Vous êtes sur la page 1sur 6

Sexologies (2013) 22, 103—108

Disponible en ligne sur

www.sciencedirect.com

ARTICLE ORIGINAL

Le mariage non consommé dans le monde


arabo-islamique : l’expérience tunisienne夽
Unconsummated marriage in the Arab-Islamic world: Tunisian experience

M. Nabil Mhiri (MD) a, W. Smaoui a, M. Bouassida (MD) a,∗, K. Chabchoub (MD) a,


J. Masmoudi (MD) b, M. Hadjslimen (MD) a, N. Chaieb (MD) a, N. Rebai (MD) a,
S. Masmoudi (MD) a, A. Bahloul (MD) a

a
Département d’urologie, CHU Habib Bourguiba, Sfax, Tunisie
b
Service de psychiatrie A, CHU Hédi Chaker, 3029 Sfax, Tunisie

Accepté le 28 novembre 2012


Disponible sur Internet le 27 mars 2013

MOTS CLÉS Résumé


Mariage non Objectif. — Identifier les caractéristiques cliniques de couples de mariage non consommé (MNC),
consommé ; les facteurs étiologiques, les approches thérapeutiques et clarifier les différents aspects évo-
Couples ; lutifs.
Dysfonction érectile ; Patients et méthodes. — Dans cette étude rétrospective, les dossiers de 80 couples suivis dans
Éjaculation notre consultation d’andrologie pour MNC entre l’année 2000 et 2010 ont été examinés.
prématurée ; Résultats. — L’âge moyen des époux était de 36 ans (22—82 ans), celle des épouses était de 28 ans
Vaginisme ; (17—57 ans). La durée moyenne du mariage était de 14 mois (extrêmes : trois mois à sept ans).
Sexothérapie Les couples étaient peu renseignés sur la sexologie. Les dysfonctions sexuelles notées étaient
les suivantes : la dysfonction érectile dans 40 % des cas, l’éjaculation prématurée dans 5 % des
cas, une association d’éjaculation prématurée avec une dysfonction érectile et une baisse de
la libido dans 15 % cas, le vaginisme chez 12,5 % et les causes associées (dysfonction érectile
avec vaginisme) dans 27,5 % des cas. Le traitement de première ligne était basé sur un soutien
sexologique du couple comportant une éducation sexuelle et une thérapie sexuelle, associées
dans certains cas à des médicaments par voie orale et, secondairement à des injections intraca-
verneuses. Après un suivi moyen de cinq mois (entre un et 15 mois), les résultats du traitement
étaient les suivants : bon résultat avec consommation du mariage (MC) dans 57 cas (71,25 %),
échec avec non-MC dans 18 cas (22,25 %), non connus dans cinq cas (6,25 %).
Conclusion. — Le MNC est assez fréquent dans le monde arabo-islamique. Le meilleur traitement
reste la prévention basée sur l’éducation sexuelle des jeunes et le traitement des dysfonctions
sexuelles pour les patients qui consultent avant le mariage.
© 2013 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

DOI de l’article original : http://dx.doi.org/10.1016/j.sexol.2013.02.004.


夽 An English version of this article is available online, at doi: 10.1016/j.sexol.2013.02.004.
∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : mehdi.bouassida@yahoo.fr (M. Bouassida).

1158-1360/$ – see front matter © 2013 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
http://dx.doi.org/10.1016/j.sexol.2013.02.003
104 M. Nabil Mhiri et al.

