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L’ESCALIER DES SAGES

BARENTCOENDERSVANHELPEN
PRÉFACE.
A mis Lecteurs. Puisqu’il semble que le Monde, à
présent est charmé d’un si grand désir de
réduirai chacun Degré en plusieurs paragraphes, vu
que les susdits dix degrés auront leur source de ces
quatre livres comme le nombre de Dix a son origine et
posséder des trésors d’or et d’argent, et que son accomplissement des quatre premiers nombres.
les hommes n’emploient leurs esprits à rien,
avec plus Car,
de zèle, qu’a tâcher d’acquérir des grands biens et des Le Premier Livre livrera, le Premier Être.
grandes richesses, afin de satisfaire, s’il est possible, à
Le Second, les Deux Contraires.
cette furieuse famine qu’ils ont après l’argent, et qu’il
viennent pour cela faire peu de cas, et même à mépriser Le Troisième, les Quatre Éléments.
les plus grands bien, qui doivent véritablement être Et le Quatrième, les Trois Principes.
désirés ; à savoir la vraie sapience, qui consiste dans la
connaissance de Dieu leur Créateur, et leur Premier
Les nombres desquels, étant aussi assemblés, font de
Être, et dans celle de ses créatures, laquelle, encore
même le nombre de dix, comme nous venons de dire
qu’elle soit plus haute et la plus nécessaire de toutes, ils
des Quatre premiers nombres.
la regardent de travers, comme superflue, et d’une
façon tellement dédaigneuse, que, lorsqu’on vient à Ce sont, dis-je, ces Dix Degrés que les Ancien Sages ont
découvrir la vraie Philosophie, on ose bien montés, et étant parvenus sur la sommité d’iceux, ils
effrontément répondre : Non est de pane lucrando, c’est à ont vu par les jeux de leur entendement, que, comme
dire : ce n’est pas pour gagner du pain, ou pour faire on avance avec bon ordre depuis l’Unité jusqu’au
profit. nombre Dix, comme tous les nombres sont compris
sous ce nombre dix, et qu’il ne se peut faire aucun
Ces sortes de gens ne pensent à rien qu’aux paroles très
progrès à d’autres nombres outre le nombre Dix, par
salutaires de Salustre : Non oportet nos vitam silentio
aucune autre voie, qu’en retournant à l’Unité. Qu’ainsi
transire veluti pecora, sed studebimus memoriam nostram
de même on monte par ordre de l’Unité de Dieu ou du
quam maxime longam essicere.
Premier Être de tous les êtres, aux Deux Contraires, aux
C’est-à-dire : Il ne faut pas que nous passions la vie Quatre Éléments, et aux Trois Principes, jusqu’au
sous silence, comme sont les bêtes, mais nous devons nombre Dix ; que toutes choses sont aussi comprises
nous étudier, de faire en sorte, que l’on se souvienne de sous ce Nombre, et qu’il ne se peut non plus faire
nous aussi longtemps qu’il est possible. aucun progrès outre ce nombre Dix à aucun être que
Ayant considéré mûrement cette inclinaison telle illicite par le retour à l’Unité, qui est le Premier Être de tous, et
et perverse, un désir m’a pris de tacher de tendre l’arc qu’ainsi la plus haute science, à savoir la connaissance
de mon petit esprit, pour considérer, s’il ne serait pas parfaite du Créateur et de ses créatures est à espérer et
possible d’approcher à un but plus considérable et à Comprendre par cette connaissance.
d’imprimer à mon prochain des pensées plus relevées Je tacherai ainsi de monter à ces Dix Degrés de sapience
en concevant une petite Philosophie, qui ne consista le mieux que je pourrai et quand j’aurai le bonheur
pas en une grandissime quantité de beaux mots, ni en d’être parvenu jusqu’à la sommité de cet Escalier ;
des disputes hargotteuses, mais qui ne fut au contraire d’étendre mes esprits et mes expériences sur les Trois
que fondée simplement et succinctement au possible Royaumes des Composés, qui sont, le Royaume des
sur des démonstrations Géométriques, et sur des Végétaux, des Animaux et des Minéraux, comme du
expériences Chimiques : Voici pourquoi que j’ai cru Centre jusqu’à la circonférence ; de considérer les Dix
que le titre de l’escalier des sages ne conviendrai pas Degrés de sapience autant qu’il me sera possible en
mal à cette Philosophie, et je ferais bien de la faire chaque Royaume à part, et de diriger à la fin mon
paraître en manière de Dialogue entre François et pèlerinage en telle sorte que j’aurai quelque espoir de
Vrederic, étant le premier celui qui tiendra son propos parvenir aussi au havre éternel de l’Unité de notre
fondé principalement sur la Théorie, et l’autre sur la grand Dieu et Créateur.
Pratique et sur des expériences.
Le Lecteur se contentera, s’il lui plaît, par provision,
J’ai jugé que ce susdit titre serait donné à bon droit à avec cette Première Partie de l’Escalier des Sages
cette Philosophie, à cause que les Anciens Sages, jusqu’au temps que notre grand Dieu me favorise de
comme le père de tous les Philosophes, Hermès ses grâces pour produire et accomplir la Seconde
Trimégiste, Moïse le Prophète, St. Thomas d’Aquin, le Partie, qui est aussi Commencée. Je le supplie qu’en
Roi Geber, et une infinité d’autres vrais Philosophes lisant ce Traité il ne s’attache trop à la lettre ni à l’écorce
ont fait leurs démarches sur cet Escalier, et qu’ils ont des choses que je représenterai, mais qu’il en veuille
obtenu du grand Dieu leurs sciences tant regarder la substance et la moelle d’un œil attentif, et
incomparables par l’ascension infatigable d’icelui. Je qu’il jouisse ainsi du fruit de ce labeur qu’on lui
tâcherai de suivre et de poursuivre fidèlement et autant présente d’un Cœur ouvert et sincère.
qu’il me sera possible les pas de ces Sages, et diviserai
pour cette fin ce Traité en Quatre Livres, qui livreront à
peu près les Dix Degrés de l’ancienne sapience, et

ADIEU.

BARENT COENDERS VAN HELPEN –2– L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN –3– L’ESCALIER DES SAGES
PREMIER LIVRE
DE LA

PHILOSOPHIE DES ANCIENS


TRAITANT

DE L’UNITÉ DE DIEU DU PREMIER ÊTRE,


ET DE LA PREMIÈRE MATIÈRE DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES.

DIALOGUE
ENTRE FRANÇOIS ET VREDERYK.

FRANÇOIS
COMMENÇANT À MONTER

LE PREMIER DEGRÉ.

CHAPITRE I. ignorants es sciences Divines et Naturelles, ne songeant à


rien moins, qu’à la connaissance du Créateur et des Êtres
De la connaissance du Créateur et des créatures. De créés, qui est la science la plus relevée de toutes les
l’Unité. De Dieu. Que les anciens Philosophes ont sciences, et par laquelle la félicité éternelle est à espérer et
à acquérir : selon les propres paroles de Jésus Christ St.
exprimés le Créateur et les créatures par des
Jean c. 17. v. 3. Cette est la vie éternelle, qu’ils te
caractères. Comme aussi les lettres. Que toutes les connaissent seul vrai Dieu, et Jésus Christ que tu as
lettres ont leur origine de l’O et de l’I envoyé.
démonstration Géométrique de cela. Et selon la maxime très véritable des Doctes confirmant les

M on très cher ami : je vous trouve bien pensif et dans une


bien profonde méditation : Paix soit avec vous, et
divines paroles de notre Sauveur, par ce sens, Scientia
virtutis cultum praecedit, nemo exim fideltrer apperre potest
quod ignorat.
le Créateur de toutes choses vous veuille rendre
véritablement riche de paix (Vrederik c’est à dire FRANÇOIS.
en
Flamand Riche de paix) selon votre nom de baptême qui Je vous suis obligé d’un souhait tant gracieux que vous
vous est donné au nom de Dieu le Père, le Fils et le Saint avez la bonté de me refaire, et m’estime heureux de vous
Esprit. rencontrer ici, afin d’avoir occasion de tenir avec vous un
propos sérieux et fondamental sur cette matière qu’il vous
VREDERYK. à plu d’entamer de la plus haute science de Dieu le tout
Mon plus cher ami, je vous remercie très affectueusement puissant, et de sa Nature. Je vous promets que ce sera avec
d’un abord tant aimable et vous souhaite réciproquement une probité et une sincérité très grande que je vous
que vous soyez envoyé du grand Dieu du Ciel et de la entendrai.
Terre à tous les humains pour tacher d’aider à les retirer
VREDERYK.
du gouffre des ténèbres et d’ignorance, où la plupart,
(hélas !) est plongé pour le présent et pour les transplacer Je m’estime aussi bien heureux de l’honneur du rencontre,
à une étendue infinie de clarté et de connaissance : c’est que le bon dieu m’a fait naître d’avoir avec vous ; et
sur ce sujet que j’ai fixé mes pensées, et que j’adresse mes puisque j’aperçois que, nous sommes à peu près, d’un
soupirs, car je vois, de plus en plus clairement, que le même génie, d’une même inclinaison, d’une même étude,
monde d’à présent devient tellement obscur, et ignorant à et d’un même calibre, je tiendrai fort volontiers un
la connaissance de Dieu et de sa Nature, qu’il se trouve un discours avec vous qui soit bien fondé, et même sur des
nombre infini de personnes lesquelles (encore qu’ils soient démonstrations et sur des expériences Mathématiques et
savants à parler curieusement plusieurs langue et qui Chimiques.
passent pour ça pour des grands savants) sont pourtant
peu savants à la connaissance de leur Dieu, et de la nature FRANÇOIS.
de leur Créateur ; des Deux Qualités Contraires ; des Trois Le grand Dieu de paix soit avec nous par son Saint Esprit !
Principes ; et des Quatre Éléments : desquels, es quels, et nous veuille envoyer des telles influences dans nos
avec lesquels, et par lesquels toutes choses sont faites, esprits que, nous puissions heureusement parfaire notre
soutenues, gouvernées, et auxquelles elles sont réduites : dessein, puisque nous sommes bien intentionnés de le
et (ce qui est grandement à plaindre) qui ne s’étudient à produire en lumière à sa plus grande gloire, pour le
rien plus qu’à amasser de l’argent et des biens à droit ou à service du Christianisme et pour le salut éternel de nos
tort, ou par quelle voie que ce soit, afin de se rendre grand âmes.
et bien venus par-là auprès des impies et auprès des

BARENT COENDERS VAN HELPEN –4– L’ESCALIER DES SAGES


VREDERYK. fait à cette intention, qu’ils ont voulu exprimer par un tel
Je joins mon souhait au votre et ce d’un zèle autant ardent caractère, que, comme il n’est pas possible de tirer aucune
qu’il peut être exprimé. ligne qu’elle ne prenne son origine d’un point, qu’ainsi de
même, il est impossible qu’aucune créature puisse prendre
FRANÇOIS. l’origine de son être que de l’Unité de son Créateur.
Je prendrai donc, si vous plaît le commencement de notre
discours sur moi ; mais pur tacher de savoir, si le grand VREDERYK.
Dieu a également illuminé nos esprits de la lumière de sa
grâce, tellement que nous soyons en tout environ d’un Vous n’avez pas mal approfondi cette affaire : j’ai eu aussi
même sentiment, je prendrai la liberté de vous demander autrefois des spéculations sur des choses pareilles à celle-
tout premier, qu’elle est votre opinion de l’origine des là ; il me semble que les Anciens ont aussi exprimé la
Êtres ? Divinité par une simple Figure ronde, qui est un Cercle,
pour Signifier par-là, que la Divinité est sans
VREDERYK. commencement et sans fin, comme un cercle n’a ni
commencement ni fin, et que la Divinité est l’unique Être
Vous commencez sagement votre discours, puisqu’il n’y a
parfait, comme le cercle est l’unique Figure la plus parfaite
rien qui n’aie un commencement, et tout ce qui est, qu’il
de toutes les Figures Géométriques.
faut nécessairement qu’il aie une origine.
Pour vous répondre donc quel puisse être mon opinion de FRANÇOIS.
l’origine de tous les Êtres : je vous dirai là dessus, que le Je crois que c’est ainsi comme vous dites : et je ne doute
commencement ou l’origine de tous les Êtres est un Être pas qu’ils ne l’aient fait à cette intention, et qu’ils n’ont pas
Unique ; et comme tous les nombres prennent leurs exprimé le Créateur tout seul par un Caractère, mais qu’ils
origines de l’Unité, qu’ainsi tous les Êtres prennent leurs ont fait de même de la plus grande parties des créatures, et
commencements d’un seul Être, aussi bien les
qu’ils ont proportionné les caractères à proportion de la
Supercélestes que les Célestes, tant les Supernaturels que
perfection des créatures.
les Naturels ou Élémentaires, ou de quel nom qu’on les
puisse nommer. VREDERYK.
FRANÇOIS. Assurément : et que plus est, qu’ils ont même formé les
lettres à cette intention, et qu’ils les ont composés des
Je suis bien du même sentiment avec vous, mais comment
lignes droites et courbées, afin que par composition et par
est appelé un tel Être Unique duquel toutes choses ont
conjonction d’icelles ils pussent former des mots, pour
leurs origines ? pouvoir exprimer des mystères par-là, et les rendre ainsi
VREDERYK. manifestes à ceux qui font des recherches infatigables des
merveilles de Dieu et de sa Nature.
Un tel Être Unique est appelé Dieu et n’est pas autre que
Mon très cher amis, puisque nous sommes sur le propos
Dieu.
des Caractères, et des lettres, je ne puis pas bien
FRANÇOIS. m’empêcher à vous faire un petit récit d’une spéculation
que j’ai eu, il y a quelques temps, lorsque étant dans ma
Qu’est ce donc Dieu, et comment en ferez vous la solitude, j’avais dirigé mes méditations sur l’histoire
définition selon votre connaissance ? Divine et Supernaturelle de notre Sauveur Jésus Christ,
depuis sa conception jusqu’à son ascension glorieuse, et ce
VREDERYK.
qui m’est tombé dans l’esprit après avoir fait une
Vous me demandez une chose difficile, car de faire la délinéation curieuse de ces trois mots : DEUS MARIA
Définition d’un Être qui est infini et qui est Tout, cela n’est JÉSUS.
pas bien possible de faire pour qui que ce soit. Je vous en
Mais puisque les vrais Caractères et Figures des lettres
exprimerai pourtant mon sentiment selon la petite
Latines sont devenues fort barbares, et que la vraie
proportion de mon chétif esprit, qui est tel : Dieu est une
proportion d’icelle n’est pas connue à tout le monde, et
Unité infinie, et un Être éternel incréé de tous les Êtres :
afin qu’un chacun puisse lui-même prendre et faire le
une source de tout bien et de toute puissance, qui a pour
mesurage à la règle et au compas de ce que nous allons
sa demeure toutes les choses Supercélestes,
proférer, je n’ai pas jugé mal à propos de faire ici la
Supernaturelles, Célestes, et Naturelle, et particulièrement
description fondamentale des lettres susdites auparavant
une Lumière inaccessible et très grande : duquel, en quel,
avec leur juste proportion, vous suppliant, qu’encore que
par lequel et auquel toutes les choses ont été et seront en
ce discours nous fera pourmener un peu depuis le centre
toute éternité.
jusqu’à la Circonférence, que vous ayez autant de patience
En un mot : Dieu est tout en tout. que je les couche de bon ordre pour servir d’instruction
pour les ignorants, et pour un Alphabet de notre
FRANÇOIS. Philosophie.
Vous direz fort bien, que Dieu est une Unité Infinie, et un
Être éternel incréé et infini de tous les Êtres, et un principe FRANÇOIS.
de toute puissance : vu que les plus Anciens des Très volontiers : j’ai désir de vous entendre, et d’avoir
Philosophes, à savoir les Hébreux, ont exprimé le mot aussi occasion par après de produire quelque chose de
Dieu par une seule lettre JOD, qui est à dire : Une divine même.
Essence, et une fontaine de toute vertu et de toute
puissance : et qu’ils n’ont exprimé aucun autre mot par
l’Unité (à mon savoir) que celui-ci, et sans doute l’ont-ils

BARENT COENDERS VAN HELPEN –5– L’ESCALIER DES SAGES


VREDERYK. font tellement éloigner des choses Divines, qui sont si
Prenez donc garde si vous plaît, afin que vous puissiez proches et comme dans le Centre, à une étendue ou
circonférence si grande, qu’ils font paraître par leurs
comprendre la démonstration que je m’en vais vous en
distinctions subtiles par la délicatesse de leurs langages,
faire au compas et à la règle.
que les choses, qui sont véritablement très faciles à
Nous avons dit ci-devant, que les lettres Latines sont comprendre, et si claires à apercevoir, comme la clarté de
composées de lignes droites et courbées régulières, mais la lumière du soleil même, paraissent si obscures et
nous n’avons pas spécifié, lesquelles, ni combien de ces tellement éloignées de la vérité, que tout est presque
dites lettres sont faites d’une seule ligne droite, ou d’une couvert d’obscurité et de ténèbres : Et (ce qui est fort à
seule ligne courbée, ni combien il y en a qui sont plaindre) c’est que la plupart des savants d’à présent se
composées des lignes droites et courbées tout ensemble ; font à croire, qu’ils ne peuvent faire voir la subtilité de
ni les spéculations qu’il y a à prendre, comme je vous leurs esprits, ni de leur sagesse en rien plus, qu’à la
démontrerai ensuite. subtilité des disputes et à rendre toutes choses confuses.
Sachez, si vous plaît, que les Latins ont donné la plus
grande vertu, et attribué la plus grande puissance à leur VREDERYK.
lettre voyelles, et que les consonantes ne sont proprement C’est ainsi comme vous dites fort bien : mais pour
que des lettres assistantes et muettes, et lesquelles ne retourner à notre propos, et pour tacher de faire éloigner
peuvent être prononcées sans l’assistance des voyelles, car les ténèbres de ce centre lumineux autant qu’il nous sera
vous savez que le mot vocalis a sa dérivation du mot vox, possible, et ce par le moyen de la petite étincelle que le bon
qui est à dire voix, et qu’aussi le mot consonant est Dieu a allumé en moi par sa grâce infinie, et pour montrer
composé de la proposition cum et du verbe sono, qui est à qu’une créature raisonnable est obligée d’imiter et d’obéir
dire en Français, je sonne avec. à la volonté et aux commandements de son Créateur, qui a
Or ces dites voyelles étant cinq en nombre, une d’icelles aussi chassé les ténèbres arrière de sa lumière à la
est un Cercle parfait à savoir l’O. circonférence, lorsqu’il à fait la création générale de tout
Une est faite d’une ligne droite comme la voyelle I. l’Univers, je tacherai de poursuivre ma petite entreprise
touchant la démonstration Mathématique des lettres et
Une de deux lignes droites comme sont les voyelles A et E.
particulièrement celle des cinq voyelles.
Prenez un Compas, posez l’un de ses pieds sur le Papier,
Il est à remarquer que la voyelle O pourrait être prise, avec
étendez l’autre pied d’une telle distance que bon il vous
assez bon fondement, pour une devise, marque ou
semble et décrivez un cercle, ainsi aurez vous la voyelle O
Signature du Premier Être, pour les raisons susdites.
dont vous pourrez voir la Figure Num. I.
La voyelle V (U) pour une marque ou Signature des deux
Coupez cette lettre O (de laquelle vous verrez, que toutes
qualités contraires, à cause du nombre de deux qu’on voit
les autres lettres prennent leur origine) par le milieu en
en icelle.
deux parties égales, appliquant la règle depuis la
La voyelle A pour une devise des Trois Principes à cause circonférence au travers du centre, et vous tirerez le
des trois lignes qu’elle contient, qui constituent un Diamètre qui est votre voyelle I. Voyez la Figure Num. 2.
Triangle Equilatre.
Prenez ce Diamètre de la voyelle O qui est ladite I tires la
Et les lettres E et I, pour une signature des Quatre Horizontalement, et formez un Triangle par-dessous selon
Éléments, vu que leur lignes jointes régulièrement font l’art, dont vous laisserez la ligne horizontale imaginaire et
paraître un Quadrangle Equilatre. les deux autres vous les écrirez avec de l’encre, et ainsi
Il est aussi à noter que le nombre de toutes ces lignes trouverez vous votre voyelle V (U). Voyez en la Figure
droites de ces voyelles susdites font le juste nombre de Num. 3.
Dix, duquel nombre les Anciens ont fait grand cas, et La lettre A sera formée de cette manière : faites ledit
beaucoup d’état comme vous savez. Triangle contraire à celui de l’V, divisez les deux lignes en
deux parties égales et figurez un Triangle par-dessous,
FRANÇOIS.
dont la pointe finira au Centre de la voyelle O susdite,
Vous faites fort bien de traiter si méthodiquement, et que ainsi aurez vous la voyelle A. Voyez la Figure Num. 4.
vous commencez notre Traité de Philosophie de l’origine La lettre E soit façonnée de cette sorte : tirez le Diamètre
des Lettres même, afin que nous agissions ainsi de la lettre O perpendiculairement, divisez ce Diamètre en
fondamentalement des grandes merveilles de Dieu, et que quatre parties égales, posez le tout entier horizontalement
nous tachions de donner une telle instruction avec le à la droite du bas de la perpendiculaire ; trois parties
compas et la règle aux ignorants tout de même comme si d’icelle de même au haut d’icelle, et une partie du centre
votre intention était d’apprendre les enfants à écrire. de la même perpendiculaire ou Diamètre, et ainsi
formerez-vous parfaitement la lettre, ou la voyelle E.
VREDERYK.
Voyez la Figure Num. 5.
Il est nécessaire de l’entreprendre de cette façon là, vu que
Ainsi trouverez vous la description des cinq voyelles
la vraie Philosophie est bien fort simple, mais qu’on la
fondamentales faites selon les règles de la Géométrie.
couvre et l’obscurcit tellement pour le présent, qu’elle
n’est presque plus à connaître. Touchant les autres lettres Latines elles sont formées
toutes au compas et à la règle de la même manière, et elles
FRANÇOIS. ont aussi comme les voyelles, leur origine de la lettre O, et
Vous dites la vérité, car la grandissime quantité de de son Diamètre, qui est la I, desquelles un chacun pourra
faire la délinéation et description sur les mêmes
Définitions, de Division, d’Argumentation et tant d’autres
fondements, que nous avons fait des cinq voyelles, jugeant
altercations obstinées causent une si grande confusion, et
le temps trop précieux de les coucher toutes ici.

BARENT COENDERS VAN HELPEN –6– L’ESCALIER DES SAGES


FRANÇOIS. savoir la lettre S, étant appliquée par les deux bouts, vous
Il n’est pas besoin non plus de nous arrêter plus trouverez la construction d’un Cercle parfait coupé par
longtemps à la figuration des lettres, je vous prie de son Diamètre AC, AD.
poursuivre à me révéler les mystères que vous m’avez Vous ferez sur ce Diamètre, de sa longueur, une
promis de me faire connaître et comprendre des lettres de intersection E de laquelle vous tirerez un cercle FFF. par
ces trois mots ou noms. les deux bouts du Diamètre AA, et mettrez sur icelui l’une
DEUS MARIA JÉSUS. des lignes de la même lettre marquée AG. depuis A en G.
et l’autre ligne de la même lettre marquée AGH. depuis la
Je suis (comme vous savez) un amateur de toutes sortes lettre G en H. La quatrième ligne à savoir la basse ligne
de belles sciences et de curiosités louables, c’est pourquoi horizontale de la lettre E marquée HI, depuis H en I. La
que j’aspire d’entendre ce que vous pouvez proférer. cinquième ligne marquée IL, qui est la perpendiculaire de
J’ai bien lu les Livres des Anciens Cabalistes, et j’ai vu la même lettre, depuis I en L. Et la sixième ligne qui est
entre autre des Caractères fort étranges et en grande composée des deux autres lignes de la même lettre
quantité dans les livres de Cornélius Agrippa, par lesquels marquée LMM. Depuis L in A. Et ainsi recevez-vous, par
il a produit des effets prodigieux et inouïs, à ce qu’il dit, et une seule extension de votre compas, un Hexagone parfait
qui sont pour moi (je confesse ma faiblesse) quasi comprenant très parfaitement et très régulièrement toutes
incroyable, mais je n’ai jamais entendu ni lu, qu’il y a les lignes des lettres du mot de notre grand DIEU, sans les
quelque vertu cachée dans la signature des lettres, laquelle augmenter ou diminuer d’un seul point. Voyez en la
je désire fort d’entendre de vos grâces. Figure Num. 6.
Vous pouvez remarquer aux lignes de ce mot, Deus que le
VREDERYK.
Centre, qui est son commencement, dénote et enseigne
Si vous croyez que je vous produirai des Caractères et des l’Unité de laquelle tous les Êtres du Monde ont eu leur
grimaces comme Cornélius Agrippa a fait, vous vous source, et proviennent incessamment, et à laquelle ils
trouverez bien trompé, vu que mon intention n’est doivent aussi retourner : car lorsque vous posez un point
nullement de mettre en lumière des choses si subtiles et si sur le papier, et que regardez alors s’il y a moyen de tirer
artificielles qu’il a fait, mon esprit n’est pas assez subtil et par aucune autre voie quelque ligne, de quelle nature
mon cerveau trop phlegmatique pour en concevoir des qu’elle soit, devant que vous ayez mis le point, vous le
telles, et encore moins capable pour les faire comprendre jugerez assurément impossible, et comme il faut très
et croire aux autres, ce pourquoi je les laisse en leur être nécessairement, que toutes les lignes aient leur
pour ceux qui sont doué d’un Esprit plus astral que le commencement d’un point ; ainsi faut-il que tous les Êtres
mien, et qui ont la foi plus grande que moi ; ce n’est pas et tous les Nombres aient leurs principes de l’Unité.
non plus mon intention de vouloir attribuer quelque vertu
Mais afin que vous sachiez ce que c’est qu’un Nombre,
aux lettres ou aux Caractères, et de faire à croire que l’une
vous observerez, si vous plaît, qu’un nombre n’est autre
doive être plus et l’autre moins estimée à cause de la
chose qu’une répétition de l’Unité, c’est de quoi nous
différence de leurs lignes : mais ma simple intention n’est
prendrons occasion d’en parler ailleurs plus amplement.
autre que de tacher de faire voir à mon prochain, qu’étant
dans une profonde Méditation de notre grand Dieu, de la Il est donc assez évident que le point ou le centre, et la
très Sainte Trinité, et de l’histoire supernaturelle e la circonférence ou le Cercle, qui se trouvent à la description
conception, de la passion, de la mort, résurrection et de des lettres susdites, enseignant assez clairement, qu’il y a
l’ascension de notre sauveur Jésus Christ, j’ai écrit un commencement et une fin de toutes choses, car il n’y a
Géométriquement les trois noms susdits, et qu’ayant très rien eu plutôt qu’un et il n’y aura rien plus tard qu’un.
curieusement examiné la signature de leur lettres, j’ai Il y a un Commencement de toutes choses et toute chose
découvert (moyennant les influences divines) les choses et retourne à l’Unité, il n’y a rien outre cette Unité, et toutes
les mystères suivants. les choses qui sont, désirent la même Unité, à cause que le
Au nom de Dieu, nous commencerons par la signature des tout à pris son origine de l’Unité : Et pour afin que toutes
lettres qui composent le nom de Dieu : en Latin Deus. Deus choses devienne une seule chose, il est très nécessaire, que
en langue Grecque est autant à dire que, voyant tout, à le tout soit participant et partageant de cet un ; car comme
savoir Deos : tous les Êtres sont inclinés de retourner à cette Un Être,
duquel ils sont sortis, et il est besoin que toutes choses se
J’espère que le Dieu tout voyant nous fera la grâce
privent de la multitude.
d’illuminer tellement les jeux de notre entendement et de
notre corps que nous passerons pas un atome (pour parler C’est pourquoi que nous attribuons ici l’Unité Circulaire à
ainsi) qui soit compris es lettres de son très saint Nom, Dieu, lequel, étant lui-même unique et sans nombre, a
sans que nous ne voyons tout et que n’en fassions des pourtant fait et créé de lui des Êtres innombrables, et les
démonstrations et des interprétations tendentes à crée et les comprend en lui comme toutes les lignes,
l’augmentation de sa plus grande gloire et au profit de Lettres, Nombres, Caractères et Figures on leur principe et
notre prochain. leur source d’un féal Point, qui est sans nombre, comme
nous avons dit ci-devant.
Le mot Deus comprend donc en soi un Cercle et Six
Diamètres du même cercle, comme je vous ferais voir ici Voyons à cette heure que les lignes droites du susdit mot
ensuite. DEUS nous découvrent :
La ligne droite de la première lettre du mot DEUS est le Il me semble que la lettre V ne fera pas mal entrer nous
Diamètre AA. lequel étant divisé en deux parties égales, pensées à la création des Êtres, vu que la v est composée
en B, et la demi-circonférence étant tirée depuis l’un bout de deux Diamètres, et que le nombre de Deux est appelé
d’icelle jusqu’à l’autre, la lettre D sera formée ; à laquelle des Anciens le germe de l’Unité, et la Procréation la
demi-circonférence AA. la dernière lettre du même mot, à première : comme aussi, que le grand Dieu, étant comme

BARENT COENDERS VAN HELPEN –7– L’ESCALIER DES SAGES


sorti hors de son Unité, a créé et crée encore tous les jours FRANÇOIS.
toutes les créatures, par le moyen de ses Deux Qualités Si vous le jugez ainsi, vous pourrez poursuivre.
contraires qui sont le Sec et l’Humide, desquelles nous
discourrerons, Dieu aidant, plus amplement, lorsque nous VREDERYK.
tiendrons propos de la Création des Végétaux, des
La lettre D (à ce qu’il me semble) ne nous enseigne pas
Animaux et des Minéraux.
mal un caractère de l’Élément de l’Air, à cause que cette
Lorsqu’on applique les deux bouts de la lettre V susdite lettre est composée d’un Diamètre et d’un demi cercle : car
aux deux bouts du Diamètre ci-dessus exprimé, on verra comme la rondeur de cette lettre enseigne la perfection, la
la figure d’un Triangle équilatre qui ne représente pas mal Spiritualité et l’activité du Feu, et la ligne droite,
un Caractère de la Trinité, et le nombre Trois Principes l’imperfection, la corporalité et la matière souffrante et
dans tous les mixtes. concevante : ainsi est aussi l’Air un Élément lequel est
Et pour découvrir sur ce même fondement un Caractère principalement composé d’une Eau étendue à la
des Quatre Éléments ; on pourra commodément appliquer circonférence et imprégnée du Feu.
les lignes de la lettre E sur le même Diamètre du susdit Il me semble que l’Élément de l’Eau, ne serait pas mal
cercle, et ainsi se présentera aussi un Quadrangle parfait, exprimé par le caractère de la lettre V, à cause qu’elle est
qui exprime le nombre des Quatre Éléments, et de cette composée d’une telle façon, qu’elle contient deux
manière sera : Diamètres, lesquels s’unissent en bas en forme d’un coin,
Le Premier Être représenté par le Centre et la dont les deux pointes montant en haut démontrent les
Circonférence, marqués du Nombre 1. 1. 1. deux Éléments supérieurs, comme la pointe d’en bas
Les Deux Qualités contraires par la lettre v marquées 2. 2 enseigne l’Élément le plus bas, à savoir la Terre, desquels
elle est composée : et que plus est, la courbure de cette
Les Trois Principes par le Triangle équilatre marqué de 3. lettre donne à connaître la propriété de la flexibilité et de
3. 3. la fluxibilité de l’Eau : et la forme angulaire d’icelle donne
Et les Quatre Éléments par le Quadrangle marqué de 4. 4. à savoir que l’Eau conjointe avec les deux Éléments
4. 4. Voyez en la Figure Num. 7. supérieurs est un Agent sur et dedans la Terre, comme un
Le nombre des lettres du mot Deus donne aussi à coin est un instrument propre pour fendre quelque
connaître le nombres des Éléments ; et que plus est chacun matière dure, soit bois, soient pierres ou autres.
de ces quatre lettres ne pourrait pas mal exprimer un La Signature de la lettre E ne se fait pas tant mal aller nos
caractère d’un Élément à part, de cette sorte : pensées à l’Élément de la Terre, car, comme trois lignes de
La lettre S étant fléchie et formée de la façon que les deux trois longueurs différentes se présentent sur la
bouts viennent à toucher l’un l’autre, représentant une perpendiculaire d’icelle, que les trois Éléments supérieurs
Rondeur parfaite, laquelle n’enseignera pas mal un sont aussi de trois qualités différentes, puisqu’ils sont de
caractère de l’Élément du Feu : car comme le centre d’un trois distances différentes, et qu’il faut qu’ils fassent leurs
cercle étend tous ses rayons alentour se soi à la opérations et imprégnations dans la Terre par trois degrés
circonférence : tout de même fait le soleil, lequel, étant différents, comme nous dirons plus amplement en son
sphérique, le cœur et le centre de tout le monde, et la lieu.
cause de tout le feu dans icelui, jette les rayons de sa Voyez comment les lignes des lettres du mot DEUS
lumière alentour de lui à la circonférence, et donne à tous donnent à connaître plusieurs choses bien remarquables,
les être composés des vicaires, qui sont proprement les et qu’elles donnent encore à remarquer, qu’il y a une
vies dedans les corps, lieux de leurs résidences, desquelles rotation ou conversion perpétuelle, aussi bien des
étendent de même les rayons de leur feu dedans leurs Éléments, que de tous les composés de la Nature, ainsi que
Microcosmes depuis le centre jusqu’à la circonférence, la Figure Num. 8. représente le nombre parfait de Dix,
comme le Soleil leur père les darde à la circonférence de vous enseignera très clairement, et dont la description
son Macrocosme. Géométrique est telle : Posez un Point sur le papier et le
notez Nombre 1.
FRANÇOIS. Mettez l’un des pieds de votre compas sur ce point,
Je vous entends fort volontiers : mais je vous prie de me étendez son autre pied d’une telle distance que vous
faire le plaisir de me donner un peu d’éclaircissement voulez, et marquez le point de votre distance Nombre 2.
touchant le centre et la circonférence du Macrocosme et du Faites de cette même étendue du Compas un Cercle et le
Microcosme, devant que vous avanciez davantage votre signez des Nombres 3. 3.
discours, car vous savez qu’il y a des opinions bien
différentes touchant cette matière entre les Philosophes ; Tirez le Diamètre de ce Cercle depuis Num. 2. au travers
dites en moi votre sentiment si vous plaît, et puis je vous du centre jusqu’à la rencontre de la circonférence, et en
en dirai le mien. notez le dernier bout du Nombre 4.
Faites sur ce Diamètre, de la longueur d’icelui, une croisée
VREDERYK. et marquez le milieu d’icelle du Nombre 5.
Il est vrai que cela se pourrait fort bien faire par cette Laissant l’étendue de votre compas de la même distance
occasion, mais puisque notre entretient n’est ici que des vous décrivez du Nombre 5 une circonférence par les deux
lignes, caractères et des lettres, vous m’obligerez de me buts du Diamètre du premier cercle 2. et 4. et la marquez
permettre d’achever ce que j’ai commencé, et de différer ce du Nombre 6. 6. 6. 6. 6. 6.
que vous me demandez, jusqu’à ce que nous entamions le Mettez l’un des pieds du compas, toujours de la même
discours de l’écriture de Dieu même, qui sont les distance du Diamètre du premier, ou du Demi diamètre
créatures. du second cercle, sur Nombre 2. et mettez l’autre pied
d’icelui sur la circonférence, et marquez le premier point

BARENT COENDERS VAN HELPEN –8– L’ESCALIER DES SAGES


du Nombre 7. Le second du Nombre 8. Le troisième du Nature, qui consiste en des limites ou bornes, descend
Nombre 9, et le quatrième du Nombre 10. Ainsi avez vous hors de l’Unité par le nombre de Deux au nombre Trois,
une démonstration très nette du Nombre parfait de Dix, non plutôt pourtant, qu’elle ne monte du nombre de
lequel est procuré des lignes du mot DEUS, par dix Quatre par un ordre de degrés en Simplicité.
opérations différentes du compas et de la règle. Voyez en Car vous savez que lorsque vous voulez compter Quatre,
la Figure Num. 8. qu’il faut commencer que de l’Unité, comme quand on
Voyez ici comment tous les nombres, toutes les lignes, dit : Un, Deux, Trois, Quatre, lesquels étant pris ensemble,
tous les Caractères et toutes les figures ont leurs origines font dix.
de l’Unité : Car d’un proviennent Deux, puisque deux fois Celle- ci est la parfaite consommation de tout nombre, à
un font deux. L’unité fait le centre et le nombre de Deux cause qu’il se fait alors une régression à l’Unité : et qu’il
fait le Rayon. n’y a pas de nombre simple autre le nombre Dix.
De un et de Deux proviennent Trois, vu que un et Deux Tout icelui qui est sublimé à la connaissance simple de
font Trois. cette simplicité pure, il sera parfaitement consommé en
Comme le nombre Deux, à savoir le Rayon, forte de toutes sortes de sciences, il fera des œuvres dignes
l’Unité ou du Centre : et comme le nombre Trois provient d’admiration, et trouvera des effets prodigieux.
de l’Unité et du nombre Deux, ainsi proflue la C’est d’une telle manière qu’il faut entendre que le Monde
circonférence du centre et du Rayon ; auquel nombre Trois est créé de rien, et qu’il retournera à rien, quand ce sera
l’Unité étant ajoutée, à savoir le Rayon prolongé depuis le ainsi le bon plaisir de l’Unité éternelle et incréée.
centre jusqu’à la circonférence, vous trouverez le Nombre
Outre les choses susdites vous pourrez regarder les
de Quatre, puisque Trois et un font Quatre, tout ainsi que
Figures qui suivent ici, qui serviront pour confirmer notre
le Centre, le Rayon, la Circonférence et le Diamètre font
discours.
Quatre en nombre, tout de même comme un, un et Deux
par la Règle de l’Addition font Quatre. Voyez, mon cher, combien les lettres du mot DEUS nous
font comprendre clairement : le Premier Être ; Les Quatre
Et comme les Quatre premiers nombres de l’Arithmétique,
Éléments : et les Trois Principes : et de quelle façon il faut
1, 2, 3, et 4, étant aussi perpendiculairement mis les uns
entendre que tous les Êtres sont sortis d’un seul Être.
sur les autres, selon la Règle de l’arithmétique susdite,
parfont le Nombre parfait de Dix. Outre ce que je viens à vous dire, il me semble que je vous
pourrais encore faire comprendre la création des
Ainsi proviennent aussi, et sont formé toutes sortes de
composés, et de quelle façon le créateur s’est étendu
lignes et Figures d’un Centre, d’un Rayon, d’une
Circonférence, et d’un Diamètre, et très particulièrement la dedans les créatures, d’une autre manière ; et ce par les
Figure Hexangulaire régulière, laquelle prend son lignes des lettres du mot JÉSUS.
commencement de l’unité, et monte jusqu’au nombre Lorsque vous conférez ensemble les lignes du mot JÉSUS
parfait de Dix (comme nous avons dit ci-devant) ou elle avec celle des lettres du mot DEUS vous pouvez
cesse, puisqu’alors la perfection de sa Figure est apercevoir parfaitement, de quelle façon la seconde
accomplie, et qu’elle est en état de multiplier sa Figure en Personne de la Divinité est sortie de la Première, et
infini. comment il est à comprendre qu’elle est réunie à la
Tout de même comme à ce nombre de Neuf, l’Unité étant Première :
ajoutée le parfait nombre de Dix se trouve : laquelle unité Considérant curieusement les lignes des lettres du mot
est alors un commencement de la multiplication des JÉSUS, vous trouverez effectivement, qu’elles ont les
nombres premiers jusqu’à une étendue quasi infinie et même que le mot DEUS contient, et qu’il n’y a que cette
inexprimable, car outre le nombre de Neuf il n’y a plus de différence ; que celui-ci n’a que quatre, et celui-là cinq
nombre simple. lettres, de telle sorte que la première et la troisième lettre
C’est de cette manière qu’on va naturellement et du mot JÉSUS sont faites de la première lettre du mot
démonstrativement de l’Unité à un Nombre innombrable, DEUS.
du centre à la circonférence, et c’est de cette manière que La lettre S, qui contient le milieu du mot JÉSUS (faisant ici
le Créateur s’étend infiniment dans ses créatures, et que l’augmentation et le changement du mot DEUS) pourrait
les créatures retournent à leur Premier Être, duquel toutes être prise ici pour un Caractère de la Quintessence : car
choses sont sorties : comme un certain Philosophe en parle comme les deux bouts de la lettre S, étant joints ensemble,
aussi très sagement et très fondamentalement, en disant : font une figure ronde au milieu du mot JÉSUS, et comme
Omnis Naturae consistens linitibus operatio mirandorum ex elle a son origine de la première lettre du mot DEUS, ainsi
le fils de Dieu est aussi la Rondeur parfaite, ou la
unitate per binarum in ternarium descendit, non prius tamen
quintessence sortie des flancs de DIEU le PÈRE.
quam à quaternario per ordinem graduum in simplicitate
consurgat. Comme les lettres du mot JÉSUS redeviennent un même
mot avec le mot DEUS, lorsque le lettre S est réunie à la
Nam cum quator numerare velis, non aliter quam ab unitate
lettre I, qui refont un D, ainsi est le Fils de Dieu un même
scis inchoandum, ut cum dicis : Unum, Duo, Tria, Quator,
Dieu, mais la Deuxième personne procréée de Dieu le
quae simul sumpa, facinut Decem.
PERE. Comme il est écrit : Celui-ci est mon fils bien aimé,
Hoec omnis numeri perfecta consummatio est, qui tunc sit que j’ai engendré aujourd’hui.
regressus ad unum, et ultra denarium non est numerus
Je tacherai de vous démontrer, avec la règle et le compas,
simples. de quelle façon cette génération s’est pu faire, et ce, en
Quicunque hujus purae simplicitatis simplici notitia faisant une description parfaite de ces deux mots susdits.
sublimatus est, in omni scientia consummatus erit, perficiet que Prenez pour cette fin une plume, de l’encre, un compas,
opera mirande, et stupendos inveniet effectus. une règle et du papier, écrivez, selon la susdite proportion
C’est à dire : Toute l’opération des merveilles de la

BARENT COENDERS VAN HELPEN –9– L’ESCALIER DES SAGES


des lettres, le mot DEUS, et formez des lignes de ces lettres quatre plans d’un Tétraèdre comme il est à voir à la Figure
un hexagone régulier, de cette manière : Num. 1.
Tirez la ligne AB de la même longueur qu’est celle de la Les six lignes droites, du mot JESUS aussi bien que de
lettre D, ou de la lettre I du mot susdit de JESUS, de la celui de DEUS, sont aussi les six coins réguliers et égaux
manière que nous avons dit ci-devant : divisez cette ligne du corps régulier du tétraèdre, comme il est aussi à
en deux parties égales, posez l’un des pieds de votre mesurer par la proportion de leurs lettres, et comme il est
compas sur le milieu d’icelle, étendez l’autre pied d’icelui à voir à la Figure Num. 2.
jusqu’au deux bouts de cette ligne, et écrivez un demi Outre ce que je viens de dire, j’ai considéré les lettres du
cercle finissant aux deux bouts susdits, qui formera la dit nom d’une manière, s’il ne serait pas possible
lettre D, ici marquée par la figure de C. C. faites continuer d’enseigner la composition de ses lignes, de quelle façon il
votre demi cercle de la ligne de la lettre S, qui est au est à comprendre que le verbe (selon l’Evangile de St.
milieu du mot JESUS, de la même façon : faites de la Jean) est devenu chair : ou bien l’Esprit corps, ou
longueur de la ligne AB à chaque coté d’icelle un Triangle l’incorporel corporel, et ayant fixé mes spéculations là-
équilatre ADB. Ecrivez de la même étendue de votre dessus, j’ai trouvé, qu’on le pourrait comprendre
compas hors de D les cercles EE. Continuez de la même aisément, lorsqu’on met les quatre Triangles susdits par
étendue de transporter le pied dudit compas de a en f, qui ordre et successivement, comme les lignes des lettres du
est ici la ligne du bas de la lettre E, aussi bien de celle qui nom MARIA s’entresuivent, et présupposant que les
est au mot JESUS que celle du mot DEUS, mettez de même lignes courbées expriment la perfection (comme nous
la perpendiculaire de ces mêmes lettre EE sur GG. Comme avons dit ci-devant) ou la spiritualité, on verra ici que les
aussi la longueur des deux autres travers de ladite lettre dites lignes courbées de la lettre r étant fléchies en
jointe ensemble sur HH, et les deux lignes des deux lettres
rondeur, formeront un cercle, lequel vient lui-même
VV, qui sont comprises aux même mots, sur II et LL. Ainsi
s’appliquer dedans le troisième Triangle, qui se forme par
voyez-vous que les lignes du mot JESUS sortent d’un
ordre des lignes desdites lettres, selon le nombre qu’elles
même centre, d’un même Rayon, d’une même
s’entresuivent, comme vous les pouvez voir ici en suivant,
circonférence, et d’un même Diamètre du mot DEUS, et
car en commençant par la première ligne de la lettre M,
que cette figure démontre par les lignes des lettres dont
vous trouverez que les trois premières lignes d’icelle
elle est composée, de quelle façon qu’on peut faire un
donneront le premier Triangle.
enseignement très net et clair, comment il est à
comprendre comme Dieu le Fils est sorti de Dieu le Père, Que la Quatrième ligne de la même lettre, et les deux
comme Dieu le Père et Dieu le Fils ne font qu’un, au lignes de l’A, qui la suivent, donneront le deuxième
regard de la Divinité, mais Deux au respect de leurs Triangle.
personnes. Voyez les Figures au feuillet suivant. Que le troisième Triangle est formé de la dernière ligne de
Nous pourrions bien faire ici un discours fort ample de cette dite lettre, de la ligne droite de la lettre R, (laquelle
cette matière, mais puisque notre intention n’est autre que fait tourner naturellement ses lignes courbées) et de la
de faire seulement des trois mots susdits, nous verrons, s’il lettre I, laquelle donne l’accomplissement au troisième
n’est pas possible, d’apercevoir de leurs lignes et signes Triangle : d’une telle manière que ces lignes courbées étant
comme aussi par celles des lettres du mot MARIA, la tournées en cercle viennent d’elle-même s’appliquer
conception, la nativité, la passion et la mort de DIEU le dedans ce troisième Triangle.
Fils. Et le quatrième Triangle se fait des trois lignes de la
Ayant arrêté ma contemplation sur ce mot susdit, j’ai jugé dernière lettre A.
digne de remarque, que la Sainte mère de notre Sauveur Tellement que les lignes des cinq lettres du nom MARIA
Jésus Christ appelée Maria, qui est un mot qui à sa donnent, de cette manière, bien clairement à connaître : de
dérivation du mot Latin Mare, vu que Maria en Latin est quelle façon la nature divine se devait joindre à la nature
autant à dire que Mers en Français, car comme les Mers humaine, et ce au milieu de la matrice de la vierge, comme
reçoivent les semences spirituelles et astrales, étant comme le milieu de la ligne courbée le démontre
la matrice des deux Éléments générant, qui sont le Feu et Géométriquement sur la lettre du milieu de son nom.
l’Air ; de la sainte vierge devrait de même concevoir la Voyez les Figures Num. 3 et Num. 4.
semence spirituelle de Dieu, et qu’elle devrait aussi Remarquons ici, mon très cher François ; que la recherche
devenir enceinte par le Saint Esprit de Dieu le Père, ce que de cette conception supernaturelle du Fils de Dieu, que j’ai
la ligne courbée du mot susdit montre quasi au doigt à la observé, par cet examen des lignes du nom de vierge, a
lettre du milieu, à savoir le R, ou les deux lignes courbées fait étendre mes contemplations à la conception et à la
(qui dénotent la perfection) touchent la ligne droite génération de tous les Êtres composés, et m’a fait
d’icelle, (qui signifie l’imperfection) de deux manières, considérer, que la conception d’iceux peut être comprise
l’une qu’elle y est comme attachée et arrêtée, et l’autre de la même manière comme celle-là, vu que la semence
comme en ressortante ; comme le Saint Esprit de Dieu le ignée, joint à l’air, et spirituelle, après qu’elle est devenue
Père s’est pénétré dedans la sainte vierge, et qu’il en est corporelle et spermatique, par la conjonction de l’Élément
ressorti avec la très glorieuse nativité de Jésus Christ. de l’Eau, elle devient à être semée dans la terre, (qui est la
nourrice générale des mixtes) et enfermée et nourrie
Il est aussi remarquable que les lignes droites du mot d’icelle, jusqu’à que l’opérateur général de la nature en
maria fassent douze en nombre, et qu’elles sont justement produise ou un végétable, ou un Animal, ou bien un
un nombre d’autant que sont les lignes droites des deux Minéral en sa perfection, selon le cours du temps et selon
mots susdits DEUS et JESUS tout ensemble. la période pour cette fin ordonnée du créateur, tout de
Ces dites douze lignes étant jointes en quatre Triangles même comme la semence supernaturelle et divine de Dieu
le Père a transpercée incorporellement et spirituellement la
équilatres représentent justement les douze cotés des
virginité de la vierge, par l’adombragement du St.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 10 – L’ESCALIER DES SAGES


Esprit, pour produire le fruit de Dieu le Père au bout du appliquez les lignes courbées des dits mots, les bouts
terme ordonné et prédestiné pour la perfection de sa d’icelles tenant ensemble, à la dite croix, vous verrez la
nativité. figure d’un Serpent pendu à la croix, comme Moïse avait
Touchant la conjonction des lignes des lettres des trois ordonné au Juif, dont vous pourrez voir ici la Figure A.
mots sus mentionnés, DEUS JESUS et MARIA, considérez, En Quatrième lieu : que les six carrés susdits étants mis
si vous plaît : d’une façon qu’un d’iceux soit au milieu de quatre autres,
Premièrement le nombre des lignes droites de ces trois et que le sixième soit appliqué dessous le cinquième,
mots, lequel est justement de celui du monde de toutes les comme il est à voir à la Figure B, vous trouverez alors une
lettre Latines, à savoir de vingt et quatre ; et figurez-vous façon d’une croix composée de six carrés réguliers, dont
que c’est aussi par-là que notre grand Dieu nous fait les six Plans, étant pliés ensemble forment la superficie du
connaître, que nous devons sur toutes choses employer les corps stétéométrique régulier du Cube, dedans lequel les
lettres à l’expression de la contemplation de notre deux SS du mot JESUS étants enfermés, en sorte que les
créateur, et de l’histoire supernaturelle de notre Médiateur deux bouts soient joins ensemble en cercle, l’enterrement
et de notre Sauveur Jésus Christ, puisque c’est par-là que de notre seigneur Jésus Christ pourrait être observé.
les trésors éternels et incorruptibles des âmes sont Car, comme les Philosophes nous assurent, que l’Or, (qui à
uniquement à trouver, et que tous les Esprits de tous les naturellement la signature sphérique) lorsqu’il est joint à
hommes du monde ne sont pas capables ni suffisants de son sel (auquel la nature a donné la signature cubique) et
comprendre avec leur esprit, de retenir par leurs qu’il a été son temps limité enterré dedans le feu infernal
mémoires, ni d’exprimer avec leurs langues la cent des Philosophes, qu’il en sortira glorieusement, et qu’il
millième partie de la sapience et de la puissance sera alors une médecine très glorieuse pour ses frères qui
inexprimable et des bien inépuisables qui y sont compris. sont es royaume végétable, Animal et Minéral. Ainsi notre
Secondement : que les vingt quatre lignes susdites étant sauveur Jésus Christ a transformé et glorifié son corps
divisées en six parties, et en ayant formé six carré parfaits, composé des Éléments par la descension de son St. Esprit
sur la figure d’un Hexagone, vous trouverez une telle aux enfers, et par le retour d’icelui à son corps, qu’il a pu
symétrie et une telle correspondance du dit Triangle avec rendre son corps incorporel selon son bon plaisir divin ; en
le Quadrangle, qu’ils se laissent régulièrement joindre et telle sorte, qu’il a pu transformer et qu’il a pu transmuer
unir ensemble depuis le centre même jusqu’à une étendue de même, par son St. Esprit, tous ceux qu’il lui plaît, d’une
de circonférence telle qu’il vous plaît ; de sorte que manière, que cependant leurs vies, et après leur mort, ils
l’extension de l’Unité à la multitude, de ces figures, ne ont pu faire des grands miracles, comme il a paru aux
peut être faite par aucune voie plus régulière, que par Apôtres, dont les ossements, après leurs morts, ont même
celle-ci, car par cette voie l’unité s’étende infiniment et pu ressusciter des corps morts, comme le nouveau
régulièrement à la circonférence, sans qu’il se commette Testament nous en donne quantités d’exemples, et
aucune confusion de figures, ce qu’il n’est pas possible de d’histoire. Vous pourrez regarder les figure ci-dessous qui
faire par aucune autre sorte de figures, vu que toutes les vous confirmeront ce que nous venons de dire, dont la
autres figures, hormis celles-ci, de quelle façon qu’on dernière cubique est celle marquée de la lettre C.
pense de les joindre, causent toujours une irrégularité et Voilà ce que j’avais à vous dire des nombres, lignes et
une confusion. Voyez en les figures qui suivent ici. Num. Caractères lesquels me sont tombés dans l’esprit lorsque
1. 2. 3. j’avais arrêté un peu ma méditation à l’histoire de notre
Tiercement : que les vingt et quatre lignes de ces trois Seigneur Jésus Christ en regardant les lettres des trois
mots étant jointes d’une telle manière, que dix huit mots DEUS JESUS et MARIA. Je vous supplie, mon très
d’icelles soient élevées perpendiculairement, et six de cher, d’excuser la simplicité de mon style et la chétiveté de
travers, entre la deuxième et la troisième ligne, en figure mon propos, puisque mon discours n’a été jusqu’à présent
de croix, prenant la longueur de chaque ligne de la mesure que des nombres, des lignes et des lettres, j’attends
d’un pied, cette croix sera peut être de la même grandeur quelque chose de plus beau de votre faveur.
de celle de Jésus Christ ; et lorsque vous

