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UK price £ 1 ,70 MASAYOSHI SON, UN PATRON À L A C ONQUÊTE DU MONDE
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MASAYOSHI SON, UN PATRON À L A C ONQUÊTE DU MONDE

CAHIER ÉCO – LIRE PAGES 2 E T 4

Enas Massalha, de la Scala à la scène palestinienne ENQUÊTE – LIRE PAGE 21 t
Enas Massalha, de la Scala
à la scène palestinienne
ENQUÊTE – LIRE PAGE 21
t Les primes
«catégorielles » seront
réduites à 300 millions
d’euros, près de deux fois
moins que sous la droite
t La prime de 400 euros
promise aux professeurs
des écoles sera versée. Des
agents de l’aviation civile
auront aussi un bonus

LA SURPUISSANCE

DE CHRIS FROOME

SPORTS – LIRE PAGE 16

LA SURPUISSANCE DE CHRIS FROOME SPORTS – LIRE PAGE 16 Mardi 9 juillet 2013 - 69

Mardi 9 juillet 2013 - 69 e année - N˚21296 - 1,80 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr ---

Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directrice : Natalie Nougayrède

Présidentielle au Mali : un pari à haut risque

L e 28juillet prochain, sept mil- lions d’électeurs maliens sont invités à élire leur nouveau président. Six mois après le

début de l’intervention militaire française au Mali contre une dange- reuse alliance de djihadistes, d’indé- pendantistes touareg et de narcotra-

fiquants, cela tient presque du mira- cle. L’état d’urgence instauré au début des hostilités vient d’être levé.

Les

vingt-huit candidats en lice –par-

mi

lesquels une poignée d’anciens

premiers ministres, plusieurs fem- mes et un mormon – se sont immé- diatement lancés dans la bataille. Faut-il pour autant se réjouir sans réserve de cet exercice démocrati- que conduit à marche forcée sous la houlette de la France ? Une élection ne fait pas une démocratie – l’histoi- re récente du Mali l’atteste. Longtemps, cet immense pays sahélien fut montré en exemple au reste du continent africain. Il avait

ÉDITORIAL

son héraut, le président Amadou Toumani Touré. On pouvait y croire.

Putschiste en 1991, l’ancien comman-

do parachutiste avait rendu le pou-

voir aux civils l’année suivante. Dix

ans plus tard, il était élu à la tête de

l’Etat, régulièrement, avant d’enle-

ver un nouveau quinquennat en

2007. Hélas, le fameux modèle s’ef- fondra comme un château de sable

en 2012, rongé par la corruption et

l’argent de la drogue, le népotisme et

les assauts de groupes rebelles qui

déferlèrent en 4 × 4 du grand nord sahélien. Aujourd’hui, la menace djihadis- te s’est éloignée. Des groupes ont été anéantis, d’autres dispersés. Mais le pays ne tient que grâce à la présence

de 3 200 soldats français et de deux fois plus d’Africains. Et les obstacles à la tenue d’un scrutin pacifique et transparent demeurent nombreux. Les casques bleus sont à p eine déployés. Les listes électorales ne sont pas prêtes et les cartes d’élec- teur pas encore distribuées. Un demi- million de réfugiés sont éparpillés dans les pays voisins. L’administra- tion centrale a quasiment déserté, depuis des années, la moitié nord du pays. On peut arguer que, par le passé, seuls un quart des électeurs maliens votaient. Mais l’élection du prochain président risque d’être immédiate- ment contestée. On peut compter pour cela sur l’éclatement de la scè- ne politique malienne et sur les guer-

res d’ambition que se livrent ses prin-

cipaux acteurs. Dans son dernier rapport, l’Inter- national Crisis Group préconise un report « de courte durée », n’excé-

dant pas trois mois, qui « serait béné- fique à l ong terme ». S ’obstiner à tenir le calendrier actuel revient à prendre le risque d’un processus électoral chaotique et contesté débouchant sur l’élection d’un prési- dent dépourvu de la légitimité néces- saire au rétablissement du pays. Le Mali abeaucoup ày perdre. L’an- cienne puissance coloniale française aussi qui s’est entêtée à tenir cette date du 28 juillet. Elle devra assumer

la responsabilité d’un éventuel

échec. Rien n’est écrit mais le pari est risqué. p

LIRE NOS INFORMATIONS PAGE 4

Salaires bloqués et primes en baisse :

les fonctionnaires au régime sec

t Dans le projet de budget 2014, la hausse de la masse salariale de l’Etat se limite à 0,30 % par rapport à 2012

t Le gouvernement prend le risque de brusquer une partie de sa base électorale

LIRE PAGE 8

Libre-échange L’Europe négocie avec Washington

t La polémique sur l’espionnage américain tend les discussions

L es négociations entre l’UE et les Etats-Unis sur l’accord de libre-échange se sont ouver-

tes lundi 8juillet à Washington. Ces discussions ont lieu dans un contexte troublé par les révéla- tions sur l’espionnage américain des institutions européennes. Un temps tentés, sous l’insistance des Français, de différer cette négocia- tion, les Européens ont choisi de cal- mer le jeu, comme le souhaitaient les Allemands. En parallèle, la Com- mission européenne est chargée de lancer des groupes de travail avec des experts américains pour mesurer l’ampleur de l’espionnage mené par les Etats-Unis. p

LIRE PAGE 2

UN SOUFFLE POÉTIQUE PASSE SUR LA COUR D’HONNEUR D’AVIGNON

t Artiste associé du Festival, Stanislas Nordey met en scène « Par les villages », de Peter Handke LIRE PAGES 12 ET 13

Emmanuelle Béart, Stanislas Nordey et Véronique Nordey, le 4 juillet. ARNOLD JEROCKI/NEWS PICTURES
Emmanuelle Béart, Stanislas Nordey
et Véronique Nordey, le 4 juillet.
ARNOLD JEROCKI/NEWS PICTURES

AUJOURD’HUI

En Egypte, les Frères musulmans refusent toute autocritique

Alors qu’au moins 35 person- nes sont mortes lors d’une nouvelle nuit d’affronte- ments au Caire, reportage au Fayoum, oasis au sud de la capitale et fief des islamistes.

INTERNATIONAL – PAGE 3

Le plan Moscovici pour les PME aura recours aux assureurs

Le ministre devrait annoncer, lors d’un forum, à Paris, les 10 et 11 juillet, que les com- pagnies d’assurances pour- ront prêter jusqu’à 5% de leur bilan aux entreprises.

CAHIER ÉCO – PAGE 3

En cinq ans, le marché des « a pplis » a envahi le monde

Elles sont devenues indispen- sables, bousculant des géants comme Facebook ou Micro- soft. Histoire d’une conquête, et le top 20 des applications les plus téléchargées.

CAHIER ÉCO – PAGES 6 E T 7

LE REGARD DE PLANTU

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international

0123

Mardi 9 juillet 2013

2 international 0123 Mardi 9 juillet 2013 Europe et Etats-Unis, frictions entre alliés Les négociations sur

Europe et Etats-Unis, frictions entre alliés

Les négociations sur un traité de libre-échange s’ouvrent àWashington sur fond de scandale des écoutes

L ’ouverture des négociations sur le traité transatlantique de libr e-échange, lundi

8juillet à Washington, survient dans un contexte troublé dans les relations entre les Etats-Unis et leurs alliés européens. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que ce rendez-vous n’ait pas lieu, en rai- son des tensions suscitées par les allégations d’espionnage des insti- tutions de l’Union européenne (UE) par les Américains. Il y a enco-

re quelques jours, la France plai- dait pour un report des discus- sions et Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, a jugé, le 3juillet devant les députés, que «commencer à discuter dans un cli- mat de méfiance ne serait évidem- ment pas opportun ». Le l ende- main, lors de la fête nationale des Etats-Unis, son collègue de l’inté- rieur, Manuel Valls, s’est exprimé sur la situation lors de son allocu- tion dans les jardins de l’ambassa- de américaine à Paris : « Le prési-

Les sujets de désaccord étaient déjà sur la table :

l’exception culturelle, l’agriculture, les marchés publics

dent de la République a demandé au gouvernement américain des explications claires et précises, et à brève échéance, concernant l’es- pionnage –lemot est le bon –denos implantations ou activités diplo- matiques. De telles pratiques, si elles étaient avérées, n’ont pas leur place entre alliés et partenaires. » Ce «discours de vérité », dit-on à Paris, était nécessaire. Entre- temps, les révélations du Monde sur l’étendue des écoutes prati- qué es par la Fra nce rel ati vis ent cependant la portée des critiques françaises à l’égard des Etats-Unis. Mais le malaise n’en est pas moins réel et perturbe le lancement des discussions sur un traité dont la portée dépasse les considérations purement commerciales. « Il y a très clairement un refroi- dissement dans les relations transat- lantiques, qui aura un impact sur le contenu des négociations, observe Alexandra de Hoop Scheffer, direc- trice du bureau de Paris du German Marshall Fund, un centre de recher- che américain. Ce climat sera utilisé par les Européens comme un moyen de pression supplémentaire pour obtenir un plus grand partage d’informations dans le domaine de la surveillance. » Au-delà de ces divergences, relè- ve Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche straté- gique (FRS), les négociations inter-

la recherche straté- gique (FRS), les négociations inter- Barack Obama, David Cameron et Angela Merkel, lors

Barack Obama, David Cameron et Angela Merkel, lors du sommet du G8 à Lough Erne, en Irlande du Nord, le 17 juin. STEFAN ROUSSEAU/AP

viennent dans un contexte où «les Européens sont orphelins de l’Oba- ma qu’ils avaient rêvé. Le président américain, qui séduisait par son dis- cours sur le désarmement nucléai- re et la fin de la guerre contre le ter- rorisme, porte désormais le bonnet d’âne de Big Brother. » Le ton du débat a radicalement changé. Le volet politique de ce

traité visait initialement à renfor- cer un bloc euroatlantique qui représenterait près de 50 %dupro- duit intérieur brut mondial pour faire face àlamontée en puissance asiatique, notamment chinoise. «L’ambition de ce traité a toujours été plus philosophique que techni- que », note Camille Grand. Mais la communauté de valeurs sur les-

Les Européens coopèrent avec la NSA, s elon M. Snowden

Les services de renseignement américains travaillent en étroite collaboration avec «la plupart des pays occidentaux », dont l’Al- lemagne, affirme l’ancien consul- tant de la NSA Edward Snowden, dans un entretien publié diman- che 7juillet par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel . Les agents de la NSA « travaillent main dans la main avec l’Allemagne, tout comme avec la plupart des autres pays occidentaux », affirme l’an- cien informaticien de l’agence américaine, dans cet entretien réalisé avant sa fuite à Hongkong

en mai, alors qu’il se trouvait encore à Hawaï. «Les autres agen- ces ne nous demandent pas d’où nous tirons nos informations. Elles peuvent de la sorte protéger leurs responsables politiques en cas de critiques sur la manière dont on viole à grande échelle la vie privée des gens dans le monde entier », explique-t-il. Edward Snowden est bloqué depuis deux semaines dans la zone de transit de l’aéroport Cheremetievo, à Moscou. Il s’est vu proposer l’asi- le politique par le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie.

quelles repose cet accord aprécisé- ment pris du plomb dans l’aile depuis les cascades de révélations sur l’espionnage, alors que « c’est sur ce terrain que les Européens ont une carte à jouer par rapport aux Asiatiques ». « Les Européens étaient plutôt demandeurs de ce traité pour com- penser le “pivot” américain [réorientation stratégique] voulu par Barack Obama vers l’Asie,obser- ve Camille Grand. Aujourd’hui, ils donnent du grain à moudre à tous les sceptiques qui, pour une raison ou une autre, pensent que les Etats- Unis ne doivent plus forcément être un partenaire central. » Les sujets de désaccord étaient déjà sur la table, qu’il s’agisse de l’exception culturelle, de l’agricul- ture ou de l’ouverture des marchés publics. Ils sont été exacerbés par le contexte tendu dans lequel s’ouvrent les discussions. « Nous n’avons pas de problème avec l’es- prit principal qui anime le traité de libre-échange » , souligne un conseiller de l’Elysée. « Plus on aura

des économies ouvertes qui résis- tent au protectionnisme, plus la croissance sera forte », dit-il. Avant d’ajouter une réserve de taille : «On pense qu’on vivrait mieux avec un pareil traité, mais on a aussi très bien vécu sans jusqu’à présent. » Ce scepticisme, alimenté par les controverses sur l’espionnage, a

La menace islamiste au Sahel est l’une des raisons qui poussent les Européens à adopter un ton moins vindicatif

lourdement pesé sur la prépara- tion des négociations. La France et l’Allemagne ont ouvertement éta-

leurs différences sur l’opportuni-

d’ouvrir, en ce moment,les pour-

parlers avec Washington. Avant de revenir, in extremis, à une position commune en chargeant la Com-

mission de Bruxelles de lancer, en

parallèle, des groupes de travail avec des experts américains sur l’ampleur de l’espionnage mené par les Etats-Unis. Après une période d’escalade diplomatique, les Européens ten- tent visiblement de calmer le jeu. « Nous ne sommes plus dans la guerre froide », a affirmé, jeudi, la chancelière allemande, Angela Mer- kel. A Paris aussi, le ton est désor- mais plus conciliant. « Les fonda- mentaux de notre relation avec les Etats-Unis ne sont pas remis en cau- se, insiste un diplomate impliqué dans les négociations sur le traité de libre-échange. On peut même dire que l’année écoulée a été l’une des meilleures dans les rapports entre Paris et Washington :il y aune convergence de vues entre les prési- dents Obama et Hollande sur une politique économique en faveur de

la croissance et l’intervention au

Mali a crédibilisé l’image de la Fran- ce à Washington. » La menace islamiste au Sahel est l’une des raisons qui poussent les Européens, la France en tête, à adopter un ton moins vindicatif. «Même si les affaires d’espionna- ges polluent les relations avec les Etats-Unis, les Européens savent qu’ils ne peuvent pas se permettre de se fâcher avec les Etats-Unis, dont ils ont un besoin crucial dans le domaine militaire, c onstate Alexandra de Hoop Scheffer. Les interventions en Libye et au Mali ont démontré la dépendance des Européens envers la capacité de renseignement et de surveillance

des Etats-Unis. » Autre motif qui incite à émettre un bémol : les Américains mènent en parallèle des négociations pour la création d’une vaste zone de libre-échange avec une dizaine de pays d’Amérique du Sud et d’Asie (le TPP, partenariat transpacifi-

que). « L a q uestion est de savoir avec qui ils signeront les pre - miers », note Camille Grand. Pour les Européens, dit-il, l’enjeu est pri- mordial : «Ou bien ils s’intégreront dans une puissante architecture euroatlantique capable de façon- ner le XXI e siècle, ou bien le centre de gravité des Etats-Unis penchera davantage vers le Pacifique. » p

Yves-Michel Riols

Les Européens abordent la négociation en ordre dispersé

Bruxelles

Etats-Unis, qu’il serait de toute façon incapable d’entraver étant donné les rapports de forces du moment entre Européens. Mais, pour lui, rien ne sert de se précipi- ter sans fixer plusieurs préalables. Quant à Karel De Gucht, le com- missaire au commerce et négocia- teur en chef du côté européen, il espère boucler l’essentiel des pourparlers d’ici à la fin de son mandat, à l’automne 2014. L’affaire Snowden n’a fait que tendre un peu plus un climat déjà orageux, tant la négociation ris- que d’aborder des terrains sensi- bles, comme l’agriculture, les mar- chés publics, les OGM ou le bœuf aux hormones. Plutôt que d’avan- cer sur les droits de douane, déjà modestes, Américains et Euro- péens entendent surtout rappro- cher leurs normes et pratiques réglementaires. Autant de ques- tions délicates qui seront suivies de près par le Parlement européen et par des pays comme la France.

Au nom de la protection de la diversité culturelle, François Hol- lande a déjà obtenu de haute lutte que l’audiovisuel soit exclu du champ des négociations. Mais cet épisode a suscité de vives ten- sions entre la France et la Commis- sion européenne, quand son prési- dent, José Manuel Barroso, a traité de « réactionnaires » les partisans d’une telle exclusion.

Discrets préparatifs

La France a ensuite tenté, cette fois en vain, de reporter le lance- ment des négociations, en raison de l’émoi suscité par les accusa- tions d’espionnage à l’encontre des Etats-Unis. Des réserves éva- cuées par la plupart des capitales européennes, surtout soucieuses de lancer enfin les pourparlers, après plus d’un an de discrets pré- paratifs. «La Commission euro- péenne dispose désormais d’un mandat, rien ne peut l’arrêter », considère ainsi la présidente litua-

nienne, Dalia Grybauskaïté, dont

sion est en cours. Le premier

Bureau européen

le

pays assure la présidence des

concerne les données des passa- gers se rendant aux Etats-Unis (PNR), et le second le programme de lutte contre le financement du terrorisme (TFTP). Pour ce dernier programme, les Etats-Unis ont

accès de manière aujourd’hui léga-

Les Européens vont tenter, lundi 8juillet à Washington, de faire front commun, mais la perspecti- ve d’un vaste accord de libre- échange avec les Etats-Unis a semé la zizanie dans leurs rangs. Les plus atlantistes, comme Angela Merkel et David Cameron, ont longtemps plaidé pour enga- ger une négociation sans tabou avec l’administration Obama. Tous deux espèrent «ouvrir l’Euro- pe » pour tenter de sortir du marasme économique et peser face aux pays émergents, dont la Chine. Les deux dirigeants ont dû composer avec François Hollande, qui, depuis son élection, a multi- plié les réserves, afin de tenir compte d’une opinion publique française qui doute des vertus du libre-échange. Au fond, François Hollande n’est pas contre un accord avec les

Vingt-Huit depuis le 1 er juillet. Pour aller de l’avant, les Euro- péens ont, certes, obtenu la créa- tion d’un groupe d’experts sur les questions de protection des don- nées et de renseignement. Ce petit cercle devait se réunir lundi à Washington parallèlement au lan- cement des négociations de libre- échange. Son existence signifie de fait que la protection des données privées fera l’objet d’un traite- ment distinct pour répondre aux inquiétudes suscitées, côté euro- péen, par l’affaire Snowden. Afin d’accroître la pression, la commissaire aux affaires intérieu-

res, Cecilia Malmström, a écrit, jeu-

le

– ce ne fut pas le cas au début –

aux informations de la société bel- ge Swift, qui organise les transac- tions bancaires mondiales. Ces accords, mis en place au len- demain des attentats de 2001, ont été longuement négociés avec l’Union européenne.

M

me Malmström juge « vital »,

selon son porte-parole, d’obtenir de la transparence sur les pro- grammes d’écoutes. A défaut, sou-

di

4juillet, une lettre à la secrétai-

lignait-elle, elle réexaminerait si

re

d’Etat américaine à la sécurité

«les conditions sont toujours réu-

intérieure, Janet Napolitano, et au directeur des services de rensei- gnements financiers du Trésor, David Cohen. Elle menace de sus- pendre deux accords dont la révi-

nies » pour leur mise en œuvre. Une manière d’apaiser la fébrilité européenne. p

 

Philippe Ricard et Jean-Pierre Stroobants

0123

Mardi 9 juillet 2013

international

3

0123 Mardi 9 juillet 2013 international 3 Dans leur bastion du Fayoum, les «Frères » égyptiens

Dans leur bastion du Fayoum, les «Frères » égyptiens restent confiants

Les pro-Morsi refusent toute autocritique et sont sûrs que le président retrouvera le pouvoir

et sont sûrs que le président retrouvera le pouvoir Lors d’une manifestation en faveur du retour

Lors d’une manifestation en faveur du retour de Mohamed Morsi, à Sanouras, à quelques kilomètres de Fayoum, au sud du Caire, dimanche 7 juillet. VIRGINIE NGUYEN HOANG POUR «L E M ONDE »

n’est pas intervenue, conformé- ment à sa politique de « neutrali- té » entre pro et anti-Morsi. La formule fait sourire Sayed Ragab, administrateur d’un hôpi- tal de 25 lits, dans le centre de Medi- net Al-Fayoum. Ce jeune cadre des Frères musulmans sait, comme tout le monde ici, que de nom- breux membres des forces de l’or- dre ont participé à la manifesta- tion monstre du 30 juin, au Caire. «Ceux qui ont saccagé l’immeuble, sont les hommes de main du Parti

national démocratique [l’ancien parti au pouvoir, du temps de Mou- barak, dissous depuis], accuse-t-il.

ras, un labyrinthe de ruelles pous- siéreuses, envahi par un flot pétara- dant de motos et de tuk-tuk, Ahma-

Ils ont profité de la complaisance

di

Mohamed, le chef local des Frè-

de la police pour venir régler leurs

res affiche la même confiance. Le

comptes avec nous. » L’attaque fut d’autant plus mal ressentie dans le camp islamiste qu’elle survint au

rejet de M. Morsi, qui s’est exprimé dans les interminables cortèges du 30 juin, ne serait selon lui qu’une

même moment qu’une manifesta-

« fabrication des

médias ». Drapé

tion anti-Morsi, organisée quel-

dans son refus du «coup d’Etat » de

ques centaines de mètres plus

ce

« traître »d’Abdel Fattah Al-Sissi,

loin. « On était 3 000 à 5 000 per-

le

ministre de la défense, le politi-

sonnes, ce qui est un exploit pour une région aussi conservatrice et religieuse que le Fayoum », se rap-

cien islamiste réfute toute autocri- tique, notamment sur le bilan pour le moins médiocre de M. Mor-

pelle l’un des participants, Mah- moud Hussein, un vendeur de

si. Les « quatre millions » d’Egyp- tiens rassemblés selon lui sur la pla-

matériel médical.

ce

Rabia Al-Adawiya – un chiffre

« F abrication »

Les Frères sont loin cependant de céder à l a panique. Dans leur citadelle du Fayoum, où Morsi avait récolté près de 80 % des voix au second tour de la présidentielle, ils peuvent se reposer sur un réseau caritatif très étendu, dont l’hôpital où officie Sayed Ragab, est l’un des principaux maillons. «Les foulouls [partisans du régime Moubarak] essaient de revenir, mais le peuple les en empêchera. Ils n’ont pas de vision, ce sont juste des fauteurs de troubles », assure l’ad- ministrateur, assis dans son bureau. En guise de réponse au sac- cage de leur siège et à la destitu- tion de M. Morsi, quelques milliers de militants islamistes ont briève- ment envahi le bâtiment du gou- vernorat, vendredi 5 j uillet. «C’était juste pour montrer ce que nous pouvons faire si jamais Moha- med Morsi ne récupère pas son pos- te de président », menace Sayed Ragab, sur un ton suave. Dans la ville voisine de Sannou-

fantaisiste – prouvent dans son

esprit que «lepeuple est avec les Frè- res » et que le retour de M. Morsi à

la présidence n’est qu’une ques-

tion de temps. Ce petit laïus terminé, Ahmadi file à la mosquée du centre-ville, dont il est l’imam. Micro en main,

il harangue la foule, venue pour

les obsèques d’un enfant de San- nouras, Mohamed Gamil, tué dans des affrontements avec des anti- Morsi, au Caire. « Malheureuse- ment, la dépouille n’est pas arrivée, annonce le prêcheur. Le procureur argue qu’il faut faire des tests ADN, mais c’est une supercherie, ils veu- lent que l’on se calme avant de nous envoyer le corps. » Faute de

funérailles, la troupe de quelques milliers de fidèles s’en va défiler dans les ruelles de la ville, aux cris

de «à bas le régime militaire ». L’ap-

proche du ramadan, période d’in- tenses prières et de rassemble- ments dans les mosquées, pour- rait galvaniser encore plus l’ar- deur des militants pro-Morsi. p

Benjamin Barthe

Reportage

Fayoum (Egypte)

