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Supplément au numero 100 de A ctes de ia recherche en s

I pi.0Xi.OP revised
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revue européenne des livres
Huw Be y n o n
roprku k a iz o i E. P. Thompson et Ie socialisme humaniste
a a carfilor revue Peneiope Corfieid
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Entretien avec E. P. Thompson
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Ru d o l f v o n T h a d d e n
i piöXiou ravlsta Pourquoi M itterrana et Kohl ont-ils choisi
. di Hbri európea Ie 2 0 juillet pour renare visite a Ernst

rei uüpoiaeïKT! Pierre Bo u r d ieu


Comme aux plus beaux jours des années 30
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'nes Champey
roe s ca cru zo ] On chevai de Troie aes nationalismes
r a cditllor revue P ascale C a s a n o v a
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La W orld Fiction (Salman Rushdie et al.) :
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une fiction critique
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iii Hbri eurépea M ilan Kundera ou les grandes trahisons

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S ta n le y M itc h e ll
La réception de W alter Benjamin
r auropalsche en Grande-Bretagne
roprica f n iz n i Brieuc-Yves C a d a t e t Oussam a C herribi
Nationalité et citovenneté Ie cas néerlandais
r r carrier revue
D idier Er ib c n
ze mie europeisk L 'humanisme universeIde Georges Dumézil
I Bukkioo revlsta
et la Librairie eurovéenne
er ren europee
r u i rupaaraïKin Liber est pubiié en ailemand dans Liber, europaisches
Büchermagazm, en bulgane dans Liber, eBponencKO criHcaHHe
ss europaisebe 3a KHHm. en hongnens dans EJet Es Irodalom, en suédois dans 1 6

Ord & dild, en italien dans i'lndice, en tchèque dans


rap ska k n iz n i Pritomnost, en roumain dans Liber, Revista europeona, et décembre
prochainement en gnec dans Synchrona Themata.
r. r cartror revue 1 9 9 3

ramie europeisk
Actualité

N ationalité et citoyenneté:
Reflexions autour du cas néerlandais
Brieuc-Yves Cadat et Oussama Cherribi

JD a n s leprolongement des ITOYENNETÉ ET NATIONALITÉ : quels rap- alors déflnie comme communauté distinc-

articles de Christophe Charle *


C ports ces deux termes entretiennent-
ils aux Pays-Bas ? Traditionneilement, être
te des autres, titulaire d ’une identité et
consdente d’eile-mème. Cette personnali-
le national d ’un pays, c’est aussi en être té s’étabiit parfois a partir d’éléments indi-
sur la citoyenneté en le citoyen. Inversement, le citoyen ne se vidualisants matériels (1) tels qu’une pré-
realise comme tel qu au sein de la nation. tendue arace” d’appartenance ou encore
Allemagne et en France et de Depuis ia revision constitutionneile néer- une ethnie, une religion, une iangue. La
landaise de 1983, cette confusion juridico- nation est, d’autres fois, définie subjecti-
Daniele Petrosino sur la p o iitiq u e est ici remise en cause. Une vement (2) par un faisceau d ’éléments
citoyenneté m unicipale a été accordée spiritueis : le passé (dvilisation, histoire,
conception italienne de la aux étrangers. On assiste actueliement a tradition) ou l ’avenir communs (volonté
un découpiage des notions de citoyenne­ de v iv re ensem ble). D onner vie & la
nationalité **, Oussama té et de n a tio n a lité a l ’occasion d ’un nation, c’est alors accompiir une tache
réaménagement de LÉtat-nation. Faciliter politique. Les éiéments matériels et spiri­
Chem bi et Brieuc- Yves Cadat l ’in té g ra tio n des im m igrés apparait tueis sont généraiement indissociablement
au jo urd ’hui lié ü la reconnaissance du lies, l ’élément materiel formant comme la
montrent ici comment d ro it (p o litiq u e ) de cité des étrangers. fo n d a tio n , généraiement ethnique, de
Ceci impose que l'on pense autrement la l ’élément spiritueL La nation matérieile
l ’accroissement de nationalité et ia citoyenneté. constitue une ennté dose sur eiie-mème.
Eile apparait comme un bien réservé a un
l ’im m igration met en groupe particulier, celui de ses proprié-
taires iégitimes, ies autocbtones. Un bien
A u p e r i l de V iden tité n ation ale
question l ’É tat-nation et le dont chaque génération nouvelle hérite
par le biais de ia filiation : le jus sangui­
lien ent re nationalité et Le fait a accorder au résident étranger le nis. La nation spintueile présente, eile,
droit de voter et d être éiu constitue en une d im e n sio n universaliste. Eile est
citoyenneté. soi une critique p olitique concrète des ouverte aux ailochtones par le biais du
discours et des pratiques nationalistes. ju s soli et de la naturalisation. Dans ies
• Cf. Liber 12. déc. 1992, pp. 8 -9
Dans i Europe de LOuest du XXe siècle, deux cas, un mythe national se forme,
~ Cf. Liber 15, sept. 1993, pp- 4-5
le citoyen est ia personne titulaire des ségrégationniste ou assim ilationniste,
droits politiques dans i’État dont eile est autorisant l ’interprétation de l ’existence
le national. Le droit de la nationalité éta- de la nation par ie biais d ’une histoire
Brieuc-Yves Cadat est assistant a l'lnstitut
b lit le lien juridique entre ia personne commune imaginée.
des Sciences Politiques de l'Université
individu eile et 1’ÉtaL L’identité commune Accorder ie droit de vote aux étran­
d'Amsteroam. ii travaiile sur ia mobilisation
des nauonaux est, de la sorte, traduite sur gers impiique un saut qualitatif. Si l ’État-
poiitioue des migrants aux Pays-Bas.
le pian in stitu tio n n e i par l ’État-nation. nation en tant qu institution otTre l ’oppor-
Oussama Cherribi est assistant a Ainsi se formaiise i ’idée d’une union his-
Amsterdam Schooi for social Science torique, cultureiie, géographique, eth-
Research, Université d'Amsterdam. Ii tra­ nique ou reiigieuse particuliere a tel ou
1- C ’est la thèse de Gobineau, Chamberlain,
vaiile sur “le champ religieux migrant” aux tel pays. Cette fo rm a lisa tio n juridique
et de i’école histonaue aiiemande.
Pays-Bas. ii est i'auteur de piusieurs rapports s'accompagne d'un discours idéologique
sur i immigration et l'ethnidté. sur l’appartenance nationale. La nation est 2- Cest la these de Renan.