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 11 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 12 – L’ESCALIER DES SAGES
BARENT COENDERS VAN HELPEN – 13 – L’ESCALIER DES SAGES
BARENT COENDERS VAN HELPEN – 14 – L’ESCALIER DES SAGES
avec une très grande cordialité aux ignorant, et lesquelles
CHAPITRE II.
desquelles il s’est servi dans son Pimandre, au Chap. 7.
Que c’est la volonté de Dieu que les Créatures je ne puis m ‘empêcher de réciter ici.

raisonnables cherchent à connaître le Créateur par Ces paroles sont les suivantes : Ô hommes étourdis qui
la connaissance des créatures. Que toutes les avez bu le vin de l’ignorance lequel vous ne pouvez
créatures proviennent d’un seul Dieu, comme tous souffrir ! Mais le vomissez ! Vers ou vous emportez-vous ?
les nombres de l’Unité. Description de Hermès Soyez sobres et voyez avec les yeux du cœur : si vous ne le
Trimégiste de la création du Monde. Moïse de la pouvez pas faire tous, voyez seulement vous qui le
création du Monde. Que Dieu est dit souvent d’être pouvez, car la perversité de l’ignorance surnage toute la
un feu. terre et fait abîmer l’âme déplorable dans son corps, ne
souffrant pas qu’elle aborde les ports du salut. Ne vous
FRANÇOIS. mettez donc pas en péril au grand flux, mais approchez le
e vous ai entendu volontiers et vous port de sauveté au travers des ondes contraires autant que
vous le pouvez aborder. Cherchez le guide qui vous
remercie de tout mon cœur de la peine qu’il
apprenne le chemin qui mène à la porte de l’intelligence
vous a plu de prendre ; ce ne sont pas
ou est la lumière brillante sans aucunes ténèbres : où
seulement des lignes et des lettres
personne n’est ivre, mais où que tout le monde vit
Jdesquelles vous avez discouru, et lesquelles sobrement, et regarde avec le cœur celui qui veut être
doivent être considérées simplement comme des lignes et
regardé, car il ne peut être ouï, prononcé, ni vu avec les
des lettres, puisque vous en avez commencé à faire une
yeux, mais avec le cœur et l’esprit ; Il faut que vous
écriture laquelle démontre le grand Tout, non seulement
tachiez de déchirer l’habit d’ignorance que vous portez, le
avec la plume, mais même avec le compas et avec la règle :
firmament de la malice, le nœud de lacorruption, le
Vous ne sauriez non plus arrêter mieux vos pensées, ni
circuit ténébreux, la mort vive, la charogne sensible, le
aiguiser votre esprit qu’à des choses qui tendent à la
sépulcre que nous portons avec nous, le larron locatif,
gloire de Dieu, et qui sont utiles pour la procuration de
celui qui hait par les choses qu’il aime, mais qui est
notre salut éternel ; C’est aussi à ces choses là qu’on doit
envieux par les choses qu’il hait. Tel est l’habillement
employer très particulièrement beaucoup de peine et de
ennemi lequel vous êtes couvert, qui te suffoque toi-
labeur, puisqu’on acquière par-là des trésors qui ne
même, que ne puisse recevoir la vue, et qu’ayant arrêté tes
périssent pas, mais qui sont divins et éternels ; C’est aussi
spéculations à la beauté de la vérité et le Bien qui repose
la volonté du créateur, que les hommes, à qui il a eu la
en elle tu ne haïsses la méchanceté d’icelle après avoir
bénignité de donner une âme raisonnable, outre toutes ses
pénétré ses embûches avec lesquelles elle l’épiée, faisant
autres créatures, apprennent à le connaître par la
les choses qui semblent être visibles et sensibles,
connaissance des créatures, afin que les hommes
insensibles, et les étoupant de quantité de matière, et les
connaissant bien leur Créateur par la connaissance
emplissant d’une volupté abominable pour ne pouvoir
d’icelles, se rendent de plus en plus capable de l’adorer,
ouïr les choses que tu devrais ouïr, et pour empêcher de
de le servir et de le louer : Car il est impossible d’estimer voir les choses que tu devrais voir.
grandement une chose qu’on ne connaît pas, et qu’on ne
sait pas ce que c’est, comme la plus part des hommes FRANÇOIS.
(hélas !) ne savent pas ce que c’est Dieu : C’est une chose Mon très cher, ne faisons pas de la sorte, et ne soyons
honteuse de le dire, et il le faut pourtant dire, puisque
trouvé parmi une troupe de pourceauxqui aiment la
c’est la vérité ; ils sont provenus de Dieu, ils sont en Dieu,
saleté, mais acceptons avec ardeur cette belle admonition
ils subsistent par Dieu, ils ne sont rien sans Dieu, et il faut
de Hermès, ruminons la bien, imitons la pieusement, et
qu’ils retournent à Dieu à la fin, puisqu’il est leur
montrons que nous aimons la pureté et que nous
commencement et leur fin, étant pourtant sans
l’estimons outre tous les trésors du monde, puisqu’elle
commencement et sans fin, et encore ne connaissent-ils
forte de la pureté même, vu que Dieu n’est que Pureté lui-
pas Dieu : n’est-il pas grandement à plaindre, que
même, et qu’aucune impureté n’est en lui : le soleil est pur
l’ignorance est si grande dans le monde qu’entre des
et clair, et les ténèbres ne peuvent avoir aucun lieu en lui,
milliers de personnes ils ne s’en trouvent pas quelquefois
puisqu’il est habité de la lumière de Dieu : et la Pierre des
une qui connaisse bien son Dieu, son Créateur, ou son
Philosophes est pure puisqu’elle est composée des rayons
Premier Être, et qui sait ce qu’il doit répondre, quand on
concentrés du soleil, et c’est pourquoi qu’elle ne souffre
lui demande ce que c’est que Dieu ? Comment telles gens
aucune impureté près d’elle, mais qu’elle transforme tout
trouveront-ils Dieu puisqu’ils ne le connaissent pas ?
en pureté ; cherchons ceux-là particulièrement, et tachons
Comment estimeront, honoreront et loueront-ils Dieu vu
d’apprendre à les connaître, car le soleil est le Lieutenant
qu’ils ne savent ce que c’est que Dieu ? Comment peut un
du Grand Dieu au ciel, et la Pierre des Philosophes est le
lourdeau ou un paysan faire état de la pierre des
Lieutenant de Dieu sur la Terre, et c’est par connaissance
Philosophes quand il ne sait pas ce que c’est ? Ne la
de ceux-ci que nous pourrons apprendre à monter
dédaignera pas comme si elle était de nulle valeur ?
l’Escalier des Sages, et par icelui jusqu’à la connaissance
encore qu’elle serait purifiée mille fois par le feu de
de Dieu.
purification des Philosophes, et qu’elle serait d’une valeur
de cent mille millions d’Or ? VREDERYK.
VREDERYK. Vous parlez fort bien : sed hic labor hoc opus. C’est-à-dire :
c’est là où gît la difficulté.
Il en est ainsi comme vous dites, et il en a été de même il y
a quelques milles ans, car il me souvient des paroles du FRANÇOIS.
plus ancien des Philosophes, savoir Hermès Trimégiste
Il est bien vrai : mais vous savez aussi le proverbe, qui

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 15 – L’ESCALIER DES SAGES


dit : Omnia Dii vendunt laboribus, et labor improbus omnia lumière pour le présent fort couvert d’obscurité, et d’en
vincit. C’est-à-dire : Les Dieux vendent toutes choses pour chasser les ténèbres comme ses ennemis à une
le labeur, et que le labeur infatigable surpasse toutes circonférence inaccessible à la vérité.
choses. Voyons, mon très cher, ce qu’Hermès Trimégiste (qui a
Vous avez bien commencé à discourir : que comme tous vécu environ un siècle et demi devant Moïse, selon
les nombres sortent de l’Unité qu’ainsi toutes les créatures Patricius) donne à connaître du Premier Être de la nature
proviennent d’un seul Dieu ; touchant le premier vous de Dieu, et combien de désir qu’il a eu d’apprendre à
l’avez démontré assez clairement, mais il me semble que le savoir ce que c’était de Dieu et de sa nature, et auquel
dernier doit être étendu un peu plus au large. degré de perfection il a été illuminé, lorsqu’il parla avec
l’Esprit de Dieu, quand Poemander (qui était l’Esprit de
VREDERYK. Dieu) lui demanda ce qu’il désirait d’apprendre et de
Vous avez raison : j’attends cela de votre grâce, et ne savoir, et qu’il répondit : Je désire d’apprendre les Êtres
doute pas que vous ne donniez à tous les amateurs de du Monde, d’entendre leur nature, et de connaître Dieu :
Dieu, de la nature de Dieu, et d’eux-mêmes, une très Poemander lui parla alors, en disant : comprenez-moi
grande satisfaction par votre entretient. derechef dans votre esprit, et je vous apprendrai ce que
vous désirez d’enquérir. Hermès lui dit.
FRANÇOIS. Lorsqu’il avait dit ceci, il transforma son idée, et le tout me
Au nom de Dieu : je tacherai de faire mon possible pour devint manifeste dans un moment, et je vis une vision
exprimer et pour mettre en lumière ce qu’il a plu à notre infinie. Il devint une lumière, laquelle était fort aimable et
grand Dieu de communiquer par ses influences divines à fort agréable ; peu après il s’en sépara une ténèbre fort
ma chétive personne, qui ne m’estime qu’un petit vers de triste et affreuse et laquelle se finissait à une courbure en
terre, écoutez dons si vous plaît. forme de cercle, tellement qu’il me sembla que la ténèbre
se transforma à une nature humide étant
VREDERYK. inexprimablement confuse, laquelle faisait sortir d’elle une
J’ai désir de vous entendre. fumée comme de feu, et une résonance triste.
Il en sortit par après une vois confuse, laquelle je croyais
FRANÇOIS. être la voix de la Lumière.
Mon très cher aimable ami : il faut que vous sachiez, que Une sainte parole monta en après hors de la lumière sur la
devant qu’il y a eu commencement d’aucune chose, qu’il nature, et le feu pur s’éleva en haut de la nature humide,
n’y a eu rein autre chose que Dieu tout seul, qui a fait et et il était léger, subtil, et de grande puissance.
créé toutes choses de soi, en soi, par soi et avec soi, lequel L’Air, qui était aussi léger, suivait l’Esprit, et monta de la
Dieu n’a pas d’autre propriété, nature, ni autre volonté, Terre et de l’Eau jusqu’au feu, comme s’il était suspendu
que de produire toutes choses parfaites, selon sa propre sur icelui.
image, qui est la perfection même : car Dieu parla (dit
La Terre et l’Eau demeurèrent mêlée ensemble, en sorte
Moïse en la Genèse) et c’était, et Dieu vit que cela était
que la Terre ne pouvait pas être vue à cause de l’Eau, et
bon.
elles recevaient la motion de la Parole Spirituelle qui était
Le grand Dieu, étant tout en tout, et comme enceinte, épandue sur icelle.
laissa provenir en public pas son Saint Esprit la Lumière et
les Ténèbres, qui sont le Ciel et la Terre, le pur et l’impur, POEMANDER
(pour parler en tel terme, puisqu’au respect de la création
Poemander me dit alors : avez vous bien entendu cette
il n’y a rien d’impur) étant combiné ensemble ; auquel
vision, et ce qu’elle signifie ?
l’Esprit de Dieu ayant été étendu, comme une âme dedans
son corps, il l’a séparé, par sa vertu divine, en des choses HERMÈS
hautes et basses, subtiles et grossières, spirituelles et
corporelles, naturelles et supernaturelles, célestes et Je parlais : J’y penserai.
supercélestes : car le Saint Esprit de Dieu a fait paraître
POEMANDER
tout premier, dans son grand tout, les deux qualités
contraires, savoir le Chaud et le Froid, lesquels étaient La Lumière, je le suis, l’Esprit, votre Dieu, qui est devant
ennemis ensemble in gradu intenso, mais amis in gradua la Nature humide, qui a paru hors des ténèbres : la Parole
remisso. qui luit hors de l’Esprit : le Fils de Dieu.
Ces deux qualités contraires ont commencé tout aussitôt à Le Père de toutes choses (l’Esprit étant Lumière et vie,
travailler ensemble, et ont produit l’humidité et la mâle et femelle) a procréé l’homme son semblable, et l’a
sécheresse : De ces quatre sont provenu les quatre animé, lequel croyait de comprendre avec son esprit la
Éléments ; le Feu, l’Air, l’Eau, et la Terre : de ceux-ci sont puissance de celui qui a la place de sa résidence dans le
sortis les Trois Principes : le Soufre, le Mercure ou l’Esprit, Feu, et c’est pour cela que l’homme est outre tous les
et le Sel ; et de tous ces susdits. Du premier Être ; Des animaux devenus d’une composition double, à savoir
Deux Qualités contraires. Des Quatre Éléments ; et des mortel selon le corps, et immortel à cause de l’homme
Trois Principes ont tous les mixtes ou composés leur substantiel.
origine, aussi bien les célestes que les terrestre, aussi bien Mais l’homme est devenu de la vie et de la lumière à une
les purs que les impurs, ou les subtils que les grossiers, âme et un Esprit : de la vie à une âme, et de la Lumière à
comme je donnerai l’honneur de vous enseigner ici ensuite un Esprit, et il est demeuré dominant ainsi par-dessus tous
et de bon ordre ; faisant comme vous, avec justice, mon les membres du Monde sensuel, jusqu’à la fin du but, et
commencement du Premier Être, avec intention de tacher générant.
de clarifier, autant qu’il nous sera possible la

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 16 – L’ESCALIER DES SAGES


Écoutons encore son sermon sanctifié : Dieu dit-il, et la FRANÇOIS.
Divinité, et la nature divine, est la gloire de toutes choses. Il est vrai : car au commencement du vieux Testament,
Dieu est le commencement et l’Esprit, et la Nature, et la Moïse le Prophète, parlant de la création du Monde au
Matière, et l’Opération, et la Nécessité, et la Fin, et la Premier chapitre de la Genèse, en fait aussi mention de
Rénovation de toutes choses. cette sorte :
Car il y avait des ténèbres infinies sur l’abîme, et l’Eau et Dieu créa au commencement le Ciel et la Terre. Et la terre
l’Esprit intellectuel subtil étaient comme cachés dedans le était sans forme et vide : et les ténèbres étaient sur les
Chaos. abîmes, et l’Esprit de Dieu était épandu par-dessus les
La Lumière sainte provenait, et les Éléments se sont eaux.
séparés de la nature humide sur le sable, et tous les Dieux Et Dieu dit : Qu’il y ait lumière : et la lumière fut.
(ou Planètes) séparaient la nature séminale. Et Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la
Et alors que le tout était auparavant sans ordre et sans lumière des ténèbres.
préparation, le léger fut séparé à la hauteur, et le pesant Et Dieu appela la lumière jour : et les ténèbres il les appela
fut établi sur le sable humide : et le feu entourait tout ceci : Nuit : lors fut fait du soir et du matin le premier jour.
et lorsqu’il était suspendu, il fut porté de l’Esprit.
Derechef Dieu dit : qu’il y ait une étendue entre les Eaux :
Et le ciel devenait visible en sept cercles, et les Dieux et qu’elle sépare les Eaux avec les Eaux.
paraissaient par les Idées d’étoiles avec tous les signes
d’icelles, et les étoiles furent divinisées et comptées avec Dieu donc fit l’étendue et divisa les Eaux qui étaient sous
les Dieux qui étaient parmi elles, et la circonférence l’étendue d’avec celles qui étaient sur l’étendue, et fut
devenait environnée de l’Air, et fut portée par l’Esprit ainsi fait.
divin d’un cours circulaire. Et Dieu appela l’étendue Ciel : lors fut fait du soir et du
Les Dieux produisaient de leur propre vertu ce que leur matin le second jour.
était ordonné : et ils furent produit des animaux à quatre Puis Dieu dit : que les eaux qui sont sous le ciel soient
pieds, des reptiles et des volatiles ; toutes les semences assemblées en u lieu, et que le sec apparaisse, et fut ainsi
fertiles, les herbes, fleurs, et l’herbe verte retenaient les fait.
semences de la génération elle-même. Et Dieu dit, que la terre produise verdure, herbe procréant
Et aussi la génération des hommes pour la connaissance semence, et arbre fructifiant faisant fruit selon son espèce,
des œuvres de Dieu, et pour un témoignage opérant de la lequel ait sa semence en soi-même sur la terre, et fut fait
Nature, et pour la multiplication des hommes, pour la ainsi.
domination sur toutes les choses qui sont sous le Ciel, et La terre donc produisit verdure, herbe procréant semence
pour la connaissance du Bien, et qu’ils croissent et se selon son espèce, et arbre faisant fruit, lequel avait sa
multiplient en quantité. semence en soi-même selon son espèce.
Comme aussi toutes les âmes dans la chair, et la Et Dieu dit : Qu’il y ait luminaires en l’étendue du Ciel,
sémination monstrueuse par le moyen des Dieux pour séparer la nuit du jour et soient en signes, en saisons,
circulaires pour la contemplation du Ciel, des Dieux, des en jours et ans.
ouvrages divins, des œuvres de la Nature, et pour des Et soient pour luminaires au firmament du Ciel, afin de
signes des choses bonnes pour la connaissance de la donner lumière sur la terre, et fut fait ainsi.
puissance divine.
Dieu donc fit deux grands luminaires, le plus grand
Comme de même toutes les générations de la chair luminaire pour gouverner le jour, et le moindre pour
animée, des fruits, des graines, et de tous les ouvrages gouverner la nuit, et les étoiles.
artificiels, et les choses qui sont diminuées seront
Et Dieu les mit en l’étendue du Ciel pour luire sur la terre,
renouvelées par la nécessité.
et avoir gouvernement sur le jour et sur la nuit, et pour
Car toute la température du monde étant renouvelée par séparer la lumière des ténèbres : et Dieu vit que cela était
la Nature, c’est la Divinité ; puisque la Nature consiste bon.
dans la Divinité.
Lors fut fait du soir et du matin le quatrième jour.
Or mon fils, j’écris ces choses ainsi par amour envers les
En après Dieu dit : que les eaux produisent reptiles ayant
hommes, et par devoir envers Dieu.
âme vivante : et que volatile voltige sur la terre envers
Car il ne se peut pas faire de devoir plus juste, que l’étendue du Ciel.
lorsqu’on observe les Êtres, et que l’on témoigne de la
Dieu donc créa des grandes baleines et toute créature
gratitude à celui qui les a fait, auquel je ne manquerai
vivante se mouvant, que les eaux avaient produites selon
jamais.
leur espèce, et toute volaille ayant des ailes chacune selon
Tachez d’être doué de probité, puisque c’est icelui qui est son espèce : et Dieu vit que cela était bon.
le plus grand Philosophe, car il est impossible de la
Adonc il les bénit, disant : fructifiez et multipliez, et
posséder sans Philosophie.
remplissez les eaux en la mer : et que la volaille se
VREDERYK. multiplie en la terre.
La sainte Écriture, les œuvres de Trimégiste et de tous les Lors fut fait du soir et du matin le cinquième jour.
vrais Philosophes sont bien remplies de telles matières que Outre Dieu dit : que la terre produise créature vivante
vous proférez ici, mais vous faites pourtant for bien d’en selon son espèce, bétail et reptile, et animaux de la terre
faire quelque récit afin qu’on puisse voir combien que selon leur espèce, et fut ainsi fait.
notre Philosophie concorde avec celle des Anciens. Dieu donc fit l’animal de la terre selon son espèce et le

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 17 – L’ESCALIER DES SAGES


bétail selon son espèce, et tout le reptile de la terre selon bénirez ainsi les enfants d’Israël, en leur disant : Le
son espèce, et Dieu vit que cela était bon. Seigneur te bénie et te regarde. Le Seigneur fasse reluire sa
Outre plus Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et face sur toi et ait merci de toi.
selon notre ressemblance, et qu’ils aient domination sur
les poissons de la mer, et sur les oiseaux du Ciel, et sur les
VREDERYK.
bêtes et sur toute la terre, et sur tout reptile qui bouge sur Tout ce que vous rapportez ici, est bien très excellent, très
la terre. plausible et ne doit être contredit de personne, puisque ce
Dieu donc créa l’homme à son image, il les créa à l’image sont les paroles du Saint Esprit même prononcées par le
Prophète et par le Père des Philosophes lesquelles
de Dieu, mâle et femelle il les créa.
découvrent avec assez de clarté l’obscurité de la création
Et Dieu les bénit et leur dit : Fructifiez et multipliez et du Monde et des Êtres composés : mais il me semble que
remplissez la terre, et l’assujettissez : et ayez seigneurie la science et le maniement de la Pierre des Philosophes ne
sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux du Ciel, et sur donnera pas aussi peu de lumière aux esprits ignorants à
tous les animaux qui se bougent sur la terre. la connaissance du créateur et des créatures : Et puisque je
Et Dieu dit : voici je vous ai donné toute herbe portant sais fort bien que vous en avez lu quantité d’Auteurs qui
semence qui est sur toute la terre, et tout arbre qui a en soi en ont écrit savamment, qui l’ont aussi possédé
fruit d’arbre portant semence, afin qui vous soient pour assurément, et que vous avez vous-même passé beaucoup
viande. de temps et pris bien de la peine à la culture de la Terre
Même aussi à tous les animaux de la terre, et à tous des Sages, j’aurai bien de l’inclinaison de tenir propos avec
oiseaux du Ciel, et à toute chose mouvante sur la terre, qui vous de cet illustre sujet tant relevé et tant cherché.
a en soi âme vivante, j’ai donné toute verdure d’herbe
pour manger : et fut ainsi fait.
Et Dieu vit, que tout ce qu’il avait fait, était bon : lors fut
CHAPITRE III.
fait du soir et du matin le sixième jours. Si la science de la Pierre des Philosophes est
véritable. Récit des Auteurs qui ont possédé la
VREDERYK.
science de la Pierre des Philosophes. La vérité de la
Il est digne de remarque, que Poemander, ou l’Esprit de science de la Pierre des Philosophes tirée de la St.
Dieu dit à Hermès : Qui a sa résidence dans le feu.
Écriture.
FRANÇOIS. FRANÇOIS.

V
Il est bien vrai : mais vous savez aussi ce que David dit
sur le même sujet, en parlant de Dieu : Qui tabernaculum
ous le savez : j’en suis d’accord ; faisons en donc un
suum posuit in Sole. C’est à dire : Qui a posé son tabernacle
commencement pour autant que le petit talent de
dans le Soleil. notre connaissance le permet, et descendant de la
Lumière inaccessible de Dieu le Créateur,
Et que le tout puissant est appelé plus souvent dans la St. tournons-nous vers les
Ecriture une Lumière et un Feu, qu’aucun autre être, et créatures, et demeurant pourtant arrêté à l’Unité,
qu’il est aussi bien souvent comparé à iceux, et ce, sans entretenons-nous quelque temps de la Pierre des
doute, à cause que la nature de la lumière et du feu est de Philosophes, de laquelle on a fait tant de bruit dans le
soi-même mouvante, générante et reconsummante ; Monde, et laquelle a été de tout temps, et est encore
comme Moïse en fait mention au Deutéronome Chapitre aujourd’hui tant recherchée des plus grands et des plus
4ème : Le Seigneur ton Dieu est un feu consumant. savant de toute la Terre, et voyons si nous avons juste
Et Exode chapitre 3. v. 2. et 3 : Et l’ange du Seigneur raison d’oser dire que c’est par la science d’icelle que les
s’apparut à lui en une flamme de feu au milieu d’un Anciens Sages ont monté, et que les vrais savants
buisson, et il regarda, et voici le buisson ardait au feu et le modernes ont apparence d’approcher l’Escalier des Sages.
buisson ne se consumait point. Lors Moïse dit : je me Voyons donc premièrement s’il est conforme à la vérité
détournerai maintenant et verrai cette grande vision, que la Pierre des sages a été au Monde, et si elle y est
pourquoi le buisson ne brûle point. Adonc le Seigneur vit encore : et puis en découvrons à l’un l’autre avec probité et
qu’il se détournait pour regarder, et Dieu l’appela du avec sincérité nos sentiments et nos expériences.
milieu du buisson : etc.
Exode chapitre 14. v. 24 : Et advint en la veille du matin VREDERYK.
que le Seigneur étant en la Colonne de feu et nuée, Je suis prêt de philosopher avec vous de cette matière tant
regarda sur le camp des Égyptiens, et étonna le dit camp pure et tant illustre ; de vous produire ce que j’en ai lu et
des Égyptiens. entendu, et puisqu’il y a plusieurs années que j’ai aussi
Exode chapitre 19. v. 18 : Et le mont Sinaï était tout en tenu infatigablement la main à la charrue, je vous promets
fumé, pourtant que le Seigneur descendit de dessus en de vous rendre participant avec candeur de mes
feu, et la fumée d’icelui montait comme la fumée d’une expériences, et de vous montrer que je pourrais toujours
fournaise, et toute la montagne tremblait fort. vérifier mes paroles par des effets : si vous en faites de
même, il y aura espérance que notre Dialogue ne sera pas
Lévitique chapitre 10. v. 1. et 2 : Les enfants de Aaron
inutile.
Nadab et Abihu offrirent du feu étrange devant le
Seigneur, lequel il ne leur avait point commandé : A donc FRANÇOIS.
le feu issit de devant le seigneur, et les dévora.
Hé bien, je ne ferai pas moins le devoir d’un homme
Nombre chapitre 6. v. 22, 23, 24 : Le Seigneur parla à d’honneur, et désire déjà de savoir, si vous êtes sur le vrai
Moïse, disant. Parle à Aaron et ses fils et leur dit vous chemin ou point, et si vous avez consumé et perdu votre

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 18 – L’ESCALIER DES SAGES


temps et vos dépend en vain avec tant d’autres ; mais que personne, qui est savant es choses naturelles, vient à
devant que d’avancer jusqu’à là, voyons premièrement ce céder que l’Art de l’Alchimie n’est pas vraie, encore qu’il
qui est la vérité de la chose, et ce que les vrais Philosophes ne la sache, car il suffit d’avoir des témoins tels
en disent. qu’Isocrates, Hermès et plusieurs autres.
Petrus Bonus Ferrariensis : Cette science est plus noble que
VREDERYK. toutes les sciences spéculatives et pratiquées (excepté la
J’en suis content : mais soyons auparavant d’accord loi, dans laquelle le salut de l’âme est étendu par la
lesquels auteurs sont acceptables pour les vrais révélation divine) car presque tous les hommes qui ont
Philosophes, et lesquels peuvent subsister pour tels, puis dessein d’apprendre quelque chose, en quelles sciences
voyons et considérons, ce qu’ils disent de la Pierre des que ce soit, ils les apprennent à cause de l’inclinaison
Philosophes, et finalement de quelle façon notre œuvre est qu’ils ont pour l’or ou pour l’argent, puisque c’est par
concordant avec celui des Philosophes. iceux qu’on peut acquérir toutes sorte de nécessités.
Puisque toutes les choses qui sont donc nobles d’eux-
FRANÇOIS. mêmes, sont plus à désirer et à choisir, que celles qui sont
Fort bien ; qu’est ce qu’il vous semble de : Hermès nobles à cause de quelqu’autre, ou par aventure, ce
Trimégiste ? de Moïse ? de Morienus ? de Calid ? de pourquoi, pour autant que cela est, cette science surpasse
Plato ? de Pretrus Bonus Ferrariensis ? de Johannes de toutes les autres. Mais cette science, on l’apprend pour
Padua ? de Geber ? de Rafis ? de Hamel ? de Virgile ? l’amour d’elle-même, à cause que l’or et l’argent intérieur
d’Ovide ? de Bernardus Comes Trevisanus ? de Basilius et non pas l’extérieur, et l’inquisition de la vérité est en
Valentinus ? de Sendivogius ? de D. Tomas Aquinatus ? elle. Et puisqu’elle est un sujet noble, auquel toutes choses
d’Arnoldus de Villa Nova ? de Raimundus Lullius ? de … obéissent, et qui fournit toutes choses, elle est très noble.
…………………… Le même : Plusieurs anciens Philosophes affirment et
apprennent, que cet art est très véritable et une suivante
VREDERYK. de la nature, et réglante la nature dans sa propre matière,
Cessez, je vous prie, de faire un plus grand récit d’auteurs, jusqu’à la fin, selon l’intention de la nature, laquelle la
car j’entends bien que vous en avez lu les bons et les vrais : nature seule ne pourrait jamais atteindre.
je les ai aussi lu la plupart et encore bien d’autres par delà, Le même : Toute l’opération est naturelle à raison de la
dont le nombre serait ennuyeux de réciter ici, poursuivez génération et de la mixtion, mais au regard de
votre propos, s’il vous plaît. l’administration elle est artificielle comme il paraît à la
cuisson des viandes.
FRANÇOIS.
Sendivogius, in Novo Lumine : S’il y a quelqu’un qui doute
Je poursuis, et vous prie d’avoir seulement la patience à la vérité de l’Art, il n’a qu’à lire les écrit très abondants
d’écouter ce que les bons auteurs profèrent unanimement des très anciens Philosophes qui sont vérifiés par la raison
de la vérité de l’être de la Pierre des Philosophes, et et par l’expérience : auxquels il ne faut pas déroger la foi,
premièrement, ce qu’en dit : comme à des personnes qui sont dignes de foi en leur art :
Hermès, in Secundo Septem Tractatuum : Sachez, mon fils, si pourtant quelqu’un fait difficulté de les croire, nous
que toutes les sapiences, qui sont dans le Monde, sont savons qu’il n’y a pas à disputer contre une personne qui
sujettes à cette notre sapience, car elle est acquérie et finie nie les principes.
dans des Éléments admirablement cachés en elles. Le même : Qu’elle prérogative auraient toutes choses dans
Le même : Le livre des Philosophes, je vous l’ai appelé la le monde plus que les métaux ? pourquoi les séclurons
clef de tous les biens. nous seuls de la bénédiction universelle du créateur par la
Le même : Et ainsi aurez vous la gloire de la clarté de tout dénégation de la semence ? ce serait injustement, vu que la
le monde. Sainte Écriture affirme, qu’elle est donnée et
Morienus : Celle-ci est la science qui doit être le plus communiquée, depuis le commencement du Monde, à
toutes les choses créées : Si les métaux ont donc une
recherchée entre les autres puisqu’on peut parvenir par
semence, qui est ce qui sera si fol qui ne croie qu’ils
icelle à une autre plus admirable.
peuvent être multipliés dans leurs semences ? L’Art de la
Le même : L’utilité de cet art est double : car elle orne Chimie est vrai dans sa nature, la nature est aussi vraie,
l’âme d’une réjouissance bien heureuse et délivre le corps mais il se trouve rarement un vrai artiste.
de pauvreté et de servitude.
Le même : Toute chose qui est sans semence, au regard de
Plato : Celle-ci est une lanterne d’un Sage comme une sa composition, est imparfaite : celui qui n’ajoute pas foi à
lumière luisante en sa vie : mais les enfants de la nature cette vérité indubitable, n’est pas digne de se mêler de
sont tourmentés dans un lieu ténébreux et sont privés faire inquisition aux secrets de la nature : car il ne naît rien
d’icelle. dans le monde qui soit privé de semence. La semence des
Hermès : Il est vrai, sans menteries certain, et très vrai : ce métaux est véritablement et réellement mise dans eux.
qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en Johannes de Padua : On ramasse toujours telle semence
bas est comme ce qui est en haut, pour considérer les que l’on a semé, et on reçoit le double, puisque d’un seul
merveilles d’une chose. grain on attend le fruit, et puis de ce fruit il y a d’autres
Morienus : Ayant bien pris garde aux choses que je vous ai fruits à espérer. Car moi Jean de Padoue, je jure à la
dit, et bien considéré les témoignages des Anciens, vous dernière heure de ma vie, et veux mourir là dessus que cet
connaîtrez bien à découvert, que nous sommes tous Art tant excellent se trouve juste et véritable, comme elle
d’accord, et qu’il est tout vrai ce que nous disons. est écrit ici sans aucune suppression, mais de mot à mot,
Aristoteles, in 10 Ethicorum : Il semble que les opinions des de la main à la main.
Sages sont consonantes. Ce pourquoi il n’est pas besoin,

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 19 – L’ESCALIER DES SAGES


Divus Thomas de Aquino, in Tractatu de Lapide Philosophes ont aussi pour cela donné le nom de Aqua
Philosophico : J’ai séparé les Quatre Éléments de quelques glacialis lucida, qui est à dire : De l’eau glacée luisante : et
corps inférieurs par l’aide de la nature et par artifice, que la dernière matière qui en doit provenir est l’Être le
tellement que j’avais chacun à part, à savoir, l’Eau, le Feu plus parfait de tout le Monde, cela est aussi assez connu à
et la Terre : et j’ai purifié chacun à part soi autant que j’ai tous les vrais Philosophes : et lorsque ce Urim est produit
pu de leurs accidents, et ce par quelque opération secrète ; par la nature et par l’art jusqu’à l’être de Thummin, ou
j’ai joint à la fin ce que j’avais dépuré, et il m’est venu une jusqu’à la perfection de la Teinture, il me semble que ma
chose admirable, qui ne se laisse subjuguer à aucun de ces soutenue ici n’est pas fort égarée de croire que l’Urim et
Éléments inférieurs. Car si elle demeurait toujours sur le Thummin, que le Tout puissant avait ordonné à Aaron de
feu, elle ne se brûlerait ni se transmuerait ou changerait les porter continuellement sur son cœur, ont été la
jamais. Lumière commençante et la fin perfectionnée de la Pierre
Un peu de cette Pierre rouge, jeté sur beaucoup de cuivre, des Philosophes.
parfaisait de l’or très pur. Je crois aussi que vous êtes d’accord avec Moi que Moïse à
Dieu soit bénit, qui a donné une telle puissance aux possédé la science du grand universel.
hommes, qu’étant imitateur de la nature, il peut changer Voyons ce qui en est écrit chez Ezra au deuxième verset
les espèces naturelles et que la paresseuse nature opère du chapitre huitième, du Livre Troisième : Tout ainsi que
cela de long temps. si tu interroge la terre, elle te dira, qu’elle produit
Cette œuvre est bien vraie et parfaite, j’ai pourtant souffert beaucoup de matière terrestre pour faire les pots : mais
un si grand labeur et tant de puanteur et aussi une si pour faire l’or elle ne donne qu’un petit de poudre etc.
grande incommodité de mon corps, que je me résoudrai C’est par-là qu’il est à voir que l’Or a été fait en ces vieux
bien de ne recommencer jamais cette œuvre, à moins que temps par un peu de poudre. Et je vous prie quelle poudre
d’y être contraint par la nécessité. peut ce avoir été autre que celle de la Pierre des
Qu’est ce qu’il vous semble, mon très cher, ces témoins ici Philosophes ? en Latin appelle Pulvis projectionis, et en
seront-ils suffisant pour confirmer la vérité de la science Français Poudre de projection.
des Philosophes, ou bien vous en plaît-il encore Mon très cher il ne faut pas entendre, qu’il est parlé ici de
d’avantage ? je pourrai fort bien satisfaire à votre désir par la poudre de la Terre vulgaire, mais de celle que la Terre
le moyen de l’autorité de plusieurs centaines d’autres des métaux produit par la conduite d’un vrai artiste.
auteurs qui ne seront pas moindres que ceux que je viens Qu’est ce que nous en trouvons écrit dans le Livre second
d’alléguer. des Machabées au Premier chapitre, verset 18 et suivants.
VREDERYK. V. 18. Nous donc qui voulons faire la purification du
Temple au vingt cinquième jour du mois de casleu il nous
Monsieur, il n’est pas besoin que vous vous donniez cette a été dit qu’il était nécessaire de vous le signifier, afin que
peine là, et encore que je sois assez assuré de la vérité de la vous solennisiez pareillement le jour de la fête des
chose, sans l’allégation de tant de braves savants, je ne tabernacles, et le jour du feu, quand Nehemie offrit les
trouverais pourtant pas mal à propos de tacher de vérifier sacrifices, après qu’il eut édifié le Temple et l’Autel.
la science de la Pierre des Philosophes par le moyen de la
V. 19. Car quand nos pères furent menés en Perses, les
Sainte Écriture même.
Sacrificateurs qui alors adoraient Dieu, prirent
FRANÇOIS. secrètement le Feu de l’Autel, et le cachèrent en une vallée,
là où il y avait un puits profond et sec : et le gardèrent là,
Vous ne feriez pas mal, si cela se pouvait.
tellement que le lieu fut inconnu à tous.
VREDERYK. V. 20. Et quand plusieurs ans furent passés et qu’il plut à
Dieu que Nehemie fut envoyé du Roi de Perse, il envoya
Je ne sais si vous avez lu dans l’Exode de Moïse, au
les neveux de ces sacrificateurs qui avaient mussé le feu,
chapitre 28 verset 30ème, ce qui à mon avis, peu fort bien
pour le requérir ; et comme ils nous ont récité, ils ne
être appliqué à la Pierre des Philosophes.
retrouvèrent point de feu, mais trouvèrent de l’Eau grasse.
FRANÇOIS. V. 21. Et leur commanda de la puiser, et de lui apporter : et
J’ai bien lu et relu la Sainte Ecriture plusieurs fois, mais je le Sacrificateur Nehemie commanda que les Sacrifices qui
ne sais si j’ai justement pris réflexion sur ce que vous avez étaient sur l’autel, et le bois, et les choses qui étaient mises
dessein de proférer. sus, fussent arrosées de cette Eau.
V. 22. Et quand cela fut fait et que le temps vint, que le
VREDERYK. soleil resplendit, lequel était auparavant couvert d’une
Je vous dirai donc les paroles que notre grand Dieu parla nuée : un grand feu s’alluma si que tous s’en
à Moïse : Tu mettras au Pectoral de jugement Urim et émerveillaient.
Thummin lesquels seront sur le cœur d’Aaron, quand il V. 23. Et tandis que le sacrifice brûlait, tous les
viendra devant le Seigneur. sacrificateurs faisaient oraison, Jonatan commençait, et
Or à cette heure, vous savez, que Urim est autant à dire tous les autres répondaient. etc.
que Lumière en Français, et Thummin autant que Et au versets suivant :
perfection. V. 31. Et quand le sacrifice fut tout brûlé, Nehemie
Vous savez aussi que la Première matière ou le Menstrue commanda que les plus grandes Pierres fussent arrosées
des Philosophes (duquel, dedans lequel, par lequel et avec du demeurant de l’Eau.
lequel, selon le dire des Philosophes, l’universel doit être V. 32. Quand cela fut fait, la flamme s’alluma d’icelles :
fait) est une matière luisante, à laquelle les vrais

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 20 – L’ESCALIER DES SAGES


mais elle fut consumée de la lumière qui resplendissait de Il est ici à remarquer, en passant qu’il est dit : Je le brûlais
l’autel. au feu, et le brisait en le bien broyant jusqu’à qu’il fut
V. 33. Et quand cela fut manifesté, il fut rapporté au Roi de menu.
Perse, qu’on avait trouvé de l’Eau au lieu ou les Moïse aura sans doute se servi de la matière des
Sacrificateurs qui avaient été transportés avaient mussé le Philosophes pour brûler le veau d’or au feu, pour le briser
feu, de laquelle Nehemie, et ceux qui étaient avec lui et pour le broyer ; à cause que l’or, comme vous savez, ne
avaient purifié les sacrifices. se laisse pas brûler, briser, ni broyer menu par d’autre voie
V. 34. Et quand le Roi eut diligemment examiné la chose, il que par celle du feu humide de la matière de la Pierre,
environna le lieu de muraille, et le fit saint. comme nous dirons ailleurs.
V. 35. Et y donna grands biens et les y distribua. Ne vous semble-t-il pas que ce que nous avons dit ici pour
la confirmation de la vérité de la Pierre des Philosophes, et
V. 36. Et Nehemie appela ce lieu là cepthar, qui est
qu’il y a plusieurs siècles qu’elle a été dans le monde, doit
interprété Purification : mais de plusieurs Nepthar.
suffire ? Je suis autrement prêt de vous le vérifier encore
Et au troisième chapitre du même Livre est fait mention d’avantage par des histoires de la vraie transmutation des
aussi bien de la Cendre Sainte que du Feu saint : car il est métaux en or, qui sont même arrivées dans le siècle que
dit au : nous vivons : mais puisqu’il me semble, que ce que vous et
V. 5. Or il y avait au même lieu une tour de cinquante moi avons récité et allégué ici abondamment doit suffire
coudées de haut pleine de cendres, laquelle avait une pour des personnes qui sont douées d’un esprit
machine se tournant de toutes pars en bas en sallé. raisonnable, et qui aiment la recherche de la vérité, je
V. 6. Celui qui était convaincu de sacrilège, ou qui avait cesserai de douter avec tant de milliers de personnes, si la
commis quelque autre grand crime, était jeté de tous à la Pierre des Philosophes a été autrefois au monde et si la
mort. connaissance d’icelle y est encore, mais commencerai de
parler avec une assurance indubitable de la Matière de la
V. 7. Or il advint que ce prévaricateur mourut de telle
Pierre des sages.
peine, sans être enseveli.
V. 8. Ce qui advint justement : car pour ce qu’il avait
commis beaucoup de péchés auprès de l’autel de Dieu CHAPITRE IV.
auquel était le feu pur et la cendre, aussi lui-même a été
De la Matière de la Pierre des anciens Sages. Récit du
condamné à mourir en cendre.
Voyez, mon bien aimé, s’il n’est pas très apparent que ce
Labeur inutile de l’auteur. Le sentiment de l’auteur de
Feu Saint de l’autel n’a pas été le même qu’est la matière la matière de la Pierre des Philosophes.
de la Pierre des Philosophes ? laquelle, étant séchée, est
capable d’allumer en un moment les matériaux qui sont FRANÇOIS.
faciles à concevoir la flamme, et de causer en très peu de
temps un feu prodigieux, comme celui qui est causé par
l’éclair, là où cette dite matière ne se consume pas elle-
T out ce que vous avez rapporté de la Sainte Écriture est fort
digne de remarque, car cela met le sceau sur notre
discours, ceux qui ne se veulent pas contenter
même, mais devient par l’attraction de l’air une Eau avec tout ce qui est dit ici, ils se pourront
grasse, laquelle est sans doute capable de faire toutes les contenter de la façon
opérations que l’Eau de l’autel a pu faire, de laquelle nous comme il leur plaira, il nous en importe peu. Continuons
discourerons (Dieu aidant) plus amplement quand nous de poursuivre notre intention, et voyons, ce que c’est de la
traiterons de la Matière de la Pierre ou du Menstrue des vraie Matière de la Pierre des Philosophes et de quoi elle
Philosophes. doit être préparée.
Touchant la Cendre Sainte : il est aussi très apparent, que
cela à été la cendre des Philosophes, puisqu’il se laisse VREDERYK.
séparer une Terre ou Cendre très fine de la matière des Hé bien François, qu’est ce qu’il vous en semble ? Soyez
Philosophes très ressemblante à la Cendre des bois ou des franc et parler franchement.
tourbes pour l’aspect extérieur, laquelle peut être procurée
par des circulations itératives de ses Éléments, de laquelle FRANÇOIS.
nous parlerons aussi plus au large lorsque nous tiendrons En vous parlant franchement : je vous puis dire que j’en ai
propos des Quatre Éléments, et spécialement de la Terre lu plusieurs Auteurs, et que j’en ai discouru avec
des Philosophes, laquelle peut être produite par le Nepthar beaucoup de personnes de ma connaissance qui ont aussi
ou Cepthar à une si grande pureté et à une telle perfection travaillé longtemps à la Chimie, et ai trouvé, qu’ils ont,
qu’elle est capable de faire les mêmes merveilles que les aussi bien que moi, travaillé longtemps en vain avec le
cendres de l’autel. comte de Trévisan et avec une infinité d’autre tout en
L’Or même, qui est le plus pesant de tous les métaux, peut sauvage et sans aucuns fondements, et qu’ils ont fait des
être réduit, par cette purification ou Cepthar, à une cendre grands frais et des sottises innombrables es végétaux,
si fine et si légère qu’il peut même nager sur l’eau comme Animaux et Minéraux, à cette heure dans un seul, après
la cendre commune, de la même manière que Moïse a sans dans plusieurs ensemble ; aussi dans le Soufre commun,
doute pulvérisé le veau d’or qu’il a épars sur l’eau comme dans le Mercure commun, dans le sel commun, et dans
il est a voir au Deutéronome Chap. 9. V. 21 où il est dit : une infinité d’autres sujets particuliers. Mais que je n’ai à
Puis je pris votre péché que vous aviez fait, savoir le veau, la fin trouvé rien de meilleur que le Mercure double, qui
et le brûlait au feu, et le brisait en le bien broyant jusqu’à est réduit par son père à une Eau laquelle le poisson
ce qu’il fut menu comme poudre et jetais la poudre Rémora rend toujours trouble, et dans un état qu’elle est
d’icelui au fleuve qui descend la montagne. capable de réduire tous les métaux et minéraux à leur
première matière, et de là à un être meilleur qu’ils n’ont

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 21 – L’ESCALIER DES SAGES


été : lequel double Mercure, sans addition d’aucune chose qu’elle ne peu ensuite y faire aucune altération, et encore
étrange, de lui- même, en lui-même, avec et par lui-même moins aucun amendement.
un sage artiste peut faire passer par la couleur noire à la L’an 1656. un certain Liégeois s’est adressé à moi,
blanche, et de là à la rouge : qui sont les trois couleurs proposant qu’il pouvait faire transmuer le vif argent en
capitales, par lesquelles il faut que la matière de la Pierre argent très fin, et ce en vingt et quatre heures de temps, et
passe, selon le dire de tous les Philosophes. que cette gradation du vif argent étant une fois faite, que
la même eau pouvait faire la même gradation plusieurs
VREDERYK. fois de suite avec un grandissime profit : il demandait
Vous dites là bien des choses en peu de paroles, et si vous pour cette science une somme de deux mille écus, mais
y mettiez encore quelques- unes unes auprès, il ne vous moi, étant bien désireux de l’apprendre, je souhaitais de
ferait pas fort difficile de me faire à croire que vous lui d’en voir une épreuve, devant que de m’engager avec
possédez l’universel vous-même. lui d’aucune chose, il m’octroya ma demande, et mis dans
une bouteille, (qui contenait environ deux pintes
FRANÇOIS. d’humidité) une once de vif argent dedans une eau qui
Non, mon très cher, je ne possède nullement ce haut paraissait claire comme de l’eau de roche, lequel se
secret, mais ce que je viens de dire, et ce que je tacherai de transforma en vingt et quatre heures de temps au froid en
proférer ensuite, je le puis faire en homme d’honneur, et argent très fin de coupelle ; laquelle opération j’ai fait deux
encore que je m’estime indigne de ce grand trésor des fois de suite de mes propres mains, et nonobstant que
sages, je me trouve pourtant obligé de poursuivre mon j’étais alors encore bien ignorant aux opérations
entreprise, sous espérance que le St. Esprit arrosera mon chimiques, j’avais pourtant la prévoyance, qu’après avoir
dessein de sa rosée céleste ! Et vous, mon amis, n’avez vu le Mercure coagulé en cristaux transparents, que je les
vous pas aussi bien fait des choses et des sottises devant pesais sur une balance, et après avoir aperçu que ces
que vous étiez parvenu à quelque chose de bon ? ou bien cristaux pesaient bien trois ou quatre fois plus que le
n’avez vous encore rien qui vaille ? mercure avait pesé avant, et qu’après la fonte il n’en
sortait non plus d’argent que l’argent vif avait pesé, j’ai
VREDERYK. pourtant encore pu connaître pour alors autant, que la
chose n’était pas sincère, sans en avoir pu donner aucune
Non non, j’ai aussi quelque chose de bon, mais si je vous
disais, que je n’ai pas employé un labeur indicible et que je raison fondamentale ; ce pourquoi je l’ai considéré comme
un trompeur, et n’ai pas voulu traiter avec lui : ayant
n’ai pris une peine incroyable en vain, j’épargnerais la
pensé par après à cette affaire, j’ai trouvé que cette eau
vérité : et pour vous montrer que je ne vous veux rien
gradante (comme il disait) n’a été rien autre chose qu’une
sceller, mais que je vous veux déclarer le tout en toute
solution d’argent fin, et que le vif argent en a attiré autant
sincérité comme au meilleur ami que j’ai au monde, je
d’argent comme il était environ pesant, lequel est envolé
vous supplierai d’avoir la patience d’écouter un peu
en fumée, avec les esprits de l’eau forte qui étaient coagulé
combien j’ai été facile de croire les belles paroles des
avec lui lorsqu’on l’a mis pour le fondre, et ainsi laisse
imposteurs, en combien de sortes de matières j’ai été
l’argent dans le creuset.
occupé, et combien d’années j’ai été séduit : il est bien vrai
qu’il me serait impossible de vous dire le tout, puisqu’on Le même avait aussi un secret, de priver le cuivre rouge de
en écrirait un gros livre, ce qui n’est pas ici notre intention, sa rougeur et de le blanchir, lequel il estimait aussi
je vous en raconterai seulement quelques-uns uns, et beaucoup ; ce qu’il faisait effectivement en jetant une
scellerai cependant les noms des séducteurs, encore qu’ils poudre blanche sur le cuivre rougi au feu, car le cuivre
mériteraient bien qu’on les mette en publique : ceux devenait blanc mais cassant, et le borax qu’il jeta dessus en
pourtant qui auront lu de leurs livres les reconnaîtrons ressortait rougeâtre : mais puisque je remarquai qu’en
fort bien. jetant de cette poudre sur le cuivre il se garda fort de la
fumée qu’elle causa, je n’ai pas voulu avoir à faire avec lui,
L’an 1654 étant en France j’ai eu la rencontre d’une Dame
de Condition, qui disait avoir demeuré à la cour du Roi, et jugeant dès ce temps que la fumée était vénéneuse, comme
d’avoir reçu un secret du père défunt de son mari, pour elle l’est véritablement, puisque cette dite poudre n’a été
faire grader l’argent en Or : moi, ayant été dès ma jeunesse autre chose que de l’arsenic, comme j’ai expérimenté assez
curieux et désireux d ‘apprendre toutes sortes de sciences par après en des opérations pareilles.
et de curiosités honnêtes, je m’adressais auprès de cette Après ceci il m’a fallu converser quelques années (par
dite Dame, et après beaucoup de civilités j’obtenais autant ordre de mon patron) un certain vieux et vénérable
de sa grâce, qu’elle me communiqua son eau gradante, Alchimiste Allemand, qui avait beaucoup labouré et
laquelle n’était rien autre chose que de l’eau de pluie expérimenté à la Chimie, et qui croyait aussi de posséder
assemblée en temps d’orage d’éclair et de tonnerre, de quantité de particuliers et des universels : mais hélas ! j’ai
laquelle il fallait amasser dix à douze pots, et la distiller trouvé qu’il a su fort peu de choses de la science
tant de fois par-dessus les atomes d’argent de coupelle métallique. Car au commencement de sa conversation il
jusqu’à tant que tout l’argent fut gradé en Or : je faisais me faisait travailler avec de l’esprit de sel armoniac sur
assembler cette eau susdite en France, et après que j’avais des atomes d’argent, lesquels il fallait tenir longtemps en
fait travailler longues années avec grand soin, selon digestion sur un feu de lampe, lequel y devait grader
l’ordre de la dame susdite, il n’en est demeuré rien que de beaucoup d’or, mais, j’ai expérimenté que l’esprit de sel
l’eau et de l’argent de la même façon qu’on les avait joint armoniac a dissous avec le temps le cuivre, qui avait resté
ensemble ; je donne à penser à tous ceux qui ont la auprès de l’argent, et en avait fait une solution bleue de
moindre connaissance, si ce n’était pas une très grande couleur Saphir foncé, et qu’il avait laissé l’argent sans être
sottise de s’amuser à des choses si peu fondées, vu que gradé aucunement.
l’eau de pluie n’a point d’ingrès dans l’argent, et Après cette belle opération m’a fait digérer longtemps de