Envoyé spécial

O um Ahmed, la concierge de l’immeuble qui abrite le siè- ge des Frères musulmans

au Fayoum, étouffe ses sanglots dans un bout de son voile violet. Elle a du mal à surmonter le choc des violences qui ont secoué la semaine dernière cette grosse oasis, située à u ne centaine de kilomètres au sud du Caire, où la confrérie réalise ses meilleurs scores de toute l’Egypte. «Les balta- giya [voyous] m’ont tout pris, sou- pire-t-elle en ouvrant la porte du cagibi insalubre où elle vit avec son mari. Mes mixeurs, mes casseroles, mon frigidaire et même mon or. » C’était le 2juillet au soir, àl’expi- ration de l’ultimatum lancé par les centaines de milliers de manifes- tants de la place Tahrir au prési-

dent Mohamed Morsi. « Pas ques- tion de démissionner », avait répli- qué le chef de l’Etat, dans une ulti- me rebuffade, vingt-quatre heures avant d’être déposé par l’armée. Quelques instants plus tard, un commando de casseurs s’engouf- frait dans l’immeuble. Persuadés à tort que les Frères musulmans pos- sédaient tout le bâtiment, ils entre- prirent de démolir à coups de mas- se tous les appartements un par un : le cabinet de dermatologie du 1 er étage tout comme l’agence de voyage du 3 e , une minutie supplé- mentaire ayant été accordée aux locaux de la confrérie, au 4 e , réduits en miettes. «Le seul appar- tement qui a r échappé, c’est le mien, dit Sohair Mahfoussa, une quadragénaire, le voile rehaussé de lunettes de soleil, qui gère une boutique d’armes sous licences. Quand j’ai appris ce qui se passait, j’ai aussitôt rappliquéet fait fuir les pillards à coups de pistolet. » Et la police ? Présente sur les lieux, elle

Appel islamiste au «soulèvement » après des affrontements sanglants au Caire

LES FRÈRES MUSULMANS ont appelé, lundi 8juillet, à un « soulè- vement », quelques heures après de graves affrontements devant le siège de la Garde républicaine au Caire. Survenus à l’aube dans des circonstances encore non éclaircies, ils auraient causé la mort d’au moins 35 personnes, selon les Frères musulmans, tan- dis que la télévision parlait de 42 victimes. Plusieurs centaines de blessés seraient aussi signalés. Après la première prière du matin, les forces de l’ordre auraient pris pour cible un rassem- blement de partisans du président déchu, Mohamed Morsi, devant le bâtiment. Des barrages de la poli- ce militaire empêchaient les jour- nalistes d’accéder au secteur. Dans un communiqué trans- mis au quotidien d’Etat Al-Ahram, l’armée a affirmé qu’un «groupe de terroristes armés a essayé d’en-

vahir le [bâtiment] de la Garde républicaine, attaquant les soldats et la police, provoquant la mort d’un officier et blessant plusieurs conscrits, dont six sont dans un état critique. » Le Parti de la justice et de la liberté (PLJ), vitrine politique de la confrérie, a appelé dans une décla- ration écrite au « soulèvement du grand peuple d’Egypte contre ceux qui sont en train d’essayer de lui voler sa révolution avec des chars et des véhicules blindés, même sur les cadavres du peuple ». Le PLJ a aussi pressé «la communauté internationale, les groupes interna- tionaux et tous les hommes libres du monde d’intervenir pour empê- cher d’autres massacres » ainsi que «l’apparition d’une nouvelle Syrie dans le monde arabe ». Gehad Al-Haddad, porte-parole des Frères musulmans, a affirmé que l’armée avait ouvert le feu

alors que des islamistes étaient assis en prière devant la caserne de la Garde républicaine. «Nous appelons tous les braves patriotes égyptiens à se joindre à nous dans un sit-in pour défendre notre pays contre les traîtres conspirateurs auteurs du coup d’Etat militaire », a-t-il écrit sur son compte Twitter. Dénonçant un «massacre », le principal parti salafiste, al-Nour, qui avait soutenu le renverse- ment de M. Morsi, a annoncé son retrait des discussions sur le choix d’un premier ministre et d’un gou- vernement de transition. Al-Nour s’était déjà opposé à la nomina- tion du Prix Nobel de la paix, Mohamed ElBaradei, comme pre- mier ministre, et a également émis des réserves sur le choix d’un économiste de centre-gau- che, Ziad Bahaa Eddine, jugé peu consensuel. – (AFP., Reuters.) p

Israël se réjouit discrètement de l’échec des Frères musulmans

Jérusalem

compagne de la bruyante satisfac- tion exprimée par plusieurs res- ponsables de l’Autorité palesti- nienne, qui ne parviennent pas à cacher la jubilation que leur pro- cure l’affaiblissement politique du Hamas : un «jour historique pour l’Egypte et une leçon pour nous », a commenté le porte-paro- le du président Mahmoud Abbas. «C’est vrai qu’il y a dans cette réac- tion un petit côté indécent, relève un haut diplomate israélien. Mais cela ne nous étonne pas : le Fatah [parti de M. Abbas] n’avait pas davantage réussi à dissimuler à quel point les opérations israé- liennes “Plomb durci” [entre décembre 2008 et janvier 2009] et “Pilier de défense” [en novem- bre 2012] contre Gaza favorisaient indirectement ses intérêts politiques. » Si l’Etat juif avait accueilli avec inquiétude l’élection de Moha- med Morsi, le bilan de sa premiè- re année de présidence s’est révé- lé plus positif qu’anticipé. Outre que le nouveau gouvernement égyptien n’a pas remis en cause le traité de paix israélo-égyptien de 1979, M. Morsi a joué un rôle constructif pour favoriser la

Correspondant

«La situation étant profondément confuse, ce n’est pas le moment de laisser s’exprimer les porte-parole ou les ministres… Dire du bien de l’armée égyptienne en ce moment, voire, dans une certaine mesure, de Morsi, ou des libéraux comme Mohamed ElBaradei, n’arrange- rait rien. Le mieux est de ne pas apparaître partie prenante, d’aucune manière » : ainsi s’expri- me, sous couvert d’anonymat, un responsable israélien, pour justi- fier les strictes consignes de silen- ce imposées par le premier minis- tre, Benyamin Nétanyahou, aux membres de son gouvernement. Officieusement, les responsa- bles israéliens se félicitent dou- blement de la destitution du pré- sident Mohamed Morsi : d’abord parce qu’il s’agit d’un coup d’ar- rêt aux ambitions politiques des Frères musulmans ; ensuite parce que celui-ci a pour conséquence un grave revers pour le gouverne- ment du Hamas à Gaza, désor- mais plus isolé que jamais. Ce mutisme israélien est d’autant plus éloquent qu’il s’ac-

conclusion d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas lors du conflit de novembre. Pour l’essen- tiel, il a, d’autre part, laissé l’ar- mée égyptienne gérer le dossier des relations avec le Hamas. Les responsables israéliens consta- tent que leur coopération sécuri- taire avec Le Caire, loin d’être affaiblie, s’est renforcée. L’Egypte des Frères musul- mans – confrérie dont est issu le Hamas – a fait la sourde oreille aux appels du Mouvement de la

Le Hamas, conscient du grave échec politique qu’il vient de subir, va s’efforcer de garder la situation àGaza sous contrôle

résistance islamique en faveur d’une libéralisation des échan- ges politiques et économiques avec le territoire qu’il contrôle :

le check-point de Rafah, à l a f ron- tière égyptienne, n’a pas été ouvert aux marchandises, et la «l iste noire » des Gazaouis inter-

dits de séjour en Egypte n’a pas été supprimée. Les Frères musul- mans se sont méfiés tout autant que l’armée des activités de djiha- distes palestiniens sur le sol égyptien, en particulier dans le Sinaï. Pour cette raison notam- ment, la popularité du Hamas en Egypte n’a cessé de se dégrader depuis un an. Il est probable que la situation très volatile qui prévaut dans le Sinaï va donner un prétexte à l’ar- mée égyptienne pour maintenir le gouvernement du Hamas sous étroite surveillance. Ces derniers jours, elle a détruit une quaran- taine de tunnels de contrebande passant sous la frontière avec Gaza. Les analystes israéliens ne croient cependant pas au risque de voir un nombre important de combattants islamistes de Gaza s’infiltrer en Egypte pour prêter main-forte aux Frères musul- mans. Le Hamas, conscient du grave échec politique qu’il vient de subir par ricochet, va s’efforcer de garder la situation à Gaza sous contrôle, pour ne pas s’aliéner ce qui lui reste de crédit auprès de l’armée égyptienne, dont il reste-

ra dépendant quel que soit le pou-

voir en place au Caire. Le gouver-

nement d’Ismaïl Haniyeh, pre-

mier ministre du Hamas, n’hésite-

ra donc pas à s’opposer au Djihad

islamique et aux groupes salafis- tes de Gaza, afin de préserver la trêve fragile qui, dans l’ensemble, perdure avec Israël. Car le Hamas est aux abois à

bien des égards, tant sur le plan politique que financier : i l a per- du le soutien de l’Iran depuis que le chef de sa branche politi- que, Khaled Meshaal, a c oupé ses liens avec Téhéran, en raison de

la crise syrienne. Ce faisant, il a

également rompu ses relations

avec le régime de Bachar Al-Assad.

L’ironie de la situation est que

le Mouvement de la résistance

islamique a c ru pouvoir se pas- ser de ces deux principaux spon- sors, au profit de l’Egypte des Frè- res musulmans. Or ses espoirs d’un axe idéologique et stratégi- que avec Le Caire sont aujour- d’hui mort-nés. Autant de rai- sons pour Israël de se féliciter

– discrètement – de l ’évolution

de la situation en Egypte. p

Laurent Zecchini

’évolution de la situation en Egypte. p Laurent Zecchini Ahmed Jarba, un proche de l’Arabie saoudite,
’évolution de la situation en Egypte. p Laurent Zecchini Ahmed Jarba, un proche de l’Arabie saoudite,

Ahmed Jarba, un proche de l’Arabie saoudite, élu àla tête de l’opposition syrienne

L ’Arabie saoudite est de retour au premier plan du monde arabe. Après la chute

du président égyptien, Mohamed Morsi, qui était un poulain de l’émir du Qatar, grand rival de la monarchie saoudienne, Riyad a eu un second motif de satisfac-

tion avec l’élection, samedi 6j uillet, de son protégé, Ahmed

Assi Jarba, à la tête de la Coalition nationale syrienne, la principale plateforme de l’opposition au régime de Bachar Al-Assad. Au troisième jour de leur réu- nion à Istanbul, les 114 membres de la Coalition ont désigné, par 55 voix contre 52, M. Jarba, un chef tribal arabe sunnite, proche de l’Arabie saoudite et opposant notoire au régime syrien.

Né en 1969 à Qamishli, dans le Kurdistan syrien, M. Jarba avait été emprisonné à deux reprises : une première fois à la fin des années 1990, sous Hafez Al-Assad, puis à nouveau en mars 2011, quelques jours après le déclenchement de la

révolution syrienne. Libéré en

août 2012, il s’était enfui en Arabie saoudite, où il réside. Le principal concurrent de M. Jarba, Moustapha Al-Sabbagh était un homme d’affaires proche du Qatar. C’est aussi le cas de

Ghassan Hitto, qui occupe le pos-

te de premierministre du gouver-

nement provisoire de la Coali - tion, qui n’a jamais eu d’action

effective sur le terrain. La victoire

de M. Jarba marque un revers pour les Frères musulmans syriens, soutenus par le Qatar et qui formaient jusqu’à récem -

ment le bloc le plus important au sein des instances représentati- ves de l’opposition.

Livraison d’armes accélérée

Ahmed Jarba, qui succède à Moaz Al-Khatib, démissionnaire en mars, était chargé jusqu’à pré- sent du dossier de l’armement au

sein de la Coalition. L’entrée en scè- ne décisive du Hezbollah, au côté du régime syrien, permettant la reprise de la ville stratégique de Qoussair en juin, a entraîné une mobilisation de l’Arabie saoudite qui voit dans l’intervention de la milice libanaise une intolérable ingérence chiite pro-iranienne sur

la scène régionale.

Depuis, Riyad a a ccéléré ses livraisons d’armes à la rébellion syrienne et nettement rehaussé la qualité des équipements livrés. Des vidéos ont ainsi permis d’at- tester la présence de missiles sol- air chinois de dernière génération,

ainsi que de missiles antichars français de type Milan, notam- ment dans la région d’Alep, où le régime et ses alliés projetaient

une contre-offensive qui a f ait long feu. Bloquée à Alep, où elle ne dispo- se pas de la puissance de feu et de troupes suffisantes, l’armée syrienne, et ses alliés libanais, a décid é d e c oncentrer ses efforts sur la ville de Homs, un carrefour stratégique au centre de la Syrie, que le pouvoir syrien n’a jamais réussi à p rendre définitivement malgré ses offensives répétées,

notamment contre le quartier de Baba Amro en février 2012. L’offensive contre Homs est entrée dans son dixième jour. « N ous avons eu confirmation

d’informations faisant état de re co ur s à des armes chimiques contre des civils innocents » , a accusé, samedi, à I stanbul le por-

te- par ole de la Coa lit ion. M. J arba

a

a nnoncé, au lendemain de son

él

ec ti on , d es livraisons prochai-

nes d’armes sophistiquées en faveur de l’Armée syrienne libre. Ses connexions saoudiennes

devraient l’y aider. p

Christophe Ayad

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international & p lanète

0123

Mardi 9 juillet 2013

4 international & p lanète 0123 Mardi 9 juillet 2013 Mali :lacampagne s’ouvre dans un pays

Mali :lacampagne s’ouvre dans un pays àpeine stabilisé

La présidentielle doit se tenir le 28 juillet, mais plusieurs candidats demandent un report

Bamako

Correspondance

A quoi ressemble le premier pas visible du Mali vers l’élection présidentielle ?

Alors que le premier tour d’un scru- tin déterminant pour le retour à la normale du pays – qui passe par l’élection d’autorités légitimes – doit se tenir le 28 juillet, l’état d’ur- gence a été levé. Depuis dimanche 7juillet, date du lancement de la campagne électorale, les candidats ont commencé à arpenter le Mali. Ils sont nombreux : 28 candidatu- res ont finalement été retenues. Depuis le 12 janvier, au lende- main de l’intervention française dans le pays pour contrer, à l a demande des autorités de transi- tion, la percée de rebelles islamis- tes dans le sud du pays (où se trou- ve la capitale, Bamako), le Mali avait été placé sous état d’urgence. Celui-ci a été levé, pour permettre aux candidats de mener leur cam- pagne. Tous les acteurs concèdent que le calendrier est court et contraignant, si la date du 28 juillet est maintenue. Plus de 3 000 soldats français de l’opération Serval se trouvent encore au Mali. Ils pourraient prê- ter main-forte aux casques bleus de la Minusma, la mission de main- tien de la paix de l’ONU qui assure la sécurité des élections. Le Mali, depuis un an et demi, a frôlé la catastrophe. Le président Amadou Toumani Touré avait été renversé le 22 mars 2012, à quel- ques jours de l’élection présiden- tielle, par un coup de force de mili- taires lui reprochant son incapaci- té à r épondre à l ’avancée d’une rébellion touareg, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), alliée à des groupes armés islamistes. L’opération avait accélé- ré la débandade de l’armée réguliè- re : quelques semaines plus tard, les groupes djihadistes, après avoir marginalisé le MNLA, tenaient

plus de la moitié du territoire. A Bamako, la junte, écartée du pou- voir par des pressions internatio- nales, conservait une forte influen- ce, et le pays était coupé en deux. La percée vers le sud des rebelles islamistes (dont Al-Qaida au Maghreb islamique), lancée le

10 janvier, déclenchait une inter-

vention militaire française. L’opé- ration Serval, avec l’appui de contingents africains, chassait la coalition islamiste des principales villes du nord du Mali.

«E ntêtement »

Les autorités n’auront donc eu que quelques mois, dans un pays à peine stabilisé, pour tenter d’orga- niser un scrutin. Environ un mil- lion d’électeurs risquent de se trou- ver dans l’impossibilité de voter, dont plus de 350 000 jeunes de 18

ans. « Tout ce que l’on espère, c’est d’aboutir àdes élections consensuel- les. Obtenir un score qui ne soit pas contestable, sans quoi cela rajoute- rait une crise àlacrise »,se rassure le général Siaka Sangaré, chef de la Délégation générale aux élections, qui table sur un taux de participa- tion modeste, évalué entre 30 et

35 %.

Sept candidats appellent à un report du scrutin. Parmi eux, Tié- bilé Dramé, qui a mené les accords de Ouagadougou visant à obtenir des élections à cette date. Il a dépo- sé un recours devant la Cour consti- tutionnelle, dénonçant des élec- tions « bâclées et non constitution- nelles » et « l’entêtement qui confi- ne au fétichisme » à maintenir la date du 28. L’ONG de réflexion et d’analyse, International Crisis Group (ICG) vient de publier un rap- port qui préconise un report « de courte durée », (moins de trois mois), estimant que « s’obstiner à tenir le calendrier actuel reviendrait à prendre le risque d’un processus électoral chaotique et contesté débouchant sur l’élection d’un prési- dent dépourvu de la légitimité néces-

d’un prési- dent dépourvu de la légitimité néces- L’ancien premier ministre malien et candidat à la

L’ancien premier ministre malien et candidat à la présidentielle Ibrahim Boubacar Keïta, le 7 juillet, à Bamako. HABIBOU KOUYATE/AFP

saire au rétablissement du pays. » Un demi-million de déplacés ne sont pas rentrés chez eux. L’admi- nistration centrale n’est pas encore de retour dans une grande partie du nord du pays. Le temps pour dis- tribuer des cartes d’électeurs àenvi- ron sept millions de personnes est compté.

Le coup d’Etat du 22 mars 2012 a transformé le paysage politique malien. Le pays compte désormais plus de 150 partis politiques. Trois «ténors » tiennent le haut du pavé :

le ministre Soumaïla Cissé, Ibra- him Boubacar Keïta (IBK), ancien président de l’assemblée nationale et ancien premier ministre, et un

L’armée régulière malienne est entrée dans Kidal

L’arrivée, vendredi 5j uillet, de l’armée malienne dans la ville de Kidal, tenue depuis début 2013 par le MNLA après le départ des djihadistes, est une étape crucia- le du processus de réconcilia - tion engagé par les accords de Ouagadougou signés le 18 juin, entre la rébellion touareg, le MNLA, et les autorités de transi - tion. Comment faire entrer des troupes maliennes sans provo- quer d’incident avec les rebelles du MNLA, qui disent redouter des exactions de l’armée ? Vendredi soir, environ 200 sol- dats maliens de la garde nationa- le et de la gendarmerie sont entrés à K idal avant d’être can-

tonnés dans un des deux camps militaires de la ville. Des forces françaises de l’opération Serval et des casques bleus se trouvent également sur place. Ce début de normalisation a é té aussitôt soumis à u n p remier test. Deux attaques ont été menées samedi 6j uillet contre des check points des Nations unies. Un casque bleu a é té bles - sé. Le même jour, des manifesta- ti on s r egroupant essentielle - ment des femmes et des enfants ont été organisées à K idal, aux cris de « Azawad, Azawad » et «non au Mali » . L ’Azawad est le nom donné par les rebelles maliens à l a p artie nord du pays.

autre ancien chef de gouverne- ment, Modibo Sidibé. Compte tenu du grand nombre de formations politiques, de nombreuses allian- ces sont en voie d’élaboration. « IBK » a constitué une platefor- me autour de sa formation, le RPM, à laquelle prennent part dix-sept partis dès le premier tour. En cas de second tour, un candidat montant, Moussa Mara, devrait les rallier. Dimanche 7 j uillet, l’équipe d’« IBK », qui espère qu’un second tour ne sera pas nécessaire, lançait la campagne après des mois de pré- paration, tandis que dans les gran- des villes de la partie sud du pays, d’autres candidats lançaient leur campagne. Modibo Sidibé à Kayes. Soumaïla Cissé à Mopti. Dramane Dembélé, de l’Adema (Alliance pour la démocrtaie au Mali), à Sikasso. Deux agences ont été chargées de la communication d’« IBK »:

Havas, et Voodoo. On distribue des t-shirts et casquettes, tandis que les conseillers s’inquiètent du taux de remplissage du stade du 26-Mars. Jusqu’à présent, seul Mah- moud Dicko, chef du Haut Conseil

Islamique, a été en mesure de rem- plir ses 50 000 places. Quatre cents policiers veillaient à la sécurité de la manifestation. La sécurité demeure un point de préoccupation, mais cela n’empê- che pas la campagne de commen- cer dans l’enthousiasme. Une sym- pathisante d’IBK, rentrée la veille de Côte d’Ivoire, confie que le vol était rempli de Maliens vivant àl’ex- térieur, et qu’il régnait à l’intérieur de l’avion une ambiance de compé- tition politique apaisée. « C’est le bon côté de la crise, affirme-t-elle. On a réalisé à quel point la cohésion nationale est précieuse. » La réconciliation est un des thè- mes abordés dans le discours d’Ibra- him Boubacar Keita, après l’inévita- ble hommage aux victimes du conflit. Réconciliation rendue possi- ble par le rétablissement de l’Etat. L’hymne de campagne, composé par Salif Keita, clôture le meeting, après 45 minutes de discours autour de la sécurité et de la lutte contre la corruption. Puis le stade se vide. La campagne ne fait que commencer. p

Dorothée Thiénot

La République démocratique du Congo relance le barrage géant du Grand Inga

Ce projet controversé, deux fois plus important que celui des Trois-Gorges, doit d’abord alimenter en électricité le Katanga et l’Afrique du Sud

A 250 kilomètres à l’ouest de Kinshasa, la capitale de la République démocratique

du Congo (RDC), dort depuis près de trente ans l’un des plus gigantes- ques projets du continent :lebarra- ge du Grand Inga. Les experts assu- rent qu’il serait à lui seul capable de fournir l’électricité consom- mée actuellement par l’Afrique subsaharienne, avec une puissan- ce de 40 000 mégawatts (MW), deux fois plus que le barrage des Trois-Gorges en Chine. Ni son coût, ni l’instabilité politi- que du pays ne semblent plus effrayer les bailleurs de fonds mul- tilatéraux. Pas plus que les piètres performances des ouvrages aména- gés sur le fleuve Congo dans les pre- mières décennies de l’indépendan- ce. Mal entretenus, mal gérés, Inga 1 (350 MW à l ’origine) et Inga 2 (1 420 MW), noyés dans les sédi- ments du plus puissant fleuve du monde après l’Amazone, ronron- nent àlamoitié de leurs capacités. La Banque mondiale et la Ban- que africaine de développement (BAD), associées à d ’autres bailleurs, s’apprêtent à débourser près de 150 millions de dollars (116 millions d’euros) pour mettre sur les rails le projet qui devrait coûter au total, pour sa première phase dite Inga 3, quelque 12 mil- liards de dollars. Soit à peu près autant que le revenu annuel du pays. « Le pétrole exploité en Afri-

CONGO GABON Brazzaville Kinshasa o Site des barrages Inga Luanda Océan ANGOLA Atlantique 250 km
CONGO
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que part pour l’essentiel à l’étran- ger. C’est le premier projet énergéti- que de cetteenvergure qui desservi- ra uniquement le continent », met en avant Hela Cheikhrouhou, directrice du département éner- gie, environnement et change- ment climatique de la BAD. L’Afrique du Sud est la premiè- re intéressée. Confronté à d es pénuries croissantes, le gouverne- ment de Pretoria fait depuis long- temps pression pour que son voi- sin congolais exploite ses ressour- ces hydroélectriques. Un traité de coopération énergétique a é té signé entre les deux pays en mars. Il doit encore être approuvé par les parlements. L’Afrique du Sud sera destinataire de la moitié de l’électricité produite par Inga 3,

dont la capacité s’élèvera à

4 800MW. Pour cela, une ligne à

haute tension de 3 800 kilomètres

devra être construite. L’autre moi-

tié desservira en priorité les entre- prises minières du Katanga et, dans une moindre mesure, la population, dont pourtant 10 % à peine est raccordée au réseau, le charbon de bois restant pour l’im- mense majorité des Congolais l’unique source d’énergie, au prix d’une intense déforestation. Cette portion congrue fait tous- ser les organisations non gouverne- mentales (ONG) qui redoutent, de surcroît, que ce mégaprojet ne se transforme en un nouvel « élé - phant blanc », en plombant les finances du pays à peine sorti de son processus de désendettement avec le Fonds monétaire internatio- nal. « Il suffirait de réhabiliter Inga 1 et Inga 2 pour fournir de l’électricité à tout le pays. Pourquoi se lancer dans un tel projet alors que nous connaissons des problèmes de ges- tion et de gouvernance avec les ouvrages existants ?», critique Jean-

Marie Muanda, de l’association Action pour les droits, l’environne- ment et la vie. «Comment le gouver- nement peut-il affirmer que ce pro-

jet n’aura pas d’impact sur les popu-

lations ? Elles n’ont pas été consul- tées », ajoute-t-il.

