple « porteur de valeurs pour le Bien commun ». Non. Jésus est
le Fils de Dieu, crucifié par nous et ressuscité pour nous ! Ce n’est pas un gros mot !
C’est un grand mot qui s’est fait tout petit par amour pour nous (petit mais pas
invisible).

La Nouvelle Religion Mondiale, et tous ses suiveurs soi-disant « catholiques »,


passent Jésus à la machine barbapapa, pour le tuer et n’en garder que les « valeurs
humanistes » qui les arrangent, et qui surtout n’exigent quasiment rien d’eux, à part
une adhésion de principe. « La foi, la patience, l’espoir, voilà les armes par
lesquelles nous vaincrons ! » (Olivier dans Le Maître de la Terre, p. 260) ; « Même
les croyants peuvent réduire la foi à un système philosophique. Ils peuvent garder les
formes extérieures de la religion et en perdre le cœur. » (le Pape dans Le Père Élijah,
p. 157) Comme dans la chanson « Je crois en toi » chantée à l’Olympia en 2015 par le
chanteur catholique… pardon… chrétien, Grégory Turpin, en duo avec Grégoire,
Jésus et la catholicité sont noyés dans l’implicite. Par les cathos en personne ! Et

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toujours pour d’excellentes raisons charitables et stratégiques, en plus ! (= éviter le
prosélytisme, ne pas instrumentaliser Jésus et Le faire connaître à un maximum de
gens pas cathos, ne pas imposer sa foi, rester des cathos humbles et discrets,
évangéliser « aux périphéries », conserver ses entrées dans les sphères médiatiques
pour toucher le plus de monde possible, etc.). En écoutant Grégory Turpin affirmer
qu’il a à cœur de partager sa foi, qu’il réduit spectaculairement à des « valeurs
comme l’amour, la tolérance, le bonheur, dans lesquelles 99% des gens, même non-
croyants, pourront se reconnaître », je me demande si on aime le même Dieu. S’il
vous plaît : le jour où je me fais l’apôtre du Dieu « Tolérance », dites-le-moi vite.
C’est un service que je vous demande. Pour le bien de la communauté.

Lors des grands événements, les laïcs ne seront pas les seuls à lâcher en masse – et
discrètement, les yeux pleins d’étoiles – le Christ. La légitimité du Pape sera remise
en cause, y compris par ses proches cardinaux : « Nous ne pouvons plus attendre
qu’un deus ex machina descende du ciel. L’homme doit construire la Cité de Dieu. Je
crois dans une religion qui trouve le salut dans le monde, non au-dessus dans un
lointain château en Espagne.[…] Je ne suis pas surpris de ce que vous êtes. Vous êtes
pitoyablement transparent. Vous êtes le Grand Inquisiteur de Dostoïevski. Vous
voulez régner sur un système féodal où tout le monde baisse la nuque devant vous.
C’est du pharisianisme. Vous êtes un homme doué. Mais vous êtes piégé par votre
passé tragique. Ces expériences vont ont blessé. Vous ne jugez pas correctement la
situation actuelle. » (le Cardinal Vettore s’adressant dédaigneusement au Pape, dans
Le Père Élijah, pp. 503-504) Le Vatican est rempli de traîtres et de pratiquants qui
bâillonnent le Pape. Il faut le savoir (sans grossir à l’excès le complot interne) : «
L’occultisme : Rome en est remplie. » (p. 348) déclare le père Smith, toujours dans Le
Père Élijah. Aussi surprenant que cela puisse paraître, beaucoup de prêtres, d’évêques
et de cardinaux ont peur de défendre le bonheur dans le célibat consacré continent…
car en réalité, certains ne veulent pas imposer aux autres ce qu’ils ne se croient pas
capables de vivre eux-mêmes ! : « C’est incroyable comme peu de gens, je veux dire
même des personnes religieuses, croient que le bonheur du célibat est possible » (le
père Billy Stangby, idem, p. 42)

Encore dans le roman Le Père Élijah, les médias pourtant « catholiques » vont se
déchaîner pour « faire évoluer » leur Église, ou au contraire pour La « conservatiser »
et L’empêcher d’ajouter la Charité à la Vérité. « Le Père Elijah ouvrit son exemplaire
du Worldview et chercha la rubrique religion. Sous le titre ‘Rejet de la dernière
encyclique papale par les théologiens du monde’.L’Association internationale des
théologiens catholiques, a asséné une réponse définitive à la dernière encyclique
papale. » (idem) Le « légalisme du Pape » (Le Père Élijah, p. 328) est sévèrement
critiqué et ringardisé. La « presse catholique progressiste » (p. 362) fait pression pour
imposer les théories féministes, LGBT, modernistes, aux pasteurs de l’Église : « La
conférence mondiale sur la vie religieuse demande une plus grande implication des

69
femmes dans la législation de l’Église. » (pp. 370-371) Le père Smith, qui travaille
comme pigiste dans un quotidien prétendument « catholique », souffre de voir ses
articles édulcorés dans un ensemble journalistique corrompu au progressisme et au
relativisme religieux ambiants, foncièrement anticlérical : « Dans ce seul numéro, il y
avait treize articles qui montraient l’Église sous un jour défavorable et démontraient
la vitalité supposée des Églises régionales. Il y avait cinq articles qui pouvaient être
interprétés de loin comme orthodoxes. Ils étaient courts et insipides. […]
Techniquement parlant, on ne pouvait reprocher au journal d’être déloyal ; pourtant
il était au premier plan de la révolte. » (p. 371) Smith se rend bien compte qu’on l’a
mis dans une voie de garage pour l’empêcher d’être « nuisible » et de trop « l’ouvrir
» :« On me cache comme une tare. On m’a demandé de couper tout morceau de texte
qui ne ferait même qu’évoquer la controverse. Le résultat c’est une tarte à la crème
si parfaitement insipide et dépourvue de toute valeur nutritive que ça ne mérite pas le
nom de journalisme catholique. Jour après jour, je suis assis à émonder toute note un
peu forte de ces articles. On a été stérilisés, Élijah, et je n’aime pas ça. Pas du tout. »
(p. 373)

Par ailleurs, dans l’Église, les bonnes intuitions des prophètes du Christ sont
également rejetées en masse (c’est le lot de tous les prophètes !). Dans le roman Le
Maître de la Terre, le père Percy propose la création d’un nouvel ordre religieux,
celui du Christ Crucifié, qui avait tout son sens, mais qui finalement fera un flop : «
De jour en jour, l’Église s’écroulait. Le nouveau spasme de ferveur qu’avait produit
la création de l’ordre du Christ Crucifié, Percy ne pouvait s’empêcher de le regarder
comme un feu de paille, bientôt éteint. » (pp. 242-243) Dans le roman Le Père Élijah,
le héros est invité à un colloque scientifique pour présenter ses travaux pourtant
sérieux et fidèles au magistère. Eh bien son topo est complètement déserté et
désavoué par ses propres collègues : « Parmi le millier de délégués, pas plus d’une
douzaine ne remplirent la salle. L’un d’eux, remarqua avec joie Élijah, portait l’habit
blanc de l’ordre de saint Dominique […] Le dominicain se leva théâtralement dans
son habit blanc tourbillonnant, et dit d’un ton irrité en français : ‘Êtes-vous en train
de dire que ceux qui questionnent votre notion simpliste de Dieu vivent dans le
péché ? C’est un non-sens fondamentaliste !’ Il sortit d’un pas raide. » (p. 330)

Le prophète fidèle qui avertit du schisme au sein de l’Église, ou qui met en garde
contre les discours de l’Antéchrist, que très peu de catholiques sont prêts à
reconnaître (car ce sont eux-mêmes d’hypocrites agents de l’Antéchrist, désirant
empêcher le Pape de monter à Jérusalem et de vivre la Passion de Jésus), se verra
volontiers traîné en procès de mythomanie, de désespérance, de manque de foi, de
division. Alors que c’est précisément lui qui fait œuvre d’Unité, mais une Unité dans
la Vérité. Suprême inversion des valeurs ! Il faut vraiment se méfier de ceux qui n’ont
que les mots « unité », « confiance », « foi », « humilité », « Espérance » et « prière »

70
en bouche, c’est moi qui vous le dis !

