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Examen du CRFPA – Dossier de presse

Premier bilan du nouvel examen


du CRFPA : une réforme inaboutie
L’ARES (association représentative des étudiants en sciences sociales) tire le bilan du déroulement
de l’examen d’entrée dans les centres régionaux de formation pour la profession d’avocat (CRFPA)
pour l’année 2017. Cette année, ces examens se sont déroulés du 1er au 6 septembre 2017
concernant la phase des écrits, et tout au long du mois de novembre pour les oraux. Les résultats
ont été officiellement publiés par le Conseil national des barreaux (CNB) le 1er décembre 2017 à 17
heures.
La session 2017 de l’examen du CRFPA est particulière, car elle marque la première application de
la réforme portée par la profession et le Ministère de la justice. Aujourd’hui, les épreuves du CRFPA
sont ainsi réglementées par l’arrêté n°MENS1629317A du 17 octobre 2016.

Un bref aperçu de la réforme…


Pour mieux cerner les enjeux sous-tendus par la réforme, il faut s’arrêter sur ses objectifs.
Officiellement, il s’agit de « de rationaliser et d’unifier les épreuves, afin d’assurer à l’ensemble des
candidats un traitement égal sur l’ensemble du territoire ». La réforme vise donc à atténuer les
contrastes constatés entre les Instituts d’Etudes Judiciaires concernant les taux de réussite à
l’examen. La profession souhaite également avoir un meilleur pilotage de l’examen, et par-là-même
mieux réguler l’accès des étudiants au barreau. L’épreuve s’articule toujours en deux phases ; aux
écrits d’admissibilité succèdent les oraux d’admission.
Les épreuves d’admissibilité ou les écrits
La réforme modifie assez profondément le programme des examens et le simplifie par une limitation
du nombre d’épreuves pour les écrits d’admissibilité.
En premier lieu se dégage un tronc commun d’épreuves conservées par la réforme, telles la note de
synthèse (coefficient 3 pour 5 heures) et l’épreuve de droit des obligations (coefficient 2 pour 3
heures).
En second lieu, les candidats peuvent opter pour leurs matières de spécialités. Une épreuve écrite
de trois heures dite de matière substantielle et affectée d’un coefficient 2, porte au choix du candidat
sur le droit civil, le droit des affaires, le droit social, le droit pénal, le droit administratif ou le droit
international et européen. Une troisième épreuve écrite, affectée d’un coefficient 2, dite de matière
procédurale et d’une durée de deux heures, portera au choix du candidat sur la procédure civile et
les modes alternatifs de règlement des conflits, la procédure pénale ou la procédure administrative
contentieuse. Il est à noter que le choix de la matière de procédure sera déterminé par la matière
de spécialité pour laquelle le candidat aura opté.
Les épreuves d’admission ou oraux
S’agissant des épreuves orales d’admission, la simplification est plus nette encore. La réforme ne
conserve plus que la seule épreuve du grand oral, et supprime ainsi les oraux de procédure, de
spécialité et de comptabilité ou de finances publiques. L’épreuve du grand oral est quant à elle
remaniée sur le fond, où des connaissances de culture juridique sont attendues en plus du droit des
libertés. Sur la forme, sa durée passe de 30 à 45 minutes, l’exposé proprement dit étant suivi d’un
entretien de 30 minutes avec le jury.
L’épreuve de langue est également épargnée ; néanmoins à partir de 2020 les candidats seront
contraints de passer cette dernière en langue anglaise.
Le pilotage par une commission nationale
Parallèlement à la modification des modalités d’examen est installée une Commission nationale de
l’examen unique d’accès au CRFPA, placée auprès du CNB. Elle est chargée d’une mission
d’élaboration des sujets et d’harmonisation des critères de correction, et indique par ailleurs les
modalités concrètes de déroulement de l’examen.

Une réforme inaboutie, loin des objectifs


assignés
Les résultats de la réforme ont été compilés par l’ARES et sont consultable au sein de l’annexe 1 du présent
dossier. Vous trouverez néanmoins quelques graphiques ci-dessous.

Les chiffres et graphiques clefs


Les principales statistiques…

2016 et 2017
Une chute du nombre de
candidats de
par rapport à 2016
2017

Quelques chiffres révélateurs…

0% d’admis à l’IEJ de Martinique (une première historique)


