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| édito

Dans la région de Westland, aux pays-Bas.
Dans la région
de Westland,
aux pays-Bas.

un nouveau modèle hollandais ?

Au milieu des années 1960, mon père, jeune agriculteur vendéen, fit le voyage en Hollande avec deux de ses frères pour en ramener six jeunes vaches de race frisonne. On fut d’abord perplexe dans le village – quelle drôle de fantaisie ! –, avant de réaliser que les bêtes à la robe pie noire produisaient deux fois plus de lait que les normandes, championnes de la catégorie jusqu’alors. Il ne fallut pas beaucoup d’années pour que les « hollandaises » conquièrent un grand nombre de fermes de la campagne vendéenne (et d’autres régions de France). Aujourd’hui, leurs descendantes tiennent toujours le haut du pavé, et ne sont pas les dernières à contribuer aux excédents laitiers cycliques. Mais c’est une autre histoire. Ce qui n’a pas changé, ce sont les incroyables performances de l’agriculture aux Pays-Bas. À coups d’innovations, de start-up et de recherche scientifique, elle produit « plus avec moins » dans à peu près tous les secteurs. Quand le rendement mondial moyen de la pomme de terre est de 20 t à l’hectare, il frise là-bas les 50. Quand 1 kg de tomates « consomme » l’équivalent de 284 l d’eau en Chine, moins de 10 l d’eau suffisent à 1 kg de tomates hollandaises. Et souvent en remplaçant les pesticides par la lutte biologique, ou en dopant la pollinisation avec des essaims de bourdons. Lisez notre grande enquête :

les Pays-Bas ont peut-être en main un savoir qui peut éradiquer la faim dans le monde, et ils ont envie de le partager.

photo : luca locatelli

Jean-Pierre Vrignaud, rédacteur en chef

I   S OMMAIRE

s e p t e m b r e

2 0 1 7

n °   2 1 6

v o l .

3 7. 3

t e m b r e 2 0 1 7 • n °   2 1

114 | des micro- réserves pour repeupler l’océan

En Basse-Californie, des communautés ont redonné vie à leurs zones de pêche et sauvé leur culture. Par Erik Vance Photographies de Thomas P. Peschak

En couverture Sur cette illustration d’un cerveau, le point lumineux indique un afflux de dopamine, neurotransmetteur jouant un rôle important dans les addictions. Illustration : Daniel Hertzberg.

En bas, de gauche à droite (version kiosques) :

Thomas P. Peschak (Mexique) ; Luca Locatelli (Pays-Bas) ; Dian Fossey (gorille)

88

Les Pays-Bas, grenier de La PLanète

Ce tout petit pays est devenu un géant agricole, produisant des récoltes abondantes avec des ressources limitées. Ses innovations pourraient permettre de combattre la famine dans le monde.

Par Frank Viviano

Photographies de Luca Locatelli

le monde. Par Frank Viviano Photographies de Luca Locatelli 32 | pourquoi nous sommes accros Drogue, tabac,

32 | pourquoi nous sommes accros

Drogue, tabac, alcool… La dépendance peut se soigner quand on agit sur le cerveau.

Par Fran Smith

Photographies de Max Aguilera-Hellweg

58 | que sont devenus les gorilles de dian Fossey ?

Aujourd’hui, les grands singes du Rwanda voient leur population croître.

Par Elizabeth Royte

Photographies de Ronan Donovan

74 | quand cuisiner tue

Dans de nombreux pays, on cuisine sur des foyers ouverts, ce qui se révèle dramatique pour la santé.

Par Michelle Nijhuis

Photographies de Lynn Johnson

Ce numéro comporte une carte jetée kiosques France, une carte jetée kiosques Belgique, une carte jetée kiosques Suisse, une lettre extension ADI, abonnés, un encart Welcome Pack ADD, un encart Welcome Pack ADI.

80 | sur la Frontière usa-mexique

Des murs et des clôtures bordent déjà certaines portions de la frontière américano-mexicaine – et divisent l’opinion publique. Texte et photographies de Richard Misrach

À PARTIR DE LLD 48 MOIS. 1 E R LOYER DE 3 990€. ENTRETIEN ET

À PARTIR DE

À PARTIR DE LLD 48 MOIS. 1 E R LOYER DE 3 990€. ENTRETIEN ET ASSISTANCE

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LOYER DE 3 990€. ENTRETIEN ET ASSISTANCE 24/24 INCLUS. *Source AAA des immatriculations sur les produits

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Ford France, 34, rue de la Croix de Fer - 78122 St-Germain-en-Laye Cedex. SIREN 425 127 362 RCS Versailles.

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de 418,56/mois . Consommation mixte (l/100km) : 8,4. CO

2

loyer de 3 990€ et 47 loyers

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€ / m o i s . Consommation mixte (l/100km) : 8,4. CO 2 loyer de
€ / m o i s . Consommation mixte (l/100km) : 8,4. CO 2 loyer de

DANS L’UNIVERS N ATIONAL GEOGRAPHIC

DANS L’UNIVERS N ATIONAL GEOGRAPHIC L’ARCHE DES ESPÈCES MENACÉES TÉLÉVISION Tigre de Sumatra, koala,

L’ARCHE DES ESPÈCES MENACÉES

TÉLÉVISION

Tigre de Sumatra, koala, orang-outan… Depuis 2006, le photographe américain Joel Sartore parcourt la planète pour immortaliser les animaux menacés d’extinction. Son but ? Créer une « arche photographique » unique, regroupant des clichés de 12 000 espèces, afin de sensibiliser le public et de favoriser une prise de conscience. À travers ce documentaire en trois volets, découvrez les images à couper le souffle de cette fantastique aventure photographique. Et pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin, un aperçu de l’inventaire de Joel Sartore est à retrouver à l’exposition La Légende National Geographic, au Muséum national d’histoire naturelle (Paris), jusqu’au 18 septembre.

Sur Nat Geo Wild, les dimanches 10, 17 et 24 septembre, à 20 h 35.

LES GRANDES DATES DE L’HISTOIRE

HORS-SÉRIE NATIONAL GEOGRAPHIC

Quel objet joue un rôle crucial dans les transports, l’activité manufacturière et l’énergie ? La roue ! En Mésopotamie, on l’utilise dès 3500 av. J.-C., fixée à un traîneau, pour le transport de charges lourdes. Plus tard, elle entre dans la conception du moulin à eau, première machine à remplacer la force humaine. Retrouvez l’histoire de cette invention dans 100 événements qui ont changé le monde, en kiosque le 6 septembre.

hors-série SEPTEMBRE-OCTOBRE 2017 qui ont changé le monde
hors-série
SEPTEMBRE-OCTOBRE 2017
qui ont changé
le monde
SEPTEMBRE-OCTOBRE 2017 qui ont changé le monde L’ÉTHIOPIE CÔTÉ VILLE MAGAZINE NG TRAVELER Nos

L’ÉTHIOPIE

CÔTÉ VILLE

MAGAZINE NG TRAVELER

Nos reporters ont sillonné la capitale éthiopienne. Au programme : rencontre avec Lucy, la célèbre australo- pithèque, immersion dans le plus grand marché d’Afrique de l’Est, cérémonie du café, messe orthodoxe et soirée dans un bar éphémère à la berlinoise.

National Geographic Traveler n° 7, actuellement en kiosque.

Geographic Traveler n° 7, actuellement en kiosque. RÊVE DE FUTUR TÉLÉVISION Le documentaire d’antici-

RÊVE DE FUTUR

TÉLÉVISION

Le documentaire d’antici- pation Year Million nous transporte dans un avenir où l’homme vivra plus de cent ans, communiquera par télépathie, et où la réalité virtuelle sera omniprésente.

Sur la chaîne National Geographic, six épisodes, les dimanches à partir du 3 septembre, à 20 h 40.

PHOTOS : JOEL SARTORE/NATIONAL GEOGRAPHIC PHOTO ARK (EN HAUT, À GAUCHE) ; EMANUELA ASCOLI (EN HAUT, À DROITE) ; NATIONAL GEOGRAPHIC (EN BAS, À DROITE)

BPCE – Société anonyme à directoire et conseil de surveillance au capital de 155 742 320 € – Siège social : 50, avenue Pierre-Mendès-France - 75201 Paris Cedex 13

Paris n° 493 455 042 – BPCE, intermédiaire en assurance inscrit à l’ORIAS sous le n° 08 045 100 – Crédit Photo : Diane Sagnier – Réf. : 07/2017 RCS

Photo : Diane Sagnier – Réf. : 07/2017 – – RCS AVEC BANQUE POPULAIRE, SOYEZ PARMI
Photo : Diane Sagnier – Réf. : 07/2017 – – RCS AVEC BANQUE POPULAIRE, SOYEZ PARMI
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I V I S I O N
I V I S I O N
TERRASSÉS PAR L’ORAGE Mexique Des monarques morts tapissent le sol enneigé d’une forêt, dans l’État
TERRASSÉS PAR L’ORAGE
Mexique Des monarques
morts tapissent le sol enneigé
d’une forêt, dans l’État
du Michoacán. Au moins
9 millions d’individus, soit
plus de 40 % de cette colonie,
n’ont pas survécu à un orage
printanier inhabituellement
violent qui s’est abattu sur leur
sanctuaire montagneux.
PHOTO : JAIME ROJO

I  N O S

ACTUS

Le DHA contenu dans l’huile de poisson stimule l’activité cérébrale.

QUELS ALIMENTS POUR VIVRE EN BONNE SANTÉ ?

Par Catherine Zuckerman

« Une pomme par jour éloigne le méde- cin pour toujours », dit le dicton. Pas si simple… Les nutritionnistes scrutent en permanence les bienfaits des ali- ments sur la santé. Ceux cités ici, ainsi que l’huile d’olive et le thé, ont tous fait l’objet de plus de vingt études ces vingt- cinq dernières années, précise Michael Roizen, médecin chargé du bien-être des patients à l’hôpital universitaire de Cleveland (États-Unis). Pourquoi ? « Parce qu’ils ont des bénéfices inatten- dus ou sont couramment consommés alors qu’ils comportent des risques. » Si certains aliments, comme le lait ou la viande, ont acquis une célébrité nutritionnelle, notamment grâce à l’action de lobbies puissants, la réalité scientifique de leurs bénéfices n’est pas

REBECCA HALE, ÉQUIPE DU NGM

toujours avérée, avertit Roizen. Les ali- ments mis en avant par la publicité ou des études sponsorisées ne sont pas for- cément ceux que l’on devrait manger. Roizen suggère de consommer avec modération la viande, les œufs et le fro- mage, car ils favorisent la production de triméthylamine, un gaz qui pro- voque une inflammation et peut rendre malade. Le vin rouge ou un généreux filet d’huile d’olive extra-vierge peuvent réduire légèrement les effets négatifs de la viande et des laitages. Mais l’alcool n’est pas sans danger et l’huile d’olive est très calorique. Selon le médecin, la meilleure option est de se fier à la science, pas à ses envies. Mangez des légumes. Remplacez la viande par du saumon sauvage ou de la truite de mer, riches en bons acides gras. Buvez du café noir (bénéfique au foie). Grignotez des oléagineux, mais pas en trop grande quantité. Et, en dessert, offrez-vous un peu de chocolat noir.

Le composé soufré présent dans le chou semble lui conférer des propriétés contre le cancer.

Les oléagineux réduisent les risques de cancer et d’AVC.

Même si les grenades et leur jus sont riches en antioxydants, ce fruit n’est pas la panacée.

Les épices réguleraient la tension. Le curcuma lutterait contre la survenue de la maladie d’Alzheimer.

lutterait contre la survenue de la maladie d’Alzheimer. Pour ce qui est du chou-fleur et des

Pour ce qui est du chou-fleur et des autres choux, plus on en mange, mieux c’est.

Un verre de vin rouge par jour est considéré comme bon pour la santé et aurait des bénéfices sur le cœur.

La lécithine

du fromage

peut

contribuer à

l’inflammation

artérielle.

Les légumes-feuilles sont riches en antioxydants et en magnésium, qui peuvent être utiles contre le diabète de type II.

La viande rouge contient de la carnitine, qui pourrait entraîner des dysfonction- nements cardio- vasculaires.

Riche en flavonoïdes potentiellement capables de combattre les maladies, le chocolat noir est excellent pour la santé.

n o s

actus |  s c I E n c E

les Étoiles, somnifères naturels

Par Nina Strochlic

La lumière artificielle a changé notre sommeil. Elle a permis aux gens de « prolonger leurs activités diurnes plus tard dans la nuit, alors que leur horloge interne les pousse à dormir », explique Andrew McHill, chercheur à l’école de médecine de Harvard (États-Unis). Des historiens suggèrent que l’heure du coucher a commencé à reculer avec l’apparition de l’éclairage public. Aujour- d’hui, des scientifiques ont établi que la lumière bleue, telle celle émise par les téléphones portables, peut modifier

notre rythme circadien. Altérer ce cycle biologique de 24 heures perturbe les fonctions cognitives et l’équilibre d’hormones, comme la mélatonine, qui nous aideraient à dormir. Cette horloge peut être à nouveau réglée grâce au camping, selon McHill. Après une semaine en hiver ou un week- end en été à dormir sous les étoiles, le taux de mélatonine reste élevé plus longtemps et le rythme du sommeil est modifié, si bien que les gens se couchent et se réveillent naturellement plus tôt.

PHOTO : KEITH LADZINSKI, NATIONAL GEOGRAPHIC CREATIVE

COMMUNIQUÉ

Toujours davantage de tortues d’Hermann en liberté en Catalogne

davantage de tortues d’Hermann en liberté en Catalogne ©Antoni Fernández/Centre de Reproducció de Tortugues de

©Antoni Fernández/Centre de Reproducció de Tortugues de l’Albera

Il souffle un vent d’optimisme. Bien que la tortue d’Hermann (Testudo hermanni) ait été pendant longtemps l’une des espèces de reptiles les plus menacées en Catalogne, grâce au travail constant de différentes organisations et de l’administration, le nombre de spécimens en liberté de cette espèce autochtone augmente depuis quelques années.

En novembre dernier, plus de 200 tortues d’Hermann ont été relâchées dans le Parc na- turel de la Serra de Montsant, dans le cadre d’un projet de réintroduction de l’espèce mis en œuvre par le Centre de récupération des amphibiens et des reptiles de Catalogne (CRARC), en collaboration avec l’administra- tion de la Catalogne et des Baléares. Désormais, ce sont 3 000 tortues d’Hermann qui ont été réintroduites dans cette zone na- turelle dans le but d’y établir une population stable. Outre le Montsant, des spécimens ont été relâchés dans d’autres parcs naturels.

LES ALBÈRES, L’HABITAT DE LA SEULE COLONIE SAUVAGE DE LA PÉNINSULE IBÉRIQUE La seule colonie de tortues d’Hermann de la péninsule Ibérique qui n’est pas le fruit de la réintroduction par l’homme a été conservée sur le Site naturel d’intérêt national des Albères, dans les Pyrénées catalanes. C’est aussi en ce lieu que se situe le Centre de reproduction des tortues des Albères (Garriguella), qui ne mé- nage pas ses efforts pour contribuer à la cause. Grâce aux réintroductions annuelles, ils sont

parvenus à faire croître peu à peu le nombre

de spécimens en liberté et la colonie compte à présent 5 000 tortues. Ce centre est ouvert au public. Les visiteurs peuvent y découvrir tout le processus de développement de ce projet en faveur de la

sauvegarde de cette espèce. La tortue d’Hermann possède une aire de

répartition très réduite, limitée à certains endroits du sud de l’Eu- rope. Cette espèce vit dans les garrigues et les maquis typiquement méditerranéens, et subit les effets dévastateurs des incendies qui ravagent son habitat. De plus, elle est menacée par la capture illégale et la forte prédation dont elle fait l’objet. À trois heures du massif des Albères, à l’abri de la chaîne montagneuse de Llaberia, sur la Costa Daurada, le Centre d’interprétation et de reproduction de la tortue d’Hermann à Marçà réalise une tâche similaire. L’espace, de plus petite taille, accueille une centaine de spécimens de tortues. Les visites sont libres ou avec un guide.

POUR EN

SAVOIR PLUS:

catalunyaexperience.fr

n o s actus |  alimentation

À chacun son régime alimentaire

Par Jeremy Berlin

Si vous aimez les jus, il existe un régime alimentaire pour vous. Idem si vous raffolez des fruits, de la viande ou des graines germées. La palette de régimes disponibles est telle qu’il y en a quasi- ment un pour chaque individu. Jennifer Bruning, nutritionniste- diététicienne, suggère de « trouver le régime qui vous plaît, qui est dans vos

moyens, qui marche le mieux pour votre organisme et, surtout, que vous pourrez suivre à long terme ». Comme le montre cette liste, nombre de régimes reposent sur les mêmes groupes d’aliments. Mais attention :

avoir des apports nutritionnels suffi- sants avec une diète restrictive peut s’avérer compliqué, voire impossible.

AU MENU Les arcs entourent les groupes d’aliments généralement autorisés pour chaque régime. Leur couleur indique les défis nutritionnels posés par chaque régime.

LACTO-OVO-VÉGÉTARIEN Laitages VÉGÉTALIEN Céréales CRUDI-VÉGÉTALIEN 1 MACROBIOTIQUE 2 Légumineuses
LACTO-OVO-VÉGÉTARIEN
Laitages
VÉGÉTALIEN
Céréales
CRUDI-VÉGÉTALIEN 1
MACROBIOTIQUE 2
Légumineuses
FRUITARIEN
Fruits
LIQUIDARIEN 3
Légumes
GRANIVORE
Noix et
graines
VÉGÉTALIEN
MELLIVORE
Miel
OVO-VÉGÉTARIEN
Œufs
PESCO-VÉGÉTARIEN
Poisson
MÉDITERRANÉEN 5
POLLO-VÉGÉTARIEN
Volaille
OMNIVORE
GRATUIVORE 6
Viande
Ce graphique est une
illustration et ne doit pas
être considéré comme une
recommandation médicale.
Difficulté maximale Difficulté modérée Difficulté légère Difficulté minimale PALÉO 4 CARNIVORE
Difficulté maximale
Difficulté modérée
Difficulté légère
Difficulté minimale
PALÉO 4
CARNIVORE

(1) LE CRUDI-VÉGÉtaLISME COMBINE LES CONCEPtS DU VÉGÉtaLISME (aLIMENtatION D’ORIGINE NON aNIMaLE) Et LE CRUDIVORISME (aLIMENtS CUItS À 48 °C OU MOINS). (2) CERtaINS aDEPtES DU RÉGIME MaCROBIOtIQUE CONSOMMENt UN PEU DE P OISSON Et DE FR UItS DE MER. (3) IL EXIStE DE MULtIPLES VaRIaNtES DaNS L’aPPROCHE DIÉtÉtIQUE DES aLIMENtS D’ORIGINE NON aNIMaLE CHEZ LES FRUItaRIENS, LES LIQUIDaRIENS Et LES GRaNIVORES. (4) LE RÉGIME PaLÉO SE CONCENtRE SUR La CONSOMMatION D’aLIMENtS aCCESSIBLES aUX CHaSSEURS-CUEILLEURS D’IL Y a 10 000 aNS. (5) LES aDEPtES DU RÉGIME MÉDItERRaNÉEN PEUVENt MaNGER DE La VIaNDE ROUGE DE tEMPS EN tEMPS. (6) LES GRatUIVORES CONSOMMENt DES aLIMENtS RECUPÉRÉS DaNS LE CaDRE D’UNE PHILO- SOPHIE OPP OSÉE aU CONS UMÉRISME . L’ÉQUILIBRE DE CE RÉGIME aLIMENtaIRE DÉPEND DE La VaRIÉtÉ D’aLIMENtS QUE LES GRatUIVORES PEUVENt tROUVER.

aLBERtO LUCaS LÓPEZ, ÉQUIPE DU NGM ; MICHELLE HaRRIS. SOURCES : JENNIFER BRUNING, aCaDÉMIE DE NUtRItION Et DE DIÉtÉtIQUE (aND) ; JENNIFER NELSON, MaYO CLINIC

En harmonie avec votre vie
En harmonie avec votre vie
En harmonie avec votre vie

En harmonie avec votre vie

DU 3 MAI AU 18 SEPTEMBRE - JARDIN DES PLANTES, PARIS 5 e GALERIE DE
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GALERIE DE MINÉRALOGIE ET DE GÉOLOGIE
MNHN.FR
EXPO SITION LA LÉGENDE 125 ANS D’EXPLORATION ET DE VOYAGES © National Geographic / Robert
EXPO SITION
LA LÉGENDE
125 ANS D’EXPLORATION ET DE VOYAGES
© National Geographic / Robert E. Peary

n o s actus |  s anté

une puce-organe pour tester les médicaments

Par Natasha Daly

Il est inimaginable de réaliser des tests biomédicaux sans risques sur des organes humains vivants. La nouvelle technologie des « organes sur puce » simule donc les activités et les réponses du foie, du cerveau, des poumons, des intestins et autres sur un circuit intégré de la taille d’une clé USB. Jusqu’à présent, les scientifiques menaient la plupart de leurs tests sur des animaux – sans que ces tests soient forcément transposables aux hommes– ou dans une boîte de Petri, un environ- nement statique qui ne permet pas aux cellules de se comporter comme elles le feraient dans l’organisme humain.