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 22 – L’ESCALIER DES SAGES


l’esprit de sel sur des atomes d’argent fin, et ce dans des quantité et avec bon profit : mais lorsque j’avais fait
matras d’argent fin, pour empêcher que les verres ne se sublimer le vif argent la première fois au Col de ma
cassent par le feu de lampe ; il n’en est rien venu qu’une bouteille, il s’y refroidit, et descendant en assez bonne
chaux d’argent fort fusible à cause des esprits de sel qui y quantité en bas sur l’or potable fondu et rouge du feu, sur
étaient concentrés, mais il ne s’y est pas trouvé de l’or lequel il était, ma bouteille de porcelaine se cassa en mille
gradé dedans : il a décrié cette chaux d’argent être un pièces d’étonnement, tellement que j’ai ainsi perdu ma
Mercure de Lune, et lui a attribué beaucoup de vertus, bouteille de porcelaine avec mon or potable et mon vif
aussi bien pour les transmutations particulières que pour argent, non pas sans grand péril de ma vie. L’auteur de cet
les universelles, mais il ne s’est rien trouvé à la réduction or potable à fait publier par un livre imprimé, qu’il allait
que de l’argent fin. faire la démonstration de cette transmutation du vif argent
Celle-ci étant réussie comme auparavant, il m’a fait faire en or publiquement à Amsterdam, et l’a fait aussi en la
plusieurs fulmens, auxquels il faisait ajouter les métaux en présence de plusieurs personnes de considération et
forme de poudre, disant que les âmes des métaux d’étude, qui étaient venu pour ce sujet de Vienne en
passeraient par le moyen de ces fulminations, et que Autriche, de Frankfurt, de Dresde en Saxe, de Leide, de la
d’icelles on pouvait fixer des teintures : je n’ai trouvé par Haye, d’Amsterdam, et de Frise lesquelles je pourrais bien
nommer de nom et de surnom, puisque j’en suis le témoin
l’examen que des chaux des m étaux très fine qui étaient
oculaire, et ai entendu les discours et les disputes que ces
passées.
Messieurs faisaient ensemble touchant cette transmutation
Que de l’or tonnant on pouvait tirer l’âme par la même du mercure en Or, et puis dire en vérité qu’ils ne l’ont tous
méthode, et qu’alors on la devait fixer : mais vrai comme considéré autrement, que pour une transmutation
auparavant. véritable de vif argent en Or, et qu’ils l’ont accepté tous
Que l’huile de vitriol digérée avec du tartre devrait pour telle avec grande admiration et applaudissement :
produire une teinture : mais vanité. pour ce qu’il me regarde, je l’ai aussi considéré longtemps
Que par le moyen de l’eau forte cohobée par-dessus des après pour telle, et en ai fait la démonstration depuis à
cheveux d’hommes on pouvait procurer une teinture : plusieurs personnes de condition, mais pour le présent,
mais ô teinture capable d’étreindre la vie des hommes, et j’en ai un autre sentiment nonobstant que c’est quelque
de les mettre à mort par la puanteur épouvantable qui en chose de bien rare de voir l’or joint au soufre par un sel
sot ! Alcali.
Que de l’huile de soufre tout seul on pouvait fixer une Je cesserai ici à vous faire plus long discours de cette
teinture. matière ; je vous ai seulement voulu faire connaître
combien que le monde courre aveuglément à la chimie,
Que par le moyen du susdit Mercure de Lune prétendu
combien il y en a qui passent pour des braves Philosophes,
joint aux cendres d’étain et cimenté avec des raclures de
et même des Professeurs des Universités, qui n’ont pas la
cuivre, le cuivre se devait changer en argent contenant
moindre connaissance de la transmutation des m étaux : et
beaucoup d’or : mais l’argent est la plus par évanoui sans
combien il y en a qui se gâtent de fond en comble eux-
laisser aucune apparence de l’or.
mêmes et quantité d’autres avec eux.
J’ai fait de telles opérations par centaines, lesquelles
Je vous dirai à cette heure mon sentiment de quelle
n’étaient qu’imaginaires, ni aucunement fondée sur des
matière qu’il me semble que la Pierre des Philosophes doit
moindres fondements de l’art métallique ; jusqu’à, qu’au
être fabriquée, et puis je tacherai de vous confirmer mon
bout d’environ seize ans, un amis qui avait pitié de moi, et
sentiment par l’autorité de quantité de très excellents
de mes labeurs infatigables, m’a présenté cordialement le
auteurs.
vrai Menstrue des Philosophes lequel j’ai accepté avec joie,
et avec un grand témoignage de gratitude. Il est très vrai ce qu’il vous a plu de dire de la matière de
la Pierre des Philosophes ; je sais aussi fort bien, qu’elle a
Mais devant que je cesse à vous faire de mes opérations
son origine du vif argent, mais la plus grande difficulté
vaines, il faut que je vous sois encore opportun avec la
que nous aurons, consistera en cela, de quelle façon il
narration d’une opération ou deux encore, lesquelles
faudra préparer ce vif argent pour le rendre propre et
paraissaient extérieurement d’avoir quelque apparence de
capable d’effectuer tout ce qui en est dit et écrit.
fondement.
Il m’est fort bien connu aussi qu’il faut que le Mercure soit
Une bonne eau royale distillée par-dessus de l’Antimoine
lavé plusieurs heures durant de ses saletés et de ses
prend avec elle par l’alambic un Soufre très rouge qui
impuretés noires, qu’il soit séché, amalgamé, distillé,
devrait être une teinture pour les métaux.
sublimé et préparé d’une telle manière qu’il puisse par
Une solution d’or précipitée par une solution d’argent une vertu aimantine attirer à lui les rayons du Soleil et de
faite par l’eau forte, et le précipité étant dulcifié par l’eau la Lune, et qu’il les puisse rendre corporels devant qu’il
commune devrait donner une teinture par la digestion. puisse mériter le vrai titre de la matière de la Pierre.
Le vif argent étant digéré avec de l’or potable (comme il Je tiens donc pour certain et pour un fondement
l’appelle) le vif argent se transmue effectivement en or très inébranlable, que la matière de la Pierre, ou le menstrue
fin (comme il paraît) mais je n’ai jamais gagné mais bien des Philosophes ne peut être fait hors le royaume minéral,
perdu de l’or à des telles opérations : Il m’est arrivé entre ni particulièrement sans le vif argent, et qu’icelui vif
autre, que j’avais fait une bonne partie de ce dit or potable, argent est la base seule, sur laquelle tous les ordres des
lequel j’avais mis dans une bouteille de porcelaine, sur colonnes de toute la Nature, du règne minéral se reposent.
laquelle j’avais appliqué un col long d’une fiole de verre ;
Nous parlerons en son temps, de quelle façon ce dut
y ayant versé une bonne quantité de vif argent dedans, je
l’ai appliqué sur le feu libre, afin que (selon les ordres de argent vif, peut être réduit, par l’aide des deux autres
Monseigneur. le Philosophe) le vif argent, en montant et Principes, savoir par le soufre et par le sel, en un tel état,
descendant souvent, se pu fixer en que la naissance glorieuse et incorruptible de la Pierre des

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 23 – L’ESCALIER DES SAGES


Philosophes en doive suivre par la seule circulation et proximum, et de sua natura est. C’est à dire : Les auteurs ne
conversion de ses Quatre Éléments propres sans addition varient pas dans la chose, vu qu’elle est toujours une,
d’aucune chose étrangère. Vous pourrez poursuivre si seule et la même matière, et toujours d’une même nature,
vous plaît avec l’allégation des Auteurs, et moi je dans laquelle il n’entre rien qu’il ne soit tiré d’elle, et ce
demeurerai cheminer avec constance sur l’unique chemin qui lui est le plus proche et de sa nature.
que mon amis m’a enseigné, et sur lequel j’ai trouvé Frater Ferrarius : Lapis unus est, medicina una in qua totm
conforme à la vérité tout ce que les Philosophes ont écrit magisterum consistit, cui non additur res extranca aliqua,
du maniement de la matière de la Pierre des Philosophes. neque minuitur nisi quod in præparatione superflua
removentur. C’est à dire : C’est une même Pierre, une
CHAPITRE V. même médecine dans laquelle tout le magistère consiste, à
laquelle on n’ajoute aucune chose d’étrange, ni on n’en ôte
Due c’est une seule chose de laquelle la Pierre des rien, sinon qu’à la préparation d’icelle on ôte les choses
Sages se doit faire, et éprouvé par les vrais auteurs. superflues.
Des noms étranges desquels la Pierre des
Philosophes est nommée. Confirmation des auteurs, Le même : Materia omnium generabilium et corruptibilium est
que la Pierre des Philosophes est faite d’une seule una, nec deversificatur nisi per formas. C’est-à- dire : La
matière de toutes choses qui naissent, et qui sont sujettes à
matière, et d’une seule manière et disposition. Que
la corruptibilité, est une, et elle n’est pas diversifiée que
le Menstrue ou la matière de la Pierre des par les formes.
Philosophes comprend en soi le nombre parfait de
Le même ailleurs : Et una res totum est. C’est à dire une
Dix. chose est le tout.
FRANÇOIS. Bernhardus : Per Calib fatis aperte patet in hac arte non esse

F
nisi duas materias spermaticas unius, et ejusdem radicis,
substantiæ et essentiæ, scilicet Mercurialis, solius substanciæ
ort bien : j’entends bien autant, que vous n’avez pas été
viscosæ et siccæ, quæ nulli rei jungitur in hoc Mundo nisi
endormi en votre temps non plus, et que vous
n’avez pas épargné vos mains moins que moi à corporibus. C’est-à-dire : Il paraît assez à découvert par
les noircir en maniant les charbons ; que vous Calib, qu’il n’y a dans cet art que deux matières
avez aussi
spermatiques d’une même racine, à savoir d’une
pris de la peine assez ; et que nous demeurons jusqu’à substance et d’une essence Mercurielle, qui est seule
présent tout doucement d’accord touchant la matière de
substance visqueuse et sèche, laquelle ne se joint à aucune
laquelle la Pierre des Anciens Sages doit être préparée :
chose dans ce monde qu’aux corps.
Tachons à cette heure de vérifier avec une grande quantité
d’auteurs irréprochables, ce que nous avons soutenu, et Le même : Opus nostrum ex unica radice, et ex duabus
éprouvons tout premier que ce ne doit être qu’Un Seul sustantiis Mercurialibus, crudi, assumptis et ex minera tractis,
Être lequel contienne-le tout depuis le commencement puris et mundis, igne conjunctis amicitiæ, ut exigit ipsa
jusqu’à la fin. materia, assidue coctis, usque dum ex duobus fiat unum, in quo
quidem uno corpus spiritus, et iste corpus facta sunt a
Voyons ce qu’en dit :
commixtione. C’est-à-dire : Notre œuvre se fait d’une seule
Hermès Trimégiste, in Tabula Smaragdina : Quod est racine, et de deux substances Mercurielles, crues, prises et
superius est sicut id quod est inferius, et quod inferius tirées de la mine, jointes par le feu d’amitié comme la
sicut id quod superius, ad considerandum miracula rei matière le requière, qui sont continuellement cuites,
Unius : et sicut omnes res fuerunt ex uno meditatione jusqu’à tant que de deux ils deviennent un, pourtant que
unius, sic omnes hæ res creataæ sunt ex una jac re dans cette un le corps soit fait esprit, et l’esprit corps, par
adaptatione. etc. la commixition.
C’est à dire : Ce qui est en haut est comme ce qui est en Sendivogius, in Dialogo : Scito quod miji unus talis tantum
bas, et ce qui est en bas comme ce qui est en haut, pour est filius, unus ex septem est, et primus est ; ipse quoque omnia
considérer les merveilles d’une chose, et comme toutes est qui unus tantum crat ; nihil est, et numerus ejus enteger
choses ont été d’un par la médiation d’un, ainsi toutes ces est ; in illo sunt quatuor Elementa, qui tamen non est
choses sont créées de cette une chose par approbation. etc. elementumm ; Spiritus est qyi tamen corpus habet. etc. C’est-à-
Zenior Zadith, in Digressione autoris ad alia : Sophismata dire : Sachez, que je n’ai qu’un tel fils, il est un des sept, et
sapientum dicunt : Res nostra est ex una re : non opinetur est le premier, il est aussi tout, qui était seulement Un ; il
aliquis quod sit ex una re, sed ex diversis quæ præparatæ factæ est rien, et son nombre est entier ; les quatre Éléments sont
sunt unum. C’est à dire : Les devises provoyants des Sages en lui qui n’est pourtant pas un Élément ; il est esprit qui a
disent : Notre affaire est d’ une chose : Qu’on ne pense pas pourtant un Corps. etc.
qu’elle soit d’une chose, mais des choses différentes, Le même : Scito etiam pro certo, quod hæc scientia non in
lesquelles préparées sont faites une chose. fortuna, neque casuali inventione, sed in reali scientia locata est,
Le même : Est unum quod non moritur quamdiu suerit et non nisi hæc unica materia est in Mundo, per quam et ex qua
Mundus, et vivificat quodlibet mortuum, et manifestat colores præparatur lapis Philosophorum. C’est-à-dire : Sachez aussi
occultos, et celat manifestos. C’est à dire : De l’opération de pour certain que cette science ne consiste pas à la fortune,
la Teinture : Il y a une chose qui ne meure pas tant que le ni à une invention casuelle, mais qu’elle a son lieu dans
Monde dure, et qui vivifie toute chose morte, qui rend les une science réelle, et il n’y à que cette matière Unique dans
couleurs cachées manifestes, et les manifestes cachées. le Monde par laquelle et de laquelle la Pierre des
Philosophes est préparée.
Bernhardus : In re non variant autores, cum illa semper sit
unica, sola, et eadem materia et ejusdem semper naturæ, in qua Joannes de Padoua : Notre Eau, quand on la prépare, est
nihil ingreditur quod non sit extractum ab ea, et hoc quod ipsi appelée Une Eau éternelle toujours durable et persistante,

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 24 – L’ESCALIER DES SAGES


laquelle ne peut être tirée que d’Un seul Rayon, qui est car ou ils demeurent tous, ou ils s’en vont tous ensemble,
beau comme la lueur du soleil. afin qu’il ne périsse rien de leur poids.
Le même : Puisque tous les métaux deviennent Arnoldus de Villa Nova : Que toute votre étude ne soit
visiblement à être transmués par cet artifice en vif argent, autre qu’a digérer et cuire la substance Mercurielle, et elle
il est un signe agréable et évident ; que tous les métaux ont rendra les corps, (lesquels ne sont autre chose qu’une
été vif argent. substance Mercurielle cuite) dignes selon leur dignité.
Petrus Bonus : Exprese patet Solum Argentum vivum esse Morienus & Aros : Notre soufre, disent-ils, n’est pas un
perfectium hujus operis, fine alicujus sulphuris vel alterius rei soufre vulgaire, mais un soufre fixe et point volatile, de la
commixtione. C’est-à-dire : Il paraît expressément que le nature du Mercure et non pas d’aucune autre chose. Nous
seul vif argent est le perfectant de cette œuvre, sans la suivons très exactement la nature, laquelle n’a pas d’autre
commixtion d’aucun soufre ou d’aucune autre chose. matière dans ses mines dans laquelle elle fasse son
Rasis, in 70. præceptis : Le Mercure est la racine d’une opération qu’une pure forme Mercurielle, comme il paraît
chose, et c’est lui seul qu’il faut préparer, et il sortira de lui aussi par des très bons raisonnements, autorités et par
une bonne teinture, une impression forte, et la fortidude. l’expérience : Il y a du soufre fixe et incombustible dans ce
Mercure, qui parfait notre œuvre sans aucune autre
Alphidius : Toute l’œuvre des Sages et des Philosophes
substance qu’une pure substance Mercurielle.
consiste dans le vif argent seul, car ceux qui parvenaient à
la science du vif argent, ne savaient pas, que la perfection Aros & Calib : Le Feu (disent- ils) et le Mercure vous
de tout leur œuvre était dans le vif argent, duquel vif suffisent en tout notre œuvre, au milieu et à la fin, mais il
argent ils ignoraient auparavant lea substance. n’en est pas ainsi au commencement : parce que ce n’est
pas notre Mercure, ce qui est très facile à entendre.
Geber : Si vous le pouvez parfaire par le vif argent seul,
vous serez un enquêteur d’une perfection très précieuse. Sendivogius, in Dialogo : La première matière des métaux
est de deux sortes, mais l’une ne crée pas le métal sans
Petrus Bonus : Le vif argent seul est la cause matérielle
l’autre : La Première et la principale est l’humidité de l’air
entière, et toute la substance de la Pierre des Philosophes. mêlée de la chaleur, celle-ci les Philosophes l’ont appelé
Le même : Il faut que nous progénions un Argent vif par Mercure, lequel est gouverné des rayons du soleil et de la
quelque artifice très secret et divin, de l’Argent vif seul, et Lune dans la Mer des Philosophes : la seconde est la
ce par le moyen de l’action d’un Soufre extérieur qui lui chaleur sèche de la Terre laquelle ils ont appelé soufre.
est mêlé de la nature.
Le même, au traité 7ème : Les Quatre Éléments sont
Le même : Toute la perfection consiste dans le vif argent dégoutter, à la première opération de la Nature, par
seul. l’Archée de la Nature, au centre de la Terre une vapeur
En voilà assez de l’Unité de la Matière de la Pierre des d’eau pesante, laquelle est appelée Mercure à cause de sa
Philosophes : je tacherai de vous rendre à cette heure fluxibilité.
certain que cette unique matière doit être une Eau Le même, au même traité : Nous ne disons pas que le
Mercurielle. Voici l’autorité des auteurs qui en sont Mercure des Philosophes est quelque chose de commun, et
d’accord avec moi. qu’il est nommé ouvertement, mais la matière de laquelle
Bernardus en parle ainsi : Quand cette nature paraît sous les Philosophes font leur soufre et leur Mercure : vu que le
la forme de l’eau, les Philosophes l’ont appelé de l’Argent Mercure des Philosophes ne se trouve pas de soi sur la
vif, de l’Eau permanente, du Plomb, du crachat de Lune, terre, mais il est produit par l’art du soufre et du Mercure
de l’Etain : etc. joins ensemble : il ne vient pas au jour, car il est nu mais il
Le même : Il faut savoir que notre eau mercurielle est vive, est merveilleusement enveloppé de la Nature.
et un feu ardent, mortifiant et restringeant l’or plus que le Le même, au même traité : Le soufre et le Mercure sont la
feu commun : et voici pourquoi, tant mieux qu’il est mêlé, mine de notre Argent vif (conjoint pourtant) le quel
frotté, et broyé avec lui, tant plus le détruit il, et tant plus Argent vif à le pouvoir de dissoudre les métaux, de les
devient-il à être atténué par cette eau vive ignée. occire, et de les vivifier, laquelle puissance il a reçu du
Ex Epistola Eduardi Kellæri, in Angli An. 1587 : Tous les soufre aigre de sa propre nature.
Philosophes concluent ensemble, que la Pierre n’est autre Le même : Le Mercure vulgaire ne dissout pas l’Or ni
chose que de l’Argent vif animé : mais si ce vif argent n’est l’Argent, qu’il ne se sépare plus arrière d’eux, mais notre
animé, il n’est pas de leur intention. Argent vif dissout l’Or et l’Argent, et n’est pas séparé deux
Geber, in Summa : Nous avons très exactement examiné en éternité comme l’eau mêlée avec de l’eau.
tout à part, et ce avec des raisons éprouvées : nous n’avons Le même : Nous disons que le vif argent est la Première
pu jamais trouver rien de permanent au feu, que matière de cette œuvre, et il n’est véritablement autre
l’humidité visqueuse, la seule racine de tous les métaux, chose : tout ce qu’on lui ajoute a son origine de lui.
toutes les autres humidités s’enfuient facilement du feu Le même : Je vous jure saintement que le soufre est le plus
par l’évaporation et par la séparation de l’un Élément de parfait dans l’Or et dans l’Argent, mais qu’il est le plus
l’autre, comme l’eau se fait par le feu, dont l’une partie facile dans le Mercure.
s’en va en fumée, l’autre en eau, l’autre en terre
Le même : Préparer le vif argent et le soufre, et donnez le
demeurant au fond du vase ; ainsi en tous les autres :
verre.
parce que ceux qui ne sont pas bien unis en
l’homogénéation se consume au moindre feu, et se Le même : Saturne : Les Philosophes n’ont rien fait sans le
séparent de leur composition naturelle. Mais l’humidité vif argent, au royaume duquel le soufre est déjà roi, et moi
visqueuse, savoir le Mercure, ne se consume jamais en lui, je ne sais rien faire autrement aussi.
ni se sépare de sa Terre, ni d’aucun autre de ses Éléments ; Le même : Si vous ne sublimerez le soufre du soufre et le
mercure du mercure, vous n’avez pas trouvé l’eau, qui est

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 25 – L’ESCALIER DES SAGES


la quintessence laquelle se crée et distille du soufre et du Lune : mais qu’ils n’ont attribué aucun métal au Mercure,
Mercure : il ne montera pas qui n’a pas descendu. vu qu’il ne se trouve d’autres métaux, que lesdits, qui sont
Johanes de Padoua : Notre Pierre se tire du mercure, six en nombre : à savoir qui sont parvenus jusqu’à la
lequel est nécessaire pour notre œuvre, qui est un corps, coagulation, joint la liquéfaction et l’extension. Et c’est
âme et esprit, mais lequel provient et se fait d’un corps pourquoi que les Philosophes sont retournés à la propre
irréductible, parfait et très pur. matière, de laquelle les métaux ont pris leur origine,
puisque la matière même est leur substance, et ils ont tous
Le même : Notre soufre et mercure sont la première
dit, que c’était l’Argent vif, qu’ils ont attribué au Mercure :
matière. de sorte qu’étant contraint de la vérité même, ils ont mis la
Le même : Notre eau résolvante, le mercure vif, est le matière des métaux du nombre des métaux pour emplir le
serpent vénéneux dans lequel notre roi se dissout et se nombre d’iceux selon le nombre des Planètes.
mortifie. Le même : Si l’Or se doit faire des Éléments, il faut
Le même : La rivière qui court et passe au travers du nécessairement qu’il passe par des dissolutions
jardin du Paradis, et qui se divise par après en quatre ordonnées : savoir qu’il s’en fasse une Eau Visqueuse
rivières capitales pour arroser l’arbre de vie, laquelle est enceinte d’une Terre soufreuse très subtile, qui soit de
notre racine, n’est autre chose que notre Eau Mercurielle, l’Argent vif, mais qu’après cela moyennant la mixtion et
dans laquelle il y a beaucoup d’or qui est précieux, l’action du soufre extérieur, il se fasse dans icelui (vif
entendez notre racine, qui est environnée de l’or fin argent) de l’Or, ou quelque autre métal, qui devienne de
Indien. l’Or par après.
Le même : La rivière capitale, et la première Eau divisée Le même : La première Matière, la proche et la plus
appelée Pison, est en comparaison notre Eau Mercurielle, proche, et l’univoque de tous les métaux c’est l’Argent vif,
car elle est la première rivière de laquelle les autres eaux non pas comme il est en sa nature, mais comme il est
et rivières se divisent, entendez les Éléments. coagulé de son propre agent es minéraux de la terre, à
Le même : Puisque tous les métaux se changent par savoir du soufre fusible, comme du soufre même, c’est
artifice visiblement en Argent vif, c’est un signe plaisant et donc la Matière.
certain que tous les métaux ont été de l’Argent vif. Le même : Ceux donc qui travaillent en autre chose, qu’en
Expositor, in Lumine Luminum : Il ne se faut pas confier au l’argent vif avec le soufre, comme la Nature l’a apprise, ils
Mercure sublimé, mais à celui qui est calciné après la travaillent en vain.
sublimation : parce que lorsque le Mercure des Le même : Le fruit de l’homme provient du sperme
Philosophes blanc est sublimé il est de son naturel volatil ; comme de la cause efficiente, et du menstrue comme de la
mais quand il est coagulé de sa pressure, il se laisse Matière. Delà même manière disons-nous aussi, que l’Or
calciner, fixer, et retenir, et cette pressure est l’Or des et la Pierre des Philosophes provient assurément du soufre
Philosophes, et leur clef. comme de la cause efficiente, et de l’Argent vif comme de
Lucas, in Turba Philosophorum : Prenez l’Argent vif qui est la Matière.
sorti du mâle, et le congeler selon la coutume. Le même : Puisque l’Or est donc engendré, nourri, parfait,
Petrus Bonus : La Nature fait la génération des corps de et accompli de la Nature, du vif argent seul digéré de son
tous les métaux de l’Argent vif et du soufre. soufre extérieur, et à la fin dépouillé d’icelui : La Pierre
Le même : Rien ne demeure attaché aux métaux que le des Philosophes doit donc être engendrée, nourrie,
soufre et le vif argent, et ce qui est d’eux, puisqu’ils sont parfaite et accomplie des même que l’Or, et non pas des
d’un même naturel. choses étranges.
Geber, in De Procreatione Veneris : Vous devez vous étudier en Le même : Celui qui a désir de suivre la Nature par l’Art
chymique, il n’emploiera pas son labeur à l’Argent vif
tous vos ouvrages de vaincre l’Argent vif en la mixtion.
seul, savoir à l’Argent vif vulgaire, ni au soufre seul,
Le même : La considération de la chose qui parfait à la fin, savoir le soufre commun, ni avec aucunes autres choses
est la considération du choix d’une pure substance de entre mêlées, mais ni à ceux de la Nature, ni même à
l’Argent vif, et c’est le moyen, qui a pris son origine de la l’Argent vif et soufre joins ensemble, ce qui semble peut
matière et elle est faite d’elle. être admirable : mais en celui dans lequel ils sont joints de
Le même : Le Dieu le bénit, le glorieux et le très haut soit la Nature, puisque la Nature les a préparée pour l’art
loué, qui l’a créé, à savoir l’Argent vif, et qui lui a donné comme une servante. Mais la Nature les joint dès les
une substance et des propriétés de substance, lesquelles il commencements de la génération, comme elle joint le
n’est pas permis à aucune des choses dans la Nature, beurre, le fromage et le petit lait dans le lait, lesquels elle
qu’elle puisse être trouvée en elles. digère par après et les sépare d’ensemble, et les met en
Le même : C’est ce même Argent vif qui surmonte le feu, séquestre : de même fait l’Art.
et n’est pas surmonté d’icelui, mais se repose amiablement
en lui, étant volontiers avec lui. VREDERYK.
Morienus : Si la fumée blanche n’était pas, l’Or pur de la Mon bien aimé François, vous nous faites presque les
chimie ne se pourrait jamais faire. matines trop longues, en récitant tant d’Auteurs qui ont
Petrus Bonus : Le soufre rouge, lumineux, et caché dans écrit de la Matière de la Pierre des Philosophes.
l’argent vif, puisqu’il est les formes de l’Or, il teint et FRANÇOIS.
transforme toute sorte de métaux en Or.
Mon très cher, il est nécessaire que je le fasse, à cause que
Le même : Il est à remarquer que les Philosophes ont
la plupart des gens, des savants aussi bien que des
attribué : Le Plomb à Saturne : L’Etain à Jupiter : le Fer à
ignorants, n’ont pas seulement de la peine de croire
Mars : l’Or au Soleil : le cuivre à Vénus : l’Argent à la
qu’elle soit dans la Nature, mais nient même absolument

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 26 – L’ESCALIER DES SAGES


son être, et puisque nous n’avons pas d’autre intention disposition, mais tant plus que le feu change ses couleurs,
que de produire des choses conformes à la vérité et à tant plus de noms lui donnent-ils.
l’expérience, c’est donc le fait des gens de bien et
d’honneur, de ne se point tacher de menteries mais de FRANÇOIS.
vérifier leurs paroles par l’autorité des auteurs et savants, Très abondamment : et s’il y a quelqu’un qui pourrait
et qui sont estimé tels de tous ceux qui ont de la vertu et souhaiter d’en savoir davantage, il pourra prendre la
de la connaissance. peine de regarder les auteurs que je viens d’alléguer, il y
trouvera un satisfaction entière : mais il semble qu’une
VREDERYK. chose doit être avertie ici, à savoir : que nous n’entendons
Vous avez raison, et vous en avez cité assez pour faire pas simplement ici par la Première Matière la semence
croire à toutes personnes raisonnables, qu’il faut que la astrale, ou la semence spirituelle et incorporelle des
Matière de la Pierre soit procurée hors des métaux, dans métaux, mais le sperme corporel d’iceux, dedans lequel la
les métaux, avec les métaux, et par les métaux, et semence spirituelle est attirée par la vertu aimantine, et
particulièrement par l’Argent vif : et qu’il faut qu’il soit dans lequel il est devenu, par le Nitre spirituel de l’air, à
réduit à un Être Unique, appelé d’Hésiode, d’Ovide et une huile grisâtre et épaisse, laquelle paraît le jour à la
d’autres Chaos : vous savez aussi qu’elle est nommée de chaleur du soleil comme une huile d’olive, et la nuit
plusieurs noms : de quelques- uns uns Fontina et Aqua comme une eau congelée luisante de tous cotés comme un
glacialis lucida ; par d’autres Aqua viscosa : Menstrum argent poli, et qui pour cette raison est appelée, avec
Philosophicum : Aqua unctuosa : Aqua manus non madesaciens justice, Aqua glacialis lucida, qui est à dire : de l’Eau glacée
: Superius et Inferius : Azoth et Groene Leew : Aqua Pontica : luisante.
Mercurii spiritus, Aqua Cælica : Miraculum miraculorum : Wit
Leliensap : Lunæ water ou Argentum vivum : Acetum VREDERYK.
acerrimum : Lac virginis : Sapo sapientum : Unfer Wurtzel : Vous faites bien de donner ici cet avertissement, car notre
Spiritus vitæ, et avec une infinité d’autres noms, mais que discours ne tend pas ici à cette Première Matière, de
les Philosophes n’ont pourtant entendu par-là qu’Une et laquelle le Grand Dieu à fait l’effusion de son sein au
même matière, et qu’un même maniement ; tellement que Soleil du Ciel au commencement lorsqu’il a créé la
l’Art de l’Alchimie n’est pas seulement une au regard de Lumière, de laquelle tous les mixtes, par le moyen de l’Air
la Matière, mais en toute façon ; en sorte que toutes les et de l’Eau, reçoivent leur naturel végétant et vivant dans
choses, qui sont requises en cet art, se réduisent toujours à la Terre ; mais nous entendons ici une telle Matière,
Une chose, comme à son genre général, lequel ne laquelle, quand elle naît, provient et paraît en forme et
n’accepte aucune diversité : Et une marque certaine se façon d’une Eau épaisse, de la couleur d’un Calcédoine ou
cette Unité et celle-ci, est, que tous les savants en cet art d’une nuée chargée de pluie laquelle contient :
s’entre-entendent toujours, encore qu’ils s’entre-parlent Premièrement, la Première Matière des métaux, ou leur
d’une manière fort étrange, tout de même comme s’ils semence astrale.
parlaient d’une même langue, et d’un même langage qui
Secondement, les Deux qualité Contraires, l’Humide et le
n’est connu qu’a eux seuls, ce qu’il ne pourrait être si l’art
était divers et diversifié en plusieurs, aussi bien touchant Sec.
la Matière qu’au regard de la manière de l’opération et du Tiercement, les Trois Principes : le Soufre, le Mercure et le
maniement : c’est pourquoi que dit. Sel.
Lilium : Tout le magistère se termine, par un chemin, par Et en quatrième lieu, les Quatre Éléments : le Feu, l’Air,
une chose, par une disposition, par une action, ou par une l’Eau et la Terre, selon le poids de la Nature, et le nombre
façon d’agir. parfait de dix ; et tout cela dans Une Eau métallique faite
Alphidius : Vous n’avez besoin qu’une chose, à savoir par la Nature.
l’Eau, et d’une façon d’agir, qui est de cuire, et il n’y a
qu’un vase, pour faire le Blanc et le Rouge tout ensemble. CHAPITRE VI.
Morienus : Encore que les Sages changeraient leurs noms
et dictons, ils ont pourtant voulu entendre Une même Interprétation des noms étranges que les Anciens
chose, et Une disposition, et Un chemin, et celui qui aura Sages ont donné à la Pierre des Philosophes.
cherché une autre Pierre pour ce Magistère, il sera Expérience de l’auteur touchant le Lion vert. La
comparé à un homme qui tache de monter un escalier sans raison pourquoi tant de sortes de noms sont donné
degrés. à la Pierre des Philosophes.
Yesmudrus : Tous les noms sont vrais, ils sont pourtant
contrefaits à cause qu’ils sont Une chose, et Une opinion et FRANÇOIS.
Un chemin.
Hercules Rex Sapiens : Ce Magistère procède d’Une seule
première racine, et s ‘étend par après en plusieurs choses,
C ‘est ainsi comme vous dites : mais devant que nous
finissions ce chapitre, nous tacherons de parler
encore un peu plus clairement de cette Première
et retourne derechef en Un. matière, de nous divertir encore un peu dans
Morienus : Cette chose ou cette Matière, aussi bien pour la l’Unité, et
Teinture Blanche que pour la Rouge, n’est qu’une, et une de faire une interprétation, autant succincte que faire se
disposition, et un chemin, et un vase, et un terme et une peut, des noms que les auteurs, que vous vous étiez donné
fin, et une manière d’opérer, et toutes choses sont une la peine d’alléguer, qui ont possédé la Pierre des
mais qui est apprise de plusieurs et quasi d’une infinité de Philosophes, ont donné à leur Première Matière, afin que
manières. vous puissiez juger si j’en discoure avec bon fondement, et
afin que tous ceux, qui sont amateurs de cette science, se
Le même : Toutes les couleurs se changent en une

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 27 – L’ESCALIER DES SAGES


puissent garder de tous les imposteurs et trompeurs, et cachés dans la Mer, nonobstant qu’il faille qu’ils soient
qu’ils puissent croire constamment avec nous, qu’il n’y lavés et clarifiés de toutes leurs impuretés par l’ascension
peut pas avoir d’autre Matière dans le Monde, de laquelle et par la descension. Elle ne mouille pas les mains devant
l’Or et la Pierre des Philosophes peuvent être préparés, son imprégnation astrale : elle ne mouille pas les mains
que celle dont nous discourons présentement. lorsqu’elle paraît, par l’opération de la Nature seule, (sans
Cette Matière est appelée Chaos de Hésiode, d’Ovide et application aucune de l’Art ou de la main) comme une
d’autres qui les suivent, et ce avec des raisons bien gomme de sandarac, de genièvre, de prune ou de cerise
profondes : car comme on entend par le Chaos une attachée au côté du verre, comme je le garde encore par
matière crue, confuse et liée en une seule matière, de curiosité chez moi. Elle ne mouille pas les mains, lorsque
laquelle tous les mixtes ont eu leur être naturel. Ainsi est l’Élément de l’eau en est séparé pour la plus grande partie,
aussi cette matière au Règne minéral un Chaos, ou une suaviter et mago cum ingenio (comme dit Hermès) c’est-à-
matière crue, confuse et liée en une seule matière, de dire : doucement et avec grand esprit ; et que la matière est
laquelle l’Or et la Pierre des Philosophes ont leur origine, devenue pondéreuse et pesante comme du vif argent.
les autres métaux devenants par accident du Plomb, de
l’Etain, du Fer, du Cuivre et de l’Argent, et en cas qu’on Hermès Trimégiste l’appelle Superius et inferieus, à cause
pourrait dire qu’une matière palpable peut être sans que les semences astrales d’en haut sont conçues du
couleur, on pourrait appeler cette matière ou Chaos des sperme métallique d’en bas, et qu’ils sont devenus
Philosophes telle, n’ayant quasi aucune couleur, contenant ensemble une matière métallique fertile, dont le père est le
pourtant en elle caché toutes les couleurs capitales, comme Soleil, et la mère la Lune, (selon le dit Hermès) ce que
la Noire, la Blanche, la jaune, la verte, la bleue, la rouge et j’entends, de cette façon : dont le père est le Soleil ou le
la Pourpre, qui se découvrent successivement par une et Feu astral, et la Mère, les trois Éléments d’en bas, l’Air,
même opération, et dans un et même vase, c’est pourquoi l’Eau, et la Terre, qui sont au commencement cachés et
que les Anciens l’ont dit être de la couleur de la peau d’un invisibles dans le ventre de l’Eau.
Loup, ou d’un Lion. Paracelse lui donne le nom d’Azoth et de Lion vert. Azoth
Cette matière est aussi appelée Chaos, à cause, qu’encore est à dire une matière purifiante ; et qu’est ce qu’il y a qui
qu’elle soit faite naturellement hors des métaux, dans les purifie davantage les métaux que notre Matière ? vu
métaux, avec les métaux et par les métaux, par les qu’elle les fait retourner dans le ventre de leur mère, et
influences célestes, sans aucune addition des mains, du qu’elle les aide, premièrement par la Putréfaction, de
Feu, de l’Eau, ni de la Terre, il ne s’y peut voir ni on n’en passer par la couleur Noire, et puis après par des degrés,
peut retirer jamais aucun corps métallique. par la couleur Blanche, et par la Rouge, jusqu’à la
Elle est appelée de Bernard Comte Trévisan, Fontina : perfection de la teinture, et ce par des Solutions et des
puisqu’elle est une vraie Fontaine de vie, et comme toutes Coagulations itératives.
les chose créées, et même les trois autres Éléments ne Touchant le Lion Vert : je n’en puis pas juger autrement,
peuvent être ni subsister sans l’Eau : Ainsi de même est sinon qu’il faut que Paracelse ait préparé cette teinture par
celle-ci une Fontaine de vie pour les trois Royaumes, le l’addition de Vénus, puisque la couleur Verte se montre
végétable, Animal et Minéral, puisqu’il se prépare dans fort peu lorsqu’on procède avec le menstrue tout seul ; et
icelle une Eau de vie, à savoir une Teinture Universelle seulement parmi les couleurs de l’arc en ciel, et ce qui
pour tout ce qu’il végète et pour tout ce qui a vie. confirme mon opinion, est un expériment que j’en ai pris ;
Aqua Glacialis Lucida : à cause qu’elle paraît à la fraîcheur et vous, mon très cher, qu’est ce qu’il vous en semble ?
de la nuit comme une glace luisante, principalement en
hiver, lorsqu’elle paraît telle de jour aussi bien que de nuit. VREDERYK.
Sans vous interrompre à vos interprétations, je vous
Aqua Viscosa : à cause qu’elle paraît en toute façon comme raconterai en peu de paroles ce qui m’en est arrivé
une glu, et qu’elle s’attache aux métaux comme une glu touchant ce sujet ; j’avais dessein de préparer la Médecine
s’attache aux bois et aux autres matière qui sont en affinité de deux façons différentes : L’une par le Menstrue seul,
l’autre par l’addition de quelques métaux et
avec elle.
principalement par l’addition de Vénus, de laquelle, ’avais
Menstruum Philosophicum : à cause que, comme le sang bien ajouté une once toute entière au menstrue : Le
menstruel donne la nourriture et l’entretien au fœtus premier est passé par les degrés différent des couleurs
jusqu’à sa perfection entière : qu’ainsi ce menstrue rend capitales, savoir par la couleur Noire, par la Blanche
aussi son enfant, duquel il est enceinte, participant de son jusqu’à la rouge, mais touchant l’autre il a toujours paru
sang et de sa vertu végétante jusqu’à l’accomplissement de quelque verdure auprès de la couleur Noire aussi bien
sa perfection. qu’après de la Blanche et la Rouge, et elle s’y montre
Aqua unctuosa : à cause qu’elle n’a pas seulement encore telle, nonobstant que toute la matière paraisse
quelquefois l’aspect extérieur d’un onguent, mais comme d’une couleur Ronge enfoncé, lorsqu’elle est réduite à
un onguent est appliqué sur les plaies pour les soulager et l’Élément de la Terre, et cette couleur verte parait plus
pour les guérir ; qu’ainsi de même cette onguent vient à particulièrement lorsque l’on fait descendre la rosée du
guérir les métaux malades, ladres, imparfaits et blessés ciel sur icelle, mais dès lors que l’Élément de Feu
par le mercure soufreux imparfait, et les produit même recommence à prédominer, toute la matière redevient
jusqu’à la perfection de l’Or, à laquelle la Nature les a aussitôt d’une couleur rouge enfoncé comme est celle du
prédestinée. sang de bœuf ; j’ai contribué tout ce que j’ai pu pour tacher
Elle est appelée de Sendivogius Aqua Pontica et manus non de séparer la couleur verte de la matière, pour voir ainsi
madesaciens, à cause qu’elle ne peut pas être préparée sans s’il ne serait pas possible d’en séparer quelqu’autre chose
le sel commun de la Mer, ni sans le vitriol, lesquels sont de matériel que ladite poudre rouge, laquelle se laissait
toujours rejoindre à notre feu humide d’une

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 28 – L’ESCALIER DES SAGES


couleur rouge, mais qui ne se laisserait pas fondre d’une est à dire l’Eau de la Lune, ou bien Argentum vivum : à
couleur verte dans l’élément de l’Eau, mais il m’a été cause que la Lune est prise pour la mère de l’humidité, et
jusqu’à présent impossible d’en produire autre chose que que cette matière est un Argent vif, lequel rend les
je viens de dire ; ce qui me semble être une marque métaux, qui sont morts, participants de la vie.
infaillible, que la Vénus, aussi bien que les autres métaux, D’autre l’appellent Acetum acerrium , Lac Virginis, Sapo
sont parvenus jusqu’à une matière d’une seule couleur, Sapientum : qui est à dire : le Vinaigre très aigre ; le Lait de
laquelle les Philosophes appelle Aurum et Argentum la Vierge ; le Savon des Sages, et lui donnent une infinité
nostrum, c’est-à-dire : notre Or et notre Argent et de d’autres noms, lesquels sont très faciles à entendre pour
laquelle il ne se peut retirer aucun corps métallique. ceux qui entendent l’art, mais les ignorant qui s’arrêtent
Cette opération m’a encore découvert une chose assez aux lettres et aux paroles n’y voient goutte.
digne de remarque ; qui est, que lorsque j’avais réduit C’est pourquoi Lilium dit : Nostri Lapidis tot sunt nomina
toute ma verdure jusqu’à environ la quantité d’une petite quot res, vel rerum notabilia. C’est-à-dire : Notre Pierre a tant
cuillère, et que j’avais mis la matière corporelle ou de noms qu’il y a des choses, des choses notables.
terrestre auprès de la matière rouge, que cette liqueur
verte est tellement concentrée, qu’elle est bien capable de Rosinus : Philisophi millibus millium legionum nomium ipsum
teindre cinq à six pot d’eau de pluie ou de fontaine, si on nuncupararunt, und homines eo errare secerunt. C’est-à-dire :
la versait dedans. Les Philosophes ont nommé la Pierre des Philosophes de
beaucoup de millions de légions de noms, dont il ont fait
FRANÇOIS. égarer les hommes à la chercher.
Vous avez fort sagement institué cette expériment, quand Ceci soit assez dit de la matière de la Pierre des
même il servirait que pour donner de l’assurance à ceux Philosophes, des noms d’icelle, et aussi de l’Unité, et ce
qui ne peuvent pas croire que les métaux peuvent être pour les entendus dans cet art : touchant les ignorants, il
réduits à leur première matière : et pour vous confesser en est déjà dit trop pour eux, puisqu’ils ne peuvent ou ne
naïvement la vérité, j’ai été aussi bien incrédule que tous veulent comprendre ce qui en est dit, vu qu’ils haïssent
les autre ignorants, jusqu’à tant que j’ai expérimenté, qu’il plutôt les arts, et les sciences qu’ils ne les aiment selon le
reste bien une couleur verte fort longtemps, mais que je proverbe : Ars non habet osorem nisi ignorantem. C’est-à-dire
n’en ai jamais pu retirer un corps qu’il s’est laissé : Il n’y a que les ignorant qui haïssent les arts.
redissoudre d’une couleur verte.
VREDERYK.
Il me semble aussi, qu’il paraît par cette opération
véritable, ce que Sendivogius vient à dire de la destruction Il en est véritablement ainsi : et j’ai de la peine de
des métaux : Qui ita scit destruere metalla ut per amplius non m’abstenir à vous en réciter une rencontre ou deux que j’ai
sint matalla, ille ad maximum pervenit arcanum. C’est-à-dire : eu entre autre touchant ce propos.
Celui qui sait détruire ainsi les métaux qu’ils ne soient Lorsque j’étais en France j’avais l’honneur d’accompagner
plus des métaux, il est parvenu au plus haut des secrets. plusieurs personnes de condition pour aider à faire un
Et Paracelse : Facilius est metalla construere quam destruere. Il accord très curieux de violes chez une matrone bien noble
qui touchait la Basse continue, ou il se trouvait entre autre
est plus facile de construire les métaux que de les détruire.
une grande Dame, à laquelle étant demandé son jugement
Basile Valentin appelle notre matière Mercurii Spiritus, à de cette belle harmonie, qui était fort approuvée de tous
cause qu’il n’y a rien à faire dans notre œuvre sans l’Esprit les circonstants, elle vient à répondre qu’elle aimait mieux
du Mercure ou du vif argent, puisque c’est lui qui tue et d’entendre une vielle avec une musette aux assemblées
revivifie, et que c’est icelui qui parfait l’ouvrage tout entier des villageois que d’écouter une musique avec tant de
depuis le commencement jusqu’à la fin, et que sans lui patience.
notre art est vain. (Entendez l’esprit du vif argent des
Un autre osa soutenir qu’il n’y avait pas plus belle
Philosophes et non pas l’esprit du Mercure vulgaire. )
musique au monde à son goût que le son d’un tambour.
Raymundus Lullius l’appelle Aqua coelica, et ce avec des
Hélas ! il y a tant de cette sorte de gens dans le monde,
raison fort fondamentales ; par ce que l’impression, qui est
qu’il ne vaut pas la peine de nous amuser à en citer
faite dans cette Eau, pour produire un fruit céleste, est
davantage d’exemples.
descendue du Ciel, sans laquelle ce fruit ne pourrait
jamais être produit. FRANÇOIS.
Norton Anglus appelle cette matière Miraculum Vous avez raison, il vaut mieux que nous poursuivions
miraculorum : vu qu’il ne se peut faire par aucune chose du
notre discours en considérant le Nombre de Deux lequel
monde des plus grandes merveilles que par celle-ci : car il
les Anciens ont appelé : Primium Unitatis germen et prima
ne se peut pas quasi faire de plus grande merveille, que
procratio. C’est-à-dire : Le premier germe ou surgeon de
lorsqu’une chose spirituelle, impalpable,
l’Unité, et la première procréation.
incompréhensible et invisible vient descendre du Ciel, et
loger dans un corps qui est composé des quatre éléments VREDERYK.
et qui parvient, par la Sage conduite d’un Artiste, jusqu’à
Fort bien : nous finirons donc ce Premier Livre et le
un être qui est capable de perfectionner non seulement les
Premier Degré de l’Escalier des Sages, et invoquerons
métaux imparfaits, mais de les transformer même jusqu’à
l’Unité Éternelle du plus intérieur de nos âmes avec Dix
un être céleste.
soupirs appropriés à l’Unité Divine, en disant :
Le Petit Paysan l’appelle : Le suc des Lys Blanches : sans
O Unique Dieu !
doute à cause que cette matière est tirée des sels minéraux
et métalliques qui sont blancs comme le Lys. O Unité Simple !
De la Tourbe des Sages, elle est nommée Aqua Lunae ; qui O Éternité unique !

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 29 – L’ESCALIER DES SAGES


O Sapience unique ! Par votre unique Toute puissance notre débilité et fragilité.
O Principe unique de tous les être ! Par votre Bonté infinie et unique, notre perversité et notre
O Unique Lumière incréée ! malignité.
O Toute Puissance Unique ! Faites nous comprendre que vous êtes l’Unique créateur
du Grand Univers et que nous sommes vos créatures viles
O Unique Bonté infinie ! et abjectes. Et que vous êtes le Père unique de toutes les
O Unique Créateur du Monde ! choses créées, et que nous sommes vos enfants pauvres et
O Père Unique de tous les être créés ! misérables que vous avez créés et fais pour faire votre
volonté divine, pour apprendre à vous connaître par la
Par votre Divinité Unique faites nous connaître notre
connaissance de vos créatures, pour vous adorer, pour
humanité !
vous louer, pour vous honorer, pour vous remercier, et
Par votre Unité simple, notre multitude ! pour vous servir, ici bas temporellement tant qu’il plaira à
Par votre Éternité Unique, notre temporalité et notre votre bonté paternelle de laisser nos âmes alliées à nos
corruptibilité. esprits et à nos corps, et puis après éternellement, quand
Par votre Sapience Unique, notre ignorance et notre ce sera votre volonté divine de les délier d’ensemble, et
stupidité. puis de les réunir, et finalement de les enlever en votre
gloire éternelle : Veuillez nous Seigneur rendre pour cette
Par votre Principe Unique de toutes choses, notre nullité et
fin capables, afin que nous puissions jouir éternellement
la néantise de toutes les choses créées.
de votre aspect Divin !
Par votre unique Lumière incréée, les ténèbres et les
obscurités de toutes choses.

Ainsi-soit-il.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 30 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 31 – L’ESCALIER DES SAGES
LIVRE SECOND
DE

L’ESCALIER DES SAGES


TRAITANT

DU NOMBRE DEUX,
DES DEUX QUALITÉS CONTRAIRES
EN GÉNÉRAL

ET DES QUALITÉS CONTRAIRES


DANS LA MATIÈRE

DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES


LE SECOND ET TROISIÈME DEGRÉS.