Summary
KEYWORDS Objective. — To identify the clinical features of unconsummated marriage amongst couples, the
Unconsummated etiological factors, the therapeutic approaches and to clarify the different evolutive aspects.
marriage; Patients and methods. — In this retrospective study, the files of 80 consecutive couples follo-
Couples; wed for unconsummated marriage between 2000 and 2010 at our andrology consultation were
Erectile dysfunction; reviewed.
Premature Results. — The mean age of the husbands was 36 years (22—82 years), that of the brides was
ejaculation; 28 years (17—57 years). The average length of marriage was 14 months (range 3 months—7 years).
Vaginismus; Couples had little knowledge of sexology. The sexual dysfunctions noted were: erectile dysfunc-
Sex therapy tion in 40% of cases, premature ejaculation in 5%, a combination of premature ejaculation with
erectile dysfunction and decreased libido in 15%, vaginismus in 12.5% and the associated causes
(erectile dysfunction with vaginismus) in 27.5%. The first-line treatment was based on a sexo-
logical approach consisting of sex education and sex therapy, associated in some cases with
oral drugs and as second-line treatment, sometimes intracavernous injections. After a mean
follow-up of 5 months (range 1—15 months), the outcomes of treatment were: good prognosis
with consummation of marriage in 57 cases (71.25%), failure with unconsummated marriage in
18 cases (22.25%) and not known in five cases (6.25%).
Conclusion. — Unconsummated marriage is quite frequent in the Arab-Islamic world. The best
treatment is prevention based on sexual education of youngsters and treatment of sexual
dysfunctions for people who consult before marriage.
© 2013 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

Introduction Critères d’inclusion

Le mariage est la seule forme légitime de la sexualité Nous avons sélectionné tous les couples ou les partenaires
dans le monde arabo-islamique. Dans certaines sociétés, qui consultent pour le MNC après au moins trois mois de
la cérémonie de mariage est toujours prévue d’inclure la cohabitation nocturne.
consommation de celui-ci obligatoirement la nuit de noces
ou pendant les jours suivants. Dans certaines zones rurales, Critères d’exclusion
un rituel de confirmation aux familles concernées que le coït
a bien eu lieu et que la mariée était vierge est habituel Les couples consultant pour une dysfonction sexuelle dans
(Zargooshi, 2000). le cadre d’une discorde conjugale et ceux qui ont échoué à
Tout retard dans la consommation du mariage (MC) réaliser un coït vaginal après une période inférieure à trois
pourrait être une source de souffrance dans le couple et mois.
l’environnement familial créant une situation d’urgence Différents éléments ont été étudiés.
sociale.
Le mariage non consommé (MNC) est défini comme Données psychosociaux
l’échec de toutes les tentatives de coït vaginal qu’un couple
fidèle, marié ou non, aurait tenté, en vain, pendant au moins L’âge des partenaires, la durée du mariage, le motif de la
trois mois consécutifs de cohabitation nocturne (Waynberg, consultation (MNC ou infertilité), le degré de pression de
1994). la famille sur le couple, le degré de liens affectifs dans
Le MNC est un problème à la fois médical et social le couple, l’évaluation des connaissances en sexologie et
auquel se confrontent les médecins dans les communau- en anatomie des organes génitaux, l’évaluation du degré
tés conservatrices. Il représente jusqu’à 17 % des motifs de développement socioculturel de chaque partenaire, le
de consultation sexologique (Badran et al., 2006). Cepen- recours antérieur à des guérisseurs traditionnels, le niveau
dant, les causes du MNC demeurent peu explicites dans notre d’éducation des partenaires, les antécédents familiaux et
société. Ce travail vise à en définir les principaux facteurs les croyances religieuses. En outre, l’identité de genre,
contributifs, les approches thérapeutiques et de clarifier les l’orientation sexuelle et le comportement sexuel (désirs,
différents aspects évolutifs. fantasmes, auto-érotisme, activité sexuelle antérieure et
actuelle, les relations interpersonnelles avec le même sexe,
l’expérience de rejet, de sévices sexuels et l’image corpo-
Patients et méthodes relle) ont été soigneusement étudiés.

Entre 2000 et 2010, les dossiers de 80 couples suivis pour Les données cliniques et paracliniques
MNC dans notre consultation d’andrologie ont été exami-
nés et les patients ont été recrutés avec leur consentement Tous les patients ont bénéficié d’un examen physique
éclairé. complet explorant les organes génitaux externes et les
Le mariage non consommé dans le monde arabo-islamique : l’expérience tunisienne 105

Tableau 1 Répartition des patients selon le sexe par tranches d’âge.