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Actualité

turnté politique de créer i ’illusion d’une tion pourrait expiiciter une telle intention. Opter p o u r le national, c ’est refuser le
communauté d’intérêts transcendant les II peut ètre, en tout cela, “étranger3 4 la droit de vote des étrangers, ne leur laisser
idenutés (contradictions) ethniques, de n a tio n mais il n en sera pas m oins que le choix de i ’assimiiation. Par consé­
sexe et de classe. aiors la non-apparte- citoven ! Résider sur le territoire de i ’État quent, lim iter ie droit de vote au niveau
nance nationale entache d ’illé g itim ité fa it de la personne un citoyen. L’État- local, c’est adopter une attitude ambigue
préaiable toute revendication émanant de nation dépérit au profit de l’État-cité. qui revient 4 céder du terrain aux aspira­
ressortissants étrangers. La pretention des tions nationalistes (4).
“non-nationaux" 4 profiter des biens de la La p ro p o s itio n d ’une dissociation
nation est perdue par les “ n a tio n a u x” c o m p lé te de ia n a tio n a iité et de la
Contre la nation, tout contre
comme une atteinte au mythe national. Le citoyenneté ($) prend une qualité particu-
nationaiiste y verra ie déclin de la gran­ lière en fonction du contexte discursif
deur de l’État ; ie patiiote et le chauvinis- On peut se demanaer pourquoi les déci- considéré. On en fera une revue rapide
te partiront en guerre contre les ennemis deurs néerlandais ont circonscrit la disso­ en examinant successivement le nationa­
du dehors ( l’Europe) et du dedans (les ciation de la nationaiité et de ia citoyen­ lisme “absoiu", les particularismes natio­
immigrés). Accorder ia citoyenneté a un neté au niveau locai ? Au moment oü il naiiste et antinationaiiste, enfin l ’antinatio-
non-national, e est perturber la construc­ sembie que ia démocratisation de la cité naiisme universaiiste.
tion symboiique nationaiiste, tout particu- se fasse contre ia nation, en réaiité eile se Le discours dans le q u e l la cité se
lièrem ent dans ie dom aine des droits fait “tout contre eile" : les formes adop- confond entièrement avec la nation est
poiitiques stricto sensu (3). Si le nationa­ tées visent a la protéger dans ie moment incompatible avec la notion de citoyenne­
lisme comme confluence idéologique des mème de sa remise en cause. On est en té résidentieile. Un tel discours nationaiis­
habitants d ’un tem toire donné apparait présence d ’un découpage de la participa­ te et universaiiste prone I’assimiiation juri-
comme ia clé de i ’agrégation pacifique tion poiitique entre deux niveaux princi- dique, c’est-4-dire l’entrée dans la nation
des particuiarités sociales, remettre en paux : locai et national. Comment ne pas néeriandaise par la voie de la naturalisa­
cause ie lien entre nation et citoyenneté apercevoir un sauvetage du nationalisme tion. Dans ce discours, l ’appartenance
ne revient-il pas a retirer son efficacité a néeriandais derrière l’accord de la seuie nationale est exclusive. II n ’y a de place
l ’id é o lo g ie natio n a iiste et 4 d é c h ire r cito y e n n e té lo ca ie aux résidents n i p o u r la c ito ye n n e té p o iitiq u e de
l’umté nationale ? N’est-ce pas opposer la étrangers ? l’étranger, ni mème pour la reconnaissan­