Les trahisons internes qui ébranleront l’Église ne sont pas que du fait des catholiques.
Rassurons-nous un peu. Elles viennent aussi des frères religieux venus des autres
religions, qui s’accommoderont très bien du Nouveau Culte Mondial de l’Antéchrist.
Par exemple, comme l’explique parfaitement Maurice Caillet, ex franc-maçon, les
Témoins de Jéhovah et les Mormons se sont donnés initialement pour objectif de
saboter le christianisme. Ils insufflent à leurs adeptes des règles morales bonnes, mais
interprètent la Bible à leur façon. Les Musulmans, quant à eux, applaudiront à
l’arrivée de l’Antéchrist : « Une foule mahométane l’a acclamé comme le dernier
Messie. » (Le Maître de la Terre, p. 117) ; « Les mahométans croyaient en Dieu. En
tout cas, et peut-être en reste-t-il encore quelques-uns pour y croire aujourd’hui.
Mais fort peu : tout le reste est devenu ‘ésotérique’, comme ils disent. » (Francis dans
Le Maître de la Terre, p. 334) Les Musulmans ne reconnaissent pas Jésus comme
Dieu et Fils de Dieu. Donc qu’Il soit célébré ou non par la Religion Mondiale, peu
leur importe. L’illuminisme émotionnel des protestants (réformés et évangéliques)
contribuera aussi à l’ascension de l’Antéchrist au pouvoir : « Il y a des connivences
entre la Franc-Maçonnerie et le protestantisme. Il y a une responsabilité des
protestants dans les origines de la Franc-Maçonnerie. » (Maurice Caillet, pendant 15
ans franc-mac, lors de sa conférence en 2002) J’ai écrit un article sur ce curieux et
futur mariage arrangé. Quand j’écoute les paroles des soupes de la pop évangélique et
les paroles des chansons narcissiques de Glorious (groupe pseudo catholique : je dis
pseudo catholique car vous ne les entendrez jamais s’opposer au « mariage gay » ou à
l’Islam, ni aborder tous les sujets sociaux qui fâchent. Les Chrétiens d’Orient, ça ne
compte pas dans les « sujets qui fâchent », désolé), je ne vois aucune différence.
L’angélisme sentimentalo-spirituel des Évangéliques a gagné une large partie du
catholicisme séculier. Quand Dieu ne sera pas qu’une fête, mais un bûcher collectif,
je ne sais pas s’il restera grand monde de la foule fêtarde, reggae et pleurnicharde «
catholique ». « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
(Luc 8, 8) Je n’ai pas la réponse. Mais si Jésus a posé la question, c’est qu’Il ne se
faisait pas beaucoup d’illusion là-dessus.

Ce qui me rassure quand même, et qui au bout du compte me maintient dans une
Espérance inextinguible, c’est que les forces du mal ne l’emporteront jamais sur
l’Église catholique, que Jésus est avec ses fidèles brebis (dont j’espère que je suis)
jusqu’à la fin des temps et jusqu’à l’abattoir, et surtout que le Pape François (même si
à un moment donné il se laissera corrompre, à cause de sa trouille et des mauvais
conseils de son entourage ecclésial) finira par être fidèle à l’Esprit Saint
(contrairement à ce que prétendent ces mauvais de Civitas qui le considèrent comme
un « pape illégitime », voire même comme l’Antéchrist ou le faux prophète en
personne). À mon humble avis, les « deux témoins » dont parle l’Apocalypse de saint

71
Jean (Ap 11, 1-13), le binôme des grands hommes qui verront la Seconde et définitive
Résurrection du Christ, ce sont nos deux saint Jean et saint Pierre New Generation :
le Pape Benoît et le Pape François. C’est quand même unique dans l’histoire de
l’Église que nous ayons à la tête de notre Famille Sanctifiée deux pasteurs en même
temps ! C’est dire si l’imminence du Retour du Christ est là, si la période que nous
vivons est extraordinaire !

L’avènement du schisme, loin de nous désespérer, doit au contraire nous faire réaliser
que nous n’avons jamais autant collé au Plan d’Amour de Dieu pour l’Humanité que
maintenant. Et c’est une grande joie que de voir que malgré tout, les pasteurs de
l’Église, aussi humiliés et minables soient-ils (si le Pape François est le saint Pierre
des temps modernes, il va falloir s’attendre aux trois reniements de sa part ! sans
compter bien évidemment les nôtres !), seront courageux et incorruptibles ! On
retrouve bien cela à travers l’un des trois romans d’anticipation que je vous cite
régulièrement depuis le début de cet article. Dans le Court Récit sur l’Antéchrist
(1900) de Vladimir Soloviev, lors du « concile » que l’Antéchrist organise à
Jérusalem, dans le vaste Temple de l’Unité de tous les cultes, afin de dissiper toutes
les divisions entre chrétiens, et surtout afin de corrompre chacune des trois
délégations chrétiennes (catholiques, protestants et orthodoxes) en leur offrant des
cadeaux (Il promet aux orthodoxes la création à Constantinople d’un musée mondial
de l’archéologie chrétienne, destiné à promouvoir la connaissance des icônes et de la
sainte liturgie, il promet aux protestants la création d’un institut d’études bibliques
mondial voué à la recherche sur l’Écriture Sainte, il promet au Pape son
rétablissement à Rome, « à la condition qu’ils le reconnaissent tous comme leur
unique défenseur et protecteur »), la très grande majorité des fidèles et du Clergé se
laisse séduire et abandonne le Christ. Presque tous les cardinaux et évêques ainsi que
la majeure partie des moines et des laïcs rejoignent l’Empereur sur son estrade.
Restent insoumis le pape Pierre II et quelques moines et laïcs irréductibles, et des
orthodoxes rebelles (Pierre et Jean correspondent, dans l’intrigue, aux deux témoins
de l’Apocalypse). Dans cette nouvelle de Soloviev, il faut souligner que ce sont les
chefs légitimes des Églises chrétiennes qui rejettent l’Antéchrist et restent à la tête de
la minorité qui confesse le Christ : le pape Pierre, le starets Jean (qui est aussi
évêque) et le professeur Pauli. Le catholicisme, pour Soloviev, est pétrinien,
l’orthodoxie est johannique, le protestantisme est paulinien. L’Antéchrist se montre
plein d’arrogance envers ces trois « chrétiens rétrogrades », leur faisant bien sentir
qu’ils sont ridicules et minoritaires : « Que puis-je encore faire pour vous ? Race
étrange ! Qu’attendez-vous de moi ? Je l’ignore. Dites-moi donc, vous les chrétiens
abandonnés par la majorité de vos frères et de vos chefs, vous que le sentiment
populaire a condamnés : qu’est-ce qui vous est le plus cher dans le christianisme ? »
Ils répondent : « Le Christ ». Et en voyant que l’Antéchrist est incapable de défendre
Jésus comme son Maître et comme le Fils de Dieu, Jean s’écriera solennellement
devant toute l’assistance, en pointant du doigt l’Empereur : « Mes petits enfants :
l’Antéchrist ! »

72
Nous allons voir à présent quels sont les moyens concrets qui nous sont donnés à
nous, catholiques, pour nous préparer d’ores et déjà au combat ultime entre l’Armée
de Marie (en apparence minoritaire et désarmée) et l’Armée de l’Antéchrist.

j) Comment combattre l’Antéchrist ?

Bien souvent conscients de leur impuissance politique, artistique, médiatique,


humain, beaucoup de cathos se rabattent par défaut, dégoût, défaitisme, passéisme et
misanthropie, sur la notion de « combat spirituel », sans appréhender ce dernier avec
l’enthousiasme et le réalisme qu’il mérite. Ils en parlent de manière trop spiritualiste.
Alors que je pense qu’en effet, d’une part les grands événements que nous vivons ont
une logique humaine régie par des mécanismes et des stratégies rationnels mais
surtout une logique surnaturelle appartenant à Dieu, d’autre part le vrai combat
spirituel devrait nous faire rentrer dans une grande joie : quand on sait quel est notre
ennemi (l’hétérosexualité niée par ceux-là même qui la prônent), quand on sait qui le
soutient, et comment le combattre, tout notre investissement s’en trouve bouleversé
positivement. Le combat spirituel devient quelque chose. Ou mieux : Quelqu’un !
Quand le conflit paralyse (cercle vicieux), le combat, lui, procure au contraire la paix
du Christ et vitalise (cercle vertueux) !

