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LA PENSÉE RELIGIEUSE DE BODIN Author(s): Pierre Mesnard Source: Revue du Seizième siècle, T. 16

LA PENSÉE RELIGIEUSE DE BODIN Author(s): Pierre Mesnard Source: Revue du Seizième siècle, T. 16 (1929), pp. 77-121 Published by: Librairie Droz Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41853189 Accessed: 13-01-2016 08:38 UTC

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PENSÉE

LA

RELIGIEUSE

DE

BODIN

S'il est des morts qu'il faut qu'on tue, il en est d'autres qu'il importe de ressusciter périodiquement,pour exami-

nerà loisir tel traitnouveau de leur

ciser mieux quelque jeu subtild'ombreet de lumièreca-

pable de laisserdans l'esprit une impressionplus netteet

plus exacte. Bodin, dontle souvenirn'est plus cultivé que

par une élite, vaut cependant la peine

et, malgré les travaux distingués

peut

œuvrematièreà réflexionsfécondes.Nous

sons ici de

de montrer quel intérêtdurable s'attache à la pensée de

Bodin en matièrede religion.

nous propo- important de sa doctrineet

visage et pour pré-

de nouvelles études,

dont il a été l'objet, on

encore espérer trouverdans sa personne et dans son

dégager un point

I

La lettre a Bautru des Matras et le prétenduprotestantismede Bodin.

Les

biographes,pourtant fortdisertssur les faits et

de Jean Bodin, nous ont laissé sur sa religion

gestes

quelques rares textes, la plupart du temps

n'est

troversés.Fut-ilou non

gers,puis

croyaitpas malgré un textede De Thou, d'ailleursdémenti

A. Ponthieux, dansla savanteétude qu'il

consacre à « Quelques documentsinéditssur Jean Bo-

par Ménage.

discordants: il

faitseux-mêmes qui n'aient été con-

pas jusqu'aux

religieuxprofès aux Carmesd'An-

Chauviré, en 1914, nele

relevéde ses vœux? M.

M.

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78 LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

din1 », nous montre que nous devonsconclure

mative.Bodin avait si bien pris l'habitaux Carmes d'An-

gers qu'en 1577

dressersur son compte un

tatant qu'il avait quitté

Nous savons donc dorénavant que Bodin eutunesolide formation catholique, non seulementà l'ombrede la ca-

thédrale d'Angers,mais, en outre, comme religieux,ayant

philosophie un religieux de son ordre, Il n'en est

plus original

par

avantde s'en retournerdans sa

pendant du frèreGuillaume Prévost,

suivi

l'affir-

par

les religieux carmes de Paris faisaient

procès-verbald'enquête cons-

l'habit.

deux ans à Paris les cours de

de voir

que

la

province2.

que

premièreposition rencontrée

la pensée religieuse de Bo-

et celle de

Bayle.

le critique dans l'étudede

din soit une interprétationprotestante. La croyance au protestantisme, ou tout au moins au

protestantismetemporaire de Bodin, repose surtoutsur

Elle est

de plus appuyée par

Golomiès et de nos jours

par tras.Nous allons voir

se réduisenten définitiveà cettelettre.

effet,Bayle déclare bien catégoriquement : « Il avait

été de la Religion : cependant, en 1589, il persuada aux

habitantsde Laon de se déclarer pour le duc de Maine3. »

Mais, commeà l'habitude, le plus important est missous forme de remarques, et nous trouvons à la note L :

«

une de ses lettresà JanBautrudes Matras, Avocat célèbre

du Parlementde Paris. » Suit la référenceà Ménage et celle à Colomiès pour le textede la lettre.

Nous nous re-

question. porteronspour le texteà la publicationqu'en faitChau-

deux autorités, celle de Ménage

un texteattribuéà Bodin, publié par

par Chauviré, traduiten partie

Baudrillart, la fameuselettreà JeanBautru des Ma-

En

que

les deux

témoignagesprécités

M. Ménage dit qu'il a su le Protestantismede Bodin par

Examinons donc la lettreen

I.

2.

3. Bayle, Dictionnaire historique et critique, 5°éd.in-folio.Ams-

RevueduXVI*siècle , t. XV,1028,p. 56-oq.

Ibid.,p.

58.

terdam, 1735, t.II, p. 37.

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LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

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viréen appendice à son remarquableouvrage

Bodin, auteurde la République

lettre semble

reste, les arguments de Planchenault 1 n'ont

vaincu

grand leurdu document

sur « Jean

». L'authenticitéde cette

aujourd'hui

universellementadmise : au

jamais

con-

monde. Il nous suffiradonc d'estimerla va-

qui nous est présenté.