CHAPITRE I. contrariété, mais par une amitié et par une sympathie


naturelle, vu que la Nature est partout paisible et
De la séparation de la Lumière d’avec les Ténèbres. débonnaire dans ses opérations, et même dans les actions
Que le Soleil est l’agent et les Ténèbres le patient de la génération comme chatouillante, et lorsque les
général. Comment la Première Matière a pris son Éléments des créatures viennent ensemble qu’alors elles se
dissolvent quasi entièrement en des voluptés, afin qu’elles
Origine de la Lumière. Que la génération se fait puissent croître ensemble par les embrassements étroits, et
d’une manière aimable, et non pas par des voies que de plusieurs elles deviennent à une : et quand il se
contraires. Que la Première Matière de la Pierre est découvre aucune contrariété, que cela arrive par une trop
engendrée fort doucement. Qu’il faut que toutes les grande extension des qualités, quand elles viennent
opérations chimiques se fassent sans violence. s’assembler ensemble en un sujet.
Plusieurs démonstration de cela.
VREDERIC.
FRANÇOIS. Je trouve que vos spéculations sont fort bien fondées, car il

V ous savez, Mon très cher, qu’au commencement de la


Création la lumière est séparée par le Saint Esprit
est certain, que la génération se fait partout par un amour
naturel, et par une vertu aimantine, et qui est attirante, et
non pas par la moindre haine ou par la moindre
de Dieu ; Que ce grand Dieu a concentré toute la contrariété du monde, ce que je vous démontrerai très
lumière, qui était invisiblement étendue dans le
Chaos, à palpablement par notre œuvre de Philosophie, car lorsque
un seul être qui est le Centre de ce grand tout, à savoir le je viens offrir mes trois Principes bien alliés ensemble, à
Soleil, et qu’il a depuis chassé les Ténèbres comme ses Jupiter, qui est fort étroitement uni avec son fils Mercure,
ennemis à l’entour de lui à la circonférence, et que la et ce amiablement, dignement, et ingénieusement sur
Lumière concentrée (savoir le Soleil) est devenu, dès ce l’autel de Vulcain, il arrive que Jupiter et son fils Mercure
temps là, l’Agent, et les Ténèbres le Patient général. Que la deviennent tellement épris d’amour sur l’offrande, et puis
Lumière à reçu la Forme et les Ténèbres la Matière l’offrande redevient si charmée de ces Dieux, que les uns
universelle. La Lumière les qualités de la chaleur et de la et les autres étants devenus d’accord par ensemble attirent
sécheresse, et les Ténèbres celles de l’humidité et de la les rayons très fertiles du soleil et de la lune, d’une telle
froidure. L’une l’office du Mâle et l’autre de la femelle. altération, et d’une telle avidité à eux qu’en étant
imprégnés et rassasiés entièrement, ils deviennent
C’est de la Lumière, que la Première Matière et les
capables de produire des fruits Solaires et Lunaires
Éléments, qui en sont sortis, ont leur première forme, et
comme leur père et mère ; et c’est ainsi que notre première
qu’ils ont fait un amour et une amitié fort étroite par
Matière n’est seulement engendrée amiablement, mais
ensemble par cette Nature générale de la lumière, comme
aussi attirée par une manière aimantine, et imprégnée des
par une alliance ; et qu’ils se sont unis si fermement
rayons du soleil, qui sont spirituellement sèches et
ensemble, qu’ils croissent et végètent en toutes sortes de
corps composés, et ce selon et à proportion du naturel et chaudes, et de la Lune, qui sont humides et froides.
de la propriété d’un chacun : car chaque créature en Toutes nos autres opérations chymiques se font aussi de
particulier a caché en soi une étincelle de la Lumière même : car la solution de tous les corps se fait fort
universelle, dont les rayons communiquent invisiblement doucement dans notre œuvre, et avec grand esprit, sans
une vertu mouvante à leur semence quand ils sont animés aucun bruit, ni par violence aucune, aussi bien celle des
à cela par les rayons de la grande lumière : de sorte qu’il métaux que de tous les corps selon le dire de Trimégiste :
est à croire, que la génération ne se fait pas par aucune Suaviter et magno cum ingenio, sine strepitu.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 32 – L’ESCALIER DES SAGES


La Coagulation, la Fermentation, la Sublimation, la joint au sel fixe qu’il se fera un combat si grand de ces
Calcination, la Conjonction, la Séparation, la Putréfaction deux qu’ils pousseront tout arrière d’eux d’une très
et toutes les autres opérations se font de même, fort grande violence : Mais si on les étend doucement dans
doucement par une inclinaison naturelle et aimantine des l’eau, et qu’on les reverse ensemble jusqu’à tant qu’il ne se
particules pour l’un l’autre, et non pas par force, vu que fasse plus aucune ébullition, après avoir évaporé
de tout ce qui se fait par force, on ne peut jamais assurer l’humidité jusqu’à une pellicule, il se recoagulera à la
qu’aucune multiplication en est à espérer, et les particules froidure un salpêtre tout de même comme était celui,
ne peuvent être dites contraires les unes aux autres, qu’à duquel était fait l’esprit et le sel fixe susdit.
cause de leurs opérations violentes, lesquelles se L’Esprit d’urine et l’acidité vous donnerons un autre
découvrent lorsque les qualités différentes deviennent à exemple. Si vous croyez joindre un esprit d’urine soufré à
être concentrée et conjointes ensemble comme par une acidité concentrée, vous verrez un combat si furieux
exemple : de ces deux et qui produira un effet si prodigieux, qu’il ne
Un esprit de vin qui est bien subtil ne se laisse cédera en rien à l’éclair ni au tonnerre, ni même aux
aucunement unir à la liqueur des cailloux, ou à l’huile de tremblement de terre : Mais étant gouverné d’un artiste
sel de tartre, ni avec aucun alcali concentré, nonobstant Sage ces deux grandissimes extrémités peuvent être
que l’esprit de vin susdit aussi bien que l’huile de sel de réduites à une humidité et à un sel fort pénétrant et
tartre soient provenus tous deux d’une seule liqueur, qui salutaire.
est le vin ; encore que cette union se refasse fort facilement Considérez l’or tonnant, dont peu de grains font autant de
par l’addition d’une eau tirante sur aigre, et soit par le vin, bruit que plusieurs livres de la poudre à canon.
soit par le vinaigre, ce qui est un moyen de réunir les deux
L’Or tonnant se fait ainsi : Dissolvez de l’Or, autant qu’il
extrémités, et les raisons pourquoi cela se fait ainsi, sont
vous plaît, avec de l’Eau Royale, précipitez le par un esprit
les suivantes, à savoir, que le sel alcali et l’esprit de vin
d’urine, dulcifiez bien le précipité avec de l’eau commune,
viennent à s’étendre bien loin tous deux dans le corps de
séchez le avec prudence, afin qu’il ne vous arrive malheur
l’eau ou du phlegme, et ainsi se peut rejoindre cet esprit
en le séchant, puisqu’il se fond, étant sec, comme la cire, et
subtil à ce corps grossier, particulièrement quand on a
qu’en fondant ainsi, il fait en même temps son opération.
rajouté sa proportion de vinaigre à l’eau, lequel soit
capable d’altérer le sel de tartre d’autant que la
composition redevienne comme le tartre a été dans le vin La raison pourquoi une si petite portion de cet Or tonnant
devant la séparation de son esprit, de son phlegme et de peut produire un si grand effet, c’est que l’or étant dissout
son sel, et que les extrémités se puissent rembrasser et dans l’eau royale, et puis précipité par l’esprit d’urine,
réunir ensemble comme la nature avait joint les principes prend avec soi, et concentre en son corps autant d’esprit
du vin durant sa croissance, et pendant sa fermentation. de nitre et autant de l’esprit d’urine qu’il a besoin pour
pouvoir produire un si grand effort, car ayant corporifié
Les huiles vous serviront d’un autre exemple, car les
ces deux esprits contraires en soi, il leur laisse faire les
huiles des végétaux se laissent fort difficilement joindre
grands effets, quand l’or tonnant est mis dans une cuillère,
aux acidités concentrées, lesquelles s’étendront plutôt
sur un petit charbon de feu, puisqu’il se fond fort
comme un éclair dans l’air, qu’elles s’uniront radicalement
facilement, et qu’alors les esprits contraires s’unissant, il
avec les acides concentrés, mais lorsqu’on dissout ces dites
faut que l’or les quitte, et qu’ils s’exposent à leur combat
huiles par les lessives des sels alcali, et qu’on étend les
spirituel corporifié, qui est infiniment plus grand que les
acides concentrés dans l’eau de pluie et qu’on les verse
esprits seuls, ou les corps seuls ne peuvent produire.
alors ensemble, ils s’entre acceptent fort volontiers, et il en
redevient une liqueur à peu près telle qu’était celle dans Voyez, mon ami, de quelle façon il nous semble que les
laquelle les huiles étaient étendues dedans les végétaux qualités contraires doivent être considérées selon notre
avant la séparation d’iceux : ce qui ne peut être fait expérience, et comment toutes choses prennent leur
autrement, puisque les huiles susdites étant un Soufre très commencement, et comment elles ont leurs progrès et leur
subtil des végétaux, quand elles sont jointes aux esprits fin toujours par amour, par tempérance et par sympathie
très subtils, et concentrés des sels, qui sont deux et jamais par force ni par violence.
grandissimes extrémités, il se fait un combat si grand, qu’il Voyez combien sagement notre grand Dieu a ordonné
ne céderait guère aux effets de la poudre à canon. toutes choses en ce grand tout, comment tout croît et
fleurit où l’amour gouverne, et comment tout petit,
C’est ainsi, mon très cher, que vous pouvez voir, que tout anéantit, et se résout dans ses principes là où les qualités
ce qui doit devenir de durée et parfait, qu’il faut que cela contraires accroissent et surmontent, comme je vous en
se fasse entre les limites de l’amour, et de la sympathie, et pourrais réciter une infinité d’expériences, si je ne
nullement par des voies violentes, ni par des tels moyens craignais de vous ennuyer trop par un si long discours, j’ai
qui soient contraires les uns aux autres, et que lorsqu’on pourtant de la peine à m’empêcher de vous faire récit de
parle des qualités contraires, qu’elles ne peuvent pas quelques expériences, qui serviront bien à notre propos
véritablement être contraires, que lorsqu’elles sont touchant le traitement que j’ai donné à mon Œuf des
rendues fort subtiles, exaltées ou concentrées, et qu’il ne se Philosophes pour autant que le bon Dieu m’en a donné
trouve des qualités tellement contraires, qu’elles ne connaissance.
puissent être unies par des moyens propres à cela.
Prenez un autre exemple au Salpêtre. Le Salpêtre est un sel
qui est d’une composition fort tempérée, mais lorsqu’on le
divise selon l’art, et qu’on en sépare l’esprit et son sel fixe,
on trouvera qu’ils se font extrêmement contraires, et que
l’esprit du Salpêtre étant subitement

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 33 – L’ESCALIER DES SAGES


CHAPITRE II. en arrive de même généralement dans les Éléments
comme il vous plaît de dire de vos Éléments particuliers.
De l’œuf des Philosophes en comparaison des œufs
des animaux. De quelle façon on doit ménager sa VREDERIC.
langue et sa plume en traitant du haut secret des Assurément ; car ce ne sont que des esprits ou des vapeurs
nitreuses, Soufreuses et subtiles, lesquelles étant conçues
Anciens. Énigme Philosophique. Explication de la
d’une matière mince et visqueuse, et concentrées de la
susdite Énigme. lumière du Soleil, deviennent à être fort subitement
FRANÇOIS. allumé dedans l’air intempéré de chaleur et d’humidité, et

V
c’est ainsi qu’il s’en produit des effets si effroyables : Mais
ceci en passant.
otre discours ne m’ennuierait pas, quand il durerait bien
Je vous supplie de poursuivre à cette heure votre discours
plus longtemps, à cause que les choses que vous
récitez sont toutes des expériences qui vous sont de la génération des Animaux qui se fait par le couvement
passées par les mains, et je vous assure qu’aucune des Œufs, laquelle prend son commencement d’une
histoire
manière douce, amiable, et agréable à la nature, afin que je
de tout le monde ne me pourra être plus agréable à
puisse tacher de rapporter une même façon de procéder
entendre que celle que vous nous promettez de l’œuf des
qui se fait dans l’œuvre des Philosophes, et que nous en
Philosophes qui fait tant de bruit dans le monde, et de
puissions confirmer la vérité de ce qu’en disent les anciens
laquelle j’ai entendu et lu une grande quantité d’auteurs,
Philosophes, autant qu’il nous est possible.
et particulièrement (vu que nous traitons ici des qualité
contraires et de l’amour) quelle concordance elle puisse FRANÇOIS.
avoir avec le couvement des Œufs des oiseaux.
Je suis prêt à vous obéir : Touchant la génération des
VREDERIC. Animaux, vous savez que les illustres Harvéjus,
Malpigius, Swammerdan, Kerchring, Parisanus, Fabricius
Fort bien : Je vous ferai naïvement participant de ce qu’il et d’autres savants en ont écrit merveilleusement bien, et
m’est passé par les mains touchant cette affaire, de quelle que les savants sont la plupart d’accord, que toutes sortes
façon l’amour y a opéré jusqu’à présent, et combien de d’Animaux ne sont pas seulement conçus au
malheurs me sont survenus, lorsque les qualités contraires commencement dans les œufs, et qu’ils sont couvés en
ont commencé à dominer par ma négligence ; mais devant iceux jusqu’à leur maturité parfaite, mais que même la
que de nous avançons jusqu’à là, vous me ferez plaisir de semence féminine, depuis son commencement matériel,
me raconter ce que savez du couvement des Œufs des est formée en rondeur ou d’une figure ovale dedans leurs
animaux, afin que nous puissions considérer de quelle testicules, devant qu’elle soit projetée par l’action
façon l’une manière accorde l’autre. vénérienne ; et qu’il se trouve aux testicules susdites des
Œufs de différentes grandeurs, desquels il y en a, qui sont
FRANÇOIS.
prêt et propres à recevoir et concevoir la semence
Très volontiers : mais puisqu’il me souvient d’une histoire, masculine, et d’autres qui ne sont pas encore propres à
sur le propos des Qualités contraires in gradu intenso, cette conception. Que les Œufs les plus parfaits sont attirés
laquelle est admirable, et rapportée de J. Struis dans son de la matrice, durant l’action vénérienne, par les conduits
voyage des Indes Orientale, vous ne prendrez pas de à cette fin destinés du Grand Architecte de l’Univers et
mauvaise par, si vous plaît, que je la raconte auparavant que ces œufs étants là touché de la semence masculine, en
que d’entamer la matière de la génération des Animaux. deviennent fertiles.
Pour ce qu’il me regarde, je puis dire que je suis bien
Il dit que le 13ème de juillet de l’an de grâce 1671, il s’éleva d’accord avec eux jusqu’à là, et pour en dire mon
à Scamachi en Perse un Orage si terrible d’éclair et de sentiment au delà : je ne puis m’empêcher de dire, qu’il
tonnerre, que l’air était rempli de tous les côtés d’un feu me semble, (je parle ici de la génération des hommes) que
bleuâtre, duquel il tombait quelquefois des masses bien la semence de l’homme étant jetée assez loin dedans la
grandes dégouttantes comme du soufre fondu. Je voyais matrice de la femme, qu’elle y puisse ou toucher les Œufs
entre autres (dit-il) tomber en bas une masse de feu, de la femme, ou bien que l’esprit de cette semence puisse
laquelle descendant jusqu’à sur la terre, se creva d’une si pénétrer jusqu’à ces dits Œufs : que ces Œufs en
grande violence, qu’il sembla que le ciel et la terre en deviennent imprégnés, et quasi entés pour provenir à la
tremblèrent. J’ai (dit-il) quelquefois entendu décharger les motion de la production du fruit humain ; car cependant
canons des Turcs sur les châteaux près des Dardanelles que la motion ou action vénérienne se fait du sexe
étant chargés de boulets, lesquels donnaient des très Masculin et Féminin, il me semble que la matrice de la
grands coups, à cause de leurs grandeurs dont ces canons femme se doit ouvrir par le doux et agréable attouchement
sont réputés ; mais ces coups n’étaient non plus à ce coup de l’homme, et que l’homme devient à projeter son sperme
sus mentionné qu’un coup de clef, dont les enfants se (vulgairement dit la semence) ému par le chatouillement
servent en jouant, est à raison d’un coup de canon. J’en ai de la femme, de sorte que tous deux étants d’un
vu descendre (dit-il) en dégoûtant jusqu’à six, de la grandissime contentement d’accord, l’un pour donner sa
grosseur d’une futaille, qui me causait une frayeur semence et l’autre pour la recevoir, la conception se fait du
inexprimable. genre humain, et que la matrice de la femme étant
J’ai lu plusieurs histoires semblables à celle-là, et qui satisfaite qu’elle se ferme, et après avoir retenu le sperme
arrivent bien souvent dans l’Arabie stérile, lesquelles viril son temps, pour donner son esprit aux œufs de la
rendraient notre discours trop long pour les raconter ici : femme, qu’elle requière la corporalité dudit sperme, qui
Je veux seulement dire par cette histoire qu’il semble qu’il n’a servi que pour véhicule de son esprit, et que dès lors
elle se referme si bien et si

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 34 – L’ESCALIER DES SAGES


étroitement, qu’il est impossible de la rouvrir sans qu’il VREDERIC.
n’arrive un très grand dommage et un empêchement C’est assez parlé de la génération des animaux, ceux qui
irréparable à la production parfaite de son fruit. en voudront savoir davantage ils n’ont qu’à prendre la
Ainsi se fait la conjonction de la semence virile avec celle peine d’en lire les auteurs susdits : pour moi, j’en ai aussi
de la femme par amour et avec grand plaisir, et ainsi lu in Actis Philosophicis Societatis Regiae Anglicanae, in
s’unissent les principes des Animaux, non pas par les Bartholimo, in Miscelleneis Medico Physicis Academiae
moyens violants et rudes, mais par des voies douces et Naturae curiosorum Germanorum, in Hervejo, Malpigio et
agréables. autres, mais je n’ai nulle part pu voir assez clairement,
C’est de la sorte que la Forme et la matière, l’Agent et le comment que la génération de l’enfant des Philosophes est
patient, le chaud et le Froid, le Sec et l’Humide s’unissent à comparer et quelle ressemblance qu’elle peut avoir à la
naturellement selon leur juste poids et mesure. génération de celle des animaux.
C’est de cette manière que les étincelles des spermes
FRANÇOIS.
masculins et féminins qui sont conjointes ensemble dans
leur matrice ou terre, parviennent végétante et croissantes Il est vrai que ces Messieurs découvrent plusieurs choses
moyennant la chaleur vivifiante de la mère, qui la reçoit qui sont très belles, très relevées, très utiles, et qui ont été
de la vive chaleur du soleil, laquelle le soleil emprunte inconnues jusqu’à présent, et que tous les amateurs des
continuellement et inépuisablement de la vertu divine, arts, des sciences et de la vérité leurs en sont redevables,
jusqu’à tant que les principes visibles en commence à mais ils font fort peu mention du haut secret des anciens
paraître. Sages, c’est aussi sans doute qu’ils ont leurs raisons pour
cela, puisque les vrais Philosophes donnent des
La première chose visible de ce grand œuvre de Dieu à la
advertances fort sérieuses qu’on doit ménager si bien sa
génération, est une eau fort transparente, claire, luisante et
langue, et sa plume, qu’on ne vienne jamais à profaner une
quasi sans aucune couleur, dans laquelle on ne peut voir
affaire d’une telle importance et se charger ainsi par-là et
autre chose distinctement non plus que dedans de l’eau de
de l’ire de Dieu, et de leur indignation.
pluie distillée il ne se voit que de l’eau, étant environnée
d’une pellicule si tendre au commencement, qu’elle ne VREDERIC.
peut presque être touchée sans qu’elle se crève, et que son
humidité n’en coule dehors. Vous parlez fort bien : j’en ai lu les advertances des
Philosophes, et suis aussi bien persuadé de quel horrible
La seconde chose visible est une petite macule d’une péché que celui se charge qui découvre ce haut secret des
couleur grise ou blanchâtre, laquelle vient à s’étendre par Sages à un indigne, mais parce que les vrais Philosophes
la vertu plastique, qui est cachée dedans cette eau luisante, recommandent avec beaucoup d’instances, que les
comme un esprit dedans son corps ; et ce en quelques amateurs de la science doivent sérieusement et
cercles ronds de la forme comme une prunelle de l’œil constamment lire et relire leurs écrits, et qu’ils y
d’un homme, un petit point blanchâtre demeurant au trouveront à la fin la vérité de leurs paroles, il me semble,
milieu pour le centre, lequel vient à s’évanouir en peu de (sous votre correction) qu’une personne, croyant d’être
temps, et un petit point noir se montre à sa place, lequel se arrivé sur le vrai chemin, (après une très grande fatigue
change en une couleur luisante, laquelle darde d’elle peu à d’avoir lu quantité d’auteurs, d’avoir mis soi-même la
peu quantité de petits rayons rouges à la circonférence, et main à la charrue, et après avoir fait grandes dépenses) ne
la change aussi avec le temps en un cercle rouge, mais fera pas mal, comme ils ont fait de même, de faire
devant que ces rayons rouges peuvent être découverts de connaître secrètement et à couvert à ceux qui se
la vue commune, on découvre par le microscope que ce connaissent à cette science, en quelle matière il semble
point susdit rouge et luisant est mouvant, remuant et qu’on doit employer sa peine et son labeur, et quelles
comme travaillant comme le cœur d’un animal. mauvaises rencontres qu’on y a eu, et d’avertir ainsi tous
les gens de bien et d’honneur avec des raisons
Ce principe visible coloré, ou bien ce centre Animal est la fondamentales et par des expériences dommageables et
seconde machine de l’esprit animal, laquelle et nageante, douloureuses, qu’il n’y a rien de bon à attendre des
croissante et se nourrissante dedans cette première Royaumes végétable et Animal, mais que tout est espérer
matière ou Eau limpide, et se multipliant dans icelle an du Royaume Minéral et particulièrement des métaux,
qualité et en quantité, jusqu’à, que son âme végétante comme on en a déjà bien vu des choses qui sont
ayant attirée l’âme animale à son temps, il ait reçu tant de entièrement conformes aux écrits des Anciens Sages,
nutriment de cette même eau limpide, (laquelle lesquels il est raisonnable que l’âme croie puisque les yeux
s’augmente toujours, la créature accroissant à proportion les ont vus et que les mains les ont touchés.
selon qu’elle en à besoin) l’animal imparfait soit cru à une Je vous prie aussi de croire, que mon intention n’est
telle perfection, qu’il devienne à jouir de l’air libre, et nullement de vouloir faire à croire, que mon intention
d’être d’une telle vigueur qu’il puisse prendre, attirer à n’est nullement de vouloir faire à croire, comme si je
soi, digérer et consommer du lait de sa mère et d’autre possédais cette haute science, point du tout, car je confesse
nourriture convenable à sa nature jusqu’au temps de sa rondement de n’en être pas le possesseur, et d’être indigne
grandeur parfaite, et d’une telle vigueur, puissance et d’un si grand trésor.
capacité, qu’il puisse engendrer ensuite d’autres ses
Ce n’est pas non plus la moindre de mes pensées de tacher
semblables, et s’enrichir ainsi infiniment de postérité.
d’attirer l’un ou l’autre pour tenir correspondance avec
Voilà, mon très cher, en peu de paroles avec combien de lui, ou pour présenter mon secret pour ci ou pour ça,
subtilité, tendresse, et amiabilité que la génération des comme font les charlatans et les trompeurs, bien loin de là,
animaux se fait, combien qu’elle est admirable, et qu’il ne puisque j’estime ma liberté trop précieuse, et que cette
s’y rencontre aucune contrariété. œuvre veut être gouvernée avec une très grande prudence

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 35 – L’ESCALIER DES SAGES


et longanimité, vu qu’il suit le cours de la Nature laquelle jointe par si grand feu d’amour, que la mère n’était pas
ne veut ni peut être hâtée ni pressée : mais il me semble capable de l’enfermer dans sa matrice, pour la conserver et
qu’il est permis, et que c’est le devoir d’un homme de bien la nourrir jusqu’au terme prédestiné : il était aussi prédit à
et d’honneur, et qui fait profession d’être un amateur des ces deux jeunes amoureux par un devin, qu’ils ne
sciences et des vérités, de donner connaissance à ceux qui quitteraient qu’une fois leur semence ; que toutes les
sont de son calibre, que l’on ne prend rien plus à cœur que forces de tous deux, pour la génération, passeraient toutes
la recherche de la connaissance de Dieu et de sa Nature, et ensemble d’un seul coup dans cette semence ; que la mère
qu’il n’est pas répugnant à la volonté de Dieu, ni contre ne serait pas capable de nourrir ce fruit, et qu’il devrait
l’intention des Philosophes que la lumière soit séparée des être nourri et élevé d’une manière fort étrange, non pas
ténèbres, et la vérité des mensonges, et ce par des par l’artifice ni par l’aide de la mère, parce qu’elle était sa
expériences, que l’on en à fait selon la petite capacité de propre mère, non plus par celui du père, parce qu’elle était
son esprit et selon le temps que notre vocation nous l’a son propre père, ni par l’aide d’aucun autre, que par celui
permis, car les choses que nous récitons ici nous sont ainsi d’un sage artiste et d’un naturaliste très expérimenté,
simplement passé par les mains, notre intention n’étant puisque cette semence contiendrait en elle les vertus du
autre, que de donner des advertances et des avis salutaires soleil et de la Lune, de l’Homme et de la Femme, de
à tous ceux qui nous voudront écouter, et qui nous l’Humide et de Sec, du Chaud et du Froid, de la Forme et
voudront croire, pour tacher de les persuader à quitter de la Matière, du Ciel et de la Terre, de la Lumière et des
leurs soins et labeurs inutiles, et de cesser de se nourrir Ténèbres, de la génération et de la Corruption, de la vie et
des espérances vaines ; et qu’au contraire ceux qui ne de la Mort, du soufre, du Mercure et du Sel ; et que cette
voudront pas ajouter de foi à nos paroles, qu’ils puissent même semence deviendrait à être exaltée et élevée jusqu’à
persévérer à poursuivre leurs vanités et sottises. la perfection d’un fruit céleste ; que pour cette fin ses
Écoutez à cette heure les choses qui me sont arrivées parents seraient fort en peine pour trouver un tel artiste et
durant le traitement et l’entretien de mon œuf ou aimant nourrisseur, et qu’ils en trouveraient à la fin un par la très
Sage conduite de Jupiter, auquel ils le donneraient entre
des Philosophes, et si le cours de la Nature et le régime du
les mains, qu’ils le lui recommanderaient au plus haut
couvement de Cet œuf est aucunement semblable à ce que
degré, et le feraient baptiser du nom de Hermaphrodite.
vous venez de dire de la génération des animaux.
Entendez- vous bien ce que je vous viens de dire par
FRANÇOIS. Allégorie, ou bien vous plaît il que je vous en donne plus
J’écoute, et désire de vous que vous ayez la bonté de me le d’éclaircissement.
communiquer d’une manière le plus simple qu’il se puisse
FRANÇOIS.
faire.
Pour moi j’entends fort bien tout ce qu’il vous plaît de
VREDERIC. proférer, mais il me semble qu’il est bien obscur pour
Je le ferai ; mais il faut que vous sachiez, que les vrais beaucoup de personnes, ce pourquoi il ne serait pas
Philosophes, et ceux à qui on se peut fier le plus, ont tous mauvais, à mon avis, que vous élucidassiez les mots
écrits forts simplement, et que les entendus l’entendent obscurs un peu d’avantage, puisque ceux qui ne sont pas
comme les savants aux lettres savent l’A. B. C. mais que expert dedans cet art n’y pourront rien comprendre aussi
les ignorants en jugent à proportion de leurs bien, et qu’à ceux qui s’y entendent, on le leurs souhaite de
connaissances, et qu’ils n’y voient ordinairement goutte, tout cœur.
encore qu’ils soient bien doctes aux autres sciences, vu
qu’ils ne comprennent pas les termes Philosophiques, ni
VREDERIC.
les allégories des anciens Philosophes ; vous m’entendez J’en suis content, et le dirai donc encore plus clairement.
pourtant fort bien. Vous entendez, si vous plaît, par la vierge si belle et
J’ai préparé un bain pour une Vierge si belle et si blanche, blanche que ce sont les métaux Mercuriels, desquels on
que le grand Dieu Jupiter même en était amoureux, et lave la noirceur dans le bain. Par le lit d’honneur vous
nonobstant qu’elle ne cédait en blancheur ni en beauté à la prendrez l’écusson fabrique de Vulcain, et que les plus
Déesse Diane même, j’ai pourtant lavé son corps si bien, grands honneurs, sont souvent acquis par des actions
en le flattant et caressant fort longtemps, qu’il a encore martiales. Par le jeune homme blanc comme neige vous
quitté tant de noirceur, que le bain en est devenu si sale et entendez l’esprit Mercuriel Métallique. Le Prêtre signifie le
si impur, qu’il m’a fallu changer le bain plus de vingt fois, père de ce jeune homme et cette vierge qui sont frère et
devant que j’ai pu obtenir son corps si net, que le bain en sœur. L’invocation du Dieu Apollon et de la Déesse
pouvait demeurer pur et clair, parce que la saleté, qui se Diane : vous donnera à connaître l’attraction aimantine
lavait chaque fois de son corps, rendait l’eau si trouble, des rayons du Soleil et de la Lune.
comme si l’on y avait mêlé de la boue permis. La semence est le Menstrue des Philosophes, qui est
Cette vierge étant lavée en plus net, je l’ai mis sur un lit nommé d’une infinité de noms par les Philosophes,
d’honneur, et l’ai fait accoupler par le prêtre à un jeune comme nous avons dit ci-devant.
homme très beau et blanc comme neige ; Ces deux Le reste, me semble, qu’il est assez clair pour les entendus,
personnages, nonobstant qu’ils étaient fort proche parent et pour les ignorants il en est déjà dit trop.
ensemble, se sont tellement amourachés de l’un l’autre,
qu’ils se sont incontinent unis si étroitement ensemble, FRANÇOIS.
comme si s’avaient été le Dieu Mars et la Déesse Vénus Certainement : mais de quelle façon ferez vous venir cette
même, de sorte qu’après l’invocation du Dieu Apollon et œuvre en comparaison à la génération des animaux ?
de la Déesse Diane, ils ont été bénits d’une semence très
désirable et très admirable. Cette semence a été quittée et

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 36 – L’ESCALIER DES SAGES


VREDERIC. nous dire, ce de quoi il vous a plu de faire mention
Fort bien, mon ami : Ce qui est dit jusqu’à présent, n’est autrefois, à savoir des mauvaises et malheureuses
proféré que de la composition ou conjonction de la rencontres, qui vous sont arrivées, lorsque vous avez cru
de faire avancer votre œuvre avec trop d’impatience, et
semence masculine avec la féminine : Qu’est ce qu’il vous
que vous avez pensé de pousser vos opérations avec trop
en semble ?
de violence, sans les gouverner bien doucement et par
FRANÇOIS. longanimité, quelles ont été les causes de vos malheurs, et
de quelle façon vous avez redressé vos fautes quand vous
Il me semble que c’est tout de même.
avez trop irrité les qualités contraires les unes contre les
VREDERIC. autres, soit par votre négligence, soit par votre
imprudence.
Ce qu’il vous plaît de rapporter de cette eau qui est
luisante ou limpide devant qu’on y puisse apercevoir
aucune autre chose visible : nous l’appelons le Menstrue CHAPITRE III.
des Philosophes, lequel est d’un aspect et d’une couleur si
semblable à la votre comme une eau de pluie est Du régime de l’œuvre des Philosophes. Des
semblable à l’autre, et dans celui- ci est aussi caché et expériences nuisantes pour s’avoir trop hâté. Que la
étendu l’enfant des Philosophes tout entier en vertu. couleur rouge de la matière des Philosophes est
Quand vous parlez d’une macule grise blanchâtre, vous cachée sous la blanche, comme la couleur rouge
entendez que notre matière devient aussi au sang sous la blanche du chyle. Qu’on ne peut pas
commencement de la Putréfaction d’une même couleur, facilement faillir en l’œuvre des Philosophes. La
laquelle se change peu à peu, par la chaleur d’une poule cause pourquoi le vase vient quelquefois à rompre.
couvante, en une couleur noire, comme il vous a plu de Le moyen d’empêcher que le vase ne se casse. Qu’on
dire de votre macule grisâtre qui se change de la même ne doit entreprendre rien à la chymie sans qu’on
manière en une couleur noire.
sache auparavant ce qu’il en doit arriver.
Vous dites que la noirceur se change tout doucement en
rougeur et qu’ils s’étendent peu à peu quantité des rayons VREDERIC.

J
rouges de ce centre rouge à la circonférence et que la dite
circonférence devient rouge aussi, cela arrive de la même
e ne manquerai pas à vous les raconter. Les vrais
manière en notre matière quand on la traite suaviter, c’est- Philosophes (aussi bien Hermès Trimégiste que
à-dire fort doucement, car toute la noirceur devient alors tous les autres) disent unanimement, qu’il faut
rouge. nécessairement donner au commencement une
petite
Et comme le Sang de l’animal s’augmente de plus en plus, chaleur à l’œuvre des Philosophes, car le dit Hermès
jusqu’à que son corps vienne à couvrir ombrer et commande bien exprès dans sa Table d’Emeraude ou
environner son centre et ses rayons rouges, en façon d’une Smaragdine, qu’il faut séparer la terre arrière du feu, le
substance blanchâtre, tellement que la rougeur ne peut subtil du gros, doucement et avec grand esprit par ces
être plus vue, mais qu’il ne paraisse plue rien qu’un corps paroles : Separabis Terram ab Igne, Subtile a spisso, suaviter et
blanc et diaphane à l’entour : ainsi veoid ou de même à la magno cum ingenio. C’est à dire : Vous séparerez la Terre
génération de l’enfant des Philosophes, car la première du Feu, le subtil arrière du grossier, et ce doucement et
couleur rouge devient à s’évanouir tout doucement, et à avec grand esprit.
être environnée d’un corps diaphane et blanc comme du D’autres disent : qu’il faut donner au commencement à la
lait, qui est si semblable au lait des animaux, qu’il est
matière un feu de poule couvante.
quasi impossible de l’en distinguer, laquelle contient
cachée en elle tout aussi bien la couleur rouge, que le D’autres l’appellent un ouvrage de Patience.
corps diaphane blanc de l’animal : selon le dire des D’autres disent : Omnis sestinatio a Diabolo est. Et ainsi des
Philosophes : Sub Albedine latet Rubedo. autres.
Touchant la nourriture de laquelle les animaux jouissent Pour ce qui me regarde. J’ai expérimenté la même chose,
ensuite, lorsqu’ils sont émancipés des œufs ou du ventre par une grandissime perte de peine et de labeur, car
de leur mère, comme font le lait et les autres nutriments, lorsque j’avais exposé mon sperme Philosophique quelque
qui se changent, par la circulation et par la séparation, en temps à la putréfaction, croyant de procéder, (selon le dire
chyle, et delà en sang, pour faire croître et agrandir le de tous les Philosophes, ) et de produire la matière,
corps de l’animal en qualité et en quantité ; il s’en fait de jusqu’à la couleur Noire, qui est la Première, le temps d’un
même en l’œuvre des Philosophes, qui est aussi nourri de ouvrage, qu’il fallait manier avec une si grandissime
son propre lait, qui s’augmente toujours par la circulation patience, commença à m’ennuyer ; croyant donc, selon
et par la séparation des ses propres Éléments sans mon jugement, de faire avancer la putréfaction, en
addition d’aucune chose étrangère ; et ce même lait augmentant un peu la chaleur du feu extérieur et intérieur,
change bientôt après en chyle et le chyle en sang, qui est j’ai expérimenté, à mon grand regret, que mon vase est
une couleur ou teinture rouge par laquelle l’enfant des crevé, et toute ma matière perdue, de sorte qu’il m’a fallu
Philosophes se peut augmenter aussi en qualité et en recommencer tout de nouveau, et prendre mieux garde
quantité. aux leçons des maîtres, dont l’observation exacte m’a fait
heureusement passer par la couleur Noire, (laquelle
FRANÇOIS. paraissait comme un limon, ou comme un savon noir)
Est-il possible ? mais il faut que je le croie puisque votre jusqu’à la couleur blanche comme lait : laquelle ayant
narration est fondée sur vos propres expériences. Mais obtenu par la grâce de Dieu, j’ai repris l’assurance
mon très cher ami, je vous supplie de ne pas oublier de d’exciter trop le moteur intérieur de la matière par

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 37 – L’ESCALIER DES SAGES


l’extérieur, et ainsi perdu fort malheureusement pour la de faire tirer toujours du sang de mon Pélican, lequel
seconde fois toute ma peine, tout mon labeur, toute ma j’espère qu’il ne périra pas facilement, mais qu’il donnera
matière et tout mon temps. Pour la troisième fois, je suis de la nourriture abondamment à ses petits jusqu’au temps
devenu encore plus sage, et ai gouverné le feu d’une telle de leur croissance en âge parfait.
manière, que j’ai eu le bonheur de repasser par la couleur Vous désirez de savoir de quelle façon que les vases
Noire, (par l’aide de la Nature) jusqu’à la couleur Blanche puissent être gardés contre les malheurs d’être cassés ? La
du lait, et que j’ai trouvé véritable ce que les vrais principale cause, pourquoi le vase, qui enferme notre
Philosophes confirment, à savoir : que sous la couleur matière, se rompe quelquefois, procède principalement
Blanche de la matière la Rouge est cachée comme la delà, que la chaleur externe n’est pas bien gouvernée à son
Blanche l’est sous la Noire : car ils disent : Sub Albedine temps, vu que les Éléments qui sont compris dans notre
latet Rubedo. C’est-à-dire : La Rougeur est cachée sous la matière font leurs opérations in gradu intenso et remisso à
Blancheur. proportion du gouvernement du feu extérieur, car il est
Les Physiciens et Médecins modernes ont aussi très nécessaire (comme nous avons déjà touché ci-devant)
expérimenté que la rougeur du Sang est cachée sous la qu’au commencement, quand notre matière paraît en
blancheur du chyle, et que le chyle se change peu à peu, forme de sperme, qu’on ne lui donne qu’un feu très lent et
par la circulation et par la fermentation du sang continuel, une chaleur fort petite et douce, afin qu’il soit gouverné
en sang ; car plusieurs des savants de ce temps, qui comme un vin, ou autre breuvage, quel on donne une telle
vérifient leurs sciences par des expériences fort sagement, chaleur pour aider à sa fermentation ; ou bien une chaleur
produisent quantité d’exemple, que le chyle s’est séparé telle par laquelle les esprits végétants des semences des
du sang après être sorti de la veine, et que le sang est végétaux peuvent être émus et entretenus en végétation et
même sorti de la veine d’une couleur blanche, lequel ne en croissance.
peut, (sous correction) être autre chose que du chyle, qui Vous pouvez penser, si un vin ou quelque autre breuvage
n’a pas été encore produit à la perfection du sang par la semblable, ne fera crever la tonne qui le contient, en cas
circulation et fermentation qui est requise pour une telle qu’il soit trop irrité par une chaleur trop âpre, encore que
perfection. les douves seraient d’une épaisseur bien grande, au moins
C’est ainsi, que je dis, que j’ai expérimenté tout de même qu’on ne lui donne quelque ouverture, pour donner de
dans notre œuvre ; que notre Blancheur se transmue avec l’air à la furie de son mouvement ; et puisque le naturel
le temps, moyennant la circulation ou rotation et des breuvages, étant forcé de la sorte par la chaleur,
fermentation continuelle, en Rougeur, et que la Blancheur changera en bref en une liqueur âcre sure et dissolvante,
est couverte de la Rougeur, comme nous avons dit que le comme est le vinaigre, il est certain que la nature ne l’a pu
chyle est caché dans le sang à l’aspect extérieur, et laquelle produire à la perfection d’un vin ou d’un breuvage
; s’en laisse séparer sous une couverte blanche, jusqu’à agréable à l’homme comme s’en était son dessein ; car les
qu’elle soit tout à fait changée et transformée en Rougeur, esprits des breuvages, qui sont les soutiens principaux
comme nous venons de dire du chyle et du sang, et alors d’iceux, viennent à s’envoler par une telle fermentation
notre matière Blanche parvient à une Matière ou huile intempérée, laissant un phlegme insipide et un tartre
pondéreuse et métallique laquelle contient bien les métaux limoneux en arrière ; dont il semble qu’on ne peut pas
en elle, mais étant produite à sa plus haute perfection il ne bonnement donner d’autres raisons, sinon, que l’on a
s’en peut séparer des métaux : mais hélas ! ayant ainsi tiré donné de l’empêchement à la nature, pour parfaire le sage
une partie de ce sang de notre Pélican, et croyant de régime de son dessein, et que l’on l’a détourné par
poursuivre et de conduire mon ouvrage bien sagement, il impatience et par ignorance de sa bonne intention, quoi
est arrivé pour la troisième fois, que mon vase est rompu était telle, qu’elle croyait de conjoindre les arômes du
et que tout mon sang imparfait que j’avais assemblé avec Soufre, du Mercure et du Sel, et de les unir par un tel lien
d’amour et d’amitié par ensemble, que cette liqueur aurait
beaucoup de peine, est perdu et évanoui. Ne vous semble
reçu un corps si bien proportionné et enrichi d’esprit, par
il pas que j’ai été bien malheureux ?
une fermentation due et naturelle, qu’était requise pour un
vin ou breuvage parfait, au lieu que les susdits principes
FRANÇOIS. deviennent à être séparés, changés et rendu inhabiles par
une fermentation énorme (comme nous avons dit) pour ne
Assurément : mais aussi heureux que vous avez ainsi pu
pouvoir plus jamais être réunis ensemble, selon le dessein
retourner sur le vrai chemin : je vous prie, ne savez-vous
de la mère Nature.
pas la raison pourquoi vos vases sont rompus si souvent ?
Pareillement : si vous pensez de faire hâter le sperme
VREDERIC. d’aucun animal, et de le faire avancer par des voies autres
Pour retrouver le vrai chemin il n’y a pas si grande que la Nature vous en ordonne ordinairement, vous
difficulté parce qu’en procédant à notre manière on a la trouverez que votre semence s’évanouira bientôt, et que
Nature même pour guide, de laquelle, pourvu qu’on la les œufs resteront stériles et sujets à une pourriture subite.
suive seulement avec notre régime d’opérer, il est presque Il en va de même avec notre sperme métallique, si vous ne
impossible d’égarer, au moins que vous ne veuillez être tachez au commencement de tenir ensemble ses Éléments
plus Sage que la Nature même, ce qu’il n’arrive, hélas ! avec patience et prudence dans la fermentation, par une
que trop souvent, et agissant de cette manière, vous chaleur fort tempérée, comme la matière le requière, et
menez la Nature mal, et vous vous trompez vous-même et que vous ne l’y entretenez son temps, mais qu’au contraire
la Nature, comme j’ai fait aussi avec tant d’autre grande vous croyez de faire votre enfant glorieux métallique par
perte de peine et de temps, mais j’ai à la fin aperçu autant un régime de feu que n’est requis à la nature de la
par une lecture infatigable des écrits des vrais semence métallique, et qu’ainsi vous avez dessein de faire
Philosophes, et par des expériences que mon vase ne m’est avancer sa nativité ; je vous puis assurer
plus casé, mais qu’il est encore présentement en état

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 38 – L’ESCALIER DES SAGES


que vous n’aurez jamais la rencontre de l’heureux aspect plus qu’elle n’a pu ; Mais si vous tachez de l’entretenir
des trois couleurs capitales : Car vous n’apercevrez jamais avec esprit au lit d’amour, et de la gouverner tout
le Corbeau Noir, si vous en avez fait troubler l’œuf, qui le doucement par prudence et par amitié, vous pouvez croire
contenait, par des orages d’éclair et de tonnerre, puisque avec moi qu’il ne vous arrivera pas ce malheur, que votre
sa forme et sa matière en ont été rendu confuses. Le Cygne vase ne rompra jamais, et que vous pourrez, si vous
blanc ne paraîtra pas si le Corbeau son père n’est voulez, cuire et parfaire votre matière, depuis le
auparavant en être. Ni la Salamandre résistante commencement jusqu’à la fin, dans un seul vase, selon le
persistante et se nourrissant de feu ne sera jamais vue, si dire des Philosophes.
son père et sa mère sont suffoqués incontinent après sa
conception. FRANÇOIS.
C’est ainsi, mon cher ! qu’il m’en est arrivé : j’ai cru de Je vous remercie de tout mon cœur de la communication
voler avec Icare, mais mes ailes n’ont pas été propres, c’est sincère de vos expériences, et de vos advertances tant
pourquoi que je suis tombé avec lui. cordiales ; Le proverbe dit : qu’il faut apprendre avec
J’ai voulu voir les plumes noires du corbeau, devant que honte ou avec dommage, vous en avez fait de même, et
son corps était formé dans l’œuf, et puisque j’ai gouverné j’entends bien que vous n’avez épargné ni peine ni labeur,
mon Œuf Philosophique au commencement par une et je n’aurai pas beaucoup de peine de croire que vous
imprudence si grande, que les quatre Éléments (qui vous entendez passablement bien à la conduite et au
commençaient à fermenter fort paisiblement dans mon gouvernement du grand œuvre des Philosophes.
Chaos, et y faire leur opération selon le cours de la
VREDERIC.
nature), se sont élevés in gradu intenso (comme Geans chez
Ovide) les uns contre les autres avec tant de véhémence et Vous savez bien aussi, que les Dieux vendent tout pour du
de violence, que mon Œuf des Philosophes, en crevant, labeur infatigable, mais bien heureux sont ceux qui
m’a reproché mes sottises selon mes mérites. n’entreprennent rien qu’ils ne sachent auparavant ce qu’il
en doit arriver, et qui savent préparer toute la matière de
Quand mon vase est sauté pour la seconde fois, la faute en
était telle ; que la Lumière étant séparée des Ténèbres et l’universel, d’une telle manière, qu’ils soient assurés qu’ils
les Éléments supérieurs des Inférieurs, et que les Éléments viendront à voir tout ce que nous avons dit ci-devant ; que
les plus pondéreux s’ayant précipités en bas, ma terre la dite matière ne leurs coûte qu’une pistole, et qui le
métallique (laquelle n’était plus du métal) est tellement pourront entretenir un an tout entier avec charretée de
allumée et émue de son feu intérieur par ma conduite bonnes tourbes ou de charbons sans aucune autre dépense
imprudente de mon feu extérieur, qu’elle a excité, par une ; mais très malheureux et misérable sont ceux, qui
commotion impétueuse, un tremblement et un travaillent en sauvage, qui ne savent ce qu’ils font, et qui
mouvement si fort et si grand, que mon vase Hermétique prennent des Animaux et des végétaux pour n’en faire de
est sauté en air et en pièce comme s’il avait été frappé d’un l’or ou de l’argent seulement, mais aussi même des
coup de tonnerre. teintures pour en teindre les métaux en or et en argent.
Ceci en passant.
Pour ce qui est du troisième malheur qui m’est arrivé, je
vous puis dire qu’il est aussi provenu d’un trop grand zèle
pour faire hâter la Nature outre sa puissance, car après CHAPITRE IV.
l’avoir longtemps caressé fort doucement, et après l’avoir
produite par une patience indicible, qu’elle m’avait fait Des opérations des Deux qualités contraires selon
voir les Roses rouges, que j’avais souhaité si longtemps, et les auteurs. De la différence entre les vrais
qu’elle m’avait apprise comment et de quelle façon le Philosophes et les communs.
rosier devait être cultivé et entretenu, pour pouvoir
produire une infinité de roses : j’ai été derechef si FRANÇOIS.

N
ignorant, que j’ai osé lui demander qu’elle m’eut fait venir
en maturité et en perfection non seulement les fleurs, mais
aussi tout d’un coup les fruits et les graines, ce que lui ous avons assez parlé des tromperies, des méchancetés
étant impossible, ne me l’a pas seulement refusée, mais des ignorants et des trompeurs, celui qui en
voudra savoir davantage il n’a qu’en lire le Comte
m’a rencontrée d’un regard si furieux et si âpre que Trévisan, Sendivogius et d’autres ; Nous
l’aspect de Méduse même n’aurait presque pu être plus retournerons, si vous plaît, à notre nombre Deux, et puis
dangereux ni plus malheureux, puisqu’elle commençait à nous quitterons ces Degrés pour tacher de monter les
vomir contre moi un feu tellement étouffant, qu’il était suivant, vu que notre intention n’est pas de faire propos si
capable de me tuer en un moment, si je n’avais eu la ample ; il est vrai pourtant que je ne puis rien m’empêcher
prudence de retenir mon haleine en m’enfuyant hors de la d’en apporter ici ce que j’en ai lu chez quelques auteurs.
chambre tant que je pouvais.
H. Cornélius Agrippa dit en sa Philosophie Occulte entre
C’est dès ce temps là que j’ai appris, d’être mieux sur mes autre du Nombre de Deux ce qui s’en suit : Binarius primus
gardes, de suivre pertinemment la Nature à sa sage numerus est, qui prima multitudo est, a nullo potest numero
conduite, d’obéir précisément à ses ordres, et de l’assister metiri, praeterquam a sola unitate omnium numerorum
et de l’aider en tout avec dévotion, et c’est par cette façon mensura communi : non compositus ex numeris, sed ex sola
d’agir que je me suis trouvé bien, et que je me trouve bien unitate una et una coordinatus. Dicitur numerus charitatis et
encore. mutui amoris, nuptiarum et societatis, sicut dictum est a
Voilà, selon votre désir, les raisons et les causes de mes Domino : Erunt dua in carne una. C’est-à-dire : Le nombre
malheurs, qui me sont arrivé que par le mauvais régime de Deux est le premier nombre parce que c’est la première
des Éléments contenus de notre matière, et d’une trop multitude ; il ne peut être mesuré d’aucun nombre que de
grande impatience d’avoir voulu faire avancer la Nature l’unité seule, qui est la mesure commune de tous les

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 39 – L’ESCALIER DES SAGES


nombres. Il n’est pas composé des nombres, mais il est Le même : Temperantia Elementorum nunquam contingere
coordonné de l’unité seule d’un et d’un. On l’appelle le valet adsque conjunctione corporis et spiritus : quoniam per
nombre de la charité et d’un amour réciproque, des noces eorum conjunctionem suppletur defectus Elementorum tam ex
et de société, comme il est dit au seigneur. Ils seront deux parte corporis quam spiritus : et sic corpus efficitur spirituale, et
en une chair. spiriitus corporalis et videbis conversionem Elementorum.
Le même dit autre part : Binarius dicitur numerus connubii C’est-à-dire : La tempérance des Éléments ne se peut
et sexux, Duo enim sunt sexus Masculinus et foemininus. jamais faire sans la conjonction du corps avec l’Esprit,
C’est-à-dire : Le Nombre de Deux est appelé le nombre du puisque les défauts des Éléments deviennent accomplis
Mariage et des Sexes, puisqu’il y a Deux Sexes, le par leur conjonction, aussi bien du coté de leur corps que
Masculin et le Féminin. de l’esprit, et ainsi le corps se rend spirituel, et l’esprit
Le même : Dicitur etiam Binarius Numerus Medietas capax, corporel et vous voyez la conversion des Éléments.
bona malaque participans, principium divisionis, multitudinis, Le même : Elementa intermediantia sunt causa
et distinctionis, et significat materiam. Dicitur etiam aliquando transmutationis unius Elementi in aliud. C’est-à-dire : Les
hic, numerus discordiae et confusionis, infortunii et Éléments moyennant sont la cause de la transmutation de
immundiciae, unde Divus Hyeronimus contra Jovianum inquit, l’un Élément en l’autre.
quod ideo in secondo die creationis non fuit dictum : Et vidit Le même : Unum quodque Elementorum intermediat aliud, et
Deus quoniam bonum ; qui Binarius numerus sit malus. C’est- nullum Elementum potest in naturam alterius converti quod est
à-dire : Le nombre de deux est aussi appelé une moitié suum contrarium, nisi prius convertatur in Elementum
capable partageante le bon d’avec le mauvais : un intermedians ipsum et suum contrarium. C’est-à-dire : Un
commencement de division, de multitude et de chacun Élément entremoyenne l’autre, et nul Élément ne
distinction, et signifie la matière. Ce nombre est aussi peut être converti en la nature d’un autre qui lui est
appelé quelquefois le nombre de désunion et de contraire, à moins qu’il ne soit converti auparavant en un
confusion, de malheur et d’impureté. C’est de quoi Élément entremoyennant icelui et son contraire.
Hierome parle contre Jovian, qu’il n’a pas été dit au Le même : Unumquodque Elementum habet in se qualitates
second jour de la création : Et Dieu voyait qu’il était bon, à quator, duas activas et duas passivas : Ergo unumquodque
cause que le nombre de deux était mauvais. Elementum habet per sua qualitates activas agere in suum
Pythagoras (selon Eusebius) : Unitatem Deum esse dicebat et contrarium ; vi delicet, si Elementum suerit frigidum et siccum,
bonum intellectum : Dualitatem vero Daemonem ac malum, in scilicet Terre, tunc habet agere in humidum et caldum scilicet in
quo est materialis multitudo ; quia Phythagorici dicunt : Aerem ; et econtra per suas qualitates passivas habet partisuum
Binarium non esse numerum, sed confusionem quandam contrarium in ipsum agere, scilicet illud quod est calidum et
unitatum. C’est-à-dire : Pythagore disait que l’unité était humidum quod agat in illud quod est frigidum et siccum, et sic
Dieu et un bon intellect : que le nombre de Deux était le circulariter debet intelligi de caeteris Elementis. C’est-à-dire :
démon et le mal, dans lequel est la multitude matérielle : Un chacun Élément a en soi quatre qualités, deux actives
parce que les imitateurs de Pythagore disent, que le et deux passives : Un chacun Élément donc à de quoi agir,
nombre de Deux n’est pas un nombre, mais une confusion par ses qualités actives, en son contraire : à savoir, si un
d’unités. Élément est froid et sec, comme la Terre, il a alors à agir
Senior Zadith, in De plumbo et Azoth Philosophorum : dans l’Élément humide et chaud, à savoir l’Air ; et au
Plumbum est calidus et siccus, Foemina autem humida et contraire, il a à partir par ses qualités passives que son
frigida : quae cum commixta suerint jam commixtum est contraire agisse en lui, entendez, que celui qui est chaud et
calidum cum frigido et humidum cum sicco, et hoc non est humide agisse en celui qui est froid et sec ; ainsi le doit on
dubium intelligenti. C’est-à-dire : Le Plomb est le nom du entendre des autres Éléments circulairement.
Mâle et Azoth le nom de la Femelle : Le Mâle est chaud et Bernhardus Comes Trevisanus : Subjectum, inquit, hujus
sec : la femelle humide et froide. Lesquels étant mêlés admirandae scientiae est Sol et Luna, feu potius Mas et Foemina
ensemble, le chaud est mêlé avec le froid, et l’humide avec ; Mas Calidus est et siccus, Foemina vero frigida et humida.
le sec, et cela ne donne pas de doute à celui qui a de C’est-à-dire : Le sujet, dit-il, de cette admirable science est
l’entendement. le Soleil et la Lune, ou bien plutôt le Mâle et la Femelle ; Le
Josephus in Commisce Aquam et Ignem et erunt Duo : Mâle est chaud et sec, et la femelle froide et humide.
Commisce Acrem et Terram et erunt quator. Deinde fac Quator
unum et pervenisti ad id quod vis. Et tunct sit corpus non Le même : Corpus recipit impressionem a spiritu sicut Materia
corpus, et debile super ignem non debile, et apprehendisti a Forma, et spiritus a corpore, quoriam facte sunt et creata a
sapientiam. C’est-à-dire : Mêlez l’Eau avec le feu et ce Deo ut agant et patiantur invicem. Materia quidem fllueret
seront Deux. Mêlez l’Air avec la terre et ce seront quatre. ininite, si Forma fluxionem non tardaret et filteret, quapropter,
Faites après cela les quatre un, et vous serez parvenu à ce cum corpus sit Forma informans, informat et retinet spiritumut
que vous désirez. Et le corps se fait alors qu’il n’est pas ita deinceps non fluat amplius. C’est-à-dire : Le corps reçoit
corps, et ce qui est faible sur le feu, qu’il n’est plus faible, l’impression de l’esprit comme la Matière la reçoit de la
et vous avez appris la sapience. Forme, et l’esprit du corps, puisqu’ils sont fait et créés de
Johannes Belye in Angulus : Quicquid veritatis constat in arte Dieu, afin qu’ils agissent et pâtissent ensemble. La Matière
Alchymiae, est jungere humidum sicco ; per humidum coulerait sans celle-ci la Forme ne tardait sa fluxion, et
intelligatis spiritum liquidum ab omni forditie purgatum, et per qu’elle ne l’arrêtait : ce pourquoi puisque le corps est la
siccum, corpus perfectum purum et calcinatum. C’est-à-dire : Forme informante, il informe et retient l’esprit qu’il ne
Tout ce qu’il y a de vérité en l’art de l’Alchimie, c’est de coule plus ainsi par après.
joindre l’humide au sec ; vous pouvez entendre par Le même : Materia patitur, et Forma agit, assimilans sibi
l’humide un esprit liquide purgé de tous immondices, et Materiam, et hac ratione Materia naturaliter appetit Formam,
par corps, un corps parfait pur et calciné. uti mulier appetit maritum et res vilis charam, impura puram ;

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 40 – L’ESCALIER DES SAGES


sic etiam Mercurium appetit Sulphur, ut imperfectum Sur quoi un autre demande : Quae chimera bestia est haec ?
persiciens, sic quoque corpus appetit spiritum quo possit as C’est-à-dire : Qu’elle bête chimérique est celle-là ?
suam perfectionem tandem pervenire. C’est-à-dire : La Ce sont des telles gens qui ne regardent après des bons
Matière pâtit, et la Forme agit, rendant la pareille à elle, et fondements ni font état des bons auteurs, mais qui mettent
de cette façon la Matière désire naturellement la Forme, leurs desseins en effet, non seulement suivant leurs
comme la femme désire le mari, et la chose vile la fantaisies mal fondées, mais qui font même leur profession
précieuse, l’impure la pure ; ainsi aspire aussi le soufre de séduire et de tromper lâchement tous ceux qui sont
après le Mercure, comme la chose imparfaite après la bien désireux d’apprendre des vérités mais qui sont des
parfaite ; de même le corps l’esprit, par lequel il puisse à la innocents par ignorance, comme ils vous ont fait et moi
fin parvenir à sa perfection. aussi, avec quantité d’autres comme il est à voir es livres
Ces autorités des auteurs allégués ne suffisent elles pas des auteurs que nous avons allégués ci-devant.
bientôt pour confirmer ma soutenue et vos expériences ; Les vrais Philosophes, au contraire, sont des gens qui sont
ou bien vous semble il que j’en dois citer encore quelques- craignant Dieu, sincères, aimant la probité et la vérité, qui
uns uns, vu que vous savez qu’il ne nous est pas difficile n’écrivent ni disent rien que ce qu’il est conforme à la
d’en rapporter une très grande quantité d’autre qui ne vérité et ce qu’il leurs est aussi facile à démontrer qu’à le
seront pas moins d’accord avec nous que ceux-là. dire. Il est bien vrai qu’ils parlent bien couvertement et
qu’ils écrivent de même pour ceux qui ne les entendent
VREDERIC. pas, et qui sont ignorants de la vraie Philosophie, et
Il n’en est pas besoin, puisqu’il m’est assez connu que tous particulièrement quand ils traitent de la Pierre des
les vrais Philosophes concordent parfaitement avec vos Philosophes, mais tout est découvert et clair comme le jour
sentiments et avec mes démonstrations. pour ceux qui sont des entendus de cette science, et même
toute les façons de parler énigmatiques, toutes sortes
FRANÇOIS. d’emblèmes, caractères, et ce qui peut être davantage
Vous parlez si souvent des vrais Philosophes, je vous d’autres termes et chose obscures au commun et aux
supplie de me dire quelle distinction que vous faites entre ignorants, elles sont tellement connues et si communes
des Philosophes communs et les vrais Philosophes ? entre les vrais Philosophes comme l’A, B, C, l’est parmi
ceux qui ont bien appris l’Orthographe : mais c’est assez
VREDERIC. discouru des Deux Contraires.
Mon très cher ami, j’appelle des Philosophes communs Nous finirons ce Chapitre si vous plaît avec les paroles
ceux qui ont beaucoup de paroles et peu d’effets, qui propres de Trimégiste dont il se sert dans sa Table
savent beaucoup discourir de la circonférence, mais qui ne d’Emeraude : Pater ejus Sol est, Luna Mater ; Separabis
savent pas ce que c’est ni ou est le Centre, et lesquels Terram ab igne subtile a spisso suaviter et magno cum ingenio :
(comme dit un certain Philosophe dans un Dialogue) ont ascendet in coelum iterumque descendet in Terram, et acquirit
appris Contentiose rixari, pro et contra (ut ajunt) pertinaciter vim superiorum et Inferiorum. Sic habebis gloriam totius
argumentari. C’est-à-dire : A hargotter et tenir des disputes mundi, Ideo a te fugiet omnis obscuritas.
contentieuses et des argumentations obstinées pour et
contre (comme on dit).