«Aucune étude environnementa- le sérieuse n’a été réalisée jusqu’à présent. La RDC va répéter les erreurs du passé en se lançant dans

ce projet colossal, affirme Rudo

Sanyanga, représentante de la bran- che africaine de l’ONG Internatio-

nal Rivers. La majorité des pauvres vont rester sans électricité alors que d’autres solutions existent. Avec le changement climatique, les grands barrages vont accroître la vulnérabi-

lité des pays fragiles. »

Les études préliminaires menées par le français EDF et l’américain Aecom concluent pourtant à un «impact minime »

d’Inga 3. « Comparé à d’autres pro-

jets hydroélectriques, Inga 3est par-

mi ceux qui ont le moins d’impact,

assure Zakou Amadou, de la BAD. Un canal de dérivation de 12 km

Un pays miné par la pauvreté et la corruption

71 millions C’est le nombre d’habi- tants de la RDC. Ils vivent avec en moyenne 319 dollars (248 euros) par an.

186 e La RDC se classe – avec le Niger – au dernier rang de l’indice

de développement humain des Nations unies.

160 e sur 176. La RDC se situe dans le groupe des pays les plus corrom- pus, selon le classement de l’ONG Transparency International.

acheminera l’eau du fleuve jusqu’à la vallée de la Bundi qui sera inon- dée. C’est là que sera construit le futur barrage. Aucun habitant ne sera déplacé, au contraire de ce qui s’est passé avec le barrage des Trois- Gorges – 71 personnes déplacées par mégawatts – ou celui d’Ako- sombo, au Ghana – 96 personnes déplacées par mégawatts. »

Les ONG redoutent que ce mégaprojet ne plombe les finances du pays, àpeine sorti de son processus

de désendettement

Les superficies inondées seront réduites, poursuit-il : « 0,5 hectare par MW pour Inga 3, contre 6hecta- res pour les Trois-Gorges. » Mais les experts se montrent beaucoup plus prudents sur les bouleverse- ments que pourrait entraîner le

Inga. « A vec un réservoir

Grand

d’une superficie de 40 km 2 ,lebarra- ge aura un sérieux impact sur le milieu aquatique et les moyens de subsistance des populations loca- les », préviennent-ils.

Kinshasa n’en est pas encore là. Pour l’heure, les bailleurs s’em- ploient à encadrer les procédures de sélection du futur opérateur d’Inga 3. Trois entreprises étrangè-

res sont à c e j our en lice : China Three Gorges Corporation, le consortium canado-coréen Daewoo-Posco-SNC et le tandem espagnol Eurofinsa-ACS. Ils plan- chent aussi sur les contours de la future autorité du développe- ment d’Inga. « Cette structure est capitale. Elle devra être la plus indé- pendante possible pour se mettre à l’abri des problèmes de gouvernan- ce, répartir équitablement les reve- nus entre l’opérateur et l’Etat et assurer un accès à l’électricité à bas prix », admet un conseiller proche du dossier. Le ministre congolais des res- sources hydrauliques et de l’élec- tricité, Bruno Kapandji, se dit cer- tain que la première pierre sera posée en 2015 comme prévu. «Nous avons pris du retard, il n’y a plus de temps à p erdre », esti - me-t-il en énumérant les projets plus modestes destinés à mailler le pays, aussi grand que l’Europe de l’Ouest, d’un réseau électrique. Il ne doute pas que la RDC puisse avoir sa part de l’initiative «Power Africa » annoncée par Barack Oba- ma lors de son voyage en Afrique début juillet : 7 milliards de dollars sur cinq ans, destinés àl’électrifica- tion. Pourtant, Kinshasa ne figure pas sur la liste des cinq pays priori- taires que sont, aux yeux des Etats- Unis, l’Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Nigeria et la Tanzanie. p

Laurence Caramel

Les équipes

Teva

remercient les patients et les professionnels de santé pour leur soutien et leur

confiance

professionnels de santé pour leur soutien et leur confiance Teva. Quand la santé va, tout va.
professionnels de santé pour leur soutien et leur confiance Teva. Quand la santé va, tout va.

Teva. Quand la santé va, tout va.

Leader mondial des médicaments nériques, Teva est engagé dans la recherche contre le cancer, l’asthme, les maladies neurodégénératives et pour améliorer la vie des femmes.

6

international & p lanète

6 international & p lanète Le procès du «Capitaine Couard »du «Costa-Concordia » s’ouvre en Toscane

Le procès du «Capitaine Couard »du «Costa-Concordia » s’ouvre en Toscane

Francesco Schettino avait abandonné son navire échoué àl’entrée du port de l’île du Giglio

Rome

Correspondant

I l sera seul en scène au tribunal

de Grosseto (Toscane), où son

procès devait s’ouvrir mardi

9juillet pour « homicides

ples par imprudence, abandon de navire et dommage à l’environne- ment ». C’est ainsi que la justice a traduit la tragédie du paquebot Costa-Concordia qui, après avoir heurté un rocher, s’est échoué le 13 janvier 2012 à quelques mètres de l’entrée du port de l’île du Giglio, provoquant la mort de 32 personnes, dont six Français. La première audience sera pro- bablement renvoyée au 17 juillet en raison d’un mouvement de contestation des avocats. Ce matin du 13 janvier, l’Italie s’est réveillée atterrée et honteuse. Un capitaine de 52 ans, Francesco Schettino, natif de Naples, che- veux gominés, bronzé hiver com- me été, aconduit un navire de croi- sière de 114 000 tonnes et ses 4 2 00 passagers, droit sur un écueil. Une vieille tradition, expli- quera-t-on plus tard : il est de bon ton d’approcher le paquebot au plus près des côtes pour ce qu’on appelle «la révérence ». Les passa- gers en raffolent, paraît-il. Mais ce soir-là, le navire va trop vite, l’équipage n’est pas assez co nc en tr é, à c ommencer par le capitaine Schettino. Certains pas- sagers l’ont vu, quelques instants avant le drame, boire du vin en compagnie d’une jeune femme de nationalité moldave, Domnica Cemortan, que certains médias ont présentée comme sa maîtres- se. « On le voyait plus avec les croi- siéristes que sur la passerelle », ont raconté des témoins. Le navire heurte un écueil qui restera encas- tré dans la coque, ouverte sur plus de vingt mètres comme une boîte de conserve. L’eau s’engouffre rapi- dement Après ? Tout va très vite. Schet- tino assure que s’étant rendu compte de sa bourde, il a tout fait pour ramener le Costa-Concordia vers la côte pour assurer la survie des passagers qu’un naufrage au large aurait condamnés. « U ne manœuvre miraculeuse », e sti- me-t-il. L’accusation lui reproche d’avoir attendu une heure avant d’avertir du drame qui se jouait à son bord. Pire : au mépris du code d’honneur des marins, il se serait précipité dans une chaloupe alors

multi-

il se serait précipité dans une chaloupe alors multi- L’ancien commandant du « Costa-Concordia », Francesco

L’ancien commandant du « Costa-Concordia », Francesco Schettino, le 15 avril. NICCOLO CAMBI/MASSIMO SESTINI

que 300 passagers au moins étaient encore à b ord du Costa- Concordia. De cet épisode reste l’enregistre- ment de la conversation du com- mandant avec le responsable de la capitainerie de Livourne et le

fameux : « Qu’est-ce que vous fai- tes ? R emontez à b ord bordel de

merde ! » « Je voulais conduire

les

demande réparation pour « attein- te à son image », le capitaine veut faire face. Les autres co-inculpés – dont la société Costa, condamnée à verser un million d’euros – ont pré- féré négocier leur peine pour évi- ter des poursuites pénales.

Personnalité « f iable »

Depuis

sa nuit du 13 janvier,

D’autres témoignages racon- tent une autre histoire que celle d’un bellâtre inconscient. Ses voi- sins et ses collègues marins de

Meta di Sorrento, la ville du sud où il réside, parlent d’une personnali-

capable

« f iable et sérieuse,

d’adopter une attitude adaptée aux circonstances ». « Un excellent bagage professionnel », assure l’un

opérations de sauvetage depuis la

Francesco Schettino a en partie

de

ses anciens supérieurs. A Meta

côte », assure Francesco Schettino.

reconstruit son image. S’il porte

di

Sorrento, on n’est pas loin de

Oui, l’Italie est écœurée. Après les frasques de Silvio Berlusconi qui

toujours beau, il n’affiche plus la morgue qui lui a valu le surnom de

penser qu’une partie de l’Italie pro- fite des circonstances pour rouvrir

l’ont poussé à la démission deux

« Capitaine Couard ». I l reçoit la

le

procès du sud, réputé assisté et

mois plus tôt, la revoilà aux prises avec une nouvelle caricature.

presse, déclare que la cérémonie de la «révérence » était admise, voi-

irresponsable. Mais pour le procureur Fran-

Coupable idéal ? F rancesco Schettino, licencié par la société de croisière Costa, entend profiter de ce procès pour sauver ce qui reste de son honneur. Face aux 250 par- ties civiles – dont l’Etat italien, qui

re encouragée par son employeur, qui en faisait l’un des joyaux de ses croisières. Bref, il aurait été poussé à l’imprudence. Il se dit « en paix avec sa conscience ». Et assure : «La prison ne me fait pas peur. »

cesco Verusio, Francesco Schettino n’est pas un symbole. Il n’est ni le « héros » qu’il prétend être ni la «victime » que d’autres voudraient voir. « Sa manœuvre audacieuse » pour ramener le navire à l’entrée

Une opération de renflouement plus longue que prévu

L’épave du Costa-Concordia pas- sera un nouvel été devant le port du Giglio. Les travaux de ren - flouement du navire, qui étaient prévus pour se terminer au prin - temps, dureront plus longtemps que prévu. Selon la Protection civile, qui supervise les travaux, le paque - bot ne devrait seulement quitter l’île qu’au printemps 2014. Le paquebot va être lesté d’énor-

mes caissons à bâbord comme à tribord qui, une fois remplis d’eau, devraient lui permettre d’être remis à f lots. L’opération, très compliquée, devrait coûter environ 300 mil - lions d’euros à l a c ompagnie et à ses assureurs. L’épave sera ensuite découpée dans un port italien, probable- ment celui de Piombino, en Tos- cane.

du port où le paquebot s’est incliné

à 90 degrés ? « J uste un coup de chance. » A l’inverse, les avocats de M. Schettino veulent démontrer qu’il n’est qu’un bouc émissaire. Sont visés : les dirigeants de Costa,

la mauvaise qualité de l’acier utili-

sé pour le navire et de possibles dys-

fonctionnements des comparti- ments étanches et des générateurs. L’énorme épave du Concordia gît toujours devant le port du Giglio et Francesco Schettino risque, lui, vingt ans de prison. p

Philippe Ridet

0123

Mardi 9 juillet 2013

ans de prison. p Philippe Ridet 0123 Mardi 9 juillet 2013 ETATS-UNIS Des juges ont secrètement

ETATS-UNIS

Des juges ont secrètement autorisé des écoutes généralisées

NEW YORK. Le recueil généralisé des relevés de communications par l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA), rendu public par Edward Snowden, avait été autorisé ces dernières années par l’instancejudiciaire chargée d’encadrer les écoutes dans le domai- ne du renseignement étranger – la cour instaurée en 1978 par le Foreign Intelligence Surveillance Act ou « cour FISA » –, a révélé le New York Times, dimanche 7juillet. Selon le quotidien, cette cour est « tranquillement devenue une cour suprême parallèle » dans ce domaine, acceptant des pratiques de surveillance et une définition du « renseignement étranger » de plus en plus extensi- ves. Les onze juges de cette cour, dont la procédure n’est pas contradictoire et les décisions sont secrètes, ont estimé que le recueil et l’examen par la NSA de ces relevés aux fins de lutte contre le terrorisme n’étaient pas contraire au quatrième amen- dement de la Constitution protégeant la vie privée. p

Deux morts et 182 blessés dans le crash du vol Asiana 214 à S an Francisco

SAN FRANCISCO. Un Boeing 777 de la compagnie sud-coréenne Asiana Airlines en provenance de Séoul a raté son atterrissage et pris feu à l’aéroport de San Francisco, samedi 6juillet, après que la queue de l’appareil a heurté la piste, faisant deux morts et 182 blessés parmi les 307 passagers. Les premières analyses signa- lent que l’avion volait à trop basse altitude et à une vitesse trop modérée lors de son approche. Selon Asiana, le pilote Lee Kang- Kuk, 46 ans, qui affiche plus de 9000 heures de vol, était en cours de formation sur Boeing 777. – (AFP.)

Canada L’explosion d’un convoi de wagons-citernes cause la mort de cinq personnes

LAC-MÉGANTIC. Cinq personnes sont mortes et quarante sont portées disparues après la gigantesque explosion d’un convoi de wagons-citernes dans la nuit du vendredi 5 au samedi 6juillet à Lac-Mégantic. La petite ville québécoise s’est embrasée lorsqu’un train convoyant du pétrole brut a déraillé en plein centre-ville. Les enquêteurs tentent de comprendre comment le convoi a pu s’élancer sans conducteur alors qu’il se trouvait sur une aire de stationnement à une dizaine de kilomètres de la ville. – (AFP.)

Chine L’ancien ministre du rail condamné à l a p eine de mort avec sursis pour corruption

PÉKIN. L’ex-ministre des chemins de fer chinois a été condamné lundi 8juillet, à la peine de mort avec sursis, généralement com- muée en prison à vie, dans le premier grand procès anticorrup- tion de la présidence de Xi Jinping. Liu Zhijun été condamné par

un tribunal de Pékin pour malversations et abus de pouvoir. Il

était accusé d’avoir touché 64,6 millions de yuans (8,2 millions d’euros) en pots-de-vin de 1986 à 2011 en échange de promotions ou d’attributions de contrat. La justice chinoise a estimé qu’il

avait causé «un préjudice considérable au bien public ». – (AFP.)

Portugal La crise gouvernementale en passe d’être surmontée

LISBONNE. Le premier ministre portugais, Pedro Passos Coelho (Parti social démocrate) est parvenu, samedi 6juillet, à un accord avec Paulo Portas, le chef du petit parti conservateur CDS-PP, dont l’alliance avec le du chef du gouvernement assure à la coalition de centre-droit, au pouvoir depuis 2011, la majorité au Parlement. La balle est désormais dans le camp du président conservateur Ani- bal Cavaco Silva, qui a le pouvoir de dissoudre le Parlement et doit cautionner tout accord de gouvernement. – (AFP.)

Santé Deux nouvelles victimes du coronavirus

RIYAD. Le nouveau coronavirus responsable du syndrome respira- toire du Moyen-Orient (MERS-CoV) a fait deux morts supplémen-

taires en Arabie saoudite, a annoncé, dimanche 7juillet, le minis- tre saoudien de la santé. Il s’agit d’un homme de 53 ans résidant à l’est du pays, principal foyer épidémique, et d’un enfant de 2 ans habitant à Jeddah, dans l’Ouest. Ces décès portent à 45le nombre de morts dus au MERS-CoV dans le monde, dont 38 dans le royau- me saoudien, pour 81 cas d’infection confirmés. L’Arabie saoudite s’apprête à accueillir des centaines de milliers de pèlerins à l’occa- sion du mois du ramadan qui débute lundi soir. – (AFP.)

L’islamiste jordanien Abou Qatada expulsé du Royaume-Uni

En renvoyant le prédicateur en Jordanie, où il a été immédiatement inculpé pour terrorisme, Londres clôt onze années de bataille judiciaire

Londres

Correspondance

L e départ d’Abou Qatada du Royaume-Uni constitue un indéniable soulagement

pour les autorités britanniques. Après onze années de procédures judiciaires, le prédicateur extré- miste, dont l’avion a d écollé à 2h46 du matin dimanche 7juillet de la base militaire de Northolt, dans l’ouest de Londres, a finale- ment été expulsé vers la Jordanie, son pays d’origine, où il a immédia- tement été inculpé pour terroris- me. « Je suis ravi, a déclaré le pre- mier ministre britannique, David Cameron. C’est un problème qui me faisait bouillir le sang. » Considéré par certains comme l’un des leaders spirituels d’Al-Qai- da en Europe, Abou Qatada incar- nait au Royaume-Uni la figure de l’ennemi public numéro un. Le dossier qui pèse contre le Jorda- nien est pourtant assez flou. Ses propos extrémistes et son influence dans les milieux islamis- tes ne font pas le moindre doute. Après les attentats du 11 septembre

2001, il déclarait àlaBBC qu’Oussa- ma Ben Laden « d éfendait sa nation contre les ennemis » et «devrait être soutenu par tous les musulmans ». En 2007, un juge britannique affirmait qu’Abou Qatada avait «donné des conseils àdenombreux groupes terroristes. (…) Son influen- ce a été énorme, même incalcula- ble ». Ses sermons ont par exemple été retrouvés dans l’appartement de Hambourg (Allemagne) que les auteurs des attentats du 11-Septem- bre avaient occupé.

« Jesuis ravi. C’est un problème qui me faisait bouillir le sang »

David Cameron premier ministre britannique

En revanche, son implication directe dans des complots terroris- tes est plus difficile à démontrer. Les preuves contre lui mises en avant par la Jordanie sont des

aveux soutirés sous la torture. Et au Royaume-Uni, il n’a jamais été

inculpé pour aucun crime ; faute

de procès, la plupart des informa- tions le concernant demeurent classifiées par les services secrets. Né probablement en 1960 (la date est incertaine) à Bethléem, en Cisjordanie, Omar Othman – son vrai nom – incarne l’une des der- nières figures du « Londonistan », lorsque le Royaume-Uni recevait, tout au long des années 1990, des prédicateurs extrémistes sur son sol. Il est arrivé à Londres en 1993 et affirme avoir été torturé en Jor- danie. Les services secrets britanni- ques le surveillent, mais le laissent en liberté : l’homme, très influent en Algérie et en Egypte, est aussi une excellente source de rensei- gnements. C’est sur ce pacte tacite que reposait le « Londonistan »: la liberté d’expression et l’asile politi- que étaient offerts aux islamistes en échange de renseignements. Les soupçons contre lui s’accu- mulent pourtant. En 1998 et 2000, il est condamné par contumace en Jordanie pour deux projets d’atten-

tats. Le premier visait notamment l’école américaine et l’Hôtel Jérusa- lem à Amman. Le second, empê- ché à temps, était à un stade très avancé : il visait à faire exploser des bombes lors des célébrations

du passage à l’an 2000. Selon l’ac-

cusation, dans les deux cas, Abou

Qatada aurait fourni aux terroris-

tes des encouragements spirituels

et des financements.

En février 2001, les autorités bri- tanniques effectuent une descen-

te chez lui et mettent la main sur

170 000 livres en liquide (200 000

euros), dont une enveloppe de

805 livres « pour les moudjahidi-

nes en Tchétchénie ». Mais Abou Qatada est laissé en liberté. Tout change au lendemain des attentats du 11-Septembre. En octo- bre 2002, le gouvernement britan- nique l’arrête, invoquant une nou- velle loi qui lui permet d’emprison- ner indéfiniment sans inculpation tout non-Britannique suspecté de terrorisme, en attendant sa dépor- tation. En 2007, son expulsion vers la Jordanie est autorisée par la jus- tice britannique, mais la Cour euro-

péenne des droits de l’homme blo- que la décision. Selon elle, Abou Qatada risquerait un procès iné- quitable s’il était renvoyé en Jorda- nie, les autorités judiciaires vou- lant utiliser contre lui des aveux arrachés sous la torture. Amman et Londres signent finalement un

Son implication

directe dans un attentat est difficile

àdémontrer, lui dont le rôle était avant tout spirituel

nouveau traité garantissant la non- utilisation de telles preuves pen- dant le procès. Sur la base de ce document, le prédicateur a accep- té de renoncer à tout recours judi- ciaire,mettant fin àl’interminable feuilleton judiciaire. Il est symbolique que ce soit fina- lement la coopérationd’Abou Qata- da qui ait permis de débloquer le dossier. Car juridiquement, l’affai- re soulève de nombreuses ques-

tions. Pourquoi le Royaume-Uni n’a-t-il jamais voulu poursuivre l’extrémiste en justice ? L’une des explications possibles est que les services secrets veulent éviter que des documents classifiés soient mis au jour, et que la nature exacte de leur relation avec Abou Qatada ne soit exposée. Une autre hypo- thèse est que les preuves contre lui seraient trop faibles. Son implica- tion directe dans un attentat est dif- ficile à démontrer, lui dont le rôle était essentiellement spirituel. Se pose aussi la question de savoir pourquoi le Jordanien a fina- lement renoncé àlutter contre son extradition. L’une des raisons avancées serait qu’il espère rem- porter son procès, maintenant que les aveux arrachés sous la torture ne constituent plus des pièces à conviction. Plusieurs de ses pro- ches ont exprimé l’espoir de le voir en liberté prochainement. Dernière hypothèse : A bou Qatada souhaiterait transformer son futur procès en Jordanie en une tribune. L’audience judiciaire permettra d’en savoir plus. p

Eric Albert

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Mardi 9 juillet 2013

planète

7

0123 Mardi 9 juillet 2013 planète 7 En Chine, la mer Jaune devient la «mer verte

En Chine, la mer Jaune devient la «mer verte »

La station balnéaire de Qingdao est envahie par des milliers de tonnes d’algues. Un phénomène lié àl’usage abusif de nutriments et d’engrais

Shanghaï

Correspondance

L a ville balnéaire de Qingdao, dans l’est de la Chine, célèbre pour sa bière que les Alle -

mands commencèrent àbrasser en 1903, n’est plus au bord de la mer Jaune… mais de la «mer verte ». Les plages et les eaux de baigna- de de cette station de plus de huit millions d’habitants (avec sa ban- lieue) sont envahies chaque été par les algues vertes. Selon l’Admi- nistration des affaires océaniques, elles dérivaient en ce mois de juillet sur près de 28 900 km 2 , un record depuis 2007, année où les autorités ont commencé à obser- ver le phénomène. En comparaison, elles s’éten- daient, en 2008, sur 13 000 km 2 . Pékin avait alors dû assurer un net- toyage express pour maintenir les épreuves de sports nautiques des Jeux olympiques. Selon l’agence de presse officielle Chine nouvelle, 19 800 tonnes d’algues vertes ont déjà été retirées cette année sur ce littoral qui attire les nouveaux vacanciers chinois. Cette «marée de laitues »seprê- te aux photos qui font actuelle- ment la «une » dela presse chinoi- se. A en croire les autorités, elle ne présenterait aucun danger pour le baigneur. En revanche, elle se révè- le nocive pour l’économie,les jour- naux se faisant l’écho de séjours annulés ou raccourcis. Elle pénali- se aussi l’environnement. « E n

2008, à peu près deux millions de tonnes d’algues ont coulé. Leur putréfaction consomme de l’oxygè- ne et étouffe la couche de sédi - ments où vivent de nombreuses espèces », explique Thierry Cho- pin, professeur de biologie marine à l ’université du Nouveau- Brunswick, au Canada, et qui a tra- vaillé avec une équipe de cher - cheurs de Qingdao. Pour endiguer le phénomène, encore faudrait-il que l’Etat chinois ait des certitudes sur son origine. Or, comme le dit Pang Shaojun, chercheur de l’Institut

A en croire les autorités, cette «marée de laitues » ne présenterait aucun danger pour le baigneur

d’ océanologi e basé à Qingdao et rattaché à l ’Académie chinoise des sciences, «les opinions diver- gent… ». Dans une étude publiée en 2010, l’Australien John Keesing, de l’Organisation pour la recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (CSIRO), et Liu Dongyan, d’un institut de recher- che marine de Qingdao, concluaient que ces marées vertes étaient causées par la culture d’une autre algue : l a Porphyra,

plus connue sous le nom de nori, utilisée dans la cuisine japonaise pour rouler les makis. Cette algue est cultivée sur l’es- tran, notamment dans la province du Jiangsu, située entre la péninsu- le du Shandong – où se trouve Qin- gdao – et Shanghaï. Mais l’usage d’agents nutritifs favorise le déve- loppement d’une autre espèce :

l’Ulva prolifera, la fameuse algue verte qui, lorsque les cultivateurs s’en débarrassent, dérive alors vers le nord. Pang Shaojun et Thierry Cho- pin, qui ont travaillé ensemble, jugent cette explication insuffisan- te. Selon eux, les cultures de nori «amplifient peut-être le phénomè- ne de marées vertes, mais n’en expliquent pas la cause » . T ous deux admettent que les filets sur lesquels se développe l’algue des makis participent à piéger les fila- ments d’algues vertes, et donc favorisent leur croissance. Mais ils pointent surtout du doigt l’éleva- ge en abondance du crabe d’eau douce qui, avec la crevette et le concombre de mer, séduit de plus en plus les consommateurs chinois. Afin de nourrir le crabe d’eau douce au stade juvénile, il faut éle- ver le rotifère, un organisme microscopique – qui mesure de 5 microns à 3 mm – e n f orme de trompette. Pour ce faire, les pro- ducteurs chinois utilisent d’im- menses systèmes lagunaires qu’ils enrichissent aux excréments fer-

lagunaires qu’ils enrichissent aux excréments fer- Sur une plage de Qingdao, le 3 juillet. JIAN