PHOTO : REBECCA HALE, équiPE Du NGM

La puce-organe (ci-dessus) est composée de canaux transparents tapissés de milliers de cellules vivantes et baignés d’un liquide contenant des nutriments, ou du sang, le tout intera- gissant comme dans un corps. Ce dispo- sitif a été utilisé pour tester l’impact de médicaments sur les organes et repro- duire des maladies telles que l’asthme. Prochaine étape : des puces sur mesure pour simuler la biologie unique d’un individu. Comme le résume Geraldine A. Hamilton, responsable scientifique en chef de la société de puces-organes Emulate, Inc., « ce sera vous sur une puce ».

ta i lle r é e lle

15 mm

35 mm
35 mm

n o s actus |  aV E ntu R E

les sauts en combinaison ailée font Des ravages

Par Nina Strochlic

La légende raconte qu’en 1997, le para- chutiste français Patrick de Gayardon (décédé l’année suivante) a enfilé une combinaison ailée en Nylon et s’est jeté dans le vide depuis le mont Kjerag, en Norvège. L’air a gonflé les trois ailes de sa tenue, ce qui lui a permis de planer. Ce wingsuit moderne a révolutionné le Base jump, un sport extrême qui consiste à sauter de points fixes, comme des immeubles ou des ponts. Avant, les Base jumpers chutaient à la verticale avec des parachutes. Grâce aux combinaisons ailées, ils peuvent réaliser des acrobaties horizontales audacieuses, comme traverser des cercles de feu ou des formations rocheuses étroites. Ce faisant, ils ont aussi plus de risques de mourir. Depuis la première victime officielle, en 2002, ce sport est devenu l’un des plus meur- triers du monde. L’année dernière a été la plus noire pour les Base jumpers : vingt-quatre des trente-sept victimes estimées por- taient des combinaisons ailées. Peu de personnes sont formées aux risques de ce sport – par exemple, comment évaluer la distance avec un à-pic en fonçant vers lui à 240 km/h. En 2017, l’entreprise Next Level a inauguré la première formation pour passer du parachutisme au Base jump puis au saut en combinaison ailée. « On ne peut pas sauver les gens qui veulent brûler les étapes, fait remar- quer Matt Gerdes, cofondateur des wingsuits Squirrel. Mais, au moins, ils ne pourront plus dire qu’ils n’avaient pas le choix. »

Sébastien Brugalla saute d’un à-pic à Chamonix. La ville a temporairement interdit le saut en wingsuit après un cinquième décès sur le site, en 2016.

PHOTO : DAMIEN DESCHAMPS

n o s actus | espac e

À QUOI ressemblent les martIens ?

Par Natacha Daly

Le fantasme de Mars a bercé l’enfance de l’astronome américain Carl Sagan. Quand il était petit, il passait ses soi- rées dans des terrains vagues, les yeux braqués vers le ciel, « à [s]’imaginer dans cet endroit scintillant de rouge ». Il rêvait des Martiens et de leur corps comme un kaléidoscope de couleurs, avec une tête amovible, mais une phy- sionomie tout à fait humaine. En 1965, la première mission de survol de Mars transmit des images de rochers dénudés – et rien d’autre. Un coup dur. Le New York Times décréta que Mars était une planète morte. Mais Carl Sagan n’avait pas dit son dernier mot : il y avait du grain sur les photos, elles ne montraient que 1 % de la planète, on ne pouvait donc pas en tirer de conclusions.

ILLUSTRATION : DOUGLAS S. CHAFFEE

En 1967, il écrivit un texte pour National Geographic : y a-t-il de la vie sur Mars ? Son article était illustré par le portrait hypothétique d’un Martien, qu’il observa avec soin. Dans ses échanges de courriers avec la rédac- tion, il exprima sa déception, expli- quant que le Martien ressemblait à « un homme affublé d’un costume de tortue ». Il imaginait plutôt « un Martien herbivore et bienveillant », sans yeux. Carl Sagan fut satisfait de l’illustration finalement retenue (ci- dessus). Ses années passées à réfléchir à la planète Rouge sont visibles dans le souci porté aux détails de l’image : les membres grêles de la créature sont adaptés à la faible gravité martienne ; sa carapace transparente bloque les rayonnements ultraviolets. En 1996, peu avant sa mort, Carl Sagan enregistra un message à l’atten- tion des futurs explorateurs de la pla- nète Rouge : « Quelle que soit la raison qui vous pousse à être sur Mars, je suis heureux que vous y soyez. Et j’aurais aimé être avec vous. »

q uand il é tait petit, l’astronome carl sagan rêvait des martiens et de leur corps comme un kaléidoscope de couleurs, av ec une tête amovible.

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n o s actus   |   l’innovation

n o s actus   |   l’innovation Une piscine chaUffée par des ordinateUrs Par Céline

Une piscine chaUffée par des ordinateUrs

Par Céline Lison

Dans le quartier de la Butte-aux-Cailles, à Paris (xiii e arrondissement), l’eau de la pis- cine municipale atteint 28 °C. Rien d’éton- nant… sauf que ses trois bassins, dont un de 25 m en extérieur, sont partiellement chauffés par un serveur informatique. Une première mondiale. Depuis mai dernier, en complément du chauffage collectif, six chaudières numé- riques ont été installées au sous-sol du bâtiment. Elles sont constituées de mini- centres de données – de puissants serveurs informatiques utilisés par les entreprises pour réaliser des calculs complexes et conserver des données numériques. Ici sont entreposés ceux de TeamTo, un studio d’animation indépendant qui possède un site à Paris et un autre dans la Drôme. Cette idée originale de délocaliser des centres de données, gros pourvoyeurs de chaleur, directement là où il y a des besoins en chauffage, vient de Stimergy, une

photo : tNA Architectes

start-up grenobloise. Comment ça marche ? « Les serveurs sont plongés dans un bain d’huile minérale pour favoriser les échanges d’énergie, explique Christophe Perron, fondateur et P-DG de la société. La chaleur qu’ils dégagent est récupérée par des échangeurs thermiques pour chauffer l’eau de la piscine, ce qui fait que les centres refroidissent, eux, sans climatisation. » Un système doublement économe, donc. D’un côté, les chaudières numériques devraient bientôt couvrir 20 % des besoins en eau chaude de la piscine parisienne, selon la start-up. De l’autre, la suppression de la cli- matisation pour les centres de données entraîne à la fois une réduction des émis- sions de dioxyde de carbone et une écono- mie d’électricité (250 MWh/an). L’enjeu n’a rien d’anecdotique. En quel- ques années, les centres de données sont devenus une source majeure de dépense énergétique. D’après le consortium Green Data Net, ils consomment de 2 à 2,5 % de l’énergie produite en Europe. Un chiffre qui pourrait doubler tous les cinq ans. Stimergy, elle, chauffe déjà plusieurs bâti- ments en France et a une dizaine d’autres projets en cours, dont celui de se dévelop- per dans l’Union européenne dès 2018.

La piscine de la Butte-aux-Cailles (Paris), classée monument historique pour son architecture des années 1920, est devenue high-tech grâce à ses chaudières novatrices.

I   PHO T O

CONCOURS N at i O N al geO g R aphi C / D R O N e S tag R a m

LES MEILLEURES IMAGES PAR DRONE DE 2017

Par Julie Lacaze

Le palmarès, vertigineux, est tombé ! Les lauréats du quatrième concours international organisé par Drone­ stagram et National Geographic ont été révélés. L’édition enregistre un nouveau record de participation. Plus de 8 000 photos prises avec des drones ont été soumises dans les trois catégories : « Ville », « Nature » et « Humains ».

Neuf clichés ont été récompensés. Le jury était composé de membres des rédactions américaine et française du magazine National Geographic, ainsi que des deux cofondateurs du site Dronestagram. « Les “photodronistes” gèrent nette­ ment mieux leur technique qu’aupa­ ravant, commente Emanuela Ascoli, responsable du service photo à National Geographic France. Ils proposent des compositions plus personnelles et nous montrent des cadrages beaucoup plus réfléchis, intéressants et créatifs. » Un essor du procédé qui montre bien l’engoue­ ment suscité par ce nouvel art.

montre bien l’engoue­ ment suscité par ce nouvel art. NÉNUPHARS THÁI DONG LÊ, 2 e PRIX,

NÉNUPHARS

THÁI DONG LÊ, 2 e PRIX, CATÉGORIE « HUMAINS »

VIÊT NAM L’auteur de ce cliché s’est sans doute mêlé à la foule de photographes qui affluent chaque année, à la fin août, dans le delta du Mékong. Leur but : réaliser des images des étangs et rizières en fleurs. Mais le spectacle est encore plus beau vu du ciel. Cette photo montre la récolte des nénuphars, dont les tiges, comestibles, sont rassemblées pour être vendues au marché.

tiges, comestibles, sont rassemblées pour être vendues au marché. 26  national geographic • Septembre 2 0

COUPE D’ÉTÉ

JEROME COURTIAL, 1 er PRIX, CATÉGORIE « NATURE »

FRANCE « Sur mon temps libre, je voyage avec mon drone pour réaliser le plus beau cliché possible. Je voulais tirer un portrait original de la Provence. J’ai donc attendu près des tracteurs qu’ils entament la moisson de la lavande. Le vent contre moi, j’ai pu saisir malgré tout le motif qui me plaisait vu du ciel. »

G SORTIE DE LIGNE

MARTIN SANCHEZ, 1 er PRIX, CATÉGORIE « HUMAINS »

ÉTATS-UNIS «Je suis tombé sur un court de tennis vide, dans le New Jersey, dans le nord-est du pays. J’avais depuis longtemps en tête de réaliser une image graphique avec la surface du terrain. Mais deux joueurs sont arrivés et ont commencé à échanger des balles. Ils ont été si surpris par mon drone qu’ils se sont vite allongés, un peu apeurés. Ce n’est que lorsque je leur ai montré le résultat qu’ils ont compris que mes intentions étaient inoffensives. »

LA ROUTE SANS FIN

CALIN STAN, 2 e PRIX, CATÉGORIE « NATURE » H

ROUMANIE « C’est le premier cliché d’une longue série sur les routes de Transylvanie que j’ai commencée l’été dernier. Cette route sinueuse est la DN1, qui conduit au monastère de Cheia. Voilà l’impressionnant paysage que doit contempler le comte Dracula lorsqu’il survole la région de nuit ! »

FACE À LA TOUR

ALEXEY GONCHAROV, 2 e PRIX, CATÉGORIE « VILLE » H

MOSCOU « J’ai installé mon matériel près du centre d’affaires international de Moscou, à l’aube. Mon idée ? Capter les rayons du soleil qui se reflètent sur la tour Mercury. Mon drone a surpris en plein travail les voltigeurs qui lavent les vitres des grands gratte-ciel. Vu du ciel, on a l’impression qu’ils nettoient la ville toute entière. »

G LA JUNGLE DE BÉTON

BACHIR MOUZARZEL, 1 er PRIX, CATÉGORIE « VILLE »

ÉMIRATS ARABES UNIS « Il y a dix ans, cette zone de Dubai était un désert. Les tours y poussent aujourd’hui comme des champignons. On trouve d’ailleurs dans ce quartier les plus hauts gratte-ciel de la ville. Chaque vol est pour moi une nouvelle aventure, qui me procure beaucoup de plaisir. »

LA FORMATION DE GLACE

FLORIAN LEDOUX, 3 e PRIX, CATÉGORIE « NATURE » H

GROENLAND « Je me suis équipé d’un drone avec l’idée d’effectuer un photo- reportage sur l’Arctique en utilisant exclusivement ce matériel. Pour suivre ce rêve, j’ai récemment déménagé à Reykjavik, la capitale de l’Islande. Je souhaite, avant toute chose, témoigner des bouleverse- ments culturels que connaissent les Inuits du pôle Nord, mais aussi saisir la beauté de cet immense territoire. »

que connaissent les Inuits du pôle Nord, mais aussi saisir la beauté de cet immense territoire. »
que connaissent les Inuits du pôle Nord, mais aussi saisir la beauté de cet immense territoire. »
que connaissent les Inuits du pôle Nord, mais aussi saisir la beauté de cet immense territoire. »

concours 29

N O S ACTUS | BÊTES DE SEXE

LE POISSON ZÈBRE, STAR DES LABOS

Par Patricia Edmonds

Malgré sa petite taille – environ 3,5 cm –, le poisson zèbre (Danio rerio) joue un grand rôle dans la recherche. Comme l’homme, il possède un cer-

veau, un cœur, un foie, des reins. Et un séquençage du génome a montré que 84 % des gènes responsables des mala- dies chez les humains étaient aussi pré- sents chez le poisson zèbre. Ben Hogan, biologiste cellulaire à l’université du Queensland (Australie),

a commencé à étudier cette espèce en

2001. Depuis, dit-il, son utilisation en laboratoire a explosé. Comme les embryons sont transparents et se déve- loppent hors du corps de la mère, les scientifiques peuvent manipuler les gènes pour reproduire des maladies humaines et en observer directement l’impact sur des individus vivants – ce qui est impossible avec les souris.

Même si les poissons zèbres adultes sont rayés, le corps des jeunes est assez translucide pour que les chercheurs puissent étudier leurs systèmes en introduisant des éléments fluorescents (à droite). Dans le cerveau, Ben Hogan

a eu la surprise de trouver des « cellules

charognardes », qui éliminent les déchets. Selon lui, si de telles cellules existent chez les hommes et peuvent être contrôlées, elles pourraient être utiles contre la démence et les AVC.

Multiplier les expériences nécessite de nombreux poissons zèbres. Dans la nature, le lever du soleil déclenche la reproduction ; dans le laboratoire de Ben Hogan, il suffit d’allumer la lumière et de soulever la paroi qui sépare les deux sexes. Stimulée par la parade nup- tiale du mâle, la femelle fraye jusqu’à 300 ovules, fécondés par la libération de spermatozoïdes dans l’eau. Jusqu’à présent, les poissons zèbres ont fourni des informations sur le cancer, le diabète, les maladies muscu- laires et d’autres encore.

POISSON ZÈBRE

HABITAT

Rivières et ruisseaux d’Asie du Sud

STATUT

Préoccupation mineure

L’INFO EN PLUS

Les embryons de Danio rerio absorbent les médicaments injectés dans l’eau où ils nagent. Plusieurs traitements anticancéreux testés avec succès sur eux sont aujourd’hui en phase d’essais cliniques.

ASSEMBLAGE D’IMAGES AU MICROSCOPE CONFONCAL RÉALISÉ PAR NEIL BOWER, INSTITUT DE BIOSCIENCE MOLÉCULAIRE, UNIVERSITÉ DU QUEENSLAND, AUSTRALIE

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Arrêt du tabac LA VOLONTÉ PEUT-ELLE TOUT ? Que penser des substituts nicotiniques ? Ces
Arrêt du tabac
LA VOLONTÉ
PEUT-ELLE TOUT ?
Que penser des substituts nicotiniques ? Ces traitements vont
jusqu’à doubler les chances d’arrêt de la cigarette par rapport
à la volonté seule. Pourtant leur utilisation soulève encore beaucoup
de questions. Tout ce qu’il faut savoir pour se faire un avis.
CA VA MIEUX EN LE DISANT
Arrêter de fumer, est-ce seulement
une question de volonté ?
Non ! Car la nicotine active les récepteurs
nicotiniques cérébraux et quand ces derniers
sont en manque de nicotine, une sensation
de manque physique peut se faire sentir :
Les e ets de l'arrêt du tabac sont très rapides 2 .
20 minutes après la dernière cigarette, la
pression artérielle et les pulsations du cœur
redeviennent normales. En 8 heures, la
quantité de monoxyde de carbone dans le
sang diminue de moitié. Après 10 à 15 ans
d’abstinence, l'espérance de vie redevient
identique à celle des personnes n'ayant jamais
fumé. Bref on aurait raison de s’en priver !
la
volonté seule ne peut pas toujours lutter
contre cette dépendance physique.
La nicotine est-elle cancérigène ?
Combien ça coûte ?
La molécule de nicotine en
elle-même n'est pas cancérigène,
contrairement aux 4000 autres
substances contenues dans
la
cigarette 2 .
Les substituts nicotiniques
pourraient-ils me rendre
dépendant ?
Est-ce que je vais
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La nicotine contenue dans les
Je peux continuer à fumer
en prenant des substituts
nicotiniques ?
Et si je suis enceinte ?
substituts est di usée de manière
lente et régulière, contrairement
au shoot nicotinique provoqué
par la cigarette. Ce mode de
Il est préférable d’arrêter de fumer
définitivement, mais il est possible
de réduire sa consommation
di
usion n’entretient pas la
Les substituts nicotiniques
diminuent la sensation
de faim et les e ets des
troubles du comportement
alimentaire. Et puis, la
prise de poids n’est pas
une fatalité dans le cadre
d’un mode de vie sain et
équilibré.
dépendance.
en alternant les cigarettes avec
certaines formes orales de
substituts (gommes, comprimés à
sucer, inhaleur). Chaque cigarette
non fumée compte !
Un arrêt total de la
consommation de tabac est
recommandé quand on est
enceinte. En cas d’échec, un
sevrage tabagique par substituts
nicotiniques est possible sous
contrôle médical.
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nicotine
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à arrêter de fumer. L’arrêt dé nitif de la consommation de tabac est préférable. Contient de l’alcool (NICORETTESPRAY ® ). Demandez conseil à votre pharmacien. En cas de
dif culté, consulter votre médecin. Lire attentivement la notice. M17NI076APC 17/03/6 954 655 3/GP/003 · JJSBF SAS au capital de 153.285.948 € - RCS Nanter re : 479 824 724 -
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(1) Respectez les posologies et durées de traitement décrites dans la notice. (2) INPES. J'arrête de Fumer. Le guide pratique pour y parvenir. http://inpes.santepubliquefrance.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1110.pdf

science

POURQUOI NOUS SOMMES ACCROS

Drogue, tabac, alcool… Les neurosciences montrent que la dépendance vient d’un piratage des voies neuronales : c’est une maladie, pas une faillite morale. En agissant sur le cerveau, cela se soigne.

Janna Raine est devenue héroïnomane il y a vingt ans, après une prescription d’analgésiques liée à un accident du travail. L’an dernier, elle vivait dans un campement de SDF, sous une autoroute, à Seattle.

SIGNES INVISIBLES La neuroscientifique Anna Rose Childress analyse les IRM fonctionnels du cerveau de cocaïnomanes en voie de guérison. Elle tente de comprendre comment des signaux subliminaux de la drogue activent le circuit de la récompense (le « centre du plaisir ») du cerveau, ouvrant la voie à la rechute. L’image de cocaïne (écran de gauche) dure 1/30 e s. Cela suffit pour exciter le circuit de la récompense d’un patient. Childress veut trouver des médicaments pour neutraliser cet effet.

Par Fran Smith Photographies de Max Aguilera-Hellweg

P atrick Perotti a ricané lorsque sa mère lui a parlé d’un médecin qui traite la toxicomanie par les ondes électromagnétiques : « J’ai pensé que c’était un escroc. » Perotti a aujourd’hui 38 ans et vit à Gênes, en Italie. À 17 ans, il s’est mis à sniffer de la cocaïne. Peu à peu, son petit plaisir s’est

mué en besoin quotidien, puis en consommation

compulsive. Il est tombé amoureux, a eu un fils et

a ouvert un restaurant. Mais famille et entreprise ont volé en éclats à cause de sa dépendance. Il a suivi une cure de désintoxication de trois

mois, et a rechuté trente-six heures après sa sortie.

Il a refait une cure de huit mois, et a contacté son

fournisseur le jour même où il rentrait chez lui. « Je me suis mis à prendre de la cocaïne avec frénésie, dit-il. Je suis devenu paranoïaque, obsessionnel, fou. Je ne voyais aucun moyen d’en sortir. » Sa mère insistait pour qu’il appelle le médecin, et Patrick Perotti a capitulé. On lui a précisé qu’il n’aurait qu’à s’installer dans un fauteuil, comme chez le dentiste, et laisser le Dr Luigi Gallimberti plaquer un appareil sur le côté gauche de sa tête

– une intervention censée supprimer sa fringale

de cocaïne. « Soit j’allais chez Gallimberti, se sou- vient Parotti, soit je me jetais d’une falaise. » Cheveux gris et lunettes, Gallimberti s’occupe de toxicomanes depuis trente ans. Psychiatre et addictologue, il dirige aujourd’hui une clinique

à Padoue. Les traitements traditionnels ne le satis- faisaient pas, malgré les progrès considérables dans l’étude scientifique des dépendances. Il a donc décidé d’utiliser une nouvelle technique, la stimulation magnétique transcrânienne (SMT). Les médicaments peuvent aider à arrêter de boire ou de consommer de l’héroïne. Mais les rechutes sont fréquentes, et aucun remède phar- maceutique efficace n’existe contre la dépendance

à des excitants tels que la cocaïne. « Traiter les

patients est très, très difficile », admet Gallimberti. Les overdoses et les maladies liées aux drogues

illicites, comme le sida, tuent plus de 200 000 per- sonnes par an, estime l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime. Davantage encore meurent de l’alcool et du tabac. Avec plus de

BRISER LA CHAÎNE

Cocaïnomane sévère, Patrick Perotti a rechuté plusieurs fois après une cure de désintoxication. Il s’est finalement tourné vers un traitement expéri- mental, dans une clinique de Padoue : l’application d’impulsions électro­ magnétiques sur le cortex préfrontal. La méthode a réussi. Le psychiatre Luigi Gallimberti a pratiqué des stimulations magnétiques transcrâniennes sur d’autres patients avec un succès similaire. Lui et ses collègues préparent un essai à grande échelle. Partout dans le monde, des chercheurs testent cette technique sur d’autres types de dépendances.

1 milliard de fumeurs, le tabac est impliqué dans les cinq premières causes de mortalité : maladies cardio-vasculaires, AVC, infections respiratoires, bronchopneumopathie chronique obstructive et cancer du poumon. Dans le monde, près d’un adulte sur vingt est dépendant à l’alcool. Quant aux accros aux jeux et à d’autres activités compul- sives, de plus en plus souvent reconnues comme des dépendances, on n’a pas de décompte précis.