Et puis le combat spirituel ne s’arrête pas à la vie humaine : il se prolonge pendant et


après la mort : au Ciel. Le Paradis, ce n’est pas peinard, comme certains se plaisent à
le croire. Les saints, les anges et les âmes humaines sauvées sont en plein
entraînement para-militaire en ce moment ! Ça ne chôme pas !

J’ai mesuré un peu ce que représentait le combat spirituel terrestre qui nous attend
quand j’ai écouté le formidable topo du père Verlinde, intitulé « L’heure du combat
spirituel », traitant de ce qui va nous arriver juste au moment de notre mort… et les
40 jours de tentations au désert qui le suivront peut-être (je vous paierais cher pour
que vous preniez le temps d’écouter entièrement cette conférence !). La description
du voyage de notre âme entre la Terre et le Paradis (les « douanes » ou « péages
aériens » ou « télonies » entre le troisième et le neuvième jour après notre décès, les
démons se disputant notre âme face à notre ange-gardien et l’ange
psychopompe/psychagogue qui prennent notre défense, etc.), est d’une précision telle
que ça nous donne une claire idée de ce qu’est le purgatoire que nous allons vivre au
Jugement Dernier, une claire idée de la grandeur du Sacrement de Réconciliation, une
claire idée de ce que sera le combat des fins dernières au service de l’armée de Marie,
une pleine conscience de l’efficacité de nos anges gardiens !

73
Alors, une fois que nous avons pris connaissance de ce combat, qu’est-ce qu’on fait ?
Un combat, ça se prépare ! D’une part par un entraînement régulier, physique mais
aussi intellectuel (formation costaude) et spirituel (la prière), d’autre part en recevant
la force de l’Esprit Saint et des sacrements et en maniant les armes qui plaisent au
Seigneur. Car ce serait faire erreur que d’imaginer qu’un catholique doit être « gentil
» et non un guerrier, du simple fait qu’il « tend la joue gauche » si on le gifle, du
simple fait qu’il obéit au commandement de ne pas tuer, du simple fait qu’il renonce
aux armes terrestres classiques, du simple fait qu’il a un devoir de Charité et de
pardon envers ses ennemis. Le piège d’une certaine approche du combat spirituel,
c’est d’exacerber (surtout en cette période de l’année de la Miséricorde inaugurée par
le Pape François, de décembre 2015 à novembre 2016) la Miséricorde de Dieu (« On
ira tous au Paradis… Il nous sauvera donc COOL la Vie ! Pas de combat ! Il faut
éviter les confrontations avec autrui ! ». C’est d’oublier que Dieu est aussi Justice ! «
Je ne suis pas venu apporter la Paix mais le Glaive. » (Matthieu, 10, 34). Le
catholique est un véritable soldat : vaillant, tonique, enthousiaste, debout, ferme,
vigoureux, inventif, audacieux, intransigeant concernant la Vérité, habile, tacticien,
doux quand il faut, fort quand il faut. Certainement pas un mou angéliste… ni un
Rambo !

Comment savoir quelles sont les bonnes armes que nous devons porter pour mener un
combat qui plaît au Seigneur et qui signeront Sa Victoire contre l’Antéchrist et satan ?
C’est très simple. Jésus et ses disciples, l’Esprit Saint et Marie, nous ont déjà fourni
toutes les clés. Dans l’Évangile selon saint Luc, il est question de l’heure du combat
décisif : « Jésus leur dit encore : ‘Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac, et
sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ?’ Ils répondirent : ‘De rien’. Et il
leur dit : ‘Maintenant, au contraire, que celui qui a une bourse la prenne et que celui
qui a un sac le prenne également, que celui qui n’a point d’épée vende son vêtement
et achète une épée. Car, je vous le dis, il faut que cette parole qui est écrite
s’accomplisse en moi : Il a été mis au nombre des malfaiteurs. Et ce qui me concerne
est sur le point d’arriver.’ Ils dirent : ‘Seigneur, voici deux épées’. Et il leur dit :
‘Cela suffit.’ » (Luc 22, 35-38) C’est également dans l’Épître de saint Paul aux
Éphésiens que nous pouvons trouver une description claire de l’armure du fidèle
combattant du Christ, sachant que l’essentiel des armes est prodigué par l’Esprit Saint
(« le glaive de l’Esprit qui est la Parole de Dieu », Ep 6, 17) : « En définitive, rendez-
vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de
Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable. Car ce n’est pas contre des
adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés,
contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les
esprits du mal qui habitent les espaces célestes. C’est pour cela qu’il vous faut
endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister et, après
avoir tout mis en œuvre, rester fermes. Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour
ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile

74
de la paix ; ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez
éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le
glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. Vivez dans la prière et les
supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance
inlassable et intercédez pour tous les saints. Priez aussi pour moi, afin qu’il me soit
donné d’ouvrir la bouche pour parler et d’annoncer hardiment le Mystère de
l’Évangile, dont je suis l’ambassadeur dans mes chaînes ; obtenez-moi la hardiesse
d’en parler comme je le dois. » (Saint Paul, Lettre aux Éphésiens 6, 10-20) Les armes
charnelles ne sont pas les bonnes : c’est le bâton de la foi qui fait gagner. Jésus, au
Jardin des Oliviers, invite saint Pierre à ranger son arme humaine. « Ce n’est ni par
l’épée ni par la lance que l’Éternel sauve. » (1 Samuel 17, 47) C’est l’assurance
intérieure de la Résurrection christique qui est notre principale arme pour le combat.

Pour gagner le combat spirituel, il ne va pas falloir se comporter en va-t’en-guerre


cinématographique, jusque-boutiste, armé jusqu’aux dents, revanchard, hargneux
comme le sont les croisés de Civitas ou les islamistes djihadistes. Non. Nous devons
partir non pas la fleur au fusil mais avec le rosaire pour fusil. Quitte aussi à consentir
à rentrer dans une forme d’abandon et de paix qui, au regard du monde et des cathos
rigides, passera pour de la passivité, de la compromission et de la lâcheté. « Tous les
saints ont préconisé la fuite, mais pas n’importe quelle fuite. Pas la fuite par peur,
mais par stratégie. » (Alain Noël, Manuel de combat spirituel (2014), p. 211) :
pensons à la fuite de saint Jean de la Croix dans Nuit obscure, la fuite de Marie et
Joseph en Égypte, la fuite de Jésus au désert, la fuite de Moïse au désert pour
échapper à Pharaon, l’exil des Chrétiens d’Orient d’aujourd’hui, etc. La meilleure
défense n’est pas toujours l’attaque. Surtout quand il s’agit de lutter aux côtés du
Christ qui est l’Amour en personne. S’éloigner de l’Ennemi, cela peut être une action
courageuse. Et Jésus, sans se dérober, a accepté l’humiliation de la Croix et nous a
montré que la non-réponse au mal était d’une part le signe de la non-contamination
au mal et d’autre part la victoire sur le mal. Comme l’explique très bien le père de
Maistre dans sa conférence sur le diable, l’humilité nous rend invisible et insignifiant
aux yeux du diable : il ne nous voit plus, et c’est donc grâce à elle que, comme David
face au géant Goliath, nous pouvons nous faufiler entre les pattes du méchant et le
frapper à mort, sans qu’il n’ait aucune prise sur nous. « C’est lorsque je suis faible
que je suis fort » disait saint Paul. D’où l’importance de l’humilité. Nous ne devons
pas aller sur le terrain du diable. Il faut se savoir faible… ce qui ne veut pas dire que
nous devons nous installer ni succomber à notre faiblesse.