Quand

futécrite cettelettre?On ne le sait, ditChau-

car rien dans son contenune permet d'en établirla

viré,

date. Bayle,cependant, la fixeaux environsde 1563. Cette

date, en effet, nous

Matrasn'a pu êtreconnu de Bodin

après i56i,

de parole incompatible avec les hautes charges

que nous le

allusion dans l'épître aux troubles

puisque Bodin repoussel'allégation

qui voit dans le

guerre civile « hujus

sit». Ceci correspond aux dévastations générales dontl'an-

des re-

gens de parti opposé n'au-

Nous

avait encoreun

Voyons maintenantles opinions professées à cettedate

par notre auteur. D'abord, Bodin ne se considère

pas

comme

catholique,puisque des Matraset que la discussiontient justement à cette op-

position

: « Cum dissentiamusinternos in

rerumdivinarum opinione »

croyons donc que Bayle

née i5Ó2futle

lationsaussi cordiales entre

raient plus été possibles.

exar-

paraît vraisemblable.JeanBautrudes

qu'à

Paris, c'est-à-dire

et, d'autre part, Bodin nous montreuneliberté

officielles

voyonsremplir à partir de 1567.Or, il estfait

religieux de l'époque,

de

son correspondant

récente

jam

protestantisme la cause de la

belli civilis

quo gallia

tota

signal : passé ce temps,d'ailleurs,

coup

misé

juste.

telle est l'attitudede Bautru

croyances

[p.

52 1].

de

Il se range donc à ce momentdu côté des dissidents: la

preuve en est que

que ses congénères la responsabilité des récenteseffusions

de

ligion,

commede leur

Bautrule considèrecomme

ayant

ainsi

sang. «

ou

Ta

réponse

semble accuser sourdementma re-

plutôt

celle du Christ, et en faire découler,

premierprincipe, les causes de la guerre

i. Cf.Bulletinde la Société académiqued'Angers, 1. II, V etVII.

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80 LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

civile qui a mis en feu toutela France. Assurément,j'en

tombe d'accord, mais j'ajoute qu'aucune preuve

ritable religion n'est plus forte que celle-ci, à savoir que

les forceshumainessontvraiment conjurées contreelles. »

Il démontre,cependant,que les guerres

duisent plutôt un mal qu'elles ne

plus, si la religionpeut être appelée

guerrecivile, ce seraità la façon

qui ne peut guérir

sentimentde douleur et sans arracherdes gémissements

au malade. » La guerre

plaire. Elle est légitime et nécessaire pour déposer les

rois

les exemples

par

chrétien, surles légions

à

sainte n'aurait d'ailleurs rien pour lui dé-

de la vé-

de

religion tra-

le réalisent: « Au sur-

cause et

principe

de

d'unemédecinesalutaire

grand

une maladie invétéréesans un

impies et les punir

de leurs sévicesenversles

justes

:

abondentde ces pieux soulèvementssuscités

Constantin,s'appuyantgrâce

nom

la Providence.Ainsi «

la confiance qu'inspirait le

gauloises, germaines et bretonnes,entreprit, n'étanten-

guerre contreson prince

pour l'honneurdu christianismeet précipita du pouvoir

des

de princes.

pas

temples et les citésles plus

subsisterune seule traced'une si

pourrait douter que

missionde Dieu, à cause des massacres et des

des hommesde bien honteuseidolâtrie» ?

supplices

tenté,par la per-

core tique parculier, une sainte

tyransqui

abusaientau profit de leurcruautédu titre

Avant lui, Moïse et JudasMachabéen'avaient

hésitéà tenirla même conduite, ils avaient rasé les

florissantes pour ne pas laisser

grandesuperstition : qui

cela mêmen'ait été

qui s'efforçaient de détruirela plus

Il

y a plus.

Bodin se déclare nettementsur tous les

superstitionspapistes. Il

leurs traits favoris, les tournant

indirectementau bénéficede sa

ans des

points controverséscontreles

renvoieaux catholiques soit directement, soit

propre doctrine: il refuse l'argumentclassique de l'accep-

usages nor-

tation

maux de l'Église. « Pendant

nous avons honoré par un culteles âmes des bienheureux

passive pendantquinze cents

quinze cents ans, disent-ils,

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LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