Sur une plage de Qingdao, le 3 juillet. JIAN FENG/FEATURECHINA/ROPI-REA

mentés de poulet, à h auteur de plus de 50 000 tonnes entre mars et mai, chaque année . « Cette méthode de recyclage n’est pas mauvaise en elle-même, constate Thierry Chopin. Mais le problème est l’échelle à laquelle elle est désor- mais pratiquée. » Nutriments et éléments biologi-

ques propices au développement de l’algue verte sont en effet déver- sés dans la mer et se retrouvent sur l’estran, dans la vase. A ces eaux polluées s’ajoutent également les rejets d’engrais de l’agriculture locale. «Au total, c’est une configuration assez unique. En rejetant de telles quantités

Une nouvelle rivière polluée au cadmium

Un nouveau cas de pollution d’une rivière chinoise au cad- mium a é té révélé vendredi 5j uillet. Il s’agit de la rivière Hejiang (province du Guangxi), dans le sud du pays. Les autori - tés locales sont sous le feu des critiques car elles ont mis plu- sieurs jours avant d’alerter la population. La pollution s’étendait diman - che sur 110 kilomètres, avec un

taux de cadmium atteignant jus - qu’à 5,6 fois le seuil admis. Le gouvernement a f ait fermer 112 mines illégales dont les rejets en métaux lourds auraient été transférés dans la rivière au cours de violentes pluies. La région, où d’autres rivières ont déjà été polluées, est connue pour ses mines illégales de manganèse, de terres rares et de tungstène.

d’agents nutritifs dans la nature, il faut s’attendre à ce que la nature réagisse », souligne Pang Shaojun. Le plus important serait selon lui de contrôler les rejets des culti- vateurs. Mais l’opération apparaît politiquement complexe : l’origi- ne de la prolifération est localisée dans une province – le Jiangsu – et les effets visibles dans sa voisine du nord : le Shandong. A t erme, pourtant, la Chine devra trouver un équilibre. Sa prospérité conduit à des deman- des alimentaires inédites qui se traduisent par l’usage croissant de nutriments, certes indispensa- bles à l’écosystème, mais très pol- luants lorsqu’on les trouve en for- te concentration. Or, selon Thierry Chopin, « p our le moment, cette utilisation est hors de contrôle ». p

Harold Thibault

utilisation est hors de contrôle » . p Harold Thibault PUBLICITÉ DI SCO URS À L

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DI SCO URS À L ’OC CASI ON DE S F ES TIV AL S D ’É

L’ année dernière, nous avions décidé de ne pas intervenir pendant les festivals car, après un travail concerté avec le ministère de la Culture, nous avions obtenu des résultats. Nous voulions alors faire confiance, nous croyions encore dans les vertus du dialogue, dans les promesses du Président en faveur de ces biens communs que constituent l’art et la culture.

Un an plus tard, nous sommes obligés d’être là pour dire notre déception et notre exaspération. Si nous ne souhaitons pas mêler nos voix à celle de la droite libérale, nous sommes contraints de reconnaître que certains engagements fonda- mentaux, pris pendant la campagne présidentielle en faveur de l’art et de la culture, ne sont pas tenus. Notre Ministère se bat, mais il est lâché par l’aveuglement de Bercy et l’absence navrante d’implication de Matignon. D’ailleurs, le Premier ministre ne nous reçoit pas, tout comme son prédécesseur. Souvent prompts à changer de point de vue en leurs pronos- tics financiers, les experts économiques libéraux ne varient jamais en ce qui concerne l’art et la culture. Symboliquement et idéologiquement, ils veulent que les artistes paient puis disparaissent massivement. Les plus durs de ces experts surmédiatisés souhaitent que le budget de la culture - le plus diminué en 2013 il ne s’affiche plus qu’à 0.7 % - soit ramené au montant défini avant la période de Jack Lang/ François Mitterrand à 0.4 % ! Ils continuent d’affirmer que le système d’indemnisation du chômage des intermittents du spectacle a un coût trop lourd pour la communauté, ignorant toutes les récentes études favorables à nos propositions.

Alors que nous représentons un secteur fragile et précarisé qui obtient des résultats remarquables, nous sommes les cibles constantes des cryptocomptables, en toute injustice, puisque tous les ministères ne sont pas traités de la même façon. En 2014, le gouvernement veut diminuer le budget de la culture de 2.8 %, après une première baisse historique de 4.1 % en 2013, le classant parmi les budgets les plus pressurés : de bien maigres économies pour de bien grands dégâts ! Pour tenter d’arrêter ces pratiques inadmissibles humainement et inefficaces économiquement, nous devons réaffirmer plusieurs idées essentielles.

Les financements dédiés aux artistes n’ont pas été réindexés ou ont baissé depuis 2002. En 12 ans de gouvernance, les potentiels artistiques des structures petites, moyennes ou grandes se sont effondrés. La situation est devenue intenable pour les missions et l’emploi des équipes artistiques comme des établissements. Jetés dans le toboggan angoissant de la récession, nous finirons dans le chaudron infernal de la nouvelle décentralisation. Alors que les artistes défendent cette idée moderne et européenne, la Culture est absente de ces nouvelles lois. Outre l’injure symbolique, nous pressentons un redoutable piège. Faute d’indications particulières, les départements et les régions, sans garanties de ressources financières, seront obligés de pratiquer des coupes drastiques, afin de satisfaire à leurs compétences obligatoires. Seront redoublées ainsi les conséquences néfastes, y compris sociales, engendrées par l’attitude de l’Etat dans notre secteur.

D’autre part, rappelons que le ministère de la Culture, le ministère du Travail et la commission de l’Assemblée natio- nale à l’encontre de la Cour des Comptes, ont démontré que le système d’indemnisation chômage pouvait perdurer et que les prétendus déficits qui leur sont imputés n’ont rien à voir avec la réalité.

Il faut refuser la théorie du déclin et l’abandon programmé de l’art et de la culture. Il faut rejeter la politique de l’austérité qui entraînera un cataclysme économique, social et politique pour l’Europe. L’ argent existe ! L’Eu rope et la France ont besoin de réformes saines, positives, durables, justes. Nous avons des propositions concrètes pour ne pas être pris en étau entre, d’une part, la menace qui pèse sur nos droits sociaux, et, d’autre part, l’attaque des moyens de production :

confirmation du dégel total de la mise en réserve 2013 ;

rétablissement des crédits de « Transmission des savoirs et démocratisation culturelle » ;

prioritarisation et sanctuarisation du ministère de la Culture en 2014 ;

exemplarité de l’Etat dans les garanties financières qu’il

doit accorder aux Collectivités Territoriales pour qu’elles continuent de soutenir toute la Culture ;

vote d’une loi d’orientation et d’une loi de programmation pour la création ;

mise en place d’un vaste plan d’éducation artistique ;

prise en compte positive de la Culture dans les nouvelles

lois de décentralisation (compétence générale et partagée,

coresponsabilité de l’Etat et de toutes les Collectivités

Territoriales en matière d’art et de culture, autorisation des financements croisés pour le fonctionnement comme pour l’investissement) ;

aides à l’emploi adaptées au secteur culturel ;

réforme favorable du régime spécifique d’assurance chômage des artistes et des techniciens ;

défense d’une exception culturelle au niveau européen.

Si nous ne sommes pas entendus, nous appellerons à la mobilisation des artistes, des membres des personnels perma- nents ou intermittents de toutes les structures, des élus de la nation, des spectateurs et au-delà des amateurs d’art et de culture. Nous demandons au plus grand nombre de parti- ciper d’abord à la manifestation du samedi 13 juillet 2013, à partir de 11h30 à Avignon, à l’appel de la Fédération CGT du Spectacle, du SYNDEAC, du PROFEDIM et du CIPAC.

Nous nous trouvons à un tournant historique : soit le gouver- nement procède aux réformes nécessaires et l’art et la culture seront sauvés pour des décennies, soit ses représentants rejoignent le camp libéral anglo-saxon et, refusant l’émancipa- tion individuelle et collective, feront de notre pays un nouveau territoire sans originalité ni imaginaire, sans âme ni conscience.

Fédération CGT Spectacle – Fédération nationale des syndicats du spectacle, de l’audiovisuel et de l’action culturelle

SYNDEAC - Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles

PROFEDIM – Syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles, diffuseurs indépendants de musique

CIPAC – Fédération des professionnels de l’art contemporain

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france

0123

Mardi 9 juillet 2013

8 france 0123 Mardi 9 juillet 2013 Fonctionnaires :vers une rigueur salariale accrue Le gouvernement amaintenu

Fonctionnaires :vers une rigueur salariale accrue

Le gouvernement amaintenu le gel du point d’indice. Il envisage de freiner les primes et de limiter les promotions

L es fonctionnaires employés par l’Etat vont finir par pen- ser qu’ils sont encore moins

bien payés par la gauche que par la droite. Pour réduire le déficit bud- gétaire, le gouvernement de Jean- Marc Ayrault veut «maîtriser » le montant global des salaires distri- bués dans les ministères. Sous la précédente législature, Nicolas Sarkozy y était parvenu tout en redistribuant du pouvoir d’achat à certaines catégories d’agents. Ces « coups de pouce » seront moins généreux l’an prochain. Dans le projet de budget 2014, l’exécutif s’est fixé comme objectif de contenir l’accroissement de la masse salariale de l’Etat : autour de 0,15 %seulement de hausse par rap- port à 2013, soit une augmentation de 0,30 % comparé à 2012. Ce tour de vis n’est pas inédit. En 2012, la progression n’avait été que de 0,07 %, selon la Cour des comptes. Une quasi-stabilité atteinte après plusieurs années de ralentisse- ment (+ 1,19 % en 2007, +0,97 % en 2009, +0,48 % en 2011). Deux facteurs, au moins, ont joué dans cette tendance. Le point d’indice,qui sert de référence pour établir la fiche de paie des fonction- naires, n’a pas été revalorisé depuis la mi-2010. Surtout, la révi- sion générale des politiques publi- ques (RGPP), lancée sous M. Sarko- zy, s’est traduite par le non-rempla- cement d’un agent sur deux par- tant à la retraite. Résultat : plus de 100 000 postes en moins dans la fonction publique d’Etat, entre 2009 et 2012. Ces coupes clai- res ont permis de réaliser des éco- nomies dont une partie a été rétro- cédée aux personnels sous la for- me de mesures dites « catégoriel- les » (primes, etc.). Le montant total de ces compensations a été substantiel : entre 500 et 600 mil- lions d’euros par an. Le gouvernement Ayrault affi- che, lui aussi, son souci de sobriété dans la dépense. Le point d’indice va rester gelé, au moins jusqu’en 2014. Mais il n’est plus du tout ques- tion de tailler dans la main- d’œuvre puisque l’engagement a été pris de maintenir d’ici à 2017 le

l’engagement a été pris de maintenir d’ici à 2017 le nombre total de fonctionnaires (tout en

nombre total de fonctionnaires (tout en renforçant plusieurs mis- sions jugées prioritaires, telles que la justice, la sécurité et l’éducation, ce qui obligera les autres adminis- trations à réduire leurs équipes). Ayant fait le choix d’une stabili- té des effectifs, le premier ministre dispose de marges de manœuvre moins grandes que son prédéces- seur puisque celui-ci avait pu pio-

cher dans les économies engen- drées par la RGPP pour octroyer des primes aux fonctionnaires. En 2014, les «mesures catégorielles » devraient se situer aux alentours de 300 millions d’euros, soit pres- que deux fois moins que sous le quinquennat Sarkozy, et pour- raient encore baisser d’ici à 2015. Qui bénéficiera d’un coup de pouce ? Il est encore trop tôt pour

avoir une vision d’ensemble, expli- que un haut fonctionnaire. Chaque ministère fait remonter ses requê- tes vers Bercy. Cependant, il est acquis que la prime de 400 euros promise aux professeurs des écoles sera versée. Des gratifications pour- raient également être accordées à des agents de l’aviation civile. Mais la distribution au coup par coup de « cadeaux » risque fort

d’être compromise par d’autres décisions en cours de gestation. Il est par exemple prévu de refondre la grille des agents de la catégorie C, les bas salaires de la fonction publi- que. Ce toilettage s’accompagnera d’une revalorisation de leur traite- ment dont le coût pourrait être défalqué des «mesures catégoriel- les »,d’après un fin connaisseur des arcanes de l’administration.

Pour empocher quelques euros supplémentaires, les fonc- tionnaires peuvent encore comp- ter sur le « g lissement vieillesse technicité » – c’est-à-dire l’avance- ment automatique lié à l ’ancien- ne té pr of es si onne ll e – et le s pro- motions (obtenues après un concours ou sur décision de la hié- rarchie). Mais il n’est pas exclu que les ministères cherchent à baisser le pourcentage des pro - mus afin de museler la progres- sion des salaires.

Les syndicats ont le sentiment que les fonctionnaires servent de «variable d’ajustement »

Dans ce contexte, les syndicats ont le sentiment que les fonction- naires servent de « variable d’ajus- tement », selon la formule de Jean- Marc Canon (CGT). «Nous en som- mes à trois années blanches sur le point d’indice, renchérit Guy Bar- bier (UNSA). Il est hors de question d’en accepter une quatrième. » «On nous parle de modernisation de l’action publique, de l’importan- ce du rôle de l’Etat, d’amélioration des conditions de travail et au final, il y a des restrictions », déplore Bri- gitte Jumel (CFDT). Les efforts demandés aux agents permettront-ils de juguler la masse salariale ? L a C our des comptes semble en douter dans son rapport sur le budget remis fin juin. « La stabilité des effectifs obli- gerait à mener une politique (…) très rigoureuse », écrit la haute juri- diction : gel ou faible revalorisa- tion du point d’indice, forte dimi- nution des mesures catégorielles, ralentissement des déroulements de carrière… Le fait de peser simul- tanément sur tous ces paramètres risque de s’avérer intenable. « Je me demande comment ils vont fai- re entrer l’édredon dans la malle », s’interroge un spécialiste des finances publiques. p

Bertrand Bissuel

Un risque politique majeur pour le PS

LES FONCTIONNAIRES, soit envi- ron 5millions d’agents publics, à peu près 12 % de l’électorat, repré- sentent un poids politique consi- dérable. Longtemps, ils ont consti- tué une assise électorale importan- te de la gauche. Plus sensibles au rôle de l’Etat, ils ont davantage ten- dance à rejeter les thèses libérales auxquelles la droite s’est ralliée. Cette emprise électorale de la gauche s’est toutefois sérieuse- ment effritée au fil des récents scrutins présidentiels. Selon l’ana- lyse des comportements électo- raux publiée dans Le Vote des Français de Mitterrand à Sarkozy (collectif, Les Presses de Sciences Po, 2010), le rapport gauche-droi- te qui était de 69 %, contre 31 % en 1988, s’est établi à 54%, contre 46 % en 2007.

At tirés par le «n inisme »

Pour le scrutin de 2012, les don- nées analytiques ne sont pas enco- re disponibles. Cette élection a toutefois été marquée par la mise en œuvre, durant le quinquennat précédent, de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Une politique vécue par les fonc- tionnaires comme une atteinte, non seulement à leurs conditions de travail mais, aussi, à leur pro- fessionnalisme. Une étude réalisée avant le scrutin présidentiel (Le Vote des fonctionnaires, par Luc Rouban, Cevipof, janvier 2012), sur les intentions de vote, décrypte l’évo- lution du comportement électo- ral des fonctionnaires. En 2012, constatait le chercheur, «les

L’ef fritement du vo te de ga uche

VOTE DES FONCTIONNAIRES AU SECOND TOUR DE L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE, en %

Gauche Droite 1988 69 31 1995 61 2002 61 39 2007 54 46
Gauche
Droite
1988
69
31
1995
61
2002
61
39
2007
54
46

employés et les ouvriers du secteur public constituent le groupe électo- ral [au sein de la fonction publique] le plus attiré par le “ni- nisme” qui se traduit soit par de l’abstention, soit par un vote d’ex- trême droite ». Une des données nouvelles est en effet l’intégration, dans les thé- matiques du Front national, de la défense des services publics. A tel point que si l’élection n’avait concerné que les agents du public, le second tour aurait mis aux pri- ses François Hollande et Marine Le Pen. M. Hollande arrivait largement en tête des intentions de vote au premier tour dans l’ensemble des secteurs publics : 30% dans la fonction publique d’Etat ; 33% dans la fonction publique hospita- lière ; 38% dans la territoriale ; 34 % dans les entreprises publi- ques. En revanche, si Nicolas

SOURCE : CEVIPOF

Sarkozy et Marine Le Pen faisaient jeu égal dans la fonction publique d’Etat (15 %) et dans la fonction publique hospitalière (18 %), la candidate du FN devançait celui de l’UMP dans la territoriale (13 % contre 11 %) et dans les entreprises publiques (24 % contre 9%). Par catégorie de métiers, M. Hollande fait ses meilleurs sco- res chez les enseignants avec 36 % des intentions de vote, alors que M. Sarkozy ne réalisait que 17 % et la candidate d’extrême droite seu- lement 3%. Chez les employés, les intentions sont plus équilibrées :

32 % pour M. Hollande, 20 % pour M. Sarkozy, 18 % pour M me Le Pen. La surprise vient des policiers et des militaires qui s’apprê- taient, à 37%, à voter pour l’extrê- me droite, contre 27 % pour l’an- cien chef de l’Etat et 8% pour le candidat du PS. p

Patrick Roger

«Lapolitique du gouvernement pèse sur le pouvoir d’achat des fonctionnaires »

Questions à Philippe Marini, sénateur UMP de l’Oise

Vous êtes président UMP de la commission des finances du Sénat. Le volet dépenses du pro- jet de loi de finances pour 2014

est bouclé. Etes-vous sensible à son côté rigoureux ?

Y Comme d’habitude, le gouvernement met en scène son

exercice de respect de la norme de dépense. C’est bien d’une mise en scène qu’il s’agit car, quoi qu’on nous dise, les 14 milliards d’euros d’économies allégués par l’exécu- tif ne sont pas documentés dans le détail. De plus, l’ordre de grandeur de l’effort n’est pas inattendu. Nous le savons : il faut faire une dizaine de milliards d’euros d’éco- nomies pour contenir la progres- sion spontanée des dépenses de l’Etat. Mais le gouvernement ne nous explique toujours pas com- ment l’effort est réparti sur la légis- lature, ni comment il fera pour diviser par quatre à 0,5 %le ryth- me de progression annuelle en volume de la dépense.

On impose un tour de vis à l a fonction publique…

Le gouvernement a choisi de sta- biliser la masse salariale de l’Etat. Il a remplacé l’objectif de l’ancienne majorité, qui était de réduire les effectifs de fonctionnaires par le non-remplacement d’un agent par- tant à la retraite sur deux, par une stabilisation globale. Mais les dizai- nes de milliers de créations nettes

d’emplois dans l’éducation pénali- sent lourdement d’autres ministè- res, sous la forme de réductions d’effectifs à la limite du supporta- ble. La politique du gouvernement pèse sur le pouvoir d’achat des fonctionnaires en activité, quand elle ne le fait pas franchement bais- ser. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’exécutif essaie de conci- lier tout et son contraire. A force de le faire, il suscite de la frustra- tion et de la défiance.

Quels enseignements tirez-vous du rapport de la Cour des comp- tes ?

Les magistrats financiers ont validé les craintes de Gilles Carrez [son homologue à l’Assemblée] et les miennes quant au dérapage de l’exécution du budget en 2013 et à l’impossibilité de tenir les 3% de déficit en 2014, ce qui est théori- quement toujours l’objectif offi- ciel du gouvernement même si Bruxelles retient la date de 2015. La Cour en a fait la démonstration sans en tirer toutes les conséquen- ces –mais peut-être n’était-ce pas son rôle – quant àl’opportunité de recadrer les choses dans un projet de loi de finances rectificative.

Le taux de prélèvements obliga- toires bat des records. Est-ce en soi un problème ?

Le niveau des prélèvements obligatoires est une chose. La façon de procéder pour obtenir de nos concitoyens l’effort demandé

en est une autre. Dans la période que nous vivons, aucune person- ne raisonnable ne peut préconiser une baisse de rendement des impôts. Mais la politique fiscale de la majorité est très incertaine et louvoyante. Je le regrette.

A q uoi faites-vous référence ?

Premier exemple : comment peut-on prétendre vouloir renfor- cer l’attractivité du territoire fran- çais tout en alourdissant la fiscali- té du patrimoine et en contribuant ainsi àlamultiplication des exils fiscaux ? Deuxième exemple : com- ment annoncer une imposition accrue des actions, des dividendes et des transactions financières tout en prétendant inciter à la détention longue d’actions ? Oùles entreprises, qui ont besoin d’aug- menter leurs fonds propres, trou- veront-elles des investisseurs dans ces conditions ? Troisième exem- ple :le crédit d’impôt pour la com- pétitivité et l’emploi (CICE) ou com- ment faire simple quand on peut faire compliqué ? Quatrième exem- ple :l’absurdité de la mise au barè- me des revenus du patrimoine et la nécessité de multiples allers et retours pour corriger le tir comme on l’a vu avec les «Pigeons ». Enfin, je trouve quele gouvernement res- te particulièrement flou sur ses intentions en matière de réduc- tion des niches fiscales. p

Propos recueillis par Claire Guélaud

0123

Mardi 9 juillet 2013

politique

9

0123 Mardi 9 juillet 2013 politique 9 Nicolas Sarkozy contraint de replonger dans la vie interne

Nicolas Sarkozy contraint de replonger dans la vie interne de l’UMP

L’ex-président, qui n’envisageait pas son retour avant 2014, participe à une réunion de crise, lundi 8juillet. L’UMP est menacée de faillite après le rejet de ses comptes de campagne

I l n e p ensait pas sortir de sa réserve si tôt, ni dans ces condi- tions. Nicolas Sarkozy revient à

l’UMP, lundi 8juillet, pour une réu- nion de crise. Pour la première fois depuis 2007, l’ancien président par- ticipera au bureau politique extra- ordinaire du parti, prévu à 17heu- res, au siège parisien du parti. Près de 500 personnes sont attendues. Tous les cadres de l’UMP ont été invités : les parlementaires, les secrétaires nationaux, les prési- dents de fédération et les secrétai- res départementaux. M. Sarkozy aprévu de prendre la parole pour appeler l’ensemble du parti à la mobilisation, au moment où l’UMP, menacée de faillite, doit trouver 11 millions d’euros avant le 31 juillet. « Il vamontrer qu’il se sent engagé par la souscription et déli- vrer un message d’amitié aux per- sonnes présentes », explique un de ses proches. L’ex-président doit s’exprimer après Jean-François Copé, le président de l’UMP, qui va d’abord présenter la situation financière du parti et les moyens de rétablir les comptes. L’entourage de M. Sarkozy assu- re que la venue de son champion à l’UMP ne constitue pas son « vrai » retour en politique. «Cela doit être interprété comme un geste de soli-

darité envers sa famille politique, explique Brice Hortefeux, le plus

Pour Michel Sapin, l’ex-chef de l’Etat «a fraudé »

Le ministre du travail, Michel Sapin, a e stimé, lundi 8j uillet, sur i-Télé que Nicolas Sarkozy avait « sciemment » dépassé le plafond de ses dépenses de cam- pagne. « Il a fraudé, a c onclu M. Sapin. Il veut toujours croire qu’il est la victime de quelque chose. Il est la victime de lui- même en l’occurrence. »

chose. Il est la victime de lui- même en l’occurrence. » Nicolas Sarkozy quittant son domicile

Nicolas Sarkozy quittant son domicile parisien, lundi 8 juillet. BENOÎT TESSIER/REUTERS

fidèle des sarkozystes. Nicolas Sarkozy veut toujours maintenir une certaine distance avec la vie publique », assure-t-il. Après la fin du « Sarkothon », l’ancien chef de l’Etat devrait reprendre du champ et se tenir à l ’écart pendant au moins une année. «Son retour poli- tique, il le signera le jour où il

aux Français », expli-

s’adressera

que un proche. Cette prise de paro-

le publique n’est pas envisagée avant l’automne 2014.