Le livre d’Alain Noël, Manuel de combat spirituel (2014), constitue un bon


décryptage/complément des Évangiles. Il s’annonce comme un manuel d’« initiation
au maniement des armes » (p. 20) : ça a le mérite d’être dit ! Alain Noël nous parle de
« l’entraînement spirituel » (p. 74) et nous appelle à l’Espérance, surtout (et c’est

75
paradoxal) au moment où nos raisons d’espérer auront apparemment disparu : il nous
invite à « voir les jours mauvais comme un combat à mener » (p. 74). L’une des
manœuvres guerrières les plus efficaces, c’est l’aumône, le jeûne, la prière (Marc 9,
29). Le combattant du Christ est appelé à se dépouiller lui-même pour se laisser
purifier par Jésus. « L’aumône efface les péchés. » (Ben Sirac le Sage 3, 30) C’est en
prenant davantage de temps pour le Seigneur et en posant des actes de Charité
concrets au service des autres qu’il aide le Seigneur à faire fuir les démons.
Nonobstant, notre Salut n’est pas le résultat de notre mérite. Nous le recevons. Nous
nous battons non pas pour être sauvé, mais parce que nous sommes sauvés ! Alain
Noël évoque également la puissance des sacrements. « L’homme spirituel combat
avec des armes spirituelles. Son armure, c’est l’onction qui l’unit à Dieu, c’est
l’onction de son baptême. » (p. 144) La réception régulière du Sacrement de
Réconciliation est capitale pour rentrer dans le bon combat. Regardons par exemple
sainte Jeanne d’Arc, qui se confessait tous les jours à un prêtre et qui est une des plus
grandes guerrières de l’Église ! En plus des sacrements, il nous faut prier dans
l’Esprit, chanter/parler en langues, louer Dieu à tout instant (de préférence avec des
phrases courtes, tirées de la Bible). Aucun charisme ne reste s’il n’est pas exercé. Et
le Verbe se fait constamment chair et prière. « Le fourreau de notre épée, c’est notre
bouche. » (p. 186) Si la Vérité n’est pas annoncée, notre épée ne coupera pas. Si nous
savions combien la louange et l’action de grâce repoussent l’Ennemi, nous louerions
davantage ! Nous bénirions davantage ! Nous rentrerions dans la joie de la Guerre
Sainte ! : « Tu iras au combat comme à la fête et non comme à l’abattoir. » (p. 97) ; «
Les justes rendent grâces. Tandis que les injustes pestent. » (p. 186) Le chapelet est la
fronde, une arme redoutable. Ce n’est pas par hasard si récemment le Rosaire marial
a pris la forme d’un glaive tendu par Jésus à un évêque nigérian. Alain Noël nous
parle également des risques encourus pendant la Grande Guerre spirituelle : « Il est
quasiment impossible de combattre sans être plus ou moins gravement blessé. » (p.
197) Les péchés (véniels, mortels) des autres et les nôtres vont nous faire
extrêmement souffrir : ils sont les coups et les blessures que nous recevront.
Heureusement, comme dans toutes armées, nous ne serons pas seuls (malgré les
apparences) : l’armée des Saints, la Communion des Saints (ignorée ou négligée des
protestants), vont nous être d’une précieuse aide. Combien de fois, personnellement,
j’ai pu authentifier dans ma vie l’intercession de mon saint patron (saint Philippe), de
saint Antoine de Padoue, de saint Joseph, du Padre Pio, de l’Archange Saint Michel,
de Marie, et bien sûr de mon ange gardien ! Nous avons tous un ange gardien attitré,
à notre service (même à nos ordres !), et nous ne le sollicitons pas assez ! « Testons
l’action de l’ange gardien » (p. 66) Nous pourrons également compter sur le soutien
de nos frères chrétiens qui pâtissent aussi des persécutions : les binômes de
combattants sont préconisés par le Christ lui-même. Le soutien deux par deux est
puissant. Chacun est gardien de son frère.

Ne perdons pas non plus de vue qu’une armée marche au pas. Et quoi de mieux que
de marcher au pas de l’Esprit Saint ? Le combattant pour le Christ prie sans cesse et

76
sans se décourager. C’est à son obéissance à l’Esprit et à Marie, à son humilité et à
son Espérance que se mesureront son agilité, sa souplesse, sa force (qui ne viennent
pas de lui). En discutant avec des moines et des prêtres au courant des fins dernières,
ils nous préviennent aussi que Marie, en tant que cheftaine suprême de l’armée de son
Fils, en tant que Reine du Ciel qui écrasera le serpent, est en ce moment même en
train de réunir son armée céleste et humaine (alors que jadis elle avait tendance à
isoler ses prophètes). De plus en plus de catholiques, avec la sérénité et la prudence
qui conviennent, se mettent à étudier la fin des temps. Marie, en plus, teste (comme
pour les alarmes incendie et les simulations de tremblements de terre) la réactivité de
ses troupes, notre acuité, notre courage face aux épreuves, nous sensibilise à la prière,
nous aide à ne pas craindre ses apparitions-avertissements. Et il y a fort à parier qu’à
l’heure où vous me lisez, au Ciel, elle donne des cours aux saints et que ça s’entraîne
dur !

Et bien sûr, le meilleur pour la fin, c’est Jésus Fils de Dieu qui nous fera gagner : «
Gardez courage ! J’ai vaincu le monde. » (Jean 16, 33) Nous sommes appelés à Lui
laisser la place pour qu’Il plante Sa victoire en nous, à « revêtir le Christ » (saint Paul
aux Galates 3, 27).

Pour terminer sur la question du choix des armes pour le bon combat, je finirais par
être aussi très prosaïque et terrestre. Dans les débats actuels auxquels nous risquons
d’être confrontés devant les juges contemporains de la bien-pensance, nous allons
nous retrouver face à deux colosses idéologiques travestissant et détruisant d’une part
la différence des sexes (la sexualité) et d’autre part la différence Créateur/créatures
(l’Église) : à savoir le mythe de l’hétérosexualité et le mythe spiritualiste du
bonheur (bonheur dans l’« amour », il va sans dire). Je crois personnellement que les
meilleurs des combattants de l’armée du Christ seront ceux qui se risqueront à
affronter de manière argumentée l’hétérosexualité et qui ne se laisseront pas
impressionner par la rhétorique du bonheur amoureux dans laquelle le monde entier
se laissera entraîner. Cela présuppose une véritable catéchèse préalable sur
l’hétérosexualité et sur la joie de la Croix ! Sans parler d’hétérosexualité, le diable ne
risque pas d’être démasqué.

Idem par rapport à la mise à l’épreuve de la solidité de notre foi en la divinité de


Jésus. Lorsque le combat arrivera à son paroxysme et que le martyr de sang pointera
le bout de son nez pour nous, nous serons tentés de nous demander pourquoi Dieu
attend autant de temps pour nous libérer, et pourquoi il ne se rend pas tout de suite
visible et vainqueur. « S’il nous aime vraiment, pourquoi reste-t-il silencieux et
permet-il que nous souffrions tout cela ? » Vous voudrons même remonter le
syllogisme au Christ même : « S’il est le Fils de Dieu, pourquoi a-t-il accepté d’aller
jusqu’à la Croix et n’a-t-il pas manifesté sa divinité avant ? » En plus de la douleur du
péché, c’est bien sur l’invisibilité (temporaire) du Christ que l’Antéchrist va

