Vous êtes sur la page 1sur 4

Notions du référentiel : Déviance primaire/déviance

Sociologie générale et sociologie politique secondaire, anomie

3. Contrôle social et déviance Sous-thème 2 - Quels sont les processus qui conduisent à
la déviance ?
sociaux

Activité 2 – Comment expliquer la déviance ?


L’exemple de « me too » et « balance ton porc »

Objectifs :
 Savoirs : comprendre les différentes analyses théoriques de la déviance
 Savoir- faire : illustrer les analyses théoriques

Travail à réaliser : Compléter le tableau en utilisant les documents


Document 1 :
"Les couloirs de l’école ressemblent à un vestiaire de football. Cette ambiance nous bouffe littéralement" , lâche
Mathilde (ce prénom a été modifié), étudiante à l’école 42. D’après plusieurs témoignages que nous avons recueillis,
l’école d’informatique fondée en 2013 par Xavier Niel, avec la volonté louable d’offrir une pédagogie innovante
d’apprentissage du code sans frais d’inscription, connaît en ses murs un sexisme pesant, alors que les femmes y
représentent moins de 10 % de l'effectif. Fabienne Haas, la directrice de la communication, admet que "quelques filles
sont venues la voir car elles ne se sentaient pas bien dans l’école” mais relativise l'importance du phénomène : "Très
peu de cas de comportements déviants nous ont été remontés et ceux portés à notre connaissance ont été traités
immédiatement et des sanctions, pouvant aller du travail d’intérêt général à l’exclusion, ont été prises”, assure-t-elle.
Certains faits sont pourtant frappants. "On m’a poursuivie sur un étage et demi - que j’ai dû remonter à reculons -
pour voir sous ma jupe, raconte Mathilde. On ne se sent pas en sécurité ici." Pendant trois ans, une des chaînes de
discussion du compte de l’école sur la messagerie Slack, alors autogérée par les élèves, était un lieu de partage de
contenus pornographiques à teneur misogyne. (…)
Intitulée Not safe for work (NSFW, littéralement, "Pas sûr pour le travail"), cette chaîne créée par les étudiants eux-
mêmes avait un statut public, c’est-à-dire qu’elle était accessible aux 3 000 élèves de l’école. "Le slack était géré par
les étudiants, explique Fabienne Haas, la directrice de la communication de 42. C’était compliqué pour nous d’agir
sur quelque chose qui ne nous appartenait pas." (…)
Le sexisme n’est pas l’apanage de 42. Le déballage médiatique actuel le montre et le milieu du numérique est connu
pour en souffrir, eu égard à la minorité de filles qui évolue en son sein. Un mémoire de sociologie a d’ailleurs déjà
exploré le sexisme au sein d’une autre école d'informatique, Epitech. Mais à 42, il semblerait que la pédagogie
innovante fondée sur l’autonomie des élèves ait l’effet pervers de faire croire à certains étudiants qu’ils peuvent tout se
permettre. "L’école 42 est une école qui veut casser les codes, qui dit à ceux qui veulent y entrer ‘venez comme vous
êtes’, souligne Mathilde. Certains détournent ce message et y voient un accord de l’école à laisser faire ce qu’ils
veulent."
D’où l’absence apparente de limites pour certains. "Des étudiants ont des fonds d’écrans avec des filles en lingerie ou
avec des images porno outrageantes et dégradantes, souligne Mathilde. C’est quelque chose mis à la vue de tous, la
nôtre comme celle de ceux qui viennent visiter l’école." De son côté, Lola observe qu'"il y a un effet d’entraînement
comme dans une cour de récréation. Certains garçons, qui ne sont pas comme ça individuellement, se comportent de
manière déplacée parce qu’ils ont l’impression que c’est permis".
Source : Marion Garreau et Marine Protais , Porno, blagues et dragues lourdes... pas facile d'être une femme à l'école
42, L’Usine nouvelle, LE 16/11/2017

Document 2 :
Dans l'imaginaire collectif, la croyance selon laquelle la virilité passe par la nécessité de faire des conquêtes féminines
est tenace. De DSK au dragueur des rues, certains hommes cherchent à prouver leur potentiel de mâles dominants en
séduisant des femmes réduites à l'état de trophées.
Généralement, ces hommes confondent la drague et l'agression. Tout refus exprimé par la gent féminine ébranle
inéluctablement la vision qu'ils ont de leur propre valeur. Blessés par leur mésestime d'eux-mêmes, ils insultent les
femmes ou s'autorisent des gestes déplacés tels que des attouchements non consentis. Ils revalorisent leur ego en
prenant le dessus par l'agressivité. Ne pas perdre la face. Être fort. Ne pas montrer son incapacité à susciter le désir.
Source : Virginie Girod et David Medioni, Harcèlement sexuel: pour en finir avec le porc et la pute, L’express,
19/10/2017

Document 3 :

Source : Ifop - Les Français et la séduction - Regards croisés hommes -femmes, 11 janv. 2018