cite a la nation et dormer la primauté 4 la N ’y a-t-il pas la un refus d ’aller au ce du cumul des nationaiités (pluraiité de
première ? N ’est-ce pas ètre antinationaiis- bout de la logique enclenchée ? Pourquoi nationaiités). Reste i ’éventuelle libéralisa-
te ? Sans doute. C’est qu ’il y a rupture. la c ito ye n n e té lié e a la résidence au tion des conditions de la naturalisation.
L’accès au pouvoir poiitique instrumental niveau municipal reste-t-elle associée a la Le discours aans lequel la cité est dis-
n’est plus déterminé par les critères maté- nationaiité aux niveaux régionai, national sodée de la nation au niveau locai, mais
rieis et symboliques propres a la nation. (et supranational) ? A lire les argumen- reste c o n fo n a u e avec e ile au niveau
Le resident étranger - i ’ailochtone- peut taires juridico-poiitiques précédant ia révi- national, est de 1’ordre du particularisme
bien ètre racialisè par ia société d ’accueil, sion constitutionneüe de 1983, il sembie et présente deux variantes : nationaiiste et
défini comme appartenant a une “race" que i ’on ait affaire a une sorte de crispa- i antinationaiiste. Dans ia variante nationa-
différente ; il peut pratiquer une autre tion nationaiiste autour de la protection j liste particuiariste, ie d ro it de vote est
religion ou parier une autre langue ; il de deux attributs de ia souveraineté natio­ accordé au niveau lo c a l (considéré
peut n avoir aucun passé commun avec nale : ia poiitique étrangère et la poiitique comme non p o iitiq u e ) mais refusé au
les autochtones m mème ia voionté de de défense. Le ré sid e n t étranger est niveau national. La reconnaissance du
vivre avec eux au sens oü la naturalisa- reconnu comme citoyen au niveau muni­ droit de vote iocai est ici particuiariste en
cipal -in fra -n a tio n a l- et défini comme ce sens q u ’eile conduit 4 reconnaitre Ia
sujet au niveau na tio n a l, celui oü se présence de groupes intermédiaires entre
3- Les droits poiitiques largo sensu teis nouent les relations internationaies. l’individu et l ’État sur le territoire national.
que les droits d ’association, d ’expression, L’accord du droit de vote au niveau Eile est nationaiiste dans la mesure oü
d’informauon. de publication, d’adhésion 4 local est, a notre sens, l’expression d’un eile définit de fa?on restrictive ie niveau
one organisation sociale, syndicale ou poli­ compromis entre discours universaiistes p o iitiq u e auquei l ’étranger a accès. Le
tique sont generalement reconnus. a n tin a tio n a iis te et n ationaiiste. Para- groupe des résidents étrangers est recon­
doxaiement, ce compromis se présente nu comme tel -porteur de vaieurs poii­
4- Après tout, il n est jam ais qu estio n
sous forme particuiariste. Opter pour ie tiques et ethnico-cuiturelles propres- mais
d accorder le droit de vote au niveau natio­
citoyen par-dessus ie national, c’est opter ce groupe est, prédsément pour cette rai­
nal et pas au niveau local.
pour l ’égalité des individus devant la loi, son, considéré comme étant composé de
5- Accorder ie droit de voter et d ’être élu dans ia cité, et accorder tous les droits citovens entièrement 4 part, de “seconde
iu x étrangers a toutes les elections. poiitiques tant au plan national que local. zone3. De fa^on significative, l ’un des