«Q uelle chute ! »

L’ex-président se voyait revenir au-dessus de la mêlée, en s’adres- sant à tous les Français… Il va finale- ment réapparaître dans une réu- nion partisane, pour parler d’ar- gent. « Quelle chute !, ironise un ex-ministre. Il passe du rang de chef d’Etat à celui de chef de par- ti… » Un autre, opposé à son retour, espère qu’il va s’enliser dans le

bourbier de l’UMP. « En venant au bureau politique, il marque son retour dans la vie du parti. Il sera donc comptable de notre mauvais score aux européennes », veut-il croire. L’ex-président n’a pas eu le choix. Il a d û s e mouiller pour l’UMP, car la menace de faillite découle du rejet de ses propres comptes par le Conseil constitu- tionnel. En outre, M. Sarkozy s’est porté caution solidaire du prêt de 11 millions d’euros que le parti doit rembourser au 31 juillet. Dans un scénario noir, il pourrait être ame- né à payer lui-même la facture si le parti n’y parvenait pas. Contraint de s’impliquer dans la quête, l’ancien chef de l’Etat tente d’en tirer profit en réalisant une démonstration de force à l’UMP. «L’opération ressoude les troupes autour de lui et montre qu’il est la seule alternative à François Hollan-

de », assure le sarkozyste Alain Cari- gnon. En marquant l’espace à droi- te, M. Sarkozy espère étouffer les ambitions de ses rivaux pour 2017. François Fillon en tête –son offensi- ve a ulcéré l’ex-président ces der- niers mois. Revenu d’un déplace- ment de quatre jours au Liban, l’an- cien premier ministre sera présent au bureau politique. S’il soutient l’UMP et la souscription, «il est libre de ses propos et de ses actes, tout en se montrant intransigeant sur le respect dû au Conseil constitu- tionnel », estime son entourage. Xavier Bertrand sera présent à la réunion, ainsi qu’Alain Juppé, qui a finalement décidé de se ren- dre à ce rendez-vous, après avoir pensé le sécher. Un sarkozyste se réjouit à l’avance de la scène des retrouvailles : « Lundi, ils seront tous au premier rang, le petit doigt sur la couture du pantalon ! » p

Alexandre Lemarié

Plus de 2millions d’euros recueillis par le «Sarkothon »

LE COMPTE À REBOURS est lancé. L’UMP ajusqu’au 31 juillet pour trouver 11 millions d’euros. S’il veut éviter le scénario catastrophe, le parti doit rembourser à temps un emprunt – contracté essentielle- ment auprès de la Société généra- le – pour financer la campagne pré- sidentielle de Nicolas Sarkozy. La menace de faillite est réelle. Le mot est prononcé par un connaisseur du dossier àl’UMP. « Il ne faut pas s’y tromper : les enjeux sont énor- mes », prévient-il. La «grande souscription natio- nale », lancée par l’UMP le 4juillet au soir, marche fort. Lundi matin, l’UMP affirmait avoir collecté près de 2,2 millions d’euros, en comp- tant les seuls paiements par carte

bancaire sur le site. Le parti pense totaliser bien plus lundi soir, une fois reçus les chèques des grands donateurs par courrier. Les dons ne peuvent pas dépasser 7500 euros par personne et par an pour un particulier. L’affaire va coûter à l’Etat, car chaque contribu- tion ouvre le droit à une réduction d’impôts «égale à 66% des som- mes versées, dans la limite de 20 % du revenu imposable ». Le contri- buable pourrait donc prendre en charge plus de 7millions d’euros. Des micropartis, dont les verse- ments ne sont pas limités, ont pré- vu de donner. C’est le cas de Géné- ration France – club du président de l’UMP, Jean-François Copé – et de l’association des Amis de Nico-

las Sarkozy. S’ajoutera le produit des collectes dans les fédérations.

44 millions de dettes

Pas sûr que cela suffise… Que fera l’UMP si elle n’a pas rassemblé les 11 millions au 31 juillet ? «Dans ce cas, je verrai avec les banques si elles acceptent de reporter le rem- boursement », explique M. Copé. «Si la banque ne veut rien savoir et qu’on ne peut pas rembourser à la fin du mois, on pourrait être mis en faillite, redoute un cadre de l’UMP. Le parti pourrait alors suspendre son activité pour se concentrer au remboursement », imagine-t-il. La situation se révèle périlleuse pour l’UMP, car elle n’a pas d’éco- nomies de côté. Au contraire. Le

parti compte 44 millions d’euros de dettes, en dehors du prêt de 11 millions à rembourser pour la campagne de M. Sarkozy. Pour revenir à l’équilibre fin 2016, il doit rembourser 11 millions d’euros par an à quatre banques, à qui il a emprunté 55 millions d’euros. Pour rassurer les troupes, M. Copé assure que des licencie- ments ne sont pas à prévoir. M. Sarkozy met lui-même la main àla poche. «7 500 euros maxi- mum, il ne peut donner plus », pré- cise-t-on à l’UMP. Avec M. Copé, ils multiplient les coups de fil pour convaincre les grands donateurs de contribuer au « Sarkothon ». Il ne reste que trois semaines. p

Al. Le.

« Sarkothon ». Il ne reste que trois semaines. p Al. Le. Municipales àMarseille : six

Municipales àMarseille :

six candidats en lice pour la primaire du PS

La plupart des «petits » candidats déclarés ont dû jeter l’éponge faute d’avoir recueilli les parrainages nécessaires

Marseille

Correspondant

e suis le dernier candidat à s’être déclaré… Je serai le premier à

déposer mes parrainages. » Christophe Masse, l’ultime poids lourd du Parti socialiste mar - seillais à se présenter à la primaire citoyenne pour les municipales de 2014, n’a pas traîné pour remplir les conditions de participation fixées par le PS. « La réactivité des Marseillais me conforte dans mon initiative »,note le conseiller muni- cipal et vice-président du conseil général des Bouches-du-Rhône, âgé de 49 ans et héritier d’une famille historique du PS local. Lundi 8juillet, à 12h30, il devait déposer chez l’huissier mandaté par le parti les parrainages de citoyens inscrits sur les listes élec- torales. Mercredi, il viendra com- pléter son dossier avec ceux des militants socialistes, « à jour de leurs cotisations au 31 décembre 2012 ». Pour chaque dépôt, la com- mission d’organisation des primai- res a d emandé un supplément – 5 0 c it oy en s e t 2 0 m il it an ts –, pour corriger les potentiels cas de doublons. Chaque candidat devra donc se prévaloir du parrainage de 1350 citoyens et 220 militants. Comme M. Masse, cinq autres candidats défileront cette semai- ne boulevard Oddo, dans les quar- tiers Nord de Marseille. Le prési- dent de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, Eugène Caselli, la sénatrice Samia Ghali, le député Henri Jibrayel, le député Patrick Mennucci et la ministre déléguée aux personnes handicapées, Marie-Arlette Carlot- ti. Soit, à l’exception de Jean-Noël Guérini et Sylvie Andrieux, plom- bés par les affaires judiciaires, l’en- semble des « é léphants » d u P S marseillais. Seule surprise dans cette proces- sion, Adrien Akroune, avocat et dernier des quatre adhérents socia- listes sans mandat ni notoriété publique qui ont fait acte de candi- dature. Dimanche soir, il lui man- quait 100 parrainages citoyens :

J

«Mais j’arriverai à déposer ma liste lundi, assurait-il… Pour les mili- tants, c’est autre chose. Le parti nous a donné deux jours de plus. Mais je ne vous cache pas que, si j’at- teins le quota, ce sera le plus gros exploit de toutes ces primaires ! » Les autres « petits candidats » ont déjà jeté l’éponge, bloqués par ces parrainages militants qui prou- vent, disent-ils, «la volonté du par- ti de leur barrer la route ». « On s’est foutu de notre gueule, tempête Hacen Boukhelifa, avocat et ancien des PS lillois et parisien. Tout était verrouillé. Un seul débat

aété organisé. Nous n’avons pas pu nous présenter dans les différentes sections de la ville et défendre notre projet face aux militants. » Comme Pierre-Alain Cardona, candidat du Réveil marseillais, il regrette que la fédération des Bou- ches-du-Rhône, pourtant sous tutelle nationale, n’ait adressé leurs professions de foi par e-mail aux militants que le 26 juin. Et que les candidats n’aient eu accès à un fichier de 2385 adhérents PS recen- sés à Marseille que le 3juillet. «Un fichier squelettique, avec seulement des noms et des prénoms. Un fichier inutilisable et même pas à jour. » « Le parti ne nous a pas aidés à contourner le problème du ver- rouillage des sections par les élus, se lamente M. Cardona. A M ar- seille, c’est encore le secrétaire de section qui contrôle les votes. » Dans les états-majors des grands candidats, on confirme d’ailleurs

«A Marseille, c’est encore le secrétaire de section qui contrôle les votes »

Pierre-Alain Cardona candidat du Réveil marseillais qui a r enoncé à s e p résenter

qu’on n’a pas cherché à chasser sur les terres des autres. «Dans la 304, on n’a obtenu qu’un seul parraina- ge », s’amuse le directeur de cabi- net de Samia Ghali… La 304. La sec- tion de la ministre Carlotti, avec qui les équipes de la sénatrice ont engagé une sévère guerre de l’affi- chage. Le «dernier parti », M. Masse, ne cache pas que ses soutiens mili- tants proviennent essentielle-

ment des « camarades des 11 e , 12 e et 13 e », son fief. Personne, en revan- che, ne revendique le parrainage d’Alexandre Guérini, frère du pré- sident du conseil général et mis en examen pour « association de mal- faiteurs » et « corruption active », dont tous les candidats ont pu voir le nom sur les listes d’adhérents

« à jour » du PS… « L e p arti a t out fait pour se débarrasser des petits », reconnaît

un habitué de la fédération des Bouches-du-Rhône. Une stratégie qui n’a pas porté tous ses fruits. Il y

a quelques semaines, Christophe

Borgel, le secrétaire national du PS chargé des élections, rêvait de « q uatre candidats pour Mar - seille », pour clarifier les débats télévisés et limiter les frais de cam- pagne. MM. Masse et Jibrayel s’étant invités au combat, la com- mission d’organisation devrait, le 17 juillet, en valider six. p

Gilles Rof

Comme NKM, Anne Hidalgo va (aussi) chercher l’inspiration chez Obama

A l’ombre d’un peuplier, des

paréos dépliés, du vin rosé

dans les paniers et, au

milieu, robe rose et escarpins blancs, Anne Hidalgo parmi ses partisans. La candidate du PS à la mairie de Paris a réuni, dimanche 7 juillet, au parc des Buttes-Chau- mont, dans le 19 e arrondissement, les adhérents d’Oser Paris. Sur les 2000 membres de son think tank ouvert aux habitants de la capitale pour alimenter son programme municipal, combien sont-ils à ce déjeuner sur l’herbe ? « 300 à 400 ? Difficile à dire », répond-elle. «C’est à l’image d’Oser Paris, on se confond et on se mélange avec les Parisiens », plaisante François Dagnaud, mai- re (PS) du 19 e , au milieu de la fou- le de pique-niqueurs du diman- che. «Moi, je fais une campagne à

la parisienne ! », insiste la premiè- re adjointe du maire de Paris, alors que son adversaire UMP, Nathalie Kosciusko-Morizet, revendique de s’inspirer des méthodes « américaines ». Les techniques de campagne de M me Hidalgo ressemblent pour- tant à celles de M me Kosciusko- Morizet. «On peut dire qu’on mène une campagne un peu à la Obama, assume M. Dagnaud, pré- sident du comité stratégique de l’équipe de campagne de M me Hidalgo. On mobilise au-delà de l’appareil militant ce qu’on appelle des volontaires. » « J’ai été la première à lancer une campagne collaborative, de proximité, axée sur le numérique, le contact avec les habitants », se prévaut M me Hidalgo. L’élue du 15 e ironise sur son adversaire UMP,

qui «prétend inventer les pique- niques de campagne en plein air. J’attends le moment où elle va nous dire qu’elle a inventé la tour Eiffel », grince-t-elle.

Cellule « r iposte »

Jusqu’ici, sa stratégie semble efficace. Les sondages successifs donnent la première adjointe gagnante en mars 2014. « Je fais la course en tête, se félicite-t-elle, y compris au plan des idées et j’agrège autour de moi. » La candidate UMP s’efforce pourtant de mettre en doute son leadership : « Numéro deux long- temps, numéro deux tout le temps », a dégainé NKM, lors de son happening à la Bastille, le 30 juin. Pour ne pas « s’abaisser » à répondre, dit-elle, à ses attaques,

M me Hidalgo a créé une cellule « riposte » dont fait partie David Assouline : «Derrière son pseudo- romantisme décalé, personne n’est dupe. NKM incarne le conser- vatisme de la droite de l’Ouest. C’est une tueuse, ambitieuse, prê- te à tout » , cogne le sénateur (PS) de Paris. Pour M me Hidalgo, le défi ne consiste pas seulement à contrer les coups de son adversaire UMP. Gagner suppose d’abord de mobi- liser son camp. Dans son équipe, elle s’appuie sur deux directeurs de campagne, Jean-Louis Missika, non encarté au PS, et Rémi Féraud, patron de la fédération socialiste de Paris. M. Missika, adjoint à l’innovation, est son relais dans le monde de l’entrepri- se. M. Féraud, maire du 10 e , est chargé d’impliquer le parti.

L’abstention des électeurs de gauche en réaction au mauvais climat économique et social national est la principale mena- ce pour le PS parisien. Pour l’en- rayer, « nous devons tenir les deux bouts, explique M. Dagnaud. Anne doit parler d’attractivité et d’économie numérique pour intéresser les catégories CSP +. Elle doit aussi s’adresser aux habitants des arrondissements populaires ». M me Hidalgo a lancé, sur son site Internet, une campagne d’ins- cription sur les listes électorales. En septembre, elle commencera des opérations de porte-à-porte avec les militants. Et elle espère une alliance avec le PCF dès le pre- mier tour, pour consolider « son socle de gauche », dit-elle. p

Béatrice Jérôme

« son socle de gauche » , dit-elle. p Béatrice Jérôme - CESSAT ION S DE
- CESSAT ION S DE G ARANTIE

- CESSATIONS DE GARANTIE

COMMUNIQUE - 102297

En application de l’article R.211- 33 du livre II du code du tourisme,

L’ASSOCIATION PROFESSIONNELLE DE SOLIDARITE DU TOURISME (A.P.S.T.)

dont le siège est situé : 15, avenue Carnot - 75017 PARIS, annonce qu’elle cesse d’accorder sa garantie à :

AGENCE DE SEJOURS DES ILES EURL IMMATRICULATION :

IM 0971 10 0010 SARL au capital de 7 500 Siège social : Anciennement Rue du Progrès – Rue du Général de Gaulle – 97117 PORT LOUIS

L’association précise que la cessation de sa garantie prend effet 3 jours sui- vant la publication de cet avis et qu’un délai de 3 mois est ouvert aux clients pour produire les créances.

10

société

0123

Mardi 9 juillet 2013

10 société 0123 Mardi 9 juillet 2013 AMarseille, des habitants veulent se faire entendre Deux groupes

AMarseille, des habitants veulent se faire entendre

Deux groupes très différents, le think tank Avenir Marseille Egalité et les mères du collectif du 1 er juin, ont émergé

Reportage

Marseille

Envoyée spéciale

L es deux groupes n’ont pas grand-chose en commun si ce n’est leur volonté de donner

leur avis sur le devenir des quar- tiers nord de Marseille. Entre le think tank Avenir Marseille Egalité (AME) et le Collectif du 1 er juin, l’en- vie de se mêler de politique de la vil-

le estpatente. Tous partagent le dia-

gnostic des dysfonctionnements de l’Etat dans ces zones d’habitat populaire, et l’un comme l’autre refusent de considérer la violence et les trafics comme un point de départ ; ils cherchent d’abord les causes sociales. Mais ces deux for- mes d’« empowerment » à la mode marseillaise présentent des

contours très différents. Parce qu’il

y a ceux qui sont sortis des quar-

tiers Nord et ceux y sont restés. Les premiers se sont rassemblés, dès février 2012, sous l’impulsion d’un jeune homme brillant, grandi dans la cité Félix-Pyat, Saïd Ahama- da. Né dans une famille comorien- ne, il fut d’abord militant associatif avant de se lancer dans des études de finances et de passer un concours de la fonction publique d’Etat. C’est en constatant que les jeunes diplômés de ces quartiers relégués n’avaient plus d’espoir que le quadragénaire s’est senti investi d’une mission : monter un club pour « réfléchir àcequi ne fonc- tionne pas etmontrer qu’il n’y a pas que des jeunes voyous avec une kalach ». «A mon époque, on savait qu’on ne faisait pas des études pour rien », dit-il. C’est au sein des associations ou par son réseau d’affinités qu’il a recruté pour son think tank. Notam- ment deux amies comoriennes, l’une doctorante en droit, Malika Saïd, l’autre conseillère profession- nelle au Crédit agricole, Rema Mogni. Il a ensuite élargi à des

au Crédit agricole, Rema Mogni. Il a ensuite élargi à des Des habitants de Marseille ont

Des habitants de Marseille ont manifesté, le 1 er juin, contre les meurtres et les trafics de drogue dans leurs quartiers. JEAN-PAUL PELISSIER/REUTERS

connaissances comme Eric Demech, un gestionnaire de crèche rencontré au Lion’s club de Mar- seille et avec qui il milite au MoDem, ou Fatima Fetouhi, délé- guée du préfet. Ils sont à présent une trentaine et ont en commun cette défiance vis-à-vis des politi- ques et de la gauche qui avait tant promis. Plusieurs d’entre eux ont essayé de se faire une place au PS mais se sont heurtés à l’indifféren- ce. «Quand on commence à parler diversité, on sent que ce n’est pas porteur. Et quand on évoque les quartiers, ils pensent délinquance et insécurité », relate M me Fetouhi. Agacés de rester invisibles, ils

ont décidé de valoriser leur expé- rience comme une expertise. « On vient de là, on connaît les problè- mes, on peut être une force de propo- sitions », argumente Malika Saïd. Politique de ségrégation sociale, transports inexistants dès qu’on sort du centre, emplois hors d’at- teinte, écoles sans moyens… le grou- pe veut tenter d’expliquer qu’il y a une sorte d’apartheid à Marseille. «Les pouvoirs publics ont eu ten- dance à rejeter les communautés et lesHLM vers le Nord et àrésidentiali- ser le Sud », explique Eric Demech. « Les habitants des quartiers sont des animaux de laboratoire qui ne sont jamais consultés », insiste

M. Ahamada. Lors d’une conféren- ce de presse en février, l’AME avait annoncé une note sur les moyens de « rapprocher les Marseillais ». Elle a été retardée : l e cercle de réflexion ajugé plus malin de la sor- tir au moment de la primaire socia- liste. Car la petite équipe ne s’en cache pas : elle entend peser sur les municipales. « N ous avons les réseaux pour mobiliser les leaders positifs des quartiers », annonce M me Fetouhi. Vivant toujours dans le 13 e ou le 14 e arrondissement dans des condi- tions précaires, les femmes du Col- lectif du 1 er juin sont, elles, davanta- ge des militantes du quotidien. Le

samedi 1 er juin, plusieurs centaines d’habitants des quartiers nord avaient défilé à leur appel pour crier leur ras-le-bol de la violence. Avec un mot d’ordre : «Dans les quartiers, nous aimons nos enfants et nous sommes fatigués de les accompagner jusqu’à leur tombe. » C’est devenu leur leitmotiv. Habitant les cités les plus dures des hauteurs de Marseille, ces mères sont militantes associatives ou simplement investies dans leur voisinage. Beaucoup ont perdu un proche – un fils, un frère – dans les affrontements avec la police des années 1980 ou plus récemment à cause d’une dette de drogue. Alors

Des pistes pour que la politique de la ville ne soit plus imposée d’en haut

UNE «RÉFORME radicale de la poli-

tique de la ville »: le rapport que la sociologue Marie-Hélène Bacqué

et le responsable de l’association

AC Le Feu, Mohamed Mechmache, remettent, lundi 8juillet, à Fran- çois Lamy, ministre de la ville, n’y va pas par quatre chemins. Il s’agit de dire que les actions en direction des quartiers populaires ne peu- vent plus se faire sans leurs habi- tants. Leurs 30 propositions dessi- nent une véritable réorientation de l’action publique dans les zones urbaines sensibles. Les deux auteurs placent l’en- jeu de la réforme nécessaire dans un contexte d’urgence. Ils ont ren- contré quelque 300 acteurs asso- ciatifs et collectifs d’habitants et ont organisé, les 29 et 30 juin, une

Conférence citoyenne à Saint- Ouen (Seine-Saint-Denis). Le constat fut unanime : une «absen-

ce flagrante d’espaces de débat et d’échanges », la « solitude » des res- ponsables associatifs confrontés à des difficultés financières grandis- santes et une immense attente des citoyens vis-à-vis des institutions. Ils y ont redit le sentiment d’aban- don ressenti, les discriminations qui rongent les ambitions, l’image négative des quartiers, et un écart croissant entre le monde politique et les quartiers populaires. Les différentes démarches de démocratie participative mises en place depuis vingt ans, tant dans les opérations de rénovation urbai- nes, les conseils de quartier ou les procédures de débat public, ont

vécu. Le sentiment des habitants d’être mis devant le fait accompli pour toutes les politiques qui les touchent grandit, remarquent les deux rapporteurs. Pourtant, les exemples où les habitants démon- trent leur connaissance du quar- tier et leur capacité à trouver des solutions aux problèmes ne man- quent pas, insistent-ils. « Il y a urgence à remettre les citoyens au cœur de la vie de la cité et à transfor- mer la politique de la ville vers une politique d’égalité des territoires codécidée avec les citoyens », écri- vent M me Bacqué et M. Mechma- che. Leur credo est qu’il faut lancer une démarche d’« empowerment àla française » qui se traduise par l’octroi d’un pouvoir d’interpella-

tion et d’action des citoyens à l’égard des pouvoirs publics. Le ren- versement qu’ils proposent de la politique de la ville est plein d’ingé- niosité. En premierlieu, ils préconi- sent la création d’une autorité administrative indépendante char- gée de gérer un « fonds pour l’inter- pellation citoyenne », qui serait financé par un prélèvement sur le financement aux partis politiques (1 %) et la réserve parlementaire (10 %).