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 41 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 42 – L’ESCALIER DES SAGES
LIVRE TROISIÈME
DE

L’ESCALIER DES SAGES


TRAITANT

DU NOMBRE QUATRE,
DES QUATRE ÉLÉMENTS,
ET DES QUATRE ÉLÉMENTS QUI SONT DANS LA MATIÈRE
DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES.

CHAPITRE I. étants assemblés par l’addition, il s’en fait le nombre


parfait de Dix, comme nous avons dit ailleurs et comme
Ce que le nombre Quatre comprend. Pourquoi le nous avons alors démontré par l’addition de ces quatre
Nombre de Quatre est préféré au nombre de Trois. nombres.
Que les Quatre Éléments ne peuvent être trouvés Le Nombre de Quatre comprend même le Nombre des
chacun à part. De la séparation de la Lumière des lettres du saint nom de Dieu, vu que presque toutes les
Ténèbres dedans l’œuvre des Philosophes. nations du Monde écrivent le très saint nom du Seigneur
par Quatre Lettres.
Démonstration par l’œuvre des Philosophes que les
Comme les Arabes l’écrivent par les lettres ALLA ; les
Éléments ne peuvent être à part. Ce que c’est que
Perses des lettres SIRE ; les Mages ORSI ; les Grecs QEOS ;
l’étincelle opérante dedans la matière de la Pierre
les Latins DEUS ; les Allemand GODT ; les Français
des Philosophes. Qu’il faut que l’artiste procède de DIEU ; les Espagnols DIOS, et ainsi les autres.
même avec l’œuvre des Philosophes comme la
Le Nombre de Quatre comprend aussi en soi les Quatre
Nature procède dedans le grand Monde. Éléments : le Feu ; l’Air ; l’Eau et la Terre. De même les
FRANÇOIS. Quatre premières Qualités : la Chaleur ; la Froidure, la

N
Sécheresse, et l’Humidité.
Desquelles proviennent les Quatre Humeurs : comme sont
ous avons traité amiablement de l’Unité et du nombre
l’Humeur Sanguine, la Colère ; le Phlegme et la Mélancolie
Deux, lesquels étant assemblés font le nombre de
Trois : si nous ajoutons le nombre de Quatre à : desquels nous tacherons de parler plus particulièrement
celui-là par la règle d’addition nous trouverons le ensuite, et ferons notre commencement de quatre
nombre de
Éléments.
sept tout de même comme d’un centre et de Six demi-
diamètres, d’une même étendue du pied du compas, il se VREDERIC.
forme une figure Géométrique Hexagonale, composée de
sept points, comme nous en avons fait autrefois mention Mais devant que d’entamer la matière des Éléments ; il me
plus amplement et avec plus de circonstances, ce qui serait semble, sous votre meilleur avis, que vous feriez pas mal
ennuyeux de répéter, vu que notre intention est de traiter d’apporter ici auparavant les raisons pourquoi vous venez
ici particulièrement du nombre Quatre, duquel à préférer le Nombre de Quatre au Nombre de Trois, vu
j’entamerai, si vous plaît notre discours lequel je tacherai que celui-ci suit immédiatement dans l’Arithmétique au
de fonder comme les autres sur la Théorie, vous pourrez Nombre de Deux.
aussi continuer votre entretien, que vous vous étiez donné
FRANÇOIS.
la peine de commencer sur les fondements démonstratifs
et les vérifier par des expériences comme vous avez fait Je vous réponds : Qu’il a plu à Dieu tout puissant de tenir
auparavant. lui-même cet ordre à la création du monde : car après le
Nombre de Deux, à savoir après le lumière et les Ténèbres,
VREDERIC. il a fait provenir le Ciel et la Terre, le Ciel comprenant
Je le veux bien : vous n’avez qu’à commencer. Deux Éléments opérants, et la Terre deux souffrants. Le
ciel ayant compris en lui la lumière ou Élément Feu, et
FRANÇOIS. l’Air ; et la Terre l’Élément de l’Eau et de la Terre ; et de
ces Quatre là il fait produire le Nombre de Trois à savoir
Ceux qui suivent la doctrine de Pythagore préfèrent le
les végétaux, Animaux et Minéraux, qui en sont crû et
Nombre de quatre à toutes les vertus de tous les nombres,
provenu, et qui en ont leur nourriture et leur entretien par
puisqu’il est un fondement et une racine de tous les autres
le moyen des Trois Principes, qui sont comme des seconds
Nombres.
Éléments, comme sont le soufre, le Mercure et le sel, lequel
Ce Nombre signifie ou la fermeté selon la démonstration entretien pour les dits trois Royaumes ce Grand Dieu fera,
de la figure Carrée. sans doute, durer si longtemps que la circulation des
Le Nombre de Quatre emplit par quatre termes tout Éléments durera, car les trois Principes ont leur naissance
simple progrès des Nombres : à savoir avec une unité 1. et leur croissance de la conjonction des Quatre Éléments
avec un 2. comme aussi d’un 3. et avec un 4. lesquels tellement que paraissant

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 43 – L’ESCALIER DES SAGES


notoirement dans la Genèse même que le Nombre de sert pour l’œuvre de la génération des Éléments tels qu’ils
Quatre est préféré à celui de Trois, il est plus raisonnable, sont impalpables et incompréhensibles pour les sens, à
que nous fassions ici de même, ne pouvant manquer cause de leur subtilité et incorporalité, jusqu’à tant qu’ils
nullement en suivant l’ordre que notre grand Dieu nous a soient assemblés et conjoints à une matière, ou corps épais.
prescrit lui-même de son propre doigt.

VREDERIC. VREDERIC.
Il en est de même dedans notre œuvre des Philosophes, C’est ainsi qu’il en va aussi avec notre œuvre des
comme je vous le démontrerai ensuite. Philosophes : mais il faut que je vous dis en passant, que
les Éléments, desquels la Nature se sert pour la génération
FRANÇOIS. des Animaux, sont plus subtils, invisibles et insensibles,
Nous sommes donc certains que les Trois Principes, le comme nous en avons fait mention autrefois en discourant
Soufre, le Mercure et le Sel ont leur origine et sont de la génération des animaux.
provenu de la conjonction des Quatre Éléments, comme
les Quatre Éléments de la conjonction de la Première FRANÇOIS.
Matière et de la Forme universelle, qui sont les Principes J’en suis d’accord avec vous, et, ce qui est digne
simples de la Nature ; que les Éléments aussi bien que les d’admiration, c’est que tous les composés se laissent
Principes, ou seconds Éléments, ne sont rien autre chose pourtant réduire en des Éléments sensibles, c’est que
que la Première Matière, laquelle a reçu la Forme de Lucretius exprime fort bien quand il dit : Ex insensiblibus
différentes manières ; et que la Matière seconde provient omnia consitunt Principiis. C’est-à-dire : Toutes choses sont
de la commixtion des Éléments, laquelle est le plus sujet faites des Principes insensibles.
aux accidents et qui vient à souffrir les tours et Tous les mixtes ou composés semblent bien
vicissitudes de la génération et de la corruption. extérieurement d’être composés seulement de deux
Trimégiste dit bien en peu de paroles, mais qui sont de Éléments à savoir de l’Élément de l’Eau et de la Terre,
grand efficace, et qui méritent d’être bien considérées : mais les deux autres Éléments sont cachés sous ceux-ci en
Quod est superius simile est ei quod est inferius. C’est-à-dire : vertu et en puissance, vu que l’Air étant invisible à notre
Ce qui est en haut est semblable à ce qui est en bas. regard, est en quelque façon compté entre les être
spirituels ; et le Feu de la Nature ne peut être touché ni
Car les choses en haut et en bas sont bien faites et séparé par aucun artifice, puisqu’il est le Principe Formel,
créées d’une même Forme et d’une même Matière, car la Nature des Formes ne peut être soumise au
mais au regard de leur lieu, de leurs commixtion et jugement des sens parce qu’elle est spirituelle.

leur perfection elles sont fort différentes. VREDERIC.


Monsieur J. d’Espagnet parle fort agréablement et Je viens de vous dire qu’il en va de même en notre Œuvre
intelligiblement de la Première Matière de la Pierre des des Philosophes, comme il vous plaît de nous en faire part
Philosophes en comparaison de cette très ancienne et par votre Théorie, et si vous en désirez d’entendre réciter
première masse, de laquelle toutes choses sont sorties, les expériences je vous les raconterai.
lorsqu’il dit : Antiquae illius massae confusae feu Materiae
Primae specimen aliquod nobis Nature reliquit in Aqua sicca FRANÇOIS.
manus non madesaciente, quae ex Terrae vomicis aut etiam Fort Volontiers.
lacubus scaturiens, multiplici rerum semine praegnans effluit,
totat, calore etiam levissimo, volatilis ; ex qua cum suo masculo VREDERIC.
copulata qui intrinseca Elementa eruete et ingeniose separare, ac Ayez donc un peu de patience pour m’écouter. Puisque
iterum conjungere noverit, pretiosissimum Naturae et artis vous avez confirmé par des raisons assez solides que le
arcanum, imo coe lestis essentiae compendium adeptum se Nombre de Quatre doit être préféré en rang au Nombre de
jactet. Trois, il ne sera pas besoin de les répéter, ni de les réfuter,
C’est-à-dire : La Nature nous laisse quelque signe ou mais j’y ajouterai seulement les choses que l’expérience
marque de cette très ancienne masse confuse de la m’en a découvert dedans l’œuvre des Philosophes.
Première Matière dedans cette Eau qui ne mouille pas les
mains, laquelle étant imprégnée de plusieurs sortes de Lorsque j’ai commencé à faire la séparation de la Lumière
semences des choses, proflue des cavités et des des Ténèbres de notre Chaos, j’ai vu que l’Air et l’Eau se
profondeurs de la terre, étant volatile même par un feu sont présenté au-dessus de la Matière comme une rosée,
très petit ; celui qui sait ingénieusement séparer et ou comme une sueur, et ce fort lentement et doucement :
rejoindre les Éléments intrinsèques d’icelle, quand elle est que le Feu joint à la Terre sont allés peu à peu en bas vers
copulée avec son mâle, il se peut vanter d’avoir acquis le le fond ; Que le Feu s’unit au commencement si
secret le plus précieux de la Nature et de l’art, et même un fermement à la Terre, qu’il ne s’en laisse aucunement
abrégé d’une essence céleste. séparer, et qu’il ne se veut relever en haut, devant que la
Les Quatre Éléments ne peuvent pas être trouvés ni acquis Première couleur (entendez la Noire, les Ténèbres ou la
chacun à part et séparé de toute commixtion et ces Putréfaction) soit tout à fait passée ou précipitée, et que la
Éléments ne sont pas simples ni à part, mais plutôt mêlés couleur Blanche, ou la couleur de la Lumière, soit
inséparablement ensemble ; tellement que la Terre, l’Air et découverte ; c’est alors que l’Élément Feu vient au jour,
l’Eau sont plutôt des Éléments parfaisants, ou des lequel se fait assez connaître par la lueur, par sa couleur, et
particules parfaisantes, et des corps, que des Éléments, par les opérations qu’il fait par et dedans les autres
lesquels peuvent bien véritablement être appelé des
réceptacles et des mères des Éléments : car la Nature se

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 44 – L’ESCALIER DES SAGES


Éléments, laissant le Feu Central à la Terre et la Lumière à qualité. Si l’Élément de l’Eau n’était, de quelle façon le
l’Eau et à l’Air de la Matière. végétable pourrait-il jeter et étendre sa racine dans la Terre
Ainsi se sépare le Nombre de Quatre, (entendez les Quatre et par quelle voie pourrait l’Air conduire le Feu, qui est la
Éléments) de notre Chaos, et ainsi se produit le Nombre nourriture principale de son âme végétante, pour son
de Trois (à savoir les Trois Principes, le Soufre, le Mercure entretien ? ne serait-il pas incontinent réduit en ses
et le Sel) par cette opération ou séparation ; et ainsi sont Principes ? Et si la Terre venait à faillir, sur quoi est ce que
engendré les seconds Éléments des Premiers Éléments ; le végétable se reposerait ? Si vous m’objectez qu’il y a
lesquels se laissent exalter et parfaire par l’art en des bien des végétaux qui croissent sur l’Eau et dedans l’Eau,
Principes plus subtils et meilleurs, jusqu’à qu’un Artiste qui s’y multiplient, et qui ne touchent en aucune façon à la
en fasse naître un être d’une durée et d’une perfection Terre ? Je vous donnerai pour réponse, que je connais bien
éternelle, par sa sage conduite, et qui soit résistant aux ces végétaux aussi, mais qu’il est à considérer sur quoi que
Éléments sans être sujet à aucun changement. l’eau reposerait elle-même ?
C’est ainsi, et tout de même avec notre végétable des
Ce qu’il vous a plu de dire devant les Éléments, et Philosophes ; car en cas que l’Artiste ne gouvernait les
particulièrement que les dis Éléments ne peuvent pas être Quatre Éléments, qui sont dedans notre œuvre, de la
trouvés chacun à part et sans aucune commixtion ; que les même manière, que fait la sage mère la Nature, selon les
Éléments communs devraient plutôt être appelés des ordonnances de ce grand Dieu, qu’il lui a plu d’établir dès
matrices ou des réceptacles des premiers Éléments, et que le commencement pour l’entretien et pour le
la Nature se sert des Éléments impalpables et insensibles gouvernement du Macrocosme ou grand Monde, nous
pour les sens, et quasi spirituels ; cela est très vrai, car on travaillerions assurément en vain, et n’aurions jamais à
le trouve tout de même dans l’œuvre des Anciens, espérer aucun succès heureux : mais en cas que nous
puisque la génération de la Pierre des Philosophes, selon laissions éclairer notre Air tout doucement de notre Soleil,
le dire des vrais Savants, se doit faire dedans les Éléments suivant la Sage mère la Nature ; que nous fassions
communs, avec iceux, par les même Éléments, mais ce qui pénétrer notre Air ainsi imprégné dedans notre Eau, et
a fait au commencement l’imprégnation dans la matrice que nous laissions imbiber notre Terre de ces dits
des métaux, et ce qui rend l’étincelle mouvante, ou la Éléments imprégnés de cette façon ; que nous la fassions
semence de leur sperme, opérante, et ce qui la tient dans tout doucement suer, moyennant la commotion naturelle
cet état végétant jusqu’au temps de la nativité de ce fruit de notre Soleil et de notre feu central, tellement qu’elle soit
Philosophique, ce n’est rien autre chose que les Éléments arrosée de nuit par la rosée, et puis étant séchée de jour
astrales intérieurs, ou bien Lumière de Ciel, qui agissent qu’elle devienne à sécher autant qu’elle commence à
continuellement dedans les Éléments commun comme fendre comme une terre grasse et fertile se crève et se
dedans l’Air, l’Eau, le Feu et la Terre de la matière, et ce fende par la chaleur du Soleil : que puis après elle soit
par l’aide de l’Artiste et par le feu matériel extérieur ; et ce arrosée d’une pluie fertile, reséchée, et qu’il soit ainsi
sont ces mêmes Éléments lesquels, agissant ainsi, tendent continué en l’arrosant et la séchant ; ainsi notre végétable
jusqu’à la perfection entière de l’enfant Philosophique, croîtra et s’élèvera de notre Terre, comme il se fait d’un
lequel doit provenir en perfection, sans faire aucun végétable commun selon le cours de la Nature.
détriment à sa mère, qui sont les quatre Éléments Voyez, mon très cher, combien étroitement que notre
vulgaires, tout de même comme le fruit d’un animal se œuvre correspond aux œuvres de la Nature au Règne
produit en perfection, sans faire aucun dommage à ses Végétable, Animal et Minéral.
père et mère. Ceci soit dit assez des Éléments en général, passons à cette
Si les Quatre Éléments pouvaient être séparer d’ensemble heure aux Éléments particuliers et avançant de notre pied
(ce que la Sage mère Nature n’a jamais permis) notre fruit sur le quatrième Degré nous recommencerons notre
jouirait tout aussi peu de croissance qu’un arbre ou discours de l’Élément le plus haut, à savoir du Feu, lequel
quelque autre végétable, lequel étant seulement privé ne viendra pas mal ici ensuite, vu que nous avons déjà
entièrement un moment de temps d’un seul des Éléments traité quelque peu de la Génération, et que cet Élément
serait réduit aussitôt dans un état qu’il n’en serait jamais à représentera, après Dieu et après son vicaire, le Soleil, la
espérer aucun accroissement. Pensez un peu, je vous prie, principale personne dans notre Histoire de la Nature.
si l’Élément de Feu manquait, si le végétable, étant privé
de l’âme végétante, qui consiste au Feu Élémentaire, ne FRANÇOIS.
mourerait incontinent ? S’il était privé de l’Air, s’il ne Votre intention est bonne : j’en suis bien contant ; vous
périrait tout aussitôt, vu que le Medium Vonjungendi duo vous reposerez un peu, si vous plaît, en attendant que je
extrema, qui sont le Feu et l’Eau étant ôtés, il ne se pourrait fasse le commencement de ce discours, et que j’entame
plus faire refaire aucune conjonction, et par conséquent il cette agissante matière.
ne se pourrait plus faire aucune croissance, parce que l’Air
est celui qui unit le Feu et l’Eau à la Terre, et lequel est VREDERIC.
attiré du végétable, par une vertu aimantine, qui lui est Je vous obéirai.
innée, et ce par les veines et pores qui lui servent d’en
pouvoir croître et augmenter par icelui en quantité et en

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 45 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 46 – L’ESCALIER DES SAGES
L’ESCALIER DES SAGES
LE QUATRIÈME DEGRÉ
DE L’ÉLÉMENT DU FEU
ET DU FEU DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I. Ps. 104. v. 2 : Il s’accoutre de lumière comme d’un


vêtement, et étend les cieux comme une courtine.
Que les Prophètes et les Philosophes ont comparé Jesaïe c. 33. v. 14 : Lequel de nous pourra habiter avec le
Dieu souvent à un Feu, et qu’ils l’ont dit même feu dévorant ?
d’être un Feu. Qu’il n’y a pas d’autre Élément du Feu Ch. 60. v. : Tu n’auras plus le soleil pour lumière du jour,
que celui du Soleil Que tous les principes de la mais le Seigneur te sera pour lumière éternelle, et ton Dieu
génération proviennent du Soleil. Le soleil est le pour ta magnificence.
premier opérateur dedans le Monde. Les générations Ezéchiel Ch. 34. v. 2 : La Terre resplendissait de sa gloire.
sont de différentes qualités à proportion que le Esdras L. 4 Ch. 2 v. 35 : Soyez préparés aux salaires du
Soleil est proche ou éloigné. Exemples de cela au royaume : car la lumière éternelle luira sur vous à
Royaume végétable. Au royaume Animal. Et au perpétuité.
Royaume Minéral. Quand l’homme reçoit l’âme Ch. 8. v. 23 : Duquel le regard sèche les abîmes, et
raisonnable. Pourquoi Dieu a ordonné le lieu de sa l’indignation fait abaisser les montagnes.
demeure principalement dans le Feu. J. Syrach. Ch. 23. v. 25 : Il ne connaît point que les yeux du
Seigneur sont dix mille fois plus clairs que le Soleil.
FRANÇOIS. Saint Jean Ch. I. v. 4 : En la parole était la vie, et la vie était

L e Feu est le plus haut, le plus excellent et le plus digne des


Quatre Éléments, et pour cette raison Moïse le
la lumière des hommes.
Ch. 12. v. 46 : Je suis la lumière qui suis venu au monde
afin que quiconque croit en moi ne demeure point en
Prophète, Trimégiste, Les Prophètes, les Apôtres,
les Evangélistes, et une infinité d’hommes Sages Ténèbres.
n’ont pas
Actes des Apôtres. Ch. 2. v. 3 : Et leur apparurent langues
seulement comparé Dieu même à un feu, mais l’ont aussi
départies comme de feu, et se posèrent sur chacun d’eux.
dit être un feu, vu que ce grand Dieu tout puissant s’est
manifesté souvent en forme de feu, comme nous avons Ch. 26. v. 13 : Je vis, O Roy, en chemin à midi une lumière
commencé à dire ci-devant, et comme nous tacherons de du Ciel plus grande que la splendeur du soleil reluire à
vérifier encore davantage ici par des passages de la sainte l’entour de moi, etc.
Ecriture. Saint Paul à Timothée Ep. I. c. 6. v. 16 : Le Seigneur des
Car au Chapitre 16ème, verset 15ème du Livre 4ème de Moïse, Seigneurs qui a seul immortalité et habite lumière
appelé Nombres, est écrit : Le feu sortant du Seigneur inaccessible, lequel nul des hommes n’a vu, et ne peut
consuma les deux cent cinquante hommes qui offraient la voir.
perfumigation. Aux Hébreux. Ch. 12. v. 29 : Aussi notre Dieu est un Feu
Au I. L. des Chroniques C. 21. v. 16 : Le Seigneur exauça consumant.
David par le feu du Ciel sur l’autel de l’holocauste. L’Esprit de St Jean Ch. I. v. 5 : Nous vous annonçons que
Psaume 18. v. 9 : Fumée montait de ses narines et feu de Dieu est lumière et n’y a nulle ténèbres en lui.
sa bouche qui consumait, et charbon s’embrasaient de lui. Une très grande quantité des savants ont cru que
Et au v. 13 : De la lueur qui était devant lui ces grosses l’Élément Feu avait sa propre sphère à l’entour et au-
nuée partirent, et charbon de feu. dessus de l’Air, et cette opinion est encore acceptée de la
plupart des Philosophes de ces temps : mais ceux qui
Ps. 80. v. 2 : Ô Pasteur d’Israël, toi qui est assis entre les
s’entendent à la vraie Philosophie de Moïse, et de Hermès
Chérubins montre ta splendeur. Trimégiste, Ils ne connaissent aucun autre feu de Nature
v. 4 : O Seigneur ramène nous et fait luire ta face et serons que la lumière du soleil : et c’est sans doute pour cette
délivrés. raison que Moïse n’a fait aucune mention en sa Genèse de
v. 5 : O Seigneur Dieu des armées jusqu’à quand fumeras- l’Élément Feu comme il a fait de la Terre, de l’Eau et du
tu encontre l’oraison de ton peuple ? Ciel, à cause qu’il avait dit que la Lumière (qui était le vrai
Ps. 84. v. 12 : Le Seigneur Dieu nous est Soleil et bouclier. feu de la nature) était créée le premier jour.
Ps. 97. v. 2 : Nuée et obscurité sont à l’entour de lui ; Lorsque le grand Dieu avait séparé la lumière des
Ténèbres au commencement de la Création du Monde, et
justice et jugement sont la base de son siège. Le feu
que de la Lumière il avait formé le soleil, il lui a donné
chemine devant lui et embrase tout autour ses adversaires.
alors aussi la chaleur vivifiante, afin qu’il pourrait
v. 5. Les montagnes comme cire par la présence de communiquer et rendre tous les autres corps de l’univers
l’Eternel.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 47 – L’ESCALIER DES SAGES


participants de l’esprit igné de la bénévolence de sa desquelles les animaux mangent ici sans en recevoir aucun
chaleur, car c’est de la chaleur du soleil que profluent dommage. Que les arbres parviennent en ce pays épaisses
généralement tous les Principes de vie et de génération. de plusieurs brassées, lesquelles étant creûes ici jusqu’à
Monsieur d’Espagnet parle fort ingénieusement du soleil, leur plus grande perfection ne sont guère plus grosses que
in sua Physica restitua , quand il dit : Sol creatoris universi est d’une brassée.
oculus, quo sensibiles suas creatura sensibiliter intuetur, quo Touchant le Règne Animale : en regardant les hommes
blandientes amoris sui radios in eas essundit quo se conspicuum aussi bien que toutes sortes d’autres animaux, on verra
illis exhibet, vix enim insensibilem autorem natura sensibilis qu’ils sont beaucoup plus robustes et pourvus de bien plus
agnovisset : propterea corpus tam nobile gloria sua indutum sibi d’esprit que ne sont ceux de ces Pays ici. Trouverait-on
nobisque singere vouit, cujus radii Divinitati proximi sunt bien ici des hommes qui pourraient prendre l’un l’autre
spiritus et vita. Ab illo universali Naturae principio calor omnis d’une main par un bras ou par une jambe pour lui faire
insitus tam in Elementa quam mixta destuit, qui ignis nomem ainsi le tour de la tête ou le jeter contre un arbre ou contre
meruit ; ubicunque enim calor spontaneus, motus naturalis, aut une paroi comme il y en a dans les pays de Brasil à qui
vit hospitatur, ibi suum ignem, tanquam eorum principium, et cela est facile de faire ? Ne trouve-t-on pas là des serpents
primium Elementorum motorem Natura occultavit, a quo d’une grandeur si épouvantable qu’ils peuvent engloutir
Elementa etiam sensibilia, feu Mundi nostri Pronvinciae des hommes, des pourceaux et des cerfs tout entier,
Elementantur, et velut animantur ; arctius tamen terrae utero desquels il ne s’en trouve ici qui soient guère plus que de
constrictus, propter ejus densitatem et frigiditatem, in haeret. l’épaisseur d’un bras. Des araignées de la grosseur de
C’est-à-dire : Le soleil est l’œil du Créateur de l’univers, deux poings, qui ont même la hardiesse d’attaquer et de se
par lequel il regarde sensiblement ses créatures sensibles, combattre contre des crabes de mer, et qui les peuvent
par lequel il verse les rayons flattants de son amour sur même survaincre ? et que plus est, que des oiseaux de la
elle : par lequel il se rend manifeste à icelle ; car la Nature grandeur des grives peuvent être arrêtés et pris dedans
sensible aurait difficilement reconnue un auteur insensible leurs filets ? comme il est à voir aux voyages des Indes, et
; c’est pourquoi qu’il s’est voulu faire un corps tant noble selon que la vérité m’est encore confirmée depuis peu
et revêtu de sa gloire pour lui et pour nous, duquel les d’un homme qui avait demeuré sept ans aux Indes
rayons étant très proches à la Divinité, sont esprit et vie. occidentales ; et vous savez que les plus grosses araignées
Toute chaleur qui est par tout descend de ce Principe de ces pays ici ne sont pas de la grosseur du bout d’un
universel de la Nature, aussi bien dedans les Éléments que doigt.
dedans les mixtes, laquelle à mérité le nom de feu ; car là Et considérant les Minéraux, les Métaux et les Pierres,
où il loge une chaleur volontaire, un mouvement naturel combien que les pierreries sont précieuses et en quelle
ou la vie, c’est là où la Nature a occulté son feu, comme quantité l’or, l’argent et les pierres précieuses sont
leurs Principes, et comme le premier moteur des Éléments, trouvées dedans les pays chauds. Il s’en faut tout à fait
duquel, même les Éléments sensibles, où les Provinces de émerveiller, et demeurer épouvanté d’étonnement quand
notre monde reçoivent leurs Éléments et deviennent être on lit les livres qui ont écrit de la grande puissance, des
comme animés ; ce feu se tient pourtant plus étroitement richesses et magnificences du grand Turc, de l’Empereur
au centre ou à l’utère de la Terre à cause de la froidure et de la Chine, du Japon et du grand Mogol, du Roi de Perse
de la solidité d’icelle. et de plusieurs autres grands Princes des Indes, desquels il
Le soleil emplit de son esprit et de sa vertu vivifiante tous me souvient entre autre d’une Histoire que j’ai lu, il y a
les autres Éléments, Principes et composés. Il assemble les quelque temps, du dernier Roi du Pérou, qui avait fait
Éléments à l’œuvre de la génération, il les unit et les fabriquer, au temps de la naissance de son fils, une chaîne
vivifie, car le feu de la Nature est le premier opérateur d’or d’une telle pesanteur qu’elle ne pouvait être soulevée
dans le monde, il a sa résidence dans le soleil et verse ses de deux cent des plus fort de la nation de Pérou, qui ont la
vertus par ses rayons, par et avec l’Air dans l’Eau, et par le renommée d’être bien robustes (si chaque personne ne
moyen de ceux là dans la Terre, et par tous ceux ici dedans pouvait soulever deux cent livres, le poids de 200.
les semences des végétaux des Animaux et des Minéraux, hommes porteraient vingt et huit millions à raison de 700.
afin qu’ils puissent infiniment croître et se multiplier, de tt. la livre d’or).
sorte que je dis, que le soleil, étant le premier moteur et Quelle prodigieuse quantité d’or les Espagnols ont reçu
opérateur de la Nature, vient à faire toutes ses opérations lorsqu’ils ont occupé les Pays de Pérou cela n’est presque
par sa chaleur à proportion qu’il est proche ou éloigné de pas exprimable, et ne peut être dit en peut de paroles,
la Terre, car tant plus proche que sa lumière étend sa mais nous épargnerons telles et d’autres histoires rares du
chaleur vers la terre, tant plus vitement, et au contraire même calibre pour un autre temps, lorsque nous parlerons
tant plus qu’elle demeure éloignée de sa superficie, tant des trois Royaumes en particulier : Je vous prie mon très
plus lentement, qu’elle cause les générations, et tant plus cher, de considérer à l’encontre de ce que je viens de dire
imparfaits deviennent les composés. combien peu d’or, et d’autres métaux, de l’argent, et des
pierreries que la chaleur du soleil vient à opérer et à
Vous pourrez prendre des exemples très apparents de ce produire dedans le terroir des Pays Bas, et s’il vaut bien la
que je viens de dire dans tous les Trois Royaumes de la peine de s’en ressouvenir.
Terre. Vous pouvez voir en tout ce que nous avons rapporté ici
Et Considérant premièrement le Royaume Végétable ; on de quelle façon et combien inégalement ce puissant
trouvera que les végétaux, qui croissent aux Indes et es dominateur et recteur du Monde, le Soleil, vient à faire
autres lieux ou le soleil cause une grande chaleur, sont effusion de ses vertus et de ses dons à proportion de sa
beaucoup plus grands de corps et de vertus que ceux qui présence ou de son absence, et ce selon les ordonnances
croissent ici aux Pays Bas. Que la ciguë et d’autres herbes qu’il en reçoit de son créateur.
vénéneuses ne font pas seulement mourir ceux qui en
mangent en ces pays là, mais tuent même par l’odorat,

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 48 – L’ESCALIER DES SAGES


Il semble que Virgile a été aussi de notre sentiment, quand
il dit :
CHAPITRE II.
Inde hominum pecudumque genus, vitaeque volantum, Et quae Que les Feux d’en bas ont leur origine des Feux d’en
marmoreosert monstra sub aquore Pontus, Igneus est illis vigor Haut. Ce que c’est que du feu et comment le feu
vient manifeste. Les sortes de feux qui se trouvent
et coelestis origo Seminibus.
dedans les Animaux, dedans les végétaux, et dedans
les Minéraux.
C’est-à-dire : C’est de là qu’est le règne des hommes et des
brutes, et que sont les vies des oiseaux : En les monstres de VREDERIC.

V
la mer ont une vigueur ignée ou de feu. Et les semences
ont une origine céleste.
ous avez, à ce me semble, assez solidement et assez bien
Sendivogius parlant de l’Élément de Feu : Ignis, inquit, est discouru de l’Élément du Feu, et particulièrement
Elementum purissimum, et omnium dignissimum, plenum de son origine ; de la lumière ; du Soleil, et de ses
influences dedans les composés, et de ses
adhaerentis unctuosae corrosivitatis, penetrans, digerens, opérations en
corrodens, maxime adhaerns, extra visible, intus vero invisible, iceux : vous étiez même monté avec votre esprit jusqu’au
fixissimum : Est clidum et siccum et temperatur Terra. Ejus feu glorieux qui environne le Trône du Créateur ; mais
omnium purissima substancia et essentia cum Throno Divinae vous avez parlé fort peu des feux matériels, terrestres,
Majestatis in creatione primum elevata est : ex minus centrales, Soufreux, Minérales et Mercuriels.
purissima ejus substantia Angeli creati sunt. Impura et
unctuosa in centro Terrae ad continuandum motus FRANÇOIS.
operationem, a summo creatore sapientissimo relicta et inclusa Il est vrai, mais je les ai réservé pour vous, afin que vous
est, quam nos gehennam vocamus. les résolviez par la clef de vos expériences.
C’est-à-dire : Le Feu est l’Élément le plus pur et le plus
digne de tous, il est plein d’un corrosif gras, il est VREDERIC.
pénétrant, extérieurement visible, mais intérieurement Fort bien : je m’en vais donc l’entreprendre selon la petite
invisible, très fixe ; il est chaud et sec, et se laisse tempérer capacité de mon esprit, et tacherai d’en faire mon
par la Terre. Toute sa plus pure substance et essence s’est commencement de la circonférence de la Terre, pour le
élevée à la création avec le Trône de la Majesté Divine. Les finir au centre d’icelle, puisque notre œuvre des
Anges sont créés de sa substance moins pure. L’impure et Philosophes doit être principalement produite en
l’onctueuse ou grasse est laissée et enfermée du très haut perfection par le Feu central de la Terre, nonobstant que
et très sage créateur dedans le centre de la Terre, pour toutes sortes de Feux, aussi bien ceux d’en haut que ceux
continuer l’opération de la motion, laquelle nous appelons d’en bas aient une grandissime sympathie ensemble, et
la géhenne ou l’Enfer. que les feux d’en bas aient leur origine de ceux d’en haut.
C’est dans le Feu que les raisons vitales, et l’intellect sont Vous avez bien touché quelque chose du Feu qui est caché
comprises, lesquelles l’homme reçoit de son créateur avec dedans les Animaux pour autant qu’il est descendu du
la première infusion de la vie étant dans l’état végétant, et Feu ou de la Lumière du Soleil ; qu’il les rend participants
c’est alors que l’homme est doué de Dieu d’une âme de la Lumière et de la vie, et même d’une telle manière
raisonnable, et c’est pour mors qu’il est appelé l’image de qu’ils ont en leur pouvoir de le multiplier en infini par le
Dieu. moyen de la transplantation et de la génération. Mais
Ce n’est pas aussi sans grandissimes raisons, que notre quelles sortes de feux il y a encore dedans les Animaux
Dieu tout puissant à mis le siège de sa Divine Majesté outre celui-là, vous n’en avez encore fait aucune mention ;
dedans le Feu ; car c’est pour cela qu’il ne peut souffrir et puisqu’il s’y en trouve plus d’une sorte, par la voie de
aucune chose impure, composée, ni tachée ; Aucun notre Anatomie chymique, qui sont utiles et nécessaires à
homme ne peut même regarder ni approcher ce grand savoir aux amateurs de sciences naturelles, il ne sera pas
Dieu vu que le feu le très subtil et le très pur, qui mal à propos de vous les communiquer ici par mes
environne sa très Sainte Majesté Divine, doit être expériences.
présumée et crue tellement concentré, qu’il est impossible Il faut que vous sachiez : Premièrement, qu’on, appelle
et tout à fait contraire à sa nature de souffrir aucune chose toutes sortes de matière brûlantes, du Feu, lorsqu’elles
composée auprès de lui, sans le résoudre dans un moment sont allumées par quelque feu brûlant, comme du feu
en ses principes. commun qui sert à la cuisson des viandes, ou d’un feu
causé par une émotion subite, ou par une contrition des
bois durs, ou par la conjonction des deux matériaux
contraires et concentrés en vertu. Car les superfluités de
Nature qui se trouvent aux hommes et autres animaux,
comme sont les cheveux, les ongles, la peau insensible, et
(sans vous perdre le respect) les excréments étant séchés,
aussi bien que les sept parties capitales d’iceux, comme
sont, le Cœur, le Cerveau, le Foie, le Poumon, les Nerfs et
les Veines, les ossements durs et mous les muscles et les
ligaments, avec toutes les matières que les corps des
animaux peuvent livrer davantage, étant (dis- je) bien
séchés, se changent tout aussi bien en feu et en cendres
que les bois secs ou autres matières brûlantes : Et les
raisons, pourquoi cela se fait ainsi, ne sont autres ; sinon,

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 49 – L’ESCALIER DES SAGES


que nous pouvons tirer, par notre art chymique, de toutes VREDERIC.
sortes des corps animaux, un soufre très parfait, et qui est Il s’en faut guère ; et quand je vous dirai, que l’on peut
tout à fait égal à celui duquel on se sert pour en faire des rendre l’esprit brûlant, qui est tiré du suc des corps des
allumettes, comme je vous ferai paraître par mes animaux, (comme nous venons de dire) non seulement
expériences ici ensuite. corporel mais aussi résistant au feu, et ce par le moyen
Secondement : Il se trouve une Espèce de Feu humide d’un feu qui se trouve dans les même corps des animaux,
dedans les animaux, lequel est fermentant, digérant et vous aiguiserez bien les oreilles encore d’une autre façon,
séparant les viandes et nutriments en matières pures et et n’en croirez peut être non plus rien que du susdit
impures, parfaisant les pures en chyle, le chyle en sang, et poisson Rémora, nonobstant qu’il soit faisable et assez
le sang jusqu’à une nourriture et un entretient général des souvent passé par nos mains, comme nous dirons ailleurs
sept parties capitales susdites des Animaux, et jusqu’à la plus au long quand nous entamerons notre discours des
production non seulement du sperme, mais aussi même sels.
jusqu’à un soutient et réconciliation des esprits vitaux, et En Sixième lieu : j’ai trouvé encore une espèce de Feu dans
séparant les impures par les émonctoires et les corps des animaux, qui attaque et dissout pour la
particulièrement par la sueur, par l’urine et par la selle. plupart les corps des végétaux, Animaux et Minéraux en
Tiercement : Il se tire un feu des corps des Animaux lequel chemin humide aussi bien, qu’en chemin sec, puisque ce
est fort semblable à celui de l’esprit de vin lequel se feu est de la nature du Salpêtre et qu’il peur faire toutes les
prépare de la façon suivante. opérations qu’on attribue au Salpêtre.
Prenez les corps de quelques animaux, séparez en les En Septième lieu : je puis dire que les corps des Animaux
superfluités de nature et les excréments, hachez les bien sont encore doué d’un autre feu, qui est de la nature du sel
menus, cuisez les si longtemps avec de l’eau commune de la mer.
que votre matière soit devenue insipide, et que l’eau en ai Voilà les sortes de feu qui se trouvent dedans les corps des
tiré toute la substance ; faites rafraîchir cette liqueur
Animaux, et qui en peuvent être tirés effectivement.
jusqu’au point qu’elle soit propre pour la faire fermenter
selon l’art, laissez la bien travailler, et tirez en alors l’esprit Voyons un peu à cette heure de quelles sortes de Feux que
par l’alambic, et vous en recevrez un esprit qui ne sera pas les Végétaux sont imprégnés.
seulement buvable, mais qui se laissera allumer aussi de la Les Végétaux sont doués de deux sortes de Feux
même façon que l’esprit de vin. différents, outre cette étincelle de leurs vertus et de leurs
En Quatrième lieu : On peut tirer un Feu humide des qualités qu’ils ont reçus par l’infusion première du soleil
corps des Animaux, et particulièrement, de leurs cheveux, ou de la lumière. L’un en étant volatile et l’autre fixe. Le
ongles, cornes, et de leur urine, lequel est capable de volatile est de trois sortes, à savoir ; un esprit ardent, une
produire des beaux effets en médecine par la vertu de sa huile, et un esprit ou sel volatile. Le feu fixe est de deux
grandissime spiritualité, et plus particulièrement encore, sortes : un Acide et un Alcali.
quand on l’a mis à fermenter selon l’art, lorsqu’il s’en fait Nous trouvons que le Feu spirituel se découvre lorsque les
un esprit tellement subtil, qu’il ne pénètre pas seulement végétaux sont hachés, fermentés et distillés, car c’est alors
intérieurement le corps tout entier comme un éclair, mais que l’esprit passe fort volontiers par l’alambic, comme si
qu’il est aussi capable d’amener avec lui et de conduire les c’était un esprit de vin, et se laisse de même allumer par
soufres des végétaux dedans les corps des animaux, et de les vapeurs du soufre, comme nous avons dit ci-devant du
les guérir de leurs maux quasi en un moment de temps, feu humide animal.
c’est de quoi nous nous entretiendrons une autrefois plus Le second Feu qui se trouve dans les végétaux est leur
amplement. huile, laquelle se laisse aussi allumer, encore qu’elle puisse
En Cinquième lieu. Il se trouve un feu dedans les de même être réduite par l’art à une matière résistante au
animaux, lequel nous pouvons véritablement appeler le feu, comme nous avons dit quand nous avons tenu
vrai réceptacle de l’humide radical, puisque c’est icelui qui discours du feu animal.
arrête et lie l’humide radical en son sein, et que c’est icelui Le Troisième Feu que les végétaux contiennent est leur
qui est le principal lien de tout le corps composé qui lie les esprit et leur sel volatil lesquels font leurs opérations de la
Éléments ensemble, et encore que les Éléments viennent à même manière que l’esprit d’urine, mais il est à remarquer
être séparés, et qu’ils sont déjà séparés, ce feu demeure que quelques-uns uns végétaux donnent plus, les autres
persistant éternellement, et résiste même si moins de sel volatil, à proportion de leur qualité qu’ils ont
vigoureusement contre le feu matériel tout dévorant et reçus au commencement.
tout détruisant, qu’il ne peut pas seulement dissoudre les
Le Quatrième Feu se découvre au sel acide, duquel
cendres des corps des animaux brûlés, et les parfaire à un
corps diaphane pareil à celui du verre ou d’un Cristal, l’artiste sait tirer un esprit de sel ou de Notre pour s’en
mais qui est même capable d’arrêter leur soufre volatil, et servir pour les objets Mercuriels ou soufreux comme bon
de fixer et l’élever à une matière blanche, claire, lui semble.
transparente et résistante au feu comme un Cristal. Le Cinquième Feu qui est dans les végétaux, est le sel fixe
qui reste dedans les cendres des végétaux brûlés, qui s’en
FRANÇOIS. tire par le moyen de l’eau commune. Ce sel est dit, à bon
Vous parlez des choses presque si rares et si admirables droit, sel fixe, à cause qu’il est capable de dissoudre même
comme on en récite du Poisson Echiné ou Rémora, lequel, la Terre fixe et de l’aider à parvenir jusqu’à une matière
à ce qu’on dit, peut arrêter en un moment un navire en fixe et résistante au feu comme le verre.
pleine voile, et la rendre, quasi au même instant immobile. Il nous reste encore le Feu Minéral qui se trouve par notre
anatomie dedans les minéraux et dedans les métaux et qui
est véritablement une humidité sure ou corrosive, vu que

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 50 – L’ESCALIER DES SAGES


tous les métaux et minéraux se laissent dissoudre par un
tel feu humide et vaporeux, ce que ne se pourrait faire, s’il
CHAPITRE III.
n’y avait un tel feu pareil caché dedans les sels fixes et Ce que c’est que le feu Central de la Terre. Que le feu
volatils des métaux et des minéraux, car chaque chose des Philosophes est semblable au feu central.
aime son semblable, et se délectent par ensemble : c’est Différence entre le feu commun et le feu des
pourquoi que les atomes ou les particules de ces faux
humides ou esprits salins savent si bien pénétrer et entrer
Philosophes. Confirmation des Philosophes du Feu
dedans les pores des métaux et des minéraux, qu’ils humide. Que l’aspect des trois couleurs capitales
viennent aussitôt attaquer les sels, qui sont joints et unis doit suffire pour la confirmation de la vérité de la
avec leur Soufre et leur Mercure per minima , et qu’il les Pierre des Philosophes.

