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Revue des Études Grecques

Télès le Cynique
Marie-Odile Goulet-Cazé

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Goulet-Cazé Marie-Odile. Télès le Cynique. In: Revue des Études Grecques, tome 94, fascicule 445-446, Janvier-juin 1981.
pp. 166-172;

doi : 10.3406/reg.1981.1269

http://www.persee.fr/doc/reg_0035-2039_1981_num_94_445_1269

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TÉLÉS LE CYNIQUE

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(1) Teletis Reliquiae, 1. Auflage, Freiburg im Breisgau, 1889 ; 2. Auflage,


Tubingen, 1909 ; reprographischer Nachdruck, Hildesheim/New York, 1969,
cxxiv-107 p.
(2) W. Capelle avait en effet traduit les extraits II et III dans Epiktet, Teles
und Musonius. Wege zu glûckseligem Leben (Bibliothek der alten Welt, grie-
chische Reihe, 3), Zurich, 1948, et on pouvait trouver encore une traduction
de l'extrait II dans un appendice du tome II de La Révélation d'Hermès Trismé-
giste d'A. J. Festugière, Paris, 1949, p. 592-597.
(3) L. Paquet, Les Cyniques grecs. Fragments el témoignages (Philosophica, 4),
Ottawa, 1975, p. 139-164 (voir le compte rendu bibliographique que nous avons
donné de cet ouvrage dans la Revue de philologie, de littérature et d'histoire
anciennes, 52, 1978, p. 112-120).
Edward N. O'Neil, Teles (The Cynic Teacher) (Society of Biblical Literature,
Texts and Translations Nr 11, Graeco-Roman Religion Nr 3), Missoula
(Montana), Scholars Press, 1977, xxv-97 p.
A. J. Festugière, Deux prédicateurs de Γ Antiquité : Télés et Musonius
(Bibliothèque des textes philosophiques), Paris, 1978, 130 p.
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le lecteur moderne à trois points de vue. Ils nous ont conservé bon nombre do
citations d'auteurs anciens dont les écrits sont par ailleurs perdus (les Cyniques
Diogène, Crates, Métroclès, Bion, et le Mégarique Stilpon). D'autre part, ces
textes, dont la valeur littéraire reste limitée, demeurent pour nous les
témoignages les plus anciens de ce qu'on a coutume d'appeler la diatribe. Enfin,
la lecture des fragments permet de rejoindre directement le Grec moyen du
ine siècle, loin des cercles philosophiques et des discussions d'écoles. Le moraliste
qu'est Télés parle en effet le langage de la rue.
Ensuite, à partir d'un rapide bilan des données chronologiques fournies par
les fragments, O'Neil conclut que Télés écrivait au milieu du me s., vers les
années 242 ou peu après. Les villes d'Athènes et de Mégare, qui se trouvent à
plusieurs reprises évoquées, pourraient toutes deux être considérées comme
le lieu d'origine de Télés. En fait O'Neil suggère de voir plutôt dans Athènes
la patrie du philosophe et dans Mégare le lieu de son exil (4).
Dans cette introduction auraient pu être évoqués, sinon résolus, un certain
nombre de problèmes sur lesquels des opinions contradictoires avaient été
formulées parle passé. Ainsi, par exemple, faut-il penser que Théodore, rabrévia-
teur dont les manuscrits de Stobée mentionnent le nom dans l'intitulé du
premier fragment (έκ της Θεοδώρου των Τέλητος επιτομής περί του δοκεΐν
και τοΰ είναι) a seulement abrégé le texte ou l'a complètement remanié (5) ?
Ou encore, qui s'exprime derrière les « je » et les « nous » qui émaillent le texte ?
Télés ? Son interlocuteur fictif ? Bion ? Théodore (6) ? Sans vouloir prétendre
qu'on puisse donner une réponse définitive à ces questions, nous pensons que
le problème ne doit pas être esquivé et qu'en procédant à l'examen global des
passages en cause il est possible au moins de se former une opinion ^7). Enfin,

