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Séance du Dimanche 19 Avril 1970 (aprés-midi Exposé de Mme MONTRELAY et BAUDRY. Discussion : GUATTARY demande si M. Montreley et Baudry sont & Vincennes comme enseignants ov comme psychanalystes. MONTRELAY répond qutils y sont comme enseignants. GUATTARY reprend en comparant métaphoriquement Vincennes & un hépital psychiatrique : il lui paraft alors conce- yable que l'on fasse appel & des analystes pour essayer de modi- fier les choses, pour intervenir ou pour aycir fonction d'ensei- gnants, cependant (en poursuivant la métaphore) il lui semble abusif que des analyses prétendent que l'on puisse & partir d'hépitaux psychiatriques actuels faire ceuvre d'enseignement de la psychanalyse. Renvoyan! cu texte de Gentis qui en tant que psychiatre dénonce d'abord I"institution de *hapital psychia- trique, il précise que c'est une chose d'étre colncé & Vincennes, & I'hdpital de Fleury ou ailleurs et de faire appel dans son dé- chirement & qui.on renconire et, qu'autre chose est de promou- voir @ partir du champ théorique une possible rencontre avec Ninstitution dans son aliénation politique (telle qu'elle peut se trouver dans le champ des hdpitaux psychiatriques). I] demande aux enseignants de Vincennes quel dialogue ils ont tenu, avec le leurre gnial proposé par E. Faure, en tant que théoriciens de Vanalyse. Est-ce que d'autre part ils participent au simulacre politique qui s'y joue en tant qu'onalyste, en tant quiils seraient “coincés la", ou pour d'autres considérations matérielles (salai~ reete ...). ~ 185 - Si ils y sont comme analystesquel mode d'analyse est-ce qutils y promeuvent ? Peuvent-ils dire qu'a Vincennes ou ailleurs ils demeurent sur le terrain du discours - comme dans l'analyse ~ c'est-a-dire qu'ils éludent ce qui se trame dans la prise de parti ? Les analystes qui viennent dans les hépitaux psychiatriques et qui tiennent ce genre de discours, sont appelés des vacataires, clest-a-dire des gens qui se tiennent en marge de la vie de I'hdpi- tal, qui y sont en tant que rejetés / ce qui ne les met pas forcé- ment en position de ( 45 Interrogeant toujours les enseignants i! leur demande quelles sont par exemple leurspositions par rapport & la "Cause du Peuple", & la pratique militante, & la construction d'un Parti Ré volutionnaire se fondant sur le champ du freudisme et du lacanisme. Michéle MONTRELAY : ne pense pas que I'on puisse comparer ce qui se passe & Vincennes avec un hépital psychiatri- que. Méme si ce qui s'y joue, c'est de l'ordre, souvent, de I" acting-out, & partir du moment et o¥ on y tient un discours, et 00 l'on prend réellement parti dans ce discours, on ne peut pas dire qu'on est en marge. Au sujet du problame politique Mme Montrelay indique que leur présence les améne nécessairement & prendre une position politique. D'autre part il se trouve qu'ils ne sont pas d'accord avec la fagon dont une certaine straiégie politique est menée et qu'ils ne peuvent en conséquence adhérer & ces prises de positions qui sont les seules existantes @ Vincennes maintenant. On s'entendra dire : "au lieu d'un séminaire o& vous porlez, pendant que certains de nos camarades sont & Argenteuil face aux flics, venez manifes- ter avec nous !" Mais si pour nous la politique ce n'était pas d'abord cela ? N'étre pas d'accord avec une certaine pensée, une certaine stratégie ne signifie pas absence de prise de position poli- tique et la derniére partie de leur texte écrit concerne ce qu'ils ont tenté d'articulier quant & celle-c BAUDRY : Précise que ce qu'il a dit sur “contrarier, qui n'est pas aller contre" visait "La Cause du Peuple". OURY : Luce Irigary dans son exposé a fait une analogie entre la Passe et ce qui se passe & Vincennes. Quen est-il ? On peut peut-étre se demander si les analystes qui vont s'exposer & - 186 - Vincennes en tant qu'ensaignants n'y vont pas pour s'exposer sans le savoir @ une passe généralisée, les passeurs n'étant alors que les gens qui se trouvent 4 Vincennes, les étudiants eux-mémes. Oury adhére complétement a ce qu'a dit Guatiari ef & son analo~ gie - non péjorative - de la structure concentrationnaire amé li o~ rée d'un hépital psychiatrique avec Vincennes. A propos de “|'inter" - de l'interdiscipline - i] note qu'il a 616 dit qu'on en parlait dans les couloirs, cela lui rappelle qu'il avait érigé comme régle de I"hdpital od il travaillait que ce qui se disait dens les couloirs était annulé, considéré comme non-dit (sans référence avec le non-dit de Blanchot ...), afin que ce qui a été dit soit recentré dans des lieux od il peut y avoir de la parole. Dans les différents textes qui ont éfé lus, il note une confu- sion entre le "deséire" ef l'abolition du nom, espace d'innominé. = || demande si l'innominé a 4 voir avec le desétre. Cela lui semble complatement différent (l'anonyme éiant le propre d'une société concentrationnaire) LACAN : Oury @ tout-a-fait raison. OURY : le texte d' Irigaray lui semble avancer quelque chose d'important en comparant la passe avec ce qui se jove dens Venseignement : l'espace de diffraction, l'apporeillage de la passe comprenant le passant, le passeur, le jury d'agrément ~ pourrait atteindre la mécanique méme de I'énonciation. Stil peut se faire que S'exposer comme enseignant produise sur |'enseignant lui-méme des effets analytiques, ce serait l& qu'il y aurait un index de passe, dans le fait qu'étre enseignant quelque part, d'avoir & expli- quer quelque chose & un public difficile cela peut avoir un effet de diffraction qui ferait apporaitre la mécanique méme de |'énon- ciation. Oury aimercit reprendre