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Introduction

Depuis une quarantaine d’années, l'Historiographie de la science en


Espagne, a défendu la thèse de l'existence d'un mouvement novateur
dans le contexte des sciences biologiques et médicales, dirigé par un
groupe de médecins consacrés, de préférence, à défendre l'introduction
des doctrines modernes dans la Péninsule et leur adéquation aux
curriculums universitaires, semblables à ce qu’on observait dans le reste
de l'Europe. Cette même historiographie a établi comme modèle d'étude
les oeuvres publiées dans les vingt dernières années du 17 ème siècle, à
partir desquelles, on a défini trois catégories de médecins. 1.- Les
galénistes, refusant toute innovation. 2.- Les galénistes modérés,
connaisseurs des nouveautés, qu’ils inséraient dans leurs postulats
comme simples détails de corrections. 3.- Les novateurs, défenseurs de
la science moderne, promoteurs de la rénovation et responsables de la
prise de conscience sur le retard de la science espagnole. Il y a autre une
quatrième catégorie, connue comme sub-culture extrascientifique
académique, composée par les alchimistes, les charlatans et faux
chimistes.

Notre intention, avec ce travail, est de focaliser la situation dans une


autre perspective différente et d'élaborer une nouvelle hypothèse en vertu
des résultats obtenus. Premièrement, nous considérons qu'il n'a pas été
nécessaire d'introduire la chimie moderne thérapeutique en Espagne, car,
en réalité, elle paraissait circuler normalement parmi les secteurs
sanitaires impliqués. Deuxièmement, il devient nécessaire de définir quel
collectif fait l'objet de notre étude. Tout paraît indiquer que les questions
sur la tradition ou la modernité observées dans les chauds débats á la fin
du 17ème siècle étaient limitées à un groupe très concret de personnages,
placés dans des villes spécifiques, loin de la grande masse de médecins,
de chirurgiens ou de pharmaciens qui travaillaient sa profession en
marge de ces questions. En troisième lieu, tout paraît démontrer qu'il n'y
a pas une classification aussi précise que celle effectuée par
l'historiographie traditionnelle. Si nous amplifions l'objectif, nous
observons seulement deux positions : ceux qui critiquent les nouveautés
et ceux qui les défendent. Si nous observons avec plus de détail, nous
pourrions établir multitude de positionnements, car aucune personne ne
défend, à 100%, les mêmes idées qu'un autre, même s'ils se trouvent du
même côté. En quatrième lieu, et conséquence directe de tout ce qu’on
vient de dire, on observe l'absence de conscience de groupe chez
novateurs. Tout moins, dans les états initiaux du processus. Cette
conscience de groupe pourrait apparaître dans la première décennie du
18ème siècle, quand les principaux impliqués dans les polémiques de la fin
de 17ème siècle sont disparus du panorama littéraire. C’est en ce moment
que l'environnement de la Royale Société de Médecine de Séville sera
érigé comme étendard du mouvement de rénovation, protégée par

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position du privilège qui découle d’être bien protégés par la couronne,
apparaissant ainsi une plus grande conscience de groupe. >

Comme base d'étude nous avons pris les polémiques qui ont confronté
les deux côtés : partisans et détracteurs, dans les vingt dernières années
du 17ème siècle et début du 18ème siècle, toutes elles sur la basse de
l’instrumentalisation de l’art spagirique, de l’alchimie et de la médecine
chimique. On observe une claire radicalisation de positions : ni l'absence
totale de connaissance de la science moderne en Espagne, telle que les
ils défendent ce qui est novateurs, ni, non plus, le peu de formation et
l’absence de préparation des novateurs, comme défendent leurs
détracteurs traditionalistes. Chaque polémique paraît avoir un objectif
défini et, tout au moins, qui début dans avec les autres. Toutes
apparaissent dans deux points principaux de la géographie espagnole :
Madrid et Séville. En général, elles tendent vers une recherche de
protagonisme entre les rénovateurs et une crainte de voir chanceler leurs
positions de privilège parmi les traditionalistes.

Mais il ne s'agit pas seulement d'une lutte entre tradition et modernité,


centrée sur l'aspect intellectuel, mais entourée des facteurs sociaux,
politiques et personnels. La connaissance pleine de la situation passe par
l'analyse en profondeur des principales polémiques qui ont fait face à des
traditionalistes et renovateurs : l'appel polémique sur l'Eau de Vie de Luis
Alderete y Soto, qui marque le point de sortie de tous les autres, l'emploi
du quinquina, les nouveaux médicaments chimiques et la dénonciation du
retard de la science espagnole, entamée par le médecin de Valence Juan
de Cabriada ; ce qui est arcanes curatifs et la tentative de création d’une
Académie Spagirique Madrilene de fray Buenaventura Angeleres ; les
médecins sévillans revalidés, la création de la Royale Société de
Médecine de Séville et l'appel polémique de l’antimoine, déjà plongée en
plein 18ème siècle. Tout signale que les polémiques autour de l'utilisation
ou non de médicaments chimiques sont, ni plus ni moins, que diverses
façons de monopoliser l'intérêt pour atteindre une certaine quote-part de
pouvoir. Ainsi, les polémiques d'Alderete et d’Angeleres sont motivées
par le discrédit de la médecine officielle et la recherche de remèdes dans
d'autres domaines ; la polémique de Cabriada est une confrontation avec
les galenistes fermés à l'acceptation d'une nouvelle façon de traiter
l’infirmité ; la polémique des médecins revalidés sévillans commence par
une injustice de la médecine académique, qui récompensait la formation
universitaire face à la pratique quotidienne ; la polémique de l'antimoine
est, de toute évidence, une lutte pour la consolidation, devant le nouveau
roi français d'un secteur de la médecine courtoise, dirigée par Diego
Mateo Zapata, médecin personnel de celui qui est le principal <valedor>
Felipe V, le cardinal Portocarrero.