8l

et leurs statues; nous avons célébréla messe, nous avons adoré l'eucharistie, nous avons cru aux feux du purga-

toire », et Dieu aurait permis une aussi

çon cuse d'erreurleur supputation des

aucune statueavantle vinesiècle ; nulle apothéose de mor-

aux flammes venge-

tels avant quatre cents ans;

resses chargées de purifier les

tiques

longue répond Bodin -

contrefa-

j'ac-

eut

de sa doctrine?« D'abord -

années, car il n'y

quant

âmes, les Grecs et les

Asia-

les ont toujours en horreur1.»

qui

et le

Voilà

semble bien confirmer l'opinion de Chauviré

rejet

des

la thèsede la

sur la lettreà Bautru « si ardemment huguenote2 ». En ef-

fet, si nous résumons, nous y voyons

sainte, du tyrannicidelégal - si symptomatique avantla

Ligue

par les novateurs.Mais Chauvirélui-mêmen'a pas pu ne pas remarquer, du même coup d'œil, certaine« large et

généreusepensée

cette

» qui vientviolemmentdétoner dans

positionsdogmatiquesattaquées

guerre

-

profession de foi protestante.

Si l'on considèrecomme M. Strowski3et bien d'autres

la Réformefutessentiellementune explosion irrai-

que

sonnée du sentiment religieux, un approfondissement de

la piété, une impressionplus poignante

salut,

seignement du Christ, on ne notreécrivainest un

ver

du

de

l'urgence

un culteardentet farouchede la

de l'en-

personne, alors de trou-

peut manquer protestant bien à part.

n'a rien de la véhémence

avec

« libertins spirituels » admonestaientles

« dans la superstition et dans l'erreur». Non, une contro-

versetout

nien, où ne revient

mais l'éclectismebon enfantde l'auteur du De Finibus.

C'est la joute oratoiredans son ordinaire apparat,

aussi dans touteson habituelle politesse : l'adversaireest

que

Dès

le début, en effet, le ton

laquelle

le bouillant Luther, le rigide Calvin ou les

croyantségarés

académique, dans un latin expressément cicéro-

pas

seulement l'onction

sirupeuse,

mais

i. Trad.

2. Chauviré,op.cit.,p.

3.Saint François deSales.Introduction.

Baudrillart, dansJ.Bodinetson temps, p. 136-140.

i63.

6

REV.DUSEIZIÈMESIÈCLE.XVI.

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un homme distingué, « d'un bon naturel, d'un excellent

caractère », à tel

malgré

satisfaisanteet calquée en tout point

bien Bodin se compare-t-il lui-mêmeet complaisamment

avec Cicerón, Pomponius

trudes Matras. Quoi d'étonnantdès lors

sée suivant parole et décor se teinte, elle

peu de douceur cicéronienne?La salut de

duel est des plus réussi : la luttesera courtoise et l'issue

loyale;

des deux

prendra désormais pour modèle : « Quod utfiat aliquando

se oro

tuam, vel hortantimihiassentiare» [p. 522]que Baudril-

larttraduit élégamment : « Jete

quefois hortations.» Et voilà! Pointde fanatismelà-dedansn'est-

ce

pas source de cettecourtoisie. Cicéron aussi offreun débat

non ero

correctà Torquatus : « Certe,inquam, pertinax tibique, si mihi probabis ea, quae dices, libenterassen- nar4. »

phy-

sique d'Épicure et nondes fondementsde la religion chré-

tienne; seulement Torquatus

aise dans la société romaine et leur

d'écho hors de la villa de Cumes : ici c'est la révolution

qui gronde et les campagnessanglantesqui formentl'ar-

rière-plan! N'y aurait-il pas dans

grande

convictionénervéedont l'assietten'est

elle d'un homme qui parte ou qui puisse

sade « cettebelle

versités d'opinions

tu aies dans l'espritque la vraie religion n'est pas autre

pointque différence d'opinions.

l'amitié

peut La miseen scèneestdonc

de l'antique : aussi

que

Bau-

s'établiravec lui

la

Atticusn'étantautre

à ce que la pen- aussi, quelque

l'épée

avantle

on ne cherche qu'à établirla

supériorité de l'un

l'autre le

antagonistes, et celle-ci enfin acquise,

atque

obtestor, vel ut me in sententiamdeducás

prie et te conjure quel-

de m'amenerà ton avis ou de te rendreà mes ex-

? aussi trouvons-nousdans le modèle ancien la

Seulement Torquatus et Cicéron discutentde la

etCicéronse meuventà leur

querelle n'a point

cette politesse trop

que

que

réelleetd'une

verbale?Est-

troubler,pourvuque

la traced'unethèseoratoire plus

parole

ne doivent

pas

te

partir à la croi-

» qui ouvre le débat : « Les di-

i. De Finibus, livre I, VIII, 28.