le texte d'lrigaray & ce niveau théorique qui, d'aprés lui, engage beaucoup. Pour terminer il remarque qu'il a beaucoup 6t6 question de "scéne" et il demande ce qu'il en est du passage & I'acte : Vincennes ne serait~il pas le lieu privilégié d'une telle étude ? Il conclut en demondant si Vincennes n'est pas “hors scéne" ? TOSTAIN : & propos de l'organisation de cette matinée du congras, le fait que Rabant ait présenté un discours remarquable - 187 - ~ mais @ lire ~ venait la comme le mur du savoir dont il avait parlé pour colmater quelque chose qui est en question dans l'histoire de Vincennes, et que Guattari heureusement a relevé dans des termes qu'il ne faut pas éluder. A la question de Gvattari : Participez-vous au simulacre ? Il répond : oui - comme psychanalyste ou enseignant ? Il répond : ni l'un, ni l'autre ; il ajoute que pour lui et certains d'entre eux il y est comme saboteur d'une entreprise dont ils ne yeulent pas qu'elle aboutisse : @ savoir ce qui a €t évoqué au départ par Israal = La psychanalyse enseignée en six semestres Le psychenalyste qui s'occupe du désir dans sa prati- que, doit se foutre: de la maniére de le rendre pratiquable & Muniversité + il ne stagit pas de faire de I'université une maison de passe. IRIGARAY : dit ne jamais avoir prétendu décrire ce qui se passait dans le département de psychanalyse & Vincennes; elle a seulement essayé de poser la question de la possibili- t€ de fonctionnement d'un analyste sur la scane universitaire, Par ailleurs elle s'étonne que le terme "couloir" n'ait pas 646 entendu comme métaphorique. DOLTO : s'adressant & Guattari estime qu'on ne peut pas confondre un lieu od quelles qu'en soient les raisons, des gens ont perdu le sens des responsabilités - ne sont plus respon sables de leur devenir,de leur travail, de leur créativité - avec une société de. jeunes qui aspirent @ devenir responsables et il lui semble que la présence d'analystesdans ce que Guatiary nomme, un “foutoir" et qu'elle ne nommerait pas ainsi quand la vie se cherche et cherche & agir dans une société - que donc la présence d'analystesqui puissent y Sire comme responsables d'eux m&me, quels que soient les artifices politiques qui ont fait qu'existe ce lieu 00 ils sont, son importance et sa raison d'étre Mare LEVY : répond & Tostain sur I'assimilation du dan- ger de Vincennes avec ce qui se passe Outre Rhin dans I'ensei- gnement de la psychanalyse : qu'il n'a jamais €t6 question & Vincennes (on tant qu'enseigné, astudé comme dirait Lacan) d'un enseignement de la psychanalyse, mais d'une réflexion sur un "dire" et qu'il ne pense pas qu'une réflexion sur un dire - 188 - ait quelque chose & voir avec la formation d'analysies,pas plus que quelqu'un qui étudierait le Talmud ne deviendrait juif ov rebin. LECLAIRE : pense que la fagon dont Rabant a tenté de rendre compte en termes originaux de l'essence méme de l"expérience de Vincennes et ceci d'un point de vue structural constitue un temps nécessaire pour que la discussion ne s'enga- ge pas dans la confusion. Ce qui fait au plus profond & son sens la raison de leur présence en ce lieu o¥ une multitude de choses les inté- ressent - quiils le veuillent ou non - c'est quelque chose rele- vant de cette entreprise qui conirarie, pour reprendre les ter- mes de Baudry et M. Montrelay, non seulement la stratégie du non discours mais un certain nombre d'autres stratégies. Or, ce que vient d'éyoquer Tostain sur ce que serait la psychanalyse en 6 semesires, lui semble @tre de l’ordre d'un fantasme : il serait un peu hétif que pour la commodité de l'exposé, voire & cause d'une certcine stratégie, on impute & qui que ce soit de coux qui travaillent & Vincennes, quelque chose qui implicite- ment ou explicitement ou méme inconsciemment viserait & quelque chose de cet ordre. MONTRELAY : répond &@ Oury, & propos de la passe : en effet quelque chose de la passe se passe & Vincennes, dont elle et Baudry ont voulu marguer |'existence dans les lignes suivants de leur texte + Le devenir "abject" du saveir, du discours, leur pas~ sage & |'état de déchet, prennent une fonction précise, néces- saire : ne faut-il pas que la parole achoppe, tombe, perde toute valeur, ne faut-il pas qu'aé un moment elle "passe" pour que d'avires puissent la reprendre, pour que puisse passer la véri A propos de la passe, M. Montrelay ajoute : on peut bien trouver & Vincennes quelque chose qui de la vérité passe, passe comme on pourrait dire de la passe mais qu'évidemment la situation n'est pas la méme,aussi pure, que celle qui se produit en fin d'analyse. ABDOUCHELIS : Les enseignants de Vincennes se seraient- ils engagés dans cette expérience si au moment ob ils ont pris leurs fonctions, ils avaient su ce qu'ils renconireraient. Ginette MICHAUD : demande si les enseignants se voient pour théoriser ce qui se passe de leur point de vue. MELEZE : ne pense pas qu'a propos du texte de Baudry et Montrelay iI s'agisse pour les étudiants de les poser ou non comme enseignantspuisqu'ils le sont (payés en effet pour cela). II pose la question des lieux ot se mesurent les effets de cou- loirs et il se demande si cela ne peut pas @tre dans un autre lieu (gratuit : ni salaire, ni dipléme). LECLAIRE : répond & Abdouchelis que les choses ne recommencent jamais, qu'ils ont accepté et qutils y sont. A Ginette Michaud il répond qu'il a ev quelques avatars dans le fonctionnement du collectif ensei gnant ; lui-méme s'est trouvé critiqué comme exergant un pouvoir autocratique ; cer- tdines interf€rences venues d'un souci de rigueur de la part de I'Ecole ont quelque peu perturbé les choses vers octobre 