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Dictionnaire de pédagogie et

d'instruction primaire /
publié sous la direction de F.
Buisson,... avec le concours
d'un [...]

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Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire / publié sous
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DICTIONNAIRE
DE PEDAGOGIE
KT
T

D'INSTRUCTION PRIMAIRE

PCBHË SOUS LA DIRECTION DE

F. BUISSON
a g* ré de )'Uni ver site
inspecteur général de l'enseignement primaire

AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS

MEMBRES DE L'INSTITUT, PUBLICISTES


FONCTIONNAIRES DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, INSPECTEURS,PROFESSEURS
ET INSTITUTEURS DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER

IIE PARTIE
TOME SECOND

DEUXIÈME TIRAGE.

PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET C"-
~9, BOULEVARD SAINT-GERMAIN '!9

1888
Droits de traduction et de reproduction réservés.
DICTIONNAIRE

DE PÉDAGOGIE
HT
D'INSTRUCTION PRIMAIRE
CORBEH. – IMPRIMERIE CRÉTÉ.
DICTIONNAIRE
DE PEDAGOGIE
ET D'INSTRUCTION PRIMAIRE

(DEUXIÈME PARTIE)

IDÉE. Psychologie, V. Etym. du grec dement de toute certitude relativement à l'existence


eidos, image. L'idée pourrait, d'après l'étymo- du monde extérieur et de Dieu.
logie, se définir l'image des objets dans l'esprit. En un sens, le nombre des idées est illimité i]
Cependant la signification du mot idée est plus dépend, pour chacun, du degré de savoir ou de
générale encore il désigne l'acte le plus simple de réflexion auquel il est parvenu. L'homme fait a
l'intelligence, s'appliquant soit au monde extérieur, plus d'idées que l'enfant, le savant que l'ignorant.
soit au monje intérieur de la conscience, soit à Mais les idées présentent entre eUes certains traits
l'ordre des réalités suprasensibles. Ainsi nous de ressemblance ou de différence qui ont permis
avons les idées des sons, des couleurs, de diffé- de les classer. Ces classifications elles-mêmes sont
rents êtres, inanimés ou vivants voilà pour le de valeur inégale selon la nature des caractères
monde extérieur; nous avons les idées de plaisir considérés.
et de douleur, celles des résolutions que nous Ainsi les idées sont dites claires ou obscures,
avons pu.prendre autrefois, etc. voilà pour le distinctes ou confuses, particulières ou générales,
monde intérieur nous avons les idées d'espace abstraites ou concrètes, vraies ou fausses, etc.
infini, du temps éternel, d'être parfait, etc. voilà Elles sont claires quand elles représentent vive-
pour le monde suprasensible. ment leur objet à l'esprit; distinctes, quand elles
L'idée se distingue à la fois de la sensation pure représentent l'objet avec tous les attributs essen-
etde la déterminationvolontaire.Je puis avoir en effet tiels qui lui appartiennent dans la réalité; en ce
l'idée d'une souffrance ou d'une jouissance, sans les cas, elles reçoivent quelquefois le nom d'adéquates.
éprouver actuellement; je puis d'autre part avoir Une idée peut être claire sans être distincte si
i'idée d'un choix à faire entre deux motifs d'action, je me brûle la main, j'ai l'idée très claire de la
sans pour cela me décider. Enfin, si l'idée est une douleur éprouvée; cependant j'ignore des
comment
tissus de la
représentation des choses dans l'esprit, elle n'im- une modification toute mécanique
plique pas nécessairementl'existence d'un objet à peau peut produire dans l'âme une sensation
titre de réalité distincte de l'esprit lui-même. l'idée de la souffrance n'est donc pas ici une idé e
Un cheval ailé, une montagne d'or, n'existent pas distincte. Une idée particulière est celle qui
dans la nature il m'est cependant possible de n'exprime qu'un seul individu; par exemple, l'idée
m'en former l'idée. Mais on remarquera que ces do tel homme, Pierre ou Paul. L'idée générale,
idées factices, ainsi que les appelait Descartes, au contraire, est celle qui convient à toute une
nous apparaissent comme telles, c'est-à-dire que espèce ou à tout un genre l'idée de l'homme, de
nous avons conscience de les produire volontaire- l'animal, etc. L'idée particulière est également
ment, et nous connaissons par là même qu'elles concrète, c'est-à-dire qu'elle représente un objet
ne correspondentà rien de rée) on remarquera ayant une existence propre et indépendante de
de plus que la nature et l'expérience nous en l'esprit; l'idée générale est par la même abstraite,
fournissent tout au moins les éléments. S'il n'existe l'abstraction étant ce procédé qui consiste à déga-
pas de montagne d'or, l'or et la montagne existent ger des caractèresceux multiples des individus qui for-
séparément c'est seulement la combinaison des ment un genre, qui conviennent à tous, en
idées représentant ces deux objets qui est notre négligeant les autres. Mais si toute idée générale
couvre, et nous le savons très bien. On peut donc est le produit d'une abstraction, il est des idées
idées gé-
admettre en principe que toute idée qui ne nous abstraites qui ne sont pas pour ce la des
apparaît pas comme une création artificielle de nérales ainsi je puis, dans une orange, considérer
notre esprit, et qui est accompagnéede la croyance seulement la forme, ou la couleur les idées de
à l'existence d'un objet en dehors de nous, impli- ces qualités prises à part seront abstraites, sans
que l'existence réelle de cet ob'et. Là est le fon- qu'il soit nécessaire de les affirmer de tous les
fruits appelés oranges. Enfin les idées vraies dent pas dans le temps, que le temps ait com-
sont celles qui sont conformes à leurs objets, bien mencé d'être, qu'un temps ait été où le temps ne
qu'en réalité le vrai et le faux soient plutôt des ca- fut pas, et qu'à un moment quelconque de l'ave-
ractères du jugement, lequel est Impression d'un nir, le temps puisse cesser d'exister? De telles
rapport entre deux idées. hypothèses répugnent à la raison; elles impli-
Tous ces principes de classification ont leur uti- quent contradiction dans les termes comme l'es-
lité en logique mais leur importance n'est après pace, le temps est nécessaire.
tout que secondaire. En effet, telle idée, claire et L'école rationaliste énnmère d'autres idées en-
distincte pour tel esprit, sera obscure et confuse core à qui elle reconnalt le même caractère de
pour tel autre; une idée sera plus ou moins géné- nécessité l'idée de cause première, celle du bien
rale, selon qu'on la considère en rapport avec celle absolu, ou fin suprême de la volonté, celle d'être
de l'espèce dont elle exprime le genre, ou celle du parfait, etc. It faut reconnaltre d'ailleurs qu'eue
genre supérieur dont elle n'est que l'espèce. Par n'a jamais pris soin d'en dresser une liste complète
exemple, l'idée d'homme est plus générale que et méthodique.
celles de Pierre, de Paul, de Français, d'Européen Une idée nécessaire est en même temps abso-
et moins générale que l'idée d'être animé. Aussi lue, c'est-à-dire qu'elle ne dérive d'aucune autre;
les psychologues sont-ils à peu près d'accord pour l'idée contingente, au contraire, est relative. Je
reconnaître que la veritabie classificationdes idées ne puis concevoir un corps sans concevoirl'espace
est celle qui se fonde sur la différenced'origine. qui le contient; mais la réciproque n'est pas vraie.
La question de l'origine des idées, qui touche L'idée de corps est donc relative à l'idée d'espace
aux problèmes les plus élevés de la métaphysique elle en dépend, tandis que celle-ci est première,
et de la morale, est une de celles qui ont tenu le et ne dépend que de son objet, lequel ne dépend
plus de place dans les préoccupations des philoso- de rien.
phes à toutes les époques de l'histoire. Les uns, Enfin, les idées nécessaires sont universelles;
ce sont les sensualistes, ont prétendu dériver elles existent, plus ou moins claires, mais tou-
toutes les idées, par suite toute la connaissance jours identiques, dans toutes les intelligences.
humaine, soit de la sensation (Epicure, Hobbes, Les idées contingentes sont particulières, en ce
Cffndillac); soit de la sensation et do la réflexion sens qu'elles peuvent ne pas exister dans tous les
(Locke, Laromiguière); plus généralement, de esprits, ou être conçues différemment par chacun
l'expérience externe ou interne (sens ou Conscience), d'eux.
d'où le nom d'empirique (du. grec empeiria, expé- De cette opposition de caractères, l'école ratio-
rience) donné quelquefois à cette école. Les au- naliste conclut à une différence d'origine. Il est
tres se sont efforcés de montrer que certaines manifeste que les idées contingentes, relatives,
idées doivent être nécessairement rapportées à particulières, viennent des sens ou de la cons-
une source différente, qu'elles sont le produit cience, en un mot de l'expérience. H n'est pas
d'une faculté souveraine distincte des sens, de la moins évident que les idées nécessaires, absolues,
conscience, et des opérations intellectuelles telles universelles, ne sauraient découler de la même
que la comparaison, l'abstraction, la généralisa- source. L'expérience nous révèle ce qui est, à tel
tion, le raisonnement; cette faculté est la nMMH, point de l'espace, à tel moment de la durée non
et les philosophes qui professent cette doctrine ce qui ne peut pas ne pas Être, ce qui est et
sont appelés rationalistes.Le rationalisme est re- doit être, partout et toujours. La faculté qui nous
présenté dans l'histoire de la philosophie par les donne ces connaissances d'ordre supérieur s'ap-
noms de Platon, de Descartes, de Leibnitz, de Kant, pelle la ration
de Royer-Collardet de Victor Cousin. Sans nier les différences profondes qui séparent
Nous ne pouvons retracer ici tes phases diver- ces deux classes d'idées, les philosophes de l'école
ses de ce grand débat; contentons-nous d'esquis- empirique cherchent à les atténuer, en dénaturant
ser, dans ses traits essentiels, la démonstration les notions nécessaires pour les rapprocher insen-
de la thèse rationaliste. siblement des notions contingentes. C'est ainsi
Un examen, même superficiel, de nos idées, qu'ils ramènent les idées d'espace, de temps, à
suffit à faire reconnaltre que les unes sont contin- celles d'étendue, de durée indéfinies. Nous com-
gentes, les autres nécessaires. Les idées contin- mençons, disent-ils, par considérer abstraitement
gentes sont celles qui pourraient ne pas exister telle étendue particulière, celle de ce livre ou de
dans l'esprit sans que leur non-existence impli- cette table cette étendue, bornée de toutes parts,
quât contradiction. J'ai les idées d'arbre, de mai- nous l'amplifions par l'imagination, nous l'agran-
son, de couleur, mais je pourrais ne pas les avoir; dissons au delà de toutes limites assignables
mon intelligence n'en subsisterait pas moins. voilà l'espace infini des rationalistes; il n'est en
Tout autres sont les idées nécessaires eiles sont réalité que l'indéfini, notion toute négative, qui
.elles que l'on ne saurait concevoir un esprit qui exprime simplement l'impuissance où nous som-
ne les possédât pas, à un degré quelconque de mes de fixer un terme à la multiplication idéate
clarté et de précision. De ce nombre sont les idées des étendues que l'expérience nous fournit. Celle-
d'espace et de temps. ci donne les matériau! l'abstraction, la généraU-
Ce caractère de nécessité de certaines idées ré- sation, l'imagination les élaborent nul besoin
sulte évidemment de la nécessité même de leurs d'une faculté spéciale pour expliquer l'existence
ubjets. Tandis que je puis sans absurdité suppo- dans l'esprit de prétenduesnotions nécessaires qnt
ser anéantis la table sur laquelle j'écris, la cham- ne sont que les transformations ultimes des don-
bre qui la renferme, la maison que j'habite, et la nées empiriques.
terre même, et le système solaire, et les millions Les adversaires de la thèse rationaliste ramènent
d'étoiles qui peuplent les cieux, je fais de vains de même l'idée de temps éternel à celle de durée
efforts pour supprimer par la pensée l'espace vide indéfinie; l'idée de cause première à celle d'une
et illimité. Antérieurementà toute création, tl est succession de phénomènes, à laquelle nous na
1~ pour contenir les corps possibles l'univers saurions assigner de premierterme; l'idée de bien
fût-il anéanti, il serait encore là, éternellement absolu à celle d'utilité, etc. Mais it faut recon-
prêt à en recevoir un nouveau. naître que leur tentative est partout infructueuse.
De même pour le temps. Dans la nature exté- En fait, nous avons conscience que les notions né-
rieure, comme au sein de ma conscience, les phé- cessaires n'apparaissent pas dans notre esprit
nomènes s'écoulent. Chacun d'eux a commencé comme les produits laborieux de procédés d'ab-
d'exister la série tout entière a eu un commen- straction et d'amplification elles se manifestent,.
cement. Mais puis-je concevoir qu'ils ne se succè- spontanément, immédiatement, a l'occasion du
contingent et du relatif. L'étendue bornée éveitte bles, car il est de principe, pour M. Spencer, qu'a
invinciblement la notion de l'espace sans limites, tout état de conscience correspond un état déter-
la durée des phénomènes qui passent fait conce- miné du cerveau et du système nerveux. Si l'on
voir l'éternité immuable, l'enchalnement des cau- admet, comme les faits 1 établissent,. que les dis-
ses secondes provoque l'affirmationde l'existence fants,
positions organiques des parents passent aux en-
d'une cause première absolue. Logiquement, on on comprendra que dans la suite des âges,
aura beau multiplier le fini par lui-même, on n'en les hommes, héritiers d'un cerveau déjà façonné
fera pas sortir l'infini si modifié, si torturé qu'on par les pensées habituelles de leurs premiers
le suppose, le contingent ne donnera jamais le pères, manifestent une prédisposition innée les
à re-
mêmes
nécessaire, ni le relatif, l'absolu. y aIl plus le produire les mêmes pensées, à formuler
fini ne se conçoit que comme négation de l'infini; jugements. Les idées et vérités nécessaires ne se-
de ces deux termes, l'infini seul a une significa- raient alors que les expériences les plus générales
tion positive l'intuition du nécessaire, de l'ab- et les plus constantes des générations antérieures,
solu, rend seule explicable la connaissance du accumulées pour ainsi dire et gravées en traits
contingent et du relatif. ineffaçables dans l'organisme de leurs descen-
L'erreur des empiriques tient à ce qu'ils ont dants.
confondu, dans la question de l'origine des idées, Cette théorie ingénieuse, vraie peut-être à quel-
l'ordre logique et l'ordre chronologique. U est ques égards, ne semble pourtant pas en état de
clair que dans la première période de sa vie, répondre à toutes les objections que sou)ève la
rhomme étant pour ainsi dire tout sens, est inca- doctrine empirique. D'abord, l'hérédité des dispo-
pable de s'élever encore à la notion distincte du sitions intellectullesest encore une hypothèse sans
nécessaire la raison se développe tardivement, et valeur scientifique suffisante; puis, fût-elle admise,
si les données de l'expérience ne venaient solli- il resterait toujours à expliquer commentlale con-
citer son éveil, elle resterait éternellement en- tingent devient qui le nécessaire, comment con-
gourdie. Chronologiquement, les idées contin- naissance de ce est se transforme en une con-
gentes précèdent donc les idées nécessaires. Mais naissance de ce qui ne peut pas ne pas être. Quel'on
n est clair aussi que dans l'ordre logique, celles-ci considère l'expérience de la race, ou celle de
sont antérieures à celles-là. C'est la raison seule l'individu, la difficulté est la même elle est seule-
qui rend possible la connaissance en organisant ment répartie sur un plus large espacehumain, et une
l'expérience et en lui imposant dès le début ses plus longue durée. L'expérience du genre
formes et ses lois. comme celle de chacun de nous, implique des
On voit d'après cela quelle est l'exacte valeur principes et des idées qui la dépassent, lui soient
des critiques célèbres qu'au xvn' siècle le philo- logiquement antérieurs et l'organisent de fait manière
voir
sophe anglais Locke adressait à la doctrine des à la rendre vraiment intelligible. Kant a
sensation quel-
idées !'K~M5 de Descartes. Locke avait sans doute qu'il y a déjà dans la plus humble
raison de soutenir que l'enfant, le sauvage, le fou, que chose que la sensation ne donne pas, et
l'idiot, n'ont pas l'idée claire de l'infini, de l'être Leibnitz corrigeait admirablement l'axiome sensua-
parfait, etc.; mais en parlant d'idées innées, liste « il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait
Descartes avait entendu tout autre chose. Il pré- été d'abord dans la sensation, en ajoutant
tendait seulement que nous apportons en naissant « excepté l'entendement lui-même. » L'esprit avec
la faculté de concevoir de telles idées, et que ses formes constitutives, la raison avec ses notions
cette faculté est en elle-même et par sa nature es- essentielles, aussi obscures et enveloppées qu'on
sentiellement distincte des autres modes d'acqui- veuille les supposer à l'origine, voilà ce que dut
sition de la connaissance. Et Leibnitz, réfutant apporter l'humanité naissante en face de la nature,
Locke et amenant la doctrine cartésienne à un de- sous peine de l'ignorer éternellement. Voilà par
religion,
gré de précision supérieur, comparait les idées où la science, l'art, la moralité, la tout
nécessaires à des veines qui, dans l'intérieur d'un progrès et toute civilisation sont possibles, et par
btoc de marbre, dessineraient vaguement la figure où se manifeste entre l'homme et la bête une dif-
d'une divinité. Ces veines sont ignorées, jusqu'à férence en quelque sorte infinie.
ce que le ciseau du sculpteur tasse tomber les Pour la réfutation du sensualisme de Locke, voir
écailles qui les dissimulantet, suivant les lignes tra- surtout )e premier livre des Nouveaux essais sur
cées à l'avance, produise au grand jour la statue l'entendement humain, de Leibnitz, et les Leçons
l'histoire de la philosophie au xvni* siècle, de
que la nature avait en quelque sorte préformée. sur Carrau.]
De même les notions nécessaires sont des MmeM- V. Cousin, t. I). [L.
Grammaire. XXI. Etymo-
ces que nous apportons en naissant, des traits lu- IDIOTISME.
idios,
mineux cachés au dedans de nous-mêmes, et que logie de la racine grecque propre,. par-
la rencontre des objets extérieurs fait paraître dans ticulier à). L'M~oh'swe est une façon de parler
la conscience. particulière et propre à une langue, mais qui s'é-
Après la réfutation de Locke et de Condillac carte des lois générales de la grammaire. Chaquelan-
par Leibnitz, Royer-Collard et Cousin, il semblait gue a ses idiotismes.trouvent-ils?) Wie befinden Sie s:c/t7 (mot
pour demander:
que le débat séculaire entre l'école empirique et à mot: commentportez-vous? se
n est un idiotisme alle-
l'école rationaliste fût épuisé. Mais de nos jours, « comment vous
l'illustre philosophe anglais Herbert Spencer est mand. ~/OM) do you do? (mot à mot comment faites.
venu apporter un élénent nouveau dans la ques- vous faire?) pour dire « comment vous portez-
tion c'est celui de l'hérédité. Herbert Spencer vous ? f est un idiotisme anglais. Comment vous
estime, avec les rationalistes, que certaines no- po~fez-fOMS ? pour demander: « comment est votre
tions, certains jugements ne sauraient s'expliquer santé ? a est un idiotisme français.
par l'expérience de lindividu; mais il pense qu'on aK~HcMMe, Idiotisme est le nom générique; germanisme,
en peut rendre compte par l'expérience de la race latinisme, etc., désignent les es-
tout entière. Pendant des générations innombra- pèces.
bles, ies hommes ont dû, nécessairement, et cela, Les idiotismes français se nomment des galli-
pour ainsi dire, à chaque instant, faire quelques- cismes.
élémentaires sans les-
unes de ces observationsmaintenir Un gallicisme est donc une façon de s'exprimer
quelles ils n'eussent pu leur existence toute particulière à notre langue. Cette particu-
contre les causes de destruction qui les assiégeaient larité d'expression peut se trouver soit dans le sens
de toutes parts. Ces observations indéfiniment figuré, soit dans la construction syntaxique de la
répétées ont dû imprimer à la longue à leur or- phrase. Ainsi cette proposition Il a le c<BMr sur la
ganisation cérébrale certaines modificationsdura- main, n'a rien qui répugne à notre syntaxe, mais
l'image hardie qu'elle évoque est propre au fran- disaient nos pères, c'est-à-dire
çais et serait intraduisible dans tonte autre langue. Le vrai sens de ce gallicisme est donc manque le drap.
il s'en man-
C'est un gallicisme de figure. Au contraire dans que de beaucoup, etc., en supposant que s'en man-
J'ai entendu dire cela à votre père, chaque mot quer soit français.
a son sens propre, la phrase n'a rien de figuré; Ils criaient à qui mieux mieux est un peu plus
mais à es~ explétif et presque impossible à expli- difficile à expliquer. Nos ancêtres disaient qui
quer grammaticalement. C'est un gallicisme de mieux mieux, et même qui p&! plus, sans mettre
syntaxe. Pour analyser cette proposition il fau- A. Nous aurions donc, en décomposant notre exem-
drait mettre J'ai entendu votre père dire cela. ple ils criaient, celui qui criait le mieux, faisait
Mais la phrase devient aussitôt lente et incolore; le mieux; c'est-à-dire ils criaient à l'envi les
un étranger pourra parler ainsi, un Français, ja- des autres. La préposition à a été ajoutée plut uns
mais. C'est que le gallicisme n'est pas seulement tard, comme dans les locutions <Me-Me, à 6oM-
une tournure en dehors des règles communes, che que veux-tu, à profusion, etc.
une expression destinée à exercer la patience des CotMe
apôtres fervents de l'analyse grammaticale et logi- que l'on que
co! c'est-à-dire que cela coûte ce-
voudra que cela cotise.
que c'est )e tour préféré du français si alerte et ~M fOM~o:f à quelqu'un est des innombra-
si vif c'est ce qui donne notre langue je ne bles gallicismesformés par le un mot J) signifie
Mis quoi de pittoresque et de hardi, avec une proprement avoir un sentiment de en.
sorte de grâce native qui n'appartient qu'à elle et tre quelqu'un. Vouloir, joint à la particulerancune con-
en, si-
que les Français peuvent seuls lui conserver. Mais gnifie avoir des prétentions sur une chose; de ia,
tout dépend de 1 heureux emploi du gallicisme le sens dérivé de mauvaise intention.
c'est ce qui constitue le bon goût chez nous, ce Ne t;o:M-<-t~ pas une belle équipée? est un sin-
qui constituait l'urbanité chez les Latins et I'a«t- gulier exemple de gallicisme. L'adverbe voilà est
cisme chez les Grecs. Tous tes auteurs qui ont composé, comme chacun sait, de vois et là; mais
écrit dans le genre tempéré, Pascal, madame de dans le cas particulier qui nous occupe, voit est
Sévignë, La Fontaine, Voltaire en fourmillent. évidemment à la troisième personne, et la locution
C'est une des ressources du dialogue comique, et complète est pour Ne voit-il pas là une belle
Molière,Regnard, Destouches en usent largement. équipée ? Le t est amené ici par le son a qui
Par contre, dans Racine, Bossuet, Massillon, on donne au mot composé voilà l'apparence d'un,
en trouve peu à mesure que le style s'élève, verbe de la première conjugaison Cette assonance
les gallicismes sont plus rares. Aussi la langue finale nous parait une des raisons qui ont fait pré-
populaire en est pleine, et la plupart de nos pro- férer voità à voici dans cette locution. Mais il est
verbes sont des gallicismes. mis ici pour <M; et la phrase redresséeserait donc
Nous n'entreprendronspas d'en donner une liste Ne voit-on pas là une belle <~Mjoef.
complète un volume n'y suffirait pas. Citons seu- Tout et ~Mc/$'M" donnent naissance à une foule
lement quelques exemples des deux grandes clas- de gallicismes qu'on trouvera expliqués à leur
ses de gallicismes que nous avons établies, en place (V. Syntaxe).
commençant par ceux qui sont particulièrement Nous bornerons là notre étude sur les gallicis-
du domaine de la grammaire, c'est-à-dire par les mes de construction le peu que nous
gallicismes de construction ou de syntaxe. en avons
dit suffira pour en faire comprendre le sens et en
10 GALLICISMES DE SYNTAXE. Ces gallicismes faciliter l'analyse.
sont presque tous des phrases explétives, ou des GALUctSMs DE FiGBBE. Ces gallicismes
formes' elliptiques qu'il faut redresser si l'on veut proviennent le plus souvent d'une ellipse, d'un
tes analyser. pléonasme d'une inversion. ]I faut a)ors,pour
Il y a s'écrivait autrefois il a (la forme Il y a les analyserouet les expliquer aux élèves, suppléer
apparaît cependantdès le treizième siècle). y a à l'ellipse, retrancher le pléonasme, faire dispa-
des gens signifie donc il (on) a (trouve) (les gens. raître l'inversion et surtout bien dégager le
Il est pris dans le sens neutre, et correspond figuré. Ainsi coiffé d <a Titus signifie coiffé sens à la
aux pronoms allemand et anglais es et it. Quant façon de Titus.
à y, il se trouve placé là, dit M. B. Jullien, pour fa:< à la cfM&/< fait à la manière du diable.
éviter la confusion de cet impersonnel avec la Battre la caMpo~ne, qui se dit d'un malade dans
troisième personne du singulier du verbe avoir. le délire, est une métaphore qui rappelle les chas-
Mon dme est un gallicisme euphonique t?<n?! seurs ou les soldats ennemis qui courent les
est mis pour ma (V. Adjectif, p. i)0'. champs.
Les vieilles gens sont soupçonneux gallicisme Battre quelqu'un à plate couture, c'est-à-dire le.
historique dont l'explication se trouve au mot battre complètement, au point d'aplatir les cou-
NOM.' tures de son habit.
Cela ne laisse pas de nous inquiéter ici, .Vo)i<ff sur ses yMM<~ chevaux, se mettre en
laisse a le sens de cesser, de s'abstenir, de dis- colère, montrer de la sévérité dans ses paroles.
continuer et est par conséquent verbe neutre. Cette expression no~s fait remonter au temps de
Sij'étais que de vous est mis pour
et que de est explétif.
«'a~ vous, la chevalerie. On distinguait alors deux espèces de
chevaux le patefroi et le destrier. Le palefroi
Ce que c'est que de nous phrase explétive de était le cheval de promenade, de parade le des-
est surabondant. trier, le cheval de bataille, plus grand et plus fort
On n'a~'OMaM fu, que je sache, les alouettes tom- que le palefroi. Quand chevalier montait sur
ber toutes ~dhex. L'expression que je sache est la son destrier, c'était pour un la bataille ou le tournoi.
traduction littérale de ~Mo~ sciam, que les Latins De là le sens de se mettre en colère.
employaient avec le sens de à ma connaissance. Faire pi~ce à quelqu'un, moquer de quel-
L'autre forme de cette locution je ne sache pas qu'un. « De même que l'onseinvente des sujets,
o~'ot! ait jamais vu, est une inversion toute fran- des pièces de théâtre, dit Vaugelas, aussi ce qu'on
çaise. Le verbe .'af0!'f conserve le mode subjonc- invente contre une personne pour s'en jouer et
tif, en prenant la négation de l'autre verbe, et le divertir, s'appelle une pièce et inventer ces cho-
que suit je sache au lieu de le précéder, en entraî- ses-là s'appelle faire une pièce. a
nant l'autre verbe (ait vu) au subjonctif. ~foc' maille à partir avec ~uf/yK'Mn, c'est-a-
Il s'en faut de beaucoup que la Seine ait monté dire avoir un différend avec lui, s explique avec
M haut: ici, faut ne représente pas le verbe fal- de grammaire historique. La maille,
un peu
loir au sens ordinaire, mais le verbe manquer (en monnaie de billon carrée qui avait
latin fallere). « Au bout de l'aune faut le drap '). rois Capétiens, était la plus petitecours sous les
de toutes les-
monnaies quand on voulait la partir (la partager), les troubles de l'esprit, dans le rêve, dans la folie,
on ne pouvait que se quereller, puisqu'il n'y avait que l'image est prise pour l'objet lui-même il
aucune unité monétaire au-dessous d'elle. plusieurs
Du reste se produit alors ce qu on appelle une Aa/~M< :Ha-
ce mot maille, qui entre aujourd'huidans tion, c'est-à-dire une confusion de la pensée avec la
gallicismes, était autrefois d'un usage courant et réalité.
signifiait un demi-denier. On dit encore « Un Mais l'imagination est le plus souvent tout
pince-maille, n'avoir ni sou (autrefois ni denier) autre chose que la représentation fidèle des im-
ni HMtHe o, etc. pressions antérieures des sens. D'ordinaire, ce mot
Beau, belle, forment aussi une foule de galli- désigne le travail spontané ou réfléchi d'un esprit
cismes, sur le sens étymologique desquels on n'est qui combine à sa façon les images déjà acquises et
pas bien d'accord Vous avez beau jeu; uoM< <'t)M conservées par le souvenir, qui les modifie, qui les
beau dire; Ct'M de plus belle; vous me la baillez groupe et les ordonne dans des cadres nouveaux;
belle; il l'a échappé belle. qui en altère les proportions, qui les rapetisse ou
CœMf, grâce à ses sens multiples de viscère, les agrandit, qui enfin les transforme à son gré et
sentiment, partie intime d'un objet, etc., forme les idéalise. L'imagination alors est synonyme d'in-
également nombre d'idiotismes est au c<BMr ~e vention, d'esprit inventif elle est la fantaisie libre
la di'~cM~ je vous H!t!e)'a: de grand ccBMf,' il a qui ne s'astreint plus à copier servilement la réa-
ri de bon cœMf; il a le eceM'' solide, etc. lité. Par la nouveauté des formes qu'elle impose
Nous n'insisterons pas davantage on voit seule- aux éléments qu'elle emploie, aux matériaux qu'elle
ment, par ces quelques exemples, que la plupart rassemble de toutes parts, elle a les apparences
de nos gallicismes de figure sont des expressions d'un pouvoir créateur, et on l'appelle imagination
venues de notre vieille langue et détournées peu créatrice.
à peu de leur sens primitif. On les emploie et on Les œuvres propres de l'imagination créatrice
les cite à tout propos aujourd'hui, en comprenant sont les fictions, les fictions de toute espèce, cel-
d'instinct le sens général et figuré qu'elles repré- les qu'enfante le poète, comme celles qui égarent
sentent mais on serait souvent bien en peine de le fou. Seulement le poète n'est pas dupe de ses
les analyser et de rendre raison de chacun des inventions imaginaires, tandis que le fou croit il<
termes pris à part. Il y a pourtant là une source la réalité de ses chimériques rêveries.
d'études curieuses que nous ne saurions trop re- C'est une question de savoir si l'imagination
commander aux instituteurs. [J. Dussouchet.] représentative est capable de renouveler autre
Auteurs à consulter. B. Jullien, Grammaire ~e- chose que les impressions des sens extérieurs, si
nérale. Ëmtm-Martm, Courrier de Vutf~fM. – Quitard, elle peut faire revivre, dans un fugitif retour, les
Dictionnaire des Proverbes. Charles Ro~an, les Petites émotions de la sensibilité. Il semble cependant
Ignorances de la conversation. qu'il soit possible de ressentir à distance et par
IMAGINATION. Psychologie, IX. Défini- la seule force de l'imagination les passions jadis
~OM c~ <'itKa!/iHa/!OH.' M ?ta<M''e. -L'imaginationest éprouvées. En tout cas, le doute n'est plus permis
un mot complexe qui exprime des états de l'esprit pour l'imagination créatrice, qui a bien certaine-
assez différents les uns des autres. D'abord, et ment le pouvoir de combiner les sentiments et
sous sa forme la plus simple, l'imagination se les idées non moins que les images et les sensa-
confond presque avec la mémoire, dont elle n'est tions. Le poète dramatique qui imagine un car?.c-
qu'un degré particulier elle consiste alors dans tère ressent en partie les passions qu'il lui attribue,.
le fait de se représenter les objets en l'absence tout comme le peintre ou le poète descriptif voit
des objets, de les voir, de les entendre mentalement, les traits de la figure idéale qu'il dessine ou qu'il
comme si on les voyait, si on les entendait en dépeint.
réalité. Elle est la simple faculté de concevoir, les C'est ainsi que, partie des commencements les
yeux fermés, ce que tout à l'heure on a aperçu, plus humbles, l'imagination représentations s'élève et s'épure
tes yeux ouverts. Vous venez de considérer un peu à peu d'abord liée aux sen-
paysage qui maintenant a disparu de devant vous; sibles, faite d'éléments pour ainsi dire matériels,
mais ce paysage, vous pouvez encore le contem- elle devient une force propre de l'esprit, elle est
pler dans votre pensée, vous pouvez le revoir et la manifestation d'une intelligence qui conçoit le
en retrouver tous les détails, tous les traits, dans beau et qui le réalise dansc'est-à-dire les différents arts. Elle
une sorte de photographie intérieure vous avez est alors guidée par l'idéal, par une con-
de l'imagination. ception intellectuelle qui, comme une loi supé-
Sous cette première forme, l'imagination n'est rieure, domine les images et les oblige à se grou-
qu'une mémoire vive, une mémoire descriptive et per dans un certain ordre.
pittoresque, qui représente toutes choses à votre Il est aisé de démêler les rapports de l'imagina-
esprit comme si elles étaient encore devant vos tion avec les autres faits de la vie morale. Puissance
yeux, qui anime ses conceptions au point qu'il dérivée à l'origine, puisqu'elle emprunte ses ma-
vous semble que vous continuez de sentir, quoique tériaux l'expérience, elle acquiert bien ensuite son
réglées
vous ne fassiez plus que penser. On l'appelle initiative propre; mais dans les âmes
:ma~:K<oK représentative. elle reste sous la dépendance de la pensée, dont
L'imagination représentative n'est donc que la elle est l'instrument. Elle dépend aussi de la sen-
faculté de produire des images, comme la mémoire sibilité, elle obéit à la tristesse et à la joie. Dans
celle de produire des souvenirs. L'image sera plus une âme triste, les imaginations se conforment
ou moins parfaite, selon qu'elle reproduira avec à l'état général de l'esprit et se teignent d'une
plus ou moins de fidélité l'impression primitive couleur sombre dans une âme joyeuse, au con-
et bien que ce mot image s'applique proprement traire, il se fait comme une éclosion spontanée
au renouvellement des impressions de la vue, de représentations riantes et gaies. Soumise à la
tous les sens peuvent donner lieu à des représen- volonté chez les esprits réfléchis, elle a cependant
tations imaginaires. Le musicien imagine les sons ses heures de caprice et do licence il lui arrive
comme le peintre les formes et les couleurs. Tout de s'émanciper, de secouer tout frein, et alors,
ce qui a été impression sensible peut se renou- sans règles et sans contre-poids, substituant son
veler dans l'esprit sous forme d'imagination action indépendante à l'action des autres forces
mentale. morales, elle enfante des situations anormales, la
Ajoutons que, dans l'état normal d'une intelli- divagation, le rêve, la folie.
gence saine, l'image, quelque vive qu'elle puisse Du rôle de l'imagination. D'après l'analyse
être. n'entraîne pas la croyance à l'existence de qui précède, on comprend sans peine pourquoi l'i-
l'objet qu'elle représenta C'est seulement dans magination est de toutes les facultés de l'esprit la
plus vantée et aussi la plus décriée, la plus utile peut- graphes il y a là encore une autre forme de l'im-
être et certainement la plus pernicieuse, le don le pôt.
plus brillant et le plus funeste de la nature. Distinction des contributions directes et indi-
Pascal l'appelle une <; maîtresse d'erreur et de rectes. La distinction des contributions directes
fausseté, » et, en effet, longue serait la liste et indirectes est essentielle le mode d'établisse-
des illusions, des superstitions qu'engendre « cette ment, de perception est durèrent pour les contri-
partie décevante de l'homme. On a dit d'elle dans butions directes et les contributions indirectes. Les
ce même sens qu'elle était la « folle du logis, n contributions directes sont perçues en vertu da
parce que dam les esprits où elle est livrée à rôles nominatifs dressés chaque année par lea
elle-méme, elle bouleverse tout, elle met le dé- agents de l'administration les contributions indi-
sordre et la confusion. Mais a coté des égarements rectes sont perçues en vertu de tarifs généraux,
iont elle est la source, il n'est que juste de rap- établis par la loi, et qui doivent recevoir leur exé-
peler ses bienfaits. cution tant qu'une loi nouvelle ne les modifie pas.
Dans la vie pratique, elle alimente ces rêveries Des administrations financières distinctes sont
innocentesqui embellissentetcharment l'existence. chargées du recouvrement de ces deux natures d'im-
Elle entretient l'espérance. Elle est même un res- pôts. Les contestations entre les particuliers et. l'ad-
sort essentielde l'activité ceux-là seuls travaillent ministration a l'occasionde la perception des impôts
ardemment pour atteindre le but de leurs efforts, directs sont jugées en général par le conseil de
qui l'imaginent avec vivacité. Enfin, elle est né- préfecture les contestationsrelatives a la percep-
cessaire pour animer les rapports sociaux, et si tion des contributions indirectes sont jugées par
nous voulons aimer véritablement nos semblables, les tribunaux ordinaires.
il est bon que notre imagination se mêle notre Impôts de répartition et de ~Mo<:<e. Les im-
sensibilité. pôts se divisent aussi en impôts de répartition et
Dans la recherche de la vérité scientifique, elle impôts de quotité. Dans les impôts de répartition,
a aussi son utilité elle inspire les hypothèses, et le chiffre total eue l'impôt doit atteindre est déter-
un philosophe éminent de notre temps, M. Paul miné à l'avance par la loi de finances votée chaque
Janet, a pu demander sans paradoxe qu'une logi- année puis, au moyen de répartitions successives
que complète contint un chapitre intitulé Des entre les départements, les communes et les contri-
erreurs commises par défaut d imagination n. buables, on arrive à déterminer la part que chacun
Enfin dans les beaux-arts elle est la faculté doit payer. Dans les impôts de quotité, le chiffre &
essentielle et souveraine. Si nous la supprimons, percevoir n'est pas déterminé à l'avance, et il varie
la peinture cède la place à la photographie et la suivant que l'élément imposable est plus ou moins
poésie au réalisme. Et encore le réalisme lui- considérabte. Les impôts de répartition sont:
même, pour assurer l'exactitude de ses descrip- l'impôt foncier, l'impôt personnel et mobilier,
tions, a-t-il besoin du premier degré de l'imagina- l'impôt des portes et fenêtres. Toutes les contri-
tion, l'imaginationreprésentative. butions indirectes, et, parmi les contributions di-
Sur les avantages et les inconvénients de l'ima' rectes, celle des patentes, sont des impôts de
gination. comme sur l'analyse de ses opérations, quotité.
on consultera avec fruit, parmi tant d'autres tra- 2. Impôts directs. Les contributions ou im-
vaux consacrés à l'étude de cette faculté, les livres pôts directs sont l'impôt foncier, l'impôt person-
récents de_MM. Tissot, Michaut et Joly ~Ma$<- nel et mobilier, l'impôt des portes et fenêtres,
nation, ses bienfaits et ses égarements, 1868 De l'impôt des patentes. H faut distinguer dans les
~'YmoyM'!hon,~u~e~ycAo<o~MC, 1816; l'Ima- contributions directes le principal de la contribu-
gination, étude psycholo.qique,t877. tion, et les centimes additionnels qui s'ajoutent
[Gabriel Compayré.] par corrélation au principal, à raison d'un certain
IMPOTS. Législation usuelle. V.
tinition et notions générales.
i. Dé- nombre de centimes par franc. Ces centimes addi-
L'impôt est la tionnéls sont établis pour subvenir à des charges
part contributive de chaque citoyen dans les dé- accidentelles et temporaires, et spécialement pour
penses d'intérêt public. Le gouvernement assurant faire face aux besoins particuliers des départe-
a chacun la sécurité, le respect de la propriété, le ments et des communes. Le produit des contribu-
libre exercice du travail, il est juste que chaque ci- tions directes se partage ainsi entre l'État, pour les
toyen contribue aux charges publiques. On emploie dépenses générales, le département et la commune,
comme synonymesles mots impôts et contributions. pour leurs dépenses spéciales. Le principal des
Deux principes essentiels dominent la matière contributions directes est Nié le budget de
des impôts le premier est qu'aucune contribu- )88t de la manière suivante parimpôt foncier,
tion publique ne peut être perçue qu'en vertu 176320000 fr.; impôt personnel et mobilier,
d'une loi votée par la Chambre des députes et le 65 403 000 fr.; portes et fenêtres, 45162000 fr.;
Sénat; le second est que l'impôt doit être propor- patentes, 986)8600 fr.
tionnel, c'est-à-dire payé par chacun proportionnel- Impdt /'o~Ctcr. –~L'impôt foncier est établi sur
lement à ses facultés. Pour arriver à ce résultat, le le revenu net des propriétés bâties et non bâties.
législateur a été amené à établir des impôts assez Le chiffre total de l'impôt foncier et le contingent
nombreux afin d'atteindre les différents éléments de chaque département sont fixés par la loi de
imposables. finances. Le conseil général fait, dans chaque dé-
Division des :mpd~. L'impôt se perçoit sous partement, la répartition entre les arrondisse-
diverses formes. Tantôt le chiffre d& par le contri- ments le conseil d'arrondissement, sous l'au-
buable est déterminé à l'avance, inscrit sur un torité du conseil général, opère la répartition entre
rôle où figure le nom du contribuable, et en vertu les communes; enfin, dans la commune, la réparti-
duquel des poursuites sont exercées contre lui en tion est faite entre les contribuables par une com-
cas de non paiement c'est l'impôt direct. Tantôt mission de répartiteurs. Cette répartition entre
l'impôt est perçu à raison de l'entrés en France ou les contribuables a lieu au moyen du cadastre,
de la vente de certaines marchandises, ou à l'occa- qui contient la désignation des parcelles, leur con-
sion de certains actes; il ne frappe nominative- tenance, la classe à laquelle elles appartiennent et
ment ancun contribuable, mais est payé par celui le revenu afférent à cette classe.
qui consomme la marchandise ou accomplit l'acte ImpM personnel et mobilier. L'impôt person-
soumis au droit: c'est l'impôt indirect. Enfin t'htat nel et mobilier est d& par tout habitant de l'un ou
s'est réservé le monopole de la vente de certai- de l'autre sexe, français ou étranger, non réputé
nes denrées, comme le tabac, ou l'exploitation de indigent il se compose de deux taxes la taxe
certains services, comme tes oostes et les télé- personnelle et la taxe mobilière. La taxe person
nelle représente le prix moyen de trois journées frappés de diverses taxes d'abord un droit de
de travail, suivant le tarif fixé pour chaque com- circulation qui est perçu lorsque les liquides sor-
mune par le conseil général. La taxe personnelle tent des caves du producteur et sont transportés
est due dans la commune du domicileréel du con- chez les consommateurs, et à chaque enlèvement
tribuable. La taxe mobilière est établie sur la va- ou déplacement du liquide soumis au droit. Le
leur lucative des locaux consacrés à l'habitation liquide ne peut voyager que muni d'un congé ni
personnelle du contribuable; elle est due partout constate 1~ paiement du droit de circulation. Un
où la personne a une habitation. droit spécial appelé droit d'entrée, et qui ne doit
Impôts des portes et fenétres. L'impôt des point être confondu avec le droit d'octroi, est perçu
portes et fenêtres est établi sur les ouvertures, dans les villes ayant une population agglomérée et
portes ou fenêtres donnant sur les rues, cours et permanente de 4,000 âmes au moins. La vente en
jardins des maisons et bâtiments il n'atteint point détail des vins donne lieu à la perception de deux
les portes et fenêtres qui servent seulement à droits nul ne peut se livrer à la vente en détail
aérer les ranges, bergeries, caves et autres locaux sans avoir obtenu et payé une licence délivrée
non destinés à l'habitation. L'impôt se perçoit par la régie; en outre le débitant est assujetti à
d'après un tarif fixé suivant la population et la un droit de tant pour cent sur la valeur vénale de
qualité des ouvertures; si ce tarif donne un chiffre la marchandise. Les détaillants sont soumis à
insuffisant, le complément est fourni par un droit l'exercice, c'est-à-dire que les employés de la ré-
proportionnel qui s'ajoute au droit fixe. L'impôt des gie ont toujours le droit de pénétrer chez eux pour
portes et fenêtres peut être exigé du propriétaire; vérifier les quantités de marchandises livrées à la
mais le propriétaire, à moins de convention con- consommation.Le produit de l'impôt des boissons
traire, se fait rembourser par le locataire sur le- est évalué au budget de t884 à 425753000 fr.
quel l'impôt doit peser en définitive. 7':tKtfe. – Le timbre consiste dans une em-
/M~)f!< des patentes. L'impôt des patentes est preinte apposée sur un papier qui est vendu aux
payé par tous les citoyens exerçant une profession particuliers par l'administration. On distingue le
qui n'en est point expressément dispensée. Il se timbre de dimensions, dont le prix varie, suivant
compose d'un double droit: un droit fixe établi la grandeur du papier, de 60 c. à 3 fr. 60 c. par
d'après la profession et suivant la population, et feuille, et le timbre proportionnel, qui est employé
un droit proportionnel, assis sur la valeur locative pour les effets de commerce, billets à ordre, lettres
des locaux consacrés à l'exercice de la profession. de change la valeur du timbre, et par suite le
Certains patentables ne paient qu'un droit fixe; droit perçu, est graduée suivant la somme portée
d'autres que le droit proportionnel. au billet. Un timbre particulier du prix de 10 cen-
Recouvrement des contributions directes. Le times doit être apposé sur toutes les factures, quit-
rôle des contribuables de chaque commune est tances ou actes de même nature délivrés aux
dressé tous les ans par la direction des contribu- particuliers. Les quittances des comptables de
tions directes. Les rôles sont rendus exécutoires deniers publics sont assujetties un droit de tim-
par le préfet, publiés et affichés, êt mis en recou- bre de 20 centimes. Le produit du timbre pour
vrement par le percepteur. Les contributions sont 1884 est évalué à 156012000 fr.
payables par douzième et d'avance; le contribuable Obli,qation d'employer le papiertimbré; sanction.
n'est valablement libéré qu'en représentant une Tous le* actes ou écrits, publics ou privés, des-
quittance signée du percepteur. Le contribuable tinés à constater un droit ou à être produits en jus-
qui ne paie point peut être poursuivi par le per- tice, doivent être sur papier timbré. Les demandes
cepteur. adressées aux administrations publiques sont éga-
Demandes <m cMc~n~e ou r~MC/MK. Le con- lement soumises a cette condition. La sanction
tribuable qui prétend avoir été imposé à tort, ou de l'obligation d'employer le papier timbra consiste
imposé a un chiffre trop élevé, peut demander la dans une amende qui est perçue indépen lamment
décharge ou la réduction de sa cote de contribu- du droit de timbre sur l'écrit non timbré. Cette
tion. Ces demandes doivent être formées dans les amende, lorsqu'il s'agit du timbre proportionnel
trois mois de la publication des rôles elles sont des billets, est fort considérable etie s'élève à
adressées au sous-préfet, ou au préfet dans l'arron- 6p. 100 du montant du titre. En général l'omission
dissement chef-lieu, t.es quittances des douzièmes de l'emploi du papier timbré n'influe pas sur la
échus doivent être jointes à la demande, qui sans validité même des actes; une conventionécrite sur
cela ne serait point recevable. Les demandes en papier non timbré a entre les parties la même va-
décharge ou réduction sont jugées par le conseil de leur que si elle était portée régulièrementsut pa-
préfecture, dont la décision peut être déférée par pier timbré.
voie d'appel au conseil d'Etat. BK!Mr)'p??t"i<. L'enregistrement est une
Demandes en remise ou modération. Ces de- formalité qui consiste dans l'inscription d'un acte
mandes ne doivent pas être confondues avec les sur un registre public tenu par un agent de l'admi-
demandes en décharge ou réduction de cote. Il y a nistration, appelé receveur de l'enregistrement.
lieu à remise ou modération lorsque, par suite d'é- L'accomplissement de cette formalité donne lieu à
vénements imprévus, le contribuable a perdu tout la perception d'un droit à ce point de vue
ou partie de son revenu il s'adresse à l'équité de l'enregistrement a le caractère d'un impôt; mais
l'administration pour être exonéré en tout ou en l'enregistrementa, en outre, en droit civil, eut eSet
partie du paiement de l'impôt Le contribuable en important de donner date certaine aux actes sous
pareil cas n'invoque point un droit, et n'a aucun seing privé soumis à la formalité. Les droits
recours à exercer si sa demande n'est pas accueil- d'enregistrement se divisent en droits fixes et
lie. Les demandes en remise ou modération sont droits proportionnels. Le droit fixe pour les actes
adressées au préfet, qui, à la fin de l'année, statue de même nature ne varie point suivant l'impor-
sur toutes les demandes dont il a été saisi. tance de l'acte le droit proportionnel est calculé
3. Imputa indirects. Les contributions indi- à tant pour cent sur la somme ou la valeur faisant
rectes forment la partie la plus considérable des l'objet de l'acte. Le droit proportionnel est dû
revenus publics; élite comprennent un grand toutes les fois qu'il y a mutation, c'est-à-dire
nombre de droits dont les principaux sont: les transmission de propriété ou d'usufruit, obligation
droits sur les boissons, les droits de timbre et ou libération.
d'enregistrement,les droits sur les sels et les su- Droits de mutation à <'h'c gratuit. Le droit
cres, les droits de douanes. de mutation à titre gratuit est dû par l'héritier
Impôt des boissons. Les boissons, le vin, la qui recueille une succession, par le légataire ou
bière, le cidre, les eaux-de vie et esprits sont donataire. La quotité des droits s'élève à mesure
que le degré de parenté s'éloigne en ligne directe produits ou de l'exploitation de certains services.
entre ascendants et descendants, le droit de mu- Ces monopoles ont différents caractères les uns
tation par succession ou legs est de 1 p. 100; par sont de véritables impôts, comme le monopole de
donation, de 2 fr. 50 c. p. 100 en ligne collatérale la vente des tabacs et du papier spécial destiné à
le droit varie de 6 fr. 50 c. à 8 p. 100 les do- la fabrication des cartes à jouer; d'autres sont fon-
nations ou les legs faits à des étrangers sont as- dés sur des raisons d'intérêt général, ont un but
sujettis a un droit de 9 p. 100. H faut remarquer de sécurité publique, comme la fabrication et la
que le droit se paie sur l'actifbrut, sans déduction vente de la poudre, on tendent & assurer la regu"
des dettes qui grèvent la succession ou des char- larité et le bon fonctionnementde certains services,
ges attachéesà la donation ou au legs.d'obligation comme les postes et les télégraphes ces derniers
Droits de mutation à titre onéreux, monopoles peuvent augmenter les revenus de l'E-
et de quittance. Le droit de mutation à titre tat, mais dans ce cas le caractère fiscal n'est qu'ac-
onéreux est dû en cas de vente ou d'échange il cessoire. Nous allons parcourirles plus importants
s'élève à 5 fr. 50 c. p. 100 pour les immeubles, et de ces monopoles.
à 2 p. IQO pour les meubles. Le droit d'obligation Tabacs. L'importationdes tabacs étrangers et
est en général de 1 p. 100 le droit de quittance la culture en France ne peuvent avoir lieu que
de 50 centimes par 100 fr. Pour les baux, lo droit pour le compte de l'Etat, qui seul fabrique et vend
est calculé sur le prix du bail capitalisé pour toute les tabacs, soit étrangers, soit indigènes. La cul-
sa durée, ou, s'il est divisé en périodes, capitalisé ture du tabac n'est autorisée que dans certains dé-
pour chaque période, mais le droit n'est que partements dans ces départements celui qui veut
de
20 centimes par 100 fr. Lorsqu'il n'y a pas de bail se livrer a la culture du tabac doit en faire la dé-
écrit pouvant être présenté à l'enregistrement,le claration et se munir d'une permission. Le culti-
propriétaire doit faire une déclaration et avancer vateur doit compte à l'Etat de la totalité de sa
le droit dont il se fait rembourser par les loca- récolte la culture est soumise a une surveillance
taires. constante et rigoureuse des agents de l'adminis-
Délai pour le paiement des droits; double droit. tration des contributions indirectes. La fabrication
Les actes reçus par les notaires doivent être des tabacs se fait dans les manufactures de l'Etat,
enregistrés dans un délai qui est au maximum de et la vente aux particuliers dans des débits dont les
quinze jours, à peine d'une âme nde contre le no- titulaires sont nommés par l'administration. Des
taire. Les actes sous seing privé doivent être pré- pénalités sévères assurent contre la fraude le
sentés à l'enregistrementpar les parties dans un monopole de l'Etat. Le produit de la vente des
délai de trois mois en général. Les droits de mu- tabacs pour 1884 est évalué à 373590000 fr.
tation par décès, succession ou legs, doivent être Cartes à jouer. qu'avec La fabrication des cartes &
ac quittés dans les six mois du décès. Le retard jouer n'est permise une autorisation ou
dans le paiement entraîne comme peine la percep- licence de l'administration des contributions indi-
tion d'un double droit. Les droits d'enregistre- rectes. Le papier servant à la fabrication des
est
ment figurent au budget de 1884 pour 557 02!) UOO fourni par l'administration, la
et vente cartes
francs. n'est permise qu'aux marchands commissionnéspar
Droth sur les sels et tes sucres. Les sels sont la régie.
soumis à.une taxe de consommation les sels pro- Poudres. Le monopole de la fabrication et de
venant de l'étranger acquittent, en outre, un droit la vente des poudres se justifie par les dangers
de douane. Les sucres fabriqués en France sont que pourrait faire courir la fabrication, la vente ou
soumis à une taxe de consommation élevée. Pour la détention de ce produit. La poudre ne peut être
assurer la perception du droit, les fabriques de fabriquée que dans les poudrières de l'Etat,
sacre indigène sont soumises à l'exercice, c'est-à- sous la surveillance d'ingénieurs spéciaux. La
dire à la surveillance permanente des agents de vente et la détention de la poudre dede guerre
l'administration,qui constatentles quantités pro- sont interdites en principe. Les poudres chasse
duites et livrées à la consommation. Les sucres et de mine sont vendues par des débitants choi-
venant des colonies ou de l'étranger paient un sis par la régie.deLes kilogr. particuliersne peuvent avoir
droit de douane plus ou moins élevé suivant la chez eux plus 2 de poudre de chasse
provenance. Pour 188t, les droits sur les sels sont ou de mine.
évalués à 33 M9 000 fr. les droits sur les sucres Monnaies. La monnaie est fabriquée sous la
coloniaux et étrangers à tt 917 500 fr.; et le surveillance de l'Etat, qui, par son intervention, en
droit de fabrication sur les sucres indigènes à garantit le titre et la valeur. La monnaie est fa-
92 0.')8 000 fr. briquée dans des ateliers spéciaux créés dans
Droits de douane. Les droits de douane sont différentes villes. Le contrôle de la fabrication est
perçus sur les marchandises importées en France exercé par les agents de l'administration des mon-
ou sur les marchandises exportées de France à l'é- naies aucune pièce fabriquée n'est mise en cir-
tranger. 'Ils sont perçus en vertu de tarifs généraux culation qu'après constatation par les agents
établis par une loi. Les traités de commerce faits qu'elle est conforme au type adopté, tant pour le
avec les puissances étrangères peuvent apporter poids que pour la qualité du métal et le mode de
certaines modifications à la perception de ces fabrication.
droits. Les droits de douane sont calculés, tantôt Postes et télégraphes. Les postes et les télé-
sur la valeur de la marchandise, tantôt en ayant graphes sont réunis aujourd'hui en une seule
égard au poids, à la mesure ou au nombre des administration, et forment un ministère appelé mi-
objets. Le produit des droits dt douane pour 1884 nistère des postes et télégraphes.La taxe des let-
est évalué a 80t ~15000 fr. tres est fixée pour toute la France, par loi du
la
Octrois. Les droits d'octroi constituent nn 6 avril 1878, 15 cent. pour les lettres affranchies,
impôt particulier perçu au profit de la commune à 30 cent. pour les lettres non affranchies par 15
fraction de Des taxes ré-
sur les objets de consommation. Lorsque las re- grammes ou
établies
15
les
grammes.
imprimés, les papiers
venus d'une commune sont insuffisants, un décret duites sont pour
rendu en Conseil d'Etat, sur la demande du con- d'affaires, les échantillons. La taxe pour les dé-
seil municipal, peut autoriser 1 établissementd'un pêches télégraphiques est do 5 cent. par mot
octroi. Les règlements relatifs aux octrois et les pour toute la France, sans qu'elle puisse descen-
tarifs sont arrêtés par décret rendu en Conseil dre au-dessous de 50 cent. (Loi du 21 mars 1878).
d'Etat. Le produit des postes et télégraphes pour !88test
t. Monopoles établis au profit de 1 État.–L'E- évatué à 166 408 000 fr. fE. Delacourtie.]
tat s'est réservé le monopole de la vente de certains TMi'M.SSÏON.–V. Tissage.
IMPRIMERIE ou TYPOGRAPHIE. – Tout d'a-tion de ses enfants. Puis, tonnant de l'extension à
bord expliquons-nous sur le sens réel des motst cet outillage primitif, il aurait imprimé des livres.
<lont on se sert pour désigner cet art qui a litté-Ainsi disent les gens do Harlem, qui veulent avoir
ralement changé la face intellectuelle du monde. l'honneur de la grande découverte. Mais voici
'Ces mots, nous les tenons des anciens (des La-venir ceux de Strasbourg qui, avec plus de raison,
tins pour le premier, du verbe imprimere, des semble-t-il, en réclament le mérite, un de
'Grecs pour te second, des deux mots typos, em- leurs compatriotes, Jean Gœhsûeiseh,pour dit Guten-
preinte et graphein, écrire). Devons-nous en con- berg. Fort bien mais Commenul n'est prophète en
clure que les anciens, ayant les mots, avaient lat son pays, ce Gutenberg,aussi pauvre qu'ingénieux,
chose ? Nous pourrions répondre affirmativement, n'ayant pas trouvé à Strasbourg l'aide nécessaire
si nous ne voulions considérer que l'opération, pour mener à bien son invention, se rendit à
toute naturelle en quelque sorte, qui consisté àMayence, dont il était originaire, et où cet appui
faire qu'un objet portant un relief quelconque enL lui aurait été donné par un riche orfèvre nommé
laisse l'empreinte, l'impression sur un autre ob- Jean Fust ou Faust, qui adjoignit à ses travaux
jet. Presque aussi loin que nous remontions dans son gendre Pierre Schceffer. A l'origine, pouvons-
l'histoire, nous entendons, par exemple, parlernous croire, Gutenberg se servait de caractères
de cachets gravés qui servent à sceller, & au- sculptés sur de petits paralléiiptpèdes de bois, qui,
thentiquer les écrits. Mais les anciens n'allèrent rapprochés les uns des autres, serrés ensuite d'en-
pas au delà, et ce que nous appelons l'imprime- semble, formaient la planche typographique.
rie leur resta toujours inconnu. Ils prirent des em- Schœffer, qui était ouvrier bijoutier, aurait
~)'et~<M d'objets gravés ils n'!))!pf:'mereNt pas dit-on, l'idée de graver les lettres sur acier, eteu, de
dans la véritable acception du terme, tel que nous les frapper sur du cuivre, npur former des matri-
l'entendons aujourd'hui. Ils n'imprimèrent pas ces où l'on pouvait les comar en plomb ce qui
plus que ne le font maintenant les Chinois, qui constituaitun grand progrès. Quoi qu'il en fût,
passent cependant pour avoir connu l'imprimerie moment où le premier ouvrage important allait être
au
plusieurs siècles avant les Européens, mais qui, livré au public, Gutenberg se trouva évincé de
en réalité, ne font, eux aussi, que prendre des l'association où il n'avait malheureusement
empreintes, puisque pour faire un livre ils gra- porté que son esprit inventif; et le livre porta ap- les
vent encore autant de planches que ce livre a de seuls noms de Faust et de Schœner.
pages. Gutenberg trouva peu après un nouvel associé,
Pour nous, l'imprimerie, la typographie réside avec le concoursduquel il
essentiellement dans l'emploi de caractères ou atelier. Mais, soit qu'il fût put monter un autre
las à la suite d'une
types mobiles qui. après avoir été assemblés de longue et très active carrière, ou qu'il eût à subir
telle façon en vue de l'impression de tel ouvrage, de nouveaux tracas commerciaux, après avoir mis
peuvent être séparés et assemblés d'une autre au jour une édition fort remarquable d'une
façon pour l'impression d'un autre ouvrage. C'est pèce de manuel encyclopédique (le Catholicon es- du
là seulement,que se trouve le trait de génie qui Génois Jean Balli), il céda matériel ouvriers
donna naissance à cet art admirable, vers le milieu qu'il avait formés, et son retira
aux
auprès de l'élec-
se
ou dans la seconde moitié du quinzième siècle. teur-archevèque de Mayence, qui l'avait pourvu
Nous ne précisons rien; car une ombre égale en- d'un titre et d'une pension modestes.
veloppe la date de l'invention aussi bien que Il mourut,
dit-on, en )468. La postérité, lui tenant particu-
l'histoire, nous pourrions dire la légende de l'in- lièrement compte des nombreux déboires qu'il
venteur ou des inventeurs. éprouva, et qui semblent être l'apanage distinctif
Tout s'enchaine fatalement dans le progrès. On des chercheurs
sait de source certaine, et pour en avoir retrouvé laire véritable dedelagénie, l'a reconnu comme titu-
magnifique invention; et c'est
les témoignages électifs, que dès le commence- à son de l'aveu général,
nom que,
ment de ce quinzième siècle d'ingénieux artisans, la principale, en reste acquise
la première gloire.
et notamment des ca~'ef~ ou faiseurs de cartes Les premiers livres signés de Faust et de
à jouer, avaient imaginé de graver des planches Schten'er, et le livre publié sans signature par Gu-
de bois dur dont ils servaient pour produire tenberg, parurent de 1456 à 1462 telle serait
de grossières estampes,se qui se vendaient dans le conséquent la date qifil conviendrait d'assigner par
populaire, industrie favorisée par la fabrication aux débuts
du papier de chiffons, qui depuis un certain temps fort brillantspratiques vérité,
de la typographie. Débuts
était venu se substituer économiquement au vélin, en car ces anciens spécimens
nous prouvent que l'art avait atteint dès
au parchemin jusque-là employés pour l'écriture, le principe une singulièrenouveau perfection; si ce n'était la
et dont l'usage était fort onéreux. Il arriva même différence des types employés, ils supporteraient
que certains d'entre eux, ayant gravé plusieurs certainement et presque
planches où le dessin était accompagnéde légendes paraison sans désavantage la com-
avec les produits des plus belles époques
et avait trait au même sujet, en formaient des ca- de l'art.
hiers, qui étaient en réalité de véritables livres et Puisque
qui avaient un débit considérable. C'est nous mentionnons ces types primitifs,
ce qu'on avons-nous besoin de remarquer qu'ils reprodui-
est convenu d'appeler la x,ylographie (de .EM&M, saient les caractères gothiques généralement
bois, et~a~e!'?:, écrire), procédé qui, répétons-le, ployés alors em-
pour
n estautre que celui dont les Chinois se sont servis quoi s'agissait-il,
la confection des manuscrits. De
longtemps avant nous, et dont ils se servent en somme?D'obtenir économique~
sivement encore, mais qui n'a qu'une exclu- ment, à l'aide de procédés mécaniques, ces livres
sorte de que les ~tt~MM ou copistes produisaient
communauté de résultat avec l'~prtm~M de lenteur et devaient, en conséquence, vendre avec tant
prement dite. pro-
piu si
Comment se fit la transition des types invaria- cher. Et, commercialement, industriellement, on
bles aux types mobiles? A cette question répond pourrait même nous demander si le but visé ne fut
la douteuse légende. Ecoutons-la, elle pas de les imiter assez fidèlement pour que la con-
Il y avait dans la ville de Harlem sera brève. fusion ou la substitution devint possible. Eh bien
en Hollande pourquoi ne le constaterions-nous pas? Il est avère
certain Laurent Coster, garde
palais royal, qui, se trouvant à la ou concierge du que les premiers se vendirent bel et bien comme
s'avisa
de tailler avec son couteau des écorces de hétre manuscrits, au-dessous du prix ordinaire, cela va
campagne,
de soi; car c'était en quoi la production méca-
en forme de lettres, avec lesquellesil traça sur du nique pouvait
papier, en les MKjM-im~-l'une après l'autre, songer à l'emporter sur la produc-
modèle composé de plusieurs lignes un tion manuelle.
pour l'instruc- Toutefois il n'en alla pas longtemps ainsi; et
~MC<~ C~ pÏH~CHtC MCpoBtOM~Mt p0t~ obtenus
le moment vint bien vite où les livres,
<~ppoHc~ ~Mc~ ac(c~eqMtf<tH~K~ style ouMM le
secours «
de la plume
du dn roseau,
furent diffé-
<-<tM~ m<tf«MMB M~$tf<ttMM~ renciés des manuscrits par !e soin même
que prenaient tes imprimeurs concur-
t~t6<i?~EHtOtHfqM<!HttMo~~Mrent* d'en indiquer le mode de confec-
~H8~fc~ttpteHS$on!mcaMKKt]M<~t(t~ tion.
Imprimeursconcurrents, disons-nous,
~<Mtnc<~tt<M~~ ~ttH~HeéaRtS<e mencements
bien qu'il ne s'agisse que des com-
de l'imprimerie:c'est qu'en
~HS~~MttCM~qM~OHtC~Me ~M</ effet, quoique Faust et Schcener d'une
Gutenberg de l'autre, eussent
part, et
(OM/ m{~6 &e MH~ ~O~C t~t ~tt Ot~tC~~ attentivement
que
veiné tout d'abord à ce
leur secret restât ignoré, encore
CfMpO!(C66c ntCtOf Me.~fMHMehM~qMit~ avaient-ils dû le révéler à des ouvriers,
Il des aides, dont quelques-uns ne se
~tC~t ~6 que pOC COMïMHMCt~HOMtMttt p firent nul scrupule d'en aller tirer proBt
loin des lieux où ils l'avaient appris, de
Sppc gch~tH<& C'c6 g~e a~t que top !t~ <E~e'telle sorte que l'imprimerie se répandit
Mttnt/ncStHtoweqm OH&Ke;&6~c
avec une rapidité vraiment surprenante..
Les premières bibles imprimées
«H~ MCSpfCC/MMt6 h6 Mte ~ttC~pM~M~ avaient été apportées en assez grand
nombre à Paris, centre intellectuel où
~jCe~MC~e c~e~Hf/qKt:
MSt6~Mt~ng elles devaient naturellement trouver
facile débit. On dit même que les
<tM~tC c$cu«ftM~cèpatttee YD~tM<!t<~<~ un ~crttM)!7M, voyant leur industrie mena-
~bnt$CH6 qHCMM6~HCHt:6p«C~O~<M{t8e< cée, portèrent contre les vendeurs, qui
n'étaient autres qut des émissaires ga-
MK~t ~6C$0~6ÏMMHCt~H~e «HtStOH?~ ges par Faust et Schœner, une accusa-
tion de magie, et les firent condamner
qHC MH~ <tHtifcM!!CM6 bu <tt8S~ ~C~Mp C~
à la prison, a l'amende et & la saisie
M(~tCtC~t pOC~C MMHCt~eO~~tCtM des exemplaires. Mais l'affairevint aux
oreilles du roi Louis XI, qui. s'en étant
~tt9cM&cC«<fcc/ct M~Ïe~.
p«CM~ faitrendre compte, non seulement cassa
l'arrêt, mais encore fit partir pour
t~cH«ttcc ~cwt o~ p<H6MUHe~nt~ Oe6 m~
Mayence (en 1462) un graveur de la mon-
naie de Tours, nommé Nicolas Jenson,
MetdH:6~<xÏH~ eM~M~s&cËt
~o~ufmc « afin de s'informer secrètement de la
taille des poinçons et caractères, an
to~cOc~qHcfcotnpt~c~&~twe moyen desquels se peuvent multiplier
les plus rares manuscrits, et pour en
~HBMt/Oc6ÛMgoM6/ &ee po~MScMcta~ enlever subtilement l'invention. »
L'envoyé s'acquitta très habilement
<< ~MH~tM C~C6<H~tqHC pCt <CMppM< de sa mission, mais, le secret enlevé,
'&H pteS~cc e~ ûn/ ce
et OMM <!M~t)p~6~te au lieu de l'apporter en France, il alla
se mer à Venise, où il l'exploita pour
P~MS~~ v son propre compte. Peu après cepen-
dant, toujours sans doute à l'instiga-
~~<t n~n~Kt~Mt~~c~M~M <~<t&~ tion du roi, qui comprenait « le profit
$Mi:fHt3e~M~c {t~~ea~~a~ct~ et l'utilité
toute la
pouvant revenir dudit art à
chose publique tant pour l'aug-
mentation de la science qu'autrement
trois imprimeurs allemands venaient
s'établir dans une des salles de la Sor-
bonne, où, en l'espace de quatre ans, ils
imprimèrent une vingtaine d'ouvrages.
Entre temps, des ouvriers de Faust et
Schœner, passant les monts, s'étaient
allés réfugier dans un couvent des en-
virons de Rome, où ils firent plusieurs
éditions d'anciens auteurs latins. Un de
leurs apprentis ne tarda pas à s'établir
à Rome même, pendant qu'un autre
transfuge des ateliers de Mayence, Jean
de Spire, allait à Venise, accompagnéde
son frère Vindelin, se poser en concur-
rent de Jenson. Nous ne sommes encore
qu'en 14<.9. En 1410 on compte sur les
divers points de l'Europe civilisée cinq
villes qui voient s'établir des imprime-
ries on en signale vingt de 1471 à )473;
et de 1474 à 1475 trente, parmi lesquelles
Londres, et Valence en Espagne. Dès
lors la diffusion de l'art typographique
est un fait largement accompli, et qui
Fac-simile d'une colonne d'un livre d'Ant. de la Sale (La Salade, va progressant à ce point que les biblio-
OMYrtge encyclopédique), imprimé en 1520.
graphes constatent qu'à la fin du quin-
zième siècle le nombre des édition:
faites par les diverses. imprimeries s'élevait déjà ou moins fantaisistes; par exemple l'italique, dont
!t seize mille. l'usage est universellement consacré pour repro-
Destiné à l'alimentation des esprits et des âmes, duire les mots que l'auteur a soulignés dans son
le nouvel art n'exigeait pas seulement de ceux manuscrit; la normande, qui n'est qu'un romain
qui s'y consacraient une habileté purement maté- très gras l'égyptienne, qui est un romain
rielle aussi le vit-on, presque dès l'origine, exercé écrasé; les capillaires, toutes faites de déliés, etc.
par des hommes qui, le considérant comme une Ces quelques détails purement professionnels
sorte de noble ministère, s'y distinguèrent par nous ayant introduits dans l'atelier typographique
l'union du savoir, du goût et d'un véritable en- moderne, restons-y pour tâcher de prendre une
thousiasme professionnel. Les Alde Jean de idée sommaire des travaux qui s'y exécutent.
Tournes, Dolet, les Estienne, Froben, Tory, Les caractères employés aujourd'hui sont faits
Gryphe, Plantin, les Elzévir, les Didot, pour ne parle procédé dont on attribue la première idée à
citer que quelques noms, sont autant de per- SchœHer, c'est-à-dire que la lettre ou le signe ayant
sonnalités ayant une place d'honneur dans l'his- été d'abord gravé à l'extrémité d'une petite barre
toire intellectuelle des derniers siècles. d'acier doux que l'on durcit ensuite par la trempe,
Nous avons dit, en en signalant la raison, qu'à on se sert de ce poinçon pour former, en le frap-
l'origine les caractères typographiques gardaient pant sur du cuivre, une matrice qui en garde
la forme gothique de ceux qui étaient employés l'empreinte creuse, et dans laquelle, après l'avoir
pour les livres manuscrits, et il en fut de même, placée au fond d'un petit encaissement quadran-
au moins dans la plupart des imprimeries, jusque gulaire, on coule un mélange fondu de 80 ou
vers le quart du seizième siècle, mais notamment 90 parties de plomb pour 10 ou 20 d'antimoine,
durant la fin du quinzième. Aussi est-ce aux livres contenant aussi parfois un peu d'étain, de
imprimés ainsi que les bibliographes appliquent cuivre qui lui donne plus de dureté. Cette ou coulée
plus particulièrement la dénomination d'!K<tCM- refroidie, l'encaissementou moule s'ouvre, et l'on
bles ~du mot latin incunabula, qui signifieà la fois en retire un parallélipipède de métal mesurant
berceau pris au sens positif, et en fance, commen- 23mm,50 de hauteur, sur une largeur et sur une
een~Mts, pris au sens figuré), ce qui est une façon épaisseur dépendant du corps que doit avoir le
de les considérer comme les prémices de l'art caractère, et portant en relief à l'une de ses extré-
typographique (V. le /i!e-sMK:~eci-contre). Toutefois mités (mais renversée) la lettre ou le signe gravé
cette qualificationdoit être pareillementappliquée sur le poinçon primitif. Chacun de ces caractères
à des éditions faites à l'aide de caractères qui, se trouve marqué, au cours de la fusion même,
bien qu'employés par les premiers imprimeurs, sur celle de ses faces latérales qui correspond au
s'éloignent déjà du type originel. Jenson, s'éta- haut du signe qu'il représente, d'un owt dont
blissant à Venise, se servit de caractères beaucoup nous verrons plus loin le rôle. Fondus en quantité
moins hérissés que ceux des Allemands, imitant suffisante de chaque nature, et en assortiment tel
en cela les écrivains français qui, même dans les qu'il soit possible de répondre à toutes les éven-
manuscrits, avaient fait subir une demi-métamor- tualités de la composition,ces caractères,rompus,
phose à la gothique. « Alde Manuce le Vénitien, dit frottés, coupés de façon à ce que rassemblés ils
M. P. Lacroix, dans le seul but de faire que sa soient tous exactement de même hauteur et ar-
patrie ne dût pas son écriture nationale- à un rivent à ne former par juxtaposition latérale qu'un
Français, adopta le caractère italique, renouvelé bloc des plus homogènes, sont livrés à l'impri-
de l'écriture cursive ou de chancellerie, qui ne fut meur. Il y est joint une quantité relative de pièces
jamais qu'une exception dans l'imprimerie, malgré de fonte de même métal, d'une hauteur un peu
les beaux travaux des Alde et d'autres imprimeurs moindre que celle des caractères, les
vénitiens. » L'avenir était pour le caractère romain, lées McacM et destinées à être placéesunes appe-
entre les
de Nicolas Jenson, qui, à quelques modifications mots afin de ménager les blancs qui les séparent,
près, est encore celui qu'on emploiede nos jours. Un les autres appelées, selon leur volume, cadrats ou
type un peu différent, dit Elzévir, est dû aux im- cadratins, devant servir à combler les vides des
primeurs hollandais de ce nom il avait été gravé lignes non achevées ou reculées par l'alinéa; enfin
par les Sanlecque (1625-1628), et offre des formes des lames qui sont coupées à la longueur assignée
plus archaiques que le romain ordinaire il a été aux lignes, et qui, comme l'indique leur nom
remis en honneur depuis quelques années par un d'interlignes, doivent servir à ménager entre les
certain nombre d'imprimeurs. lignes des blancs ou vides analogues à
On désignait autrefois les différentes hauteurs les espaces établissent entre les mots. ceux que
du caractère (ce qu'on appelle sa force de corps) Le compositeur, qui est l'ouvrier chargé d'as-<-
par des noms conventionnels, tels que Philoso- sembler les lettres d'après les indications du texte
pAM-, Ctc~'o, Saint-Augustin, tirés en général du à imprimer, travaille ordinairement debout. Il
titre de l'ouvrage où le caractère de ce corps devant lui une sorte de grand casier placé sur una
avait été employé pour la première fois. Ainsi, pupitre appelé rang; ce casier, nommé casse, est di-
le Cicéro avait servi à imprimer la première visé en autant de compartiments que le texte peut
édition des Lettres familières de Cicéron, parue nécessiter de lettres, de signes ou d'espaces diffé-
à Rome en 1467 le Saint-Augustin dut son nom rentes. Dans ces compartiments cassetins ont
a la grande édition des œuvres de saint Augus- été distribués les caractères livrésou le fondeur.
tin faite à BMe en 1506. Ces appellations ne sont Les compartiments les plus éloignespar de l'ouvrieret
plus en usage aujourd'hui, et on désigne simple- par conséquent les plus élevés, dont l'ensemble
ment le caractère par le nombre de points de force porte le nom de haut de casse, ont reçu les grandes
de corps (corps douze, corps onze, corps dix,sa etc.). et petites capitales, et les signes qui sont d'un
Le point typographique équivaut à 0"376 (autre- emploi peu fréquent. Les autres, dont l'ensemble
fois 1/6 de ligne). Le texte courant de notre est dit bas <~e casse, et qui sont plus immédiate-
~!c<!o?!?!atre dec~~o~te, parexemple.estimprimé ment sous la main du compositeur, contiennentles
avec des caracteres romains de 7 points, non in- lettres ordinaires et les signes auxiliaires qui re-
terlignés. On nomme CM/l'aspect général des carac- viennent le plus souvent dans le texte courant,
tères I'œ!7 peut être gros ou petit, la forcede corps ainsi que les espaces et les chiffres. Le composi-
restant néanmoins la même. Chaque texte courant teur, ayant sous les yeux un feuillet de la copie .e
d'ailleurs, outre ses lettres capitales ou majus- (nom donné au texte qu'il s'agit de reproduire),
cules, comporte pour les nécessités que nous tient dans la main gauche instrument nommé
pourrions appeler pittoresques de la composition, composteur, qui est fait de un deux réglettes de fer
des types de même corps ou hauteur, qui sont plus assemblées en équerre à un bout l'angle est fer
me par un talon de métal, à l'autre est une l'état de ta mue ett pages a M reconnu irrépro-
pièce semblable, mais mobile, qui peut avancer ou chable soit par l'auteur s'il s'agit d'un ouvrage
reculer vers la première et qu'une vis arrête au nouveau, soit par le prote (premier)les on chef de
point voulu, c'est-à-dire à une distance égalant la l'atelier s'il s'agitd'une réimpression, mots bon
longueur que doivent avoir les lignes de la com- d tirer étant écrits sur la dernière épreuve, la forme,
ipOMtien. Le compositeur, ayant tu un mot du bien serrée, à l'intérieur de laquelle la composition,
texte, prend de la main droite, une à une, dans le bien plane, ne semble plus constituer qu'un bloc
compartiment où il sait qu'elles ont été mises, les très résistant, est portée sous la presse pour le
lettres qui doivent servir à composer ce mot, et il tirage ou impression.
'tes place dans le composteur, le cran latéral en A l'origine, au temps de l'imprimerio xylogra-
-dessous, en suivant t'ordre de gauche à droite; le phique, les imprimeurs, après avoir encré leur
mot flni, il ptace une Mpace, et il va ainsi jusqu'à planche a l'aide d'un tampon, et après l'avoir re-
ce que le vide ménagé entre lei deux pièces de couverte de la feuille sur laquelle devait s'emprein-
métal formant les réglettes du composteur soit dre l'image, M bornaient, dit-on, à frotter par
rempli, ce qui indique qu'une ligne est finie. dessus avec un corps dur ou légèrement élastique,
Avant d'en composer une seconde, il place ordi- comme par exemple noaa faisons avec le dos de
nairement sur t ensemble de la première une in- l'ongle quand nous voulons lustrer la place du pa-
<<f/t~n< plus ou moins epaiMe, Mton le p)<m ou pier où nous avons usé du grattoir. Mais ce pro-
,moins de blane qui doit exister entre les lignes. cédéélémentaire fut aussitôt délaissépar Gutenberg,
'Quand il a composé atnN plusieurs lignes, il les qui, voulam obtenir une action plus régulière, ap-
-enlève adroitement dt composteur, et lea met sur pliqua au tirage de ses livres une presse analogue
mne planchette bordée de deux cotés seulement, à celle que de temps immémorial les vignerons
qui a recw le nom de ~crMe, et où le composi- ont employée pour Mtraire le jus de la vendange,
teur les dépose en les massant contre Feacoi- en plaçant toutefois sous le plateau un drap, un
gnure des rebords de la galée. Quand la galée feutre rendant la pressionplus moelleuse et empê-
est pleine de lignes, le compositeur lie provisoire- chant l'écrasement des caractères. Cette presse
ment ce paquet de plusieurs tours de neelte, et primitive est venae jusqu'à nous sans perdre son
glissant ordinairementpar dessous une feuille de principe d'action verticale et d'ensemble sur toute
ipapiar fort, il place ce paquet sous son rang, où l'étendue de la forme. H va de soi que la machine
viendra le prendre le metteur ea pages, pour en de Gutenberg a reçu depuis le xv* siècle toutes
'former des placards. !t est alors tiré de la com- sortes de perfectionnements que noas n'avons pas
position une ou plusieurs ~rntpts; elles sont don- tinteftMn de détrire, et qui en ont rendu le jeu
née* à lire ax «Mvtetettr ot à l'autenr, qui l'un et aussi régulier et aussi rapide que possible. Elle
Tautre marquereet en marge, en regard de chaque est, en somme, composée d'une forte et solide
-ligne, les medincatioM ou eorr<e<!<Mtî qui lear table à chariot, portant la forme qui, après avoir
<emMer<mt devoir être faite* pour la pureté et la été encrée au dehors du bAtis principal, et après
bon)M disposition du texte. avoir reçu la femUe a imprimer, va chercher la
Quand les épreuTee ont été vues, 8n otffrter pression en entrant sous le plateau que fait des-
.procède )t)M chan~meets de lettres, de mots, cendre sur elle un levier qui, mu par le bras de
aux feM<ttMenMt<*de lignes, de phrttses, d'alinéas l'imprimeur,tourne l'écrou d'une vis; un ressort
tndtqués sur l'épreuve. remonte le plateau, quand la pression est donaée.
Le metteur en page*, comme MB nom l'indique, La table a chariot revient en dehors du bâtis on
~t qui d'ailleurs ~ett autre qu'un eomptMteur enlève la feuille, on encre de nouveau, et l'on con-
~natgé d'une tache plus dUNcHe, pt<m déMeate, tinue le tirage. L'encrage s'était fait longtemps à
prend dans le* paquets autant de lignes qm'it en l'aide d'un gros tampon portant le nom <te o<t/
taut pour faire une page; s'il s'agit d'un livre, il y sorte d'entonnoirde bois dans le erem duquel on
ajoute les fottes des pages, les titres, il e*p*ee par bourrait,de la iaiM et qu'on retoavrNt d'une peau
des interlignes les chapitres, M comble par des ca- très fine clouée tout autour do bord. Puis on se
<Irats les nns de page* devant rester Manches, H servit de rouleaux a~ manche, garnis pareillement
intercale s'il y a lieu le* gravure*, les vignettes, de pea*. De nos jours tas roulefMH, coulés en gé-
~tace les notes, e<t&n tout te q)u, formanten quet- iatine, ont tous tes a!vanta,ges de moelleux et de
q<M sorte l'aeceMoire de la tompteitton, n'tppap- âneMe destrabteo.
ttent pM an. tranil eotmmt. Cela Mt, il preeède Notons simplement que tes fsnMtes a imprimer
à l'tntpOtt<t<M), qui corniste à placer et *t espacer ont (Mt être an préahtbte~humectées, et que, s'il il
ces paquets, représentant tapage*, s))r <M MMr~e, s'agit da: trartad soignés, on les soumet au glaçage,
<'e*t-t-4M'e*af <MM tableaostrefsM Meo)s*erted'une qu'opère sne pression pmesante ou un laminage.
claque de marbre, nso* qui au~rd'hm a le plus Une M* ttr&t eHew sont séchées, puis pHées, puis
~ettrent pour phte*)* wae ptaqae de <ttn<e très assembtées, punie nvM, étant broché, peut paraître.
mtie; U tM *e<rre ensuite, au moyen de ~<tM~ Qttetqne glorieu états <~ services qui puissent
<M~< tt de coins, dans un cadre <~ etta<mt de être recenxus à la presse de Gutenberg, oo presse
fer de la grandeur d. la feuille de papier sur of~, ~nt eu diveM tempa a mis au jour tant de
taquett* tfewrrage doit 6tee i«tprM)té. B dispose là ntstgnittque* éaM<MM, et sf laquelle en recourt en-
<haq<M page de façon ce qu'après 1 impreMion, MM powr un certain nombre d'impressions de
'ta feuitte étant pliée sur ette-mem~ dan* <Ba ordm hae Mutes' spëcMes,B eet évident qu'avec notre
<envetn, les pages le s«<oèdw)it FéguBèrommst. siècle en le champ de h mtMMté s'estetaccru si
Aw)f-no<ts besota de fanre MMarquer qme fiu)t- M!MM<i!aNesa*nt, nMsB~dievaitsomner la len-
preatuern d'une feniUe exige t'aetplot de de<M/b~ tour Mtatiw de Ma M«oa t'empêchaitde répon-
<HM q~ doivent swetestiventent imprimer la* dMM dre aM besohttnoavMtm.NOM venons parler no-
fates d)t papier, et <te ttUe maMère que la conti- tamment de Itt dtmmitHt des journaux, qui aurait
nxité dm teM soit cMtsetTée aprè~ le pliage de la été normalement empêchée, st des appareils extrê-
feuille. mement plus expéditt&,aHés d'auteurs par la
Ce s<Mt là, on le comprea~i, autant de détails pu- ~r~o~pM, ne fussent vanna se substituer & t'an-
ret<Mnt teehnologiques sur lesquels nous ne sau- cienne machine.
rions ins!ater, étamt donné que nous ne pouvons LMée des presses tx~enn~tM', appartenant &
faire ici qn''un simple résumé des travaux typogra- un journalisteaméricain, d«teMit,paratt-il, de 1790,
phiques. mais la première fut construite a. Londres en 181t
LortqM, enfin, aprèe une <m plusieursrévisions, pour l'impression du journal le rtMf!, sans que
suiviM~ehacuned'un nouveau travail de correction, toutefois il fût possible d'y voir autre chose que le
point de départ d'un incroyable avancement dans lant des animaux, le mot d'inclinations est réMrvé
fa voie des tirages rapides. Nous ne saurions vouloir à l'ensemble des prédispositions naturelles de la
décrire ici en quelques lignes ces merveilleux ins- sensibilité chez l'homme.
truments pour la création desquels plusieurs prin- Les inclinations peuvent se ramener un petit
cipes ont été mis en oeuvre, et qui chaque jour nombre de groupe. distincts, suivant les objets
d'ailleurs bénéficient de quelque nouveau progrès. auxquels elles se rapportent. On ne peut aimer.
Tout d'abord, et même pendant longtemps, la que soi-même, ou autrui, ou un objet pris en
presse mécanique exigea de nombreux auxiliaires dehors de l'humanité. De là trois classes d'inclina-
humains, véritables esclaves de la travailleuse tions, les unes personnelles, les autres sociales, les
automatique. Il fallait lui présenter les feuilles, autres qui peuvent'être appelées plus spécialement
les recevoir, les lui redonner à imprimer d'un se- MO~M.
cond ctté après qu'elle les avait imprimées sur une Le' tableau ci-dessous présente, groupées sous
face. Aujourd'hui on met à l'une de ses extrémités ces trois chefs, l'énumération de nos principales
un énorme rouleau de papier sans fin, dont on se inclinations:
borne a engager le bout sur ses rouleaux en une
heure elle imprime, découpe, plie, compte et livre, Relatives MNutrition.
dans des corbeilles qu'on emporte à mesure,jusqu'à Eterciee et MmmeH.
15 et 20 mille numéros de journal ne le faut-il pas S t (appétit) ) Reproduction.
corps
ainsi, puisqu'il est actuellementtelle feuille popu- t Amout de la vie.
laire parisienne qui, mise sous presse seulement S
mi][tes
mIxtes A.mmir de la propriété.
5 Amour du bien-être (domicile,vête
vers minuit,se répand au point du jour à un demi- S jt ment, santé, etc.).
million d'exemplaires, dont le texte, à vrai dire, S f Re)~ti~es à t Amour de t'honnem (orfne!t, été.)
composé une seule fois, mais reproduit en 5 ) ~nMurdatommtt<tement([tmbit!on).
ou 6 planches stéréotypées, est tiré par autant de e f Amour de t'indépeNdanee.
machines. o Instinct de société ou MMur des hommet.
S