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1. L'Eau de Vie de Luis Alderete y Soto. Le point de départ des
polémiques sur les médicaments chimiques en Espagne vers la fin du
17ème siècle commence avec l'apparition de l'Eau de Vie, supposé être un
médicament élaboré par le Regidor Perpétuel de la ville de Málaga, Luis
Alderete y Soto. Les premières nouvelles sur l'application de l'Eau de la
Vie datent de 1673, selon la déclaration de son auteur. Ce sera à partir
de son établissement à Madrid, en 1678, après avoir été nommé Avocat
Majeur dans les Conseils Royales avec la mission de suivre et défendre
les procès que la ville de Málaga en la Cour, que commencera la
véritable diffusion de l'Eau de la Vie. Sa renommée et prestige ont été
étendus par toute Espagne, la même manière que d'autres panacées,
jusqu’à ce que le 5 décembre de 1681 les Tribunaux Royaux du
Protomedicato interdit la Médecine Universelle ou l'Eau de Vie de cadeau
Luis, en même temps qu’il l’obligeait, sous menace, a lui révéler les
ingrédients et la manière de la faire devant les membres du tribunal.
Alderete cherche protection auprès du roi Charles II, au moyen d'une
série de mémoriaux, en même temps qu'il préparait une réponse en toute
règle contre la déclaration du Protomedicato. Il est allé même jusqu’à
défier les médecins madrilènes a une session curative dans des divers
hôpitaux de ville, défi à auquel ils n'ont pas répondu en disant qu'Alderete
guérissait traitait en accord avec le diable, accusation qu'Alderete rejeta.
>
À partir de ce moment les documents qui apparaissent à faveur ou en
contre Luis d'Alderete et son Eau de la Vie sont nombreux. Les
principales attaques viennent des médecins habiles de la philosophie
chimique tels que Juan Guerrero, Andrés Gámez et Justo Delgado de
Vera, à quoi il faut ajouter les attaques furibondes de personnages
appartenant au secteur traditionaliste le plus orthodoxe, entre lesquelles
le docteur Andrés Dávila y Heredia>. Comme défenseurs de Luis Alderete
y Soto il faut souligner ressortent Luis Amigo y Beltrán et frère Andrés de
Villacastín. En réalité, qu’est-ce que c’était l'Eau de la Vie ? Nous ne
connaissons pas la composition précise, parce que Luis Alderete y Soto
ne l’a jamais dévoilée, même s’il avait critique le mystère et l'obscurité
qui entourait les documents d'autres auteurs qui ont connu ce secret
avant lui. Tout paraît indiquer qu'il s'agissait d'une version renouvelée de
l'élixir vitae ou la quintessence des alchimistes médiévaux, comme il en
ressort des descriptions de son obtention faites par Alderete. En outre,
Alderete n’a jamais réclame comme sienne l'invention de ce
médicament>. Si nous croyons Félix Palacios, l'Eau de la Vie n'était autre
chose que le Spiritus Manna. En dépit du Protomedicato, l'Eau de la Vie
continua a registrer toute sorte de succès thérapeutiques. Même le roy
lui-même Charles II s'intéressa à son élaboration. Par ordre du roi, frère
Andrés de Villacastín rencontra Alderete. Villacastín était un pharmacien
renommé et médecin, formé dans le monastère de San Lorenzo de
l'Escorial, avec bulle papale pour exercer la médecine et autorisé par le
Protomedicato. Expert en chimie, il écrivit une des plus ardentes

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défenses d'Alderete et son Eau de la Vie. D’après lui, a son origine dans
la jalousie attisée parmi les médecins, qui voyaient leurs en danger si le
remède d'Alderete guérissait traitait toutes les maladies. Dans la
polémique sur l'Eau de la Vie nous commençons déjà à observer
quelques caractéristiques communes dans autres polémiques
postérieures. Entre elles, on souligne l'emploi de la religion comme arme
renvoyée contre les novateurs, les grandes connaissances des
alchimistes observé chez les traditionalistes intransigeantes ou le rôle
que les pharmaciens devaient représenter dans tout le processus
d'acceptation des nouveautés chimiques dans l'élaboration de
médicaments. >

Tout au long des deux dernières décennies du 17 ème siècle nous


observons comment on accuse les novateurs de suivre des doctrines
hérétiques, circonstance profitée par les orthodoxes pour essayer de
mettre fin à un processus qui était perdu à l'avance : freiner l'évolution
naturelle de la science. On a traditionnellement considéré que la
pragmatique de Philippe II de 1559, interdisant la sortie d'étudiants à
l'étranger, et les normes restrictives de l'Inquisition, au sujet du registre
de tous les livres qui arriveraient à Espagne et l’élaboration d'indices de
livres interdits, ont agi comme une barrière insurmontable pour la
diffusion des nouvelles idées philosophiques et scientifiques. La lecture
des oeuvres produites dans l'Espagne de la fin du 17 ème siècle nous
montrant un panorama bien différent. Le rendez-vous d'auteurs interdits
se transforme en une pratique habituelle aussi bien chez les auteurs
renovateurs comme chez les traditionalistes. Il est quand même
surprenant que l'oeuvre de Villacastín, texte consacré à la défense de la
chimie et d'un remède alchimiste comme l'Eau de la Vie, soit approuvé
clairement par des représentants renommés de la curie religieuse
espagnole. Entre autres, par frère Jerónimo de la Cruz et frère Joseph
Berger, membres significatifs de l'Ordre de San Hieronymite.
Attire surtout notre attention les hautes connaissances manifestées de
deux côtés, partisans et détracteurs de l'Eau de la Vie, sur les divers
concepts encadrés dans la tradition alchimiste. Cette surprise ne serait
pas si grande si on connaissait la réalité historique et si on cessait de
considérer qu'entre l'alchimie et la chimie il existait, au 17 ème siècle, une
opposition claire, une conception totalement éloignée de celle considérée
par les scientifiques d’alors. Pour eux, chimie et alchimie étaient deux
termes synonymes. Ainsi, Villacastín defini la chimie comme un art qui
enseigne comment dissoudre les corps naturels mixtes, et à les fixer pour
faire les médicaments plus agréables au goût, plus sains, et plus sûrs. Et
il différencie deux parties de la chimie : une, qui s’occupe de la
préparation des médicaments sur des animaux, des minéraux, des
métaux, des pierres et des végétaux et une autre, que traite des métaux
et ses transmutations, appelée Alchimie, Alchemia, Crisopeya,
Métallurgie, Art Aurifère ou Art Hermétique. Très proche de cette position