«T ables de concertation »

Localement, des « tables de concertation » rassembleraient les associations et collectifs de quar- tiers. Une plate-forme associative serait mise en place pour permet- tre l’échange et la diffusion des

expériences innovantes. Une fon- dation devrait être lancée pour sor- tir les associations de leur dépen- dance financière vis-à-vis des col- lectivités locales et del’Etat et favo- riser leur développement. Enfin, les deux auteurs préconi- sent de profiter de la négociation des futurs contrats de ville pour engager des démarches de « co- construction » avec la population :

les groupes de pilotage comme les instances de décision devront com- prendre «au moins 50 % » d’habi- tants des quartiers. La même démarche est proposée pour tou- tes les instances de la politique de la ville : conseils d’administration de l’ACSÉ, ANRU et conseil natio- nal des villes. p

S. Z.

quand, en mars, un jeune est tombé sous les balles d’un policier ivre, puis deux autres lors d’une fusilla- de devant une épicerie, elles ont décidé de s’organiser. Comme «une réaction de survie ».C’est par le bou- che-à-oreille que ce collectif d’habi- tantes – au féminin, tant les hom- mes semblent en retrait – s’est constitué. « Pour marquer le coup, on a organisé une réunion au centre social et fait parler les mères. Dire leurs peurs dès que les mômes sor- tent, dire aussi qu’elles n’en pou-

Le discours des associations est simple :les maux des cités ne sont pas dus qu’à la violence et àladrogue

vaient plus de la violence », explique Yamina Benchenni, la «leadeuse ». Pour se faire entendre, elles ren- contrent le préfet puis la préfète à l’égalité des chances mais en sor- tent frustrées : « Ils ne mesurent pas la gravité de ce que vivent les familles et ne comprennent pas qu’il n’y a pas de bons morts et de mauvais morts. Les innocents et les délinquants, ce sont nos jeunes », insiste M me Benchenni. A une petite dizaine, elles ont fait le tour des familles, contacté les têtes de réseau et rédigé un appel relayé par les centres sociaux, les amicales de locataires, les associations de fem- mes. «Sur tous les quartiers de Mar- seille, l’information est passée », assure Haouaria Hadochick, res- ponsable d’une plate-forme de ser- vice public. « Il y a un vrai sursaut des habitants, qui veulent s’impli- quer pour que les choses bougent », insiste Farida Ben Mohamed, une militante de la cité des Flamands. Leur discours est simple : les maux des cités ne sont pas dus qu’à la violence et à la drogue. Ils vien- nent aussi – mais on entend « sur- tout » – des dysfonctionnements des institutions qui semblent avoir déserté ces quartiers. «Les services de l’Etat ont tout délégué aux asso- ciations. Maintenant, c’est le réseau de solidarité qui se prend tout dans la gueule »,note Aïcha Haddjeri, res- ponsable de l’association Les Mariannes. Pour elles, pas question de conti- nuer dans ce désert social, il faut que les institutions reviennent et qu’elles écoutent les habitants. Ces mères courage disent vouloir inven- ter «une nouvelle méthode d’inter- pellation » :des collectifs décentrali- sés se sont créés dans plusieurs quartiers, et 23 propositions ont été rédigées. Une sorte de cahier de doléances : emploi, police, culture, logement… Pour chaque thème, une lettre a été envoyée au ministre de tutelle. Car, disent-elles, «il faut quelqu’un pour nous écouter ». p

Sylvia Zappi

Le conseil général des Hauts-de-Seine veut tourner la page de la «fac Pasqua »

Patrick Devedjian ne veut plus subventionner le coûteux pôle Léonard-de-Vinci, ouvert en 1995, qui accueille trois écoles et 2500 étudiants

L es temps sont durs pour celle que ses détracteurs ont long- temps appelée la « fac Pas-

qua », c’est-à-dire le pôle universi- taire a priori privé Léonard-de-Vin-

ci, implanté, depuis son ouverture en 1995, sur la dalle de la Défense

(Hauts-de-Seine). Patrick Devedjian, le président du conseil général, qui a repris le bâtiment en gérance le 1 er janvier, ne veut plus subventionner ce coû- teux paquebot de 58 000m 2 . Entre les loyers non perçus (entre 12 et 13 millions d’euros par an), les char- ges (6,5 millions) et les subventions (5,5 millions d’euros après avoir pla- fonné, jusqu’en 2007, à 17millions d’euros) aux trois écoles locataires,

le département consacre annuelle-

ment près de 25 millions d’euros pour 2500 étudiants. A l’origine, le pôle ambitionnait d’en accueillir

5000…

Majorité et opposition, au conseil général des Hauts-de-Sei- ne, sont donc d’accord pour tirer un trait sur la « fac Pasqua ». « Il faut trancher le nœud gordien ; il faut qu’on en sorte », a martelé M. Devedjian lors de la séance du 21 juin, évoquant deux options, « pas une de plus » : la première consiste à céder gratuitement les bâtiments à l’Etat, l’université ou un opérateur d’enseignement, par exemple l’Essec, pour leur conser- ver leur vocation, «quitte à y laisser de l’argent ; «l’autre option, plus

brutale mais économiquement

plus réaliste : on ferme ! On vend, sur le marché, l’ensemble à qui veut.

n’est plus notre affaire », lâche

M. Devedjian. L’opposition socialiste, par la voix de Jean-André Lasserre, préfé- rerait la première solution, en asso-

ciant des écoles privées et les deux universités publiques proches, Dauphine et Nanterre. Les commu- nistes s’avouent partisans de la ven- te pure et simple : « Ces bâtiments sont tellement coûteux à entretenir que ce n’est même pas un cadeau à faire aux universités et à l’Etat », argumente Patrice Leclerc (PCF), conseiller général de Gennevilliers. Les trois écoles privées locatai- res des lieux, d’ingénieurs (Esilv), de management (EMLV) et de mul-

Ce

timédia (IIM), viennent de se doter d’une nouvelle équipe de direc- tion, avec notamment Pascal Brouaye et Nelly Rouyrès, tous deux expérimentés dans la gestion d’écoles privées. « Nous voulons monter en gamme, intégrer des concours communs, croiser les enseignements entre nos trois éco- les, intensifier les relations avec les entreprises, très présentes ici, à la Défense, passer, d’ici cinq ans, à 3 500 étudiants et accueillir plus d’étrangers dans ce beau campus », ambitionnent-ils. Mais l’équation financière sera difficile à résoudre, sans subvention, en honorant les charges réelles, voire un loyer, ce qui suppose d’augmenter substan- tiellement les frais de scolarité,

notamment pour les jeunes venus du département, près de 40 % des effectifs, qui bénéficiaient, jus- qu’ici, de tarifs réduits.

Economies de gestion

L’université Dauphine, qui avait pris pied dans la place en y instal- lant 1 6 00 étudiants et payait 400 000 euros par an de loyer et charges, mais recevait autant en subventions du conseil général des Hauts-de-Seine, pourrait faire les frais de l’évolution de la situation. Elle a pourtant besoin de locaux, son siège historique, porte Dauphi- ne, devant subir de lourds travaux. L’université de Nanterre, jus- qu’ici peu présente, dans seule- ment 300 m 2 , espère tirer bénéfice

du retrait du département et inves- tir les lieux. Dès septembre , elle conquerra un étage complet et y enverra plus de 1 000 étudiants. « L es entreprises de la Défense voient d’un très bon œil l’arrivée de nos formations, notamment au management, appelées “humani- tés” », s e f élicite Jean-François Balaudé, président de l’université Paris-Ouest-Nanterre, qui se dit cer- tain qu’il y a des économies de ges- tion à faire, mais aussi de gros amé- nagements. Si les universités publi- ques sont davantage présentes à Léonard-de-Vinci, c’est avec l’Etat que le conseil général devra mener des négociations qui promettent d’être ardues. p

Isabelle Rey-Lefebvre

0123

Mardi 9 juillet 2013

0123 Mardi 9 juillet 2013 Sur le mont Blanc, le refuge du Goûter accueille ses premiers

Sur le mont Blanc, le refuge du Goûter accueille ses premiers alpinistes

Perché à 3 835 mètres d’altitude, cet abri d’une capacité maximale de 120 lits a ouvert ses portes le 28 juin, après deux années de construction et de longs débats politiques et commerciaux

Reportage

Chamonix-mont Blanc (Haute-Savoie) Envoyée spéciale

A près deux années de

construction et une petite

année de battement due au

règlement de questions adminis- tratives et de sécurité, le nouveau refuge du Goûter a f inalement ouvert ses portes aux alpinistes, jeudi 28 juin. Cet abri –le plus haut gardé de France (3 835 m) – est une étape quasi incontournable pour les candidats à l ’ascension du mont Blanc (4 810 m). L’ancien refu- ge – d’une capacité de 100 places –, construit dans les années 1960, était devenu vétuste, voire insalu- bre. Faute de place, certains alpinis- tes couchaient sous les tables. La construction du nouveau refuge aurait donc dû fédérer tous les pro- fessionnels de la montagne et les élus locaux. Elle fait pourtant l’ob- jet d’interminables et âpres débats politiques et commerciaux souli- gnant l’enjeu économique que représente l’exploitation touristi- que du mont Blanc. Il s’imposait donc d’aller tester sur pièce cette vitrine de la Fédéra- tion française des clubs alpins et de montagne (FFCAM, ex-Club alpin français). Las, la journaliste en défaut de condition physique n’a pu atteindre comme prévu, mardi 2juillet, le Toit de l’Europe pour rallier le fameux refuge avant l’arrivée des orages prévus en fin d’après-midi. Puisque prati- querlamontagne consiste d’abord à savoir s’adapter, elle s’est conten- tée d’un sommet plus modeste, le mont Blanc du Tacul (4 238 m), le premier et le moins technique de la voie des Trois Monts, et d’une banale nuit dans la vallée. Avant de recueillir àleur descente les témoi- gnages des chanceux qui avaient dormi au refuge. Un coloneldegendarmerie, éga- lement guide de montagne et basé àChamonix, ya vécu une expérien- ce enchanteresse avec seulement une vingtaine de pensionnaires pour une capacité maximale de 120 divisée en deux niveaux de 60 lits. « C’est un refuge du troisiè- me type, s’enthousiasme-t-il, com-

refuge du troisiè- me type , s’enthousiasme-t-il, com- Au refuge du Goûter, la nuitée s’élève à

Au refuge du Goûter, la nuitée s’élève à 60 euros par personne. JEAN-PIERRE CLATOT/AFP

me un espace de détente japonais à claire-voie, un open space d’altitu- de ou une salle de repos comme on en imagine pour les cadres dans des entreprises comme Google. » L’officier a été bluffé par l’endroit dont « tous les systèmes – fluides, panneaux solaires » – sont pilotés depuis un ordinateur situé à Lyon, mais il anticipe que le refuge «exi- gera beaucoup d’entretien ». Christophe Bougon, 46 ans, gui- de indépendant qui gravit une dizaine de fois par an le mont Blanc avec des clients, a été l’un des premiers usagers du nouveau refu- ge, jeudi 28 juin. Il a apprécié que «les gens ne se marchent plus des- sus ». « Il y a enfin de la place pour que tout le monde se restaure ensemble », dit-il. Il décerne égale- ment un bon point aux nouvelles toilettes : « T rois ou quatre au niveau de l’espace de vie et une à chaque étage de dortoir, c’est un énorme progrès, e stime-t-il. Ça change du trou dans le vide situé à l’extérieur de l’ancien refuge, et fort

désagréable lors des nuits glaciales et ventées. » M.Bougon se réjouit également d’une nette améliora- tion de la restauration qu’il impu- te à la modernisation des cuisines, mais il a en revanche peu goûté «l’ambiance son et lumière » des dortoirs. « Leurs cloisons ajourées qui ne montent pas jusqu’au pla- fond permettent à un seul ronfleur

«C’est un refuge du troisième type, un open space d’altitude comme on en imagine pour les cadres »

Un guide de montagne

de tenir en éveil 59 personnes, rela- te-t-il. La lumière bleu design du couloir se déclenche automatique- ment dès que quelqu’un se lève, une trappe qui donne dans l’escalier de service propage les bruits de cuisi- ne, et il règne une chaleur de sauna dans les dortoirs. » Ces choix, lui a expliqué un responsable techni- que de la FFCAM, seraient confor- mes aux normes d’évacuation des fumées. «Dans les vrais hôtels, il y a également des normes de sécurité et ce n’est pas un tel foutoir »,obser- ve M. Bougon. Selon ce guide, on aurait pu «mieux utiliser » les 7millions d’eu- ros – dont la moitié d’argent public – consacrés au nouveau refuge du Goûter. « Onale sentiment d’être dans un hôtel d’altitude pensé par des gestionnaires qui n’ont jamais mis les pieds en montagne et qui veulent le rentabiliser au plus vite, or il y avait d’autres solutions, esti- me M. Bougon. Le refuge du mont Rose en Suisse, très moderne et qui

répond lui aussi à des normes de sécurité strictes, est composé de vraies petites chambres mieux iso- lées et plus propices au repos. » Il fustige aussi le système de réserva- tion obligatoire par Internet et la conservation des arrhes (30 euros par personne pour une nuitée à 60 euros) en cas de non-présentation. « Un refuge n’est pas fait pour bien dormir puisque personne ne s’y couche ni ne s’y lève en même temps », tempère Yannick Grazia- ni, 41 ans, guide à la compagnie de Chamonix. L’aspect flambant neuf et convivial de la grande pièce com- mune et l’idée d’accéder bientôt au sommet du mont Blanc pour lequel ils se préparaient depuis un an ont fait oublier leurs légers maux de tête dus à l’altitude à ses deux clients du lundi 1 er juillet. Audrey Lang, 25 ans, pompier-ser- gent dans l’armée de l’air, a vite compris qu’il fallait opter pour «les lits du bas » pour se protéger des éclairages automatiques, et a pu se reposer «malgré le manque de ventilation ». Son beau-frère, Cédric Baltzer, 30 ans, caporal-chef dans l’armée de l’air, a, lui, vécu sa nuit « comme quand on est un peu malade ». «A cause de l’altitude et du manque d’intimité, on dort sans dormir », dit-il. Il a en revanche trouvé « succulent et très complet » le dîner composé d’une soupe à la tomme, de bourguignon et de moelleux au chocolat. Il a aussi apprécié que l’on remplisse sa gourde de thé chaud lors du départ à3 heures du matin. « Jemedeman- de tout de même comment on pour- ra maintenir longtemps en bon état une infrastructure aussi fré- quentée », note-t-il. Le tableau des réservations affiche déjà complet pour le mois de juillet. p

Patricia Jolly

Chaque jour, 250 personnes tentent l’ascension

Fréquentation 25 000 person- nes tentent l’ascension du som- met du mont Blanc chaque été entre juin et septembre, selon l’of- fice du tourisme de Chamonix, soit une moyenne de 250 person- nes par jour. Le mont Blanc est une affaire d’alpiniste exigeant une excellente condition physi- que déjà éprouvée en altitude. Avant de se lancer, il faut avoir gravi au moins un sommet de 4000 m plus facile et avoir passé une nuit à plus de 3000 m pour jauger les effets de l’altitude. Sur le plan technique : maîtriser le cramponnage, l’escalade sur ter- rain varié et les passages d’arê-

tes, en sachant ajuster son encor- dement en fonction du terrain.

Accidents 74 décès et 180 bles- sés ont été dénombrés, entre 1990 et 2011, sur l’itinéraire dit normal du mont Blanc entre les refuges de Tête-Rousse et du Goûter. Environ la moitié des acci- dents ont lieu dans les 100 mètres de la traversée du couloir du Goû- ter, et un tiers sur l’arête. La plu- part sont causés par le dévissage de l’alpiniste, très souvent corrélé directement ou indirectement à une chute de pierres. Le nombre d’accidents est aussi important à la montée qu’à la descente.

société

11

important à la montée qu’à la descente. société 11 En Corse, le principal témoin d’une embuscade

En Corse, le principal témoin d’une embuscade mortelle retrouvé mort

Nicolas Boschetti aété découvert au bout de quatre jours, non loin du véhicule pris pour cible

Bastia (Haute-Corse) Correspondant

D epuis le 2juillet, Nicolas Bos- chetti était l’homme le plus recherché de Corse, témoin

numéro un d’une embuscade mor- telle survenue sur la route tortueu- se de Silvareccio. Ce jour-là, lors d’un énième épisode de la série de règlements de comptes qui ensan- glante la région, la dépouille de Jean Do Cortopossi est retrouvée au bord de la chaussée, non loin de deux amis, encore vivants quoique grièvement blessés. Leur voiture, prise pour cible par des tirs, a quitté la route pour plon- ger au fond d’un ravin. Pièce man-

quante du quatuor de victimes, c’est Nicolas Boschetti qui avait pré- venu les secours avec son portable mais il restait depuis introuvable malgré l’important dispositif déployé : techniciens de scène de crime de la police, de la gendarme- rie, pompiers spécialisés dans les zones d’accès difficile, militaires du peloton de haute montagne de la gendarmerie. La justice a délivré à son encontre un mandat d’arrêt et les enquêteurs se sont lancés à ses trousses. Las. Samedi 6juillet, deux proches d’une des victimes du guet-apens, résidents sur le continent et étran- gers aux lieux, ont fini par débus-

quer le « fugitif », retrouvé

mort à

proximité de la zone quadrillée par les services de secours et d’enquête depuis le 2juillet. D’après un mem- bre de la famille interrogé par Le Monde, «ils revenaient de l’enterre- ment de Cortopossi et ont voulu voir l’endroit où il avait été abattu. Sur les pentes du ravin, ils sont assez rapidement tombés sur le corps de

Boschetti» – d’où cette troublante interrogation : « Comment des enquêteurs professionnels ont-ils pu passer à côté pendant tout ce temps ?» «Par manque de chance », rétorque l’un d’eux, qui se défend de toute négligence et argue des « effectifs importants mobilisés dans des conditions topographi- ques extrêmes ». Lorsque les «deux jeunes ont guidé les gendarmes, ils ont mis beaucoup de temps àretrou- ver l’endroit où gisait le corps » – preuve selon lui que la macabre trouvaille doit beaucoup « a u hasard ».

Désamorcer la polémique

L’épisode fait tousser les servi- ces d’enquête et de la justice, embarrassés qui plus est par les sui- tes données àl’appel de M. Boschet- ti aux secours. Le coup de fil ayant activé une borne située à 5 km du lieu de l’appel, un enquêteur recon- naît que «cela a peut-être conduit à orienter les recherches partout, sauf là où se trouvait le corps ». La justice tente désormais d’atté- nuer l’effet désastreux sur l’opi- nion d’une lente agonie de la victi- me au fond d’un ravin. Sous cou- vert d’anonymat, une source judi- ciaire s’emploie à désamorcer la polémique, avançant l’hypothèse d’une «mort sur le coup de M. Bos- chetti, probablement éjecté quand la voiture a fait des tonneaux ». Ce qui explique mal comment il a alors pu prévenir les secours. Mais, contribuant un peu plus à épaissir le mystère, le procureur de Bastia a affirmé, lundi matin, que «l’appel provenait non du portable de Bos- chetti mais d’un habitant du villa- ge, rencontré par un blessé… » p

Antoine Albertini

MINORITÉS

Gens du voyage :Christian Estrosi appelle les maires «à la révolte »

Le maire (UMP) de Nice, Christian Estrosi, a dénoncé, diman- che 7juillet, les comportements de «délinquants » des gens du voyage qui occupent illégalement des terrains sur le territoire de sa commune. Dès lors que ces personnes se sont installées « sans droit ni titre », dans certains cas après effraction, la loi doit per- mettre d’«expulser », a ajouté le député des Alpes-Maritimes. « J’appelle les maires de France à la révolte (…) et à utiliser le mode d’emploi qui est le mien », a-t-il déclaré. Parmi les méthodes préco- nisées, M. Estrosi a cité l’installation de caméras pour surveiller les allées et venues des Tsiganes, la collecte des numéros d’imma- triculation et la possibilité de faire saisir leurs véhicules. p

Droite Pierre Bédier réélu conseiller général

L’ex-secrétaire d’Etat aux programmes immobiliers de la justice, Pierre Bédier (UMP), va retrouver un siège au conseil général des Yvelines, quatre ans après sa condamnation pour corruption, grâ- ce à sa victoire, dimanche 7juillet, à la cantonale partielle de Man- tes-la-Jolie. Opposé à la socialiste Rama Sall, M. Bédier a recueilli 60,23 % des voix. L’abstention a atteint 72,50 %.

Famille Nouvelle initiative de pères divorcés pour faire valoir leurs droits

Trois pères divorcés, installés depuis deux jours en haut de la che- minée d’une usine de chauffage près de Grenoble, ont annoncé, le 7juillet, leur détermination à rester jusqu’à ce que «leurs droits soient reconnus ». « En 2013, les pères occupent une grande place dans l’éducation de leur enfant. Nous voulons que cela soit respecté, que la maman ne soit pas la seule à s’en occuper », a dit l’un d’eux.

pas la seule à s’en occuper » , a dit l’un d’eux. L E JEU D
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12 0123 Mardi 9 juillet 2013

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Mardi 9 juillet 2013

12 0123 Mardi 9 juillet 2013 Le souffle de Handke passe par la Cour d’honneur Avec
12 0123 Mardi 9 juillet 2013 Le souffle de Handke passe par la Cour d’honneur Avec

Le souffle de Handke passe par la Cour d’honneur

Avec sa mise en scène de «Par les villages », Stanislas Nordey dompte les méandres du texte de l’écrivain autrichien

Théâtre

Avignon

Envoyée spéciale

E n 1 967, Peter Handke a v u La Chinoise, le film de Jean- Luc Godard projeté en pre-

mière mondiale dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Il avait 24 ans, et il officiait comme critique pour une revue de cinéma allemande. Aujourd’hui, Peter Handke a 70ans, et il n’a pas assis- té, samedi 6juillet, àlapremière de sa pièce, Par les villages,mise en scè- ne par Stanislas Nordey dans la Cour d’honneur. Sans doute vien- dra-t-il un autre soir, à Avignon ou ailleurs en France, où le spectacle va tourner la saison prochaine. Mais, disait-il au Monde à quelques jours de la première, «il faut que je voie la pièce un jour où les comé- diens ne le savent pas, parce qu’ils me demandent toujours : “Est-ce que c’est bien ?” Et je ne peux pas leur répondre : “Une fois que je l’ai écrite, la pièce n’est plus àmoi.” Elle est à eux ».

Une traversée de l’arc du temps, dans le long instant d’une histoire placée sous le signe de la parole

Voilà pourquoi Peter Handke n’était pas là, en ce soir où, en pré- senced’Aurélie Filippetti, la minis- tre de la culture et de la communi- cation, un acteur est venu sur le plateau, avant que le spectacle commence, pour lire un texte rap- pelant l’inquiétude de la profes- sion face àla baisse du budget de la culture.L’exercice, rituel, s’est pro- longé par l’intervention, tout aus- si rituelle, de deux intermittents sortis des rangs du public. Tout cela a pris un bon quart d’heure, avant que Jeanne Balibar, dont le chemisier d’été se gonflait sous le vent léger, puisse lancer les pre- miers mots de la pièce : « S ans oreille pour le chœur souterrain du mal du pays… » Il était 21 h 30, il faisait encore jour, et les martinets s’en don- naient à c œur joie, tournoyant entre les murailles du Palais cou- ronnées de lumière et poussant leurs petits cris perçants comme ils le font avant que la nuit tombe. Mais ils ne gênaient pas, au contrai- re. Par les villages appelle la liberté du ciel.Quand Wim Wenders a créé la pièce, en allemand, à Salzbourg (Autriche), en 1982, la représenta-

allemand, à Salzbourg (Autriche), en 1982, la représenta- Samedi 6 juillet, lors de la première de

Samedi 6 juillet, lors de la première de la pièce « Par les villages ». De gauche à droite, Richard Sammut, Jeanne Balibar, Stanislas Nordey et Raoul Fernandez. PIERRE GROSBOIS

tion, qui avait lieu en plein air et en plein jour, à partir de 10 heures du matin, était accompagnée du son des cloches, ces cloches dont une vieille femme dit, dans le texte :

« Jadis on nous expliquait : les clo- ches n’indiquent pas le temps, mais rappellent l’éternité. » Et c’est cela, Par les villages : une traversée de l’arc du temps, dans le long instant d’une histoire placée sous le signe de la parole. Au commencement, il y a un homme. Il vient de loin, et revient sur sa terre d’enfance, dans la val- lée où vivent son frère et sa sœur. Cet homme est peut-être un écri-

vain, ou le géologue qui rentre d’Alaska en Europe, dans Lent retour, le livre avec lequel Peter

Handke ouvrait, en 1979, une tétra- logie qu’il poursuivit avec La Leçon

de la Sainte-Victoire (en 1980), His-

toire d’enfant (en 1981), puis Par les villages, l a m ême année. En ce

temps-là, Peter Handke est lui- même revenu en Autriche, après avoir vécu plusieurs années en France, et il a ouvert son écriture à une forme de chant. Il voulait raconter une épopée de la paix, dans une période sans guerre en Europe. Mais cette paix porte en elle sa guerre :celle du combat quo-

tidien pour être soi, dans le monde autour de soi. Ce monde, dans Par les villages, est ancré dans la vie d’ouvriers sur des chantiers, en montagne. Cha- que lundi matin, ils quittent leurs maisons et retrouvent les baraques dans lesquelles ils vivent, tra- vaillant dur. Leurs pères étaient des charpentiers qui construisaient avec des outils. Eux sont passés aux machines, et le béton envahit les vallées. Parmi ces ouvriers, il y a Hans, le frère de Gregor, l’homme qui revient pour régler des affaires de famille, et quin’a jamais fait par- tie du monde des ouvriers: enfant,

déjà, il était àpart, comme le lui rap- pellent Hans et Sophie, leur sœur qui rêve d’avoir un commerce. Voilà, c’est aussi simple que cela, Par les villages. Et c’est vaste comme le regard de Handke, qui sait tout raconter sans rien révéler, offrant à chacun la liberté de trou- ver son chemin dans le monde de la « sensation vraie », pour repren- dre ses mots. Mais, comme dans toute grande littérature, il faut y mettre du sien, soit, ici, accepter les méandres et les détours d’une piè- ce qui est de l’anti-ping-pong : elle n’avance pas par échanges de répli- ques, mais par de longs monolo-

gues, des adresses, plutôt, qui volent dans votre tête comme les martinets au-dessus de la Cour, où Stanislas Nordey soutient une gageure : retenir le public, au long de quatre bonnes heures. Il faut le dire :le public a souvent fui, quand Par les villages a été représenté en France, où Claude Régy a, le pre- mier, mis en scène la pièce, en 1983. Dans la nuit du 6 au 7 juillet, il y eut bien quelques désertions, mais point de fronde, comme on aurait pu s’y attendre. Pourquoi ? Peut- être parce que le temps est venu où Par les villages est passé de la nou- veauté au classique. Sans doute parce que, aujourd’hui, la nécessi- té se fait sentir d’entendre un grand poème dramatique. Assuré- ment parce que Stanislas Nordey, qui met en scène la pièce et joue Hans, a su réunir des comédiens semblables aux personnages de Par les villages : ils forment un peu- ple d’acteurs, décidés à construire leur maison de théâtre. Et quelles que soient les inégalités dans la dis- tribution, où se côtoient des « stars » – Jeanne Balibar, Emma- nuelle Béart – et des comédiens moins connus du public, un souf- fle passe : illaisse le souvenir d’une lumière bleue comme l’horizon du temps sur les baraques de chantier du décor, d’un son doux de guitare électrique, jouée en direct sur le pla- teau, et d’un appel pour chacun à aller toujours plus loin, «éternelle- ment à la rencontre », en passant par les villages de la vie. p

Brigitte Salino

Par les villages , de Peter Handke. Mise en scène : S tanislas Nordey. Avec Jean- ne Balibar, Emmanuelle Béart, Raoul Fer- nandez, Moanda Daddy Kamono, Annie Mercier, Stanislas Nordey, Véronique Nordey, Richard Sammut, Laurent Sau - vage. Musique : O livier Mellano. Cour d’honneur, jusqu’au 13 juillet (relâche le 9), à 2 1 h eures. Tél. : 0 4-90-14-14-14. De 14 ¤ à 40 ¤. Durée : 4 h 15.