u
Quant aux procédés stéréctypiques que nous < An'eetioM patriotiques on amour de it patrie.
3 Amourconjugal.
venons de mentionner et qui servent d'auxiliaire à 3
la presse mécanique, bomons-n&usdire qu'ils se S
g f domestiques
Amourpaternel et ma.
tetne).
réduisent aujourd'hui à prendre un moulage, une S éternel.
empreinte de l'ensemble de la composition, et à
couler dans ce moule du métal en fusion qui,
Affections
Affeetion
indhidneUes
(
Amour
~<r.~terneI.
"M'
Amo'ur:
refroidi, produit d'un seul bloc un eliché identique
à la forme composée de caractères mobiles cette S Amour du Beau, principe de l'art.
empreinte est ordinairement prise aujourd'hui en Amour du Yra!, principe de la science.
foulant vigoureusement sur la composition une g Amour du Bien, principe de la morale.
épaisseur' de feuilles de papier humide que
Amour de Dieu, principe de h religion.
l'on fait ensuite sécher et qui donne le moule Notre intention n'est pas de traiter ici en <MtsH
où l'on coule la matière métallique. C'est même à de ce qui se rapporte & chacune de ces inclinations
la flexibilitéde ce moule que l'on doit de pouvoir nous avons voulu seulement en donner une ciassi-
transformer à la fonte l'empreinte plane en forme fication qui permit à la mémoire d'en retenir plus
cylindrique, pouvant s'adapter aux rouleMtX im- facilement la nomenclature. On trouvera des dé-
primants de la presse mécanique. H suffit pour cela veloppements relatifs à un certain nombre de ces
de les placer à l'intérieur d'un cylindre de même penchants de notre natnre aux articles /H~tyt<V,.
calibre que celui de la presse. Quoi qu'il en soit, P<M!t<Mt~, Sensibilité, Jtfcr<t<c.
la stéréotypie pernMtt&n.td'obtenir presque immé-
diatement plusieurs formes semblables à la com-
tiNBE. Histoire gettërah;; t.
primitives. Castes. – –
PopM~t'o~s
Séparée du cofttinent asia-
position première, il s'ensuit qu'on peut tirer sur tique par la gigantesque et infranchissable bar-
autant de presses le même texte, et partant arri- rière des monts Hinmiayas, enveloppée dans sa
ver à un chiffre de tirage vraiment, prodigiem en partie mandionale par l'Océan, t'Inde forme tin
très peu d'heures. Pour les procédés de eMchags toondw s part. ri a'eat anentM regton da. globe
en usage dans la gravure, Y. Sa/OtMMp/a~h'e. plus belle, plus merveilleusement douée. Nulle
Quel que Mit, du reste, le système des presses part on ne trouve une plus TasM quantité de terre
mécaniques, il a toujours pour base un va-et-vient arable, arrosée par de plus nombreux et de plus
mettant successivement en contact la forme typo- magnifiques eouM d'eau, propre à la fois à la eut-
graphique avec des rouleau* fMCMMM, puis avec tnfe du blé et du riz, du palmier et do la vigne
des rouleaux presseurs. qui amènentet appuient la possédant un climat chaud, mais tempéré par des
feuille blanche. La forme est tantôt placée telle aéries régulières de venta et de pfuies. Peuplée
qu'elle a été composée, tantôt rendue cylindrique anjourd'h~ de 240 miM!ons d'agriculteurs et de
par l'opération stéréatypiqne mat~ il &m a~oir marchands, cetteterre favorisée en pmrrait porter
vu fonctionner une; presse mécanique, s'en être et nourrir Mm peine le double.
fait explique!'lejeu et avoir réussi a~ le compren- Cette TMte penitfmi~, d'une form& trian~uîaira
dre, pour prendre une idée juste de cet que peut presque parfaite, ne eommuMiqee' avec le reste da
l'ingéniosité humaine. globe (tes eommunfcMdoM ntaritime~ étant laissées.
Notons, pour achever, qu'en ces demies temps de côté) que par ses deux angtès' nord-ouest etr
une presse mécanique a été présentée qui, tout en noMt~st. C'est en effet. Mr cew dent seut? points
gardant une extrême célérité, permet de &Me Mf que; la bairrière de montagnes s'aMMe et latsss
une même feuille des tirages de diverses cottlenft, deu~ trouvât ast)M vastes, l'une' & t'otfest pM- 1~
non seulement simultanés, maisiencoire'jnttaposëSt vaMeede;Cabeu<, L'mtrba i'ëstpar iaaaute vailea-
Serait-ce le dénué!* mat du ptogree? –Non, car du Btahmapoutra. C'esV par ces deMX Muta poïtKs~
qui dit progrèsne sturait dire-arrêt. Da'ce que neus il n'en faut pas' deutBr; que sont entrées' toutes
avons vu bien des merveilles, nous davonat con. les Ntces' ëtran~res- qui composent aujourd'hui,
clure qu'il nous en Msta bien d'autrasrà.voit'. avec I'ëlemet!t aNMchthone, ht popuiatidn de
[Eugène MNler.l l'Inda.
tNCMNATIONS, – Psychologie, IV. Les Les'habitante primitifs delTn'de appartenaient'~ r.
divers penchants inhérents à. la nature humaine
sont souvent désignés indifféremment par les une race noire, à cheYewt liases, qu~ l'on a nom-
méa ?!f'yf!<o:<~ pour la distinguer (te- la race nègre
d :McKKa<:<Msou d'!w<Mc~. Toutefois, tandisnoms africaine a cheveux crépus-. Ces ~~o~, de pe-
que
le mot d'instinct. s'emploie de préférence: en par- tite taille, aux membres grêles et chétifs, n'ayant
d'autres armes que des pierres taillées ou des bl- ainsi la plus fantastique idolâtrie qu'ait vue le monde.
tons durcis au feu, ne purent opposer une résis- Plusieurs tiède* après la conquête, les Brahma-
tance sérieuse aux premiers envahisseurs, et du- nes rédigeaient les fois de Manou, code antique
rent se soumettre ou se réfogier dans les monta- qui avait été la règle des premiers Aryas, et dans
gnes et dans les marais empestés de l'Inde cen- lequel ils introduisaienttoutes leurs barbares in-
traie, où on les retrouve encore aujourd'hui it novations. Ce code, que l'on a longtemps considéré
Ï'état primitif. Les premiers conquérants de l'Inde comme une œuvre très ancienne, ne date proba-
furent des peuplades jaunes venues du nord-est, blement, dans sa forme actuelle, que du troisième
de la Chine et du Thibet. Comme nous l'avons dit, siècie avant notre ère. Les grands poèmes épiques
ils refouleront en partie les noirs autochthones, du Mahabharata et du Ramayana ne remontent
mais ils se mélangèrent aussi à eut, donnant nai))- eux-mêmes qu'au quatrième siècle.
sance à une importante race de métis. Cette pre- Le BoM<MAnm<. – Le brahmanisme, arme puis-
mière invasion eut lieu à une époque reculée, sante des conquérants aryens, s'était répandu sur
bien des siècles avant l'arrivée des conquérants toute la péninsule, lorsque le bouddhisme vint ar-
Aryas, qui n'envahirent l'Inde qu'environ vingt rêter ton essor. Un prince aryen, Çakya-Mouni, né
siècles avant notre ère. Les Aryas, branche impor- vers <!3<t av. J.-C. dans une vallée du sud de
tante de la grande famille blanche ou indo-euro- l'Himalaya, est regardé comme l'auteur de cette
péenne, arrivaient des plateaux de l'Asie centrale, réforme; mais il parait aujourd'hui prouvé que le
au nord du Pamir. D'une civilisation relativement bouddhisme, sous une forme primitive, existait
avancée, professant un culte d'un naturalisme dans l'Inde bien avant Çakya, peut-être avant
sublime, et parlant une des plus belles langues l'invasion aryenne. En tous cas Cakya, rejetant les
imaginées par le génie humain, le sanscrit, ces doctrines brahmaniques, opposait au système dos
Aryas M divisaient en deux grandes classes, les castes l'égalité absolue de 1 homme, et promettait
Brahmanes ou prêtres et les Kchatriyas ou guer- l'émancipation finale de l'Ame au lieu de l'inces-
riers. Trop faibles par le nombre pour asservir les sante métemptjfchosedes Brahmanes. Le succès du
peuples qui les avaient précédés dans la pénin- bouddhisme fut immense refoulant le brahma-
sule gangétique, ils se les assimilèrent en leur ou- nisme, il se répandit sur l'Inde entière, puis de là
vrant leurs rangs et les classant dans la hiérarchie gagna lIndo-Chine, la Malaisie, la Chine, tout le
brahmanique. Les conquéraats de race jaune for- nord de l'Asie et peut-être le nord-est de l'Europe.
mèrent la troisième caste, celle des Vaichyas, tan- Mais ce succès, dans l'Inde, où il avait eu a lutter
dis que le peuple des métisconstituaitla quatrième contre la puissante organisation brahmanique, fut
caste, celle des Soudras. Quant aux populations d'une durée relativement courte. Sous leur appa-
noires qui ne s'étaient ni soumises ni croisées avec rente humilité, les immenses couvents bouddhi-
les jaunes, elles restèrent en dehors de l'organisa- ques, les congrégations enseignantes, le clergé
tion des castes et formèrent la classe vile et mé- régulier avaient fini par dominer, accaparer le pays
prisée des Parias. Telle est, dépouillée de l'au- entier; l'égalité était devenue un vain mot. Aussi
réole de fables dont l'entourèrent, depuis, les au vui* siècle de notre ère, après quatorze siècies
écrivains brahmaniques, l'origine de l'institution de domination, le bouddhisme disparut complète-
des castes dans l'Inde. ment, radicalement de l'Inde, balayé par une for-
Le Brahmanisme. Védas. Lois de JtfatiOM. – midable réaction. Les Brahmanes, instigateurs do
A leur arrivée dans l'Inde, les Aryas profes- ce mouvement anti-bouddhique,avaient gagné le
saient le culte brahmanique dans toute sa pu- peuple en abaissant encore leur doctrine jusqu'à à
reté, tel qu'il était exprimé par les FM<M, simple lui pour lui plaire ils remplacèrent les Yédas par
recueil d'hymnes et de pnères que la tradition tes Pouranas (tx* siècle), et détrônant les anciens
se transmettait depuis des siècles, et qui ne fut dieux, ils placèrent au sommet de leur Olympe un
rédigé définitivement dans sa forme actuelle que héros populaire, Krichna, autour duquel ils grou-
1400 ans avant J.-C. Les Védas nous montrent pèrent tous les symboles les plus grossiers. C'est
les premiers Aryas adorant la voûte du firma- ce brahmanisme, religion basse, corrompue, indi-
ment et le tonnerre, le soleil, le feu, l'aurore, gne d'un grand peuple, qui règne encore aujour-
les forces de la nature en général. Respectueux d'hui sur l'Inde.
de tout ce qui a vie, ils s'interdisaient la viande Histoire politique jusqu'à la com~M~e mtMM~-
des animaux, ne se nourrissant que de laitage ou mane. Lorsque les Aryas entrèrent dans l'Inde,
de légumes. Des divinités spéciales présidaient à ils se partagèrent en petits royaumes la région en-
chacun des éléments trois d'entre elles, Brahma, tre l'Indus et le Gange, et ce n'est que lentement,
Vichnou et Siva, finirent par occuper le premier progressivement, qu'ils avancèrent dans le pays.
rang, et constituèrentune sorte de trinité, la Tri- Quinze siècles avant notre ère, leur domination
mout-ti, dans laquelle Brahma joue le rôle de dieu s'arrêtait aux Vindhyas, chalne de montagnes qui
générateur, père de toutes choses, Vichnou celui coupe la péninsule en deux parties: au N., l'Hin-
de dieu conservateur,et Siva celui de dieu des- doustanou pays des Hindous, au S. le Dékhan ow
tructeur. Les Brahmanes, chargés de conserver les pays du Sud. C'est à cette époque, sans doute,
traditionssacrées, n'avaient d'abordaucune fonction qu faut placer l'expédition dans le Dékhan qui
fait l'objet du poème du Ramayana. Le roi Rama,
sacerdotale ils cultivaient le sol, gardaient les trou-
peaux, tandis que les Kchatriyas veillaient à la aidé' des populations noires, s'avança dans le sud
défense de la communauté. Mais à peine les et poussa son expéditionjusqu'à Ceylan. Mais il ne
Aryas furent-ils arrivés dans l'Inde, cette organi- fit que traverser le pays en conquérant, et, sauf
sation si simple, si rationnelle,ce naturalisme pur, quelques parties, le Dékhan resta, comme il est en-
se modinèrent rapidement. Enorgueillis par la core de nos jours, aux mains des races jaunes de
conquête, les Kchatriyas s'adjugèrent le gouverne- langue dravidienne. Au moment où Alexandre,
ment des vaincus, tandis que les Brahmanes, en 327, franchissait l'Indus, l'Hindoustan se parta-
abandonnantla charrue, devenaient les prêtres du geait encore en d'innombrables principautés, et
culte nouveau qu'ils créaient pour séduire les Porus et Taxile n'étaient que deux des nombreux
grossières populations primitives. Délaissant les rois du seul Pendjab. Cependant presque à la
pures doctrines des Védas, ils élevaient peu à peu même époque il se fondait dans le bas de la vallée
un monstrueux panthéisme où, non contents de du Gange un royaume, le Magadha, qui, gouverné
faire entrer Brahma, Vichnou, Siva, Indra, et tou- par un Soudra, c'eat-a-dire un homme de la der-
tesles anciennes divinités symboliques,ilsplaçaient nière caste, allait rapidementabsorber tous ses voi-
au même rang des démons ou les grossières idoles sins. Chandragoupta, le Sandrakotès des Grecs,
du calte des aborigènes. Le brahmanisme devenait roi du Magadha, étendait en 315 sa domination sur
1 commencement de
l'influence anglaise dans
l'Indus bouches du que le
empire à ~de. va grandir avec
tout l'Hindoustan, de l Inde Tandis que celle-ci une ra-
installait la capitale de son des Grands-Mo-
Gange, et il receva pidité piditE prodigieuse, la puissance
Palibothra (Patna), sur le Gange, où petit-fils, gols décline à grands pas.
l'ambassadeur grec Mégasthènes. Son222, portait peut AuranzMb
Au ~considéré 61s de Chah Djihan (1658-nui),
long règne de 263
durant puissance de l'empirede Magadha, peut à dernier empereur
comme le M~t~j~arra_
à son apogée lason
Açoka,
sceptre. Ce muM musulman de l'Inde. Lui-même 1 empire
réunissait l'Inde entière
princ~rv'entzétateurdubouddMsme~u~s
et sous son cher les plus belles provinces de par les
~'en~and~ tribu guerrière du DékhM qui se re-
cr~m~; de la religion
principaux propagateurs l'empire se morcela de pand
en une infinité de petits royaumes.
Au Ive siècle de notre ère, des peuplades d'ori- vant ces
nouveau
de Çakya- Maharates
Maha
Mais
pillards sur
Mais ses successeurs indolents enlèvent à la fin
envahisseurs qui leur
Rentier.
le
cMentbient~ de-

rapprochant par leur du xvnt*


x siècle jusqu'à l'ombre du pouvoir.
gine douteuse, quoique se Durant ces dissensions intestines, les Anglais
type des Aryens, tes Rajpouts, passèrent
.~t
l'Indus,
linde augmentent rapidement leur P~sance~n mo-
envahirent en petit nombre
et se répandirent surdes
Mpërie~r. C'étaient
dans leur organisation quelque
les Germains. Leurs
le
le
tribus
chefs
nord-ouest
Rajpoutana et
guerrières,
portaient le
de
le Gange
par~up~n
offrant
ressemblance avec par
titre dee
augr
~ance
men
Fran
vo~ntsu~e
par
qui
en n44
P~
ils se voient
dispute
leur 1~9. l'empire des
le traité de PondicMry leen
point de perdre
menacés
Indes.
par la
Bat us
n54, ils se
Bengale par un
mais tous se considéraientcomme égaux et se voie soulèvement des

d~r~
,roi,
rr~o~ntte~
paraient du nom de Rajpout. c'est-à-dire
fils de ~sFran~
superstitions bar- les
l'emblème d'un che-
sou]

rent
ren1 le
indigènes. En
Dekhan, que le honteux traité de
n5S,
conduits par LaHy-TolIendal conque
de nouveau,
Paris
pusde-
bares, le culte du soleil sous ~3) rend aux Anglais. Ceux-ci, n'ayant
&~S'S~~=~
~s

val et l'infanticide sormais d'autres rivaux que les


opprimés par les. Bouddhistes, accueillirent
conférèrent
ces
)t
son
liaueux
liqu princes deMatssour ou Mysore, Haider Ail

;i-~M.SS
nouveaux venus comme des frères,
leur Tippou-Saib,poussentactivement
titre de Kchatriya et, pour mieux les \s et sons succesaeur
en masse le
sa
dogmes à toutes leurs s~i- leu le traité de
gagner, ouvrirent leurs Seringapatam, et en 1804
nprsdtions Les Rajpouts se répandirent alors sur u capitale,
cap
l'Inde entière, où ils s'emparèrent partout du pou- Bai
voir, mais sans que
Ce fut une conquête
leur
avoir une influence ethnique sur les
plutôt
nombre
qu'une
très restreint
invasion. S
populations, sur
en
ra~ Dés lors l'Angleterre
1lt ratea.
pût
en 18'.?
règne mrtuellement
mais est ëtouftee dans desabandonné
Compagnie des Indes ayant
flots de sang,
son
Conquête MMSM~Me.
Rajpouts, an nouvel élément ~P~ Qua~-e siècles
"rva~Pe~e-indienne.avec
redoutable faisait son

~nd~~am~ n~e ~an,


apparition dans l'Inde. Cent ans franchissaient
Musulmans
es
)fi privilège

nt
pri

Statistique.
1
à la reine Victoria, celle-ci

La vaste péninsule indienne,


est procla-

avec
superficie
&%t~la
l'hégire, en 111, les
s'emparaient du Scinde. A partir de ce i
moment,
de
de
eac~SRégal
territoire
s~ annexe,
ti)nmètres
A celui da l'Europe
occupe une
carrés, représentant un
sauf la Russie,
l'Islam va s'acharner à la conquête
Musulmans
de cette riche
nt
font
~po~ons~
ter

~~m~eM.
la Suède et la Norvège. Sa
population s'élevait

~S
'nd~
proie. Durant deux siècles, les 911, Sabouktighin, ne habitants.
en en 1812 à 243163900
~~&m~
sultan de Ghazni, s'empare
en
de tout
Goudjerat et pille la cité sainte de que le général
le Pendjab
Ln,
en
jusque dans le au carréa (non compris Ceylan), égal à quatre
Somnath.
rai foi
tri le~toire
tres
fois
~~ah'"ou'pr~!ndigenes
de l'Inde s'étendent

de la France, avec une population


d'habitants.
Koutaé, esclave affranchi de Mohammed Ghor, s'em- m- de 190 millions
me de l'Inde, Raj-
et, usurpant la couronne, se proclame possèdent encore
pare de Delhi, Indes. Ses successeurs étendent jnt pouta,pc Maharates, Sikhs, etc.,
kilomètrea carrés, pres-
empereur des ut territoirè de 1 428 OOU
domination jusque dans le Dékhan. En 1397, un grand que la France, et peuplé
leur farouche dévastateur, ur, y yue trois fois plus
Timour Lang ou Tamerlan, le

~s~
Delhi, et itte quitte de
dE 48 millions d'habitants.
dans linde un terrnoirEterritoire
envahit l'Inde, prend et brûle
le pays qu'il abandonne à
sordre.
Daolat Lodi, un aventurier
l'anarchie et au dé-
<té.

sur de
La France
Po~~J~
conserve
509 kilom&tres carres avec une
d ~uOO~mes;
de
sujets.. et le
population
[Louis Roussetet.J
le trône resté vacant et le Tamerlan,
1525, et
Delhi Baber, descendant de
laisse à son
fonde la dynastie des Grands-Mogolsoude
fils.
s'empare,de
En
T!S=~:&~–~B
de
Ti-
iNDCCTION.-V.M~mM<vn-
a
avec 445 000

j~MitTRIE. – XXXVII.
Histoire de France,
Histoire générale, X~A\u,
Le mot Industrie,
mourides. Son petit-fils Akbar le Grand
amène
prospérité l'Inde à unn'a
qu'elle plus possédé depuis. Sous
couvre de
(i555-t605)

routes et
;0&)

,ouss;
de
IJ
degré de grandeur et de crivéea d'une même source, il est vrai, et pins ou
de r
n
même, de ne pas confondre.
son règne, le pays se développe, de magnifiques iuea parenté
p dit Ch. Coquelin (Dict.
canaux, l'agriculturese Dans lo langa~e vulgaire, n'entond guère par indus-
monuments s'élèvent. Conquête anglaise. d'économiepolitsque),on
°'°1' c
trie genre d'opérations, plus ou moinw
commencent apparattre iltro t que ce amène à 1 état
MaAs~é~ les Européens V~codeGamad.ube
Portugais uble compliquéea, par lesquelles l'homme spontanés d~;
dans l'Inde. Le
c
produits, dits fabriqués, lea dons
~de~c~e~~ucces~
le cap de Bonne-Espérance et
atteint en 1498 8 la
lbu- la
Albu-
de
(
1 nature ou les fruita
igais sol, généralement désignés sous c'est
Portugais
directs de l'exploitation
lo nom de matiéres
la manu fac-
du

querque prend et brûle en 1510. LesBombay. En pTemières. L'industrie, en ce sens,


s'établissent sur la côte àd'Angleterre Goa et à 1
opposition à Cagrlculture et su com-
autorise
ae la ture, par

=S=xr~
1599, la reine Élisabeth Encore convient-il d'ajoutermonde que, par suite
fondation de la Compagnie anglaise des Indes, s, et merce.
qu'aprise dana le manufacture, moderne
le premier ambassadeur de la nouvelle société
té se se de l'eatensiou qui
dea forcea naturelles, la
E~Tcce~d'A;b~7~
présente en 1603 à la cour de l'empereur Akbar.
:bar.
au-
l'emploi
au- était à l'origine
à
le façonnage des chosesmécanique· la maiu,

~se'm~l les Anglais à fonder des factoreries


Ahmedabad. Cette date mar- et par masses en sorte que le nom
d'industrie ss
~ura~. Cambaye et
restreint de plus en plus à ce qu'on appelle, quandtnd On a dû, sans doufe, pour mettre de l'ordre
on veut préciser davantage, &; grande MefM~fC. rie. dans 1 exposition des phénomènes, partager ce do-
Un industriel est celui qui a sous ordres un marne immense en un certain nombre do parties
ses
personnel d'une certaine importance et dirige des plus ou moins nettement déHmitées.
ateliers étendus. Nous avons
tappeté tout a t'heure ta ciassincation vulgaire
Dans un sens plus large, on comprend la déno-
no- ~fMM/<MM, industrie, co~m~-ce; nous rappene-
mination d'industrie tous les travaux,sous en ton< cernent, sans commentaire, ceMe t
que! qu'en
soit l'objet, qui s'apptiquentà la matière ou ten- beau-
en- coup dégards plus complète ptus
dent à un résultat matériel mais on en exclut les mats plus dehors de ta langue
occupations intellectuelles du savant, de l'artiste,
de l'administrateur. Un chimiste, un physicien,
te.
en
adopte M. Dunoyer:
suMMs~t
dans ce sens, feront de l'industrie lorsque, dans a~-ico/e, ~a~/ac<MnA-een industrie et
et
i' ~M scientinque,
courante, qu'avait
~)M~?~/M
M~cf.M,
tns et eo!<M~'&'e; :° M~
une usine Maquette ils seront attachés, ils déter- ?- o.?MM~ Mr Ao~
pann~ësoueUM

'r'
mineront la compositiond'un bain de teinture,ins- distingua ceUes U
talleront un moteur électrique, on surveilleront
la préparation d'un sel ou d'un acide destiné a mt
.s- qui s'occuMM~
ceties qm ontpan,. objet t~catibn ~e
sp nN~
n
tac~u~MS-
du'e~~
la ~M, ceUes qu'4 tendent &
ta
vente ou à l'alimentation des ateliers ils n'en fe- fe. taon et des ~a~u; onttra~
ront pas lorsque, dans leur laboratoire,ils cher-
cheront les lois d'une combinaison ou se livreront
ceHe9
W~e Mit, parmi
~nt ces class.ncat~ns, catle qu~ fon adopte,
à des études d'un caractère actuellement théorique. t9. ciusMn commune se dëMM âne coh-
to~oMs~de Mbse~a-
Un agriculteur ou un horticulteur, de même, fera
de l'industrie lorsqu'il élèvera des bestiaux des .ra t.on des fa~ c'est qnel~'p,~ df~~e
n~t~
ndust~eu~r~~estl'~të!
ou M mouvement
volailles, effectuera des croisements ou produira
ra ret personne!, contenu çh,n&me temps ~e~
des espèces nouvelles en vue du profit; il n'en
~P~
en mu~ par concurrence; efque S~ibSe

P~
fera pas lorsque son mobile sera l'avancement des que'.to.t~e dan~
connaissances agricoles on la ffatistaction de C-est aus.i tien

's~s
m !e grand organisme du trayaii, et Uen~
goût pour tes beaux animaux ou les plantes son que ma~d~
des

dë~
rares.
.s. étroits unissent ensembie la ~andenr
Des leçons, des conférences, seront une industrie
pour le. chef d'institutionou pour le professeur qui
en vit; elles n'en seront pas une pour l'ami désin-
ie et ~grandeur tnorate, ravaccement des science
?-'
pA.~1:
a- pmspérité, p:l"JVe~.
téressé de l'instruction qui ne compte
ueine.
Dansun troisième
sens. enfin, plus
pas sa
étendu et ~E'°ys~
is
tivées arl raISon d'11eur, fel1,Wté. ne sontpas cul~
'a tioerte..)~u on ëlarg)sse la formule- en raïson:)ip.I
de

S~'&N~
en réalité plus exact (car il est aisé de voir que dee terrea ôn ',rl,ettp, )'u,l)lve~Ji,té ~es Qu'au
les distinctions précédentes sont forcément incer- E
le pro(essjons,
taines et jusqu'à un certain point arbitraires),dans
!f sens économique et philosophique du
mot. onn n'est âptlçq chos~ ~8 l'~p.nt;,ijlatIl,I\l graduelle

~~ES~
embrasse sous l'appellation générale d'industrie le do
tous les travaux, de quelque ordre qu'Us soient, t, hpmaine, d'abord dé~adée gl, tO!lIWJ, à la
qui tendent à assurer l'existence et le développe-
ment de ITiumanité en pourvoyant à la satisfaction
de ses besoins. L'industrie, ~&S'S'Sg?r.R'X
et à la liberté.
ainsi entendue, c'estnIt dana 1 ancien monde 1 antiquité
dignité

l'ensemble des travaux, tant intellectuels


tériels, par lesquels l'homme, <?- M~-M-Na- que ma- i- jCe régime, e,t que dans

par excellence, exerce sa domination sur la naturee berté, et il est le lot d'Atrea
entière vécu sous
le IJPuvea.J¡.' il Ila subsisté
?~P''°?°~ en de cette œuvre, les lumièresa pas. I On a par,lé de jours
qui ne s'appartiennent
qui 1 éclairent et la sécurité qui la nos (je 1'ouvrfér.e, çomme
observations de l'astronome qui relèveprotège Less d'unec nou"ea\lt~ i~pie, qu'auçurl siècle n'aurait
la carte dess cconnue avant 1e n$tre. 11
cieux en font partie aussi bien l'art de l'onti- quoiq,u'on y ay¡¡.it des ouvrières,

&
cien qui fabrique les lunettes que c ert ait dit, et des ou,Vriers, auasi, fort
1 intervention du gendarme qui ou les boussoles ett misérllblcs,
r mè!pe, et fort m.6»riSés. dana
prévient le désor- monde le vigux
dre ou du magistrat qui réprime la fraude n'y B
t
estt taier~; dee
gaiqn
~"ç.es, !JIlli.. ce q,il
e'e'fcà-djr~ y a,ait surtout. c'é-
pas plus étrangère que celle du mineur qui extrait bpmmes rédpits
la houille, du voiturier qui la t à 1a CQIld¡tlon d~ bétail et q: l/JstrnDJents
chauffeur qui l'enfourne. C'est transporte ou du Sana
S entrer â cet égard dans des détails pâat~its.

°' "e M~
plaçant, ;place esx I,ill~~ (Y.. ~sc~~vQge), dont la
point de TM que Rossi a pu direenqu'un se à ce p
juge ou un l'industrie
l' s.o1\8 UI}, tel r,égime que pourait être
préfet vendent de la justice ou de l'administration 1. ~n faisapt dlJ. tra-

~T~~
!ë~
comme le boulanger vend du pain et le marchand norait v
n le t~:VI\II; et, el1 désb,oQpr,ant le on dés,bo-
étoffes. ~co~ tput éjaq et, tpnts éner~e. Ettravail

~~es~
,lui e¡¡leyait on
a rangé le professeur, le médecin et le en sépa-
parml'Iea producteurs de richesse au moraliste r. la Jouissan.ce ds 1 eftDl't qui en
le
que mattre de forges, le charpentier et le vifme- titre le
'fc. sel, on, 'fW, en,lèv, à, I$fois
tpqte saveur et
est
ron; procurer l'instruction, a-HI dit, la santé ta plaisir, la bride com!11o à

res~n?~i~
lesquellesle travail, même te p!us matériel
deshommes~
res sains et honnêtes, n'est-ce pas la pourvoir des de
instruments de production tes
J.-B. Say avait dit, plus anciennement plus
on 1.~gf
choses sans'
s'an-Att. {i!

précieux? M
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f!" tl!~t~~ 1~1\ qo"vQf~i~es ei

~I'n.mm~?"?'
i homme, q C est apn. motemr,
professeur
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il ~u~s lea, eai-
p01lf le, maltre ey
tB stimuiant et le &eM de ia responsaS

"eu'
et son ven~aur..Mn rémunérateur
pour

qu'une seule industrie «II n'y a Aussi a-t-OH remarque que dans p
tes sociétés à
considère son but'e~ abonden~Mmnte
ses résultata énéraux; il ~sciaves
es tes Brodmtsde ~e
<I°4e,
sidère la variété de leurs procédésmilledes où tant & ~mne-
Xsq~~ agissent. »
et
si l'on con-
matikres :ments
ml
reté
et de r<ch.esse se mMent à tant de grossiè-
dec~r~
C'ellt à la technologie qu'appartient
la description prr
l'énumération de ces madère le
nous n'avons à envisager ici que les lois eénéra~es st,
et de mis~e mais les produit
~?'M''t.es de ce queie. ~aJs~ppM courMia ies
et insuNtanta: c'est & peine
du travail ou~ telles que
révèle et que l'histoire tes montre de l'homme les compte
0
si, parmi les m~enhons de ces sociétés,
o'. quetquM-unes d'un intérêt vraiment on en
en action, nera). L antiquité, en particulier, succombé gé-
lé a sous
ses vices autant que sous les ravages des Barbares. hier, et la garenne, sans compter les pillages et
Elle ne produisaitplus assez pour se soutenir. les violences personnelles, ont, malgré des adou-
L'un des principaux effets du christianisme, très cissements graduels, continue jusqu'à la fin de
certainement, a été de relever le travail. « Quicon- l'ancien régime d'écraser les terres et les gens.
que ne travaille pas n'est pas digne de manger Aussi la première de toutes les industries, l'indus-
a dit saint Paul, faisant des tentes pour joindre trie nourricière, était-elle misérable, et les famines
l'exemple au précepte. « Qui travaille prient a dit fréquentes; telles que personne, si haut que fût
à son tour saint Augustin. Et dans les primitives son rang, ne pouvait se flatter d'en éviter toujours
communautés de l'Orient, comme plus tard chez les atteintes. On a vu, en 1663, des personnes
ces moines de l'Occident auxquels est dû en partie K vêtues de soie tromper nne faim de deux jours
le défrichement de l'Europe, le travail, la sueur avec du son bouilli et M"" de Maintenon, en 1709,
même, étaient d'obligation stricte sudore tuo à Versailles, a dû manger du pain d'avoine. Quant au
vesceris pane. Les outils étaient bénits et consa- pauvre peuple, les rapports officiels des intendants
crés et mainte légende témoigne de l'estime dans à Colbert le montrent dévorant l'écorce des ar-
laquelle étaient tenues les K vertus qui sortaient bres et broutant l'herbe des champs et le régent,
des mains, vouées au labeur même le plus rude. sous Louis XV, apporte au Conseil du pain de fou-
Des siècles se passent cependant avant que gère pour faire voir au roi de quoi ses sujets se
l'esclavage ait disparu du sein des nations nourrissent.
devenues chrétiennes. A l'esclave succède non La condition des artisans, ou de l'industrie pro-
l'homme libre, mais te serf et bien des entraves prement dite, était-elle beaucoup meilleure Sans,
encora pèsent sur le serf (V. Servage). Le chris- doute, en se groupant dans les villes, les de
tianisme, en outre, s'il relève le travail par un métiers, comme on tes appelait, avaientgens pu se
coté, le rabaisse par un autre; car il a pour la ri- donner un peu de la sécurité personnelle qui
chesse et pour tes moyens qui la procurent des manquait presque totalement aux paysans. C'est
anathèmes dont toute trace n'est pas ejfacée en- même de ce besoin de défense que paraît être née
core. Il prêche le renoncement, il exalte la pau- la corporation. Ces hommes faibles, qui s'élevaient,
vreté et il conserve, à l'égard des travaux manuels dit Rossi, « comme des plantes tendres, et frêles,
ou salariés, cette expression de serviles à laquelle au milieu des épées et des faux tranchantes
on n'a pas cessé d'opposer celle d'occupations s'étaient groupés, parce que l'isolement pour eux
libérales. L'oisiveté, en même temps, est considé- eût été la ruine et la mprt, pour travailler, pour
rée par les puissants du jour comme un privilège exister. La corporation fut d'abord une armure dé-
non moins que'l'ignorance. Tel déclare aèrement fensive gênante ou non, il n'y avait pas moyen
ne savoir signer, vu sa noblesse, et tel autre se de s'en passer.
vante d'être de race vivant noblement, c'est-à-dire Mais avec le temps le caractèrede cette associa-
sans rien faire. La plupart des professions font tion changea, et à l'esprit de légitime défense, qui
déroger; et quoique le commerce maritime, le en avait été, l'inspirateur, succéda l'esprit d'op-
K grand commerce soit au nombre des excep- pression et de monopole. Les maltres,
tions admises, lorsqu'un gentilhomme en Bretagne sion d'une situation faite, toluvèront bon en posses-
de fermer
est contraintpar la pauvreté à s'y livrer, it dépose la porte derrière eux aux nouveaux venus; et les
son épée et ne la doit reprendre que le jour où il rois, de leur côté, après avoir, comme saint Louis
aura entièrementrenoncé au négoce. Les Thébains lorsqu'il fit rédiger le t.~re des mestiers, songé
dans l'antiquité allaient plus loin ils exigaient,de surtout à la loyauté du travail et à la bonne con-
la part de ceux d'entre eux qui s'étaient souillés fection des produits, songèrent a battre monnaie
par l'industrie ou le commerce, la purification de avec les faveurs et privilèges qu'ils octroyaient ou
cinq années d'oisiveté complète avant de pouvoir maintenaient en vigueur. Ils en vinrent peu à peu
entrer au Sénat. Les temps sont bien changés ne à afhnner, comme Henri m, que « le droit de tra-
nous en plaignons pas. vailler était un, droit domanial et royal, que le roi
Des articles spéciaux, sont consacrés, dans ce pouvait vendre et que les sujets devaient acheter,
Dictionnaire, aux Communes, au Commerce, aux et à déclarer, comme Louis XIV, a qu'au roi seul
Paysans, etc. On y trouvera ce qui ferait double appartientde faire des maîtres ÈSrarts. ? u
emploi dans celui-ci; il nous suffira d'ailleurs, pour L'histoire des corporations demanderait à elle
donner une idée de la condition de la masse labo- seule un volume. Disons seulement que deux faits
rieuse et par conséquent du trayait pendant le principaux caractérisent ce tégime 1° la classifi-
moyen âge, de deux citations. cation officielle des métiers, les règlements
L'une est de ~eaumanoir, le jurisconsultede la defabrjcation etlasurveillanceavec destinée' à en garan-
féodalité « Le sire (le seigneur), dit-il, peut tir l'observation et X" la limitation du nombre des
prendre aux serfs tout ce qu'ils ont, et les tenir maitris.es, dans plus d'un corps, de métier, et, dans
en prison toutes les, fois qu'il lui plait, soit à ceux mêmes où le nombre n'en était pas limité,
tort soit à c~-ot<, et il n'est tenu à en répondre fora l'obligationde se. faire accepter par les maîtres en
à Dieu. » exercice, l'apprentissage foMé, le, ehef-d'œu.
L'autre est de Guibert de Nogent, chroniqueur Yre. et les,avec formalités de réception.
du xnc siècle. « Communes, dit-il à son tour, est L'impossibilité d'arriver librement Ma ma!trisc)
un mot nouveau et détestable; et voici ce qu.'on c'était évidemment la coalition permanente des
entend par ce mot. Les gens, taillables ne paient mattres contre les ouvriers et contre le public;
plus qu'unq fois l'an à leur seigneur ce qu'ils lui l'exclusion de quiconque portait ombrage
doivent et s'ils commettent quelque délit, i)a; en déplaisait, l'impuissance pour quiconque récla- ou
sont quittes pour. une amende légalement nxéo. » mait. « Le consommateur, dit Turgot, a toujours
Il y a eu des serfs, il ne faut pas t'oublier, jusqu'à tort. »
la Révolution la lutte de Voltaire contre les L'apprentissage forcé, c'était une servitude tem-
moines de Saint. Oaude, sur le territoire desquels poraire, généralement fort longue, sept, huit, dix
on ne pouvait demeurer un an et un jour sans ans, au profit des maîtres, et d'ailleurs sans issue
compromettre sa liberté et risquer de faire per- la plupart du temps. C'était aussi, a défaut du mé-
dre à sa famille tout droit sur son héritage, est là tier qu'on avait appris, la jjermeture des autres.
pour l'attester. Les tailles arbitraires,les corvées, « Tu as appris à faire des clavecins, dit
les taxes de toutes sortes, contre lesquelles a si ce propos Rossi on n'en fait plus, mais onencore à
fait des
courageusement travaillé Turgot, les droits de harpes, et tu pourrais y réussir. Tant pis pour toi
banalité (four, pressoir, moulin et le reste), le tu n'en feras pas.
gibier du roi, le gibier du seigneur, et le colom- »
Pour ce qui est des règlements de fabrication et..
de la divisionofncielle des professions, la moindre gnale Lyon, en t744 notamment et en t7M, d'ef.
réaeïion montre ce qu'il faut penser de cette pré- froyablescrisessuivies dt grèves et d'insurrections;
tention de « l'orgueil administratif. f En fait de chaque fois ta ville est pendantplusieurs jours aux
travail tout se touche et tout se modifie. On ne mains des ouvriers, et l'ordre n~st rétabh que par
peut, comme dit très bien M. Droz, « concilier des une occupation militaire. D'ailleurs, remarque-t-il
goût* et des besoins changeants avec des règle- justement,« les maux les plus apparentsne sont pas
ments immnaNes;et c'est un singulier moyen de toujours~ les plus réels.Des génération* entières
perfectionner les arts que de leur interdire le pro. ont pu se succéder, végétant et mourant les unes
grès. Aussi n'hésite-t-il pas, après avoir justiNé après les autres, sans même concevoir la pensée
cette conclusion par des exemples, a appeler cette d'une situation meilleure. Le silence de l'histoire
consécrationde la routine « une guerre perpétuelle cache à lapostérité ces misères muettes. Elles n'en
« de l'administration contre l'industrie. » Quelle sont pas moins réelles elles sont même d'autant
situation, dit pareillement M. F.Cadet (fM~ot.H- plus tristes pour qui saitréaechir qu'elles sont plus
brairie centrale des publications populaire*), que générâtes et moins faciles à guérir.
celle d'hommes enfermés dans ce dilemme: ou C'est donc de la chute des corporations que date,
étoutTer en eux l'esprit d'invention, ou violer la loi7 en France au moins, l'émancipation matérielle et
,Telle était pourtant, au siècle dernier encore, la morale de l'industrie, l'affranchissement du travail
situation commune, et l'on n'y échappait, exception- et l'anranchissementde l'homme qui travaille. En
neliement, comme Réveillon,le célèbre et malheu- Angleterre des règlesanaloguesavaient été édictées,
reux inventeur des papiers peints, qu'en obtenant notamment par le statut de la cinquième année
l'érection de son établissement en manufacture d'Élisabeth, ou statut des op/M'Mt~M; mais iu mal
royale. a Les règlements, d'ailtenrs toujours avait été moins grand,grâce à cette habitude d'ap-
violés, < s'entassent sur les règlements. Colbert a pliquer les lois dans leur lettre qui est un des
lui seul en lit cent quarante-neuf. Les procès de traits du caractère britannique. Les dispositions
leur côté se multiplient A s'éternisent.La querelle restrictives n'étant observées qu'it l'égard des in-
des fripiers et des tailleurs, sur la distinction d'un dustries et des localités formellement visées, le
habit neuf avec un vieilhabit, dure plus de deux travail avait pu trouver la liberté sous d'autres
siècles; eUe durerait encore sans la suppression noms ou dans d'autres lieux. Le carrossier, dont le
des maîtrises. < De t5'!8 a H67, les saveuers et les métier était réglementé, ne pouvait faire de roues
cordonniers se disputent pour arriver à la défini- mais l'ouvrier en roues, au sujet duquel la loi se
tion d'une vieille botte. Les oyers-rotisseurs,les taisait, pouvait faire des carrosses. Les centres
poulaillers, et les cuisiniers, d'une part;« les mer- manufacturiers pour la plupart n'étaient pas villes
ciers, les gantiers et les bonnetiers-chapeliers, de à l'époque d'Élisabeth t)s se trouvaienten dehors
l'autre, sont également aux prises et < le Parle- des entraves imposées aux villes, et pouvaient se
ment rend des arrêts contradictoires, maistoujours développer librement. De là, sans aucun doute.
graves, sur le droit de vendre de la viande cuite pour une bonne part, l'avance prise par l'industri''
ou crue, de faire des sauces, sur le nombre des anglaise.
plats de Meassée a porter en ville, oa sur la C'est à Turgot d'abord, à la Constituante en-
quantité de gants ou de chapeaux à mettre en éta- suite, que revient, en France, l'honneur d'avoir
lage. t brisé les chatnes de l'ancien régime industriel.
On n'en finirait pas d'énumérerseulementlesvices Turgot, en H76, après avoirmagistralement dressé
de ce régime. « Patrons et ouvriers en souffraient l'acte d'accusation des corporations, et non moins
également. Les patrons étaient gênés dans leurs magistralement proclamé, dans un immortel
moyens d'action, dans le nombre d'apprentis et préambule, la charte du travail libre, faisait rendre
d'ouvriers qu'ils pouvaient faire travailler, dans par Louis XVI, et enregistrer par le Parlement (au
leurs achats et leurs ventes, dans leur fabrication prix d'un lit de justice, il est vrai), un édit par
et leurs privilèges ne les empêchaient pas de souf- lequel, sauf l'imprimerie,la pharmacie, l'orfévrerie
frir des privilèges des autres. Les ouvriers étaient et les offices de barbiers-perruquiers-étuvistes,
enfermés dans une profession, et ne pouvaient toutes les professionsétaient déclarées libres.
d'ailleurs,sauf de rares et dispendieuses eKep- La coalition des privUégiés le renversait, quel-
tions, espérer d'arriver à la maîtrise. ques mois après, et détruisaiten grande partie son
On a dit que, du moins, la corporation étant une œuvre. Mais la Constituante ia reprenait, et après
famille, dont l'ouvrier faisait partie, il était cer- avoir, par l'art. 2 de la loi du 2 mars 1791, sup-
tain de ne jamais être abandonné; la confrérie, primé « les brevets et lettres de maltrises, et tous
sainte et bienfaisante union de fraternitéchrétienne, privilèges de profession.sousquelque dénomination
ne lui offrait-elle pas un refuge assuré? C'est une que ce soit, elle déclarait, dans l'art. 7, « libre
erreur. < Ni compagnons, ni apprentis,dit M. Le- à toute personne de faire tel négoce ou d'exercer
vasseur~ tvalent droit aux secours ils n'étaient telle profession, art ou métier qu'elle trouvera
pas plus a au bénénce de l'aumône qu'aux bon, souft la condition seulement « de se pour-
autres av tages de la communauté. Les maîtres voir d'une patente, d'en acquitter le prix et de se
seuls et le re veuves en profitaient. Encore fallait-il conformer aux règlements de police. Ce ne sont
que les sq ours fussent sollicités. En réalité, dans plus H des exclusions ni des faveurs ce sont des
,une sociét fondée sur des privilèges, chacun est mesures d'ordre, plus ou moins bien entendues,
jaloux de' elui qu'il possède, » et c'est de l'un à mais les mêmes pour tous, et qui laissent le
l'autre un* cascade de dédains. Les bourgeois mé- champ libre à toutes les ambitions comme toutes
prisaient lea artisans; « ce mépris, les artisans le les capacités.
rendaient avec usure aux ouvriers, et ceux-ci, Telle est, depuis bientôt un siècle, sauf quelques
i« de leur coté, ne ménageaient guère les appren- exceptions qui ne sont peut-être pas toutes suffi-
ti*. samment justiûées, mais qu'il serait trop long
Au point de vue social, en somme, au point de d'examiner ici, la condition du travail en France.
vue moral, aussi bien qu'an point de vue profes- Il est libre, à l'intérieur au moins, qu'il s'agisse
sionnel, le régime de la réglementation était dé- de culture, de commerce ou d'industrie'propre.
plorable. La dignité humaine n'en souffrait pas ment dite. A l'extérieur la cause est pendante, et
moins que le travail. ce n'est pas une des moindres questions de l'heure
On a dit aussi qu'il n'y avait alors ni chômages présente. Chacun, quel qu'il soit, est seul maître
ni grèves, et que les difficultés contre lesquelles du choix de sa profession; et chacun, dans cette
lutte notre temps étaient inconnues au temps profession, marche comme il lui convient, à ses
Mssé. Cela n'est pas plus exact. M. Levasseur si- risques et périts
On sait quelles ont été les conséquences de ce chesse, en tout cas, infectée dans sa source, e:t
changement; et quel essor ont pris, une fois déli- le plus souvent le prix de la rapine et de l'oppres-
vrés de leurs entraves, non seulement la produc- sion, et l'industrie, pour H peu qu'elle existe, est
tion et le commerce, mais la science. M. Moreau à toute heure la proie du brigandage. De là,
deJonnès,dans son livre surla Statistique de ft?!- pour le dire en passant, tes anathèmes, alors trop
dustrie en France, a montré cette industrie, ai- justifiés, dont le souvenir pèse encore sur la ri-
franchie de la veille, sauvant la France en 1T92, et, chesse.
pour premier emploi de sa liberté, improvisant les Les hommes cependant, par la guerre même ou
plus merveilleux moyens de défense et d'équipe- parles voyages, voient s'élargir peu àpeu leur hori-
ment. M. Droz qui, comme tut, avait connu l'an- zon. Des productions inconnues leur sont révélées i
cien régime, et pouvait parler pertinemment de des désirs nouveauxsurgissenten eux. Des échanges,
ses vices et de son dénuement,a lui aussi, dans d'abord rares, et bornés naturellement,sauf pourles
une page non moins remarquable, attribué à <t de la courtesdistances, aux objets rares, les seuls qui puis-
liberté donnée à l'industrie, dans l'intérieur sent supporterdes déplacements difficiles,commen-
~'E<<!<, la facilité avec laquelle la France, dans le cent à s'opérer, et le commerce, auquel la sécurité
premier tiers de ce siècle, a supporté tant de cala- est indispensable, impose, sous peine de refuser
mités et répare tant de ruines. Nous avons fait, ses services, de premièreshabitudes d'ordre et de
plus récemment, la même expérience c'est assu- loyauté. Il exige en même temps de premiers
rément à la puissance de son activité productrice, moyens de communication des sentiers sont tra-
affirmée avec tant d'éclat dans la dernière Expo- cés, des lignes de caravanes s'organisent,et la na-
sition, que la France a dû la rapidité avec laquelle vigation s'essaie le long des côtes pour se hasarder
elle s'est relevée des désastres de la guerre étran- bientôt plus loin. Peu à peu, avec les choses, les
gère et de la guerre civile. hommes se mêlent, et les idées s'échangentcomme
Le même Moreau de Jonnès écrivait, à la pre- les produits. Et non seulement on vend et l'on
mière page du livre qui vient d'être cité, les lignes achète, c'est-à-dire on porte ici ce qui était là et
que voici là ce qui était ici; mais on s'associe et l'on obtient,
« Abandonnée aux esclaves chez les peuples de par des rapprochements que la nature n'avait pas
l'antiquité, dévolue aux serfs pendant tout le faits, des ressources nouvelles et des produits d'o-
moyen âge, enchalnée jusqu'à nos jours par les rigine humaine. Ces trouvailles, souvent, sont
jurandes et les corporations, l'industrie a passé dues au hasard mais souvent aussi, au lieu d'at-
quarante siècles au moins dans la servitude, ran- tendre patiemment les heureuses rencontres, on
çonnée comme un ennemi, vendue comme un cap- veut aller au-devant et l'on cherche, au risque de
tif au pouvoir des pirates, opprimée dans les ne pas trouver. On observe, on expérimente, on
moindres actes de son travail et de son intelli- raisonne; des faits connus on déduit des lois, et
gence, châtiée comme le nègre et méprisée comme des lois on déduit la possibilité, la certitude même
le paria. Elle est aujourd'hui libre, riche et ho- d'autres faits. La science ainsi emprunte sa lu-
norée elle est l'arbitre des destinées des premiers mière à la pratique, et son tour l'éclaire. La
à
peuples du monde, qui lui doivent à la fois leurs chimie, la physique, la mécanique, la minéralo-
trésors, leur puissance et leur civilisationraffinée. » gie se mettent au service de la production; les
Ces lignes peuvent paraître, au premier moment, outils se perfectionnent;les machines se multi-
dictées par un enthousiasme exagéré. Elles ne plient la vapeur, l'électricité, en réduisant sous
sont, en réalité, que l'exact résumé de l'histoire de les pas de l'homme l'espace et le temps, agrandis-
l'industrie. sent sa place sur la terre et de plus en plus lui
Aux premièresheures de l'humanité, l'industrie, permettent de dominer la matière. Ce n'est plus
à vrai dire, n'existe pas. L'homme n'est qu'un ani- le bras alors qui est l'outil, il n'est que l'in-
mal qui, sous l'impérieuse impulsion du besoin, termédiaire par lequel la pensée commande à
cherche autour de lui la pâture et l'abri. Il ne l'outil. La navette et le marteau, selon la prophé-
produit pas alors; il consomme, on pourrait dire tie peut-être inconsciente d'Aristote, marchent
qu'il <Mt)<M<e. Aussi a-t-il bientôt épuisé le coin de seuls, et le labeur servile n'est plus nécessaire.
terre sur lequel il se trouve jeté, et lui faut-il, Et non seulement il n'est plus Au nécessaire, mais
pour végéter péniblementd'une vie misérable, des il est impuissant et dangereux. perfectionne-
espaces immenses. Mais l'intelligence chez quel- ment de l'outillage le perfectionnement de
ques-uns s'éveille, la prévoyance apparaît; aux l'homme doit répondre. Pour conduire les puis-
ressources spontanées de la nature on songe à sants et délicats engins de la mécanique moderne,
ajouter des ressources préparées par la main de pour ne pas compromettre à toute heure, par de
l'homme; on façonne le bois, la pierre, le métal; fausses manœuvres, non seulement le travail,
on creuse des tanières ou l'on élève des huttes; mais le matériel, et le personnel lui-même, il iaut
on garde des animaux ou l'on multiplie des plantes. des hommes a l'abri des témérités de l'ignorance
Toutefois le cercle dans lequel s'opère cette ac- et des irrégularités de l'insouciance. De là, comme
tion est étroit encore, et l'effort matériel y do- pour le maniement plus délicat et plus dangereux
mine. Les muscles, mal armés, restent le principal encore de la machine politique, la nécessité d'une
outil, et contre les résistances sans nombre de la instruction plus générale, plus étendue et plus
nature cet outil est trop faible pour remporter précise. De là aussi, par une inévitable réaction,
d'importantes victoires. Quelques-uns seulement, l'élévation du niveau général, et la mise au jour
les plus forts et les plus habiles, en se faisant des d'une foule d'aptitudes qui, dans d'autres condi-
autres des instruments, arrivent à se procurer tions, se seraient toujours ignorées. L'industrie,
quelque aisance et quelque luxe relatif la force dit admirablement encore M. Moreau de Jonnès,
est le grand moyen d'acquisition, et l'esclavage donne aux hommes la nourriture et le vêtement i
soutient, à la surface des sociétés, un état-major, elle change les torrents en force motrice, la foudre
au fond bien mat pourvu lui-même, d'hommes plus en messagère, et fait du soleil un peintre à nos
ou moins libres qui se disent la nation et la cité. ordres. Par elle les hameaux deviennent des
Le Spartiate, selon la vieille chanson dorienne,la- villes, et la richesse éclôt dans les déserts. Mais
boure avec sa lance et moissonne avec son glaive; « elle fait mieux, elle féconde les esprits par ses
il n'en est pas beaucoup plus heureux pour cela. inspirations. Un pauvre ouvrier, un barbier, un
Le Germain, d'après Tacite, estime honteux d'a- filateur, un tisserand, » un mineur, un Arkwright,
cheter au prix de la sueur ce que le sang peut un Jacquart, un Stephenson, « deviennent des
payer; sa vie ne paraîtrait guère enviable aux plus mécaniciens habiles, des hommes de génie, qui
humbles de nos ouvriers contemporains. La ri- reculent les limites du possible, et agrandis-
sent la sphère où semblaient enfermées à jamais MttpSTMES CLASSEES. – V. Sa/MOftM M.
nos destinées. C'Mt beaucoup de préeeMet le MK)'tfe.
peuple des intempsties et de la malpropreté, q<n tK~i.ORESCEKCE – Betaxtqae, VIII.
attiraient sur non aaoêtMt les Béam mettMriers –
terme d'tM/ïcfe~MMee s'emploie dans deux accep-
Le
des épidémies; mais oest davantage de « don, tions il signifie tantôt l'Mran~emeat des aeurs
ner aux populations t'acMvité du corps et de l'es.. sur la plante, tantôt un ensemble de fleurs non.
prit, qui agrandit leurs. facultés et les rend eapa- séparées les unee des autres par des teuilies bien
htes d'accomplir la ~stton départie à ftomme développées
sur ta terre, celle de gagner M vie paf son ta~ Dam *ne inaoMMexee, <M appeBe p~<<OM<t~M
beur. De tous les phémomène*, t~ pttaa nnpop. oup~Ao~M teeuto qui supportent tM tteara, et
tant pour t& moraliste et le pMtosepbe e'eat tfac~M tee tMiMes a raieseMe desqoeUw naissent
pertBctionnMttent de l'entendement h)MMia pa~ !et pM<MMa~M; ces bnMtëMmMqxentdma quel-
ta diffuion det coaMiManee* utiles. L'indMtttt 'lues inbeeœ»eee,pat
ques in~MMeeBtM. ad --Ille- 4_.lear
eMttp~ dans oeUes des
moderne a fait na)tM par iM hM~)Mttx)~die M*
nécessités pin* de. desMMteaM, de MttatatewM,
eMcMh-M. Les bMeMw ~ft~ <)MM tw farme
forme;
<!Iea Mat g6aëft)exKmo petttM (MetHe}, n<et<nbM.
de, mecanicient, de ehimiete*, que tous tee enset- neweet, TNttet,
<m dtverMm<nt to<0féee<.
gnements n'en avaient pn Meduu-e pendant dea On nomme, axe )Mnm<t<~ <t~ l'inawMaeene~ le
siècles. Elle a infuse dans dea population. no~- p4donoate oommttn d'où n<t!MMtt tMe les
breuMa des habitudes d'ordre, de devoir, de fe- eM demMU antres
prennent tes non» d'~tBM Me<n<~<fet,
flexion, de recherche, etc. Enatt, et pour terni- <MM <<f«a<~M suivantleur ordre d'apparition.
ner cette longue et incomplète nomenclature, c'est L'Maoreacence est dite <M/!Mte lorsque son axe
à 1'industrie que~ le monde moderae doit les no- primaire et tous auxquels il donne nais-
tions x, tzèSiMsufatantesasaurëment, «d'économie sance se terminenteeat par tme fleur (mouron des ot-
politique qu'il possède, » MMM, ancolie, etc.).
Où s'arrêtera ce mouTenteat? n serait témé- L'innoFescence est tM<«!~e torsqw t'Me pfi-
raire de le dire. Le passe, quel qu'it soit, ne donne maire, au lieu de se terminer une fleur, s al-
qu'imparfaitementla mesure de l'avenir. Mais il longe MMMnniment et que tes par aenM sent portées
est, dès maintenant, parmi les conditions du déve- sur les branches secondaires nées a l'aissetle des
loppement industriel et scientifique dont nous feuilles de t'axe primaire.
sommes témoins, des conséquencesqui s'impo- Les aenra sont M/ttan~, quel que soit te mode
sent, comme s'est imposée la liberté intérieure, et <Hndorescence,torsq~M chaque pedonoateest sim.
qui avant peu s~ réaliseront. Au, premier rang est ple, qn'H natt immédiatement de la tige, et
la nécessité, .pour tourtes peuples, d'étendre leur montre isoté~ des autree par des femUes se
peu défor-
sphère d'action et de devenir~ de plus en plus, méest
par tours achats et par leurs ventes, les fournis- Les CeaM t~sTMe~ Mt ~fOMpt sont tantôt poer-
seurs et tes clients les. uns des antres. t'mdustne, vues de bractëea et tantôt nues.
le commerce, ragrioaltnre elle-même', à mesure 7n/tor<MeMCM indéfinies. Les inflorescences-
qu'ils augmentent la puissance cte leurs moyens, indénnies sont ta grappe, le co~MAe~ l'OM~e,
sont forcés d'augmenter leurs ressourcée, et de l'épi et le capitule.
franchir les limites, non seulementde leur terri- La yojfpe est ineorescen~e dont te~ axes
toire propre, mais des oontinenta. Le travail, quoir secondaires, à peuune près égamt, naissent le long' de
qu'il en ait, devient international. La fraternité, l'axe primaire. La~Mtppe :tmp/e est oett6 dont les-
avant de passer dans tes esprits, est dé~t dans les pédicettes naissent immédiatement de l'aM pri-
faits. Aucun peuple. fut-it le plus riche et le plus maire et se terminent par une fleur ~réséda, gro-
sobre du monde, ne peut plus se suffire il est, seitie). liA y~ppe cot~mot~o ou paMtCM~e est une in-
à toute heure, et sous mille formes, en relations florescence composée dans laquelle tes a~as secon-
avec les autres et si, par son fait ou sans son fait, daires nés de l'axe primaire se ramifient en axes
ces relations, comme pendant la guerre de Crimée tertiaires (yucca). Le txmMM~ se nomme thyrse
ou la guerre de la sécession américaine, se trou- quand tes pédicelles. du milieu. sont plus longa
vent interrompues, n souffre. dans sa nourriture, que ceu dos ewtnSmitea, et quo l'ensemble de
dans son vêtement, dans son travail, aujourd'hui en rinuoresoenoe présente une firme ovoïde.
proie à la disette du blé et demain à la famine du Le conym&e est une inflorescence voisine de la
coton. Ainsi le veut ta solidarité croissante du grappe, danslaquelletes pédiceiles inférieurs, beau-
genre humain, et c'est l'intérêt, c'est t'industrie coup plus longs que les supérieurs, mettent les
qui, ici encore, au nom du pregrès matériel, com- fleurs sur un m6me plan, formant ainsi une sorte~
mande le progrès moral. C'est elte qui, après de parasol rayons inégaux.
avoir rapproché les viHagea, puis les provinces, et L'ombelle est une inflorescence que l'on peut
créé les peuples, rapproche les peuples eux- comparer à une grappe dont l'axe primaire extrê-
mêmes et peu à peu les pousse vers cette société mement raccourci est réduit à une surface étroite)
du genre humain que nommait déjà Gicéron, MCt'e- et dont les axes secondaires, égaux entre eux, par-
<<M 0<MM« humani. tent tous d'un même point. L'ombelle est simple
L'industrict on te voit, n'estf donc autre chose quand les axes secondatresseterminent chacun
que l'exploitation, d'abord grossière, puis moins une fleur. L'ombelle est e<wtptM<< quand les axes se.
par
imparfaite, puis savante et- puissantedu globe par condaires émettent chacun des axes tertiaiMS dis-
le travail. Elle est l'ascension graduelle de posés eux-mêmes, en ombelles si les que l'on
l'homme non seulement vers le bien-êtret mais nommeombellules(carotte). Les bractées des ombel~
vers la liberté, vers l'égalité, vera la justice, vera les, ramenées sur un même plan, puisque tous les
la paix, grâce à l'e~pénence qui éclaire et a la axes secondairespartent d'un même point; forment
science qui découvre. OEuvre~ non de la main, unYerticelIe que l'on appelle ttHK~Mcre l'om-
mais de l'esprit, elle agit sur la matière sans belle tout entière, et 'nuo/MceMe quand ilpour embrasse
doute, mais pour It dompter et pour s'étever au- la base des rayons de chaque ombellule.
dessus d'elle. Et c'est pourquoi il ne faut pas mau- L'épi est une grappe dont les axes secondaires
dire en elle, a bien dit M. de Fontenay, a le progrès sont nuls, de telle sorte que les fleurs sont sessiles
matériel e il faut saluer et bénir n le signe maté- sur l'axe primaire (plantain); h'~pt est dit com-
riel du progrès, lequel est moral. « Nous avons posé lorsque lesaxessecondairesde l'innorescenM,
des corps, avait déjà dit Franklin, mais nous au lieu de fleurir, produisent chacun un petit épi
sommes des esprits. » distique nommé épillet (blé). L'épi prend le
[Frédéric Passy, de l'Institut.] nom de chaton lorsque ses fleurs sont incomplètes
(chêne). Le chaton lui-même est désigné sous le blent ble naître sur des feuilles ou sur des bractées.
)C.-E. Bertrand.')
de co~tf oa s<fo~!7e lorsque ses écailles sont
nom
grandesetépaisses(pin);il est désigné sous le
le cha-
ÏNFUSOtHES.
1
MO~CAHONS.
t
– V. Protozoaires.XIX; Agricul-
– Météorologie,produites, soit
nom de spa<<t<:e lorsque dans sa jeunesse
bractée nommée ture,
tu; IV. Les inondations sont
ton est enveloppé par une grande des pluies prolongées ou extraordinairement
spathe (arum pied~te veau). Le spadice rameux des par pal
soit la fonte rapide des neiges
palmiers a reçu le nom de f~t~e. abondantes,
ab( par
Le capitule est une inflorescence dans laquelle acf accumulées sur le sol dans les jours antérieurs.
les fleurs sont agglomérées en tête sur un récep- Il
1 est impossible d'établir, par une formule gé-
tacle commun c'est un épi aplati dont l'axe pri- né! nérale, les relations qui existent entre le volume
maire s'est refoulé sur iui'mème de haut en bas des de! eaux pluviales qui tombent sur le bassin d'un
(composées). Le capitule, de même que l'om- fleuve Be et le volume des eaux débitées par le fleuve.
dernières sont le résidu de l'évaporation du
belle, est ordinairementmuni a sa base de bractées Ces Ce
transpiration des plantes, qui changent
dont l'ensemble forme un mvolucre. Tantôt cha- sol et desaison la
que fleur du capitule est(camomille)
pourvue de sa bractée, avec
av~ la et le climat, avec la nature et l'incli-
réduite à l'état d'écaille ou de simples naison na des terrains, avec les cultures de chaque
poils (bleuet). D'autres fois, toute trace de ces région. rej L'observation locale pourrait seule ren-
bractées intérieures a complètement disparu (pis- seigner se! à cet égard, par la mesure du débit de
senlit). C'est au capitule qu'on doit rapporter chaque cb ruisseau, comparée avec la somme des
l'inflorescence du figuier nommée A~pan~oatc. pluies pli que reçoit son bassin d'alimentation. Cette
C'est un réceptacle très déprimé qui porte des usure comparaison,
co commencée par M. Belgrand pour la
incomplètes, enchâssées dans des enveloppes à Seine Se et ses affluents, lui a permis de formuler les
bords déchirés. Les fleurs mâles occupent le haut règles rè pratiques de l'annonce des crues prochai-
de la tige, et les petites écailles qui ferment son nes ne aux populations menacées. Ces règles sont
orifice représentent un involucre de bractées qui appliquées ap couramment par M. Le Moine, élève
dans l'état normal ceindraient la base du récepta- et collaborateur de M. Belgrand. Une commis-
de commun, comme cela a lieu dans les capitules nombre sil hydrologique fonctionne depuis un grand
sion
ordinaires. d'années à Lyon pour le Rhône et la
Dans la grappe, l'épi, la corymbe, l'ombelle Saône;
Sa M. Poincarré en a établi une à Bar-le-Duc
simple, le capitule, la floraison se fait soit de bas pour
pc la Meuse. Il est à désirer que de semblables
institutions
in s'étendent à toute la surface de la
en haut, soit de la circfmférence vers le centre de France.
l'inflorescence.
/?:ore<ceKCM définies. Les inflorescences dé- Les inondations sont rares dans la saison d'été;
6nies sont désignées d'une manière générale sous M celles qui s'y produisent sont dues à de violents
le nom de cymes; les principales sont les cymes or orages, à des trombes d'eau, qui peuvent parcou-
~tparM et les cymes MHtparM. ri des bandes de terrain assez longues, mais
rir
Cymes bipares. Pour former une cyme bi- généralement g< étroites. Leur soudaineté produit
fleur dont le pé- qi1 quelquefois de grands désastres, surtout quand les
pare, la tige se termine par une les flancs d'une grande chaine de
doncule porte à sa base deux bractées à l'aisselle nuées n~ longeant
de chacune de ces dernières na!t un axe secondaire m montagnes, leurs eaux se réunissent rapidement
terminé lui aussi par une fleur dont le pédoncule dl dans les thalwegs des vallées. Le plus générale-
porte inférieurement deux autres bractées, dans ment m ces inondations sont locales et ont peu d'ac-
l'aisselle desquelles naissent deux axes tertiaires ti tion sur les grands cours d'eau. Dans cette période
terminés chacun par une fleur. Il y a donc là une d~ de l'année, en effet, la végétation dans toute son
série de bifurcations portant chacune une fleur dans activité a; retire du sol de grandes masses d'eau
son aisselle. Si, au lieu de bifurcation, en chaque q' qu'elle verse dans l'atmosphère sous forme de
point naissaient trois branches de second ordre, vapeur; v. la terre peut donc accepter des pluies
la cyme serait dite tripare (cerastium). copieuMS
et sans en être saturée et sans ruisselle-
Cymes unipares. La cyme unipare a pour ori- ments n] superficiels abondants, surtout quand sa
gine une cyme bipare dont une des branchesavorte surface s~ est peu inclinée et que sous-sol est per-
le