Âge (années) Maris Femmes

Nombre Pourcentage Nombre Pourcentage

< 25 2 2,5 8 10
25—30 22 27,5 44 55
31—40 44 55 18 22,5
> 40 12 15 10 12,5
Total 80 100 80 100

caractères sexuels secondaires. Pour l’évaluation biolo- conditions sous-jacentes, essentiellement chez les maris, à
gique, un bilan standard a été effectué avec dosage de la savoir le diabète dans huit cas (10 %), le tabagisme dans
glycémie à jeun, de la créatininémie, un bilan lipidique, une 32 cas (40 %) et l’alcoolisme dans quatre cas (5 %).
numération de la formule sanguine complète et des tests de Nous avons essayé d’avoir des informations subjectives
la fonction hépatique. sur les antécédents sexuels de chaque patient. Nous avons
Un bilan hormonal comportant le dosage de testostérone constaté que la plupart des maris avaient une connaissance
sérique et de prolactine ont été effectués dans des cas par- très limitée à propos de l’anatomie des organes génitaux
ticuliers : baisse de la libido, hypogonadisme, âge avancé, externes, le prélude et la manipulation du sexe féminin.
gynécomastie ou des testicules de petite taille. Ainsi, aucune expérience sexuelle n’a été rapportée chez
Après cette évaluation initiale, l’identification de la 44 maris et seulement dix hommes avaient eu des rapports
nature du problème ainsi que les différentes options de prise sexuels réussis auparavant.
en charge ont été discutées avec le patient ou le couple L’examen physique avait montré une légère hypotrophie
via un entretien sexologique basé sur l’éducation sexuelle des testicules dans cinq cas (6 %), une obésité marquée dans
(anatomie des organes génitaux et l’importance des prélimi- quatre cas (5 %), une hernie inguinale unilatérale dans trois
naires) associée à une thérapie sexuelle, traitement médical cas (3,75 %), une gynécomastie modérée et bilatérale dans
par voie orale ou par des injections intracaverneuses (IIC). deux cas (2,5 %). Sur le plan biologique, le dosage de la tes-
tostérone sérique a été réalisé dans dix cas (12,5 %) avec
un taux faible dans un cas, le dosage du taux de prolactine
Résultats sérique pratiqué dans deux cas (2,5 %) était normal. La dys-
lipidémie a été notée dans trois cas (3,75 %) et le diabète
Un total de 160 patients se plaignant de MNC a été rétros- dans huit cas (10 %).
pectivement inclus dans l’étude. Tous les patients avaient L’étude des flux doppler couleur des corps caverneux a
la nationalité tunisienne. L’âge moyen des époux était été réalisée dans six cas (7,5 %) et avait montré un modèle
de 36 ans (22—82 ans), celle des épouses était de 28 ans artériel occlusif dans deux cas.
(17—57 ans) (Tableau 1). Cinquante pour cent des patients Concernant les domaines de la sexualité chez les maris,
provenaient de régions rurales, d’autres étaient des zones des érections spontanées normales étaient notées dans
urbaines. 64 cas (80 %), une faible rigidité dans 14 cas (17,5 %) avec
Le motif de consultation le plus fréquent était absence d’érections dans deux cas (2,5 %). La libido était
l’incapacité de consommer le mariage observée chez normale dans 71 cas (88 %) et faible dans neuf cas (12 %).
65 couples (81,25 %). Dans les 15 autres couples, il s’agissait L’éjaculation prématurée a été notée dans 14 cas (17,5 %)
de l’infertilité avec le désir d’avoir des enfants. et l’éjaculation rétrograde dans deux cas (2,5 %). Des rap-
En ce qui concerne le mode de présentation, le couple ports sexuels superficiels ont été retrouvés dans 80 cas
avait consulté ensemble dans 54 cas (67,5 %), le mari seul (100 %).
dans 22 cas (27,5 %) et le mari avec ses parents dans quatre Concernant les épouses, 78 % ont été déclarées au pre-
cas (5 %). La durée moyenne du mariage était de 14 mois mier mariage avec aucune expérience sexuelle antérieure
(trois mois à sept ans). et leurs connaissances en sexologie étaient très limitées.
Il a été noté que 32 couples (40 %) ont consulté entre le Leurs attitudes envers leurs maris étaient variées :
troisième et le sixième mois après le mariage, 20 couples actives et coopératives dans 28 cas (35 %), passives dans six
(25 %) entre le septième et le douzième mois, 18 couples cas (7,5 %), frustrées/rétractées dans 12 cas (15 %), compor-
(22,5 %) entre le 13e et 24e mois, et dix (12,5 %) au-delà du tement vaginique dans 20 cas (25 %) et non déclarées dans
24e mois après le mariage. 14 cas (17,5 %).
Vingt-six couples (32,5 %) avaient eu recours aux guéris- Les facteurs étiologiques qui sous-tendent le MNC ont
seurs traditionnels avant la consultation médicale. été illustrés dans le Tableau 2. La dysfonction érectile était
À propos de l’état matrimonial des époux, 90 % se sont la principale cause de MNC notée dans 66 cas (82,5 % des
déclarés être au premier mariage. En ce qui concerne le maris). Le vaginisme était la seconde étiologie observée
plan culturel, 25 % des maris avaient atteint l’enseignement dans 32 cas (40 % des épouses). L’éjaculation prématurée et
primaire, 60 % secondaire et 15 % des études universitaires. sévère survenant pendant les préliminaires ou pendant la
L’analyse des antécédents des patients avait révélé plusieurs tentative de pénétration était la troisième étiologie notée
106 M. Nabil Mhiri et al.