69 et depuis il ya une difficulté & reprendre le travail, au point qu'il est Stonné du terme de sabotage employé par Tostain. II espére que le dit des couloirs qui n'est ni censuré, ni sanc- tionné d'une peine capitale reviendra se dire d'une certaine fagon ~ peut-étre atténuée - comme il le souhaitait pour le jury d'agrément, et il souhaite que le collectif enseignant explicite ses positions éventuellement sous la forme de cartels en connexion avec tous ceux qui peuvent étre intéressés por lentreprise, y compris de la fagon la plus radicale. Michele MONTRELAY répond & Mélaze qu'aucun enseignement ne peut étre gratuit et que la question des U.V, est la pour l'apprendre si ils ne le sayaient pas. On ne peut refuser ni U.V. ni dipléme : le question de l'économie de I'en- seignement est précisément la. BAUDRY : quant au probléme de la théorisation en- tre enseignants, il faudrait si l'on reprenait |'analyse de ce qui s'est passé, distinguer 2 niveaux : celui de la communica- - 190 - tion entre enseignants et celui d'un travail de théorisation véri- table. Toute théorisation n'est pas absente de ce qui est fait & Vincennes. A propos du travail de Luce Irigaray : il ne dirait pas la méme chose de la situation de la psychanalyse par rapport & l'épistémologie régionale ou générale, la diffraction du nom a la fin de l'analyse, ni sur la fragmentation du transfert. Mare LEVY : répond & Oury et Guattary que si l'assi- milation qu'ils font entre Vincennes et une clinique psyehiatri- que est assez juste par certains cétés, ils ont oublié que |'Ecole Freudienne est elle aussie régie par Ia loi de 1901. Ila I'im- pression que les problames de |'enseignement & Vincennes ou les problames de l'enseignement de la psychanalyse par rapport a la psychiatrie leur sert & occulter quelque chose de leur propre statut en tant qu'institution. MELEZE : 0 senti dans ce que Rabant a dit quelque chose qui aurait plus & voir avec une position de passant, de passé ou d'analysé dans I'institution, qu'une position de mai trise de ce qui peut s'y passer. Il y a peut @tre leurre & croire qu'on peut disposer une phénoménologie de l'espace - temps & partir de quoi il est possible de construire une situation analy ti~ que. Le problame est de savoir s'il est licite de faire une analo- gie entre ce qui s'y passe et l'analyse pour autant que la deman- de différe : - si demande il y a, c'est une demande politique dont l'état est le garant, et I'étudiant se trouve pris dans |'éco- nomie d'un certain contrat o¥ I'€conomie se joue au moins & trois. Quantaux professeurs de Vincennes, le probleme est qu'un certain nombre d'entre oux ont été étudiants - certain avec des vicissitudes - et qu'il peut y avoir tentative de réglement a posteriori de leur propre passé historio-politique dans |'univer- sité. Au sujet de la structure elle~méme : La maitriser serait localiser quelque chose qui serait de l'ordre du fantasme, de I'i- maginaire, de I'inconscient ou du non~sens ; ce serait dire que cet espace est marqué d'une demande sociale qui ya placé, pour occulter ce qui pourrait se dire, des apperiteurs : les signi- fiants dans les couloirs sont les epparitours musclés, il n'y ena pas d'autres. Si on se refuse @ lire dons les couloirs les matraqua- ges qui s'y multiplient, sur quelles surfaces signi ficntes péut-on - 191 - clors entendre quelque chose ? Il ne stagit pas face aux actions des &tudiants d'evoir une position de contrainte, de g&ne ou de sympathie, mais de savoir si cela peut étre écouté ou pas, & sa~ voir quel type de discours correspondrait idéalement au discours de l'analysé dans une institution comme Vincennes ? Il faut lire les journaux, la "Cause du Pouple", le discours des groupuscu- les, et la trame signifiante elle-méme & partir de quoi une inter- prétation est possible. Si cet espéce de déplacement n'est pas respecté on peut imaginer que ce qui échappe & une tentative de réduction de I'université de Vincennes @ une situation anal y- tique est complétement récusé par les gens qui sont en position de faire de I"enseignement et de l'analyse. on de bonne foi est celle de Rabant, si ce n'est qu'on peut lui faire le reproche de ne pos avoir plus explicité sa position d'@ire lui-méme un passant & Vincennes, en situation d'étre écouté, interprété et peut-dire méme conirélé par l'université. En définitive la seule pos Citant les mots de Prévert : "Les enfants qui s'aiment, s'embrassent devant les portes de la nuit et les passants qui passent les désignent du doigt, mais les enfants qui s'aiment ne sont li pour personne", il ajoute qu'il pense que les analys- tes @ Vincennes sont comme les enfants qui s'aiment et que quand tls cbandonneront cette position on aura quelque chose & y epprendre. FAURE : demande si I'enseignement od on est classé comme enseignant ~ sauf s'il est trés particulier (Lacan) - peut faire passer quelque chose de la vérité, s'il ne faut pas se conten- ter de ne pas fermer les dvenues de la vérité, c'est-a-dire de faire un questionnement qui fonctionne dans les deux sens /enseignant/enseigné et enseigné /enseignant/. Si on peut enseigner sans se poser la question que Montrelay n'a pas éludé dans son écrit: la question de son propre désir d'enseigner et de ce qu'il comporte en ce qui concerne I'identification et le narcissisme. Au sujet de l'information relative & la psychanalyse en six semestres, il ajoute que dans le cadre du Centre Technique National de I'Enfance Inadapiéeil y a un projet déposé depuis l'an dernier de former des psychothérapeutes d'enfant en trois ans avec analyse personnelle et bourse & lappui . - 192 - PROPOS