coMM..
constamment à chaque nouvelle division. On dis- méable. n au contraire, la végétation
tingue deux sortes de cymes unipares les cymes Dans la saison froide, considérablement
MMMMM'<Ms scorpioides et las cymes unipares héli- est e! peu active et l'évaporation
réduite.
r' La terre perdant moins d'eau est plus
La cime unipare ~corp:oMe est ainsi nommée promptement
p saturée par les pluies dont l'excé-
parce que l'espèce de grappe unilatérale qu'elle dant d fait gonfler les rivières et les fleuves.
constitue, et dans laquelle la formation des fleurs i Une différence non moins grande est produite
marche de la base au sommet, se contourne en par p la nature du sol et du sous-sol.
volute. Son rachis résulte de la superposition d'un Il est des terrains perméables par eux-mêmes et
grand nombre de petits axes nés les uns des autres. q qui reposent d'autre part sur des sables, des gra-
Les fleurs, toutes situées d'un même côté en deux viers
v ou des roches fendillées au travers desqne)-
files longitudinales, sont opposées à tout autant de hles l'eau s'infiltre aisément.
prairies sauf
Ces
dans
terrains sont im-
le voisinage des
bractées situées de l'autre coté du rachis (myo- propres
p MX
sotis). ccours d'eau, à moins que les pluies de la région
La cyme unipare hélicoïde (hémérocalle) ne dif- ne
t) soient fréquentes ou que l'on puisse irriguer
fère de la cyme scorpioïde que parce que les neurs en t
e été les vallées secondaires
qu'elle porte, et les bractées qui leur sont oppo- Bment dépourvues de tout cours d'eau et le ravine-
y sont ordinaire-

spirale.
i
sées, s'élèvent le long du rachis suivant une ligne Bment des terres y est exceptionnel.
il est d'autres terrains, au contraire, qui sont
On désigne sous le nom de glomérules ou cymes argileux a et reposent sur l'argile ou la marne, ou
contractées des cymes à pédicelles très courts, bien 1: qui sont assis sur des roches compactes. Ces
queUe qu'en soit d'ailleurs la nature spéciale. t
terrains sont toujours frais; les sources y sont
Plusieurs auteurs (MM. Duchartre et Decaisne)nombreuses, r et les prairies naturelles faciles à
appellent inflorescences mixtes celles qui parti- établir. 6
cipent à la fois des inflorescences définies et des9 Les uns et les autres se comportent tout
inflorescences indéfinies (labiées, mauve); et l'on différemmentif sous l'action des pluies un peu
Dans les premiers, les eaux du ciel
désigne sous le nom d'inflorescences épiphylless prolongées. 1
celles de certaines plantes dont les fleurs sem- pénétrent 1
profondément dans le sol elles échap-
pent ainsi, en partie, aux racines des plantes et bateaux employés sur l'Elbe. On l'attribuait
se rassemblent lentement dans tes nappes sou- déboisement; mais il s'est également produit surau
le
terraines qui émergent au dehors en sources gé- Volga, dont l'immense bassin n'a subi que des
néralement abondantes et ne subissant dans leur déboisements relativement imperceptibles. Il y a là
débit que desoscillationsgraduelles et relativement des oscillations climatériques à longues périodes
peu prononcées. Dans les seconds, les eaux du qui se sont déjà reproduitesplaceurs fois, et aux-
ciel, arrêtées à une faible distance de la surface, quelles se surajoute l'influence du progrès des
restent longtemps disponibles pour la végétation sociétés humaines. De nos jours encore, on voit,
locale; le surplus suinte du sol en sources nom- dans des régions depuis longtemps déboisées de
breuses dont le débit suit de très près la marche la France, des sources anciennes disparaître
des pluies. Dans la saison où ces dernières sont peu
à peu, tandis que les innondations d'hiver persis-
abondantes, et surtout si le terrain présente des tent et s'aggravent.
déclivités très accusées, les eaux ruissellent en Le drainage des terres, le curage des ruisseaux,
outre à la surface, et se rendent directement dans le desséchement des marais, diminuent de plus
en
les cours d'eau dont le volume augmente avec plus les eaux dormantes les résidus des eaux
rapidité et décroît ensuite avec une rapidité pres- pluviales s'écoulent plus promptement les
que égale. Neuves dont les crues sont plus rapidesvers
et plus
Tout cours d'eau dont le bassin est composé en hautes, en même temps que les nappes souter-
majorité de terrains imperméables, soit par eux- raines ont moins de ressources d'approvisionne-
mêmes, soit par suite de leur déclivité exagérée, ment. Mais il est une autre cause dont on ne
est à régime torrentiel les crues y sont souvent tient pas suMsamment compte en été. Autre.
subites et violentes,mais peu durables. Tout cours fois nos champs ne portaient que de maigres ré-
d'eau dont l'ensemble du bassin est composé de coltes et les jachères étaient fréquentes. Aujour-
terrains perméables garde des allures tranquil- d nui une culture pins parfaite
a augmenté les
les. Ses crues sont lentes et aussi ses décrues. rendements; les plantes fourragères remplacent la
Cette diiférence de régime se retrouve tou- jachère, et leurs racines vont profondément puiser
jours, que les terrains soient nus on boisés. Sur Feaudu sol qu'elles rendent a l'atmosphère à l'état
les terrains imperméables du Morvan, le Ruz de vapeur. Or, si on considère que chaque kilo-
de la Grenetière. dont le bassin est entière- gramme de blé produit enlève à la terre de 1000
ment boisé, passe par tes mêmes alternatives que à 1200 kilog. d'eau, et que le sainfoin, le trèfle, la
le Cousin, dont le bassin est aux deux tiers déboisé. luzerne, en dépensent deux ou trois fois plus
D'un débit de 2'!00 mètres cubes par heure en que le blé, on comprendra que plus les rende-
hiver, il peut tomber à sec en été. Les passages du ments s'élèvent, plus la proportion des eaux plu-
régime d'hiver au régime d'été, et réciproque- viales consommées par les récoltes augmente,
ment, y ont lieu en mai et en octobre comme dans plus aussi est faible la proportion qui s'en écoule et
les terrains déboisés. Dans les régions de la vers les sources. C'est la loi nécessaire du progrès
Champagne pouilleuse, à peu près absolument agricole et qui se retourne contre ce progrès même.
déboisées, mais à sons-sol très perméable, nous Le seul moyen d'y pourvoir est d'aménager les
voyons, au contraire, les eaux de l'Ardusson, l'un eaux d'hiver, toujours surabondantes, rarement
des principaux amuents de la Seine, ne varier que utiles et fréquemment désastreuses.
de Om,20 en hauteur dans ses plus fortes crues. En C'est à leur origine même qu'il faut lutter contre
dehors du climat et du mode de répartition des les dangers des inondations et si nous ne pouvons
pluies, le régime d'un cours d'eau dépend donc rien sur les pluies, nous pouvons, du moins, en
essentiellement du degré de perméabilité et du rég'i)ariser les effets.
degré d'inclinaison des diverses parties de son Dans les pays à pluies fréquentes et générale-
bassin. ment modérées, le ravinement des terres est peu
Les bassins de la Loire et de l'Allier sont pres- à craindre, sauf par le débordement des eaux ve-
que entièrement composés, dans leurs parties hau- nues de plus haut. La végétation naturelle suffit
tes, de terrains Imperméables leur lit, presque a à la défense du sol contre l'exagération desypluies
sec en été, a besoin d'être endigué, et souvent il qu'il reçoit. Le reboisement et le déboisement n'y y
déborde en hiver. Dans le bassin de la Seine, au sont qu'une simple question d'exploitation du sol
contratre, les terrains perméables sont en majo- et de rendement maximum. Il n'en est plus ainsi
rité le régime du fleuve est mixte et ses crues dans les pays à pluies torrentielles et à pentes ra-
sont complexes. Jusqu'à Montereau, la Seine a des pides. Alors même que le sol en serait naturelle-
allures tranquilles à partir de ce point, l'Yonne ment perméable, il n'y suffit plus à l'absorption
lui apporte des eaux torrentielles. Les crues de des eaux qu'il reçoit. Une forte partie de ces eaux
l'Yonne passent toujours avant les crues de la Hante- ruissellent à sa surface; si cette dernière est nue,
Seine qui ne font que soutenirles premières mais les ruisselets forment des ruisseauxdont la rapidité
si plusieurs crues se succèdent de manière, par et la puissance d'entraînement augmentent avec
exemple, qu'une seconde crue de l'Yonne coin- leur volume; ils deviennent bientôt des torrents
cide avec une première de la Haute-Seine, le vo- dont rien ne peut ralentir la vitesse croissante.
lume total des eaux charriées par le fleuve peut Les terres sont ravinées et charriées au loin. Leurs
prendre de grandes proportions. L'annonce des parties les plus fines et les plus précieuses sont
crues de la Seine n'est pas fondée sur le régime emportées à la mer où elles sont perdues sans
des pluies il est plus simple de s'appuyer sur les retour; les graviers qui se déposent, d'autant
allures des petites rivières, particulièrement des moins loin qu'ils sont plus lourds, encombrent les
rivières torrentielles qui résument le mieux les lits des rivières et forcent leurs eaux à se frayer
effets de ces pluies sur le sol, et que l'expérience d'autres voies en propageant le fléau et ses ruines.
a montré être le plus directement liées aux crues Il ne s'agit donc plus ici, seulement, d'aménager
générales qu'il importe de signaler à l'avance. des eaux nuisibles pour les riverains d'un fleuve,
Le régime de nos cours d'eau n'est pas invaria- mais de conserver dans la montagne les richesses
ble il change beaucoup d'une année à l'autre et, que le temps y avait accumulées et qui lui appar-
de plus, il se modifie graduellement avec )e temps. tiennent, tout en les empêchant de devenir une
L'affaiblissement de leur débit a été général en cause de ruine pour les pays situés plus bas.
Europe depuis le dernier tiers du siècle dernier, Là où les longues sécheresses, la déclivité trop
et Berghauss, en partant de cet affaiblissement, prononcée du terrain, les abus de la dépaissanee,
prétendait que s'il continuait, il faudrait dès lo ont rendu le gazon impuissant lui seul à défendre
milieu du siècle actuel changer le tonnage des le so], le déboisement a été une faute et le reboi-
sement est devenu une impérieuse nécessité. Les tous sens, plus développé chez les mâles que chez
moins leur caractère les femelles,de même que les antennes. En dessous
crues n'en conserveront pas répri- de la tête s'ouvre la bouche, entourée de pièces
torrentiel, mais leurs dévastations seront
mées. La montagne gardera sa terre et cessera buccales très diversiBées, servant aux insectes à
d'encombrer les lits des torrents; les eaux rencon- la préhensionde leurs aliments, soit à l'état solide
trant plus d'obstacles à leur écoulement,auront importance soit à l'état liquide, et qui ont une très grande
moins de tendance à se réunir, elles auront moins pour la classification des insectes, la-
d'impétuosité dans leur descente; une plus forte quelle est fondée à la fois sur les ailes et sur les ap-
proportion pourra rester sur place, dans la terre pendices qui entourent la bouche.
protégée par sa végétation. Les crues torrentielles A l'intérieur, les insectes offrent toujours l'a-
hau- à la région opposée à la bouche (caractère de
en seront donc allongées et réduites dans leur
de
nus
supériorité animale), tube digestif compli-
teur. En même temps les eaux, moins chargées qué plus
avec un
flexueux. Un incolore
détritus du sol, rendront possibles les travaux d'a- et ou moins sang
ménagement destinés à les répartir sur la saison circule entre les divers organes internes, qui en
où elles font défaut. sont baignés, sans qu'il y ait de vaisseaux propres;
Mais si le reboisement de certains cantons mon- il reçoit l'impulsion, d'arrière en avant, par une
tagneux est une opération préliminaire indispen- série de cœurs placés au milieu du dos (vaisseau
sable, il faut se garder d'y chercher la solution dorsal) et dont on voit très bien les mouvements
complète d'une question encore plus vaste. Il est de contraction sur la chenille du bombyx du mû-
des cantons entièrement boisés dont les inonda- rier ou ver à soie. L'air, destiné à l'hématose du
tions sont presque aussi redoutables en hiver, et où sang, pénètre dans toutes les parties du corps des
la sécheresse n'est pas moins nuisible en été. Il insectes, contenu dans des tubes, ou cylindriques
faut aménager les eaux d'hiver; l'intérêt de l'agri- et maintenus béants par l'élasticité d'un fil spiralé,
culture, qui est l'intérêt du pays, l'exige impé- ou renflés en ampoules d'autant plus volumineuses
rieusement. Il faut y pourvoir à l'aide de travaux que les insectes adultes sont meilleurs voiliers.
d'ensemble, mais qui sont variables suivant les Ce sont les trachées, qui s'ouvrent sur les cotés
conditions spéciales de chaque région et qui ap- du corps par des orifices nommés stigmates, en-
pellent le concours simultané de l'ingénieur et tourés d'un cercle corné, le p~fiMnte, et si visibles,
du forestier. V. Irrigations. [Marié-Davy.] par une coloration différente, sur les flancs de
INSECTES. Zoologie, XXIII, XXIV. –Classe beaucoup de chenilles.
de l'embranchement des Articulés*. Le mot insecte L'hématose devient considérable chez les insectes
signifie en latin coupé en segments il a la même adultes, surtout ceux à vol puissant ils sont.
signification que le mot grec entome, qui est inu- alors de vrais animaux à sang chaud ou à tempé-
sité, mais dont on a fait entomologie, étude des rature constante et dégagent une forte chaleur.
animaux segmentés. Le nom d'Insectesétait donné On sent entre les doigts la chaleur du corps des
par Linné à tout l'embranchement des Articulés gros sphinx (sphinx du liseron et du troène),
actuels, animaux dont le corps et les appendices papillons dont on ne distingue plus les ailes, tant
sont formés d'articles plus ou moins nombreux, en elles vibrent vite, et qui butinent le soir sur les
série à la suite les uns des autres. On a succes- Oeurs des jardins. Ce sont surtout les insectes
sivement séparé des Insectes, dans cet embran- sociaux et vivant en colonies qui offrent une cha-
chement, los classes des Crustacés* et des Arachni- leur accumuléeconsidérable, d'un grand nombre
des*, enfin celle des Myriapodes", que Cuvier de degrés au-dessus de l'air extérieur, de 8° à 12°
réunissait encoreaux Insectes. pour les nids de bourdons, les fourmilières, les
Caractères généraux. – Les Insectes, tels que guêpiers, bien plus encore pour les ruches d'a-
les restreignentles auteurs modernes, sont des Ar- beilles, où règne en hiver la chaleur du printemps
ticulés dont les anneaux du corps, à l'état parfait au milieu des pelotes d'insectes serrés les uns
ou adulte, capable de reproduire l'espèce, se grou- contre les autres; dans ces ruches, lors de l'es-
pent, presque toujours très nettement, autour saimage, la température peut monter à plus de
de trois centres, la tête, le thorax et l'abdomen 40°, au point de décoller des gâteaux de cire. C'est
les ganglions de la chaîne ventrale du système dans le thorax, portant les muscles des ailes et
nerveux suivent la même coalescence. Le thorax des pattes, que se localise la chaleur lors du
se divise en trois .segments, pro<Aofa.< mésotho- vol, chez les bons voiliers, la température du
rax, métathorax,qui portent, à leur arceau ventral, thorax peutCette être de 4° à 8° supérieure à celle de
de
chacun une paire de pattes, sorte que le second l'abdomen. dernière région du corps, qui est
caractère général des insectes adultes est d'avoir sans pattes chez les adultes, se termine souvent
six pattes (Hexapodes de Blainville) presque tou- chez les femelles en une tarière ou oviscapte,tuyau
jours les deux arceaux du dos du mésothorax et du soit rigide, soit mou et rétractile, destiné à la ponte
métathorax portent chacun une paire d'ailes il des ceufs. Une partie des Hyménoptères offre, chez
n'y a jamais d'ailes au prothorax. La tête offre en les femelles, la tarière transformée en un aiguil-
avant deux antennes, qu'on appelle vulgairement ~<M acéré, organe défensif du couvain ou réunion
cornes, présentant les longueurs et les formes les des petits.
plus variées, organes certainement de l'odorat et Malgré leur faible taille, les insectes sont, parmi
très probablement aussi de l'ouie (tiges vibrant à les Articulés, des animaux supérieurs, car ils
l'unisson des sons extérieurs). Au-dessus de la en possèdent au plus haut degré tes apanages, c'est-
tête sont assez souvent, et surtout chez les insec- à-dire le mouvement et la sensibilité. Les sphinx
tes industrieux et constructeursde nids, des yeux du liseron et du laurier-rose arrivent au vol du
simples ou ocelles, ordinairement au nombre de centre de l'Afrique jusqu'en Angleterre;les légions
trois, destinés à une vision avec grossissementà désastreuses des criquets passentau-dessus des na-
très courte distance; sur les côtés se trouvent vires en plein Atlantique diverses mouchessuivent
deux yeux composés ou à facettes, no manquant les trains de chemin de fer et pénètrent dans les
presque jamais, très aisés à voir à la loupe sur une voitures. Certains sens des insectes, l'odorat sur-
libellule, sur un frelon, sur un faux-bourdon(abeille tout, ont une perfection incroyable; dès qu'une
mâle) ou sur une grosse mouche à viande. Ce sont taupe ou un mulot sont gisants sur le sol, arrive11
plusieurs milliers de petits yeux accolés, formant la ronde la troupe funèbre des nécrophores (Co-
un réseau d'hexagones, chacun avec sa cornée, léoptères) les mouches stercoraires et celles des
son cristallin en cône allongé, son filet nerveux viandes viennent d'une grande distance, attirées
optique leur ensemble constitue un appareil par l'odeur et non par la vue, car on peut recou-
sphéroïde ou ovoïde de vision panoramique, en vrir la viande gâtée d'un linge sans mettre fin à
leur odieuse poursuite. 11 y a des papillons, les Papillons).Les pattes (appendices ventraux), après
Bombyclens, dont tes miles interrogent l'atmo- nn court article d'attache, la hanche, suivi d'ar-
sphère avec leurs larges antennes plumeuses et, ticles plus longs, la ctfi'Me et la yani&e, se termi-
d'un vol à continuelles saccades, se rendent de nent par le tarse, dont les articulations succes-
l'intérieur des bois et des jardins à plusieurs kilo- sives sont d'un continuel secours pour les
mètres auprès des femelles, même dans l'intérieur classincateurs. Le tarse présente, le plus fré-
dés villes; ainsi le Bombyx tau, le .Bo~)&y;c dis- quemment, 5 ou 4 articles, 3 plus rarement, 2 et
para<e, l'Orgyie antique, etc. Les insectes in- 1 très rarement; le dernier article se termine par
dustrieux qui construisent des nids savent, par un ou deux ongles ou crochets, parfois avec une
une paresseuse sagacité. approprierà leur usage pelote molle entre eux, servant au tact. Les pièces
les vieux nids et ceut d'autres espèces, de manière qui entourent la bouche ont aussi une importance
à n'avoir !t exécuter qu'un minimum de travail capitale pour subdiviser les insectes. D'abord
bien plus, placés par le fait de l'homme dans des vient, an-dessusde la bouche, une pièce impaire.
conditions insolites, ils exécutent des actes qu'il le labre ou lèvre supérieure puis la bouche est
est impossible d'attribuer & l'instinct seul, de entourée de pièces paires, jouant latéralement,
sorte qu'on est obligé d'accorder le raisonnement c'est-à-dire dans un sens perpendiculaire à celui
et des lueurs d'intelligence à ces ehétives des mâchoires de l'homme et des vertèbres. Ce
créatures. sont les mandibules, élargies en meules pour
Chez les insectes, les sexes sont toujours sépa- broyer, on tranchantes et coupant les aliments
rés, et les femelles pondent des œufs, à part quel- comme des cisailles (ces mandibules mordent
ques cas exceptionnels (les pucerons; certaines notre doigt chez le carabe,la sauterelle, la guêpe)
mouches à viande, etc.) où elles mettent au jour puis les Mitc~oif'M, & un on deux lobes, achevant
des petits vivants. U y a des insectes t<MM méta- la division des aliments; ennn, au-dessous de la
morphoses, dans lesquels l'évolution s'est accom- bouche, la lèvre ttt/~f~urt, à deux pièces plus ou
plie tout entière à l'tntérieur de l'œuf. Dans ces moins soudées sur la ligne médiane. Sur les cotés
insectes, toujours sans ailes ou aptères, les petits externes, les mâchoires et la lèvre inférieure
sortent de l'œuf pareil. aux adultes, sauf la taille. portent des pàlpes articulés, presque toujours
ont la même nourriture, sans autre phase que des grêles, ramenant vers la bouche les parcelles
mues ou changements de peau et l'accroissement échappées aux pièces buccales, servant surtout
général ainsi les Poux et les Ricins, parasites des d'organes de tact pour apprécier la nature et la
mammifères et des Oiseaux, et les Thysanoures consistance des aliments. Telles sont les pièces de
(lépismes, podures, etc.). D'autres insectes, à la bouche dans les insectes, soit adultes, soit
m~atMo~/KMMMcompMtM, n'ont jamais de phase larves, qui sont broyeurs. Quand les aliments,
d'inactivité. D'abord larves sans ailes, ils de- visqueux ou fluides, sont léchés ou sucés par les
viennent, après plusieurs mues, nymphes, offrant insectes, ces mêmes pièces se modifient.Certaines
des ailes renfermées dans des fourreaux et im- disparaissent, d'autres s'allongent, soit en languette
propres à la fonction du vol, puis adultes aptes molle. que l'insecte applique pour lécher, soit en
à la reproduction, ayant des ailes servant au vol dans tube flexible et spiralé au repos, lui servant à
ces divers états, ces animaux ont la même nourri- aspirer les jus sucrés, soit en lancettes perfo-
ture, ce qui rend très funestes leurs espèces nui- rantes, formant en outre une gaine de succion
sibles, dont les dégâts ne cessent à aucune phase qu'il enfonce dans les divers organes des plantes
de l'existence. Tels sont les Perce-oreilles, les ou sous la peau des animaux; dont il aspire le
Blattes, les Courtilières, les Grillons,les Sauterelles sang pour se nourrir.
et les Criquets, les Termites, les Libellules, les
Punaises des boit èt des jardins, les Cigales, les CLASSIFICATION,
Pucerons, les C ochenilles, etc. Enfin les insectes On divisé les fnséctes en cinq grandes sections,
réputés les plus parfaits passent par trois états bien comprenant chacune un
dinérentsaprès leur sortie de l'cauf; d'abord larves ou plusieurs ordres.
sans ailes, en particalte~ cAet!t/~t chez les Papii-
tons,sans pattes ou avec des pattes en autre nombre I. OXB~E~ BM'YEOt~ A L'ÉTAT D'ÀÛCL-rt ~T DE LARVE.
que l'adalte.ils prennent ensuite un état d'immobilité t" Coléoptères, a métamorphoses complètes.
presque complète, sans avoir besoin de nourri- Nous avons consacré à cet ordre, nn des plus im-
ture, ayant les organes dé l'adulte, en particulier portants~ ne article spécial.
tes ailes, envetcpjtés sous une peau phis ou moins 9* OrthoptèMjt, à métamorphoses incomplètes.
dure; ce sont les nymphes, MryM&efM ou fèves, –Tantôt carnassiers, tantôt omnivores, tantôt phy-
et pupes. Puis paraissent les adultes, à ailes bien tophages (vivant de fruits, de fleurs, de feuilles, de
développées et fonctionnelles, prenant souvent t!ges), loir Orthoptères sont les gros mangeurs de
une alimentation tout Ii fait distincte de celle de la création entomologique les moins nombreux
~eurs larves. DaiM ces inseetee a f~<tntot-pAo<M des insecte~ en espècea, ils sont en compensation
~MMpM<M ae rangent les Coléoptères, les Fourmi- d'une ëïtt'aoM fécondité, de façon que certaines
lions, Chrysopes et Phryganes, les Hyménoptères espèceo ont nae quantité d'individus excessive.
(abeilles, guêpes, fourmis, ichneumons, eynips, Deux sons-ordre* t'
FoMteoutNs ou Perce-
tenthrèdes, etc.), les Mpidoptères ou Papillons,
enfin cet ordre immense d'insectes qu'on nomme
Oreilles. –Ces insectes, toujours de couleurs
brunes on fauves, sont remarquables par la pince
Diptères, parce qu'ils semblent, au premieraspect, courbe qui existe au bout de l'abdomen dans les
n'avoir que deux ailes (cousins, moustiques, deux seMS. Cette pince, de faible force pour ser-
taons, mouches, etc.). rer, rappelle ie petit outil dont se servaient autre-
La classificationdes insectes repose 811r l'examen fois les joailliers pour percer le lobule de l'oreille
de certains appendices, sur lesquels nom devons des enfants. Leurs ailes supérieures sont de cour-
donner des notions sommaires. En France, d'après tes élytres ou étuis cernés, ne recouvrant pas
Linné, les noms des ordres sont tir6s des ailes l'abdomen, de sorte que les forficules semblent
(appendices dorsaux), qui sont toujours eh réalité porter une veste. Sous ces ailes de la première
au nombre de quatre. Elle sont formées d'une paire, si réduites, se trouvent des ailes membra-
membrane plus ou moins épaissie, tendue par neuses, très amples, pliMées en éventail, puis re-
des MefcMfet qui déterminent un réseau de cel- piiées, dont l'insecte se sert très rarement et
lules, d'un grand secours dans la classification de qu'il étale avec sa pince. Lesjardins'~ourrissenten
détai), pourvue de poils plus ou moins abondants, abondance IafO)'eM<e auriculaire, Linn., très nui-
parfois éiargis en écailles (ailes ~m'tncMSM des sible aux fruits et aux fleurs par sa voracité, et dont
les jeunes larves vivent en société. Elle fuit la lu-
grandes herbes, domestique dans les maisons en
mière on en profite pour la recueillir dans desAllemagne, en Russie, dans le nord de la France,
chiffons humides, des amas de paille, des pots à dans certains restaurants de Paris, dévorant jus-
fleurs renversés et pleins de mousse, des sabots qu'à l'encre et au cirage, difficile à détruire parce
de cheval, des cornets de papier, des feuilles de qu'elle vole bien. Il faut employer contre les
chou pliées en quatre, puis on livre les forfi- blattes les insufflations de poudre Vicat, ou les
cules aux flammes vengeresses. recueillir entre des linges mouillés, puis les brû-
2° ORTHOPTÈRESpMPBEs. Ce second sous-or- ler.
dre tire son nom des ailes antérieures ou pMM- Les Mantes sont, au contraire, d'utiles carnas-
délytres, longues et droites, demi-coriaces, sous siers de proie vivante,
verts ou jaunâtres comme
tes feuilles, toujours à l'an'ût sur les broussailles,
les vignes, les grandes herbes, saisissant les insec-
tes entre la jambe et la cuisse de devant, repliées
en pinces et munies d'épines acérées, et les portant
sous leurs mandibules. Elles semblent dire leurs.
prières aussi les paysans du Midi les nomment
/M'M-D:eM, jo~a-DMM. L'espèce principale est la.
;UaM<e religieuse, Linné, qui remonte jusqu'à Fon-
tainebleau et plus au nord sur les côtes océani-
ques. Il faut recommander aux enfants de ne pas
tuer les mantes, et de respecter les grosses cap-
sules ovoïdes et papyracées, où les œufa sont en
série dans des logettes, capsules collées aux rochers
et aux arbustes.
Les autres Orthoptères propres sont des MM-
teurs; leurs cuisses postérieures,à muscles éner-
giques, se débandent comme un ressort pour lan-
cer l'insecte en avant. Ce sont des insectes
Fi, 1. Maate'retigieuse saisissant une meuene. bruyants, surtout le soir, les mâles étant munis
d'appareils de stridulation propres à appeler les
iesqueUcs les secondes ailes membraneuses, femelles par dps bruits variés et qui diffèrent sui-
très larges, ~ont plissées en éventail au repos. vant les espèces.
Cette disposition des ailes est bien visible sur la L'instrument musical n'est pas toujours le
grande Sauterelle verte et sur ces Criquets aux même les Grillons et les Sauterelles sont des
ailes bleues ou rouges qui volent en abondance à cymbaliers, produisant le son d'appel en frottant
la fin de l'été sur les coteaux secs. Un premier l'une contre l'autre leurs pseudélytres,munies d'un
groupe, celui des marcheurs ou coureurs, a les tympan ou miroir formé par une membrane sèche
pattes impropres au saut; ce sont, en outre, des et vibrante les Criquets, au contraire, sont des
insectes muets. On y range les Blattes, insectes violonistes, les mâles frottantv vivement
1"nif"o~ t,.ôa,.l~te
Incifuges,très plats, mcuu leurs
ieura pat-
pa~-
tes postérieures cré-
bruns ou jaunâtres, nelées contre de
à corselet arrondi, fortes nervures de
cachant la tête. Les leurs pseudélytres,
femelles traînent formant des tiges
leurs œufs dans une sonores, rigides.
capsule qui ressem- Les femelles des
ble à une graine.Les groupes des Gril-
Blattes sont omni- lons et des Saute-
vores et deviennent relles ont l'abdomen
aisément domesti- terminé par une lon-
ques, dévorant nos gue tarière saillan-
provisions, nos vê- te, tantôt droite
tements, nos livres. comme une épée,
Noua citerons, par- tantôt recourbée
mi les Kakerlacs ou comme un sabre
Cancrelats comme c'est un tube formé
on les nomme aussi, de deux gouttières
la grande Blatte ou accolées, par lequel
Blatte américaine,
d'un roux ferrugi- passe l'œuf.qm est
ainsi déposé dans
neux, infestant les le sol, et, bien plus
serres, les docks, rarement, à l'inté-
les vaisseaux, où rieur de végétaux.
l'on est forcé d'en- Le groupe des
fermer en des cais- Grillons nous pré.
ses de fer-blanc sou- sente d'abord les
dées à l'étain les Courtilières (du
comestibles et mar- Ft~.3.–Dectiqueverrucivorepoudant. vieux mot français
chandises; la Blatte _·
orientale, Linna, ou blatte des cuisines (cafard, dire jardin), eoMrft<,qui veut
o~e noire, ravet), d'un brun noir, dont les pattes de devant ont les
ne volant jambes robustes, élargies digitées, fouillant la
par atrophie des ailes, souillant la nuit les aliments terre comme les mains de et
pas
dans les cuisines et les armoires, se réfugiant du la taupe, d'où le nom
dans les cheminées, sous les marches d'éscaliers, tilière genre Taupe-grillon ou Gryllotalpa. La Cour-
dans les gonds des portes, près des machines à couleur est un gros insecte d'aspect hideux, de la
et un peu de l'apparence d'une écrevisse,.
vapeur, pour manger les graisses, etc. la Blatte ses longues ailes repliées
c<'m!<MtyMf, plus petite et jaunâtre, vivant libre l'abdomen. Elle abonde dans en fourche dépassant
dans nos bois sous. les feuilles sèches et les jardins à terre
sur les meuble et sablonneuse, dévorant les légumes at
bouleversant aussi les racines pour chercher les le canon, à les poofser au-dessus de tranchées
creusées à l'avance où on tes enterre, ou sur des
larves, car sa voracité la rend omnivore. Elle pond cri
broussailles arrosées de pétrole, auxquelles on
des œufs en tas dans le fumier ou le terreau. Il br le feu. L'invasionde 1866 a causé la mort, par
faut verser de l'huile ou du pétrole dans dans les trous met m.
de refuge de la Courtilière, disposer les la famine et les épidémies, de plus d'un million
et l'histoireest pleine dM récits dues lamen-
plate-bandes, aras du sol. des vases pleins d'eau d'Arabes, d',
de ces famines suivie* de peste, au
recouverte d'essence de térébenthine, où des elle se tables
tal
espèces, de l'Eu-
ap- Criquet
Cr pèlerin. Ce sont d'autres
noie et s'empoisonne enfin, lui dresser orientale et méridionale, qui dévastent la
p<«~-p!~M, formés de petits tas de fumier chaud; rope
ro
écraser avec soin. Provence par intervalles, imposant aux villes des
ont les pattes pareilles, et sacrinces pécuniaires considérables en primes de
Les vrais Grillons sa
destruction.
dt L'une des espèces est le Pachytyle
l'abdomen de la femelle terminé par une tarière migrateur, Linné, grisâtre, à ailes membraneuses
droite et savante pour la ponte des oeufs. Ils ne m
sont pas nuisibles. Citons le Grillon domestique, incolores;
in l'autre, le Caloptène t<a~ écoles
Charpen-
peuvent
de tier, à ailes rosées. I.es enfanta des
d'un jaune enfumé, vivant derrière les plaques in- tt<
rendre de grands services en ramassant ces Cri-
cœur des cheminées etcri-o-i dans les boulangeries, re
du foyer, buvant avi- quets, ql et surtout en recueillant pondus les amas d œufs,
secte très frileux, le par un enduit glutineux et sur le soi
dement l'eau et le lait, sortant parfois en été pour cotiés ce d'instrument
se promener au soleil; et le 6< t~oa cA<Mtp<K'-< mcme m par les femelles, dépourvues
insecte brun, dont les femelles se tiennent à pour
p< creuser la terre. Les prairies nous présentent
gros et abondance deStMoto~fM,petits Acridiens, généralement.
rentrée de leurs terriers, tournés au midi, tandis verts, en
du genre que les enfants des
les mâles se promènent le soir aux alentours, Vf
que
appelant les femelles par une stridulation intense. vS villages nomment Soutriaux ou SaMMrtaM-E. Un
Les Locustes ou Sauterelles vraies lont peu L.) Criquet très commun en certaines années dans
nuisibles. On reconnaltles femelles à leur longue les vignes, sur les collines et les falaises, est
le
tarière, tantôt recourbée en sabre, tantôt droite i'ÛE~tpode tj à bandes, Siebold, remarquable par ses
elles déposent ai ailes d'un beau bleu, ou d'un rouge vifdans une race
comme une épée, avec laquelle plus méridionale, avec bande noire. Ces derniers
leurs œufs en terre ou dans les fentes des arbres, pl Criauets ne sont pas nuisibles d'ordinaire.
Les antennes des Sauterelles sont très longues, C: 3°NtvroptèrM.–Cetordreestcaractériseparses
comme des fils, et leurs tarses ont quatre articles.
La plus connue est la G' an~e Sauterelle verte, quatre q ailes membraneuses et finement réticulées,
faisant entendre tout l'après-midi son cri xtC-MC sans s: plissement, avec tous les rapports de gran-
les buissons; elle deur d, d'une paire à l'autre. Il se divise en deux
au milieu des chaumes et dans nord de la France et sous-ordres bien nets.
est appelée Cigale dans le partageaitLa Fontaine.
s<
Le premier, celui dès NÉVROPTÈRES PSEUDOR-
près de Parts, erreur que
faite sous les yeux THOPTÈRES, que les entomologistes allemands et
car, dans une édition illustrée T]
réunissent aux Orthoptères vrais, n'offre
du fabuliste, on voit la cigale de la fable si connue, anglais ai
des métamorphoses incomplètes.
la Cigale et la Fourmi, représentée sous la forme qque Un premier groupe de ces Névroptères est con-
d'une sauterelle. Une autre grande espèce, com- stitué ta!a)/eM)-s ae
mune dans les jardins, grise, marquetée de noir, si par les rerntt/M. les grands
Linné. Ces grandes << la H~M'-e des auteurs anglais, rongeant toutes les
est le Dectique MrrMCtoore. ligneuses, faisant disparaltre les végé-
Sauterelles mangent des chenilles, et nous les matières n
insectes sociaux, com-
croyons plus utiles que nuisibles leur salive brune t.taux morts. Ce sont desdes femelles ailés, qui
indique des carnassiers. Les paysans sué- prenant
p des mAles et
et âcre et perdent leurs
dois se funt mordre les verrues des mains par la sortent s au dehors par essaims des
ailes après l'accouplement; et neutres sans
seconde espèce, afin de les cautériser, a
distinguant ouvriers, en nombre im-
Les ~c; tdtcM ou Criquets, nommés très souvent ailes, a se en
allant butiner au dehors, construisant les
~m C-rnnnllue_
m aa Lurc
e~ ~aun-n:u"a, ow.oo nntlna mense,
n
autennescourtes
antennes courteset fortes, nids ou termitières, nourrissant les larves,
et fortes,
et en
mandibules
tête, armés de fortes
les tarses de trois articles, soldats, à grosse de la demeure commune,
l'abdomen des femelles dé- saillantes, défenseurs d'ouvriers. En France, l'es-
pourvu de tarière de ponte. dirigeant les colonnes
Certaines espèces, tes unes pèce la plus nuisible, l'état sauvage dans les
des Landes, est le rerMtff luci-
de l'ancien monde, les an- souches de pins tiges des plantes, les
détruisant les
tres du nouveau, méritent fuge, Rossi,planchers des maisons, tes meubles, le
véritablement le nom de poutres et les maisons de plu-
Néau que leur donne la Bi- tinge, tes fruits secs. infestant des Charentes, du nord du
ble. A certains moments, sieurs villes et village* quelque sorte
chassées des déserts par la Bordelais et d'AIgéne, où olle est en
faim, elles s'envolent, aidées en domestication. Les essaims paraissent au prin-

Fig: 3. Abdomend'A- t-–- -t


par le vent, en nuages épais temps,
qui cachent ie soleil et
lune pendant J~- des t~M~n~~a
la que les
puis en été; on ne rencontre
journées fourmi, d'un blanc jaunâtre (/o«rnttt
eridten et tarse grossi. entières, font table rase de sans yeux composes, n'ayant que
toutes les cultures sur les- ocelles, cheminant toujours
des tubes de parcelles
à
deux
l'abri de
d'ordinaire
ouvriers et tes soldats, de la taille d'une
blanches),
très
la
de bois disposés le
petits
lumière
quelles elles s'abattent, rongeant à la fin jus- dans des et des puits. Si on racle
qu'au bois des arbres et aux portes des maisons. long murs de cavemêlés
aux débris ligneux,
L'espèce la plus funeste est le Criquet pèlerin, ces tubes, on ramasse,
quelques soldats ces
Olivier, qui se rencontre des rivages de la Chineune multitude
d'ouvrière et
répandent une forte odeur de rhum. H
à l'extrémité occidentale du Maroc, envoyant quel- insectes faut sUieatiser les bois de charpente ou leslinges rem-
ques sujets égares en Andalousie. Selon les races fer, enfermer les
des solives de
it est jaunâtre ou rougeltre, marqueté de noir. Il placer les
par
registres dans des bottes de fer-blanc.
exerce ses ravages en Algérie sorties à peu près tous les et
des œuts, Une autre série de ces Névroptères est celle
vingt-cinq ans, et ses larves,
continuent la dévastation. C'est par corvées de les i des ~cAt&M~MM, comprenant les Libellules,
N!)A<~M et tes Pertes, passant les états de
milliers d'hommes qu'on requiert rarmée on cher- où
che à empêcher la descente des Criquets sur leslarve et de nymphe au fond des eaux doucesLes
d'insectes d'eau et de mollusques.
champs cultivés par des bruits divers, même parr elles vivent
tt'&e/Met sont appelées vulgairement Demoiselles variées de taches noires. Les mâles ont l'abdomen
chez nous, et Mouches-Dragonspar les Anglais, nom redressé et muni d'une grosse pince rougeâtre.
bien plus exact, car ces insectes sont de conti- d'une ressemblance grossière avec le dard caudal
nuels chasseurs de proie vivante, mettant en pièces du scorpion, ce qui a fait nommer les Panorpes
papillons et mouches. Les enfants ne doivent pas Mouches-Scorpions.La femelle offre l'abdomen pro-
les détruire, sauf dans le voisinage immédiat des longé en tarière effilée et rétractile, et pond ses
ruches d'abeilles. Les couleurs de tous ces in- œufs dans la terre humide, où les larves vivent de
sectes sont fort vives, bleues, vertes, jaunes, avec racines et de détritus.
taches noires; leurs yeux énormes interrogent Un autre groupe de Névroptères offre une singu-
l'horizon en tous sens, et leurs antennes ne sontlière conformation de la bouche des larves, toutes
que de très courtes soies. Les Libellules propres carnassières d'insectes vivants. Les mandibules et
ont un vol rapide, et tiennentleurs quatre grandesles mâchoires soudées constituentune pince courbe
ailes à plat au repos; par les beaux jours on voit et creuse, communiquant à la bouche et servant à
attachées aux roseaux les dépouilles des nymphes sucer le sang des insectes dans desquels s'enfon-
cent ces crochets. Les larves de Fourmilions creu-
sent dans les talus sableux des entonnoirs de sa-
ble, au fond desquels elles se tiennent cachées,

Fig.S.–n~tonïioirduFourmLtioa.
Fig. 4. Libellule adultesortant de sa nymphe. la pince et les yeux sortant seuls. Elles sont tra-
pues et poilues, d'un gris rosé, et lancent, avec leur
d'où sortent les adultes, ayant d'abord les ailes large te te, une pluie de sable sur l'insecte impru-
courtes, ramasséea.qui se sèchent et s'étalent peu dent qui roule au fond du précipice, dont les parois
à peu au soleil. Les Ca/o~n/.r, qui ne quittent s'éboulent sous lui. Son cadavre, sucé au fond de
pas le bord des eaux courantes, ont le vol plus l'entonnoir, estre jeté au dehors, d'un vigoureuxcoup
faible, les ailes à demi relevées au repos, ornées de tête. Ces larves se filent des cocons sphériques,
chez les mâles de magniflques bandes d'un bleu d'une douce soie blanche au dedans, mêlée à l'ex-
chatoyant. Les ~~<0~t ont le corps grêle, comme térieur de grains de sabte. De la nvmphe roulée dans
un gros fil, les yeux très proéminents sur des pé-
doncules, le vol faible, les ailes le plus souvent
relevées au repos.
Les Ephémères sont des Libellules dégradées, à
ailes inférieures réduites et même nulles dans
certains genres, ne mangeant pas à l'état adulte,
ne durant guère qu'une journée, à moins qu'on
ne les empêche de s'accoupler, auquel cas elles
peuvent vivre plus d'une semaine. En larve et en Fig. 6. Laive, nymphe et cocou du l'o~rmiiion.
nymphe aquatiques,leur vie est de près d'une année.
On voit les Éphémères voler, en montant et dés- ces berceaux soyeux, sortent d'élégants insectes,
cendant continuellement au-dessus de l'eau, leurs répandantune odeur de rose, munis de longues ailes
longues pattes de devant dressées au delà de la de gaze, à antennes grenues, ressemblantun peu à
tête. On les attire le soir avec des lumières et on des Libellules, mais bien différentes pour quiconque
s'en sert comme excellentes amorces de pêche les voit voler le soir, d'un vol frémissant, faible et
(manne des poissons); il y a des pays où leurs comme moelleux. Des espèces de genres voisins ont
cadavres couvrent le sol en nombre tel, qu'on les des larves qui ne creusent pas de pièges de chasse,
ramasse par charretées pour fumer la terre. mais se cachent dans le sable et s'élancent sur tous
Le sous-ordre des NÈVMpTÈREs VRAIS présente les insectes qui passent à leur portée.
<Ies métamorphoses complètes, une nymphe inactive Plus utiles encore sont les Chrysopes,qu'on appelle
venant s'intercalerentre la larve et l'adulte. Ils ne souvent Demoiselles ~'fMtrMou Demoisellesà yeux
nous offrent que des espèces utiles ou indinérentes. d'or, a cause de la couleur éclatante de leurs yeux.
Les fano~B~ volent sur les broussailles et dans On les voit voler le soir, mais d'un vol lent et faible,
les prairies, surtout dans les lieux ombragés et hu- sur les buissons et dans les jardins, passant la journée
mides. Leurs'pièces buccales sont prolongées en sous les feuilles, fermant leurs ailes, à nervures
une sorte de bec et perforent les insectes vivants, vertes ou jaunâtres. Si on saisit ces insectes, ils
auxquels les panorpes, très courageuses, font une laissent aux doigts une odeur d'excréments. Les fe-
chasse acharnée. Nous avons deux espèces de ces melles pondent sur les feuilles des œufs portés sur
Névroptères, la P<M<M-pe commune, Linné, et la de longs filets blancs et dont l'amas est souvent
fCMOfpe germanique, Brauer, toutes d~ux à ailes pris pour des champignons, mais qu'il faut bien re-
commanderaux jardiniers de ne pas détruire. En nymphes, laissant bien voir tous les organes de
effet il en sort des larves, que Réaumur appelle l'adulte, repliés et emmaillotés sous une mince
KotM des pMCM'o~M, et qui parcourent sans cesse les pellicule.
plantes chargées de cochenilles et de pucerons, Un premier sous-ordre, celui des HV)[ÉNOPTÈRES
dans tes sociétés desquels elles portent le carnage. A ABDOMEN PÉNCCMÈ, comprend des insectes qui
La larve saisit un puceron entre ses pattes de de- font la taille ~e ~M~pe, c'est-à-dire dont l'abdomen
vant, le suce avec sa pince buccale, puis rejette est toujours uni au thorax par un pédicule étroit,
la peau vide, ou, dans certaines espèces, la place de longueur très variable. Leurs larves sont sans
sur son dos. de sorte qu'elle porte une couverture pattes, le plus souvent aveugles, n'ayant que des
des dépouilles de ses victimes. Ces larves devien- mouvements de translationtrès imparfaits ou nuls,
nent nymphes dans de petites boules de soie un épiderme très délicat, incapables de se défen-
blanche, Bxées aux feuilles. Les instituteurs re-. dre, même contre l'ennemi le plus faible. Aussi la
commanderont aux enfants d'apporter des Chryso- mère passe toute sa vie a assurer, par des provi-
pes dans les serres et sons les châssis, où ils ver- sions convenables mises à sa portée, l'existence
ront les plantes infestées de pucerons, et de ne d'une progéniture qui lui demeure le plus souvent
pas détruire les Chrysopes qui se réfugient en inconnue.
hiver dans les maisons champêtres. Le groupe des BymA!Op<A'e< porte-aiguillon
Les Névropteres vrais se terminent par une tribu offre des femelles ayant au bout de l'abdomen un
d'insectes aquatiques dans leurs premiers états, aiguillon acéré, communiquant à une poche à
les Trichoptères (allés pollues), ressemblantun peu venin, formé surtout d'acide formique. Les mâles
à des papillons nocturnes, ne prenant pas de nour- ne piquent pas. L'aiguillon est une arme purement
riture à cause de ~imperfection de leur bouche, et défensive, dont l'insecte ne se sert que pour pro-
s'écartant très peu des eaux, où les femelleslaissent téger sa vie ou celle de son couvain; on peut sans
tomber leurs œufs en paquets gélatineux. On les danger laisser tous les Hyménoptères se poser sur
appelle encore Phryganes (fagots), parce que leurs notre corps.
larves, véritables chenilles d'eau, rampent au fond Dans ces porte-aiguillon se trouvent d'abord
des eaux, entourées de fourreaux de soie qui re- les Mellifiques, formés d'insectes léchant le nectar
tiennent des morceaux de feuilles, de mousse, de des Oeurs et apportant à leurs larves une pâtée
branchettes, des grains de sable, des débris de co- de miel et de pollen. Ils ont une grande utilité
agricole générale,car, en butinant sur les fleurs, ils
assurent la fécondité de beaucoup d'entre elles,
surtout les Légumineuses, les Crucifères, les Com-
posées on doit apprendreaux enfants il ne jamais
détruire les Mellifiques. Il en est de sociaux,
réunissant en commun une ou plusieurs femelles
fécondes, des mâles, et des ouvrières ou femelles
avortées, à la fois nourrices des larves ou couvain
et architectes des gâteaux de cire. Tels sont les
Abeilles (V. ce mot), et les Bourdons,dont les socié-
tés sont une dégradation de celles des abeilles. Les
nids des bourdons sont sous terre, ou au milieu des
mousses ou des gazons les larves vivent dans des
Fij;. 7. Fourreaux de ta tarre de Ja Phrygane rhumbique boules grossières do miel et de pollen, et il y a en

et de la Phrygane flavicorne, ce dernier construit avec des outre des pots de cire contenant un miel très fin,
coquilles. que savent recueillir les faucheurs. Les sociétés
des bourdons ne durent qu'un an; tout périt à
quilles, même des coquilles encore habitées aussi l'entrée* de l'hiver, sauf de grosses femelles, fé-
les paysans les nomment charrées, porte-bois, condées au début de l'automne et qui passent
porte-sables. La tête et les pattes du thorax de la l'hiver engourdies dans des trous. Réveillées par
larve sortent du fourreau; elles se cramponnent au les premiers soleils du printemps, elles parcourent
fond par une paire de crochets, ce que savent bien les prés et les bois et commencent seules les nids,
tes pêcheurs à la ligne, qui ont soin de pousser la qu'agrandissent bientôt les ouvrières nées de la
larve hors du fourreau, à partir du fond, pour l'ob- première ponte de la mère.
tenir entière; ces larvcs constituent d'excellentes La plupart des Mellifiques sont solitaires et font
amorces de pèche. des nids très variés où les femelles pondent leurs
œufs entourés de miel et de pollen souvent ces
II. ORDRE A ADULTES LÉCHEfBS~ A LARVES nids sont creusés dans la terre des talus (~M<Ao-
phores), ou dans les vieux troncs d'arbre et les po-
BROYEUSES.
teaux (Xylocopes ou Abeilles charpentiers, à ailes
4° Hyménoptères, à métamorphoses complètes. violettes), dans les murs et les coquilles de coli-
Les quatre ailes sont entièrement membraneuses, maçons (Osmies), ou façonnés en terre gâchée et
comme chez les Nevroptères, mais tes inférieures collés aux murailles (CAaHcodonte~)les Jfe~acAt/e~
toujours bien moins amples que tes supérieures, coupentavec leurs mandibules les feuilles de rosier,
auxquelles les rattachent à la base de petits cro- de bourdaine, et façonnent, avec les morceaux circu-
chets. Les mandibules sont restées pareilles à celles laires, des cornets empilés où elles pondent les
des ordres précédents,propres à couper, déchirer Anthocopes tapissent des trous en terre avec les
et broyer les aliments; mais tes mâchoires et la pétales du coquelicot on peut dire que leurs en-
tèvra inférieure se sont allongées en une longue fants naissent dans la pourpre, qui entoure le nid
langue flexible et rétractile, propre à lécher les li- d'une collerette éclatante.
quides sucrés. Ce sont des insectes souvent indus- D'autres Hyménoptères porte-aiguillon sont les
trieux, doués d'Instincts. admirables et de lueurs G~~pe~ ou Diploptères, ainsi nommées parce que
d'intelligence, d'une grande puissance de vol, avec leurs ailes de devant se plient en long au repos.
des yeux composés,qui envahissent toute la tête Les Guêpes sociales ont dans leurs nids ou gué-
chez les mâles, et possédant presque toujours trois pMM les trois sortes d'individus que nous avons
ocelles en triangle au-dessusde la tête. Les larves cités pour les abeilles et les bourdons. Elles ne font
des Hyménoptères se filent presque toutes des co- pas de cire, mais édinent les alvéoles hexagonaux
cons, qui ont en général plutôt l'aspect d'un fort de leurs gâteaux avec une espèce de papier formé
papier que d'un tissu de soie, et s'y changent en de fibres de bois agglutinées par la salive de l'in-
secte certains alvéoles contiennent du miel. et prennent, pour toute leur vie, l'état de nourri-
Les Guêpes dévorent les fruits, dont elles portent ces sur lieu.
les morceaux à leurs larves; elles déchiquètent Beaucoup de Fourmis parcourent sans cesse les
avec leurs mandibules les viandes des boucheries plantes chargées de cochenilles et de pucerons,
de village, où le mieux est d'abandonner a. leur vo- les caressant de leurs antennes, afin de leur faire
racité un foie, sur lequel elles se jettent de pré- éjaculer une liqueursucrée,dont elles sont friandes,
férence, à cause du glucose qu'il renferme elles ce qui a fait dire à Huber « Qui aurait cru que les
viennent dans les maisons dévorer le sucre, les pâ- fourmis fussent des peuples pasteurs! '<
Parfois
tisseries, les confitures. Les espèces les plus nui- les fourmilières sont établies autour de racines
sibles sont le Fr~fM, à piqûre redoutable, faisant chargées de pucerons, et les Fourmis ont alors
l'étable.
un guêpier très friable dans les vieux troncs;la tenrs vaches à détruire
Gt~pe commune et la Gudpe ~e)'mat:Me, espèces Il ne faut pas en général les Fourmis
très voisines, dont les guêpiers sont sous terre. des bois, parce qu'elles noua délivrent de beau-
La GM~pe silvestre attache son guêpier, couvert coup d'insectes nuisibles aux arbres. H est néces
de feuillets de papier gris, aux branches des ar- saire d'empêcher les Fourmis de grimper après
bustes. Les Polistes sont de petites Guêpes, peu les arbres à fruit, soit parce qu'elles dévorent les
nuisibles, dont les guêpiers sont à découvert, sans fruits ou bien qu'elles excitent outre mesure les
enveloppes, fixés par un pédicule aux murs de jar- pucerons, au détriment de l'arbre qu'ils épuisent
dins ou aux espaliers. !t faut détruire les guêpiers pour refaire leur miellat sucré. On enduit le bas
s'éboule sous les
à l'eau bouillante ou par des injections de pétrole: de l'arbre de glu ou de craie, quiFourmis
les mères-guêpes fécondées passent seules l'hiver, pattes des Fourmis. Quant aux qui enva-
car les colonies des Guêpes meurent à l'arrière- hissent les maisons, pour dévorer le sucre, le cho-
saison l'instituteur recommandera aux enfants de colat et diverses provisions, ou bien pour celles
chasser au filet les mères-guêpesqu'ils verront au qui pénètrent sous les châssis vitrés, le mieux est
printemps butinant sur les groseilliers-cassis en de les attirer dans des éponges pleines de mélasse,
fleurs; chaque femelle écrasée est un guêpier de qu'on jette ensuite dans l'eau bouillante. C'est par
moins pour la fin de l'été. des aspersions d'eau bouillante ou de pétrole qu'on
Les Guêpes solitaires ressemblent d'aspect aux détruit les fourmilières.
Guêpes sociales, par leurs colorations jaunes et Les Fourmis se divisent en trois groupes
Fourmis vraies, dépourvues d'aiguillon et dont
f
les
les
noires et leurs ailes de devant pKées en long mais
leurs moeurs, très différentes, sont celles des Fouis- nymphes sont en général entourées de cocons;
seurs. Ces derniers sont des Hyménoptères à ailes elles lancent en abondance de l'acide formique
non pliées, qui approvisionnent leurs nids d'une fa- quand on bouleverse la fourmilière 3° les Ponères,
contres curieuse. Leurnourritureconsiste en nectar qui ont un nœud au pédicule de l'abdomen, un
des fleurs; mais la nourriture du premier état est aiguillon et des cocons autour des nymphes; 3° les
tout autre, car les larves sont carnassières et ont Myrmiques, ayant deux noeuds au pédicule de
besoin d'une proie toujours fraiche et sans défense. l'abdomen, un aiguillon sensible à l'homme dans
Les femelles creusent des nids en terre, ou dans les les grandes espèces, et dont les nymphes restent
branches sèches, ou les maçonnent en terre gâchée nues. A ce dernier groupe appartient une espèce
elles y apportent des insectes de toute sorte, non du midi de la France, de Corse et d'Algérie, l\4~a
pas tués, mais engourdis et anesthésiés par le structor, très nuisible aux jardins et aux champs,
venin de l'aiguillon, et qui restent ainsi,pendant plu- car elle amasse dans de grands trous en terre des
sieurs mois, incapables de résister aux morsures graines de céréales, de plantes fourragères, de lé-
des larves. Les Sphex apportent des criquets et gumes, etc., provisions d'hiver que mangent ces
des grillons, les Bembex des diptères, les Ammo- Fourmis, quand l'amidon de ces graines a subi un
philes, à très long abdomen effilé et rougeâtre au commencement de transformation en sucre. C'est
bout, traînent des chenilles nuisibles jusqu'à leurs ce genre Atta qui a donné lieu aux fables qui cé-
nids, creusés sur les talus de sable et qu'il ne faut lèbrent la prévoyance des Fourmis; les Fourmis
pas détruire. Quelques fouisseurs nous sont nui- du nord meurent ou s'engourdissent en hiver, et
sibles le Philanthe apivore emporte au vol, dans son ne font pas de provisions comme les FoMfmM
terrier, ventre contre ventre, l'Abeille domestique moissonneusesdu midi de l'Europe.
engourdie par son venin; les Pélopées et les Po)?i- D'autres Hyménoptères du premier sous-ordre
piles ravissent les araignées, qui sont si utiles, sont appelés Térébrants, parce que l'aiguillon de
pour approvisionner leurs nids. la femelle est transformé chez eux en un tube ou
Les Fourmis sont des Hyménoptères véritable- tarière, de longueur très variable et par lequel
ment anormaux, formant des sociétés de mâles et passe l'œuf. La plupart sont des entomophages
de femelles; seules ailées~lesfemelles perdentleurs internes au lieu de donner a leurs larves une
ailes après l'accouplement qui suit l'essaimage; proie vivante engourdie, ils percent la peau des
d'ouvrières sans ailes, architectes des fourmilières larves et des chenilles vivantes et pondent leurs
et nourrices des larves parfois de soldats à fortes œufs à l'intérieur. Les larves qui en sortent vivent
mandibules. Les larves et les nymphes, qu'on d'abord du tissu graisseux sans attaquer les orga-
appelle à tort a°:< de fourmis, sont très recher- nes vitaux essentiels, de manière à prolonger
chées pour nourrir les jeunes oiseaux de faisan- le plus possible la vie de leurs victimes; puis elles
derie et de volière. Elles sont l'objet de la con- se filent des cocons soit à l'intérieur du cadavre,
tinuelle sollicitude des ouvrières, qui les por- soit aussitôt après en être sorties en perforant la
tent de place en place dans la fourmilière, aux peau. Bien plus utiles que les oiseaux, ces ento-
endroits les plus chauds et les moins humides. Les mophages internes sont les grands protecteurs de
Fourmis se nourrissent de gommes et de sucs vé- l'agriculture, en détruisant à leur premier état
gétaux, de débris de fruits, d'insectes blessés ou un nombre énorme d'insectesnuisibles. Les insti-
récemment morts et même d'insectes vivants. Il en tuteurs doivent comprendre le danger d'organiser
est qui ne savent pas nourrir et élever leurs lar- leurs élèves au hasard en sociétés de destructeurs
ves après la ponte une fureur guerrière anime ces d'insectes indistinctement; au contraire, qu'ils
amazones. Elle vont à l'assaut des fourmilières leur recommandentle respect des entomophages.
d'espèces à instinct maternel bien développé, em- Ces entomophages courent sur les talus, les murs,
portent comme esclaves tes jeunes fourmis ouvriè- les troncs des arbres et des arbustes, agitant sans
res, encore en nymphes. Celles-ci, a t'éctosion, cesse leurs longues et grêles antennes, en quête
trouvant des enfants à élever dans leurs nouvelles de victimes par l'ouïe et l'odorat. Les grandes espè-
habitations, ne s'inquiètent pas de la provenance ces nous présentent les Ichneumons, les yroyMM,
les Tryphons, les Ophions à l'abdomen comprimé sent les pontes de beaucoup de Bombyciensnuisi-
en faucille; tous ces genres, à tarière courte, atta- bles.
quent les larves et les chenilles qui vivent à dé- Les Cynips ont en général d'autres mœurs les
femelles percent tes végétaux avec leur tarière, et
un afflux de eève produit dea galles autour des
oeufs, les larves se nourrissant de la fécule de la.
galle. La forme des galles est très variée les bé-
ci~Ma~ ou galles des églantiers sont chevelues.
Le chêne offre beaucoup de galles diverses c'est
un Cynips qui, en A)gérie et dans )e midi de la
France, fait naître sur les feuilles de chêne des
galles sphériques et dures, dites noix de galle,
très riches en tannin, servant à faire l'encre et les
teintures noires l'adulte sort de la galle en y per-
çant un trou circulaire.
Un second sous-ordre,les HYMÉNOPTÈRES A ABDo-
*EN SESStLE, renferme des insectes à corps épais,
dont l'abdomen est largement implanté sur le
Fig. 8. Ophion obscur. thorax; les femelles sont munies d'une tarière de
ponte, agissant par son tranchant dentelé, pour
couvert; les Cryptes, les Pimples, les Ephialtes, pratiquer au pétioie des feuilles ou dans tes tiges
au contraire, à très longue tarière saillante, parais- des entailles dans lesquelles elles déposent leurs
sant formée de trois soies, interrogent les vieux oeufs, ce qui fait donner à ces Hyménoptères le
nom de Mouches à scie. Les larves sont munies
de pattes et ornées de couleurs variées, souvent
vives elles séjournent presque toutes à l'air libre
sur les végétaux qu'elles dépouillent de leur
feuillage, se déplaçant avec facilité. Leur ressem-
blance avec les chenilles de papillons les a fait
nommer /a~'sM c~eKt~M, le nombre des pattes
est autre que chez les vraies chenilles, étant infé-
rieur à huit ou supérieur à seize. Beaucoup s'en-
roulent quand on les touche et laissent suinter
une liqueur âcre, d'odeur forte, qui les protège
contre les oiseaux. Ces larves doivent souvent être
détruites par l'échenillage, et sont très nuisibles
par leur voracité aux bouleaux, aux aulnes, aux

Fig. 10. Lophyre du pin, mâle, grossi.

rosiers, aux arbres fruitiers, aux arbres verts, etc.