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se trouvent les thèses d'Andrés Gámez, la voix de la médecine officielle,
qui recommande à Alderete de ne prétende pas enseigner au
Protomedicato, l'existence de la pierre philosophale, parce que tous les
médecins instruits ont connaissance de ce fait, ayant lu beaucoup
d’auteurs qui ont disserté sur le sujet, entre autres, Van Helmont : qui est
l’auteur que tous possèdent l'ont, affirme, que en sa présence, un
étranger a fait la transmutation du mercure en or fin, avec une petite
quantité de certaines poudres. Alors, il n’est plus nécessaire aucune
persuasion, pour que chacun ait, dans cette matière, la foi qu’il croirait
juste. C'est-à-dire, non seulement il démontre la connaissance parfaite de
toute le corps médical officiel de l'oeuvre de Van Helmont, auteur interdit
par les index inquisitoriaux, mais il se montre ouvert à tout genre
d'interprétations en ce qui concerne la possible transmutation alchimiste.
Perfectionnement, il expose même son avis personnel, considérant la
transmutation comme une purification et une amélioration de la matière :
la Médecine universelle purifie l'homme, comme l'antimoine à l'or ; mais
ni celle-là, ni celui-ci les transmutent : la pierre philosophale d'un métal
réalise un autre plus parfait, mais d'espèce différente.
Ce sera aussi dans cette polémique qu’apparaîtra pour une première fois
l’affirmation qui va être très fréquente dans les documents postérieurs :
ce sont seulement les pharmaciens qui seront intéressés à connaître par
la connaissance des pratiques spagiriques. Les Pharmaciens savent tout
ce qu’il faut savoir de la Pharmaceutique Spagirique Rationnel ; parce
que cet Art est celui qui est correctement appelé Separatoria, avec lequel
les remèdes sont préparés, et purifient, et purgés de leurs impuretés, on
applique davantage d'essentielles, et d’actifs. C’est ainsi qu’elle est
définie par les spagiriques :

« Est ars corpora naturalia mixta solvendi, & ; soluta coagulandi ;


ad medicamenta gratiora, salubriora & ; ratiora consinanda>.

Et parce que sa finalité est de mieux préparer les remèdes, cela


n’appartient qu’aux les Pharmacopoeas il appartient. Cette vision
défendue par les traditionalistes modérés, loin de supposer une défense
de la classe pharmaceutique, paraît plutôt une façon d'éloigner l'attention
du véritable intérêt des défenseurs de l'art spagirique : institutionnaliser
ses pratiques, créer tout un corpus doctrinal au-delà des simples tâches
de laboratoire. Surtout lorsque nous avons la certitude de l'inaptitude de
beaucoup de pharmaciens, comme assurent certains de ses meilleurs
connaisseurs, entre autres, le même Villacastín : « les étrangers se
moquent de nous, et les espagnols nous devrions pleurer sur la façon
d’agir de les Pharmaciens, que tout est mécanique. J’en ai connu
beaucoup qu'il ne savent pas lire ; et très peu ceux qui ont su un peu de
latin ; et rares ceux qui dans cette petite capacité ont su agir sur ce qui
sont leurs difficultés, qui pouvaient se battre avec des couteaux de
plomb. D’un autres côte, se les excuse, pour ne pas les énerver, qu’ils ont

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suivi les Pharmacopoeas de romance, et pas les latines modernes ; qui
ont corrigé beaucoup de choses. Si le Protomedicato retournait ses
Archives, il y trouverait des causes des Pharmaciens, et une avec une
sentence de mort de pendaison, et le motive est si grand qu’on ne peut
pas l’écrire ici et donc il n’y a pas de motif pour en faire référence.

Les polémiques, objet d'étude du présent travail ont été encadrées, dans
l'historiographie de la science espagnole, dans le mouvement novateur,
prenant ce terme comme synonyme du renouvellement produit par la
science de la fin du 17ème siècle XVII. Toutefois, ce terme novateur a une
signification plus vaste. Il apparaît dans le contexte philosophique du
17ème siècle, spécialement dans les polémiques anticartesiennes surgies
en France, et dues a la confrontation entre les scolastiques et les
rénovateurs ou novateurs. C’est celle-ci est la signification qui est
attribuée a ce terme en Espagne. Les premières polémiques autour ce
terme apparaissent dans la seconde décennie du 18 ème siècle, quand le
religieux Francisco Palanco, examinateur de l’Inquisition, l'utilisera
comme synonyme d’orgueil et d’hérésie. Rapidement il est contesté par
des défenseurs de la nouvelle philosophie, comme Francisco de La Paz,
professeur de théologie, qui signale que la dénomination de novateur ne
peut pas être appliquée à ceux qui défendent une doctrine aussi
ancienne que celle des atomes ou par Juan de Nájera qui, sous le
pseudonyme d'Alejandro d'Avendaño, défend les mêmes postulats. cette
dernière oeuvre est précédée d'une large censure de Diego Mateo Patin,
dont la principale préoccupation consiste à rendre acceptables aux
théologiens les nouvelles théories physiques encore au prix même de
relativiser sa nouveauté, devant le danger qui supposait une
confrontation directe avec la religion. Mais le je termine novateur était
déjà apparu trois décennies avant dans la littérature espagnole. Ce fut
Justo Delgado de Vera, un des détracteurs Luis d'Alderete y Soto, le
premier à qualifier comme novateurs tous ceux qui souhaitaient introduire
des nouveautés en matière thérapeutique :

<Par chance, l'Eau d’or très pur, ou l’or potable, l’Eau de Vie, et
l’Eau de Vin (qui est l'esprit) et l'eau ardente rectifié, est une même
chose, selon Arnaldo, dont on déduit combien facilement il est lui
cite par son Eau de Vie les présents Novatores.>

