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SAMEDI 03 MARS 2018 - 16 ADAR 5778

MAYAN HAIM
MAYAN HAIM MAYAN HAIM MAYAN HAIM MAYAN HAIM MAYAN HAIM MAYAN HAIM

LA NÉCESSITÉ VITALE DE LA PRIÈRE


Rav Elie LELLOUCHE
Nous savons généralement que l’institution de la fête de Pourim s’est cristallisée autour des
quatre Mitsvot principales qui la ponctuent encore aujourd’hui. En effet la Méguila (9,22) nous
relate l’envoi par Mordé’khaï de l’édit par lequel il avait enjoint aux juifs de l’empire Perse, la
Mitsva de célébrer les événements heureux survenus le 13 Adar de la douzième année du règne

Hfast yk tsrp
de A’hachvéroch.Cet édit mentionnait à cet effet trois obligations: l’organisation d’un festin,
l’envoi de présents les uns aux autres et la remise de dons aux pauvres. Par ailleurs, la Méguila
(9,28) rapporte l’engagement pris par les juifs, au même moment, de commémorer ces mêmes
événements par la lecture, le jour anniversaire de leur salut miraculeux, de la missive écrite par
La nécessité vitale de la prière Mordé’khaï et Esther.
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Comme une fiancée... Cependant un second édit fut émis ultérieurement précisant une demande qui n’apparaissait
pas dans celui qui avait été envoyé précédemment. Il s’agissait d’observer également dans le ri-
Page 2 tuel de la fête, ce qui avait trait aux jeûnes et aux supplications (Divré HaTsomot VéZa’akatam)
Pourim & Yom Hakipourim ... qui avaient accompagné le miracle. Selon nos Sages (Traité Méguila 16b), et tel que l’explique
Page 3 le Torah Témima, cette seconde demande concernait l’engagement à jeûner trois jours avant
la fête, en souvenir du jeûne imposé par la reine Esther aux juifs de Suze avant sa rencontre
Les dénombrés de Dieu décisive avec A’hachvéroch. Et bien que cette requête de Mordé’khaï et Esther ne fut pas suivie
Page 4 par les juifs dans leur ensemble, le Minhag s’est établi de jeûner la veille de Pourim comme nous
le rapportent les Posskim.

Quel est le sens de cette seconde demande? Pourquoi rappeler chaque année les jeûnes et les
Téphilot que s’imposèrent alors nos ancêtres et ne pas s’en tenir à la dimension joyeuse de la
conclusion heureuse de la fête de Pourim? Le Rav Friedlander, auteur du Sifté ‘Haïm, voit dans
cet enchaînement, qui va du jeûne d’Esther à la célébration de la fête de Pourim, une invitation
de nos Sages à réfléchir aux sens des épreuves en général et à celles qui ont marqué l’histoire du
peuple juif en particulier. La Massé’khet Méguila nous enseigne (12a) que l’une des raisons qui
ENTRÉE: 18H17 a conduit à la menace d’extermination de nos ancêtres fut leur participation au festin donné par
A’hachvéroch la troisième année de son règne. En voulant ainsi se rapprocher du mode de vie
débridé des peuples non-juifs, les Béné Israël s’éloignaient corrélativement d’Hachem. C’est cet
éloignement qui est à l’origine de la menace mortelle qui a pesé sur le ‘Am Israël. En d’autres
SORTIE: 19H24 termes le décret d’extermination prémédité par Haman et A’hachvéroch était la conséquence
directe de la distance qui tendait à prendre forme entre les juifs et leur D-ieu.

À ce titre, le malheur qui se profilait devait servir «d’électrochoc» afin d’éveiller la conscience
juive et amener les descendants des Avot à renouer avec Hachem. C’est pourquoi la première
chose que fit Mordé’khaï, en apprenant la mise sur pied du décret funeste, fut de prier en se
lamentant avec déchirement. En effet, si la menace d’un malheur pesant sur le peuple juif tra-
duit son éloignement d’avec Hachem, la manière d’y remédier réside dans la détermination de

aim Vec ses membres quant à leur désir de ré-amorcer un rapprochement avec leur Créateur. Ce n’est
H qu’après avoir prié de tout son cœur avec l’ensemble des juifs de la capitale perse que Mor-
dé’khaï commença à explorer les moyens rationnels qui pouvaient permettre de contrarier le
ha l
Torat