Les pins ont beaucoup à souffrir des mandibules
des fausses chenilles du Lophyre du pin, Linné,

Fi~.9.–Pimp)cmanifestateurfemeUe.

arbres pour introduire leur tarière dans les larves


qui ont creusé leurs galeries à l'intérieur. Les
petites espèces, encore plus utiles, sortent
centaines d'une seule chenille; une espèce par de
Microgastre détruit la funeste chenille du papil-
lon blanc du chou, et ses larves filent à côté du
corps amaigri de la chenille mourante des amas
de petits cocons jaunes, que tes jardiniers doivent
bien se garder d'enlever on voit briller, dans la
sombre verdure des luzernes, les amas de cocons
blancs d'unautre Mierogastre, recouvrant le
de chenilles de noctuelles d'ou les larves corps
sont
sorties; le fermier a lieu de se réjouir quand ses
sacs de blé se recouvrent de légions de petits Fig.H.–Fausses chenilles de CimbexTarïaMe.
CA~CtdteTM d'un vert métallique,
car ils ont dé-
truit les larves de la calandre ou charançon des dont le mâle a de larges antennes pectinées,
grains de microscopiques les Bombyciens; il faut
entomophages se déve-
loppent dans un seul œuf d& papillon et anéantis- comme couper et brûler
les extrémités des branches chargées des amas de
les paysans des environs de Paris l'appe-
petits cocons bruns filés par les larves. Les Cim- jardin autrefois
bex comptent parmi les plus grosses mouches à laient des le Suisse, à cause de l'uniforme
scie; ainsi le CtM&cj- variable, vivant sur le saule rouge troupes suisses au service de la France.
Les Hémiptères HoMOpTÈRES,formant un second
le bouleau, le hêtre. Le Cèphe pygmée, Linné, en- sous-ordre,
taille la tige du froment au-dessous de l'épi la ont les quatre ailes plus ou moins ana-
dans toute leur étendue.
larve descend à l'intérieur de la tige qu'elle ronge, logues Cigales
faisant avorter l'épi, et se filant un cocon près de Les ont les quatre ailes membraneuses
inférieures plus petites.
la racine. II faut arracher et brûler les chaumes les mâles
après la moisson et passer la terre au rouleau Les ont à la base du
culture, si ventre un appareil sonore
compresseur, ou bien alterner la on
très bruyant. Deux grandes
veut détruire tout à fait la funeste engeance. cavités, formant tambour de
III. ORDRE A ADULTES SUCEURS, A LARVES BMYE'JSES. résonnance, et recouvertes
5" Lépidoptères ou Papillons, à métamorphoses de volets présentent un
complètes. Nous leur consacrons un article spécial tympan membraneux sec,
au mot Papillon. que fait vibrer une sorte
d'archet.Nous en avons trois
IV. ORDRES DONT LES LARVES COMME LES ADULTES espèces. La plus grande est
ONT LA BOUCHE CONFORMÉEPOUR LA SUCCION. la Cigale du /fA:e ou pM-
6" Hémiptères, à métamorphoses incomplètes. &eMK'!C, qui remonte jus-
La bouche se relie à un rostre de succion, rigide, qu'à Fontainebleau. La Ci-
articulé, placé au repos sous la poitrine, essen- <ya~ de ~'o!*Ke (arbre voisin
tiellement formé de quatre lancettes perforantes, du frêne) est plus méridio.
provenant des mandibules et des mâchoires trans- nale; la C:~e sanglante,
formées. ainsi nommée à cause de
Le sous-ordre des HËTÉROpT~REs présente les ses marques rouges, vit
ailes inférieures entièrement membraneuses, tan- dans les vignes du sud-ouest
dis que les supérieures ou MM(V</<)'M sont coria- de la France. Les femelles
des cigales ont une tarière
ces à leur base, membraneuses seulement
le
au bout.
de ponte,
ponte, perforant les bran-
On réunit tous ces insectes sous nom général
ches pour déposer les œufs ~i~ne,-(-M'cpté-
de Punaises. Les unes. les Punaises d'eau, qui mate,
male, ~ue
vaeM
eo
piquent fortement avec leur rostre quand on les les larves sucent les feuilles dessous.
saisit, vivent dans les eaux douces tous leurs
à et les bourgeons, tes nym-
états, carnassières d'insectes, de mollusques, de phes vivent accrochées au
frai de poisson. Telles sont les Nèpes et les ~CKa- pied des arbustes. Ces insectes sont peu nui-
tres, à l'affût dans la vase, saisissant leur proie sibles.
avec la patte antérieure transformée en pince ra-
Les ~p7t)'opAo)-M, dont les adultes sautent avec
visseuse, comme chez les Mantes, et les Notonectes agilité, ont des larves qui font sortir la sève des
ou PMMaMM à avirons, qui nagent renversées sur plantes sous la succion de leur rostre et vivent
le dos, à l'aide leurs longues pattes postérieures entourées de sève écumeuse, en amas qu'on
aplaties et ciliées. nomme crachat de coMco". c~cAat de
.MOtt:
Les Punaises terrestresont des genres, comme les et qu'il faut enlever et brûler, car ces larves épui-
Hydromèlres et les Get-Ws, qui n'entrent pas dans sentles plantes.
l'eau, mais courent sur sa surface pour chasser leur
proie, soutenues par un effet de capillarité sous
leurs tarses, comme une aiguille d'acier graissée
qui flotte sur l'eau. La Punaise des lits, dont le
rostre acéré fait naître des pustules, est privée
d'ailes, même chez les adultes on la détruit par-
faitement au moyen de la poudre de pyrèthre
Vicat, non éventée, insufflée dans les trous
de refuge. Elle a pour correctif une longue pu-
naise, volant très bien, qui fait la chasse dans les
maisons à la punaise des lits et aux mouches do-
mestiques on la nomme le Réduve m~tte, parce
que la larve masque sa présence en s'entourant de
flocons de poussière.-II ne faut pas toucher aux
Réduves, car ils piquent très cruellement, avec
leur rostre un-pregné d'une salive venimeuse.
Dans les jardins potagers et les vergers se trou-
vent les Pentatomes (à antennes de cinq articles),
répandant une odeur infecte; plusieurs espèces
percent les légumes, notamment les feuiltes des
navets et des choux, et sont très nuisibles; la
Pentalome grise et la Pentatome u<')'e, communes
groseilliers et les arbres Fig. t3. Larves d'Aphrophorc écumeuse.
sur les framboisiers, lesmauvaise odeur aux fruits
fruitiers, donnent une
lesquels elles'courent. Les SeMM/o-M présen- Do petits insectes sauteurs à leurs divers
sur qu'on réunit souvent sous le nom de C:ea-
tent un écusson prolongé en pointe jusqu'au bout états, beaucoup de
de l'abdomen les Tingis sont bordés d'expansions delles, abondent en automne sur
foliacées, et une espèce, dite le Kyre du poirier, plantes les vignes sont souvent couvertes par un
minuscule représentant de groupe, de couleur
fait beaucoup de tort aux poiriers en espaliers, cri- ce
blant leurs feuilles de trous. Les Lygées sont peu verte, criblant les feuilles de trous (~&fM snaa-
nuisibles; ornées de vives couleurs rouges et noi- t-a~M~, FaUon). que beaucoup de vignerons con-
phylloxéra.
sur beaucoup de vé- fonde Lt avec Homopt.ères dégradés, demeurant à
le
res, elles vivent en familles
gétaux. La .L~c aptère, généralementprivée d'ai- Ce sont les
les, est très commune à la base du tronc des til- poste fixe sur les plantes où ils s'attachent par leur
leuls de nos promenades et au bas des murs de rostre, qui sontles plus redoutables. Les F~yit~
an! Mutent à l'état adulte, sont sédentaires à sent sous leur corps tes œufs qu'elles pondent, puis
1 état de larves et de nymphes, ces dernières pa- meurent,la peau du ventre se collant celle du dos.
raissant entourées de collerettes, qui sont des de façon que les œufs sont protèges par une ca-
fourreaux d'ailes. La Psylle du figuier se rencon- rapace dure, souvent entourée de filaments blancs.
tre sur tout le pourtour de la Méditerranée; la Une espèce couvre de ses coques roussâtres les
P~/e du A«M remplit de ses larves les bourgeons vignes de treille; une autre parsème d'écailles
dn buis, qui se renflent en boules et qu'il faut blanchâtres le dessous des feuilles de laurier-rose;
couper et brûler d'autres Psylles font beaucoup une autre espèce, dite Kermès coquille, vit par
de tort aux poiriers. milliers sur les écorces des pruniers, des pom-
Les Pucerons ou Aphidiens ont des espèces miers et surtout des poiriers, avec de petites
spéciales a chaque plante. Pendant toute la belle ques brunes et arquées en virgule, comme une mi- co-
saison il n'y a que des femelles, qui se succèdent nuscule coquille de moule.
continuellement, mettant au jour de petites lar- Le groupe des Coccides est encore plus nuisi-
ves toutes femelles qui sortent vivantes de l'abdo- ble, parce que les femelles demeurenterrantes et
men de la mère, sans le concours d'aucun mâle. disséminent partout leurs flocons cireux et leur
Quand les plantes s'épuisent, certaines de ces miellat; elles pondent leurs œufsdans un nid coton-
femelles, dites de migration, prennent quatre neux derrière elles, et non sous leur corps, qui ne
ailes, et, à l'aide du vent, propagent sur d'autres se dessèche pas et reste annèlë. A ce groupe ap-
plantes l'espèce funeste; c'est ce qu'on vo'it très partiennent deux espèces utiles, originaires du
bien sur le Puceron vert du rosier. Aux premiers Mexique, les Cochenilles proprement dites
froids seulement naissent des mâles ailés, qui graines <f~ca'a~. On cultive 1 une d'elles en Al- ou
s'accouplent a des femelles sans ailes. Celles-ci gérie sur le cactus nopal, et le corps desséché des
pondent alors des œufs, qui passent l'hiver au- femelles fournit le carmin, la plus riche teinture
tour des bourgeons, et d'où naissent au printemps rouge connue. Une espèce est très nuisible aux
des femelles vivipares, qui recommencent le cycle orangers et aux citronniers,dans l'extrême midi de
destructeur. la France; une autre, le poM blanc des serres, cause
Beaucoup de pucerons éjaculent un miellat su- de grands dégâts dans les serres chaudes. On
eré. qui attire les fourmis; ces gouttes sucrées, ploie en général, pour détruire les cochenilles,em- les
tombant sur les feuilles et les fruits, servent de mêmes moyens qu'à l'égard des pucerons, des
terreau à un cryptogame noir, la fumagine, qui badigeons de lait de chaux phéniqué, de jus de
arrête la respiration des végétaux.Souvent du corps tabac, des enduits de savon noir mêlé à la fleur de
des pucerons suintent des filaments de cire blan- soufre.
che, qui semblent un duvet laineux. C'est ce qu'on Il est une très importante remarque, commune
remarque surtout sur le Puceron &Mt'~ey'e du aux pucerons et aux cochenilles, et qui concerne
pommier, espèce redoutable, importée d'Amérique un préjugé très répandu. Ces Homoptères prédo-
à la fin du siècle dernier. Elle fait périr les pom- minent les plantes de serre ou d'orangerie et
miers, qui se couvrent de nodosités. En hiver une sur les sur végétaux bien abrités des jardins, plutôt
partie de ces pucerons lanigères se porte sur les sur les sujets des bois et des champs. Ce
racines, et échappe ainsi aux agents destructeurs. que
n'est nullement qu'ils aient une préférence pour
!i faut badigeonner au pinceau ces pucerons avec les végétaux affaiblis par le premier mode de cul-
de l'huile minérale, ou flamber les branches à la ture, mais seulement parce qu'ils sont bien moins
torche, ces deux moyens, bien entendu, avant diminués dans conditions par les influences
l'épanouissement des bourgeons. Les procédés atmosphériques ces et par les entomophages internes.
généraux de destruction des pucerons sont d'en- Les P~/<o.r~'os (auxquels nous consacrons un
lever à la fin de l'hiver les bouts de rameaux article à part) sont intermédiairesentre les puce-
chargés d'œufs et de les brûler, d'asperger en été rons et les cochenilles.
les pucerons avec un lait de chaux mêlé d'acide T* Diptères, à métamorphoses complètes. Au
phénique, ou des lotions de jus de tabac, des fu- premier aspect ces insectes semblent n'avoir que
migations de tabac sous les châssis, etc. deux ailes, ce qui a donné le nom à l'ordre. En
Il y a des pucerons dont les succions détermi- réalité ils en ont quatre, la seconde paire d'ailes
nent des galles végétales, qui se remplissent de étant constituée par les balanciers, formés par une
larves dans un duvet cireux; certains pucerons tige grêle, terminée par un bouton renflé; ces
souterrains vivent sur les racines des légumes, balanciers sont en vibration rapide pendant le vol,
des céréales, des arbres. Bien des personnes les auquel ils sont indispensables, car le diptère
confondent avec le phylloxéra de la vigne; de cesse de voler si on coupe ses balanciers avec de
là ces récits erronés, ou que le phylloxéra va fins ciseaux. On voit très bien ces balanciers chez
passer sur les blés, ou bien qu'il suffit de semer les Tipules, si communes dans les jardins. La
certaines plantes entre les ceps pour en détour- bouche des Diptères est entourée de pièces de
ner le phylloxéra et sauver la vendange. succion très variées, tantôt molles et réagissant
Les Cochenilles sont aussi nuisibles que les pu- que sur des liquides ou des substances visqueuses,
cerons. Chez ces insectes les femelles n'ont jamais ainsi chez les mouches; tantôt en stylets acérés,
d'ailes et se fixent aux tiges ou sous les feuilles en dards rigides, perforant la peau de l'homme et
par leur rostre les jardiniers les nomment pOMa;, des animaux pour sucer le sang. Il ne faut jamais
punaises, <s're< sur bois, tigres sur feuilles. A laisser les Diptères demeurer posés sur notre
certaines époques apparaissent pendant quelques corps, car certains cherchent à nous piquer pour
jours des mâles très petits, à deux ailes, l'abdo- se nourrir; on peut, au contraire des Hyménoptères
men ordinairement terminé par deux grêles filets porte-aiguillon, saisir tous les Diptères entre les
blancs; ils ne vivent que pour féconder les fe- doigts, même les Diptères charbonneux, car,
melles. De même que chez les pucerons, beau- lysés par la peur, ils ne songent pas alors à para- leur
coup de femelles ont des exsudations sucrées que alimentation et ne nous font aucun mal.
recherchent les fourmis, et qui donnent nais- Un premier sous-ordre, les NÉHOcÈftEs, nous
sance, par leur aspersion sur les végétaux, à la présente des antennes variées, mais assez longues
fumagine, avec les accidents qui en résultent. La et bien visibles. Tels sont les Cousins et les AfoM<-
plupart des femelles se couvrent par suintement ~MM, dont les larves et les nymphes vivent dans
de filaments blancs cireux. les eaux croupies et respirent par des branchies.
Dans un premier groupe de Cochenilles,celui des Ils piquent l'homme et les animaux
/.<'<'aKK~Mou Kermès, les anneaux s'enacent chez les trompe très grêle et sont le fléau des avec une
pays humides,
femelles, qui demeurenttoujours fixées. Elles pous- soit chauds, soit froids. Les Tipulides, qui ont une
trompe courte et épaisse et de jongs et grêles les ailes vibrantes, sous les rayons du soleil. Cer-
balanciers, ne piquent pas. Parmi les CAtro~omM tains genres nous sont très utiles dans les jardins,
(genre appartenant aux Tipulides), une espèce par leurs larves, appelées souvent M; <:maeM,
à antennes plumeuses a une larve d'un rouge sans pattes, tête effilée, rampant sur les feuilles
de sang qui vit sous l'eau dan~ le sable; c'est des arbres fruitiers, des groseilliers et des plantes
le ver de vase des pêcheurs à la ligne. Les Ti- de jardins, pour sucer les pucerons et les che-
pules terrestres ont le corps élancé, avec le tho- nilles des petites espèces de papillons, qui sont
rax renflé, le bout de l'abdomen renflé chez le les plus nuisibles. A cette tribu appartiennent les
mâle, terminé chez la femelle en longue tarière Volucelles, dont certaines espèces, à corps pare
rétractile, pour pondre dans la terre humide. de bandes jaunes et noires, pénètrent pour pondre
Elles se balancent pendant des heures entières, dans les nids des frelons et des guêpes leurs
'appuyées sur les feuilles par leurs pattes très
longues et très grêles, qui rappellent celles des
Faucheurs (Arachnides). Une espèce, la Tipule des
potagers, Linné, est très nuisible aux légumes,

Fig. i5. Volucelle zonaria, adulte.

larves grises, à peau cuirassée et épineuse défiant


l'aiguillon, se repaissent du couvain. Les Taons
sont des Diptères à corps robuste, large, aplati, la
tête portant une trompe droite et acérée. En été,
leurs bourdonnements irritent et épouvantent les
chevaux et les boeufs, dont le sang coule bientôt
sous les taons fixés à la peau pour aspirer lepetits,
sang.
A côté des Taons proprement dits et plus
sont d'élégants Diptères à ailes diaprées de brun,
qui piquent également l'homme et les animaux do-
mestiques l'un est le CAr~op~ aveuglant, à gros
yeux d'un vert doré, l'autre est l'~Ktt!a<opo<e plu-
vial, qui ne pique que par les temps d orage et
après la pluie. Les piqûres de tous ces taons sont
douloureuses, mais sans danger de charbon, car
ces insectes ne sucent pas les cadavres.l'immense
C'est aux Brachycères qu'appartient
tribu des Musciens ou Mouches, dont certaines es-
pèces nous rendent des services, tandis que nous
Fig. i4. Tipule des potagers,pondant. méfaits-
ne connaissons les autres que par leursgénérale-
Les larves sans pattes, à tête pointue,
dont ses larves allongées, sans pattes, à peau ment blanchâtres, sont appelées asticots; elles ne
cuirassée et grise ( Vers à jaquette de CM: des changent pas de peau pour devenir nymphes, mais
Anglais) dévorent les racines. Les Cécidornyies la dernière peau de la larve devient dure, brune
sont de petites Tipulides dont les femelles per- ou noire, et l'adulte s'organise à l'intérieur
des
de ces
graines de
cent les végétaux avec leur tarière pour' y pon- petits barillets, qui ressemblent à
dre leurs œufs, et font souvent naître des belle de nuit et qu'on nommepupes. Certains Mus-
galles où vivent leurs larves. Plusieurs espèces ciens, poilus ou même épineux (;B'c/t:'Mntx!M),
perforent les jeunes poires qui tombent bientôt, rougeâtres ou d'un gris d'acier, les raeAina:
et deux minuscules Cécidomyies, l'une jaune, volent sans relâche en été au-dessus des plantes
l'autre noire, s'abattent en troupes sur les blés, à la recherche des chenilles. Les femelles, dé-
leurs larves vivant dans le grain; on est souvent pourvues de tarière, ne peuvent pondre dans le
forcé d'alterner la culture pour s'en débarrasser. corps des chenilles, mais collent leurs œufs sur la
Les Si'MM~'M, qui piquent l'homme, les chevaux peau de leurs victimes. Les larves entrent dans
et le bétail, sont dangereuses parce qu'elles ont la chenille, dont elles sucent l'intérieur, permet-
souvent sucé des animaux malades ou des cada- tant en général la transformation en chrysalide.
vres, et peuvent inoculer dans le sang la bactéridie Elles sortent de celle-ci, tombent sur le sol où
du charbon. elles deviennent pupes, la reproduction du papil-
L'autre sous-ordre des Diptères, celui des BRA- lon nuisible étant ainsi interrompue. D'autres
CHYCÈREi), n'a. que de très courtes antennes. Les Musciens sont des agents de la salubrité atmo-
balanciers très courts sont souvent entourés de sphérique. Les Sea<opAo~M, à corps jaunâtre et
membranes blanchâtres, les cueillerons. Les Asiles, poilu, font disparaître les excréments; d'autres
à corps élancé, à pattes velues et robustes, sont mouches amènent rapidement la destruction des
des carnassiers qui saisissent au vol dans les animaux morts, sur lesquels elles pondent et qui
champs et les sentiers des insectes vivants qu'ils bientôt sont remplis de larves. Trois mouches, dit
percent de leur rostre. L'~s:/e-/r~/OM, ayant les Linné, débarrassent la terre du cadavre d'un che-
couleurs d'une guêpe, vole au soleil, se posant val, plus vite que ne le ferait un lion. Telles sont
fréquemment sur les mottes de terre; les autres les Sarcophages, mouches rayées de gris et de
Asiles sont gris. Les Dasypogons, à corps noir et noir, la plupart vivipares., pondant sur les viandes
luisant, ont les mêmes moeurs et sont des bois. Le des larves vivantes, semblables à de petits vers
groupe des Syrphes comprend des Diptères à vol blancs les CaKipAo'ex, comprenant la grosse
très rapide, demeurantsouvent en vol sfa<:07MMK!'e, mouche bleue de la viande; les Lucilies, à cou-
leurs métaiHque! d'un vert doré ou bleuâtre. Ces
deux derniers genres pondent des oeufs.
Nous devons signaler, parmi les Musciens nui-
sibles, les Stomoxes, piquant l'homme et les ani-
maux et pouvant amener des accidents charbon-
neux, car ces mouches sucent les animaux mala-
des et les viandes putrides. Dès qu'on a été piqué
à l'endroit même un
par une mouche, il faut placersublimé
petit emplâtre saupoudré de corrosif; on
écarte ainsi tout danger de charbon. Les institu-
teurs devront agir auprès des maires pour faire
exécuter l'enfouissageimmédiat des animaux morts
du charbon. Une mouche de l'espèce dite Sarco-
phage rurale, Meigen, pond dans les plaies des
chevaux et les remplit de ses larves; elle fait périr
les lièvres sous le nombre de ses larves. La Mou-
che domestique fatigue beaucoup les malades et
les blessés et devient parfois insupportable en
automne par son abondance. Le remède est d'é-
loigner du voisinage de la maison le fumier où
vivent ses larves.
Beaucoup de Musciens attaquent les divers or-
ganes des végétaux, et nous ne pouvons guère
F)g. )7. – Po~en d'estomac de cheval avec iMYfs d'M~trc!.
trouver d'autre destruction que d'arracher et brû- Les derniers Diptères sont des épizoiques (para-
ler, ou bien changer la culture. Les oignons, les sites), passant toute leur vie sur les mammifères ou
choux, les carottes, les betteraves, l'oseille, les
luzernes sont la proie des larves de diverses mou- les oiseaux. Ils ont souvent des ailes, mais ne s'en
l'Ortalis des cerises, à ailes bigarrées de servent pas leur abdomenest énorme, car les larves
ches
noir, pond dans les cerises, surtout le& guignes et à
se développent intérieur du corps de la femelle,
qui est pMjMDa~, c'est a-dire pond des pupes. Tel
les bigarreaux, que dévore sa larve; une petite est l'MppOMM~Me ~'w fAe- r
mouche aux yeux verts remplit les olives de ses ~jet PH~A~~f~ du
larves et compromet la récolte d'huile de la façon ua<,ou)aJtfoMC/ie-~ra:-
la plus grave. D'autres très petites mouches (gen- ~a~, qu'on trouve en grand
res Chlorops, Oscinis) pondent en mai, puis en nombre au printemps dana
octobre, sur les blés, les seigles et les orges, et les aines et sous la queue
leurs larves dévorent les tiges et les feuilles il de ce quadrupède. Ce dip-
faut enlever ait sarclage les pieds attaqués, et tère, à abdomen très dur et
souvent on est forcé d'alterner la culture. Ces cuirassé, pique non seule-
petites mouches très frileuses se réunissent en ment le cheval, mais l'hom-
nombre immense dans les greniers et les granges; me etle chien. Dansla laine
du mouton vit un epizoïque
on peut en tuer beaucoup par des flambages ou
des injections de pétrole chaque mouche écrasée encore plus dégradé, puis- Fig. 18.du
MMo~hage
fait une tache huileuse. qu'il n'a plus d ailes; c'est mouton.
Il y a des Musciens qui attaquent d'une manière )e Mélophage ou p-)M du
fort singulière nos animaux domestiques. La fe- mouton. On voit souvent les étourneaux suivre en ·
melle de l'OEsh'e du cheval colle ses œufs aux bandes les moutons, et se poser sur leur dos, les
débarrassant à coups de bec de cette vermine.
V. ORDRES SATELLITES, BROYEURS OU SUCEURS.
Il y a quelques ordres dégrades, qui ne comp-
tent que peu d'espèces. Les Anoplourea ou Épizoï-
ques, auxquels les Diptères pupipares font un pas-
sage, n'ont pas de métamorphoses,et sont toujours
privés d'ailes.
Ils comprennent les Poux, qui sont suceurs, et
vivent surtout sur les mammifères, et les Ricins,
munis de pièces buccales broyeuses, et passant
leur vie sur les oiseaux. L'homme peut être atteint
Fig. 16. OEstre du cheval, mâle et femelle.
par plusieurs poux celui de la tète, collant aux
cheveux ses œufs allongés, nommés lentes, est fré-
poils, dans les places que la langue de l'animal quent chez les enfants. Les instituteurs devront
peut atteindre, de sorte qu'ils parviennent dans exiger des parents les soins de propreté nécessai-
l'estomac les larves s'accrochent aux parois par res, et au besoin faire couper les cheveux ras et
des couronnes de crochets et y prennent tout leur enduire la tête de l'enfant d'axonge ou d'onguent
accroissement, baignées dans les liquides stoma- gris. Un Ricin infeste les poules dans les poulail-
caux puis elles sont expulsées avec les excré- lers et s'attache souvent aux bras des femmes
ments et deviennent pupes sur le sol. Les Cépha- qui plument les volailles, mais se détache bientôt.
lémyies s'introduisent dans les narines des mou- Les Suceurs ou Puces sont'constitués par des
tons pour y pondre et leurs larves y vivent; les insectes qui ont la bouche conformée comme celle
moutons s'enfoncent le mufledans le gazon ou dans des punaises deux écailles sur les côtés de la
la terre pour échapper aux Céphalémyies;on les puce représentent des ailes rudimentaires. Les
trouve en grand nombre rassemblées sur les soli- puces ont des métamorphoses complètes; leurs
ves des bergeries. Les Hypodermes pondent sur larves sont des vers blancs allongés, sans pattes,
les bœufs et les vaches, en perçant la peau une ayant sur la tête un tubercule corné, qui leur sert
tumeur purulente se forme autour de l'œuf, et la à fendre la coque de l'œuf, comme celui qui se
larve vit dans cet horrible berceau, puis crève la trouve sur le bec des jeunes oiseaux à l'éclosion.
peau et tombe sur le sol ot elle devient pupe. Ces larves vivent dans la poussière, les détritus
divers, rongeant le sang desséché et d'autres
tières azotées elles tombent en grand nombre ma- vermisseaux. Beaucoup d'entre eux sont à demi
quand on peigne les longs poils des chats angoras.eexistence, nocturnes, passent sous terre une partie de leur
et tombent, pendant la mauvaise saison,
Ces larves se filent de petites coques de soie, où dans un sommeil léthargique. Quelques-uns,
elles deviennent nymphes. La Puce !7on~ est commeles t
propre à l'homme, et pique surtout la peau déli- et nagent avec une grande
D~ma/M, ont des habitudes aquatiques
facilité.
cate des femmes et des enfants les puces dess C'est à l'ordre des Insectivores qu'appartiennent
mammifères et de quelques oiseaux offrent de lé- petits mammifères,
ces si communs dans nos cam-
gères différences spécifiques; celles du chien et pagnes,
du chat peuvent piquer l'homme, mais moins for- de J~MMt<e~ t que l'on connaît vulgairement sous le nom
ou de Musaraignes, et qui, par les
tement que la Puce irritante, et le quittent volon- formes extérieures, par la nature et les couleurs
tiers. du pelage,
Les Thysanoptères ou Thrips sont de petits in- pëces du ressemblent beaucoup aux petites
Rat. Les musaraignes toutefois es-
sectes, presque linéaires, volant sur les fleurs dedistinguent des souris genre se
beaucoup de plantes, dans lesquelles vivent leurs par leurs dents par leur tête plus effilée et
disposées pour couper de la chair
larves rougeâtres ils n'ontque des métamorphoses et i
incomplètes. Les pièces delabouche sont broyeuses, couvert de poils non pour broyer des graines. Leur corps est
courts et de leurs flancs
avec des mandibules très allongées. Il y a quelques une humeur odorante.,Ellesvivent dans dessuinte
i
espèces très nuisibles aux céréales, au lin, aux plan- et trous
tes de serre, rongeant les organes floraux et par- Jamais, se nourrissent d'insectes et de vermisseaux.
fois les feuilles. quoi qu'on en ait dit, elles n'ont causé, par
leurs morsures, de maladies aux bestiaux; ce sont
Les Thysanoures, privés d'ailes et sans méta-
au contraire des
morphoses, sont des insectes broyeurs, les uns qui méritent la petites bêtes extrêmement utiles
protection des agriculteurs.
sauteurs, les autres coureurs. Nous citerons seu- Les Taupes sont d'autres Insectivores dont )e
lement parmi ces derniers les ~MMM, dont
espèce, le Z.qoM~e du sucre, est fort nuisible. C'est unecorps est plus trapu, le museau plus allongé que
celui des musaraignes, et dont les pattes de devant
un insecte gris et plat, couvert d'écailles argen-sont singulièrement raccourcies,
tées qui restent aux doigts, ce qui le fait appeler etterminêe dirigées en dehors,
petit poisson d'a~e~t. Il court vivement dans les la terre. A l'aide par des ongles énormes, propres à fouir
armoires humides et les garde-manger, rongeant de ces sortes de pelles, les taupes
le sucre, les matières sèches, pain, biscuit, etc., ereasent dans le sol, avec une rapidité extrême,
de véritables labyrinthes, avec des chambres de
les linges empesés à l'amidon. On doit écraser refuge. Comme
elles ne sortent presque jamais de
ce lépisme quand on le rencontre. ces sombres retraites, le sens de la vue leur est
Bibliographie. Les instituteurs ont intérêt à presque entièrement inutile; aussi leurs yeux
naître les travaux publiés en France spécialement surcon- les sont-ils d'une petitesse extrême, parfois même
insectes utiles et nuisibles. Yoici tes priucipaux Goureau, complètement imperceptibles. La ?'<!Mpe
Les 7)iMciM nuisibles aux arbres fruitiers, coMmMHf,
plantes aux co'ee~M, qu'on trouve dans les champs et dans les prairies
aux potagères et fourragères, au.c forêts et aux de l'Europe, et qui est d'un noir de velours, été
arbres d'aocHue, à l'homme et aux aMt'mau. domestiques, a
3 vol. et 2 supp)., paris, tieior Masson et fils, 185i à 1867. pendant longtemps et est même encore, dans beau-
– Gehm, A~fe~pour servir à l'histoire des MscetM Ktf.iit~ coup de contrées, traquée et détruite comme un
à l'agriculture, à l'horticultureet à la sylviculture. Metz animal essentiellement malfaisant. Sur certains
S brochures, 1856 à 1860. Menault, les Insectes eo~sMet-M points seulement des agriculteurs intelligents, loin
comme nuisibles à i'~tteu~ttre; moyens de les com&aMre de faire à ia taupe une guerre acharnée, considè-
Paris, Furne, Juuvet et C", 1866. U' Boisduval, rent ce petit Insectivore comme un auxiliaire,.
l'entomologi6 horticole, Paris, Donnaud, 1867. jE'Ma:sM)' Miat chargé de purger les cultures
les Insectes auxiliaires et les insectes Mhh:, Paris,H.librai- des vers et des lar-
rie Mrieote, 26, rue Jacob, i870. J. Lichtenstein, ves nuisibles, et se contentent de niveler les tau-
nuel d'entomologie à ~'MM~e des horticulteursdu midiMa- pinières qui déparent les prairies et qui empêchent.
la France, MONtpeUier, librairie centrale du Midi, i872. de de faucher au ras du sol.
Y. Rendu, Les 7t!iec<M nuisibles à l'agriculture, Enfin nous citerons encore, parmi les Insectivo-
dins et aux forêts de la France, Paris, Hachette aux jar-
et C" res, les Hérissons dont le corps est couvert de
<S.6~ AI aurice Girard, Les Métamorphoses des insectes,
5- éd., Paris, Hachette et C", 1879; Catalogue raisonné piquants au lieu de poils, et qui, en fléchissant la
des animaux utiles et MMMi't/M de la ~raMCe. ptttHe tête et les pattes le ventre et en contractantles
les auspices du -MnMtefede ;tM<t'c;!0)t pnth'<7"e 2 fase f0,,i! muscles de leurvers dos, peuvent prendre la forme
2'éd., Paris, Hachette et C". )~9. Une rab!ieatiun d'une boule hérissée de pointes, et défier ainsi les
mensuelle d'entomologie apptiquée, à t'user de3 institu- dents de leurs ennemis. Les hérissons
teurs, est le Bulletin d'insectologie agricole, 3 fr tiennent
rue Monge, par
chez M. Hamet, sec.êtaire de la So-
an par rapport aux porcs-épies, qui sont des Rongeurs,
ciété d'agriculture et d'insectologie. une place analogue à celle que les musaraignes
[Maurice Girard.] occupent par rapport aux souris. Ils sont représen-
tés en Europe par une seule espèce, dont la chair
MSECT!VOttES. – Zoologie, VII. D'une n'est point bonne à manger et dont la dépouille
manière générale, le nom d'insectivores convient est aujourd'hui
à tous les animaux qui se nourrissent d'insectes sans usages. Dans l'antiquité, au
mais, dans un sens particulier, il a été appliqué à cherchées contraire, les peaux de hérissons étaient fort re-
et servaient à fabriquer des cardes pour
un ordre de mammifères qui se rapprochent à cer- peigner la laine. [E.Onstalet.]
tains égards des chauves-souris ou Chiroptères, MSTtXCT. – Psychologie,
tout en digérant de ces derniers par la conforma- tin instigare :7:~tte''e, IV. Etym. du la-
tion des membres. Chez les Insectivores, ou exciter. L'instinct
les pattes antérieures ne sont pas transformées en enet serait ainsi, d'après l'étymologie, une sorte d'exci-
ailes elles ressemblent par leur structure en tation intérieure qui pousse l'animal ou l'homme
pattes postérieureset se terminent, aux à accomplir certains actes, et cela sans l'interven-
comme celles- tion de l'intelligence et de la volonté. Si en
ci, par des doigts, de longueur médiocre, munis chemin mon pied rencontre
d'ongles plus ou moins robustes. En les une pierre qui me fasse
Insectivores sont des quadrupèdes qui un mot, trébucher, mes mains se portent rapidement en
cheminer sur le sol à la manière des Carnassiers peuvent avant
f pour amortir la chute et garantir le visage:
des Rongeurs~ etc. Ils ont trois sortes de dents, des un
i tel mouvement est dit instinctif, car il précède
incisives, des canines et des molaires, dont les der- tion toute
t rënexion et n'est l'effet d'aucune détermina-
nières sont hérissées de pointes coniques admi- t volontaire.
rablement faites pour écraser les insectes et L'instinct est un principe qui nous est commun
et les avec
a les bêtes; mais, chez celles-ci,les instincts sont
plus nombreux, et les actes qu'ils produisentgéné- On a vu un singe prendre la clef de la chambre
ralement plus compliqués. Chez les animaux eux- où il était renfermé, l'enfoncer dans la serrure et
mêmes, a mesure que l'intelligence, apparaît, les ouvrir la porte. Un autre, étant trop petit pour at-
instincts sont plus pauvres et semblentFrédéric perdre teindre à la serrure, alla chercher une chaise et
quelque chose de leur infaillibilité. Aussi t'en fit un marchepied. Un troisième prit une pierre
Cuvier et Flourens ont-ils posé cette loi que dans pour casser la noix qu on lui avait donnée, et,comme
les animaux l'instinct et l'intelligence sont en rai- celle-ci s'enfonçait dans le sol sons les coups, il ia
Pour nous borner, en plaça sur une tuile pour la frapper avec plus de
son inverse l'un de l'autre.considérerons principar succès. C'est aussi sans doute l'instinct général
aussi vaste, nous
un sujet instincts
ïement les qui sont communs l'homme
a de conservation qui explique, chez l'homme et chez
énumëreroM rapidement plusieurs espèces d'animaux, certaines appréhen-
-et aux animaux, et nous sions naturelles,telles que la crainte de la solitude,
les plus importants d'entre eux.
On peut distinguer, avec un éminent psycholo- des ténèbres. N'allons pas de ce coté, se disaient
classes d'instincts ceux deux petits enfants; il n'y a personne, on pourrait
gue, M. Garnier, àtrois
des objets personnels,ceux qui nous. faire quelquemal. » De là également les ruses
qui se rapportent
a nos semblables, ceux qui se rappor- si variées par lesquelles la plupart des animaux
se rapportent personnels. non domestiques cherchentà tromper leursde enne-
tent à des objets non mis. On sait que le renard change souvent ter-
J. Les premiers ont pour but la conservation et chevreuil, le lièvre,
le développement de notre être s'il ne s'agit que rier, que le cerf, le daim, le
-de la vie physique, on les appelle les appétits. vont et reviennentplusieurs fois par le même che-
Comme tous les animaux, l'homme cherche instinc- minbonds pour dépister les chiens et les chasseurs,font
tivement la nourriture qui lui est propre. Une che- des considérables, tantôt d'un coté, tantôt de
nille, destinée à vivre d'une seule plante, voyage l'autre, pour interrompreleur voie,feignent de ren-
de feuilles d'une autre espèce trer au gtte. et s'en éloignent brusquement. De
sur des milliers arrivée à celles qui forment sa même, chez l'homme, la ruse semble innée à cer-
sans en goûter aussitôt, et les tains individus et certaines races.
nourriture naturelle, elle s'y jette à
dévore avec avidité. De même, le nouveau-né dont N'est-ce pas encore à l'instinct de conservation
les yeux ne sont pas encore ouverts se tourne qu'il faut rapporter l'usage où sont quelques es-
guidé sans doute, comme pèces vivant en troupes, de placer des sentinelles
vers le sein nourricier, accomplit
animal, par l'odorat. Il des la première et de se choisir un chef auquel toute la bande
fois, avec une précision parfaite, les mouvements obéit? a Les peuplades de ruminants,de pachyder-
si compliqués de la succion et de la déglutition. mes, de singes, ont des chefs auxquels le soin de
De tous les instincts, c'est celui-là peut-être dont la défense commune n'en est conné par une délégation
le caractère vraiment primitif et inné est le moins qui, pourinstitué, être tacite, est pas moins formelle.
contestable. Quelques auteurs admettentl'existence Une fois le guide ou chef exige et obtient
d'un instinct de la chasse et Bossuet va jusqu'à dans toutes les circonstances une obéissanceabso-
croire que l'agriculture et l'art pastoral ont été ré- lue, comme s'il personnifiait la peuplade entière et
vélés directement a l'homme par son Créateur. Ce centralisait en soivieux l'instinct de tous. Aussi avec
qui est certain, c'est que quelques animaux sont quelle dignité le singe, par exemple, exerce
naturellementchasseurs, d'autres pasteurs. « Quel- son emploi d'intelligence directrice ou d'organe
et nourrissent dans directeurL'estime qu'il a su conquérir,
ques races de fourmis élèventespèces
exaltant
es sortes d'étables d'autres d'insectes, et son amour-propre, lui donne une certaine assu-
principalement des pucerons, qu'elles soignent rance qui manque à ses sujets; ceux-ci lui font
pour les traire et pour en obtenir un aliment assuré toujours la cour. Les femelles, remarque Brehm,
dans les temps de disette, comme nous tenons en mettent tout leur zèle à débarrasser son pelage
domesticité nos vaches, nos chèvres, nos brebis. des parasites incommodes, et il se prête à cette
<Duméril). opération avec une grotesque majesté. En retour,
On a rapporté aussi à un instinct spécial l'art de il veille fidèlement au salut commun. Aussi est-il
produire le feu. A peine pourrait-on citer une ou de tous le plus circonspect ses yeux errent con-
deux peuplades sauvages qui ignorent l'art d'allu- stamment il arrive de coté et d'autre sa méfiance s'étend
et toujours à découvrir à
mer du feu en frottant l'un contre l'autreEtdeux mor- sur tout, danger qui
presque
la bande. Il exerce le
ceaux de bois d'espèces différentes. pourtant temps le menace
l'animal le plus intelligent est incapable d'en faire commandement par la voix. De temps en temps, il
d'un grand arbre, et du haut de
autant. On raconte, dit M. Garnier, l'histoire d'un monte au sommet
il examine chaque objet d'alen-
singe qu'une chalne trop courte empêchait d'attein- cet observatoire satisfai-
dre une noix qu'il convoitait un valet, en passanttour. Lorsque l'apprend
le résultat de l'examen est
à ses sujets en faisant entendre
près du singe, ayant laissé tomber une serviette, sant, il
celui-ci s'en empara et s'en servit pour amener à lui des sons gutturaux particuliers en cas de danger
l'objet de sa convoitise. Cependant ce même singe, il les avertit par un cri spécial. » (Alf. Fouillée.)
placé en hiver près d'un feu qui s'éteignait, n'eut H y a évidemment là, outre l'instinct de conserva-
jamais l'idée de prendre du bois à un monceaution, la manifestation d'un instinct de sociabilité
voisin et de le jeter dans le feu, quoiqu'il eût vu que nous mentionnerons tout à l'heure. Quant au
plusieurs fois les valets lui en donner l'exemple, fait lui-même, il est particulièrement intéressant
et quoiqu'il fût transi de froid. conservation
» en ce qu'il éclaire pour nous l'origine des gouver-
L'instinct plus général de la inspire nements humains. La crainte du danger a d& pri-
aux animaux les actes les plus variés, et quelques- mitivement grouperles hommes autour du plus fort
que par un ou du plus habile et lui déléguer l'autorité
néces-
uns semblent ne pouvoir s'expliquer saire veiller salut de tous.
véritable raisonnement. Reimarus, G. Leroy, Fré- pour au
déric Cuvier, Flourens, abondent sur ce point en Mentionnons encore, parmi les instincts se rap-
exemples intéressants. Ainsi, quand un limaçonportant des objets personnels, l'amour quelques
de la pro-
espèces
~'est introduit dans une ruche, les abeilles, pour prietë, qui existe aussi bien chez
le faire mourir, l'enduisent tout entier de cette) d'animaux que chez l'homme. On sait que le cam-
matière gommeuse qui leur sert à boucher les fen- pagnol, le mulot font des magasins, que le renard,
approvisionnements. II
tes de leur habitation. « On a vu des ours pousser le loup amassent puisse saisir dans le règne sem-
des
ani-
avec leurs pattes, dans le bassin de leur fosse, blé même qu'on
i
des gâteaux empoisonnés qu'on leur avait jetés, les mal quelques indices
t
d'un amour de la propriété
agiter dans l'eau, puis les flairer avec attention et foncière l'aigle, par exemple, a son canton où il
compétiteur le rossignol, le
ne les manger que quand le poison s'était évaporé. ne souffre aucun
rouge-gorge agissent de même; une fols établie elle supporta de même le second. Cette lionne-
sur une montagne, une troupe de chamois expulse mourut à son tour; alors le chien nous offrit un
tous ceux qui ne sont pas du troupeau. tout autre spectacle il refusa de quitter la loge-
Nous sommes portés naturellement, non seule- qu'il avait habitée avec elle sa tristesse s'accrut
ment à conserver notre être, mais encore à l'agran- de plus en plus le troisième jour, il ne voulut
dir, à le développer. De là certains instincts plus plus manger, et il mourut le septième. »
spécialement propres à l'homme, mais apparaissant Nombre d'animaux connaissent l'amour conjugal,
aussi chez certains animaux, tels que l'émulation, qui survit souvent à l'époque de la reproduction.
l'amour du pouvoir, l'amour de la louange. L'attachementréciproque du mâle et de la femelle
II. Inclinations qui se rapportent à nos sembla- chez les pigeons est passé en proverbe. Quant a.
bles. Les principales sont l'instinct de société, l'affection paternelle et maternelle, il n'est pas rare
la sympathie, l'amitié, l'amour, les affections de qu'elle inspire des actes d'un véritable héroisme.
famille. Nous n'en donnerons qu'un exemple. « La voix.
L'homme est un être sociable, et l'existence craintive d'un jeune singe abandonné par sa mère
d'un prétendu état de nature qui, selon certains dans sa fuite désordonnée, dit Brehm cité par
philosophes (Hobbes, Rousseau), aurait précédé M. Fouillée, se fit entendre sur un arbre au-dessus
celle de la société, est une chimère. Pourquoi de ma tête. Un de mes Indiens y grimpa. Dès que
l'homme ne serait-il pas poussé d'instinct à vivre le singe vit cette figure qui lui était étrangère, il
avec ses semblables, puisque certains animaux, les jeta les hauts cris, auxquels répondirent bientôt
abeilles, les fourmis, les castors, les moutons, les ceux de sa mère qui revenait chercher son petit.
chevaux, les bœufs, les éléphants, les chiens, etc., Celui-ci poussa alors un cri nouveau tout particu-
ne vivent qu'en communauté ? Quelques-uns lier, qui trouva un nouvel écho chez la mère. Un
même dépérissent dans la solitude. < On sait de- coup de feu blessa celle-ci elle prit immédiate-
puis longtemps, dit Dugald Stewart, que les bœufs ment la fuite, mais les cris de son petit la ramenè-
et les vaches n'engraissent pas aussi rapidement rent aussitôt. Un second coup tiré sur elle, mais
lorsqu'ils sont seuls que lorsqu'ils paissent en qui ne l'atteignitpoint, ne l'empêcha pas de sauter
troupeaux, quand bien même on compenserait péniblement sur la branche où se tenait son petit,
leur solitude par de pins gras pâturages. » qu'elle mit rapidementsur son dos. Elle allait s'é-
La sympathie est très voisine de la sociabilité, loigner avec lui, lorsqu'un troisième coup de feu,.
et n'en est pour ainsi dire que la conséquence et tiré malgré ma défense, l'atteignit mortellement.
le prolongement. Le plaisir que nous causent la Elle serra encore son nourrisson dans ses bras pen-
vue et le commerce de nos semblables nous dis- dant les convulsionsde l'agonie, et tomba sur le sol
pose à une certaine bienveillance à leur égard; en essayant de se sauver. »
par suite, nous nous réjouissons de leurs joies, III. La troisième classe d'inclinations que nous
nous nous attristons de leurs peines et nous faisons avons distinguées comprend celles qui se rappor-
effort pour soulager leurs maux. La sympathie, tent à des objets non personnels. Tels sont l'amour
chez les grandes âmes, fortifiée par le sentiment du bien moral, l'amour du vrai, l'amour du beau, le
du devoir ou le sentiment religieux, devient la sentiment religieux. En effet, ces affections ne pré-
philanthropie, la charité, et engendre les plus su- tendent pas faire de leurs objets une possession
blimes dévouements. qui leur soit propre. K Nous ne voulons pas, dit
Sans attribuer aux animaux ni la moralité ni la M. Garnier, exclure les autres du plaisir que nous
religiosité, on ne saurait refuser à quelques-uns causent la vertu, la science, les ehefa-d'œuvre
une sympathie pour ceux de leur espèce, qui va de la nature et de l'art; nous les appelons, au con-
parfois jusqu'au sacrifice de la vie. Les singes ont traire, au partage do notre joie, et nous la sentons
leurs Décius et leurs Coclès. Brehm a vu en doubler par celle qu'ils éprouvent, »
Abyssinie un babouin tenir tête tout seul à une Nous n'insisterons pas sur ces affections d'ordre
meute de chiens pour leur arracher un jeune de sa supérieur, d'abord parce qu'elles ne nous sont pas,.
bande qu'ils allaient mettre~en pièces. « Il y a quoiqu'on en ait dit, communes avec les animaux.
quelques années, dit M. Darwin, un gardien des ensuite parce qu'elles diffèrent assez profon démen
Zoological Ga~e'M me montra quelques blessures selon que se modifle par le développement de la
profondes, à peine cicatrisées, que lui avait faites civilisation la conception rationnelle des objets
au cou un babouin féroce, pendant qu'il était à auxquela elles ~e rapportent.
coté de lui. Un petit singe américain, grand ami du Il est enfin quelques inclinations complexes qui
gardien, vivait dans le même compartiment et avait ont aussi leur fondement dans la nature humaine
une peur horrible du babouin. Néanmoins, dès et qu'il est assez difficile de faire rentrer dans l'une
qu'il vit le gardien en péril, il s'élança à son se- des divisions de la classification précédente. Tel
cours et tourmenta tellement le babouin, par ses est, par exemple, le patriotisme.
morsures et par ses cris, que l'homme, après avoir Plusieurs théories ont été proposées pour expli-
couru de grands risques pour sa vie, put s'échap- quer l'origine de l'instinct, principalement chez les
per. » D'autres faits, plus touchants peut-être, ré- bêtes. Descartes n'y voit qu'un effet purement mé-
vèlent une sympathie qui ressemble à de la charité. canique et inconscientde la structure des or~nes
On cite un pélican, vieux et complètement aveugle, hypothèse insoutenable, car elle fait de l'animal
qui depuis longtemps était nourri par ses compa- une machine et lui refuse tout principe sensible et
gnons. Le même cas a été observé sur des corbeaux affectif.Locke,Condillac,et surtout Darwin, ramè-
indiens et sur un coq domestique. Quant à l'amitié, nent l'instinct à l'habitude. Pour eux, les actes,
elle se manifeste souvent chez les animaux entre aujourd'hui instinctifs, furent primitivement l'effet
deux individus d'espèces fort différentes, et parfois de la volonté et de la réflexion. On ne saurait nier
naturellement hostiles. M. Darwin a vu un chien que beaucoup d'instincts ne soient des habitudes
qui ne passait jamais à coté d'un de ses grands acquises et devenues à la longue organiques et hé-
amis, un chat malade dans un panier, sans le lécher réditaires mais dans sa généralité absolue, cette
en passant, le signe le plus certain d'un bon senti- doctrine n'irait à rien moins qu'a prêter à des ani-
ment chez le chien. » Une lionne, dit Frédéric maux placés fort bas dans l'échelle des êtres une
Cuvier, avait perdu le chien avec lequel elle avait intelligence égale, sinon supérieure, à celle de
été élevée, et, pour offrir toujours le même spec- l'homme. Où auraient-ils appris la géométrie, les
tacle au public, on lui en donna un autre qu'aus- ancêtres de ces araignées qui disposent avec une
sitôt elle adopta. Elle n'avait pas paru souffrir de régularité si parfaite les polygones concentri-
la perte de son compagnon l'affection qu'elle ques de leurs toiles? Plusieurs faits analogues
avait pour lui était très faible, elle le supportait, semblent absolument réfractaires à la théorie de
Darwin, et, jusque nouvel ordre,l'instinct doit être combinaison assez simple. Sur un engrenage cir-
considéré comme un principe aussi distinct de culaire central sont Cxées des tiges ou bras hori-
l'habitude que de l'intelligence et du mécanisme zontaux qni s'écartent comme les rayons d'un cer-
organique. V. G. Leroy, Lettres philosophiques cle. Les animaux, attelés à l'extrémité de ces bras,
sur ftM~Ht~ence et la perfectibilité des animaux. marchent en suivant la circonférence. L'engrenage
Paris, 1802. Reimarus, Observationsphysiques et central est ainsi mis en mouvement. Il actionne
morales sur l'instinct des animaux. Traduction une série d'autres roues dentées ou de pignons
française. Paris, t870. Frédéric Cuvier, art. Ins- combinés de telle manière que le mouvement soit
tinct, dans le Dictionnaire des sciences médicales. accéléré. Ce mouvement est transmis à la machine
Garnier, Traité des facultés de ~tme. – Flou- à faire mouvoir, soit par un arbre, soit par une
rens, r7~<t'MC< et l'intelligencedes animaux. Paris, courroie sans On. On distingue généralement deux
1845. Joly, l'Instinct, ses rapports avec la vie et systèmes de manèges celui dit manège par terre.
l'intelligence. Paris. 1874. Albert Lemoine, /a- qui transmet le mouvement par un arbre de cou-
che; celui dit en l'air, qui commandeles machiner
bitude e< llnstinct. Paris, 1875. L. Carrau,
Études sur la théorie de f~o/M<t07t Première par une courroie sans fin passant au-dessus des
étude. Paris, 187M. [L. Carrau.J animaux. La conduite des manèges est simple
INSTRUMENTS ARATOIRES ET MACHINES elle ne demande que quelques précautions. Il y a
AGRICOLES. Agriculture, V. Pour retirer aujourd'hui plusieurs types excellents de ces ma-
du soi les produits que l'agriculturelui demande, chines, que l'on rencontre dans la plus grande
pour préparer ces produits en vue de la consom- partie de la France.
mation ou du commerce, il est nécessaire d'avoir Les organes des machines agricoles sont ceux
recours à des instruments spéciaux, à des machi- de toutes les autres machines engrenages, pou-
nes qui permettent de tirer le meilleur parti de lies, arbres, coussinets, volants, etc. C'est à la
)a force employée. L'étude de l'adaptation de ces mécanique qu'il appartient d'en faire connaître le
instruments aux besoins qu'il s'agit de satisfaire rôle. Il n'y a pas lieu non plus de décrire les ma-
est doncd'une réelle importance pour l'agriculteur chines a vapeur employées en agriculture comme
l'emploi de bons instrumentséconomise la force ou moteurs. 11 est toutefois utile de faire observer
lui permet d'obtenir un effet utile plus considé- que, parmi les nombreux types qui sortent des
rable. Un des caractères principaux du progrès ateliers de construction, il en est un qui est em-
agricole au dix-neuvièmesiècle a été l'abandon des ployé presque exclusivementdans les exploitations
anciens et grossiers engins de la culture, et leur agricoles c'est la machine à vapeur locomobile,
remplacementpar des machines, soit plus com- c'est-à-dire montée sur roues. Les cultivateurs
plètes, soit tout à fait nouvelles. la préfèrent, parce qu'elle n'exige ni construc-
La machine ne crée pas la force; elle l'utilise, tion spéciale ni assises, et qu'elle répond, par
elle transforme son action. Mais cette transfor- sa facilité de transport, à la mobilité des travaux
mation ne se fait pas sans une perte, c'est-à-dire de la ferme.
sans l'absorption d'une partie de la force par la Après ces considérations générales, quelques
machine elle-même pour le jeu de ses organes. détails doivent être donnés sur les principaux
Une des principales qua)ités des bonnes machines, instruments et machines employés dans les tra-
c'est de n'absorber ainsi qu'une fraction très mi- vaux agricoles. Afin que cette description soit faite
nime de la force initiale. Mais il est impossible de avec ordre, nous la diviserons en sept parties,
construire une machine qui rende d'une manière savoir instrumentspour la préparation des terres,
absolument complète la force qu'elle reçoit. pour les semailles, pour l'entretien des récoltes,
La force est produite par les moteurs. Ceux que pour l'abatage et la rentrée des récoltes, pour le
l'agriculture a à sa disposition sont l'homme lui- battage des céréales et autres graines, pour l'ali-
même, les animaux domestiques, la vapeur, l'eau mentation des animaux de la ferme, pour les tra*
et le vent. Mais ces deux derniers éléments ne vaux divers.
sont utilisés que dans des circonstances tout à Instruments pour la préparation des <e;'?'M.
fait restreintes. La vapeur elle-même n'a encore Le principal instrtAnent pour la préparation du
pénétré que dans les exploitations d'une assez sol est la charrue. C'est l'instrument essentiel du
.grande étendue, quoique l'on commence aujour- cultivateur on le retrouve dans l'histoire des
d'hui a construire des petites machines qui pour- Ages les plus reculés. La charrue, jadis informe,
ront rendre des services utiles Jusque dans les faite en bois durci, munie seulementd'un soc mé-
petites exploitations. Mais l'homme et les animaux tallique, qui grattait le sol plutôt qu'elle ne le la-
domestiques sont partout les agents principaux de bourait, est aujourd'hui un Instrument perfec-
la force employée dans les exploitations agricoles. tionné, qui exige une dépense de force beaucoup
La force de l'homme est utilisée soit pour sou- moindre, tout en faisant un travail beaucoup plus
lever ou porter des fardeaux, soit pour manierdes considérable.
instruments divers, tels que la bêche, la pelle, Les principales parties de la charrue sont le soc,
la houe, soit pour faire tourner la roue d'un le contre, le versoir, l'age, le sep, les manches ou
puits, etc. A la mécanique générale revient le mancherons, le régulateur. Le soc est la partie
rôle de donner la mesure de la force dépensée principale c'est un couteau placé horizontalement
dans chaque circonstance. au dessous de l'age, auquel il est nxé par sa partie
Les animaux domestiques employés comme mo- supérieure il entre dans le sol et coupe, quand la
teurs sont le cheval, l'âne, le mulet, le bœuf et charrue marche, une bande de terre proportion-
même la vache dans les contrées pauvres. C'est nelle à sa largeur. Le sep est une pièce de bois
par la traction que leur force est utitisée. La trac- muni de fer, ou une pièce tout en fer, placée der-
tion s'opère en ligne droite, lorsque l'animal est rière le soc, et qui glisse au fond du sillon, en
atteté à un chariot, sur une route, ou lorsqu'il tire appuyant dessus. Le coutre est un couteau vertical
ia charrue qui laboure un champ, etc. Elle s'exerce placé sur l'âge en avant du soc, et qui coupe ver-
suivant une ligne courbe, lorsque l'animal est ticalement la bande de terre que le soc doit cou-
attelé à un manège destiné à mettre un instru- per horizontalement. Le versoir est une pièce
ment ou une machine en mouvement. métallique, placée den*ière le soc, et dont la sur-
Le manège est, en effet, l'organe de transmis- face est disposée de manière à rejeter sur le côté,
sion de force le plus usité en agriculture.li a pour en la retournant, la bande de terre coupée par le
but de transformer le mouvement lent de trans- soc. L'age forme la charpente de ia charrue; c'est
lation des animaux en un mouvement de rotation une pièce horizontale, le plus souvent en bois,
rapide.* On obtient cette tr~sformation par une parfois en fer, sur laquelle sont fixés les organes
d
à la par- d'une serie de disques montés sur un même axe.
qui viennent d'être décrits. Il se termine munie de dents puis-
& dont la circonférence est
et
tie postérieure par deux manches ou mancherons Il agit à la fois par son poids et par ses
lesquels le laboureur conduit la charrue; à santes.s. Quand il s'agit
par qui dents,
d pour briser lesfriables, mottes.
sa partie antérieure est fixé le régulateur, d terres facilement le rouleau brise-
n'est pas autre chose qu'une manière pièce verticale, glis- de remplacé le rouleau plom~
ou mottes peut être par
sant dans une mortaise, desuivant à élever Il
Celui-ci est un rouleau en fonte monté
abaisser la ligne de tirage, que l'on veut beur.
b
un axe quand il adeux une grande longueur,
faire pénétrer le soc plus ou moins profondément il
dans le sol.
t..
j char- Pour
catégories de
sur
s
est souvent divisé en
t en rendre
ou trois segments.
l'action plus puissante, le rouleau
On distingue deux grandes
les avant-train. est parfois surmonté d'une caisse que l'on remplit
les araires, et charrues à e suivant les
rues que de d pierres, dont le poids est variable
Elles ne sont distinguées les unes des autres du travail.
par l'absence ou ladeux présence de l'avant-train. Celui- besoins
b
roues montées sur un es- ameublir Pour achever le travail du rouleau, c'est-à-dire
ci se compose de complètement le sol, de même que pour
sieu. L'extrémité antérieure de l'age est fixée à aextirper les mauvaises herbes,ou pour recouvrir les
l'essieu, et celui-ci porte le régulateur qui devient,dans
e
on a recours aux herses. On désigne sous
dans beaucoup de types, plus compliqué que semences,
s bois
plus ce nom des châssis munis de dents en ou en
l'araire. La charrue à avant-train demandel'avan- c
t droites ou
fer, recourbées, parfois tranchantes, qui
de tirage que l'araire, mais elle présente du la-
attaquent la partie supérieure du soi. Les dents
tage d'exiger moins d'habileté de la part a
char- doivent être disposées de manière à former des
boureur. On construit même aujourd'hui des (
parallèles, et a ne pas marcher les unes der-
rues à avant-train qui, une fois réglées, demeu- raies1
espacées
rière les autres. Elles doivent être assez doit
rent absolument fixes et stables, quelle que soit i1pour ne pas s'engorger. Enfln l'attelage être
la profondeur du labour.
Il serait oiseux d'entrer ici dans bien
j
la descr)ption combiné de telle sorte
parallèlement au sol,
que l'instrument marche
que ni l'avant ni l'arrière
de tous les types de charrues. Chaque région a, beaucoup de modèles de
pour ainsi dire, le sien qui a été plus ou moinsne se relève. Ilquiexiste sont aujourd'hui particulière-
Celles
modifié. La plupart des charrues perfectionnées herses. estimées sont les herses articulées, c'est-à-
qui sont construites aujourd'hui dérivent de la ment indépendants, reliés à
charrueDombasle,qui vient d'être décrite. Tous les dire formées de châssis travaillant isolémentune de
par même barre d'attelage, les et
travaux de culture ne peuvent pas êtreà faits manière à suivre toutes irrégularités du sol.
une seule charrue, comme on le verra 1 article SeMatHM. – Le plus ordinairement. les semailles
/.aAoMr~. Il y a des charrues de défoncement, des la main. Pour les céréales,
des charrues de des graines sont faites ac'est-à-dire
charrues de labours profonds,tourne-oreilles, des on sème a la volée, que le semeur,
labours légers, des charrues marchant d'un pas mesuré, jette méthodiquement
charrues bisocs ou polysocs, etc. l'utilité de ces autour de lui les grains par un mouvement du bras.
divers instruments sera alors expliquée. les légumineuseset plusieurs autres plantes,
Il faut cependant donner ici quelques explica- Pour onsème avec le plantoir, qui n'est autre qu un pi-
tions sur le labourage à la vapeur. Dans ce système
de labour, la force motrice n'est plus demandée quet de bois, avec lequel on fait dans la terre un
animaux domestiques, mais à la vapeur. Deux trou qui reçoit la graine. Pour les pommes de
aux
puissantes machines à vapeur sont placées à cha- terre, oncharrue, sème soit à la charrue, soit à la houe.
munies1 Avec la on fait une raie dans laquelle les
que extrémité d'un champ; eHesCesont ensuite placés avec la houe, on
d'un tambour oh s'enroule un câble. câble, quand1 tubercules trou sont
par un deuxième
la machine marche, tratne une charrue à plusieurs i creuse un qu'on
quand le
La coup de houe, semoirsmécaniquestend
remplit*
tubercule est semé.
socs qui laboure plus ou moins profondément. L emploides néanmoins
charrue est tirée alternativementpar chacune dess généraliser. Il est, en effet, prouvé aujourd'hui
machines; sous leur action, elle fait la navette a se le
d'une extrémité du champ à l'autre. Parfois, on que semoir, tout en faisant un travail plus ra-
semence et assure une plus
seule machine à vapeur; le pide, économise àla la
ne se sert que d'unecharrue végétation de la plante.
mouvement de la est obtenu par une9 grande vigueur il, y a cinquante ans, le semoir
disposition du câble qui tourne autour du champ. Dombasie a inventé,
Le labourage à vapeur peut rendre des servicess dit à brouette. Il se compose d'une trémie dans
on place le grain; cette trémie se termine
dans les grandes surfaces planes, surtout quand il1 laquelleplan incliné sur lequel glisse le grain pour
s'agit de défrichements ou de défoncements. par un godets, qui le jette dans
Quand il s'agit de retourner la couche super- arriver à une roue à un
tube d'où il tombe par terre. Le mouvement est
ficielle de la terre arable, afin de la débarrasser dee à godets par l'essieu de la brouette.
mauvaises herbes dont on veut empêcherla matu-i- donné à la rouepoussé
rité, ou d'enlever le chaume d'une céréale coupée, Les
pluss
Ce semoir est
semoirs à cheval
par un homme.
sont plus grands et plus
ou encore de préparer le sol pour un labour placée une
complet, on remplace la charrue par un instrument ,t compliqués.Sur l'axe de deux roues est traversée
spécial désigné sous le nom d'extirpateur ou dee longue caisse qui reçoit le grain. Elle est
arbre
scarificateur. C'est un bâti monté sur deux ou troiss par uncuillers. L'arbre muni de disques qui portent des pe-
petites roues, portant de petits socs, ou des cou- tites tourne sur lui-même, elles
u cuillers saisissent le grain, qu'elles font tomber
teaux à pointe recourbée, qui pénètrent plus ou verticaux et articulés qui se termi-
moins profondément dans le sol. Ces instruments, s, dans des tubes
généralement légers, n'exigent que peu de force. 1. nent près
du sol. En avant de chacun de ces tubes,
Les sillons ou les planches formés par la charruee un petit soc ouvre une raie dano laquelle tombe réglée
le
profondeur d'entrure des est
sont constitués le plus souvent par une grandee grain. Laleviers munis de contre-poids. La vitesse socs
quantité de mottes de terre qu'il est nécessaire dee par des la trémie, et par suite la
désagréger pour que toutes leurs parties subissent it de l'arbre qui traverserépandue
l'action des météores. C'est avec les rouleaux quantité do semence varier à volonté, sur une surface
& laide
qu'on obtient ce résultat. Autrefois on se servait it déterminée, peuvent substitue les
de rouleaux en bois; leur action était souvent in- ]- de pignons dentés qu'on uns aux
suffisante. On a quelquefois recours à des rouleaux LX autres.