77
s’appuyer pour nous faire douter de l’amour et de l’existence de Dieu. Il va nous
falloir vivre avec l’intime conviction que si Dieu ne se laisse pas voir, c’est pour
préserver notre liberté. Si nous pouvions le voir, notre liberté n’existerait plus. À ceux
qui vous disent « Si ton Dieu existait, Il apparaîtrait, il serait visible ! », vous pouvez
déjà répondre « S’Il était visible, Il ne nous aimerait pas. Car Il rendrait évidente son
existence et ne nous permettrait pas de prendre le risque de la confiance, de la foi en
Lui. Il nous enlèverait illico notre liberté et son Amour. » C’est sur le fil de l’amour
de notre petite liberté que nous allons devoir marcher comme des funambules. Au
plus noir du combat spirituel et physique, nous allons être amenés à crier vers le
Ciel : « Seigneur Jésus, Fils de Dieu, je sais que tu existes, même si tout, y compris
moi-même, me porte à croire le contraire ! Je n’ai que ma foi en toi, Seigneur ! Je
n’ai que ma foi que tu m’aimes libre ! » Le silence de Dieu n’a pas fini de nous
désarçonner. Robert Hugh Benson l’a bien saisi : « Et le père Percy sentait qu’aucun
mot ne serait dit du haut des cieux ; les anges eux-mêmes avaient reçu l’ordre de
mettre l’épée au fourreau, et d’attendre l’éternelle puissance de Dieu ; car l’agonie
était à peine commencée, et mille horreurs devaient se produire encore avant
qu’arrivât la fin, la somme dernière de la crucifixion…[…] Il ne fallait plus que
veiller et attendre, jusqu’au jour où le corps mystique sortirait décidément du
tombeau. » (Le Maître de la Terre, p. 57)

Enfin, l’autre gageure logique de notre combat contre le mal, c’est, face aux
événements objectivement confus et effrayants qui nous arrivent, de tomber dans le
piège facile de la révolte, de la haine, de la panique, de la violence, de la
désespérance. Pour répondre et résoudre humainement ce mal que nous verrons. «
L’ennemi peut remporter une autre sorte de victoire en nous faisant perdre la paix.
S’il peut nous acculer à la rage, il nous a attirés dans ses ruses. » (Père Smith, Le
Père Élijah, p. 373) Eh bien il va falloir nous faire violence pour ne pas répondre
rationnellement au mal par le mal. Autrement dit, il nous faut accepter que, dans ce
qui va se dérouler très prochainement, il y a une raison surnaturelle. En cela, nous
pouvons imiter saint Jean au moment de la sainte Cène, quand, en voyant Judas trahir
Jésus, il a penché sa tête contre le cœur de son Maître, et n’a pas fait humainement ce
que son cœur avait compris. Quoi qu’il arrive, nous devons garder à l’esprit la
vulnérabilité et l’humilité de Jésus pendant la Sainte Cène et surtout à la Croix. C’est
la clé de la victoire contre le mal. Jésus n’a pas laissé le mal contaminer son Sacré
Cœur. C’est son absence de réponse au mal qui l’a fait gagner. « Chaque fois que
nous acceptons de porter cette croix et d’être cloué dessus […] , c’est là que nous
battons satan. Par le sang de l’Agneau ! » (Don Matteo dans Le Père Élijah, p. 102)
Nous devons faire de même. Et ce n’est pas évident ! Car nous vivons une période de
grands troubles. C’est la phase terminale du règne de Satan : l’intégralité des démons
descend maintenant des enfers pour envahir la Terre. Les esprits sont troublés et
échaudés, y compris le nôtre. La mauvaise foi est généralisée. Il va y avoir un
moment où contre toute logique, il nous faudra pourtant, plutôt que de rentrer tête

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baissée dans le combat, penser à l’unité, baisser les armes humaines, choisir
l’arbitraire de la confiance désarmée, lâcher la résistance humaine. Laisser
paisiblement la Croix arriver et s’emparer de nous, sans riposter, dans une forme de
consentement muet et aimant des situations qui nous sont imposées. Car le diable fait
déjà tout pour brouiller les pistes et nous faire croire que nos meilleurs amis sont nos
pires ennemis, que le bien c’est le mal, pour qu’on transforme notre peur en violence
et en révolte, et qu’on se bouffe les foies entre catholiques sans qu’il ait besoin
d’intervenir et de poser des actes qui l’incriminent. Le jeu du diable, c’est
d’intervenir le moins possible. Et de tuer en nous l’humilité christique qui le mettra à
mort. Le meilleur moyen d’obtenir le Salut, c’est, comme pour le Christ, de ne pas
nous dérober à la Croix. J’oserais même dire : Savourer l’instant. Savourer les
sanglantes fiançailles. Avec cette assurance intérieure et joyeuse que c’est Dieu qui
nous sauvera, de toute façon. « Le péché est seulement dans la volonté. Que
choisissons-nous de faire avec votre colère ? Nous devons convertir ces sentiments.
Prier pour nos ennemis. Souffrir en silence. Quand le temps viendra, vous direz la
vérité devant vos accusateurs, mais vous devez le faire sans rancœur. Offrez vos
souffrances au Seigneur. Il les utilisera comme une arme puissante pour confondre le
stratagème de votre ennemi. Croyez en la victoire ultime, et alors votre souffrance
deviendra joie. » (Le Père Élijah, p. 462)

Nous devons, malgré la forme spectaculaire que va prendre cette dernière Passion,
rester dans la confiance. Plus le Seigneur nous en fait subir, plus grandes seront les
aides et les grâces reçues. Il ne nous fait jamais porter plus que nous ne pouvons
porter. Et Jésus est même allé jusqu’à promettre aux Hommes, au moment de son
premier départ au Ciel, que nous ferions des prodiges encore plus grands que les
siens, grâce au Paraclet (l’Esprit Saint). Nous ne sommes donc pas en reste : « Nous
avons l’avantage de deux mille ans de recul. Plus important, nous sommes les enfants
de Dieu venus après la descente de l’Esprit Saint. » (Le Père Élijah, p. 157) De plus,
les pouvoirs de l’Antéchrist sont limités. Aussi impressionnant soit-il, l’Antéchrist
n’est que créature, et n’est pas Dieu. Il y a donc beaucoup de talons d’Achille, de
points faibles. Notamment celui de ne pas être humble. Notamment celui de ne pas
pouvoir accéder à notre esprit humain, la seule citadelle de notre être que Jésus peut
pénétrer si nous Lui en laissons la possibilité. « Vos pouvoirs sont limités, et vous ne
pouvez plus piéger mon esprit. » (Élijah s’adressant au Président, Le Père Élijah, p.
530) Comme le fait remarquer le père Gabriele Amorth, exorciste du Vatican, dans
ses Confessions, « le démon, par lui-même, n’arrive pas jusqu’à l’âme. Il peut
provoquer des troubles physiques, mais pas atteindre l’âme. Il l’atteint si l’homme la
lui offre et lui permet de s’en emparer. » (p. 254) ; « Quand quelqu’un vit dans la
grâce de Dieu, s’il a une vie de prière, un maléfice aura beaucoup de mal à
l’atteindre. Beaucoup de mal. » (p. 266) ; « Le démon a la faculté de tuer, mais si et
seulement si – et c’est déjà beaucoup ! – Dieu lui en donne la permission. » (idem)

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Une fois dit cela, quel va être concrètement le scénario de la Victoire finale du Christ
sur le diable, et de la réunification du Ciel et de la Terre ? Le déroulement « exact » a
été donné par Jésus lui-même dans la Bible (c’est toute la vie de Jésus, et sa Passion
vers la Résurrection, que l’Humanité va revivre) et surtout par saint Jean dans
l’Apocalypse (mot qui signifie « Révélation » et non « fin du monde »), même si l’un
comme l’autre ne connaissent pas la date exacte du grand Avènement. Jésus se fera
même surprendre par son Père !