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principaux arguments justifiant l ’exclusion tout k la fois la reconnaissance implicite te antinationaiiste, ie discours favorable
des étrangers du droii de vote parlemen­ du fait national rendant incompatible le au cum ul de nationaiités tend k mettre
taire repose, aux Pays-Bas, sur ie fait que statut de re sid e n t é tranger avec une l ’accent sur le d ro it des groupes eth-
l ’A ssem blée n a tio n a le est am enée k citoyenneté politique entière (immédiate) niques présents sur ie territoire national k
débattre des affaires étrangères et de la et une approche de l’égaiité devant la ioi la conservation et la protection de leur
politique de defense. Partant de 1k, les privilégiant (au moins dans un premier identité propre.
étrangers que la loya lité nationale lie temps) le groupe par rapport k l ’individu. Le discours dans lequel la Cité est
p rio rita ire m e n t k le u r pays d ’o rig in e Le discours favorable au cumul des natio- entièrem ent dissociée de la nation aux
-ennem i potentie!- ne devraient done pas naiités nous semble relever également niveaux local et national reiève de l ’anti-
pouvoir y exercer d ’influence. Dans ia d ’une c o n c e p tio n p a rtic u la ris te pour racisme universaliste et a pour référence
variante antinationaiiste particulariste, le laqueiie la naturalisation est un moven l ’égaiité individueile devant la loi, basée
droit de vote au niveau local est perpu d ’in té g ra tio n via 1’in se rtio n juridique. sur la résidence. Ce n est plus la nation,
différemmenL 11 représente une avancée Dans sa variante ethnidste, ii se fait tout a mais la cité qui y est ie lieu de réalisation
démocratique k visée émandpatrice. C’est la fois nationaliste par prindpe dans son de l ’in d iv id u . Pour l ’État fondé sur des
un progrès raisonnabie, uk la Condorcet”, affirmation de l ’existence d’un probième principes universalistes, i ’origine nationa­
vers l’accord du droit de vote k toutes les de double loyalité nationale et pragma- le -q u ’elle soit autochtone ou allochtone-
elections. V oter au niveau local, c’est tique par sa minimisation : le loyalisme n ’a pas de pertinence sur le plan des
alors faire l ’apprentissage de la participa- envers la nation néeriandaise i ’emporte- droits poiitiques. II n ’exige pas plus ia
tion politique dans ie pays d ’accueii. II y ra it et l ’im p o rta n c e n u m é riq u e des naturalisation qu’il ne reconnait la plurali-
a dans ce discours progressiste sur l ’aboli- groupes concemés serait insignifiante sur té ethnique (cas du consociationaiisme)
tion, par étapes, des inégalités poiitiques, le plan politique national. Dans sa varian­ sur ie p lan p o litiq u e . L’État est neutre