Depuis des décennies, des chercheurs analysent l’activité de cerveaux de volontaires humains

ou d’animaux de laboratoire dépendants aux dro- gues. Ils ont désormais une idée précise de la façon dont une addiction altère les voies neuronales et les processus qui sous-tendent le désir, la mise en place d’habitudes, le plaisir, l’apprentissage, la régulation émotionnelle et la cognition. La dépendance tire parti de la fabuleuse plas- ticité du cerveau. Elle remodèle les circuits neu- ronaux, afin d’assigner une valeur suprême à la cocaïne, à l’héroïne ou au gin, aux dépens d’autres préoccupations – le travail, la famille, voire la vie. « En un sens, explique Antonello Bonci, neuro- logue à l’Institut national sur l’abus des drogues des États-Unis (NIDA), la dépendance est une forme d’apprentissage pathologique. » Bonci et ses collègues du NIDA et de l’univer- sité de Californie à San Francisco ont mesuré l’activité électrique des neurones d’un rat en train de chercher de la cocaïne. Ils ont découvert qu’une région du cerveau impliquée dans l’inhibition du comportement était alors anormalement atone. L’article qu’ils ont publié après cette expérience a fasciné le Dr Luigi Gallimberti. Puis les chercheurs ont activé les cellules atones. « Les rats n’ont tout simplement plus manifesté d’intérêt pour la cocaïne », affirme Bonci. On pou- vait donc juguler l’envie insatiable des toxico- manes de faire un trip, avançaient les chercheurs, en stimulant la région du cortex préfrontal res- ponsable de l’inhibition du comportement. Gallimberti pensait que la stimulation magné- tique transcrânienne pourrait offrir un moyen pratique d’y parvenir. Nos cerveaux fonctionnent au gré des impulsions électriques qui parcourent les neurones à chaque pensée et mouvement.

La stimulation cérébrale, employée depuis des années pour traiter la dépression et la migraine, repose sur ces propriétés électriques. L’appareil utilisé est simple : un fil enroulé à l’intérieur d’une baguette. Un courant traverse la baguette, créant une impulsion magnétique qui altère l’activité électrique du cerveau. Gallimberti pensait que des impulsions répétées pourraient réactiver le cir- cuit neuronal altéré par la drogue, comme on redémarre un ordinateur qui a planté. Restait à tester la technique. Luigi Gallimberti et son collègue Alberto Terraneo, psychologue neurocognitif, se sont associés à Antonello Bonci. Ils ont recruté des cocaïnomanes. Seize volontaires ont subi des stimulations cérébrales pendant un mois. Treize autres ont suivi un traitement stan- dard, incluant des médicaments contre l’anxiété et la dépression. À la fin de l’essai, onze personnes avaient décroché de la drogue dans le premier groupe, et seulement trois dans l’autre. Les résultats ont été publiés en janvier 2016 dans la revue European Neuropsychopharmacology. L’article a fait tant de bruit que des centaines de cocaïnomanes ont afflué à la clinique de Padoue. C’est là que Patrick Perotti a débarqué, nerveux et agité. Dès la première séance, dit-il, il s’est senti plus calme. Bientôt, l’envie de cocaïne est passée. Six mois plus tard, elle n’était pas revenue. « Ça a été un changement complet, raconte-t-il. Je res- sens une vitalité et un désir de vivre que je n’ai pas éprouvés depuis longtemps. » Il faudra des essais à grande échelle pour prou- ver la validité du traitement et ses bienfaits à long terme. Mais des scientifiques du monde entier testent la stimulation cérébrale pour aider les gens à arrêter de fumer, boire, jouer, manger compul- sivement et utiliser les opioïdes à mauvais escient. « C’est si encourageant, jubile Bonci. Les patients me disent : “La cocaïne m’habitait. Maintenant, elle est loin de moi et ne contrôle plus ma vie.” »

Réparer les connexions du cerveau pour vaincre la dépendance : voilà qui aurait paru farfelu, il y a

encore peu. Mais les progrès des neurosciences ont bouleversé les idées sur la dépendance. Voilà trente ans, un traité de médecine vous assurait qu’il s’agissait d’une dépendance à une substance

que l’on supporte de mieux en mieux ; qu’il faut sans cesse augmenter la dose pour ressentir les effets ; et qu’arrêter la consommation se traduit par un sevrage épouvantable. Ces constats s’appliquaient assez bien à l’alcool, à la nicotine et à l’héroïne. Mais pas à la marijuana ni à la cocaïne. En général, celles-ci ne produisent pas les tremblements, nausées et vomissements caractéristiques du sevrage de l’héroïne. Le vieux modèle n’expliquait pas non plus l’aspect peut- être le plus insidieux de la dépendance : la rechute. Les milieux scientifiques le clament depuis des années : la dépendance est une maladie, pas un échec moral. Elle ne se caractérise pas toujours par la sujétion physique ou les effets du sevrage. Elle se définit surtout par la répétition compulsive d’une activité malgré ses conséquences néfastes pour la vie. Des chercheurs acceptent désormais l’idée (naguère hérétique) que la dépendance n’est pas uniquement le fait de drogues.

Malbouffe, shopping, smartphone… Nombre de tentations de la vie moderne sont de potentielles

dépendances, estiment des chercheurs. Ces activités bouleversent le circuit de la récompense (ou « de renforcement », surnommé le « centre du plaisir ») du cerveau. Or ce circuit est à la source de l’envie irrépressible – le manque. La dernière édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, la bible de la psychiatrie amé- ricaine, reconnaît d’ailleurs pour la première fois une dépendance comportementale : le jeu. « Nous sommes tous de subtils détecteurs de récompenses », considère Anna Rose Childress, neuroscientifique clinique à l’université de Pennsylvanie, qui étudie depuis longtemps le cir- cuit de la récompense pour élucider les mystères de la dépendance. Anna Rose Childress place des toxicomanes dans un imageur par résonance magnétique (IRM) pour suivre le flux sanguin dans leur cerveau et analyser l’activité neuronale. Après traitement des données, des cartes d’acti- vation représentées par un code couleur sont superposées aux images IRM du cerveau permet- tant ainsi d’identifier les circuits qui s’hyper- activent quand le cerveau est en état de désir. « Cela paraît bizarre, mais je pourrais regarder ces

images pendant des heures, constate la cher- cheuse. Penser qu’on peut visualiser l’état d’un cerveau est fascinant et dangereux à la fois. » Le circuit de la récompense est une zone du cerveau très bien conservée au cours de l’évolu- tion. Il diffère peu chez l’homme et chez le rat. Il garantit que nous cherchons ce dont nous avons besoin, en nous motivant et en éveillant notre attention visuelle, auditive et olfactive sur ce qui nous y mène. Ce circuit relève du domaine de l’instinct et des réflexes. Il est apparu au fil de l’évolution, quand la

survie dépendait de la capacité à accéder à la nour- riture ou aux partenaires sexuels. Mais, dans un monde qui offre sans cesse de satisfaire des désirs, ce circuit peut

alors se retourner contre nous. Le désir repose sur une cascade complexe de réactions cérébrales. Il est sans doute déclen- ché par une bouffée de dopamine, estiment les scientifiques. La dopa- mine est un messager chimique (neurotrans- metteur) qui permet

MILLIARD DE PERSONNES DANS LE MONDE FUMENT DU TABAC

1,1

d’assurer la communi- cation entre neurones. Elle a de multiples rôles dans le cerveau. Le flux de dopamine est primordial dans une dépendance. Il intensifie la force d’attraction ou saillance d’un stimulus (la cocaïne, par exemple, ou tout ce qui peut l’évoquer, comme la vue d’une poudre blanche). Chaque drogue dont on abuse affecte la chimie du cerveau d’une façon particulière. Mais toutes modifient fortement les niveaux de dopamine.

Pour comprendre la puissance de ce mécanisme, voyez l’étrange effet secondaire des médicaments

qui imitent la dopamine naturelle. Ceux-ci sont utilisés pour traiter la maladie de Parkinson. Cette affection détruit les cellules produisant la dopa-

mine et affecte en premier

(suite page 46)

LE RAT JOUE GROS AU CASINO

Dans une simulation de machine à sous, ce rat est attiré par le même type de flashes lumineux et de vibrations sonores qui retiennent les joueurs dans les casinos. Plusieurs orifices lui rapportent des pilules sucrées. Le rat s’infiltre systématiquement dans l’ouverture qui rapporte le plus, mais offre les plus faibles chances de gain. Grâce à des études similaires, Catharine Winstantley, une neuro­ scientifique à l’université de Colombie-Britannique, a découvert qu’un médicament qui bloque un récepteur de la dopamine peut réduire les décisions risquées associées au jeu compulsif.

qui bloque un récepteur de la dopamine peut réduire les décisions risquées associées au jeu compulsif.
SOUS L’EMPRISE DU JEU À Séoul, les stades et les salons de jeux électroniques coûtent

SOUS L’EMPRISE DU JEU

À Séoul, les stades et les salons de jeux électroniques coûtent environ 1 euro l’heure. Plusieurs salles sont ouvertes 24 heures/24. Peu après que l’Internet à très haut débit est devenu bon marché et largement accessible en Corée du Sud, des cas de joueurs obsessionnels ruinant leur vie sont apparus. Le ­gouvernement­prend­ désormais leurs soins en charge.­L’Association­ américaine de psychiatrie ne reconnaît pas le jeu compulsif comme une dépendance, mais les troubles liés au jeu en ligne figurent­sur­sa­liste­des­ pathologies exigeant des études approfondies.

Arborisationsationat

terminaleter

dudu neuroneneurone

Arborisationsation at terminaleter dudu neuroneneurone Synapse Transporteurs de dopamine Dopamine Récepteurs de dopamine

Synapse

at terminaleter dudu neuroneneurone Synapse Transporteurs de dopamine Dopamine Récepteurs de dopamine

Transporteurs

de dopamine

Dopamine

Récepteurs

de dopamine

Dopamine

stockée dans

les neurones

DendriteDe

UN TRIP NATUREL

À l’origine, notre cerveau a élaboré un système de la récompense fondé sur la dopamine afin de stimuler des comportements qui nous aident à survivre, tels que l’alimentation, la procréation et l’interaction sociale.

UN AFFLUX CHIMIQUE

Différentes drogues interagissent de façon particulière avec le circuit de la récompense pour que les synapses restent artificiellement inondées de dopamine. Cet afflux de dopamine peut reconfigurer les circuits du cerveau et lui faire désirer davantage de drogue, créant la dépendance.

La cocaïne bloque l’élimination de la dopamine dans la synapse

bloque l’élimination de la dopamine dans la synapse ACTIVITÉ NEURONALE État normal Les neurotransmetteurs

ACTIVITÉ NEURONALE État normal

Les neurotransmetteurs acheminent les messages électriques d’un neurone vers un autre. Le neurotransmetteur libéré au niveau d’une synapse agit sur des récep- teurs situés sur le second neurone.

La dopamine

inonde

temporairement

la synapse

second neurone. La dopamine inonde temporairement la synapse Les transporteurs de dopamine suppriment l’excès de

Les transporteurs de dopamine suppriment l’excès de dopamine dans la synapse

État d’excitation

La dopamine inonde momentanément une synapse quand une activité plaisante (jeux d’argent, sexe, shopping, jeux vidéo…) est anticipée ou éprouvée.

La méthamphé- tamine déplace la dopamine vers la synapse

L’héroïne bloque les inhibiteurs Récepteurs inhibiteurs de dopamine
L’héroïne bloque les inhibiteurs Récepteurs inhibiteurs de dopamine
L’héroïne bloque les inhibiteurs Récepteurs inhibiteurs de dopamine

L’héroïne

bloque

les inhibiteurs

Récepteurs

inhibiteurs

de dopamine

de dopamine

Dans l’ATV

La dopamine

inonde

la synapse

La dopamine inonde la synapse

Dans le

système de

récompense

du cerveau

Sous héroïne

L’héroine bloque les neurones qui inhibent les neurones dopaminergiques. Libérés de cette inhibition ces neurones libérent plus de dopamine.

de cette inhibition ces neurones libérent plus de dopamine. Sous méthamphétamine La drogue renverse le flux

Sous méthamphétamine

La drogue renverse le flux naturel et contrôlé de dopamine dans les neurones. Elle contraint la dopamine à se ruer dans les synapses.

Sous cocaïne

La cocaïne interfère avec le transport de dopamine. Elle empêche l’élimination de l’excès de dopamine dans les synapses.

JASON TREAT ET RYAN T. WILLIAMS, ÉQUIPE DU NGM ILLUSTRATION : DANIEL HERTZBERG SOURCE : KENT BERRIDGE, UNIVERSITÉ DU MICHIGAN

lieu le mouvement. Les

médicaments de substitution à la dopamine sou- lagent les symptômes. Toutefois, 14 % des patients qui les prennent développent des dépendances au jeu, au shopping, à la pornographie, à la nour- riture ou au médicament lui-même. Les indices environnementaux qui, après apprentissage, ont été associés à une récompense déclenchent eux-mêmes des poussées de dopa- mine. Anna Rose Childress a montré que les per- sonnes « accros » n’ont pas besoin d’une stimulation consciente pour que le circuit de la récompense s’active. Dans un article publié par la revue PLoS One, elle analyse le cerveau de vingt-deux hommes cocaïnomanes, à qui elle a projeté des photos de pipes à crack lors de flashes de 33 millisecondes. Ces hommes ne « voyaient » donc rien de façon consciente. Pourtant, les images fugitives acti- vaient les mêmes zones du circuit de la récom- pense que le signal visible d’une drogue. Selon la chercheuse, ces observations étayent les récits de cocaïnomanes qui rechutent sans pouvoir expliquer pourquoi : « Ils se trouvent dans un environnement où, le plus souvent, des indices leur rappellent la cocaïne. Ils ressentent alors tout simplement des frissons de leur très ancien sys- tème de récompense qui les préparent à répondre à ces stimuli.

(suite de la page 39)

Bien entendu, le cerveau ne se résume pas au « centre du plaisir ». Il abrite la machinerie la

plus sophistiquée conçue au cours de l’évolution pour réfléchir, soupeser les risques et contrôler les désirs fugaces. Mais, alors, pourquoi les habi- tudes et le manque submergent-ils la raison, les bonnes intentions et la conscience du prix à payer pour une dépendance ? « Il y a un démon qui fout tout en l’air », lance un fumeur régulier de crack, assis dans une petite pièce aveugle. Il attend de passer une IRM au labo- ratoire de Rita Z. Goldstein, professeure de psy- chiatrie et de neurosciences. Le toxicomane participe à une étude sur le rôle du cortex préfrontal, le poste de commandement du cerveau. Quand le scanner enregistrera son activité cérébrale, il devra regarder des photos de

cocaïne et imaginer les plaisirs ou les risques associés. Goldstein et son équipe veulent savoir si l’on peut aider les toxicomanes à contrôler leurs habitudes irrépressibles grâce à une méthode thé- rapeutique dite de « retour neuronal » (ou neuro­ feedback). Cette technique consiste à placer un patient face à un écran qui lui montre en temps réel l’activité de son propre cerveau. « Je me dis toujours, c’est incroyable d’avoir dilapidé tout ce pognon en drogue, s’exclame l’homme tandis qu’on le mène à l’IRM. Mais on y perd toujours plus qu’on y gagne. » Rita Goldstein a mieux cerné le fonctionnement du circuit de la récompense, en étudiant par neuro- imagerie le lien entre la dépendance et certaines régions du cerveau, notamment le cortex pré- frontal. Les modifications de cette zone affectent le jugement, le contrôle de soi et toutes sortes de fonctions cognitives liées à la dépendance. « La récompense est importante au début du cycle de la dépendance, précise la chercheuse, mais la réponse à la récompense se réduit tandis que le trouble se poursuit. » Des toxicomanes continuent d’utiliser des drogues simplement pour soulager la souffrance qu’ils éprouvent quand ils cessent d’en prendre.

C’est une idée toute simple qu’ont lancée Rita Goldstein et sa collègue Nora Volkow (désormais

directrice de l’Institut national sur l’abus des drogues) dans un article de 2002. Mais elle s’est imposée comme un modèle essentiel sur le méca- nisme de la dépendance : quand les signaux de la drogue gagnent en importance, notre champ d’attention rétrécit (comme lorsqu’on zoome sur un objet avec un appareil photo, écartant ainsi le reste du panorama). En parallèle, quand ces signaux lui arrivent, le cerveau contrôle de moins en moins bien notre comportement. Rita Goldstein a montré que les cocaïnomanes présentent en moyenne un volume réduit de matière grise dans le cortex préfrontal. Par ail- leurs, ils n’obtiennent pas les mêmes résultats que les non-toxicomanes à des tests psychologiques portant sur la mémoire, l’attention, la prise de décision, ainsi que sur les processus de récom- pense non liés à la drogue, comme l’argent.

En général, leurs résultats sont moins bons. Mais pas toujours. Tout dépend du contexte. Pour un exercice standard de mesure de fluidité verbale (combien d’animaux de ferme pouvez-vous citer en une minute ?), les toxicomanes sont parfois à la traîne. Mais, si on leur demande d’énumérer les mots liés aux drogues, ils ont tendance à obtenir de bien meilleures performances. Souvent, les toxicomanes chroniques sont de très bons organisateurs et exécutants de tâches impliquant la consommation de stupéfiants. Mais cette aptitude peut compromettre d’autres pro- cessus cognitifs, dont la capacité à savoir quand et comment s’arrêter. Les déficiences cérébrales et comportementales liées à la dépendance sont parfois plus subtiles que dans d’autres troubles cérébraux, et les dysfonctionnements plus pro- fondément influencés par le contexte. « C’est l’une des raisons pour lesquelles la dépendance a été l’une des dernières pathologies à être reconnue comme une maladie du cerveau, et ne l’est pas encore toujours », selon Goldstein. Ses études ne répondent toutefois pas à la ques- tion de l’œuf et de la poule : la dépendance est-elle la cause des déficiences, ou bien les vulnérabilités du cerveau (dues à la génétique, à des trauma- tismes, au stress ou à d’autres facteurs) augmen- tent-elles le risque de dépendance ? Mais le laboratoire de Goldstein a montré que les régions frontales du cerveau commencent à guérir après l’arrêt ou la réduction significative des drogues. En 2016, une étude a été menée sur dix-neuf cocaïnomanes ayant achevé leur traite- ment médicamenteux. Elle a révélé une nette aug- mentation du volume de matière grise dans deux régions impliquées dans l’inhibition du compor- tement et dans l’évaluation de la récompense.

Marc Potenza traverse à grands pas le casino du Venetian Hotel, à Las Vegas. « Je ne suis pas un

joueur », blague ce psychiatre affable et énergique, directeur d’un programme de recherche sur les troubles des habitudes et de l’impulsivité à l’université Yale. Il sort du lieu de plaisirs pour se rendre à un centre de conférences, où il va expo- ser ses travaux sur la dépendance au jeu devant une centaine de scientifiques et de cliniciens.

La rencontre est organisée par le Centre natio- nal pour un jeu responsable (NCRG). Soutenu par les casinos, cet organisme finance les recherches sur les jeux de hasard menées par Marc Potenza et ses collègues. Le colloque a lieu la veille de la Global Gaming Expo, la méga-convention des professionnels des jeux. Debout sur le podium, Potenza parle de l’inté- grité de la substance blanche cérébrale et de la circulation sanguine corticale chez les joueurs. Pendant ce temps, aux abords de la salle, les expo- sants installent des présentoirs vantant les inno- vations conçues pour stimuler la dopamine de la

« génération Y ». Plus de 27 000 personnes seront présentes : concepteurs de jeux, fabricants,

exploitants de casinos. Potenza et d’autres spécialistes ont poussé le milieu psychiatrique à accepter l’idée qu’on peut être dépendant à un comportement – et pas seulement à une substance. En 2013, dans son Manuel dia-

gnostique et statistique, l’Association améri- caine de psychiatrie a intégré la question du jeu addictif au chapitre

« Troubles liés à une substance et troubles addic-

tifs », plutôt qu’au chapitre « divers » des troubles du contrôle des impulsions. Une simple mesure technique ? Pas du tout. Selon Judson Brewer, directeur de recherche au Centre de pleine conscience, à l’école de méde-

cine de l’université du Massachusetts, la décision

« ouvre une brèche pour considérer d’autres com- portements comme des dépendances ». L’Association américaine de psychiatrie étu-

diait la question depuis plus de dix ans, accumu- lant les observations sur la ressemblance entre jeu et toxicomanie : désirs insatiables, inquiétude, envies incontrôlables ; excitation nerveuse et besoin de doubler la mise ; incapacité à arrêter en

dépit des promesses…

(suite page 52)

décès par overdose en france en une année

349

STRATÉGIES DE DIVERSION À la clinique Marshak, près de Moscou, on implante une dose de

STRATÉGIES DE DIVERSION

À la clinique Marshak, près de Moscou, on implante une dose de six mois de disulfirame sous la peau d’un alcoolique. Il va quitter ce centre de désintoxication après un séjour d’un mois. Le médicament le fera vomir s’il boit – une forme de thérapie par le dégoût. La clinique utilise d’autres stratégies pour tenter de rompre la dépendance :

yoga, séances de conseil individuelles ou en groupe, compléments d’acides aminés, changement de régime alimentaire, antidépresseurs.

BUVEURS

OCCASIONNELS

Sylvie Imbert et Yves Brasey sont de fervents partisans du baclofène. Ce médicament (un relaxant musculaire, à l’origine) les a libérés de leur tendance à boire. C’est un traitement prometteur de l’alcoolisme, selon certaines études (mais l’Agence nationale de sécurité du médicament vient de mettre en garde sur ses risques à haute dose). Yves Brasey, qui boit une bière à l’hôtel Luxembourg Parc, à Paris, arrive désormais à consommer sans excès ; Sylvie Imbert, qui absorbait six à neuf verres par jour, n’en boit plus qu’un seul, à l’occasion.

excès ; Sylvie Imbert, qui absorbait six à neuf verres par jour, n’en boit plus qu’un seul,

Marc Potenza a réalisé

certaines des premières imageries cérébrales de joueurs. Il a découvert qu’elles ressemblaient aux numérisations des cerveaux de toxicomanes. L’activité est atone dans les parties du cerveau res- ponsables du contrôle des impulsions.