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LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

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chose

Alors à

parti

politique

divers pourrait aussitôtfaire

est matièreà discus-

sion, donc à variations, et après tout les gens de bonne

foi,quelles que soientleurs nus de Dieu.

Ce n'est pas seulementdans le sens

croyances, serontles bienve-

sur un point : l'opinion de Bodin

que le regard d'un espritpur

quoi

bon les

Machabées,

vers le vrai Dieu4. »

Constantinetle reste!

Sinon peut-être à favoriserla mise en œuvre d'un

figure? Nous voici déjà

où l'ambitieux avocat qui servit maîtresfort

fixés

Mais il

y a plus.

d'une bienveillanceà

fautentendrecettedernière parole.

s'ouvreà biendes gens, à tous ceux

terre quelque pensée

eminente: « Aussi serions-nous

dansde

sance nefaisait paraître, à des

hommesd'éliteune au restedes

voie droite

de la vertu.Tels furent, il

pieux

etles prophètes des deux époques. Je passe sous silence

Pythagore,Héraclite,Thalès, Solon, Aristide,Anaxagore,

Socrate, Platon, Xénophon, etles Caton

Numa, etlesScipion,

par les qualités morales les plus accomplies et par

ets'il fauten croire Augustin, les Platoniciens

haute piété,

sont bien près de

seulement pour le prince de Condé, mais pour Numa, que

les protestants se soulèvent!Et ils appellent à leursecours

tous les

peu pêle-mêle dans un désordrede territoriaux.Seul Aris-

tote,trop

gnus théon philosophicopolitique ! Rien d'étonnantdès lors à ce que, entouréde ces saints,

l'égard

de tous les chrétiens qu'il

Le paradis de Bodin

qui ont apporté sur

fécondeet belle, voire quelque vertu

plongés

dans la nuit et

perpétuellesténèbres, si Dieu dans sa toute-puis-

tempsmarqués, en quelques

vertu éclatante, afin

qu'ils serventde

mortels qui s'éloignent de la

y

a environdeux mille ans, les

guide

personnages dontl'histoiresaintea raconté la vie,

Hermodore, Lycurgue,

!

Tous se ressemblent

une

devenirchrétiens.» Aussi ce n'est pas

antiques

mobilisables

qui

accourentd'ailleursun

insolemment catholique, se voit refuserle « Di-

es intrare» : le Paradis de Bodin tourne au Pan-

i. Chauviré,op.cit.,p. i63.

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le Dieu de notreauteurse soit un

peu paganisé.

a là

Bodin dans un

Ce n'est

signifiépar le

Maximus,ap-

plus qu'une

réminiscence cicéronienne, une tracetrèsnettede ce que

la notionde

qui exclutla possibilité

que justement à notreauteurest ici saisi sur le vif.On va en

Henri Busson attribuesi

pas pour rien qu'il est dans toutela lettre

vocable Deus O. M., c'est-à-dire Optimus

pellationcaractéristique de Jupiter. Il y

Dieu est perçuepar

M.

système

mêmed'une théologie chrétienne.

Le caractèreďachriste

avoirune

faitBodin de sa

tique

de l'Incarnation.

nouvelle preuvepar la présentation directe que

conception toute historique et prophé-

« Cum autem Plato unius Dei cultum animorumque

immortaliumvim ac

tisper sibi credendumesse

potestatemubique praedicaret, tan-

dicebat, dum se praestantior

sacratius

lapsus

arripiens selectosvitae purioris homines

tiorumet scelerumimmanitate pollutum orbem

afferret: is eratChristus qui, cáelo de-

in terras,quasi ferulaPalladis aeternaesacros ignes

aliquid

afflavit, ut flagi-

perpur-

garet,

rum

ad ve-

praepotentis Dei cultum perduaret;ipse tarnencum

ac

mortalesexecranda superstitioneobligatos

suis crudelissimoac

est, quod violatis religionibus regnum tur1. »

turpissimogeneresupplicii

affectus

affectaredicere-

Pour une fois nous remplaçons

la traductionde Bau-

la nôtre propre : « Ainsi Pla-

drillart, ici déficiente,par

la force

etla puissance des âmes immortelles, semblaitne réclamer

la foià son

éminent,porteur de

qui,

cré commeavec la férulede Pallas immortelle, insufflaà

des hommesd'éliteunevie

un monde souillé de forfaitset de crimes infâmes, etcon-

duireau vraicultedu Dieu tout-puissant les mortelsen-

plus purepournettoyer à fond

ton, en prêchantpartout le cultedu Dieu unique,

messageque jusqu'à

la venue d'un être

plus

vérités plus hautes: c'étaitle Christ

s'emparant du feusa-

descendudu ciel sur la terreet

I. Chauviré,op.cit.,p. 522.

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LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