Tableau 2 Les facteurs étiologiques du mariage non Tableau 3 Résultats selon la durée du mariage.
consommé.
Résultats MC MNC Non connu
Étiologies Nombre Pourcentage Durée du
mariage
Dysfonction érectile (DE) isolée 32 40
Éjaculation prématurée (EP) Isolée 4 5 3—6 mois 26 6 0
DE ± EP ± libido 12 15 7—12 mois 14 3 3
Vaginisme isolée 10 12,5 13—24 mois 13 3 2
Étiologies associées (couple) 22 27,5 > 2 années 4 6 0
Total 80 100 Total 57 18 5
MC : consommation du mariage ; MNC : mariage non consommé.

dans 16 cas (20 %). Les étiologies associées du couple avaient


été retrouvées dans 22 cas (27,5 %) à savoir la dysfonction traitement dans dix cas, à un traitement médical de la dys-
érectile avec le vaginisme. Les dysfonctions sexuelles chez fonction érectile à base de PDEV Inh dans 18 cas et des IIC
les maris avaient des causes psychogènes dans 66 cas (82,5 %) dans 23 cas, et le traitement du vaginisme dans six cas.
et une étiologie organique dans 14 cas (17,5 %). Concernant Les 18 cas qui ont échoué étaient liés à un vaginisme pré-
les épouses, tous les cas de vaginisme avaient une origine dominant noté dans quatre cas, à une dysfonction érectile
psychogène. majeure dans six cas et à des étiologies mixtes du couple
Le traitement de première ligne a été basé sur un dans huit cas. L’évolution a été faite soit vers le divorce
entretien sexologique du couple comportant d’une part, dans huit cas ou la persistance d’une relation stable dans
l’éducation sexuelle et, d’autre part, la thérapie sexuelle. dix cas.
Cette dernière comporte des séances personnalisées avec le
couple ou l’un des deux partenaires dont l’objectif principal
était d’écouter les besoins des patients, la dédramatisa- Discussion
tion de la situation, l’apport d’un soutien psychologique.
L’éducation sexuelle apporte des connaissances concernant
Le MNC est un problème à la fois médical et social auquel se
l’anatomie des organes génitaux et insiste sur l’importance
confrontent les médecins dans les communautés conserva-
des préliminaires.
trices. Il représente jusqu’à 17 % des motifs de consultation
En parallèle, un traitement facilitateur de la dysfonction
sexologique (El-Meliegy, 2004).
érectile a été prescrit comme les médicaments vasodilata-
Par ailleurs, les contraintes sociales et culturelles
teurs (yohimbine) et des vitamines. Les inhibiteurs de la
exercent une pression supplémentaire sur le couple de
phosphodiestérase de type 5 (PDE5 Inh) ont été prescrits
consommer leur mariage peu de temps après la cérémo-
dans seulement 22 cas, les IIC de PGE1 dans 24 cas, PDE5 Inh
nie de mariage. Cela est particulièrement évident dans les
puis IIC dans deux cas et enfin, IIC puis PDE5 Inh dans huit
sociétés conservatrices où il y a un manque d’éducation