Cependant, grâce aux apparitions mariales et aux motions de l’Esprit Saint, nous ne
sommes pas totalement démunis. Je vous invite, pour ma part, et parce que cela m’a
été conseillé de source fiable par des religieux humbles, à rester attentifs à ces
principaux signes des temps-là (sans pouvoir trop rentrer dans les détails) :

1) Un astéroïde qui pourrait frôler la Terre, qui ne serait repéré par les astro-
physiciens que quelques heures avant l’Avertissement, et qui reviendrait la percuter
que trois ans après pour les 3 Jours de Ténèbres.
2) L’Avertissement (appelé aussi « Illumination des Consciences »), sorte d’extase
proche des Near Death Experience où Dieu se donnerait à connaître à tout le monde,
et qui nous avertirait de ne pas accepter la puce électronique (vraisemblablement la «
marque de la Bête », dans l’Apocalypse ; je vous renvoie à cet article).
3) Le Grand Miracle. Probablement 6 mois après l’Avertissement. Dans les lieux
mariaux reconnus, la Vierge obtiendrait la guérison de tous les malades.
4) L’attaque de Rome après le Schisme, et la Passion du Pape François, probablement
le dernier Pape, décrite dans le Troisième Secret de Fatima.
5) L’arrivée d’un Roi en France, monarque qui ne proviendrait pas des 3 branches
royalistes actuelles.
6) Les Trois Jours de Ténèbres : analogue de l’épisode du passage de Dieu terrassant
tous les premiers nés des Égyptiens dans l’Ancien Testament ; analogue aussi de la
mise au tombeau de Jésus dans le Nouveau Testament.

À propos de la bataille finale entre les forces du Bien et les forces du mal, parmi les
différents romans d’anticipation sur lesquels s’est basé mon travail sur l’Antéchrist,
c’est le Court Récit sur l’Antéchrist de Vladimir Soloviev qui est le plus prolixe,
même si Benson fait finir son roman Le Maître de la Terre en Terre Sainte, et pareil
pour O’Brien avec Le Père Élijah. Logique : Armageddon (petit mont en Galilée dans
la région nord de l’État d’Israël) est, d’après l’Apocalypse, le nom du lieu où
s’accomplira la victoire suprême du Christ sur la Bête.

Dans le Soloviev, il est raconté qu’au départ, l’Antéchrist semble avoir largement le

80
dessus sur l’armée du Christ : « L’Antéchrist faisait plein de prodiges. Il fit savoir
que, détenteur de pouvoir des clés, il avait ouvert les portes qui séparaient le monde
terrestre de l’au-delà et, effectivement, les relations entre vivants et morts, ainsi
qu’entre hommes et démons, devinrent chose courante. La débauche mystique et la
démonolâtrie prirent des formes inouïes. » (p. 187) Les chrétiens fidèles au Christ
sont obligés de se retirer dans le désert de Palestine, où ils sont l’objet d’une terrible
persécution. Pendant ce temps, l’Empereur (l’Antéchrist), après le concile
œcuménique qu’il a organisé et pendant lequel il a renversé le pape Pierre II (chef des
catholiques) ainsi que le vieillard Jean (chef des orthodoxes), fait élire comme pape,
par ceux qui se sont ralliés à lui, Apollonius, déclarant, une fois élu, qu’il est aussi
bien catholique qu’orthodoxe et protestant… un œcuménisme de charlatan. « La
troisième année, l’apparition du grand mage provoqua chez de nombreux
orthodoxes, catholiques et protestants des antipathies et des craintes sérieuses. On se
mit à lire avec beaucoup plus d’attention et à commenter avec ardeur les textes de
l’Évangile et des Épîtres sur le Prince de ce monde et l’Antéchrist. » (Court Récit sur
l’Antéchrist, p. 171) Le professeur Pauli (chef des protestants) parvient, cependant,
pendant la nuit, à s’approcher des corps du pape Pierre II et du starets Jean. Voici
qu’ils reprennent vie (cf. Ap 11, 11) ! Et tous trois, réunis dans la même confession
du Christ, célèbrent l’unité dans la foi retrouvée face à l’Antéchrist. À ce moment
apparaît au ciel, dans la nuit, une femme, vêtue de soleil, avec la lune sous ses pieds
et, sur sa tête, une couronne de 12 étoiles (cf. Ap 12). Tous les trois la prennent
comme guide. C’est alors que tout se renverse.

Les Juifs, qui depuis quelques années étaient revenus en Palestine au nombre de 30
millions, et qui, dans un premier temps, avaient accueilli l’Antéchrist comme leur
Messie, apprenant qu’il n’était pas même circoncis, se révoltent contre l’Empereur et
s’apprêtent à l’affronter avec son armée lorsque la terre s’entrouvre et engloutit
l’Antéchrist, l’antipape et toutes leurs troupes.

« Un malheur s’abattit sur l’Empereur, surprenant tout le monde : les Juifs se


soulevèrent. Cette nation, qui comptait alors plus de 30 millions d’individus, n’était
pas tout à fait étrangère à ce qui avait préparé et consolidé le succès universel du
surhomme. Quand donc il s’était installé à Jérusalem, entretenant secrètement dans
les milieux juifs des bruits selon lesquels son but principal était d’instaure le règne
universel d’Israël, les Juifs l’avaient reconnu comme le Messie, et le dévouement
enthousiaste qu’ils lui montraient ne connut pas de limites. Et voilà qu’ils se
soulevaient soudain découvrant qu’il n’était pas un parfait israélite et qu’il n’était
pas même circoncis. Surpris par cette explosion, l’empereur perdit contenance et fit
paraître un édit qui condamnait à mort tous les Juifs et Chrétiens insoumis. Ceux qui
n’avaient pas eu le temps de s’armer furent massacrés sans pitié par milliers et par
dizaines de milliers. Mais bientôt une armée d’un million de Juifs s’empara de
Jérusalem et bloqua l’Antéchrist dans Kharam ech-Cherif. Il ne disposait que d’une

81
partie de la garde, qui ne pouvait vaincre la masse ennemie. Avec l’aide de l’art
magique de son pape, l’Empereur parvint à traverser les rangs des assiégeants, et
bientôt il réapparut en Syrie, à la tête d’une armée innombrable de païens de toutes
tribus. Les Juifs s’avancèrent à sa rencontre, sans grandes chances de succès. Mais à
peine les avant-gardes des deux armées étaient-elles en contact qu’il se produisit un
tremblement de terre d’une puissance inouïe : sous la Mer Morte s’ouvrit le cratère
d’un énorme volcan, et des torrents de feu engloutirent l’empereur avec ses multiples
soldats. Entretemps, les Juifs s’étaient enfouis en direction de Jérusalem. Ils étaient
déjà en vue de la Ville Sainte quand, dans un éclair, le Ciel s’ouvrit de l’Orient à
l’Occident, et ils virent le Christ descendre vers eux dans ses habits royaux, avec les
plaies des clous sur ses mains écartées. En même temps, la troupe des chrétiens
conduits par Pierre, Jean et Paul, avançaient du Sinaï vers Sion, et, de divers côtés,
accouraient vers eux d’autres foules enthousiastes : c’étaient tous les Juifs et les
Chrétiens exécutés par l’Antéchrist. Ils avaient repris vie, et régnèrent avec le Christ
pendant mille ans. » (p. 188)

Ce final fait d’ailleurs merveilleusement écho au psaume 106 de la Bible : « Dans le


camp ils ont jalousé Moïse et Aaron, l’homme consacré au Seigneur. La terre s’ouvrit
et engloutit Dâtan, elle recouvrit la bande d’Abirâm. Un feu consuma leur bande,
une flamme dévora les impies. » Les Juifs reviennent vers Jérusalem pour y faire
cause commune avec les chrétiens fidèles, mais, à cet instant, le ciel s’ouvre de
l’Orient à l’Occident, et ils voient le Christ descendre vers eux avec ses habits royaux
et les plaies de sa passion. C’est le retour de Jésus dans la Gloire.

k) Principal message des prophéties : la fermeté et l’humilité dans la Confiance


en Marie

J’aurais peut-être dû commencer par là. Tant pis. Je finirai cet article sur l’Antéchrist
(qui ressemble à un livre entier !) par cette notice concernant les fins dernières, les
prophéties et les apparitions mariales. N’en ayez pas peur, et abordez-les avec la
prudence et la joie qu’elles méritent. Car trop souvent, elles sont méprisées par ceux-
là même qui devraient en parler (Mat 10, 7).