AAvignon, mieux vaut savoir déclamer son texte, surtout s’il est politique

Avignon

demande l’attention du public, l’obtient. D’une voix calme et posée, le comédien lit un texte signé de quatre syndicats – la CGT Spectacle, le Syndeac (théâtre), Profedim (musique) et la Cipac (arts plastiques). Pour les néophytes, l’incident fait l’effet d’un coup de théâtre. Pour les habitués, en revanche, rien de neuf sous le soleil avi- gnonnais : il est rare que le Festi- val ne soit pas perturbé par des interventions de ce type, l’édition 2012 ayant exceptionnellement été épargnée pour cause de bien- veillance à l’égard du pouvoir socialiste fraîchement élu. Mais «un an plus tard, déplore le comédien, les promesses sont parties en fumée ». La cause ? «L’économie libérale » et «les appétits privés », qui mènent le secteur de la culture « au bord de la paralysie ». Coupes budgétaires « record », politique d’éducation artistique « en rade », report d’un an de la loi d’orientation sur la création, statu quo du régime de l’assurance-chômage des artistes et techniciens… Le texte brasse lar-

ge. La ténacité de la ministre de la

divistes du happening avignon-

toire d’ouvriers déshérités, trans-

Envoyé spécial

culture, Aurélie Filippetti, en bon- ne place dans l’assistance, est saluée. L’absence du président de la République et du premier ministre, en revanche, est décrite

nais, les Renseignements géné- raux les ayant même, paraît-il, dans le collimateur ? Peut-être.

muant leur révolte par la grâce de la parole, ne résonne-t-elle pas avec l’incident qui a eu lieu avant sa représentation ? L’esclandre des intermittents a-t-il été ourdi par Stanislas Nordey ? L’acteur et metteur en scène l’aurait-il conçu

Le festival vient à peine de débu- ter, mais déjà, dans les rues et ruelles d’Avignon, les affiches bariolées des spectacles du « off » grappillent le moindre espace vacant : réverbères, abribus, bar- rières de sécurité… Si bien que, pour sortir du lot, quelques éner- gumènes ont mis au point des stratégies plus percutantes. Un acteur se balade déguisé en ours, un autre vitupère muni d’un haut-parleur. Taquin, il menace de sévices salés les passants qui ne se rendraient pas à son « one- man-show ». Rires francs, zygo- matiques détendus : l’invective a fait mouche, la salle sera proba- blement remplie. Côté « in », ça piaffe, ça bavar- de, ça babille. Il est 21 heures pas- sées, en ce chaud samedi de juillet, et la foule attend de faire un sort à Par les villages, de Peter Handke, le premier spectacle joué cette année dans la Cour d’hon- neur. Surprise : un micro est dis- posé sur la scène, un homme

Amateurisme

en ces termes : « Si vous étiez par-

Mais quelque chose d’autre, d’évidence, se joue là. Leur voix ne porte pas. La faute au vent, qui ne fait pas de cadeau aux prédica- teurs non amplifiés. La faute, aus- si, à l’emphase un peu désuète de leurs déclamations, comme échappées d’un autre siècle. La faute, encore, aux approxima- tions qui émaillent leur discours –chiffres erronés, rythme bancal, syntaxe branlante. L’orateur qui les précédait était un profession- nel aguerri de la doléance politi- cienne ; eux, issus d’un groupus- cule altermondialiste, transpirent l’amateurisme. A tel point que, lorsque les premières notes de gui- tare de Par les villages commen- cent à couvrir leur logorrhée, le soulagement est généralisé. Un soulagement qui se colore bientôt de doutes, à mesure que le texte de Peter Handke est monolo- gué par les comédiens : cette his-

mi

nous pour inaugurer cette fête

de

l’esprit, nous saurions que vous

 

êtes avec nous sur le même bateau. Que ferez-vous dans les temps qui viennent pour nous montrer que nous ne sommes pas simplement des dossiers ? » Et de convier le sommet de l’exécutif à une manifestation à Avignon, le 13 juillet à 11h30. Applaudisse- ments nourris. Ceux-ci n’ont pas fini de réson- ner quand se lèvent, dans les gra- dins, deux trublions en costard. Règne de la finance, ressources tailladées… Leur harangue dérou- le les mêmes griefs que celle du premier tribun – la référence à Malraux en plus. D’où vient alors que, très vite, de copieux sifflets s’échappent des travées ? Impa- tience face au retard accumulé ? Sans doute. Sentiment de redon- dance – ces deux-là sont des réci-

comme le prologue de son specta- cle ? Tout est possible. Ou plutôt :

« Personne ne peut tout, mais cha- cun peut dire tout », ainsi qu’on l’entendra sur les planches du Palais des papes. Peter Handke a raison sur le premier point : per- sonne ne peut tout – Aurélie Filip- petti s’en désole à longueur d’in- terviews. Quant à la seconde par- tie de sa phrase, la redoutable arè- ne avignonnaise oblige à lui por- ter un appendice : à quoi bon dire tout si aucune oreille attentive n’est là pour rattraper la parole au bond ? Ainsi perdure l’une des plus cruelles – et des plus belles – lois de la création : c’est aussi à leur capacité à se faire entendre que se mesure le talent des artis- tes, ces porte-voix. p

Aureliano Tonet

0123 13 Mardi 9 juillet 2013 «Orlando », l’extraordinaire voyage Angélica Liddell, une rage inentamée
0123
13
Mardi 9 juillet 2013
«Orlando »,
l’extraordinaire
voyage
Angélica Liddell, une rage inentamée
Dans deux spectacles, la performeuse espagnole, 47 ans, crie et crache son dégoût du monde
Théâtre
Avignon
Envoyée spéciale
Mis en scène par Guy Cassiers et jouée
par Katelijne Damen, la pièce est une pépite
L e p ublic est resté tétanisé
quelques longues secondes,
àl’issue de la première repré-
Théâtre
jeune lord anglais de la fin du
qui n’est plus » –, Todo el cielo… est
le versant intime et poétique de
Ping Pang Qiu. Mais le spectacle
pose question, dans la manière
qu’a Liddell de mêler à son syndro-
me personnel l’histoire de la tue-
rie d’Utoya, en Norvège, en
juillet 2011. Ici, le propos, peu
clair, suscite une forme de malai-
se.
XVI
e siècle, va vivre trois siècles,
Avignon
devenant tour à tour ambassadeur
sentation de Todo el cielo sobre la
tierra ( El sindrome de Wendy ),
samedi 6j uillet. Puis il a r éservé
un accuei l plutôt enthousiaste à
Envoyée spéciale
à
Constantinople, membre d’une
P our leur dernière édition à la
tête du Festival, Hortense
Archambault et Vincent Bau-
tribu de bohémiens, changeant de
sexe, puis revenant vivre sous les
traits d’une femme de lettres dans
l’Angleterre victorienne…
driller ont choisi d’inviter, pour un
ou deux soirs, des artistes qui les
ont accompagnés depuis 2004, et
ont particulièrement marqué Avi-
gnon. Comme des cailloux blancs
qui permettraient de refaire le che-
min, de remonter le fil de ces dix
ans, avec une trentaine d’artistes
emblématiques.
Le premier de ces cailloux est
une pépite, signée par le metteur
en scène flamand Guy Cassiers et
son incroyable comédienne, Kate-
lijne Damen. Cassiers a été une des
vraies découvertes d’Avignon, où
la nouvelle création, très atten-
due, d’Angélica Liddell – u n
accueil dans lequel se sentaient à
la fois la stupéfaction et l’admira-
tion devant la performance à
laquelle on venait d’assister, et les
interrogations que le spectacle
peut susciter sur le fond.
L’artiste espagnole (à la fois
auteure, metteuse en scène et per-
formeuse), qui a été une des gran-
des découvertes du Festival, en
2010, avec sa pièce choc La Casa
de la fuerza, est présente à A vi -
gnon avec deux spectacles. Ven-
Il n’en demeure pas moins
qu’Angélica Liddell, qui livre pen-
dant une bonne heure une perfor-
mance hallucinante, vomissant
notamment sa haine des mères –
quelle chanteuse de rock serait
capable de ça aujourd’hui ? –, est
bien la descendante de toute une
Costume blanc
Guy Cassiers et Katelijne
Damen, qui signe aussi l’adapta-
tion du livre de Woolf, en font un
extraordinaire voyage, ludique et
sensible, dans les pouvoirs de l’ima-
gination et de la littérature. Dans
son costume blanc qui pourrait
être du XVIII e siècle comme du
Elle est bien la
descendante de toute
une lignée d’artistes
espagnols sacrilèges,
profanateurs,
batailliens
XX
e siècle – longue jupe, chemisier
dredi 5juillet, elle avait ouvert les
à
jabot de dentelle et gilet de dan-
festivités avec Ping Pang Qiu, une
dy
–, la comédienne évolue dans
première pièce qui est comme le
un
paysage en métamorphose
double inversé de la seconde :
constante, créé par le superbe tra-
il
est venu pour la première fois en
vail
vidéo de Frederik Jassogne.
2006, avec Rouge décanté – déjà
un stupéfiant monologue, mascu-
lin celui-là – et où il a présenté des
spectacles marquants, notam-
A partir de quelques motifs des-
sinés sur des panneaux posés au
sol,
en changeant de focale et d’in-
tensité de lumière avec les camé-
ment la trilogie du pouvoir
Mefisto for ever, en2007 et 2008.
Pour être un de ces nouveaux
ras
qui filment en direct sur le pla-
plus foutraque (mais aussi plus
ludique) sur la forme et la maniè-
re d’investir le plateau, et plus
tenue sur le propos.
Dans les deux spectacles,
Angélica Liddell, 47 ans, cette fille
de militaire franquiste qui ne ces-
se de crier et de cracher son
dégoût et sa rage face à c e « cloa -
Angélica Liddell dans « Todo e cielo sobre la Tierra »,
le vendredi 5 juillet. PIERRE GROSBOIS
lignée d’artistes espagnols sacrilè-
ges, profanateurs, batailliens. Ses
interrogations sur sa propre
monstruosité évoquent irrésisti-
blement le titre de la célèbre gra-
vure de Goya : Le sommeil de la rai-
son engendre des monstres.
C’est ce qui emporte le mor -
ceau, chez le «monstre » Liddell :
teau, le vidéaste crée des images
d’une beauté somptueuse, jamais
artistes qui travaillent la scène en
plasticiens, le metteur en scène fla-
mand est aussi un grand amateur
de littérature – il a même adapté
au théâtre A la recherche du temps
perdu, de Proust. Cet Orlando qu’il
illustratives, images mentales de
l’étoffe de celles qui se forment àla
lecture d’un livre.
Cette traversée doit tout à Kate-
lijne Damen, qui la conduit de
manière à la fois incroyablement
cette rage inentamée. Cette façon
de mettre en scène son propre
enfermement, en utilisant de
manière magistrale The House of
the Rising Sun,la chanson des Ani-
mals. C’est fou, la beauté qu’elle
arrive à créer, cette femme incon-
solable de la laideur du monde. p
a
offert, samedi 6juillet, comme
Fabienne Darge
un cadeau, est un concentré de
tout son théâtre, qui utilise les
technologies les plus pointues de
l’image et du son pour déployer
une expérience sensorielle et inti-
vivante et intime. L’utilisation du
micro HD, le phrasé d’une dou-
ceur hypnotique de la comédien-
que impossible à nettoyer » qu’est
le monde, part du même point.
C’est-à-dire d’elle, Angélica, qui,
irrémédiablement écorchée vive
et souffrante, est partie en Chine,
pour apprendre la langue, et ten-
ter d’aimer un pays, à d éfaut
d’aimer quelqu’un.
Dans Ping Pang Qiu, cet amour
Pi ng Pa ng Qi u, de et par Angélica Liddell.
ne,
son humour, matérialisent cet-
impossible pour l’empire du
te
expérience unique d’un imagi-
naire qui se dilate aux dimensions
me.
Le merveilleux roman écrit par
Virginia Woolf en 1927 est à la fois
un appel et un défi pour le théâtre
du
monde. p
F. Da.
Orlando, d’après le roman de Virginia
que et dérangeant, sans que l’on
sache très bien, à l ’issue de la
représentation, si c’est toujours
au bon sens du terme. Sur l’occu-
pation du plateau, en tout cas,
c’est une superbe réussite. Com-
mencée dans une atmosphère de
conte noir, la pièce, avec une liber-
té magnifique, mêle des images
d’u ne for ce inc ont est abl e e t d es
moments musicaux terriblement
touchants dans leur kitsch assu-
mé – c omme dans cette série de
valses dansées par un vieux cou-
ple chinois.
Baigné par un sublime poème
de William Wordsworth – « E t s i
rien ne peut ramener l’heure/ De
la splendeur dans l’herbe, de l’éclat
dans la fleur/ Au lieu de pleurer
nous puiserons/ Nos forces dans ce
Gymnase du lycée Mistral, à 15 heures, jus-
qu’au 11 juillet. Durée : 1 h 40. De 14 à 28 ¤.
En espagnol surtitré en français.
Todo el cielo sobre la tierra (El sindro-
me de Wendy), de et par Angélica Lid-
dell. Cour du lycée Saint-Joseph,
à 2 2 h eures, jusqu’au 11 juillet. Durée :
Robert Wilson aussi s’y était atta-
qué, avec Isabelle Huppert, en
1993. Comment montrer sur scène
cette traversée du temps, du mon-
de et des sensations ? O rlando,
Woolf. Opéra-Théâtre, le 6 juillet. Specta-
cle en néerlandais surtitré en français.
Au Théâtre de la Bastille, à P aris, du 5a u
10 novembre, et au Théâtre de la Minote-
rie, à M arseille, du 5 a u 7 décembre.
Milieu donne lieu à une pièce qua-
si documentaire. Angélica Liddell
a eu l’idée géniale de repartir d’un
épisode historique un peu oublié,
celui de la « d iplomatie du ping-
pong », qui a v u, au début des
années 1970, les relations sino-
américaines se réchauffer grâce à
l’envoi en République populaire
de Chine de champions de tennis
de table américains. Et ce alors
même que la Chine condamnait
officiellement les bombarde -
ments américains sur le Vietnam.
Ce qui intéresse ici, c’est la
manière tout à f ait personnelle,
parfois naïve – mais du coup fai -
sant de cette naïveté un ressort –,
qu’a l’artiste espagnole de se
confronter à u ne matière politi -
que, et notamment aux dégâts de
la Révolution culturelle chinoise
jusque dans les rangs de certains
intellectuels parisiens. Et son affir-
mation de sa singularité radicale
face à t outes les entreprises de
masse, brandissant en place du
Petit Livre rouge de Mao Le Livre
d’un homme seul de Gao Xingjian.
Todo el cielo… est à l a f ois un
spectacle d’une tout autre trem-
pe, et nettement plus problémati-
2h 40. De 16 ¤ à 36 ¤. En espagnol surti-
tré en français. Tél. : 0 4-90-14-14-14. Le
spectacle sera repris à P aris, à l ’Odéon -
Théâtre de l’Europe, du 20 novembre au
1
er décembre.
Théâtre de l’Europe, du 20 novembre au 1 er décembre. Dans la carrière de Boulbon, la

Dans la carrière de Boulbon, la transe de Dieudonné Niangouna fait long feu

Artiste associé du 67 e Festival d’Avignon, le Congolais inonde son nouveau spectacle, «Shéda », de son immense culture, au risque du trop-plein

Théâtre

Avignon

Envoyée spéciale

A ux petites heures du matin, lundi 8juillet, l’obscurité s’est faite dans la carrière de

ment utilisé. Comme des guetteurs dans la nuit d’Afrique, des hom- mes parcourent la falaise, qui sur-

plombe une vaste installation de bois et de tôle de récupération (scé- nographie de Patrick Janvier). Dans

ce campement à la fois archaïque

et futuriste, comme rebâti après on

Boulbon, tirant le rideau sur Shéda,

ne

sait quelle catastrophe, se retrou-

la

création de DieudonnéNiangou-

ve

une humanité couverte de pous-

na, artiste associé, avec Stanislas Nordey, de cette 67 e édition du Festi- val d’Avignon. La nuit a enveloppé

sière, formée de survivants, de guer- riers et de veilleurs – de femmes, aussi, à commencer par une sorciè-

le cirque de pierre, au terme d’une

étrange odyssée de près de cinq heures, qui a laissé un sentiment d’inaccomplissement et de trop- plein. Comme un fleuve qui aurait charrié sans trêve les images, les idées, les histoires, les mots, sans que l’on puisse vraiment s’en sai- sir, en dégager un sens. C’est comme si l’auteur-metteur en scène du Congo-Brazzaville avait voulu mettre dans cette créa- tion toutes ses expériences – et elles ne sont pas minces –, ses colè- res, ses rêves, ses souvenirs, ses

mythologies personnelles, lui qui a tant et tant lu, tant voyagé dans la fiction. Mais on se perd dans ce foi- sonnement, parce que Shéda n’est pas construit sur une trame drama- tique, que les personnages y sont désincarnés, et que le texte est très inégal, alternant des moments poé- tiques forts avec des passages tout

à fait pompiers. C’est d’autant plus dommage que l’extraordinaire espace de la carrière de Boulbon est superbe-

re conteuse d’histoires, et une prin- cesse déchue.

Des moments poétiques forts avec des passages tout à fait pompiers

A partir de là, on serait bien en peine de raconter ce qui se passe vraiment dans Shéda. Dieudonné Niangouna, dans un texte de pré- sentation de son spectacle, dit avoir cherché « une écriture qui se déplace de sa narration et tourne le dos au présent organique, s’éloigne

du quotidien, contourne le réel pour d’abord et avant tout trouver l’es- sence ». Mais à force de contourner

le réel, l’essence s’évapore. Il est

question dans Shéda de la peur, de

la mort, de la chute, d’une sorte

d’apocalypse, de l’Afrique, de la politique et d’un monde où la seule alternative serait «le sous-dévelop- pement et la chaise électrique »,

«le sous-dévelop- pement et la chaise électrique » , Dieudonné Niangouna, le 7 juillet. NATHALIE

Dieudonné Niangouna, le 7 juillet. NATHALIE STERNALSKI/MEDIA ACCESS

mais sans que tout cela devienne vraiment vivant dans le concret du théâtre.

Le spectacle vaut néanmoins par l’atmosphère qu’il arrive à ins-

taller à certains moments, notam- ment grâce à l a m usique, que signent Pierre Lambla et Armel Malonga. Et grâce à c ertains acteurs, àcommencer par Dieudon-

né Niangouna lui-même, comé- dien tout à fait fascinant, sec, inten- se, chez qui le verbe semble viscéra- lement rivé au corps. Quant à Mathieu Montanier, il arrive à créer un très beau « personnage » de gardien d’une mémoire perdue, d’un monde disparu. Pour le reste, on s’interroge. Dieudonné Niangouna s’est fait

connaître à Avignon et ailleurs avec Attitude clando et Les Inepties volantes, deux monologues directe- ment issus de son expérience de survivant des guerres civiles absur- des et meurtrières qui ont ravagé son pays. Et c’est encore cette for- me du monologue qui donne à Shéda ses meilleurs moments, por- tés par une véritable urgence de la

parole. Mais dans le reste du specta- cle, l’artiste congolais donne le sen- timent de s’être fait déborder par

son immense culture, livresque, cinématographique, traditionnel- le… A un moment, des hommes tombent, grands mannequins pro- jetés du haut de la falaise. Peut-être les héros de Shéda sont-ils les dieux déchus de toutes nos mythologies accumulées, des plus traditionnel- les aux plus « new age » – façon heroic fantasy… Peut-être sont-ils, aussi, les survi- vants en marge d’un monde qui a passé un pacte avec le diable. Dieu- donné Niangouna a formé le titre de son spectacle à partir de deux

mots swahilis, « shida », qui signi-

fie transaction louche, et « shéta », d’après «shétani », qui veut dire dia-

ble, démon. Sans doute a-t-il aussi voulu retrouver, avec ce spectacle, la force performative et initiatique des histoires que lui racontait sa grand-mère sorcière quand il était enfant. Les diables ont dû lui jouer un tour : toujours est-il que Shéda peine àprovoquer la transe théâtra- le escomptée, et que le spectacle gagnerait, dans tous les cas, à être sérieusement resserré. p

F. Da.

Shéda, de et par Dieudonné Niangouna. Carrière de Boulbon, à 2 1 h eures, jus - qu’au 15 juillet. Durée : 4 h 5 0. De 16 ¤ à 3 6 ¤ . T él. : 0 4-90-14-14-14. Puis à Reims, les 21 et 22 mars 2014, à M arne- la-Vallée, le 29 mars, et à S aint-Quentin- en-Yvelines, le 4 a vril.