A PRETENTION ROBORATIVE AVANT LE CONGRES "Ce quiil y ade terrible quand on recherche la vérité, c'est qu'on la trouve”. Rémy de Gourmont. Ch. MELMAN Argument a) Commencer par la fin On aimerait pouvoir conclure avec simplicité et la meil- leure foi : une psychanalyse didactique, a son terme, boucle le désir de savoir en un savoir du désir. Pour donner des aliments 4 ce savoir, on conseillorait un €clectisme prudent entre la théorie (lecture de Freud et des bons cuteurs) et la pratique (sa propre analyse), dent le progrés s'affirmerait de faire vibrer des concepts juste assez peu aliénants pour rester néanmoins consacrés : transfert, identification, acting out, pourquoi pas Autre, signifiant, etc... L'essentiel resterait affaire de dosage ob la subtilité mesure l'art, sinon l'artisanat. Néanmoins on lit chez J. Lacan (Ecrits p. 863) "Le savoir sur l'objet "a" serait alors lo science de le psychanalyse ? Clest tras précisément lo formule qutil stagit d'éviter puisque cet objet "a" est & insérer dans la division du sujet par ob se structure tras spécialement le champ psychanalytique. C'est pourquoi i] était important de promouvoir d'abord et comme un fcit a distinguer de la question de savoir si la psy- chanalyse est une science (si son champ est scientifique) - ce fait précisément que sa praxis n'implique d'autre sujet que celui de la science". - 193 - Avirement dit (et en resireignent) : la psychanalyse, mame de viser l'objet dont la chute est fondatrice, cause, du champ du savoir, n'a pas, sauf a s'égarer, le privilege de pou- voir le faire figurer dans ce champ, du mémecdté que les objets par lui dé terminés. Aussi, retenons davantage cette formulation antécédente (p. 472.. Situation ‘de la psychanalyse on 1956). “La technique de la psychanalyse stexergant sur la re~ lation du sujet au signifiant, ce qu'elle conquis de connais- sances, ne se sifue qu'a s'ordonner autour. Ceci lui donne sa place dans le regroupement qui s'affirme comme ordre des scien- ces conjecturales. Car la conjecture n'est pas I'impropable : Ia stratégie peut l'ordonner en certitude. De méme que le subjectif ntest-il pes la valeur de sentiment avec quoi on le confond : les lois de I'intersubjectivité sont mathématiques" . Paraphrase : nous concerne Ia constitution de ce champ lié & lo décomplétion du sujet, quand celle-ci se produit au lieu de I'énonciation, soit chez I'Autre. b) Une prétention inadéquate Mais, dira-t-on, votre argument ne vaut que d'autorité, fi-ce celle de Locan, que vous appelez tout de go. Comment pouvez-vous, psychanalyste, en faire état quand vous dé fendez tres justement ailleurs que "Si |'Autre tient la position maftresse” (p. 807) "I'assertion qui s'y instaure, faute de se clore sur rien que sur sa propre scansion, autrement dit faute d'un acte ov elle trouverait sa certitude, ne renvoie qu'a sa propre antici pation dans la composition d'un signifiant, en elle-méme insignifiante" (p. 806) que "il n'y a pas d'Autre de |'Autre. C'est un imposteur que se présente pour y suppléer le Législateur (celui qui prétend ériger la Loi)" (p. 813). Et d'ailleurs, au pied du mur, pour venir & bout de ce constituant manque du vrai sur le vrai, n'avouvez-yous pas “qu'il n'y a pas d'autre vrai sur le vrai & couvrir ce point vif que des noms propres, celui de Freud ou bien le mien" (Lacan, p. 868). Et encore, comment ne pas bien entendre cet ami estimé, au téléphone : "Le titre véritable du Congrés :non pas enséigne— ment de la psychanalyse, mais enseignement de Lacan". - 194 - La remarque nous parait d'importence et pour nous se divise ainsi, en foveur de l'unité de la psychenalyse. Ou bien, en effet, la théorie psychanalytique est un artifice opératoire, modelable au gré des humeurs privées et des circonstances locales, mais encore lui faudra-t-11 s'enga- ger sur l'objet de cet artifice (thérapeutique, par exemple, ou didactique, mais de quoi ?) ou bien la psychanalyse conceme effectivement la relation du sujet & la structure du signifiant Dans ce cas la psychanalyse reléve d'un traitement scientifique, od Lacan précéde. D'un peu loin d'ailleurs, et ceci concerne les obstacles dans |'Ecole. Faut-il les faire re- lever de cette rubrique d'il ya 15 ans. "Dans une quéte de savoir, un certain refus qui se mesure & l'étre, au-deld de l'objet, sera le sentiment qui soudera le plus fortement la trou- pe, ce sentiment est connaissance, sous une forme pathétique, en lui |'on communie sans communiquer, et il s'appelle la haine" (p. 479). Unité de la psychanclyse : i| n'est pour elle de science que du particulier, soit la combinatoire spécifique qui ragle pour tel sujet I'universel de sa chute ; cette proposition, comme pour Alice, gagne a se lire aussi renversée. On voit, en tout cas, ce que nous retenons comme “terrorisme" de l'enseignement lacanien : équivalent au ter- rorisme des lois de la Relativité Est-ce évoquer, du méme coup, |'anonymat fondamen- tal de cet enseignement, s'il tient @ la formalisation d'une structure dont quiconque reléve au méme titre pour en recevoir également le message ? La décisive particularité lacanienne ayant 616 d'assurer le passage de ce procés particulier au rang universel qui en permet l'énoncé ? Autrement dit : Lacan, porte-discours ? (ce qu'on pourrait avancer & |'évidence de Leibniz et Newton, dans leur collusion) . Il n'est pas sir pourtant que les propriétés de notre champ permettent un tel alibi, et que Freud (sa “personne", le sujet ?) puisse dinsi éfre considéré comme négligeable dans l'évaluation des modes de constitution de la psychanalyse. - 195 - Disons que le lieu décisif & cerner nous