Sous prétexte que Jésus a dit clairement que « Nul ne sait le jour ni l’heure » où Il
reviendra sur Terre (Mat 24, 36), qu’elles ne composent pas l’essentiel de notre foi, et
que certains esprits faibles s’en servent pour (se) faire peur et leur faire dire l’inverse
(la désespérance) que ce à quoi elles nous appelle (l’Espérance), les prophéties des
fins dernières ne jouissent pas d’une très bonne réputation, y compris auprès des
catholiques qui y ont accès. Je comprends leurs réticences. Les prophéties – et le

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bavardage Internet qu’elles inspirent à des sites superstitieux ou sédévacantistes –
s’annoncent comme un terrain glissant, voire diabolique et prétentieux, un domaine
qui mérite la prudence et le discernement. Et pourtant, si on les aborde avec humilité
et dans l’Esprit Saint, elles sont l’occasion unique de laisser développer en nous sept
grands trésors : le silence, la Crainte, l’Espérance, l’obéissance, l’humilité, la
dévotion aux deux cœurs sacrés de Marie et Jésus (demandée notamment à Paray-le-
Monial, à la Rue du Bac, à Kerizinen, en Pologne à sœur Faustine, à Fatima, à
Pellevoisin), la Charité.

Avec toutes les révélations ce que j’ai reçues à propos des fins dernières, je me suis
vite rendu compte de la dangerosité et de la grandeur de mon enquête. De ma
petitesse aussi ! J’ai vite compris que je ne pourrai pas tout dire aux autres. Pire, que
je ne dirai presque rien. Et que si je me risquais à dévoiler quelque chose, ce sera,
comme Jésus, imprécis, et à une infime minorité d’amis, ceux qui auront vraiment
accueilli dans leur cœur les trois blancheurs de Don Bosco (= l’Église, l’Eucharistie
et Marie). Les autres, ça leur passera au-dessus et ils ne retiendront que le côté
effrayant et sensationnaliste des prévisions. Cette prudence et pudeur, gages de mon
obéissance mais également de ma soumission à Dieu, c’est : déjà pour mon humilité
(la tentation diabolique par excellence, c’est la connaissance ; et c’est le fait de
chercher à « tout savoir puis à dire tout ce qu’on sait parce qu’on croit que ça nous
appartient ») ; aussi parce que tous les pouvoirs et les clés du Salut appartiennent au
Seigneur ; et parce que je ne serai ni reçu ni compris par tous, et que certains peuvent
même se servir mal ou contre l’Église de ce que je suis en train d’apprendre. Donc en
gros : vive le secret ! Je suis un pauvre ignorant aux lèvres et aux pensées impures.
Le seul scoop à donner, c’est que la Croix du Christ, c’est-à-dire l’amour et l’humilité
de Jésus, a vaincu la mort. Et en Elle : tous pouvoirs ! Le Cœur de Jésus a gagné
contre satan, car il n’a pas répondu au mal par le mal, son Cœur n’a pas pu être
pénétré par le diable. Plus il m’est donné de savoir des choses sur les fins dernières,
plus il m’est demandé de les abandonner, de les offrir en actes de Charité et
d’humilité, de laisser la victoire du Christ se planter en moi. Ce n’est pas moi, par
mes propres moyens qui vais combattre et gagner quoi que ce soit, contrôler quoi que
ce soit. C’est le Christ qui va gagner en moi. Le « comment » des Événements n’est
qu’accessoire. Le plus important, c’est la confiance en Dieu. Tout ce qu’il y a à savoir
se trouve déjà dans la vie terrestre du Christ, racontée dans les Évangiles. Les
apparitions répétées de la Vierge aux 19e et 20e siècles (surtout en France) ne sont là
que pour nous appeler à la conversion, à la pénitence, à la guérison, à l’humilité, à la
consécration de notre cœur aux deux cœurs sacrés de Jésus et de Marie, à
l’attachement à la Passion du Christ. C’est tout. Marie est le cou entre la tête (Jésus)
et le corps (l’Église). Elle veut nous faire rentrer dans la pédagogie de son Rosaire et
de son Cœur immaculé (par exemple, l’avant-dernier mystère du Chapelet c’est
l’Assomption… d’où ses apparitions à San Damiano ; le dernier mystère du Chapelet
c’est Marie Reine de la Paix… d’où ses apparitions à Medjugordje), tout comme

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Jésus veut faire rentrer son Église dans le Mystère de sa Passion et de sa
Résurrection.

La Vierge Marie est dépositaire du Mystère de la Croix. Elle est celle qui permet à
Jean d’être au pied de la Croix et d’en vivre. Ces grands Événements lui sont remis,
elle doit préparer l’Église à cela et initier l’Église à la compassion. Il n’y a pas de
révolte de Marie à la Croix. Elle-même ne laisse pas le mal envahir son cœur. Comme
son Fils, elle choisit d’aimer et ne laisse pas le diable entrer en elle. C’est pour cette
raison qu’il nous faut nous consacrer à Marie pour rentrer dans ces Événements, ne
pas se laisser troubler. Il nous faut regarder la façon dont la sagesse de Dieu s’y est
prise pour nous faire rentrer doucement dans ce Mystère. La meilleure des armes
contre les attaques mondiales de satan, c’est le Rosaire (Jésus l’a bien montré
récemment à cet évêque nigérian) et notre soumission priante au Sacré-Cœur de Jésus
et au Cœur immaculé de Marie. Nous devons, aux quatre coins du monde, faire
comprendre la nécessité de cette dévotion, et pourquoi pas, organiser des cérémonies
officielles (par exemple à Paris, à la Basilique du Sacré-Cœur ou à la Chapelle de la
Rue du Bac) pour réciter en groupe l’acte de consécration ci-dessous.

ACTE DE CONSÉCRATION AUX DEUX CŒURS DE JÉSUS ET DE MARIE


Divin Cœur de Jésus, transpercé par Amour pour nous,
et Cœur Immaculé de Marie,
embrasé de la même flamme d’Amour,
Me voici avec le désir sincère de me consacrer
à vos Deux Saints Cœurs
par un Pacte d’Alliance total et absolu.

Je veux ainsi adhérer pleinement


à l’Alliance de vos Deux Cœurs,
totalement consacrés au dessein de Salut
du Père des Cieux
pour l’humanité et la création entière.

Alors je vous en supplie


Envoyez sur moi, maintenant,
L’Esprit Saint pour embraser mon Cœur
de l’Amour même de vos Deux Saints Cœurs Unis.

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Par l’Intercession du bienheureux Saint Joseph,
le premier des consacrés à l’Alliance de vos Deux Cœurs,
veuillez accueillir et faire fructifier mon humble consécration.

« Tout à Toi, par Marie, la Rose des roses. » (Totus Tuus, per Mariam Rosam
rosarum.)
« Pour Servir ou périr. » (Servire aut perire.) Amen.

Faut-il délaisser les prophéties, sous prétexte que leurs interprétations peuvent nous
éloigner de Dieu et être dangereuses (car récupérées), qu’elles sont pour la plupart
imprécises, qu’elles n’ont pas valeur de dogmes et qu’elles ne sont pas toutes
validées par l’Église ? Non. Déjà parce que l’Esprit Saint continue d’agir dans nos
vies et d’inspirer de plus en plus de nos contemporains (Pourquoi donc freiner l’élan
de Pentecôte que nous connaissons aujourd’hui ?), d’autre part parce que ça rendra
triste la Vierge (comme à la Salette) de voir que nous ignorons ses appels pressants
plein d’Espérance.

Il est clair que nous ne devons pas chercher à tout savoir. Si nous savons certaines
choses, si nous cherchons à en savoir davantage, si certaines informations nous sont
données, tant mieux. À partir du moment où elles nous rendent plus libres et plus
joyeux ! Si, en revanche, ces révélations – ou cette quête des révélations – se
transforment en fièvre ou en trophée qui font parler Dieu à sa place et qui ne nous
amènent pas à l’humilité, ça ne va plus.