C'est-à-dire, ceux qui sont considérés par l'historiographie actuelle


comme appartenant à la subculture scientifique extra-académique étaient
pour leurs contemporains des novateurs. On enfermait dans un même
sac à des personnages défenseurs des plus traditionnels pratiques
alchimiques avec des connaisseurs iatrochimiques des nouveautés les
plus récentes. Tout cela abonde dans notre théorie sur la classification
des divers personnages engagés dans des polémiques à la fin du 17 ème
siècle XVII. Nous pouvons seulement établir deux grands groupes : les

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défenseurs et les détracteurs de la philosophie chimique comme nouveau
système d'explication du macro et du microcosmes. Le Protomedicato n'a
pas été impassible devant les événements déliés dans les deux dernières
décennies du 17ème siècle. Nous avons déjà vu que, dans sa qualité de
défenseur de la santé publique, il interdit la dispensation de l'Eau de la
Vie si on ne découvrait sa composition, mais ordonna à un de ses
membres, le <docteur de famille> Andrés Gámez, l'élaboration d'une
réponse aux attaques reçues par Alderete. C'était la première fois que
cette institution intervenait, bien qu’indirectement, dans une polémique,
qui ne serait pas la dernière. >

3. Juan de Cabriada et La Charte philosophique medico-chymica


(Madrid, 1687)

Lorsqu’il semblant que s’éteignaient les derniers étincelles de la


polémique sur l'Eau de Vie surgit la deuxième des grandes polémiques:
celle motivée par la publication de la Charte philosophique, medico-
chymica du médecin de Valence Juan de Cabriada. Le première motif de
la charte est le commentaire des fièvres souffertes par un Grand de la
cour et les mesures thérapeutiques appliqués par l'assemblée de
médecins qui se sont occupé du patient. Celui-ci était formé par les
principaux représentants de la médecine officielle et, parmi eux, se
trouvait Cabriada, qui diffère de l'application de remèdes classiques.
Après avoir exposé son avis, plus proche des doctrines modernes, il
observa comment l'assemblée récriminait. Ce fut le motif qui origine la
charte de Cabriada, dont la finalité de lever les propriétés thérapeutiques
bénéfiques du quinquina, des médicaments chimiques et de dénoncer le
retard de la science espagnole. Le nouvel aspect de l'oeuvre de Cabriada
est la conscience de se trouver dans une nouvelle étape, où l’on a
découvert beaucoup d'aspects qui sont restés spécialement occultes aux
anciens, surtout le domaine de la Thérapeutique :

<On a découvert des grands médicaments, superbes, que


l'Antiquité ignora. On a pénétré jusqu'au plus intime de la Nature : Il
n'y a pas eu de Minéral, ni de Métal, à celui qui ait pas ouvert les
seins plus occultes, pour parvenir aux Nouvelles les plus occultes.>

Il plaide pour l'expérimentation centrée sur trois types de savoirs :


anatomiques, pratiques et chimiques, avec une incidence spéciale sur
ces derniers. Ce ne fut Cabriada le premier à souligner l'importance de la
chimique pour la pratique médicale. Presque quarante ans, le moine
bénédictin Esteban Villa fit la première défense radicale de la chimique
thérapeutique, devenant ainsi un avancé de la rénovation scientifique
espagnole :

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<Car de l'utilisation de tels extraits résultent deux bénéfices très
grands. D’abord, efficacité dans la médecine, ensuite qu’il n'est pas
nécessaire d’en donner une grande quantité, car il semble que
l'âme ou l'esprit de la chose, réside dans une goutte : Ce serait
conforme à raison, que les craintifs abandonnent cette timidité et la
peur qu'ils ont si grande quand ils n'osent pas les ordonner, même
s'ils voient mourir les patients, les privant ainsi du plus grand
secours que la Chimie possède pour vivre.>

Bien qu'il reconnaît ne pas vouloir savoir quelles sont les causes par
lesquelles on n'avance pas dans la connaissance expérimentale de la
nature, à travers de son œuvre on aperçoit deux raisons fondamentales :
la paresse chez les scientifiques espagnoles, pour tout ce qui concerne la
recherche et la lutte des générations entre dogmatiques et renovateurs,
synonyme d'anciens et des modernes, respectivement. Lui-même, formé
dans les disciplines galenistes orthodoxes, manifeste avoir adopté
l'expérience et la raison comme devises après avoir lu en détail les
oeuvres des scientifiques européens les plus célèbres :

<J’aura-t-il quelqu'un de tellement obstiné, qui nie la grande


Lumière, et l'Utilité qui ont enrichi la Médecine par les Nouvelles
Expériences Chimiques ? J’aura-t-il quelqu'un qui dise que la
Chimique est mauvaise ? Je crois que non ; car ceux qui
l’examinent lentement la professent. Il est bien connu, que
l'ignorance influe sur la haine, et si la Nouvelle influencent l'Amour.
Ceux qui parviennent à la connaître, c’est très rare qu’ils ne
l’embrassent pas. Parce qu'en connaissant ce qu’ils ignoraient, ils
détestent ce qu’ils ont professent, et ils professent ce qu'ils ont
détesté, comme il m'est arrivée à moi. En négligeant les
affirmations des médecins dogmatiques cos qui signalaient l'inutilité
de la chimique, car si les anciens avaient guéri sans elle, où est-ce
sa nécessité ? A présent ce siècle, avec la fertilité des Talents, est
arrivé la grande Copie, et la Forêt de Médicaments, que nous offre
l'Art Chimique, tels les sels, les Extraits, les Colorants, les Quinte-
Essences, les Élixirs, et beaucoup d’autres, que nous ne
possédions pas. En somme, nous avons davantage d'armes pour
vaincre nos Ennemis les Maladies. N’est-il pas amusant l’argument:
ne les utilisons pas, parce que Nos Ancêtres ne les ont pas
utilisées ?> >

4. Les arcanes curatifs de Buenaventura Angeleres et l'Académie


Spagirique en Madrid.