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chaînés par une exécrable

ainsi que les siens, condamnéau supplice le plus cruelet

le plus ignominieux sous prétextequ'en

gion il convoitaitla royauté.

dans cette lettre, dont nous ne

superstition; il fut cependant,

ébranlantla reli-

»

Voilà la

page capitale

possédons

plus intéressante.Bodin nous indique ici le point limite

Platon d'abord, y fait

figure de sur-prophète, de Jean-Baptiste intellectuel chargé

ďapporter

l'autre. Quant à la divinitédu

Il est venu du ciel surla terre, maisnous verrons plus tard

espritssupérieurs.

longue les Caton et les

évolution

que cela ne le classe

Il està toutle plus le derniertraitd'une

religieuse où les prophètes(y compris

Numa

prédécesseur

Platon avait déjà bien découvertla vérité.

malheureusement plus la partie sans doute la

époque.

où sa pensée atteintà cette

à l'humanitéun

évangileprovisoire enattendant

Christ, aucune précision.

dans les

guèreque

Pompilius) se passent

tourà tourle flambeau.Son

Lui achèvede la dévoiler ; puis il retombe, commetousses

d'une humanité impie, d'un

prédécesseurs, sous les coups

pouvoirtyrannique et incroyant. De résurrection,pas le moindremot : seule la doctrinesemblesurvivreau drame sanglant du calvaire. Bref, si nous voulonscaractériserle

point

din se représente un peu

Christcommeles Musulmansvoientceux de Jésusà Ma-

homet. Un prophète bien plus grandque

mais Dieu est encore trèsloin au-dessusde lui; il a fini

de dévoilerla loi, et maintenantl'humanité peut honorer

Dieu de façon satisfaisante: pas

nationen aucun sens. Et que dired'ailleurs de ce Christ

qui se définit par

marque

din n'ait

de Prométhée*].

de vue exposé dans ces lignes, nous dirons que Bo-

de Platon et du

les

rapports

l'autreest venu,

tracelà-dedans d'Incar-

analogie avec Pallas Athéné, et dé-

que

Bo-

pour ainsi dire ses inventions [si tantest

pas un peu

Comme une telle

brouilléles exploits d'Athénéetceux

comparaison eût dû

i. Monéruditet serviableami JeanCousinmerenvoiesurce

point à Hésiode (Théogonie, 565),Apollodore,I, 7, 1, etOvide (Mé- tamorphoses),I, 81.

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choquer un chrétien véritable, si légitimementsusceptible

quand

il

s'agit du Rédempteur!

Résumonsdonc la

théologie de Bodin à l'époque qui

les

nous

réformésà

qui salut ouvertà tous, chrétiensou

Christ

rie de prophètesdébordant, du reste, la tradition judéo- chrétienne;terminologie et symboliquepaïennes,pensée

Je doute

commele derniertermed'une sé-

païens sur pied d'égalité;

occupe. Antipapisme,sympathie déclarée pour

il s'assimile. Mais

large conception

historiqueconçu

de

platonisme padouan. telle doctrineait été

d'un

fortement imprégnée

pour ma part qu'une oreillesde Calvin et

lettreà Bautrudes Matras, celui-ci ait eu quelque chose

a dans la

aux

agréable

que, si protestantisme il y

souffle religieuxqui, après

de communavec le

les martyrs de Paris, allait bientôtembraserles bûchers

de Genève.

avoiranimé

J'y vois plutôt une attitude complexe,mi-politique, mi-

religieuse, etles

se

d'étatsont

ici déjà

part,

une coterie

: d'abord sa ten-

dance à

religion moins d'obstaclesdans un

logie

nouveau credo

mentoù les protestants viennentd'affirmerleur puissance

et peuvent encore espérer l'emporter. De Thou a sans doute entrevula connexion des deux motifs quand il

marque, à propos du ralliementultérieurà la Ligue : « Bo-

din, qui autrefoisavait profession de la religionprotes-

tanteet qui, n'ayantjamais eu beaucoup d'éloignement

pour cette doctrine, avait toujours suivi le parti du duc

d'Alençon toutesles fois que ce prince s'étaitbrouilléavec

évolutionsultérieuresde Bodin semblent

l'humanisteet l'homme

prêter à cette hypothèseque

déjà

certainsthèmes

chez lui en rupture de ban. Bodin esquisse

spirituelsqui se développeront

il cherche, d'autre

dans ses ouvrages ultérieurs:

politique

lui semblentoffrirun double

la

naturelle

appuyer sa fortune.Les réformés

avantage devoir rencontrer

paraît de novateursoù la théo-

parti est pur devenir, ensuiteune adhésion déclarée au

peut

êtremesure

opportune dans un mo-

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LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

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le roi son frère, etc.*. » En

pour la religion naturelle qui se

sion protestantepour des raisonsmi-doctrinales (réforme

signifie encore liberté), mais aussi mi-politiques(adhésion

à un

tant qu'on y la

d'étudier.