Dieu nous invite à sa fête, à ses noces avec l’Humanité. Il est donc tout à fait logique
qu’Il réserve des cadeaux et des surprises à ses invités, et qu’Il n’ait absolument pas
envie de nous forcer à venir, de nous prédire exactement tout ce qui va se passer
(sinon, où seraient notre liberté et sa propre liberté ? où serait la confiance mutuelle ?
où serait notre joie et la surprise ? où serait l’inattendu pardon ?), ni qu’on s’immisce
excessivement dans Ses préparatifs. C’est Sa Fête. C’est lui le Roi. Même la Vierge
Marie et Jésus ne sont pas au courant de la date exacte) ! Ils ne sont juste chargés que
de nous inviter à nous préparer et à rentrer dans la joie de l’Événement. Si l’un de nos
proches nous prépare un cadeau, va-t-on le lui réclamer avant qu’il n’arrive ? Va-t-on
chercher à savoir coûte que coûte ce que c’est, combien il a coûté, où l’a-t-il acheté,
décide-t-on du moment où nous allons le recevoir ? Va-t-on flipper comme des
malades, le refuser, ou au contraire l’arracher des mains de notre ami ? Non. Une fête,
ça s’honore avec la pudeur du secret, avec l’humilité de l’ignorant, avec la joie, avec
la confiance, avec le respect à l’égard de notre Bienfaiteur. Il en est de même avec les

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fins dernières et les prophéties.

Il y a un grand principe qu’il ne faut jamais oublier : Dieu est pudique. Il n’aime pas
qu’on cherche à savoir comment se font ses miracles. Si nous cherchons à savoir,
nous empêchons Dieu d’agir dans notre vie. C’est important de laisser à Dieu faire ce
qu’Il doit faire. S’il veut multiplier, il multipliera. Tout comme pour les miracles, ce
n’est pas sur les prophéties que doit reposer notre foi. Celles-ci ne sont que des
bonus, des extras (Sainte Thérèse de Lisieux l’a bien compris puisque son livre de
chevet était La Fin du monde présent de l’Abbé Arminjon !). En aucun cas elles ne
doivent se substituer à la vie du Christ, être utilisées pour impressionner ou effrayer,
être mises au-dessus de la Bonne Nouvelle de la Résurrection mondiale dans laquelle
Jésus nous entraîne, être prises au pied de la lettre, devenir un prétexte pour que nous
devenions encore plus matérialistes et individualistes (« Vite, je me crée des réserves
de bouffe pour trois ans, déménage en Bretagne, me fais mon stock de cierges bénis,
achète de l’aubépine et de l’argile verte !!! »). Si Dieu veut nous sauver, Il nous
rejoindra là où nous sommes et opèrera des choses extraordinaires. Comme disait
Saint Augustin, nos prières sont toujours exaucées par Dieu, car Il fait toujours au
mieux pour nous, ici et maintenant. Nous ne devons pas en douter. Celui qui veut
garder sa vie la perdra, verra sa maison pillée par les voleurs ; celui qui perdra sa vie
pour Dieu la gagnera. Concernant les prophéties, il faut faire attention à ce que l’on
dit : certains peuvent travailler du chapeau, et calquer leur vie terrestre en fonction de
tout ça, en suivant trop matériellement les prédictions. Si nous n’arrivons pas à
remplacer les prophéties lues sur Internet par un message positif « Jésus je t’aime »,
c’est que nous n’écoutons pas ce qu’elles ont à nous dire. Beaucoup de gens sont au
courant des temps derniers. Y compris les athées qui farfouillent sur Internet. Ils
lisent plein d’articles, pillent du « scoop » apocalyptique, paniquent, cherchent une
sécurité humaine, font des réserves. Nous, au contraire, nous devons toujours essayer
de rassurer, de ramener les gens sur un chemin d’amour du prochain. La seule
conversion, c’est l’amour du prochain. Toutes les révélations privées, ce qui va se
passer, ce n’est pas ça qui convertit quelqu’un, ce n’est pas ce qui me nourrit. La
vraie nourriture, c’est la rencontre avec Jésus, l’Esprit Saint, Marie. La Vierge Marie
connaît ses enfants et elle les conduit. Communiquer les Événements (même si c’est
utile), ce n’est pas ça qui nourrit les gens. Le véritable rôle des prophéties, c’est de
faire avancer vers le Christ. Si je fais des provisions et que je ne sais pas partager, ce
sera stérile et on me les piquera ; si je sais les partager, je ne manquerai de rien. Le
meilleur moyen de garder, c’est de donner, car Dieu nous appelle à la Charité. Et c’est
en multipliant les actes de Charité, de service, de réconciliation, d’oraison, de
miséricorde (ce n’est pas pour rien qu’à la veille du temps de la Justice – temps
irréversible où le Jugement de Dieu tombera -, le Pape François inaugure l’Année
jubilaire de la Miséricorde, le 8 décembre 2015 jusqu’au 20 novembre 2016) que
nous nous préparerons au mieux aux fins dernières. C’est le moment ou jamais d’aller
se confesser à un prêtre, de pardonner, de faire des grands projets de Charité !

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Bref, j’aurais envie de dire : les prophéties parlant de la fin des temps nous
avertissent que nous ne devons rien changer à notre vie de serviteurs fidèles du
Christ. Si la Vierge et les prophètes nous apparaissent, c’est simplement pour que
nous continuions à nous convertir comme avant, et parce que nous tardons à le faire.
Ainsi, pour nous tous, contemporains de la même période, pas de grands scoops outre
mesure ni de surprises à l’horizon ! Désolé de vous décevoir. Jésus, de tous temps,
nous a prévenus (en mode toujours conditionnel) des conséquences de nos manques
de confiance en Lui. Les prophéties ne dérogent pas à cet appel répété à la confiance,
à l’abandon, à l’assurance dans la joie et la foi. Elles travaillent davantage à notre
éducation spirituelle atemporelle qu’à notre éducation temporelle et matérielle, qu’à
notre savoir et notre connaissance du futur. Soyons prudents sans être sourds.

Il arrive que certaines prophéties paraissent floues et inexactes. Non pas qu’elles ne
soient pas valides ni à être étudiées : mais il convient de les recevoir pour leur juste
valeur, comme des élans bibliques (Livre de Daniel, Évangiles, Apocalypse, etc.) et
des élans de l’Incarnation de l’Esprit en nous, en sachant que si elles ne se réalisent
pas exactement, c’est que soit elles ne viennent pas de l’Esprit, soit la Miséricorde de
Dieu, l’action de nos prières et de notre pénitence, l’intercession de la Vierge et de
l’armée de ses saints et de ses anges, les ont déplacées et reportées. C’est pourquoi il
ne faut pas les mépriser ni s’en méfier. Comme le dit la Lettre de saint Paul aux
Thessaloniciens (5, 19-21), nous avons juste à en prendre ce qu’il y a de bon, et
laisser le reste de côté. « N’éteignez pas l’Esprit. Ne méprisez point les prophéties.
Éprouvez toutes choses ; retenez ce qui est bon. »

Que nous reste-t-il donc à faire avec tout ça ? Face à la courte échéance qu’annoncent
beaucoup de prophéties sur les fins dernières, nous pouvons juste nous réjouir et nous
apaiser de l’immense privilège que Dieu nous offre de faire partie de LA Génération
humaine qui connaîtra en « live » et de son vivant le Jugement Dernier et la Venue de
Jésus sur Terre. À moins d’une conversion massive et collective de l’Humanité, les «
Événements » (comme on dit dans le jargon), c’est vraisemblablement pour les dix
prochaines années à venir. Pas davantage. C’est fou, je sais bien. C’est effrayant à
certains égards, mais fondamentalement réjouissant et grandiose : nous qui voulions
d’une grande vie et d’une mort héroïque, les occasions de martyr, d’évangélisation,
de miracles, de signes à observer dans le Ciel et dans notre cœur, de cadeaux divins,
de conversions inattendues, d’entraide, de surprises et de grands bouleversements
planétaires, d’amitiés fortes et de communions accélérées, vont se présenter comme à
nulle autre époque pareille ! Quelle chance ! Mais oui, quelle chance de faire partie
de ce siècle et d’être aussi proche des portes du Ciel ! Nous allons voir Marie et
Jésus, et toute leur armée, de notre vivant. C’est dingue. Nous allons assister au
Combat final. Les films américains à gros budget et les jeux vidéo, à côté, c’est de la
gnognote !

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