(suite de la page 47)

La dépendance est possible sans stupéfiant. Les chercheurs veulent maintenant préciser quels

types de comportements en relèvent. Toute acti- vité agréable est-elle potentiellement addictive ? Ou sommes-nous en train de médicaliser chaque manie, de la surveillance incessante de nos cour- riels à la pause bonbon de la fin d’après-midi ? Aux États-Unis, le Manuel diagnostique et sta- tistique classe désormais les troubles liés aux jeux en ligne parmi les pathologies méritant une étude approfondie, ainsi que la dépression chronique invalidante et des troubles liés à la consommation de caféine. Mais pas la dépendance à Internet. Celle-ci figure toutefois sur la liste du psychiatre Jon Grant, avec le shopping et le sexe compulsifs, les dépendances alimentaires et la kleptomanie. Selon Grant, qui dirige la Clinique des troubles addictifs, compulsifs et impulsifs à l’université de Chicago, « tout ce qui est excessivement grati- fiant, tout ce qui provoque l’euphorie ou est tran- quillisant peut constituer une dépendance ». Un comportement peut devenir addictif en fonction de la vulnérabilité individuelle. Laquelle dépend, entre autres, de facteurs génétiques, des trauma- tismes subis, d’un état dépressif. Nourriture et sexe sont peut-être les «nouvelles » dépendances les plus controversées. L’Organisa- tion mondiale de la santé, dans sa Classification internationale des maladies à paraître en 2018, conseille d’intégrer le sexe compulsif aux troubles du contrôle des impulsions. Au contraire de l’Asso- ciation américaine de psychiatrie, qui a connu de vifs débats sur la réalité du problème, et n’a pas non plus reconnu la dépendance alimentaire. Prenez un rat. Donnez-lui du sucre à volonté. Il en engloutira jusqu’à développer les mêmes syndromes de tolérance, de manque et de sevrage qu’un rat accro à la cocaïne. C’est ce qu’a prouvé Nicole Avena, neuroscientifique à l’hôpital Mount Sinai St. Luke’s, à New York. Or, affirme-t-elle,

les aliments riches en lipides et les aliments for- tement transformés (comme la farine raffinée) sont aussi problématiques que le sucre. Nicole Avena et des chercheurs à l’université du Michigan ont récemment mené une étude sur 384 adultes américains. 92 % signalaient un désir persistant de manger certains aliments et avoir tenté à plusieurs reprises d’arrêter sans y parvenir – deux caractéristiques de la dépendance. La nourriture la plus addictive, selon les sujets de l’enquête : la pizza (souvent fabriquée avec une croûte de farine blanche et nappée d’une sauce tomate gorgée de sucre). Les chips et le chocolat arrivent à la deuxième place. Nicole Avena n’a aucun doute sur la réalité de la dépendance ali- mentaire : « Voilà notamment pourquoi les gens obèses ont tant de mal à s’en sortir. »

Comprendre ce qui cloche dans un cerveau accro est une chose. Le réparer en est une autre. Une

poignée de médicaments existent pour aider à surmonter certaines dépendances. Par exemple, la naltrexone a été développée pour traiter l’abus d’opioïdes. Mais elle est aussi prescrite contre l’alcoolisme, la compulsion alimentaire et le jeu. La buprénorphine, elle, active les récepteurs d’opioïdes dans le cerveau, mais à un bien moindre degré que l’héroïne. Elle supprime les symptômes horribles de manque et de sevrage. Ainsi, le toxi- comane peut rompre le cycle de la dépendance. « C’est un miracle », s’exclame Justin Nathanson, cinéaste et propriétaire d’une galerie à Charleston (Caroline du Sud). Il a pris de l’héroïne pendant des années et suivi sans succès deux cures de désintoxication. Puis, un médecin lui a prescrit de la buprénorphine. « En cinq minutes, je me suis senti complètement normal. » Il n’a plus touché à l’héroïne depuis treize ans. Les médicaments anti-dépendance existent souvent depuis des années. Les neurosciences n’ont pas encore permis d’avancée décisive sur ce point. Des dizaines de compositions ont été tes- tées, avec des résultats souvent prometteurs en laboratoire, mais mitigés, au mieux, lors des tests cliniques. Quant à la stimulation cérébrale (née des progrès des neurosciences) pour traiter la dépendance, elle en est au stade expérimental.

Les programmes en douze étapes (comme chez les Alcooliques anonymes), la thérapie cognitive et d’autres approches thérapeutiques donnent des résultats chez de nombreuses personnes. Mais pas chez toutes. Et le taux de rechute est élevé.

Le monde du traitement de la dépendance se divise en deux camps. L’un estime qu’une cure

consiste à réparer la chimie ou le câblage du cer- veau dépendant (grâce à des médicaments ou à des techniques comme la stimulation magnétique transcrânienne), avec un soutien psychosocial en complément. Pour l’autre camp, les médicaments, en atténuant le manque et l’épreuve du sevrage, permettent au patient d’entreprendre le travail psychologique crucial pour guérir de la dépen- dance. Mais les deux camps s’accordent sur un point : les traitements actuels sont déficients. Le meilleur espoir de traiter la dépendance est d’associer la science moderne et les anciennes pratiques contemplatives, estime Judson Brewer, psychiatre spécialisé dans les dépendances, direc- teur de recherche au Centre de pleine conscience et féru de psychologie bouddhiste. Il promeut la méditation et d’autres techniques pour prendre conscience de ce que nous faisons et ressentons, en particulier des habitudes qui nous poussent aux conduites d’échec. La pleine conscience peut aider à contrer le déluge de dopamine lié à la vie actuelle. Des cher- cheurs de l’université de Washington ont montré qu’un programme fondé sur la pleine conscience est plus efficace que les programmes en douze étapes pour prévenir la rechute chez les toxico- manes. Dans une étude comparative, Brewer conclut que l’entraînement à la pleine conscience était deux fois plus efficace que le meilleur pro- gramme de lutte contre le tabagisme. La pleine conscience apprend à être attentif aux besoins sans y répondre. L’idée est de surmon- ter la vague du désir intense. La pleine conscience encourage aussi l’individu à identifier les raisons pour lesquelles il se sent poussé à céder à son désir. Brewer et d’autres ont montré que la méditation apaise le cortex cingulaire postérieur, la région neuronale impliquée dans le type de rumination pouvant mener à l’obsession en boucle.

Brewer parle d’un ton apaisant. Dans son dis- cours, les termes scientifiques – hippocampe, insula – alternent avec des mots en pali, la langue des textes bouddhiques. Ce soir-là, il se tient devant vingt-trois mangeurs compulsifs. Donnamarie Larievy, consultante en marketing, a rejoint le groupe de pleine conscience hebdo- madaire pour rompre avec sa passion : les crèmes glacées et le chocolat. Depuis quatre mois, elle mange plus sainement. Elle apprécie une boule de glace au caramel à l’occasion, mais n’en ressent plus que rarement une envie pressante. « Cela a changé ma vie, dit-elle. Argument ultime, la sen- sation de manque a diminué. »

Nathan Abels a décidé d’arrêter de boire. Et

plusieurs fois. À l’été 2016, en pleine halluci- nation après trois jours de cuite au gin, il s’est retrouvé aux urgences de l’hôpital de l’univer- sité de Caroline du Sud. Puis, en cure de désin- toxication, il s’est porté volontaire pour une étude sur la stimula- tion magnétique trans-

crânienne menée par la neuroscientifique Colleen A. Hanlon. Abels est concepteur d’éclairages ; il comprend comment des circuits fonctionnent. L’optique des neurosciences lui apporte une sorte de soula- gement. Il ne se sent pas pris au piège par la bio- logie ou déchu de ses responsabilités envers la boisson. Au contraire, il se sent moins honteux. « J’ai toujours pensé que boire était une fai- blesse, assure-t-il. Comprendre que c’est une maladie est beaucoup plus motivant. » Nathan Abels recourt à tout ce que le centre médical lui propose comme mode de guérison :

méditation, psychothérapie, groupes de soutien et ondes électromagnétiques. « Le cerveau peut se reconstruire, témoigne-t-il. C’est bien la chose la plus étonnante. » j

MILLIONS DE PERSONNES PAR AN SONT TUÉES PAR L’ALCOOL DANS LE MONDE

3,3

MALADES, PAS DÉLINQUANTS

Les policiers arrêtent un homme soupçonné de fumer de l’héroïne, dans le centre-ville de Seattle. Plutôt que de l’envoyer en

prison, ils l’orientent vers un centre de désintoxication pour petits délinquants. Ce programme innovant, institué depuis plus de cinq ans, reflète une prise de conscience croissante que

la toxicomanie est due

à la dépendance et peut

être traitée comme une

maladie, et non pas comme un délit. Le programme

a réduit la récidive parmi

les contrevenants, ainsi soustraits au système de

la justice pénale.

Le programme a réduit la récidive parmi les contrevenants, ainsi soustraits au système de la justice

ACCROS

À LA NAISSANCE

L es bébés dont la mère s’est droguée aux opioïdes pen- dant la grossesse subissent un sevrage dès la naissance. Ces nouveau-nés crient d’une façon spéciale. Ils poussent un gémissement angoissé, bref et aigu, sans cesse

répété. C’est celui qui résonne dans l’unité thérapeutique néo- natale de l’hôpital Cabell Huntington (Virginie-Occidentale). Née une semaine plus tôt, une fillette gémit, inconsolable, depuis 6 heures du matin. Il est 10 heures. Sara Murray, l’infir- mière en chef, soupire : « La journée risque d’être difficile. » Un bébé sur cinq nés dans cet hôpital a été exposé in utero

à l’héroïne ou à d’autres drogues. C’est dire l’ampleur de la flambée des opioïdes aux États-Unis. « Ce que vous voyez ici

n’est que le sommet de l’iceberg des stupéfiants », déplore Sean Loudin, qui dirige le service de néonatalogie. La Virginie-Occidentale affiche le taux d’overdoses mortelles aux opioïdes le plus élevé du pays. L’hôpital a ouvert ce service en 2012, car l’unité de soins intensifs néonatals était débordée par le nombre de nourrissons dépendants aux drogues. Il refu- sait des nouveau-nés atteints d’autres pathologies. Le service accueille d’habitude 18 bébés ; ce jour-là, il y en a 23. Les nourrissons luttent pour surmonter les effets dévasta- teurs des drogues sur leur cerveau. Ils tremblent, suent, vomissent. Leur corps est raide comme une planche. Ils mangent avec difficulté et dorment d’un sommeil agité. Ils gisent, emmaillotés, dans des berceaux en plastique trans-

parent ou dans les bras des infirmières, des parents ou de volon- taires qui les câlinent. Ces bébés ont besoin de calme et de tranquillité. Beaucoup ont aussi besoin de méthadone pour soulager les symptômes. Ils ne seront sevrés qu’après plusieurs jours, ou plusieurs semaines. Le problème est apparu avec l’exposition aux sédatifs. Puis à l’héroïne. Maintenant, à l’héroïne et, en même temps,

à la cocaïne, à la méthamphétamine, ainsi que, depuis peu,

à la gabapentine (un anticonvulsif). De nombreux bébés,

très malades, ont besoin de soins prolongés. « OK », murmure Sara Murray en soulevant jusqu’à sa poitrine un garçon de 41 jours qui semble bêler. Elle lui place une tétine verte dans la bouche, et il suce celle-ci comme un piston, avec voracité. L’infirmière berce le bébé fermement, ajoutant un très léger balancement. Bientôt, les mâchoires du nourrisson se détendent, ses paupières battent et il s’endort.

APAISER LES NOURRISSONS

L’hôpital Cabell Huntington soigne 300 nouveau-nés par an, nécessitant un sevrage aux opioïdes. Ce garçon de 5 semaines dort au contact apaisant de sa mère, Jordann Thomas, 28 ans, en voie de guérison d’une dépendance à l’héroïne. Les médecins ont soigné le bébé avec de la méthadone, puis l’ont sevré. Il prend du poids, dort bien et pourra bientôt rentrer chez lui. « Sans ce programme, dit Jordann Thomas, je ne sais pas où je serais. »

vie sauvage

Dian Fossey a consacré près de vingt ans à ses travaux, avant d’être tuée, en 1985. Elle avait développé des relations très proches avec certains animaux, dont les orphelins Coco et Pucker, qu’elle avait secourus.

Que sont devenus les gorilles de Dian Fossey ?

En 1985, la primatologue a payé de sa vie sa défense des grands singes du Rwanda. Naguère chassés par les braconniers, les gorilles voient leur population croître et recherchent de nouveaux territoires.

HABITAT PRÉSERVÉ Ces gorilles ne seraient sans doute pas là de nos jours, sur le
HABITAT PRÉSERVÉ
Ces gorilles ne seraient
sans doute pas là
de nos jours, sur
le mont Karisimbi,
si Dian Fossey n’avait
pas protégé l’espèce et
son habitat avec tant
d’opiniâtreté. Mais ses
méthodes lui ont valu
beaucoup d’inimitiés.

Par Elizabeth Royte Photographies de Ronan Donovan

Peu après l’aube, deux gorilles de montagne se balancent par­dessus le mur de pierres qui déli­ mite le parc national des Volcans, dans le nord­ ouest du Rwanda. Ils atterrissent dans les herbes, puis descendent la colline à travers champs. Au début, ils avancent à quatre pattes, puis debout. Les mâles adultes s’approchent d’eucalyptus, dont ils arrachent l’écorce avec les incisives. Des femelles et des jeunes de leur groupe (appelé Titus par les chercheurs) les rejoignent. Ils gagnent alors un bosquet de bambous. Un peu plus tard, Veronica Vecellio, du Fonds international Dian Fossey pour les gorilles (DFGFI), s’assied sur un rondin, dans le parc. Sur ces hau­ teurs des montagnes des Virunga, la brume enve­ loppe l’épaisse forêt. Vecellio observe Urwibutso, un « dos argenté », appellation due au pelage blanc qui couvre le dos d’un mâle adulte. Urwibutso franchit souvent l’enceinte du parc. Il est en train de plier soigneusement des feuilles de chardon, avant de les mettre en bouche. Quand il se tourne vers Veronica Vecellio, celle­ci le prend en photo, puis zoome sur une blessure au nez. Elle chuchote : « Ce matin, il s’est battu avec un autre dos argenté du groupe Titus. » Le groupe Titus se faufile par­dessus le mur du parc depuis dix ans, raconte la chercheuse, et il s’aventure plus loin chaque année. La situation

n’est pas idéale, même si les gorilles ne mangent pas les pommes de terre et les haricots plantés par les villageois – enfin, pas encore. Mais les grands singes détruisent les arbres, qui ont de la valeur. Ils se retrouvent aussi en contact avec les déchets des hommes et du bétail, pleins d’agents pathogènes. Les risques de propagation de maladies entre espèces sont forts. Or les chan­ ces de survie des gorilles à une épidémie impor­ tante seraient faibles. Alors, quand le groupe Titus se trouve à un jet de pierre des maisons en terre de Bisate, une ville de 10 000 habitants, les gar­ diens du parc les font lentement reculer vers les collines en agitant des perches en bambou.

Dian Fossey a débarqué en Afrique à la fin des années 1960, sans expérience de recherche sur

les animaux sauvages. L’Américaine venait étu­ dier les gorilles de montagne, sur l’invitation pres­ sante de l’anthropologue Louis Leakey et avec des financements de la National Geographic Society. En 1973, la population de ces grands primates dans les montagnes des Virunga était passée sous le seuil de 275. Aujourd’hui, grâce à des mesures de protection draconiennes (surveillance perma­ nente, offensive anti­braconnage, interventions vétérinaires en urgence), ils sont environ 480. Une véritable chance en termes de diversité génétique.

seule sur le terrain Pendant plus d’une décennie, Dian ­Fossey a vécu­seule­dans­un­cabanon­isolé­et­humide­ qu’elle avait­construit­entre­deux­montagnes.

PHOTOGRAPHIES DES PAGES 58-59, 63 ET 64-65 : AcHIvES BOB cAMPBELL, SPEcIAL AND AREA STUDIES cOLLEcTIONS, BIBLIOTHèQUES GEORGE A. SMATHERS, UNIvERSITé DE FLORIDE

Car, pendant des années, les chercheurs ont recensé des preuves de consanguinité : fentes palatines

Car, pendant des années, les chercheurs ont recensé des preuves de consanguinité : fentes palatines (bec-de-lièvre), doigts et orteils palmés. Une population plus nombreuse n’est cepen- dant pas sans inconvénient. « Les groupes sont plus grands », explique Veronica Vecellio. Le groupe Pablo a culminé à 65 membres en 2006 ; il n’en compte plus que 25 (le triple de la taille moyenne des groupes de gorilles dans les Virunga d’Ouganda et de République démocratique du Congo). « Dans certaines zones, le nombre des groupes augmente aussi », précise Vecellio. Les affrontements entre groupes sont six fois plus fréquents qu’il y a dix ans. Ces conflits aug- mentent les risques de blessure ou d’infanticide

visant à éliminer les gènes d’un mâle concurrent. « Nous observons aussi une hausse du niveau de stress », ajoute Vecellio, et, possiblement, une plus grande exposition à des pathologies qu’il cause. Les problèmes ne seraient pas aussi aigus si les gorilles de montagne jouissaient d’un espace illimité pour s’ébattre. Mais le parc national des Volcans s’étend seulement sur 160 km 2 , et de plus en plus de gens se pressent à ses frontières, en quête de terres à cultiver et pour leur bétail. Les villageois violent couramment le règlement du parc. Ils escaladent le mur de pierres pour aller couper du bois, chasser, récolter du miel et, à la saison sèche, quérir de l’eau. Dans le même temps, la descente du groupe Titus dans les eucalyptus

et les bambous montre qu’il se sent bien en dehors de la forêt. Or les

et les bambous montre qu’il se sent bien en dehors de la forêt. Or les gorilles ne sont guère immuni- sés contre les maladies humaines, et leur placi- dité à l’égard des hommes les rend vulnérables. Les chercheurs qui étudient les gorilles de montagne au Rwanda savent qu’ils sont témoins d’un moment unique. Ils constatent une hausse de la population d’une espèce en danger critique d’extinction et, en même temps, une possible évo- lution des règles de ses interactions sociales.

J’ai voulu me rendre jusqu’au site de recherche établi en 1967 par Dian Fossey sur les hauteurs,

entre les monts Karisimbi et Visoke. Il m’a fallu presque deux heures de marche en partant de

prête à tout Dian Fossey porte un masque à tête de mort sur ce cliché pris en 1969. Les gardiens de troupeaux croyant à la sorcellerie, elle essayait de les tenir à l’écart de la forêt. Elle démolissait aussi les pièges et se battait contre les braconniers.

Bisate, avec de la boue jusqu’aux mollets et des orties jusqu’aux épaules. Le camp, baptisé Karisoke par Fossey, ne comptait au départ que deux tentes. Il s’est étendu jusqu’à comporter une bonne dou- zaine de cabanons et dépendances, dans un bos- quet de kossos couverts de mousse, hauts de 25 m. Une profusion de fougères, de plantes grim- pantes et d’herbes semble teindre l’air humide en vert. Un ruisseau traverse la clairière. Après la dis- parition d’un petit gorille, Dian Fossey a passé des heures et des heures courbée au-dessus des berges du ruisseau, examinant des excréments d’adultes pour trouver une preuve fiable de canni- balisme – preuve qu’elle n’a jamais trouvée. En 1985, Dian Fossey a été tuée dans son lit. Un meurtre jamais élucidé. Les chercheurs ont conti- nué à travailler à Karisoke. Le camp a fermé en 1994, lors du génocide rwandais. Des rebelles qui traversaient la forêt l’ont saccagé. De nos jours, le Centre de recherche de Karisoke s’est considéra- blement agrandi et opère depuis un immeuble moderne de Musanze, la ville voisine. Malgré l’ascension, les pluies diluviennes et des températures qui peuvent descendre en dessous de 0 °C, environ 500 pèlerins entreprennent tous les ans la pénible marche vers Karisoke afin de rendre hommage à Fossey. Ils sont nombreux à l’avoir découverte par son livre Gorilles dans la brume, qui inspira le film tourné en 1988. Lors de ma visite, cependant, j’ai presque tout l’endroit pour moi. Tandis que j’explore le site en essayant d’imaginer la vie de Fossey, les employés du parc entretiennent les tombes de vingt-cinq gorilles. Juste au-dehors de ce cimetière rustique, une plaque de bronze s’élève sur celle de Fossey. L’Américaine ne s’est pas fait que des amis. De nombreux habitants la considéraient comme une intruse ou une sorcière, qui ne respectait pas les normes culturelles locales et menaçait les moyens de subsistance de ceux qui dépendent de

la forêt pour survivre.

(suite page 70)

cohabitation risquée Les fermiers près de la ville de Bisate, au Rwanda, se sont habitués à voir des gorilles quitter la forêt pour manger les cultures de bambou. Les gorilles du groupe Titus dorment parfois même à l’extérieur du parc des Volcans. Ils risquent alors de contracter une maladie transmise par l’homme ou le bétail.

Dian Fossey capturait les braconniers, brûlait leurs huttes, confisquait leurs armes.