en pierre; mais ceux qui rendent le plus de ser-


r- Aux semoirs se rattachent les distributeurs d'en
vices sont les rouleaux en fonte. Le type le plus is grais, instruments destinés
répandre sur le so-
soit après les semailles
estimé est le rouleau dit Crosskill. Il se compose se les engrais pulvérulents,
soit aa printemps. Ils se composent généralement scie son mouvement de va-et-vient. La scie. for-
d'une caisse traversée .par un arbre muni de pa- mée par de larges dents, est portée, latéralement
lettes, dont le jeu fait sortir l'engrais soit par des au bâti de la faucheuse, par une barre rigide
tubes, soit par des ouvertures à la partie inférieure munie de pointes qui pénètrent dans la récolte a
de la caisse. couper. Le conducteur, placé sur un siège au-
Instruments pour les travaux d'entretien des dessus des roues motrices, tient d'une main les
récoltes. Toutes les plantes cultivées ne deman- guides des deux chevaux qui trainent la faucheuse
dent pas, pendant leur croissance, les mêmes et, de l'autre, il peut faire manœuvrer un levier
soins. Il en est qui poussent et se développent avec lequel il relève ou abaisse la scie pour
presque sans qu' on ait à s'en occuper, du moins qu'elle coupe à dinérentee hauteurs, pour qu'elle
dans les années favorables. Pour d'autres, au con- passe au-dessus des pierres ou des obstacles pré-
traire, il faut faire des travaux de sarclage, de bi- sentés par le terrain. La largeur de coupe est de
nage, c'est-à-dire de nettoiement et d'ameublisse- 1 m. 30 environ. En même temps qu'elle fait un
ment du soi. D'autres enfin demandent que la terre travail rapide, régulier, la faucheuse assure une
soit retavée au pied de leurs tiges. De cette diver- grande économie dans le prix de revient de la
sité de besoins, sont nés des instruments spéciaux, coupe des fourrages. La différence est surtout con-
les houes ou bineuses, les buttoirs. sidérable quand on a à couper des récoltes très
Chacun connalt la houe a main, qui est employée fourniet, sur de grandes surfaces.
pour le travail des vignes, de même que pour le Les machines destinées à faire le fanage méca-
sarclage. C'est une lame tranchante fixée & angle niquement sont formées par un tambour disposé
aigu sur un manche. Il y en a plusieurs types va- sur l'essien de deux roues motrices. Ce tambour
riant avec les dimensions de la lame. C'est un tra- est armé, sur son pourtour, de longues dents re-
vail pénible que de biner a la main les cultures de courbées qui saisissentle foin sur le sol et le pro-
plantes-racines, d'autant plus qu'il demande à être jettent en tous sens; suivant que la faneuse prend
fait avec une assez grande rapidité. La houe à le foin par le côté concave ou le coté convexe de
cheval est destinée à remplacer la houe à la main. ses dents, cette projection se fait plus ou moins
Elle est montée sur deux roues, et se compose énergiquement. Un seul cheval sufBt pour traîner
d'un bâti portant un certain nombre de lames re- l'instrument. La faneuse peut faire le fanage de
courbées ou rasettes qui ameublissent la surface quatre hectares à peu près par tour.
du sol, et coupent tes mauvaises herbes. Les plus Les râteaux a cheval destinés a réunir le foin en
petites houes n'ont qu'une rouelle à la partie an- tas plus ou moins gros, ont à peine besoin d'être
térieure. Les rasettes doivent être mobiles sur les décrits. Ils sont formés par de longues dents re-
tiges auxquelles elles sont nxées, afln que leur courbées, portées
sur l'essieu de deux
écartement puisse être modiné. Toutes les plantes dents sont articulées de manière à agirroues.
Ces
indépen-
ne sont pas en effet cultivées sur des lignes égale- damment les unes des autres. Le travail du râteau
ment distantes, et la houe doit pouvoir servir pour à cheval est très rapide, et il est d'ailleurs excel-
les diverses natures de récoltes. La houe, qu'on lent. Il peut remplacer une trentaine d'ouvriers.
désigne aussi sous le nom de bineuse, doit être Enfin, récemment, on a imaginé un chargeur au-
conduite avec beaucoup d'habileté, car il suffit tomatique qu'on place à l'arriere du chariot, et qui,
de déviations très faibles pour qu'on attaque les lorsque celui-ci est en marche, saisit le foin ré-
ulantes cultivées, au lieu des mauvaises herbes. pandu sur le sol ou en meulons, et le fait passer
Les buttoirs servent à relever la terre autour du sur la voiture.
pied de certaines plantes, notamment les pommes La moisson dts céréales peut être faite méca-
de terre, les choux, le mais. Ils ont la forme niquement, la récolte des fourrages. C'est
d'une véritable charrue araire, souvent munie d'une même sur lacomme construction des machines à mois-
petite roue à l'avant de l'age. Ils se distinguent de sonner que se sont d'abord portés les efforts des
la charrue ordinaire en ce qu'ils sont munis de deux inventeurs. Le problème est plus complexe que
versoirs placés dos à dos quand le buttoir marche pour la fauchaison. Que demande-t-on, en effet,
entre deux lignes de plantes, il enlève la terre une moissonneuse? De couper régulièrement
placée au centre de l'espace, et la rejette a droite les tiges des céréales sans égrener les épis, et de
et à gauche. Les versoirs sont munis de charnières déposer ces tiges sur le sol en javelles, c'est-à-dire
qui permettent de varier l'écartement de leur en petits tas prêts à être liés pour former des
partie postérieure,suivant l'espacementdes lignes. gerbes. Il faut, pour arriver à un travail régulier,
Instruments de récolte. La coupe et la ren- une combinaisonde mouvements assez compliquée.
trée des récoltes fourragères et des céréales sont La plupart des moissonneuses sont construites
aujourd'hui la grande préoccupation des agricul- a peu près de la même manière. La machine re-
teurs. Ces travaux demandent à être faits rapide- pose sur une seule roue motrice munie intérieu-
ment et dans de bonnes conditions. rement d'une dentée. Sur celle-ci en-
Les fourrages des prairies naturelles ou artin- grène un pignoncouronne
dont l'axe porte une roue d'angle
cielles sont le plus souvent coupés à la faux. transmettant le mouvement de la roue à une bielle
L'herbe étendue par terre est fanée, c'est-à-dire qui agit sur un plateau manivelle pour imprimer à
retournée avec des fourches en bois, jusqu'à sa la scie placée latéralement un mouvement rectiligne
dessiccation, puis le foin est ramassé avec des alternatif. La scie est supportée, comme dans la
râteaux pour être chargé sur les chariots qui l'em- faucheuse, par une barre rigide, et derrière elle
portent à la ferme. Toutes ces opérations peuvent est nxé un tablier en bois muni d'armatures
être faites aujourd'hui avec des machines parfai- métalliques. Sur l'axe de la roue motrice, un
tement appropriées au travail qu'on leur demande. deuxième pignon transmet le mouvement à une
Les faucheuses mécaniques coupent l'herbe. Elles roue à qui commande l'appareil javeleur.
sont presque toutes construites d'après le même Celui-ci cames se compose généralement de deux râteaux
type. La faucheuse est montée sur deux roues et de deux rabatteurs, passant alternativementsur
motrices présentant extérieurement des cannelu- le tablier, soit pour incliner les tiges sur celui-ci,
res pour mieux mordre le sol. Intérieurement ces soit pour les pousser en arrière et les déposer en
roues sont garnies d'une couronne dentée; dans javelles sur le côté de la piste de la moissonneuse.
chaque couronne s'engrène un pignon. Les deux La vitesse de la scie est généralement de 1
pignons sont portés par un axe commun, au mi- à 1 m. 20 par seconde. La machine demandem.
10
deux
lieu duquel est un engrenage d'angle qui multiplie chevaux. Grâce à des leviers placés
la vitesse et la transmet à un plateau manivelle, du conducteur, celui-ci peut embrayer sous la main
arrêter
auquel est fixée la bielle chargée de donner à une la machine, régter !n hauteur de co)tpe,ouvarier le
javelage, de manière 6t faire un nombre démettes le batteur et le contre-batteur
plus ou moins coasM~bt.e sur âne longueur dé- reusement parallèles leurs surfaces ne sont pas rigou-
terminée, suivant l'état de la rétolte. sont plus.
rapprochées du coté des épis. Cette disposition a.
Les résultats de l'emploi des maeMnes à mois- pour but d'empêcher le froissement excessif delà.
sonner sont considérables. Elles donnent ta faculté paille et de lui conserver sa valeur; dans les ma-
de mettre rapidement le* moissons t'abri des chines en bout, contraire,elle est toujoursbrisée.
intempéries, elles tffraBchiwsestle cultivateurdes au
En sortant du batteur, les grams sont chasses
exigencesdesfaucheurs, etetles laiMettttous les bras dehors par tm ventilateur,dana les machines les.
disponibles pour le liage et le transport des ger- au plus simples, et la paille tombe sur un plan in-
bes. On a même invente récemment des moisson- ctiné en dehors de la machine. Dans les batteuses
neuses-lieuses qui Mvrent la gerbe toute liée. plus complètes, la paille est pousséesur un organe
Quelques types de machines sont construits de secoueur formé de lattes paraItèJes, animé par
manière à pouvoir servir successivement comme un arbre coudé d'un
faucheuses et comme moissonneuses. A cet effet, a pour but de la débarrasser dede sassement,
mouvement
les
qui
tous grains
on change la scie et quelques pignons pour mo- qu'elle peut encore renfermer elle est ainsi con-
difier la vitesse du mouvement, et on adapte un duite à l'extrémité de la machine. Dans ces mêmes
appareil javeleur qui peut être enlevé à volonté. batteuses, le grain
Mais la plupart de ces machines n'ont eu qu'un chasse les passe dans un ventilateur qui,
menues pailles et les balles; de là,
succès restreint. Il n'en est pas de même des dans un criblenr qui
moissonneuses et des faucheuses Il un cheval ré- les machines les plus en achève le nettoyage. Dans
complètes, l'opération du
cemment introduites. Elles sont construites exac- criblage se répète par plusieurs nettoyeurs, de
tement d'après les mêmes principes que les ma- telle sorte que le blé est séparé en quaiitës diver-
chines à deux chevaux, mais. elles ont nne plus ses et qu'il est débarrassé de tous les grains
grande légèreté et elles coupent sur une largeur soires qu'il peut contenir. acces-
moindre. Ces machines peuvent rendre des servi- Les machines à battre sont mues soit par un
ces réels à la petite culture. manège, soit par une machine a. vapeur. Avec une
Battage des récoltes. Jadis le battage des batteuse manège bien construite mue par
céréales, c'est-à-dire la séparation du grain et de cheval, onà peut battre par heure 40 à 60 gerbes un de
la paille, se faisait par les moyens les plus primi- dix kilog. avec machine mue par un manège
une
tifs. Les épis, rangés sur une aire, étaient triturés à deux chevaux, 6(t à 100 gerbes. Les batteuses à
par les pieds des chevaux, ou bien on faisait pas- vapeur, pour moyenne culture, peuvent battre,
ser par-dessus un gros rouleau de pierre. Le fléau avec une machine de trois chevaux, 100 à 150
articulé a succédé, dans le nord et dans le centre gerbes par heure
de la France, à ce premier système il règne en- on peut battre 150 avec une force de cinq chevaux,
à 250 gerbes; avec les batteuses
core dans beaucoup de petites exploitations, mais, plus forte:, on peut atteindre 300 gerbes.
dans la plupart des fermes un peu importantes, Afin de faire profiter les cultivateurs des avan-
il a été remplacé par la machine à battre. tages de ces grandes machines, il s'est formé dan~
On distingue deux catégories de machines à beaucoup de départements des entreprises de
battre. La première comprend les machines dites battage à faç<m. L'entrepreneur
batteries en travers ce sont celles qui agissent à chine à vapeur et sa batteuse de promène ferme
sa ma-
ferme,
la fois sur toute la longueur de la paille. La se- et il bat la récolte de chacun en
conde renferme les batteries en bout, qui sou- qui est, en général, de 75 à pour un prix modérée
90 centimes par hec-
mettent successivement toutes les parties de la tolitre de grain battu.
paille, présentée par une de ses extrémités,à l'or- On construit aussi des machines spéciales pour
gane batteur. Dans chacune de ces catégories, on le battage des graines fourragères, des colzas
distingue plusieurs classes, d'après l'état du grain mais leur usage est beaucoup moins répandu.
au moment où il sort de la machine. Tantôt il est Instruments pour préparer la MOM?'r~M'e du bé-
rejeté pêle-mêle avec la paille; tantôt il en est sé- tail. En première ligne se placent les instru-
paré, mais sans être dégagé des battes et menues ments destinés au nettoyage des grains. Les uns
pailles tantôt enfin, il est plus ou moins nettoyé servent simplement à
et divisé en catégories de grosseur différente. nettoyer le grain et à le
débarrasser des corps étrangers qui y sont mêlés;
La premièreopération consiste & faire arriver les sont les tarares. Les autres, appelés trieurs,
gerbes déliées sous l'appareil batteur. Dans la ce séparent, le grain en qualités diSérentes, et le
plupart des machines~ les tiges sont posées sur purgent de toutes les impuretés qu'il renferme.
une table et poussées par la main de ~ouvrier; par- Ces divers instruments servent surtout poar la
fois le tablier est formé d'une toile ou d'une série préparation des grains de
de lattes mobiles qui entralnent les tiges. Dans ces semence.
Les tarares se composent généralement d'UT-
derniers temps, quelques eonstruetaaTS ont ima- volant à ailettes, mû
giné des appareils spéciaux qui permettent de par une trémie. Le mouvement par une manivelle et surmonte
'aire l'engrenageautomatiquement. du volant produit
une ventilation énergique qui agit sur le grain, et
L'organe principal des machines à battre est le chassé la poussière, les balles les
batteur. Celui-ci consiste le plus souvent en une Leur travail est, comme et corps légers.
on le voit, des plus
sorte de tambour ou cylindre porté par un axe simples.
horizontal, tournant très rapidement sur lui-même Dans les cylindres ou cribles trieurs, le grain
et dont la surface enveloppante est armée de passe sur des toiles métattiques portant des trous
barres espacées parallèlement, destinées a frapper de dinérentes grandeurs, et disposés de manière
la paille et à en séparer le grain.. Le batteur est à faire tomber le grain dans des caisses spéciales
généralement en fonte, et les lames ou battes de pour tes diverses sortes.
sa circonférence sont en fer on en acier. Le con- Les moulins
tre-batteur consiste en âme sorte de caisse curvi- mer le grain enagricolesfarine.
sont destinés & transfor-
Leur usage est peu ré-
ligne, concentrique au batteur, et dont la surface pandu. Il faut toutefois faire
interne est munie de battes ou cannelée. La paille tes petits moulins à bras destinés une exception pour
à préparer la
est froissée dans le passage entre le batteur et le farine d'orge qui entre, en de larges
contre-batteur, et les grains que les battes du tions, dans la ration des animaux soumispropor- à l'en-
batteur n'ont pas d'abord atteints sont ainsi sépa- graissement.
rés. La distance qui sépare ces deux organes est Quant aux instruments destinés d'une manière
regtée suivant la grosseur de la paille et la nature absolument spéciale à préparer la nourriture du
du grain. En outre, dans les batteuses en travers, bétail, l'agriculteur n'a
que l'embarras du choix.
Les principaux instruments employés sont souvenir que rien n'est plus nuisible un métal,
Les concasseurs de grains, formés par des cy- et surtout au fer, que l'humidité.Il aura donc soin
lindres cannetés entre lesquels on fait passer les de ne pas exposer ses instruments t~ l'action de la
graines, pour les briser grossièrement, afin qu'elles pluie, en dehors des cas de nécessité. Il est bon
soient plus facilement absorbées par les animaux d'ailleurs de graisser, de temps en temps, même
domestiques ¡ tes grandes pièces de machines au repos. Quant
Les aplatisseurs d'avoine, destinés à briser la aux organe* subissant des frottements, ils doivent
pellicule souvent dure de l'avoine, avant que ce toujours être huilés avec le plus grand soin. Le
grain soit donné aux chevaux; bon fonctionnement d'une machine, même des
Les coupe-racines, dont le nom indique suffi- plus simples, dépend souvent de son état de pro-
samment 1 usage; ils servent à débiter en tranches preté la rouille en. est le pire ennemi.
minces tes carottes, navets, betteraves, etc.; ils Henry Sagnier.]
sont généralement composés d'une trémie ouverte INTELLIGENCE. Psychologie, V. Etym.
affleure, du latin tM<e~erf, comprendre. L'intelligence
sur un c6té; un disque muni de couteaux racines est la faculté de penser. Penser est un de ces ter-
en tournant, cette ouverture, et coupe les
qui dépassent par leur propre poids; mes à la fois si généraux ef si clairs qu'il est inu-
Les hache-paille, employés pour diviser en pe- tile d'essayer de les déBnir. L'acte de la pensée,
tits morceaux la paille' qu'on mélange aux autres sous quelque forme et dans quelque circonstance
aliments du bétail; ils sont formés d'un bâti qu'il se produise, est un phénomène d'une nature
portant un tiroir horizontal dans lequel sont pla- toute confondre spéciale, nettement caractérisé, que l'on ne
cées les tiges. Ce tiroir se termine par deux cy- peut avec aucun autre phénomène. On
lindres entre lesquels celles-ci sont forcées à peut être et l'on est souvent embarrassé pour dé-
passer, pour arriver devant les couteaux d'un terminer le point précis où commence la pensée,
disque tournant qui coupe la paille en morceaux pour savoir ce qu'elle serait sans la parole, ou pour
de 2 ou 3 centimètres ou davantage, au gré du tracer la limite entre l'instinct chez l'animal ft
cultivateur. Il y a beaucoup de modèles construits l'intelligence chez l'homme, entre la pensée de
d'après ce principe. Le hache-paille est un instru- l'enfant et celle de l'adulte, ou encore pour dire
ment d'une grande utilité dans une exploitation quelle est rigoureusementladans part de l'intelligence
rurale; et celle des autres facultés certains faits de
Les laveurs destinés a nettoyer les racines ou conscience qui sont multiples et complexes. Mais
tubercules qu on donne au bétail. Ils sont formés la difficulté que présentent toutes ces questions
légère- tient précisément à cette complexité, & cette indé-
d'une caisse cylindrique à claire-voie,
ment inclinée, mobile autour de son axe, et plon- cision des divers éléments qui s'y mêlent et dont il
geant a moitié dans un baquet rempli d'eau. Les faudrait pouvoir faire le départ pour résoudre le
racines sont introduites par une extrémité dans le problème. Dès qu'il s'agit au contraire d'observer
laveur, et elles sortent a l'autre extrémité. la pensée dans ses manifestations normales, les
Il faut encore signaler, dans cette catégorie, plus humbles ou les plus élevées, tout le monde est11
les appareils pour la cuisson des racines, pommes d'accord pour les reconnaltre en quelque sorte
de terre, etc. Ces appareils sont généralement très première vue, tout le monde convient qu'affirmer
simples, sauf dans les grandes exploitations ayant on nier, que croire ou douter, que se souvenir on
des machines à vapeur, qui cuisent à la vapeur les prévoir, c'est penser; que louer ou blâmer, cons-
aliments du bétail. tater ou imaginer, dire vrai ou dire faux, c'est en-
Instruments pour travaux divers. En dehors core penser; que percevoir, concevoir, raisonner,
des catégories qui viennent d'être décrites, il existe déduire, induire, comparer, comprendre et se faire
quelques instruments ou machines dont t'usage se comprendre enfin, ce sont autant de manières de
répand de plus en plus. Il en est deux qui doivent penser, autant d'actes d'intelligence.
être particulièrementsignalés, la bascule et la Si, au lieu de se borner a cette définition, on re-
presse à fourrages. cherche en quoi consiste essentiellement l'acte
Quand on entre dans une ferme, on peut tout même de la pensée, on arrive à cette formule iden-
de suite porter un premier jugement sur celui qui tique à la précédente, quoique un peu moins gé-
la dirige, par la présence ou l'absence d'une nérale dans l'expression L'intelligence est la
bascule, destinée à peser les voitures chargées faculté de juger. Le jugement n'est pas absolu-
qui entrent ou qui sortent, a juger le poids des ment le seul phénomène de la pensée, mais il en
animaux domestiques. La bascule est formée gé- est l'acte par excellence, l'acte à la fois le plus
néralement par un bâti en maçonnerie, portant simple, le plus normal et le plus complet non
un système de leviers sur lequel repose un tao- seulement il résume'et resserre en soi tous les
blier mobile lorsque le tablier est chargé, la éléments de la pensée, mais il en fait un tout vi-
charge agit sur les leviers comme dans une bascule vant, il leur donne une âme, un sens, une unité
ordinaire, et son poids est indiqué sur un bras de logique. V. Jugement.
romaine. Si l'intelligence ou le pouvoir pensant a pour
Les presses à fourrages sont formées par des opération fondamentale le jugement, c'est par la
caisses a fond mobile faisant fonction de piston, diversité des différentes sortes de jugements que se
de manière à comprimer le fourrage mis dans la distingueront le plus naturellementles divers mo-
caisse. Par des dispositions spéciales et variables des d'action de l'intelligence, et la classification des
suivant les systèmes, la botte de fourrage arrivée facultés intellectuellessera sous un autre nom la
au maximum de compression est serrée par des classificationdes jugements. Autant il y a de clas-
liens qui la maintiennent au volume auquel elle ses distinctes de jugements, autant il y aura de.
a été réduite. On construit des presses à fourrages chefs sous lesquels on pourrra les grouper, c'est-
propres à donner une haute densité au foin, et de à-dire de facultés intellectuelles,lequel car une facnité
simples botteleuses qui forment seulement des n'est autre chose que le nom sous on résume
bottes d'un poids déterminé. et on classe un ordre de faits psychologiques. ·
Soins à donner aux machines. L'entretien Nous indiquons au mot Jugement Les principales
des machines et des instruments en assure la classifications proposées par tes divers systèmes
durée. Trop souvent les cultivateurs oublient ces de philosophie, avec la division des facultés intel-
soins d'entretien, et ils se plaignent d'avoir à re- lectuelles qui y correspond. Aucune de ces classi-
nouveler souvent un matériel parfois coûteux. fications ne satisfait complètement l'esprit, parce
L'entretien des machines agricoles ne demande que toutes ont quelque chose d'arbitraire ou tout
pas beaucoup de peine. Le cultivateur doit se au moins d'artificiel. Il n'est pas nécessaire, du
reste, d'adopter rigoureusementl'une ou l'autre et rience directe il y en a de deux sortes, tes nntt
de s'en faire une sorte d'article de foi. L'important d'ordre matériel, tes autres d'ordre spirituel. L'ex-
pour tous, et principalement pour les instituteurs, périence dans le domaine matériel se produit par
est d'entendre les termes dont on se sert constam- la perception e.):<<')'?M, les cinq sens. L'expérience
ment en cette matière, d'en connaître le sens pré- dans le domaine spirituel ou supra-sensible se fait
cis et de ne les employer que dans ce sens. Quant par la Be''eep<!M interne, qui révèle l'âme à elle-
aux points controversés, et ce sont les plus nom- même dans la coMCtence.
breux, il ne faut pas prétendre les résoudre à moins 2° L'intuition de l'absolu ou intuition ration-
d'études tout à fait spéciales et approfondies en- nelle porte un nom spécial on l'appelle la ranoH;
core doit-on ajouter que ceux-làmêmes qui ont fait elle nous fait apercevoir, en nous repliant en quel-
ces études n'arrivent pas toujours a tomber d'ac- que sorte au fond de notre esprit, non pas les
cord ni sur les mots ni sur les choses de ce do- phénomènes d'ordre expérimenta), mais les lois et
maine. les principes régulateurs de notre intelligence
Sous ces réserves et uniquement pour présenter elle-même et en particulier de l'expérience. Elle
avec un certain ordre nos observations sur les fa- nous fait apparaitre avec la souveraine clarté de
cultés intellectuelles, nous choisissons parmi les l'évidence immédiate les idées éternelles, im-
classifications en usage celle qui distingue trois muables, nécessaires, absolues, qui sont, peut-on
grandes formes d'activité intellectuelle dans dire, le point de départ et le terme de toutes nos
l'homme à l'état adulte et civilisé l'intuition, la pensées, sans lesquellesil n'y a pas d'intelligence
conception et le raisonnement. humaine, qui dans leur expression populaire consti-
L'intuition, comme le mot l'indique (du latin tuent le bon sens, le sens commun, et dans leurs
intueri, voir), c'est la vue immédiate, sans effort, formes plus savantes les axiomes, et les vérités
sans intermédiaire, sans travail préparatoire. Par premieres.
elle, l'esprit aperçoit la réalité comme existant en LacotMeptiOM peut s'appliquer ou à des objets
dehors de lui et se manifestant tout entière et tout qui ont été réels et ont cessé de l'être actuelle-
d'un coup moyennant une seule condition, l'at- ment elle s'appelle alors la mémoire; ou à des
tention, les phénomènes d'ordre intuitif apparais- objets qui n'ont jamais existé, mais qui auraient pu
sent dans teur pleine lucidité en quelque sorte exister: c'est l'imagination; ou à des objets qui
spontanément; c'est qu'ils ne dépendent pas de ne peuvent exister que dans l'esprit humain qui
nous ils résultent d'un objet réel, distinct de les isole artificiellement c'est l'a&<<)'ac<:ott et la
notre esprit, et qui, pour ainsi dire, se montre lui- généralisation,qui s'attachent aux idées abstraites
même à nos regards. Supprimez l'objet, l'intuition et générales, à ces produits factices de la pensée
cesse. Faites-te reparaître, elle recommence. humaine que la scolastique appelait des « êtres
La conception a bien encore, à un certain degré, de raison », des universaux», des « concepts n
la spontanéité et la promptitude, mais elle n'a pas ou enfin, à des rapports d'idées ou d'images: c'est
la vérité certaine, la ferme et indubitable solidité l'association des idées.
de l'intuition. Concevoir, ce n'est plus percevoir Le raisonnement, enfin, s'exerce en deux sens
un objet; c'est se le représenter, c'est le placer différents tantôt, il part de principes géné-
soi-même, par un effort ou par un jou de l'esprit, raux et en tire des applications ou vérités par-
devant les yeux de son imagination. On se figure ticulières c'est alors le raisonnement déduc-
qu'il existe, on le crée, on peut le façonner à son tif; tantôt, an contraire. il part de faits parti-
gré. La conception est, si l'on peut ainsi dire, culiers et, s'élevant de plus en plus, en conclut
une intuition artificielle. Elle n'a plus besoin de la des lois générales on le nomme alors raisonne-
présence réelle de son objet c'est son triomphe de ment inductif. La premier fonde les sciences
se déployer en l'absence de toute réalité où rien exactes dont les mathématiques sont le type le
n'existe, elle enfante des mondes, si elle le veut second les sciences expérimentales,physiques,
faculté merveilleuse d'invention et de fécondité, naturelles, historiques et morales.
mais faculté trompeuse qui nous verse avec une On a proposé de désigner ces trois groupes de
égale abondance l'erreur et la vérité. facultés sous les noms de facultés d'ordre primaire,
Le raisonnement enfin se distingue des deux d'ordre secondaire, et d'ordre tertiaire, pour bien
modes précédents il n'a pas la prompte et sou- marquer qu'elles diffèrent non seulementpar leur
daine clarté de l'intuition, mais il en a toute la objet, mais par le degré de travail mental qu'elles
sûreté ses résultats sont autrement, mais aussi supposent percevoir est l'opération la plus élé-
certains que ceux de l'intuition. Il ne nous fait mentaire, concevoir présuppose des perceptions
apparaître d'un coup rien de réel, ni d'imagi- déjà acquises et soumises par l'esprit à une cer-
naire il nous fait lentement, laborieusement, taine transformation artincielle, raisonner enfin
graduellement découvrir l'une après l'autre les est impossible sans la pleine possession des deux
diverses parties de la vérité. Par là même, il se précédentes facultés et sans un effort méthodique

t"–
sépare bien de la conception. S'il n'en a pas la vi- de l'esprit pour en coordonner les produits suivant
il
vacité inépuisable, n'en a pas non plus la légè-
reté inconsistante. Prenant son point de départ
certaines règles.
dans des vérités certaines, il procède suivant une TABLMC DEt FACnMtt I~THLLECTCELLEt
marche certaine aussi et aboutit à des conséquen- du fini j
ces non moins certaines il a pour résultat une (immédiateet) ~erceph'ott ) Mterne MM.
interne:<:Ot!MKnM.
évidence non plus immédiate, comme celle des Mrtaice) t'.h- ( p~'ort.
vérités intuitives, mais médiate et néanmoins de
valeur absolument identique. g t ra~son f ~dée de Dieu.
Ces trois formes principales de la pensée peu- du passé m~KOtft.
S (immédiate <t P~ibie t'~ma~M.
vent à leur tour se subdiviser d'après l'objet S 'incertaine)
auquel elles s'appliquent. ë eoneenhon de. idées ~<'m')-ahMt!(m.
L'intuition peut s'appliquer à toutes les réalités; S
des rapports ~MMh~~tWM.
les unes sont finies, relatives, contingentes; les Ë ~~acffttMt) des t<K<~M.
autres absolues et nécessaires.
t" L'intuition du ftni ou intuition expérimen-
tale se fait par la perception. Les facultés de
perception sont celles qui nous font connaître
fmediate etet
raMeatMt)te))<
rauonnement
t
!<
~n<al au
t<edMC~
indacti
f.
particulier raisDmiemen1
an particulier:
< g~n~rat
raMon)MtKe!K

<-atMttM)ttett<

les êtres et les choses appartenant au monde de On demandera )<eut-âtre pourquoi ne fai-
l'expérience, pouvant être connus par une expé- sons pas entrer dans cette liste troisnous
ou quatre
moM qui se trouvent dans beaucoup de traftés en trait à des tpératioM la
lois intellectuelleset phy-
siologiques, parler, compter, lire; on enftn d'autres
tête des facultés inteMectuelies et dont nous ne
méconnaiasens pas l'importance l'aMenMoM, la qui concernent des opérations de h sensibilité ou
réflexion, la comparaison, le jugement. Voici nos de ta volonté unies 4 celles de l'InteHigence, a~t-
raisons. rer, se décider, obéir, etc. Notre réponse est dans
Aucun de ces termes, à proprement parler, ne le sens même de ces mots aucun ne désigne ni une
désigne une faculté intellectuelle ils indiquent, opération simple et irréductible, ni une Acuité
soit des actes de toutes tes facultés ou de certaines intellectuelle se manifestant isolément. Ce sont des
facultés, soit des manières d'être ou des caractères produits mixtes, des résuttats multiples, dans les-
de l'intelligence. quels on peut rechercher quelle est la part des
L'a<feM/to?t n'est pas une faculté spéciale ayant diverses facultés. Ce sera mêmelit un excellent exer-
nn objet spécial elle s'applique & tout, elle donne cice psychologique à faire faire dans une 3' année
a toutes les facultés leur puissance, à tous les ré- d'école normale. Mais la classification des facultés
sultats de la pensée leur valeur. L'attention, c'est intellectuelles doit évidemment se borner aux
le degré d'intensité avec lequel l'esprit s'applique groupes de faits élémentaires et irréductibles;
a un objet, soit par la perception, soit par la con- !a liste que nous en avons dressée est ce qu'ette
ception, soit par le raisonnement. On peut dans devait être s'il n'y manque aucun fait intellectuel
chaque ordre de facultés opérer avec ou sans atten- tMt ~enerM, et s'il n'y figure aucun phénomène
tion, avec plus ou moins de force d'attention. complexe pouvant être ramené à des étéments
La r~MOtt est le nom qu'on donne a fattention plus simples.
quand la pensée se replie sur etie-même; avoir INTERET (Règle d'Arithmétique, XL!–
une grande puissance de réflexion, ce n'est pas 1. On appelle intérét ie bénéncequerapporte une
exercer une faculté distincte des autres, cest somme prêtée ou placée dans une entreprise quel-
exercer son intelligence d'une certaine façon dont conque. La somme dont il s'agit prend le nom de
tous les esprits ne sont pas également capables et capital, et on appelle taux de intérêt ce que
qui varie suivant les âges, les tempéraments, les rapportent 100 fr. dans une année. L'année com-
circonstances. Tel a l'esprit porté à l'observation merciale est comptée pour 360 jours. Dans' le
externe, à la constatation des phénomènes maté- commerce, le taux stipulé ne peut être supérieur
riels tel autre a plus de facilité a se recueillir, à 6 p. 100; mais dans une entreprise industrielle
à rentrer en lui-même, observer en quelque le bénéfice peut être plus considérable.
sorte sa propre intelligence. Savoir rénéchir, t'est L'intérêt se calcule conformément à une règle
avoir conscience plus fortement et plus nettement facile à établir. Supposons, pour Oter les idées,
que le commun des esprits superficiels. que le capital placé soit de 800 fr., le taux
La eom~arauoMest un autre genre d'attention.On 6 p. 100, et que la durée du placement soit de
l'a assez mal dénnie une attention double, pour 90 jours. On raisonnerade la manière suivante
dire tout simplement qu'elle suppose l'attention
rapprochant deux faits ou deux idées. Comparer, 100f pendant S60 jours rapportent 6'
ce n'est pas être attentif & deux choses & la fois,
c'est être attentif au rapport de deux choses, en
saisir la ressemblance et la différence. Il ne faut
100f 1 jour rapporteront –
6'

donc pas voir non plus dans la comparaison un


ordre spécial de faits intellectuels c'est une opé- 100'
100~ –
· 9090 jours rapporteront 6~x90'
ration qui peut se produire dans tontes les facul- 6'x90
tés et qui est particulièrementfréquente dans les lf
tf 90 rapporterait~~
rapporterait
facultés secondaires, puisque la mémoire, Fimagi-
nation, l'association des idées ne vivent que par 2800'.f;.9&
d'innombrables comparaisons. et 3800' – 90 rapporteront
ssuuu
Ainsi ces trois mots désignent non pas des fa-
cultés à part, mais des condttion~ d'exercice des On voit que, pour obtenirl'intérêt, il faut <mM~-
facultés intellectuelles,l'attention indispensable en tiplier le capital par le taux et par ~e nombre de
particulier à la perception externe, la réflexion à ours, et diviser le produit par 36000. Dans
la perception interne, la comparaison aux facultés t'exempte actuel, en trouve 42 fr.
de conception. On trouveraitde même que l'intérêt de &96 fr.
Quant au jugement, nous n'en pouvons faire pendant 125 jours est
une faculté particulière, après ce que c'est nous en
avons dit au début de cet article. Juger, pen-
ser. II n'y a pas un seul acte de l'intelligence qui ou 12.41
ne se résolve en un jugement. On peut distinguer 360CU
diverses espèces de jugements; mais le jugement
comprend toute l'intelligence. Voir un objet, c'est 2. commerce, où on a sou-
–~ Dans les maisons de
juger qu'il existe, le témoignage de la vue vent à calculer les intérêts à un même taux, on
avoir conscience de sur ce qu'on éprouve, c'est juger simplifie un peu le calcul. Si le taux est de
qu'on est danstel on tel état se souvenir ou ima- 6 p. 100 par exemple, on remarque que mul-
giner, c'est juger que telle chose a été, que telle tiplier par M et diviser ensuite par 36000, revient
autre pouvait être raisonner,c'est juger plusieurs à diviser tout de suite par 6000, c'est-à-dire que,
fois de suite et en mettant un certain rapport entre pour obtenir l'intérêt, on multiplie le capitaldans
par
ces jugements. le nombre de jours, ce qui donne ce que,
Ce n'est donc pas méconnaître l'importance du les habitudes commerciales, on appelle le nombre;
jugement que de l'omettre dans la liste des diver- et l'on divise par 6000, qu'on appelle le dtfMeM!'
ses facultés intellectuelles c'est au contraire lui )!a:e. Ainsi, dans le second exemple traité plus
restituer son véritable rôle, celui d'opération fon- haut, le' nombre est 596'XlM, c'est-à-dire
damentale et essentielle de l'intelligence. 74500; en divisant par 6000 ou d'abord par 1000
Enfin il y aurait peut-être encore à expliquer et ensuite piu" 6, on obtient comme ci-dessus
pourquoi nous ne portons pas'dans ce tableau cer- 12 fr. 41.
tains faits intellectuelscomplexeset dérivés dont on On pourrait, pour d'autres taux, employer le
a proposéquelquefois de fairedes facultés. Par exem- même procédé, en remarquant que, pour le 5 p.
ple, certains termes empruntés à la vie religieuse, 100, le diviseurfixe seraiH200 pour 4; le diviseur
tels que croire, adorer, prier; ou d'autres qui ont fixe serait 8000; pour 4 ce serait 9000; mais on
préfère généralement commencer par calculer l'in- 1 ~~16~00~ 121,1 jours et une fraction.
1360 =
térêt à 6 p. !00, et en déduire l'intérêt à un autre 1 ~}~Q ou 121 .< Jours
ractlOn.
taux par la règle suivante, facile à justifier
On adopterait 121 jours. On voit que la ques-
Siletftuxest
e: W t~"R oac
tion est indépendante du taux de l'intérêt, et qoe.
5. retrancher 1 sur 6. ou prendre le Mt'eme obtenir l'échéance commune, il faut faire
4, – 1'
t~smr6,
sur 6, – le qxsn~~t yS'a pour
te~Maff des NOMBRES (produit des capitaux par le!
4. – -~surë, –– !e<:<~ t~T: somme nombres de jours), et <)Me<' par la somme <<e.t
36ur6, Ia?KOt<:< Lg~ capitaux.
3, – S'il y a, par exemple, quatre billets,
Soit, par exemple, à calculer l'intérêt de 875 fr. pen-
dant SO jours a4; p. 100. Le nombre étant 875X80 L'un de 810t payable dans 130 jour
ou 65200, en divisant par 6000 on obtient d'abord Un second
10 fr. 8666. retranchant le quart ou 2 fr. 71666. Untroisi&ma de 640'
de MO' t80 –
210
il reste 8 fr. 15.
3.–Quand l'inconnue du problème est le capital,
Un quatrième de 1000' 300
ae taux, ou le nombre de jours, on remarque que, le nombre n de jours exprimant l'échéance com
d'après la règle de l'intérêt simple, le produit de mune sera
l'intérêt par 3600U doit être le même que le pro-
duit du capital par le taux et par le nombre de 810xlM+7Mx 180+640x9)0+1000x3~)
jours. On obtiendra donc le nombre cherché en ~S10-T-7ÏU+640+JOOO
divisant ce prodmt
Par le taux et par le nombre de jours, si l'in- 669300
connue est le capital; 0 LI
ou ?: = -g-j~ == 1S0.40
1g0,40
Par le capital et par le nombre de jours, si l'in-
connue est le taux; On pourrait adopter 180 jours. [H. Sonnet.]
Par le capital et par le taux, si l'inconnue est le tNTËRÉTS COMPOSÉS. Arithmétique,LV.
nombre de jours.
Supposons, par exemple, qu'un capital de 720 fr. 1. Unechaque somme est dite placée a. intérêts composët
ait produit 13 fr. 20 d'intérêt, au taux de 6 p. 100, lorsque année le capital t'augmente des in-
produits pendant 1 année précédente. La
et qu'on demande le nombre de jours. On multi- térêts placée prend le nom de capital primitif, et
Pliera 13 fr. 20 par 36000, ce qui donne 475 MO somme
puis on divisera ce produit par 720 et par 6, ce capital, augmenté de ses intérêts composés, s'ap-
pelle le capital définitif. Supposons qu'on plac.-
ou, ce qui revient au même, par 4320, ce qui une somme de 1400 fr. à intérêts composés, ait
donne 110. L'inconnue a donc pour valeur 11U
jours. taux de 5 pour 900. Puisque l'intérêt de 100 fr. en
Supposons, en second lieu, qu'un certain capital un an estproduits de 5 fr., et que le capital s'augmente de
intérêts
ait produit 19 fr. 2~ au bout de 120 jours, au taux mitif de 100 fr. devient pendant l'année, un capital pri-
de p. 100, et qu'on demande ce capital. On an bout d'une année 1~5 fr
multipliera 19 fr. 20 par 36000, ce qui donne 1 fr., dans la même circonstance, deviendrait –– '10.'r
'691 200 fr. puis on divisera par 120 et par 4.5, ou,
ce qui revient au même, par 540, ce qui donnera ou 1 fr. 05obtient et )400 fr. deviendront 1400'x t,05.
1280 fr. pour le capital demande. Ainsi, on le capital définitif au bout d'une
4. Comme application de ce qui précède, nous année en multipliant le capital primitif par t,OA.
traiterons une question qui se rencontre dans les Au bout de la seconde année, la quantité HO)!'
transactions commerciales, et qui est connue sous X 1,05 sera encore multipliée par 1,05, ce qui don-
le nom d'échéance commune. nera 1400'X (1,05)2. Au bout de latroisiemeanné'!
Une personne a souscrit au profit d'une autre on trouvera 1400' X (1,05)3. Et, en continuant ainsi,
trois billets l'un de 540 fr. payable dans 90 jours, on voit que le capital définitif au bout de n année
le second de 450 fr. payable dans. HO jours, le sera 1400f X (1,05)". On voit que, pour oA<emt)' le
troisième de 370 fr. payable dans 180 jours et elle capital definitif, il faut multiplier le capital pri-
propose de les remplacer par un billet unique, mitif par l'unité plus /< centieme du taux élevé M
énonçant la somme totale, et produisant le même une puissance marquée par le nombre des années.
intérêt la question est de savoir quelle échéance Plus généralement soit a le capital primitifet t
il faudra fixer. Remarquons d'abord que la somme le taux. Au bout d'un an, un capital de 100 fr. de-
totale est 1360 fr. La somme désintérêts, en dési- vient 100' + t; 1 franc, au bout du même temps,
gnant par t le taux, sera d'après la règle d'intérêt 100' + t
devient –.–––Ott 1' -+-–t'
om )t +f,
ou -f-r, en désignant
en désignant
540'. ~.90 450'. ~.lt0 370r. t.180
36 000 + + par r le centième du taux; le capital a devient donc
~tiUOU 36UOU a (t -)- r). Au bout de la seconde année, ce résultat
doit encore être multiplié par 1 +
r, ce qui donne
Cette somme peut s'écrire a (1 + f)~. Au bout de trois ans on obtient a (1 + f)~.
Et au bout de n années, le capital définitif A est
(.4n.90+450.)10+370.tf;0)>«
t 164700. t donné par la formule
;tnuut) ou gSOiX)

D'un autre côté, si nous désignons par H le


A = a (1 + (1)

nombre de jours cherché, la somme de 1360 fr. qui revient à l'énojicé ci-dessus.
produirait un intérêt marqué par En appliquant le! logarithmes a cette formule,
on obtient
1:!60'M
n
36 UUO
log A = log a + M log (1 + r) (2)

Ces deux expressions de l'intérêt total devant c'est-à-direque, pour o&<e?Mt-Wo~ar!'MMe du ca-
être les mêmes, on doit avoir pital dg/!K~t/ il faut, au /oya)'~AtKe du capital
pWMM<t' ajouter n fois le <a<~<t''t~Ame de <'M);Mp<M
164700=1360.?!
n /e centième du taux.
d'où résulte Soit par exemple
a=tt:00', n=13, et 4~)etauï, d'où r=0,045 d'où:
A==:l:6',63
on aura:
A = 12(M'(t,045~ 2. l'aide de la formule (2). dans laquelle on
A
d'où: suppose a = 1, on forme aisément le tableau des
capitaux définitifs eorreapondant aux taux tes plus
log A = log t2<M' + 13 log ft,045)
+13X0,0191163 = 3,079t8i: usités, et à divers nombres d'années depuis 1 jus-
qu'à 21. Pour toute autre valeur de a on n'aura
ou qu'a multiplier les nombres de la table par la va
log A = 3,3216931 lenr a du capital définitif. Voici ce tableau

~MËES 3 si/s 4 <i/t S i;t/2 6

1 1,030000 ,035000 1,040000 t,04&000 1,050000 t,055000 1.060000


2 1,060900 1,071225 !,08)600 1,092025 1,102500 1.113055 1,123600
3 1,092727 1,108717 1,124864 ,141166 ,157625 t,H4:t! t.191016
4 ),t25509 1,147522 t,t69858 1,192518 ,:t5506 ~,M88M ~MMU
5 1,159213 1,187685 l,!t6652 ,46)82 ,Ï'!6'!8t t,306960 1,338226
6 ,t9M52 ,:29M4 t,:65318 1,302260 ,340095 t,3'!8843 1,418520
t ,229873 t,2'!2278 l,3t5930 1,360862 .MTtOO 1,454679 ),M363t
8 1,266769 t.316808 ),368M8 1,422101 1,477455 <,534687 t,593849
9 .304772 t,36:896 1,423310 .486095 1,551328 t,6)9096 ),689480
10 ,3439)6 1,410597 1,480243 ,552969 ,628894 ),708t46 1,790845
H 1,384233 t,45996S ),5394&2 ,62:853 1,710339 1,802094 1,898300
12 1,425760 1,511066 1,601029 1,695882 ,795856 1,901209 2,012t98
13 ,468532 1,563954 1,665072 .77219G .885649 2,005776 2,132930
14 .512588 1,618692 1,731674 .85)946 1,979931 2,116094 2,260906
15 ,557966 ,675346 1,800941 1,935283 2,078928 2,232479 ?,396561
)6 1,604706 1,733983 1,872979 2,OX!370 2,182875 2,355266 2,540355
17 .652846 1,794672 1,947897 2.113377 2,292018 2,484806 2,692776
18 1,702431 ,857485 2,025813 2,208)79 2,406619 2,621470 2,854343
19 1,753504 1,922497 2,106845 2,307861 2,526950 :,76S651 3,025604
20 1,806109 1,989784 2,191119 2,411715 2,653297 2,911763 3,201141
21 1,860293 2,059427 2,27876~ 2,520242 ~.785963 3.078240 3,399569

Si nous reprenons, par exemple, les hypothèses IogA=3,07918t2+t3XO,Ot9n63+0,OtM372


=
a 1200', t = 4 et 't = < 3, la table donnera pour
ce tMï et ce nombre d'années ],2)96; en mul- d'où
==3,3405303
tipliant ce nombre par 1200, on obtient 2126'63, A=.2t90',43
qui est le capital dénnitif trouYé plus haut.
8. Il peut arriver que la durée du placement soit 4. II peut se faire que l'inconnue du problème
se compose d'un certain nombre entier d'années cement. le capital primitif, le taux ou la durée du pla-
augmentéd'une fraction dans ce cas, on suppose La solution des deux premiers cas se tire
de la formule (2) qui donne
que le capital primitif a été place a intérêts com-
posés pendant le nombre entier d'années, et que tog « = log A – n log (1 + r) (5)
la somme produite est restée placée a intérêt sim-
ple pendant la fraction d'année. La somme pro- et
duite an bout de n années étant toujours a (t + r)° log(t+.)=~~
a (6)
produira, a intérêt simple, pendant une fraction n
k d'année, un capital définitif représenté par Lorsque c'est la durée du placement qui est in-
A=a(l+r)'()+A~ connue, la même formule donne
(3)
En appliquant les logarithmes à cette formule, ~!ogA-I.g~a (7)
on obtient: log(t+~
togA = log a + log ()+).)+t )og () -)- &r) (4) Mais si la valeur trouvée pour n est fraction-
naire, et que m représente sa partie entière, il con-
Si, par exemple, on a viendra d'employer la formule (4) en y remplaçant
<t=12CO', M==)3, t=~t n par m. On en tirera alors:
r =0,045 et
ar (t A Ft
on aura + r)"
log A= log t:00 -)- 13 log (t,045) + log (t,03)
d'où ce qui fera connaître la fraction d'année à ajouter
au nombre entier m.
Supposons, par exemple, que l'on cherche le ions de l'énoncé seront exprimées par les équa-
temps nécessairepour qu'un capital placé à 5 p. 100 tions
<-t à intérêts composés
soit doublé il faudra faire 3600' (1 r)'" + 2400 (1 + f')'" = 8?4'44
+ ~-)"'+
2 a, et f=5. La formule (7) donne alors 3600 (1 +
A
(8) =0 2028 ==
la
2400t (1 + = 9089',42
m = t4 et la formule Posant
durée cherchée est donc 14 ans,
13 jours. A 4 pour tOO, on trouverait
mois et
de même
z=(t+~ et y=(l+f')"
15 ans, 8 mois et 27 jours. il viendra, en divisant par 100
5. Dans les questions relatives au Crédit fon- 87,4744 et 24.E + 36y = 90,8942
c:'e)' les intérêts, au lieu de se capitaliser par 36x + 24y
années, se capitalisent par semestres. En raison- On en tire, par les méthodes connues (V. ~Mtt
nant comme on a fait pour établir la formule (1), tions)
on trouve qu'il faut y remplacer r par 1, r, et le
nombre n d'années par le nombre s de semestres, x = 1,6288940 et y = 1,3439165
ce qui donne d'où l'on déduit, à l'aide de la table ci-dessus
A = a (1 + '')" (9)
Soit, par exemple, r=0,0.! et t'=0.05
a ==10 000', f= 0,045 et ~==n; Les deux taux demandés sont donc 3 p. 100 et
5 p. 100.
on aura III. Une somme a été placée pendant un cer-
A=10000'(l,02!5)" tain nombre d'années à :'M<<'?'~ compo~ en capi-
talisant les intérêts par ïe<KM<t-C; à quel taux au-
ce qui donne rait-il fallu placer la m~me ~ommc penefo~ le même
A=t459ï',43. temps pour obtenir le rn~Me capital cléfinilif,si les
été capitalisés par CMt!~ ?
Si les intérêts se capitalisaient par trimestres, la M<e)'~ avaient
formule à employer serait Soit a le capital primitif, r le taux connu et x le
taux cherché, n étant le nombre d'années du place-
A=a(l+~ (10) ment on devra avoir:

en désignant par T le nombre de trimestres com-


<!(t+~'=a(l+-~
posant la durée du placement. d'où, en divisant par a et extrayant la racine d'or-
On peut se proposer sur tes intérêts com-
6.
posés un grand nombre de problèmes divers; nous
nous contenterons d'en donnerquelques
L
exemples.
Une somme de 60 000 /r. a été ~~ac~e à in-
dre
d'où
K

.E =
1 +

(1
=
+ ~)<
(1 -r-
1 = f+If
~)'e<! c<M:)MM~ pendant un certain nombre d'an-
nées. Si elle était restée placée un nn de moins, le
Si, par exemple, on a r= 0,04, on trouvera
capital définitif eût été !?!eM?- de 3996/'r. 12;
T == 0,0404
si, au contraire, eMe était restée placée un an de
c'est-à-dire que le taux serait 4 fr. i.
fH. Sonnet.]
[H.
0
plus, le capital définitif eût été ~Mp~CM)' de INTESTINS. –
ÏNTESTmS. V. Digestion.
Û:OM<MM.
4J56 02. OK demande le taux de ~M~~f et la tNTERJECTXM. – Grammaire, XVIII. L'in
dM~'ef du placement. te)'ec~oyt est un cri, une exclamation qui exprime
ait+'-)'- et a () +f)"-test
conditions du problème sont
a +~)"
Remarquons d'abord que la différence entre
donc exprimées
les mouvements subits de l'âme a/)/ oh! fi!
Les
hélas!
par
Interjection vient du latin Mter/ee~o, propre-
les équations: ment action de jeter au milieu (de la phrase).
60000' (t + f)–t.r= 3996~,12 C'est une sorte de cri jeté au milieu des autres
et: mots. D'après cette définition, on comprend que
60000' (1 + f)' r = 4156',02 les véritables interjections sont simplement nos
voyelles a, e, o, u, aspirées ou redoublées, sous
En les divisant membre à membre, on en tire les formes ah, ha, Af, hihi, oh, hue, etc. Elles
n'ont en général sous cette forme aucun sens
1 + r = 0,04 particulier; leur signification très vague dépend
du sentiment qu'il s'agit d'exprimer, et de lac-
Au moyen de cette valeur, la seconde des deux cent
équations devient: avec lequel elles sont prononcées.
Les principales interjections sont
60000' (t,04)' 0,04 4156,02 Pour exprimer la joie Ah! bon
ou la douleur ~:e/ ah! AeMst
4156,02 la crainte hé! ho!
=~6u000x 0,04 l'admiration: ~A/eA/o/t/
Fi!
l'aversion
d'où l'on tire par logarithmes n = 14. Pour encourager Sus!
II. On a deux sommes, l'une de 2400 fr., Pour appeler Holà! hé!
l'autre de 3600 /f. à placer, pendant 10 ans, à
deux taux différents et à tK~eh composés. Si Il faut ajouter à cette liste un grand nombre de
fo?: place la p<MS petite au taux le plus élevé et la mots qui s emploient accidentellement comme in-
tels peste, miséricorde, allons,
plus grande au taux le plus bas, OM obtiendra un terjections, que
capital définitif de 8747 44. Si, au contraire, on courage, ~)-Mf, etc.
place la plus petite somme au taux le plus bas et Les interjections sont formées soit à l'aide de
la plus grande au taux leplus élevé, on ~aynera noms (paix! allons! courage! patience!); soit à l'aide de
à celte combinaison 341 /'< 97. On demande à quels verbes (soit! SM/~</J; soit par de simples
taux les deux sommes doivent ~rep~c~M. exclamations (ah! oh! etc.).
Si r et f' désignent rintérêt annuel de 1 fr. Si nous laissons de côté les locutions telles que
correspondant à chacun des deux taux, les condi- p<K.t/ courage! soit! etc., qui sont plutôt des
propositions elliptiques (pnur /<<e< paix, prenez Lolive. Ah monsieur, demandez-le aux voisins
courage) que des interjections proprement dites, qui m'ont vu passer.
il nous restera peu de chose à dire des interjec- M. G'~eAerof. Lui a<~tn denné t'afoine?
tions. Deux seutement,.hélas et dame, coceMitent ~/tt;e. Oui, monsieur, Gtullaume y était pré-
quelques explications. sent.
~M~7 que nos aïeux écrivaient en deux mot* M. GftcAa'Mais tu n'as pointportéces bouteilles
las est composé de l'interjection hé et de l'ad- de quinquina ou je t'ai dit?
jectlf las, qui signifiait malheureux dans notre Lolive. Pardonnez-moi, monsieur, et j'ai rap-
vieille langue. On disNt.auxin'aiè~e "~Cette mère porté les vides.
est lasse de la mort de son fils; Hé las
suis Ce n'est qu'au xv' eiècle que les deux
que je ~f. GtTcAar~. Et mes lettres, les as-tu portées à la
poste. hein?2
mots se soudèrent et qu'hélas devint inséparable. Lolive. Peste moneienr, je n'ai eu garde d'y
En même temps las perdait son 6nergle primi- manquer.
tive et passait du sens de douleur à celui de fa- M. Grichard. Je t'ai défendu cent fois de racler
tigue, comme cela est arrivé pour les mots gêne ton maudit violon; cependant j'ai ~nte~du ce ma-
et eKMW qui signifiaient à l'origine tourment et
Aattte.
tin. Lolive. Ce matin ? Ne vous souvient-il pas que
L'interjectiondame (qu'il ne faut pas confondre vous me le mites hier en mille pièces ?
avec le substantif féminin dame) est l'abréviation de M. Gt'tcAorff. Je gagerais que ces deux voies de
Dame-Dieu, exclamation de l'ancien français, qui bois sont encore.
signifie Seigneur-Dieu! (Domine-Deus.) 0n trouve Zo/tce. Elles sont logées, monsieur. Vraiment,
à chaque page dans les textes du moyen âge Que depuis cela, j'ai aidé Guillaume à mettre dans le
Dmne-fMeM nous aide o Dome-MfM, et simple- grenier une charretée de foin, j'ai arrosé tous les
ment dame, s'employait comme interjection et arbres du jardin, j'ai nettoyé les allées, j'ai bechoé
l'exclamation Ah! dame, qui pour nous a perdu trois planches, et j achevais l'autre quand vous av ez
aujourd'huitoute signineation, revientà dire Ah frappé.
~ei~MeMf. Nous retrouvons encore ce mot dame M. Gr:cAat'd. Oh 1 il faut que je chasse ce co-
dans les noms géographiques Dammartin, Dam- quia-là; jamais valet ne m'a fait enrager comme ce-
pierre, etc., qui signifient le tire Martin, le sire lui-ci il me ferait mourir de chagrin. Hors d'ici!1
Pierre. (BRUEYS.)
Les termes employés dans le Itmgage familier et 2* Dicter ou écrire au tableau le même morceau
dans le style comique, tels que corbleu, diantre, en remplaçant.les interjections par des tirets; les
~a~nf, tKor& etc., ne sont que des jurements et élevés mettront les interjections convenables.
des Maspbemes aujourd'hui déngurés. Corbleu est 3* Dicter ou écrire au tableau le même morceau
pour corpa de Dieu; diantre pour d!'aMe;/afnt ou et faire <tp!iquer ami élèves le sens et l'origine de
jarnidieu pour je renie Dieu, etc. chaque interjection. [J. DutMuchet.]
Modèles d'exercicea. – 1° Lire aux élevés MVAStONS. – Histetre générale, XXXIX-XL
<e morceau suivant en leur faisant remarquer les Histoire de France, XXXVtU-XL. – Le nom d't~-
interjections. vasion pourrait s'appliquer à teat eavahissement
LE GRONDECR. d'un pays par une armée étrangère mais on le
réserve d'ordinaire,en histoire,à rentrée en masse
if. Grichard. Bourreau! me feras-tu toujours d'un peuple encore barbare sur le territoire dun
frapper deux heures à la porte y peuple plue civilisé. En outre, abstraction faite
Zo<toe. Mensieur, je travaillais au jardin; au du degré relatif de civilisation des peuples en
premier coup de marteau, j'ai couru si vite que je jeu, une même nation appellera velentiers guerret
suis tombé en chemin. d'invasion celles où son propre territoire a été
M. Grichard. Je voudrais que tu te fusses rompu envahi, et guerres de <fM<M~f, campagnes, expé-
le cou. double chien que ne laisses-tu la porte ou- ditions, celles e& elle a joué eUe-meme le rôle
vette?.? d'envahisseur.Ainsi, dans l'histoire de France, on
to~tce. Hé monsieur, vous me grondâtes hier parle de la eoMpa~Me d'Egypte en 1798, de la cam-
à cause qu'elle l'était, quand elle est ouverte, vous pagne de Russie en 1812, et de l'invasion des
vous fâchez; quand elle est fermée, vous vous fâ- alliés en 1814. Les peuples latins désignent sous
chez aussi je ne sais plus comment faire. le nom d'invasion des &<t''6are~ la prise de posses-
if. Gfte&ard. Comment faire? comment faire ? in- sion de l'empire romain par les hordes germani-
ftme! ques, tandis qu'en Allemagne cet événement s'ap-
Lolive. Oh et, monsieur, quand vous serez pelle la grande Mt9fa<teMdes peuples.
sorti, voulez-vous que je laisse la porte ouverte ? Les principales invasions que mentionne l'his-
M. Grichard. Non 1 toire mnverseHe <ont, par ordre chronologique
ZoHt)e. Voulez-vous que je la tienne fermée?
M. Grichard. Non.
L'invasion des ~M<M ou Hyk-shos ( rois pas-
teurs ") en Egypte, vers le vingt-troisième siècle
Lolive. Si faut-il, monsieur. avant notre ère (V. E~/ofe, p. 652)
M. GrtcAo'd. Encore! Tu raisonneras, ivrogne? L'invasion des Scythes ou Awi~We~M dans
Lolive. Morbleu j'enrage d'avoir raison.
M. Grichard. Te tairas-tuT
l'Asie occidental,de 694 à 627
Perse);
(V.te, Médie,
Lolive. Monsieur, je [me ferais hacher. Il faut Les diverses invasions des Gaulois Italie, en
qu'une porte soit ouverte ou fermée choisissez, Grèce, en Asie-Mineure (V. Gaule, p. en 848)
comment la voulez-vous? Celle des Cimbres et des t et<<o?M, a la fin dn se-
Je
JM. Grichard- Je te l'ai dit mille fois, coquin la cand siècle avant notre ère (V. Rome);
veux.je
valet à
la. Mais voyez ce maraud-là Est-ce à
venir
La grande tnoaston des Barbares, anx quatrième
faire des questions ? Si je te et cinquième siècles (V. Ba)'6arM et Rome)
un me
prends, traître je te montrerai bien comment je la L'invasion ara&e, aux septième et huitième siè-
~reux. As-tu balayé l'escalier? cles (Y. drabes et Khalifes)
~o/!tx. Oui, monsieur, depuis le haut jusqu'en L'invasion normande ou scandinave, en Angle-
cas. terre, en France, en Italie, à partir du septième
M. Grichard. Et la cour? siècle jusqu'au milieu du onzième (V. Normands
Lo~tw. Si vous y trouvez ordure comme cela, et Scandinaves);
veux perdre mes gages. Les deux invasions des Mongols sous Gengis-
M. Grichard. Tu n'as pas fait boire la mule? Khan et ses successeurs, au treizième siècle, et
sous Tamerlan, à la fin du quatorzième siècle ingénieurs.Rarcmentlesinventions sontimagincet
(V. J~omyo~). de toutes pièces; elles sont le plus souvent de
tNVËNTtON. – V. CoMpOSt<M' simples Modincatieus aux procédés en vogue, aux-
INVENTIONS. Histoire générale, XXXVII. quels on donne des applications inédites, et que l'on
On demandait à Newton comment il était arrivé simplifieou l'oncomplique pour de nouveauxusages.
à formuler la grande loi de la gravitation qui ré- On a remarqué qu'il y a des époques plus fé-
Ainsi,
git notre globe, notre système solaire, l'univers en- condes en inventions que les autres. notre
tier ? a En y pensant, répondit-il avec une no- génération et celles qui l'ontEncyclopédie, Dréeédé<, à partir de
ble simplicité. Ce mot, qui donne le secret de la plus la publication de la grande ont fait
superbe découverte peut-être qu'ait faite notre es- déjà une œuvre immense, et, sans exagération au-
pèce, s'applique également à la plupart, sinon à la cune, sont en train de renouveler la face du monde.
totalité des inventions non pas que tontes soient le Il est facile de s'expliquer l'intermittence de ces
produitd'une longue réflexion,soientane déduction époques de transformation, qui sont le contre-coup
logiquement poursuivie de faits et de principes des impulsions religieuses et philosophiques, mo-
déjà connus ces découvertes par la voie théori- rales et scientifiques se produisant de période en
que sont beaucoup plus rares que celles que l'on période. Quand une idée, quand une théorie gé-
doit au hasard, comme on dit mais le hasard n'a
a nérale est lancée dans le monde, les intelligences
jamais rien montré aux hommes inintelligents; pour éveillées la transportent chacune dans la sphère
transformer l'accident en acquisition durable, il a d'activité qui lui est propre, l'y établissent, l'y dé-
toujours fallu qu'un esprit avisé analysât, raisonnât veloppent, l'y maintiennent, jusque ce qu'une
le pourquoi, le comment, dégageât le principe géné- conception nouvelle amène d'autres changements.
rai du fait particulier. L'histoire des inventions et La série de ces révolutions partielles dans le temps
des découvertes n'est autre que l'histoire de la et dans l'espace n'est autre que la grande évolu-
pensée s'appliquant à mieux connaître la consti- tion de l'humanité. Les idées ont aussi leur évo-
tution de l'univers en son ensemble et dans ses lution partielle; comme les plantes, elles germent,
détails, par l'emploi des connaissancesacquises, par frondoient, fleurissent, fructifient, et leur semence
la meilleure adaptation de l'homme à son milieu, reproduit des sujets similaires, mais cependant
et du milieu à l'homme. A mesure que cette distincts et nouveaux. Voilà pourquoi des inven-
adaptation s'accomplit, l'hommeprogresseetse per- tions analogues surgissent, à peu près au même
fectionne, il se modifie lui-même à mesure qu'il instant, dans plusieurs cervelles, et l'inventeur
transforme la nature ambiante. Dans nos pays ci- qui tarde trop à publier sa découverte s'en voit
vilisés, ces changements qti se poursuivent depuis dépouiller l'honneur par un rival plus pressé. Cette
qu'il y a une histoire, et qui avaient commencé remarque a donné lieu au paradoxe que les in-
longtemps auparavant, ont agi d'une manière déjà venteurs ne trouvaient pas leur invention, mais
puissante sur la constitution chimique du sol, sur que l'invention allait trouver son inventeur. La
le régime hydrographique, sur le climat. L'homme, vérité est que les idées nouvelles viennent en
qui a bouleversé le pays qu'il habite, avait com- leur temps, parce qu'elles sont la production des
mencé, la langue le dit eUe-mome, par être un sau- idées antérieures, le résultat des développements
vage, unebête fauve, certainementla plus féroce de de la science.
toutes. Il n'avait à l'origine que des besoins tout à Ce serait s'engager dans un dédale que de vou-
rait restreints, les seuls, d'ailleurs, qu'il pût satis- loir énumérer les inventions qui ont été faites de-
faire. Nos désirs portant tous sur quelque diminu- puis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours;
tion de peine, de fatigue et de temps, tendent, par un volume, des volumes n'y suffiraient pas sans
conséquent, à une augmentation de force, de res- parler de l'impossibilité matérielle de fournir des
sources et de loisirs, à un accroissement de vie, à une dates authentiques, des renseignements certains
augmentation quantitative et qualitative dans la va- sur plusieurs d'entre elles qui ne sont pas des moins
leurde l'homme.Notre existence est tout autrement importantes. L'histoire des inventions est une
mobile, féconde en impressions variées et en senti- science par elle-même. Précise en ce qui touche
ments profonds que celle de nos premiers ancê- aux temps modernes, elle est vague pour le moyen
tres. Il est vrai que nous employons notre puis- âge, incertaine pour l'antiquité, obscure pour les
sance accrue, notre intelligence mieux armée à temps préhistoriques. S on étude ne date que d'hier,
former de nouveau! souhaits plus vastes qui pro- et n'aurait pu être abordée utilement avant les
voqueront des efforts plus puissants, des réalisa- travaux de nos derniers géologues. Nous indique~
tions plus considérables. Notre puissance aug- rons les lignes principales de cette histoire aussi
mente et aussi nos inquiétudes, et le désir tou- exactement que le permettent nos connaissances
jours inassouvi du mieux, et encore du mieux, qui actuelles; nous en tenant principalement à la
n'est l'ennemi du bien que par exception, quoi- genèse même, à la filiation des inventions, et à
qu'on dise le proverbe. leurs relations mutuelles. Nous renvoyons aux ar-
C'est le moment de rappeler la distinction qu'on ticles spéciaux du Dictionnaire pour les détails
a faite depuis longtemps entre les inventions et relatifs aux inventions les plus importantes, telles
les découvertes. Les découvertes sont plus spé- que l'imprimerie, la boussole, la poudre à canon,
cialement la simple constatation de faits, de lois, la machine à vapeur, le <~yap~e,etc.
ou de principes inconnus jusque-là, en histoire, La classification la plus simple et la plus prati-
en géographie, dans les sciences en général. Les que nous parait être celle des inventions: 1° par
inventions impliquent le plus souvent une mise au leur objet, ou par les besoins auxquels elles doi-
point nouvelle, une transformation, une adaptation vent satisfaire, 2° par les moteurs ou par la nature
de la part de l'homme. Ainsi, la découverte des de la force qu'elles emploient.
propriétésmerveilleuses de la pierre'aimantéeren- L La nécessité est la mère des inventions, dit
dit possible l'invention de la boussole, qui permit un proverbedont l'expérience journalière prouve la
aux navigateurs de perdre les côtes de vue, de se justesse. N'était le besoin qui nous presse, nom
lancer dans la haute mer, et de mettre le cap vers nous endormirions dans la jouissance et dans l'oi-
des contrées encore inconnues. Les découvertes de siveté. Il est certain que la même cause qui au-
nos physiciens et de nos chimistes donnent aux jourd'hui nous fait perfectionner les découvertes
industriels et aux mécaniciens le moyen de faire antérieures les a inspirées sous une forme
une multitude d'inventions dans le domaine pra- barbare dans les temps primitifs. Les besoins
tique les découvertes de nos mathématiciens, les plus urgents sont les plus efficaces à réveiller
les hautes analyses de nos géomètres sont mises à l'intelligence engourdie. Les besoins moindres ne
proBtde mille et mille manières par les opticiens et se font sentir que lorsque ceux de premier ordre
sont déjà satisfaits. Nul mobile n'a été plus puis- cédés mécaniques dont on ignorait jusque-là l'ori
sant que la faim a créer des ressources nouvelles, gine tarière, vilebrequin, baratte, archet, mortier
et à modifier peu à peu l'ordrede choses précédem- et pilon, etc. La meule antique dans laquelle on
ment étaNi. L'homme, un omnivore, a commencé broyait )e grain est un de ces appareil dérivés.
par demanderà la chasse la presque totalité de sa Sur la meule gisante, qui restait Immobile,tournait
subsistance. H tuait pour manger. Ses armes ont la meule roulante emmanchée sur un axe. L'allu-
pu à l'origine n'être que celles du gorille et de mette chimique devait faire tomber ces procédés
l'orang-outang tantôt une pierre, tantôt une divers en rapide désuétude. Les trois choses que
massue dans ses poings robustes. Ce fut une véri- le monde sauvage envie te plus à notre civilisation
table inspiration de génie quand il emmancha sa sont l'allumette ou bâtonnet à feu, l'eau de feu,
pierre au bout d'un bâton fourchu, se faisant ainsi l'arme à feu.
un instrument qui fut le premier casse-tête, le Le feu ayant été ainsi obtenu à t~and'peine, il
premier marteau, la première hache, la première fallait le conserver. H est telle peuplade nomade
tance, le premier épieu, le premierjavelot, le pre- chez laquelle tes femmes portent au moindre de
mier hoyau. D'abord, it avait pris ces pierres pour leurs voyages un tison qu'elles ravivent fréquem-
'faire poids it fut amené à tes prendre pour leur ment en le faisant tournoyer dans l'air. Les tribus
dnreté. ensuite pour leur tranchant; it en vint à mieux assises entretiennent des foyers constam-
tailler tes silex qui devaient lui donner toutes sortes ment allumés autour desquels se rassemblent les
d'instruments l'un après l'autre couteaux, poi- chefs et les guerriers. Ces prytanées sont les sanc-
gnards, épingles, aiguilles, grattoirs, râctoirs, tuaires nationaux d'où les colonies emportent de
times et scies, pointes aiguës et barbetées de plu- précieux brandons dans leurs nouvelles demeures,
sieurs modètes.De ces pointes remplaçant les os où les chefs de famille vont au nouvel an prendre
et tes arêtes de poissons, il arma les ûèches qu'il des charbons pour allumer leur foyer domestique.
venait d'inventer après avoir reconnu l'élasticité C'est ainsi que nous voyons le feu à l'origine des
de certains bois et les profits qu'on en pouvait institutions nationales et familiales. Tant est vraie
tirer en courbant une branche, en la sous-tendant la légende des Grecs, d'après laquelle Prométhée
de boyaux tordus. Plus tard. il se mit à polir les ou Vulcain aurait été le créateur de l'homme
pierres les plus dures, du grain le plus fin, le plus d'autres termes, c'est au feu et à tout ce qu'ilena
serré, et même à les percer, à les forer. On trouva produit et amené que notre humanité, celle des
des minerais plus durs, plus résistants et plus civilisés ou demi-civitisés, doit son existence.
lourds que la pierre; par exemple le cuivre natif Jusque-là, on avait mangé cru; dorénavant, les
dont on flt des armes redoutables. viandes furent rôties où bouillies; fréquemment
En taillant les silex, en les frappant l'un contre on torréna le grain avant de le passer à la meule.
l'autre, on avait vu des étincellesjaillir, et l'on de- On inventa le procédé pour la fabrication du pain,
vina que cette étincelle est de même nature que on découvrit les propriétés des levains on eut do
l'éclair qui sillonne la nuée ça et là ces étincelles pain levé, des boissons fermentées.
avaient fait jaillir la flamme aux entours, ce qui ne L'art culinaire prit alors naissance. Les premiers
manqua pas de remplir l'homme d'effroi. Combien vases avaient été des coquilles, des gourdes, de
de siècles, combien d'Ages se passèrent avant qu'il grosses noix, et autres fruits creux et desséchés,
se soit familiarisé avec les feux de la foudre, des des pailles et des roseaux étroitement tressés.
cratères, des sources de gaz, de naphte, de pétrole, Bientôt, on tira parti de la plasticité et de l'im-
avec les divers usages de l'eau qui sourdait des perméabilité de l'argile pour en enduire les roseaux
fontaines thermales dans les pays volcaniques? tressés qui servaient de parois aux premières
C'est ce qu'il est encore impossible de dire. Enfin huttes, qui formaient les premièrescorbetitesqu'on
se fit la découverte des découvertes, l'invention transforma ainsi en cruches, et qu'on songea plus
des inventions. L'homme se rendit compte des ma- tard à durcir en les brûlant. Nos collections ont
tières qui sont plus facilement combustibles que encore quelques débris de anciens brocs, dans
les autres, il les disposa habilement dans le voisi- lesquels des joncs et des ces carex, enco e engagés
nage des cailloux qu'il heurtait et dont il tirait des dans la pâte, nous font surprendre les secrets de
étincelles ce fut le briquet. Il fit bien plus. A dé- la fabrication primitive. Telles furent les origines
faut de pyrites, il frotta des morceaux de bois sec de la céramique, art humble et bien modeste à ses
les uns contre lès autres, fit tourner rapidement débuts, mais qui a rendu à notre espèce d'incalcu-
la pointe d'un bois dur dans le trou d'un bois mou. lables services donnant à peu de frais une matière'
Au prix d'efforts énergiques, habiles et persévé- qui se prêtait sans effort à toutes les fantaisies des
rants, que nous avons encore l'occasion d admirer doigts qui la pétrissent, et remplaçait en une foule
chez plusieurs peuplades contemporaines, on de circonstances le bois, la pierre et les métaux.
voyaitle bois s'échauffer peu à peu, se charbonner, Les vases de toute espèce restèrent généralement
une fumée s'élever; au milieu de la tache noire lourds et irréguliers tant qu'on n'eut pas trouvé la
apparaissait un point rouge, première lueur qui avec laquelle l'art du potier entra dans la
btentot gagnait en étendue et en intensité; encore roue, période artistique. Ce n'est pas tout: avec l'argile
un moment, le bois craquait et la flamme surgissait on construisit des fourneaux qui concentraient la
vive et vermeille. Seul de tous les êtres animés, chaleur à un degré que les foyers ordinaires n'eus-
l'homme a conquis le feu, seul it sait l'entretenir. sent jamais pu atteindre; et dans fourneaux;
Nous sommes en droit de dire qu'au point de vue on obtint la fusion des substancesces jusque-lit ré-
pratique, c'est l'usage du feu qui met une ligne de fractaires, qui livrèrent des vernis, des verres, des
démarcation aussi nette et tranchée entre l'homme faïences, auxquelles les Chinois ajoutèrent la por-
et la bête qu'il est possible de le désirer. Ceux cotaine. Ils permirent de procéder à la fusion des
qui ont fait du sujet une étude spéciale n'hésitent minerais: on obtint à l'état pur des métaux tet~-
pas aafnrmer que s'il était vrai, comme quelques- que le plomb, t'étain, le cuivre, l'argent, l'or; et
uns prétendent,sans raison suffisante, nous semble- enfin les alliages déterminés, tels que le laiton, le
t-il, qu'il existe, ou qu'ilil existait tout récemment bronze, vrai métal précieux. La facilité de les obte-
encore, des hordes assez arriérées pour ignorer nir, non pas seulement en lingots, mais aussi en
l'usage du feu, ces hordes n'auraient eu d'humain lames minces, flexibles, malléables, élastiques,
que la figure. M. Tyler, le savant auteur de la susceptibles d'un beau poli, et relativement très.
Civilisation primitive, a recherché tes diverses légères, les fit rechercher pour l'ornementation.
manières employées par tes sauvages pour faire Les premiers guerriers étaient jaloux, plus encore
le feu et montré qu'elles ont pu, qu'elles,ont dû que tes femmes d'aujourd'hui, de se parer de-
donner naissance plusieurs instruments et pro- chaînes, de diadèmes, de bracelets, de cheviller.
de pectoraux, de torques et colliers, d'agrafes et vaillées jusqu'à ce que le lacis de fibres eût été
libules. L'absence bien constatée de tout oxyde de dépouillé de ses~-concrétions. Quelques-unes des
ter dans les fouilles où l'on trouve déjà de nom- étoffes ainsi préparées par les insulaires des mers
breux objets en bronze, a fait supposer que l'inven- du Sud peuvent rivaliser avec nos plus belles
tion du bronze a précédé d'un long temps l'inven- mousselines. C'est ainsi qu'on travailla le papyrus,
tion du fer, supposition que confirment certaines prototype de notre papier. C'est ainsi que nos
traditionsrelatées par les auteurs classiques. Ce- premiers livres furent écrits sur du liber, et nos
pendant, il se peut qu'on ait tout au moins exa- premiers « bouquins )) sur l'écorce du hêtre (en al-
géré la période qui s'est écoulée entre les deux lemand Buche) des forêts de la Germanie.
découvertes. M. de Mortillet explique la rareté Mais revenons aux claies qu'on fabriquait en
relative des objets de fer dans les tombes, par la entre-croisant les branches souples de saule ou
considération que ce métal, si facilement attaqué d'osier, les branches droites et flexibles de tout
par la rouille, devait être tenu en bien moindre autre arbre, les pailles et roseaux. Les plus
estime que le bronze et ne trouvait pas sa place lourdes et solides, accrochées à des pieux de
dans les cercueils des chefs, des riches et des puis- distancé en distance, formaient les toits et les pa-
sants, qui avaient seuls l'honneur de reposer dans rois les plus légères servaient de portes qu'on
des tumulus. Toujours est-il que le fer a été em- plaçait, déplaçait replaçait, à volonté; de plus pe-
ployé en Egypte, déjà du temps des premières dy- tits clayons, transportésavec la personne,servaient
nasties, et qu'on a même retrouvé dans la chambre de manteaux, de coiffures. On a remarqué que les
secrète d'une pyramide un morceau de fer qui couvre-chefs affectent eonvent une ressemblance
y avait été oublié. marquée avec le genre de toiture usitée dans le
On a lieu de croire que le fer a été inventé dans pays. Insensiblement,on étendit, on développa le
l'intérieur de l'Afrique, où se trouvent des minerais procédé dont il s'agit; on croisa des lanières de
le plus facilement réductibles, et où cette fabrica- peaux et de fourrures, qui s'enroulèrent étroite-
tion s'effectue par des procédés simples et bien en- ment autour des surfaces de plus en plus petites.
tendus qui se sont transmis de génération en géné- En rapprochant les mailles, on eut des tissus qui
ration. Les perfectionnements successifs apportés excluaient complètement l'eau, la lumière et même
au travail du fer et du bronze, des armes offensives l'air; en les écartant, on eut des Blets. Le tres-
et défensives, provoquèrent maint bouleversement, sage donna naissance à l'industrie du tricot, dont
mainte révolution dans l'histoire des empires, la mécanique vient de s'emparer. Le croisage des.
firent gagner mainte bataille, élever maint royaume fils est à l'origine de tous les systèmes de tisse-
sur les ruines d un autre royaume. Plus d'un his- randerie qui, transformés par le génie de Jacquart,
torien attribue les victoires des Romains à la su- ont pris un développement dont s'enorgueillit
périorité de leur épée, plus courte, mais mieux notre siècle. Toutes les ressources de la science
coupante et mieux trempée que celles qu'on leur ont été mises à la disposition du tissage et des
opposait. Parce que le fer a été le grand instrument filatures mécaniques, des teintureries et imprime-
de meurtre, n'oublions pas qu'il a fait le soc et le ries sur étoffes. Les lentes quenouilles, les fuseaux
contre, et que la charrue a nourri et fait vivre plus solitaires, dont nos anthropologuesretrouvent les
<)e millions d'hommes que la guerre n'en a tué. pesons dans les plus anciens palafittes, sont rem-
< "est au fer que nous sommes redevables de l'agri- placés dans nos fabriques par des milliers de
culture. broches mues simultanément par la vapeur et
La passion avec laquelle on se jeta sur la posses- avec une rapidité qui les rend invisibles. Les
sion des métaux précieux, surtout ceux qui avaient riches couleurs qu'on applique sur ces tissus
été travaillés et frappés en médailles à l'empreinte délicats, on ne les tire plus péniblement du suc
d'un dieu, d'un grand personnage ou d'un poten- de quelques fruits, de quelques bois, de quelques
tat, la facilité avec laquelle on échangeait ces herbes, d'insectes on de mollusques écrasés,
petites pièces contre des denrées et des marchan- cochenilles ou murex, mais des houilles qu'on
dises incomparablement plus lourdes et plus diffi- distille par tonnes. Comme nous sommes loin de
ciles à transporter, donna naissance au commerce, l'époque à laquelle les hommes, désireux de passer
au trafic de l'or et de l'argent monnayés. pour rouges, jaunes ou bleus, s'enduisaientd'ocre
La vanité personnelle autant que la nécessité de on de marne 1 Alors, ils s'ornaientde dessins, de re-
se protéger contre les morsures du froid et de la présentations variées de plantes et d'animaux, de
chaleur, les piqûres des insectes et des épines, marques indiquant le rang, le titre, la fonction,
firent recourir aux vêtures, qui d'abord furent très qu'ils étaient obligés de se graver sur la peau. Ces
succinctes des herbes, des feuillages, des couches ponctions, ces tatouages ont été, pensons-nous, la
de cette même argile dont on enduisait les parois première écriture. Puis la représentation directe des
des masures et des corbeilles à contenir l'eau. objets fit place à des figurations conventionnelles
Longtemps on convoita les dépouilles des ani- que, peu à peu, on abrégea jusqu'à les rendre
maux, brillantes écailles protectrices, toisons lé- méconnaissables mais grâce à l'habitude, grâce à
gères, chaudes fourrures, beaux plumages; mais la persistance des traditions, leur signification
le cuir sur lequel elles sont implantées se dessèche resta comprise; on écrivit en rébus. L'écriture
bientôt après la mort de l'animal, durcit et se rac- hiéroglyphique, se faisant de plus en plus cursive,
cornit, quand il ne pourrit pas. Avant de prendre donna naissance à nos alphabets.
possession de ces trésors convoités, il fallait in- De bonne heure, quelques dessins, des mots
venter les moyens de nettoyer le cuir, de lui magiques, des .mots de reproches, tes noms des
rendre sa souplesse sans- nuire à sa durabilité rois, des gouverneurs, des propriétaires, furent
ce qu'on fit par les procédés primitifs de tannage, gravés sur des cachets, coins et matrices, peur être
de mégisserie et de parcheminerie,qui, dans toutes ensuite reproduits sur l'argile molle, sur la cire,
leurs diversités, avaient cela de commun qu'ils sur les monnaies et médailles, sur des plaques de
étaient longs, fatigants et dispendieux. Un des métal, même sur le front des criminels. On multi-
premiers résultats de la chimie régénérée, presque pliait de la sorte les impressions et estampages.
créée par Lavoisier et par ses émules et disciples, Les Romains avaient laissé à Mayence, la ville où
fut d'opérer une révolution dans cette fabrication. naquit Gutenberg, de nombreuses tuiles avec des
Les écorces qui, conjointement aux peaux de mots y estampés. Les monastères bouddhistes dis-
b6tes, couvraient les toits des huttes, firent surgir tribuaient à foison aux pèlerins des prières et
une industrie parallèle à la tannerie. Certaines formules sacrées parfaitement imprimées sur du
écorces, qui s'y prêtent bien mieux que d'autres, papier et des étones. Les Chinois gravaient des
furent nettoyées, rouies, battues, triturées, tra- volumes entiers sur des planches de bois; en Eu-
rope, on fabriquait des cartes àjouer parles procé- d'eau dont une seule peut équivaloir au travail
dés dits xylographiques, avant qu~n eùtimaginéde utile de quelques milliers d'hommes. On parle
M servir des caractères mobiles, un pour chaque déjà d'utiliser la chute du Niagara comme on a
lettre. Cette simpliBcation,qu'on s'étonne presque utttisé celles du Rhône à Bellegarde, de la Sarma
de n'avoir pas vu se produire bien des siècles au- à Fribourg; d'utiliser la force énorme du flux et
paMvant, donna une impulsion puissante à l'esprit du reflux. Mais relatons ce qui est réalisé et non
humain. EUe généralisa l'instruction, la rendit pas ce qui pourra t'Être un jour.
accessible aux massée; une èM nouvelle com- La force du vent a été mise contribution pour
mença pour l'humanité. Aujourd'hui,,au moyen des la propulsion de nos navires à voiles et des ailes de
clichages au pHtre, au plomb, au carton-pâte, t la moulins, pour l'asseeheatantdos eaux. En divers en-
gatvanapiastie, on reprodtut MdéNnunent les ca- droits de la Chine, nous racontent tes voyageurs.
ractères d'impression. Lei matrices sont eties- le vent est utilisé pour la traction des brouet-
mêmes moulées et reproduites en autant d'exem- tes et des chars sur les grandes routes. L'air com-
plaires qu'on peut le désirer. primé a déjà aocompli l'œuvre immense des
L'indication des principaux moyens par lesquels percements du Mont Cents et du Gothard, et va
les hommes se sont efforcés de satisfaire lears be- bientôt aborder le Simplon. La scieace de l'aéros-
soins de toute nature est loin d'être complète. tation qui, à ses premiers débuts, excita un en-
Ainsi, noos n'avons encore rien dit des inventions thousiasmeImmense et bien légitime, n'est encore
qui ont été faites pour l'agrément purementintel- que dans la phase des études préliminaires, et il
lectuel et artistuma. On n'avait pas été sans re- ne paraît pas qu'on doive entrer de quelque temps
marquer que les boucliers frappés rendaient des encore dans la période des grandes réalisations. En
sons éclatants, et les calebasses vides des sons revanche, letéléphoneet le phonographe sont venuss
sourds. Dne peau fut tendue par hasard sur un pot récemmentnous éblouir par l'étalage de merveilles
de terre vide, et les tambourins et tarabankas se auxquelles nous Be nous attendions pas.
troufèrBnt inventes. Re bonne heure, on avait Les machines à vapeur .nous donnant la combi-
taillé des .roseaux en syriages on faisait montre naison de l'air, de l'eau et du feu comme moteurs.
de tibias humains accommodésen ûûtes. Avec une C'est par millions que se comptent maintenant les
outre pleine d'air, en manchéed'une de ces tllites, on chevaux-vapeurqui travaillentnuit et jour pour le
eut la cernemnse avec plusieurs flûtes combinant compte de l'homme, faisant tous les travaux les plus
leurs timbres divers, on eut l'orgue. On souf- rudes comme les plus délicats, mettant en œuvre
rait dans des cornes, dans des conques et grands des machines-outils, qui forent, percent, clouent.
coquillages, qui plus tard se transformèrent en liment, laminent, divisent ou assemblent, agrègent
trompettes retentissantes.Les archers avaient ob- et désagrègent, compriment, détendent, scient,
serve que, tandis que leur flèche partait en sifflant, même le fer, et rabotent, même l'acier, travail-
le boyau tordu qui leur servait de corde émettait lant nuit et jour, ne buvant que de l'eau, ne man-
des sons aigus ils eurent l'idée de tendre plusieurs geant que de la houille, devenue ainsi mille fois
de ces cordes sur une planche creuse ou sur une plus précieuse à l'humanité que l'or, dont, le cas
carapace de tortue, comme dit la légende et l'o- échéant, il serait facile de se passer, tandis que
reille se détecta désormais aux doux sons de la lyre toute notre industrie s'arrêterait incontinent si
et de la cithare. H leur prit la fantaisie de racler la houille venait à disparaltre soudain. Ce n'est
ces cordes tendues avec une autre corde tendue, pas ici le lieu d'entrer dans les divisions et sub-
celle de leur arc, et ils inventèrent le violon. Ils divisionsde cet immense sujet: machinesà vapeur
multiplièrent le nombre des cordes, les disposè- flxes ou locomobiles,à basse, a hautepression, ter-
rent suivant certaines grosseurs, certaines lon- restres, ûuviales, steamers à aubes, à héli-
gueurs, et ils obtinrent la harpe, maîtresse de ces, etc. La vapeur a révolutionné l'industrie et
plusieurs octaves. La harpe donna naissance à l'é- la locomotion; eUe.tate déjà l'agriculture sur plu-
,pinette, au clavecin, au piano moderne. sieurs points, et en plusieurs endroits elle ne
II. En classant par groupes la majorité des prin- manquera pas de la transformerprofondément dans
cipales inventions,en indiquantleur connexité, leur un avenir plus ou moins rapproché. Elle modiflo
Nhation tant&tprouvée, tantôtseulementprésumes, les conditions matérielles du travail et de l'indus-
nous n'avons ~as achevé notre tâche. Il nous reste trie aussi radicalement que la poudre a déjà change
à indiquer à quelles forces nos arts et nos indus- l'aspect politique des nations dans les deux mon-
tries ont eu recours, quels moteurs ils ont em- des. La pondre a été longtemps trop précieuse
ployés, quels perfectionnements ceui-ci leur ont pour servir à autre chose qu'à tuer les hommes
.apportés. mais à mesure que sa composition et ses proprié-
Chacun sait que l'homme n'a. d'abord employé à tés ont été étudiées et que sa théorie générale a
ses différents ouvrages que la force de ses bras, été mieux comprise, on a fabriqué des poudres
que l'adresse de ses doigts. A l'origine le travail de mine, des fulmi-cotons, des nitro-gfycérines.
était essentiellementpersonnel; mais dès que le et plus récemment des dynamites dont on se sert
groupe social se fut étendu et compliqué, les la- maintenant pour faire sauter les écueils, faire
beurs durs, fatigants ou simplement lourds et en- tomber des montagnes, ouvrir de larges voies à
nuyeux, furent réservés aux esclaves et plus tard travers les rochers.
aux serfs. Aristote ne croyait pas possible que les Les forces que la physique et la chimie ont en
pierres meulières pussent tourner seules, que les quelque sorte fait éclore grandissent à vue d'oMi
navettes pussent filer seules. Cependant on inventa à mesure que nous avançons dans leur connais-
des manèges auxquels des animaux domestiques sance, leur puissance et leur grandeur semblent
furent attelés au lieu et place des hommes les no- s'accroître. La chimie proprement~ftite a fait mer-
rias ou puits à roue furent une des premières in- veilte dans ces dernières années. L'immense con-
'ventMHss de ce genre. Ce fut un bien grand esprit sommation de combustible tMte par nos machines
que Cttlui qui imagina de faire tourner une roue a appelé l'attention sur les houilles, leur produc-
par la rivière elle-même, de manière à lui faire tion, leur constitution. Les mines de combusti-
déverser son eau dans les champs riverains,draguer ble se sont trouvées être en nteniB temps des mi-
elle-même les impuretés de son lit, ou bien encore nes de gaz, d'huilesdiverses, 4e geudrans, d'acides
mettre en mouvement le mécanisme d'un mou- désinfectants, de matières colorantes l'éclairée
lin. De là à nos turbines verticales et horizontales public et privé, le chauffage se sont perfectionnés
il y avait loin, mais le principe était trouvé, et de du coup. La fabrication des aciers a totalement
progrès en progrès on inventa la presse hydrauli- changé de face, et bientôt un excellent acier ne
quo. Aujourd'hui, on utilise en grand les chutes coûtera plus que ce que coûte aujourd'hui une
fonte médiocre. De nouveaux métaux ont été dé- provinces méridional'es d'une part par suite du'
couverts, parmi lesquels l'aluminium s'est fait im- climat, et d'autre part, dans les régions monta-
médiatement une ptace à part. Les découvertes gneuses où les eaux sont plus abondantes et plus
dans le domaine de ta science pure sont bientôt faciles à capter.
suivies par des inventions corollaires dans le do- L'irrigation a un double but. Elle sert d'abord à
maine industriel. Les recherches sur tes électro- donner aux plantes l'humidité qui leur est néces-
aimants, sur t'étectricité statique et dynamique, saire pour se développer. La plante exhale sans
ont précédé l'établissement des lignes télégraphi- cesse, mais surtout sous finnuence de la chaleur
ques, la création d'industries pour l'exploitation de, et de ta lumière, une grande quantité de vapeur
ta galvanoplastie, de la galvanographie, de la lu- d'eau. Quand le sol ne lui fournit pas cette quan-
mière électro-magnétique, pour la dorure, l'argen- tité d'eau indispensable, la plante végète miséra-
ture et la nickelure par l'électricité. L'électricité blement, elle languit et finit par mourir. Les pre-
s'est trouvée installée partout, même dans la thé- mières expériences sur la transpiration des plantes
rapeutique. Grâce à son action si rapide, si déli- sont dues à Hales; il a constaté, par l'expérience
cate et subtile, on a pu construire des appareils et par le calcul, que les chouxplantés sur un hec-
mesurant des modificationsde la température des tare de terre peuvent perdre, par transpiration,
corps, et notamment de l'air, qui eussent été insen- jusqu'à 20,000 kilog. d'eau pendant une journée
sibles aux anciens thermomètres.Tout ce qui ser- de douze heures. L~activitédes fonctionsde la plante
vait à peser, à chiffrer, à évaluer, a pris un degré dépend de la régularité de cette transpiration.
de précision qui nous semble admirable aujour- D'un autre côte, les eaux employées anx irriga-
d'hui, mais qui demain paraîtra sans doute impar- tions renferment toujours soit en suspension, soit
fait. Après tes gnomons, les clepsydres, les sa- en dissolution, une proportion notable de matières
bliers, les bougies graduées; après les horloges et utiles à la végétation. Les substances tenues en
les montres qui ont donné successivement l'heure suspension sont déposées sur le sol cultive, du
juste, les minutes, les secondes, on a voulu plus moins en grande partie, pendant qu'il est recouvert
ae précision, et nos navigateurs ont des chronomè- d'eau; quant à celles qui sont en dissolution, elles
tres qui varient & peine de quelques secondes dans sont introduites dans la terre végétale par feau
l'année, et nos astronomes ont des appareils qui qui y pêr.btre. It en résulte que, tout en se gardant
mesurent un espace de temps aussi court que le des exagérations par lesquelles on a dit quelque-
millième d'une seconde; ils ont des plaques pho- fois que l'irrigation équivaut s une bonne fumure,
tographiques sur lesquelles se dessinent et, au on peut considérer certaines eaux d'irrigation
besoin, se gravent les paysages de laLune, la con- comme pouvant fournir à la terre une proportion
jonction du Soleil et de Vénus. Par l'analyse des notable des principesque la fumure lui apporterait.
rayons qu'ils recueillent dans leurs télescopes, Cela est vrai surtout quand il s'agit des irrigations
ils discernent quels sont les métaux, quels sont faites avec les eaux d'égout et certaines eaux pro-
les éléments qui constituent une étoile lointaine. venant des usines et chargées de matières nom-
Et la raison de tous ces progrès rapides qui ont breuses qui enrichissent le sot, tandis que ces
été accomplis dans ces derniers temps, c'est que eaux, dirigées immédiatement sur les rivières, ne
la géométrie devient le grand instrument d'inves- pourraient que les polluer et détruire le poisson
tigation. Bon gré mal gré, notre esprit se plie à la qu'elles renferment.
méthode mathématique, et l'on commence à com- Les eaux employées à l'irrigation ont des origi-
prendre qu'il n'y a d'invention féconde que celle nes diverses. Mais on peut les placer dans quatre