L
font fondre fort volontiers avec eux, et en leur propre
nature, à cause que la plus grande partie des corps des
métaux est un sel fixe coagulé, et qu’ils possèdent aussi e Feu Central de la Terre n’est autre chose qu’un feu
fort différemment peu ou beaucoup de sel fixe ou volatil, à humide de la nature du soufre et du Mercure tout
deux, et aimant pour cela aussi bien les mixtes
proportion de leurs qualités différentes. soufreux que les Mercuriels au Royaumes
végétable
Il est à remarquer ici, que ce feu humide qui se trouve au
qu’Animal et Minéral ; et nous pouvons dire, que notre
Royaume Minéral, est de deux sortes. L’une sorte étant de
feu humide, duquel nos nous servons dans notre œuvre
la nature du Soufre, l’autre de celle du Mercure.
des Philosophes est un feu de la même nature, car comme
Les métaux que nous jugeons être plus de la Nature du le feu Central de la Terre vient à partager et à donner
Mercure que du soufre sont : le Plomb, l’Etain, le Fer, le indifféremment par l’aide du soleil, à tous les végétaux
Cuivre, l’Argent, et le vif argent, ce qu’il me semble de soufreux et Mercuriels, et de même à tous les Animaux et
paraître par-là, que lesdits métaux se laissent fort Minéraux, leur commencement, leur accroissement leur
facilement attaquer, fondre et dissoudre par les feux perfection leur déclinaison, leur changement et leur
humides soufreux, parce que le soufre comme le mâle agit séparation en leurs Principes ; ainsi fait notre feu des
fort volontiers dans la femelle, qui est le Mercure, Philosophes tout de la même manière, puisqu’il opère
puisqu’il l’embrasse et qu’il l’accepte avec grand amour. indifféremment dans le Royaume Métallique, y dissolvant,
Et que l’Or contient plus de soufre que de Mercure, cela coagulant, séparant et rejoignant tous les métaux Soufreux
est évident par-là, qu’il ne se laisse aucunement unir par et Mercuriels, les produisant, par la putréfaction à une
des dissolvants, soufreux, mais qu’au contraire il se laisse autre matière qui n’est plus fusible, laquelle ne peut être
fort volontiers absorber, fondre et dissoudre par des feux réduite en aucun corps métallique non plus, (selon le dire
humides mercuriels ; car vous cuirez bien longtemps l’or des Philosophes) qu’à la seule perfection des corps
avec un esprit de Salpêtre, avec un esprit de vinaigre, ou métalliques de l’Or.
de vitriol : ou le rôtirez une infinité de temps avec du Notre feu n’est pas de la Nature du Feu commun, qui est
Salpêtre ou avec du vitriol corporel devant que l’or soit contraire à toute sorte de génération, car il détruit et
diminué par iceux de la pesanteur d’un seul grain, ou anéantit toutes sortes de soufres combustibles qui sont
qu’au contraire ces esprits attaquent et dissolvent la dedans les végétaux, dedans les Animaux, et dedans les
plupart fort volontiers, les susdits Plomb, l’Etain, le Fer, le Minéraux, et même les vies d’iceux, et peut être appelé à
Cuivre, l’Argent et le vif argent. bon droit un ennemi héréditaire de toute la nature des
Vous bouillirez aussi bien longtemps les susdits métaux, mixtes, car il n’a pas un corps propre de lui-même, mais il
et particulièrement le Saturne, le Mercure et la Lune avec possède seulement un corps étranger, auquel la flamme
de l’eau royale, ou avec quelque autre feu humide, ou il y allumée et le soufre gras venant à faillir, il s’éteint et
a du sel de mer ajouté, sans qu’il s’en laisse dissoudre fort s’évanouit. Notre feu, dis- je, dont nous nous servons pour
peu de chose, au lieu que l’Or se joint fort volontiers avec l’œuvre des Philosophes, n’est pas un tel feu, parce qu’il
eux. faut qu’il amende toujours notre matière, et qu’il l’exalte
Ce qui est dit ici des métaux et de leurs dissolvants peut en qualité ; ce que les vrais Philosophes nous confirment
être entendu aussi des minéraux ; vu que les minéraux ne unanimement ; voyons ce qu’il en dit le Père des
sont autre chose que des métaux imparfaits comme les Philosophes.
métaux imparfaits sont aussi sur le chemin de parvenir à Hermès Trimégiste, in Libro de Compositione : De cavernis,
la perfection de l’Or. inquit, metallorum qui est Lapis venerabilis, calore splendidus,
Je ne trouve pas à propos de discourir davantage de cette mens sublimis et mare patens, ponite eum in igne humido, et
matière ici, ni de toucher tous les minéraux en particulier coquere facite qui calorem humoris augmentat, et
en ce lieu, la matière en étant trop ample pour l’entretien incombustionis siccitatem necat, donec appareat radix, deinde
que nous avons entamé de l’Élément du Feu : il nous reste rubedinem et partem levem ab eo extrahite. etc. C’est-à-dire :
seulement de faire encore un peu mention d’une sorte de La Pierre vénérable qui est tirée des Cavernes des métaux,
Feu, qui est le Feu Central, duquel nous nous servons à qui est splendide de chaleur, qui a l’âme sublime et qui est
notre œuvre des Philosophes, et puis nous tacherons de une mer ouverte, mettez-la dans le feu humide, et faites la
finir notre discours de cet Élément. cuire, que la chaleur de son humeur s’augmente, et que la
sécheresse de l’incombustibilité se tue, jusqu’à que la
racine paraisse, puis après tirez la Rougeur et la partie
légère, etc.
Anonymus, in De Massa Solis et Lunae : Tota hujus artis
efficacia consistit in igne suo, qui est humidus. C’est-à-dire :
Toute l’efficacité de cet art consiste en son feu, qui est
humide.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 51 – L’ESCALIER DES SAGES


Anonymus, in De Principiis Naturae et artis Chymicae : FRANÇOIS.
Radix auri aliud non est quam humorosa et inguis vaporeitas Mon bien aimé ! Je sais fort bien que le Feu est un Élément
collecta ex duabus naturis, Argento vivo et Sulphure. C’est-à- qui doit être considéré dans l’œuvre des Philosophes de
dire : La racine de l’Or n’est autre chose qu’une vapeur tous les vrais Philosophes pour un feu humide participant
humide et grasse, assemblée des deux natures, de l’Argent de la nature du soufre et du Mercure. Ce pourquoi il me
vif et du Soufre. semble, (sous votre meilleur avis) qu’il n’est pas nécessaire
Sendivogius, in Tractatu de Sulphure : Sulphur et Mercurius que vous vous donniez la peine d’alléguer un plus grand
sunt minera Argenti vivi (conjuncta tamen) quod Argentum nombre d’auteurs pour vérifier et pour établir davantage
vivum habet posse metalla solvere, occidere et vivificare, quam par-là votre sentiment, mais selon mon jugement, qu’il
potestatem accepit a sulphure acetoso suae propiae naturae. doit suffire ce que vous venez à démontrer par vos
C’est-à-dire : Le soufre et le vif Argent sont la mine de expériences : savoir, que les trois couleurs capitales
l’Argent vif (pourtant joint ensemble) lequel vif argent a le viennent par ordre par le moyen de notre feu humide qui
pouvoir de dissoudre, de tuer et de revivifier les métaux, est notre matière, et que les métaux peuvent être conduis
lequel pouvoir il a reçu du soufre de sa propre nature. par icelui en un état tel, qu’ils ne peuvent plus être réduits
Senior Zadith : Aqua Philosophorum est caput operis eorum, et en des métaux.
clavis, et vita corporis defuncti eorum, quae est terra eorum Vous savez aussi ce que Sendivogius assure de la
benedicta sitiens. Et sicut Aer est calidus et humidus, similater destruction des métaux quand il en parle en ces termes :
Aqua eorum est calida et humida, et est ignis Lapidis, et est Qui ita metalla scit destruere ut per amplius non sint metalla, is
ignis circumdans, et humiditas Aquae eorum est Aqua. C’est-à- ad maximum pervenit arcanum. C’est-à-dire : Celui qui sait
dire : L’eau des Philosophes est le chef de leur œuvre, et la tellement détruire les métaux, qu’ils ne soient plus des
clef, et la vie de leur corps défunt, qui est leur terre bénite, métaux, il est parvenu au plus grand arcane.
qui a soif. Et comme l’Air est chaud et humide, ainsi est Et Paracelse : Facilius est metalla construere quam destruere.
aussi leur Eau chaude et humide, et est le feu de la Pierre, C’est-à-dire : Il est plus facile de construire les métaux, que
et est le feu entourant, et l’humidité de leur Eau est de de les détruire.
l’Eau.
Hermès : Ignis quem tibi monstravimus est Aqua. C’est-à- VREDERIC.
dire : Le Feu que nous vous avons monté est de l’Eau. Il est vrai, vous avez vu tous ces auteurs et bien d’autre
Senior Zadith : Parvenit in hanc aquam praeparatione prima avec vous : rompons donc ce propos et avançons à
virtus supérior et inferior. C’est-à-dire : La vertu supérieure l’Élément de l’Air, ou bien vous semble-t-il que nous
et Inférieure est parvenue dans cette Eau par la première étendrons encore un peu davantage notre discours sur
préparation. cette matière ?
Le même : Nominavit Hermes Aquam Philosophorum Albam
Aurum, ideo quod anima tingens latet in Aqua illorum Alba,
cum dominetur ei spiritus calore suo et albedine. C’est-à-dire :
CHAPITRE IV.
Hermès a appelé cette Eau blanche des Philosophes de Des feux souterrains et des montagnes embrasées par
l’Or ; à cause que l’âme qui teint est cachée dedans leur toute la terre. Dans l’Asie. Dans l’Afrique et dans
Eau blanche, lorsque l’esprit domine sur elle par sa l’Amérique. Que le feu central est tout autre que celui
chaleur et par sa blancheur.
des montagnes embrasées.
Le même : Tinctura est tota Aqua tingens. Toute la
teinture est une Eau teignante. FRANÇOIS.
Bernhardus : Scias quod Aqua nostra Mercuralis sit via, et
ignis adurens, mortificans et restringens aurum plus quam
ignis communis : Et proptera, quanto melius cum eo miscetur,
C omme il vous plaira : il est bien vrai que notre intention
est bien d’être court et simple en notre discours, et
fricatur et teritur, tanto plus ipsum destruit, et aqua viva ignea nous savons bien aussi tous deux, qu’il n’est pas
besoin de se servir de beaucoup de circonstances
plus attenuatur. C’est-à-dire : Sachez que notre Eau pour ceux qui
Mercurielle est vive, et un feu brûlant, mortifiant et ont la connaissance de l’art, puisqu’ils les hissent, et les
restringeant l’or plus que le feu commun ; Et pour cette fuient ; il me semble pourtant, qu’il ne serait pas
raison, tant mieux qu’il est mêlé, frotté et broyé avec lui, désagréable au lecteur curieux, si nous étendions notre
tant plus le détruit-il, et quand plus est-il rendu menu par entretien encore quelques peu du feu souterrain, et des
cette Eau vive ignée. autres lieux et des montagnes qui jettent du feu.
Rosinus : Cerum habeas, quod nulla tinctura sit unquam, nisi
per Aquam sulphuris mundam. C’est-à-dire : Vous pouvez VREDERIC.
être assuré qu’il ne se fait jamais aucune teinture que par Vous touchez bien cette matière, et je ne trouve non plus
une Eau pure de soufre. mal à propos que nous exprimions un peu nos sentiments
Petrus Bonus : Aqua Sulphuris est Argentum vivum de de quelle façon les feux souterrains comme celui du mont
sulphure composito extractum, est Aqua viva, et hoc est quod Etna, du Vésuve, du mont Hécla et des autres montagnes
proprie dicitur, Lac Virginis, Aqua sincea, coelestis et gloriosa. peuvent brûler si longtemps et si continuellement : d’où
L’Eau de soufre est de l’Argent vif extrait du soufre provient un tel embrasement : de quelle façon il s’éteint et
composé, et est une Eau vive, et c’est cela ce qui est se rallume ; comme aussi de quelle façon il peut arriver
proprement dit le lait virginal, l’Eau sincère, céleste et qu’il en survienne à la Terre et aux Végétaux, Animaux et
glorieuse. Minéraux des si grands accidents, altérations et maladies :
Et autre tout cela, d’approfondir si ceux-là sont bien
fondés qui soutiennent que le Feu souterrain, et celui qui
s’allume dedans les montagnes et dedans les conduits de

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 52 – L’ESCALIER DES SAGES


la Terre, à savoir s’il est aussi d’une propriété corrompante largeur de mille pas, quelquefois de deux mille, et
et consumante comme celui de la flamme. quelquefois de trois et quatre mille pas, et cela quelquefois
de la longueur de dix huit mille pas, de sorte qu’on ne se
FRANÇOIS. peut étonner assez d’où une si prodigieuse quantité de
Nous sommes d’accord, et vous avez raison de parler de la matière fondue peut être provenue.
sorte, car il me semble aussi bien que vous que nous Il n’est moins digne d’admiration que les pierres de la
passerions et finirions trop tôt notre discours de l’Élément grandeur d’une maison toute entière, et rouge comme des
du Feu, si nous ne nous émerveillâmes aussi bien que tant charbons sont quelquefois jetés du profond de la
d’autres, des effets prodigieux et épouvantables que notre montagne de l’étendue de plusieurs lieues.
grand Dieu fait paraître et produire par le moyen du feu Comme aussi : que la mer est par des places bouillante par
souterrain, car les cheveux dressent les personnes sur la le mouvement du feu souterrain comme un pot ou comme
tête, quand on entend parler ceux qui ont vu et visité les un chaudron qui est sur le feu et ce de l’étendue
montagnes embrasées : ou bien quand on vient à lire les quelquefois de plusieurs lieues, et qu’elle est aussi par
livres de ceux qui en ont écrit les histoires. places élevée de la hauteur de quelques piques.
Quelles merveilles ne raconte-t-on pas de la montagne de
Ces mouvements admirables ne sont pas seulement
l’Etna en Sicile toujours brûlante ? qui est ce qui n’est propres et communs au mont Etna, mais les monts Vésuve
épouvanté de ses admirables et de ses horribles effets ? et Stongilus en Sicile sont de la même nature, lesquels sont
La hauteur perpendiculaire d’icelle est, selon la jugé de plusieurs, que nonobstant qu’ils soient bien
mensuration de Macrobius et de Clavius, de trente mille éloignés les uns des autres, qu’ils communiquent pourtant
pas : on ne voit sur la pointe d’icelle que des cendres et la matière brûlante ensemble par les conduits souterrains,
des pierres ponce, mais en regardant vers le pied de cette vu que une grande partie de l’Italie n’est qu’une
montagne ils paraissent des belles prairies, des vignes et combinaison de soufre et de sel.
des forêts de sapins. Je ne doute pas que toutes les autres montagnes brûlantes
La plus grande ouverture est jugée de comprendre Une dans l’Europe, dans l’Asie, dans l’Afrique et dans
circonférence de douze lieues, et il semble que son creux l’Amérique ne soient composées par la Nature de la même
descend jusqu’aux enfers. matière, à cause qu’elles jettent du feu et font les même
Ce trou semble d’être un abîme horrible, et la montagne effets que celui-ci.
ne donne seulement par-là, mais aussi de tous les cotés, Je vous en ferai paraître la plus grande partie de toute la
une fumée et une flamme avec un hurlement si terrible Terre, et en continuant celles de l’Europe, je vous dirai :
comme s’il en sortait de l’éclair et du tonnerre, d’une telle qu’il y en a une en Allemagne dans le pays de Meissen qui
fureur, que ce bruit et cet éclat tant furieux est capable de est une Montagne de houille qui jette quelquefois de la
faire prosterner à la terre les plus hardis d’alération et fumée et du feu.
d’épouvante, et de leur faire faire des prières à Dieu qu’il En Laplande il y a aussi des hautes montagnes qui jettent
plaise à la Divine Majesté qu’ils en puissent retourner
et vomissent de la flamme comme le mont Etna.
sains et saufs comme d’un gouffre d’Enfer.
En Islande il y a la Montagne de Hecla, qui est connue
On y voit des rochers brûlés comme de pierre ponce quasi à tout le monde, son sommet étant toujours couvert
spongieuse : Des concavités qui sont capables de contenir de neige, et son pied tellement brûlant, que personne ne
un nombre de plus de trente mille hommes : Une grande l’ose approcher de la distance de plusieurs miles sans
quantité de très grandes pierres ponce rouges et des autres péril. Elle jette une quantité de pierres et de Cendres si
matières comme sont celles qui se séparent du fer et des grande, que tout le terroir qui est à l’entour en est rendu
autres métaux aux forgeries. stérile, puisqu’il en est couvert : Quand les habitants à
Vous voyez là des passages et des chemins par où les l’environs en entendent les hurlements et fracassements
métaux fondus sont coulés, qui sont brûlé comme du verre terribles, ils s’imaginent que les âmes des damnés
trouble, et qui n’est pas transparent : Et, ce qui est digne souffrent là des tourments, et que c’est pour cela qu’ils
d’admiration, c’est que la neige demeure toujours sur le font des cris si lamentables.
sommet d’icelle sans se fondre. En Groenland, près du pôle Arctique, il y a une Montagne
On peut laisser juger ceux qui l’ont vu et qui l’ont monté, brûlante, qui donne par son pied une fontaine si chaude,
combien il fait périlleux de monter une telle montagne, vu que les celles des moines d’un cloître, qui n’est pas bien
qu’ils en racontent non sans un grandissime effroi de ceux loin de la montagne, n’en sont pas seulement chauffés,
qui l’entendent, que quantité de personnes, tant comme par des étuves, mais aussi que les viandes et le
spirituelles, que des temporelles, qui croient de la monter pain sont cuit par sa chaleur. On a là des jardins qui
par curiosité pour la voir, sont tombés dans des creux et produisent (cause de cette chaleur) toutes sortes de fleurs
des cavernes qui étaient légèrement couvert de cendres et et de fruits. Cette eau coule par ces jardins dans un havre
y sont englouties et péries misérablement. qui n’est pas loin de là, qui ne gèle jamais à cause de sa
Il n’est pas peu dangereux non plus de se laisser trouver chaleur ; ce pourquoi il arrive qu’il se trouve là une si
sur cette montagne ou auprès d’elle quand l’air est ému ou grande quantité d’oiseaux et de poissons que les habitants
qu’il fait du grand vent, à cause qu’il se fait alors un tel s’en peuvent nourrir aisément.
mouvement à la neige et à la cendre, que tous ceux qui On trouve par places aux Îles de Finlande, de Norvège, de
sont à l’environs peuvent être assurés qu’ils en seront Laplande et des autres quartiers, de la Mer aussi bien que
couverts et suffoqués. de la Terre, des places où la Terre produit de l’herbe, des
Les Histoires font mention qu’il y a des cavités et des fleurs et des fruits qui sont propres et bons pour en
trous dedans le Mont Etna, par ou les minéraux et les nourrir les hommes et les bêtes, et qu’en d’autres places,
métaux fondus sont découlés, qui sont quelquefois de la qui ne sont pas loin de là, on n’y trouve que de la neige et

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 53 – L’ESCALIER DES SAGES


de la glace ; et que la mer est par places toujours ouverte, deux en Monopata : et quatre dans les pays de Angola, de
sans être gelée, ou qu’elle est au même temps, ) peu Congo et de Guinée.
d’espace de ces lieux, toujours gelée, et la glace épaisse La mer Atlantique à sous elle une si grande quantité de
quelquefois jusqu’à septante ou quatre vingt brassées. feu souterrain, qu’ils en sortent encore aujourd’hui par
Dans l’Asie. places des feux et des grandissimes flammes hors de l’eau,
Il y a une île en Perse, appelée Oemusium, dont toute la desquels Colombus et Vesputius ont expérimenté les
terre est presque remplie de Feu souterrain : Et il se trouve cruautés.
dans la Perse même partout tant de puits et des concavités Les Îles Terzère ne sont presque pas habitables à cause de
de soufre qu’elles font bien souvent avoir peur à ceux qui la véhémence de la grande quantité de feu souterrain.
voyagent de nuit. Sur les Îles de Canaries, il y a la montagne renommée de
En Mède, près de la ville capitale Sufa, sorte le feu d’une Picus, qui est d’une hauteur surprenante et jetant toujours
telle furie hors de la terre avec un bruit si horrible comme un feu terrible.
s’il sortait par quinze cheminées. On compte au Royaume de Chili quinze montagnes
Et en Tartarie, du coté de la Muscovie, sont les ouvertures brûlantes, desquelles il y en a quelques-unes unes qui ont
brûlantes fort communes. causé à ce Royaume tant de malheurs l’an 1645, qu’il y a
Dans les Royaumes d’Indoustan, de Mogor, de Tibet et eu tant de villes bouleversées et englouties, que le temps
dans le grand Royaume de la Chine les feux souterrains et ne nous permet pas d’en faire ici le récit de cette histoire.
les montagnes brûlantes sont fort communes : Il y a même Il se trouve au Royaume de Pérou Six montagnes
dans le pays de Chine des campagnes toutes entières embrasées outre une quantité de spélonques brûlantes, et
desquelles le feu sort d’une naturelle manière, que les ces montagnes sont d’une hauteur excessive.
habitants de ces pays mettent leurs pots sur ces petits L’Amérique.
puits ou cavités de feu pour cuire leurs viandes dessus. On a aperçu cinq montagnes brûlantes dans l’Amérique
Dans la Japonie il y a une montagne qui vomit de jour et septentrionale qui se trouvent partie dans la nouvelle
de nuit une telle fumée et un si grand feu, qu’elle ne peut Espagne, et partie dans la Californie et autres lieux.
pas être vue seulement de ceux de la fameuse ville de
Firando qui en est de la distance de soixante et dix miles, VREDERIC.
mais qu’elle donne de la lumière et qu’elle éclaire toute Il n’est pas besoin que vous vous donniez la peine de faire
l’île comme un flambeau. ici un grand récit d’une quantité de montagnes embrasées,
Les îles des Philippines et tout l’Archipel de St. Lazare vu que j’ai lu aussi bien que vous, ce qu’en ont écrit
sont si plein de feu souterrain qu’il se découvre en Franciscus Ricardi : Andreas Perez : Alphonsus d’Ovale :
quantité aux cavités et es profondeurs des plates P. Tursselinus : Massejus : Martinus Martinius : N.
campagnes. Zerretus : Olaus : Kircherus : Nieuhof : Montanus : Blaeu :
Dans l’Ile de Java il y a une montagne de laquelle Dapper : Baldcus : Zeilerus, et quantité d’autres ; ce qu’ils
l’embrasement a été des longues années tranquilles, mais ont écrit, dis-je des feux soufreux souterrains et des
s’est réveillé l’an 1586, par une décharge de soufre brûlant montagnes brûlantes ; vous savez bien aussi qu’il se
si violente qu’il y a eu dix mille hommes de circun voisins trouve par tout le monde assez de matière brûlante,
qui en ont été tués. comme du bois, des tourbes et de la houille : mais que ces
feux là seraient de la nature et de la même propriété du
Sur l’Ile de Timor il y a eu une montagne, appelée Picus, feu Central de la Terre, et que les feux susdits ne seraient
d’une telle hauteur qu’on pouvait voir la flamme sur la
allumés de tous les cotés que du feu Central, comme
mer à plus de trois cent lieues à de là. Cette montagne à
quantité de Philosophes ou naturalistes modernes (ou qui
été attaqué l’an 1636 d’un tremblement de terre si rude
veulent passer pour tels) veulent soutenir, cela n’est pas
qu’elle a été enfoncées avec l’île tout ensemble dans la concordant avec les opérations du feu des Philosophes,
mer, comme si la mer l’avait engloutie. La montagne non plus qu’il serait requis des serpents de cuivre avec des
Gonnapi sur l’une des îles de Bandana s’est rallumée alambics dessus pour empêcher l’Eau de mer à monter
d’une telle furie, après avoir brûlé dix sept ans de temps, avec son sel, quand on la veut dulcifier par la distillation,
qu’elle a jeté une si prodigieuse quantité de grosses comme un certain auteur moderne qui a écrit quantité de
pierres, des cendres, des pierres ponces et des pierres beaux volumes prend l’assurance d’enseigner. Non, mon
soufreuses, qu’il semblait que toute la mer en était bien aimé, toutes ces sortes de feux n’ont pas rien de
couverte, et qu’elle en brûlait et que tous les poissons et commun avec le feu Central de la Terre, ni avec celui des
autres animaux, qui étaient à l’environs, en sont péris. Philosophes, lesquels (comme nous avons dit assez) sont
Sur l’île de Ternate, qui est une des Iles des Molucques, il des feux humides et qui font amender les métaux et les
y a une Montagne qui perce les nues, dons la partie minéraux, au lieu que les susdits ne font que détruire et
supérieure brûle toujours. corrompre toute chose.
Aux îles de Maurice, et particulièrement des spélonques
de la Montagne Thola, il se jette tant de cendres et si
grandes pierres qu’elles ne cèdent en rien aux plus grands
arbres, et que l’ouverture paraît comme la gueule de
l’Enfer.
En Afrique.
On a découvert huit montagnes brûlantes principales en
Afrique, outre quantité de spélonques et des cavités
soufreuses. Il s’en trouve en Abassia : une dans la Libye :

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 54 – L’ESCALIER DES SAGES


CHAPITRE V. grande étendue d’Eau, comme une mer ou autre, reçoit
fort volontiers un air humide pour l’attirer et pour
Comment le feu peut être allumé aux lieux souterrains. concevoir son humidité et son aquosité ; ainsi fait le feu
Comment les embrasements souterrains peuvent durer très subtil du soleil et de l’éclair de même, en s’étendant
si longtemps. Comment les tremblements de terre et avec avidité dedans l’oléaginosité du soufre, qui est fort
éloigné de leur propre nature.
autres altérations se font.

Q
FRANÇOIS.
ue le feu humide central de la Terre peut allumer le Je puis fort bien comprendre de quelle façon le feu doit
soufre commun et tous les composés brûlables, être conçu des montagnes et des pays souterrains
cela doit être entendu et accepté avec un grain de soufreux, mais j’entendrai volontiers votre opinion de la
sel (comme on dit) parce qu’il peut être, que les
matériaux, continuation et de la longue durée de ces embrasements.
qui sont faciles a être allumé, n’acceptent jamais le feu
central ; et qu’il peut arriver aussi, que le feu central les VREDERIC.
allume fort facilement, comme nous avons dit ci-devant Fort bien : je vous le ferai comprendre. Je m’étonne que
assez amplement ; mais il est temps d’observer et de vous me faites une demande si simple, car je veux croire,
démontrer ici, comment, d’où et de quelle manière les que vous avez quelque fois allumé du soufre, de la poix,
embrasements susdits se font dedans les conduits des du Sarrasin, de l’arcanson, de la cire, de l’huile ou d’autre
montagnes et de la Terre, ce qu’il me semble qu’il arrive matière susceptible du feu ; et que vous avez vu que la
ordinairement de cette manière. matière ne donne de la flamme que pour autant que l’air
La matière dedans les conduits de la Terre qui reçoit puisse toucher la superficie d’icelle, et que cette matière ne
facilement le feu, comme le soufre commun, est très se consomme tout d’un coup, comme fait la poudre à
aisément allumé par l’éclair et par l’attouchement des canon mais ainsi peu à peu, et si longtemps que le
pierres qui viennent à tomber les unes sur les autres et vaisseau fournit de la matière : Comme par exemple :
causer de la flamme comme il est à voir aux pierres de Prenez un creuset empli de soufre : une écuelle pleine
fusil, et autres pierres dures quand on les frappe les unes d’esprit de vin ou de quelque autre matière qui conçoit
contre les autres, n’y ayant pas aucune matière dans le facilement la flamme : allumer la matière par une
monde qui embrasse plus volontiers la flamme que le allumette ou par quelque autre feu par en haut, et vous
soufre commun, comme il est connu à tout le monde ; verrez que votre matière ne brûlera pas tout d’un coup,
mais de quelle façon que l’éclair se forme dans l’air par le mais peu à peu et si longtemps que la matière durera, et
moteur général de toute chose, nous en avons donné ci- qu’il n’y aura que le dessus de la matière qui donnera de
devant de l’éclaircissement assez. la flamme jusqu’à que tout soit consumé, et qu’il ne reste
Il me semble qu’il n’est pas besoin de Philosopher plus rien dedans le creuset ou dedans l’écuelle, ce qui faut
beaucoup en ce lieu, de quelle façon que l’éclair allume le qu’il continue à brûler et à donner de la flamme à
soufre avec beaucoup de facilité, vu qu’il est même assez proportion de la quantité de la matière que vous aurez
connu aux Soldats, qui se voulant assurer de la décharge fourni, jusqu’à que votre outil soit tout à fait déchargé de
de leurs fusils, ajoutent un tant soit peu de soufre à la la nourriture de la flamme, laquelle cessera quand son
poudre. entretien viendra à manquer.
Il ne paraît aussi (hélas) que trop dans le monde, combien C’est tout de même, des concavités de la Terre, qui sont
que les magasins à poudre sont poursuivis d’éclair, et remplies et bouchées par le soufre commun, et par
combien de dommages et de malheurs que le soufre vient d’autres matières bitumineuses, qui sont sublimées ou
à cause partout à cause de sa grandissime susceptibilité crues en ces conduits ou creux souterrain : Car comme un
du feu, comme les expériences annuelles nous en pot ou un creuset de la hauteur de plusieurs pouces, étant
pourraient suppéditer une très grande quantité empli de soufre, est capable d’entretenir la flamme le
d’histoires. Je vous prie quelle merveille serait ce, qu’aux temps de quelques heures ; tout ainsi quelque conduit ou
pays chauds, comme dans l’Italie et dans d’autres pays creux dans la Terre rempli de soufre étant allumé, ne peut
innombrables, où le soufre possède non seulement des seulement continuer à brûler le temps d’un jour, d’une
montagnes, mais des pays, des Provinces et des Royaumes semaine, d’un mois, d’un an, mais plusieurs années et
tout entier, et où les animaux ne se peuvent presque pas même plusieurs siècles.
tenir un moment de jour au soleil ; que le soufre, dis-je, L’avez-vous compris ?
soit allumé là par l’éclair, et que l’éclair soit en ces lieux là
cause des embrasements et des feux souterrains, vu qu’en FRANÇOIS.
Allemagne, en Angleterre, aux Pays Bas et aux autres pays Je l’ai fort bien compris. Vous avez assez bien parlé et fait
humides l’éclair n’allume pas seulement la poudre à comprendre, comment que la matière brûlante peut
canon, mais aussi le foin, la paille et le bois comme on en concevoir le feu et combien longtemps elle peut continuer
entend des exemples tous les jours. à brûler aux montagnes et aux lieus souterrains qui sont
Je soutiens que le feu est d’ordinaire allumé aux lieux rempli de soufres ou de matière soufreuse, et ce en grand
mentionnés de la manière que je viens de dire, encore qu’il aussi bien qu’en petit, à moins que les cendres, pierres ou
y ait plusieurs voie par lesquelles le soufre peut être quelque autre obstacle vienne à priver le feu de l’âme de
enflammé ; et ce qui confirme encore ma soutenue, c’est l’air, et ainsi l’étouffer ; mais puisque vous avez entendu
que le moteur est ordinairement fort grand en ces pays par les histoires que je me suis donné l’honneur de vous
soufreux, et que le soufre y est fort sec et susceptible, vu réciter ci-devant, qu’il arrive des altérations épouvantables
que l’humidité n’y est pas abondante mais rare ; L’Eau par le feu souterrain, aussi bien sur la Terre que dedans les
même nous servira d’exemple ; car vous savez qu’une eaux, et que même les animaux, qui

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 55 – L’ESCALIER DES SAGES


sont là environ, en viennent quelquefois à être étouffer et Quand vous voyez qu’il arrive que les animaux de la terre
périr misérablement, et que des villes et des Provinces et dedans la mer viennent à être étouffés, et à périr là ou
toutes entières sont bouleversées et comme englouties par ces mouvements épouvantables se font par celui du feu
les tremblements de terre : je vous supplie de me donner souterrain, quelle merveille est ce ? vu qu’il arrive
un peu plus d’éclaircissement de ces merveilleux effets. souvent, qu’il y a des minéraux d’Antimoine, d’arsenic,
d’Orpiment, de Mercure, de Cinabre et d’autres mêlés
VREDERIC. parmi les matériaux qui viennent à être plongé dedans les
Ces choses vous font-elles étonner ? Je vous prie qu’elles susdits soufres brûlants, et par ainsi se sublimer et
ne vous semblent étranges, quand vous vous mettrez dans s’étendre comme des esprits au travers des eaux, au
la pensée, quelles altérations ne peuvent être causées, s’il travers de la Terre, et dedans l’Air, ou ils tuent toutes
arrive que le soufre est brûlé et consumé du feu choses vivantes qu’ils rencontrent.
souterrain, dessous la superficie de la terre, ou de quelque Faites étendre vos pensées un peu davantage sur cette
montagne, de l’étendue de huit ou dix lieues ou plus, et matière, si vous plaît, et vous cesserez bientôt à admirer
que cette terre, comme voûtée, vienne à être précipitée, les histoires prodigieuses qui font mention de tant d’effets
avec des arbres, des maisons, des lacs, des rivières et des miraculeux qui sont causé par les feux souterrains, car
animaux dessus, dedans un feu de soufre de l’étendue vous avez manié les charbons aussi bien que moi, et
peut être de même de plusieurs lieues, et qu’ainsi la entendant parfaitement bien les opérations chymiques, les
froidure se joigne si subitement à la chaleur et l’humidité merveilleux effets de la nature dedans le grand monde ne
à la sécheresse ; pensez, dis-je, si ces rencontres tant vous peuvent pas sembler étranges, encore que vous
effroyables ne doivent causer des merveilleux effets et des fassiez semblant, avec le commun, qu’ils vous sont
altérations épouvantables ? Songez un peu, je vous prie, incompréhensibles.
qu’il faut nécessairement, qu’une si grande quantité de
feu, recevant si subitement une si prodigieuse multitude FRANÇOIS.
d’eau et d’autre matière froide, qu’il se fasse un combat Je veux croire avec vous, que vous et moi sommes à peu
plus horrible qu’on ne se saurait imaginer. près également savant aux sciences naturelles, et que nos
Qu’il ne vous semble non plus étrange quand vous discours ne servent que pour donner des instructions aux
entendez qu’il arrive quelquefois, que des conduits ignorants : il me semble pourtant, qu’il s’en faut encore
souterrains remplis de sel commun, ou de Salpêtre, ou de beaucoup que nous n’ayons traité assez clairement de
vitriol, ou d’alun, ou d’autres sels, viennent à tomber quelle façon que le feu central fait ses opérations dedans et
dedans les gouffres brûlants, et que par la conjonction dessus la terre.
d’iceux il se fait un étonnement des efforts si étranges,
comme les histoires en parlent ; car vous savez que VREDERIC.
quelques livres de la poudre à canon peuvent faire un Il est vrai : mais il me semble (sous votre meilleur avis)
grandissime dégât, à cause de la conjonction du soufre et que cela viendra mieux à propos quand nous traiterons
du salpêtre, qui font proprement cette poudre : combien plus particulièrement des Trois Royaumes de la Nature, et
de plus grandes destructions ne seraient donc une que c’est assez en ce lieu, que nous avons enseigné, ce que
précipitation de plusieurs centaines de mille de livres de c’est que le Feu Central de la Terre, et que ce Feu diffère
soufre brûlant dans une grandissime quantité de salpêtre grandement du feu commun, et de quantité d’autres ci-
fondu, ou de quelques million de livres de salpêtre dans dessus Spécifiés.
une spélonque de soufre fondu, et si une telle conjonction Finissons donc notre entretien de l’Élément du Feu et
de soufre et de salpêtre n’est pas capable de faire quasi
faisons un commencement de l’élément de l’Air.
crever toute la terre ?

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L’ESCALIER DES SAGES
LE CINQUIÈME DEGRÉ
DE L’ÉLÉMENT DE L’AIR
ET DE L’AIR DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I. L’Air a plusieurs degrés différents de pureté, car tant plus


près qu’il est du soleil tant plus subtil et tant plus
Des qualités de l’Air. Que le St. Esprit de Dieu est pénétrant qu’il est, mais tant plus qu’il en est éloigné, tant
épandu dans la lumière et dans l’air. Que l’Air est la plus qu’il est grossier, à cause que le soleil ne souffre rien
matrice de la lumière. Des degrés différants de l’Air. de grossier à l’entour de lui, vu qu’il pousse toutes choses
composées naturellement arrière de lui à la circonférence.
Que la vie de toutes choses est dans l’Air. Que l’Air
est un conducteur du Feu. Que le vent est un Air Toute la plus pure substance de l’Air se tient dans sa
propre sphère, et le plus près de l’Élément de la Lumière,
agité. Que les opérations de la poudre à canon se
ou du Soleil : mais l’Air le plus grossier est celui qui se
font par le moyen de l’Air. Que l’Air fait émouvoir trouve le plus près et dedans mes Éléments de l’Eau et de
les Éléments inférieurs. Que l’Air cause les la Terre.
changements à tous les Êtres. Que l’Air est L’Air est le conducteur de la vie et contient la vie en lui,
continuellement allumé de la lumière. Que l’Air est aussi bien celle des autres Éléments, que des trois
divisé en trois sortes d’Air. Royaumes des Êtres composés, du végétable, Animale et
Minéral : car rien ne pourrait subsister, croître, ni se
FRANÇOIS. multiplier dans le monde, s’il n’y avait pas une vertu

C e n’est pas sans grandissime raison que le prophète Moïse


fait bien expressément mention au commencement
aimantine dans l’air pour attirer à soi ce nutriment
universel, pénétrant, altérant et multipliant, comme il est à
voir à l’attraction de l’eau qu’il fait, et à la respiration
de son Premier chapitre de Genèse par ces itérative des animaux, qui n’attirent pas seulement l’air à
paroles : Et l’esprit de Dieu était épandu par-dessus
les eaux. eux pour rafraîchir le cœur (selon l’opinion vulgaire) mais
Lorsque nous avons traité de l’Élément du Feu, nous principalement pour jouir de la nourriture et l’entretien de
avons dit, que Dieu le tout puissant a mis son tabernacle la vie, de laquelle la sage mère Nature l’a pourvue, rejetant
dedans la lumière ou dedans le soleil ; nous avons aussi la partie de l’air comme inutile lorsqu’elle en est privée.
démontré comment que la divine Majesté engendre, L’Air est le conducteur et le gouverneur des Eaux, et sa
comment il compose et comment il entretient toutes vertu aimantine est secrètement cachée dedans toute sorte
choses dans le monde par le moyen de sa lumière : etc. de semences pour attirer à eux cette nourriture universelle,
Nous traiterons à cette heure de l’Air, et considérerons les afin qu’elle les puisse recevoir du menstrue du Monde
qualités qu’il possède. l’humide radical et la croissance jusqu’au terme de
l’intention de la Nature.
L’Air est chaud et humide, extérieurement invisible, mais
intérieurement visible, et encore qu’il est volatil, il peut L’Air n’est pas seulement un conducteur et un porteur de
pourtant être fixé par le feu, et c’est alors qu’il rend tous l’Élément du Feu, de l’Eau, et des esprits végétaux et
les corps pénétrants. sensitifs, mais aussi même des âmes raisonnables et
irraisonnables, comme il paraît au septième verset du
C’est l’Air dedans lequel l’esprit de Dieu était épandu sur
Chapitre deuxième de Genèse, où il est écrit :
les eaux devant la création du Monde, et c’est la lumière et
l’Air dedans lesquels ce même Esprit est encore épandu Et le Seigneur Dieu avait formé l’homme de la poudre de
présentement, et par lesquels et avec lesquels il pénètre la Terre, et souffla dans la face d’icelui respiration de vie,
toutes choses, et qu’il est partout présent. et l’homme fut fait en âme vivante.
L’Air et la matrice de la lumière et des influences des Et Hermès Trimégiste dans sa Table d’Emeraude : Ventus
astres, lesquelles il attire ç soi par une inclinaison portavit illud in ventre suo. C’est-à-dire : Le Vent (ou l’Air)
amoureuse, et les porte (comme sur une charrette) aux l’a porté dans son ventre.
lieux ou le créateur et directeur de l’univers les a Vous savez que le vent n’est autre chose qu’un air agité,
ordonnés. comme il est à voir à la respiration des animaux, qui
C’est l’Air dedans lequel proviennent et se font les Esprits peuvent souffler du vent par le moyen de l’air, et aux
vitaux des animaux, et entendez de sa plus pure substance fusils au vents auxquels on peut attirer l’air par une
qui est le plus près approchante de la lumière ; et puisque pompe et l’y comprimer si étroitement, qu’en le relâchant,
la lumière est le Moteur général de tout, elle vient il cause un vent et un souffle si fort, qu’il peut pousser une
communiquer sa vertu mouvante à sa plus proche parente balle de plomb d’une telle furie comme si elle était quasi
et voisine, qui est l’Air le plus pur, et la darder comme du chassée et jetée par la violence de la poudre à canon.
centre) la circonférence, pour transporter ses vertus, par C’est l’Air aussi qui fait faire des opérations si violentes à
des degrés différents, comme une servante fidèle, aux
végétaux, Animaux, et Minéraux créés et à créer.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 60 – L’ESCALIER DES SAGES


la poudre à canon, parce qu’il est concentré dedans le presque de toutes les sortes des qualités et de
salpêtre qui est le principal opérateur de ladite poudre, changements.
lequel étant allumé subitement par le soufre commun et L’Air est divisé de quelques-uns de trois sortes de façon
par celui du charbon, fait étendre son air humide différentes, qui sont l’Air d’en bas, l’Air du milieu et l’Air
concentré d’une très grande véhémence en sa sphère et y en Haut. Ils prennent pour l’Air le plus bas les nues, et
produit des effets tant violents, comme il est connu. celui qui est dessous icelles entre les nues et la Terre,
Notre grand Dieu se sert de l’Air comme d’un instrument auquel les tempêtes, la grêle, la neige et la pluie sont
ou d’une machine par laquelle il peut faire secouer et formées, et où l’éclair et le tonnerre sont vu et entendu à la
émouvoir les Éléments inférieurs d’une telle manière que partie la plus haute. Ils statuent pour l’Air du milieu celui
se sont des choses surprenantes et étonnantes quand on y qui est au-dessus des nues, auquel la nature de l’Eau ne
pense. peut monter à cause de sa pesanteur ; mais auquel les
N’est ce pas par le moyen de l’Air qu’il fait renverser et vapeurs et les halaisons spirituelles, qui se causent par les
bouleverser des forêts, des montagnes, des châteaux, des grandes chaleurs ou par les embrasements parviennent,
villes, et même des Iles et des pays tout entier ? vu qu’elles sont déchargées de la pesanteur des vapeurs
aqueuses, et c’est pour ces raisons, que je crois qu’elles
N’est ce pas par le moyen de l’Air agité que le Seigneur
peuvent être là allumées ou par leurs propres ou par
transporte les nues de l’une région à l’autre ? qu’il fait
d’autres mouvements étrangers.
doucement descendre la pluie imprégnée des rayons
généralement fertiles du soleil ? Qu’il fait secouer les Il est à présumer que la région de l’Air du milieu est
nuées les unes contre les autres par des vents contraires, et souvent imprégné abondamment, et rempli d’une graisse
qu’il les fait ainsi tomber en bas d’une grande violence ? humide, chaude et spirituelle, mais point aqueuse, comme
Qu’il cause les hurricanes ? Qu’il excite l’éclair et le tonner sont quelques-uns nutriments du feu.
? Je juge qu’il faut qu’il y aie en cette région une très grande
Qu’il émeut les eaux d’une telle furie, qu’il n’y a ni digue, tranquillité et une grandissime tempérance, à cause que
ni murailles, ni aucune défense assez suffisante pour les vapeurs pesantes, aqueuses, et corporelles ne peuvent
résister, mais, qu’elles rompent, fracassent, ruinent et monter jusqu’à là, et que cet Air, par conséquence, n’y
bouleversent des Provinces toutes entières, faisant écraser peut être comprimé par les vapeurs susdites, comme elles
et ruiner des maisons, des villages, des villes, des navires compriment l’Air d’en bas.
et des animaux d’une perte inexprimable. L’Air le plus haut est jugé d’être un Air très pur, qui n’est
L’Air apporte de la chaleur, de la froidure, de l’humidité, infecté ni chargé des vapeurs aqueuses, ni d’exhalaisons
et de la sécheresse aux deux Éléments inférieurs, et aux soufreuses, mais tout à fait pur à cause qu’il est si proche
mixtes, qui sont sur et dedans iceux ; soit végétaux, soit du Ciel qu’il diffère fort peu, et qu’il change selon ma
Animaux ou Minéraux, et à proportion de leurs qualités croyance peu à peu même en Lumière.
concentrées ou étendues il leur communique de la fertilité
ou de la stérilité et toutes sortes de changements selon VREDERIC.
chacun son tempérament et naturel. Aux quelques-uns un Mon très cher ami, vous avez tenu en peu de paroles un
il augmente la vie, aux autres il fait approcher la mort ; et discours bien aérien, à ma fantaisie, et qui allume mon
fait résoudre d’autre entièrement en leurs principes, la esprit pour retoucher l’air par ma langue, afin que vous
nature de l’Air étant une moyenne nature entre les corps puissiez pareillement entendre par votre intellect, sur les
supérieurs et inférieurs ; c’est pourquoi que l’Air attire fort tympans de vos oreilles, un petit récit de ce combien
facilement à lui les qualités des corps qui lui sont les plus nécessaire qu’est l’Élément de l’Air à notre œuvre des
proches. C’est aussi pour ces raisons que l’Air inférieur ou Philosophes, et quelles opérations il y fait : de quelle façon
le détroit le plus bas de l’Air est tempéré de diverses il y est attiré par une vertu aimantine : quels effets il fait au
manières. régime du feu extérieur : et comment il peut être rendu
L’Air est fort inconstant et fort sujet aux changements, et visible, corporel, palpable et résistant au feu.
son inconstance provient de là, qu’il est ou fort proche des
Éléments inférieurs et grossiers ou qu’il en est éloigné,
entendez de l’Eau et de la Terre, desquelles les
CHAPITRE II.
tempéraments se changent fort facilement par la chaleur Combien l’Air est nécessaire pour l’œuvre des
ou par la froidure, vu que l’Air tout entier (appelé le Ciel Philosophes. Et pour toutes les opérations
des Philosophes) auquel les trois autres Éléments, et toutes chymiques. Que l’Air est la cause de la couleur
les autres choses créées, et même les étoiles, ont leur
Noire. De la Blanche. Et de la Rouge. Expérience de
demeure, et leur lieu de repos, est comme un tamis de la
Nature par où les vertus et les influences des autres corps la fixation de l’Air invisible et impalpable.
sont transportées.
L’Air est une fumée ou une vapeur qui est allumée de la
lumière céleste, comme pour une flamme éternelle.
T ouchant la nécessité de l’Air pour l’œuvre des Philosophes
: je puis donner des assurances que notre sperme
Les vrais Philosophes donnent à l’Air le nom d’Esprit Mercuriel peut tout aussi peu être préparé sans
l’Air, que le sperme Animal, et les semences des
quand ils parlent de leur mystère, à cause qu’il est fort végétaux ; vu que c’est l’Air qui donne l’haleine à notre
proche à la nature spirituelle ; qu’il est un serviteur fort homme et femme métallique, afin qu’ils puissent faire
amiable et volontaire, et qu’il est bien un receveur, mais émission de leur sperme dans la conjonction vénérienne.
non pas un conservateur obstiné de la Lumière, des
C’est l’air qui fait joindre les spermes par ensemble, et qui
Ténèbres, du Jour de la Nuit, des choses transparentes et
les fait couler en menstrue.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 61 – L’ESCALIER DES SAGES


C’est l’Air qui fait putréfier la semence métallique dans secondement la Blanche, et finalement la très belle et très
son menstrue. excellente couleur Rouge ?
C’est l’Air qui donne la vertu opérante en juste proportion
au feu matériel du bois, des tourbes et des charbons pour FRANÇOIS.
entretenir l’œuf des Philosophes dans une chaleur requise Non pas par aucune autre voie du Monde.
à son couvement.
C’est l’Air qui souffle et qui porte les rayons du soleil à
VREDERIC.
notre aimant Mercuriel, lesquels donnent l’âme, l’esprit et Il faut que vous croyez que vous confessiez donc avec moi,
la croissance au fruit des Philosophes, qui l’entretiennent que ces couleurs et ces autres métamorphoses dedans
en vie, et qui le font croître et fleurir jusqu’à sa perfection notre matière sont produites visibles, et rendues
entière. corporelles par le moyen de l’Air imprégné des rayons du
La moindre opération chymique ne peut être parfaite sans soleil.
l’aide de l’Air. FRANÇOIS.
Comment ferez-vous couler les sels sans addition
Je confesse fort volontiers avec vous ; et souhaiterais avec
d’aucune matière humide si l’air vous manque ? et au
une passion extrême d’entendre si quelqu’un pourrait
contraire, comment en ferez-vous évaporer l’humidité,
faire voir les trois couleurs capitales, dans une même
faute de l’air ?
matière, et dans un même verre, par aucune autre voie,
Comment ferez-vous les solutions, coagulations, que par celle que nous venons de dire.
sublimations, cohobation, fermentations, putréfactions, et
d’autres opérations chymiques nécessaires pour l’œuvre VREDERIC.
des Philosophes, et particulièrement dans un seul verre,
Cela ne se peut : ce pourquoi émerveillez- vous avec moi
avec une seule matière sans addition d’aucune chose
des grandissimes merveilles de Dieu, et ne soyez pas
étrangère, si l’air, qui est un médiateur entre le feu et l’eau,
ingrat au Seigneur, qu’il vous a envoyé et qu’il vous a
ne représentait ici la principale personne à la comédie de
rendu palpable ces trois visions capitales par sa lumière
la Nature ?
céleste et par son Air divin.
Il faut que l’Air fasse mouvoir la Putréfaction par la
Voyez quel Élément admirable qu’est l’Air, et combien ma
Fermentation, et qu’il fasse paraître la couleur Noire.
pratique concorde avec votre Théorie ?
Il faut qu’il sublime et qu’il putréfie si longtemps la
matière noire et puante de son impureté jusqu’à que le FRANÇOIS.
corbeau noir, sale et puant se transforme en cygne qui est Il en est ainsi comme vous dites, et les effets de nos paroles
beau, agréable à la vue, et à l’odorat, et blanc comme n’accorderaient avec nos noms de baptême s’il en était
neige. autrement, Car nous serions en une contention continuelle
Il faut que l’air fasse voler ce Cygne, et le battre l’eau avec ensemble, selon la manière d’aujourd’hui, ce qui serait
ses ailes par une cohobation et circulation itérative si tout à fait contre notre inclination au lieu que nous
longtemps, qu’il ne vienne pas seulement à changer ses n’aimons rien plus qu’une conversation paisible et
plumes blanches en une couleur citrine et jaune, mais respectueuse, et qu’un entretien fondé sur des vérités.
aussi en une belle couleur rouge pareille à sa chair.
Vous avez généralement fait mention que l’Air invisible et VREDERIC.
volatil peut être rendu visible et fixe : Qu’est ce qu’il vous Il en doit aller ainsi entre tous les bons chrétiens qui sont
en semble ? Les rayons du soleil dedans l’air, du temps doués d’une probité sincère, à qui l’Air doit aussi servir
qu’ils sont attirés par l’aimant des Philosophes, ne sont-ils particulièrement pour exécuter la volonté de leur créateur,
pas invisibles et volatils ? vous ne sauriez répondre que non seulement avec les machines de leurs corps, mais ils
oui. Et lorsqu’on fait les rotations ou les circulations des doivent outre cela chercher à pénétrer au travers de l’Air
Éléments de l’œuvre secret des Philosophes, les couleurs très subtil et Spirituel avec leurs âmes raisonnables pour
susdites la Noire, la Blanche et la Rouge ne viennent-elles tacher de montrer et d’approcher la Lumière éternelle et
pas à paraître successivement ? incréée, et de se rendre participants des grâces divines de
leur Dieu et de leur Seigneur.
FRANÇOIS. Ceci soit assez discouru de l’Air, cessons de parler
Assurément : car je les ai vu aussi bien que vous. davantage des Éléments spirituels et descendant aux
Éléments matériels et corporels voyons ensuite de quelle
VREDERIC. façon que l’Élément de l’Eau se laissera manier dedans la
Mais si cette matière demeure dans un tel état, qu’elle ne chambre de l’Anatomie de la Nature : je m’en vais entamer
vienne pas à attirer les rayons du soleil et de la Lune, par cette matière s’il ne vous est contraire.
le moyen de l’air, pourriez-vous bien faire paraître les
susdites couleurs capitales successivement par aucune FRANÇOIS.
autre voie du monde, premièrement la Noire ; Fort bien : Commencez au nom de Dieu.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 62 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 63 – L’ESCALIER DES SAGES
L’ESCALIER DES SAGES
LE SIXIÈME DEGRÉ
DE L’ÉLÉMENT DE L’EAU
ET DE L’EAU DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I. Elle accepte très volontiers toutes sortes de qualités de


quelle odeur ou de quel goût qu’elles soient.
Que l’Eau est un réceptacle des deux Éléments C’est l’Eau que les dons et les vertus spirituelles sont
supérieurs. Des qualités de l’Eau. Que l’Eau est le communiquées tout premier ; c’est là où qu’elles vont
sperme du Monde. Pourquoi les sels attirent loger, et où elles commencent à faire paraître leurs
l’humidité. Combien nécessaire qu’est l’Eau auprès premières opérations.
des sels. Après du sel commun. Auprès du Salpêtre Les sels attirent naturellement l’eau à cause que les sels
et vitriol. Auprès du soufre. Que la mer est le centre ont été une humidité auparavant qu’ils ont pu devenir des
de l’Eau. Grandes puissances de l’Eau. sels.
L’Eau est aussi très nécessairement requise auprès des
FRANÇOIS. sels, vu que les sels ne pourraient procurer sans elle les

N ous avons fait mention de l’Air, qu’il est le réceptacle de


la vertu mouvante et opérante du soleil et de ses
effets qu’ils doivent auprès des végétaux, Animaux et
Minéraux.
Car ni le sucre, ni le miel, ne pourraient préserver les fruits
rayons vivifiants, nous dirons et démontrerons contre la corruption, s’ils ne pouvaient être dissous par
présentement ici que l’Élément de l’Eau a une
vertu et une l’Eau.
faculté attirante pour attirer et pour recevoir les deux Le sel commun ou de mer ne pourrait pas garder les
Éléments actifs, l’Air et la Lumière, laquelle est prise, de la viandes, les poissons et d’autres de putréfaction, ni leur
plupart, pour le Feu, comme nous avons dit. donner un goût agréable et salutaire, s’il n’était dissout et
La propriété et la qualité principale de l’Eau c’est être traité avec de l’eau auparavant.
humide, ce qui paraît assez par-là, qu’elle rend humide Pareillement les métaux et les minéraux ne pourraient pas
presque tout ce qu’elle touche, étant d’une nature être servis commodément du salpêtre, du vitriol, de
moyenne entre l’Air et la Terre, et entre le subtil et le l’Alun, du sel Armoniac, du sel commun et d’autres, s’ils
grossier. n’étaient réduits en des humidités par lesquelles
L’Eau est participante de l’humidité et de la froidure et l’anatomiste de la Nature les puisse produire et parfaire à
plus particulièrement de l’humidité, de laquelle elle est la des être meilleurs, si les sels ne pouvaient être dissout par
base et la racine, à cause qu’elle mouille naturellement par le moyen de l’Eau, et qu’ainsi les esprits n’en pourraient
son humidité coulante, et les composés humides sont dits être distillés.
humides à proportion qu’ils contiennent peu ou beaucoup N’est ce pas l’Eau qui est nécessairement requise pour la
d’Eau en eux. solution du soufre commun, et de toutes les matières
L’Eau peut être dite, à bon droit, un Mercure ou un Esprit bitumineuses comme sont la résine, la cire, l’arcanson,
des autres Éléments parce qu’elle accepte quelquefois la l’Asphalte, la poix, le suif, les huiles et d’autres ? je vous
nature d’un esprit et parfois celle d’un corps ; car prie de me dire comment que vous pourriez bien joindre
lorsqu’elle a pris la forme d’un esprit, elle ne prend pas aucune des susdites avec les sels sans l’addition de l’Eau.
seulement avec elle les vertus et la nature de tout ce qui L’Eau ou l’humidité est de plusieurs sortes et de qualités
est dedans, dessus et à l’entoure de la Terre, mais étant fort différentes, aussi bien au Macrocosme qu’aux
monté en haut elle reçoit aussi les vertus des Éléments Microcosme.
supérieurs, lesquels viennent premièrement à être On n’a pas seulement la mer pour le centre et pour la base
changées en nuages, et puis étant métamorphosées en ou le fondement de l’Eau au Macrocosme, de laquelle
pluie, elles viennent à tomber sur la terre, et s’assembler toute l’eau a son origine, et de laquelle elle s’étend à la
là, par des révolutions itératives, en un menstrue corporel circonférence, aussi bien dedans que dessus la Terre, d’où
de toute la Nature. proviennent les fontaines, les eaux douces, salées, amères,
L’Eau est le sperme du monde, auquel la semence acides, soufreuses, minérales, métalliques, médicinales,
spirituelle de toutes choses est conservée. vénéneuses, et quantité d’autres : Mais elle fait aussi ses
La Terre se purifie et se dissout dans l’eau : l’Air s’y opérations de plusieurs manières selon le bon plaisir de
coagule : et le Feu s’y arrête et s’y lie très fermement avec l’auteur et du moteur de la Nature, ôtante et détruisante la
les autres. Terre par places, et la remplaçante en la faisant accroître
L’Eau est le premier sujet de la Nature dans laquelle elle en d’autres : faisant enfoncer et abîmer par places des
emploie sa première sollicitude, son soin et son labeur, villages, des villes, des Pays et des Provinces : et en faisant
comme il est à voir à la génération et à la multiplication recroître d’autres, et ressortir des Iles toutes entières hors
des Eaux et hors de la Mer même.
des végétaux, des Animaux et des minéraux.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 64 – L’ESCALIER DES SAGES