Mais ce

longue

de Bodin dans le document que nous venons

l'expression sincèrede ses sentiments,

bref, un penchant marqué

glisse dans une expres-

tellenous

paraît,pour au-

dû être de bien

preuvesnégatives. Dans

est un homme dou-

clan riche d'espérances),

trouve

position

protestantisme n'a pas

durée. Nous enavonsd'aborddes

la maturitéde

écoutésdu parti des

blement public,par son intervention capitale sur la scène

des États

férents ouvrages, il

ligion huguenote. aux revendicationsdu

de re-

un des chefs

Bodin, lorsqu'il est devenu

Politiques, qu'il

généraux et par

le succèsconsidérablede ses dif-

question

n'estcertes plus alors

Bodin

qui

aux États de Blois faitéchec

particatholique extrémisteet s'op-

du roi soientcontraints par

Bodin qui jusqu'à

Ligue, qui

dansla Ré -

France, a toujours

pose à ce que tous les sujets

sa volte-

forceà confesser l'orthodoxie,

facefinalecontinueà combattrela

publique censure vigoureusement les prétentions du Saint-

étéen butte

aux attaques

natiques. Les prédicateursdémagogues du temps l'at-

taquent avec feudu haut des chaires, où la République

est mise à mal : il s'en plaint non sans

logie de René Herpin.

celui d'Olivier de Serres viennent le cribler de mille

flèches, en attendant que le jésuite Possevin mène contre

lui une attaque de grandstyle; tous ses ouvrages les uns

après les autressontcondamnés

Siège

à

investirles rois de

les plus violenteset les plus acerbes des fa-

V Apo-

Les libellesles plus pernicieux, tels

humeurdans

par l'Inquisition. Et ce-

pendant dans toutcela pas traceď accusationde protestan-

tisme!Sans doute les doctrinesde Bodin paraissent, et à

bon droit, des plus suspectes et souvent contrairesà la

Théologie (c'est

l'avis

de son censeur le plus perspicace,

i. Citédans Baudrillart,op.cit.,p. i33.

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88 LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

Martindel Rio) -

réforméen'estnulle part

mais l'adhésion expresse à la

religion

retenue.Bien mieux,lorsqu'en

quelque chose,pu- Bodin est exécuté

de

Mornay et Machiavel, la seule relèvechez Bodin ce

1592,Possevin, qui

blie son De entrela Noue,

a dû avoir ventde

quatuoi" Scriptoribus où

Philippe

tracede protestantismequi

polémiste, c'est d'avoir parlé

ther, de Calvin et de Melanchton, dans la Méthodede

l'Histoire. On voit que Bossuet lui-même n'échapperait pas au grief!

fougueux en termeshonnêtesde Lu-

Et en effetles deux

attraits,politique et religieux,qui

Réforme,

avaient poussé notre écrivain du côté de la

avaientdû bien vitecesserleur action.D'une part, le

pro-

théo-

rébarbativeset moins satisfaisantesencore

catholique

testantisme s'empressait de défendredes positions

logiques plus

pour l'esprit libre de

(nous

soulèvementréformé perdait visiblementdu terrain.Les

excès mêmesdes catholiques

conscience générale

ligion.

la

le

Bodin que la doctrine

VHeptaplomeres);

le verronsdans

d'autre

part,

quel point restaitfidèleà l'anciennere-

montraientà

du pays

Les

protestantsprenaient de plus en plusfigure de

c'étaitce

et du

dernier partigrandissant au-

il en

comme un des chefs les

éminents.En

révoltéset de minoritéencombrante: ils avaient ameuté

contreeux non seulementles tenantsde l'ancienne foi,

mais tous les partisans résolus de l'autorité royale

respect des lois. Or,

quel Bodin avait donné à Blois son adhésion; voire

était

plus parle donc de tolérance, maisil n'est pluspro-

testant: ses bruyants adversaires qui ne reculèrentdevant

aucune menace à son égard auraienteu trop de facilitéà

ruiner

apparu 1 576, Bodin

par

ce seul faitson

prestige mal affermi.