tRt.AKDE. – V. Anglelerre.
[Elie Reclus.] f
qui est précédée d'une étude patiente et d'une catégories
observation consciencieuse. Les eaux de source ou de ruisseau. Le pro-
priétaire du sol a le droit de capter les sources qui
IRRK1ATIONS.–Agriculture,JV. Les irriga- sortent de terre sur son fonds, et de les employer
tions constituent des opérations qui ont pour but à sa convenance. Il peut donc les employer a des
de répandre méthodiquement sur les terres culti- irrigations. H en est de même des eaux des ruis-
vées une certaine quantité d'eau, afin de donner seaux qui traversent les propriétés, mais on est
aux plantes l'humidité qui leur est nécessaire pour obligé de les rendre à la sortie de celles-ci.
croltre et se développer. 2° Les eaux de rivière arrosant les terrains sub-
La nécessité de l'eau pour la végétation n'a pas mersibles. Sur les bords de la plupart des rivières,
besoin d'être démontrée. Que l'on seme des graines surtout dans les pays de plaines, les terres du
dans un sol absolument sec, elles n'y germeront fond de la vallée sont souvent couvertes par les
pas; qu'un champ ne reçoive aucune goutte d'eau eaux quand le niveau monte et surtout quand il y
pendant la période de la végétation, et il ne donnera a des débordements. C'est là une irrigation natu-
aucune récolte. D'un autre côté, l'excès d'humidité relle, mais souvent il est difficile de se débarrasser
est nuisible à la végétation; quand les pluies sont de l'excès d'eau qui peut être nuisible.
trop abondantes, les plantes ne poussent pas. Il 3" Les eaux des canaux. Le périmètre des terres
en est de même dans les terres naturellementsa- qui peuvent être arrosées par les eaux d'une ri-
turées d'eau, soit par leur situation, soit à raison vière est très limité. Le cours de celle-ci va tou-
de la nature de leur sous-sol. On peut voir au mot jours en descendant,de sorte qu'on ne pourrait
Drainage les opérations par lesquelles on se dé- utiliser la plus grande partie de sqs eaux qu'en les
barrasse, dans beaucoup de cas, de l'excès d'e'au. élevant artificiellement Pour parer à cet inconvé-
Il était naturel que la pratique de l'irrigation nient, on construit des canaux d'irrigation. Un
prit d'abord de l'extension dans les climats secs et canal d'irrigation est une rivière artificielle qui dé-
chauds où l'eau manque trop souvent. La plus rive les eaux d'un point déterminé,et dont le tracé
haute antiquité nous a laissé le souvenir et les est creusé avec une faible pente en s'écartant de la
traces des irrigations faites par les peuples de rivière d'où il part, et en suivant la ligne de faite
l'Orient, les Assyriens, les Arabes, etc. De là, les des terres à irriguer.Il lui faut souvent contourner
travaux d'irrigation se sont répandus d'abord en des obstacles, traverser des bas-fonds sur des
Grèce et en Italie, puis en Espagne surtout au remblais ou même des aqueducs, de manière à
moment de la conquête par les Maures. Peu à peu, embrasser le périmètre le plus étendu qu'il est
ils ont été pratiqués dans les autres parties de possible d'atteindre. Parfois il revient, sur un point
l'Europe, plus ou moins, suivant les nécessités du plus bas, à la rivière d'où il part; d'autres fois, il
climat, des diverses cultures, etc. En ce qui con- déverse dans une autre rivière l'ex.cédantde ses
cerne particulièrement la France, les travaux d'ir- eaux qui n'a pas été utilisé. Les canaux d'arrosage
rigation ont été principalement exécutés, dans les sont donc des entreprises considérables le plus
aonvent ils sont exécutes par l'État ou par des pendant longtemps, et elle t'y dépouille des subs
compagmte. concessionnaires; ce n'est que dans tances qu'elle peut renfermer. Quant aux irriga-
de rares circonstancM qu'ils peuvent être faits par tions d'été, elles agissent surtout physiquement
des particuliers. elles fournissent aux plantes rénorme quantité
Les eaux des canaux de navigation sont parfois d'eau nécessaire it leur évaporatton, et elles en ac-
utilisées, sur leur parcours, poar des travaux d'ir- tivent la végétation.
rigation. Pra~tOMe des trrt~a~MM. Après ces indica-
40 Les eaux élevées artificiellement. L'ean. des tions sur tes manières de se procurer l'eau et sur
puits peut être employée pour les irrigations. Il les diverses sortes d'irrigations, il faut insista
faut avoir recours, dans ce cas, à des machines sur la pratique des irrigations, d'abord pour les
élévatoires. Aujourd'hui, dans un certain nombre terres arables, puis pour les prairies.
de grandes exploitations, on emploie, à cet effet, Il convient d abord d'indiquer la quantité d'eau
des pompes puissantes mues par de grandes ma- nécessairepour les irrigations, suivant les circon-
chines à vapeur. Mais le plus souvent on élève stances. Dans le midi, il est admis comme une
l'eau avec une noria mise en mouvement par un règle que la quantité d'eau nécessaire à un hec-
manège à chevaux ou à mules. La noria est une tare, pour une irrigation d'été complète, doit cor-
machine dont l'origine remonte à l'antiquité; elle respondreà un litre par seconde pendant la saison
consiste en une grande roue placée au-dessus du des arrosages, c'est-à-dire pendant les six mois
puits, sur laquelle s'enroule une longue corde ou d'avril à septembre inclusivement; c'est donc une
chalne qui descend dans celui-ci; sur cette chaîne quantité totale de 15 550 mètres cubes d'eau en-
sont nxés des vases en terre qui se remplissent au viron qu'un hectare doit recevoir. C'est sur cette
fond du puits et déversent en haut leur contenu, règle que sont nxées les concessions d'eau faites
<n tournant sur la roue, dans une rigole qui aboutit aux canaux d'irrigation et que sont déterminés les
à un réservoir. L'antique noria a été perfectionnée périmètres que ces canaux peuvent arroser. Mais
aujour-
par les constructeursmodernes, et il y en aemploie, cette quantitétotale d'eau n'est pas donnée en unn
d'huid'excellents modèles.D'autresfois. on seule fois ni d'une manière continue. Elle est ré-
pour l'élévation artificielle des eaux, des turbines, partie sur la surface en un nombre d'arrosages
4es roues hydrauliques, des vis d'Archimède, etc. plus ou moins considérable, à intervalles plus ou
Les machines élévatoires peuvent aussi servir à moins longs, suivant la nature des cultures, les
élever l'eau des rivières, pour ramener sur les règles locales et les usages, etc. Pour régier cha-
terres hautes. que arrosage, on se sert, sur les rigoles de répar-
Enfin à cette catégorie appartiennentencore les tition de l'eau, de vannes d'un débit déterminé,
irrigations faites avec les eaux des puits artésiens. que l'on ouvre pendant un temps qui varie sui-
Ces eaux sont recueillies dans des réservoirs ana- vant la quantité d'eau qu'il s'agit de donner à la
logues à ceux adoptés pour emmàgasiner les eaux terre. Quant aux irrigations d'hiver, tes quantités
de source, et elles sont réparties sur les terres sui- deau qui y sont employées sont beaucoup plus
vant tes' besoins de la culture. considérables; les exemples sont nombreux où,
Dans les régions méridionales, les irrigations pendant les mois d'hiver, on donne au sol plus do
sont appliquées au plus grand nombre des cultures. 50 litres d'eau par seconde et par hectare; la pro-
Elles sont adoptées pour les céréales, tes cultures portion atteint même parfois 150 litres.
arbustives, les légumineuses, les plantes potagè- Il est certain que la quantité d'eau à employer
res, comme pour les prairies naturelles ou arti- doit varier, d'une manière générale, suivant k's
ficielles. Dans le centre de la France, au contraire, climats, la nature du sol et tes plantes que l'on
sauf quelques cas particuliers où on les emploiedans cultive. EUe dépend beaucoup des circonstances.
les cultures potagères, les irrigations sont presque Dans les cultures potagères, on va souvent jus-
exclusivement réservées aux prairies naturelles.Et qu'au double et même au triple des quantités qui
même, dans le midi, ce n'est souvent qu'à titre viennent d'être indiquées; on a même cité des
exceptionnel que les irrigations sont faites sur les exemples où il a été employé des quantités encore
céréales et les cultures arbustives, dans les an- plus considérables.
nées particulièrement sèches elles sont presque Quelquefois, on n'a qu'une faible quantité d'eau
toujours réservées aux plantes potagères et fourra- à sa disposition. Dans ces circonstances, on la ré-
gères. Il en résulte que, le plus souvent, quand on partit au mieux des intérêts des cultures, d'a-
parle d'irrigation, on s'occupe des irrigations des près la saison, la nature des terres, leur perméa-
nrairies. bilité et les autres conditions particulières.
Le terme générique d'irrigations est réservé à Le sol doit être aménagé d'une manière spéciale
l'ensemble de l'opération. On désigne sous le nom pour les irrigations. Les travaux préliminaires va-
d'arrosage l'opération partielle qui consiste à faire rient suivant la disposition du sot ils ne seront
couler l'eau sur le sol pendant un temps déterminé. pas les mêmes s'il est à peu près plan, ou s'il est
Ainsi, si, pendant une saison, on couvre deux ou en pente assez prononcée.
trois fois une prairie d'eau, on dit que l'irrigation Wt~at'o?! des terres cultivées. Les méthodes
de cette prairie comporte deux ou trois arrosages. d'irrigation des terres arables sont assez nombreu-
Suivant la saison dans laquelle les irrigations ses, mais elles peuvent être ramenées s trois ou
sont faites, on distingue entre les irrigations d'été quatre types principaux qui, dans la pratique, sont
et les irrigations d'hiver. Les irrigations d'été se assez souvent combinés ensemble.
font du 1" avril au 30 septembre quant aux irri- 1o Irrigation par déversement. On entoure le
gations d'hiver, elles se pratiquent depuis la fin du champ (dans ce qui va suivre, nous supposerons
mois d'octobre jusqu'au printemps. Dans quelques toujours qu'il s'agit d'un champ unique, ce qui est
pays, on emploie ces deux modes d'irrigation si- dit d'un champ pouvant s'appliquer à un ensem-
multanément. C'est ainsi que, dans le Limousin ble de cultures) par des rigoles communiquant à
par exemple, les prairies sont arrosées pendant leur point le plus élevé avec le canal ou le fossé
l'hiver et au printemps, puis pendant l'été, après d'amenée de 1 eau. La rigole de la partie inférieure
la fauchaison, pour activer la pousse des regains. est dite rigole de colature elle sert a l'évacuation
Ailleurs, au contraire, les irrigations sont exclusi- des eaux excédantes après l'irrigation. Pour arro-
vement des irrigations d'été. Dans la Provence, les ser, on dirige, à l'aide de vannes mobiles ou de
canaux d'arrosage chôment a partir du 1" octobre, pierres, l'eau dans une des rigoles, et on en ferme
et ils ne donnentl'eau qu'après le l*avril. D'une l'extrémité avec une vanne ou par un bourrelet en
manière générale, les irrigationsd'hiver sont sur- terre. L'eau, montant rapidement dans cette rigole,
tout des irrigations fertilisantes;l'eau couvre le sol se déverse quand son niveau a atteint le bord de
celle-ci, et elle se répand en nappe dans le champ. 7t'rt~<!<t0t! des p)'at'e~. Quand les prairies
Une grande partie est absorbée par la terre, avant font f partie d'une exploitation str laquelle les irri-
d'arriver à la rigole de colature ou d'asséchement gations d'été sontl'une pratiquées, elles peuvent être
à la partie inférieure. L'eau en excès s'échappe par arrosées 1
suivant des méthodes qui viennent
celle-ci. d'être indiquées. Mais quand on établit des irriga-
Pour que l'irrigation par déversement fonctionne tions spécialeslepour dans les prairies, comme c'est le
régulièrement, il importe que le champ n'ait plus souvent cas une grande partie de la
qu'une faible déclivité, et en outre que le bord de
France,
d'hiver, à
on a recours,
des méthodes
surtout
spéciales.
pour tes irrigations
la rigole d'arrosage soit bien horizontal, pour que
l'eau ne s'écoule pas plus sur un point que sur Le plus souvent, pour l'arrosage spécial des prai-
ries,
l'autre; on obtient cette horizontalité, au besoin, de ruisseaux, les eaux dont on peut disposer sont des eaux
de terre de torrents et surtout de sources.
par quelques remblais faits avec un peu
rapportée. Il est inutile d'insister sur la nécessité C'est au propriétaire ou à l'exploitant à les amé-
d'aplanir, avant l'arrosage, le sol, pour que l'eau nager pourréservoirs en tirer le plus grand profit. A cet
effet, des sont construits à la partie
ne s'arrête ni ne séjourne dans des parties for- supérieure des terres, et des rigoles ou canaux
mant vallon. U y a en outre, quand le sol est sa-
blonneux, à veiller à ce que le déversement de partent- de ce réservoir pour amener l'eau aux
l'eau ne se fasse pas avec une trop grande rapidité prairiesqui à arroser. Ces rigoles sont fermées par des
tl se produirait,dans ce cas, des ravinements qu'ilil bondes permettent de prendre au réservoir la
quantité d'eau qui est nécessaire. Des agriculteurs
est essentiel d'éviter. même, avoir de sources.
La même méthode peut être appliquée de ma- intelligents savent sans
créant des réservoirs et
nière a arroser un champ par parties. On sépare se procurer de l'eaudesen fossés les pluviales
alors celles-ci par de petits bourrelets, et on leur en y amenant par supérieurs.
eaux
Ailleurs,
distribue successivement l'eau, d'après les règles provenant des fonds on em-
qui viennent d'être indiquées. magasine dans le même but des eaux provenant
Quand on n'a a sa disposition qu'une quanttté des terres drainées. L'eau étant procurée, d'une
d'eau limitée, on arrête le déversement lorsque manière ou d'une autre, et étant amenée par un
l'eau a couvert les trois quarts ou les quatre cin- fossé à la partie supérieure d'une prairie, nous
quièmes du champ; la partie inférieure s'arrose allons indiquerl'y quelles sontles différentesméthodes
par approche et par imbibition, et il ne s'échappe adoptées pour distribuer avantageusement.Cette
qu'une très faible quantité d'eau dans la rigole de 1° Irrigations par les rigoles de niveau.
colature. méthode s'applique surtout aux prairies en pente.
2° Irrigation par submersion. Cette méthode Elle consiste à faire dans la prairie, transversale-
ressemble à la précédente par la disposition géné- ment à la pente, une série delerigoles tracées de
rale des rigoles d'arrosage. Mais le champ est en- manière à conserver toujours même niveau, et
touré, en outre, par des bourrelets qui retiennent suivant les sinuosités du terrain. Lorsque l'eau
l'eau. Celle-ci est ainsi retenue à la surface, et remplit une de ces rigoles, elle se déverse par son
elle y demeure pendant un certain temps. Quand bord inférieur et se répand en nappe sur l'herbe
aval, jusque qu'elle atteigne la rigole infé-
on juge que la submersion est suffisamment pro- en
rieure, qui forme
ce
nouvelle qu'elle dé-
longée, on pratique une saignée dans le bourrelet une
ainsi da
nappe
suite jusqu'au bas df
à la partie basse du champ, et l'eau qui n'a pas été verse en dessous, et
absorbée par le sol s'écoule dans la rigole de co- la prairie. Sur ces artères principales s'embran-
lature. chent de petites rigoles qui se dirigent à droite et
Cette manière de faire évite quelques-uns des à gauche, sans issue, de manière à faciliter la for-
détails de la méthode précédente mais elle peut mation des nappes.
eHrir des inconvénients au point de vue des fonc- Par cette méthode, les diverses parties de la
tions des plantes qu'on maintient complètement prairie sont arrosées successivement, et l'eau en
déposer sur les excédants'échappe par un canal de colature, où elle
sous l'eau, et du limon qui peut sechargées. peut être employée pour arroser une autre prairie.
jeuilles, lorsque les eaux en sont
3° Irrigation par raies. Elle consiste à diviser Pour égoutter la prairie, quand le sol n'est pas
le champ en sillons larges ou planches de 1 mè- suffisamment perméable, on pratique quelques
saignées dans les rigoles secondaires, et elles se
tre à )"50 de largeur, dirigées à peu près dans
le sens de la plus grande pente, et à tracer lavident assez facilement. surveillance de
rigole principale d'arrosage perpendiculairement Ce système demande une grande maintenir l'eau à un
à ces raies, à la partie supérieure du champ. L'eau1la part convenable de l'irrigateur, pour
dans les rigoles, pour l'empe-
est dirigée de la rigole dans ces raies, et elle yL niveau dans les vallonnements du sol,
séjourne un certain temps. Elle pénètre dans la cher de séjourner
terre des planches par infiltration ou fait imbibition. et pour couvrir d'une manière à peu près uniforme
Quand on juge celle-ci suffisante, on écouler toutes les parties de la prairie.
l'excédant de l'eau dans une rigole de colature. 2" Irrigations par razes ou par rigoles rectilignes
Ce système est celui qui est le plus fréquem- inclinées. Ce système diffère du précédent en
ment adopté pour les irrigations des céréales, des ce que, pour las'astreint construction des rigoles de distri-
cultures maraîchères ou potagères, des jardins. L
11 bution, on ne pas à suivre les lignes de
donné presque toujours d excellents résultats, et 1niveau.
il Elles sont prises sur les rigolos princi-
présente l'avantage d'éviter l'action directe de l'eaut pales qui suivent les lignes de plus grande pente,
ligne droite, plus larges
sur les tiges et les organes foliacés de plantes sou- et elles s'en écartent en
vent délicates. à leur commencement qu'à leur extrémité. Au bas
Dans tous ces systèmes, un point sur lequel il1 de la prairie, comme précédemment, sont tracées
faut insister, c'est qu'il est indispensable d'assurerr les rigoles système, l'eau
de colature.
l'écoulement régulier des eaux après l'arrosage. Dans ce court dans les rigoles
Autant la pratique des irrigations est utile quandavec une assez grande rapidité; c'est pourquoi on
système de rigo-
elle est bien organisée, autant elle peut devenirr lui donne quelquefois le nom
Quant
de
la répartition des
dangereuse quand l'excès des eaux ne s'écoule pass les à eau courante. à
et reste sur le sol. 11 faut que celui-ci se ressuiei rigoles de distribution et des rigoles d'arrosage,
rapidement; autrement les plantes cultivées pour- elle peut varier dans des proportions très grandes
rissent ou végètent mal, et elles sont remplacées} suivant la configuration du terrain, la pente, etc.
3° Irrigations par planches ados. C'est la
par de mauvaises herbes qui aiment les eaux sta- méthode généralement adoptée
en
pour les prairies
gnantes.
en terrain ptxt ou dont l'inclinaison n'atteint pass Il est, en enet, absolument nécessaire, pour
5 t
cent. pour ) mttre. maintenir et accroltre la production des prairies
Le canal d'amenée de t'eau longeant un dess arrosées, de leur donner des engrais
côtés de la prairie, celle-ci est divisée en planchess grande abondance. Plus la vie végétale est en assez
bombées plus ou moins larges; le ptns souvent laa et plus elle enlève au sol de principes utiles. active,
largeur des planches est de 8 mètres elle estt eaux d'arrosage ne peuvent, le plus souvent, Les
quelquefois de 12 mètres, et elle atteint parfois slui que
en rendre une faible portion. Le rôle de la
20 mètres. Le relief de ces ptanches est, en géné- fumure est de combler cette tacMte. La loi de la
rât, de 20 cent. pour les planches étroites; il peutt restitution générale en agriculture, et eUe
atteindre 50 cent. penr tes planches tes plus5 trouve aussiest bien son application dans les cuItuMs
larges. Un canal de distribution de l'eau est tracé irriguée* que tans toutes les autre*.
sur la ligne de faite de chaque planche. Lorsque L'augmentation de production des terres imgnées
ce canal est rempli, l'eau se déverse à droite et à amène natwellement mt aecroisaement propor-
gauche, pour atteindre des rigoles de colatnre9 tienne! dans leur valeur locative MMi bien que
creusées entre tes planches. Ces rigoles de cola- dans leur valeur vénaie. L'application des irriga-
i
ture aboutissent toutes à un fossé de colatnre qui tions sur des terres snfnt toujours pour en doubler
court à la partie inférieure de la prairie. Quand1 et en tripler la valeur, souvent pour la quintupler,
on veut faire des arrosagts abondants, on ferme et parfois même pour la décupler. Les exemples
t extrémité des rigoles de eolature, de manière à de cette plus-value multiples, et ib se ren-
maintenirpendant le temps nécessaire t'eam surr contrent presque toussont les jours. C'est surtout dans
les planches. le midi qu'ils sont frappants; dans ta PMvence,
i
Ce système est particulièrementavaDtagMmdans par exemple, les terres soumises à l'irrigation
les sels argileux et de nature de glaise, parce dix fois la valeur des terres arrosées
ont
c'est
qu'il assure l'égouttement régulier de toate l'eau que, sous ce climat si sec, les non
t premières donnent
qui n'est pas absorbée par le sot. Le renouvelle- d admirables récoltes, tandis tes secondes
que
t.Il
ment de t'eau est d'ailleurs rapide et complet, et donnent presque rien.
il n'y a jamais danger de stagnation ni de ses multi-
ne
n'est P" étemnamt qu'en présence de: ces
ples inconvénients.C'est le système qui a été adopté5faits, t eau employée aux irrigations ait parfois une
dans tes célèbres prairies du Milanais soumises) valeur vénale considérable. Les compagnies pro-
aux irrigations d'hiver coimbes soua le nom de prietaires des canauï d~arrosage, dans les départe-
marcites. ments méridionaux, font souvent payer l'eau très
4' Irrigations en terrasses. Sur les coteaux cher. Néanmoins les cultivateurs la recherchent
rapides, on dispose parfois le sol en terrasses
successives soutenues par dew murs en pierresavec
atdenr, et on demande de tous cotés la
création de nouveaux canaux. C'est là, en effet,
sèches. Pour arroser ces terrasses, en crée des une oeuvre de la plus haute atitité,
rigoles de distribution d'eau à la partie supé- 1au point non seulement
d* vue de la prodMtion agricole, mais au
rieure, et des rigoles de cotatmre à la partie infé- point
] de vue plu étevé d)t développement de la
rieure; l'irrigation se fait alors par diversement, richesse
] génémte da pays.
comme it a été dit plus haut. Y'vty<t<toa< awc les eaua industrielles. Jus-
Quelle que soit la méthode d'irrigation adoptée, qu'ici
< il n'a été parlé que des irrigationsfaites avec
elle exige, comme on t'a vu, doa travaux impor- 1les eaux ntttnreites. Dans certaines circonstances
tants erensement de foesés et d& rigoles, terras- spéciales,
< on peut se servir avec avantage des eaux
sements parfois considérables, etc. En outre, il {provenant de certaines usines, et qui sont chargées
est de la plus haute importance que les fossés et tde substances pouvant être particntièrement
les rigoles soient toujours en bon état d'entretien; pices à la végétation. pro-
{
que leurs bords soient protégés contre l'érosion de C'est ainsi que let eaux provenant des féculeries,
l'eau, qu'ils eoient refaits en cas de détérioration ddes distilleries, des suerenet. les eam de lavage
par un courant trop violent; que tes rigoles soient des d laines dans tes fabriques de drap, etc., peuvent
périodiquement débarrassées des dépôts limoneux être 6 employées im~tims avec un grand
qui pourraient finir par les obstruer. Tous ces tra- ppront. Ces eaux, aux quand elles sont dirigées dans
vaux exigent des dépenses, mais ces dépenses sont tles rivières, les poUaent, tandis que, dirigée* sur
largementrécupérée* par le produltdesirrigations. liles prairies, eNes en accroissent notablement la
Ë~e<< des irrigations.
– Le premier effet des production.
irrigations est d'txgmenter, dans des proportions p Dans la plupart dep cas, les résMua des usines
très eonsidéraMes, le produit de la terre. A ddoivent, pour produire uh effet utile, être étendus
quelque culture que l'on applique têt arrosages, dd'une grande quantité d'eau. En effet, si
les effets sont toujours les meoMt; mais Ils sont ssont trop chargées de certains sets, ces eaux
ceux-ci
surtout manifestes pour les cuttnrea m<trth:hëres et aavoir une influence néfaste sur la végétation. peuvent
En
pour tes prairies, outre,
o il est important de les employer sur des
En ce qui concerne tes cultures nMratchëres, terres t( suffisamment perméables pour les absorber
l'emploi de l'eau permet, dans te midi. d'obtenir, sans s. que la surface retienne un excès nuisible de
dans )a même année, une successionininterrompue sels contenus dans ces eattx.
de récoltes sur un sol qui n'en porterait aucune s< Irrigation.
avec les Mtu: <f<yo«<. Les
s'il n'était pas arrosé.. dd'égout sont un des néaux des grandes vitiés.eaux qui
Quant aux prairies, tes irrigations d'Mver ont n, ne peuvent s'en débarrasserqu'en tes rejetant dans
pour résuttat d'assurer une fauchaison abondante, le tes rivières voisines, au grand détriment de la sa-
9t de mettre la production fourragère absolument lubrité lu publique. Des expériences nombreuses
à l'abri des sécheresses qui, au printemps, cm- fa faites en Angleterre, en Italie et en France, ont
pèchent souvent la pousse de l'herbe. Ces mêmes démontré d. qne le meilleur système pour utiliser le~
prairies, arrosées après la premièrecoupe, donnent eaux el d'égout et les épurer, sans perdre les prin-
un regain très abondant, et, H la saison est pro- ci cipes fertilisants qu'elles réarment en grandet
pice, elles peuvent encore fournir une troisième et quantités,
ql est de tes employer à des irrigations.
une quatrième coupe. Dans le midi, sous la L'eau des égouts nitre travers le sol qu'elle
double influencede la chaleur, d'irrigationsabon- at arrose, et elle s'y débarrasse de ses impuretés
dantes, et aussi de fumures copieuses, les prairies pourp( en sortir à l'état de limpidité complète. C'est
peuvent donner plus de t0,60~ kilog. de fourrage ce qui ressort des expériences faites
sec par an, et les luzernes atteignent un produit de par la ville
de Paris dans la presqu'tle de Gennevilliers. Les
qui dépasse quelquefois 15 000 kilog. irrigations par les eaux d'égout y ont donné les
iri
plus remarquables résultats, tant pour la produc- phylloxéra*.La submersion des vignes se fait à
tion fourragère que pour les cultures maraîchères. l'automne, après les vendanges, ou au commence-
Malheureusement, il est difficile de trouver des ment de l'hiver. Elle doit durer au moins de trente
surfaces assez considérables pour utiliser de cette à quarante-cinq jours, et le vignoble doit être
manière la quantité énorme d'eaux d'égout que complètement maintenu sous l'eau, depuis le com-
produisent les grandes villes. mencement de l'opération jusqu'à la nn.
On a parfois émis des craintes relativement L'efficacité de la submersion est aujourd'hui
à la qualité des produits venus dans des champs démontrée par une pratique de près de dix
arrosés avec des eaux d'égout. Les faits ont dé- Mais il est nécessaire que le sous-sol ne soitans. pas
montré que ces craintes étaient chimériques les perméable à l'excès dans ce cas, l'eau ne pourrait
légumes et les fourrages qu'ils produisent ne pré- pas être maintenue d'une manière assez complète
sentent aucune différence avec ceux venus dans les sur la vigne. Cette pratique a trouvé des applica-
conditions ordinaires. tions assez nombreuses dans le Midi et dans le Bor-
Dessèchements. Les travaux d'irrigation se delais.
trouvent parfois liés à des travaux d'assaioisse- Des fumures dans les ~t't-M irriguées. C'est
ment ou de desséchement de terrains marécageux une idée assez généralementrépandue que l'irriga-
ou même complètement inondés. Quand ces ter- tion peut dispenser de l'emploi des engrais. C'est
rains occupent de vastes surfaces, il y a lieu, pour une erreur contre laquelle on doit réagir, quand
les dessécher, de se livrer à de grands travaux il s'agit d'irrigations faites des eaux qui ne
qu'il est impossible d'indiquer ici. Mais quand ils sont pas chargées de matièresavec fertilisantes.
sont limités à des portions de domaines, aux rives En effet, l'irrigation a pour effet d'activer la
d'un petit cours d'eau, l'exploitant ou le proprié- puissance de la végétation et d'augmenterla quan-
taire peuvent les entreprendre assez facilement. tité des produitsrécoltés. Sous cette influence, les
Souvent, s'il s'agit de terres rendues maréca- plantes empruntent au sol une plus grande quan-
geuses par le passage d'un ruisseau, il suffira de tité de principes utiles. Il y a donc appauvrisse-
creuser un peu le lit de celui-ci, et de le resserrer ment de celui-ci, et cet appauvrissementn'est que
par des remblais peu élevés sur chaque rive, pour faiblement compensé par ce que l'eau apporte,
ressuyer les terres voisines. Mais quand il s'agit surtout dans les irrigations d'été. Il donc in-
de terres rendues marécageuses par des sources, dispensable de faire au sol, par desest engrais, la
il faut creuser des rigoles et des fossés pour donner restitution nécessaire pour qu'il puisse donner de
issue aux eaux par de véritables ruisseaux créés de nouvelles récoltes. [Henry Sagnier.]
main d'homme. Le drainage peut aussi rendre ISLANDE. V. Scandinaves (f~s).
des services dans de semblables circonstances. tSKAEL'TES. – Histoire générale, IV.
Mais, dans tous les cas, il est essentiel de donner L'histoire des Israélites est surtout celle de leurs
un écoulement facile à l'eau. idées morales et religieuses. Manifestées d'abord
A ces travaux se rattachent ceux du dessalage dans un petit pays de l'Orient, sein d'une fa-
des terres conquises sur la mer ou voisines de mille de pasteurs nomades, ces au idées sont, après
celle-ci. Quand le sol est de nature assez com- bien des crises, devenues celles d'un peuple, puis
pacte, deux ou trois irrigations suffisent souvent se sont répandues dans l'humanité Pour les
com-
pour le dessaler pour toujours. Mais il n'en est prendre dans leur développement primitif, il faut
pas de même pour les sols perméables, ou à sous-sol donc étudier le milieu où elles se sont produites,
perméable, comme il en existe beaucoup sur les les circonstances qui les ont contrariées et le peu-
bords de la Méditerranée, notamment dans la Ca- ple qui s'en est fait le propagateur. Nous
verrons
margue. Dans ce cas, l'eau salée renferméedans le ce peuple naître, grandir et disparaître politique-
sous-sol tend à remonter, par capillarité, pour rem- ment mais ses idées lui survivent et deviennent
placer l'eau des couches superficielles, au fur et à le patrimoine de l'humanité.
mesure qu'elle s'évapore. Le sel remonte en même GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE. La Palestine, où
temps, et forme à la surface des efflorescences ont vécu les Israélites, a été le berceau da nos re-
faciles à reconnaître. On ne peut dans ces natures ligions européennes elle porte différents
de terre, du moins jusqu'ici, que se débarrasser qui résument toute son histoire noms
Terre de Canaan,
temporairementde cette salure, par de fortes irri- Terre Promise, Terre a!ra<K, Terre Sainte, -/Mo~.
gations d'hiver. Située sur le bord oriental de la Méditerranée,
Colmatage. On désigne sous ce nom une elle avait limites au nord la Phénicie, le
opération qui a pour but de former sur un terrain Liban et lepour territoire de Damas; à l'est, elle s'é-
naturellementstérile une couche de terre suscep- tendait jusqu'au désert, et, au sud, sa frontière
tible d'être soumise à la culture et de donner des tait de la par-
Morte et suivait le torrent d'Egypte
produits. Cette pratique, originaire d'Italie, a jusqu'à la mer Méditerranée.
donné, dans diverses circonstances, en France, La Palestine est un pays de montagnes. Le Liban
d'excellents résultats. Elle consiste à amener sur ou Mont Blanc forme deux chaînes principales,
ces terrains, à l'aide de canaux spéciaux, les eaux le Liban proprement dit, et l'/<M<:<:<)tM qui péné-
limoneuses des rivières, et à les y faire séjourner trait seul dans la terre d'Israël et dont les princi-
pendant quelque temps, pour qu'elles y déposent paux sommets sont: le N~o, où mourut Moise; le
la plus grande partie de leur limon. Les terres à Thabor, célèbre e
par la victoire de la prophétesse
colmater sont entourées de digues, de manière à Déborah et, selon saint Jérôme,
retenir les eaux. Quand l'action de celles-ci est tion de Jésus le Carmel, renommé par la transfigura-
achevée, on les fait évacuer, avec une faible vitesse, et aussi par sa fertilité
par la retraite qu'y fit le prophète Elie;
par la partie la plus basse le Gelboë, où périrent Saut et ses fils; enfin les
Le meilleur moment pour employer les eaux au monts Sion et ~Kbt'iaA et la Montagne 6~ Oliviers,
colmatage est celui des grandes crues, car c'est compris dans l'enceinte même de Jérusalem.
alors que les eaux renferment la plus grande pro- Entre coule le Jourdain, seul
portion de matières limoneuses. La rapidité avec fleuve duces montagnes qui prend sa source au nord dans
laquelle le colmatage se fait dépend de la nature la pays,
de Panéas, traverse les lacs de Mérom et
des eaux, ainsi que des proportions de limon qu'el- de grotte
2:~M<~?, et se jette dans la Mer Morte. Cette
les renferment.
Submersion des vignes. mer, appelée aussi Lac Asphaltite, était autrefois
La dernière applica- une riante vallée où se trouvaient les villes de
tion des eaux dont nous ayons à parler est leur Sodome et de GomorrAe, détruites à l'époque
emploi à la submersion des vignes, suivant le pro- braham. d'A-
cédé imaginé par M. Faucon pour détruire le La fertilité de la Palestine était très grande;
dans ses plaines arrosées par la fonte des neiges nivers il y maintient l'ordre et le bien. L'espèce
et tes pluies du printempset de l'automne, les cé- humaine est son œuvre de prédilection; faite a l'i-
roalos et tes fruits croissaient en abondance. Les mage divine, elle a le devoir et le droit de remplir
pâturages et tes bestiaux y étaient nombreux le et de dompter la terre. Pendant la création qui,
1 ait et le miel y coulaient,dit la Bible dans son suivant les traditionshébraïques,a duré six pério-
langage figuré. des, Dieu lui-même a travaillé à son imitation,
ANCIENS HABITANTS. La Palestine était habitée, l'homme doit travailler six jours et se reposer le
déj& avant l'arrivée des Israélites, par des peuples septième, comme signe de sa haute dignité.
restés célèbres. Au nord, tes Phéniciens, les plus Les Israélites croyaient aussi par tradition à l'u-
grands commerçants de l'antiquité, les inventeurs nité des hommes, à la sainteté du mariage et de la
de l'alphabet; leur capitale fut d'abord Sidon et vie humaine, à la liberté et à la responsabilité.
ensuite Tyr. Au nord-est, tes Syriens, qui avaient ~am, c'est-à-dire la terre, le sol, et Eve, c'est-à-
pour capitale Damas. Au sud les PAt~Mttn:, les dire la vie, sont nos premiers parents à tous. Eve
Moabites, les Madianites, les Iduméens, tes ~m- est de la même chair qu'Adam, c'est-à-dire son
m~itM et enfin les ~moMtt~, ennemis hérédi- égale, son épouse. Libres d'obéir ou de désobéir à
taires des Hébreux.Les habitants primitifs du pays, Dieu, sauf à être récompensés ou punis, ils ont,
les Rephaim, d'une taille gigantesque et d'un as- par leur faute, perdu, pour eux et leurs descen-
pect terrible, étaient établis sur les deux rives du dants, le bonheur dont ils jouissaient; leur fils,
Jourdain. Ils avaient été subjugués, déjà avant l'é- Ca:tt. meurtrier de son frère Abel, a été poursuivi
poque d'Abraham, par tes Cananéens, émigrés des par la justice divine et n'a plus trouvé desiècles, repo&
environs du golfe Persique, et par tes Philistins, nulle part. De même, après plusieurs
venus de Crète. Les Cananéens étaient divisés en quand un déluge universel est venu désoler la terre~
plusieurs tribus, contre lesquelles les Israélites c'était en punition de la perversité générale. Noé,
eurent surtout à lutter. le seul juste de son temps, échappe au fléau, et ce
RELIGIONS CANANÉENNES. Comme les grands sont ses descendants, issus de ses trois fils, Sem,
peuples de la Haute-Asie et de l'Egypte, les po Cham et Japhet, qui repeuplent le monde. Une cu-
pulations palestiniennes étaient idolâtres. Les rieuse table de leurs migrations, conservée par les
de la Israélites, semblait le témoignage que, malgré la
astres étaient leurs divinités préférées. Dieux
vio et du plaisir, le Soleil (Ba~, Adonis, c'est-à- dispersion des hommes et la diversité des langues,
dire le JMaHre) et la Lune (Baala, .~<oW<, c'est-à- les peuples ont une origine commune.être arrivés.
dire la Maitresse, la Reine du <t<) étaient les plus Les Israélites ne prétendaient pas
populaires. Moloch (le Roi) était adoré par le d'un coup à des traditions religieuses si pures; ils
meurtre des enfants, brûlés a ses pieds; Baa/pA~Of conservafent le souvenir de plusieurs ancêtres mé-
était le dieu impur des Moabites,et Da~OM. moitié sopotamiens qui étalent idolâtres, et ils faisaient
homme, moitié poisson, ceiui des Philistins. Le remonter à Abraham, fils de Tharé, la première ma-
culte avait lieu sur les hauteurs, dans des bosquets nifestation de Jeurs croyances. Abraham (e'eat-a
consacrés des fêtes funèbres ou joyeuses célé- dire le Père élevé) avait quitté son pays pour so
braientpériodiquement Adonis mort ou ressuscité, soustraire aux influences païennes, s'était établi en
c'est-à-dire le soleil que l'hiver éloigne ou que le Palestine et s'y était fait une grande place par ses
printemps ramené. Les prêtresses s'arrachaientles vertus. Il parait avoir reconnu de bonne heure
cheveux, tes prêtres se lacéraient le corps et les l'existence d'un Etre suprême c'est là sa vocation
fidèles se jetaient dans les excès les plus odieux. religieuse, féconde en bienfaits pour les hommes.
qui l'inspire dans de fréquentes.
On consultait les mouvements des serpents, la Son Dieu, en effet, à la fois comme le
forme des nuages, les tressaillementsdes victimes visions, se montre à lui tout
qu'on sacrifiait. On demandait, avant d'agir, les avis protecteur et comme le justicier suprême des.
pardonner
des pythonisses ou des oboth, sorte de sorciers hommes; il est toujours prêt à en fa-
qui prétendaient avoir la puissance de faire parler veur des justes, mais il n'hésite exemple, pas à frapper les
méchant:) endurcis il est, par 1 auteur
les morts. terrible dans laquelle péri
Au milieu de ces excès, tout sentiment moral de la catastrophe ont
avait disparu. La probité était méconnue le tra- Sodome et Gomorrhe, à cause de leurs crimes
vail, méprisé la vie humaine, comptée pour rien odieux; il apprend donc à Abraham à repousser
absolument. Les les immorales et les sacrifices humains des
les devoirs de la famille, ignorés moeurs
s'il des offrandes
femmes, regardées comme des êtres inférieurs, Palestiniens barbares, et accepte
étaient prises et renvoyées sans égard ni pour les et des prières, il veut par dessus tout que ses ado-
lois
liens de la parenté, ni pour lesuniverselle du mariage. rateurs marchent dans le chemin de la chanté, de
En un mot, la dépravation était et c'é- la justice et du droit.
tait la religion qui l'entretenait. Cette religion fut léguée par Abraham à son nift
TRADITIONS ISRAÉLITES pKUttïrvM. – Environ seize Isaac et par
Isaac à son fils Jacob. Isaac, homme-
siècles avant notre ère, un peuple de pasteurs, les très modeste, laisse peu de souvenirs. Jacob, au
Hébreux ou Israélites, qui comptait environ trois contraire, a une existence fort remplie. Après.
millions d'individus, quittait l'Egypte, conduit par avoir eu des torts envers son frère aîné JMatf,
un homme extraordinaire, Moïse, fils d'Amram, et dont il sut plus tard obtenir le pardon après avoir
ses premiers an- travaillé vingt années, subi
de grands malheurs
se dirigeait vers la Palestine, iloùallait revendiquer qui ne purent abattre son courage, et mérité le
cêtres avaient habité et dont c'est-à-dire lutteur divin, Jacob
l'héritage par les armes. Cette migration de pas- beau nom d'Israèl, bénédiction, l'idée religieuse de sa
teurs devait avoir sur l'humanitéeffet entière une laissa, avec sa
portaient famille ses douze fils et à leur descendance, dont
influence considérable. Ces tribus en extraordinaire de circonstances ne
qui étaient la né- un concours
avec elles des idées religieuses dégradants
gation formelle des dogmes de la tarda pas faire un peuple puissant.
Palestine et de tout le mondeancien, et qui devaient ÉPOPÉE ÉGYPTIENNE. Joseph, un des nts.d Is-
être le salut moral des hommes dans un avenir raël, avait été vendu comme esclave par ses
encore lointain. frères qui le haïssaient mais, grâce à son intelli-
Les Israélites n'adoraient pas la nature; ils la gence, il devint, dans l't%ypte où il avait été con-
croyaient au contraire l'oeuvre d'une force intelli- duit et qu'il sauva'de la famine, premier ministre
gente suprême, d'un Dieu unique qui « dès le du Pharaon ou souverain de ce pays. Oublieux
t))''7!<e avait créé le ciel, la terre, » les astres des injures, il fitprovince du bien à ses frères et les établit
dans la fertile de Gessen. Les Israélites
et tous les êtres. Après la création, Dieu, selon de Joseph,
les croyances Israélites, continue à gouverner l'u- s'y multiplièrentrapidement après la mort
continuèrent & vivre en pasteurs,et restèrent séparés plade arabe, les Amatécites, vient les attaquer'
de la grande nation au sein de laquelle ils avaient été Moise les soutient Josué, son disciple, bat l'en-
amenés. L'hostilité se déclara bientôt contre eux. nemi la Providence leur fait trouver la nour-
Un prince, probablement Ramsès II, qui ne se riture d ont ils ont besoin leur libérateur insti-
souvenait pas des services de Joseph et qui se tue des chefs qui les jugent, et il leur apporte,
préoccupait des embarras dont les Israélites pou- au nom de Dieu, leur loi fondamentale, le Déca-
vaient être la cause en cas de guerre, essaya de logue. C'était environ trois mois après la sortie
les affaiblir par un travail excessif et par des d'Egypte; les Israélites étaient au pied du Sinai, où
cruautés odieuses. Il ordonna que leurs petits gar- Moïse avait eu sa première vision; il en gravit la
çons fussent étouffés en naissant ou jetés dans le cime que des nuages ento urent et d'où partent des
Nil. Ces desseins abominables échouèrent; une éclairs et le bruit du to nnerre, et le peuple est
mère israélite, Jocabed, osa désobéir au tyran témoin de la promulgation du décalogue. Le dé-
elle cacha d'abord son fils, et l'exposa ensuite sur calogue pose devant les Hébreux les principes pre-
le fleuve. La fille même du Pharaon le recueillit, miers de toute société; il est la plus haute et la
l'adopta plus tard et lui donna le nom de Afofse, plus précise expression de la vérité morale et
c'est-à-dire sauvé des eaux. sociale.
Initié à la civilisation égyptienne, le jeune Moise Moise descend du Sinai portant deux tables de
apprend en même temps les traditions religieuses pierre sur lesquelles le décalogue était gravé il
de ses frères et s'indigne des cruautés dont ils voit le peApte adorant un veau d'or, image de l'A-
sont les victimes. Un jour, il prend ouvertement pis égyptien. Indigné, il brise les deux tables,
leur parti obligé de fuir pour échapper à la mort, châtie les coupables, et, pour empêcher le retour
il gagne le désert de Madian, dans la pres- de semblables folies, fait construire un sanctuaire
qu'île Arabique, près du Sinai il est accueilli par où le vrai Dieu seul devait recevoir un culte, et
un prêtre, nommé Jethro, dont il épouse la fille et promulgue des lois civiles et religieuses d'une
garde les troupeaux. Dans cette vie paisible, Moïse grande sagesse. Mais un peuple ne se fait pas en
pense à ses frères et au Dieu de ses ancêtres. un jour; Moïse t'éprouva bientôt. Les Israélites,
Comme autrefois Abraham, Isaac et Jacob, mais qui craignent les géants de la Palestine, refusent
avec une inspiration plus haute, il a des visions d'avancer; lis erreront donc quarante ans dans le
dans lesquelles la Divinité se révèle à lui et lui désert, et la conquête sera réservée à une autre
montre son devoir ses frères souffrent, il faut génération, plus digne de la liberté. Cette longue
qu'il les délivre; c'est en vain qu'il hésite, se expiation est fertile en révoltes intérieures et en
méfie de lui-même et ds ses frères, dégénérés par hostilités de la part des peuples voisins. Moïse
la servitude; son Dieu, qui se nomme JAHVÊH (Je triomphe de toutes IM difficultés, et s'il ne lui est
suis celui qui suis) c'est-à-dire le Dieu de la pas donné d'entrer en Palestine. il établitdu moins
justice éternelle, le soutiendra dans la lutte. Moïse deux tribus et demie à l'est du Jourdain, et meurt
se sépare donc de sa famille, et, secondé par son en confiant à Josué la direction de la conquête.
frère aîné Aaron, homme très éloquent, il vient Il laissait dans sa doctrine un éternel monument
demander au Pharaon Ménephta, Sis de Ramsès, de sa gloire.
la liberté pour les Hébreux. LoiDEMoïsE.–LesIsraélites n'avaient eu jusqu'à
Le roi d'Egypte refuse, et Moïse commence Moïse d'autres règles de conduite que les tradi-
contre lui une longue lutte dont le pays est trou- tions patriarcales malgré leur élévation sous cer-
blé profondément les traditions Israélites en tra- tains rapports, ces traditions étaient loin d'être
cent un tableau grandiose où la poésie vient se parfaites; il fallait donc les compléter tant au
mêler à l'histoire. Des catastrophes nombreuses point de vue religieux qu'au point de vue social,
frappent successivement l'Egypte c'est la voix de et en développer les tendances morales. Tel fut le
Moise qui les appelle; c'est le doigt de Dieu qui but de la législation de Moïse.
les accomplit. Le Pharaon cède enfin en se Dogme. Le Dieu que Moise enseigne n'est
voyant lui-même terriblement atteint pendant pas une divinité nationale; c'est le Créateur de
la nuit du 14 au 15 du mois d'Abib (germi- l'univers, le juge de toute la terre, le maitre des
nal), alors que les Israélites, avertis et préparés esprits de toute chair; il est éternel, infini, incor-
au départ, célèbrentle repas de la P~~Me (passage porel voilà pourquoi on n'en peut faire aucune
de l'esclavage à la liberté), tous les premiers-nés image. Il est unique c'est un Dieu jaloux, dit
égyptiens et les animaux sacrés, c'est-à-dire les figurément la Bible pour indiquer qu'il ne souffre
prêtres et les divinités, sont frappés de mort. ni le mensonge, ni l'injustice mais si élevé qu'il
Les Israélites quittent en toute hâte ce pays où sqit, ce Dieu est la providence universelle des
ils avaient résidé près de quatre siècles. Poursuivies êtres il n'est pas un Dieu de vengeance; it châ-
par le roi, les tribus fugitives arrivent, sous la tie, parce qu'il est juste, mais paternellement,
conduite de Moïse, à la pointe occidentale de la parce qu'il est bon. Ainsi compris, Dieu devait
mer Rouge, du côté où se trouve aujourd'hui Suez. remplir la vie entière du peuple hébreu il est la
Un vent d'est très violent, venu de l'Eternel, dit source de l'autorité et de la justice sociale
la Bible, avait divisé les flots les Israélites les la terre lui appartient. Le gouvernement est
traversent de nuit, à l'insu des Egyptiens, qui le donc une théocratie, si l'on entend par ce mot,
matin veulent les suivre, sont surpris par le retour non point le pouvoir sacerdotal, mais la puis-
des eaux, et engloutis. Un cantique enthousiaste sance impersonnelle d'une ici suprême à laquelle
célèbre cette merveilleuse délivrance, et chante le tout le monde est soumis, et qui est considérée
D:'eMCM:acMpt'o~M~)?'ee;~M:apfec!p:MdcH5<a par tous comme l'expression immuable de ta vo-
mer chevaux et c<n)a/!er~. Il existe sur la servitude tonté divine; cette loi auguste, c'est le décalogue.
des Israéliteset sur leur exode quelquesrares docu- Loi po~Me. Chez les patriarches, le père
ments égyptien:, desquels il résulte, comme de la était l'unique représentant de Dieu il gouvernait
tradition israélite, que la tyrannie du Pharaon a pro- la famille et présidait au culte. Moïse ne réunit
voqué une révoltedestravailleurs opprimés;c'estia pas ces deux autorités en une seule main pour la
certainement une des plus glorieuses luttes d'éman- direction du peuple; il les sépare de son vivant, et
cipation qu'an enregistréesl'histoire de l'humanité. maintient cette séparation dans sa loi. Le gouver-
LES ISRAÉLITES DANS LE BÉSEHT. L'épopée nement politique appartient à un chef suprême, le
commencée en Egypte continue au delà de la SM~<e tJuge), nommé par les Anciens d'Israe), et
mer. Les Israélites sont au milieu des plaines plus tard à un roi. Ce chef décide les cas difficiles
du Sinai où Moise avait passé les années de son avec le grand-prêtre, mais sans lui être subor-
exil; ils manquent d'eau, ils ont faim; une peu- donne il n'est soumis qu'a la loi seule c'est lui
qui commande les armées. La guerre devait être des Tentes (séjour dans le désert et récolte), <~t
conduite avec humanité; l'extermination des Ca- Expiations (pardon des fautes).
SoMt)e?:!f et des
nanéens n'a été qu'un fait exceptionnel, dont la Par opposition aux cultes palestiniens, célèbres
cause était l'immoralité horrible des cultes pales- dans des bosquets sur les montagnes, le culto
tiniens. d'Israël ne pouvait s'accomplir que dans le sanc-
A côté du sun'ete ou du roi se trouvait parfois tuaire où se trouvait l'arche sainte, contenant les
une assemblée de soixante-dixhommes, choisis par deux tables du décalogue.
les anciens chaque tribu avait son prince, cha- Les lévites remplissaient les offices inférieurs
que ville son conseil d'anciens, ses juges inférieurs du culte; les prêtres, descendants d'Aaron, entre-
et ses officiers de police. Quand l'intérêt public tenaient les autels, convoquaient et bénissaient le
t'exigeait, tous ces chefs se réunissaient en assem- peuple, et soignaientcertaines maladies leur nais-
blée générale de la nation, sous la présidence du sance et leur moralité devaient être irréprocha-
suffète ou du roi; on regardait leurs décisions bles ils se mariaient. Leurs seules possessions
comme inspirées par l'Esprit divin. étaient les villes où ils demeuraient;leurs seules
La justice se rendait aussi au nom de Dieu; on ressources, une partie des sacrifices et les dons
ne prononçait aucune peine qu'après une enquête volontaires. Au-dessus d'eux était le grand pon-
publique et sur la déclaration de deux témoins qui. tife, qui, malgré sa haute situation, n'avait aucune
avaient vu le fait; les condamnations capitales autorité dogmatique ni aucun pouvoir social excep-
étaient fort rares. Le principe général de la légis- tionnel. Aaron et son fils, les deux premiers
lation pénale israélite était la loi du talion œ~ grands-prêtres, avaient été installés par Moise
pour as:7, dent pour dent, etc., qui, d'après l'inter- dans la suite, leurs successeurs reçoivent l'inves-
prétation pharisienne, ne consistait pas à prendre titure de la main des rois. Les prêtres et les lévi-
au coupable un oeil ou une dent en punition du tes devaient nécessairement étudier et enseigner
mal qu'il avait commis, mais qui obligeait a rendre la loi; mais cela ne constituait pas pour eux,
à l'offensé, par une compensation pécuniaire, la comme dans l'Inde et l'Egypte, un privilège exclu-
valeur approximative du membre dont on l'avait sif Vous êtes tous prêtres, tous saints, dit la
privé, ou, en général, du tort qu'on lui avait fait Parole sacrée; le premier Israélite venu, s'il se
subir. sentaitinspiré, pouvait se vouer à l'étude des livres
Propriété. Famille. Esclavage. Si Dieu est le saints, devenir propre, et acquérir ainsi, au point
maître unique, tous les citoyens sont égaux; il de vue religieux et moral la plus grande autorité.
n'y a ni patriciens,ni plébéiens, et la loi est la .Mc~a~e. La constitution politique des Hébreux
même pour tous, même pour les étrangers. Les et leurs prescriptions religieuses étaient fondées
grandes fortunes sont rendues presque impossi- sur une morale qui peut se résumer en deux
bles par la constitution spéciale do la propriété. mots Aimer /lieu de tout son ca'Mf et de <OM<e
La terre, qui appartient à Dieu, ne peut être ven- son dme, et son prochain comme soi-mdme. Cette
due que temporairement; tous les cinquante ans, belle morale apprend à l'homme le respect de soi-
le Jubilé la fait rentrer en possession des vendeurs même, l'observation de la justice, la pratique de
ou de leurs héritiers, et l'égalité est rétablie. Dans la chanté et les vertus de la f&mille. L'homme est
la famille, comme dans la société, l'égalité est la créé à l'image de Dieu; voilà pourquoi il est ap-
loi fondamentale. Le mariage est une institution pelé à être saint comme Dieu est saint. Comme
sacrée, moralement obligatoire, à laquelle les Dieu, il doit repousser le.mensonge et l'injustice
époux sont appelés avec les mêmes devoirs. Il est sous quelque forme que ce soit. La superstition,
vrai que la polygamie et le divorce sont tolérés, la déloyauté, la fraude sont des abominations de-
mais ils sont entourés de restrictions, parce qu'ils vant le Seigneur, et le travail honnête est une loi
sont contraires à l'esprit de la loi et aux vieilles pour tous. La soumission aux autorités légales, le
traditions israélites. Les femmes des patriarches, respect des vieillards, sont de stricts devoirs de
Sara, Rebecca, Rachel, Léa, qui ont fondé la mai- justice; la piété filiale est une vertu essentielle;
son d'Israël, sont représentéescomme ayant exercé pour un enfant israélite, le plus grand des mal-
la plus grande influence sur leurs maris. Les en- heurs, c'est d'être privé de la dernière bénédiction
fants sont aussi égaux entre eux; Moïse abolit paternelle.
l'ancien droit d'alnesse des patriarches, et en ré- Mais la morale de Moise ne se contente pas de
duit le privilège à une double portion d'héritage. devoirs négatifs. Tous les hommes, descendus des
il n'est pas jusqu'à l'esclavage dans lequel on ne mêmes parents, doivent se traiter en frères. Prêts
retrouve chez les Hébreux ce même esprit de sans intérêts, protection des veuves et des orphe-
justice et d'égalité. Moise n'a pu l'abolir il ra lins, égards do toute nature envers les gens sala-
transformé. L esclave hébreu est payé pour son riés et envers les pauvres, bienfaits envers les
service et recouvre sa liberté après six années; étrangers et les ennemis, enfin touchante bonté
l'esclave étranger ne peut être maltraité impuné- s'étendant aux animaux eux-mêmes, voilà com-
ment. Fugitif, il n'est pas rendu à son maître; ment la morale de Moïse entend la charité.
blessé gravement, il est de droit émancipé, et Bien que le Pentateuque contienne de nom-
celui qui le tue est puni de mort. Le sabbat, insti- breuses allusions à une vie d'outre-tombe,sa mo-
tution sociale grandiose, fait participer les mal- rale, surtout sociale et politique, ne formule pas
tres an travail et les serviteurs au repos hebdoma- le dogme de l'immortalité de l'âme, qui ne fut
daire. enseigné aux Hébreux que bien plus tard. Pour
Culte. Dans l'ordre religieux, les prêtres et maintenir son peuple dans le bien, Moïse use
les lévites étaient les représentants de la Divinité d'un moyen qui n'a rien de dogmatique il
devant le peuple et ceux du peuple devant Dieu. fait appel aux sentiments puissants de la fa-
Ils avaient la direction du culte, dont le but était mille et montre que Dieu compte aux enfants
d'éloigner le peuple des immoralités idolâtres, de l'iniquité des pères jusqu'à la troisième et à la
rappeler les grands faits de l'histoire nationale, et quatrième génération, mais qu'il use de bonté
par dessus tout d'inspirer le respect de la loi et jusqu'à la millième envers ceux qui lui obéissent.
l'amour de Dieu. Le culte domestique comprenait, C'était dire qu'une solidarité impossible à briser
-entre autres actes, ta circoncision~ l'instruction existe entre toutes les générations passées, pré-
des enfants, des règlements sur la pureté person- sentes et futures; que les suites des bonnes et des
tielle et la nourriture, et la pratique du. sabbat; le mauvaises actions se perpétuenttravers les siè-
<ulte public consistait en sacrinces; et en fêtes cles, et que, par conséquent, pour assurer la pros-
solennelles dont les principales étaient celtes de périté de l'avenir, il faut dans le crésen; être
ff~Me (sortie d'Egypte), des Semaines (moisson), ndèlc !a vertu et au bien.
Telles sont les principales lois politiques, reli- rupture jette le roi dans une mélancolie profonde.
gieuses et morales des Hébreux elles enseignent et pour la dissiper on a recours au talent musical
l'unité et la spiritualité de Dieu, l'égalité, la jus- de David. Le jeune homme se distipgue bientôt par
tice, l'amour et la charité universelles. son courage; il tue le géant Goliath, bat les Phi-
CONQUÊTE DE LA PALESTINE. Josué, appelé par listins et devient le gendre du roi. Mais la jalousie
Moïse au gouvernement des Hébreux, devait con- de Sa<tl l'oblige à s'exiler pendant de longues
quérir la Palestine; il ne perd pas de temps; il années, et ce n'est qu'après la mort du roi et de
fait célébrer la P~que et, en peu de jours, il passe Jonathan, tués dans une bataille livrée aux Philis-
le Jourdain et s'empare de Jéricho, ville forte qui tins, et après le meurtre d'Isboseth, autre fils de
défendait l'entrée du pays. Les chants nationaux Saül, que David est reconnu roi par toute la na-
des Hébreux expriment la rapidité de cette marche tion (1055).
foudroyante, en nous montrant le fleuve qui recule Sur le trône, David déploie les plus sérieuses
et les murs de la ville qui s'écroulent devant les qualités; il conquiert Jérusalem, restée jusqu'ators
vainqueurs. Enrayés de ces succès, les Gabaonites, au pouvoir des Jébusites, et en fait sa capitale.
Cananéens du sud, deviennent par ruse les alliés Puis il soumet les Philistins et, docile aux inspi-
des Israélites et, attaqués par leurs compatriotes, rations des prophètes Gad et Nathan, il donne au
ils appellent Josué à leur aide. En une nuit, Josué culte une première organisation; il s'allie avec
arrive, surprendl'armée cananéenne campée autour Hiram, roi de Tyr, et traite avec générosité la fa-
de Gabaon et, après une longue journée de com- mille de Jonathan. Dans la suite, une faute grave
bat, la met en complète déroute. Dans le cantique qu'il commet et les désoràres de ses fils, dont
qu'il compose pour célébrer cette victoire, il pré- l'un, Absalon, son favori, se révolte contre lui,
sente poétiquement le soleil et la lune comme remplissentsa vieillesse de douleur. Son fila Salo-
a s'étant arrêtés à son gré pour éclairer le combat"
o mon lui succède.
(Munk, Palestine, p. 222). La défaite des Cana- Salomon, qui ne fut pas un guerrier comme son
néens du nord n'est pas aussi prompte; Josué père, se rend dès le début très populaire par
parvient pourtant à les battre, et, maltre de trente sa rare sagacité. Il construit un temple colossal et
et une provinces,il les distribue aux Israélites, en plusieurs villes; ses expéditions commerciales avec
leur laissant le soin de conquérir peu à peu le les Phéniciens, ses écrits de morale et d'histoire
reste du pays. Il meurt sans avoir désigné de naturelle (ces derniers ne nous sort pas parve-
successeur. nus), et son faste oriental portèrent partout sa
LES SupFÈTES ou JMES. L'anarchie ne tarda réputation. Mais tant de luxe ne pouvait que mé-
pas à régner et les cultes immoraux des Cananéens contenter le peuple et surtout les prophètes, déjà
à séduire les Israélites abandonnés à eux-mêmes. froissés par les nombreux mariages du roi avec des
Un sanctuaire, rival de celui du vrai Dieu établi femmes idolâtres. Aussi de graves symptômes de
à Silo, est élevé dans le nord de la Palestine. La révolte éclatèrent-ils bientôt, et le roi, en mourant,
guerre civile éctato, et la tribu de Benjamin y est ne transmit-il à son fils Roboam qu'une autorité
presque détruite. Au milieu de ces désordres, des fortement ébranlée (975).
héros s'élèvent et, sous le titre de ~M~M, gou- LE scaMME DES DIX TRIBUS. – RoAoaM commence
vernent leurs frères, au nom de Dieu. Othoniel son ret;ne en refusant avec arrogance la diminution
délivre les Israélites de la domination du roi de des impôts dix tribus l'abandonnent, et il reste roi
Mésopotamie Ehod, de celle du roi de Moab Sam- de Juda et de Benjamin. II se livre à l'idolâtrie et
gar, de celle des Philistins Débora, prophétesseet administre si mal ses Etats qu'il ne peut empê-
suffète, de celle des Cananéens du nord; Gédéon cher Sésonchis,roi d'Egypte, d'entrer en vainqueur
bat les Madianites et, après sa victoire, refuse la à Jérusalem.Jéroboam, ancien ofncier de Salomon,
royauté.m~ec/i, son fils, l'usurpe et l'exerce nommé roi d'Israël par les dix tribus révoltées,
pendant trois années, au bout desquelles sa cruauté n'est ni plus sage ni plus heureux ann d'éloigner
excite une révolte où il périt. ï'Ao~a et Jaïr ne sont ses sujets du sanctuaire, il fait élever deux veaux
que d'obscurs suSètes Jephté au contraire est cé- d'or et abolit la loi mosaïque; vers la fin de son
lèbre par la défaite qu'il inflige aux Ammonites et règne, Abiam, fils et successeur de Roboam, lui
par le vœu imprudent qu'il prononce au sujet de inflige une sanglante défaite. Aza règne avec
sa Slip. Samson, renommé par sa force extraordi- gloire en Juda, d ou il fait disparaîtreles cultes ca-
naire, fait, sansrésultat sérieux, une longue guerre nanéens, pendant que Nadab, fils de Jéroboam, périt
aux Philistins, qui s'emparent de lui par trahison. assassiné par Baasa. Cet usurpateur ose s'attaquer
Héli, grand-prêtre et suffète, a moins de succès en- au roi de Juda, qui venait de repousser les Ethio-
core ses deux fils sont battus et l'arche sainte est piens il est battu aussi. Ela, son fils, tombe sous.
prise; mais Samuel, qu'il avait élevé et qui lui les coups d'un autre assassin, et la guerre civile
succède, réussit enfin à imposer la paix à ces bel- éclate en Israël. L'armée donne la royauté à son
liqueux ennemis d'Israël. Juge et prophète, Sa- général ÛMM' qui bâtit Samarie, en fait sa capi-
muel rétablit l'ordre, relève le culte, et fonde, pour tale, et laisse le trône à son fils Achab, peu d'années
instruire les jeunes prophètes, une confrérie qui avant l'avènementde Josaphat,01)) d'Asa, au trône
devait rendre d'immenses services. Malheureuse- de Juda.
ment ses fila, associés à ses fonctions, manquent Ces deux princes d'un caractère si opposé s'al-
d'intégrité, et le peuple demande un roi. C'est en lient étroitement. Josaphat poursuit l'idolâtrie et
vain que Samuel expose les inconvénients de tout s'occupe de l'instruction du peuple. Achab au con-
genre dont le pouvoir héréditaire est la source, et traire, poussé par la reine Jésabel, princessephé-
prédit aux Israélites qu'ils gémiront un jour de nicienne, et malgré l'énergique opposition du pro-
leur résolution il est ooiigé de céder, et fait phète Elie, fait régner en Israël le culte immorat
choix, pour occuper le trône, d'un jeune benja- d'Astarté. Brave et généreux cependant, il bat deux
mite nommé Saül. fois les Syriens, et, malgré le concours de Josaphat,
LES PREMIERS Mis (1095). Contestée d'abord, il périt dans une troisième guerre qu'il entreprend
la royauté de Saül fut bientôt unanimement recon- contre eux. Achasias et Joram, ses deux fils, restent.
nue, grâce à ses victoires et à celles de son fils les alliés de Josaphat, qui fait avec ce dernier une
Jonathan sur les Ammonites, les Philistins, les campagne contre les Moabites et termine sa belle
Moabites, les Iduméens, les Syriens. Mais il n'é- carrière par d'utiles réformes dans l'administration
coute pas les inspirations de Samuel au sujet des de la justice. Le fils du pieux.Josaphat, nommé
Amalécites, ennemis irréconciliables des Hébreux, Joram comme son beau-frère le roi d'Israël, suit
et le prophète désigne secrètement pour la royauté l'impulsion idolâtre et cruelle de sa femme Athalie,
le jfnne nh d'Isaie de Bethfécm. Cette fille de Jésabel; il fait périr ses frères, voit l'en-
nemi envahir ses États et tuer ses propres enfants; périt assassiné au bout de deux ans; Josias, fils
il meurt après quatre ans d'un règne honteux. d'Amon, marche an contraire sur les traces d'E-
Achasias, son seul fils survivant, lui succède, et à zécbias. J~Kte, Sophonie et la prophétesseHulda
peine sur le trône co malheureux prince périt, le conseillent; la loi de Moïse, dont on retrouve
avec son oncle le roi Joram, sous tes coups de un antique exemplaire, est remise en honneur.
Jéhu, générât israëfite. Les deux trônes d'Israël et Mais toute cette prospérité est arrêtée par de
de Juda sont vacants à la fois (884). grands maiheuM qui, en peu d années, amènent
FIN eu ROYAUME D'fsBAEt.. Athalie et Jéhu la ruine complète de Juda. Placé entre les deux
s'emparent des deux royaumes l'une massacre les souverains puissantsd'Egypte et de Chaldée, Josias
enfants d'Achasias, ses petits-Os; l'autre, toute eut le tort d'intervenir dans leurs querelles; il
la race d'Achab. Athalie favorise ardemment le voulut arrêter Néchao quimarchait contre Babylone,
culte de Baal, que Jébu, docile à l'influence d'Elisée et périt 'a la bataille de Mageddo son fils cadet,
le prophète, poursuit au contraire avec sévérité. ./oacA<M, fut élu roi par le peuple, mais ie vain*
Après six ans d'un règne odieux, l'usurpatrice est queur t'exita en Egypte et mit sur ie trône .Ma.
mise à mort et remplacée par Joas, un de ses petits- chim, le nis a!në de Josias. Joiakim ne fut qu'un
enfants, sauvé de la mort par le grand prêtre Joiada, tyran odieux et un prince inhabile; malgré Jérémie
son oncle. qu'il persécute et malgré la défaite de Néchao, il
Pendant que Jéhu laisse affaiblir son royaume se révotte contre le roi de Babylone, et meurt pres-
par tes Syriens, Joas, sous la tutelle de Joiada, que aussitôt. Jéchonias, son nia, subit les consé-
maintientl'ordre et la religion dans le sien mais quences de cette faute c'est en vain qu'il se rend
à la mort du grand-prêtre,il devient idolâtre et fait à discrétion à Nabuchodonosor,it est exilé a Ba-
lapider Zacharie, le Sis de son sauveur; il périt bylone avec tu 000 Juifs, et remplacé par son oncle
Im-meme assassiné. Joachaz,Bis de Jéhu, ne réus- Sédécias. Après quelques années de calme relatif,
sit pas à tenir les Syriens en échec, mais son fils le nouveau roi, oublieux de l'expérience du passé,
Joas les met en déroute et bat Amasias, roi de se déclare indépendant. Nabuchodonosor revient,
Juda, qui meurt assassiné, comme son père. Pon- prend Jérusalemaprès dix-huit mois de siège, fait
dant un demi-siècle, l'ordre et la prospérité renais- égorger la famille royale et crever tes yeux à Sédé-
sent dans les deux Etats, sous les règnes d'Oyat cias, qui est envoyé a Babylone. Le temple est
et do Jotham, fils et petit-nis d'Amasias, et sous brûlé et la ville détruite de fond en comble.
celui de JéroboamIl, fils de Joas d'Israël dans les Un assez grand nombre d'habitants notables du
deux Etats, le praphétisme.représenté par Jonas, pays furent emmenés en Chaldée; mais tes vain-
~mo~, Joe/ et Osée, exerce une haute influence queurs laissèrentquelqueslaboureurs dont la sur-
morale; mais bientôt les crimes des rois amènent veillance fut connée à un gouverneur israélitu,
d'irréparables malheurs. nommé CM~a/ta~qui, peu après son installation,
Zacharie, nls de Jéroboam II, est assassiné par fut traîtreusementassassiné. Ce meurtre causa la
Sellum; Sellum, par Menahem, et Phaceia, fils du ruine complète du malheureux pavs, dont pres-
meurtrier, par Pékah, un de ses officiers. Pékah que tous les habitants furent envoyés à Babylone;
est vainqueur d'~cAtM, fils de Jotham, roi de Juda, il n'y resta qu'une population pauvre et ignorante,
mais il est vaincu par Tiglat-Phalasar, roi d'As- mélange de Juifs, de Samaritams et de Cananéen-)
syrie, et assassiné à son tour par Osée. L'anarchie idolâtres (588). Comme le royaume d'Israël, celui
est affreuse; Tiglat en profite pour s'emparerd'une de Juda périt par la faute de ses rois mais il
partie du royaume, et ce n'est qu'en devenant son devait bientôt se relever, grâce aux principes de
vassal qu'Osée monte sur le trône. Achaz régnait morale et de religion enseignés par les prophètes.
alors en Juda; c'était lui qui avait, malgré les LES PROPHÈTES ET LA LITTÉRATURE SACRÉE D'IS-
conseils du prophète Isaie, appelé Tiglat pour RAËL. On se trompe généralement sur les pro-
repousser l'usurpateur Pékah. Plus impie que les phètes leur mission n'était pas de faire des mira-
rois d'Israël eux-mêmes, Achaz élevé des autels à cles et de prédire l'avenir, mais de moraliser et
Baal, consacre un de ses fils à Moloch, et laisse d'instruire le peuple, et c'est par là seulement
dévaster honteusement ses Etats. A sa mort, il est qu'ils étaient considérés comme les envoyés de
privé de la sépulture royale. Ezéchias, qui lui Dieu. Au point de vue politique, ils sont les con-
succéda, vit au début de son règne la ruine du seillers libres des rois mais on doit les regarder
royaume d'Israël. Osée, qui s'était révolté contre plutôt comme des orateurs religieux; ils détour-
son puissant suzerain, Salmanasar, successeur de nent le peuple de l'idolâtrie, et surveillentle culte,
Tiglat, fut jeté en prison; Samarie fut prise et le qu'ils considèrent comme un moyen de moralisa-
peuple Israélite emmené en captivité en Assyrie tion. Censeurs courageux des moeurs publiques,
(Mt).). les prophètesn'hésitent pas à risquer leurs jours
LES DEMflEMROts DE JcDA. Grâce à la sagesse pour arrêter l'immoralité des princes et des classes
d'Ezéchias, le royaume de Juda jouissait alors riches; ils prennent le parti des pauvres et des fai-
d'une grande prospérité; s'inspirant des conseils bles, protègent les étrangers, et mettent au-dessus
des prophètes Isaie et Michée, Ezéchias avait aboli de tout la justice et la charité. C'est par la prati-
les cultes phéniciens et rouvert le temple. Les que de ces vertus qu'arrivera l'ère messianique,
Philistins sont repoussés, et le terrible Sennaché- qui fera disparaître les haines et les guerres, et
rib, roi d'Assyrie, qui était venu mettre le siège unira les hommes dans un amour universel.
devant Jérusalem, est obligé de se retirer précipi- La littérature des Hébreux contient leur histoire
tamment, après avoir vu presque toute son armée et leurs doctrines; elle se compose de livres histo-
détruite par la peste, cette terrible messagère de riques et de livres poétiques, dans lesquels l'his-
Dieu, comme l'appelle la Bible. Les derniers évé- toire et la poésie sont mêtées étroitement. Le plus
nements de ce règne presque constamment heu- important de' tous, le Pentateuque, a conservé les
reux furent une grave maladie du roi, que le pro- traditions sur les premiers temps du monde et
phète Isaîe soigna et guérit, une alliattce impoli- raconte l'histoire des Hébreux jusqu'à la mort de
,tique avec les Babyloniens, et la fondation d'une Moise. Le livre de Josué est le récit de la con-
académie de savants, qui réunit les monuments de quête celui des Juges paraît n'avoir pour but que
la littérature Israélite et assura le développement de.montrer les avantages du pouvoir héréditaire.
religieux de l'avenir. Le livre de Ruth, qui se rapports au même temps,
Manassé fut pendant quarante cinq ans un des est une gracieuse idylle qui nous apprend l'origine
plus mauvais rois de Juda; une chronique incer- de la race royale de David et nous offre dans tout
taine affirme qu'il revint à de meilleurs sentiments. son charme le tableau de la charité. Les deux livres
Son fils ~MOM, qui suit ses mauvais exemples, de Samuel et les deux livres des Rois racontentles
ces espérances la. Babylonie fut
conquise
régnes de Saül, de David, de Salomon et l'histoire réaliser
ri
im-
du schisme jusqu'à la chute de la royauté. Les deux par p eux, et le roi Cyrus, devenu le chef d'un Hé-
livres des C/fonMMM rapportent parfois textuelle- mense n empire, autorisa par un édit tous les
ment les mêmes faits, mais avec des de détails nou- breux
b de ses Etats à retourner dans leur patrie ft
(Esdras) et Néhémie, à rebâtir leur temple (536). Ceux de Juda, c'esl-
veaux; les livres d'Ezra
Daniel, qui écrit moitié
y
à-dire les Judéens ou Juifs, partirent à peu près
ainsi que celui de est en à
chaldéen, moitié en hébreu, continuent l'histoire seuls, s sous la conduite de Zorobabel, arrière-
générale des Israélites après le retour de la capti- p petit-fils du roi Jéchonias, et s'établirent dans la
vité; quant au livre d'Esther, il raconte un événe- Palestine, t qui désormais prit d'eux le nom de
construction du temple, retardée par les
ment particulier des annales juives sous la monar- Judée. J La
Samaritains, ne fut achevée que sous
chie persane. }intrigues des
Les livres poétiques des Hébreux pont pas le 1 règne de Darius, fils d'Hystaspe; sous celui de
(Assuérus), prince fantasque, les Juifs,
moins d'importance que leur littérature historique. Xerxès 3
Les PfOMrA&s et l'2?ccM:<Mte contiennentdes ma- grâce e ~Esther, jeune tsraélite appelée au trône, et
oncle Mardochée, échappèrent à la destruc-
ximes de morale; lun se termine par un remar- àS son préparée Aman, premier mi-
quable tableau des vertus do la femme; l'autre, tion t pour eux par
empreint d'un scepticisme décourageant, énonce nistre du roi.
pourtant le dogme de l'immortalité. Le liure de
i
Un demi-siècle s'écoula, et le nouvel Etat “ juif, ..“
d'ailleurs par les événements qui s'étaient
Job est un poème grandiose qui nous montre les entravé <
malheurs d'un juste et nous enseigne à accepter passés
1
en Perse, végétait sous la direction aristo-
des grands-prêtres oublieux de leurs de-
les décrets de la sagesse suprême que nous ne cratiqueF~a (Esdras), autorisé par Artaxerxes
pouvons toujours comprendre. voirs.
Les Psaumes, sublimes poésies lyriques, sont Longue-Main à conduire en Palestine une seconde
comme le cri de l'âme humaine patriotisme, colonie de Juifs, vint porter remède à la situa-
amour de Dieu, tion (458). Ezra~ quipieux appartenait à la classe des
vengeance, repentir, humilité, que savant; il fut se;
vertu; Création, Providence, miséricorde et justice scribes, était aussi
divines. tout y est chanté dans un magnifiquelan- condé dans son œuvre par Néhémie, éehanson du
gage. Sous une forme plus simple, le Cantique roi, qui avait obtenu un peu plus tard lesprophètes. pouvoirs
des Cantiques a une grande portée c'est l'hymne les plus étendus, et par les derniers
le paganisme fut consommée, et la
pastoral de deux jeunes fiancés, étroitement unis La rupture avec
de Moïse remise en vigueur. Des st/nayo~M~s,
et dont l'amour contraste avec les abus de la po- loi réunions laïques, où la prière était faite et la loi
lygamie.
Les prophètes, hommes politiques, moralistes et lue et expliquée au peuple par les scribes, furent
orateurs inspirés, tiennent une place considérable établies dans le pays. Enfin un grand conseil na-
dans la littérature israélite. Ceux dont les œuvres tional suprême, la Grande Synagogue, composédes
la captivité, Jonas, dont le savants les plus distingués, fut institué avec la
nous restent sont, avant;0&6!~M,~Mos, Joèl, OMe; mission particulière de veiller au maintien des
livre est une parabole; l'étude de la loi; c'est à cette
Isaïe et Michée, tous deux apôtres de la paix et de traditions et à
époque et par l'impulsion d'Ezra et de Néhémie
la réconciliation universelles Nahum, Sophonie, la collection des livres sa-
Habacuc; Jérémie qui prédit et voit la ruine de que fut commencée
Juda et dont les LamentationsÉzéchiel sont de touchantes crés.
élégies. Pendant la captivité, a des visions Les années qui suivent sont paisibles pour la
dont les allégories portent une empreinteAggée, toute Judée. Le pays est toujours gouverné par les
grands-prêtres, investis de l'autorité politique, au
babylonienne; après le retour de l'exil,
Zacharie et Malachie sont les derniers orateurs grand détriment de leurs fonctions religieuses.
prophétiques. Par contre, l'étude de la loi par le peuple, dans
Ecrits dans une langue enthousiaste et poétique. les synagogues, prend de jour en jour plusclasses
ainsi, sein des
d'im-
les livres sacrés des Hébreux n'ont qu uninfinie but portance, et il se forme au
la justice populaires, un parti, celui des ~.M:eMe?M ou des
montrerun Dieu unique qui estmanifeste dans le PieMŒ, qui se donne pour tâche de conserver, en
et dont l'action incessante sela conscience et dans5 dépit des classes supérieures, les traditions reli-
monde physique comme dans la nation dans toute leur intégrité.
l'histoire des hommes. On n'est pas d'accord surr gieuses de
les auteurs qui les ont écrits et sur l'époque de9 Sous trouble le pontincat de Jaddus, les Juifs passent
leur rédaction; mais il est impossible de mécon-e celle sans de la domination des Perses sous
pensée religieuse
naître la vérité et la hauteur de la littérature, d'Alexandre le Grand (332).
a faitt Alexandre est très bien-
et morale, qui, de cette grande DOMINATION
veillant
GRECQUE.
les Juifs, et la Palestine prospère tour
le livre par exceilence de l'humanité, la Bible. pour
les rois d'Egypte et de Syrie, ses sac-
LES JCIFS SOUS LES BABYLONIENS ET LES PERSES. à tour sous premier P~m~e,
LES SYNAGOGUES. Pendant les dernières années s cesseurs. Sous le nous rencon-
de Jérusa- trons en Judée grand-prêtre célèbre, le petit-
du royaume du Juda et après la priseemmené un
le qui fut un des
lem, les rois de Babylone avaient enn fils de Jaddus, Simon Juste,
Grande Synagogue. Pen-
captivité un grand nombre d'Hébreux, parmi les- derniers membres de la
pontificat d'Eléazar, frère et successeur de
quels se trouvaient des hommes distingués, telss dant le traduit en grec à
que Daniel, ses trois compagnons et le prophètee Simon, le Pentateuque est nombreuse colonie do
!S Alexandrie, où
Ezéchiel. Bien traités par les vainqueurs, les exilés vivait une
obtinrent de haute. positions politiques et purent tt Juifs; cette traduction, attribuée à 72 savants en-
lois religieuses. Les pro-)- voyés de Jérusalem et dite, pour ce
motif, Version
vivre sous leurs propres fait connaitre la Bible au monde
phètes remplacent les prêtres désormais sans Ls des septante,
dans la
ir païen (M4 a 2M); elle canoniques, fut continuée
fonctions; Ezéchiel, et sans doute aussi l'auteur
inconnu de la deuxième partie du livre d'Isaïe, suite, et,sacrés outre les livres reconnus
anciens et le peuple. comme par les Juifs, on y inséra d'autres
réunissent autour d'eux les le* livres de
et président aux assemblées de prières ils sont it ouvrages dont les principauxhistoriques, sont
livres
~t ToMe et de Judith, romans
les
aidés dans leur tâche par des hommes pieux et recueils de
savants, des scribes, qui copient les livres saints,9 de la Sapienée et de l'Ecclésiastique, jMaeAaA~, récits
et les Hébreux, maintenus ainsi dans leurs tradi- i- sentences, et les deux livres des
tions religieuses et consolés, entrevoientleur libé- 9- des graves événements arrivés en Judée sous le
ration prochaine. règne d'Antiochus Epiphane.
C'étaient les Mèdes et les Perses qui allaientit La Judée, après plusieurs pontificats sans gloire
mais non MM troubles, était passée définitive-
du messianisme. Comme leur moral?
ment sous la suzeraineté des rois de Syrie. Les était irréprochable
es
grands-prêtres, de plus en plus oublieux de leurs très grande, ils et leur douceur au pouvoir
rs
devoirs, s'occupent d'intrigues de cour. Onias 7/f étaient aimés du peuple et avaient
grand-prêtre pieux, est supplanté uno grande autorité; aussi y avait-il parmi eux
7<Mon,auMchète)e pontiflcatet qni, par son frèrere des faux-frères, que le Talmud appelle
~a-
à son tour, est
st t~MM teints et que l'Evangile nomme
trahi de la même façon par son plus jeune frère,
Resté maltre du pouvoir, e, cres blanchis. Une troisième secte, celle des A~-
l'appui
ai niens, tenait des Pharisiens presque toutes
d'Antiochus Epip hane, Ménélas fait par vendre les doctrines à cela près qu'elle admettait bien moins ses
trésors du temple pour payer sa dette, et 35 la Providence que la prédestination. Livrés
sassiner son frère alné, Omas III, resté à Antio- as-
s- au
che. Jt ose revenir à Jérusalem, où bientôt ta o- mysticisme, les Esséniens prétendaient faire des
la miracles et avoir puissance sur les esprits infer-
guerre éclate entre lui et Jason. Antiochus, arriveré naux; réunis hors des villes, ils renonçaientà la
au secours de son protégé, massacre née pre- propriété individuelle, évitaient de
priaient, travaillaient et mangeaient se marier,
mière fois le peuple innocent de
i année suivante, ces querelles et,
t,
ordonne de nouveaux pillages et ,t Ils avaient des mystères qu'on n'était admis en commun.
de nouvelles tueries. Un grand nombre de Juifs ts naître qu'après un long noviciat. Ces din-érentes à con-
sont vendus comme esclaves le temple est souilléé sectes étaient nées Judée; en Egypte aussi,
et le culteproscrit; maisl'enseignementdes scribes
avait lentement porté des fruits, et le peuple il s était formé une enautre grM''o école; cer~
juif,f,
atteint dans sa patrie et sa religion, se soulève ~"? ses membres, les r~a~M, dont les
e Esséniens avaient im~é l'association, vivaient
contre Antiochus (t6ï). dans la solitude et la contemplation. D'autres
GotVBMfEMENT
NATIONAL DES MACHAB~ES.
fut un simple prêtre, Matathias, de la famille eles
Ce Juifs hellénistes d'Alexandrie, désireux d'a-
e mener le triomphe de leur foi religieuse
Asmonéenne, qui leva avec ses cinq H)s !'étendard d paganisme empirant, s'enbrsaient de concilier sur le
de la révolte aidé par quelques patriotes, il tint philosophie la
la campagne pendant trois mois, et mourut. Let *r grecque avec les vérités dogmatiques
plus vaillant de ses fils, Juda dit Machabée (Mar- de la Parole et ils croyaient y arriver en faisant
tel), défait successivement tous les zénëraux une créatrice, du Verbe divin de la Bible,
sorte dmtermédiaire entre Dieu le monde
syriens envoyés contre lui, reste mattre de Ju- et en l'identifiant avec le Logos desetphilosophes
dée au bout de trois ans, rouvre et purifie ielatem-
!e et, après de nouvelles victoires, meurt héroï- platoniciens. représentants
L'un des derniers et des plus illus-
de cette école fut, un siècle plus
quement sur le champ de bataille. Jonathan ett tard, Philon, surnommé
le Platon juif. Ce mouve-
Simon, ses frères, continuent la lutte avec l'appui
i
ment
des Romains, et le dernier reçoit de Démétrius, cnse rengieuse iMmet des esprits annonçait une grande
oi de Syrie, les titres de grand-prêtre et de prince temps
prochaine
la
elle aHait se produire
ruine
des Juifs, titres qu'une assemblée nationale luiJudée. que politique de la
confirme. Comme Jonathan, Simon périt
assas-
siné, et Hyrcan, son fils, qui lui succède, proclame DOMINATION MMAtNB. RnnfB
DE LA JnDËB. ~w-
i ~dépendance de la Judée, que la Syrie, affaiblie
S
t
MM, fils et successeur de Shcon Machabée, occupa
pontificat pendant trente ans; les
par ses querelles intérieures, est obligée de re- Muméens et les Samaritains furent soumis, et
connaître. 1 alliance conclue avec Rome
La victoire définitive des Machabées eut fut par Jonathan et Si-
conséquence la réorganisation du pays. La Grande pour mon renouvelée. Mais la fin de ce regne heu-
Synagogue, qui n'existait plus, fut remplacée reux fut troublée par les querelles des Pharisienset
électif, par des Sadducéens, tour à tour protégés par le
un sénat le Sanhédrin, composé de soixante Aristobule, son fils aîné, qui prit le prince.
et onze membres, qui réunissait les hommes les Alexandre titre de roi et
plus instruits de la nation, à quelque classe qu'ils bles Jannée, son deuxième fils, sont d'horri-
appartinssent. Le grand-prêtre n'en était le prési- Après tyrans; le dernier mérite le nom d'assassin.
dent que s'il avait les capacités nécessaires. An- ~) a, une courte régence de sa veuve Alexan-
desMM de ce conseil, à qui étaient réservées < ses deux fils se disputent le pouvoir ~/)
can,
i
les affaires d'intérêt majeur, on institua de petits.Aristobule, ]o laine, est battu et devient grand-prêtre,
MM<«rttM de vingt-trois membres cadet, est élu roi malgré les Pha-
qui jugeaient risiens.
i Le grand Pompée, alors à Damas, inter-
les affaires criminelles ordinaires, et de <rt'AM- vient, s'empare
i de Jérusalem et donne à l'Idu-
MaM: de trois juges pour les contestations civiles, iméen Antipater le
EcoLBS IT SECTES jcivES. Pour avoir amené sserve que fapparence. pouvoir dont Hyrcan no con-
avec tant de rapidité cette restauration politique, <! La Judée est désormais
H fallait que l'enseignement des scribes eût
dépendante de Rome (63).
fondément pénétré dans !e peuple; en efet,pro- Antipater, habile et rusé, ne gouverne guère
les
écoles diverses qui s'étaient formées chez tes procurateur que
q dans nntéret de sa propre famille; nommé
Juifs avaient fini par exercer une grande influence. tdde hautes po<itiOM de la Judée, ilconne a ses deux fils
i.e< Sadducéens, qui constituaient l'une de dans l'Etat. Hérode, le plus
ces jeune,
j~
écoles, comprenaient les familles pontificales et paternelles; il est 1-héfMer de l'ambition et de l'habileté
les classes nettes; ils s'attachaient servilement à p épouse Marianne, petitp-nlle d'Hyr-
can,
c
la lettre dans l'interprétationdu Pentateuque, ils CUiassé de et devient le favori du triumvir Antoine.
n acceptaient pas les traditions orales, et Jérusalem, il y revient accompagné de
repous- légions
I<
raientles dogmes de t'immortalité de l'âme et de l'a- cerné à Rome et avec le titre de roi qui lui avait été dé-
vènement messianique. Egoistes et orgueilleux, et voir c. par le Sénat, et affermit son pou-
très durs dans l'application des lois pénales, ils A v~ par le meurtre des membres de la famille
étaient fort wpopuiaiMs. Les PAa~t~M sont Asmonéenne et du Grand Sanhédrm. Bientôt la
op-
posés en tout aux Sadducéens. Continuateurs des viennent
reine
ri Marianne elle-même et ses propres aïs de-
Assidèens et partisans de la tradition, ils sont les vi élever
él
ses victimes enfin, après avoir fait
des constructions splendides, il meurt au
représentants de la démocratie et de l'esprit milieu d'horribles souffrances et de l'exécration
m
laique; leur interprétation, qui est large, facilite universelle.
) exécution de la loi et en assure le maintien, bien La Palestine, déj&
m
qu'elle descende parfois a de trop minutieux dé- luttes gravement troublée par les
t~is réglementaires. Ils enseignent lu des patriotes, les Zélateurs, et du parti
les grands m main, est partagée, à la mort d'Hérode, entre ses ro-
dogme. de la Providence, de la liberté, de l'immor- tr trois Bis survivants, et peu après la Judée, enlevée
à Archéta&s, l'un d'eux, qui s'était attiré la haine chef des écoles israélites, lui donna l'appui de son
publique, est réduite en province romaine. Le autorité et crut voir en lui le Messie annoncé par
pouvoir des proconsuls pèse lourdement sur le les prophètes. En peu de temps, Barcochbah fut
malheureux pays privé de son indépendance un maître du pays, et, pour dompter cette redoutable
de ces magistrats,Ponce-Pilate,mécontentegrave- rebellion, Adrien fut obligé d'envoyer en Judée
ment le peuple c'est sous son gouvernement Jules Sévère, son meilleur général. Jérusalem est
qu'eut lieu le procès et la condamnation de Jésus, bientôt reprise et de nouveau rasée mais Béthar,
mis en croix par ses ordres, sur les accusations des forteresse où Barcochbah s'était enfermé, n'est em-
grands et des prêtres membres du parti saddu- portée qu'après trois ans d'un siège horrible. Bar-
céen et inféodés à la politique de Rome (27-36). cochbah mourut les armes à la main, Akiba dans
Sous Caligula, les Juifs refusent d'adorer le fou les tortures, et environ 600000 Juifs furent massa-
qui était le maître du monde, et sont l'objet de crés (135). ·
cruelles persécutions, que l'empereur Claude fait Désormais la Judéen'est plus qu'un désert; son
cesser. Agrippa, petit-fils d'Hérode, favori de existence politique est finie~ mais le mouvement
Claude, est nommé roi de la Judée, qui prospère dogmatique qui s'était produit dans son sein et les
sous son règne trop court, mais qui retombe bientôt diverses doctrines religieuses qui y avaient pris
sous l'administration directe de Rome. C'en est naissance devaient régénérer le monde et ta con-
fait désormais de toute paix. Les querelles vio- quérir aux vérités éternelles du Sinai.- Pour l'his-
lentes des Juifs, des Samaritains et des Grecs, les toire du peuple juif après sa dis~rsion définitive,
brigandages commis impunément au milieu de V. Juifs. [E.-A. Astruc.]
l'anarchie, les insolences des soldats romains et ITALIE (GÉOGRAPHIE). Géographie générale,
surtout la rapacité inouie des proconsuls excitent XIII. l. Géographie physique. Situation, li-
des révoltes journalières; enfin, sous l'administra- mites. L'Italie est une contrée de l'Europe mé-
tion du féroce Florus, il éclate une insurrection ridionale, comprise entre les Alpes, au nord, et la
générale. Méditerranée, au sud. Des mers secondaires dépon-
Les Zélateursen prennent la direction, et dès les dant de celle-cila limitent de tous les autres côtés
premiers temps remportent de grands avantages la mer Ionienne et la mer Adriatique, à l'est
sur les Romains, qui sont refoulés hors du pays. la mer Tyrrhénienne, et le golfe de Gênes ou
Néron confie à Vespasien le soin d'apaiser la révolte. mer de Ligurie. à l'ouest.
Accompagné de son fils Titus, ce général vient. En latitude, l'Italie est comprise entre 38° et 4T
avec une armée formidable, mettre le siège devant de lat. N. elle appartient donc essentiellement
Jotapat. Cette forteresse, défendue par un jeune à la zone tempérée; en longitude, elle va de 4° &
prêtre qui fut plus tard l'historien Flavius Josèphe, 16° à l'est de Paris.
tomba au pouvoir des Romains après une vaillante Forme, caps et golfes du littoral. Sa direc-
résistance. Vespasien,élu empereur,laissa le com- tion générale est au S.-O., sur une longueur de
mandement à Titus, qui vint mettre le siège de- 1000 kil. en ligne droite. Sa largeur moyenne est
vant Jérusalem en proie a la plus affreuse discorde. d'environ 200 kil. Elle a la forme caractéristique
Ne pouvant s'emparer de la ville par laforce, Titus d'une botte, dont les caps Gargano, sur la mer
essaya de la prendre par la famine. Après une Adriatique, Leuca et Spartivento, sur la mer Io-
héroïque résistance, Jérusalem fut prise et le nienne, indiquent respectivement l'éperon, le ta-
temple brûlé. Massada, forteresse près de la Mer lon et la pointe. Entre ces deux derniers se creuse
Morte, ne se rendit pas aux vainqueurs; ses dé- le golfe de Tarente. Du côté de la mer Tyr-
fenseurs se tuèrent tous de leurs propres mains rhénienne, le littoral est découpé les principaux
avec leurs femmeset leurs enfants. Environi 100000 golfes qu'il forme sont ceux de Gaete, de Naples
Juifs avaient péri dans la lutte; plus de 600 000 fu- et de Salerne. La partie septentrionalede l'Adria-
rent vendus ou réservés aux jeux du cirque (72). tique, entre l'Italie et la péninsule d'Istrie, porte
Les Juifs n'étaient pourtant pas encore écrasés le nom de golfes de Venise et de Trieste.
comme peuple, et leur doctrine restait debout. Au 7<M. Au-devantdes rivages, qui abritent des
plus fort de la tyrannied'Hérode, les écoles avaient ports nombreux, l'Italie se complète par de grandes
continué à se développer; nous voyons fleurir à ïtes au sud, ta Sicile, séparée du continent par te dé-
cette époque chez les Pharisiens deux grands doc- troit de Messine a l'ouest, laSardaigne et la Corse,
teurs, Hillel et Schamaï, qui rept'esentent des ten- cette dernière appartenant à la France depuis un
dances opposées. Schamai, dans son interprétation siècle. Les Mes plus petites sont l'ile d'Elbe, entre
rigoureuse des textes bibliques, se rapproche des la Corse et la Toscane au devant des golfes de
Sadducéens. Hillel au contraire fait la part des cir- Gaëte et de Naples, l'archipel des ttes Ponza,
constances et admet, dans l'intérêt même de la loi, Ischia, Procida et Capri; enfin, l'archipel volcani-
la nécessité d'en abroger certaines dispositions. Sa que des Lipari, au nord de la Sicile.
réponse à un païen, qui lui demandait le résumé Superficie et ~)op!<M:'on. – L'Italie avec ses dé-
de la loi, est restée célèbre Ce que tu M'eues pas pendances a une superficie de 300000 kil. carrés en-
pour toi, dit-il, ne le fais pas à autrui; c'est viron, les trois cinquièmes de la France, et est peu-
toute la loi; le reste n'en est que le commentaire. plée de près de 28 millions d'habitants, les trois
Pendant le siège de Jérusalem, un autre docteur quarts de notre populationactuelle. Cela correspond
éminent, Johanan ben Zaccaï, avaitrquitte secrète- en moyenne & N4 habitants par kil. carré. Notre po-
ment la ville et obtenu de Vespasien la permission pulation spécifique n'est que de 70.
de fonder une école à Jamnia, dans l'ancien'terri- OROGRAPHIE. Les Alpes. Les Alpesforment la
toire des Philistins. Cette école resta pour les plus haute chatne de montagnes et en grande
Juifs un foyer ardent de patriotisme et de religion partie la limite septentrionale de l'Italie. Entre
aussi les persécutions éprouvées sons Domitien, cette contrée et la France, la frontière suit pres-
et les succès momentanés obtenus sous Trajan, que constamment la ligne de faite depuis le col
leur firent-ils concevoirplus que jamais l'espérance de Tende, au nord-estde Nice, jusqu'au MontBlanc,
d'un libérateur messianique. Sous l'empereur en passant successivement par le Mont Viso et le
~d<e?t, qui avait d'abord favorisé, puis proscrit Mont Cenis. C'est encore la crête, passant par le
leur religion, ils font une dernière et terrible ten- Saint-Bernard, le mont Cervin ou Matterhorn, et
tative pour recouvrer leur indépendance. Jérusalem le Mont-Rose, qui sépare la Suisse de l'Italie,
n'était guère détruite que depuis un demi-siècle, entre le Mont-Blanc et le Saint-Gothard. Mais à
lorsqu'un vaillant guerrier, Barcochbah, se souleva, partir de ce point, la Suisse garde la haute vallée
prit le titre de roi, et se vit entouré d'une armée du Tessin, et le Tyrol autrichien comprend le
considérable. J~!&a"Ae?: ~0~ illustre rabbin, cours supérieur de l'Adige et de la Brenta. Parmi
les pics qui jalonnent cette partie de la frontière, au sud jusqu'à Vérone, et tourne ensuite & l'ouest
il tant citer la Bernina, entre la source de l'Inn pour finir entre Chioggta et les bouches du Pô.
et l'Adda, l'Orteler et l'Adamello, entre celui-ci Le M. Celui-ci, qui est !e fleuve le plus con-
et l'Adige. La frontière suit ensuite les Alpes sidérable de l'Italie, par sa longueur, l'étendue
Cadoriques, puis Camiques, depuis la Brenta jus- de son bassin et l'abondance de ses eaux, com-
qu'au col de Tarvis, sur la route de Venise a mence au mont Viso et coule de l'O. à l'E. à
Vienne, et descend de là à l'Adriatique par une travers le Piémont, la Lombardie, la Vénétie.
ligne conventionnelle courant entre l'Isonzo et le C'est par sa rive gauche qu'il reçoit des Alpes ses
Tagliamento, deux petits tributaires du golfe de affluents les plus considérables. Il se grossit, a
Venise. Turin, de la Doire Ripuaire qui descend de Suse
Les Apennins. Les. Apennins, moins élevés et du Mont-Gonèvre entre Turin et Casal, de la
que les Alpes, forment l'ossature de la péninsule. Doire Baltée, qui descend du Mont-Blanc par le
Courant d'abord de l'O. à l'E. à une petite dis- vat d'Aoste puis de la Sésia, qui vient du Mont
tance de la Méditerranée, depuis le col de Tende Rose. Ensuite commencent tes grandes rivières, qui
jusqu'à l'extrémité du golfe de Gènes, ils se re- se débarrassent, dans tes lacs qu'elles traversent,
courbent ensuite au S.-E. en se tenant plus près des alluvions qu'elles ont arrachées aux flancs
de l'Adriatique que de la mer Tyrrhénienne. des A)pes le Tessin, qu'alimentent!ts neiges du
Depuis le col de Tende jusqu'à la source du Tibre, Saint-Gothard, et qui, après avoir traversé le, lac
l'Apennin Mc<<w~t'ot!a! est peu élevé (1000 à Majeur, sépare le Piémont, l'ouest, de la Lom-
1500 m.). Entre la source du Tibre et la latitude bardie, a l'est, passe à Pavie et se réunit au PO,
de. Rome environ, l'Apenntn central est au con- un peu en aval de cette ville; l'~cMa, qui sort des
traire beaucoup plus haut en même temps que glaciers de l'Orteler, arrose la Valteline, traverse
plus large. C'est là que s'élève le Gran Sasso d'I- le lac de Cdnte, en sort à Lecco, passe à Lodi, et
talia, sa cime maltresse, qui atteint près de 3000 tombe dans le PU entre Plaisance et Crémone
mètres et domine l'épais rempart des Abruzzes. t'O~t'o, qui traverse le val Camonica, puis le lac
A partir des sources opposéesdu Vulturne,affluent o"Mo le Mincio, qui sort du lac de Garde,
du golfe de Gaete, et du Sangro. tributaire de forme les marais enveloppant la place-forte de
l'Adriatique, l'pewttH méridional s'abaisse rapi- Mantoue, et sépare la Lombardie de la Vénétie.
dement et se partage en deux branches la plus Sur la rive droite, les affluents du PÔ sont bien
orientale et en même temps la plus faible traverse moinsconsidérables. Le principal est le Tanaro, qui
la terre d'Otrante et finit au cap Leuca; la plus descend du col de Tende et se grossit à Alexandrie
occidentale forme la charpente de la montagneuse de la Bormida. Puis viennent la So'tna, dont la
Calabre et se termine au détroit de Messine. valtée sert de débouché au port de Gênes vers
Parallèlement à la chaîne principale des Apen- Alexandrie et Milan, et qui passe à Tortone la
nins et au littoral de la mer Tyrrhénienne, le sol Trebbie, qui tombe dans le Pô à quelque distance
se relève en bourrelets moins prononcés, qui por- au-dessus do Plaisance la .~feeA:< dont )e con-
tent successivement le nom d'Alpes Apouanes, fluent fait face à celui du Mincio le Panaro, le
Sub-Apennin toscan, montagnes de la Sabine, et Reno qui passe à Bologne. Ces deux derniers se
obligent les affluents de la mer Tyrrhénienne, réunissent au Pô près de Ferrare, là où le fleuve
l'Arno, l'Ombrone, le Tibre, a couler parallèle- se partage en plusieurs branches, dont le cours
ment au rivage, avant de s'ouvrir un passage qui indécis se promène entre Venise et Ravenne.
leur permette d'y aboutir. Plus au sud, les monts De tous tes fleuves qui débouchent dans la Mé-
de l'ancien pays des Volsques, entre Rome et diterranée ou tes mers en dépendant, le Pô est,
Capoue, impriment la même direction au Gari- après le Danube, celui qui porte à la mer le plus de
gliano. débris. Chargé d'alluvions, il exhausse sans cesse
Volcans. Seul sur le continent européen, le son lit et court au-dessus de la vallée qu'il arrose,
mont Vésuve, près de Naples, donne encore de entre des digues qu'on est obligé de renforcer et
temps en temps le spectacle d'une éruption mais de surélever, pour protéger les campagnes envi-
d'un bout à l'autre de la péninsule abondent les ronnantes et les villes assises sur ses bords con-
cratères des volcans éteints, où dorment aujour- tre le danger des inondations. Malheureusement,
d'hui des lacs charmants, qui sont un des princi- ces obstacles sont souvent impuissants a conjurer
paux attraits de ce pays si pittoresque. lo fléau, et le fleuve non seulement se crée de
La Sicile a l'Etna, dont la cime, haute de plus nouveaux passages en recouvrant et dévastantdes
3000 mètres, se couvre de neige, en même temps campagnes fertiles, mais abandonne à l'état de
qu'elle vomit la lave. Le Stromboli, dans les lies marécages névreux celles où il coulait précédem-
Lipari, est aussi de temps en temps en ignition. ment. Ses apports continuels forment dans la
Entre le Vésuve et 1 Etna, la Calabre a été fré- mer un promontoire toujours grandissant (80 m.
quemment agitée par de terribles tremblements par an), ou sont entraînés par les courants de
de terre. Le dernier, celui de 1857, coûta la vie à l'Adriatique pour former des cordons littoraux pa-
10000 personnes; celui de 1783 renversa 109 vil- railè)es aurivage, etquiséparentde la pleine mer les
les ou villages et fit périr plus de 30 000 âmes. lagunes de Venise et celles de CumaccAto, au nord
Autres montagnes. La Sardaigne et l'ile de Ravenne. Cette dernière ville, qui fut autrefois
d'Elbe sont montagneuses comme leur voisine la un port florissant, est aujourd'hui à plusieurs kilo-
Corse. En Sicile, l'Etna forme le point culminant, mètres de l'Adriatique, moins loin toutefois en-
mais ne se rattache pas à l'ossature montagneuse core qu'Adria, qui lui a donné son nom.
qui partage l'lie en trois versants, dont celui du S.-O. Au sud du PÔ, l'Apennin central n'envoie à la
est le plus étendu, celui du nord le plus étroit. mer'Adriatique que des torrents courts et rapides.
Dans l'Italie septentrionale, le Monferrat, qui Nous avons déj~ nommé le Sangro plus loin coule
étale ses pentes sur la rive droite du Pô, en l'Ofanto, sur les bords duquel les Romains perdi-
face de Turin, se rattache au sud à l'Apennin de rent la bataille de Cannes.
Ligurie. Bassin de la Mer ï'yrAe?!tM~e. Du côté de
HYDROGRAPHIE. Versant de lAdriatique. la mer Tyrrhénienne,la Toséane verse t'~fMO, le
Les Alpes Carniques et Cadoriques n'envoient au fleuve de Florence et de Pi~, et t'O~roHe;
golfe de VeÊise que des torrents rapides, dont le Rome envoiele J't&r? le golfe de Gaëte reçoit le
2'a~HamMto et la Piave sont les plus célèbres. Gariglianoet le Vulturne, au bord duquel est assise
Puis vient la Brenta, qui passe à Padoue et finit Capoue.
dans les lagunes de Venise. Sans être un fleuve aussi considérable que le
L'Adige, né dans le Tyrol, descend rapidement Rhône ou le Pô, le Tibre est sujet à de fortes crue*
qui ravagent la ville de Rome et ses environs. A abritée par le rempart des Alpes contre les vents
l'état ordinaire, il roule deux fois moins d'eau que du nord, on peut dire que l'Italie, d'un bottt à
la Seine, mais en revanche il ne descend jamais l'autre, jouit d'un printemps perpétuel. En re-
aussi bas que ce dernier cours d'eau. vanche, la fièvre y sévit sur beaucoup de points.
Lacs. En dehors des lacs dont les eaux se Dans la plaine du Pô, couverte de rivières souvent
déversent dans le Pô, l'Italie renferme un certain inondées, dans les Maremmes de Toscane, qui
nombre de lacs assez étendus, entre Rome et avoisinent l'embouchure de l'Arno et de l'Ombrone,
Florence notamment. Les plus importants sont dans les marais Pontins, entre Rome et Gaëte, au-
ceux de Pérouse ou de ïy<M:meMe, de Bolséna et de tour de Ravenne, le long des côtes de Sicile, sur
B~Mt'a~o. tous les points en général où les eaux douces sont
RÉGIONS PHYSIQUES. Par sa disposition orogra- arrêtées dans leur écoulement vers la mer, le mau-
phique, l'Italie est partagée en régions bien dis- vais air (malaria) exerce ses ravages, et la fièvre
tinctes. Le long du golfe de Gènes, les Apennins existe & Fêtât d'épidémie permanente. Par un con-
enferment un littoral étroit: c'est la Ligurie, pays traste dont on est surpris, les lagunes de Venise
essentiellement maritime en même temps qu'ilil et de Comacchio, remplies par le flot salé, échap-
jouit d'un des plus heureux climats du monde, pent à ce fléau. Le voisinage des forêts est un
grâce à son exposition méridionale, et au mur de élément de salubrité, et les plantations d'euca-
montagnes qui l'abrite du vent froid du nord. lyptus sont en ce moment poussées avec vigueur
Le bassin du Pô forme une deuxième région comme un sûr moyen d'assainissement.
bien distincte. Dans l'antiquité, il n'était pas con- II. Géographieagricole et industrielle. Fer-
sidéré comme faisant partie de l'Italie, et s'appelait tilité de ~<t:<e. L'Italie est un pays d'agricul-
Gaule Cisalpine, du nom des Gaulois qui l'avaient ture plutôt que d'industrie.Où trouver ailleurs des
peuplé. C'était le Rubicon, petit torrent descendu campagnes plus fertiles que celles de la vallée du
de l'Apennin vers l'Adriatique, qui formait sa limite Pô, qui depuis des milliers d'années ne cesse de
au sud. Dans cette région, le PU forme la division produire, grâce aux irrigations qui renouvellent et
principale par la largeur de son lit, et la difficulté enrichissent sans cesse le sol de tous les débris
qu'offre généralement son passage. Dans le haut arrachés aux montagnes. Dans la plaine, ce ne sont
de son bassin, le Piémont s'étend sur ses deux que rizières, champs de blé ou de mais, prairies
rives au pied des montagnes (d'où son nom), jus- qui donnent jusqu'à huit coupes dans une année.
qu'au contrefort des Apennins qui s'abaisse au 'fout autour des champs courent les ruisseaux d'ir-
nord vers Plaisance. Mais au delà du Tessin, quand rigation à l'ombre des mûriers, des érables, des
le fleuve s'est grossi de ce puissant affluent, la ormeaux qui portent, suspendus à leurs rameaux,
Lombardie occupe seulement la rive gauche, jus- les pampres grimpants de la vigne. Malgré les dé-
qu'au lac de Garde où commence la Vénétie. Le sastres des guerres et des inondations, tant de
pays situé sur la rive droite du Pô depuis le fois répètesdepuis des milliers d'années, le paysan
Piémont jusqu'à l'Adriatique porte aujourd'hui le ne se lasse jamais de remettre en culture ce sol
nom d'Emilie, d'après l'ancienne voie Emilienne, généreux. Les collines bordant la plaine sont cou-
que suit à peu près le chemin de fer entre vertes de vignes et de mûriers, et des champs pé-
Plaisance et Rimini. C'est la route la plus directe niblement défrichés couvrent les flancs des monta-
pour aller de Milan & l'extrémitéde la péninsule par gnes partout où le laboureur peut arrêter un peu
les bords de l'Adriatique. De l'autre côté des de terre végétale le long de la pente rapide.
Apennins, la Toscane, anciennement l'.E~'MrM, La Toscane, cultivée comme un jardin, la Roma-
occupe les bassins de l'Arno et de l'Ombrone. Celui gne sur le versant opposé des Apennins, ne sont
du Tibre se partage entre l'OMï&rM et le Latium pas moins fertiles. Et que dire de la Campanie,
ou pays de Rome. A l'est de l'Ombrie, les ~?'e/t~ dont le sol, formé de cendres volcaniques, tire sa
occupent la région comprise entre l'Apennin et fertilité du soleil qui t'échauSe et du voisinage
l'Adriatique. A l'est du Latium, les Abruzzes, des volcans qui t'ont tant de fois bouleversé? De
l'antique Samnium, occupent la région la plus même, sur les pentes de l'Etna, un vieux châtai-
élevée de la péninsule. Quel contraste entre ce gnier peut abriter jusqu'à cent cavaliers sous son
pays sévère et la riante Campanie (aujourd'hui ombrage. La Sicile fut autrefois le grenier de
la Terre de Labour) qui lui confine au sud autour Rome. Mais les ravages causés par les guerres, qui
de Naples t La Calabre, qui occupe la péninsule ont tant de fois désolé cette lie, et les déboisements
dirigée vers la Sicile, est de nouveau toute cou- qui en ont rendu le climat plus sec, ont singuliè-
verte de montagnes, tandis que la Pouille (l'an- rement diminué cette prospérité.
cienne Apulie) ne porte du côté du canal d'Otrante Irrigations. Les irrigations, si indispensables
que des plages sablonneuses dominées par les sous le soleil de l'Italie, y sont parfaitement en-
grands plateaux stériles des tavoliere, que par- tendues. Parmi les canaux créés dans ce but, on
courent les troupeaux de brebis. Entre la Pouitle doit citer le canal Cavour, de construction récente,
et la Calabre se creuse le golfe de Tarente, sur les qui, dérivé du Pô à Chivasso, arrose les cam-
bords duquel les Grecs fondèrent autrefois une pagnes de Verceil et de Novare et la Lomelline,
foule de cités opulentes, Sybaris,Héraciée, Tarente entre la Sésia et le Tessin. Les canaux qui entou-
et plusieursautres. Aujourd'hui la vie s'en est re- rent Milan, ceux du val de Chiana, en Toscane,
tirée, et la Basilicate est une des régions les plus des environs de Ferrare et de Hovigo vers les bou-
arriérées de la péninsule. ches du Pô, ne sont pas moins remarquables.
CLIMAT. Par sa latitude, l'Italie appartient à PRODUCTIONSPMNOtPALES.–Cénéales, légumes, etc.
la zone tempérée par excellence, puisqu'elle est à La principale culture alimentaire est celle du blé,
égale distance du pôle et de l'équateur. Les mers dont on évaluait récemment la production à 50
qui baignent ses rivages contribuent en outre à la millions d'hectolitres. C'est la moitié de la récolte
garantir des extrêmes du chaud et du froid, en de la France, et cette quantité ne saurait suffire à
même temps que les montagnes créent une diver- nourrir une population qui est les 3/4 de celle de
sité d'altitudes et d'expositions propres aux pro- notre pays. Le mais fournit 30 millions d'hecto-
ductions les plus différentes. Quoique en descen- litres, et sa farine bouillie, consommée sous le
dant vers le midi on se rapproche de plus en plus, nom de polenta, forme la principale nourriture
dans la Sicile par exemple, du climat et des pro- d'une grande partie des paysans. Le riz, dont on
ductions de l'Afrique, les endroits bien abrités du récolte millions d'hectolitres,est exporté en asse~
nord de l'Italie, tels que les îles Borromées, sur grande quantité. A ces ressources s'ajoutent celles
le lac Majeur, et les bords du lac de Corne, voient des céréales de second ordre, seigle, orge, avoine,
mûrir les orangers à la latitude de Lyon. Bien cultivées surtout dans les montagnes, les légumes
secs, les châtaignes. C'est dans le Piémont et sur pende tes fils télégraphiques à des piliers de cette-
les Apennins qu'on trouve le plus grand nombre pierre plutôt qu'à des poteaux de bois ou de fer.
de châtaigniers. L'Italie produit aussi, grâce à son C'est à l'abondance et à la richesse des matériaux
climat, beaucoup de primeurs, des oranges, des de construction qu'on doit en partie la splendeur
citrons, des amandes, qui viennent surtout de la des églises et des palais de Milan,de Gènes, bâtis
Sicile et du pays napolitain. tout en marbre. La ville de Pouzzoles, près de
TroNpMM'. – Le Piémont, la Lombardie, l'E- Naples, a donné son nom à la pouzzolane, terre
milie possèdent des troupeaux de bœufs et de d'origine volcanique, qni forme un excellent ci-
vaches. Ce sont celles-ci qui fournissentle beurre ment.
du Milanais, le fromage parmesan et le stracchino. INDUSTRIE. L'industrie proprement dite est
Dans les pays marécageux de la Toscane et des peu développée en Italie à cause de l'absence de la
anciens États pontincaux, le bœuf fait place au houille et de la rareté des capitaux. Pour cette
bufnet Les Apennins méridionaux et la Pouille double raison, rétablissement d'une filature de
nourrissent de nombreux troupeaux de montons coton, par exemple, Muterait moitié plus en Ita-
et de porcs, dont le nombre ne saurait être mis lie qu'elle ne coûte en Angleterre, et les frais
en parallèle néanmoins avec ceux de la France de fabrication seraient plus considérables. C'est
ou de l'Allemagne. La Calabre élève de petits dans le nord de l'Italie, sur les rivières descendant
chevaux de race arabe, remarquables par leur des montagnes, et fournissant la force motrice a~
énergie; mais c'est dans la Vénétie qu'on trouve bon marché, que se concentrent surtout les usines.
les chevaux les plus forts. ï'M:<!<e<. La filature du coton occupe à elle
~M:/M et vins. Les huiles d'olives et les vins seule plus de &0 000 ouvriers dans la Lombardie
constituentunedes grandes ressources de l'Italie.La autour de Milan, et près de Gênes. Le tissage se
vigne et l'olivier réussissent d'un bout à l'autre de fait généralement dans les campagnes de Toscane,
la péninsule, sauf sur les terres trop élevées, et ou dans le royaume de Naples, et occupe 6000U
l'on récolte 3 millions d'hectolitres d'huiles, en personnes. Lecco,Bergame, Brescia, Milan, Gènes,
grande partie exportées au dehors, et neuf ou dix Bologne fabriquent aussi les toiles de chanvre ou
fois autant de vins. Les huiles les plus estimées de lin, dont la filature se fait surtout à la main,
sont celles de Toscane; les vins les plus célèbres ainsi du reste qu'une partie du tissage.
sont les vins liquoreux de Sicile, le Marsala, le Corne, Lecco et les cités voisines ont encore la
Syracuse, qui sont surtout expédiés en Angleterre, spécialité de la fabrication des soieries; Gênes,
en France ou en Allemagne; puis les vins de celle des velours.
l'Emilie, ceux du Monferrat, de la Toscane, ou des Quant aux draps, ils se fabriquent surtout dans.
environs de Naples, où ils puisent sur les cendres le Piémont, en Toscane, et près de Naples. L'Italie
volcaniques un goût de terroir tout particulier. ne trouve pas du reste dans ses troupeaux une
Cultures industrielles. En fait de cultures quantité de laine suffisante elle en importe de la
industrielles,le chanvre et le lin occupent le pre- Plata, et beaucoup de draps ou de tissus, d'Angle-
mier rang. Le premier ne couvre pas moins de terre ou d'Allemagne.
) 33 000 hectares, dans la partie méridionale du Industries diverses. L'Italie a donné son nom
versant méditerranéen, et surtout dans l'Emilie, aux pâtes alimentaires, faites avec la farine des
qui, à elle seule, fournit plus de la moitié de btés durs. Entre Gènes et Savone, on trouve une
la production totale, 500 000 quintaux. Le lin centaine de fabriques de vermicelle, et qui n'a en-
couvre 80 000 hectares, et ne donne que le quart tendu vanter le fameux macaroni de Naplea, les
de la production du chanvre. C'est surtout la Lom- délices du lazzarone?
bardie qui le produit. C'est aussi en Italie, et surtout en Toscane,
Quant au coton, que la Sicile et le midi du qu'on tresse les plus belles pailles pour la cha-
royaume de Naples sont aptes à produire, la cul- pellerie. A elle seule cette industrie exporte pour
ture en est en décroissance depuis que l'Améri- 30 millions de produits.
que a recommencé à en fournir les manufactures Venise n'a plus, comme autrefois, le monopote de
européennes. la fabrication des cristaux, mais elle produit encore
Soie. L'Italie est au contraire un grand pays beaucoup décès verroteriesde couleur, qu'on porte
producteur de soie. Dans certaines années elle comme objets d'échange en Afrique, en Chine ou
aurait même dépassé la Chine sous ce rapport. In- aux colonies, et en même temps des cristaux de luxe.
dépendamment de ce que le pays consomme dans C'est aussi en Italie qu'on a inventé la fabrication
ses fabriques de soieries, il exporte en une seule de la faïence, à laquelle Faenza a donné son nom.
année jusqu'à 3 600 000 kilogr. de soies grèges ou Aujourd'hui, cette industrie a passé dans d'autres
Olees. pays. Toutefois Florence et Milan produisent en-
Richesses minérales. L'lie d'Elbe contient une core de la céramique. Florence fabrique aussi des
masse énorme de minerai de fer d'excellente qua- camées, des mosatques et une foule d'objets de
lité. On en exporte annuellement 200 000 tonnes luxe rentrant dans l'aptitudeartistiquedes Italiens.
do là ou de t'He de Sardaigne. Cette dernière pos- Les bijoux de corail de Naples, l'or ntigrané de Ve-
sède les riches mines de zinc de Malfidano, de dé- nise ou de Gènes, appartiennent au mémo genre
couverte récente, et des g!tee de plomb dont de produits. Les terres cuites de Naples se rap-
l'exploitation remonte sans doute aux Phéniciens. prochent de la statuaire, pour laquelle les Italiens
On trouve en outre du cuivre en Vénétie. ont tant d'aptitude. Milan est renommée pour sa
La Toscane possède une richesse toute spéciale, carrosserie, Brescia pour ses armes. C'est en Lom-
les M/~CTn, qui laissent dégager l'acide borique. bardie que se trouvent le petit nombre de forges
La Sicile approvisionne l'Europe entière de soufre italiennes. Grâce à la qualité des minerais, elles
dont on envoie- raffiner une grande partie à Mar- produisent d'excellentes fontes. On ne trouve d'a-
seille. Les lles d'origine volcanique sont riches en teliers de construction qu'autour des grandes villes
produits chimiques, qu'on recueille sur place dans comme Naples ou Gênes.
les Lipari. C'est aussi de là que viennent toutes Milan et Turin fabriquent des produits chimi-
les pierres ponces demandées par le commerce. ques et l'on trouve sur divers points de nom-
Comme la Grèce, l'Italie est riche en beaux mar- breuses papeteries, favorisées par la force motrice
bres. Le plus recherché par les sculpteurs est des cours d'eau et l'abondance du chanvre et autres
celui de Carrare, sur le versant sud des Apennins, matières premières.
entre la Toscane et la Ligurie. Puis viennent les Savone a donné son nom aux savons, mais cette
marbres de Gênes et des Alpes. Près du lac Ma- industrie n'y a plus guère d'importance.
jeur, le granit est assez commun pour qu'on sus- L'Italie a des eûtes fort étendues par rapport à
s.t superficie; aussi sa marine a-t-elle pris, depuis rattache (jettes a Marseille. La ligne
qui relie Bo-
l'unification du pays, un grand développement. logne à Florence à travers les Apennins est la
Les chantiers de construction maritime ont une grande artère intérieure de l'Italie, rattachant en-
grande activité sur le littoral de Gènes et aux envi- semble Milan, Venise, Florence, Rome et Naples.
rons de Naples. On se livre aussi àsépia, une pêche ac- Bologne est par suite le grand centre de jonction
tive sur les rivages. Le thon, la le corail des voies ferrées de la péninsule.
sont les principaux produits de cette industrie dans III. Géographie historique. L'Italie ancienne.
la mer Tyrrhénienne, et sur les côtes de Sicile et Les plus anciennes populations de l'Italie fu-
de Sardaigne. Du côté de l'Adriatique, les lagunes rent les Ligures, dont le nom est resté à la côte
de Comacchio constituent de véritables réservoirs de Gènes; les Ëtrusq.ues, qui avaient atteint, un et~t
pour retenir et élever le poisson. de civilisation très avancé avant la fondation de
COMMERCE. – De 1862 à 18'!6, le commerce ex- Rome (753 ans avant J.-C.); les Grecs, qui étaient
térieur de l'Italie a passé de 1500 millions à venus fonder dans l'Italie méridionale une foule de
2700 millions; les exportations notamment ont colonies riches et prospères, auxquelles se mêlèrent
doublé dans cet intervalle. C'est avec la France, quelques établissements dus aux. Phéniciens, les
l'Angleterre,l'Autriche que se font le plus de tran- premiers navigateurs de la Méditerranée. Au nord
sactions. enfin habitaient des Celtes, frères des Gaulois.
Flotte. La flotte de commerce comprend ;!o00 Nous renvoyons à l'article Rome tous les détails
navires ou barques, dont le tonnage, un peu supé- concernant le développement successif de la puis-
rieur à celui de la marine française, s'élève à près sance romaine, qui soumit une grande partie du
de 1200 000 tonneaux. monde à
connu cette époque avant de s'écrouler
Ports principaux. Les principaux ports de sous les invasions barbares.
commerce sont, en première ligne, Gênes, qui dis- L'invasion des &a)'&st'es. Les Hérules et les
pute à Marseille le commerce de la Suisse et de Ostrogoths fondèrent successivement en Italie
l'Allemagne occidentale sur la Méditerranée, La des monarchies éphémères. Les Lombards, arri-
Spezzia est le grand arsenal militaire du royaume, vant à leur tour, se partagèrent l'Italie avec les
grâce à sa situation naturellement très forte. Li- empereurs grecs de Constantinople. Ceux-ci se fi-
vourne a pris la place qu'occupait Pise au moyen rent représenter en Italie par un e-Em'f/Me résidant
~ge, lorsque l'état de l'Arno et la taille des navires à Ravenne, sur le côté des Apennins qui regarde
lui permettaientd'être un port. Civitta- Veccltia a l'Orient. Les Lombards avaient pour eux le pays
de même remplacé pour Rome le port d'Ostie en- qui porte encore aujourd'hui leur nom, la Toscane,
vahi par les envasements du Tibre. Naples et Me- et le duché de Bénévent dans le sud de la pénin-
sine se disputent aujourd'hui le premier rang après sule. A Rome, qui appartenaitaux empereurs grecs,
Gènes. Le dernier est une étape importante sur la le pape devint bientôt indépendant et réclama l'ap-
route de Marseille à Alexandrie, au canal de Suez pui des Francs contre les Lombards.
et danstout le Levant. Pa~mcest un autre grand CAat'~tna~rte, le patrimoine de Saint-Pierre.
port; les produits de la Sicile peuvent du reste être Charlemagne, vainqueur de ceux-ci, ne leur laissa
embarqués sur une foule de points différents, rap- que Bénévent. Il forma au nord le royaume d'Italie,
pelant de bien loin les anciennes cités si prospères qu'il réunit à son empire, et au centre le patri-
de l'antiquité; Catane, Syracuse, Port Empfit/oc/e moine de Saint-Pierre attribué au pape, mais placé
près de Girgenti (l'ancienne Agrigente), r;apa?M sous l'autorité impériale. Ce patrimoine compre-
sont les principaux de ces ports. naitl'exarchatde Ravenne, que les Lombardsavaient
Du côté de l'Adriatique, Venise occupe le pre- enlevé aux Grecs et que Charlemagne leur reprit,
mier rang. Elle a perdu la prépondérance dont elle ainsi que la Pentapole Rimini, Pesaro, Fano, Si-
jouissait au moyen âge lorsque sa flotte était mai- nigaglia, Ancône), et l'ancien duché de Rom(.
tresse de la Méditerranée, et sa diplomatie la plus Les républiques italiennes. Au moyen âge, les
écoutée dans les conseils de l'Europe. Trieste lui a villes maritimes se constituenten républiques Gè-
enlevé le commerce de l'Autriche; mais le viaduc nes, Venise,Pise, Naples, Amalfi, et surtout les trois
qui la réunit par une voie ferrée à la terre ferme lui premières atteignent un haut degré de richesse et
ouvre de nombreux débouchés en Lombardie, dans de prospérité. Le commerce de la Méditerranée est
le Tyrol et l'Allemagne occidentale par le Brenner. entre leurs mains. Au nord d'autres républiques
Ancdne jouit de l'avantage d'un col de montagne Milan, Pavie, Crémone, Modène.Padoue,Plaisance,
qui la met en communication relativement facile Ferrare, vivent pendant plusieurs siècles d'une
.avec le versant occidental des Apennins, l'Ombrie, existence indépendante. Au centre, les États de
la Toscane et le Latium. Plus au midi, Brindisi est l'Eglise s'agrandissentpar la donation de la grande
le port avancé de l'Europe vers l'Orient, tant que comtesse Mathilde, et les cités de Florence, Luc-
les chemins de fer ne traversent pas la Turquie et ques, Sienne deviennent de riches républiques
ne mettent pas Constantinople ou Salonique en marchandes.
communication directe et ininterrompueavec l'Eu- i'~cHe méridionale. Les Français en Italie.
rope occidentale. Au midi s'établissent les Normands, qui fon-
Chemins de fer. -Les chemins de fer sont moins dent le royaume des Deux-Siciles. Tandis que ce-
nombreux en Italie qu'en France. Le réseau n'y lui-ci passe successivement dans la maison fran-
est guère que le tiers de celui de notre pays. C'est çaise d'Anjou, puis dans la maison d'Aragon, pour
dans le bassin du Pu que les mailles en sont le rester définitivement au pouvoir de l'Espagne, la
plus serrées. Par le Mont-Cenis, le Piémont est Toscane devenait le domaine des Médicis qui y
relié à la France la Lombardiele sera bientôt à la firent fleurir les beaux-arts. Les Visconti, puis les
Suisse par le Saint-Gothard. Le Brenner, le pre- Sforza régnaient à Milan, que se disputèrent bien-
mier passage des Alpes franchi par une voie ferrée, tôt la France et l'Espagne les Gonzague à Man-
rattache la Vénétie au Tyrol. Parmi les voies de toue, la maison d'Este à Ferrare; Venise était de-
la péninsule méridionale, la principale & signaler venue puissance de terre ferme; le duc de Savoie
est celle qui suit l'Adriatique depuis Rimini jus- jetait les fondements de cette dynastie qui devait
qu'à Otrante, en continuantainsi la ligne qui borde arriver à posséder toute la péninsule.
la voie Emilienne et réunit Plaisance, Parme, Mo- L'Italie mode'-ne. L'Espagne, l'ayant emporteà
dène, Bologne. C'est actuellementune des grandes sur les Français, resta maitresse du Milanais et des
voies du trafic international. Sur le versantopposé, Deux-Siciles jusqu'au dix-huitième siècle Ce fat
le golfe de Gênes est bordé par une voie littorale alors l'Autriche qui devint souveraine du Milanais.
qui se continue au sud jusqu'à Civitta-Vecchia,et tandis que les Bourbons d'Espagne s'établissaient
relie ensuite Rome et Naples, comme au nord elle à Parme et à Naples. Dans le cours du même sièct~
la Toscane passa entre les mains de lamaison de Lor- la Basilicate forme la province de Potenza; la Ça-
raine, qui occupa bientôt le trône impérial d'Autri- labre en comprend 3 Catanzaro, Cosenza et Reg-
che. Pendant les guerres de la république et de gio la Sicile 7 Caltanisetta, Catane, Girgenti,
l'empire, les Français s'emparèrentde toute l'Italie, Messine, Palerme, Syracuse et Trapani; l'Ile de
sauf de la Sicile, où les Bourbons maintinrentleur Sardaigne, 2 Cagliari et Sassari.
souveraineté on y forma successivement les répu- L'Italie, qui ne renfermait, il y a un siècte, que
bliques cisalpine à Milan, ligurienne à Gênes, par- 15 millions d'habitants, en compte aujourd'hui 28
thénopéenne a Naples, qui n'eurent qu'une durée millions.
éphémère. Bientôt les départements français s'é- C'est la Ligurie, avec 164 habitants par k. c.,
tendirent jusqu'à Rome, et le royaume d'Italie, qui offre la population la plus dense. Viennent
formé de la Lombardie, de la Vénétie, d'une par- ensuite la Campanie avec )5S, et la Lombardie
tie de l'Emilie, et des Marches, était une dépen- avec 153 habitants. La Vénétie. l'Emilie et le Pié-
dance directe de l'empire. Le royaume de Naples, mont dépassent encore la moyenne de tout le
au midi, était l'apanage d'un frère ou d'un boau- royaume. Les parties les moins peuplées sont, M,
frère de Napoléon. contraire, l'ile de Sardaigne avec 27 habitants, et
L'ltatie df txlà à 1860. Le congrès de Vienne, la Basilicate avec 49.
en 1815, Introduisit un nouvel ordre de choses. Il L'unité de l'Italie s'est faite par les Italiens de
donna au roi de Sardaigne, possesseurde la Savoie, nord, plus éclairés, plus laborieux que ceux du
du Piémont, du comté de Nice, l'ancien État de sud, encore ignorants, superstitieux, dépourvus de
Gênes le royaume lombard-vénitien à l'Autriche, besoins et paresseux. L'accord moral est encore
les duchés de Parme, de Modène, de Lucques, la loin d'être établi entre tes deux parties de la pé-
Toscane à des princes de Bourbon ou de la maison ninsule, également jalouses de leur indépendance
d'Autriche. Le pape fut réintégré dans ses États et remplies d'attachement pour leurs anciennes
le roi de Naples recouvra tout son royaume. En mœurs. Si peu à peu tes lumières de l'instruction
1847, Lucques fut réuni à la Toscane.. et un état de civilisation plus avancé pénètrent
L'Italie contemporaine. En 1859, l'alliance de au midi, le fléau du brigandage y sévit encore,
la France permit au roi de Sardaigne de lutter notamment en Sicile où, par moments, il exerce une
victorieusement contre l'Autriche. Abandonnant à véritable terreur. Pour soutenir les guerres au
la France la Savoie et une partie du comté de Nice, moyen desquelles elle a acquis son indépendance,
il réunit à ses États la Lombardie conquise par les pour développer les travaux publics, l'Italie a du
armées alliées. En même temps les princes étaient dépenser des sommes énormes qui ont endetté
chassés de Parme, de Modène et de Florence, et l'Etat tout en le chargeant d'impôts très durs, dont
l'Emilie et les Marches se donnaient à Victor-Em- plusieurs, tels que l'impôt sur la mouture, ont un
manuel. L'année suivante, la Sici!f* et le royaume caractère particulièrement vexatoire.
de Naples étaient conquises par Garibaldi, et le (;r<Me~ villes. Les grandes villes sont plue
roi de Sardaigne réunissait sous son sceptre, en nombreuses en Italie que dans notre* pays, et sur--
prenant le titre do roi d'Italie, la péninsule tout tout plus riches en souvenirs historiques, et en
entière, sauf la Vénétie restée entre les mains des monuments ou collections antiques. C'est, avec la
Autrichiens, et la 1 artie occidentale des États de beauté du climat et les curiosités pittoresquesdu.
l'Eglise laissée au souverain pontife. En 1866, une pays, ce qui y attire et charme tant les voyageurs.
nouvelle alliance, conclue avec la Prusse contre YM' tM, la première capitale du nouveau royaume,
l'Autriche, permit aussi à l'Italie de s'annexer la après avoir été celle des rois de Sardaigne, ren-
Vénétie, et pendant la malheureuse guerre de 1870, ferme plus de 200 000 habitants les routes qui y
ses troupes entrèrent à Rome qu'avait jusqu'alors aboutissent, en venant du Mont-Cenis ou du Mont
protégée l'empereur Napoléon III. Le pape conti- Genèvre, suivent les vallées dites Vaudoises (des
nue à résider dans la ville ~e~e, où on lui a protestants qui les habitent en partie), et passent
laissé )e palais du Vatican et tous les attributs de par Suse et Pignerol, fameuses dans l'histoire des
la souveraineté;mais il n'a plus aucun territoire à guerres, comme Saluces, qui est plus au sud et
gouverner. Les souverains étrangers entretiennent près du PU. Sur la route de Turin à Savone sont
auprès de lui des ambassadeursspéciaux, de même Mondovi,Millesimo,Montenotte,Dego, témoins des
qu'il leur envoie de son côté des nonces. Le roi premières victoires de Bonaparte en Italie.
d'Italie, dont la capitale a été Turin jusqu'en ISMj, Alexandrie, la seconde ville du Piémont par sa
puis Florence jusqu'en t8'!Û, réside maintenant11 population (6C 000 hab.), en est la principale for-
Rome où sont réunis le parlement, les ministèreset teresse et occupe le centre du triangle Turin-
tous les organes du gouvernement central. Gènes-Milan. C'est presque sous les murs d'A-
IV. Gouvernement,divisions administratives. lexandrie que s'est livrée la bataille de JtfareM~o,
Le nouveau royaume est soumis au régime et c'est sur la route d'Alexandrie à Plaisance qu'ont
de la monarchie constitutionnelle et parlemen- été gagnées celles de Montebello.
taire, ainsi que le règle la constitution ou sta- Pavie (25,000 hab.), au confluent du PA et du
tut accordé aux Etats Sardes en 1848. H est di- Tessin, nous rappelle la triste défaite de Françoia.
visé en 69 provinces, savoir 4 dans le Piémont I". C'est aujourd'hui une ville universitaire. Plus
Alexandrie, Coni, Novare et Tarin dans la Li- haut, sur la même rivière, sont les ponts de Tur-
gurie Gênes et Port-Maurice 8 dans la Lombar- bigo et de Buffalora qui conduisent à Magenta,
die Bergame, Brescia, Corne, Crémone, Mantoue, entre Novare et Milan. C'est à Novare que Char-
Milan, Pavie et Sondrio; 8 dans la Vénétie Bel- les-Albert fut vaincu en 1849 par tes Autrichiens.
lune, Padoue, Rovigo, Trévise. Udine, Venise, Sa défaite retarda de dix ans l'unité de l'Italie.
Vérone et Vicence; 8 dans l'Emilie: Bologne,Fer- Avec ses faubourgs, Milan renferme près de-
rare, Forli, Modène, Parme, Plaisance, Ravenne 300 000 habitants. Sa population, son activité~ son
et Reggio. L'Ombrie forme la province de Pérouse; industrie, ses palais, sa cathédrale de marbre, son.
les Marches, les 4 provinces d'AncÔne, Ascoli et théâtre de la Scala, en font une des plus belles
Piceno, Macerata, Urbin et Pesaro. La Toscane villes de l'Italie. Au nord de Milan, Monza (25 0<~
comprend 8 provinces Arezzo, Florence, Grossoto, hab.) garde la couronne de fer des anciens rois
Livourne, Lucques, Massa et Carrare, Pise, et lombards. Cdme (25 000 hab.), Bo'yame (40 000
Sienne. Les environs de Rome forment la province hab.), Brescia (40000 hab.), se distinguent par
de Rome; les Abruzzes,4provinces Aquila, Cam- leur industrie. Entre Milan et Crémone, voici
pobasso, Chieti et Teramd' La Campanie comprend Melegnano, l'ancien Marignan, et sur les bords de
5 provinces Avellino, Bénévent. Caserte, Naples t'Adda.ZoeH, théâtre d'une autre victoire des Fran-
et Salerne; la Pouille 3 Bari, Foggia et Lecco; çais.
Plaisance (35 000 hab.) garde le passage du Pô œuvres d'art, et ses collections sont recueillies uniques sou9
le rapport des antiquités romaines à
au pied des contreforts des Apennins. En avançant
à l'est, on trouve entre le Mincio et l'Adige le fa- Pompe:. Les cités populeuses se pressentsuffisent autour
lequel les Autrichiens de Naples; les richesses du sol et de la mer
meux quadrilatère, sur
appuyaient la défense de leurs possessions Ita- à nourrir de nombreux habitants qui ont, du reste,
liennes Pfsc/t:e)'a sur le lac de Garde, Mantoue, peu de besoins. La douceur du chmat permet de
aux
sur le Mincio, FeroKe (70 000 hab.), et Legnago, lazzaroni de vivre presque nus; un sou maca-
sur l'Adige. roni suffit àles nourrir, et quand ils se sont assuré
C'est à l'ouest du Mincio qu'ont été livrées les la nourriture du jour, ils jouissent du soleil et de
batailles de Castiglione et de So//ë)':MO c'est entre la belle nature, en vrais artistes qu'ils sont. Caserte
le lac de Garde et Vérone qu'a Été remportée est, après Naples. la principale cité de la Campanie
la victoire de Rivoli. ~'M/e est sur la rive gauche (30000 hab.) Gaeïedéfendaitle royaume de Naples
de l'Adige, entre Vérone et Legnago. Que de sang contre l'Italie du nord. C'est là que le dernier roi
répandu sur ce petit coin de terre Par leurs mo- a soutenu le siège
baie
dont
de
l'issue
Naples,
a consacré sa dé-
C<Mfe~am<M'e,
numents, Vérone, Padoue (6t,0t)0 hab.), la ville chéance. Sur la
universitaire, servent d'introduction à la magni- So)'en~ sont chéris des voyageurs à cause du
fique Venise ()3~ 000 hab.), si riche en œuvres charme qu'offre leur séjour. Sur le golfe de Salerne,
d'art merveilleuses, palais, églises, musées. la ville de ce nom rappelle une école de médecine
Dans l'Emilie, Fe~'are est célèbre par le séjour fameuse au moyen âge. C'est à l'ouest de Salerne
d'.i Tasse, Ravenne, par la victoire et la mort de que se trouve
~n!< dont la prospérité remonte à
Gaston de Foix, Parme (45 000 hab.) par les œu- la même époque. Dans la Pouille, Foggia est une
vres du Corrège; Isologue, ville universitaire, oc- ville de 50 uOO habitants.
cupe aujourd'hui le premier rang parmi toutes ces Dans la Sicile, Palerme, remarquable par ses
cités, par sa population de plus de 100 000 habi- beaux monuments de t'époque arabe, renferme
tants et ses institutions scientifiques. plus de 200000 habitants. Messine, grande étape
C'est à peu de distance au sud de ~tMt~ où la de passage, en a 110 000. Elle nous rappelle l'affreux
voie Emilienne se terminaitdu côté de l'Adriatique massacre des vêpres siciliennes. Catane, malgré
porte triomphale, que l'on trouve, perché le voisinage de l'Etna qui la domine et la menace
par unemontagnes,l'Ëtat perpétuellement, 000. Par contre, l'antique
sur les minuscule de SaM<-Ma)':M en a 85
(7000 hab., sur 57 kil. carrés), dont l'indépen. Syracuse, dont la population s'éleva aujourd'hui peut-être à
dance remonte à plus d'un millier d'années. un million d'habitants, n'en a plus
Dans la Ligurie, Gênes, avec 130000 habitants, est qu'une vingtaine de mille. C'est aussi la population
aujourd'hui le premierport de la péninsule. Quand de Girgenti, l'ancienne Agrigente,.MarM/a,fameuse qui fait face à la
elle formait un État indépendant,elle possédait la Tunisie. Sur la côte occidentale,
Corse avant que cette ile ne devint française. par ses vins, a 35000 habitants. Elle occupe l'em-
Occupée par Masséna en 1800, elle soutint un des placement de l'ancienne Lilybée, et offre un lieu de
sièges qui ont le plus illustré les armées fran- débarquement facile, ce qui l'a fait choisirjadis, comme
çaises. point d'aKérissement par les Carthaginois et
En Toscane, NoreKce (170 000 hab.) est une des par Garibaldi en 1860. lorsqu'avec ses mille com-
villes les plus riches du monde par ses musées, pagnons il alla conquerir le royaume de méridional, Naples.
plus de En Sardaigne, Cagliari, sur le rivage
ses palais. Son dialecte passe pour le pur
l'Italie, son industrie est fort active pour tout ce est à la fois le port le plus commerçant et la cité la
qui concerne les objets d'art. Livourne (100 000 plus populeuse (300u0 hab.). Sassari, au nord-
hab.) n'est importante que par son commerce. ouest, n~at pas au bord de la mer et n'en a que
Lucques (70000 hab.) est remarquable par les 25000. [G.Meissas.i
cultures qui l'entourent et l'ardeur laborieuse des ITALIE (HISTOIRE). Histoire générale, XXX.
jardiniers à qui elles sont dues. Pise (50 000 hab.) L'Italie gothique, byzantine et lombarde, jus-
a encore sa tour penchée, son fameux Campo- qu'à la formation de l'Em
révolution de 476 qui déposa
pire
le
carolingien.
dernier

