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antibiotiques

De résistance en résistance, les bactéries s’adaptent sans cesse sous la pression


de sélection des nouvelles molécules destinées à les tuer. Comment lutter contre
ce phénomène qui gagne du terrain chaque jour ?

Par Laetitia Becq-Giraudon Photos Sébastien Laval

Une lutte sans fin


e toutes les découvertes médicales effectuées de la diphtérie et de celui du charbon. Plus tard, en

D au cours du XXe siècle, celle des antibioti-


ques est certainement l’une des plus impor-
tantes dans la mesure où elle a permis de faire reculer
1939, le Français René Dubos découvre qu’une bac-
térie appelée Bacillus brevi est capable de produire
une substance empêchant la multiplication de certai-
de façon très nette le taux de mortalité, en permettant nes autres bactéries. Puis la streptomycine a été dé-
de guérir certaines maladies infectieuses. couverte en 1952. «Les antibiotiques mis au point
Les antibiotiques sont des agents anti-infectieux qui par la suite seront généralement de nature synthéti-
agissent exclusivement et spécifiquement contre les que, précise le professeur France Roblot, praticien
bactéries. Ils n’ont aucun effet contre les virus. Le hospitalier dans le service de médecine interne et
premier connu, fruit d’une heureuse découverte de maladies infectieuses et tropicales du CHU de Poi-
Sir Alexander Fleming, fut la pénicilline, substance tiers. Aujourd’hui, la plupart des molécules anti-
naturelle issue d’une moisissure nommée Penicillium infectieuses sont des dérivés semi-synthétiques pré-
notatum. Il montre, un peu par hasard, que cette moi- parés par des modifications chimiques de produits
sissure, se développant naturellement sur des fruits de base naturels. En 2004, une nouvelle classe thé-
ou des fromages, empêche la prolifération du bacille rapeutique est apparue, celle du linézolide, com-
posé chimique à la structure originale, actif contre
les germes à gram positif, mais c’est exceptionnel.
Dans 99 % des cas, le nouveau composé appartient
à une classe déjà existante.»
Chaque antibiotique peut se définir par son spectre
d’activité, c’est-à-dire les espèces sur lesquelles il est
susceptible d’être actif in vivo. Ainsi, il est usuel de
séparer les antibiotiques à large spectre (agissant sur
les bactéries dites à gram positif et négatif) de ceux
ayant un spectre étroit (limité aux bactéries à gram
positif ou à gram négatif), voire très étroit (comme
l’acide fusidique, antituberculeux relativement récent).
L’action des antibiotiques sur les bactéries peut se si-
tuer à plusieurs niveaux : au niveau du noyau, au ni-
veau des ribosomes et donc de la synthèse des protéi-
nes ou au niveau de la paroi qui entoure ces micro-
organismes. Ces différents modes d’action peuvent eux
aussi donner lieu à un classement des antibiotiques.
France Roblot,
professeur,
Le spectre d’activité des antibiotiques dépend de la
praticien hospitalier résistance naturelle, innée, des souches sauvages ori-
dans le service de
médecine interne
ginelles. Ainsi, diverses modifications génétiques
et maladies peuvent entraîner des résistances acquises qui ne per-
infectieuses et
tropicales du CHU
mettent pas toujours de prédire la sensibilité d’un
de Poitiers. germe donné vis-à-vis de l’antibiotique. «Chaque fois

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que l’on met en circulation sur le marché un nouvel lorsque l’on sait que les Français sont les plus gros
antibiotique, on voit émerger des phénomènes de ré- consommateurs au monde d’antibiotiques. «En fait,
sistance dans les souches bactériennes existantes, note France Roblot, il est très important de respecter
ajoute France Roblot. La nature s’adapte. Sous la le schéma thérapeutique prescrit. Les posologies
pression des antibiotiques censés les détruire, les optimales doivent être respectées pour atteindre l’ef-
bactéries ne cessent d’évoluer et d’imaginer des pa- ficacité recherchée et il ne faut ni abréger ni prolon-
rades afin de se dérober à leur action. Le grand pou- ger inutilement un traitement antibiotique. Pour lut-
voir d’adaptation des bactéries se manifeste par leur ter contre la transmission des souches résistantes et
capacité à acquérir de nouvelles propriétés, soit par ralentir la montée des résistances, des mesures d’hy-
modification de leur propre génome, soit par gain giène (tel le lavage des mains) et d’isolement sont
d’information génétique nouvelle. Par exemple, la essentielles.» Dans le cadre
paroi bactérienne peut devenir imperméable au mé- Il y a quelques années encore la résistance était ren- de l’exposition
Microbes en
dicament grâce à une pompe spécifiquement capa- contrée presque exclusivement à l’hôpital, désormais, questions,
ble de chasser l’antibiotique.» Les premières résis- elle est fréquemment observée en pratique de ville. France Roblot
tances sont apparues chez le pneumocoque, respon- Le bacille de la tuberculose a ainsi développé, en donnera une
conférence à
sable d’infections pulmonaires et d’otites moyennes, dehors de l’hôpital, des résistances aux antibiotiques
l’Espace Mendès
devenu résistant à la pénicilline G ainsi qu’à de référence (isoniazide et rifampicine). L’homme France sur
l’érythromycine. Ces deux résistances sont associées dominait jusqu’à présent les microbes, aujourd’hui le thème «Les
dans 70 % des cas. Ce phénomène de résistance à son avance se réduit. Les chercheurs réagissent en antibiotiques :
où en sommes-
l’ampleur grandissante est inquiétant. Diminuer la inventant de nouvelles armes antibiotiques auxquel-
nous en 2007»,
pression de sélection sur les souches de bactéries ré- les les bactéries s’adaptent à nouveau en dévelop- le 30 janvier
sistantes devient un enjeu de santé publique, surtout pant de nouvelles résistances. Et ainsi de suite. ■ à 20h30.