parart bien staccor- der & celui du sujet ; mais de qui ? pourrait rester la question. Si, en effet, "les psychanalystes font partie du concept de I"ICS puisqu'ils en constituent l'adresse" (p. 834), la dite adresse peut sembler dominante dans la dé termination du discours qui lui est retourné, voire, celui-ci lui apparattre comme son bien naturel. Plus prosaiquement, & propos du sophisme rapporté dans "Le temps logique" (p. 197 - 213), on pourrait interroger : qui, des 3 prisonniers, est |'auteur (un nom propre s'il vous plait !) de la décision salvatrice ? C'est d'ailleurs la question fondamentale qutils se posent. Il reste que si inclure cette adresse pourrait suffire & spécifier cet enseignement comme de Lacan, le parti-pris d'y faire entendre un discours sans parole nous parait mieux la qua- lifier comme &tant aussi celui de Personne, et aussi bien, concer— ner tous. Ce qui se produit d'ailleurs. Ces propositions nous paraissent encore, & vrai dire, timides. Tentatives seulement de tirer conséquence de quelques concepts, pour souligner que l'enseignement de Lacan ne peut valoir de morceaux choisis; ceux-ci ne tiennent que de postuler une structure dont la prise au sérieux implique : on ne peut pas plus parler d'un enseignement des psychanelyses que des physi- ques. Dire ainsi la psychanalyse, implique que les enseignements possibles aient & répondre, comme ailleurs, sur le seul terrain de lo rigueur. c) La voix des entrailles Pour prendre un autre accés, remarquons que la prati- que de l'analyse fayorise légitimement le doute systématique des savoirs constitués. Au profit de quoi ? De l'écoute d'un "ga parle" porteur de la vérité. Il est aisé néanmoins de monirer comment I' opération s'exposait 4 devenir mythe, de se joindre par mégarde & |'écoute traditionnelle des Voix. (Dieu, son Livre, la Nature, la Science, etc .), autrement dit, @ se faire herméneutique, primo offerte toujours par le signifiant en sa structure (d'avoir un signifié qui le déborde) - 196 - Ici, dans notre cas, Voix venue des profondeurs, qui stinclue de juste le corps, et dont "I'interprétation", de réputa- tion publique, souligne I'épiphanie illuminante et salvatrice. Ce n'est pas un hasard si une telle conception est de I"thystérique, puisque on le répate, elle a enseigné la psycha- nalyse a Freud ; bien que de ne valoir que avec et jusqu'é la premiére topique, elle continue néanmoins de faire image de marque. Ceci nous concerne doublement Cette sapience continue en effet de jeter le discrédit sur une formation scientifique du psychenalyste ; il n'est pas rare (ou n'était) d'entendre vanter un flair clinique proportion- nel & I'ignorance. D'autre part, elle eniretient une pédagogie dont le Rousseauisme naif est éclatant (ne géchons pas ce tendre savoir naturel et harmonieux par la corruption du froid intellectualis— me) Il ntest pas besoin, pour conclure, de I'échec si avéré (mais résistant &@ toute épreuve) des entreprises pédagogiques ins- pirées par la bergerie et l'atelier. Le clivage entre Savoir et Vérité est plus utile & dé- voiler, non seulement ce que la place méme du psychanalyste peut paraftre souhaiter entretenir d'un obscurentisme par ail- leurs physiologique, mais aussi ce que pourrait impliquer une technique d'enseignement. d) Une Ecole buissonniére. Faire un psychanalyste Si la psychanalyse n'est pas interrogée per la pédago~ gie, elle est inyitée néanmoins & se prononcer sur celle qui opére chez elle. Pédagogie : le mot se désavoue bien sér lui-méme, si on tient compte que la réussite d'une éducation est 4 évaluer au lieu de ce qu'elle manque. - 197 - Rappelons que la tradition universitaire paratt maintenir le style de I"enseignement des humanités dans le registre narcis- sique de I'éruditio : savoir fournir la belle réplique, miroir de la bonne question du Mafire, comment ne péserait-elle pas chez nous. Si cette réduplication agréable est satisfaisante pour le panorama, on voit néanmoins la relation (tension) fonciérement aggressive @tre perdurable entre le sujet et l'image, ici, profos~ sorale. Car on peut admettre que la qualification psychanalytique, elle, met en question chez I'impétrant I'étre méme, chose incroya- ble, son essence. Mais s'il se trouve un candidat pour délibérément choi sir de l'assumer, comment manquer son éducation comme il con- vient ? Soit encore la mettre en fait d'une division que tout son savoir ne peut qu'ignorer. Question posée. - 198 - Débats ©. MANNONI : on o parlé essez souvent imprudemment de la vérité. Comme analyste ils sont dans le champ de la vérité, mais lo vérité elle-méme n'est pos dans le champ. Le fait qu'elle commande ne nous permet pas de mettre la main dessus. LACAN : ga [fa lui aussi beaucoup chiffonné, I'usage quion a fait du mot vérité . NEMO : ce qui le préoccupe est que le congrés devait avoir pour théme l'ensei gnement et pas seulement celui de la psychanalyse. Entre le début et la fin du congres, il devrait y avoir une différence pour chacun ot sans chercher la nature de cette différence, on peut penser qu'elle a rapport avec la forma- tion et l'instruction. Il nlest pas indiffrent que un des discours les mieux aceueillis ait 61 celui de Nassif : mais ce qui pour Nassif est un instrument de travail ne peut-il pas devenir pour d'autres une sorte de somme philosophique, un discours fermé ? S'il ast difficile de débatire de I'enseignement, c'est peut-étre qu'a mesure qu'on en parle quelque chose de lui fonctionne et que ce qui est en question c'est ce qui y fonc- tionne. Cela lui rappelle la situation qutil a renconirée aux cours de Macherey. Macherey parlait & la Sorbonne de l'idéo- logie pédagogique et il ne peut faire autrement que de parler comme un maitre de l'institution universitaire siégeant dans le cadre emminement pédagogique de la Sorbonne. Or il ya la une reison incontournable qui fait qu'il doive s'arr&ter au mo- ment 00 son discours devrait faire sentir ce qu'il en est de la - 199- séduction universitaire. Ce quia pour effet un blocage chez les €tudiants : ceux-ci ne demandant que de recevoir ce qui leur est proposé : Macherey avait la prétention de faire la critique du caractére routinier de l'enseignement. Or lorsqu'il allait en parler, quelque chose s'est bloqué et il a été obligé de passer @ un plan historique en étudiant les reégles de séduction propres & telle époque donnée. KAUFMAN : demande en quoi c'est un blocage . NEMO : il faudrait pour que cela se débloque étre en dehors du cadre fonctionnant,il faudrait que Macherey démis- sionne. Macherey voulait faire une critique de type marxiste du role de |'enseignement dans la cité bourgeoise. Mais la critique de |tidé ologie bourgeoise dans |'enseignement ne peut se faire qu'ailleurs. Autrement ce qu'on critique n'est pas ce qui est fait mais avire chose. ISRAEL : s'étonne qu'on puisse dire de ce congras ou des autres qu'il n'y a pas de différence entre avant et apres. II demande ce qui permet de dire qu'au niveau de chacun il n'y a pas différence entre avant et apres ; est-ce qu'il existerait une réponse collective ~ un fantasme de groupe - qui permettrait de donner une formule permetiant a chacun de fixer l"€ventuel chan- gement apporté ? Les modifications dans une réunion de ce genre peuvent prendre bien des figures. ©. MANNONI : remarque que ctest en 1898 qu'Auguste Lumiére - inventeur du cinéma - noia au sujet des congrés mé- dicaux qu'ils ne changeaient rien au progrés scientifique. ISRAEL : demande si ce n'est pas le m&me qui disait que le cinéma n'avait aucun avenir. NASSIF : s'étonne de |'importance donnée dans la discussion & sa communication qui n'est rien d'autre qu'un docu= ment de travail qu'il soumet @ I'assistance et qui explicite ce qui lui permet & lui de lire Freud. = 200 - Le meilleur service que les psychanalystes puissent ren- dre & leurs élaves, c'est de renouveler tel ou tel domaine, de participer & I'élaboration de quelque chose comme une culture psychanalytique. Intervention au sujet de son expérience @ Trousseau avec Frangoise Dolto, quelqu'un demande l'avis de Dolto sur les incidences réciproques de la théorie et de la pratique clinique. Frangoise DOLTO : elle fait office dans l'assemblée présente de quelqu'un qui enseigne Ia pratique. Elle pense que c'est en travaillant avec un malade - sans filet - avec des assis~ tants qui sont tous analysés, qu'eux mémes acquiérent une forma tion : ils se reposent leur propre question en m&me temps qu'ils lui posent @ elle des questions sur ce & quoi ils assistent et sur le comportement de l'enfant qui est en face d'eux. A ce propos, F. Dolto rappelle comment se déroulent les séances & Trousseau: elle fait des traitements en public devant des analystes. Au cours des consultations en vue de traitement d'enfants, dans des familles of l'inconscient s'est noué, a disparu dans le somatique et of il y a un malaise existentiel pour telle famille, on voit parfois que le détecteur est justement l'enfant et cependant il niest lui-méme que le porte langage - et non le porte-parole, puisqu'il n'a pas de parole dans cette famille. C'est a cela que les assistants sont confrontés. Da&s qu'il stagit de questions de théorie on sait tout de suite que ce sont des pulsions de mort qui sont en jeu. Qui dit pulsion de mort dit qutil n'est pas ques- tion de sujet puisque le sujet ne meurt jamais : les pulsions de mort, c'est I'inconscient qui se paie sur la b&te et la bate a peur. Ceux qui travaillent en analyse sont des gens qui assument lo peur de la béte. Mare LEVY répondant @ Kaufman dit que "I'a cote" de |'enseignement posséde un grave danger : le cercle fermé. Par exemple & Vincennes pour parler de lo théorie lacanienne et de la psychanalyse il était question de parler de Bataille, or a propos de Bataille il est possible de dire qu'on ne peut parler d'une chose qu'en en parlont & cd, donc cela impliquerait qu'il faut par exemple parler du cri ; mais du cri, seul le pein- tre Munch a su "parler", et seul Lacan a parlé de Munch, et ainsi le cercle se trouve fermé. Une autre voie existe qui consisterait & lire un texte comme lui-méme - ayant une forma- ~ 202 - I| ne croit guare au clivage entre philosophes et psy- chanalystes, théoriciens et praticiens, entre souffrance et vé- rité : la vérité fait souffrir de toutes les fagons ; la vérité de I'écriture ou du discours fait souffrir tout comme la yérité du symptéme, et c'est peut &tre son symptéme que de se mettre en position de parler devant l'assistance. La question qu'il se pose est de savoir si la produc- tion d'un discours psychanalytique peut déboucher sur un en- seignement qui pourrait~étre clivé de ce qui regarde la forma- tion d'analystes. Il pense que c'est une question qui a été constomment éludée. De son point de vue le discours psycha- nalytique est partie intégrante de la pratique du psychanalyste et un analyste qui s'en tiendrait uniquement & sa pratique thérapeutique est passible d'une contestation politique + un analyste qui ne produit pos de discours a & rendre compte de son absence sur l'arane politique. KAUFMAN : quelque chose n'arrive pas a s'expli- citer, & sevoir qu'il y a quelque chose que l'assistance ap- pelle enseignement et qu'elle trouve intéressant, voire amu~ sant (I'enseignement de Lacan) et il y a quelque chose qui para?t décevoir (ce qui est professé et publié par — Leclaire & Vincennes). Il semble que l'origine de ce malaise se trouve dans le fait que le discours de Leclaire est considéré comme un discours sur la psychanalyse, correspondant & un enseigne- ment de la psychanalyse. Or il est bien vrai que si on prend les ceuvres complates de Lacan, il ne s'y trouve pas grand chose pour expliquer aux gens ce qu'es? la psychanalyse. Les enseignants ne savent péut-étre pas assez que dans les matiéres littéraires la seule mani8re d'enseigner est de procéder par convergence et approximation, de parler @ cété, chose connue depuis Platon. Dans "Les Ecrits" ou méme chez Freud, ce qui se dit trouve un remploi remarquable dens bien des domaines qui en sont renouvelés sans cependant nous apporter le moindre élément de représentation. Dans ces "Ecrits" on apprend des tas de choses passionnantes sur la communication, le langage des abeilles, Hegel etc... mais ce que les gens cherchent & travers un prétendu discours psychanalytique, c'est quelque chose qui se dérobe toujours. - 201- tion talmudiste - a appris & lire les textes : il ne stagit pas de regarder ce que contient un texte, mais de se demonder pour- quoi c'est écrit comme cela et pas autrement. Si on lit un texte dans cette optique - non pas en essayant de comprendre ce que ca veut dire, mais & la limite "qu'est-ce qu'a dire cela ga veut" comme disait Lacan - on peut alors avancer LACAN : répond @ Lévy @ propos de "I'a cote" de Kaufman qu'il ne pense pas pour sa part que ses Ecrits soient & cdté de la question. KAUFMAN: Si “le "Graphe” est spécifiquement ordonné @ un en~ seignement de la psychanalyse, comment se fait-il alors qu'il soit extrémement précieux dans des domaines trés divers et sans que l'on ait dans ces domaines & faire acception de la psychanalyse ; comment expliquer d'autre part que l'on voie se rassembler autour de Lacan des gens venus des horizons les plus variés et qui ne s'étant jamais allongés sur un divan ne peuvent qu'ignorer ce que peut étre la psychanalyse. Freud nous a terminologiquement soumis & cet égard un problaéme lorsqu'il nous dit d'une maniére quelque peu embarrassée : “La psychanalyse est une pratique médicale" (Bien entendu Freud n'entendait pas cela au sens strict). Or au moment ot Freud porle de théorie, il se sert du terme de psycho- logie et méme ntest pas question de la psychologie acadé— mique, il se sert quand méme d'un terme qui n'est plus, d'aprés Kaufman, ce qui viendrait si on se tenait dans le droit chemin de ce que Freud nomme "pratique médicale". I semble @ Kaufman que st les discours qui sont faits sur la psychanalyse sont ennuyeux, cela tient & ce quiils ne sont pas psychanalytiques et que d'autre part ils ne sont pas autre chose. KAUFMAN — conclut en disant que si les analystes yeulent enseigner ils n'ont qu'a écrire des travaux de linguis- fique, de poétique, etc... voire méme de mystique. ~ 203 - LACAN : pour sa part en tout cas il n'a jamais rien écrit de semblable ! Il n'a pas écrit de taité de psychanalyse, mais il fait un courset ne voit pas pourquoi on dénierait au cours sa fonction légitime, qu'illustrent les noms de Saussure, Mauss et Kojeve. Un cours de psychanalyse esi la pour recueil- lir les rebuts, c'est-i-dire ce que les psychanalystes ne veulent pas entendre, et qu'ils produisent cependant eux—-mémes. ~ 204 - EN GUISE DE CONCLUSION J. LACAN Puisque, comme vous avez pu tous le consteter j'ci énor— mément écrit, j'ai écrit tout ce qui se disait, enfin j'ai essayé, j'ai €16 absent & I"heure of ont parlé certains, pour des raisons futiles, ne serait-ce que la derniére qui me sert d'excuse auprés de Melman ; j'ai mis tellement longtemps & trouver un restau- rant ... le dimanche on n'a pas sa famille, c'est ga qui m'a mis en retard - alors j'ai manqué Melman, je le regrette beaucoup — Naturellement je n'ai pas écrit pour rien, j'ai écrit perce que ca me semble extrémement important de recueillir tout ce qui a pu se passer pendant ce congras. J'y ai un grand mérite ; non pas a cause de ce congrés, que je trouve moi dans le fond ..., pour un congrés, plutét satisfaisant ; il m'a ennuyé beaucoup le pre~ mier jour mais pas les deux derniers, gi ne m'est jamais arrivé. Ce n'est pas du tout que ce qui stest dit le premier jour fit indif- férent ou futile ; je dis qu'il m'a ennuyé, g& veut dire qu'il main- tenait la place de ce qui m'habite le plus souvent, & savoir le désir d'autre chose. Je souligne que je ne suis pas l@ pour donner des bons points et que je prie ceux qui justement le premier jour ont pris une peine énorme pour me faire porter intérét & ce congras, enfin je vois ga de mon point de vue, je ne suis pas en train de dire certes rien de dé favorable pour eux, je ne dirai d'ailleurs non plus rien de favorable pour quiconque, tout ce que je peux dire.c'est que je remercie ceux qui, bien sor ila fallu qu'on s'échauffe, on y a mis le temps, ceux qui se sont, comme on dit, comme ¢& doit se dire, exposés. Voila, comme I'a trés bien fait remarquer le cher Némo qui est |&, marquant une place d'espoir - & quand viendra le Némo dont nous avons besoin ? ~ ce ne sera pas forcément lui, mais enfin il a quand méme une chance, ila l'air d'un bébé, ga laisse de I'espoir - comme il |'a tres bien fait remarquer ce congrés était intitulé, comme on dit, comme on I'a articulé plus d'une fois, intitulé c'est de ga que je parle, intitulé : de I'enseignement. La je peux dire qu'il n'a pas complétement man- qué & sa fin puisque, & moi tout au moins, il m'a enseigné beau coup. C'est