(4) Cette suggestion ne va pas dans le sens de ce qu'avaient proposé ses


prédécesseurs, puisque, pour Wilamowitz, Antigonos von Karystos (Philolo-
gische Untersuchungen, 4), Berlin, 1881, Exkurs 3 (« Der kynische Prediger
Teles »), p. 300-302, et Hense, op. cit., p. xxxvi-xxxix, Télés était un Mégarien.
(5) Alors que Wilamowitz, op. cit., p. 293, et Hense, op. cit., p. xxvm,
penchent pour l'hypothèse d'une simple abréviation, Crônert, Kolotes und
Menedemos, p. 37-41, échafîaude une construction d'une incroyable complexité
pour tenter de prouver que Théodore a complètement refondu le texte. En bref,
Théodore, d'une part, aurait en maints endroits abrégé deux fois le texte, une
fois en une version courte, une fois en une version longue, et un copiste négligent
aurait recopié côte à côte les deux versions. D'autre part, cet abrévialeur aurait
rajouté au texte de Télés des phrases de son cru. Une telle hypothèse, par
l'enchevêtrement fort compliqué qu'elle suppose, reste invraisemblable et ne
peut qu'inviter au scepticisme.
(6) Pour Hense, op. cit., p. xxi-xxn et Gerhard, Phoinix von Kolophon,
p. 66, il ne fait point de doute que c'est bien Télés qui dit à la fois «je » et
« nous », mais cette interprétation, loin de faire l'unanimité, n'est pas celle de
Weber, « De Dione Chrysostomo Cynicorum sectatore », Leipziger Studien zur
classischen Philologie 10, 1887, p. 163, qui attribue le « nous » à Télés et le «je »
à son interlocuteur, ni celle de Crônert, op. cit., p. 40, qui reconnaît dans le
« nous » la marque de Théodore, du moins dans certains cas.
(7) Nous sommes personnellement convaincue que c'est bien Télés qui dit
« je », quand il veut donner son point de vue propre sur le problème qu'il traite
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même si la critique moderne a raison de se méfier des abus de la Quellenforschung,
a-t-on le droit de balayer d'un revers de phrase (p. xv) les tentatives faites au
xixe siècle pour retrouver derrière les fragments de Télés un noyau originel
bionéen ou stilponéen ? Là encore un bref rappel des thèses émises sur le sujet
aurait au moins permis au lecteur de prendre conscience que la recherche sur
le texte de Télés avait été par le passé le lieu des hypothèses les plus
contradictoires (8).
D'autre part, dans la note bibliographique (p. xxm, n. 17) que l'auteur
consacre aux travaux sur Télés et qui prétend à une certaine exhaustivité, sont
absentes quelques études, notamment celles d'Hirzel, de Crônert et de Gerhard
qui comportaient des pages substantielles sur Télés et qu'Hense déjà mentionnait
dans ses Prolégomènes (9).
Le texte établi par O'Neil s'appuie pour l'essentiel sur la seconde édition
Hense. Outre quelques détails relativement peu importants, comme la
suppression d'un φησίν, le rétablissement de mots antérieurement supprimés par
Wilamowitz puis Hense, ou de légères retouches dans la ponctuation, l'éditeur
a introduit dans le texte quelques modifications avec lesquelles, comme nous
le dirons plus loin, nous sommes en désaccord. Mais ce n'est pas là le grief
essentiel que nous avons retenu contre ce travail : il est très grave de livrer au
lecteur un texte dépourvu (ou presque) d'apparat critique. En n'identifiant pas,
à de rares exceptions près, les conjectures d'Hense ou de ses devanciers, ni les