Quelques années plus tard, on a esayé de réaliser la proposition de


création d'une académie rénovatrice, à travers d’un moine franciscain
sicilien, fray Buenaventura Angeleres, arrive à Espagne avec le titre de

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commissaire général des Mineurs Conventuels de San Francisco.
Angeleres avait exercé préalablement comme théologien du Prince Marc
Antonio Iustiniani, de Venise. Nous ignorons quand arrive-t-il en Espagne,
mais le volume de sa production littéraire se concentre dans les années
1692-1693. elle souligne surtout les documents consacrés à la
Thérapeutique, dans lesquels il expose sa curieuse interprétation de la
Médecine. Pour le premier document « Royal Philosophie », le prologue
fut écrit par Juan de Cabriada. C’est un ensemble d’ éloges por l'auteur
et son oeuvre. Pour les idées défendues, Angeleres est plus proche des
postulés alchimistes traditionnels appliqués à la thérapeutique, à
l'existence de la pierre philosophale. Il défend l'idée spagirique de
médicament et l'existence d'un médicament universel, élaboré par des
procédés chimiques. Il se montre contraire à l'existence de beaucoup de
pseudochimiques, qui promettent faussement la transmutation métallique,
ou de ceux qui manipulent incorrectement la matière, avec l'intention
d'élaborer un médicament. Pour Angeleres sont trois les remèdes
universels applicables à toute maladie : le soufre, l'antimoine et le
mercure. De tous il offre la prescription et explique leurs admirables
vertus. Angeleres exerce la médecine dans la cour madrilene sans être
encore autorisé. Très vite sont parvenues nombreuses plaintes au
Protomedicato, causées par les effets secondaires négatifs provoqués
par certains des remèdes proposés par Buenaventura, qu’il appelait
arcanos sanativos. Sur la composition de ces remèdes nous avons
seulement des nouvelles à travers de les deux médecins que ont
considéré illégales les pratiques : de Pedro Aquenza et d'Andrés Gámez.
Il s'agissait, apparemment, de remèdes singuliers effectués à partir de
l'or, de l'argent et des perles. Le Protomedicato, comme institution
juridique responsable de surveiller la pratique médicale adéquate, dècida
d’intervenir dans l’affaire et obliger Angeleres à cesser ses activités. Les
motifs ont été plusieurs : l'exercice frauduleux ; la pratique médicale sans
la graduation universitaire ; la publication de ses connaissances presque
magiques, capables de traiter des saignées attirent beaucoup de patients
qui font appel à lui ; et l'utilisation de remèdes de composition inconnu.
Informé Angeleres, pour qu'il cesse de pratiquer une médecine
frauduleuse, sous peine d'excomunion majeur, décide de mettre en
pratique une stratégie capable de légaliser sa médecine : il planifie le
projet d'une Académie Spagirique Madrilene avec Charles II comme
seigneur et conservateur ; le Condestable de Castille, comme consultant ;
Angeleres, en qualité de fondateur ; les médecins royales Andrés Gámez
et Juan Bernes comme directeurs ; le chirurgien prétendent, comme
ministre exécuteur ; ce qui est proto-médecins, comme assistants et
approbateurs les Grands d'Espagne comme académiciens. La
proposition d'Angeleres arrive au Protomedicato, pour qu'il informe à ce
sujet. On leur insinue a travers du Condestable de Castille de prendre
une décision rapidement. Francisco Enríquez de Villacorta favorisait la
fondation de l'académie mais Gabino Farina exigea qu’un examine

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Angeleres et ses arcanes et, si on vérifiait sa bonté, on les admettrait
dans la Pharmacie Royale. Comme la résolution finale était logue à venir,
Angeleres, fatigué d'attendre, passa à l'action. Le 1er octobre 1693 ; il
accusa à Gabino Farina de lui avoir donne du poison, qu'il avait vaincre
en prenant ses propres arcanes. Il accusa aussi Pedro d'Astorga de son
manque de connaissances pour ne pas avoir visité tant d'universités
comme lui et il recommanda à Francisco Enríquez de suivre les
philosophes magiques, et abandonner les théories galenistes. En plus il
défia à n’importe qui pour voir qui, de tous, guérissait devantage les
patients. Le Protomedicato n’accepta pas la défi, mais confia la réponse
officielle à un de ses composants, Andrés Gámez, qui déjà avait
intervenu dans la polémique de l'Eau de la Vie et de qui connaissait
personnellement Angeleres. Gámez réalisa une étude critique de l'oeuvre
d'Angeleres, complétant chaque paragraphe en la confrontant à l'autorité
d'auteurs spagiriques compétents comme Van Helmont, Oswald Croll ou
Luca Donzelli, pour terminer en dédaignant la proposition thérapeutique
proposée par le moine.
Gámez considérait la proposition effectuée par Angeleres de créer une
académie chimique semblable à celles déjà existantes dans d'autres
cours européennes comme très bonne, pourvu que l'exercice des
pratiques spagiriques soit en possession des personnes doctes,
instruites, c’est ne pas le case d’Angeleres, que Gámez considérait
comme pseudo chimique parmi tous ceux qui offraient de grands
remèdes et n’avant pas les plus élémentaires connaissances de
chimique. Au printemps de 1693, et par déclaration voiture du
Protomedicato, on interdit Angeleres l'exercice de la médecine, n'ayant
pas l'autorisation nécessaire. En dépit de tout cela, il existe une certitude
documentaire qu’il continua à exercer sa vision particulière de la
médecine jusqu'à ce que le fut processé par le Tribunal de la Nonciature
pour exercer la médecine de manière frauduleuse. Si nous tenons
compte des idées proposées par Andrés Gámez, comme représentant du
Protomedicato, il ne semble pas que ce Tribunal fut contraire à l'emploi
de médicaments chimiques mais à leur utilisation par un empirique, parce
qu'il n'était pas recommandable de mettre des remèdes puissants entre
les mains des ignorants. Tel est l'argument du Tribunal pour empêcher la
création d’une Académie Chimique, ouverte au public, où n’importe qui
pourrait acheter de tels remèdes. Il paraît, donc, que la tendance du
Protomedicato était d'une politique d’ouverture à l'acceptation de
médicaments chimiques comme une arme en plus dans le vaste arsenal
thérapeutique. Seulement dès cette position on peut comprendre la
décision prise quelques mois plus tard par Charles II d'inclure des
remèdes chimiques dans ceux effectués par ses pharmaciens dans la
Pharmacie Royale ce qui conduirait ensuite à la création du Laboratoire
Chimique Royale. >

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5. Revalidés contre des Docteurs : les origines de la Royale Société
de Médecine de Séville.