Fossey s’est assignée des

priorités très claires dès le départ. Elle chassait hors du parc les gardiens et leur bétail, car celui-ci piétinait les plantes prisées des gorilles, forçant les grands singes à monter à des altitudes où les températures étaient trop froides pour eux. Tous les ans, Fossey détruisait des milliers de pièges et de collets destinés aux antilopes et aux buffles. Les collets ne tuent pas les gorilles sur le coup. Souvent, ils provoquent des blessures aux pattes qui peuvent s’infecter ou se gangrener, et provoquer la mort. Fossey capturait les bra- conniers, les battait avec des orties, brûlait leurs

huttes, confisquait leurs armes. Une fois, elle alla jusqu’à prendre en otage l’enfant de l’un d’eux. Mais sa tactique la plus efficace constitue aussi une partie durable de son héritage. Elle payait des habitants pour patrouiller dans le parc et insistait auprès des autorités rwandaises pour faire appli- quer les lois anti-braconnage.

(suite de la page 65)

Dian Fossey était une personnalité clivante. Jane Goodall, la spécialiste des chimpanzés, observa

cependant un jour : « Si Dian n’avait pas été là, il n’y aurait probablement plus de gorilles de mon- tagne au Rwanda aujourd’hui. » En regardant la simple plaque sur la tombe de Fossey, je suis saisie par le contraste avec le côté hors norme de cette pionnière : ses dix-huit années en forêt, ses quêtes épiques de financements, ses batailles pour gagner sa légitimité face au monde académique, pour garder la santé sur le plan phy- sique et moral. Elle a révélé au public le monde largement pacifique des gorilles, quand l’amer- tume et la méfiance marquaient sa propre vie. À quelques pas de la sépulture de Dian Fossey se trouve celle de Digit, le dos argenté qu’elle a transformé à contrecœur en mascotte pour lever

de l’argent. Elle a créé le Fonds Digit après que des braconniers ont poignardé et décapité le gorille. Fossey cherchait désespérément des moyens pour payer les pisteurs et les équipes anti-braconnage. Mais la chercheuse détestait l’idée de générer des ressources par l’écotourisme. Elle considérait que les touristes venant voir les gorilles (les pre- miers sont arrivés à Karisoke en 1979, contre son gré) accéléreraient l’extinction de l’espèce. C’est pourtant son talent pour promouvoir ses recherches auprès du grand public, à coups de conférences et d’articles, qui a rendu célèbre la cause des gorilles. C’est aussi elle qui a compris comment habituer les gorilles aux humains – sans quoi le tourisme n’existerait pas.

Le Rwanda tolérait tout juste Dian Fossey lorsqu’elle était encore en vie. Les autorités lui

ont refusé maintes fois son visa et ont entravé ses efforts anti-braconnage. Mais le pays a vite réa- lisé que sa mort et son inhumation dans le parc national « avaient une énorme portée symbolique, raconte Veronica Vecellio. Cela a engendré un sentiment d’urgence et un soutien international pour la protection des gorilles. » En 2016, les plus de 30 000 visiteurs du parc ont chacun payé 650 euros à l’organisme qui super- vise le tourisme au Rwanda, et ce, pour une ren- contre d’une heure avec un groupe de gorilles. Depuis, ces droits d’entrée ont bondi à 1 300 euros. Ils servent à payer la sécurité et la surveillance des gorilles, et garantissent que le gouvernement protège vraiment l’espèce. Davantage de visites signifie aussi que plus d’argent est injecté dans les communautés locales et, par voie de consé- quence, plus d’emplois pour les habitants. Les opportunités offertes par le tourisme pour- raient encore s’accroître. Le Rwanda et le Massa- chusetts Institute of Technology (MIT) envisagent de construire une station de recherche climatique au sommet du mont Karisimbi, à 4 507 m d’alti- tude. Un funiculaire amènerait rapidement les scientifiques vers leurs instruments et les tou- ristes au sommet du volcan. Craignant que ce projet puisse détruire l’habitat des gorilles, des groupes de protection exigent une étude générale d’impact environnemental.

En fin de matinée, mon guide localise le groupe Sabyinyo, non loin des limites du parc. Nous

traversons une forêt de bambous clairsemée. Le dos argenté Gihishamwotsi, une montagne de muscles, est assis dans une clairière, chapeautant dans le calme un harem de femelles avec leurs petits. De temps à autre, il grogne, provoquant des réactions gutturales de gorilles hors de notre vue. Et, quand il se lève d’un coup pour se frapper la poitrine, c’est à moi qu’il fait le plus peur. J’ai beau avoir passé ma vie à regarder des documentaires animaliers et savoir que les ADN des gorilles et des hommes sont identiques à 98 %, je suis sidérée quand je vois ces animaux à 2 m de distance. Les pieds des petits sont lisses et char­ nus comme des ignames, et les doigts des mères, gros comme des saucisses. Leurs gestes dégagent une fascinante impression de familiarité. Ils se grattent comme nous ! Ils jouent avec leurs orteils ! Ils câlinent leurs petits à hauteur de visage ! Mais je culpabilise de m’immiscer dans leur vie. Mon heure de visite achevée, je dévale la mon­ tagne à la rencontre de Winnie Eckardt, au Centre de recherche de Karisoke. Elle étudie les gorilles de montagne depuis 2004, et saute sur la moindre occasion pour grimper sur les volcans alentour. Winnie Eckardt supervise la récolte mensuelle des échantillons de matière fécale de 130 gorilles, pour l’analyse des hormones, des enzymes et de l’ADN, en plus des virus et des parasites. « L’endo­ crinologie animale est un champ de plus en plus riche en enseignements, explique­t­elle, et aussi un outil très puissant. » Les chercheurs de Karisoke mettent en regard le taux de cortisol (hormone du stress) dans les fèces des gorilles avec les interactions sociales observées sur le terrain. En 2014, ils ont confronté des relevés sur la démographie et les comporte­ ments de groupes de gorilles avec des analyses d’ADN issu d’excréments. Les résultats ont révélé des différences cruciales dans la distance parcou­ rue par les mâles et les femelles qui quittent leur groupe natal – l’un des facteurs­clés pour déter­ miner la structure génétique d’une population. Le séquençage de l’ADN sert aussi de test de paternité. « Ces études nous ont appris que le dos argenté dominant est le père de la plupart des

petits dans le groupe, mais pas de tous », explique Winnie Eckardt. Les dos argentés venant en deu­ xième et troisième positions transmettent aussi leurs gènes. De là des questions très intéressantes :

comment un dos argenté non dominant décide­ t­il de rester dans un groupe ou d’essayer de séduire des femelles pour fonder un nouveau groupe ? De quels facteurs dépend le succès de la reproduction ? Comment reste­t­on en première position ? Les analyses d’ADN prouvent la consanguinité qui règne dans certains groupes et le succès de certaines lignées. Elles peuvent aussi éclairer les décisions en matière de protection. Si on ne peut sauver « que quelques groupes de gorilles, il faudra choisir ceux qui ne sont appa­ rentés que de loin, souligne Eckardt. En cas de consanguinité, ils ne se comporteront pas norma­ lement ou auront des problèmes de santé. » Une moindre diversité génétique signifie aussi que les gorilles sont plus vulnérables aux maladies et aux perturbations dues au changement climatique.

Près de 300 articles ont été publiés à partir des données collectées à Karisoke. Mais beaucoup

reste à apprendre. « Si vous aviez mené une étude de 1997 à 2007, ce qui est déjà long, vous auriez pensé que l’infanticide n’existait pas ici, note Tara Stoinski, présidente du Fonds Dian Fossey. Mais nous savons désormais que ce n’était pas un com­ portement rare avant et après cette période. » Dans les années 1970, les gorilles vivaient en groupes peu denses, tout en subissant de fortes perturbations dues aux hommes (braconnage, troupeaux…). Cela bouleversait les groupes et conduisait des mâles solitaires à attirer des femelles hors de leur groupe, puis à tuer les petits afin de déclencher des chaleurs. La baisse du bra­ connage a entraîné celle de l’infanticide. « Maintenant, il y a une forte densité de groupes et des perturbations humaines faibles, poursuit Stoinski. L’infanticide remonte du fait de l’accrois­ sement des interactions entre groupes. C’est fas­ cinant de voir comment les gorilles réagissent. » L’une des plus grandes surprises pour les auto­ rités du parc et pour Tara Stoinski, qui a pourtant publié près d’une centaine d’articles sur le com­ portement et la protection des primates, a sans

doute été la réapparition d’un dos argenté qu’on croyait mort, en janvier dernier. Cantsbee, l’un

doute été la réapparition d’un dos argenté qu’on croyait mort, en janvier dernier. Cantsbee, l’un des deux derniers gorilles baptisés par Fossey, était le mâle connu des chercheurs ayant vécu le plus longtemps. Il régnait sur Pablo, le principal groupe de Karisoke. Selon une analyse achevée en 2013, il avait engendré au moins vingt-huit descendants, un record chez les gorilles étudiés. Il avait 37 ans quand il a disparu, en octobre 2016. Des légions de pisteurs ont passé des mois à fouil- ler la forêt pour retrouver son corps. Sans succès. Le retour de Cantsbee a chamboulé bien des hypothèses sur les mâles dominants. « Qu’un leader de son âge et de son statut parte et revienne, c’était du jamais-vu, affirme Stoinski. De plus, il était

ROBERT M. CAMPBELL, NATIONAL GEOGRAPHIC CREATIVE

magnifique, en pleine forme. » En son absence, son fils Gicurasi est devenu le chef de Pablo. Après son retour, Cantsbee a parfois mené le groupe, mais ne s’est montré dominant en aucune façon. Puis, en février, apparemment affaibli, il a disparu à nouveau. Son corps a été retrouvé en mai. Pour les chercheurs, tout ce qui se produit dans le parc aujourd’hui montre à quel point les gorilles de montagne savent s’adapter. Du temps de Dian Fossey, les groupes observés ne comportaient que deux ou trois mâles. Dans les années 1990 et 2000, lorsque les interférences humaines ont diminué, les groupes ont grossi considérablement, jusqu’à compter huit dos argentés. Plus récemment, des chercheurs ont observé de nombreuses scissions

dans les groupes, souvent après la mort d’un mâle dominant. De nouveaux groupes se sont

dans les groupes, souvent après la mort d’un mâle dominant. De nouveaux groupes se sont formés, de la taille de ceux de l’époque de Fossey. « Cela démontre que le comportement n’existe pas ex nihilo. Il dépend d’un contexte, explique Tara Stoinski. À mesure que l’environnement et les circonstances évoluent, l’organisation sociale des gorilles évolue aussi. » Or ceux-ci mettent long- temps à devenir adultes. Seules des études à long terme peuvent donc éclairer leur organisation.

À cause des activités humaines, 60 % des espèces de primates sauvages sont au bord de l’extinction.

Pourtant, une population de grands singes est en train de croître. Cela dit, les gorilles des Virunga

CONTRE LE ZOO Dian Fossey marche avec Coco et Pucker, en 1969. Les bébés avaient été capturés pour un zoo allemand et maltraités. Fossey avait réussi à les récupérer et à les soigner, mais le zoo a finalement obtenu leur transfert.

demeurent vulnérables. « La population est extrê- mement petite et fragile », prévient Tara Stoinski. C’est pourquoi le Fonds Fossey continue à étudier les animaux et aide à enlever les collets, tout en investissant dans des programmes sociaux. À Bisate, le Fonds a créé une bibliothèque sco- laire, un centre informatique, et bâti une mater- nité. Il met en place des programmes d’éducation

à la protection de l’environnement qui touchent

près de 13 000 Rwandais par an. Et il veut aider les villageois à trouver un moyen de subsistance. Des gorilles déménagent déjà vers des zones du parc où évoluent moins de groupes. Mais les habi- tants pourraient aussi céder du terrain. Le gou- vernement a proposé une zone tampon autour du parc pour repousser les hommes, leur bétail et leurs champs plus bas dans les montagnes. Le

projet pourrait causer une sérieuse contestation :

le district de Musanze compte 700 habitants par kilomètre carré, et ils s’y sentent chez eux.

« Nous devons nous assurer que les communau- tés comprennent la valeur du parc, déclare Tara Stoinski. Après tout, les randonnées pour voir les gorilles sont le pilier de l’industrie touristique du pays. L’activité a rapporté 320 millions d’euros en 2015, et le parc partage 10 % de ses revenus avec les communautés locales. » En regardant une mère gorille faire sauter dans ses bras une petite boule de poils, tandis que deux adolescents se bagarrent sur une litière de plantes, il est aisé d’oublier toute la gymnastique humaine qui rend possible ce tableau idyllique. Certains se demandent si ces colossaux efforts de protection ne dévorent pas des fonds qui serviraient mieux

à d’autres espèces. On entend même que les

actions de protection pourraient perturber la sélection naturelle, en aidant les individus moins résistants à survivre. Mais Veronica Vecellio n’en démord pas : « Nous maintenons ces gorilles en vie, en inversant l’impact humain. Car ce sont bien les hommes qui les ont mis en danger. » j

repo rtage

À Jocotenango, au Guatemala, la famille de Rosa de Sapeta évitait sa cuisine enfumée. Une ONG l’a aidée à remplacer le foyer ouvert par un dispositif plus propre. Désormais, se réjouit-elle, « j’ai de la compagnie quand je prépare à manger ».

Quand cuisiner tue

Dans le monde, 3 milliards de personnes cuisinent sur des foyers ouverts. Avec des effets dévastateurs sur la santé des femmes et des enfants, et sur l’environnement. C’est le cas au Guatemala.

P AR

MICHELLE

NIJHUIS

PHO T OGRAPHIES

DE

LYNN

JOHNS O N

L e matin de Pâques, dans la petite ville de San Antonio Aguas Calientes, dans le centre du Guatemala, Elbia Pérez, sa sœur, ses filles et son petit- fils de 18 mois sont entassés autour

de la table de cuisine. Sur celle-ci trône un large plat de tamales (papillotes de viande épicée et de pâte de maïs, enveloppées dans des feuilles

de banane plantain), qui doivent cuire à la vapeur. La pièce est remplie de bavardages, de rires… et d’une épaisse fumée, qui fait pleurer et provoque des quintes de toux rauques et profondes. La famille dispose d’une cuisinière à deux feux, mais elle n’a pas de quoi s’acheter une nouvelle bonbonne de gaz. Et le

foyer à bois amélioré (un cylindre en ciment ne dépassant pas le genou) fourni par une ONG est trop petit pour le plat de tamales . Alors, envi- ron une fois par mois, Elbia Pérez

rallume le vieux foyer, qui répand sa fumée directement dans la cuisine. Chacun en est conscient, mais c’est une gêne familière, et même un détail, comparé au défi quotidien consistant à trouver de quoi s’o rir nourriture et combustible. Environ 3 milliards de personnes à travers le monde préparent leur nourriture et chau ent leur maison avec des feux ouverts ou des foyers à peine protégés. Un banal feu de cuisine produit en une heure autant de fumée que 400 cigarettes. Dans les pays en voie de développement, les problèmes de santé liés à l’inhalation de fumée sont une cause significative de décès chez les enfants de moins de 5 ans et chez les femmes. Des familles passent jusqu’à vingt heures par semaine à ramas- ser du bois pour alimenter ces feux. « La première chose que nous avalions le matin, c’était de la fumée », se souvient Marco Tulio Guerra. Il a grandi à la campagne, dans l’est du Guatemala. Enfant, son frère a été gravement brûlé par le foyer de cuisine de leur maison.

Les feux domestiques favorisent également la déforestation, car les arbres sont abattus pour être brûlés. Enfin, ils constituent une source importante de carbone-suie, un composant de la suie qui absorbe la lumière du soleil et contri- bue au changement climatique.

Dans les années 1970, des organisations d’aide internationales se sont rendues au Guatemala, à la suite d’un terrible tremblement de terre. Elles ont alors découvert les foyers ouverts et leurs risques. Depuis, un réseau informel d’ingénieurs et de mécènes a mis au point et distribué des centaines de modèles de foyers améliorés – du simple réchaud à gaz de camping au fourneau à bois géant – dans les pays en développement. Marco Tulio Guerra possède aujourd’hui une usine qui produit huit types

AMÉRIQUE O DU NORD PA C C É I A F GUATEMALA N I Q
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de foyers plus e caces.

Seulement, il s’avère plus facile de faire évoluer les fourneaux que les habitudes humaines. Pour qu’un nouveau foyer de cuisson soit tota- lement accepté dans une famille, encore faut-il que son combustible soit couramment accessible et abordable financièrement, et que l’appareil soit aisé à manipuler. Autant d’objectifs di ciles à atteindre en même temps. Et malheur à la cuisi- nière si le nouvel outil de cuisson ne fournit pas une nourriture à la hauteur ! Avec le temps, cependant, tout le monde peut adopter de nouvelles méthodes. Dans les mon- tagnes de l’ouest du pays, Eugenia Velásquez Orozco, qui est arrière-grand-mère, se souvient encore du jour où, chez elle, on est passé du feu ouvert au poêle. Maintenant, la femme de son petit-fils apprend à se servir d’une cuisinière à gaz. « Donnez-moi encore cinq ans, sourit l’aïeule, et peut-être que je m’y habituerai aussi. » j

Ce reportage a bénéficié d’une bourse du Centre Pulitzer pour le reportage de crise.

TROP PRÈS DU FEU Son fils de 8 mois sur le ventre, Angélica Epatal García

TROP PRÈS DU FEU Son fils de 8 mois sur le ventre, Angélica Epatal García prépare le petit déjeuner sur un foyer fabriqué avec un bidon. Elle et ses filles marchent trois quarts d’heure pour aller récolter le bois qui alimentera les trois feux quotidiens. Il y a deux ans, Kimberly Galindo (ci-dessous) a été gravement brûlée par le foyer ouvert de la maison familiale. Depuis, elle enchaîne opérations et séances de rééducation.

brûlée par le foyer ouvert de la maison familiale. Depuis, elle enchaîne opérations et séances de
À L’ANCIENNE  

À L’ANCIENNE  Chez Etelvina Pérez, à San Antonio Aguas Calientes, le nouveau fourneau jaune est efficace,  mais le vieux foyer ouvert sert encore pour la grosse marmite. Ci-dessous : María García Cruz a grandi dans  un logement avec cuisinière à gaz, mais elle et son mari n’en ont plus les moyens. « Je ne m’y suis jamais  habituée », dit-elle à propos de la fumée du foyer ouvert. Ses enfants souffrent de problèmes respiratoires. 

PLUS SÛR, MAIS PLUS CHER Alimenter leur cuisinière à gaz coûte par mois à Rosa

PLUS SÛR, MAIS PLUS CHER Alimenter leur cuisinière à gaz coûte par mois à Rosa Vicente García (ci-dessus, entre ses filles) et à son mari l’équivalent de deux jours de travail dans la décharge de la capitale, qu’ils fouillent en quête de métal et de plastique. Ci-dessous : Tania López López, 7 ans, joue avec son chat dans une pièce noircie par l’ancien foyer ouvert. Le nouveau, fourni par une ONG, est efficace et sûr.

avec son chat dans une pièce noircie par l’ancien foyer ouvert. Le nouveau, fourni par une

photo graphie

Sur la frontière USA-Mexique

Donald Trump rêve d’un grand mur qui isolerait les États-Unis de son voisin du Sud. Un photographe nous montre les barrières existant déjà sur plus de 1 000 km de frontière.

TEXTE ET PHOTOGRAPHIES DE RICHARD MISRAC H

Un mur en acier traverse des terres agricoles, près de Brownsville (Texas). Érigée un peu au nord du Rio Grande, qui constitue la véritable frontière entre les États-Unis et le Mexique, cette barrière se termine brusquement. Les migrants peuvent aisément la contourner à pied.

Je travaille dans le sud-ouest des États-Unis depuis près de quarante ans. En 2004, je suis tombé par hasard sur une chose que je n’avais jamais vue : un baril bleu, avec un drapeau dessus, l’inscription « agua » sur le côté, et des dizaines de litres d’eau à l’intérieur. Je l’ai pris en photo, et n’ai cessé d’y repenser ensuite.

En 2009, j’ai pris conscience que la construction de murs et de miradors s’intensifiait le long des 3 145 km de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Je me suis mis à photographier pour de bon. À ce moment-là, j’ai découvert que l’insolite baril était un point d’eau installé par une association humanitaire, pour éviter que les migrants franchissant la frontière ne se déshydratent et ne meurent de soif. J’ai toujours travaillé en me focalisant sur le paysage. Mes images représentent rarement des gens, mais on y ressent toujours leur passage – la présence de l’absence. Pour ce projet, je me rendais en général en 4 x 4 de location dans les zones les plus isolées de la frontière. Parfois, je branchais un capteur de vibrations dans le sol pour détecter l’approche des gardes-frontières américains. Certains étaient formidables (une garde, inquiète de la présence de trafiquants de drogue dans le secteur, est venue à ma rencontre pour me protéger), d’autres se montraient hostiles. Un mur discontinu court déjà sur environ 1 100 km de la frontière. Conception, fabrication, dédommagement des propriétaires : 1,5 km de mur coûte entre 4 et 12 millions de dollars. Mais cela sert-il à quelque chose ? Les gens peuvent escalader le mur, creuser un tunnel par- dessous, ou bien, là où il s’interrompt brusquement, le contourner. Un tel mur poursuit deux objectifs. Le premier est de contenir les migrations des gens qui espèrent trouver une vie meilleure de l’autre côté de la frontière. Mais ceux-là cesseront de venir seulement lorsqu’il n’y aura plus de travail pour eux. L’autre but est de lutter contre le trafic de drogue. Cependant, ce sont les habitants des États-Unis qui créent la demande. Tant que le pays ne réglera pas ce problème, les cartels trouveront des moyens de passer. Un mur n’arrête pas les causes d’un trafic. Enfin, d’aucuns soulignent que l’idée de souveraineté nationale (qui exigerait un État-nation aux frontières imperméables) est déjà battue en brèche par toutes sortes de facteurs : Internet, la mondialisation du capitalisme, les virus… Les frontières s’effondrent d’elles-mêmes. À mes yeux, la construction de murs apparaît plus symbolique qu’autre chose – un geste désespéré. Ces images s’inscrivent à l’intersection de la politique, de la culture et de la nature. Je n’ai pas de réponse à ces questions complexes. Mais j’espère que mes travaux inciteront à une réflexion sérieuse. j

j’espère que mes travaux inciteront à une réflexion sérieuse. j 82 national geo graphic • sep
point d’eau L’association humanitaire Water Station a installé là l’un des 160 réservoirs d’eau dispersés

point d’eau L’association humanitaire Water Station a installé là l’un des 160 réservoirs d’eau dispersés dans les régions désertiques aux confins du Mexique et de la Californie, où la température peut frôler 50 °C. Des volontaires de toute tendance politique vérifient et réapprovisionnent les barils tous les quinze jours.