un enseignement, ce congrés. Ca ne veut pas dire - 205 - pour cela qu'on a mieux parlé de l'enseignement qu'aillours ; il y a une chose frappante c'est la fagon dont on a conjugué la fonction, si tant est que ce terme mérite d'étre employé, lo fonc- tion de |'enseignement avec ce je ne sais quoi dont il aurait la charge, et qui serait le savoir. C'est curieux, c'est curieux parce que, a vrai dire, ga ne va pas de soi. Tout le monde semblait, justement au niveau de la contestation de I'enseignement, pou- voir prendre pour visée que |'enseignement c'est fait pour véhicu- ler le savoir, Les choses en sont & ce point, n'est-ce pas, de cré- tinisation générale que cette chose, enfin que, m&me pour le plus humble, croyez bien que j'entendsce mot sans du tout adhé- rer cette humilité, le plus humble des pédagogues, sait que clest peut-8tre pas g& du tout la fonction de |'enseignement. Le savoir est déja la, foisonnant, avant que quoi que ce soit comme ga stinstaure, qui stinstitue de I'enseignement. Rien ne dit & l'avance que I'enseignement ne soit pas 1a pour barrer le savoir, por exemple, enfin c'est pas joué a l'avance, mais cette ques- tion, bien sor, personne ne I'a soulevée. Je ne dis pas que ga nous aurait conduit & des choses lumineuses mais enfin, je ne sais pas, que l'enseignement puisse servir & toute autre chose, que justement tout le monde est en train de dire pour l'instant que l'enseignement ¢& serve & faire vivre I'université et que l"université serve @ protéger la société, qu'on la qualifie de bour- geoise ou pas, je me demande s'il y en a une autre, enfin de notre temps, merde, la contre-société, comme elle dit, l'au- tre, la chare amie, Kriegel quelle s'appelle, la contro-société que serait le Parti, je n'ai jamais vu d'endroit od les valeurs bourgeoises soient plus solidement instituées que dans le Parti, permettez—moi de le dire ; si elle avait appelé ca une contre- fagon de la société, g& aurait eu une portée, une contre- société en quoi je |e demande. Vous savez hein, jen’ai rien préparé, comme je vous le dis, puisque j'ai écrit tout ce que les autres racentaient, alors je fais la une petite digression, comme ga je vide mon cour. Les rapports de I'enseignement au savoir en tout cas ne sont pas clarifiés, ils pourraient |'8tre tras aisément si quel- qu'un avait kien voulu se servir de mes petits schémas de cette année ... Je dois dire que je suis surpris qu'aucun de ceux qui ont fait les exposés, je dois dire les plus tangents, n'est-ce pas, @ ce qui peut en résulter, de ces schémas, aucun donc n'a cru pouvoir y recourir ; g& aurait pourtant dans certains cas rendu les choses plus cisées, et peut~€tre, ¢& leur aurait évité, je parle méme oux meilleurs, aux meilleurs, j'entendsdans leur exposé, dans la fagon dont ils se sont exposés, ca leur aurait - 206 - &vilé certains glissements. Oubli peut-8tre ? Faut dire que tout le monde part de I'idée qutil n'y @ personne qui vienne & mon sémincire, ace qu'on appelle comme g& ; il doit pourtant y en avoir un certain nombre dans I'assemblée qui pouyait étre sup- posé les avoir déja vus, mes schémas. Maintenant il y ¢ quelque Ghose aussi & quoi je suis habitué, ['étais habitué depuis trés longtemps, depuis bien avant que je me soieslaissé aller, laissé glisser dans cette position d'enseignement ... apras la guerre j'ai vu arrivé le cher Tosquelles qui m'a embrassé, comme ga par le travers, pour me dire que ma thése leur avait servi de fil béni pour se retrouver dans les difficultés de I'hdpital psychia~ trique, il y avait une paye & ce moment la qu'elle était sortie, une sacrée paye méme, I'événement que je rapporte; le petit sou~ venir, l'historiole se passait done en 1945, la thése est de 1932, il 'a découverte en 1942, j'ai I'habitude en somme qu'on mette dix ans & faire usage des choses que, je dois dire, je ne peux pas dire que je ne les laisse pas tratner, hein, je les laisse traf ner a la portée de tout le monde, il y a mame des gens, qui ont su irés bien, enfin, en profiter, les exporter & des usages divers, je a'y vois aucun obstacle. Mais pour reprendre ce que je veux dire de I'enseigne~ ment, il y a eu encore quelque chose sur quoi personne n'a sem~ blé faire la moindre objection, c'est cet Strange sort qui fait le participe présent avoir son répondant dans le participe passé, dimant-aimé par exemple, dans le cas présent ensei gnant~ enseigné, portant-porté, ¢a peut continuer trés longtemps, clest tres curieux qu'on ne se soit pas encore apergu quiil n'y a que des verbes intransitifs. Il y a des actions transitionnelles, qui se fransmettent, qui ailleurs arrivent assez rapidement & lour limite, clest g& qui nous intéresse, mais pour le transi tif, je me suis toujours étonné que le rapport de I'aimant et de l'aimé n'aif pas donné depuis longtemps l'idée qu'il n'y a pas de verbes transitifs. Pourtant j'ai dit, g& peut paraftre dréle, que l'amour est un sentiment qui est toujours réciproque, j'ai dit ¢@ comme ¢a en passant, entre auire chose, j'ai dit aussi que clétait un sentiment comique, s'il était transitif il ne serait pas réciprogue. L'aimant, je dis qu'il est réciproque parce qu'il suscite toujours de |'aimant, mais forcément en retour. En tout cas |'idée de la relation, comme on s'est exprimé, de la rela- tion enseignant-enseigné, clest justement ga que nous sommes ici pour contester ; si on essayait de l'écire, cette relation, je veux dire avec les symboles, et puis quelque chose qu'on trace- rat, qui sercit je ne sais pas quelle relation, si on part de l'idée gue c'est lo transmission du savoir, eh bien essayez de l'écrire, - 207 -