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antibiotiques

Un automatisme
à éliminer d’urgence
l’automne 2000, l’Organisation les Français sont les premiers consom- distribué à toutes les directrices de crè-
A mondiale de la santé lance un cri
d’alarme concernant l’utilisation des an-
mateurs d’antibiotiques au monde, c’est
un réel enjeu de santé publique. L’Etat
che, indispensables ambassadrices auprès
des parents de tout-petits.
tibiotiques dans les pays industrialisés et s’est donné sept ans pour diminuer la En 2007, cela fera donc sept ans que le
observe que sans réaction à court terme, consommation de 25 %.» défi aura été lancé. Où en est la consom-
de nombreuses maladies ne pourraient A compter de 2002, la Caisse nationale mation d’antibiotiques en France ? Elle a
plus être correctement soignées par ces d’assurance maladie et des travailleurs décru, mais n’a pas encore atteint l’objec-
médicaments. C’est le cas par exemple sociaux (CNAMTS) a réalisé un travail tif de 25 % de diminution. Dans la Vienne
des pneumonies : il y a aujourd’hui une sur plusieurs étapes. Une action a tout par exemple, au cours du premier hiver de
résistance très forte du pneumocoque (le d’abord été entreprise médecin par méde- sensibilisation du grand public (2002-
germe responsable) aux antibiotiques cin. Ceux-ci ont, dans un premier temps,
pourtant conçus pour lutter spécialement été sensibilisés particulièrement sur le
contre cette bactérie. «Partant de ce cons- thème de l’angine, maladie virale type
tat, le gouvernement a décidé que l’utili- dans 80 % des cas environ et qui ne
sation des antibiotiques ou tout au moins nécessite donc pas de traitement antibio-
leur utilisation à mauvais escient devait tique systématique. Ils ont aujourd’hui à
diminuer, affirme Marie-Laure Gatelier, leur disposition un test gratuit permettant
chargée de communication à la Caisse de vérifier si l’angine est bactérienne ou
primaire d’assurance maladie (CPAM) virale.
de la Vienne. De nombreuses études A côté de cela, tous les services médicaux
montrent qu’il y a un parallèle parfait ont entrepris des entretiens avec les gros
entre la consommation d’antibiotiques et prescripteurs d’antibiotiques, surtout chez
le taux de résistance. Aussi, sachant que les moins de six ans qui totalisent à eux
seuls 25 % de la consommation totale.
«C’est énorme, ajoute Marie-Laure
Marie-Laure Gatelier, chargée
Gatelier, surtout lorsque l’on sait que
Sébastien Laval

de communication à la Caisse
primaire d’assurance maladie jusqu’à trois ans, la plupart des affections
de la Vienne. ORL sont d’origine virale et ne doivent
donc pas être soignées par une
antiobiothérapie. Pourtant, les tout-petits
sont surchargés en antibiotiques. La pres- 2003), elle avait baissé de 17 % ; de 1 %
sion sur les prescripteurs à la fois des seulement l’hiver suivant, et de 11 %
crèches, des divers accueils de la petite- pendant l’hiver 2004-2005. «Les méde-
enfance et des parents est aussi respon- cins doivent impérativement utiliser en
sable de cet état de fait.» première intention les classes d’antibio-
Parallèlement, depuis 2002, l’assurance tiques les plus anciennes (un guide des
maladie a travaillé sur le grand public afin antibiotiques a été distribué dans la
non seulement d’éradiquer certaines idées Vienne), souligne Marie-Laure Gatelier.
reçues (les antibiotiques soignent les vi- En effet, afin de limiter au mieux la mise
rus, évitent la contagion, font guérir plus en place de résistances nouvelles, il est
vite…), mais aussi d’améliorer les con- primordial de garder les nouvelles molé-
naissances. La campagne de sensibilisa- cules pour le seul cas où les anciennes ne
tion a eu lieu à travers les différents médias fonctionnent pas.»
que sont la télévision et les magazines. Aujourd’hui, la consommation d’antibio-
Chacun se souvient bien du slogan : «Les tiques en France a diminué par rapport à
antibiotiques, c’est pas automatique.» l’an 2000 d’environ 13 % sur l’ensemble
Les professionnels de la petite enfance de la population. Ce taux atteint presque
ont été consultés sur ce thème à travers 15 % chez les 0-6 ans et 26 % chez les 6-
plus de 180 tables rondes. Un livre blanc 15 ans. Même si cela représente 11,6
de recommandations est né et, à sa suite, millions de traitements individuels évités,
le guide d’accueil de l’enfant malade en ce n’est pas encore suffisant. Les efforts
Sébastien Laval

structure collective (répertoire des mala- restent à poursuivre, non seulement de la


dies de l’enfant, durée, éviction et traite- part des médecins, mais aussi de la part de
ment éventuels) va être prochainement chacun et chacune d’entre nous. L. B.-G.

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