Dick Pels nieuwe vrijheid (Le fascisme et la nou­ toute th é o rie des élites suppose un
Het democratisch verschil. Jacques de velle iibené, 1939), inspiré par ie syndi­ m in im u m n o rm a tif (en raison de la
Kadt en de nieuwe elite (La différence calisme de Georges Sorei et l ’élitisme “solidarité naturelle", dans ce domaine,
dém ocratique. Jacques de Kadt et la socialiste de H enri de Man, de Kadt des faits et des vaieurs). Pels se fait
nouvelle élite) tache de re le v e r le d é fi p o rté aux l ’avocat d ’une démocratie “agonistique”,
Amsterdam, Van Gennep, 1993, 272 p. vieiiles idéologies, libéralisme et socia­ oü les d iffé re n tia tio n s ho rizo n taies
lisme, par le fascisme, “perversion” d’un (entre différents champs) et verticales
omm ent fa ire une s é le c tio n des “bon noyau”, “le visage, décomposé et (entre masses et élites) seraient plus
C meiileurs, tout en instaurant des
c o n tre p o id s in s titu tio n n e is q u i les
paraivsé iusqu’a la haine, des désirs et
des besoms de notre temps”. De Kadt
complexes et subtiles, mais aussi plus
marquées qu eiles ne ie sont dans nos
empècheront de s enfermer dans ieurs rejoint par la ce que Zeev Sternheii. démocraties pariementaires actueiles.
positions, comme une caste de privilé­ dans N i d roite n i gauche, appeiie le Cette conception duaiiste de la différen­
giés? Comment concilier Ia confiance “révisionisme révolutionnaire”, une tra­ ce dém ocratique et de sa nécessaire
politique qui rend possible ia iibre for­ dition hétérodoxe (incamée, en France, ambiguïté favoriserait. par la reconnais­
mation des élites avec la méfiance orga- par Marcei Déat), anti-parlementaire. sance e x p iic ite de ia distance et de
nisée qui le u r imposera des limites? anti-bourgeoise, cu itiva n t l ’héroïsme l ’inégaiité inhérentes a toute représenta-
Telle est ia problématique qui domine inteliectuei, et dans laqueiie la révision tion politique, une démocratisation plus
ce livre, combinaison peu orthodoxe du marxisme aiimente une fascination fondamentaie, préaiable nécessaire d’un
d'histoire des idéés, d’élaboration théo- pour, ou même une identification avec, 'socialisme iibéral’ k venir.
rique et de piaidover normatif. Le socio- l’idéologie fasciste naissante. On peut espérer que la “maiédiction
logue Dick Pels y reiance ia discussion Sans complaisance pour ce “flirt avec natale d ’être Hollandais’ , comme disait
sur l ’héritage contesté de Jacques de le fascisme”, Dick Peis soutient néan- Jacques de Kadt - qui n ’a pas pris part
Kadt. théoricien p o litiq u e hollandais m oins que les tra its tro u b ia n ts de au d é b a t de ceux d o n t les idéés
qui, dans i ’entre-deux-guerres, défendit l’oeuvre de de Kadt - sa théorie “nietz- l ’avaient inspiré - ne s abattra pas dans
un socialism e élitiste et in te lie ctu e i, schéenne” des élites, paradoxalement une même mesure sur ceux qui pren-
dont le moteur serait ‘T im p é ria lism e ” ailiée a un individualisme intransigeant nent sa re iè ve en pensant “ avec et
des “ hommes de cu ltu re ” . Dans son - sont ceux-ia mêmes qui lui confèrent contre” lui, comme Dick Peis tente ici
oeuvre maitresse. Het fascism e en de son actualité théorique. Montrant que de le faire. Rokus Hofstede