République qui

le livred'un

est de

la mêmeannée n'est

coup près ainsi dire le

cilemhistoriarum cognitionem, antérieurede dix ans, ne

dégagepas la moindreodeur de réforme.Nous avons vu

premierprincipe. Même la Methodusad fa -

Il estd'ailleursmanifeste que la

:

pas

protestant, à beau-

le loyalisme en est le thèmeconstantet pour

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LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

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le seul griefque Possevinformuleà son endroit: on

raitaisément

plus accusés, en particulier le magnifiqueéloge

Louis qui, par la vertu,surpasse à

et tousles

la

lettreà JeanBautrudes Matras est

1 563, nous sommes conduitsà cette alternative, ou que la

lettreen

lequel Bodin pousse jusqu'au bout une thèseà laquelle il

n'avait

à 1566environnotreauteuravaitreconnu

protestant il s'était fortement mépris sur la Réformeou

sur lui-même. Peut-êtremême la réalité réunit-elleces

deux interprétations. En tout

que mêmeles pires adversairesde Bodin,

saurait

se profile notre auteur, sa silhouettesi

par conséquent servirà repérer dans la période où

testantismefutde si courtedurée

ne

pour-

des traitsd'orthodoxiebien

placer en regard

de saint

la foistous les anciens

est bien

peu protes-

contemporains. Voilà qui

tant! Or nous sommesen 1566. Si Ton considère

que fort probablement de

question estun pur développement oratoiredans

pas

donnéson

adhésion publique -

ou que de 1563

qu'en se croyant

cas, cetteadhésion au pro-

les

contemporains, l'ignoraient. Elle

particulière.

C'est dans la Républiquequç nous saisissons au mieux

au nom de la

point de vue survenu depuis la lettre

de s'insur-

Ah, il n'est plus question

contrela

juste

religion

autoritéd'un

publicistespro-

les Buchanan, les Hotman, les Lon-

tyrannicide, favorablesà l'aristo-

ce sontles prin-

Quant

à

lui, il estfermesur

les

princessouverains,quels qu'ils

aux sujets 1 » et il précise

doivent être inviolables

qui reste

père

et « athéiste2».

Si Bodin

n'est plus partisan de la guerre

sainte contre

le renversementde

à Bautrudes Matras.

ger

prince, thèmehabitueletfondamentaldes

testants, les Poynet,

guet : ces défenseursdu

cratie, voireau gouvernementpopulaire,

cipaux adversairesde Bodin.

cette proposition « que

soient,

plus loin par la comparaison avec le père

malgré ses défauts, voire blasphémateur

les tyransoppresseurs de la foi, il a en outre un certain

i. Les Six Livresdela République, deJ.Bodin.Paris,in-8°, 1579, p. 304. 2. Ibid.,p. 3o6.

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90 LAPENSEERELIGIEUSEDE BODIN.

recul qui lui permet de juger les événements.C'est que la

fameuse

tainscomme les anabaptistes de Münster1sont allés

qu'à établirsur les ruinesde l'ordrechrétienle pur com-

munisme. A y regarder de plus près, les facteurs poli-

tiques apparaissent

religieuses,

taigne souligne dans V Apologie

peu de foi qui

les

croisades. Plus

cherche les causes au-dessus des ambitions et des in-

trigues personnelles richesseconsidérablede l'Église lui paraît la sourceréelle

des guerres de religion.

guerre

saintea

pris figure de brigandage

: cer-

jus-

bien

prépondérants dans ces querelles

Mon-

voire mêmele désirde vol etde

vibreau cœur de la

rapines. de Raimond Sebond 2 le

querelle, et comment

passions

humaines sont le levain réel de ces fausses

historien,plus

sociologue encore, Bodin

dans les déterminantssociaux : la

untableau saisissant

des revenus ecclésiastiques en

importantesqui font figure de verdict équitable : « Jene

parle point si les biens sont employés comme il faut,

mais je dis que l'inégalité sj grande

casion des

l'Europe contrel'état ecclésiastique, ores qu'en apparence

on faisaitvoile de la

eût été, on en eût trouvé

ciennementcontreles

y

« on faisaitvoile », on se servait uniquement de la

pour

troubleset séditionsadvenues presque en toute

Après avoir fait, à titre d'exemple,

France, il ajoute ces lignes

a peut-être donné oc-

religion; car si cetteoccasion-là n'y

quelqu'autre, comme on fitan- et contreles Juifs3.» Il

prétexte à guerresociale,

religion

Templiers a donc eu dans la Réformeun

atteindredes buts

Ceci montreà

quel point

temporels.Croisades, non pas,

Bodin

réprouve

politique

parlerons plus loin et

mais révolution, ou comme dit Bodin « sédition».

désormais

l'insurrection protestante et par conséquent la

des Réformés.Mais cettecondamnationde la politique

implique un rejet de la mystique. C'est que Bodin vient

de réaliserdeux idées dont nous

i. Les Six Livresdela

2. Essais, éd. Villey,t. II, p. i5o-i54-
3.

République ,p.