cas. En effet, les IIC ont été pleinement réalisées dans 34 cas
sexuelle (Kaplan et Sadock, 1995), contrairement aux socié-
avec un rythme différent selon chaque patient : inférieures
tés développées où il existe de nombreuses occasions et
ou égales à 2 IIC dans 17 cas, trois IIC dans cinq cas, quatre
possibilités pour le coït avant le mariage rendant le MNC
IIC dans cinq cas, et des auto IIC dans sept cas.
extrêmement rare (Zargooshi, 2000).
Le traitement de l’éjaculation précoce nécessite une
Les causes de MNC varient largement dans la littérature.
sexothérapie (la technique de compression et la méthode
Classiquement, l’anxiété de performance est considérée
« stop and go »), la paroxétine ou chlomipramine.
comme le principal facteur étiologique (Reckless et Geiger,
Dans le cas de vaginisme, le traitement était basé sur
1978 ; Ghanem et al., 1998). Elle peut avoir comme origine :
une sexothérapie dans lesquels les femmes explorent leurs
le manque d’éducation sexuelle, l’interdiction sexuelle par
corps associé à une thérapie comportementale et à une
les parents ou la société, des problèmes psychologiques,
médication par voie orale à base de tranquillisants et de
la phobie de pénétration, la personnalité agressive ou pas-
myorelaxants.
sive de la mariée, l’immaturité chez les deux partenaires,
Le traitement de seconde ligne pour la mariée était basé
des concepts déformés à propos des organes génitaux, la
sur une évaluation gynécologique dans 50 % des cas, associée
dépendance excessive envers les familles primaires, des
à une thérapie sexuelle prolongée (2—15 mois) dans 12 cas
problèmes d’identification et/ou de l’orientation sexuelle,
visant à traiter un vaginisme persistant.
la peur de l’échec sexuel, la demande de performance
Après un suivi moyen de cinq mois (1—15 mois), les résul-
sexuelle, la peur d’être rejeté par le partenaire, l’envie
tats du traitement ont été illustrés dans le Tableau 3:
du couple de consommer leur mariage la nuit de noces
tout en vivant dans la même maison avec la famille et
• bon pronostic avec MC dans 57 cas (71,25 %) ; après une longue et bruyante cérémonie de mariage (Kaplan
• mauvais résultat avec un MNC dans 18 cas (22,25 %) ; et Sadock, 1995 ; Duddle, 1997). De plus, des attentes
• non connus dans cinq cas (6,25 %). déraisonnables, une première expérience sexuelle trau-
matisante, des préliminaires restreints, des troubles de
L’analyse de 57 cas de succès avait montré que la MC l’image de soi, contribuent tous à l’anxiété de performance
était liée à la thérapie sexuelle comme première ligne de (Zargooshi, 2000 ; Badran et al., 2006 ; Duddle, 1977).
Le mariage non consommé dans le monde arabo-islamique : l’expérience tunisienne 107