ou appuyer une citation qui lui paraît particulièrement pertinente, et qui en


même temps dit «nous», lorsqu'il s'adresse à ses étudiants en moraliste,
conscient d'appartenir lui aussi à cette humanité folle dont il dénonce les
travers et à qui il propose comme modèle la conduite idéale d'un Socrate ou
d'un Cratès.
(8) Télés a-t-il, comme le croit Hense, op. cil., p. xliv ss, lu les écrits de Bion
et leur a-t-il emprunté l'essentiel de ses diatribes, de même qu'il aurait puisé
dans la lecture directe de Stilpon les passages où il fait intervenir ce dernier ?
Ou vaut-il mieux, à la suite d'Hirzel, Der Dialog, t. I, p. 368, n. 1, rejeter cette
idée d'un emprunt direct et massif à Bion et voir dans l'œuvre de Télés une
littérature épigonique largement tributaire des αποφθέγματα bionéens cités
par Diogène Laërce IV, 47 et des Στίλπωνος απομνημονεύματα auxquels fait
allusion Athénée dans les Deipnosophistes IV 162 Β ?
(9) R. Hirzel, Der Dialog. Ein literarhistorischer Versuch, Leipzig, 1895, 2 vol.
(sur Télés : t. I, p. 367-370 ; t. II, p. 12 et 29, sur Bion : t. I, p. 373 et 379) ;
W. Crônert, Kolotes und Menedemos. Texte und Untersuchungen zur Philosophen-
und Literaturgeschichte (Studien zur Palaeographie und Papyruskunde, 6),
Munchen, 1906 (unverânderter Nachdruck, Amsterdam, 1965), vi-198 p. (sur
Télés : p. 37-47) ; Id., « Eine Telesstelle und Anderes », Rheinisches Museum 62,
1907, p. 620-625 ; G. A. Gerhard, Phoinix von Kolophon. Texte und
Untersuchungen, Leipzig/Berlin, 1909, 302 p. (sur Télés : p. 65-66). Signalons encore un
ouvrage que l'auteur ne pouvait connaître au moment où il rédigeait son livre :
J. F. Kindstrand, Bion of Borysthenes. A Collection of the Fragments with
Introduction and Commentary (Acta Universitatis Upsaliensis, Studia Graeca
Upsaliensia, 11), Uppsala, 1976; xxn-310 p. (Voir le compte rendu
bibliographique que nous avons donné de cet ouvrage dans la Revue de philologie,
de littérature et d'histoire anciennes 53, 1979, p. 153-156.)
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variantes importantes, O'Neil a condamné son édition à l'inutilité. Comment
en effet se fonder sur un texte dont on ignore si telle leçon est offerte par les
manuscrits ou si elle est due à la perspicacité de tel éditeur ? Une autre
simplification adoptée dans cette édition porte préjudice à une bonne
compréhension du texte. En effet, afin de marquer l'alternance des répliques dans
les dialogues fictifs que reproduisent les fragments, l'éditeur se borne à revenir
à l'alinéa et laisse tomber les tirets notés par Hense. Or un tel procédé ne permet
pas de distinguer entre les changements de personnages et la succession des
idées principales dans le développement d'un même interlocuteur (10). De plus,
quand on sait à quel point il est souhaitable d'harmoniser la présentation des
références, on ne peut que regretter de voir apparaître dans cette nouvelle
édition, parallèlement à la pagination d'Hense, une nouvelle linéation, continue
pour chaque fragment (11). Enfin, quand bien même on devrait se résigner, en
raison des difficultés de la conjoncture, à voir paraître un nombre croissant de
livres dactylographiés, il faudrait cependant que le soin apporté à leur correction
ne soit pas inférieur à celui dont on entoure les ouvrages de typographie
traditionnelle. Nous avons en effet relevé de très nombreuses fautes de frappe
ou d'accentuation dans le texte grec (12).
Mais l'apport réel du livre de O'Neil est moins dans le travail d'édition que
dans la traduction qu'il offre des fragments de Télés. Fidèle dans l'ensemble au
texte grec, celle-ci a le mérite de ne pas esquiver les difficultés qui sont pourtant
nombreuses et le lecteur saura apprécier les justifications qu'à maintes reprises
l'auteur donne en note de ses choix. Aussi ne voudrions-nous pas que les quelques
points soulignés ci-après, pour lesquels nous sommes en désaccord avec sa
traduction, atténuent le jugement favorable que nous portons sur celle-ci.
II, 55-57 O'N. = p. 9, 2-3 H.
ό δε Βίων, ώσπερ των θηρίων, φησί, παρά τήν λήψιν ή δήξις γίνεται...
De même, dit Bion, que la morsure des bêtes sauvages dépend de la façon dont on
les prend... et non : And Bion says that just as in the taking of wild beasts biting
occurs...