Ce sera dans dernières années du 17ème siècle XVII que les différentes
polémiques établies entre des traditionalistes et renovateurs changeront
de scène, en transférant l'action à la ville de Séville. Où a la fin du siècle,
comme dans d'autres parties de la Péninsule, le traitement d'un patient
était pactise accordé, préalablement à son application, à travers des
Assemblées des médecins, composés par deux catégories différentes de
professionnels. D'une part les docteurs ; de d'une autre, les médecins
revalidés. La différence entre les deux était académique : tandis que les
docteurs possédaient des longues années de formation universitaire, les
revalidés se caractérisaient par leur pratique obtenue après des années
d'expérience avec des médecins déjà reconnus. De tout façon, tous les
deux avaient besoin de l'approbation du Protomedicato pour pouvoir
exercer la médecine. Des Assemblées avaient un président, qui était
toujours le plus ancien dans l'exercice. Par un accord entre docteurs et
revalidés sévillans, on respectait l'antiquité dans l'exercice pratique sur
formation académique. En 1696 cet accord fut rompu celle-ci concordia a
été défaite par les docteurs du cloître médical de l'Université de Séville,
en décidant que c’étaient eux qui devraient présider les Assemblées et
pas les revalidés, ce qui provoqua que cette nouvelle situation devait être
résolue dans le cadre judiciaire. Ce qu'initialement sembla une dispute
par honneur déchaîna une polémique féroce dans plusieurs fronts. Ayant
comme basse une fois de plus, la confrontation entre les défenseurs de la
théorie galénique et des adroits pratiquants de l’art spagirique, avec la
crainte des premiers de se voir supplantés de leurs positions privilégiées
par le prestige croissant des deuxièmes.

Nous pouvons ici considérer trois phases de la polémique: la première,


motivée pour la confrontation entre les revalidés et les docteurs par la
présidence des assemblées ; la deuxième, confronta les deux groupes
pour questions philosophiques, thérapeutiques ou des naturalistes ; la
troisième, finalisât avec la légitimation des ceux revalidés par le
monarque Charles II lui-même, avec la création de la Royale Société de
Médecine de Séville. Face à d'autres polémiques précédentes, celle-ci
commença avec les galénistes. Ce fut leur décision de présider les
assemblées de médecins qui déchaîna tout le processus postérieur, avec
des conséquences incalculables pour les deux groupes au moment initial
de la lutte. Les positions des docteurs sévillans ont été défendues par
Alonso López Cornejo, professeur de prime de l'université de Séville et
médecin des Alcazares Royales à travers la publication d'un texte intitulé
Question médicale légale, on peut suivre chacune des allégations
exprimées par les médecins revalidés pour obtenir à nouveau la
présidence des Assemblées et celles des docteurs pour les maintenir.
Certaines entrent dans des recherches d’investigation véritablement

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subtiles ; mais d'autres nous aident à comprendre la situation interne et
leurs relations. Par exemple, les revalidés ont allégué que ce devrait être
le médecin le plus âgé qui aurait la présidence. Les docteurs, devant
cette prérogative tellement traditionnelle n'ont pas refusé, mais, lui ils ont
fait de telle sorte que l’élu fut un docteur :

Il est évident que les questions contestées étaient plus nombreuses. Les
docteurs prétendaient conduire leur autorité supposée académique au-
delà des enceintes proprement universitaires, comme était le cas des
Assemblées. Le problème, pour les revalidés, était dans le caractère
éminemment pratique de ces dernières, dont la finalité était de proposer
le meilleur remède au patient. C’est ainsi que le fait de les assemblées
seront présidées par un docteur, le malade pourrait ne pas recevoir le
meilleur traitement à sa maladie, con que, si la formation théorique était
supérieure, chez le docteur, l’expérience et la practice, était supérieure
chez le revalide. Ce fut l’argument exposé par le représentant des
revalidés dans cette phase de la polémique, Miguel Melero Ximénez qui,
avait été élève de López Cornejo lui-même.

C'est-à-dire, une chose c’était de diriger des exercices littéraires et une


autre très différente de choisir la thérapie la plus appropriée pour un
patient. Dans l'oeuvre de Melero apparaît déjà la primauté de la pratique
devant la théorie, caractéristique fondamentale de la pensée du
renovateur. Les docteurs sévillans ont entamé les démarches
nécessaires pour obtenir un décret du Protomedicato où il serait interdit à
aux revalidés de présider les assemblées. En contrepartie Miguel Melero,
en qualité de représentant des médecins revalidés, a envoyé un
document au Protomedicato où il rendait compte de la situation et
exposait nia les raisons qui les appuyaient. La résolution finale est venue
de la main de García Bazan, président de la Royale Chancellerie de
Grenade, qui a donné la raison aux revalidés. Nous savons que les
docteurs n'ont pas accepté de bon gré ne pas atteindre leurs objectifs.
Mais plus important que cela c’est que les revalidés ne se sont pas senti
conformes. Pourquoi ? L'explication a deux motifs. Le premier a été que
lorsque les docteurs recevaient les citations pour assister aux
assemblées qui, par sentence, devaient être présidées par un revalidé, ils
n’assis l’aient pas. Nous déduisons donc comme second motif de
l’incommodité des revalidés, est la véritable cause du refus des docteurs
de soumettre à la sentence : le rejet qu'ils sentaient par le genre de
remèdes indiqués par les revalidés, et qui étaient préparés selon l'art de
séparation>. Ces pratiques étaient antérieures à la date indiquée comme
début de la polémique, d’après le médecin sévillan Cristóbal de Luque :

<Un personne robuste était souffrant vers le mois de décembre de


1690. Il fut assisté par deux médecins si rationnels qu'ils ont arrêter
exécution de remèdes, au temps convenu, et de les administrer

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utilement au moment précise. Au quatrième jour certains
symptômes et d’autres ont surgi et méfiant de l’arrêt prudent de
remèdes, le patient et sa famille convoquent un chimiste en croyant
corriger ainsi avec leur diligente administration de secours la
paresse et la négligence dont ils accusaient les médecins. Je le
refuse a rentre en compagnie d’un hôte si extraordinaire, insistant
sur l'inutilité d'un tel collègue, pour un vote en matière tellement
grave. >>