projet d’Haman. Cette attitude du Gadol de sa génération constitue pour nous une leçon. Nous
avons tendance, lorsque nous sommes confrontés à une épreuve, à reléguer la Téphila bien
om

après l’ébauche minutieuse de plans et de solutions personnelles. Or, dans toute épreuve, ce qui
est en jeu, c’est la force de notre lien à Hachem. C’est celui-ci qu’il faut avant tout repenser et
Beth Hamidrach re-panser. Le malheur, écrit le Sifté ‘Haïm, n’est pas ce qui engendre la nécessité de la prière,
mais, au contraire, c’est l’absence de prière, en ce qu’elle traduit une rupture avec notre Créa-
teur, qui cause l’émergence de celui-ci. La Téphila n’est pas un élément contingent de l’épreuve.
Elle constitue l’espace spontané au sein duquel l’homme trouve à s’alimenter à sa Source de Vie.
Article et contenu réalisés par TORAT HAIM VECHALOM - 35, rue Emile Lepeu 75011 PARIS - 01.44.93.51.50
Association reconnue d’utilité générale habilitée à recevoir les DONS et les LEGS. Directeur : Rav Elie LELLOUCHE
COMME UNE FIANCÉE... Raphaël ATTIAS

Après nous avoir parlé du dénom- - Le Traité Nédarim (38a) enseigne rah comme un don gratuit à celui qui
brement des enfants d’Israël, de la que Rabbi Yo’hanan a dit : Au début s’investit totalement malgré le manque
construction du Tabernacle et de ses Moché étudiait la Torah et l’oubliait, d’aptitudes. C’est ce qui s’est produit
éléments ainsi que du respect du jusqu’à ce qu’elle lui soit donnée avec Moché qui a pu acquérir la Torah
Shabbat, la Paracha Ki Tissa relate : comme un cadeau avec tous les commentaires ultérieurs
« Et Il donna à Moché lorsqu’Il eut fini en quarante jours bien que cela dépas-
de parler avec lui sur le Mont Sinaï, - Cette même idée est développée sait ses capacités de mémoire.
deux Tables de Témoignage, tables de dans le Midrach Chémot Raba (41,6): Cet enseignement est destiné à nous
pierre gravées par le doigt de D.ieu. » « Et Il donna à Moché lorsqu’Il eut apprendre qu’il ne faut pas renoncer
(Chémot XXXI, 18) fini de parler avec lui » - Rabbi Ab- à l’étude de la Torah sous prétexte que
hou dit : Tous les quarante jours que nous n’avons pas le niveau et les capa-
Qu’a fait Moché sur le Mont Sinaï Moché a passé en haut, il étudiait la cités nécessaires. Nous pouvons d’ail-
durant quarante jours et quarante Torah et l’oubliait. Il Lui dit : Maïtre leurs remarquer que dans les bénédic-
nuits ? Pour Recevoir les deux Tables du Monde, j’ai passé quarante jours tions de la Torah du matin, la première
de pierre, ou pour apprendre les Dix et je ne sais rien ! Qu’a fait Hachem se termine par « qui enseigne la Torah
Commandements, quarante jours ? Lorsque les quarante jours se sont à son peuple Israël», alors que la se-
n’étaient pas nécessaires. Et même écoulés, Hachem donna la Torah à conde finit par « qui donne la Torah
pour apprendre les cinq Livres de la Moché comme un cadeau, comme il ». Ce n’est qu’après avoir fait l’effort
Torah, Moché n’avait pas besoin de est dit « Il donna à Moché » d’étudier qu’Hachem nous donne la
quarante jours ! Torah.
Selon ces enseignements, Moché
- Ibn ‘Ezra (1089-1164), dans son Rabbénou n’a pas été en mesure d’as- - Le Midrach Chémot Raba (41, 5),
commentaire sur le verset, attribue similer la Torah malgré son niveau nous donne une autre lecture du ver-
cette question aux « cerveaux vides exceptionnel. Il a fallu qu’Hachem la set :
». Il affirme : Les esprits vides se de- lui offre comme un cadeau. S’il en est Que veut dire Kékhaloto (écrit Kékha-
mandent ce qu’a fait Moché dans la ainsi, pourquoi Moché a-t-il du peiner lato) ? Rabbi Chim’on Ben Lakich dit :