(10) Ainsi en II, 124-127, le lecteur ne voit pas, à cause de la présentation


d'O'Neil, qu'il y a un changement d'interlocuteur.
(11) On regrettera de même que le Père Festugière, tout en ajoutant une
division du texte par petits paragraphes, n'ait d'aucune façon signalé la
pagination d'Hense.
(12) On rétablira entre autres l'orthographe ou l'accentuation des mots
suivants : I, 11 άλλα. II, 1 δ τι. II, 8 πρόσωπον. II, 14 κέχρησαι. ΙΓ, 25 σου.
II, 29 ανδρείας. II, 47 αίτιώμεθα. II, 112 (dans l'apparat) πρόβατον. II, 119
ευτελής. II, 187 φησίν. III, 35 αυτούς. III, 88 φησίν. III, 89 τεθεαμένοι. ΠΓ, 95
φυγαδεύουσιν. ΠΓ, 98 χειροτονία. ΠΙ, 115 έχεις. ΠΓ, 121 ενταύθα. ΠΓ, 133
ούδ' εγγενής. ΠΓ, 164 όμοία. ΠΓ, 165 #δου. TV A (dans le titre) σύγκρισις.
TV A, 4 πολλά. IV A, 6 εζεσθαι. TV A, 116 Κράτητα. TV A, 136 δοξοκόπον. TV A,
139 έτερον2. TV A, 141 τούτου. IV A, 176 αδεία. TV A, 184-185 άκολάκευτον.
TV B, 7 κακώς. TV B, 14 άνθρώπω. V, 10 κατακοιμίζει. V, 23 παρατηρεί. V, 37
ούχ όρώ. VIT, 1 άπύρηνος. VH, 5 ροα. VTI, 83 άλλα. D'autre part, en ΠΓ, 58
on lira άρχειν ή (et non και) ίδιωτεύειν et en III, 99 άλλα των τούτους
(O'Neil omet των).
170 MARIE-ODILE GOULET-CAZÉ
II, 72 O'N. = p. 10, 5 H.
έστείλαντο, μεθείλαντο. Considérant que μεθείλαντο ne peut avoir de sens
ici, O'Neil remplace ce verbe par μεθεΐντο et traduit : they furl the sails, they yive
the ship its way. De son côté, A. J. Festugière (p. 21, n. 9), après avoir affirmé
qu'on ne trouve qu'une seule attestation de ce verbe, chez Homère, où il signifie
« prendre la balle au vol pour la relancer », considère le mot comme une glose.
Ces deux auteurs se sont fondés sur l'article du Liddell- Scott- Jones, où
effectivement seule est signalée la référence à Odyssée VIII, 376. Mais dans le Supplément
de 1968 sont indiquées, pour la forme moyenne, la référence à Télés, ainsi qu'une
référence à une inscription de Téos du ive siècle avant Jésus-Christ qui se
trouve dans la Sylloge Inscriptionum Graecarum3 de W. Dittenberger (344, 72)
et dans laquelle le verbe qui a pour complément τα οικία, signifie « changer
de maison ». Le passage de Télés qui a soulevé la perplexité de O'Neil et du
Père Festugière, avait pourtant été déjà très bien commenté par Crônert
(Kololes und Menedemos, p. 44), qui utilisait d'ailleurs cette inscription, comme
le rappelle Hense dans son apparat. Nous traduisons : C'est pourquoi il faut
essayer non pas de changer les circonstances, mais de se préparer à celles-ci, quelles
qu'elles soient, comme le font les marins. En effet, ils n'essaient pas de changer
les vents ni la mer, mais ils se préparent à pouvoir leur faire face. Temps serein,
mer calme : ils naviguent à la rame. Le vent souffle dans le sens du bateau, ils
hissent la voile. Le vent souffle en sens inverse: ils carguent (13) les voiles, ils les
changent.
II, 183-184 O'N. = p. 18, 4-5 H.
και γυναικός χαλεπότητα πράως έφερε κάκείνης βοώσης ούκ έφρόντιζεν.
// supportait avec calme la méchanceté de sa femme et ne se souciait pas de ses cris
et non : And he bore the crabbiness of his wife with composure, even when she would
scream that he had no sense.
III, 6-7 O'N. = p. 21, 6 H.
μή ουδέν λέγηται προς το του Στίλπωνος. Il est souhaitable de remplacer,
comme l'a fait Hense, προς par παρά, selon la conjecture de Meineke et de
traduire : Qu'on ne dise rien de plus que ces mots de Stilpon. O'Neil qui adopte
cette correction dans son texte semble avoir cependant plutôt traduit προς,
la leçon des manuscrits : Let nothing be said contrary to the writing of Stilpon.
Certes, παρά suivi de l'accusatif peut parfois signifier « en violation de, en
transgression de ». Mais dans ce cas, si ce sens paraissait convenir à O'Neil,
pourquoi n'a-t-il pas conservé la leçon προς qui a, suivi de l'accusatif, très
couramment le sens de « contre » ?
IV A, 18-19 O'N. = p. 34, 10 H.
κατά κράτος δέ καρποί. Des fruits pendent au-dessus de la tête de Tantale et
non : (Tantalus) tries with all his might to pick the fruit. Cette dernière traduction
suppose une confusion entre κρατάς, génitif de κράς, « la tête », et κράτος, -ους,
« la force », ainsi qu'entre καρποί, nominatif pluriel de καρπός et la troisième
personne du singulier de καρπόω,« cueillir des fruits », sens que ce verbe n'a
d'ailleurs qu'au moyen.