14

culture

14 culture Passage de relais anglais àBelfort Deux emblèmes du rock britannique, Blur et My Bloody

Passage de relais anglais àBelfort

Deux emblèmes du rock britannique, Blur et My Bloody Valentine, ont clos les Eurockéennes

Rock

Belfort

Envoyé spécial

L es Eurockéennes de Belfort ont célébré dignement leur 25 e anniversaire en rajoutant

une quatrième journée au festival et en battant leur record de fré- quentation (127 000 personnes sur la presqu’île de Malsaucy, du 4 au 7 j uillet, 100 000 en 2012). Dimanche7 juillet, en conclusion de l’événement, les organisateurs avaient choisi d’enchaîner les pres- tations de deux emblèmes du rock anglais des années 1990, My Bloo- dy Valentine et Blur. Deux grou- pes qui se sont succédé dans l’his- toire de la pop insulaire, en modi- fiant le cours et la ligne esthétique. Fondé dans la seconde moitié des années 1980 par le guitariste Kevin Shields, My Bloody Valenti- ne a incarné la quintessence d’une pop bruitiste, jouant des contras- tes entre ambiance lysergique et tension frénétique, fragilité des voix et violence de l’instrumenta- tion. Deux albums, Isn’t Anything (1988) et Loveless (1991), avaient fourni les mètres étalons de cette innocence électrocutée. «Nous avons toujours admiré la radicalité des visions soniques de Kevin Shields, déclare Alex James, le bassiste de Blur, dans les coulis- ses des Eurockéennes. Même s’il s’est un peu noyé dans son perfec-

tionnisme.» Au point de basculer dans le mutisme après 1993, à for- ce de chercher un successeur au chef-d’œuvre Loveless. Un silence interrompu en 2008, quand le quatuor se reforme pour une série de concerts. Il faut encore attendre le 2 février 2013, pour que les Irlando-Londoniens annoncent la publication de leur troisième album, mbv, disponible,

la publication de leur troisième album, mbv , disponible, Damon Albarn, chanteur du groupe Blur, dimanche

Damon Albarn, chanteur du groupe Blur, dimanche 7 juillet. FAUSTINE/DALLE

dans un premier temps, sur le Net.

A Belfort, on constate que My

Bloody Valentine sculpte toujours les distorsions avec autant de maî-

trise et que l’immobilisme de son leader mérite toujours le qualifica-

tif de « shoegazing » (qui

regarde

ses chaussures en jouant). Les voix sont tellement en retrait que le

public scande en chœur : « L e micro ! Le micro ! »

Ado espiègle

L’avènement de Blur et celui de la génération Brit pop (Oasis, Pu lp …) , d ans la première moitié des années 1990, ne s’affirmait-il pas en partie en réaction à c ette façon de rester dans sa bulle ? A la timidité masquée par les défla - grations succédait l’arrogance sexy de chanteurs puisant dans la grande tradition du vedettariat

et des refrains pop britanniques.

Sur les écr ans vid éo, on not e que, pendant le concert de My Bloody Valentine, aucune caméra ne cadre les musiciens en gros plan, alors que pendant celui de

Blur, les images se focalisent sur le visage de Damon Albarn. A 45 ans,

le chanteur a gardé ses allures d’a-

do espiègle et une forme physique lui permettant de bondir aux qua- tre coins de la scène. Aprèssept albums et une collec- tion de tubes prouvant une impressionnante capacité à s e renouveler, le quatuor londonien

a f ait une pause de 2003 à 2 009.

Une séparation due à d es ten - sions internes, un break permet-

tant surtout à Albarn d’épanouir sa créativité au sein de projets comme Gorillaz, Mali Music, The Good The Bad & T he Queen et

même l’écriture d’opéra (Dr Dee…). Réconcilié, le groupe a pumesu- rer sa popularité lors de concerts géants (Hyde Park, Glastonbury). Depuis, les retrouvailles sont régu- lières. «Nos liens sont plus forts que jamais, assure Alex James, et cha-

que concert est une fête », solide- ment monnayée (350 000 euros environ de cachet aux Eurockéen- nes). Aucun nouvel album n’a enco- re vu le jour. Seules trois chansons ont été publiées (Fool’s Day, Under the Westway, The Puritan). Comme si l’inspiration collective peinait à

revenir. A Belfort, malgré l’apport de choristes soul et d’une section de cuivres, l’énergie du zébulon Albarn se trouvait souvent aux pri- ses avec un son brouillon, négligé, comme manquant d’enjeu. p

Stéphane Davet

négligé, comme manquant d’enjeu. p Stéphane Davet Beauregard, le confort plutôt que les dissidences En trois

Beauregard, le confort plutôt que les dissidences

En trois jours, le festival a réuni quelque 53 000 amateurs de rock, pop, chanson et électro

Rock

Hérouville-Saint-Clair (Calvados) Envoyée spéciale

L e Festival de Beauregard fête ses cinq ans d’existence. C’est peu et beaucoup. Le temps

d’installer une image, mais à pei- ne ; celui de fidéliser un public, mais avec des variables d’ajuste- ment. L’édition 2013 s’est close le dimanche 7juillet avec Nick Cave & The Bad Seeds, Dead Can Dance et C2C, après trois jours de ciel bleu, ados allongés torses nus dans l’her- be pour écouter Rover, jeunes adul- tes enroulés dans les écharpes pour écouter le Britannique Miles Kane, parce qu’en Normandie l’humidité finit toujours par tomber, au mieux, au cœur de la nuit. En 2012, malgré les trombes d’eau, Beauregard avait regroupé 55 000 amateurs de rock, pop, chan- son, électro, en trois jours. Un an plus tard, alors que la crise écono- mique s’affirme, l’étiage s’est main-

tenu à un niveau légèrement infé- rieur (53 000 spectateurs environ selon les organisateurs).

Pendant ce temps, les cachets d’artistes n’ont pas baissé, loin s’en faut, et Beauregard a continué à

investir dans les aménagements :

un camping, des accueils agran- dis… Les nouvelles taxes imposées sur la bière ayant fait passer le demi de 2,50 euros à 3 euros, sa consommation a chuté. En consé- quence, le budget du festival

(2,7 millions d’euros) ne devrait pas atteindre l’équilibre.

Si la mairie (MoDem-Le Centre)

d’Hérouville-Saint-Clair, banlieue de Caen, qui compte 57 % de loge- ments sociaux, fournit 8% du bud- get, Beauregard est avant tout une affaire privée, menée par une SAS, dont les trois premiers quarts sont détenus par les fondateurs locaux, Claire Lesaulnier, Paul Langeois, Patrick Simon, le dernier par Alias, société de production de specta- cles, présente depuis le lancement du festival en 2009 sous le nom de I Love John, personnage imaginaire.

La Normandie affichant un défi-

cit en la matière, un groupe d’amis réunis autour de la salle le BBC, la salle de musique actuelle d’Hérou- ville-Saint-Clair, s’était rapproché

il y a cinq ans de Dominique Revert,

cogérant d’Alias Production «Sans lui, on n’aurait jamais pu faire venir Gossip ou Pete Doherty dès la pre- mière édition », explique Patrick Simon. Beauregard s’inscrit désor- mais dans le trio d’ouverture des festivals rock du premier week-end de juillet.

Ecrans géants

Ce festival a investi le parc du château de Beauregard, construit en 1864, au bord du canal de Caen. L’endroit avait été donné à l’ORTF, qui y avait installé une colonie de vacances. La mairie l’acquiert en 1972. Depuis 2009, y défilent des groupes rock d’importance (cette année New Order ou Smashing Pumpkins), des talents émergents (Jack Bugg, Bat For Lashes), des ambianceurs électroniques (C2C, Vitalic VTLZR), des Français dispara-

tes (Benjamin Biolay, M, Olivia Ruiz). Beauregard cultive l’idée d’un certain confort, sans donner libre court aux marges. Y a-t-il encore des dissidences

possibles dans ce panorama festiva- lier ? Samedi 6juillet, les Améri- cains de Smashing Pumpkins, grou- pe de rock alternatif de Chicago mené par le chanteur Billy Corgan, peine à conclure positivement, offrant un beau concert de rock déchiré, mais conformiste, niché au cœur des années 1990. Puis, déployé, le groupe punk-rock retrouve des ailes par une électroni- que d’amplitude bâtie pour sédui- re des champs de spectateurs, com- me à Glastonbury en Angleterre ou àDour en Belgique, festivals géants où ils viennent de se produire. A Beauregard, on pouvait presque les toucher du doigt, tandis que des écrans géants installés à l’intérieur du château laissaient filtrer par les baies vitrées le visage extatique et enrobé de fumée bleutée de Billy Corgan. p

Véronique Mortaigne

0123

Mardi 9 juillet 2013

Corgan. p Véronique Mortaigne 0123 Mardi 9 juillet 2013 Le substantifique effroi de «The House Taken

Le substantifique effroi de «The House Taken Over »

Le premier opéra du jeune compositeur portugais Vasco Mendonça est une réussite

Opéra

Aix-en-Provence

Envoyée spéciale

S ans approcher le miracle du Written on Skin de George Benjamin créé en 2012 au Fes-

tival d’Aix-en-Provence, The Hou- se Taken Over, premier opéra du jeune compositeur portugais, Vasco Mendonça (né en 1977), se situe dans la droite ligne, exigean- te et intelligible de Benjamin, dont Mendonça a été l’élève. La qualité première tient d’abord à l’excel- lent livret que l’auteur britanni- que Sam Holcroft a tiré de la nou- velle de Julio Cortazar, publiée en 1946 en pleine montée du fascis- me argentin, Casa Tomada (La mai- son occupée), un huis clos inquié- tant, entre Edgar Poe et Ibsen.

Trop terrifiés pour grandir

Un frère et une sœur – Hector et Rosa – vivent en autarcie dans leur maison de famille. Des bruits terri- fiants se font entendre, qui les obli- gent à se retrancher dans des piè- ces de plus en plus exiguës, jus- qu’à se retrouver sur le seuil de la maison. Il leur faudra choisir : res- ter et mourir dans une asthénie de leur espace vital ou s’en aller et affronter enfin la vie. La mise en scène sophistiquée et littérale de Katie Mitchell, avec son décor de maison de poupée, observe la rigueur obsessionnelle des rituels domestiques, déplace- ments cliniques des corps, des objets dans une sorte de ballet mécanique. Quel drame habite céans, dont témoignent les murs, qui ont des oreilles mais aussi des voix ? La mère disparue, dont la cruauté privait sa fille de gâteau

d’anniversaire. Le père en fauteuil roulant, mort au terme d’un long calvaire. Les enfants sont trop terri- fiés pour grandir. Ils nettoient le sol d’on ne sait quelle tache indélé- bile, obturent la lumière pour garantir l’immuabilité d’un temps qu’ils vérifient aux horloges de la maison. On pense au Britten du Tour d’écrou (la berceuse, les pou- pées, Miles et Flora, l’ascendant du garçon, la révolte de la fille…). Ecrite pour une formation de chambre (treize instruments), la partition élégante de Vasco Men- donça semble reproduire par mimétisme l’étranglement de l’es- pace scénique. Les formes allusi- ves, voire répétitives, les conti- nuums de couleurs sombres, les plages d’harmonies létales, s’accor- dent en effet à la cérémonie d’en- fermement. Mais des échappées structurelles, un lyrisme parfois très libre, des sons inusités comme ceux des mélodicas (instruments à vent à clavier popularisés par le reggae) parlent d’un ailleurs possi- ble. Dans une tenue d’un bout à l’autre remarquable, dans la fosse ou sur le plateau, musiciens et chanteurs ont défendu avec un engagement rare cette musique du substantifique effroi. p

Marie-Aude Roux

The House Taken Over, de Vasco Men- donça. Avec Oliver Dunn, Kitty Whately, Katie Mitchell (mise en scène), Alex Eales (décors), James Farncombe (lumière), Asko Schoenberg Ensemble, Etienne Siebens (direction). Domaine du Grand Saint-Jean (13). Le 6 j uillet. Pro- chaines représentations les 8, 13, 16 et 17 juillet à 2 2 h eures. Tél. :

08-20-92-29-23. De 15 ¤ à 70 ¤. Festival- aix.com. Retransmis sur France Musi- que le 3 a oût à 1 2 h 40.

Retransmis sur France Musi- que le 3 a oût à 1 2 h 40. INSTANTANÉ JAZZ

INSTANTANÉ JAZZ

Charles Lloyd, un enfant qui aurait 10 000 ans de musique

En 1967, Charles Lloyd (ténor sax) était ici la seule vedette internatio- nale. Claude Nobs, l’inventeur du Montreux Jazz Festival, s’est absen- té le 10 janvier, à 76 ans. Comment survit son festival ?Montreux n’a jamais été aussi Montreux : des scènes gratuites, un bord de lac plus civilisé (baraques à bouffe, pontons), le Stravinski et ses 4000 places, trois soirées Prince, une pour Sting. Le 20 juillet, feu d’artifice pour les 80 ans de Quin- cy Jones et l’éternité de Nobs. Montreux réaffirme le jazz dans son club : 350 places à des prix helvètes. Charles Lloyd,

75 ans, se présente à Montreux

pour la sixième fois. Autour de

lui, moins de 40 ans, Zakir Hus- sain (tablas, chant) et Eric Harland (drums, voix). Les trois jouent comme des enfants qui auraient

10 000 ans de musique : « Je suis

un musicien d’instinct, pas un pro-

fessionnel », dit Lloyd. Bien sûr… Circulation d’inconscient à inconscient, plaisir, intensité. Les trois ne font qu’un, échangent des fables et des sons, laissent advenir la musique et les esprits. Chacun sent qu’il s’agit de poésie, d’art de vivre et de mourir. Leçon d’autant plus forte qu’elle succède au 212 e «nouveau prodige de la guita- re » en solo : Kurt Rosenwinkel et son swing de paquet de biscottes, ses bossa poussives, son récital de professeur… Mystère de l’ego avant l’humilité. Charles Lloyd toujours : « La musique me traverse. Je suis com-

me vous, un reporter des splen- deurs et des désastres du monde. » Son spiritualisme oriental aura gêné (années 1960), fait sourire (1980). Après bien des tourments, il prend en musique le sens d’une

bonté offerte. p

Francis Marmande

musique le sens d’une bonté offerte. p Francis Marmande Demain dans 0123 Le supplément

Demain

dans

0123

Le supplément science&médecine

Les fausses promesses des anticoagulants

ec ne Les animaux ont du caractère Des venins pour soigner ? Héraut de la
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Les animaux ont du caractère
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Mardi 9 juillet 2013

mode

15

0123 Mardi 9 juillet 2013 m o d e 15 médaillon de saphir acheté chez Bulgari
médaillon de saphir acheté chez Bulgari en 1963 par l’actrice et racheté aux enchè- res
médaillon de saphir
acheté chez Bulgari en
1963 par l’actrice et
racheté aux enchè-
res par la maison lors
de la vente de sa col-
lection, en décem-
bre 2011.
Cette dispersion d’un
ensemble pléthorique a
fait office, pour les
joailliers (dont beaucoup ont
racheté des pièces pour leurs
archives), de leçon d’histoire du
bijou et de source d’inspiration
plus ou moins consciente.
On retrouve un peu des goûts
Bracelet tulle Ducale
en or jaune et diamants,
Buccellati. BUCCELLATI

Montre à secret Lion vénitien en or blanc et diamants, Chanel Joaillerie. CHANEL JOAILLERIE

Bracelet Persian Memories en or blanc, diamants, rubis, émeraudes, Bulgari.

BULGARI

en or blanc, diamants, rubis, émeraudes, Bulgari. BULGARI Boucles d’oreilles Majestueuse en or jaune, diamants,

Boucles d’oreilles Majestueuse en or jaune, diamants, saphirs bleus, jaunes, roses et violets, émeraudes, grenats démantoïdes, grenats spessartites, et tourmalines de Paraïba, Dior Joaillerie. DIOR

et tourmalines de Paraïba, Dior Joaillerie. D I O R Bague Pongal en or jaune, diamants,

Bague Pongal en or jaune, diamants, cabochons de rubis, émeraude taille coussin, Van Cleef &Arpels.

VAN CLEEF & A RPELS

extravagants de cette collection- neuse VIP dans la collection Pier- res de caractère de Van Cleef &Arpels, seconde du nom après cel- le présentée il y a sept ans à l’occa- sion du centenaire de la mai- son. Dans des compositions originales et multicolores, les pierres dures aux teintes et aux textures picturales, com- me l’onyx, le corail ou la tur- quoise, rencontrent les pier- res les plus exceptionnel- les, comme les rubis du Mozambique du collier Oriental Princess ou l’éme- raude colombienne de la bague Pongal. On retrouve ici la liberté, le goût du voyage et des cultures exoti- ques d’une époque, les années 1960 et 1970, où les frères Arpels arpentaient la planète, de l’Egypte au Japon en passant par l’Inde, pour garnir leurs coffres et nourrir leur imagination, tandis que Liz Taylor empilait les parures en améthystes, corail et diamants de la maison. Les bijoux sont des jouets irrésis- tibles pour les femmes. Victoire de Castellane, qui dessine ceux de Dior, en sait quelque chose. Sa col- lection Cher Dior évoque une pano- plie idéale et luxueuse pour la peti- te fille qui sommeille en chaque cliente. Ces boucles d’oreilles chan- deliers inspirées du XVIII e siècle, bagues, colliers et bracelets qu’elle

a voulus « ravissants » ressemblent

à des crumbles de pierres kaléidos-

copiques et asymétriques, des carambolages délicieux de saphirs de couleur, diamants, rubis, gre- nats démantoïdes, tourmalines de Paraïba, émeraudes. De nombreuses femmes ont marqué l’histoire de Mellerio dits Meller, qui fête cette année ses 400 ans. A commencer par la reine Marie de Médicis, qui a donné à la maison le brevet l’intronisant dans le monde de la joaillerie. Quatre siè- cles plus tard, elle célèbre son anni- versaire avec quatre pièces uni- ques dédiées à la reine de France. Le collier collerette a nécessité 4000 heures de travail et a été serti d’un lot exceptionnel de quinze rubis qui dormaient dans les stocks de la maison. Encore plus originale, la traîne de corsage pose au creux du décolleté un bouquet de lys en diamants auquel répondent des bourgeons d’émeraude suspendus dans un pompon de perles. Royal. p

Carine Bizet

Les présentations des collections de haute joaillerie ont clos avec éclat les défilés de haute couture

Parures divines pour divas

M use, cliente ou créatrice, les femmes dominent l’univers du bijou, et cette

saison, plus que jamais, la haute joaillerie leur rend hommage. Il faut dire que cet univers est peuplé de personnalités fascinan- tes, comme la peu consensuelle Gabrielle Chanel. La créatrice pion- nière, femme indépendante au caractère parfois abrupt, avécu mil- le vies qui continuent de nourrir le style de la maison portant son nom. La haute joaillerie ne fait pas exception. La nouvelle collection, Sous le signe du lion, rend homma- ge àl’un des emblèmes de la créatri- ce et renvoie à un épisode doulou-

Bulgari rend hommage à Sophia Loren, Ava Gardner, Marilyn Monroe et Elizabeth Taylor

reux de son histoire. En 1919, Coco Chanel porte le deuil de son grand amour, Boy Capel, victime d’un accident de voiture. Dévastée, elle se laisse convaincre par des amis de les accompagner à Venise. La beau- té et l’art qui marquent la ville lui redonnent des forces. Venise proté- gée par le lion de saint Marc offre un nouveau départ à la créatrice née sous le signe de cet animal, qui sera son porte-bonheur. Son appar- tement de la rue Cambon est enco- re peuplé de statuettes à la gloire du roi des animaux. Celui-ci règne sur la nouvelle col- lection : les parures de platine et d’or blanc serties de diamants reproduisent la tête ou le corps entier du lion. Venise croise l’astro-

logie dans des pièces qui associent fauve et comète. A l ’éclat monochrome du dia- mant répondent les notes baroques, empruntées à l’archi- tecture vénitienne, et que l’on retrouve dans la bague Lion San Marco, sur- montée d’un impression- nant animal sculpté dans le lapis-lazuli, une patte posée sur une étoile. Pour un peu, on enten- drait rugir la bête… Chez Bulgari, on invoque un autre genre d’étoiles : celles du cinéma des années 1950 et 1960. Les cinquante pièces uniques de la collection Diva rendent hommage à S ophia Loren, Ava Gardner, Marilyn Monroe et la col- lectionneuse de bijoux la plus célè- bre au monde, l’actrice Elizabeth Taylor. Les parures aux pierres de couleur taillées tout en rondeurs évoquent un glamour solaire et sen- suel. Leur opulence est accentuée par des saphirs et des émeraudes exceptionnelles. Les « cailloux » préférés de la star ont notamment inspiré un bracelet Persian Memo- ries, aux faux airs de bonbon pré- cieux. Il est habillé de six émerau- des de Zambie (pour un poids verti- gineux de 243,83 carats), taillées selon une très ancienne technique indienne appelée « takhti ». Bulgari a fait là un pari réussi :

les pierres étaient à l’origine car- rées et irrégulières, mais l’acheteu- se de la maison, Lucia Silvestri, a persuadé un tailleur de les couper en deux pour faire ressortir leur éclat. Le genre d’anecdote qui aurait réjoui Liz Taylor, comme l’aurait réjouie le pendentif Fore- ver Glamour, paré d’un saphir cous- sin du Sri Lanka qui rappelle le

paré d’un saphir cous- sin du Sri Lanka qui rappelle le Formes aériennes et effets de

Formes aériennes et effets de transparence

ENTRE effets 3D et jeux de matiè- res, la haute joaillerie moderne cherche à surprendre et à émer- veiller. Les dentelles d’or et les gravures de métaux précieux font depuis toujours la renom- mée du joaillier italien Buccella- ti. Parmi les dernières merveilles sorties des ateliers, Ducale, le bra- celet de tulle d’or habillé de dia- mants, se distingue par ses for- mes aériennes, sa souplesse et ses motifs délicats empruntés à l’architecture du Palais ducal de Venise. Le joaillier, qui perpétue les traditions et techniques de l’orfèvrerie Renaissance, sait en donner une traduction moderne,

fascinante, sur l’endroit comme sur l’envers. Les nouvelles bagues de haute joaillerie Chaumet sont elles aus - si admirables sous toutes les cou- tures. Des pierres de centre aux architectures pavées des montu- res, elles sont conçues comme des sculptures. Sur le thème du lien, motif-signature de la mai- son, ces douze pièces, entrées en matière de la nouvelle directrice artistique, Claire Deve-Rakoff, associent taille baguettes géomé- triques ou brillants classiques pour multiplier les effets dynami- ques, asymétriques et très contemporains.

Chez Louis Vuitton, Lorenz Bäumer défend un luxe graphi- que. Son esthétique mêle les architectures géométriques épu- rées à l’usage de pierres comme les spinelles aux teintes rares :

lilas, gris-bleu, rouge profond ou cobalt. Sa montre de haute joaille- rie, qui reprend le plan de Paris en architecture d’or gris et dia- mants, est une prouesse de géo- métrie dans l’espace où le vide compte autant que le plein.

Apesanteur

Les pièces de la collection Hôtel de la lumière de Bouche- ron jouent également avec les

volumes et les matières de manière inédite. Les boules-bul- les du collier Perles d’éclat sont sculptées dans du cristal de roche évidé. Evoquant le champa- gne qui coulait à flots au Ritz, voi- sin de la place Vendôme, cette pièce a aussi quelque chose d’un vaisseau spatial miraculeux. Dans ses perles géantes aux effets de transparence modulés par le dépolissage flottent des diamants comme en apesanteur. Une prouesse technique qui fait tourner la tête aussi sûrement qu’une cuvée millésimée de Dom Pérignon. p

C. Bi.

SOURCE : ASO

SOURCE : ASO

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sport

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Mardi 9 juillet 2013

: ASO SO URCE : ASO 16 sport 0123 Mardi 9 juillet 2013 168,5 km 168,5
168,5 km 168,5 km DIMANCHE 7 JUILLET DIMANCHE 7 JUILLET 9 9 e ÉTAPE e
168,5 km
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DIMANCHE 7 JUILLET
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MONTAGNE
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Saint-Girons
Saint-Girons
Bagnères-de-Bigorre
Bagnères-de-Bigorre
Col de Menté
Col de Menté
Col de Peyresourde
Col de Peyresourde
La Hourquette d’Ancizan
La Hourquette d’Ancizan
Col du Portet-d’Aspet
Col du Portet-d’Aspet
Col de Val Louron-Azet
Col de Val Louron-Azet
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Catégorie du col
Catégorie du col

197 km

197 km

MARDI

MARDI 9 JUILLET

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e

PLAINE

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Saint-Gildas-des-Bois

Saint-Gildas-des-Bois

Saint-Malo

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Sa int-Gildas-des-Bois Sa int-Malo Sa int-Malo Redon Redon Paimpont Paimpont Côte de Dinan Côte de Dinan
Sa int-Gildas-des-Bois Sa int-Malo Sa int-Malo Redon Redon Paimpont Paimpont Côte de Dinan Côte de Dinan

Redon

Redon

Paimpont

Paimpont

Côte de Dinan

Côte de Dinan

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Catégorie du col

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(XX h XX : passage au plus tôt)

(XX h XX : passage au plus tôt)

CLA S S EMENT