PASSAGES INTERDITS Deux ans après que je l’ai photographiée, la clôture ­ci-dessus,

PASSAGES INTERDITS Deux ans après que je l’ai photographiée, la clôture ­ci-dessus, au­Texas,­n’avait­pas­progressé.­Elle­m’évoque­une­sorte­de­sculpture.­ Le gardien­d’un terrain­de­jeux­de­l’Arizona­(à­droite,­en­haut)­regrette­qu’un­mur­lui­ gâche­le­coucher­du­soleil.­Au­x i x e siècle, des obélisques, tel celui de Patagonia (à droite,­en bas),­dans­l’Arizona,­matérialisaient­la­frontière­américano-mexicaine.

frontière usa-mexique 85
frontière usa-mexique 85
frontière usa-mexique 85

MUR ANTI-VOITURES

Dans des régions reculées (ici, en Californie), des traverses de chemin de fer sont censées empêcher les véhicules de traverser la frontière. Les murs contre les piétons sont conçus de façon différente : ils sont pleins ou à claire-voie, et hauts de 3,5 à 5 m.

enquête

Les Pays-Bas,

Et si les Néerlandais, champions des

grenier de la planète

innovations agricoles, pouvaient nourrir le monde ?

Un océan de serres entoure la maison d’un ­cultivateur­dans­la­région­de­Westland,­ aux Pays-Bas.­Les­Néerlandais­sont­devenus­ les champions­de­l’innovation­agricole,­ouvrant­ de nouvelles­voies­pour­lutter­contre­la­faim.­

DES POULETS MIEUX ÉLEVÉS Ce poulailler high-tech accueille jusqu’à 150 000 volatiles, de l’éclosion à
DES POULETS MIEUX ÉLEVÉS
Ce poulailler high-tech accueille jusqu’à 150 000 volatiles,
de l’éclosion à l’abattage. Avec l’augmentation de la demande
de poulet, les entreprises néerlandaises visent à maximiser
la production tout en respectant le bien-être animal.

SERRES DANS LA NUIT

Des taches de lumière artificielle confèrent une atmosphère surnaturelle au Westland, la région des serres. Des serres climatisées comme celles-ci produisent des cultures vingt-quatre heures sur vingt-quatre et par tous les temps.

DES SALADES PLUS NOMBREUSES ET PLUS SAINES L’intérieur de la serre Siberia B.V. fournit des
DES SALADES PLUS NOMBREUSES ET PLUS SAINES
L’intérieur de la serre Siberia B.V. fournit des conditions
de croissance optimales pour les légumes-feuilles. Chacun
des 9 ha produit autant de laitues que 4 ha extérieurs et
réduit le besoin de produits chimiques de 97 %.
Par Frank Viviano Photographies de Luca Locatelli J acob Van den Borne est assis dans

Par Frank Viviano

Photographies de Luca Locatelli

J acob Van den Borne est assis dans une énorme moisson- neuse, au sein d’un champ de pommes de terre des Pays-Bas proche de la frontière avec la Belgique. Depuis sa cabine, à

3 m de hauteur, l’agriculteur néerlandais surveille deux drones, qui fournissent des renseignements détaillés sur la chimie du sol, sa teneur en eau, ses nutriments et sa fertilité. Les appareils mesurent la croissance de chaque plante, y compris celle de la moindre pomme de terre. Le volume de production de Jacob Van den Borne témoigne de l’importance de ce que l’on appelle l’« agriculture de précision ». À l’échelle mondiale, le rendement moyen de la pomme

de terre est d’environ 20 t à l’hectare. Les champs de Jacob Van den Borne, eux, en produisent régu- lièrement plus de 47 t.

Cette abondante production est d’autant plus remarquable lorsque l’on prend en considération les ressources utilisées. Il y a presque vingt ans, les Pays-Bas se sont engagés à pratiquer une agri- culture durable, en suivant le mot d’ordre de « Deux fois plus de nourriture avec deux fois moins de ressources ». Depuis 2000, Jacob Van den Borne et de nombreux autres agriculteurs ont réduit de 90 % la consommation d’eau nécessaire aux cultures vivrières. Ils ont presque complète- ment éliminé l’usage de pesticides chimiques sur les plantes en serres. En outre, depuis 2009, les producteurs néerlandais de volaille et de bétail ont diminué le recours aux antibiotiques de 60 %. Autre motif d’étonnement : les Pays-Bas sont un petit pays, densément peuplé, qui compte plus de 500 hab/km 2 . Il est dépourvu de presque toutes les ressources longtemps jugées indispensables pour pratiquer une agriculture à grande échelle.

TOMATES À L’ÉTUDE

Les tomates poussent-elles mieux quand l’éclairage LED vient du dessus, de côté ou d’une combinaison des deux ? Le botaniste Henk Kalkman cherche la réponse à l’Improvement Centre de l’entreprise Delphy, dans la ville de Bleiswijk.

C’est pourtant le deuxième exportateur mondial de denrées alimentaires en valeur, derrière les États-Unis, qui sont 270 fois plus grands. Comment les Néerlandais ont-ils donc fait ? Vus du ciel, les Pays-Bas ressemblent à une mosaïque de champs intensément cultivés – dont la plupart sont minuscules selon les normes agro-industrielles –, ponctués de villes et de ban- lieues animées. Plus de la moitié de la superficie du territoire est dédiée à l’agriculture et à l’horti- culture. La campagne semble quadrillée de rangées de gigantesques miroirs. Ce sont les extraordinaires ensembles de serres du pays, dont certains couvrent 70 ha. Les Néerlandais sont les premiers exportateurs de pommes de terre et d’oignons, et les deuxièmes pour les légumes en général, en valeur. Plus d’un tiers du commerce planétaire de semences maraî- chères vient des Pays-Bas.

Le groupe d’experts à l’origine de ces chiffres stupéfiants est basé à l’université de Wageningen (WUR), à 80 km au sud-est d’Amsterdam. Généralement considérée comme le meilleur ins- titut de recherche agricole au monde, la WUR est le nœud de la Food Valley, un vaste réseau de start-up spécialisées en technologie agricole et de fermes expérimentales. Ernst Van den Ende, directeur général du Plant Sciences Group de la WUR, incarne l’approche mixte de la Food Valley. Universitaire réputé, il est une autorité mondiale dans le domaine de la pathologie végétale. « Mais je ne suis pas seule- ment un doyen d’université, précise-t-il. Une moitié de moi dirige Plant Sciences, tandis que l’autre moitié supervise neuf sites différents dans le domaine de la recherche contractuelle indus- trielle. » Il assure que seule « l’approche scienti- fique alliée à une approche dictée par le marché est en mesure de relever le défi qui nous attend ». Quel défi ? Pour parler en des termes apocalyp- tiques, la planète doit, selon lui, produire « plus de nourriture dans les quarante prochaines années que ce que tous les agriculteurs ont récolté au cours des 8 000 dernières années ». C’est parce que, d’ici à 2050, la Terre comptera jusqu’à 10 milliards d’habitants, contre 7,5 mil- liards actuellement. Si l’on ne parvient pas à aug- menter massivement la production agricole, tout en diminuant aussi massivement la consomma- tion d’eau et de combustibles fossiles, 1 milliard d’humains, voire plus, risquent d’être exposés à la famine. La faim est peut-être le problème le plus pressant du xxi e siècle, et les pionniers qui tra- vaillent dans la Food Valley pensent avoir trouvé des solutions innovantes dans ce domaine. Les moyens d’éviter une famine catastrophique sont à portée de main, assure Ernst Van den Ende. Son optimisme s’appuie sur les retours d’information de plus d’un millier de projets lancés par la WUR dans plus de 140 pays, ainsi que sur les pactes offi- ciels passés avec des gouvernements et universi- tés des cinq continents afin de partager les avancées réalisées et les mettre en œuvre. Une conversation avec Ernst Van den Ende foisonne d’idées, de chiffres statistiques et de pré- visions. La sécheresse en Afrique ? « Le problème

fondamental n’est pas l’eau, mais la pauvreté du sol, tranche-t-il. L’absence de nutriments peut être compensée en cultivant des plantes qui agissent en symbiose avec certaines bactéries pour produire leur propre engrais. » L’envolée du coût des céréales pour les animaux ? « Donnons- leur des sauterelles à la place », lance-t-il. L’échange se poursuit sur le recours à l’éclai- rage LED, qui permet de cultiver vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans des serres climati- sées. Puis il dévie sur l’idée fausse voulant que l’agriculture durable nécessite le moins possible d’intervention humaine dans la nature. « Prenez l’île de Bali ! », s’exclame-t-il. Depuis au moins mille ans, les paysans y élèvent des canards et du poisson dans les rizières inondées. C’est un système alimentaire complètement auto- nome, irrigué par des réseaux de canaux com- plexes qui courent le long de terrasses aménagées par l’homme à flanc de montagne. «Voilà un bel exemple de durabilité », estime le scientifique.

Dans chaque recoin des Pays-Bas, l’avenir de l’agriculture durable prend forme. Pas dans les

salles de réunion de grandes entreprises, mais dans des milliers de modestes fermes familiales. On le voit de façon frappante dans le paradis ter- restre de Ted Duijvestijn et de ses frères : Peter, Ronald et Remco. Comme les Balinais, les Duijvestijn ont conçu un système alimentaire autonome. L’ensemble de leurs serres couvre 14,5 ha, près de la vieille ville de Delft. Les visiteurs se promènent entre les rangées

de plants de tomates vert foncé qui atteignent 6 m de hauteur. Les plants, qui ne poussent pas dans la terre mais dans une fibre à base de basalte et de craie, croulent sous les fruits – quinze variétés en tout, afin de satisfaire les palais les plus exigeants. En 2015, un jury international d’experts horticoles a décerné aux Duijvestijn le titre de producteurs de tomates les plus innovants du monde. Depuis qu’ils ont délocalisé et restructuré leur exploitation, vieille de soixante-dix ans, en 2004, les Duijvestijn sont devenus indépendants en terme de ressources sur tous les fronts. L’exploitation familiale produit la quasi-totalité

de son électricité et de ses

(suite page 104)

Production de tomates 22 e rang mondial 900 000 tonnes

Dans la cour des grands

Les Pays-Bas sont le deuxième exportateur agroalimentaire de la planète, en valeur, derrière les États-Unis – alors qu’ils ne disposent que d’une petite fraction de terres disponibles. Comment y sont-ils parvenus ? En recourant aux techniques agricoles les plus efficaces du monde.

Des rendements impressionnants

Au cours des trente dernières années, l’industrie néerlandaise de la tomate est devenue le numéro 1 mondial en terme de rendement : elle produit plus de tomates à l’hectare que n’importe quel autre pays.

Rendement 1 er rang mondial 50 562 tonnes par km 2

Surface exploitée pour les tomates 95 e rang mondial 17,8 km 2

Pays-Bas

Serres de culture

L’horticulture néerlandaise repose largement sur les serres : elles permettent de surveiller de près la croissance et d’utiliser moins de ressources telles que l’eau et les engrais.

Évolution 2003-2014

Production

1 km
1 km
de légumes 28 % Énergie employée* 6% Pesticides 9 % Fertilisant 29 %
de légumes
28 %
Énergie employée*
6%
Pesticides
9 %
Fertilisant
29 %

Cultures sous serres

Surface de

aux Pays-Bas

Manhattan

93

kilomètres

carrés

59

kilomètres

carrés

En plus des tomates, les Pays-Bas ont des rendements élevés dans de multiples cultures vivrières.

Top 25 des producteurs par récolte, 2014 en tonnes par km 2

Pays-Bas

N° 1 28 333
N° 1
28 333

Piments et

poivrons verts

N° 1

73 579

Concombres

N° 2 4 057
N° 2
4 057

Poires

N° 5 6 005
N° 5
6 005

Carottes

Top 25 des producteurs de tomates, 2014 classés par rendement

N° 6 N° 6 4 566 4 566 Pommes de terre Oignons
N° 6
N° 6
4 566
4 566
Pommes de terre Oignons
Les États-Unis occupent le troisième rang pour la production comme pour le rendement de tomates.
Les États-Unis
occupent le troisième
rang pour la production
comme pour le
rendement de tomates.
La Chine utilise plus de terre
pour cultiver ce fruit que n’importe
quel autre pays, ce qui en fait
le numéro 1 mondial en terme
de production, malgré un
rendement moyen à l’hectare.
Le Nigeria a la troisième
plus grande région
productrice de tomates,
mais le plus faible rende-
ment des vingt-cinq
principaux producteurs.
52 722 967
tonnes
É.-U.
Italie
Chine
Égypte
Iran
Turquie
Inde
Nigeria
10 017
Espagne
Chili
Grèce
Ukraine
Irak
kilomètres
Portugal
Pologne
Algérie
Mexique
Russie
carrés
Maroc
Ouzbékistan
Cameroun
Brésil
Tunisie
Indonésie
Faire plus avec
moins
Le recours massif à des
innovations telles que
la culture hydroponique
(la culture de plants sans
terre, dans des solutions
riches en nutriments)
diminue le ruissellement,
ce qui économise de l’eau
et de l’argent.
Empreinte totale en eau de la production de tomates
en litres par kilo, 2010
9,5
127
214
284
Pays-Bas
États-Unis
Moyenne mondiale
Chine

JASON TREAT, ÉQUIPE DU NGM ; KELSEY NOWAKOWSKI. SOURCES : FAOSTAT ; ARJEN HOEKSTRA, UNIVERSITÉ DE TWENTE ; STATISTICS NETHERLANDS (CBS)

MONTAGNES DE POMMES DE TERRE Jan et Gijs Van den Borne jouent au milieu des
MONTAGNES DE POMMES DE TERRE
Jan et Gijs Van den Borne jouent au milieu des tas de pommes
de terre récoltées sur l’exploitation familiale. Lors de la
production, des drones et d’autres outils déterminent
la quantité exacte d’eau et de nutriments dont chaque plant
a besoin pour prospérer.

engrais, et même certains

des matériaux d’emballage nécessaires à la distri- bution et à la vente des récoltes obtenues. Les serres sont maintenues à une température opti- male tout au long de l’année, grâce à l’eau chaude provenant des aquifères exploités sous au moins la moitié des Pays-Bas. La seule source d’irrigation est l’eau de pluie, explique Ted, qui gère le programme de culture. Chaque kilo de tomates issu de ses plants hors-sol nécessite moins de 14 l d’eau, contre 60 l pour les plants de plein champ. Les quelques ravageurs qui réussissent à pénétrer dans les serres des Duijvestijn sont accueillis par une armée de défenseurs affamés, tel le féroce Phytoseiulus

(suite de la page 98)

persimilis, un acarien prédateur qui ne manifeste pas le moindre intérêt pour les tomates, mais dévore des centaines de tétranyques tisserands. Quelques jours avant ma visite au site de pro- duction des Duijvestijn, Ted a participé à une réunion d’agriculteurs et de chercheurs à Wageningen. « C’est ainsi que nous trouvons de nouveaux moyens d’avancer, de nous améliorer, m’a-t-il expliqué. Nous venons de toute la Hollande pour confronter nos points de vue et dis- cuter d’objectifs communs. Personne n’a toutes les réponses à lui seul. »

C’est en cherchant à trouver une solution à une allergie qu’est née l’une des entreprises les plus

innovantes des Pays-Bas. Il y a un demi-siècle, Jan Koppert cultivait des concombres sur ses terres et utilisait des insecticides en aérosol conte- nant des substances chimiques toxiques. Quand un médecin a diagnostiqué qu’il était allergique aux pesticides, Jan Koppert a commencé à apprendre tout ce qu’il pouvait sur les ennemis naturels des insectes et des arachnides. Aujourd’hui, Koppert Biological Systems est le leader mondial de la lutte biologique contre les ravageurs et les maladies. Il emploie 1 330 salariés et possède vingt-six filiales étrangères qui dif- fusent ses produits dans quatre-vingt-seize pays. L’entreprise peut vous fournir des sacs de coton remplis de larves de coccinelles qui, parvenues à maturité, se transformeront en consommatrices voraces de pucerons. Ou encore une caisse de

générateur multifonction

Le producteur de tomates Jasper Oussoren examine un générateur qui transforme le gaz naturel en électricité pour l’éclairage. La chaleur et le CO 2 dégagés par le système sont capturés puis utilisés pour chauffer les serres et stimuler la croissance des plantes.

500 millions de nématodes qui lancent des assauts mortels sur les larves de mouches s’attaquant aux champignons commerciaux. Les légions de Koppert font aussi bien l’amour que la guerre : des bourdons enthousiastes passent de fleur en fleur afin de recueillir le nectar néces- saire à nourrir leur reine, tout en contribuant à la fécondation des ovaires des plantes. Les habitants d’une ruche de Koppert rendent ainsi visite quo- tidiennement à un demi-million de fleurs. Les agriculteurs qui utilisent ces bourdons signalent en général une hausse de 20 à 30 % du rendement et du poids des fruits, pour un coût inférieur de moitié à celui de la pollinisation artificielle. La technologie agricole néerlandaise est la plus avancée du monde dans le domaine des semences. C’est aussi dans ce domaine que les controverses entourant l’avenir de l’agriculture sont les plus houleuses. L’une des principales concerne le

développement d’organismes génétiquement modifiés (OGM) pour produire des cultures plus importantes et plus

développement d’organismes génétiquement modifiés (OGM) pour produire des cultures plus importantes et plus résistantes aux nuisibles. Pour leurs détracteurs, les OGM évoquent un scé- nario à la Frankenstein, plein d’incertitudes quant aux conséquences d’expériences extrêmes menées sur des organismes vivants. Les entreprises néerlandaises ont exporté pour près de 1,5 milliard d’euros de semences en 2016. Elles ne commercialisent pourtant aucun produit génétiquement modifié. En Europe, où le secteur des OGM est extrêmement réglementé, la mise au point d’une nouvelle variété de semence peut coûter plus de 85 millions d’euros et demander de douze à quatorze ans de recherche et développe- ment, selon Arjen Van Tunen, de l’entreprise KeyGene. Par comparaison, les dernières avan- cées dans le secteur de la sélection moléculaire – qui n’introduit aucun gène étranger – permettent

d’obtenir des résultats remarquables en cinq à

dix ans, avec des coûts de développement débu-

tant à 85 000 euros et dépassant rarement les 850 000 euros. La sélection moléculaire descend en droite ligne des méthodes qu’employaient les paysans du Croissant fertile, il y a 10 000 ans.

Le catalogue des ventes de Rijk Zwaan, un autre producteur de semences néerlandais, propose des

graines à haut rendement pour plus de vingt-cinq grands groupes de légumes, dont beaucoup se défendent eux-mêmes naturellement contre les principaux ravageurs. Heleen Bos est responsable

des semences biologiques et des projets de déve-

loppement internationaux de cette société. On s’attendrait à ce qu’elle insiste sur le fait qu’une seule graine high-tech de tomate en serre de

Rijk Zwaan, qui coûte environ 45 centimes d’euro, a déjà produit la quantité ahurissante de 70 kg de tomates. Mais elle préfère parler des centaines

de millions de personnes, principalement des femmes et des enfants, qui n’ont pas assez à manger. Comme bon nombre d’entrepreneurs de la Food Valley, Heleen Bos a travaillé dans les pays les plus pauvres de la planète. Ses missions prolongées au Mozambique, au Nicaragua et au Bangladesh dans les trente dernières années lui ont appris que la faim et la famine ne sont pas des menaces abstraites. « Évidemment, on ne peut pas immédiatement mettre partout en œuvre une agriculture de très haute technologie comme celle des Pays-Bas, dit- elle. Mais nous avons commencé à développer des solutions de moyenne technologie qui peuvent vraiment améliorer la situation. » Elle cite la mul- tiplication des serres en plastique, relativement bon marché, qui ont triplé certains rendements par rapport aux cultures de plein champ, davan- tage exposées aux ravageurs et à la sécheresse. Depuis 2008, Rijk Zwaan soutient un pro- gramme de sélection dans un champ expérimen- tal de 20 ha, à l’ombre du Kilimandjaro, en Tanzanie. D’autres projets collaboratifs ont cours au Kenya, au Pérou et au Guatemala. « Nous avons des conversations permanentes et extrêmement importantes avec les petits pro- ducteurs locaux, poursuit-elle. On parle de leurs besoins, des conditions météorologiques et du sol auxquels ils sont confrontés, des coûts. »

La préoccupation de certains scientifiques néerlandaisvis-à-visdespersonnesmenacées par la faim et la malnutrition vient en partie d’un traumatisme national : les Pays-Bas ont été le dernier pays occidental à connaître une famine grave, qui a entraîné la mort de 10 000 à 20 000 per- sonnes en 1944-1945, dans les parties encore occu- pées par l’armée allemande. Des dizaines d’années après la fin du conflit, Rudy Rabbinge, professeur émérite du dévelop- pement durable et de la sécurité alimentaire à la WUR, a aidé à opérer de vastes changements dans la faculté, sa population estudiantine et son pro- gramme. Ceux-ci ont contribué à transformer l’institution en ce qu’il appelle « une université pour la planète, et pas seulement pour les Néerlandais ». De nos jours, (suite page 112)

Des connaissances qui se di usent

L’université de Wageningen (WUR), nichée dans la Food Valley – version agrotechnique néerlandaise de la Silicon Valley – joue un rôle-clé dans la réussite agricole des Pays-Bas. La WUR exporte aussi sa démarche novatrice dans le monde entier.