(13) Pour έστείλαντο, il faut probablement lire dans la traduction Festugière


« carguent » et non « larguent ».
TÉLÉS LE CYNIQUE 171
IV A, 34-35 O'N. = p. 35, 8-9 H.
ουκ άηδώς δ' έ'μοιγε δοκοϋσι και οί αρχαίοι προς ταϋτα έρωτάν. C'est à
propos, me semble-t-il, que les Anciens aussi argumentent contre celte attitude et
non : Not ineptly, it seems to me, did even the ancients expound these matters. Sur
ce sens de έρωταν, « argumenter, faire un syllogisme », éventuellement « contre
une thèse » (προς θέσιν), voir entre autres Aristote, Premiers Analytiques
24 a 24 ; 42 a 39 ; Épictète, Entretiens II, 19, 1.
IV A, 100 O'N. = p. 40, 2-3 H.
άλλα [εις άκαδημίαν] προς Κράτητα. Envoie-le (ton fils) plutôt [à Γ
Académie] auprès de Cratès et non : But go [to the Academy and] to Crates. L'expression
τον υίόν σου... πέμπε employée plus haut est ici sous-entendue.
IV A, 114 O'N. = p. 41, 1 H.
ϊνα πολυτελώς. Afin de paraître mener une vie de luxe et non : Think how
expensive that is. Pour justifier la valeur d'indignation qu'il donne à ι να, l'auteur
est contraint de faire appel au seul passage attesté avec ce sens dans le Liddell-
Scott-Jones, c'est-à-dire Épictète, Entretiens, I, 29, 16, dont on veillera à corriger
la référence dans la note 27 à la page 86. En fait il est inutile de supposer que,
dans le passage de Télés, Ί,'να a ce sens très rare. Cette conjonction peut très bien
garder ici sa valeur traditionnelle de but ; simplement, comme très souvent
chez Télés, la tournure est elliptique.
IV B, 3-4 O'N. = p. 45, 3-4 H.
πόσους γαρ οΐει δι' εύπορίαν ή δι' ενδειαν κωλυθήναι σχολάζειν ; Pour
combien de gens, à ion avis, Vabondance a-t-elle été un obstacle au loisir studieux,
et pour combien Vindigence? Et non : For how many men do you think have been
kept from inactivity because of wealth rather than because of want?
IV B, 13-15 O'N. = p. 46, 1-2 H.
Οταν γάρ, οΐμαι, τω άνθρώπω προσγένηται ευχερώς πορίζεσθαι ών αν
έπιθυμη... O'Neil a adopté la conjecture proposée par Gesner : εύκαίρως,
contrairement à Hense qui a conservé la leçon des manuscrits : ευχερώς. Or
εύκαίρως signifie « au moment opportun », « à propos » ou « d'une manière
favorable » et ευχερώς, « avec insouciance », « avec indifférence » ou « facilement »,
« aisément ». Seul ce dernier sens convient ici. Nous proposons donc de conserver
le texte des manuscrits et de traduire : Quand, à mon avis, il arrive à l'homme de
se procurer aisément ce qu'il désire... Curieusement O'Neil a choisi la correction
de Gesner, mais a traduit le texte des manuscrits : For in my opinion, whenever
a man happens to be easily provided with whatever he desires...
VII, 38-40 O'N. = p. 56, 14-15 H.
όπερ δει τον μαράριον εϊναι, ώστε οδν μήτε επί φίλου μήτε επί τέκνου τελευτη
λυπηθήναι. C'est ainsi (c'est-à-dire sans passion) que doit être l'homme
bienheureux, en soi te que ni la mort d'un ami ni celle d'un enfant ne lui cause de
chagrin et non : Therefore, he should be a happy man, so that he is not pained over
the death either of a friend or a child.