Chez les patients ayant pu accomplir un rapport sexuel plancher pelvien qui entourent le tiers externe du vagin,
au cours d’une relation antérieure (mariage précédent), la en particulier les muscles du périnée et les muscles rele-
nouveauté du partenaire sexuel, à côté d’autres facteurs, veurs de l’anus (Cherng-Jye, 2004 ; Masters et Johnson,
peut précipiter l’échec (Badran et al., 2006). 1970 ; Kaplan, 1974). Dans les cas sévères de vaginisme,
Dans la série de Zargooshi (2000), la méconnaissance les adducteurs des cuisses, le droit de l’abdomen et les
sur le fonctionnement sexuel dans les régions rurales de muscles fessiers peuvent aussi se contracter involontaire-
l’Iran est à l’origine de nombreuses fausses idées. En fait, ment, par opposition à la contraction rythmique survenue
44 % des patients des régions rurales ont cru qu’ils étaient pendant l’orgasme. L’augmentation de la tension musculaire
enfermés et « pour être ouvert », ils avaient consulté les gué- qui empêche la pénétration du vagin pourrait causer la
risseurs traditionnels avant de demander de l’aide médicale. douleur sexuelle (Eserdağ et al., 2011). Cette contraction
Les variations de l’incidence des différents facteurs étio- réflexe et spasmodique est déclenchée par les tentatives
logiques dans les études rapportées peuvent refléter des imaginées ou prévues à la pénétration vaginale ou pendant
variations dans la sélection des patients ou dans la méthodo- l’acte d’intromission ou du coït (Cherng-Jye, 2004).
logie de l’étude. En outre, elles peuvent offrir des preuves Le vaginisme peut être global où la femme est inca-
de l’influence d’éléments culturels et sociaux sur la sexua- pable de placer quoi que ce soit à l’intérieur de son vagin
lité humaine (Badran et al., 2006 ; Duddle, 1977). ou situationnel, où elle peut utiliser un tampon ou tolérer
Sur le plan thérapeutique, il existe plusieurs formes de un examen pelvien, mais ne peut pas avoir des relations
thérapie de couple disponibles pour la prise en charge des sexuelles (Ghazizadeh et Nikzad, 2004).
problèmes relationnels de personnes atteintes de troubles La forme la plus sévère du vaginisme classique rend la
sexuels (Crowe, 2004). Pour les problèmes d’érection, il pénétration pratiquement impossible, provoque une sensa-
s’agit notamment de « taquiner » l’érection, en calmant le tion de brûlure grave et conduit au MNC (Graziottin et al.,
patient et le poussant à se rétablir lui-même, suivi par la 2009). La condition peut être primaire (présente dès la pre-
non-exigence de pénétration dans le vagin. Les rapports mière tentative de pénétration) ou secondaire (après un
sexuels pourraient être permis plus tard mais il est tou- traumatisme physique ou psychologique, infection, la méno-
jours judicieux de commencer toute interaction en mettant pause, ou une pathologie pelvienne) (Caplan, 1988).
l’accent sur le côté sensualité et de ne poursuivre avec Divers facteurs étiologiques ont été postulés comme prin-
des rapports que si les deux partenaires se sentent en cipales causes du vaginisme : la désinformation, l’ignorance,
confiance. Cette approche peut être combinée avec des la culpabilité à propos de la sexualité, la peur de la douleur,
médicaments (Crowe, 2004). En effet, le traitement faci- les antécédents de traumatismes sexuels ou de violation
litateur de l’érection par voie orale peut être prescrit dès sexuelle, un contexte religieux comme l’orthodoxie et les
la première consultation. Quant aux IIC, elles peuvent être tabous culturels, une pathologie organique, la relation des