Rép.yop.cit.,p. 711.

16.

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LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

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qui Tidée de la

du pays et

l'idée de la tolérance. L'attitude religieuse de Bodin ne saurait d'ailleurs en-

trerfacilementdansun cadre

par une vue rétrospective fatalementfort schématique.

Son intérêtest justement de nous caractériserla réaction

personnelle d'une

tachésde la

paganisant,

critique du dogme tradi-

tionnel - mais qui, prisant la sécurité temporelle aussi

haut que la liberté d'esprit, faussèrent compagnie au pro-

testantismedès qu'ils virenten lui la

théologie faroucheet le

politique.

tru des Matras indique non la position finale, ni même

mais la miseen marche

de cettemême

centrale, de la penséebodinienne,

sont les deux colonnes de sa

religion

conception nouvelle :

commecimentnécessaire

tropnet,préparéaujourd'hui

famille

d'esprits très originauxqui, dé- un humanisme

trop

religioncatholique par

ne purent s'associer avec la Réforme que sur

un terrainforcément négatif, la

possibilité d'une

prétexte caressé d'une agitation

curieux d'effervescence

Nous venonsde voir commentla lettreà Bau-

pensée : mélange

juvénile et d'érudition avertie, d'enthousiasme théorique

signesapparents d'un équilibre

organisation nous l'avons vu, le facteur pro-

testantn'a pas tardéà se résorber. Que nous réservedès

lors la pensée

et d'académisme réel, tous

instable.Cet éveil confus a été suivi d'une

plus durable dans laquelle,

mûriede Bodin?

II

L' « Heptaplomeres » ET le PRÉTENDUSCEPTICISME de Bodin.

Cette

pensée définitive,beaucoup d'auteurs désireux

l'expression la plus origi-

d'aboutirvite en ont cherché

nale, et ont couru à Y Heptaplomeres. On

rieuxde cet

entièrement terminé,que

nèrentà peine et sur lequel se sont jetés depuis non seu-

les contemporainssoupçon-

laissé manuscrit par son auteur, mais

sait le sort cu-

ouvrage,

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92 LAPENSÉERELIGIEUSEDE BODIN.

lementles éruditsles plus avisés, maisles amateursde cu- riosités posthumes et de scandales enterrés.Les excel-

lenteséditionsde

viré2,d'après une traduction française de la Bibliothèque

nationale, nous

aussi bien

nous

les deux éditeurs.

C'est

loin d'être d'accord

Gurhauer', en latin, et de Roger Chau-

permettent d'étudier l'ouvrage au moins

la reineChristine.Nous avons aussi

pour

que

éclairerles avis motivés de Diecman, de Huet, de

compter

Grotius et de Leibniz, sans

1716,

terà la

beaucoup, c'est presquetrop, car tout ce monde est

: Leibniz, lui-même en 1671 et en

diversité qui doit nous inci-

n'a pas le mêmeavis

prudence. C'est qu'en effet, vouloir trouverdans

VHeptaplomeres

la

aisée.

critique une double difficulté. D'abord, c'estun dialogue,

que dis-je : un heptalogue ! et les sept personnages diffé-

rents qui apparaissent sur la scène nous cachentun peu

l'auteur. S'il est facile de l'identifierà tel ou tel, il l'est

beaucoup moins de prouverpourquoi, tant Bodin nous

donne un

peut-être bien les sept

marques

du fait

évidence, destinéà voirle jour. Dès lorsil esttrès possible

de n'y voir qu'un jeu de l'esprit dans lequel Bodin se com-

plaît avec volupté

chasse

que le dialogue est terminéen pleine

Sainte-Union, en i5g3,

provisoirement de la scène politique. Songeons

philosophie religieuse de Bodin n'est point une tâche

L'ouvrage présente, en effet, à l'interprétation du

spectacle en apparence

absolument gratuit :

propos quelques

ont-ilsdans leurs

du mêmemaître?Cettedifficultés'accroîtencore

que le colloque n'a point été publié ni, de toute

au momentoù

et

l'agitation des partis le

effervescencede la

ecclésiastique, le

représentons-nous l'intérêt