AMÉRIQUE DU NORD MEXIQUE Nombre de programmes agricoles de l’université de Wageningen, par pays ou
AMÉRIQUE
DU NORD
MEXIQUE
Nombre de
programmes
agricoles de
l’université de
Wageningen, par
pays ou territoire
AMÉRIQÉ
QUE
DUU SUD
BRESIL
100
50
25
10
La carte montre des programmes
réalisés en dehors de l’Union
européenne ; certains projets
sont en cours dans plusieurs pays
ou territoires.
ARGENTINE
AMÉRIQUE LATINE
Des zones de transition

Les forêts tropicales sont menacées par l’agriculture et d’autres utilisations des terres. Ce projet élabore des stratégies de gestion de zones de transition entre les cultures et la forêt.

LA MACHINE À MICROALGUES Ruud Veloo surveille un photobioréacteur expérimental à l’AlgaePARC de la WUR. La lumière stimule la croissance de microalgues, qui servent à produire des protéines et des lipides.

une grande partie des

recherches et activités de la WUR est centrée sur les problèmes des pays pauvres. Environ 45 % des étudiants de master et près des deux tiers de tous les doctorants de la WUR proviennent de l’étranger. Ils représentent plus de cent pays. Les Asiatiques, groupe dans lequel dominent les Chinois et les Indonésiens, sont plus nombreux que presque tous les Européens non néerlandais réunis. Les anciens élèves de la WUR se retrouvent aux plus hauts échelons des ministères de l’Agriculture en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

(suite de la page 106)

Dans une cafétéria du campus, je m’assieds en compagnie de trois des étudiants les plus pro-

metteurs de la WUR. Trois jeunes femmes origi- naires d’Ouganda, du Népal et d’Indonésie. « J’ai rencontré une ancienne élève de Wageningen quand j’étudiais en Ouganda », me raconte Leah Nandudu quand je lui demande comment elle s’est retrouvée ici. « C’était une experte en phénotypage », une technique qui permet de dresser un portrait détaillé des carac- tères et du potentiel d’une plante. « Cela m’a moti- vée de voir qu’une Africaine pouvait réaliser ce genre de choses. Elle représentait l’avenir ; elle montrait la voie à suivre. » Après cette rencontre, Leah Nandudu a obtenu une bourse d’études de la WUR. Son père cultive un peu plus de 1 ha, réparti entre café et bananes. « Nous sommes confrontés aux mêmes problèmes que les agriculteurs rencontrent partout aujourd’hui, mais en pire, surtout à cause du réchauffement climatique. » Pragya Shrestha a grandi dans la campagne népalaise, dont des zones ont été détruites par des années d’utilisation de pesticides et d’engrais. Les méthodes plus saines et durables n’y ont guère percé jusqu’à présent. « C’est un problème politique », explique-t-elle. Il est impossible d’appliquer de nouvelles méthodes de culture à cause du manque de finan- cement public. « C’est également un problème démographique, car la fragmentation des terres en parcelles de plus en plus petites ne permet qu’un travail manuel inefficace et peu rentable. »

légumes et poisson à l’étage

Installées au-dessus d’une ancienne usine de La Haye, ces serres produisent des légumes et du poisson en circuit fermé : les déjections piscicoles fertilisent les plantes, qui filtrent l’eau pour les poissons. Les restaurants locaux proposent à leur carte ces légumes et ces « nageurs urbains ».

Renna Eliana Warjoto est, elle, originaire de Bandung, la troisième ville d’Indonésie. « Les gens se méfient des idées qui viennent de l’étranger, dit-elle, tandis que Pragya Shrestha et Leah Nandudu hochent la tête en signe d’approbation. Les fermiers ont tellement l’habitude d’avoir une vie et un revenu modestes qu’ils ont du mal à croire que les choses pourraient changer. » En 1944-1945, une famine a frappé l’île de Java, où se situe Bandung, tuant quelque 2,4 millions de personnes. Des récoltes désastreuses ont encore menacé l’Indonésie en 2005. Les vivres viennent régulièrement à manquer dans les régions rurales du Népal, à cause de la sécheresse et des prix élevés des produits de base importés. En 2011, une famine a touché 13 millions de per- sonnes dans la Corne de l’Afrique ; en 2017, 1,6 mil- lion d’Ougandais risquent la famine si une aide internationale n’intervient pas rapidement. Tous

ces phénomènes, déjà dramatiques au moment où ils se sont produits, semblent bien modestes à

ces phénomènes, déjà dramatiques au moment où ils se sont produits, semblent bien modestes à côté de ce qui pourrait advenir. Selon les Nations unies, le nombre de personnes menacées par la famine rien que dans trois pays africains (Somalie, Soudan du Sud et nord-est du Nigeria) et au Yémen dépasse actuellement les 20 millions et augmente inexorablement. « Notre tâche la plus difficile est de modifier la perception de notre propre peuple sur la crise à laquelle nous faisons face et ce que nous devons faire pour y remédier, dit Leah Nandudu. Ce sera ma mission quand je rentrerai chez moi. Nous ne pouvons pas tourner le dos à la réalité. »

Dans la vallée du Grand Rift africain, une équipe de SoilCares (une entreprise néerlandaise de

technologie agricole) explique le fonctionnement d’un petit appareil portable au propriétaire d’un

champ de haricots. L’appareil analyse le pH du sol, la matière organique et d’autres caractéristiques, puis envoie les résultats vers une base de données aux Pays-Bas. Il reçoit un rapport détaillé sur l’uti- lisation optimale d’engrais et les besoins en nutri- ments. Le tout prend moins de dix minutes. Pour quelques euros, le rapport fournit des données pouvant aider à réduire considérablement les pertes pour des agriculteurs qui n’ont jamais eu accès au moindre échantillonnage de sol. On estime que moins de 5 % des 570 millions d’exploitations agricoles mondiales ont accès à un laboratoire d’analyse de sol. C’est le genre de chiffre que les Néerlandais prennent pour un défi. « Que représente notre travail pour les pays en développement ? C’est une question que l’on se pose toujours ici, assure Martin Scholten, qui dirige l’Animal Sciences Group de la WUR. Elle surgit dans toutes les conversations. » j

environnement

Depuis un bateau, un touriste tend les mains pour caresser l’une des baleines grises qui fréquentent la lagune de San Ignacio en nombre. Naguère craints par les pêcheurs, les cétacés sont devenus une importante source de revenus pour l’économie locale.

Des micro-réserves pour repeupler l’océan Au Mexique, sur la côte de Basse-Californie, des villageois ont

Des micro-réserves pour repeupler l’océan

Des micro-réserves pour repeupler l’océan Au Mexique, sur la côte de Basse-Californie, des villageois ont instauré

Au Mexique, sur la côte de Basse-Californie, des villageois ont instauré de petites réserves marines. Chez eux, le poisson est de retour et l’écotourisme offre de nouveaux revenus.

EN APNÉE AVEC LES CARANGUES Un plongeur en apnée observe un banc de carangues voraces, près de Cabo Pulmo. Depuis que la pêche est interdite sur le seul véritable récif corallien du golfe de Californie, le volume de la biomasse y a été multiplié par deux ou trois.

L’ÉCOTOURISME RAPPORTE GROS Un grand requin blanc évolue dans la réserve de biosphère de l’île de Guadalupe, l’un des deux seuls endroits du monde où l’on peut voir ces squales se rassembler. L’écotourisme en Basse-Californie rapporte des centaines de millions de dollars au Mexique.

Par Erik Vance Photographies de Thomas P. Peschak

Le soleil se lèvera dans une demi-heure, et l’océan est d’encre.

Dans le bureau du capitaine, à Punta Abreojos, une dizaine de pêcheurs se détendent, tout au plaisir d’évoquer la sortie en mer de la nuit prochaine. Dans le hameau, situé au milieu de la péninsule mexicaine de Basse-Californie, l’atmosphère est à la fête : c’est l’ouverture de la pêche aux ormeaux. En fait, officiellement, la saison a commencé il y a quatre mois, en janvier. Mais, à Punta Abreojos, on s’impose un calendrier particulier. La communauté locale attend avril, quand les coquillages sont devenus plus lourds. Me voilà de sortie dans le Pacifique, avec trois pêcheurs quinquagénaires. « Cheval », à la barre, « Taupe », qui hisse les sacs d’ormeaux à bord, et « Poisson », le plongeur. Au village, personne ne les appelle par leur véritable nom. Poisson, tout joyeux, revient de Pebble Beach, en Californie, où il a fait du surf et joué au golf. Ses amis le brocardent lorsqu’il enfile sa combinaison de plongée flambant neuve. Avant d’atteindre le lieu de pêche, Cheval arrête le bateau au-dessus d’un récif plein d’ormeaux. « Ce sont des ormeaux verts, précise Taupe. Ils ne seront pas bons à ramasser avant au moins un mois. » À quelques kilomètres de là, Poisson plonge. Deux heures plus tard, il a déjà récolté son quota. Il refait surface avec un sac rempli d’ormeaux magnifiques. Dans la plupart des ports de pêche du Mexique, des hommes pareils à ceux-là tire- raient un maigre butin d’eaux peu poissonneuses. Pourquoi ceux de Punta Abreojos sont-ils si opti- mistes en ce début de saison ? Comment peuvent- ils s’acheter de nouveaux équipements et partir en vacances dans des endroits huppés ?

120

ÎLE ESPÍRITU SANTO Le biologiste marin Octavio Aburto plonge dans la réserve marine. Selon lui, « la création d’un sentiment de fierté permet d’impliquer les habitants dans la restauration des écosystèmes ».

les habitants dans la restauration des écosystèmes ». Créée en 1948, la coopérative de pêcheurs du village

Créée en 1948, la coopérative de pêcheurs du village a d’abord procédé comme les autres : on tirait de la mer tout ce qu’on pouvait. Mais, dans les années 1970, après des campagnes décevantes, les pêcheurs ont décidé de gérer sur le long terme la pêche à la langouste – et, plus tard, aux ormeaux. Aujourd’hui, Punta Abreojos et les quelques autres communautés de Basse-Californie qui ont adopté la même stratégie récoltent plus de 90 % des ormeaux pêchés au Mexique. Les maisons du village sont repeintes de frais. Une conserverie moderne exporte ormeaux et langoustes en Asie. Radars, bateaux et avions surveillent les eaux. Les pêcheurs à la retraite touchent des pensions. Prenez la famille de Zacarías Zúñiga, 67 ans. Son père, cofondateur de la coopérative, bataillait pour assurer sa pêche quotidienne. Zacarías, lui, était chargé du contrôle qualité à la conserverie. Son fils est devenu professeur d’informatique grâce à une bourse accordée par la coopérative.

LES PHOTOGRAPHIES DE CE SUJET ONT ÉTÉ FINANCÉES PAR LA FONDATION SAVE OUR SEAS.

Dans le monde entier, les populations de poissons s’écroulent. Pourtant, dans le nord-ouest du Mexique,

Dans le monde entier, les populations de poissons s’écroulent. Pourtant, dans le nord-ouest du Mexique, des villages ont réussi à préserver leurs ressources halieutiques. Des microzones de protection ont été créées par des communautés locales, ou avec leur soutien. Et nombre de spé- cialistes de l’environnement estiment qu’elles sont la clé d’une politique écologique efficace.

John Steinbeck visita la Basse-Californie en 1940. L’écrivain s’émerveilla de la biodiversité locale :

immenses bancs de raies mantas, rochers tapis- sés d’huîtres perlières, tortues si nombreuses que, selon les anciens, on pouvait traverser la mer en marchant sur leurs carapaces. Quelques décen- nies ont suffi à l’homme pour tout détruire. Les huîtres sauvages ont été décimées, puis les tortues, les thons, les requins, les mérous et des dizaines d’autres espèces. De plus, pendant des décennies, le gouvernement mexicain a encouragé

les chômeurs à se lancer dans la pêche. Cela a favorisé une culture du chacun pour soi, qui perdure dans le sud de la péninsule. « Les gens d’ici ont l’habitude de se débrouiller seuls, note Octavio Aburto, un biologiste marin qui étudie les poissons de la Basse-Californie depuis vingt ans. Ils n’attendent rien du gouvernement. » Surexploitées pendant des dizaines d’années, les ressources halieutiques se sont effondrées. Des familles de pêcheurs ont tenté de suivre ce qu’il en restait, se déplaçant ici et là. Mais les habitants de quelques villages ont réfléchi à une meilleure façon de préserver leur gagne-pain. Et leurs idées ont fini par se propager. Le succès de ces expériences éparses enseigne cinq règles qui permettent à une communauté de gérer ses ressources marines de façon durable. Primo, mieux vaut que le site soit isolé et fré- quenté par les pêcheurs d’un ou de deux villages seulement. Deusio, le site (suite page 124)

LES MANTES SONT REVENUES Un banc de mantes de Munk engloutit du plancton, près de l’île Espíritu Santo. Leur population s’est écroulée dans les années 1990, avec la hausse de la demande mondiale de poisson, avant de repartir à la hausse grâce aux efforts locaux de protection.

L’observation des baleines est aujourd’hui l’une des activités les plus rentables de la région. De petits hôtels ont poussé sur le rivage.

doit disposer d’une res-

source à forte valeur ajoutée, telle que la langouste ou l’ormeau. Tercio, il faut des leaders locaux charismatiques et porteurs d’une vision à long terme. Quarto, les pêcheurs doivent pouvoir gagner leur vie pendant que la ressource marine reprend des forces. Quinto, la confiance doit régner au sein de la communauté. C’est le cas dans plusieurs villages de Basse- Californie. À une trentaine de kilomètres au sud

de Punta Abreojos, la lagune de San Ignacio o re un bon exemple d’une ressource à forte valeur. Voici ce que raconte la légende locale : en 1972, Francisco Mayoral pêchait dans son coin habituel, dans la lagune. Comme tout pêcheur de la région, il frappait son bateau avec une rame quand une baleine grise venait nager un peu trop près, car on pensait que ces cétacés étaient dangereux. Un jour, une baleine grise s’approcha de l’embar- cation. Francisco Mayoral, que ce soit par curio- sité ou par goût du défi, se pencha pour la toucher. Loin de s’écarter, la baleine le laissa caresser sa peau douce et spongieuse. Une nouvelle activité était née. À la fin des années 1980, Francisco Mayoral et d’autres pêcheurs organisaient des excursions en mer permettant à des dizaines de touristes d’approcher les cétacés. L’observation des baleines est aujourd’hui l’une des activités économiques les plus rentables de la région. De petits hôtels pour adeptes de l’éco- tourisme ont poussé sur le rivage. Aussi incroyable qu’inexplicable, les baleines grises et leurs petits continuent à venir se frotter contre les bateaux. Tout aussi incroyable est la façon dont la popu- lation a organisé ces excursions. Plus au sud, dans la baie Magdalena, les guides poursuivent les

(suite de la page 121)

animaux sans relâche. San Ignacio, en revanche, n’autorise que seize bateaux dans la lagune, où la pêche est interdite pendant la saison d’observa- tion des baleines. Cela assure à ces dernières et à leurs petits une certaine tranquillité. La préservation de cet estuaire naturel garantit aussi aux poissons et aux invertébrés un habitat de frai et de croissance. Dans les années 1990, l’entreprise Mitsubishi a voulu aménager une saline près de l’embouchure de la lagune. Les écologistes et les villageois ont protesté avec véhé- mence, et le projet a été abandonné. J’embarque sur un panga de 7 m en compagnie de quelques touristes. Roberto Fischer, à la barre, nous prévient : on n’est jamais certain de pouvoir observer les cétacés. Ce sont eux qui doivent nous approcher, pas l’inverse. À quelques centaines de mètres, un garde, payé par la communauté, nous surveille. Soudain, une baleine apparaît. « Je la vois ! Est-ce que vous l’avez vue ? », crie un touriste. Timidement, une baleine grise se rap- proche de notre embarcation. Plus téméraire, son petit s’amuse à émerger de l’un ou l’autre côté du bateau, tandis que les touristes tendent prudem- ment la main. La mère le rejoint, et un troisième animal nous montre un intérêt passager. « Il y en a partout ! », s’exclame Roberto Fischer. Tout journaliste est tenu à une certaine réserve. Mais, quand un baleineau se dresse contre le flanc de votre bateau et ouvre la gueule comme pour demander des caresses, l’heure n’est plus à la réserve. Je touche sa peau douce et noueuse avant que la créature ne disparaisse dans les flots.

Préserver le milieu marin requiert aussi des res- ponsables porteurs d’une vision à long terme.

Cabo Pulmo, à la pointe sud de la Basse-Californie, en o re le parfait exemple. Dans les années 1980, le village vivotait. Il était trop petit et trop pauvre pour s’o rir les machines à glaçons nécessaires à la conservation du poisson ou pour entretenir des routes menant aux lieux de vente. Cabo Pulmo ne comptait qu’une poignée de pêcheurs, dont certains allaient sur le récif proche du littoral. Vers le milieu des années 1980, des biologistes venus en visite ont prêté un masque de plongée aux

pêcheurs. A olés, ceux-ci

(suite page 132)

Les eaux de Basse-Californie, disaient les anciens, étaient si riches que l’on pouvait traverser la

Les eaux de Basse-Californie, disaient les anciens, étaient si riches que l’on pouvait traverser la mer en marchant sur les carapaces des tortues. Quelques décennies ont suffi à l’homme pour tout détruire.

126

PHOTO CI-DESSUS PRISE AVEC L’AIMABLE AUTORISATION DU CONSEIL NATIONAL POUR LA CULTURE ET LES ARTS (CONACULTA), INSTITUT NATIONAL D’ANTROPOLOGIE ET D’HISTOIRE (INAH), MEXIQUE

L’histoire de la Basse-Californie est marquée par l’océan. Les cultures préhispaniques ont laissé des peintures

L’histoire de la Basse-Californie est marquée par l’océan. Les cultures préhispaniques ont laissé des peintures de raies, requins, dauphins, thons et phoques dans les canyons reculés de la Sierra de San Francisco (à gauche). Ces animaux jouent aujourd’hui un rôle important dans l’économie touristique de sites tels que la réserve de biosphère de l’archipel de Revillagigedo, à 400 km au sud-ouest de la Basse-Californie. Là, le spectacle est permanent pour les plongeurs – comme ci-dessus, où des demoiselles de Clarion font la toilette d’une raie manta.

PHOQUES EN STOCK Près de l’île de Guadalupe, un éléphanteau de mer boréal semble intrigué par l’appareil du photographe, tandis que d’autres jeunes poursuivent leurs jeux. Les réserves permettent à des espèces proches de l’extinction de se reproduire.

La cohésion et la confiance au sein d’une c ommu naut é s ont e

La cohésion et la confiance au sein d’une c ommu naut é s ont e ss entie lle s à la r é ussit e d’un projet de protection. Mais, dans la Basse-Californie rurale, cela ne va pas de soi.

Les villageois de Basse-Californie utilisent divers moyens pour rentabiliser leurs ressources. Certains s’appuient sur le tourisme, à l’instar de l’ancien pêcheur de la baie Magdalena qui fait découvrir aux visiteurs des requins, des baleines ou des pélicans en chasse (à gauche). D’autres, tels les habitants de Punta Abreojos, gèrent avec soin les ressources à forte valeur ajoutée : ormeaux et langoustes (ci-dessus).

Les cinq plus grandes zones protégées de notre planète sont des parcs marins. Et, au sein de leurs limites, la vie parvient à se régénérer.

ont découvert les cica-

trices laissées par les ancres sur le récif, les coraux mis sens dessus dessous, et la rareté du poisson. « Nous considérions le récif comme notre

jardin, mais pas comme un écosystème, explique Judith Castro, l’un des leaders de la communauté locale. Les pêcheurs n’avaient pas conscience des dégâts qu’ils provoquaient. » Son frère Mario, pêcheur et adepte de la plon- gée sous-marine, et Tito Mijares, propriétaire de bar, ont proposé un projet audacieux aux pêcheurs de Cabo Pulmo au début des années 1990 : la créa- tion d’une réserve marine. En 1995, la pêche a été presque totalement interdite sur 71 km 2 . C’est la seule zone de la région où l’on faisait vraiment respecter l’interdiction. Elle n’est pas très grande, mais prouve qu’il suffit de peu d’espace pour rendre vie à une communauté maritime. Le parc national de Cabo Pulmo abrite aujourd’hui une biomasse deux à trois fois supérieure à ce qu’elle était en l’an 2000, et il dynamise l’économie grâce au tourisme sous-marin.

(suite de la page 124)

Tout village ne dispose pas d’un récif corallien ou de baleines affectueuses pour développer un

modèle de tourisme qui contribue à sauver un éco- système menacé. De plus, le tourisme ne crée pas beaucoup d’emplois. La protection d’un espace marin ne peut donc réussir que si les pêcheurs disposent d’un revenu pendant que les ressources halieutiques se régénèrent. Or la protection d’un espace naturel exige de la main-d’œuvre. Les pêcheurs d’El Manglito, sur l’estuaire qui borde la ville de La Paz, ont adopté une stratégie intéressante. Naguère, ils récoltaient autant de coquillages que possible dans la vaste baie située

à l’ouest de la ville. Si bien qu’en 2009, il ne restait plus grand-chose. Avec l’appui financier de l’ONG Noroeste Sustentable, la pêche a été suspendue et les pêcheurs ont entrepris de gérer leurs res- sources. Ils ont été payés pour surveiller les bra- conniers et recenser les coquillages (notamment une sorte de pétoncle), dont le nombre est remonté de moins de 100 000 à plus de 2,3 millions. « On dit toujours que ce sont les pêcheurs qui détruisent les espèces, mais ce n’est plus le cas, affirme Antonio “Chiflo” Méndez, un pêcheur. La mer nous a beaucoup donné et, maintenant, nous lui rendons la pareille. » Surtout, ceux qui surveillaient les ressources et travaillaient à les recenser ont reçu un salaire pendant la période de régénération des coquil- lages. Cela a transformé des pêcheurs en profes- sionnels de la protection de l’environnement.