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D ébat

envers ies identités nationaies ou eth-


niques. Par 1& même, i’État peut ies avoir
toutes sur son territoire paree qu’il n’en a
L'hum anism e universel
aucune- reconnue et privilégiée dans ia
sphère poiitique. De ce point de vue, ia
culture néeriandaise par exempie -te lle
de Georges D um ézil
que ia d é fin it ie discours nationaiiste- De nouveaux documentspermettent de revenir a u jo u rd ’hu i sur
perd sa iégitimité de culture d ’État. Dans la polémique qu i entoure un livre publié p a r Dum ézil en 1939.
l ’État-cité. la reference étatique ne peut
plus ètre ie particularisme de 1’Erfdeel (la Didier Eribon
part d ’héritage) et de ia chrétienté néer­
iandaise. C’est runiversalisme des Droits e livre de Georges Dumézil q u is intitu­ produit un autre document. II s’agissait
de l ’Homme et du Citoyen défait du parti­
cularisme “autochtone’ .
L le Mythes et d ie u x des G erm ains,
pubiié en 1939, n a pas cessé, depuis une
d ’une ie ttre , datée de ju in 1939, de
M a u rice H albw achs, q u i rem erciait
La pnmauté accordée a ia citoyenneté dizaine d ’années, de faire couier beau- Dumézil de lui avoir envoyé son livre et
conduit a reconnaitre im plicitem ent la coup d’encre. C’est dans certaines pages en faisait un éioge trés chaleureux. Le
compaubilité des cultures autochtones et de ce liv re , en e ffe t, q u ’A rn a id o p lu s im p o rta n t étant, b ie n sur, que
allochtones et £ s’opposer en ceci au dis­ Momigiiano, dans un article de 1983, a Maunce Halbwachs, tout comme Mare
cours de i incommensurabilité culturelie. cru pouvoir déceler des * traces évidentes Bloch, reprenah i son compte l ’anaiyse
Ce qui s offre, c’est ia possibilité d ’une de sym pathie p o u r ia c u ltu re n a zien. de D um ézil dans ia conclusion de son
participation ^ la vie poiitique. L£ oü le Comme ces “traces” lui semblaient “ évi­ livre, analyse qui établissait un lien de
discours universaliste ethniciste applique dentes’ , il ne prenait pas la peine d’expli- c o n tin u ité , p a r-d e l^ la distance des
le p rin c ip e When in Rome, do as the citer son propos. Carlo Ginzburg lu i a siècles. entre l ’orientation guerrière et
Roman da, ia dissociation citoyenneté- emboité le pas et s’est mis en devoir de m ilita ire de la m ythologie germanique
nationaiité rappeile l ’Édit de Caracaila dém ontrer com m ent cette “ sympathie archaïque et le déchainement de la vio­
(212), offrant la citoyenneté romaine a p o u r la c u ltu re n a z ie ” im p ré g n a it le lence dans i ’Allemagne hitlérienne. Or
tous ies hommes iibres dé l ’Empire. La contenu du livre de Dumézil. Au point de c’est précisément dans ce passage que
position ae sujet du résident étranger fait départ de son article de 1983, intitulé Ginzburg voyait l’évidence de la sympa­
place au statut d’associé a la gestion de M y th o lo g ie g e rm a m q u e et nazism e, thie ae Dumézil pour la culture nazie.
l’ordre poiitique. G inzburg écrivait que i ’on se trouvait Ginzburg allait-il prétendre que Maurice
A propos des rapports entre nationali- confronté a un véritable “dilemme” : nous Halbwachs lu i aussi avait été bien peu
té et citoyenneté, une alternative se fait nous trouvons, disait-il, devant une gran­ vigiiam ? C’eut été tout de même difficile.
jour : soit ne rien changer a la confusion de d iffic u ité , puisque M om igiiano, en Et bien peu plausible.
des deux termes, soit les dissocier afin 1983, a décelé des traces évidentes de Depuis la mort de Dumézil, d’autres
d ’adapter ie droit aux nouvelles exigences usympathie p o u r la culture nazie' dans ie documents ont été produits sur l’accueii
socio-poiitiques. Dans ie premier cas, on livre de Dumézil ; or ce livre avait été qui a été réservé a son livre en 1939 et
a le choix entre un accès restrictif a la saiué, au moment de sa partition, par un 1940 : ia liste est longue des articles parus
nationauté (comme en Allemagne) et une article enthousiaste de Marc Bloch. Ce dans ies revues scientifiques de i’époque,
large ouverture (comme en France). Dans “dilemme” évoqué par Ginzburg n était qui font l ’éloge de Mythes et dieux des
le second cas - c ’est l ’exempie néerlan- évidemment qu’un artifice rhétorique et il Germams, articles auxqueis il faut ajouter
d ais-. i alte rn a tive p o iitiq u e actuelle é tait v ite résoiu par ia m éthode les com m entaires laudateurs de
oppose ia limitation de la citoyenneté des G inzburg : comme son verdict contre Benvemste iorsqu’il présente la candida­
étrangers au niveau local a l ’ouverture Dumézil était rendu a l’avance, il lui fallait ture de Dumézil au Collége de France,
compléte du champ de la représentation se débarrasser du texte de Marc Bloch et juste au sortir de la guerre (1). Mais ie
poiitique nationale. Nous avons tenté de ce de rn ie r se vo ya it to u t sim piem ent propre d ’une rumeur et d’une caiomnie,
m ontrer que les trois prem iers cas de reprocher d ’avoir été bien peu vigilant c’est ae ne jamais pouvoir être réduites au
figure se situent, a des degrés divers, face a la montée de la culture nazie. Dans silence. Face £ ces documents, Ginzburg
dans le champ de la p ré se rva tio n de la cingiante réponse qu il avait apportée a a vouiu maintenir ses accusations. Dans
“l’idenuté nationale”. A notre sens, seuie eet article de Ginzburg, Dumézil avait un a rtic le p u b lié dans ie M onde des
la quatnème forme fait éclater pleinement débats. ü avance même qu’il serait naif de
le lie n n a tio n -c ité et rem et en cause vouioir s en tenir aux documents et aux
l ’idéologie nationaiiste. C’est que le natio- Didier Eribon est l'auteur d’une biographic témoignages de l ’époque, et il vante sa
nai-citoven s’y efface au profit de l’indivi- de Michel Foucault (Fiammarion 1989) et de propre méthode de “lecture interne” des
du-citoven. • Faut-ë bruter Dumézil (Fiammarion, 1992). textes (2). Lecture interne, qui, il n’est pas

Liber-ooee 26