empereut
La
santo, mais a perdu son ancienne activité. Sienne
('~ 000 hab.) est remarquable comme Florence romain, Romulus Augustule, et donna le pouvoir
par ses admirables monuments. à Odoacre, chef des Hérules, eut pour conséquence
Rome, quoique n'ayant que 250 000 habitants, est principale l'établissementdéfinitif des Barbares sur
la ville la plus célèbre de la terre par les souve- le sol de l'Italie. Régis jusqu'à la fin du cinquième
nirs qui se rattachent à l'époque où elle fut la mai- siècle par de vieilles dispositions des lois impé-
Barbares,
tresse du monde, le point de départ des lois et de riales, les officiellement possédé maltres en réalité de l'Empire,
la civilisation, par toutes les institutions qu'y a n'avaient que les droits des
fondées l'Eglise catholique, par les admirables A<Mes etdesQM.c~tKr~. Odoacre leur distribua des.
monuments qu'y ont laissés les anciens Romains, terres, surtout celles du fisc, qui avaient appartenu
ou qu'y a élevés la foi chrétienne. Le Colisée offre aux anciens empereurs.
Réduite à la condition de
les ruines d'un édifice grandiose l'église de Saint- la Bretagne, de la Gaule et de l'Espagne, l'Italie
Pierre est le plus beau temple de l'univers; les ne pourrait-elle devenir un royaume uni, sinon
galeries, les bibliothèques renferment les collec- homogène, sous l'autorité d'un Barbare capable
tions les plus précieuses. Aussi est-ce à juste titre d'imposer des devoirs à ses compatriotes armés, et
population italienne
quo le gouvernement français entretient à Rome de maintenir les droits de la 71