montagne durant quarante jours et pendant quarante jours et quarante Tout celui qui dit des paroles de Torah
quarante nuits, mais ils ne savent pas nuits ? qui ne sont pas agréables à ceux qui
que s’il était resté là-bas avec Hachem l’écoutent comme l’est une fiancée à
autant et le double du double en an- - Le ‘Hidouché Harim (1799-1866) ex- son fiancé, il aurait mieux valu qu’il ne
nées (40+40*2*2 = 200), il n’aurait pas plique qu’on ne peut comprendre la les dise pas ! Pourquoi ? Car au mo-
pu connaitre un millième des Actions Torah qu’avec l’aide d’Hachem, mais ment où Hachem a donné la Torah à
d’Hachem et de Ses Voies ainsi que le que ce soutien n’est accordé qu’après Israël, elle leur était chère comme une
sens ésotérique de toutes les Mitsvot avoir fourni tous les efforts possibles épouse à son conjoint.
qu’Il lui a ordonné … pour l’assimiler par soi-même. Ce Pour pouvoir acquérir la Torah, il
Selon Ibn ‘Ezra, même en 200.000 n’est que lorsque Moché Rabbénou faut la considérer comme une fiancée
années, l’homme ne pourra pas com- s’est efforcé et a peiné pendant tout ce ; c’est pourquoi le Maître doit trouver
prendre la totalité de la Torah, car le temps qu’il a pu mériter le don d’Ha- les mots qui conviennent pour que ses
Créateur est Infini et La Torah qui chem. auditeurs l’apprécient et y trouvent
est Sa Pensée est aussi infinie. C’est Cette attitude de Moché doit être celle à chaque instant des enseignements
pourquoi il est impossible à un être de tous ceux qui veulent acquérir la nouveaux (Hidouchim).
de chair et de sang, qui est limité, de Torah : ils doivent s’investir totale-
maîtriser ne serait-ce qu’« un mil- ment pour mériter le soutien d’Ha- - Le Traité Pessa’him (49b) commente
lième des Actions d’Hachem et de Ses chem. ainsi le verset « La Torah que Moché
Voies ainsi que le sens ésotérique de nous a prescrite restera l’héritage (Mo-
toutes les Mitsvot », en étudiant avec - C’est d’ailleurs ce qu’enseigne Rabbi racha) de la communauté de Jacob » :
assiduité pendant 200 ans, même s’il Itshak dans le Traité Méguila (6b) : Si Ne lis pas « Moracha » (héritage) mais
est aussi grand que Moché Rabbénou ! quelqu’un te dit : « J’ai fait des efforts « Méorassa » (fiancée)
et je n’ai pas trouvé, ne le crois pas ! Je
S’il en est ainsi, comment Moché a-t- n’ai pas fait d’efforts et j’ai trouvé, ne Notre relation avec la Torah ne doit
il pu acquérir la Torah en un laps de le crois pas ! J’ai fourni des efforts et pas se limiter à une relation avec un
temps aussi court ? j’ai trouvé, fais lui confiance ! héritage, qui doit être transmis de
Rabbi Itshak nous apprend que ce génération en génération, elle doit
- Rachi (1040-1105) explique : n’est qu’après avoir fourni tous les être semblable à la relation avec une
Quand Il eut fini : « kékhaloto » est efforts nécessaires qu’Hachem nous fiancée ! Une relation harmonieuse
écrit « kékhalato » comme sa fiancée permet de « trouver » ! de couple se construit au jour le jour.
c’est une écriture défective (le Vav La Torah ne peut s’acquérir que si elle
manque) car la Torah lui a été trans- - Le Traité ‘Avoda Zara (19a) tire la devient une part intégrante de nous-
mise en tant que don, telle la fiancée conclusion suivante : L’homme doit mêmes. C’est en sa compagnie qu’on
au fiancé, car il ne pouvait pas (Mo- toujours étudier, même s’il ne pos- doit affronter toutes les étapes de
ché) l’étudier entièrement en un temps sède ni l’intelligence ni la mémoire. notre existence !
si limité (sur le Sinaï, quarante jours). Hachem accordera finalement la To-
POURIM & YOM HAKIPOURIM : MAIS QUEL RAPPORT ? Michael OUAKNINE