VII, 45-46 O'N. = p. 57, 4-5 H.
ή δυσχερέστερόν τι κρίνειν την άλλου τελευτήν της έαυτοϋ ; Ou bien faut-il
juger la mort d'autrui comme un événement plus pénible à supporter que la sienne
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propre? Et non : Or is it more vexing to distinguish someone else's death from
one's own?
VII, 98-100 O'N. = p. 60, 1-3 H.
γελοΐον γαρ εσται ει εάν τον ετερόν τις όφθαλμον άποβάλη, δεήσει και τον
έτερον προσεκκόψαι. Il serait ridicule qu'il faille, si on perd un œil, retrancher
également l'autre et non : For if someone loses an eye, it will be absurd if he asks
that the other be cut out as well. Δεήσει ne peut être ici que l'impersonnel δει ;
c'est en effet une forme active ; or δέω ne signifie « demander » qu'au moyen.
VII, 116-117 O'N. = p. 60, 14-15 H.
σύ δέ, δτι μέν άπογέγονεν, άκληρεΐν οϊει, δτι δέ έγένετο, ούκ εύκληρεΐν.
Toi, de ce qu'il (ton ami) n'est plus, tu te penses malheureux, mais de ce qu'il a été,
tu ne te penses pas heureux et non : But you consider yourself unfortunate because
he has died but not because he has lived. Probablement que dans cette dernière
traduction le mot « fortunate » a été involontairement omis avant « because he
has lived ».
VII, 140-142 O'N. = p. 61, 12-14 H.
άλογον δέ και άμα μέν έπιβάλλουσαν ήγεϊσθαι τήν στρατείαν και τήν άποδημίαν
τω φίλορ και αύτον συνεκπίπτειν... Pour que cette phrase ait du sens, il faudrait
traduire l'expression αυτόν συνεκπίπτειν comme l'a fait le Père Festugière :
II est déraisonnable, tout en estimant l'expédition militaire et le voyage profitables
à ton ami, tout en tombant d'accord avec lui sur ce point... de... Malheureusement,
la construction συνεκπίπτειν suivi de l'accusatif n'est pas attestée. Si donc on
veut respecter la grammaire, comme l'a fait O'Neil, on aboutit à la traduction
suivante qui ne nous satisfait pas : But it is quite illogical at one moment to
consider military service and travel abroad incumbent on a friend — and to think
that he agrees —... O'Neil reconnaît d'ailleurs lui-même que la pensée est vague
(p. 97, n. 38). Pour trouver un sens satisfaisant, on pourrait tout simplement
corriger συνεκπίπτειν en συνεκπέμπειν et traduire : II est déraisonnable que tu
estimes la campagne militaire et le voyage à l'étranger comme incombant à ton ami,
que tu l'aides à partir... et qu'en même temps...
Ces quelques critiques, d'ailleurs souhaitées par O'Neil à la fin de son
introduction (p. xxv, n. 22) comme apport à des travaux ultérieurs sur Télés,
n'entendent pas minimiser l'utilité de cette publication. Même si elle ne
dispense pas de recourir à l'édition d'Hense, même s'il n'y a aucune mesure entre
les Prolegomena d'Hense, si denses qu'ils ne sont pas d'un abord facile pour
le lecteur, et la courte introduction de O'Neil, il faut cependant saluer l'effort
de l'auteur pour bien mettre en lumière, grâce à de nombreux parallèles, l'intérêt
des fragments et l'apport de sa traduction qui est la première en langue anglaise

Marie-Odile Goulet-Cazé.