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Allocution de Madame Sandrine Salerno

Maire de Genève

Mosquée du Petit-Saconnex
vendredi 10 septembre 2010

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui, à titre personnel


bien évidemment, mais également en ma qualité de Maire de Genève.

Ce premier vendredi après la clôture, pour vous, d’un mois de jeûnes, de


prières et de célébrations conviviales est une journée particulière, dans
une semaine particulière pour Genève ; une semaine, durant laquelle,
trois parmi les plus importantes communautés religieuses de notre
région ont été appelées au recueillement et à la célébration, chacune
selon sa foi, chacune selon ses rites.

Au nom des autorités de la Ville, j’étais à la synagogue mercredi soir


pour fêter Roch Hachana avec la communauté juive ; le lendemain, j’ai
défilé avec les Eglises réformées de Genève, à l’occasion du Jeûne
genevois, qui, cette année, s’est voulu « international », invitant
l’ensemble des communautés étrangères réformées à se réunir autour
de leur foi, pour célébrer leur intégration dans une Genève ouverte à
l’immigration et respectueuse des différences.
Seule la version prononcée fait foi 1
Aujourd’hui, je suis ici parmi vous, musulmanes et musulmans, qui venez
d’origines géographiques et sociale très différentes les unes des autres,
et qui offrez à Genève non seulement votre grande diversité, mais aussi
– d’une manière peut-être unique – votre grande capacité à conjuguer,
dans notre ville cosmopolite, vos différences aussi bien que votre unité.
Pour moi, qui suis de culture catholique de par mes origines franco-
italiennes, quoique non pratiquante, le fait de participer à ces trois
moments de partage avec des hommes et des femmes, qui se
reconnaissent dans des traditions et des modes de pensées souvent
éloignés des miens, m’apporte une très grande richesse.

Et en tant que Maire de Genève, j’ai tenu à démontrer par ma présence


en ces trois lieux, que Genève est - et restera - une cité ouverte sur le
monde ; une ville d’immigration et de rencontre, de brassage de culture,
de subtils mélanges de visions du monde et d’espérances ; un espace
de liberté qui permet à la fois le respect des traditions - et le respect des
personnes qui les défendent ; une cité qui stimule - et c’est ce qui à mes
yeux est peut-être le plus important - l’expression de la dissidence
individuelle et de la critique sociale, ces deux fondements de notre
démocratie laïque, qui cimentent notre communauté de destin, quelles
que soient nos origines et nos appartenances.

C’est en cela précisément que réside la force de Genève ! C’est en cela


que Genève est un des principaux lieux sur la planète où s’ébauche la
gouvernance mondiale de « l’inter-religieux » du dialogue entre les
croyances.

Ce que nous devons partager toutes et tous, indépendamment de nos

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croyances, c’est notre éthique du dialogue et notre éthique
démocratique.

Une attitude individuelle de profond respect face à l’autre, à ses


croyances, à ses traditions et ses utopies ; et notre volonté commune de
nous projeter ensemble dans l’avenir : sans exclusion, sans
discrimination, dans notre désir collectif de promouvoir, ici et partout, la
liberté individuelle, l’égalité entre toutes et tous, et une solidarité
fondamentale : entre jeunes et moins jeunes, entre riches et moins
riches, entre celles et ceux qui sont installé-e-s de longue date et celles
et ceux plus récemment arrivé-e-s dans la Cité ; une solidarité sans
laquelle les principes de liberté et d’égalité, posés sans fondement
collectif, auraient tôt fait de dissoudre la société.

Genève s’est montrée solidaire contre les peurs au moment de la


déplorable votation contre les minarets. Genève – à l’instar des villes les
plus grandes de Suisse - a montré à l’ensemble du pays, que là où les
musulmans sont les plus nombreux, là comme au Petit-Saconnex où les
musulmans se recueillent, là où les habitant-e-s se côtoient les uns les
autres, il n’y a de place ni pour la peur, ni pour la haine.

Il faut donc continuer à mieux se connaître pour mieux se respecter !

Notre capacité – toute genevoise – à la reconnaissance mutuelle doit


faire tâche d’huile. La valorisation des cultures et de l’interculturalité est
une valeur ajoutée fondamentale, pour Genève, mais qui est trop peu
exploitée. Nous devons la valoriser et, si j’ose dire, nous devons
l’exporter au-delà de nos frontières cantonales.

Seule la version prononcée fait foi 3


Mais cette reconnaissance et cette valorisation ne viendront pas
uniquement des autorités politiques… Tout au plus, celles-ci pourront
accompagner le mouvement de la société.

C’est aux habitants et aux habitantes de Genève que revient le travail


d’intégration réciproque dont Genève s’enorgueillit.

C’est à vous, Mesdames et Messieurs, de prendre votre part de


responsabilité dans cette maison commune qu’est Genève. Cette
maison commune que nous construisons ensemble jour après jour.

L’intégration réciproque, c’est le partage des compétences présentes et


des désirs d’avenir. C’est la mise en commun de nos héritages. C’est le
partage de la joie et des difficultés, c’est la dispute, aussi, quand elle a
pour objet la résolution pacifique des conflits.

2011 sera une année électorale, sur le plan municipal. Entrez dans les
partis politiques, confrontez-vous à la démocratie locale, portez-vous
candidates et candidats si vous êtes suisses et allez voter pour les
résident-e-s étranger-ère-s qui le peuvent.

Genève a besoin de chacune et de chacun pour bâtir un avenir


solidaire ! Et je suis certaine qu’à l’instar des autres communautés vous
prendrez la place qui est la vôtre !

Je vous remercie.

Sandrine Salerno
Maire de Genève

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