16,7% d’admissibilité à l’IEJ de Pau contre 57,6% d’admissibilité à IEJ de Poitiers
43% d’admission à l’IEJ de Paris I contre 13,2% d’admission à l’IEJ de Tours
La position de l’ARES
Au-delà des nombreuses questions concernant le nouveau périmètre des matières du CRFPA, sa
mise en œuvre laisse un sentiment d’inachevé.
L’objectif d’harmonisation et de convergence des taux de réussite entre les IEJ est, au vu
des résultats, un échec. Plusieurs chiffres illustrent ce constat.
En premier lieu, de manière générale l’écart-type à la moyenne permettant de mesurer la disparité
des résultats est quasiment équivalent pour les résultats d’admissibilité (0,076 en 2016 contre 0,078
en 2017). Les résultats d’admission sont moins éclatés (0,069 en 2016 contre 0,061 en 2017), alors
que, paradoxalement, les modalités de déroulement et d’évaluation reste délocalisées dans les IEJ.
Ensuite et plus précisément, les écarts maximums relevés sont toujours très élevés malgré
la réforme. Il est constaté un écart allant jusqu’à 40 points dans les résultats d’admissibilité (57,6% à
l’IEJ de Poitiers contre 16,7% à l’IEJ de Pau). De même, un écart de 33 points est relevé entre certains
IEJ dans les résultats d’admission.
Les chiffres sont clairs, tout au plus la nouvelle forme de l’examen a permis un écrêtement des
scores anormalement élevés dans certains IEJ. En revanche, l’objectif d’égalité de traitement
des candidats n’est manifestement pas atteint. Cette volonté était déjà mort-née dans les
modalités mêmes de l’examen, puisque si la phase d’admissibilité est pilotée par une instance
nationale, les oraux restent du ressort des IEJ avec là-aussi des modalités de déroulement
significativement différentes.
De manière corollaire, la Commission CRFPA du CNB n’a pas su pleinement remplir son
rôle. Le caractère flou du texte de l’arrêté concernant la forme du sujet n’a pu être rattrapé que
très tardivement par des communications de la Commission. D’autre part, la Commission n’a pas
su délimiter un périmètre précis du champ des connaissances, laissant ici également s’appliquer les
vagues dispositions de l’arrêté. Enfin et surtout, la définition des modalités concrètes de
déroulement des examens a été le point de discordance entre la Commission et les IEJ Parisiens (cf.
l’autorisation ou non des surlignages).
L’objectif d’une meilleure régulation, voire sous certains aspects d’un durcissement de l’accès à la
profession d’avocat, est bel et bien atteint. Les chiffres sont éloquents à cet égard. 27 IEJ sur 35
accusent un recul du taux d’admissibilité, et 28 IEJ sur 35 constatent un recul du taux d’admission.
Ainsi, la moyenne du taux de réussite sur l’admissibilité recule de 1 point entre les
sessions 2016 et 2017, et le recul est plus marqué encore sur le taux d’admission avec
une perte de 6 points. L’échec de tous les étudiants à l’examen du CRFPA à l’IEJ de Guadeloupe,
situation inédite dans la forme moderne de l’examen d’entrée au CRFPA et loin d’être anecdotique,
est révélateur d’une exigence nouvelle.
Ce durcissement de l’examen est un signe inquiétant pour l’accès à une profession
encore perçue comme un vecteur d’ascenseur social.
En outre, à l’aune des chiffres de la profession sur le continent européen, ce durcissement n’est pas
justifié.
Une étude datant de 2013 expose ainsi une connaissance statique de la profession d’avocat en
Europe, et notamment sa densité moyenne :

Sources : Vers une connaissance statistique de la profession d’avocat en Europe, Les barreaux française, belge, luxembourgeois,
allemand, espagnol et italien, 2013

Les chiffres sont révélateurs d’une densité très faible des avocats français sur l’ensemble de la
période 2009-2011. En 2011, alors que la densité moyenne sur les 6 pays pris en référence est de
224 avocats pour 100 000 habitants, la France n’en a que 84. Au 1er janvier 2016, on ne comptait
encore que 94,4 avocats pour 100 000 habitant, soit bien en deçà des densités observées dans les
Etats voisins (Source : Statistique sur la profession d’avocat, Octobre 2016, Ministère de la justice). En
outre, l’évolution du nombre d’avocats en France, sur la même période est très légère (+5 points)
alors qu’elle est de 20 et 22 points respectivement en Italie et au Luxembourg.
Par conséquent, le « surnombre » supposé des avocats en France ne résiste pas à l’épreuve des faits.
La volonté de durcir l’examen et de mieux réguler le nombre d’avocats en France ne
peut donc se fonder sur cette vue de l’esprit.
Cela étant, le problème est ailleurs. En 2016, le barreau de Paris concentre à lui seul près de 42%
de l’effectif de la profession, avec 26 792 avocats (sur 63 923 pour l’ensemble du territoire). Il s’agit
donc moins d’un problème lié à la forte densité de la profession d’avocat en France, que d’un
problème de répartition sur le territoire. Même si la région parisienne concentre une part
substantielle des activités économiques, il n’est pas normal d’observer le développement de
« déserts juridiques » comme le mettait déjà en lumière un rapport du Sénat de 2002 (Source :
Sénat, Quels Métiers pour quelle justice, 2002, M. Christian Cointat).
Dès lors, la priorité n’est pas de réguler ou de rendre l’accès plus difficile des étudiants
en Droit à la profession d’avocat, il faut davantage se concentrer sur un dispositif
permettant une meilleure répartition des jeunes avocats et des spécialités sur le
territoire. A l’image des jeunes médecins, il pourrait être mis en place un dispositif d’incitation
financière.
Avant d’être un professionnel libéral, l’avocat, en tant qu’auxiliaire de justice, est pleinement acteur
de la mission de service public de la justice. Une meilleure répartition des avocats dans le
territoire français, c’est une justice de proximité qui répond mieux aux besoins des
citoyens et justiciables.
En définitive, malgré le caractère louable et nécessaire des objectifs assignés initialement, la
réforme de l’examen du CRFPA n’est pas aboutie et nécessite des ajustements. L’ARES
veillera au bon déroulé des prochaines sessions d’examen, et restera vigilante quant à la
préservation de l’intérêt des étudiants impétrants.

Contacts presse :

● Simon Valloire- Président - president@fede-ares.org - 06.85.41.75.83 / 06.38.75.02.96

• Amélie Rougier- Attachée de presse - amelie.rougier@fede-ares.org - 06.46.82.30.16