Il est impossible à la Nature de subsister sans l’Eau, ni de transfusion dedans la matrice : mais aussi principalement
faire aucune opération parfaite sans icelle. pour en arroser l’utère, afin que l’esprit subtil animal y
Comment la Terre pourrait- elle subsister sans l’Eau, vu étant conçu et enfermé, puisse commencer à s’y mouvoir,
que l’Eau est celle qui forme et qui donne principalement à s’y augmenter, et à y devenir opératif jusqu’à la
le corps à la Terre ? perfection de son fruit ; l’Eau n’est pas moins en après
nécessaire, vu que ni la viande, ni le breuvage, ni aucune
Comment l’Air pourrait- il être privé de l’Eau quand on
nourriture, ni le chyle, ni le sang, ni la lymphe, ni le cœur,
considère que l’Eau est le soutient et le fondement de l’Air
ni le cerveau, ni le foie, ni les poumons, ni la rate, ni les
? L’Air ne serait-il pas continuellement enflammé ? et la
veines, ni les nerfs, ni les os, ni les muscles, ni les
Terre ne serait-elle pas séchée à une tête morte, et ne
ligaments, ni la peau, ni les cheveux, ni les ongles, ni
serait- elle pas brûlée à une matière vitreuse, si l’Eau leurs l’urine, ni la sueur, ni les excréments, ni généralement
venait à faillir ? aucun autre corps composé puisse être ou subsister en son
être sans icelle, comme il est très évident dans l’examen
CHAPITRE II. des corps composés quand nous en faisons la section par
l’anatomie chymique, et comme il est connu assez à tout
Que la Nature produit tous les mixtes par une les entendus.
humidité visqueuse. Comme les Animaux. Les Combien l’Eau est besoin au Royaume Minéral, je le
végétaux. Et les Métaux. Combien nécessairement déferrerai à votre sentiment et en entendrais volontiers
que l’Eau est requise pour les végétaux. Et pour les vos expériences.
Animaux. Que l’Eau est le principal opérateur dans
VREDERIC.
l’œuvre des Philosophes.
Je vous conterai fort bien : mais pour vous dire mon avis

L a Nature forme ses premiers principes de l’Eau et de la


Terre, pour en construire les corps, vu que ces
en peu de paroles, il me semble qu’il n’est pas besoin de
traiter si amplement de l’Élément de l’Eau comme il nous
en supéditerait bien de la matière, par ce qu’au lieu, où
deux sont les deux natures les plus épaisses entre nous formerons notre discours en particulier des Trois
les Quatre Éléments : car il se fait une matière
glutineuse de leur Royaumes, l’Eau nous viendra aussi fort bien à point pour
mixture parfaite, dans laquelle tous les Éléments sont faire couler l’encre sur le papier, vu que tant plus que nous
confusément ensemble, comme dans un chaos, et c’est nous étendons du centre à la circonférence pour écrire des
d’une telle matière ou d’un tel limon humide que tous les choses naturelles tant plus de matière que nous sera
Animaux sont provenus. fournie pour faire remouvoir la plume, mais puisque notre
Les semences des végétaux se résolvent pareillement en intention est d’être succinct et que mon dessein est
une matière limoneuse, et s’établissent puis après par des principalement d’agir par des démonstrations, je ne dirai
degrés en des corps végétaux. ici, que l’Eau n’est pas seulement le principale matière de
l’œuvre des Philosophes, mais qu’elle y est aussi
Et c’est de la même manière que les métaux se produisent ; l’opératrice principale, aussi bien au commencement,
car il se fait une eau grasse ou limoneuse du soufre et du qu’eu milieu et qu’à la fin, puisqu’il faut que notre
Mercure parfaitement bien mêlés ensemble, laquelle se Hermaphrodite soit au commencement lavé longtemps
digère par la longueur du temps en des corps durs avec elle : qu’il soit tellement purifié par elle qu’il soit
tillasses, et métalliques. rendu propre et capable de recevoir la semence de l’Air et
Combien nécessairement que l’Eau est requise pour les de la Lumière, de la nourrir et de la défendre jusqu’à la
Microcosmes et combien peu que les microcosmes maturité parfaite de son fruit.
peuvent subsister sans l’Eau : encore que cela est assez Quand notre matière est produite de la Nature au point
bien à voir, à ce que nous venons de discourir du qu’il faut que l’Artiste y mette la main pour l’aider à la
Macrocosme, nous traiterons pourtant encore un peu plus faire parvenir en plus grande perfection, la nature la
particulièrement de la nécessité de l’Eau pour les mixtes, présente alors dans l’état d’une matière humide, qui
et premièrement pour les végétaux. contient une Eau très pure.
L’Eau n’est pas seulement très nécessairement requise Lorsque ladite matière est dans l’état de la fermentation et
pour les végétaux, (comme nous avons dit) afin que de de la putréfaction, jusqu’à tant que la couleur Noire
réduire leurs semences à une matière limoneuse, mais paraisse, cela ne se peut faire par aucune autre voie que
principalement pour les faire fermenter et végéter, car il par celle de l’Eau.
est impossible à la nature d’émouvoir l’esprit végétable et
de le faire agir, si elle ne leur amène par le moyen de l’Eau Pareillement : quand vous avez intention de faire voir la
le sel de la terre, qui donne la principale nourriture à tous couleur blanche : vous avez vu qu’il faut que cela soit fait
les végétaux, et qu’elle ne le fasse fermenter avec elles par et conduit par l’Eau : et que la belle vache Io, et le Cygne
une circulation itérative dedans les fibres et canaux blanc et enflé ne peuvent être produit sans Eau aussi peu
d’iceux : Qu’elle ne le fasse changer en suc, en moelle, en qu’un melon ou une citrouille sans icelle.
paille, en bois en écorce, en tiges, en feuilles, en fleurs, en On ne saurait avancer d’aucune autre manière à la couleur
fruits, en graines ; et qu’elle ne se fasse prendre et coaguler jaune, car cet œuvre n’est conduit à ce degré de perfection
en herbes, arbres, fruits et en semences parfaites selon la que par l’humidité, vu qu’une fleur de crocus ou de
qualité et selon la perfection qui est requise pour un nymphéa peut avoir tout aussi peu sa couleur jaune que la
chacun en particulier. matière des Philosophes sans la conduite de l’Eau.
L’Eau n’est pas moins requise pour les Animaux ; et ce Tout ainsi faut-il qu’il soit procédé jusqu’à la couleur
non seulement afin que de pouvoir conserver la semence Rouge, et comme il est impossible que le chyle blanc des
ou l’esprit Animal qui est dans le sperme pour en faire la animaux peut être avancé sans humidité jusqu’à la

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 65 – L’ESCALIER DES SAGES


perfection d’un sang rouge ; tout aussi peu est-il possible est nécessaire dedans le cours de la Nature, tout ainsi
à la nature et à l’Artiste, d’aider le lait virginal blanc sans trouvez-vous de même que ses qualités sont requises dans
Eau, à le faire changer en le sang rouge de Dragon : et la l’art, vu que l’art ne doit être considéré qu’une suivante
Pierre des Philosophes même étant produite jusqu’à sa fidèle et volontaire de la Nature : et il faut nécessairement,
plus haute perfection se doit fondre comme la cire sur un qu’en cas que l’art vienne à s’égarer de l’ordre de la
petit feu, et couler comme une eau fixe, sans donner Nature, qu’elle produise quelque monstre ; mais pour
aucune vapeur. donner de notre coté un fondement ferme et solide à
L’Eau (en un mot) est l’Élément, dans lequel, par lequel et l’Élément de l’Eau et à l’Art, nous tacherons de préparer la
avec lequel et avec lequel il faut que la plupart des Terre pour cette fin, et d’examiner combien qu’elle est
opérations chymiques soient faites, car il faut que les nécessaire pour la perfection de la machine du Monde, et
solutions, les coagulations, les fermentations, les pour l’œuvre des Philosophes, quelles qualités qu’elle
putréfactions, les distillations, les cohobation et d’autres possède, et comment et de quelle manière elle doit être
semblables soient procurées par l’aide de l’Eau ; et comme cultivée, aussi bien au regard du grand, qu’à la
vous avez démontré les qualités de l’eau et combien elle considération du petit Monde des Philosophes.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 66 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 67 – L’ESCALIER DES SAGES
L’ESCALIER DES SAGES
LE SEPTIÈME DEGRÉ
DE L’ÉLÉMENT DE LA TERRE
ET DE LA TERRE DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I. joignant aussitôt auprès) Et l’esprit de Dieu était épandu


par-dessus les Eaux.
Des qualités de la Terre. Pourquoi la Terre est Et au verset 9 : Que les eaux qui sont sous le Ciel soient
froide. Pourquoi la Terre est poreuse. Que la Terre assemblées en un lieu et que le sec apparaisse.
reçoit les trois autres Éléments. Que la Terre a été Et au verset 10 : Et Dieu appela le sec Terre : il appela aussi
au commencement unie à l’Eau, éprouvé par la l’assemblée des Eaux Mers.
Genèse de Moïse. Que la Terre a été imprégnée dès le Et au vers. 11 : Et Dieu dit, que la Terre produise verdure,
commencement. Comment il est à croire que la Terre herbe procréante semence, et arbre fructifiant, faisant fruit
sera métamorphosée quand le monde périra. selon son espèce, lequel avait sa semence en soi même
selon son espèce.
FRANÇOIS. Et au vers. 24 : Outre Dieu dit : que la Terre produise

L a Terre est le plus pesant, le plus grossier et le plus Solide


des Quatre Éléments. La qualité principale de la
créature vivante selon son espèce, bétail et reptile et
animaux de la Terre selon leur espèce.
Et au vers. 26 : Et Dieu dit faisons l’homme à notre image,
Terre est d’être froide et sèche, mais plus froide
que sèche, vu que la sécheresse provient plutôt etc.
par
Au Chap. 2. vers. 4, 5, 6, et 7ème : Telles sont les générations
accident que naturellement, à cause qu’à la création de la du Ciel et de la Terre quand ils furent créés au jour que le
Terre l’Eau a été, selon l’aspect extérieur, le corps le Seigneur Dieu fit la Terre et le Ciel. Et tout jetton du
principal et le premier visible de laquelle la Terre a été champ, devant qu’il fut dans la Terre, et tout herbage du
séparée. champ devant qu’il germât : car le Seigneur Dieu n’avait
Que la Terre possède entre ses qualités la Froidure pour la point fait pleuvoir sur la Terre, et n’y avait homme pour
principale, cela provient de ce qu’elle contient le plus de la labourer la Terre : mais une vapeur montait de la Terre. Et
Nature obscure et opaque de la Première matière. le Seigneur Dieu avait formé l’homme de la poudre de la
Il n’y a rien de plus épais ni de moins transparent que la Terre, et souffla en la face d’icelui respiration de vie, et
Terre, à cause de son corps ou de sa matière très grossière l’homme fut fait en âme vivante, etc.
et très épaisse, laquelle ne laisse pas passer la lumière que Il est assez à connaître par ces paroles que cette Terre
très difficilement, et c’est à cause de sa très grande froide, dure, opaque, obscure, infusible, spongieuse et
froidure qu’il arrive que la Terre est dure, coagulée et poreuse a été unie, au commencement de la création, à
malaisée à fondre, comme il paraît au sable, au marbre, l’Eau, et qu’elle a été une même matière avec elle, devant
aux rochers, et aux autres matières pierreuses, qui sont qu’elles ont été séparées d’ensemble ; que la séparation de
d’une qualité et d’une nature froide et concrues d’une la Terre d’avec l’Eau n’a été faite que le troisième jour, que
substance terrestre. l’Esprit de Dieu était épandu, dès le commencement, sur
Encore que la Terre soit naturellement froide et sèche, les Eaux ; et que les eaux, (dedans lesquelles la Terre était
notre grand Dieu l’a pourtant créée en sorte que son corps radicalement unie) ont été tellement imprégnées de cet
est fort poreux et spongieux, aussi bien pour pouvoir Esprit et de sa Lumière tant pénétrante, que les Eaux ont
servir d’un réceptacle des autres Éléments que d’une mère été assemblées en un lieu, selon l’ordonnance de Dieu et
et d’une nourrice de tous les Êtres qui sont composés des que le sec est paru au jour, lequel il a appelé terre, laquelle
Éléments afin que la froidure et la sécheresse de la Terre ayant fait sécher de son humidité par la vertu opérante de
pussent imbiber et engloutir avec avidité la chaleur de la Lumière, elle a retenue près d’elle les semences
l’Air et de la Lumière, et l’humidité de l’Eau, et que la spirituelles des végétaux et des Minéraux, et a été douée
Terre, qui est stérile à cause de sa froidure et de sa d’une fertilité si grande, qu’elle a été devenue enceinte
sécheresse, put être rendue fertile par la chaleur et par comme la vierge imprégnée du St. Esprit : de sorte qu’elle
l’humidité, qui sont les principales causes de toutes les a été depuis, qu’elle est encore, et qu’elle sera, (s’il est la
générations ; et afin qu’elle put comprendre et contenir en volonté du Seigneur) tant que le Monde durera, capable
elle les quatre qualités en telle mesure et d’un tel poids, non seulement de se multiplier ou augmenter en grandeur
qu’elle fut capable de produire en son ventre, et de nourrir par les semences, mais d’en entretenir même aussi les
avec ses seins les végétaux aussi bien que les Animaux et Animaux, (qu’il a créé le cinq et sixième jour, ) et de les
les Minéraux jusqu’à les limites données de Dieu à la nourrir ; le grand Dieu ayant créé et entretenu la machine
Nature pour leur perfection. Et ceci est conforme du monde depuis son commencement d’une telle
à ce que le saint homme de Dieu et Prophète Moïse dit au tempérance et en un tel équilibre des Éléments, auquel il le
Premier chapitre de Genèse vers. 2 ème : La Terre était sans conserve encore pour le jourd’hui de même, en telle
forme et vide, et les ténèbres étaient sur les abîmes. (Y

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 68 – L’ESCALIER DES SAGES


sorte, que l’un ne surmonte l’autre en vertu, vu comme j’en attends ici les expériences et les
qu’autrement la Hermoniene aurait pu subsister, ni ne démonstrations de vos grâces.
pourrait subsister encore aujourd’hui, car la rotation des
Éléments parfaite ne se pourrait faire, laquelle venant à VREDERIC.
manquer, il est à présumer que le Seigneur augmentera le Je ne refuserai pas à donner satisfaction à vos désirs, et de
Feu Élémentaire dessus et dedans la Terre, qu’il la fera vous délivrer de la peine que vous pourriez prendre à la
sécher de son humidité d’une telle forte que la Terre ne poursuite de ce discours, étant assez persuadé que vous
deviendra pas seulement calcinée, mais qu’elle sera l’auriez pu continuer aussi bien que moi.
métamorphosée en un être meilleur, et qu’ainsi en sera
Vous portez fort bien à propos les paroles du Prophète
produit un Monde nouveau d’une Nature spirituelle,
Moïse au Genèse I. Chap. 2ème verset : Et la terre était sans
incorruptible et glorieuse, et qui ne sera plus sujet à aucun
forme et vide, et les ténèbres étaient sur les abîmes, et
changement.
l’Esprit de Dieu était épandu par-dessus les eaux, etc.
L’Élément de la Terre, lequel nous dit être froid et sec, n’a Il est à soutenir que la Terre n’a pas encore été fixe au
pas seulement dedans, mais aussi dessus et à l’entour
commencement de la création de l’Élément de la Terre, à
d’elle plusieurs sortes de Terres de différentes natures ; et cause qu’elle était encore unie à l’Eau, et qu’elle n’en était
les mixtes même ont leurs Terres particulières aussi bien
pas encore séparée par la fixation, ce qui est assez à
au Royaume Végétable, qu’Animal et Minéral. connaître par ces paroles :
La Terre était vide : car il fallait bien qu’elle fut vide si
CHAPITRE II. longtemps qu’elle n’était encore séparée des autres
Éléments, et c’est pour cette raison que ces paroles y
Que la Terre n’est autre chose qu’un soufre fixe. suivent aussitôt : Et les ténèbres étaient sur les abîmes.
Comment que la cendre des montagnes embrasées Il est à soutenir qu’on doit entendre par les Ténèbres sur
n’est autre chose que du soufre fixe. Comment que la les abîmes, qu’il fallait que la putréfaction et la couleur
cendre des montagnes soufreuses devient Terre. Que Noire se montrât premier et devant la séparation des
la Terre n’a pas été fixe au commencement de la Éléments combinés, auparavant que la Terre fixe ou le
création. Démonstration chymique sur ce sujet du soufre fixe pouvait paraître ; ce pourquoi il dit : Et l’esprit
soufre commun. de Dieu était épandu par-dessus les Eaux.
L’Esprit de Dieu a été l’opérateur, du temps de la création,

L a Terre étant considérée étroitement, n’est


qu’un soufre fixe et irréducible,
autre chose
qui ne peu
et il a été le séparateur des Éléments par ses puissantes
vertus et opérations, comme il est à voir en ces paroles.
Et Dieu dit : Que les Eaux qui sont sous le Ciel soient
seulement être fait et tiré par notre art chymique
de tous les composés du monde, comme vous assemblées en un lieu, et que le sec apparaisse. Et Dieu
savez, mais aussi du
appela le sec Terre : Il appela aussi l’assemblée des eaux
soufre vulgaire, des esprits végétaux, et des huiles des
mers.
animaux.
Si vous voulez avoir démontré à cette heure que la Terre a
La Terre la plus fixe et la plus irréducible dedans et dessus été un soufre commun et volatil avant la séparation
la Terre se trouve aux environ les lieux où sont les d’icelle des Eaux, selon ma soutenue ci-devant, qu’il n’a
montagnes et les lieux souterrains de soufre, lesquelles pas bien pu être autrement, et comment la Terre ou le
étant allumées jettent et vomissent une très grande
soufre volatil est réduite à un soufre ou une Terre fixe, je
quantité de cendres à l’entour d’elles, lesquelles ne sont
vous exposerai les expériences suivantes à examiner, et
rien autre chose que du soufre fixe ou de la terre, comme
vous trouverez, que ce que nous venons de proférer sera
nous avons dit : il faut pourtant faire distinction entre ledit
trouvé conforme à la vérité.
soufre fixe et les cendres soufreuses minérales et
métalliques, et aussi celles qui sont devenues pierreuses et Prenez du soufre vulgaire très fin, ou des fleurs de soufre,
vitreuses, comme sont celles qui sont changées de nature, mettez-le dans une fiole ou dans une cornue de verre,
soit par les sels, soit par la conjonction susdite de l’eau et versez dessus autant d’une bonne lessive faite de cendre
du feu, qui y sont souvent des étrangers métamorphosés à de quelque végétable, et les digérez ensemble jusqu’à que
proportion que l’un ou l’autre vient à prédominer ; car ces tout le soufre soit dissout en une liqueur fort rouge, versez
cendres, ou soufre fixe susdits (encore qu’elles soient de cette huile par un filtre, afin que vous soyez assuré, qu’il
leur nature et sans l’addition d’autres choses, n’y demeure rien de terrestre, remettez cette liqueur dans
irréductibles, inutiles, ni propres à aucune chose) peut, une cornue, et distillez fort lentement l’humidité, qu’il ne
moyennant la rotation des Éléments supérieurs, peu à peu reste plus dans la cornue qu’un sel desséché, faites ainsi
être réduit à la nature d’une terre commune, et changé cimenter ce sel soufreux l’espace de deux ou trois fois
d’une telle manière qu’elle peut devenir une mère et une vingt quatre heures par un tel degré de feu que le soufre
nourrice propre pour concevoir la semence des végétaux ne se puisse sublimer au col de la cornue, faites peu à peu
et des Minéraux pour les alimenter jusqu’au degré de leur éteindre le feu pour empêcher que le verre ne se casse,
perfection, et que plus est, pour en faire vivre et entretenir lequel étant refroidi, vous le nettoierez avec un linge
les Animaux, et d’exécuter en tout la volonté du Créateur mouillé, versant autant de l’eau commune dessus la
de même que fait la Terre générale, ce qui est très facile à matière qu’elle puisse dissoudre le sel que toute la matière
connaître à tous les experts de la Nature, quand ils vont contient, et vous trouverez au fond du verre une bonne
considérer et pénétrer la Nature de la Terre aux environ partie du soufre fixe, ou de la terre qui rendra votre lessive
des places soufreuses, comme ils le peuvent démontrer trouble, lequel étant dulcifié, séché et mis au feu dans un
réellement et clair comme le jour par l’art joint à la Nature, creuset, vous verrez qu’une partie de votre soufre
commun sera devenu d’une nature tellement fixe et

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 69 – L’ESCALIER DES SAGES


irréductible, qu’il ne pourra être réduit tout seul es sans dans un creuset au fourneau à fondre, laquelle étant bien
addition d’autres choses, par le feu en aucun autre corps fondue vous lui donnerez du charbon pulvérisé de temps
qu’il a, à savoir en un soufre ou terre fixe, hormis qu’elle en temps avec une cuillère de fer, jusqu’à que vous voyez
peut être préparée par les sels d’une telle manière, qu’elle que la matière se tienne en repos dedans le creuset, car
peut devenir capable et propre de produire des végétaux c’est alors que le loup affamé est rassasié, cette matière
et des minéraux aussi bons et tout aussi propres à nourrir étant bien fondue versez-la dans un mortier ou dans
et à entretenir les Animaux que la Terre générale peut quelqu’autre vaisselle de cuivre chauffée, laissez-la
faire. refroidir, pillez-la en poudre fine, dissolvez avec de l’eau
Ce serait bien assez démontré par ceci que la Terre commune ce qui peut être dissout, filtrez l’humidité salée,
commune n’a été qu’un soufre vulgaire avant la fixation et laquelle passera d’une couleur rougeâtre, faites évaporer
la séparation d’icelle d’avec l’Eau, et que les semences de l’humidité à la consistance du sel par une cornue, et faites
tous les végétaux et des minéraux y peuvent être semés, cimenter votre rémanent tout doucement environ le temps
nourries et produites à leur perfection : mais pour vous de cinq à six jours, cassez votre cornue, pillez la matière
montrer, qu’un soufre fixe ou terre peut être tiré et fait de bien fine et dulcifiez-la avec de l’eau commune, et vous
tous les végétaux, Animaux et Minéraux, vous pourrez trouverez une poudre noirâtre, laquelle n’est rien autre
prendre la peine de considérer les expériences qui suivent. chose que le soufre qui a été dedans le charbon, car
lorsque vous rougirez votre cornue par des degrés de
chaleur, le soufre volatile se sublimera au col d’icelle, tout
CHAPITRE III. semblable à celui qu’on tire des mines de soufre, aussi
bien en couleur qu’en toutes sortes d’autres qualités, et
Que la Terre ne contribue rien aux végétaux qu’un sel
celui qui est devenu fixe, il demeurera au fond du verre,
humide. Des expériences comment on peut faire comme une terre, laquelle ne peut être refondue par aucun
provenir un soufre fixe des végétaux. Qu’il y a un feu, à moins qu’on lui ajoute des sels, qui la font réduire
soufre caché dedans les végétaux qui est de la même en verre comme il se fait de la terre et du sable.
nature de celui du soufre vulgaire. Expériences Si vous désirez une expérience au Royaume Animal, à
comment on peut faire produire un soufre fixe des savoir de quelle façon il s’en peut tirer un soufre volatile et
corps des Animaux. Et aussi des Minéraux. fixe, semblables à ceux que nous venons de dire ?

I
Prenez un morceau du cœur, une partie du cerveau, du
foie, du poumon, de la chair, des ossements, ou de
l est connu à peu de personnes, qui font recherches des quelque partie du corps animal qu’il vous plaira, mettez-la
secrets de la Nature, que la Terre ne contribue en dans une cornue, faites-en évaporer l’humidité par les
rien autre chose pour l’accroissement de la plupart
des végétaux, (qui proviennent des semences, ou degrés du feu, donnez à la fin du feu tant que la cornue
par les rougisse, et que la matière rémanente devienne en charbon
opération des Éléments supérieurs, ) qu’une proportion noir, ôtez-en le charbon, pilez-le, et traitez-le de la même
du d’un sel nitreux et de l’humidité, et qu’il se trouve manière, comme nous avons dit ci-devant amplement des
pourtant une grande quantité de soufre fixe ou de terre, végétaux, et vous produirez de cet animal un tel soufre
(vulgairement appelée des cendres) lorsqu’on les a brûlé. vulgaire volatil aussi bien, que fixe et irréductible, comme
Cette terre (mon très cher) ne peut avoir été autre chose, nous en avons tiré des végétaux.
comme vous savez, qu’un soufre commun, qui s’est fixé, C’est de la même manière que vous pouvez procéder avec
durant son brûlement, en une terre ou soufre fixe, ou les minéraux, et particulièrement avec l’Antimoine qui
cendre ; et ce par le moyen du sel ou de l’acidité qui a été
vous donnera aussi deux sortes de soufre, l’un volatil, et
auprès : Et pour vous montrer, qu’il ne peut être aucune
l’autre fixe, mais il sera nécessaire, que les flèches et les
terre dedans les végétaux, vous n’avez qu’à prendre
lances, pour tirer et pour tuer ce griffon, soient fortifiée et
quelque végétable, le laver, le piler ou haché bien fin, le
aiguisées un peu d’avantage.
mettre dans de l’eau forte, ou dedans quelqu’autre
corrosif, et le digérer quelque temps avec elle, et vous Touchant les métaux, mon très cher, ils veulent être traités
expérimenterez que le dit végétable tout entier se encore d’une autre manière, vu que leur soufre est
dissoudra d’une telle manière qu’il n’en demeurera non beaucoup plus fixe, qu’il n’est dedans les mixtes des deux
plus que vous pourrez mettre dans l’œil, mais que le tout Royaumes précédants, et qu’il y est lié si fortement, que
sera changé en une eau ou humidité transparente, ce qui ceux qui se voudront mêler de le délivrer de la prison des
fait voir qu’il n’y a eu aucune terre ou cendre dedans le métaux, qu’il faudra qu’ils implorent le secours du plus
végétable, vu qu’il est assez connu que l’eau forte et les grand Dieu, de Jupiter et de son fils Mercure, parce que
autre corrosif n’ont aucune prise à la terre, soufre fixe, ou sans l’aide d’iceux et sans leur assistance ils n’auront
cendres et qu’ils les laissent sans les attaquer aucunement. jamais la moindre espérance du monde de jouir de l’aspect
de la toison d’or, ni de la Salamandre résistant au feu à
Voilà une seconde séparation de la terre qui se fait des
jamais.
quatre Éléments généralement combinés ensemble.
Je vous en donnerai une troisième d’une autre manière. FRANÇOIS.
Prenez du sel commun, dont on se sert pour saler les Vous avez bien assez clairement démontré par vos propos
viandes et à la cuisine, parties 3, et de l’huile de soufre ou précédant de quelle façon qu’on peut produire du soufre
de vitriol 2 parties, faites dissoudre votre sel avec de l’eau commun et un soufre fixe ou terre, du soufre des végétaux
commune, ajoutez y l’huile susdite, distillez en l’humidité, et des Animaux, mais il me semble (sous votre correction)
prenez le sel qui est demeuré au fond du vase, pulvérisez- que vous avez encore dit trop peu, de quelle façon que le
le, mêlez-y environs la quatrième partie de charbon de soufre peut être tiré des métaux, et qu’il sera nécessaire
bois en forme de poudre fine, selon l’aspect et non pas
selon le poids) faites bien fondre cette matière ensemble

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 70 – L’ESCALIER DES SAGES


que nous nous entretenions un peu davantage de cette Car lorsque vous dissolvez les métaux, avec l’Eau forte,
matière. avec de l’eau Royale, avec de l’esprit de sel, avec de
l’esprit de soufre, avec de l’esprit de vitriol ou par quelque
VREDERIC. autre corrosif, les métaux ne laisseront suivre ni séparer
Il est bien vrai ce que vous dites, et il est bien aisé d’en d’eux aucun soufre, ni aucune terrestréité, mais on les
discourir, mais il est bien difficile à le démontrer : ayez pourra toujours faire réduire en des métaux tels qu’ils ont
seulement un peu de patience, et je prendrai la peine et le été quand on les y a mis.
labeur sur moi, pour vous enseigner assez clairement, Paracelse, (faisant mention de la destruction des métaux) :
comment que le soufre fixe se sépare des métaux. Facilius est construere metalla quam destruere. C’est-à-dire : Il
est plus facile de construire les métaux que de les détruire.
CHAPITRE IV. Car il est impossible de détruire les métaux et de les
réduire à leurs principes, (à leurs Sel, Soufre et Mercure)
Comment on sépare le soufre fixe des corps des par aucune autre voie que par le Mercure des Philosophes,
métaux. Expression du tremblement de terre par le qui est l’unique clef qui peut délivrer le soufre fixe des
maniement de l’œuvre des Philosophes. Que le corps métalliques auxquels il est enfermé et enchaîné très
étroitement ; c’est lui qui possède le Soufre, le Mercure et
Mercure des Philosophes est la clef des corps tant
le Sel des Philosophes en juste poids et mesure, mais non
solides des Métaux. pas le Soufre, le Mercure et le Sel commun.

P renez de l’argent, du cuivre, de l’étain, du fer, du plomb,


qui soit fort limé bien fin, ou du vif argent, une
C’est lui qui rend véritable la devise des Philosophes qui
dit : Natura gaudet ; Nature naturam vincit ; Natura naturam
once : mettez-le auprès du Menstrue des retinet. C’est-à-dire : La Nature se plaît à sa nature ; La
Philosophes, autant que savez qu’il est besoin :
faites passer le tout Nature survainque la Nature ; La Nature retient la nature.
ensemble par la couleur Noire jusqu’à la Blanche, et le Puisque le Sel, le Soufre et le Mercure, qui sont dedans le
menstrue susdit fera tellement altérer le métal, et le menstrue des Philosophes, ont le pouvoir d’attaquer le
changer de nature, qu’il laissera peu à peu suivre son Soufre, le Sel et le Mercure qui sont dedans les métaux, de
soufre fixe métallique au soufre métallique qui se fixe en se joindre amiablement et radicalement avec eux, et ainsi
même temps dedans le menstrue, et qu’il le transformera s’entre attirer et s’embrasser ensemble comme l’aimant fait
par l’aide du Dieu Mercure en sa propre nature, tellement le fer et le fer réciproquement l’aimant, et de s’unir et
que le métal n’en pourra jamais être retiré en forme s’incorporer si bien les uns aux autres, qu’a la fin ils se
métallique. changent entièrement en une même matière et qu’ils
C’est de cette façon que j’ai procédé avec la plupart de deviennent d’une même nature ; tellement que s’il arrive
tous les métaux en particulier, et aussi avec tous les que le soufre fixe, qui est dedans le menstrue ou dedans le
métaux ensemble. Mercure des Philosophes, vienne à s’en séparer, le soufre
C’est par cette manière de procéder que toutes les ou la terre, qui a été dedans les métaux ; et qui est fixé par
opérations chymiques se font suavement et doucement, le Mercure des Philosophes, s’en sépare aussi ; et qu’ils ne
sans aucune violence, dans un même verre, que la solution sont plus à connaître, ni à distinguer, en couleur, ni en
se fait sans bruit, que la coagulation se fait magno cum propriété ni en qualité de l’un l’autre, que de l’eau de
igenio, c’est-à-dire, avec grand esprit, car en cas qu’on ne pluie est à distinguer de l’eau de pluie.
procédât pas fort prudemment avec elle, et que le feu C’est ainsi qu’avec le mariage, la copulation et la
central de notre terre n’est seulement qu’un tant soit peu consommation du Soufre, du Mercure et du sel, qui sont
ému plus qu’il ne faut par le feu extérieur, il arrive par dedans le menstrue des philosophes, se font avec le
places en notre terre un tel écoutement, tremblement, et Soufre, le Sel et le Mercure qui sont dedans les métaux, de
un tel étonnement, qu’ils ne sont pas fort dissemblables sorte qu’à la fin il faut (à mon avis) que par des
aux mouvements qui se font au Macrocosme : mais appris conversions et transformations itératives des Éléments,
avec perte, qu’il faut environner les métaux avec le qu’il provienne de cette matière des Philosophes, ce que
Mercure des Philosophes, comme l’estomac des animaux Trimégiste promet avec tant d’assurance dans sa Table
fait les viandes, et de les y faire fondre comme il se fait de d’Emeraude, par ces paroles : Portavit illud ventus in ventre
la glace dedans l’eau, sans que la solution vienne suo. Nutrix ejus est terra. Virtus ejus integra est si vera suerit
aucunement à paraître visiblement. in terram. Separabis terram ab igne, subtile a spisso suaviter et
C’est ainsi qu’il se peut faire une putréfaction, une magno cum igenio. Ascendit a terra in coelum, iterumque
fermentation et une séparation du pure de l’impure, et des descendit in terram, et recipit vim superiorum et inferiorum. Sic
particules subtiles des grossières ; et c’est par cette habebis gloriam totius mundi. Ideo a te sugiet omnis obscuritas.
manière, et non pas par aucune autre (que je sache) que le Hoec est totius fortitudinis fortitudo forti quiq vincet omnem
rem subtilem omnemque solidam penetrabit. Sic Mundus
soufre fixe ou la terrestréité peut être découvert et produit
creatus est, etc.
hors des corps métalliques solides où il est très
étroitement enfermé.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 71 – L’ESCALIER DES SAGES


L’ESCALIER DES SAGES
LIVRE QUATRIÈME
TRAITANT

DU NOMBRE TROIS,
DES TROIS PRINCIPES :
DU SOUFRE, DU MERCURE ET DU SEL.
ET DU SOUFRE, DU MERCURE ET DU SEL DE LA MATIÈRE DE LA PIERRE DES PHILOSOPHES.

CHAPITRE I.
Du nombre de Trois.
Que les opérations de la Nature dépendent de la volonté de Dieu.
De la naissance du soufre, du Mercure, et du sel.

FRANÇOIS.

M on très cher ami, nous avons dit ci-devant, que toutes les opérations des
choses, desquelles il se faut admirer, descendent de l’unité par le
nombre de Deux au nombre de Trois, mais non pas plutôt, qu’elles
ne viennent à se relever ensemble en simplicité par le nombre de
quatre.
Nous avons traité assez amplement, à ce qu’il me semble, des trois
nombres, savoir de l’unité, du nombre de Deux, et du nombre de quatre,
et nous avons aussi déduit les raisons, pourquoi nous jugeons que le
nombre de quatre doit être préféré à celui de trois, et ce à cause que le
grand Dieu a tenu cet ordre lui-même à la création et à la production du
grand Monde, comme j’ai appris de mon coté ; et comme vous avez
démontré pareillement, qu’il faut que cet ordre soit observé au cours de
l’œuvre des Philosophes : nous irons voir à cette heure comment le
nombre de trois, savoir comment que les Trois principes viennent à sortir
du monde de quatre à savoir les quatre Éléments en la suite de la création,
et de quelle façon que les être créés et à créer reçoivent d’iceux leur
commencement, leur croissance, leur perfection, leur multiplication et
leur déclin, et comment ils se réduisent à leur premier être, et qu’ainsi le
nombre de dix devient à être parfait et entier.
Vous savez que la volonté opérante dépend de la volonté de notre grand
Dieu et que ça été dès le commencement, et que c’est encore la volonté du
très haut, que les Éléments d’en haut ont du, et doivent encore opérer
incessamment dedans les Éléments qui sont en bas, et que le Soufre est
produit par l’opération que le Feu ou le Soleil fait dans l’Air.
Que le Mercure s’engendre par l’opération que le Feu et l’Air font dans
l’Eau ; et que le Sel provient par l’opération que le Feu, l’Air et l’Eau font
dans la Terre : tellement que ces Trois Principes, le Soufre, le Mercure, et
le Sel sont des être moyens entre les Quatre Éléments et les mixtes,
comme des seconds Éléments, qui sont progénérés de la Nature par les
opérations des Éléments supérieurs dedans les Éléments inférieurs, pour
d’étendre par iceux et avec eux en trois Royaumes ou Provinces si
puissantes que tout ce qu’il est compréhensible pour l’Esprit de l’homme
sur la terre, et tout ce qui est composé de ces dits Principes, est compris et
compté sous la juridiction d’iceux.
Ces Trois Royaumes sont appelés : Le Règne des Végétaux, Le règne des
Animaux et le Règne des Minéraux. Mais devant que nous tachions
d’entreprendre notre pèlerinage, jusque là, pour les visiter en particulier,
il sera besoin que nous traitions auparavant un peu plus particulièrement
des Trois Principes chacun à part, faisant notre commencement du Soufre.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 72 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 73 – L’ESCALIER DES SAGES
L’ESCALIER DES SAGES
LE HUITIÈME DEGRÉ
DU SOUFRE
ET DU SOUFRE DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I. leurs graisses, huiles et en une matière qui est facile à


fondre et à brûler, qu’on appelle Soufre commun.
Le Soufre considéré de deux façons. De la matrice du Touchant le Soufre corporel fixe et incombustible : ce sont
soufre. Du Soufre des Météores. Du Soufre des les particules lesquelles deviennent fixes par les opérations
végétaux. Du Soufre des Animaux. Du Soufre fusible et des sels à l’occasion que les végétaux viennent
à être putréfiés et brûlés, lequel demeure au fond ou
volatil des Animaux. Du Soufre fixe des Animaux.
dedans le filtre quand on en a dissout le Sel.
VREDERIC. Les Soufres spirituels que nous trouvons dedans les

L e Soufre n’est pas un des moindre des Trois Principes, vu


qu’il est estimé des ancien Sages pour le principal
Animaux sont les suivant.
Les Soufres les plus spirituels et les plus volatiles, qu’il y a
dedans les Animaux, ce sont les âmes d’iceux, lesquelles
des Trois, comme étant la principale partie même sont les moteurs et les opérateurs des animaux à
de la Pierre des Philosophes. Le Soufre, (à mon
avis) proportion de la bonté et de l’excellence qu’ils possèdent :
doit être considéré de deux manière ; premièrement et comme elles ont reçues leur commencement, leur
comme mouvant et générant, et puis, comme étant accroissement, et leur perfection du moteur général, qui
progénéré. est le soleil, et comme l’âme est gardée dedans le corps des
Le soufre mouvant et progénérant est la Lumière ou bien animaux, et entretenue là comme dans un réservoir ; elle
le Soleil, lequel fait concevoir et produire en perfection reprend aussi le lieu de son refuge (quand elle vient à
toutes sortes de Soufres, par le moyen des autres quitter la demeure qui est son corps) à la lumière de
Éléments, dedans leurs matrices, soit dans l’air, soit dans laquelle elle à eu son origine : L’âme raisonnable de
l’eau, dans la terre, dedans les Végétaux, Animaux et l’homme même est obligée d’approcher ou de s’éloigner
Minéraux ; de sorte que le soufre se trouve abondamment de la Lumière de la face de Dieu à proportion des grâces
dedans les trois Royaumes, vu qu’il est possible à l’art qu’elle aura reçue de son créateur, et à proportion de ses
d’en faire provenir aussi bien du Soufre spirituel que du comportements en cette vie.
corporel, de la même manière que la sage mère Nature le Le soufre fusible et volatil, que nous trouvons par la
fait engendrer. séparation anatomique chymique des corps des Animaux,
La matrice, dans laquelle le soufre générant du soleil vient est l’huile, la graisse, et les autres matières qui reçoivent
prendre sa demeure est fort différente et provient subtil facilement le feu, comme il est à voir à l’opération de la
ou grossier, spirituel ou corporel, à proportion des Nature même qui se fait pat la putréfaction, ou par celle de
qualités qu’elle possède. la Nature aidée par l’art : comme sont la graisse, et le suif
que la Nature fait croître en plusieurs places aux corps des
La matrice du Soufre le plus subtil est la circonférence la
Animaux : L’huile des cheveux, des ongles et des cornes
plus proche à l’entour du soleil, ou le soufre paraît le plus
d’iceux ; comme aussi le Soufre que nous tirons des parties
éclatant comme une lueur sortante de la lumière, et
principales des corps de toutes sortes d’Animaux.
comme un air allumé, et éternel, dedans lequel les âmes et
les esprits subtils ont leurs résidences à proportion de leur
subtilité et de leur dignité. Le Soufre corporel fixe et incombustible qui se tire des
corps des Animaux est celui, qui se découvre ou par le
La matrice du Soufre des Météores, de l’éclair, et des
cours de Nature, ou par l’art chymique. Il se découvre
autres vapeurs qui conçoivent facilement le feu, est
naturellement, et comme de soi-même, lorsque l’âme en
dedans l’air qui environne la Terre, lequel est subtil ou
est séparée (ce qu’on appelle vulgairement la mort
grossier à proportion que l’air est proche ou éloigné de la
naturelle) et que une étrange fermentation est excitée
terre. dedans l’humidité des corps des animaux leur vie encore
La matrice du Soufre des Végétaux, des Animaux et des durante, et que ces humidités incitées par les Éléments
Minéraux est dessus et dedans l’eau et la Terre, duquel ils supérieurs deviennent à se putréfier et ainsi à être réduites
nous font livrer trois sortes par l’Anatomie d’iceux, vu en les mêmes Éléments desquels les corps étaient
qu’une partie d’icelui est spirituelle et volatile, une partie composés : car c’est de cette manière que le soufre vient à
corporelle et volatile, et une partie fixe et résistante au feu. se fixer par la longue digestion qui se fait pendant la
Les particules spirituelles et volatiles du Soufre des séparation des Éléments des corps, et que la matière
Végétaux consistent aux âmes et aux esprits d’iceux, terrestre devient à s’en séparer comme une tête morte.
comme il est à voir et à connaître par l’examen de l’esprit
de vin et des autres végétaux.
Le soufre corporel et volatile des végétaux consiste en

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 74 – L’ESCALIER DES SAGES


CHAPITRE II. Les minéraux ni les métaux ne se laissent pas dissoudre
par l’eau commune, pour ainsi faire paraître et rendre
Des Expériences pour faire provenir du Soufre fixe libre le soufre qu’ils contiennent, (comme nous en avons
des corps des Animaux. Du Soufre des Minéraux et fait mention en discourant de la fixation du soufre des
végétaux et des Animaux) vu que l’eau commune n’a
des Métaux. Que les minéraux ont moins et les
point d’ingrès dedans les minéraux, et encore moins
métaux plus de soufre fixe. dedans les métaux, ce pourquoi leur soufre volatil ne peut

L e Soufre corporel et incombustible des corps des Animaux


vient à paraître de deux sortes de manières : et ce
être produit par l’eau à un être meilleur, à un soufre fixe,
ou à un meilleur minéral ou métal ; et encore qu’ils ont
leur Sel aussi bien que les deux autres Royaumes, et qu’ils
par l’Art chymique. L’une se fait par une voie ne peuvent être dissous sans le moyen des sels, ces sels
humide, et l’autre par la voie sèche. Celle qui se des minéraux et des métaux sont pourtant d’une nature
fait par la voie
humide, se fait ou par la digestion avec l’eau commune plus ferme et plus solide, à cause que les soufres d’iceux,
(qui sont la partie principale des minéraux et des métaux)
seule ; ou avec de l’eau par l’addition des sels ; ou par des
les embrassent si fort, que les sels viennent à être changé
humidités acides et fortes.
avec eux, que le sel vient aussi bien représenter une des
Quand on digère longtemps la plus grande partie des principales personnes au royaume minéral, qui ne sont le
Animaux, avec de l’eau commune, et particulièrement les soufre et le Mercure, c’est pourquoi qu’il est requis un
parties les plus solubles, il arrive que les humidités potentat plus puissant que l’eau commune pour assaillir
visqueuses et salées, qui résident dedans la chair, dedans ce Royaume.
les nerfs, dedans les veines, et autre part, viennent peu à
peu à se dissoudre, et à s’unir avec l’eau, de sorte que cette
eau ne devient seulement de cette façon capable de rendre CHAPITRE III.
la chair, les nerfs et autres tendres, mais qu’elle devient
aussi un menstrue qui est propre de produire leur La clef de toute la Nature. Que le menstrue des
composition à une séparation, et de fixer avec le temps Philosophes dissout tous les métaux sans bruit,
leur soufre soluble et volatile en un soufre fixe et comme l’eau fait la glace ? Que le menstrue des
incombustible. Philosophes fait le soufre des minéraux et des
Quand on vient à dissoudre du Sel dedans l’eau métaux fixe et volatil.

L
commune, et qu’on digère les parties susdites des
Animaux avec un tel menstrue, comme nous venons de
dire de l’eau commune, vous verrez que cette séparation es Sels dissous peuvent faire quelque peu davantage
auprès des minéraux, mais fort peu de chose
et fixation du Soufre se fera beaucoup plutôt, à cause que auprès des métaux. Les esprits des Sels ont bien
le menstrue est rendu plus fort et plus puissant pour plus de pouvoir, mais ne peuvent à beaucoup
près effectuer auprès
exécuter ce qu’on lui demande.
les minéraux ce qu’ils peuvent auprès des végétaux et les
Et quand on se sert des esprits acides et corrosifs au lieu
Animaux.
desdits menstrues, vous trouverez que vous ferez autant
d’effet avec eux et que vous fixerez plus de Soufre soluble Il faut ici la clef de toute la Nature pour ouvrir les cabinets
fermés des minéraux et des métaux, et même de l’argent et
et volatile des animaux en peu de jours que ne pourriez
de l’or, et pour les refermer, et manier les trésors de ce
faire par les susdits en plusieurs mois.
royaume, selon son bon plaisir, et pour en disposer d’une
Si vous désirez pourtant de rendre tout le Soufre, qui est telle manière, que le soufre volatile qui est dedans les
dedans les corps des animaux, corporel, palpable et minéraux et dedans les métaux imparfaits vienne à être
incombustible ; il faudra dissoudre l’animal tout entier rendu fixe et incombustible, et qu’au contraire le soufre
dans un menstrue qui est capable de cet effet, le digérer fixe des métaux parfaits soit fait volatile, et puis après que
son temps avec lui, en tirer alors peu à peu l’humidité, et ce soufre fixe volatilisé soit refixé : selon la maxime de
cimenter le rémanent tout doucement, jusqu’à que tout le Sendivogius et de plusieurs autres qui disent : Fac fixum
Soufre de l’animal soit devenu irréductible, et qu’après volatile et volatile fixum.
que vous en aurez dissout le Sel, qu’il puisse résister au
plus grand feu que vous lui puissiez donner ; et que même Vous savez, mon très cher, que notre menstrue ou
Mercure des Philosophes ouvre et referme indifféremment
vous ne puissiez faire du verre par l’addition des sels fixes
tous les minéraux et tous les métaux, non pas avec
; voilà la meilleur méthode de fixer le Soufre volatil, et de
violence, ni avec bruit, comme il arrive quand on dissout
le rendre incombustible par la voie sèche.
les minéraux ou les métaux par les eaux forte, royales ou
Après avoir tenu propos du Soufre des végétaux et des autres corrosives ; mais qu’il les dissout suavement, peu à
Animaux, nous parlerons à cette heure du Soufre des peu étant gouverné et conduit avec grand esprit, et qu’ils
Minéraux. viennent à s’y fondre comme fait la glace ou le sel dedans
Les Minéraux et les métaux ont aussi bien du Soufre l’eau commune ; le sel et la glace étant d’une telle
volatile et fixe que les végétaux et les Animaux ; quelques- convénience avec l’eau, qu’il s’entre-acceptent et
uns ont moins de Soufre volatile et plus de fixe, et d’autres s’unissent ensemble sans aucune contrariété : que notre
plus de volatile et moins de fixe. eau des philosophes est aussi d’une même nature avec les
Les minéraux, qui sont sur le chemin de parvenir jusqu’à minéraux et les métaux, s’unissant radicalement et fort
la perfection des métaux, (non seulement à celle des amiablement avec eux, sans qu’il se voie la moindre
moindres, mais même des plus parfaits, comme à celle de marque de contrariété, sans qu’on puisse entendre le
l’argent et de l’or) contiennent plus de soufre volatile que moindre bruit, les fondant et les dissolvant sans aucune
de soufre fixe, mais les métaux ont plus de soufre fixe que résistance ; mais il faut que tout ceci se fasse avec grand
de volatil. esprit, aussi bien au regard de la composition de l’aimant

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 75 – L’ESCALIER DES SAGES


qu’au respect du régime de l’eau mercurielle, pur y faire qu’il demeure irréductible comme une matière la plus
baigner les métaux et les minéraux, pour les y faire laver incombustible du monde, ce que vous savez aussi bien
et purger de leurs immondices, pour y faire fixer les que moi, ce pourquoi nous cesserons de discourir
soufres volatiles, et faire voler les fixes, et pour y faire fixer davantage du soufre en ce lieu, n’en réservant que le
le vif argent vulgaire même et de la même pesanteur soufre de notre esprit pour faire étinceler le propos du
qu’on l’y met ; en sorte qu’il soit impossible de le réduire Mercure et pour voir quel entretien il supéditera à notre
en vif argent coulant, par aucune voie que ce soit, mais discours.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 76 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 77 – L’ESCALIER DES SAGES
L’ESCALIER DES SAGES
LE NEUVIÈME DEGRÉ
DU MERCURE
ET DU MERCURE DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I. l’Air, par lequel et avec lequel il vient descendre, (comme


par des degrés) du haut de la Lumière ou du Soleil jusqu’à
Que le Mercure est le réceptacle du Soufre spirituel la circonférence des Planètes et de leurs satellites, (ou
en général. Que le Mercure est un moyen de joindre gardes qui les font éclipser) et des autres corps
innombrables, connus et inconnus, visibles et invisibles,
le Soufre avec le Sel. Du Mercure spirituel. Du
vulgairement appelé des étoiles, et même jusqu’à la
Mercure corporel. Dedans les végétaux. Dedans les circonférence de la Terre ; il y vient pénétrer l’air le plus
Animaux. grossier par sa forme spirituelle, se mêler avec lui,
comprimer l’Élément de l’Eau avec lui à l’entour et dedans
FRANÇOIS. la Terre, et imprimer comme avec un soufflement la vie

L e Mercure ou l’esprit est celui à qui appartient le rang


après le Soufre entre les trois Principes, qui ont
aux Éléments d’en bas, qui sont comme à demi morts et
aspirants pour prendre l’haleine, devenir ainsi peu à peu
corporel avec lui et par lui, et mériter à la fin par les
leur origine des Quatre Éléments, vu que le
Mercure est engendré et produit par l’opération degrés le titre de Mercure qui est volatile, qui est fixe, qui
du est Hermaphrodite, igné, aérien, aqueux, Terrestre,
Soufre spirituel, et ce par le moyen de la Lumière, de l’Air Végétable, Animal, Minéral et Métallique.
et de l’Eau : et comme l’office du mâle appartient au Le Mercure corporel à principalement le lieu de sa
Soufre, ainsi appartient aussi l’office de la femelle, au résidence dedans l’humidité et se montre pour la plupart
cours de la Nature, au Mercure. en forme humide dedans les végétaux, dedans les
Le Mercure doit être considéré de deux façons : Animaux et dedans les Minéraux, mais plus humide aux
Généralement et Spécialement. Végétaux et aux Animaux qu’aux Minéraux, encore que
Considérant le Mercure généralement, on le doit juger les minéraux ne peuvent être produits sans un mercure
d’être un conservateur du soufre spirituel en général qui humide comme nous dirons plus amplement quand nous
proflue de la fontaine générale de la lumière, et qui voient nous entretiendrons de la génération des minéraux.
à se reposer aux flancs de cet esprit pour l’imprégner de Le Mercure corporel dedans les végétaux contient leur
toutes sortes de formes, et c’est de cette imprégnation ou soufre et leur Sel volatiles, comme nous les découvrons
engrossissement, moyennant le Principe du Sel, que toutes fort agréablement par l’anatomie chymique des plantes,
sortes d’individus, ou des composés différents dont la séparation se peut faire aussi bien de leurs racines,
proviennent. que des écorces, de la moelle, que du bois, des feuilles, des
Et comme toutes sortes de soufres particuliers, desquels fleurs, des fruits et des semences ; et ce d’une manière, que
nous avons fait mention ci-devant au traité du soufre, ont le soufre et le sel volatiles se trouvent combinés ensemble
leur origine du soufre général, qui est la Lumière, tout en une substance humide, et aussi le sel et le soufre fixe à
ainsi ont aussi toutes sortes de Mercures ou esprits leur part soi, à avoir, que les huiles et les sels volatiles des
profluences de ce Mercure ou de cet esprit universel végétaux soient unis radicalement à leur humidité, et que
susdit, comme d’un magasin inépuisable, et viennent à leur sel fixe avec le soufre fixe (ou la terre) en soient
paraître dedans les trois Royaumes des êtres composés, séparés.
aussi bien que fait le soufre. Le Mercure qui est dedans les Animaux contient bien
Le Mercure est un Médium cojungendi Sulphur cum Sale, aussi leur soufres et leurs sels volatils, mais d’une toute
c’est-à- dire un être moyen de conjoindre le Soufre avec le autre manière, vu que leurs soufres les plus subtils, qui
Sel ; et il est impossible de les unir dans la composition des sont leurs âmes, ne peuvent être arrêtés ni prises par
choses créées, sans l’interposition du Mercure, comme il aucune voie imaginable quand on fait la séparation
est impossible de joindre le Soufre au Mercure sans le d’iceux d’avec leurs soufres et leurs sels fixes, mais
moyen du Sel. qu’elles retournent incontinent, après cette séparation de
leur corps, à la périphérie ; au lieu que les âmes des
Le Mercure est aussi bien que le soufre, spirituel et
végétaux peuvent être arrêtées et rendues corporelles,
corporel. comme nous avons dit.
Le Mercure spirituel conçoit la vie de toutes les créatures
Nous finirons ici notre discours des âmes des animaux,
par l’activité de la Lumière dedans l’Air, et la conserve
pour en raisonner une autre fois plus à loisir, et
comme une nourrice fidèle pour la donner, pour en
considérerons en ce lieu, comment que les soufres et les
nourrir, et pour en fomenter naturellement, et par une
sels des animaux, qui sont volatils et fixes peuvent être
vertu aimantine, tout ce qui est ordonné et prédestiné de
séparés et unis avec le Mercure.
la Sagesse infinie du grand Dieu à recevoir la vie.
Le Mercure corporel des animaux contient en soi l’âme
Le Mercure spirituel a sa résidence dans l’Élément de