Le Arizal nous enseigne que le jour à partir de ce moment, Yaakov Avinou nous a permis d’atteindre la joie de
de Pourim est encore plus saint que change de nom et se nomme désor- Pourim, c’est Hamman lui-même et les
celui de Kippour puisque la Torah ap- mais Israël. La guematria de Yaakov juifs ont compris que chaque épreuve,
pelle celui-ci Yom Hakipourim ; le jour (182) + celle de Satan (359) = 541 la chaque tentative de Hamman nous a
qui est comme Pourim. C’est-à-dire même que celle de son nouveau nom, permis de nous remettre en question,
que la référence est le jour de Pou- à savoir Israël (541). C’est-à-dire que de faire techouva et de vivre la déli-
rim et que le jour de Kippour lui est le Yester hara n’a pour but que de vrance. Le message de Pourim c’est
comparable. Nous pouvons dans un nous faire avancer et de nous faire justement de nous rendre capables de
premier temps nous demander com- franchir un palier supplémentaire. voir dans chaque épreuve la main d’Ha-
ment le jour de Pourim pour lequel il Quand une épreuve se présente, le chem pour nous permettre d’avancer.
n’y a apparemment pas de solennité fait d’être conscient de cela nous per- En cela, la sainteté du jour de Pourim
particulière comme celui de Kippour met de voir l’épreuve autrement ; une est supérieure à celle de Kippour car
peut-il avoir un tel statut ? La seconde opportunité de se battre, de gagner ce jour-là, nous l’avons compris de
question qui nous vient à l’esprit est et d’en sortir grandi. nous-même. Chaque événement était
: mais quel rapport existe-t-il entre en fait une marche à gravir pour at-
Pourim et Kippour ? Le jour de Yom kippour, un service teindre la Yechoua. Sans ces épreuves,
surprenant avait lieu à l’époque du il ne nous est pas possible de grandir
Concernant la fête de Pourim en Beth Hamikdash. Deux béliers étaient et de nous parfaire.
elle-même, une halakha du Choulk- choisis à la suite d’un tirage au sort.
han Aroukh nous indique que nous Le premier était sacrifié pour Hachem La première fois où dans l’Histoire
devons boire au point de ne plus et son sang était aspergé dans le Ko- nous savons ce qui s’est passé le 14
savoir la différence entre Baroukh desh Hakodashim. Quant au second, Adar, le jour de Pourim, est l’année de
Mordekhai et Arour Haman. Quel est il était envoyé en Korban Laazazel, lit- la sortie d’Égypte. Chaque plaie du-
le sens de cette halakha ? téralement « sacrifice au mauvais côté rait un mois et la dernière eu lieu le 14
». Comment est-il possible que le jour Nissan. Un mois avant a commencé la
Pour tenter de répondre à ces ques- de Yom Kippour, un tel service puisse plaie de l’obscurité. Selon Hazal, c’est
tions, nous rapportons un midrash sur avoir lieu ? le Or Hagnouz (lumière de la création)
la paracha Vayishlakh. Quand Yaakov qui était tellement forte qu’elle aveu-
Avinou se bat contre l’ange de Essav Avec la notion vue précédemment, glait les égyptiens tandis que du côté
et qu’il gagne son combat, il attrape il nous est permis de comprendre des juifs, layéoudim aïta aora vesihma,
l’ange et lui demande de le bénir. un aspect de ce Korban. En effet, une grande lumière et une grande joie.
L’ange lui répond alors qu’il doit le le jour de Yom Kippour, le Satan n’a Ceux dont le niveau spirituel était suf-
laisser partir car une seule fois dans pas d’emprise sur nous. Ce jour, nous fisamment élevé, qui avaient compris