prescrites en première ou en seconde ligne en fonction de parents et la relation père-fille, la personnalité du par-
l’urgence sociale due à la non-MC et le vécu du couple tenaire masculin, la dysfonction sexuelle du partenaire
dans le cercle familial (Zargooshi, 2000 ; Delavierre, 2004 ; masculin et la relation du couple (Ellison, 1968 ; Reissing
Staerman et Malgrange, 2004). Le taux de réponse à des IIC et al., 1999).
était élevé (entre 80 et 100 %) pour les patients ayant des Idéalement, une prise en charge multidisciplinaire de la
causes autres que vasculaires (Zargooshi, 2000). douleur sexuelle est recommandée. Les problèmes psycho-
À propos du problème d’éjaculation prématurée, son logiques ainsi que les problèmes interpersonnels devraient
incidence varie selon les séries entre : 3,1 % (Badran et al., être d’abord abordés dès le début de la psychothérapie.
2006), 8,3 % (Addar, 2004) et 23 % (Zargooshi, 2000). Dans La participation du partenaire dans le traitement doit être
notre étude, l’incidence était de 20 %. Les approches théra- encouragée (Crowley et al., 2006).
peutiques pour l’éjaculation prématurée ont été fondées sur La première étape du traitement est basée sur
des stratégies de stimulation cognitive et comportementale, l’éducation afin de corriger toute information erronée à pro-
et l’implication du partenaire dans la thérapie comme la pos de la fonction sexuelle et de la perception des organes
technique « stop and go » ou « squeeze test ». Cela implique génitaux y compris le vagin et d’entraîner une relaxa-
d’abord de tenter et de contrôler l’éjaculation lors de tion afin de réduire l’anxiété et de relâcher les muscles
l’auto-stimulation, et plus tard à la masturbation mutuelle vaginaux (Pourhosein et Bahrami Ehsan, 2011). Différentes
et les rapports sexuels. Autres traitements pharmacolo- techniques peuvent être utilisées : la thérapie cognitivo-
giques peuvent être utilisés comme les antidépresseurs, les comportementale, la désensibilisation de la vulve et du
inhibiteurs PDE5, et les IIC (Crowe, 2004 ; Metz et Pryor, vagin, la construction d’une attitude positive envers le
2000). sexe et la tolérance d’insertion intravaginale par étapes
À propos du problème de vaginisme, il a été rapporté des doigts puis des objets comme une sonde d’échographie
comme cause de MNC dans 20 % à 67 % et aboutit à la dyspa- transvaginale ou un spéculum (Jindal Umesh et Jindal, 2010)
reunie, l’infertilité et la dysfonction sexuelle chez les deux ou par hypnothérapie (Pourhosein et Bahrami Ehsan, 2011)
partenaires avec souvent une dysfonction érectile secon- qui était assez efficace pour diminuer l’anxiété et la phobie,
daire chez le partenaire masculin (Jindal Umesh et Jindal, résoudre la peur et faciliter la relaxation et le relâchement
2010 ; Ozdemir et al., 2008 ; Dogan et Dogan, 2008). des muscles (Eserdağ et al., 2011). Dans les cas du vagi-
Le taux d’incidence du vaginisme varie de 2 % dans nisme réfractaire, lorsque les thérapies conventionnelles
la population générale à 47 % dans les consultations de ont échoué, l’injection locale de toxine botulique peut être
sexothérapie (Jindal Umesh et Jindal, 2010). Dans notre considérée (Ghazizadeh et Nikzad, 2004). Cette technique
étude, le taux de vaginisme était de 40 %. Le vaginisme est avait reçu une attention croissante depuis qu’elle a été
défini comme étant un spasme involontaire des muscles du décrite dans un rapport de cas en 1997 par Brin et Vapnek
108 M. Nabil Mhiri et al.