Document 4 :
Sidéré-e-s. Affligé-e-s. Consterné-e-s. Voilà ce que nous sommes à la vue des plus de cent silhouettes de femmes et
autres « objets » censés les symboliser dans les rues de Dannemarie. L'une d'elles retire de façon lascive son haut de
maillot. Une Betty Boop adresse un clin d’œil aux passants en levant la jambe près de la Mairie. Une autre
apparemment nue est assise le long du trottoir. Près d'elle, une autre encore écarte les jambes, à cheval sur une chaise.
Quasiment toutes font des effets de hanche ou sont parfois à genoux, cuisses écartées. Au milieu d'elles, quelques
femmes enceintes. Il y a aussi un chapeau à fleur, une botte à talon, un sac à main, de grosses lèvres rouge. Et tout cela
à l'initiative d'une commune, c'est-à-dire une autorité publique, pour "célébrer la femme". En 2017 !
Comment se peut-il que nous soyons encore caricaturées, humiliées, réifiées, discriminées de cette façon ? Cette
vision des femmes est pourtant démentie, au moins du point de vue de l'État, par tous les progrès législatifs accomplis
lors des précédentes décennies. Après avoir dépassé politiquement l'ère où les femmes n'étaient ni citoyennes, ni
travailleuses reconnues, seulement des mères ou des objets de désir, il est temps que ces représentations cessent de lui
survivre. Aujourd'hui, les politiques publiques s'attellent à la tâche de lutter contre ces stéréotypes d'autant plus
inadmissibles quand ils proviennent d'un maire, à force de campagnes contre le sexisme, de sensibilisation ou
d'informations. La moindre des choses est qu'une ville ne promeuve pas de tels messages, s’additionnant à tout ce qui
émane déjà de la publicité.
Le maire de Dannemarie représente l'État ! Il représente la loi et les valeurs de la République !
Nous sommes consternées, mais pas désarmées. Le jugement du Tribunal Administratif de Strasbourg a fait retirer les
silhouettes de l'espace public. Mais l'affaire est jugée en appel demain au Conseil d'État, et nous espérons vivement
que sera confirmé le premier jugement.
Source : Tribune collective, Affaire Dannemarie. L'intolérable envahissement des représentations sexistes des femmes
dans l'espace public !, L’Humanité, MARDI, 29 AOÛT, 2017
Signataires : Rebecca Amsellem, cofondatrice de la Newsletter les glorieuses, Gérard Biard, journaliste, porte-parole
de ZéroMacho, Laurence De Cock, docteure en Sciences de l'éducation, Christine Delphy, sociologue, chercheuse du
CNRS, Patric Jean, réalisateur du documentaire "La domination masculine", Lorraine Questiaux, avocate et militante
féministe, Éliane Viennot, professeure émérite, autrice de "La France, les femmes et le pouvoir".

Document 5
Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.
A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les
femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire.
Mais cette libération de la parole se retourne aujourd’hui en son contraire : on nous intime de parler comme il faut, de
taire ce qui fâche, et celles qui refusent de se plier à de telles injonctions sont regardées comme des traîtresses, des
complices !
Or c’est là le propre du puritanisme que d’emprunter, au nom d’un prétendu bien général, les arguments de la
protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres
petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie.
De fait, #metoo a entraîné dans la presse et sur les réseaux sociaux une campagne de délations et de mises en
accusation publiques d’individus qui, sans qu’on leur laisse la possibilité ni de répondre ni de se défendre, ont été mis
exactement sur le même plan que des agresseurs sexuels. Cette justice expéditive a déjà ses victimes, des hommes
sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, etc., alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que
d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir
envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque.
Cette fièvre à envoyer les « porcs » à l’abattoir, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des
ennemis de la liberté sexuelle, des extrémistes religieux, des pires réactionnaires et de ceux qui estiment, au nom
d’une conception substantielle du bien et de la morale victorienne qui va avec, que les femmes sont des êtres « à
part », des enfants à visage d’adulte, réclamant d’être protégées.
En face, les hommes sont sommés de battre leur coulpe et de dénicher, au fin fond de leur conscience rétrospective, un
« comportement déplacé » qu’ils auraient pu avoir voici dix, vingt ou trente ans, et dont ils devraient se repentir. La
confession publique, l’incursion de procureurs autoproclamés dans la sphère privée, voilà qui installe comme un
climat de société totalitaire.
Source : Collectif (dont Catherine Millet, Ingrid Caven et Catherine Deneuve), « Nous défendons une liberté
d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », LE MONDE, 09.01.2018

Analyse théorique Explications Illustration


Analyse de Durkheim La déviance s’explique par la remise
en cause et l’insuffisance des
normes sociales qui encadraient les
individus : leurs actions ne sont plus
guidées par des normes précises et
contraignantes qui limitent leurs
désirs. Ils sont donc perdus et sans
repères. Durkheim dénomme cette
situation l’anomie.

Analyse de Merton Chaque société définit des objectifs


légitimes et des moyens légitimes
pour atteindre les buts valorisés.
Mais ces objectifs et ces moyens ne
sont pas forcément adoptés par les
individus
5 types d’adaptation des individus :
- le conformisme : acceptation
des buts et des moyens
légitimes
- L’innovation : correspond au
comportement déviant au sens
de Merton : les individus
adoptent d’autres moyens pour
atteindre les objectifs légitimes
- Le ritualisme : l’individu
respecte les moyens légitimes
fixés pour atteindre les
objectifs légitimes. Mais il va
réduire ses aspirations pour ne
pas avoir à se remettre en cause
en cas d’échec
- L’évasion: les individus
rejettent aussi bien les objectifs
que les moyens légitimes.
- La rébellion : ces individus
comme les précédents rejettent
les moyens comme les
objectifs, mais ils n’adoptent
pas une attitude passive de
fuite. Au contraire ils cherchent
à transformer la société à
définir de nouveaux objectifs
auxquels correspondront de
nouveaux moyens légitimes

Analyse de Becker - Des entrepreneurs de morale


se chargent de faire respecter
les règles et désignent une
population définie comme
déviante a priori.
- La déviance provient de
l’étiquetage : est déviant celui
que la société étiquette comme
déviant parce qu’il ne
correspond pas aux normes que
la société a édicté.

Grille d’autoévaluation
Critères de réussite A ECA NA
Savoirs - Anomie au sens de Durkheim
- Anomie au sens de Merton
- Théorie de l’étiquetage
Savoir-Faire - Illustrer une analyse théorique à partir d’exemples