la vie d’un ange, celui-ci se présente reconnaissons devant Hachem que que kol deavid rakhamana letava avid,
devant Hachem pour réciter la Ke- lui aussi a un but positif dans notre tout ce qu’Hachem fait est uniquement
dousha. Or, il se trouve que ce ren- avodat Hachem et que sa création est pour le bien, y voyaient encore plus
dez-vous si important est justement un Hessed qui nous permet d’avan- clair que les autres jours et ont alors
aujourd’hui. On comprend que l’ange cer. Toute l’année, nous nous battons éprouvé une immense joie de voir le
ne veuille pas rater ce rendez-vous, contre lui mais le jour de Kippour, dévoilement d’Hachem et le niveau
mais dans ce cas-là, pourquoi a-t-il cette « trêve » nous permet de nous que les épreuves d’Egypte leur avait
justement choisi ce jour-là pour aller rendre compte que chaque détail de permis d’atteindre. Alors la sortie
se battre avec Yaakov Avinou ? Il au- notre existence, même les épreuves d’Egypte a pu avoir lieu pour aboutir
rait apparemment été plus logique de dans notre avodat Hachem sont pour à Matan Torah et l’entrée en Erets Is-
choisir le lendemain, une fois sa téfi- notre bien et notre amélioration. rael. Là encore, le premier Pourim de
lah récitée. l’Histoire nous a appris que même les
Le personnage principal de l’his- épreuves qui paraissent les plus dif-
La réponse à cette question est un en- toire de Pourim n’est ni Esther, ni ficiles à surmonter nous permettent
seignement fondamental sur la raison Mordekhaï mais bel et bien Hamman ! d’atteindre des niveaux inespérés.
d’existence du Yester hara. Le com- Tous les évènements qui s’enchaînent
bat qui a eu lieu n’était évidement pas ne sont que le résultat des actions Pour terminer, là aussi nous voyons ce
un combat physique mais un combat de Hamman ; la mort de Vashti (c’est message dans la mitsva de boire à Pou-
spirituel où l’ange de Essav a tenté lui qui conseille à Akhashveroch de rim jusqu’à ne plus savoir s’il faut dire
toute la nuit de faire chuter Yaakov la tuer), l’ascension d’Esther (c’est baroukh Mordekhaï ou Arrour Ham-
avinou dans sa émouna et sa relation lui qui propose au roi de se remarier man. Ces deux expressions ont exac-
avec Hachem. Cet ange ne pouvait et d’organiser l’élection de la future tement la même guematria puisque,
pas monter se présenter devant son reine), le conflit avec Mordekhaï, le arrivés à Pourim, nous avons atteint ce
Créateur tant qu’il ne s’était pas battu décret sur les Juifs, l’insomnie du roi niveau de comprendre que aussi bien
avec Yaakov et qu’il ait perdu ce com- (qui ne comprend pas pourquoi Esther dans les moments où Hachem nous
bat. Toute la raison de la création du veut l’inviter avec Hamman), jusqu’au aide à avancer que dans les moments
mauvais penchant est de nous tenter triomphe de Mordekhaï (qui obtien- où le Yetser hara nous en empêche, le
mais de perdre le combat. A ce mo- dra ce que Hamman a demandé au but est toujours de nous faire grandir
ment-là l’Homme franchit un palier et roi pour lui-même) et le dénouement et gravir marches après marches pour
justifie la création même du mauvais où il sera pendu à sa propre potence. atteindre notre potentiel.
penchant. On constate d’ailleurs que On s’aperçoit dès lors que tout ce qui Pourim Saméakh.
LES DÉNOMBRÉS DE DIEU
Yo’hanan NATANSON