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 78 – L’ESCALIER DES SAGES


des animaux quand ils sont encore en vie, lesquelles ont Le Mercure du zinobre ou du vermillon, celui de
leurs assiettes principalement dans le Mercure du cerveau, l’Antimoine, de l’arsenic, de l’Orpiment, des marcassites et
et des nerfs, comme il paraît par les effets prompt de d’autres minéraux est fort volatil : comme aussi celui des
l’obéissance des membres pour exécuter la volonté de métaux et particulièrement le Mercure du Plomb, de
l’âme. l’Etain, et de vif argent : mais il est beaucoup plus fixe
Le Mercure comprend en soi les sens des animaux, comme dans le Fer, dans le Cuivre, et dans l’Argent ; et dans l’Or
l’Intellect, la Volonté, la Mémoire, la Vue, l’Ouïe, l’Odorat, le plus résistant aux injures du feu de tous les métaux ;
le Goût, et le Sentiment. mais vous savez que celui, qui sait parfaitement bien
préparer le Mercure vulgaire, qu’il peut facilement rendre
Lorsque les âmes des animaux sont séparées de leurs
tous les Mercures des minéraux et des métaux
corps, le Mercure de ces animaux contient alors en soi les
incombustibles et d’une durée éternelle.
sels et les soufres de leur corps concreus qui sont volatiles,
comme le soufre et le sel volatil du cerveau, du cœur, du VREDERIC.
foie, du poumon, des nerfs, du sang, de la lymphe, de la
bile, des cheveux, de la peau, des ongles, de la chair, des Il en est ainsi comme vous dites : Les Mercures des
ossements, de la graisse, de l’urine et des excréments ; et le minéraux et des métaux ne peuvent pas seulement être
sel fixe avec le soufre fixe s’en sépare comme une tête convertis de la sorte, mais aussi le Mercure vulgaire, qui
morte, soit par une putréfaction naturelle ; soit par l’art en est bien naturellement courant et volatil, mais il peut être
aidant la Nature, comme nous avons dit autre part, et privé par notre art de sa nature coulante et volante, et
comme nous nous étendrons davantage, Dieu aidant, sur rendu au contraire fixe, incombustible et tout à fait
cette matière lorsque nous traiterons de la génération et de résistant aux injures des Éléments.
la corruption des Animaux. Le Mercure est le sujet le plus admirable de toute la
Nature corporelle, puisque étant vif il se laisse tuer : étant
volatil il se laisse fixer : étant opaque il se laisse préparer,
CHAPITRE II. qu’il est transparent comme un cristal, et qu’il revient
obscur comme une terre : qu’il devient soluble comme u
Du Mercure dedans les Minéraux et dans les métaux. sel, et puis indissoluble comme une cendre d’os : il se
Que la proportion du Mercure est la cause de la laisse noircir, et puis se reblanchir, et accepte même toutes
dureté et de la fusibilité des minéraux et des les couleurs de tout le monde : il est parfois le plus grand
métaux. Que le Mercure est fixe et résistant au feu venin, et quelquefois la plus grande médecine : il est
dedans l’argent et dans l’Or. Que le vif argent quelquefois le mari, et puis la femme, et parfois le mari et
vulgaire peut être fixé par le Mercure des la femme tous deux ensemble : il est corps, et puis esprit :
il est visible, et puis invisible : il est parfois en forme de
Philosophes si pesant comme un met dedans. Que le
fumée, et puis du feu, et quelquefois de la fumée et du feu
Mercure des Philosophes est la chose la plus tout ensemble : parfois il est du feu : parfois de l’air :
admirable de tout le monde. parfois de l’eau : parfois de la Terre : et quand il est

T
produit à sa plus haute perfection, il est alors du feu, de
l’air, de l’eau et de la terre tout ensemble, et joint selon le
ouchant le Mercure des Minéraux et des Métaux. Le juste poids de la Nature, fixe, fusible, et pénétrable dans
Mercure qui est dedans les Minéraux et dedans tous les composés des trois Royaumes, des Végétaux, des
les Métaux se trouve la plupart corporel, mais Animaux, des Minéraux, et les amendant, comme telles et
d’une fixité fort différente. quantité d’autres qualités extraordinaires sont données
La présence du Mercure est la principale cause de la par les Philosophes au Mercure des Philosophes, comme
fusibilité des Minéraux et des Métaux : et son absence nous avons dit assez amplement autrefois, et entre autres
cause la dureté d’iceux, comme il est à voir, entre les quand nous avons tenu propos de Menstrue des
minéraux, à l’antimoine, aux marcassites, au zinc et Philosophes.
autres : et entre les métaux, au Saturne, au Jupiter et au Je finirai ici ce discours du Mercure en disant avec le
Mercure vulgaire ; es quels le Mercure est abondamment,
Philosophe : est in Mercurio quicquid quaerunt sapientes.
y causant une fusibilité fort grande, ou on trouve au
contraire par son absence une très grande dureté à C’est-à- dire : Tout ce que les Sages cherchent est à trouver
l’arsenic, à l’orpiment, à la pierre calaminaire, à l’aimant et dans le Mercure.
autres ; et entre les métaux principalement le fer. Et qu’aucun composé ne peut être parfait au Royaume des
Le Mercure des Minéraux et des Métaux est de fort végétaux, ni es Animaux, ni des Minéraux, sans le
différente nature, car il est aux uns et aux autres moins Mercure.
volatil ou fixe.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 79 – L’ESCALIER DES SAGES


BARENT COENDERS VAN HELPEN – 80 – L’ESCALIER DES SAGES
L’ESCALIER DES SAGES
LE DIXIÈME DEGRÉ
DU SEL
ET DU SEL DES PHILOSOPHES

CHAPITRE I. Ce même sel se trouve aussi en plusieurs places, comme


lacs, es rivières, dans les eaux souterraines, dans des puits
Que le Sel est la clef du Palais Royal. Qu’il y a et dans des fontaines, et se laisse purifier de la même
plusieurs sortes de sels. Que le Sel commun est le manière que nous venons de dire pour le rendre utile à
premier Sel de la Nature et que d’icelui tous les l’usage.
autres sels proviennent. Comme le Salpêtre. Le Il y a aussi quantité de végétaux qui croissent dedans et au
vitriol. L’Alun. Le Tartre. Le Sucre. Les Sels qui sont bord de la mer qui contiennent beaucoup de ce susdit sel.
dedans les Végétaux, Animaux et Minéraux.
Ce même sel est le premier duquel la Nature a imprégné
FRANÇOIS. l’Élément de l’Eau et quelle a rendue corporel dedans

L
l’eau, et c’est de ce sel que tous les autres sels ont leur
origine et leurs sources comme le Salpêtre, le sucre, le
e Sel est la clef laquelle représente la troisième personne
vitriol, le tartre, et les autres sels composés, comme le sel
entre les seconds Éléments, ou bien entre les trois
Principes : et il est celui qui donne une entrée armoniac, le borax, l’alun, le sel d’urine, le sel alcali ou le
libre au Palais Royal qui est pourvu de toutes sel fixe, et les sels qui se trouvent dedans les végétaux,
sortes
dedans les animaux et dedans les minéraux ; et comme un
de choses précieuses.
Carré se laisse former premier entre les figures
Le Sel, encore qu’il a sa première origine de la teinture Géométriques Régulières que l’Hexagone, et que
universelle de la Lumière ou du soleil, aussi bien que les l’Hexagone suit successivement le Carré et puis après les
deux autres principes, il provient pourtant en être par la autres : tout de même est ce que tous les autres sels
compression de l’Air et de l’Eau : il vient descendre dans suivent la signature du sel commun, qui est cubique, et
l’Air en forme spirituelle, et se rendre corporel dedans qu’ils ont leur commencement et leur source du sel
l’Eau, laquelle transporte et imbibe le sel dans la terre commun, et premièrement le Salpêtre.
spongieuse comme un conducteur ou porteur fidèle, afin
Le Salpêtre se fait du sel de mer naturellement de cette
que les trois chefs d’œuvre de la nature de Dieu, les
Végétaux, les Animaux et les Minéraux puissent parvenir manière.
par son moyen jusqu’à leur perfection prédestinée. Dissolvez du sel de mer avec de l’eau commune, imbibez
en des briques ou des tuiles nouvellement tirées du
Nous entendons par le mot Sel, (étant généralement pris)
toutes sortes de sels qui sont solubles, et qui donnent fourneau, formez-en un monceau, ou bien maçonnez-en
une muraille, qui soit à couvert, et vous verrez qu’avec le
quelque goût sur la langue, duquel l’intellect donne par
après son jugement, savoir, s’il est salé, ou sur, ou doux, temps il en sortira un sel, en façon d’un frima, qui sera un
sel tout à fait pareil à celui du Salpêtre à toute épreuve ;
ou amère, ou de quel goût il est, salé, sure, doux, amère,
ou composé d’iceux. par où il est à juger que l’humidité en étant exhalée, le sel
est resté dedans les briques s’est changé en Salpêtre par les
Sous le mot de sel salé est compris le sel que l’on tire de influences et par les opérations des Éléments supérieurs.
l’eau de mer, soit par le moyen de la chaleur du soleil, soit
qu’il se coagule par l’évaporation de l’humidité superflue,
qui se fait dessus le feu, et qu’il soit purifié par des Le sel de mer se change d’une autre manière en salpêtre
solutions et des coagulations itératives d’une telle manière de la manière suivante.
qu’il devienne propre et utile pour en saler les viandes, les Prenez de la chaux vive faite de pierres ou d’écailles,
poissons et d’autres animaux qui servent de nourriture faites-la éteindre dedans de l’eau de mer ou dedans de
pour les hommes, dont l’usage est presque connu à tous l’eau où vous avez dissout du sel commun dedans, servez-
les hommes de la terre. vous de cette chaux pour maçonner des murailles ; ou de
Ce sel ici se trouve peu ou beaucoup dans l’eau de mer à quelle façon qu’il vous plaira, et vous trouverez qu’avec le
proportion que le soleil darde les rayons de sa lumière fort temps il en sortira comme un frima de sel, qui ne sera rien
ou faiblement dedans la mer comme nous avons dit autre chose que du Salpêtre : ce qui est assez connu à ceux
autrefois. qui sont assez malheureux qui se sont servi de la chaux
qui a été éteinte par de l’eau salée ou qui se servent du
Le Sel de montagne est aussi compté entre les sels salés,
sable de mer, qui n’a pas été dulcifié par la pluie ou par
puisqu’il est du même naturel d’icelui ; ce sel se tire par
l’eau commune, comme l’expérience l’apprend aux Pays
des gros morceaux comme des pierres hors des
Bas et ailleurs, qui ne sont pas éloigné de la mer.
montagnes, lequel on fait piler menu, et purifier par l’eau
commune de sa matière graveleuse et terrestre pour la
laisser coaguler en sel clair et blanc.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 81 – L’ESCALIER DES SAGES


Le sel de mer est encore changé d’une autre sorte en trouvent dedans les végétaux, dedans les animaux et
Salpêtre, et ce en peu d’heures de temps. dedans les minéraux ont leur origine du sel commun de la
Dissolvez du sel de mer dedans une cornue, ajoutez-y la mer, lequel (comme nous avons dit) vient à se
portion deux d’un esprit de nitre, tirez en toute l’humidité métamorphoser, (par des degrés de circulations que la
par la distillation, et le rémanent qui restera dedans la Nature fait toujours de l’humidité) en Salpêtre et en
cornue sera tout changé en Salpêtre, et fera toutes les vitriol, lesquels viennent à se changer avec le temps, par la
même opérations que le Salpêtre, duquel l’esprit a été tiré, motion et par la fermentation continuelle que se fait avec
aurait pu faire ; par où on peut voir clairement que le l’humidité qui est dedans les végétaux, animaux et
Salpêtre a son origine du sel commun de mer, comme je minéraux, en un sel, qui est d’une telle qualité et d’un tel
vous en pourrais bien donner encore une quantité de goût, que leur en a doué le créateur, et que la Nature leur a
démonstrations autres que les susdites, lesquelles confié pour exécuter la sainte volonté de Dieu.
prendraient trop de temps pour en faire le détail en ce Les sels doivent être considérés de deux façons : l’une
lieu. comme étant aigre ou corrosive, et l’autre comme alcali,
Ce n’est pas seulement le salpêtre qui a son origine du sel qui sont aussi volatils et fixes.
commun, mais le vitriol en a aussi sa source, lequel ayant Les sels susdits, le sel commun, le Salpêtre, le vitriol et
plusieurs espèces différentes, n’est autre chose qu’un l’alun sont tous des sels âcres et corrosifs, à cause que l’on
minéral ou un métal qui est dissout par une eau ou par un en tire des grands corrosifs, car du sel commun on tire un
esprit de sel comme il est évident par sa signature ; car le esprit de sel qui est fort acide ou âcre : du Salpêtre on tire
vitriol étant dissout avec de l’eau commune et puis un esprit fort corrosif vulgairement appelé l’Eau forte : et
évaporée jusqu’à une cuticule, il se forme des corpuscules du vitriol et de l’alun on distille une eau fort corrosive
carrés en forme de pyramides la pointe en bas, qui se communément appelé de l’huile de vitriol.
précipitent au fond du vase, quand on poursuit
l’exaltation de l’humidité de la solution du vitriol ; un
signe très évident que la signature du vitriol vient à CHAPITRE II.
descendre de la signature du Carré, et du corps cubique,
Que tous les acides ou corrosifs peuvent être
qui est la vraie signature du sel de mer purifié, et que le
changés en des alcalis par le soufre. Expérience que les
vitriol n’acceptera sans doute la signature cubique après
qu’il sera déchargé de sa vertu minérale. Acides dissolvent le Soufre. Dissolution du soufre
L’expérience nous enseigne que le vitriol à sa source du sel noire par un corrosif. Des autres expériences.

D
commun de mer, vu que le sel commun étant dissout avec
de l’eau commune, dissout peu à peu le cuivre, le fer ou
u tartre il se tire aussi un esprit acide très subtil, mais son
autre métal ou minéral calciné ou mis en poudre, quand
sel se change par cette opération en un sel tout à
on les digère quelque temps avec cette solution ; et lorsque fait contraire à son esprit à cause que d’un sel
la solution est faite, et l’humidité évaporée, il se coagule acide il devient un sel alcali ou fixe, vu que le
Soufre
un sel, qui n’est rien autre chose qu’un vitriol d’une telle
végétable, qui est dedans le tartre, vient à tuer son
nature qu’à été le minéral ou le minéral que le sel aura
dissout. acrimonie, et que le soufre devient à être fixé.
Il est à remarquer ici en passant, que tous les acides ou
Le vitriol se fait encore plus aisément par le moyen des
corrosifs peuvent être changés en alcali, et que tous les
esprits acides et corrosifs, que par la solution des sels
alcalis peuvent être changés en acides au moyen du Soufre
comme nous dirons à son lieu.
; et que tous les alcalis peuvent être changés en acides par
L’alun peut aussi être dit, à bon droit, avoir son origine du le moyen des acides, comme nous montrerons ici ensuite.
sel commun, et pourra être compté aussi entre les espèces
de vitriol, vu qu’il est aussi doué d’une qualité astringente
minérale. VREDERIC.
Le tartre à de même sa source du sel commun, à cause Je soutien bien la même chose avec vous, mais vous savez
qu’il est provenu d’une eau minérale qui a séparé le tartre pourtant que le sentiment des naturalistes vulgaires à été
du suc de la vigne, premièrement par la circulation qu’il se ordinairement tel, que les alcalis ou les sels fixes ne se
fait dedans le vin, vu que le Salpêtre a été premier du sel trouvaient nulle part que dedans les cendres des végétaux
commun, qui a été changé par la rotation des Éléments brûlés, lesquels s’en tirent par de l’eau commune pour en
supérieurs en la nature du Salpêtre, qui est un sel qui est obtenir les sels fixes après l’évaporation de l’humidité :
agréable aux végétaux et qui les fait augmenter en qualité Mais l’expérience nous à apprise au-delà de cette
et en quantité. soutenue, que les sels fixes se font par les acides et des
Le sucre, le miel et tous les autres sels doux ont aussi leur acides même, et que les acides peuvent être préparés,
commencement généralement du sel de mer, vu que qu’ils sont capables de dissoudre le soufre plus facilement,
l’acrimonie d’icelui se change premièrement, par la et en bien plus grande quantité que ne peuvent faire les
circulation de l’eau de pluie, et de la rosée (qui sont sels alcalis, et que les alcalis ne sont préparés par d’autres
imprégnées de la teinture universelle du soleil) en voies que par le moyen des acides et du soufre, comme je
Salpêtre, et que cette humidité nitreuse se transforme puis vous ferai comprendre très parfaitement par l’expérience
après, par la circulation qu’elle fait avec le suc des cannes suivante.
de sucre et d’autres végétaux, par des degrés, jusqu’à une Prenez du soufre vulgaire en poudre fine, ou des fleurs de
telle matière douce laquelle se laisse purifier par l’art, et soufre tt. 1. mêlez ce soufre avec un sel, qui est fait et
coaguler en sucre parfait. composé d’un esprit de vitriol très subtil et du sel
Pareillement faut-il entendre que tous les sels, qui se commun dissout avec de l’eau de pluie, dont vous aurez
tiré l’humidité par la cornue, pilez le sel qui demeure au

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 82 – L’ESCALIER DES SAGES


fond de votre verre dans un mortier de verre, ou bien qu’on doit prendre à la matière quand elle est versée hors
broyez le sur une pierre de porphyre avec le soufre susdit, du creuset : il est à remarquer que cette matière attire l’air
en sorte et si bien que vous ne puissiez distinguer le soufre humide à soi avec avidité, (quand elle est refroidie) plus
d’avec le sel, mais que la matière paraisse d’une seule qu’aucun Sel de tartre ou aucun sel alcali ne peut faire, et
couleur : mettez de cette matière dans un bon creuset que la matière est noire de couleur, brûlante sur la langue,
autant qu’il soit environ à demi plein, mettez-le dans un d’une odeur et d’un goût comme un œuf pourri, ou
fourneau à fondre, couvrez votre creuset d’un couvercle, comme une lessive de la poudre à canon.
donnez peu à peu du feu, faites fondre votre matière, et Touchant la Troisième : Il est à observer que la matière qui
prenez garde qu’elle ne bouille, laissez-la fondre son est passée au travers du papier est premièrement noire de
temps, puis versez en la matière dans un bassin de cuivre couleur, et puis secondement d’un goût comme est le
échauffé, et laissez refroidir le creuset, et vous verrez qu’il soufre dissout par un alcali.
sera au fond couvert d’une matière brune comme du verre Pour ce qui est de la couleur, en cas que cette solution
: mettez la matière, que vous avez versé dedans le bassin avait été blanche quand elle est passée au travers du
de cuivre, dans un mortier de cuivre chauffé, pillez-la papier, le soufre n’aurait assurément été attaqué du sel,
menue et mettez dans un verre, versez de l’eau de pluie mais puisqu’elle a été noire de rougeur comme de la poix,
dessus afin qu’elle en puisse dissoudre le sel sur un bain c’est un signe très assuré et infaillible que l’acide a donné
de sable, filtrez en la solution, et votre solution ne passera un coup, mortel au soufre, et qu’il a englouti son sang
pas au travers du papier d’une couleur d’eau commune, pour exalter son corps à être vitrifié et incombustible.
comme était la solution de votre sel devant la conjonction
Pour ce qui regarde son goût : il est tel que nous avons
avec le soufre ; elle ne sera non plus d’une couleur rouge,
déjà dit ; à savoir brûlant sur la langue, et quasi en tout
telle qu’est la couleur du souffre dissout pas une lessive de
semblable aux solutions qui se font par les sels alcali ou
sel fixe, mais elle sera noire comme de l’encre à écrire
fixes qui sont connu.
selon l’aspect extérieur ; vous trouverez dans votre papier
une matière noire comme du charbon pulvérisé, laquelle Touchant la Quatrième réflexion : Il est à remarquer que la
vous dulcifierez tant que l’eau passe comme l’avez versé matière qui est demeurée dedans le papier, n’est autre
dessus, et sans goût, et vous verrez alors que cette matière chose qu’une matière comme de la composition du
sera en toutes choses pareille à une poudre de charbon de charbon, laquelle étant anatomisée n’est rien que du
bois, aussi bien au regard de sa couleur qu’au respect de soufre commun volatile mêlé d’un peu de cendres ou de
toutes ses autres qualités, et elle n’est aussi en effet rien soufre fixe ou terre, laquelle est fixée par l’acidité durant la
autre chose qu’une poudre de charbon mêlée de quelques fusion et la dissolution du soufre avec le sel corrosif,
cendres, vu que la matière du charbon de bois n’est aussi cependant le peu de temps qu’ils ont souffert ensemble au
rien autre chose qu’une matière composée d’un soufre feu, car toute la matière du soufre n’a pas pu être fixée en
si peu de temps par le sel, ce qui aurait été fait en cas que
volatil commun mêlé d’un peu de soufre fixe
la conjonction de ce soufre avec ce sel corrosif avait durée
vulgairement appelé des cendres ou de la terre, sans être
et continuée longtemps dedans le feu.
séparé de l’un l’autre, et l’humidité noire qui est passée au
travers le papier n’est autre chose qu’une lessive comme La façon de préparer le sel fixe des cendres de bois vous
une huile de tartre, qui est imprégnée de soufre que ce sel pourra servir d’une autre expérience.
corrosif à dissout dans la fonte par le feu. Le sel de tartre d’une autre.
Le sel Nitre qui est le sel fixe du Salpêtre et la manière de
Pour vérifier encore davantage ce que nous venons de
le préparer vous pourra servir d’une autre expérience.
dore, vous pourrez plus particulièrement prendre garde à
ces quatre choses. Et vous pourrez encore prendre un autre exemple à la
façon de préparer la liqueur des cailloux, et d’autres,
Premièrement : A la matière qui demeure dedans le desquels nous parlerons (Dieu aidant) plus
creuset. particulièrement, quand nous instituerons notre propos de
Secondement : A la matière qui est versée hors du creuset. la génération et de la corruption des Végétaux, des
Tiercement : A la matière qui est passée au travers le Animaux et des Minéraux ; qu’il suffise ici que nous avons
papier. palpablement démontré, que le soufre et le sel commun de
Et en quatrième lieu : A la matière qui est resté dedans le mer viennent à causer les sels alcalis ou fixes, nonobstant
que le soufre commun et le sel de mer soient tous deux
papier.
volatils et corrosifs.
Touchant la Première ; savoir la matière qui est restée
dedans le creuset, et qu’elle est une matière comme un FRANÇOIS.
verre rougeâtre il paraît par-là que les esprits acides, qui
Vous l’avez démontré clair comme le jour, et ces
ont été concentré dedans notre sel susmentionné, n’ont
expériences ne serviront pas mal contre ceux, qui
pas attaqué seulement le soufre commun, qu’ils l’ont
soutiennent que la Terre a été de toute éternité comme
dissout en ayant été fondu avec lui, qu’ils n’ont pas agi
nous entreprendrons de réfuter plus au long en son lieu :
seulement sur le soufre, mais que le soufre a aussi agi de
ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas croire ce que nous
même sur les esprits acides, et que le soufre a eu tant de
venons de dire, ils se pourront donner la peine d’en
pouvoir sur les acidités qu’il leur a fallu s’arrêter auprès le
prendre les épreuves comme nous avons fait, et comme
soufre ; et que les esprits acides ont autant triomphé du
nous les pouvons encore démontrer à tout moment : mais
soufre qu’il lui a fallu se laisser fixer par ces esprits dedans
avançons notre propos, et examinons un peu si vous plaît
ce combat ; de sorte qu’il s’est fait une matière fixe et
de quelle façon que les sels doivent être considérés les
incombustible de ces deux volatiles, qui étaient le soufre et
volatils aussi bien que les sels fixes.
l’acidité concentrée.
Pour ce qui est du deuxième point : à savoir la réflexion

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 83 – L’ESCALIER DES SAGES


CHAPITRE III. de ce Traité quand vous avez tenu propos de ces
trois paroles Deus Jesus et Maria.
Que les sels sont naturellement volatils. Et qu’ils
deviennent fixes par accident. Que les sels sont tout VREDERIC.
àfait fixes dans l’or et l’argent. Qu’on peut faire une Il est bien vrai ce qu’il vous plaît de dire, j’ai eu pour alors
belle comparaison de l’œuvre des Philosophes à la mes pensées sur la Signature des lettres de ces trois mots,
création du monde. Et aussi au grand mystère de et cette spéculation n’a été fondée que sur des
démonstrations Géométriques d’un point et des lignes ;
Jésus Christ.
mais ce que je vous dirai à cette heure sera rapporté par les
VREDERIC. démonstrations Stéréométriques et par des corps
palpables.
J
e vous le dirai : Les sels sont volatils ou fixes à proportion
qu’ils sont rendus volatils ou fixes, soit par la Nature soit par
Nous avons traité ci-devant assez amplement de la
l’art. Tous les Sels sont naturellement volatils, vu qu’étant
Création du Macrocosme, encore que nous en aurions bien
purifiés de leur limon ou de leur pu avoir dit davantage qui n’aurait peut être pas été
terrestréité, il peuvent être transformés et changés en désagréable au lecteur.
esprits, comme il paraît aux distillations de l’esprit de sel, Nous dirons aussi (Dieu aidant) à peu près ce qu’il faut au
de l’esprit de vitriol, de l’esprit de nitre, de l’esprit de Traité des composés, ce que c’est des commencements et
tartre, de l’esprit d’urine, et des autres sels, desquels nous de l’exaltation ou glorification des Microcosmes ou des
ne donnerons pas la description en ce lieu, vu que Béginus mixtes, mais nous tacherons de finir ce Traité par une
et d’autres en ont écrit assez bien. comparaison que nous ferons de ce grand œuvre des
Les sels et les esprits d’iceux deviennent à se fixer à Philosophes à l’histoire sanctifiante de notre sauveur, et de
proportion qu’ils viennent à rencontrer les soufres des fermer ainsi le nombre de dix et la porte de la Première
Végétaux, des Animaux et des Minéraux, soit par les partie de l’Escalier des Sages par la clef du Sel.
opérations naturelles, soit par celles de l’art, et à
proportion que les solutions et les coagulations se font
souvent ou peu souvent dedans les corps composés, à CHAPITRE IV
proportion que les sels ou les esprits d’iceux viennent à Que les Prophètes ont pu prédire l’histoire de Jésus
être liés, et fixé auprès d’eux ; auprès de quelques-uns Christ par la connaissance de l’œuvre des Philosophes.
pour une partie comme auprès les Végétaux, les Animaux
et Minéraux, et auprès des autres tout entièrement, comme La Conception. La Passion. La crucifixion. La mort.
il arrive auprès les métaux, et principalement auprès La Résurrection et l’Ascension.
l’argent et l’or, où les sels ou leurs esprits sont
emprisonnés et enchaînés pour jamais, ou jusqu’au temps
FRANÇOIS.
que se sera la volonté du Seigneur de les redélivrer de leur
prisons au jour du jugement, et de les métamorphoser
avec leurs frères le Soufre et le Mercure en des êtres
L es Prophètes et d’autres élus de Dieu, n’auraient-ils pas
bien pu savoir et prédire les grands mystères de
glorieux et spirituels. l’histoire de notre Seigneur par la connaissance
qu’ils ont eu du mystère de l’œuvre des
Philosophes ?
FRANÇOIS.
Vous prononcez là quelques paroles qui font descendre VREDERIC.
mon âme en des pensées bien profondes, et qui me font Assurément l’ont-ils pu savoir pour une grande partie :
rêver, comment on ne pourrait pas faire seulement une car, outre les influences qu’ils en ont eu du Saint Esprit, ils
fort belle comparaison de notre œuvre des Philosophes à ont pu connaître par ce mystère sa conception par une
la création du grand Monde, mais aussi même à vierge pure, sa passion, sa crucifixion, sa mort, sa
l’accroissement d’icelui, à son entretien, à sa fin résurrection et sa glorification, comme je vous enseignerai
(communément cru et appelé anéantissement) et à sa ici par ordre.
résurrection ou glorification : et que plus est, qu’il s’en Vous savez que les Prophètes et tous ceux qui ont possédé
pourrait faire une fort belle comparaison au le secret des anciens sages ont pu connaître et comprendre
commencement ou transformation des Microcosmes à des la conception par la connaissance de ce grand mystère, vu
êtres meilleurs et glorieux. qu’ils ont vu que l’imprégnation de leur pure vierge, qui
est la matière immaculée des Philosophes, attirait les
VREDERIC.
rayons spirituels et invisibles du soleil d’une plus grande
On ne pourrait pas seulement faire les comparaisons que avidité qu’aucune personne du monde du sexe féminin
vous dites, mais on pourrait même approcher assez pouvait être désireuse de concevoir la semence virile : et
plausiblement, par le traitement de l’œuvre des devant que cette conception se pouvait faire
Philosophes, à la comparaison d’icelui avec le mystère commodément, ils ont aussi bien su qu’il fallait que leur
supernaturel de l’histoire de notre Seigneur Jésus Christ, à aimant fut purifié auparavant au plus haut degré, et
sa conception et nativité d’une vierge, à sa passion, à sa qu’elle était inhabile de concevoir et de produire le fruit
crucifixion, à sa mort, à sa résurrection de la mort, et à sa parfait des Philosophes en cas qu’elle ne fut très bien lavée
glorification ou ascension au ciel. de toute impureté et saleté noire, et que cette matière ne
fut exaltée et sublimée à une matière luisante et blanche.
FRANÇOIS.
Vous en avez déjà fait mention au commencement Comme il en va avec la conception ou l’imprégnation de
l’enfant pure des Philosophes, il en a été de même avec la

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 84 – L’ESCALIER DES SAGES


conception du fils de Dieu dedans la matrice de la Sainte l’application des choses naturelles et compatibles à sa
vierge Marie ; car comme la matrice de la Pierre des nature, jusqu’à un si haut degré de perfection, qu’il puisse
anciens Sages est purifiée de ses impuretés, devant qu’elle pénétrer tous les corps composés comme un esprit, et
a pu être propre et capable d’attirer et de concevoir la transformer les métaux en sa propre nature et perfection.
semence astrale et spirituelle du soleil : ainsi la Sainte Mais devant que cet or puisse parvenir et monter jusqu’à
vierge s’est elle rendue auparavant propre et digne par un tel degré de perfection, il faut croire que cela ne se
son humilité, par sa contrition, par une purification de ses peut, sans des grandes rencontres et difficultés :
péchés, et par ses prières ardentes à son créateur, pour
Car il faut qu’il soufre in Ponto, c’est-à-dire dans la mort.
entendre cette Annonciation de l’ange, qu’elle attirerait,
par une vertu aimantine, du Saint Esprit la semence Il faut qu’il soit crucifié. Il faut qu’il meure.
spirituelle de Dieu le Père, et qu’elle la concevrait comme Il faut qu’il soit enterré.
il en est écrit : Spiritus Domini superveniet in te et virtus Il faut qu’il descende aux enfers.
altissimi adumbrabit tibi.
Qu’il soit à ressusciter de la mort à la vie, afin étant glorifié
C’est-à-dire : Le St. Esprit surviendra en vous, et la vertu et après sa résurrection, il ait la puissance de modifier ses
du Très haut vous couvrira de son ombre. frères, (les métaux imparfaits) de leurs tâches et
Or les possesseurs du grand secret des Philosophes on immondices, et de les transformer avec lui jusqu’à la
bien su aussi, que la semence Philosophale qui est tirée de perfection des être éternellement durables.
la teinture générale du soleil par le moyen de l’air, doit Je viens de dire, il faut que l’or vienne à souffrir in Ponto :
demeurer et rester son temps dans sa matrice, pour se qui est à dire devant la mer, entendez la mer des
pouvoir incorporer peu à peu avec la nature minérale et philosophes qui est faite ou des esprits des sels ; c’est-à-
métallique, et qu’ils ont bien pu juger par-là comment il a
dire, qu’il faut ou qu’ils soient ou la soit attaqué de tous
fallu que la semence divine Spirituelle devait demeurer
cotés des esprits soufreux ou et mercuriels imparfaits et
dedans la matrice de la vierge, afin que la Nature divine
puants et vénéneux, et qu’ils sont les plus grandes anxiétés
pu être unie et comme entée à l’humaine, et qu’ainsi la
des enfers.
nature humaine jointe à la divine put être produite, au
temps de la nativité, en forme d’un enfant humain. Il faut qu’il soit crucifié :
Entendez que lorsque le sel de la mer est produit à une
FRANÇOIS. telle perfection, que ces esprits coaguler viennent à
Mais cette conception susdite de la semence spirituelle du représenter un corps Stéréométriques cubique, qu’il faut
soleil et la conception spirituelle de la semence de Dieu, que l’or soit alors crucifié, ou bien cloué à la croix. ,
n’auraient elles pas pu arriver d’une manière plus facile et couronné d’une couronne d’épines ; qu’il faut qu’ils soient
plus naturelle, vu que tous les autres composés aussi bien arrosés avec du sel et du vinaigre.
que les métaux ont leur origine du soleil ? et puisque tous Qu’il faut qu’il soit percé d’une lance, que sang et eau
les hommes sont créés de Dieu ; pourquoi ne pourrait coulent de son coté : ce que vous pourrez entendre de cette
aussi bien naturellement l’enfant Philosophal être produit façon :
par les métaux comme le sont les métaux ? et le sauveur Le crucifiement de l’or se fait par la conjonction d’icelui
aussi bien du genre humain que les hommes ? avec les esprits des sels coagulés, (lesquels viennent à
VREDERIC. former une figure cubique comme nous avons dit. )
Or vous savez que je vous ai démontré ci-devant par les
Je vous donnerai des raisons là-dessus qui sont bien
lignes de ces trois mots Deus Jésus et Maria que lorsqu’on
solides : les joint ensembles en six carrés il s’en fait six planes, que
Premièrement : pour ce qui regarde la Teinture des six planes sont une croix, lesquelles, étant pliés ensemble,
Philosophes. Savoir, Que la Teinture des Philosophes viennent à former un corps cubique, selon l’aspect
pourrait être produite des métaux par l’opération de la extérieur, n’étant composé que des lignes et des figures
Nature seule. planes : mais l’or vient ici à être tellement incorporé
Je vous réponds : que notre grand Dieu a donné des telles réellement avec le sel, qu’il vient bien véritablement à être
bornes à la Nature, qu’elle a bien du pouvoir, qu’elle peut crucifié par lui, vu qu’il ne vient pas seulement
perfectionner le soufre, le Mercure et le Sel Spirituels, non l’environner et le couronner d’aiguille et d’épines de la
seulement en soufre, Mercure et en sel corporels, et en des longueur d’un doigt, et plus, mais aussi qu’il le vient
corps qui sont composés de ces Principes aux Royaumes blesser en telle sorte, qu’il sorte du sang et de l’eau, par les
Végétable, Animal et Minéral, et parfaire même les blessures j’entends du phlegme et une liqueur rouge, qui
métaux, si ne sont interrompus par des accidents, jusqu’à est une solution radicale de l’or.
la plus haute perfection de l’Or ; mais les ayant produit Il faut aussi que l’or meure : c’est-à-dire, que l’or se fonde
jusqu’à ce degré de perfection, le grand Dieu a fait arrêter dedans le menstrue des Philosophes, comme la glace se
là son cours, et a voulu, que, ce que la Nature n’a pu faire fond dans l’eau commune, et qu’il s’unisse tellement avec
avancer davantage, que cela se pourrait faire par l’aide de lui, qu’ils ne paraissent plus jamais de l’or corporel.
l’art, et par l’industrie de ceux qui sont relevé en esprit, en
Il faut que l’or soit enterré : c’est-à-dire, qu’il soit enterré
vertus, en sciences et en sagesse, afin que ce que la Nature
dedans la terre métallique des Philosophes, et tellement
ne peut produire qu’à la perfection de l’or, puisse être
qu’il ne soit pas à distinguer de la terre Philosophale, ce
exalté par l’art, venant au secours de la Nature, à un être
qui arrive :
beaucoup plus parfait et glorieux, et qu’au lieu qu’il n’est
donné à l’or, que ce qu’il a très nécessaire pour représenter Premièrement : par la Putréfaction dans laquelle l’or reçoit
les qualités que le Créateur a voulu qu’il possède, que ce la couleur noire et véritablement morte de la terre avec
même or puisse être exalté, par elle.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 85 – L’ESCALIER DES SAGES


Puis par la solution : dans laquelle l’Or vient à paraître été tellement blessé de la corruptibilité, qu’il lui a fallu se
avec la terre métallique d’une couleur blanche comme du rendre sujet aux changements des Éléments, et se laisser
lait, et tout de même comme du lait caillé. réduire en un état si misérable, qu’il a fallu obéir avec
Et qu’après cela l’or devienne la terre des Philosophes, par toute sa postérité à la solution et à la séparation de son
la coagulation, d’une couleur rouge, comme une cendre corps en les Éléments changeant, comme ses successeurs y
rouge : mais il ne suffit pas que ce Médiateur, qui doit seront sujet tant que le Monde durera.
aider les métaux imparfaits à parvenir jusqu’à la Ces hommes misérables qui se sont tellement éloigné de la
perfection de l’or même, vienne à pâtir de la manière, à connaissance du bien d’avec le mal, et qui sont tellement
être crucifié, à mourir, et à être enterré. abâtardis, qu’ils ne se connaissent presque plus eux-
Il faut aussi qu’il descende aux enfers ; Entendez : qu’il mêmes, qui ne savent presque ce que c’est que Dieux, ou
faut que le soufre et le Mercure combustibles et volatils, Diable, n’y ce que c’est du Ciel ou de l’Enfer, s’il y aura
qui sont ajoutés à l’or pour le tourmenter et pour le après cette vie un bonheur ou un malheur éternel : ces
vaincre, qu’il faut, dis-je, qu’ils soient réduits par le sel hommes qui ne savent quelquefois par devant pourquoi
spirituel des Philosophes, à un être incombustible avec ils sont vivants par derrière, et dont ceux sont estimés bien
l’or, en sorte qu’ayant quitté ensemble leur nature volatile, des savants qui savent réduire es composés en leurs
combustible et corruptible, ils viennent à recevoir un corps Principes et s’acquérir par-là quelque connaissance de la
glorieux, éternel et tout pénétrant, par où la résurrection Divinité, car il faut qu’ils cherchent le reste de leur science
glorieuse et triomphante est assez à comprendre. hors les livres, et qu’ils croient ce que les autres ont cru et
écrit devant eux, ce qui leur est encore bien difficile à
Finalement : Les possesseurs de ce dit haut mystère ont
comprendre, de sorte que tout ce que l’homme le plus
aussi pu prévoir par-là, qu’il fallait, que l’Ascension
savant, le plus sage et le plus parfait peut faire, consiste en
glorieuse du Seigneur se fit : et ce par l’exaltation et par la
cela, qu’il puisse apprendre à connaître Dieu son Créateur,
multiplication infinie qui se fait de la qualité et de la
et soi-même, qui est sa créature, et qu’il vienne à se rendre
perfection de la Pierre des Philosophes : comme aussi de la
en quelque façon digne et participant des grâces de Jésus
métamorphose des corps corruptibles en des corps
Christ :Comment dis-je un tel homme pourrait-il aider
incorruptibles, que se fait la projection de leur teinture ou
d’autres personnes à parvenir à la béatitude éternelle, où il
de la poudre de projection sur les métaux imparfaits
ne se peut aider soi-même.
lesquels étant préparés et rendus dignes pour la réception
de la teinture, viennent à être transmués en un moment, Adam (translaté) est à dire autant que Terre rouge. Si les
ou en Or, ou en teinture approchante l’universelle en descendant d’Adam ont hérité tous cette macule terrestre
vertu. de leur premier père, et si faut qu’ils la retiennent tant que
le monde dure ; par quel homme pourra être effacé une
telle macule, et changé en une nature glorieuse et céleste ?
CHAPITRE V. il est impossible à l’homme à le faire et la semence
corruptible de l’homme ne le peut : mais il faut que ce soit
Que la Nature ne peut pas passer les limites que le un homme sans macule qui est engendré de Dieu même,
Créateur lui a donné. Que Dieu a donné aussi bien et il faut qu’un tel soit le médiateur pour réconcilier
des limites à l’homme qu’a l’or. Quel doit être le l’homme avec Dieu : car il faut nécessairement, qu’un
Médiateur entre Dieu et l’homme. De la fragilité de homme, qui a Dieu même pour son père, et une vierge
l’homme qui est créé pour exécuter la volonté de son pure pour sa mère, soit participant aussi bien de la nature
divine que de l’humaine, et une telle nature double est
créateur.
propre et suffisante pour pouvoir partir sous Ponce Pilate

V ous avez donc entendu, mon très cher, de quelle façon que
notre grand Dieu a donné des bornes à la Nature,
(comme l’Or in Ponto) afin que le genre humain puisse
voir et connaître, qu’il faut que les hommes souffrent
semblablement, et qu’il faut qu’ils tachent à suivre son
comment il n’est pas permis à la Nature de exemple en tout, car il faut que le royaume des cieux ou la
surpasser ces limites, comme aussi, comment et béatitude éternelle souffre violence, et que se soient les
quand ceux, qui
sont doués de Dieu de la connaître de Dieu et de sa violents qui l’occupent ; à savoir les violents en pénitence ;
Nature, doivent venir secourir au cours de la Nature, et en en humilité, en bénignité, et en prières ; et il est si éloigné
un quel degré de perfection, au Royaume minéral, que l’or que l’homme peut approcher de Dieu sans souffrances et
peut être produit par l’art servante à la Nature, et quelles sans bonnes œuvres, comme il est impossible, qu’un
soufre volatil et flambant puisse être transformé en une
opérations merveilleuses peuvent être procurées par cet
terre fixe et incombustible sans les sels, ou sans les esprits
être tellement exalté et glorieux.
corporels d’iceux : car si quelqu’un pouvait avoir espoir de
Touchant votre seconde demande : si le Sauveur du genre parvenir à la béatitude éternelle sans souffrances et sans
humain n’avait pu être produit aussi bien de la semence bonnes œuvres, il serait de nécessité nécessitante qu’il fut
humaine que de la semence de Dieu même. sans péchés, mais puisqu’il n’y a né homme au monde
Je vous réponds que cela ne se peut nullement. A cause sans péché, il ne peut arriver auprès de la Divine Majesté,
que Dieu le tout puissant a donné à l’homme aussi bien qu’il ne se purifie par ses pâtissements, par des
qu’a l’or des limites lesquelles il ne peut pas passer non mortifications de ses péchés, par des pénitences, par des
plus : car la nature humaine a bien été douée, dès le prières ardentes et par des bonnes œuvres, et qu’il ne se
commencement, de la connaissance du bien et du mal, prépare pour devenir participant de la teinture de Jésus
mais il s’est tellement éloigné du bien par sa Christ par l’aide de sa grâce et de sa miséricorde ; et ce à
désobéissance, qu’il est chassé par un glaive ardent du proportion qu’il vienne à obéir à la doctrine, et à suivre
Paradis, où il n’y avait que de l’éternité et de la béatitude, l’exemple de la vie et de la passion de notre sauveur et
et est si pénétrament châtié par ce glaive de son créateur, seigneur.
qu’au lieu d’avoir pu posséder la béatitude éternelle, il a

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 86 – L’ESCALIER DES SAGES


Jésus Christ, ne dit-il pas lui-même à ses disciples allant à VREDERIC.
Emaüs après la résurrection : Vous admonétez fort bien : car les grâces et les vertus
Ne saviez- vous pas qu’il fallait que ce Jésus pâtit transmuantes de Jésus Christ sont et seront toujours d’une
auparavant qu’il pouvait entrer en sa gloire ? telle nature et d’une propriété telle, qu’il est et qu’il sera en
Si fallait, que Jésus Christ, qui est né, qui a vécu et qui est toute éternité le même Christ glorifié sans être sujet au
mort sans péché, pâtit avant que de pouvoir entrer dans sa moindre changement du monde : et comme le soleil fait
gloire : savoir s’acquérir par-là son corps glorieux, et pour continuellement étendre à l’entour de lui ses vertus et ses
transformer ainsi, par sa passion et par sa mort à l’arbre de qualités luisantes, échauffantes, et générantes sans se
la croix, son corps corruptible, humain et composé des diminuer aucunement en sa grandeur ; tout de même est
Éléments, en un corps céleste et divin ? Combien plus ne ce à entendre de la vertu profluante du Sauveur des
faudra il pas que nous pauvres pêcheur souffrions, vu que hommes, qui rend participant des ces grâces tous ceux qui
nous sommes conçus, et né en péché, que nous vivons et font de leur âme un aimant qui puisse attirer à soi ses
mourons en péché, et que ne sommes créés que pour obéir vertus béatifiantes, sans lesquelles en diminuent
et pour exécuter la volonté de notre créateur, combien dis- aucunement : et la vertu et la propriété de Jésus Christ sera
je, ne nous faudra il donc souffrir davantage devant que telle au jour du jugement, qu’il jugera et glorifiera les
vivants et les morts à proportion de la pureté de leurs
nous puissions devenir participant de la gloire éternelle
tabernacles, sans que par une défluxion telle ses vertus se
vu que la différence de nos corps à celui de notre Seigneur
viennent aucunement à diminuer, ni à changer : vous dites
Jésus Christ est plus grande que n’est celle du corps
fort bien que c’est tout autre chose avec la qualité
imparfait du soufre commun à celui du corps très parfait
transmuante de la teinture des Philosophes, laquelle vient
et glorieux de la Pierre des Philosophes ; tellement qu’il
à se diminuer et à finir quand toute sa vertu
nous est tout autant impossible de jouir de la clarification
transformante est étendue dedans les métaux par la
et de la gloire éternelle de nos corps sans la grâce et sans la
projection.
miséricorde de Dieu comme il est impossible que les
métaux imparfaits peuvent être transformés en or, ou l’or Il faut aussi que vous sachiez, si vous plaît, que c’est tout
en teinture sans la Sage direction d’un bon artiste, et sans autre chose de la vertu et des opérations du Créateur de
la projection de la teinture, laquelle consiste au pouvoir et tout, que de celles des créatures, lesquelles peuvent être
à la grâce de celui qui la possède. exprimées avec la plume et avec la langue, au lieu que la
cent millième partie des autres ne peut être comprise des
Voyez, mon très cher, en peu de paroles ma soutenue de esprits de toutes les créatures vivantes de la Terre encore
quelle façon les anciens Philosophes, comme Trimégiste, qu’elles fussent toutes assemblées et fondues ensemble.
Moïse, Maria Prophétissa, les Prophètes et quantité
FRANÇOIS.
d’autres hommes saints et sages ont pu savoir et prédire
des mystères du Sauveur à venir, et ce par la connaissance Ce pourquoi considérant notre chétivité, humilions-nous
et par le maniement du grand secret des Sages : et comme des vers de terre, apprenons par les dix degrés de
considérez aussi, si vous plaît, combien acceptable qu’est cet Escalier des Sages à connaître notre Dieu, notre
la comparaison, que je viens de faire entre la conception, la Sauveur et nous-mêmes, étudions-nous à faire la volonté
vie, la passion, le crucifiement, la mort et la résurrection de Dieu et à obéir à ses commandements, et tâchons de
glorieuse de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, et fortifier et d’aiguiser l’aimant de notre intellect et de nos
l’histoire de la conception, de la passion, de la mort et de âmes par des prières si ardentes, que nous ne soyons pas
la résurrection glorieuse de l’Or des Philosophes. seulement attiré et sublimé par les puissantes vertus du
Saint Esprit, mais que nous soyons même tout entièrement
transformé et glorifié par lui et en lui.
CHAPITRE VI. C’est là, mon très cher, le désir zélé de mon âme, lequel
Différence entre la vertu teignante de Jésus Christ et soit ouvert et conduit avec le double nombre de dix, et
avec le dixième degré de sapience des Anciens Sages à
celle de la Pierre des Philosophes. Confession de
savoir avec la clef su Sel, jusqu’au pied du Trône de la
l’anéantissement de l’homme et admonition pour la Divine Majesté, et ce même souhait soit refermé par la clef
vertu. Souhait de l’Auteur. de l’Unité de Dieu : de qui, en qui, par qui et à qui sont
toutes choses.
FRANÇOIS.

T out est fort bien, mon ami, et il me semble que vous seriez
bien capable de fournir une assez bonne matière
VREDERIC.
Il semble, à vous entendre, que vous êtes d’intention de
finir déjà ce Traité et de fermer la porte à notre discours
pour la confirmation du bâtiment de notre
religion et de notre foi Chrétienne : mais il me avec la clef du sel qui représente le dixième degré de notre
semble aussi (sous Escalier : il nous commencera seulement à paraître l’aspect
votre correction) que le discours, que vous avez fait de la de la terre de promesse des Trois Royaumes, selon
teinture du Sauveur et notre Seigneur Jésus Christ, est un l’intention de notre pèlerinage, et que nous ne ferions que
peu trop matériel, vu que vous le comparez à la teinture commencer à éveiller et à aiguiser nos esprits et nos autres
corporelle des Philosophes, laquelle il faut, à mon avis sens en les faisant occuper à l’aspect et à, l’examen des
qu’elle cesse avec sa vertu transmuante, encore qu’elle soit composés, vu que les trois Royaumes de la Nature ne
exaltée ou rehaussée en sa qualité et quantité d’autant comprennent pas seulement le centre et la superficie, mais
qu’elle le puisse être, et que les grâces et les vertus aussi le corps de la Terre toute entière : mais devant que
transformantes de Jésus Christ sont à cette heure et seront d’entreprendre ce voyage tant spacieux, je ne puis
au Jour du Jugement infinie et sans cesse. m’empêcher à vous dire, que la très Sainte Trinité ne

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 87 – L’ESCALIER DES SAGES


viendrait pas mal non plus en comparaison de ces Trois Que nos yeux puissent être éclairés, pour pouvoir
Principes susdits, vu que le soufre ne serait pas mal regarder les créatures, et les composés avec un œil de
comparé à la personne de Dieu le Père ; Le Sel à la connaissance et de sapience, et pour y considérer leur
personne de Dieu le Fils, et le Mercure à celle du saint Premier Être, les Deux Qualités contraires, les Quatre
Esprit, car Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit Éléments et les Trois Principes ou Second Éléments.
sont consubstantiellement un même Dieu en Trois Que les oreilles de nos âmes puissent être purifiées afin de
Personnes, comme le Soufre, le Mercure et le Sel sont pouvoir entendre avec attention le son de la voix des
consubstantiellement un composé en Trois Principes, qui hommes Saints et sages par laquelle ils nous viennent
comprennent une Âme, un Esprit et un corps. donner une connaissance parfaite de Dieu et de ses
créatures.
FRANÇOIS.
Que les membres sensibles de nos corps soient déchargés
Vous m’excuserez, si vous plaît : ne n’ai pas mis en oubli de tous les obstacles qui puissent donner de
le dessein que nous avons entrepris pour faire un voyage
l’empêchement à toucher, à tenir, à manier et anatomer les
au travers des trois Royaumes de toute la Nature, et ce
composés des Végétaux, des Animaux et des Minéraux,
que j’ai dit de la clef du sel et de l’Unité, je l’ai fait à cette
pour les anatomer pour les admirer et pour exclamer par
intention et à cause que le sel vient à représenter et à finir
haute voix :
le dixième et dernier degré de notre Escalier, et qu’il nous
donne ouverture et entrée pour approcher les trésors Ô Seigneur qui es seul Dieu, seul éternel, seul bon, seul
desdits Royaumes, pour afin, que, les ayant bien grand, seul tout puissant, seul sage, seul
contemplé et bien anatomés, nous tachions à la fin de incompréhensible, seul infini, seul le tout en tout, et le
retourner à l’Unité de Dieu. Principe radical de tous les êtres ! aidez-nous qui ne
sommes que des créatures misérables composées, créées à
VREDERIC. votre image, qui ne peuvent subsister un moment sans la
lumière de vos grâces, mais qui sommes par le moyen
C’est fort bien fait : et pur parvenir heureusement à notre
intention, et afin que nous puissions obtenir le bonheur de d’icelle des instruments et des machines propres pour
pouvoir employer avec utilité le peu de temps de notre vie faire votre sainte et divine volonté ! veuillez nous rendre
à la contemplation des merveilles de notre grand Dieu, je prompts à les faire et à les exécuter par une obéissance
telle, comme une main ou autre partie des membres de
ferai un souhait du profond de mon âme :
notre corps est prête pour obéir aux commandements de
Que notre intellect puisse être illuminé pour cette fin de la nos âmes, afin que nous puissions apprendre à vous
Lumière de la Majesté divine ! connaître par vos créatures comme notre Dieu et notre
Que notre volonté soit entièrement faite conforme à la très créateur ; que nous puissions apprendre à nous approcher
sainte Volonté de Dieu ! de vous par la connaissance de la génération et de la
Que notre mémoire soit fortifiée pour pouvoir retenir tout résolution d’icelles, et que par l’Ascension des dix degrés
ce qui peut tendre à l’augmentation de la gloire de notre de sapience, nous puissions entièrement être résolus et
créateur. transformés en vous notre Premier Être éternel. Amen.

Si tantum valemus ab UNO est.

BARENT COENDERS VAN HELPEN – 88 – L’ESCALIER DES SAGES