(1997). Dans une étude contrôlée par Shafik et El-Sibai Duddle M. Etiological factors in the unconsummated marriage. J
(2000), toutes les femmes qui ont reçu le Botox ont réussi à Psychosom Res 1977;21:157—60.
avoir des rapports sexuels, aucune n’a nécessité des réinjec- Duddle M. Biological factors in unconsummated marriage. J Psycho-
tions, et il n’y avait pas de récidive ou de complications au som Res 1997;21:161—6.
El-Meliegy A. A retrospective study of 418 patients with honeymoon
cours de la période de suivi. Cependant, le traitement par la
impotence in an andrology clinic in Jeddah, Saudi Arabia. Eur J
toxine botulique doit être considérée comme expérimental
Sexol 2004;13:1—4.
et idéalement administré dans le cadre d’essais cliniques. Ellison C. Psychosomatic factors in the unconsummated marriage.
J Psychosom Res 1968;12:61—5.
Conclusion Eserdağ S, Zülfikaroğlu1 E, Akarsu1 S, Micozkadioğlui S. Treat-
ment Outcome of 460 women with vaginismus. Eur J Surg Sci
2011;2(3):73—9.
Le MNC est assez fréquent dans le monde arabo-islamique.
Ghanem H, Sherif T, AbdEl-Gawad T, Assad T. Short term use
L’identification de ses facteurs étiologiques est essentielle of intracavernous vasoactive drugs in the treatment of per-
pour une meilleure prise en charge afin de parvenir à sistent psychogenic erectile dysfunction. Int J Impot Res
un résultat positif. Il existe plusieurs formes de théra- 1998;10:211—4.
pie de couple disponibles pour la gestion des problèmes Ghazizadeh S, Nikzad M. Botulinum toxin in the treatment of refrac-
relationnels de personnes atteintes de troubles sexuels. tory vaginismus. Am Coll Obstet Gynecol 2004;104(5):922—5.
Le meilleur traitement reste la prévention basée sur Graziottin A, Serafinib A, Palacios S. Aetiology, diagnostic algo-
l’éducation sexuelle des jeunes et le traitement des dys- rithms and prognosis of female sexual dysfunction. Maturitas
fonctions sexuelles pour les patients qui consultent avant le 2009;63:128—34.
Jindal Umesh N, Jindal S. Use by gynecologists of a modified sen-
mariage.
sate focus technique to treat vaginismus causing infertility. Fertil
Steril 2010;94(6):2393—5.
Déclaration d’intérêts Kaplan HS. The new sex therapy. New York: Brunner-Routledge;
1974.
Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en Kaplan H, Sadock BJ. Normal human sexuality and sexual and gender
relation avec cet article. identity disorders. In: Kaplan HI, Sadock BJ, editors. Comprehen-
sive textbook of psychiatry. Baltimore: Williams & Wilkins; 1995.
p. 1295—360.
Références Masters WH, Johnson VE. Human sexual inadequacy. Boston: Little,
Brown; 1970.
Addar MH. The unconsummated marriage: causes and management. Metz ME, Pryor JL. Premature ejaculation: a psychophysiological
Clin Exp Obstet Gynecol 2004;31:279—81. approach for assessment and management. J Sex Marital Ther
Badran W, Moamen N, Fahmy I, El-Karaksy A, Abdel-Nasser TM, Gha- 2000;26:293—320.
nem H. Etiological factors of unconsummated marriage. Int J Ozdemir O, Simsek F, Ozkardes S, Incesu C, Karakoc B. The uncon-
Impot Res 2006;18:458—63. summated marriage: its frequency and clinical characteristics in
Brin MF, Vapnek JM. Treatment of vaginismus with botulinum toxin a sexual dysfunction clinic. J Sex Marital Ther 2008;34:368—79.
injections. Lancet 1997;349:252—3. Pourhosein R, Bahrami Ehsan Z. Using hypnosis in a case of vaginis-
Caplan HW. An effective clinical approach to vaginismus-putting the mus: a case report. Procedia Soc Behav Sci 2011;15:3886—9.
patient in charge. West J Med 1988;149:769—70. Reckless J, Geiger N. Impotence as a practical problem. In: LoPic-
Cherng-Jye J. The pathophysiology and etiology of vaginismus. Tai- colo L, LoPiccolo J, editors. Handbook of sex therapy. New York:
wanese J Obstet Gynecol 2004;43(1):10—5. Plenum Press; 1978. p. 305.
Crowe M. Couple relationship problems, individual psychological Reissing ED, Binik YM, Khalife S. Does vaginismus exist? A critical
problems and sexual disorders. Psychiatry 2004;3(2):8—10. review of the literature. J Nerv Ment Dis 1999;187:261—74.
Crowley T, Richardson D, Goldmeier D. Recommendations for the Shafik A, El-Sibai O. Vaginismus: results of treatment with botulin
management of vaginismus: BASHH Special Interest Group for toxin. J Obstet Gynaecol 2000;20:300—2.
sexual dysfunction. Int J STD AIDS 2006;17:14—8. Staerman F, Malgrange D. Treatment of erectile dysfunction. EMC
Delavierre D. Modalités de prescription des injections intracaver- Med 2004;1(4):276—80.
neuses. Andrologie 2004;14(3):354—6. Waynberg J. Guide pratique de sexologie médicale. Paris: SIMEP;
Dogan S, Dogan M. The frequency of sexual dysfunction in male 1994, p. 93—9.
partners of women with vaginismus in a Turkish sample. Int J Zargooshi J. Unconsummated marriage: clarification of aetiology;
Impot Res 2008;20:218—21. treatment with intracorporeal injection. BJU Int 2000;86:75—9.