«Voici ce qu’ils devront donner, qui- observer qu’il s’agit là d’une manifes- cun autre, représentera l’idéal du Service
conque passe au nombre des dénombrés tation de l’amour que Hashem éprouve divin.
: la moitié d’un sheqel selon le poids du pour le ‘Am Israël (Shemot 1,1). « Il n’existe pas de plus grande noblesse,
Sanctuaire» écrit encore le Rav Hirsch, ni de plus
Shemot 30,13 Mais le décompte de notre Parasha pré- haute félicité que d’appartenir au nombre
sente une différence notable. Les dé- des ‘péqoudéi Hashem’, de ceux qui sont
Le Rav Shimshon Raphaël Hirsch fait ob- nombrés ne sont pas seulement les ob- dénombrés pour et par D.ieu »
server que le mot « Rosh » dont le sens jets du recensement, ils doivent en être
premier est « tête », signifie également les acteurs ! C’est que, poursuit le Rav Comment cet engagement doit-il être
« somme totale » dans des expressions Hirsch, « Le Nefesh, la personnalité de concrétisé, symboliquement ? Par le
comme « weshilam oto bérosho – il le l’individu n’a pas de valeur ou de signifi- versement d’un demi-sheqel. Ce mon-
paiera avec le principal » (Wayiqra 5,24). cation en soi par sa simple existence, et tant, enseigne le Rav Shelomo Alkabetz,
De même que la tête centralise et ras- ne constitue pas une partie intégrante de marque l’existence d’Israël en tant que
semble tous les membres et toutes les la Nation. C’est uniquement par le don collectivité solidaire. Personne ne peut
fonctions du corps, le terme évoque de soi et par une action effective qu’il prétendre vivre dans une île. Chaque
toute notion de rassemblement. est dénombré, et qu’il acquiert le droit Juif est représenté par une moitié, qui ne
Le mot « Péqoudim – les dénombrés » de poursuivre son existence. C’est en peut se réaliser sans être reliée à autrui,
contient quant à lui l’idée d’établir un ob- prenant part activement au Service divin à un tout.
jet dans son cadre, de lui conférer ses at- qu’il peut prétendre à une place légitime Ce « tout » n’est d’ailleurs pas exigé de
tributs ; d’où les significations de penser, parmi ceux auxquels D.ieu accorde une l’individu : « Il ne t’appartient pas d’ache-
installer dans une fonction, compter. existence méritée au sein de Sa Nation. » ver le travail », enseigne Rabbi Tarfon
Le dénombrement est donc l’opération D’où la fin du verset 12, lourde d’une (Pirqéi Avot, 2,16).
qui permet d’affirmer l’inclusion des ob- menace explicite : « Ainsi, il n’y aura pas Il s’agit d’une contribution, nécessaire-
jets comptés dans une même catégorie. de décès parmi eux du fait qu’on les dé- ment partielle, et pesée sur la balance
Chaque élément, quelles que soient les nombre. » du Mishqan, c’est-à-dire empreinte de
caractéristiques personnelles qui le dis- la Sainteté de la Présence divine au sein
tinguent des autres, est une partie d’un Et cependant, quel homme peut pré- d’Israël.
ensemble unique. tendre que « ses réalisations égalent ses Cette contribution, enfin, bien qu’elle ne
devoirs » ? Qui peut affirmer qu’il est soit qu’une fraction du tout, n’est pas fa-
Ainsi, l’expression « lifqoudei bénéi Yis- entièrement fidèle à cette sublime ambi- cultative. S’il est dit en effet « Il ne t’ap-
rael » affirme l’appartenance de chaque tion, et peut « revendiquer son plein droit partient pas d’achever le travail », il est
Ben Israël au compte de ceux qui peuvent à l’existence » ? également dit : « Mais tu n’as pas la liber-
être appelés et s’appeler eux-mêmes té de t’y soustraire ».
« Enfants d’Israël », chacun étant alors C’est pourquoi la Torah continue : « Zeh
conscient « d’incarner en sa personne le yiténou – Voici ce qu’ils devront donner». La contribution que nous versons de nos
concept de sa nation ». Hashem ne demande pas d’amener ici jours n’est plus que le souvenir de l’an-
ses mérites personnels, qui sont géné- tique Ma’hatzit hasheqel.
Cette dialectique du tout et de chaque ralement dérisoires. Celui qui est « ‘over
partie est une dimension essentielle de la ‘al hapéqoudim – qui passe au nombre Il nous est néanmoins possible de lui
vie juive. des dénombrés » doit souscrire un enga- conférer une Qédousha, en y associant
gement à prendre part à la vie de la Na- l’engagement de participer, par l’accom-
Chaque-un est irremplaçable, dans la me- tion, à partager son destin, à accomplir plissement de la Torah et des Mitsvot, à
sure même où il s’identifie à l’ensemble. la volonté de Celui qui nous a sortis de la glorieuse destinée du Peuple juif, et de
Certes, ce dénombrement n’est pas le l’esclavage de l’Égypte dans ce but pré- hâter la très prochaine rédemption finale.
premier, et Rashi, citant le Midrash, fait cis : constituer le Peuple qui, comme au-

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Ce feuillet d’étude est offert pour l’élévation de l’âme de Rabbi Moché Ben Rabbi Raphaël ATTIAS z’’l