Les confrontations ouvertes entre les docteurs et les revalidés ont conduit
a ces derniers à constituer une réunion entre amis où discuter
convivialement toutes les questions sur les médicaments chimiques, et le
faire dans leur propre environnement, en dehors de la vue des médecins
galénistes, avec lesquels aucune réconciliation ni entendement étaient
possibles. Par conséquent, durant l'année 1697, cinq personnes ont
décidé être les premiers associés, les fondateurs, ayant comme leur
patron, l'Esprit Saint : les médecins Juan Muñoz et Peralta et Salvateur
Leonardo de Fleurs, le pharmacien Alonso des Rois, presbitère Juan
Ordoñez de la Barrière et le chirurgien Gabriel Mince. Apparaissait ainsi
la Veneranda Réunion entre amis Hispalense, Société médecin-
Chimique, Anatomique et Mathématique, dont le but fondamental était de
lire des livres de spagirique, alchimie et médecine chimique :

<En voyant que les Auteurs modernes spagiriques, apportent la


méthode curative la plus suave, et délicieuse, les anciens,
décidèrent de se rassembler tous les soirs chez le Président, et
alternativement prendre des notes points, et lire une demi - heure,
et l'autre demi-heure poser des arguments ensuite en conférence
sur la maladie, que chacun traitait, et ce qu’on ignorait, avec cette
étude on l’apprenait.>

Pour la première fois nous observons une conscience de groupe, un


objectif parfaitement indiqué et non une lutte quijotesque pour défendre
des questions plus ou moins rénovatrices. Leurs idées philosophiques ont
été parfaitement marquées : ils étaient, avant tout, des atomistes, plus
inclinés à accepter les prémisses Gassendi et de Maignan que de
Descartes , profondément insérés dans la bataille pour intégrer la chimie
dans la médecine, la méthode expérimentale dans la philosophie
naturelle. Au lieu de rester passifs devant une telle explosion littéraire, les
galénistes ont commencé à chercher la façon de mettre un terme à la
réunion d’amis qui répondait à chacune de ses attaques. On accusa les
tertulièns d'effectuer enchantements de la magie, de défendre les qualités
occultes et d'élaborer des remèdes mortels. Voilà les raisons pour
lesquelles les docteurs sévillans furent poussés à solliciter par les
écoutants de la Audience Royale une pragmatique contre les tertuliens.

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L'affaire a été directement envoyée au Conseil Royale qui, à son tour,
demanda un rapport au Protomedicato. Le Tribunal médical maximal
décida appeler un représentant de la Veneranda Réunion, avec l'intention
de connaître de première main l'idéologie de cette académie. Le
représentant respondit:

<Que la Doctrine, qu'ils suivaient était la Spagirique, que celle-ci


n'était pas nouvelle, qu’en Egypte elle fut practiquée par Hermes
Trimegiste.>

Après l'entrevue, le Protomedicato a donné le rapport au Conseil Royale :

<En disant, que non seulement c’étaient de bonnes doctrines, mais


très utiles pour le bien public, et vu par le Conseil, informe
Monsieur Charles Deuxièmement, et Sa Majesté. a approuva, et
constitua l'Académie Royale triomphante de ses Adversaires.> >

Par conséquent, depuis le 25 mai de 1700, par cédule royale de Charles


II, commençait son existence la Royale Société de Médecine des
Revalidés sévillans. La Société Royale est née avec une intention
clairement enseignante, consacrée à l'enseignement des pratiques
spagiriques et anatomiques et la publication de tous les résultats
obtenus. La défense de l'art spagirique est constante à travers tous les
documents de la Société Royale, en soulignant la position clairement
conciliatrice qui n'avait pas été observée dans des polémiques
précédentes :

<La Spagirique, supérieur par sa vertu, et son efficacité, où arrive


la méthode, et la science de Galène n’y parvient pas: parce qu'être
médecin parfait, sans l'utilisation rationnelle de la Spagirique c’est
une chimère. (...) L’art Spagirique a aussi ses limites, et sans
comparaison, plus étendus, que ceux de Galène, et si en
conséquence, elle ne guérit pas, ce qui est certain c’est, qu’elle est
d'utilité supérieure, et donc plus puissante, que la science pratique
de des Galénistes, et ceux-ci ne font pas, ni feront jamais les
miracles réalisés par les Spagiriques.> >

6. La dernière bataille d'une guerre : La polémique de l'antimoine

C’est en ce moment, avec la création récente de l’Académie Spagirique


et l'obtention de l'appui officiel, que se produira tout un changement de
conjoncture mettant en danger les réalisations obtenues au prix de tant
d'efforts. Le 1er novembre 1700, Charles II, le dernier descendant de la
Maison de l'Autriche, meurt, c’est son petit-fils Luis XIV, Felipe d'Anjou qui
va le succéder. L'arrivée des Bourbons au trône espagnol motivera tout
un processus de changement dont les conséquences ont commencé à