La cohésion et la confiance au sein d’une commu­ nauté sont essentielles à la réussite d’un projet

de protection. Or c’est peut-être le plus difficile

à obtenir. À Abreojos et El Manglito, les habitants

font respecter les interdictions de pêche aux étrangers, mais cela suppose que les membres de la communauté les respectent également. Dans la Basse-Californie rurale, avoir confiance en son voisin ne va pas de soi. Toutefois, les men- talités peuvent évoluer. C’est le pari fait par Niparajá, une organisation de protection de la nature basée à La Paz. Niparajá s’occupe de gérer de façon durable les ressources halieutiques dans une région particulièrement désolée du sud-est de la péninsule. On y rencontre peu d’habitants, encore moins de routes, et le rivage déchiqueté offre des vues à couper le souffle sur l’un des habi- tats marins les moins protégés de la région. Au début, Niparajá ne s’est pas focalisée sur la pêche, mais a organisé des tournois de football. Amy Hudson Weaver, la coordinatrice du projet, explique : « Comment crée-t-on un sentiment de confiance ? Il faut voir les choses ainsi : est-ce que ce gars va m’envoyer balader ou est-il prêt à res- pecter les règles ? Puis-je lui faire confiance ? » Monter des tournois de football dans de minus- cules villages pourrait sembler une perte de temps et d’argent. Mais, peu à peu, cela a permis d’établir

un sentiment de confiance entre des villages qui défendaient chacun jalousement leurs propres zones de pêche. Ensuite, Niparajá a emmené quelques pêcheurs à Cabo Pulmo, afin qu’ils découvrent l’impact que pouvait avoir une inter- diction de pêcher sur la vie des espèces. Après des années de discussions, les villages ont décidé de prendre le tournant de la protection. Chacun a choisi un secteur où la pêche serait interdite pendant cinq ans. Ces zones sont petites (la plus grande couvre moins de 8 km 2 ), mais c’est un début. « C’est comme posséder un compte d’épargne », m’explique José Manuel Rondero, un pêcheur de 35 ans qui a vu s’effondrer les popu- lations de langoustes et de poissons. Pour gérer les réserves, Niparajá affrète chaque année un navire de recherche. Sont conviés à bord des étudiants en biologie, des scientifiques d’orga- nismes publics et des pêcheurs de chaque village. Ils effectuent un voyage d’études le long de la cen- taine de kilomètres du corridor Loreto-La Paz. José Manuel Rondero fait les yeux ronds quand je lui annonce que je vais l’accompagner. Nous nous mettons à l’eau près d’une pente sous- marine plutôt raide. Beaucoup de pêcheurs pré- sents sur le bateau ont plongé dans la réserve de Cabo Pulmo, mais plusieurs m’ont avoué n’avoir été guère impressionnés : certes, le poisson n’y manque pas, mais ce n’est rien en comparaison avec ce qu’offre le corridor Loreto-La Paz. Une fois dans l’eau, je comprends mieux ce qu’ils voulaient dire. Ici, les innombrables coins et recoins, sans parler des rochers, offrent un habi- tat idéal. Rondero déroule un mètre à ruban sur 30 m, puis le longe à la nage, muni d’une écritoire à pince. C’est ce qu’on appelle un « transect » : dans un sens, il compte les poissons et, dans l’autre, les invertébrés. Puis, il dénombre tous les poissons apparaissant dans son champ de vision. Le résultat n’est pas bien fameux – quelques poissons solitaires, des oursins. Nous sortons de l’eau. Rondero m’explique que cette zone de non- pêche est petite et de création récente. Dans les zones plus grandes, il a vu la biodiversité croître en seulement quelques années – avec quelques surmulets et de gros mérous, des poissons de la famille des gorettes et des poissons-perroquets.

À quelques kilomètres plus au nord, une autre réserve marine s’est récemment épanouie, et les villageois ont décidé de l’étendre. « Cette année est meilleure que toutes les années précédentes, se réjouit José Manuel Rondero. Les populations se sont très bien reconstituées. Il y a beaucoup, beaucoup de poissons. »

D’un point de vue scientifique, les recherches telles que celles menées ici sont cruciales. Les

cinq plus grandes zones protégées de notre pla- nète sont des parcs marins. Et, au sein de leurs limites, la vie parvient à se régénérer. Mais dans quel type d’habitats obtient-on les meilleurs résultats en termes d’écologie ? Quelle surface requiert un parc pour avoir une influence positive sur les zones limitrophes ? Les toutes petites réserves du corridor Loreto-La Paz sont des sites parfaits pour répondre à ces questions. Tout aussi important, les missions de recherche permettent de faire circuler l’information. En Basse-Californie, comme partout au Mexique, rares sont ceux qui font confiance au gouver- nement. Beaucoup de gens considèrent que toutes ces histoires de protection des ressources participent de quelque sombre complot. Dans le corridor Loreto-La Paz, cependant, chaque communauté peut entendre les témoi- gnages des pêcheurs qui ont travaillé aux côtés des biologistes marins. Le soir venu, après des journées éreintantes à nager le long des transects, pêcheurs, scientifiques et fonctionnaires se retrouvent pour bavarder et se détendre. José Manuel Rondero raconte qu’à chaque fois qu’il revient du navire de recherche, les habitants de son village l’assaillent de questions. « Toute ma vie de pêcheur, j’ai vécu de grands moments, explique-t-il, assis dans le bateau, un soir. Je suis fier d’être pêcheur. Notre village manque de beaucoup de choses, mais nous sommes heureux. » Au-delà des vagues, je contemple le relief éton- nant du rivage. Je demande alors à Rondero s’il désire que sa fille épouse un pêcheur. Il réfléchit, puis sourit : « Non. J’aimerais qu’elle devienne une biologiste marine. Et qu’elle effectue le genre de travail que je fais maintenant. » j

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soient transmises à des partenaires du Groupe Prisma Media, ceux-ci peuvent être situés hors de l’Union

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Le journaLisme d’investigation 2.0

L’enquête qui a conduit au scandale des Panama Papers est un cas d’école du journalisme de données (ou datajournalisme), nouvelle forme d’investigation fondée sur des données numériques en libre accès, fournies ou piratées. À l’origine de l’affaire, un lanceur d’alerte a contacté le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung qui, à son tour, a sollicité l’aide du Consortium international des journalistes d’investigation. Car la masse de documents à analyser était vertigineuse :

11,5 millions de pièces produites entre 1977 et 2015, dont environ 4 millions de courriels, 3 millions de

bases de données, 2 millions de fichiers pdf, 1 million d’images et 320 000 fichiers texte. Plus de 370 jour­ nalistes de près de 80 pays ont été mobilisés. L’enquête a été menée dans le plus grand secret, via une plateforme sécurisée, aux communications cryp­ tées, mise en place par le Consortium. À la clé, la plus grande fuite de données de toute l’histoire, qui a permis d’identifier 214 488 sociétés offshore.

Vu À l’exposition Terra Data, nos vies à l’ère du numérique, à la Cité des sciences et de l’industrie (Paris), jusqu’au 7 janvier 2018.

et de l’industrie (Paris), jusqu’au 7 janvier 2018. Les cités des veuves En Inde, la perte

Les cités des veuves

En Inde, la perte de son mari signifie sou­ vent pour la femme sa mort sociale. Rejetées par leur famille, des veuves trouvent asile dans des cités, comme à Vrindavan (photo) ou Varanasi, où elles sont accueillies dans des refuges ou des ashrams. Elles y vivent de la mendicité, du soutien d’ONG et d’expé­ dients, récitant des heures durant des chants sacrés contre un repas. Elles seraient entre 2 000 et 10 000 rien qu’à Vrindavan.

À déCouVrir À Visa pour l’image, ­festival international­du­photojournalisme­ (à Perpignan),­du­2­au­17­septembre.

photos : Eric D ricochEt69/AlAmy (En hAut) ; Amy toEnsing/nAtionAl gEogrAphic crEAtivE

une Langue bien pendue

Remarquables par la taille de leur cou, les girafes sont également pourvues d’une langue impressionnante, longue de près de 50 cm. Celle­ci est recouverte d’une peau épaisse, afin de résister aux épines de l’acacia, la nourriture favorite de l’animal. Quant à la couleur sombre de cet organe, elle permet d’éviter les risques de coups de soleil, auxquels il est exposé presque en permanence, les girafes passant l’essentiel de leur temps à manger.

Lu dans Les Plus Belles Photos National Geo­ graphic­Instagram, éd.­National­Geographic.

Geo­ graphic­Instagram, éd.­National­Geographic. iL était une fois… chinatown L’apparition des quartiers
Geo­ graphic­Instagram, éd.­National­Geographic. iL était une fois… chinatown L’apparition des quartiers

iL était une fois… chinatown

L’apparition des quartiers chinois dans les grandes villes d’Occident date du xix e siècle. Elle est née de la conjonction de deux phénomènes : la difficulté croissante des pays industrialisés à trouver sur leur territoire une main­d’œuvre corvéable à merci et le développement d’importants ports commerçants chinois, comme Canton, qui regorgeaient de travail­ leurs bon marché. Les co olies se sont exportés dans le monde entier, recrutés pour des grands chantiers – construction immobilière, aménagement de voies ferrées et de canaux. En outre, ils fournissaient une prestation « clef en main », débarquant en général avec contremaîtres, cuisiniers et payeurs. Sur place, des secteurs précis leur étaient dévolus, pour leur fournir hébergement et services de base. Ainsi surgirent des Chinatown dans de nombreux pays.

Lu dans En Chine, d’alexandre Trudeau, éditions Paulsen.

200un­hors-série­de­National­Geographic,­en­kiosque­le­6­septembre.

Lu dans 100 événements qui ont changé le monde,

av. J.­ C. : c’est la date de l’invention du béton par les Romains. Mélange d’eau,

de cendres volcaniques, de gravats et de chaux, il a réduit les coûts et permis

des innovations architecturales, tels les voûtes et les dômes. Le Colisée et le

Panthéon de Rome ont vu le jour grâce à lui. Le béton a aussi été utilisé pour

des routes et, grâce à sa résistance à l’eau, pour des aqueducs et des bains.

photos : bEvErly joubErt/nAtionAl gEogrAphic crEAtivE (En hAut) ; grAngEr historicAl picturE ArchivE/ArnolD gEnthE/AlAmy

aux origines du génocide rwandais Le tragique antagonisme entre Tutsis et Hutus qui a conduit

aux origines du génocide rwandais

Le tragique antagonisme entre Tutsis et Hutus qui a conduit au génocide rwandais ne procède pas de loin­ taines haines ethniques. Il est né d’une construction historique récente. Jusqu’à la fin du xix e siècle, le Rwanda se composait de trois populations : les Twas, des Pygmées plutôt chasseurs ; et les Hutus et les Tutsis, plutôt agriculteurs et éleveurs. Ces deux der­ nières catégories étaient fluides, leurs membres par­ tageant les mêmes croyances, se mariant entre eux et pouvant même passer d’une appartenance à l’autre selon l’évolution de leurs activités. Mais la coloni­ sation belge va figer et « racialiser » ces identités.

Divisant pour mieux régner, les colons réservent aux Tutsis l’accès à l’école et aux emplois administratifs. « Les élites locales avaient une dominante tutsie, même si des Hutus en faisaient partie. Les Belges se sont appuyés sur elle », explique Carole Reynaud­ Paligot, commissaire scientifique de l’exposition Nous et les autres. À l’indépendance, une partie des Hutus réactivera cette lecture raciale, en mettant en place à son tour des politiques discriminatoires, avant de sombrer dans la folie meurtrière.

Vu À l’expo Nous et les autres, des préjugés au racisme, au musée­de­l’Homme­(Paris),­jusqu’au­8­janvier­2018.

La vraie-fausse trompette d’aïda Giuseppe Verdi monta

La vraie-fausse trompette d’aïda

Giuseppe Verdi monta l’opéra Aïda, au début des années 1870, avec un souci d’authenticité historique qui guida les costumes, les décors, et même les instruments de musique. « Verdi fit créer des harpes égyptiennes comme accessoires, doublées par des instruments modernes. Mais il voulait que des trom­ pettes sans piston, comme dans l’Antiquité, jouent vraiment sur scène », précise Sybille Emerit, co­commissaire de l’expo­ sition. Chargé de leur reconstitution, le luthier italien Giuseppe Pelitti s’inspira de représentations dans des temples, et sur­ tout des restes d’une trompette conservés au Louvre. Mauvaise pioche : dans les années 1970, on s’aperçut que l’objet était… le pied d’un support d’autel destiné à brûler du parfum.

Vu À l’exposition Musiques ! Échos de l’Antiquité,

au­musée­du­Louvre-Lens,­du­13­septembre­au­15­janvier­2018.

photos : mikE golDwAtEr/AlAmy (En hAut) ; mu séE Du louvrE , Dist. rmn-gp/hErvé lEwAnDowski

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éclairée par la biologie, l’anthropologie, la sociologie et l’histoire, cette exposition décrypte les mécanismes individuels et collectifs qui conduisent à la construction de stéréotypes et alimentent le rejet de l’autre. Elle se penche sur les périodes de racisme institutionnalisé qui ont marqué le passé comme sur les préjugés ordinaires de l’époque contemporaine.

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À la découverte du fleuve Amazone

De Cayenne à Manaus en passant par la très belle ville de Belèm, remontez le fleuve Amazone d’Est en Ouest en explorant les nombreux joyaux qu’il recèle. Embarquez pour une croisière-expédition animée par le photographe Xavier Desmier, en partenariat avec PONANT.

Comment avez-vous découvert l’Amazonie ? C’était après mon embauche dans l’équipe Cousteau. J’avais 21 ans. Le commandant préparait alors ce qui allait devenir la plus grande aventure de la Calypso (avec l’Antarctique) : deux années dans un dédale de rivières et de forêts. Sublime !

Lorsqu’on a parcouru cette région pendant près de deux ans, que peut apporter un nouveau séjour ?

L’Amazonie est immense, même si la forêt se réduit

à un rythme effréné, dévorée par l’agriculture et

l’élevage intensifs. Mais la forêt amazonienne recèle encore une diversité étonnante, parfois peu visible

à l’œil profane. J’y suis retourné trois fois depuis

mon premier voyage. Je prépare également un sujet photographique au sein d’une tribu indienne, avec Serge Guiraud (bien connu de nombreux passagers PONANT). Nous ferons découvrir notre reportage aux participants de la croisière. Et j’aurai la joie de revivre avec eux la remontée du « fleuve-mer », que j’avais effectuée il y a de cela trente-cinq ans. La mythique ville de Manaus sera le point d’orgue de notre périple. Située en plein cœur de l’Amazonie, la cité a connu son heure de gloire lors de la ruée vers le caoutchouc, à la fin du XIX e siècle. Elle est fascinante à plus d’un titre : c’est aussi le lieu de la « rencontre des eaux », là où les eaux rouges du Rio Negro, le principal affluent de l’Amazone, se mêlent aux flots boueux du fleuve. Jusqu’à ce point de confluence, celui-ci ne s’appelle encore que le Solimões. C’est en aval de Manaus qu’il gagne ses lettres de noblesse et son nom mythique d ’A mazone.

Que pouvez-vous partager avec les passagers PONANT lors d’une telle croisière ? Tout d’abord, une grande part d’imaginaire, avant et… après ! Que se cache-t-il derrière ce rideau vert qui défile devant nos yeux ? Partager aussi les

Xavier Desmier
Xavier Desmier

mystères de la forêt, sa diversité et sa biodiversité, sa fragilité, sa force. Amener les voyageurs à s’ouvrir à la culture des peuples de l’Amazonie, à leur histoire, à leur devenir. En fixer l’éclat l’espace d’un instant, c’est sans doute en devenir un peu l’ambassadeur. Alors, quelle joie, quelle plénitude pour le photographe, que d’en être le « passeur d’images ».

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dans dans toutes toutes les les circonsta circonstances. La fénix 5 com-

bine des fonctions de montre connectée, des fonctions Outdoor et multisports ainsi que des fonctions CIQ personnalisables qui per- mettent d’obtenir un design attractif. Dis- ponible en trois tailles elle s’adapte à tous les athlètes, hommes/femmes, amateurs d’acti-

vités extrêmes ou qui souhaitent simplement rester connectés. Modèle présenté : fénix 5S Trail. www.garmin.com/fr

ACTUALITÉS COMMERCIALES

VAINCRE LA MUCOVISCIDOSE

Dimanche 24 septembre, participez aux Virades de l’espoir ! Chaque dernier weekend de septembre, l’association Vaincre la Mucovis-

cidose et des centaines de bénévoles organisent

le plus grand événement de mobilisation de

l’année : les Virades de l’espoir. Sportifs ama- teurs ou confirmés, seuls, en famille ou entre amis, venez donner du souffle pour ceux qui en manquent, dimanche 24 septembre sur les 350 Virades présentes sur le territoire. Ce grand temps fort de mobilisation permet de collec-

ter des fonds pour lutter contre la maladie.

Animations diverses pour petits et grands, courses dans la nature et bonne humeur rythmeront cette journée chargée de sourires et d’espoir pour lutter ensemble contre la mucoviscidose !

Pour trouver la Virade la plus proche de chez vous, rendez-vous sur www.vaincrelamuco.org

proche de chez vous, rendez-vous sur www.vaincrelamuco.org DE’LONGHI DINAMICA De’Longhi, c’est l’histoire
proche de chez vous, rendez-vous sur www.vaincrelamuco.org DE’LONGHI DINAMICA De’Longhi, c’est l’histoire

DE’LONGHI DINAMICA

De’Longhi, c’est l’histoire d’une saga familiale, italienne, fondée au début du siècle. Acteur majeur dans l’électroménager et leader mondial des machines espresso avec broyeur à grains, la marque a imposé un art de vivre au quotidien :

offrir chaque jour à ses consommateurs un plaisir de dégustation maximum. Du grain à la tasse, le robot café Dinamica De’Longhi permet de réali- ser un espresso sur mesure dans les règles de l’art. Avec la fonction « My Menu », personnalisez et

sauvegardez facilement les recettes afin de savourer votre boisson parfaite

à chaque tasse : changer l’arôme, sélectionner la température, la quantité de café, d’eau, la finesse de la mouture, la force, la longueur … Prix indicatif : 599 €. Plus d’informations sur www.delonghi.fr

LA CATALOGNE, UNE DESTINATION AUX MULTIPLES VISAGES

Petit territoire situé entre mer et montagne, la Cata-

logne offre un entrelacs de

paysages variés uniques en

Europe. A quelques heures

de la capitale catalane, Barcelone, la nature se déploie sous différentes formes : vallées verdoyantes du Val d’Aran, sommets vertigineux du Pica d’Estat ou du Pedraforca, forêt de la biosphère du Montseny, champs de blés dorés par le soleil des Terres de Lleida, vignes engoncées dans les plis du Montsant de la Costa Daurada… Dans les airs, sur terre ou en

mer, chaque perspective n’est qu’une affaire de goût pour découvrir les 1001 visages de ce pays cerné entre Pyrénées et Méditerranée. De la Costa Brava aux Terres de l’Ebre, en passant par l’arrière-pays de Lleida, de Tarragone ou de Vic, la Catalogne déroule son patrimoine naturel qui

a tant inspiré de grands artistes passés et actuels comme Miró, Dalí, Picasso, Gaudí, Ferran Adrià, les frères Roca, et bien d’autres … www.catalunyaexperience.fr

Arthus-Bertrand / Extrait du livre Planeta. « Yann La Catalogne Vue du Ciel », éditions
Arthus-Bertrand
/ Extrait
du livre Planeta.
« Yann
La Catalogne
Vue du Ciel
», éditions
National Geographic Society est enregistrée à Washington, D.C. comme organisation scientifique et éducative à but

National Geographic Society est enregistrée à Washington, D.C. comme organisation scientifique et éducative à but non lucratif dont la vocation est d’explorer et de protéger notre planète.

NATIONAL GEOGRAPHIC FRANCE

13, rue Henri-Barbusse - 92624 Gennevilliers Cedex Standard : 01 73 05 60 96

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conSultantS ScientifiQueS

Philippe Bouchet, systématique, Jean Chaline, paléontologie, Françoise Claro, zoologie, Bernard Dézert, géographie, Jean-Yves Emper eur, ar chéologie , Jean-Claude Gall, géologie, Jean Guilaine, préhistoire, André Langaney, anthropologie, Pierre Lasserre, océanographie, Hervé Le Guyader, biologie Hervé Le Treut, climatologie, Anny-Chantal Levasseur-Regourd, astronomie, Jean Malaurie, ethnologie, François Ramade, écologie Alain Zivie, égyptologie Et pour ce numéro : Philippe Faure, Directeur de recherche au CNRS

ont collaboRé À ce nuMéRo :

Philippe Babo, Béatrice Bocard, Philippe Bonnet, Jean-François Chaix, Bernard Cucchi, Joëlle Hauzeur, Hélène Inayetian, Marie-Pascale Lescot, Hugues Piolet

licence de national GeoGRaPhic PaRtneRS Magazine mensuel édité par : nG france Siège social : 13, rue Henri-Barbusse, 92624 Gennevilliers Cedex Société en Nom Collectif au capital de 5 892 154,52 € Ses principaux associés sont : PRISMA MÉDIA et VIVIA

ROLF HEINZ,

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13, rue Henri-Barbusse, 92624 Gennevilliers Cedex Tél. : 01 73 05 60 96

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