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être visibles des les premiers moments du règne de la nouvelle dynastie.
En profitant de la situation de désaccord que tout changement dans le
pouvoir suppose, les docteurs sévillans repris avec recrudescence leur
lutte contre les revalidés et ont dénoncé à nouveau leurs pratiques
spagiriques, l'emploi non-discriminé de remèdes élaborés à partir de
l'antimoine, qu’ils considéraient "un poison puissant, qui brûle les corps et
que ceux qui ont pris l'antimoine, meurent au bout d’un an". Ils ont ouvert
un dossier dans l'Audition de Séville contre les partenaires et ont sollicité
par lettre à toutes les universités de l'Espagne la destruction de la
Société, ou la Réunion entre amis.
Dans ce contexte se sont produits deux événements qui allaient marquer
de manière décisive le devenir de l'art spagirique en Espagne. D'une part,
Juan Muñoz et Peralta, président de la Société Royale, rendit hommage
au nouveau monarque, sollicitant sa protection. Avec l'approbation
d’Honoré de Michelet, médecin Philip V et président du Tribunal du
Protomedicato, la Société Royale a été favorisée avec la protection
royale. D'autre part, apparaît un document de Diego Mateo Zapata en
défense de l'utilisation de l'antimoine et de la science pratiquée dans la
Société Royale, la Crise médicale sur l'antimoine (1701), qui provoque
une vive polémique durant les années suivantes. Zapata était le médecin
personnel médical du cardinal Portocarrero, un des protagonistes de
l'élection du successeur à la couronne espagnole et principale valeur du
parti français. En dépit de ses origines galénistes, Zapata s’est
transformé en le défenseur plus renommé de la science moderne dans
les débuts du 18ème siècle. De cette manière, le nouveau siècle
commençait avec l'union de volontés : des représentants de la rénovation
et de la médecine officielle ont uni leurs intérêts pour offrir l'impulsion
finale dont avait besoin la Société Royale de Séville et ils ont pris
l’antimoine comme symbole de leur union, le médicament le plus contesté
de la thérapeutique moderne. L'objectif de Zapata avec sa Crise
médicale sur l'antimoine était d'obtenir la protection Felipe V en utilisant
la défense d'un médicament clé dans sa propre famille, qui avait guérit
son grand-père et son père. De cette manière, Zapata voulait être le
représentant d'une science moderne, au même niveau que d'autres
Européens, avec des académies scientifiques de style rénovateur. La
guerre française de l'antimoine du 16ème siècle se dans un symbole de la
lutte entre galénistes et paracelsistes. Non seulement les vertus
thérapeutiques de cette substance étaient en jeu, mais celle de tous les
médicaments chimiques, par extension. La situation française établit un
précédent en Europe et, particulièrement, en Espagne, et fut utilisée tant
par les traditionalistes comme par les rénovateurs, pour faire valoir leurs
idées à ce sujet. La guerre espagnole de l'antimoine particulière se
déroula avec une force spéciale dans la première décennie du 18ème
siècle, bien que durant l'année 1598 le Protomedicato approuve
l'utilisation d'une médecine d'antimoine : la cinquième essence d'or
d'Alejandro Quintilio. Les origines doivent être cherchées un siècle avant,

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au début du 17ème, avec l'approbation des poussières de Quintilio par le
Protomedicato>. En général, les médecins galénistes étaient contraires à
l'utilisation thérapeutique de l'antimoine, étant dangereux pour la vie.
Mais les avis ont aussi été favorables, comme le protomedico Gaspar
Bravo Sobremonte qui, dans ses Consultations médicales, consacre une
étude monographique à l'antimoine. Bien qu’il soit galéniste convaincu,
Sobremonte considérait l'art spagirique comme un recours technique
complémentaire à la médecine galénique et s'est occupé de nombreux
médicaments préparés à partir d'antimoine. Tout paraît indiquer qu'en
Espagne on utilisa l'antimoine de manière habituelle, sans causer les
problèmes observés dans d'autres pays européens tout au long du 17 ème
siécle. De fait, dans les tarifs de médicaments approuvés par le
Protomedicato en 1680 et 1698 apparaissent quelques composés
antimoniales, parmi lesquels il faut souligner le crocus metallorum,
l'antimoine diaforetico et l'antimoine préparé. D'autres médecins
galénistes en faveur de l'antimoine ont été Gaspar Caldera de Heredia,
Pedro Miguel de Heredia ou Juan Guerrero lui-même, célèbre par son
attaque frontale avec Luis d'Alderete. Mais l'antimoine arrive presqu'à
empoisonner la duchesse de Medinaceli, qui a été sur le point de périr
par une mauvaise correction de l'antimoine. L'oeuvre de Zapata a été
critiquée ou soutenue par beaucoup de médecins. Un de ceux qui sont
favorables a été Juan Muñoz et Peralta, qui dit :

<Un remède tenez tellement l'antimoine dans la faculté Médicale,


comme entre autres célèbrent-ils avec la spécialité, et fondement
qu'habituent-ils les sages Auteurs français Modernes, en
dédaignant ce qui est impostures, que pour ignorer sa nature, ont-
ils faites les Anciens Parisiens, contre dont l'accusation avec
meilleur accord suis-je déterminé, comme nécessaire l'utilisation de
ce remède avec lequel a restitué la santé parfaite le Monsieur Roi
très chrétien, et Monsieur Dauphin, Père de notre Roi, et Monsieur
(que Dieu garde).> >

00000

Au mois de juin de 1698 arrive à Madrid une demande d'appui français


de iatrochimique Raymond Vieussens. Vieussens considérait que sa
meilleure contribution à la Médecine était la découverte d'un sel acide
dans le sang, obtenu par distillation. En 1698 il a exposé sa découverte a
la faculté de Médecine de Montpellier. En finissant il fut attaqué par Pierre
Chirac, professeur de cette faculté, qu’il accuse de plagiste en alléguant
que c'était lui le véritable inventeur de ce sel. Ce fut une forte discussion
et Vieussens demanda l'appui de beaucoup de collèges de médecins de
l'Europe. À leur faveur ils ont répondu aux collèges Lyon, Bordeaux,
Leipzig, Sienne et de la Royal Society de Londres. En Espagne, la
réponse fut donnée par Juan du Bayle, un pharmacien qui travaillait dans

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le Royale Laboratoire Chimique de Madrid. Dans la seconde moitié du
17ème siècle, les iatrochimiques se sont intéressés au sang. Le premier a
été Van Helmont, qui considérait que dans le sang était l'esprit vital, et le
cherche par distillation. Van Helmont a été suivi par Thomas Willis et
Robert Boyle, qui a vu aussi que dans le sang réside un esprit auquel il a
donné des propriétés admirables. Vieussens a continué Boyle, en
indiquant l'existence d'un sel acide dans le sang. Juan del Bayle a
reproduit de forme précise les processus de Vieussens et trouva
plusieurs erreurs, comme par exemple utiliser des verres de bronze pour
calciner le sang et les fours en argile, non appropriés pour la torréfaction.
Ainsi, Juan del Bayle élabora sa réponse à Vieussens, en rejetant ses
idées. En obtenant ainsi, le titre de spagirique de plus grand en 1698.

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