Pendant douze ans (477-489) Odoacre essaya d'ac-


une école pour ses jeunes artistes.
Dans l'Ombrie, Pérouse (50 000 hab.) est le siège complir cette tâche, d'ailleurs difficile. Mais son.
d'une université. Dans les Marches, Urbin est la œuvre fut brusquement interrompue par l'arrivée
patrie de Raphaël, PcMyo, celle de Rossini; ~KC~Me de nouveaux envahisseurs.
(45000 hab.) est située dans une position maritime Les Ostrogo ths, frères des Wisigoths, s'étaient
et militaire importante, qui l'a fait occuper par la fixés jadis sur la rive droite du Danube, dans la
France ou l'Autriche quand elles ont voulu dominer province de Pannonie. Leur chef se nommait
en Italie. Théodoric. Comme beaucoup de jeunes barbares
A'ap/es, dans l'ancien royaume qui porte son nom, de distinction, Théodoric avait été élevé à la cour
est la première ville de l'Italie par sa population de Constantinople. A dix-huit ans, il revint en Pan-
(450 000 hab.). Elle est aussi la mieux située, car aux nonie. Allié de l'Empire d'Orient, il conçut le pro-
avantages d'un port, elle réunit ceux d'un climat jet de conquérir l'Italie. Le peuple ostrogoth tout
délicieux et d'environs admirables. Comme les entier suivit son chef. Odoacre vaincu dut partager
autres grandes cités italiennes, elle est riche M le pouvoir avec le vainqueur. Théodoric régna à
Vérone, et Odoacre à Ravenne. Rome se déclara er; de Narsès fut remarquable. Mais l'exarque fut
faveur de Théodoric; les évoques du nord lui victime, comme Bélisaire, du misérable esprit d'in-
étaient favorables. Théodoric se débarrassa bien. trigue qui agitait la cour impériale. Il fut remplacé
tôt de son rival par l'assassinat (490). par Longin, personnage d'humeur opiniâtre et
Deux cent mille Ostrogote partagèrent les ter- d'intelligence étroite. L'Italie mécontente suppor-
res de l'Italie avec les anciens propriétaires. Aux tait impatiemment ces Grecs qu'elle avait cepen-
Italiens furent confiées de préférence les carrières dant appelés contre les Goths. Destinée à tourner
évites, aux Ostrogoths les carrières militaires. En- durant des siècles dans un même cercle d'inva-
touré de conseillers romains, Cassiodore, Symma- sions et de tyrannies, elle cherchait des vengeurs
que, Liberius, Théodoric pratiquait la politique de nouveaux. Les Lombards se présenteront (5ti8)
conciliation. Les Goths et les Romains composaient conduits par A!boin.
par moitié les tribunaux des provinces; les formes C'étaient-de vrais barbares, étrangers a la civi-
administratives de Rome étaient conservées, tous lisation romaine et au christianisme. Gouvernés
les cultes respectés, sauf le paganisme. La loi bar- par des rois héréditaires, des ducs et des cente-
bare se retirait peu à peu devant le code théodo- niera, ils triomphèrent facilement, grâce à cette
~ien, dont Théodoric ordonna la rédaction complète organisation militaire, des Byzantins affaiblis. La
<560). L'Italie retrouvait enfin, avec le repos, une Vënétie reçut un duc (568). ancêtre des ducs futurs
image de la prospérité passée. Les marais étaient du Frioul; le duché de Spolète fut fondé (569).
desséchés, les mines exploitées. Rome reconnais- Alboin lui-même se fixa à Pavie. Assassiné en
sante accueillait Théodoric avec de grands hon- 573, il a pour successeurs Helmichis (573-574),
neurs. A l'extérieur, la politique du roi goth n'é- Kleph (574-575). Rimini est emportée; un duc
tait pas sans gloire. Uni aux familles royales des lombard s'établit h Bénévent. Après ta mort de
Francs, des Wisigoths, des Burgundes, des Van- Kleph, tes ducs évitent de nommer un roi. Ils se
dales, il intervenait avec succès dans la guerre partagent l'Italie, la divisent 36 duchés,
entre Clovis et Alaric n, étendait son autorité sur échouent devant Rome, séjourendes papes, etmais
la Norique, la province d'Arles, le Valais, le Rouer- vant Naples, où se maintiendra longtemps de-
gue et le Vivarais. Son pouvoir semblait bien fort, l'autorité des empereurs byzantins. Menacés encore
et, tout en affectant une grande déférence pour le pape Pélage II, l'empereur Maurice !I, et par les
Constantinople. Théodoric s'intitulait « héritier de Franks, les ducs donnent enfin la
couronne à Au-
1 Empire, toujours Auguste ». tharis (584-591). Les Franks repoussés au delà
Mais cet empire si puissant tomba en décadence, des Alpes, les Grecs chasséssont de Parme et de Plai-
lorsque Théodoric, qui était arien comme la plu- sance. Enfin un mariage unit Autharis
part des barbares, voulut lutter en faveur de l'aria- linde, Bile du puissant duc des Bavarois.à Théodo-
nisme contre l'ëgtise orthodoxe. Le pape Jean, Le pouvoir des Lombards s'affermissait. Autharis
envoyé à Constantinople pour réconcilier le prince leur donnait des lois. L'Italie
et l'empereur, posa solennellement sur la tête de vainqueurs, qui, en droit, étaientappartenait seuls
aux
hommes
ce dernier la couronne impériale. Théodoric se libres. La population vaincue fut soumise, surtout
crut environné de traîtres. Le sénateur Symmaque dans les campagnes, a des tributs fixes. Une nou-
et l'écrivain Boèce furent livrés au supplice. Ce velle société allait se former. La catholique Théo-
règne si brillant finissait dans la tristesse. A son delinde, la Clotilde des Lombards, suscite des
lit de mort (526), Théodoric recommanda à son conversions nombreuses. La papauté brille d'un
petit-Sis d'aimer Rome, le Sénat et l'Empereur. éclat nouveau sous le pontificat de saint Grégoire
Théodoric laissait l'Italie a sa fille Amalasontho le Grand (590-604). Le
et à un enfant, Athalaric. Malgré l'habileté d'Ama- plus d'être l'éveque de Rome, pape, qui ne se contente
impose autorité
lasonthe, la situation devenait tous les jours plus spirituelle aux prélats de l'Italie et deson l'Occident.
critique. Les Italiens invoquaient ouvertement l'ap- Assiégé en 599 dans Rome
pui de Justinien, empereur orthodoxe d'Orient. lulph (59)-6t5), le
Les Goths, quene contenait pins la main ferme avec lui des relations repousse,
par le roi lombard Afd-
amicales,
mais lie bientôt
de Théodoric, se livraient sans retenue aux excès gnation des Byzantins. L'Italie, sià longtempsla grande indi-
bou-
et aux querelles intestines. Athalaric mourut (a34\ leversée 'par les guerres, allait-elle enfin trouver
Un neveu de Théodoric, Théddat, s'empara du le repos prix de la servitude?Sous le règne de
pouvoir. Amalasonthei jetée en prison, fut assas- Rothàris au (MS6-652), la grande Msemblée de Pavie
sinée par Théodat, ou peut-être par les Byzantins. (644) promulgue les coutumes lombardes. Le roi,
Justimen trouvait enfin l'occasion patiemment u.vesti de certaines attributions monarchiques,
attendue de mettre la main sur l'Italie. domine également les ducs et les simples hommes
Pendant vingt ans, l'Italie fut mise à feu et à libres. L'homme libre, le soldat lombard, est le
aang par les Grecs, les Goths et d'autres peuples, patron naturel des indigènes jadis libres, réduits
comme les Franks, que les belligérants appelèrent désormais à la condition de colons. Ce n'est pas
à leur secours. Dans la première période de la d'ailleurs la servitude. Le colon, dans l'an-
guerre (534-540), les Grecs entrent à Naples. et Vi- cienne loi romaine, est plus près comme de la liberté que
tigès succède à Théodat (535). Bélisaire, général de de l'esclavage. L'esclave Ini-mème
Justinien, s'empare de Rome. y soutient un siège chi. Devenu libre, il jouit peut être affran-
de
d'un an (537-538), et prend Vitigès dans Ravenne même de celui de mariage. Par là s'opèrera tous les droits,
(540). Dans la seconde période (549', Réiisaire, ment la fusion entre les vainqueurs lente-
victime d'intrigues, est remplacé par onze généraux Il s'en fallait cependant et les vaincus.
que l'Italie eut enfin
<)ueTotila. successeur de Vitigès, bat à Faenza et à trouvé le repos. De 652 à '!12. le lom-
Mugello. Mais bientôt un autre général grec, l'en- bard retombe dans l'anarchie. Entreroyaume les Lombards
nuque Narsès, relève ses compatriotes abattus. affaiblis et les Byzantins toujours impuissants, les
Totila est battu et tué à Lentagio (552). Son suc- grandes villes italiennes essaient de fonder leur
cesseur Teias éprouve le même sort sur le Sarno liberté. Rome se soulève contre Constantinople
(553). L'Italie devient province grecque, et Narsès en 602
sous le pontificat de Sergius; dans l'tle
on est nommé exarque ou gouverneur. d'Héradée. le patriarche de Grado et les princi-
Débarrassé, après une grande bataille sur le Vul- paux habitants investissent du pouvoir Anafestus,
turne, des Franks et des Alamans qui avaient à le premier des ducs ou doges de Venise. Le roi
leur tour envahi l'Italie, Narsès songe à restaurer lombard Luitprand (612-744) essaie de
ce malheureux pays. Les campagnes, comme su l'ordre dans ses Etats agités. Mais il trouve ramener
temps d'Odoacre, étaient désertes. Milan avait les papes Grégoire Il, Grégoire III et Zachariedans de
perdu la moitié ()~ ses habitants. L'administration redoutables adversaires. Le souverain lombard
est orthodoxe, ami des Franks et de Charles Mar- bles recommencèrent. Bernard, fils de Pépin,
tel; prince libéral, il promulgue des lois favorables n'accepta pas le décret d'Aix-la-Chapelle, qui pro-
aux indigènes. Cette politique habile ne réconcilie mettait l'Italie à Lothaire, fils de Louis le Débon-
pas avec les conquérants la majorité des popula- naire. Il fut mis à mort (818). Lothaire, qui lui
tions italiennes. L'Italie refuse Pavie pour capi- succéda, lutta avec succès contre les papes Paul I" et
tale. EUe se tourne vers Rome. Contre l'empereur Eugène H, qui visaient déjà à l'indépendance.
Léon l'Isaurien, le prince iconoclaste, la papauté L'Italie, toujours tourmentée du désir de l'unité,
prend la défense des images et d'un culte partout espérait trouver un roi national dans ce prince,
populaire. Contre les Lombards, voisins trop mena- qu'elle soutint ett tt33 contre Louis le Débonnaire,
çants, le Saint-Siègetrouvera un appui dans la Gaule en 84) contre Louis le Germanique et Charles le
franke, orthodoxe depuis Clovis. Les descendants Chauve. Le traité de Verdun (843) sembla détruire
de Pépin d'Herstall ont tout espérer de la re- les espérances de l'Italie. Lothaire se fixa à Aix-
connaissance d'un pape. En 741, une ambassade la-Chapelle. Mais, après sa mort, Louis II, son
romaine apporte à Charles Martel les clefs de saint fils (85.87&), donna à la royauté italienne un der-
Pierre, et réclame son appui contre les Lombards. nier reflet de grandeur. Les musulmans avaient
Mais Charles est t'aUié <e Luitprand. En ~5), pen- pillé Rome sous le pontificat de Sergius. Ils. furent
dant le règne d'Astolphe, prince mal disposé pour écrasés à Bari (STO). Cependant le Saint-Siègese
le Saint-Siègo, le pape Zacharie donne à Pépin le proclamait indépendant du pouvoir temporel, sous
titre de roi. Pépin descend en Italie (754-755), im- le pontificat de Nicolas I". Les ducs et les comtes
pose à Astolphe la paix avec l'Eglise, et fait dona- luttaient contre l'autorité royale. Enfin la féodalité
tion au pape de 1 Emilie, de la Pentapole et de se formait, composée des seigneurs laïques et des
Rome. Le pape devient prince temporel. L'élection évêques, grands propriétaires fonciers, morcelant
pontificale n'intéressera plus seulementla religion, partout l'autorité comme la terre. En 876, Charles
mais aussi la politique. Le roi lombard Didier le Chauve reçut de Jean VIII l'empire a comme un
(75G) essaie inutilement de substituer à Etienne III présent. » L'empereur était sans force, le pape
un pape de son choix. L'Italie centrale et septen- lui-même trouvait un de adversaire redoutable dans
trionale est en feu. Le pape et le roi se tournent Ansperto, archevêque Milan. En 88), ce dernier
vers les Franks. Le roi donne ses filles à Carloman décidale pape àproclamer empereurCharles lé Gros.
et à Charles. Carloman meurt, Charles expulse les A ce fantôme d'empereur on donnait un fantôme
princesses lombardes Didier proteste. Celui qui d'empire. Charles fut dépose (887), et le monde
sera bientôt Charlemagne tend la main au pape carolingien retomba dans(888-951). le chaos.
Adrien I". L'Italie est envahie par les Franks (773). La féodalité italienne A la fin du
Acclamé à Rome par le pape et le peuple, Charles neuvième siècle, l'Italie comprend au nord le mar-
prend les titres de patrice et de roi (774). Les Lom- quisat d'Ivrée et le duché de Frioui.Ies sièges épis-
bards conservent leurs lois nationales, mais les copaux de Milan, Pavie, Vérone, Turin; Venise et
perdent en 777, après une révolte inutile. Des Gènes sont déjà indépendantes;au centre, le mar-
comtes franks sont substitues aux ducs lombards. quisat de Toscane, les villes de Pise et de Florence;
L'autorité de Charles, pui& de son fils Pépin, cou- le marquisatde Spolète, dans l'Ombrie; Rome,rési-
ronné roi d'Italie (78) ), s'étend sur toute la Pénin- dence des papes au sud, les duchés de Bénévent,
sule, sauf les duchés de B~névent, de Naples, d'A- Salerne et Capoue, l'abbaye puissante du Mont-
malfi, la Calabre et la Sicile. Cassin, le duché de Naples, la ville libre d'A-
L'Italie dans l'empire oarolingien f800-888). malfi, le thème ou province de Lombardie, débris
-Maître de la Gaule,de l'Italie, de la plus grande des possessions byzantines. La Sicile est ravagée
partie de l'ancienne Germanie et de l'Espagne et occupée par les Sarrasins. Ainsi divisée, l'Italie
septentrionale, Charles en 799 avait réuni sous soupire encore après l'unité, dont elle aurait be-
son autorité la plupart des pays occidentaux qui soin pourrepousser les Hongrois et les musulmans.
composaient jadis le monde romain. Pour la pre- Mais on ne peut s'entendre sur le choix d'un sou-
mière fois depuis le cinquième siècle, l'Europeocci- verain. L'archevêque de Milan donne la couronne à
dentale et centrale obéissait à un chefunique. Après Bérenger, duc de Frioul le pape Étienne V pro-
les agitations qui avaient précipité dans l'ancien clame Guido, duc de Spolète. Bérenger a pour alliés
monde comme un monde nouveau, verrait-on se les Allemands, Guido les Franks. L'Italie ensan-
rétablir un Empire romain ? L'œuvre semblait d'au- glantée voit s'ouvrir a le siècle de fer ». Guido vic-
tantmoins impossible que les institutionsromaines torieux veut imposer son autorité au pape Formose
étaient vivaces encore: la « romanité même au (892). Celui-ci appelle l'Allemand Arnulph. Ber-
neuvième siècle, n'était pas un mot vide de sens. game est pillée Guido meurt (894), et les Aile-
Un souvenir durable était resté de ce gouvernement mands entrent dans Rome (896). Aux lueurs de l'in-
qui avait donné aux provinces trois siècles de paix. cendie, Arnulph se fait couronner empereur. Alors
Enfin la papauté, qui voyait avec terreur grandir une réaction s'opère. Le papeEtienneVI (896-897)
à l'ombre du trône de Constantinople l'autorité de tire du cercueil le cadavre de Formose, le traduit
patriarches qui se proclamaient œcuméniques, dé- devant un tribunal, et le fait jeter dans le Tibre.
sirait opposer un empereur catholique d'Occident Quant au roi Bérenger, tour a tour soutenu et
aux Césars orientaux. Le 25 décembre de l'an 800, combattu par le puissant Adalbert de respecté Toscane, il
le pape Léon III proclama Charlemagne* empereur n'a de la royauté que le nom. Le pape, au
et posa sur sa tête la couronna impériale. La pa- dehors, est faible en Italie et presque prisonnier à
pauté fondait peut-être sa puissance. Mais l'acte de Rome. Du haut de leurs maisons fortinées ou
l'an MO, en associant désormais le sort de l'Italie dans les rues encombrées de débris antiques,
à celui de peuples étrangers, empêchait pour long- les barons romarns se livrent souvent des luttes
temps l'indépendancede ce malheureux pays. sanglantes. Le véritable maltre de la ville est le
L'Italie conserva son roi Pépin, qui mourut en comte Théophylacte. Après lui, sa veuve Théodora,
810. Quelques années de paix suffirent pour don- « patricienne et sénathce de Rome, fait donner
ner à la Péninsule au moins l'apparence de la pros- le pontificat à l'archevêque de Ravenne, Jean X
périté. Les villes, suEtout dans le nord, croissaient (914). Le nouveau pape, plein d'énergie, forme
en nombre et en richesse; le commerce florissait, contre les Sarrasins une ligue avec Bénévent, Ca-
grâce à l'expulsion des pirates sarrasins; Venise, poue, Naples et l'empire d'Orient. Il offre la cou-
avec le doge Participatius, prenait possession de ronne impériale et le commandement des forces
ses lagunes. Les lettres et les arts renaissaient confédérées à Bérenger (915). Les Sarrasins sont
sur cette terre qui « ressuscite les choses mortes. v écrasés sur les bords du Garigliano (916). Mais le
Mais, après la mort de Charlemagne (814), les trou- marquis d'Ivrée se révolte contre Bérenger, et
appelle en Italie Rodolphe de Bourgogne. Bésen- vie (t003). Tandis que le roi et l'empereur se font
ger, craignant de perdre la couronne, invoque une guerre sanglante, les vassaux s'affranchissent.
t'appui des Hongrois. La terreur et l'indignation la féodalité s'affermit, tes évoques étendent leur
soulèvent l'Italie. Bérenger est assassiné (9M). pouvoir spirituel et temporel au deHt même de
Rodolphe de Bourgogne parviendra-t-il a surmon- leurs cités épiscopales. Henri II M pouvait arrêter
ter cette anarchie? La veuve du marquis d'Ivrée, le courant qui allait bientôt transformerla société
Hermengarde, épouse son frère utérin Hugues, italienne. Son ambition était d'étendre ses droits
usurpateur de la Provence, et le fait proclamer vagues de suzerain Mf l'Italie méridionale. Mais
roi (926). Dans Rome, la fille de Théodora, Marozia, il mourut sans avoir pu réaliser ses projets.
lutte contre l'autorité de Jean X, épouse Guido, Une Italie nouvelle se formait. Les évêques très
frère de Hugues, et fait étire pape son propre fils, puissants luttaient contre les bourgeois. Ceux-ci se
sous le nom de Jean XI. Deux femmes semblent rapprochaient des petits vassaux; les barons en-
tenir entre leurs mains les destinées de l'Italie. traient au service des villes. Le nom de l'empe-
L'assassinat et t'adultère sont leurs moyens de reur Conrad U couronné en 1027 par Jean XIX,
gouvernement. Hugues surpasse par ses crimes était à peine prononcé.Ce prince promulguait ce-
ces femmes criminelles. La mort le délivre de pendant en 1037 la constitution de Pavie, qui
Guido; it chasse Hermengarde de son palais, et il déclarait les nefs des vassaux < irrévocables, immé-
vient à Rome épouser Marozia, la veuve de son diats et héréditaires. Au temps de Henri III *(t039-
frère (932). L'Italie cependant n'était pas encore à 1056), l'Eglise, réformée par es moines de Cluny,
bout de souffrances. Un fils de Marozia, Albéric, de Saint-Romuald et de Vallombreuse, tendit à
se révolte contre Hugues.Le Saint-Siège devient le s'affranchir de l'Allemagne. L'empereur lui fit
fief d'AIbéric, patrice et consul, qui disposera pen- sentir durementson autorité, en déposant trois pa-
dant vingt ans de la tiare en faveur de créatures pes au concile de Sutri (1046), et en leur substi-
indignes. Hugues fugitif lutte contre les Sarrasins. tuant des prélats allemands, Oément II, Benoît IX,
non pour les exterminer, mais pour obtenir leur Damase II, Léon IX. La politique du Saint-Siège
alliance (940). La conscience publique se soulève était dirigée par un homme énergique, Hildebrand,
contre l'infâme. Bérenger 11 d'Ivrée, appuyé par moine de Cluny, que secondait le vertueux Pierre
les Allemands, expulse d'Italie Hugues qui va Damien, évêqua d'Ostie. Hildebrand pousse
mourir dans un couvent de Provence. Le roi lais- Léon IX à lutter contre les Normandeétablis dans
sait un Ois, Lothaire, marié à Adelhaide de Bour- le midi de l'Italie. Battu par eux Civitella (1053),
gogne. Bérenger II et Lothaire partagentle pouvoir. il transforme les vainqueurs en vassaux. Sous le
Mais Lothaire meurt (950), sans doute empoisonné. pontificat de Victor 11 (1055-105'!), Hildebrand
Berenger II, seul roi, veut marier de force Adel- augmente la puissance de la Toscane, alliée du
haïde à l'un de ses fils. La princesse résiste on Saint-Siège, en mariant Béatrice de Toscane à
l'enferme dans une tour du lac de Garde; elle Godefroi de Basse-Lorraine, ennemi des empe-
s'évade, et, du château de Canossa où elle s'est reurs. Au concile de Latran (1059), Nicolas 11 (1058-
réfugiée, implore l'appui d'Othon I", roi de Ger- 1061) déclarait que l'élection pontificale appartien-
manie. Les Allemandsfranchissent les Alpes (951), drait désormais aux cardinaux et à un petit nombre
Othon épouse Adelhaide à Pavie. L'Italie a trouvé de laïques. La papauté, défendue par le Normand
de nouveaux: et de terribles maîtres. Robert Guiscard, maltre d'Aversa, de la Calabre
I. Italie etiea empereurs allemands (951-1250). et de la Pouille, semblait très forte. L'Allemagne
– Othon I"'s'allia d'abord à la papauté, qui sem- était très affaiblie par la longue minorité de
blait préférer la domination étrangère & Henri IV* (1054-1106). Enfin, en 1073, Hildebrand
royauté nationale. En 962, dans Rome garnieune de prenait possession de la tiare, sous le nom de
troupes, il se fait couronner empereur par le pape. Grégoire VU. Il entreprit la lutte contre l'Empire,
Mais l'autorité germanique parut bientôt insup- soutenu par les Normands du midi, et par Ma-
portable, et des révoltes éclatèrent (V. Comn)M?tet. thilde, grande comtesse de Toscane, maltresse
p. 465). et remplirentla fin du règne d'Othon I" de Parme, Plaisance, Modène, Mantoue, Ferrare et
et celui d'Othon H*. Spolète.
Othon III* est le vrai fondateur du Saint-Empire Selon GrégoireVII, il n'y a sur la terre qu'une
romain germanique. Si jadis on avait vu Jean X autorité, celle du pape, qui vient de Dieu. La
et Jean XI soumis à l'tnûuence toute-puissante puissance talque doit lui être soumise. Pierre
d'une Marozia et d'un Albéric, on voyait mainte- ayant résidé à Rome, l'Église romaine étend son
nant un pape, Grégoire V, soumis à l'autorité non pouvoir sur toutes les églises dn monde. Si le
moins puissantede l'impératrice Théophanie, mère Prince des apôtres peut lier ou délier dans le ciel,
du jeune Othon III. Cependant l'Italie ne paraissait il peut, à plus forte raison, enlever ou donner les
pas entièrement résignée & la servitude. Le Ro- bien* de la terre. L'empereur, qui vient après le
main Crescentius, prenant le titre de consul, es- pape, lui doit sa puissance, comme la lune doit
sayait de restaurer la république romaine. Il est son éclat aux rayons du soleil. Telle est la théorie
défatt par les Allemands et mis à mort (997). A émise par Grégoire VH, et soutenue par cinq de
Grégoire V, OthonIII substitue le Français Gerbert
(Sylvestre II), son ancien précepteur, dévoué à ses successeurs choisis par lui, Victor m, Ur-
bain H, Pascal H, Gélase H. Calixte 11.
1 Allemagne. Alors se forme un empire étrange, Henri IV dut s'humilierà Canossa (1077); mais
qui a pour chefs un empereur et un pape, mêlés bientôt la fortune tourna l'empereur battit ses
également aux choses de la politique et de la reli- ennemis à VoUcsheim (1080), et vint assiéger dans
gion dualité mystique qui prétend gouverner les Rome (1082) le pape, qui mourut en exil (1085). Si,
âme* et les corps. Othon III est un moine, Syl- en Italie, les Normands et la comtesse Mathilde de
vestre 11 est un empereur; ils sont tous deux en Toscane avaient appuyé les prétentions pontificales,
même temps empereuret pape. Sylvestre agrandit beaucoup d'évoqués du nord s'étaient prononcés
l'empire (conversion de la Hongrie); Othon agran-
dit le domaine de l'Eglise des comtés de Romagne. pour les Allemands. Comme son père, tantôt
vaincu, tantôt vainqueur, Henri V* ()i06-tt:5) ac-
Le pape se féiiette d'avoir pour soldat le chef de la cepta en tl2t la transaction de Worms. L'empereur
Germante, l'empereur pense trouver dans l'appui donnerait aux éveque* l'investiture temporelle par
de l'Eglise une force nouvelle. Mais une telle con- le sceptre, le pape les consacrerait par l'anneau.
raston sera-t-elle de longue duréeî A peine Un pareil traite ne pouvait satisfaire aucun parti.
Othon III est-il mort (1002), qu'Ardouin, marquis La papauté cependant obtint un triomphe en fai-
divrée, profitant de la faiblesse de l'Allemand
Henri Il (t002-tOM). se fait couronner roi à Pa- sant interrompreen Allemagne l'héréditéimpériale,
qui tendait à s'établir, et en revendiquant les biens
de la comtesse Mathilde. Lothaire de Saxe fut élu luttes acharnées contre Grégoire IX et Innocent IV,
empereur (1125-1137). Il vint en ttaUe(tt36) sou- les revers de ses dernières années et sa mort (f!50)
tenir le pape Innocent It, et consentit à figurer sur ont été racontés ailleurs (V. f~aMWe Il).
un tableau, les mains jointes, incliné, recevant la La papauté triomphait, et l'Italie était perdu?
couronne des mains du pape, placé sur un trône pour les Hohenstaufen. Conrad IV*, fils de Frédé-
élevé. Déjà s'étaient formés les deux partis des Gi- ric, mourut en 1254, laissant un jeune enfant,
belins ou Impériaux et des Guelfes ou papalins. Conradin, à la garde du prince allemand Manfred.
Déjà aussi la plupart des villes de la Lombardie Innocent IV s'était déclaré possesseur des Deux-
<StMent devenues des municipalités indépendantes. Siciles. Urbain IV, Français d'origine, chargea un
Le gouvernement républicain s'était même établi frère de saint Louis, Charles d'Anjou, d'enlever à
à Rome, grâce à Arnaud de Brescia (1139). Profi- Conradin l'héritage de ses pères. Manfred fut tué
tant de la faiblesse de l'empereur Conrad III' de à Grandella (1266), Conradin fut pris à Palenta
Hohenstaufen (1137-1152), les villes avaient formé (1268), condamné à mort par un jugement déri-
deux ligues. Aux Guelfes de Milan obéissaient soire, et décapité. La lutte contre l'Allemagne
Crème, Tortone, Parme, Modène; aux Gibelint de était terminée. Les papes avaient étendu leur
Pavie, Côme, Lodi, Novare, Crémone. Plaisance. souveraineté dans la Péninsule. Une période nou-
Milan s'était emparé de Lodi (1109), et l'antique velle s'ouvre alors dans l'histoire d'Italie.
Tivale de Rome se croyait désormais la capitale du L'Italie indépendante jusqu'à la tin du XV- siè-
nord. Mais une lutte plus terrible encore que les ole, Après la mort de Frédéric II, les villes gi-
précédentes allait éclater. Ce que l'AHemagne belines du Nord avaient, malgré les papes, recou-
voulait maintenantarracher à l'Italie, ce n'était ni vré leur indépendance. Charles d'Anjou, « sénateur
sa royauté nationale, ni sa suprématie spirituelle, de Rome, roi des Deux-Sicites, vicaire impérial di- et
mais bien les constitution: indépendantesde ses pacificateur, essaya, sous le couvert de ces
cités. vers titres, de dominer la péninsule entière,
La lutte de Frédéric I" Barberousse et de la guelfes et gibelins. La papauté l'arrêta, comme
Ligue lombarde a étéracontée ailleurs (V. Com- elle avait jadis arrêté les souverains allemands.
munes, p. <66, et Frédéric Barberousse). Le Des conspirations, conduites surtout par Jean de
puissant empereur dut laisser aux villes italiennes Procida, unirent bientôt contre Charles d'Anjou les
fa plupart de leurs droits mais, avant de mourir, Siciliens, Rome et Pierre III d'Aragon, maitre
il put marier son fils Henri VI à la princesse nor- d'une marine considérable. Les Français furent
mande Constance,qui allait apporter à la maison de massacré* (Vêpres Siciliennes, )28X), Pierre III fut
Souabe le riche héritage des Deux-SiciIes. proclamé à Palerme. Charles d'Anjou mourut dé-
Quarante pèlerins normands débarqués a Pa- sespéré (tM5). Son successeur Charles le Boiteux
lerme (1006), et trois chevaliers de même nation, parvint à se maintenir dans l'Apulie et la Calabre
entrés au service des Grecs (1016), avaient jeté en Jayme, successeurde Pierre III, gouverna la Sicile.
Italie les bases d'un nouveau royaume. En 1057, Dans le Midi comme dans le Nord, Etats et con-
quatre ans après la bataille de Civitella,Robert Guis- fédérations se brisaient en morceaux. L'ère des
card prit le titre de due. En 1077, Salerne, en 1080, grands papes était close. Boniface VIII (1284-1303)
Otrante et Tarente étaientprises. En t08ï, Robert voulut reprendre la politique de Grégoire VII et
Guiscard préparait une expédition contre les By- d'Innocent III, et soumettre comme eux les prin-
zantins. Rappelé en Italie par Grégoire VII, Robert ces de la terre aux vicaires du Christ. 11 força
était mort en i085, laissant a ses successeurs un Jayme à abandonner la Sicile en échange de la
pouvoir incontesté. Le mariage d'Henri VI et de Corse et de la Sardaigne, prétendit imposer aux
Constance donnait aux Allemands le midi de l'Ita- villes du Nord l'autorité de ses légats, affirma,
tie.Le nouveau souverain ne se contenta pas de cette enfin, ses prétentions ambitieuses dans le grand
acquisition. La Toscane, Spolète, les Romagnes, le Jubilé de l'an 1300. Mais Boniface se brisa contre
marquisat d'Ancône, furent donnés en fief à des la résistance d'un roi de France, Philippe le Bel.
princes et à des dignitaires de la maison impériale. Arrêté par tes Colonna qu'assistait un légiste
La papauté était ainsi séparée de la Ligue lom- français, Nogaret, le pape mourut,(1303). Son suc-
barde. L'Italie fut sauvée par la mort inattendue cesseur, Benoît XI, fut peut-être empoisonné.
d'Henri VI (1197). Il ne laissait qu'un fils en bas La tiare fut donnée à Bertrand de Got, archevêque
âge, qui devait devenir Frédéric 11 de Bordeaux (Clément V), qui fixa sa résidence à
L'empire s'affaiblissait au moment où parvenait Avignon. Avec Clément V commence la captivité
la chaire pontificale un homme énergique, Lo- de Babylone (1305-1378).
thaire, comte de Segni, pape sous le nom d'In- Guelfes ou Gibelins,les Italiens du xiu* siècle
nocent 111 (il9S-!2<(i). 11 soulève l'Italie en fa. n'avaient ni le sentiment de la liberté, ni celui de
veur du Saint-Siège les duchés du centre se ré- la patrie. La cohésion apparente de l'Italie n'avait
voltent contre les Allemands Spolète, Ancône, tenu qu'a la présence d'un pape et d'un empereur.
la Romagne, se soumettent au pape, qui trouve Empereur et pape avaient disparu. Les villes se
des alliés fidèles dans les villes de Florence, Luc- séparent et s'isolent; chacune aura sa constitu-
ques, Pistoia. La reine Constance, morte en 1198, tion, chacune aussi ses partis et ses luttes intes-
avait conné au Saint-Siège la garde du jeune tines. Ici l'on penche vers l'aristocratie. A Venise
Frédéric. L'Italte entière semblait obéir au pape. les nobles seuls prennent à part l'élection du grand
En Allemagne, il disposait de la couronne impé- conseil (t297); plus tard, on proclamera l'hérédité
riale en faveur d'Othon de Brunswick. Il l'obligeait du sénat, on formera le conseil des Dix. Ailleurs,
à renoncer au patrimoine de Saint-Pierre (1201), la démocratie l'emporte. Florence a son peuple
qu'avait revendiqué Henri VI. Bientôt le pape et l'em- gras, vaincu souvent dans les élections par te ceu-
pereur se brouillèrent.Innocent résolut alors de re- ple !Mt~re. Partout des haines terribles vain- dont
lever en Allemagne et en Italie le parti gibelin au Dante s'est fait l'éloquent interprète. Pise,
profit de Frédéric. Ce dernier promit de respecter cue par Gênes en 1M4, se jette dans les bras d'un
la volonté de Rome, de ne jamais prétondre à la tyran, Ugolin. Bientôt, elle est lasse du maître
possession du nord de l'Italie, et il partit pour l'archevêque Roger l'enferme dans une tour avec
l'Allemagne, héritier des Hohenstaufen et soldat ses enfants, les malheureux y meurent de faim.
du Saint-Siège,tandis que lapapauté affirmait hau- Quelques Mmiltes puissantes essaient parfois
tement sa puissance spirituelle au concile de Ba- de se perpétuer au pouvoir. Lf<t Visconti sont
tran (1215). capitaines à Milan. les Este à Fertt-e et à Modène.
Mais, après la mort d'Innocent III, Frédéric II Parfois aussi, l'ambitieux roi de Naples, ami des
se brouilla à son tour avec le Saint-Siège. Ses Guelfes, essaie d'étendre son pouvoir dans le nord
de l'Italie. An milieu de cette confusion, on en- les beaux vers de Dante, les poésies passionnées
tend tout à coup prononcer le nom d'un empe- de Pétrarque, les enthousiastes et bizarres impro-
reur. Henri VII de Luxembourg passe les Alpes visations de Rienzi. Amoureuse de la forme, l'I-
on le couronne a Milan et à Rome, mais les villes talie se consolait des tristesses de la réalité par le
guelfes ferment leurs portes l'empereur extor- culte de l'idéal. Morcelée et asservie, elle s'eni-
que de l'argent aux gibelins. L'Italie se soulève, vrait des mots de liberté et de patrie, dissimulant
et le César allemand meurt (1313). sous les neurs un cercueil, chantant avec Rienzi
Cependant, au milieu de ces querellessanglantes, l'indépendance au milieu des tyrans, avec Boccace
l'Italie voyait se développer avec une rapidité mer- le bonheur et la vie, sur le seuil même de la mort
veilleuse les richesses de ses campagnes, de ses (peste de Florence, 1348).
villes et de ses porta. D'innombrables canaux Pendant ce temps, la famille des Visconti s'em-
sillonnaient la Lombardie et faisaient de cette parait de toute la Lombardie. Venise et Gènes, tout
terre une des plus fertiles du monde. L'industrie occupées de leur rivalité commerciale, devenaient
des draps était florissante à Milan, a Vérone, dans commeétrangèresà la Péninsule.Florence défendait
toute la Toscane. Venise, qui avait obtenu dès péniblement son autonomie Pise se soumettait
992 l'immunité du commerce dans tous les ports Agnello, ami des Visconti. Le chef de cette mai-
un
grecs, avait fondé sa puissance maritime au son, Bamabo, s'intitulait pape, empereur et roi
commencement du xm* siècle, lors de la croisade sur son territoire. » Qui pourrait l'arrêter? Les
de 1204. Elle possédait tout le commerce de Ro- papes ne songeaient qu'à remplir les coffres d'Avi-
manie, Grèce, Archipel, Candie. Négrepont; elle gnon (1350, Jubilé) l'empereur Charles IV M con-
avait odes consulats en Arménie, en Syrie, en duisait en Italie, selon l'expression de Villani,
Chypre, en Egypte. Vingt-cinq mille matelots m comme un marchand forain. Le royaume de Na-
montaient les 3000 navires de sa nette marchande. ples était en plein désordre. Dansles Etats du Saint-
Elle fabriquait des draps, des soieries, des armes, Siège, les Romagnes se soulevaient (1376). Uneréac-
de la verrerie. Des traités lui assuraient le com- tion éclatacependantcontre Visconti. On crut voir
merce exclusif des blés de Lombardie. Enfin, dans les papes les libérateurs de l'Italie, menacée
d'intrépidesvoyageurs,Marco Polo, Nicole di Conti, par le tyran de Milan. Catherine de Sienne décida
portaient son nom dans des régions jusqu'alors enfin Grégoire XI à venir mourir à Rome. Mais à
inexplorées. Rivaux de Venise, les Génois possé- la captivité de Babylone allait succéder le grand
daient tout un faubourg de Constantinople, Péra schisme d'Occident (13'!8-i449).
ils avaient des établissements en Crimée, à CaSa, Déchirée par Urbain VI, et ses successeurs, la
chez les Maures d'Espagne, à Majorque, à Séville, papauté n'exerce plus d'influence sur l'Italie. Le
à Nice, en Corse. Pise avait eu ie monopole du mysticisme des pen~e~ t&MM, le matérialisme
commerce africain mais sa marine fut détruite au élégant des adorateurs de l'antiquité*remplacent
xv* siècle par les Génois. Florence, au commence- les doctrines plus austères du catholicisme.
ment du xv* siècle, devenait maîtresse de Li- Le royaume de Naples est en pleine dissolution.
vourne, et devenait aussi une puissance maritime. Jeanne I" appelle Louis d'Anjou pour lui succé-
Ses institutions de crédit fonctionnaient dans toute der le pape Urbain VI appelle Charles III de
l'Europe. Les Peruzzi, au xn* siècle, avaient pour DurazzOhHengrie. Celui-ci meurt en 1385 le
débiteurs les rois d'Angleterre. Les Alberti.au royaume, disputé par Ladislas et Louis D, se par-
jav* siècle, avaient des représentants à Avignon, à tage entre les Hongrois et les Français. Jeanne II,
Bruges, & Amsterdam, à Anvers. Les villes du sœur de Ladislas (1414-1435), est protégée par un
midi étaient, il est vrai, moins florissantes. Amalfi, aventurier nommé Sforza. Impuissante contre les
dont les marins avaient, dit-on, inventé la bous- révoltes de la noblesse, elle appelle à son secours
sole, était ruinée depuis !e xn* siècle. La royauté Alphonse V d'Aragon. Plus tard, elle fait un tes-
avait été plusfatale encore au midi que l'anarchie tament en faveur de René d'Anjou. Les deux prin-
aux villes du nord. ces luttent jusqu'en 1442. Les Aragonais unissent
Les Césarsallemands, toutefois, n'avaient pas dé- par demeurer maitres de Naples.
Bnitivement renoncé à leurs prétentions sur la Pé- Florence est bouleversée par les révolutions.
ninsule. Les richesses de l'Italie septentrionale Mtthel Lando, un simple cardeur de laine, fait
éveillèrent la cupidité d'un empereur, Louis de Ba- entrer dans la seigneurie les députés du petit
vière, et d'un pape, Jean XXII. Ils ne parvinrent peuple (ctOMp;). Mais cette révolution démocrati-
pas cependant à établir leur domination dans la val- que, bientôt suivie d'une réaction, ouvre les
!ée du Pô. Jean de Bohême ne fut pas plus heureux voies du pouvoir aux Albizzi (13S2-1434), puis aux
quand il voulut, en 1330. pacifier l'Italie. Plus Médicis.
modestes et plus redoutables, de petits seigneurs La seule maison vraiment forte en Italie est
bornaient leur ambition à la conquête d'une ville, celle des Visconti, représentée par Jean Galéas
d'un bourg, d'un château, dont ils devenaient les (13M-)402i. Sa fille Valentine épouse le duc d'Or-
~raM. Matteo Visconti s'intitulait seigneur de léans. Lui-même achète de l'empereur Wenceslas
Milan, Alexandrie et Pavie. Cane della Scala était le titre de duc (t395). La Lombardie et la Toscane,
maître de Vérone, Vicence, Trévise. Castruccio sauf Florence, lui obéissent. Pour rester indépen-
Castracani, tyran de Lucques, faillit prendre Flo- dante, Gênes se donne à la France. Jean-Marie
rence (t327) les Rossi achetaient Parme, les Fo- (1401-1412) et Philippe-Marie (1412-H4'!), succes-
gliani Reggio. Taddeo de Tepoli s'imposait à seurs de Galéas, sont absorbés par de longues
Bologne (t339), Gauthier de Brienne dominait guerres contre Venise, dans lesquelles s'illustre
Florence par la terreur (1342-1343). A Naples, le l'aventurier Carmagnola. L'Italie est devenue la
roi André était assassiné. Son frère, Louis de Hon- terre classique des condottiere, capitaines merce-
grie, voulait expulser la reine Jeanne (1347). Là naires, toujours à la solde du plus fort, qui espé-
aussi de nouvelles révolutions se préparaient. raient, comme Carmagnolaet Sforza, se tailler un
La démocratie italienne, d'ailleurs peu libérale, royaume à la faveur de ces luttes obscures, mais
avait enfanté les tyrans. Le poète Pétrarque interminables.
chante, il est vrai, les libertés d'une République Une solution, d'ailleurs, était prochaine. L'agi-
idéale le tribun Rienzi proclameà Rome le gou- tation démocratique, si forte à la fin du xive siècle,
vernement républicain (13471. Mais que signifient était vaincue dans toute l'Europe. Partout allait
ces grands noms de République romaine, de peu- triompher le pouvoir des rois ou des soldats
ple et de sénat ? Ici encore, les Italiens sont le heureux. Sforza devient duc de Milan (1450),
jouet d'un rêve. Ce qu'ils comprennent et ce qu'ils dans le temps où Cosme de Médicis impose son
aiment, ce n'est ni la liberté ni la patrie ce sont autorité à Florence. Après les conciles libéraux
de Pise (1409) et de Constance (t4t4), la pa- le nord et le midi de la Péninsule. Le duc de
pauté restaurée va embrasser une politique nou- Savoie Philibert II, plus Français qu'Italien,s'était
velle avec Nicolas V et ses successeurs. C'en est empressé d'ouvrir les Alpes à Louis XII. Lerapide-
Mila-
fait des rêves d'autrefois. Stephano Porcaro est nais fut rapidement conquis (1499), plus
pendu à Rome (1453) pour s'être souvenu de ment perdu, occupé de nouveau en 1500 et confié
Rienzi. L'Italie n'est plusanarchique.La paix de Lodi à l'administration de Georges d'Amboise.Ludovic,
(1454) a réconcilie les républiques et les monar- trahi par les Suisses, était envoyé prisonnier en
chies. Le pape est à Rome, un prince aragonais France. Cette trahison avait valu aux Suisses la ville
à Naples, Sforza à Milan, Médicis à Florence de Bellinzona. Le midi fut aussi rapidement con-
Gonzague est duc de Mantoue, Borso d'Este duede quis sur Frédéric I", et partagé entre les Français
Modène, Ferrare et Reggio. Enfin, la maison de et les Espagnols, conformément an traité de
Savoie a obtenu, elle aussi, le titre ducat. Elle se Grenade (1501). Français et Espagnols ne tardent
dresse déj& au sommet des Alpes, un pied'en pas à se battre; les Français sont vaincus à Semintja
France, l'autre en Italie, semblant regarder cu- et à Cerignola (1503). César Borgia profitait de la
rieusement cette terre Étrangère qui sera un jour lutte pour prendre une à une les villesde Romagne.
son royaume. Mais Alexandre VI meurt. Le pape Jules II (1503-
La pacification de Lodi ne fut pas de longue 1513) veut dominer l'Italie, et expulser les barba-
durée. Dès 1458, à l'avènement de Ferdinand I", res. Les Espagnols,maîtres de Naples, sont conte-
la lutte recommençait dans le royaume de Naples. nus par les Français, maîtres de Gênes. Venise,
revendiqué par Jean de Calabre, Sis de René qui avait étendu ses possessions de terre ferme,
d'Anjou. Les papes Calixte III (1455-1458), Pie 11 voit se former contre elle la ligue de Cambrai (1509).
(1458-1464),Paul 11 (1464-1471) faisaient lentement Alors se révèle la duplicité du pontife.Ils'empresse
reconnaîtreleur autorité dans un pays si longtemps de relever Venise abattue (1510) il a conquis nne
et si profondément bouleversé. Sixte IV (1471-1484) alliée Bdèle dans cette ville, désormais ennemie de
partageait entre ses neveux le patrimoine de Saint- ta France et des seigneurs du nord. Les Espagnols
Pierre. Cette politique, habile peut-être, mais con- n'auront garde de bouger dans Naples. La ligue de
damnable, fut suivie par innocent V1H (14S4-1492) Cambraiétait dirigée en réalité contre les Français 1
et surtout par Alexandre VI (1492-1503). Florence, Le pape entre dans la Mirandole par la brèche
sous le gouvernement des Médicis, Cosme (1434- (15H) vainqueur du concile de Pise qui devait le
H64), Pierre I" (1464-1469), Laurent (1469-1492), déposer, Il forme au nom de la foi la StttM<<-Lt~Me
Pierre H, semblait tout occupée de la Renaissance contre la France. Les Français, vainqueurs des
des lettres et des arts. En somme l'Italie, malgré Espagnols il Ravenne (1512), perdent leur meilleur
l'éclat trompeur de sa civilisation, n'avait jamais général, Gaston de Foix. Les Médicis rentrent à
été plus près de la ruine. Les cinq capitales, Florence, Maximilien Sforza à Milan. La politique
Rome, Naples, Venise, Florence, Milan, étatent ja- de Jules H est continuée par Léon X (1513-1521).
louses l'une de l'autre. Le pape excommuniait le Qu'importe la réforme religieuse qui commence
roi de Naples, et offrait sa couronne à Charles VIII, en Allemagne? Les Français sont écrasés à Novare
roi de France (1489). Le duc de Milan détestait les (1513). Le pape donne à ses neveux Parme, Plai-
Napolitains, mais redoutait la famille française sance, Florence. Il compte leur tailler d'autres
d'Orléans, héritière des droits de Valentine Vis- Etats dans les possessions vénitiennes.L'avènement
conti. Parfois aussi grondait dans les villes un long de François I" et la grande victoire de Marignan
murmure de mécontentement. On eût dit d'une (1515) renversent tous ces projets. Les Français
flammejaillissant soudaine d'un foyer mal éteint. rentrent à Milan, le pape restitue Parme et Plai-
A Florence, Savonarole réclamait la liberté. Les sance. Trois ans plus tard (1519), l'Allemagne élisait
coursétrangèresétaient pleines de réfugiés italiens. pour empereur Charles d'Autriche-Espagne, héri-
L'Italie était à qui voudrait la prendre. Les Fran- tier de Ferdinand le Catholique et des droits espa-
çais se présentèrent. (t49i). gnols sur Naples; héritier aussi des Habsbourgs
Lesinvasions étrangères en Italie jusqu'en1598. et des prétentions des Césars allemands sur la
Charles VIII se prétendait héritier des droits de Lombardie et le Saint-Siège. Français, Impériaux
la maison d'Anjou sur le royaume de Naples. A la et Espagnols désoleront l'Italie jusqu'à la fin du
tête d'une armée que son artillerie surtout rendait siècle (V. CMO-rM d'Italie, p. 925).
redoutable, il débouche en Italie, au moment où Le Flamand Adrien VI et l'Italien Clément VII
Alphonse II succédait à Ferdinand I". Soutenu par favorisèrentla politique de Charles-QuintLes dé-
la Savoie, le Montferrat et Milan, il entre & Flo- faites des Français à la Bicoque (1522), à Biagrasso
rence, à Pise, à Rome; Alexandre VI lui cède (1524), à Pavie (1525) donnèrent la Péninsule aux
Civita-Vecchia et Spolète, et livre comme otage Impériaux.L'ftalieeffrayée prit les armes, mais trop
César Borgia. Les Français entrent a Naples et tard. Rome fat mise à sac par les soldats allemands
Alphonse Il abdique en faveur de Ferdinand Il. du connétable de Bourbon (1527); les Français fu-
Mais une ligue se forme contre la France entre rent battus à Gênes-et à Naples. Clément VII dut
Ferdinand le Catholique, qui réclame une partie s'humilier à Bologne devant l'Empereur (1529), et
des Deux-Siciles, le marquis de Mantoue, les Vé- le sacra roi d'Italie. Le duché de Milan, laissé à
nitiens, et le duc de Milan, Ludovic le More, accusé Sforza, devait retourner plus tard à l'Empire; la
d'avoir fait mourir Jean-Galéas. Les confédérés marquis de Mantoue et Alexandre de Médicis rece-
ferment à Charles VIII le chemin de la France. Ils vaient le titre de duc; la Savoie et le Monferrat de-
sont battus à Fornoue (1495).Les garnisons laissées venaient feudataires de Charles-Quint. Chaque
dans le midi abandonnent Naples (1496), qui rap- Etat devait entretenir une force militaire que com-
pelle un prince aragonais, Frédéric. La France n'a- manderait l'Espagnol Leyva.
vait trouvédans l'Italie qu'unealliée fidèle,Florence, Les hostilités recommencèrent à la mort de
gouvernée par Savonarole. Le moine dominicain Sforza. François I" réclamait le Milanais. Charles-
futbrùlévif(H9S.) Quint se l'adjugea. L'entente se rétablit entre les
Rien n'égale l'inconstance de la politique ita- deux adversaires après l'entrevue de Nice (1536-
lienne. Venise, qui avait lutté contre Charles VIII, 1538). L'Italie était en réalité perdue pour les
s'empresse da reconnaître comme duc de Milan Français, malgré la victoire de Cerisoles (~5<4) et
Louis XU l'ancien duc d'Orléans, descendant des la connivence secrète de Paul III. En apparence ce
Visconti. Le pape devient l'ami des Français, moyen- pape ne songeait qu'à la réforme de l'Eglise, fon-
nant la cession du duché de Valentinois à César dait les ordres des Théatins et des Jésuites (1540),
Borgia. Et pourtant, que de dangers courait l'Italie et affirmait son alliance avec l'Empereur dès les
La France réclamait maintenant Naples et Milan, premières sessions du Concile de Trente (1545;. En
fait il détestait les Espagnols, qui avaient assassiné pher tes droits d'un prince français, le duc de Ne-
son fils Pierre Famèse et occupé Plaisance. Pour vers. Le duc de Savoie, Victor-Amédée I" (1630-
recouvrercette ville, OctaveFarnèse, fils de Pierre, )637), qui s'était prononcé contre ce personnage,
appela les Français. Sienne leur ouvrit ses portes dut lutter deux fois contre tes Français an Pas-de-
et reçut Montluc. Mais Charles-Quint fut partout Suze (1629-1630).La paix se rétablit au traité de
vainqueur. Sienne capitula (1555) et se mit sous la Cherasco (t631). Elle ne fut pas de longue durée.
protection de l'Espagne. Richelieu allait entrer dans la fameuse guerre de
L'énergique cardinal CarafTa, devenu pape sous Trente ans Le traite de -Rivoli (1635) unit à la
)e nom de Paul IV (1558-1559), rêvait d'expulserles France les ducs de Savoie, de Mantoue et de
Espagnols de la Péninsule.Dans !e même temps, Parme. Mais ce dernier fut désarme par tes Espa-
Charles-Quint abandonnait le pouvoir, laissant gnols (1637). Le duc de Mantoue mourut (1638),
l'Allemagne à Ferdinand, l'Espagne et l'Italie à et sa veuve se soumit à l'Espagne. Victor-Amédée
Philippe Il. Le pape s'allie auroi de France Henri II, de Savoie mourut la même année, laissant son fils
qui envoie à Naples le duc de Guise. Mais l'habile mineur aux prises avec les princes Thomas et Mau-
roi d'Espagne cède au duc de Parme la ville de rice, dévoués à l'Espagne et à l'empereur. Pen-
Plaisance, Sienne à Cosme de Médicis. La victoire dant sept années, lltalie dn nord fut le théâtre da
des Espagnols à Saint-Quentin (155'!) décida du luttes opiniâtres. La France finit par l'emporter,
sort de l'Italie. Le traité de Cateau-Cambrésis(1559) malgré les mauvaises dispositions du pape Inno-
donna à l'Espagne les pr~fM de Toscane (ports cent X. Les Italiens semblaient d'ailleurs las de
d'Orbitello, Porto-Ferrajo, Telamone), Verceil et la domination espagnole. A la voix d'un pécheur,
Asti dans le Piémont. La mort de Paul IV et l'a- Thomas Aniello ou Masaniello, Naples se soulevait
vènement du faible Pie IV ()559-)565) accrurent ()647~juiiiet~, et proclamait la répubiique (24 oct.).
l'influence espagnole au delà des Alpes. Mazarin songeait, parait-il, à donner Naples au duc
Pendant ces longues guerres, le Piémont avait de Modène. Le duc de Guise empêcha la réalisa-
été comme broyé entre les armées de France et tion de ces projets. Sans l'agrément dn gouverne-
d'Espagne. Le duc Charles III (1504-1533) n'avait ment français, il se jeta dans Naples, mais ne put
eu longtemps pour abri que le château de Nice. la gouverner. La ville se rendit aux Espagnols
Aussi bten le Piémont était-il devenu comme une (avril 1648). La Toscane et Mantoue se tournèrent
province française. De 1559 date une politique nou- alors vers les Espagnols. D'ailleurs, nulle mite
velle. Emmanuel-Philibert recouvra son duché; il' dans la politique italienne. Le pape Innocent X
en flt un Etat italien, reprenant avec habileté (1644-1655) changeait d'alliés au gré des maltresses
Turin, Chiari, Chivasso, Pignerol. Il restaura que lui donnaient tour à tour la France et l'Espa-
l'armée, le commerce, l'agriculture,l'industrie. Ce gne. En réatitë, les troubles durèrent jusqu'à la paix
n'est pas sans raison que les historiens actuels de des Pyrénées (1659).
l'Italie saluent dans ce prince à Tdte de fer le vé- Pendant quarante ans, l'histoire politique de
ritable fondateur de la puissance piémontaise. l'Italie est Intimement liée à cette de la France.
L'honnêteté et l'activité de ce petit Etat reposent Alexandre VII ()6&6-1667) était obligé de s'humi-
l'esprit des turpitudes et de la décadence du reste lier devant Louis XIV dont il avait insulté l'am-
de l'Italie. La Péninsule r41e sous la botte des bassadeur (t66!). Les petites cours italiennes
Espagnols et sous les sandales d'un Pie V et d'un étalent à la solde de la France. Venise luttait inu-
Borromée, archevêque de Milan. Les pirates bar- tilement contre tes Turcs, et, malgré nn secours
baresques enlèvent des villages entiers; la Toscane dérisoire de la France, leur abandonnait Candie
se dépeuple; on n'exporte plus que des objets (1669). Les papes, Alexandre VII, Ctément IX
d'art et de luxe Venise et Gênes sont bien déchues (t66ï-16'!5),dilapidaient les trésors de Sixte-Quint.
de leur splendeur passée. L'Italie a pour héros un Les ducs de Modène et de Mantoue oubliaient la
Piccolomini et un Bemardi, chefs de bandits qui politique p.onr t'opéra. Les Espagnols tenaient bon
jouent désormais nn rôle officiel dans l'histoire. dans le m!di, malgré la révotte de Messine (1674),
Devant ces obstacles se brisent l'intelligence et et les victoires navales de Duquesne à Strombolii
l'énergied'un Sixte-Quint.Ce pape (1584-1590)n'ose et Palerme (t675-1676). L'Italie semblait dormir.
pas donner l'absolution à Henri IV. Clément VIII Elle assistait avec indifférenceà l'entrée des Fran-
(1590-1605) réconcilie enfin le roi de France avec çais dans Casai (t681), au bombardement de Gènes
'Eglise. L Italie espère une délivrance prochaine. (1684). aux humiliations infligées à Innocent XI
Les princes s'allient à la France. Philippe II signe (tMï). Venise était absorbée par une guerre nou-
le traité de Vervins et meurt (1598). La Péninsule velle contre les Turcs. A Florence, on faisait des
va passer du joug de l'Espagne sous celui de la savants, à Turin des soldats. L!~ était le danger
France. pour la France. Quand l'orgueil opiniâtre de
I.ïtatte tmnmiae à l'intinenoe française au Louis XIV suscita contre ce prince une coalition
XVn* eiecle. Venise s'était déclarée en faveur formidable (1688-1689), le duc de Savoie, Victor-
de la France, le duc de Savoie Charles-Emmanuel Amédéell ()675-n30) se déclara contre les Fran-
avait mis son armée sur pied. Décidé à suivre une çais. Catinat le battit à Staffarde (1690), à la Mar-
politique franchement italienne, il avait cédé à saglia (1693). Mais les Impériaux, commandés par
Henri IV la Bresse, le Bugey et Iq Valromey en le prince Eugène, opprimaient les Italiens. L'ha-
échange du marquisat de Saluces (1600). Il comp- bile duc de Savoie, sachant à la fois se rendre po-
tait s'emparer du Milanais avec l'aide de la France. pulaire en Italie et soigner les intérêts de sa mai-
La mort de Henri IV ()6t0) rompit ses projets. Le son, signale premier un traité avec la France (t696).
duc de Savoie, d'accord avec Venise, essaya bien Il recouvrait ses Etats, et donnait au duc de Bour-
d'occuper le Montferrat.Mais la France se rappro- gogne, petit-ills de Louis XI V, la main dela gracieuse
chait alors de l'Espagne, et le duc dut signer le et spirituelle Adétatde de Savoie. Le traité de
traité de Madrid (1618). Malgré tout, l'influence Ryswick (1697) pacifiait l'Europe. Les Turcs et les
espagnole baissait en Italie. Le gouverneur de Mi- Vénitiens signaient la paix (1699). Le vieux pape
lan échouait dans une tentative pour renverser à Innocent XII, dans un jubilé solennel, appelait les
Venise le gouvernement républicain (1618). Un bénédictions du ciel sur ie siècle nouveau. Quel-
vice-roi de Naples,Ossuna, tentait de se faire pro- ques mois plus tard la guerre recommençait.
clamer roi à Naples (1619-1620). Enfin Richelieu LeaBoarhonaenIta]!*(1700-1789,. L'Europe
empêchait tes Espagnolsd'occuper la Valteline, qui pouvait difficilementadmettre que le Milanais et
reliait le Milanais au Tyrol (1695). L'ouverture de les Deux-Siciles, selon le testament de Charles n,
la successionde Mantoue divisa encore les Italiens. tombassent au pouvoir d'un prince d'origine fran-
Louis XIII parut sur les Alpes pour faire triom- çaise, Philippe V. Une guerre générale éclata. Vic-
tor-Amédée, auquel la France avait secrètement dène, *t Fcrrare, on proclama la République.
promis le Milanais, se tourna en 1703 contre Charles-Emmanuel IV (1796-1802), menacé de pér-
Louis XIV dont il se défiait. Le duc de Vendôme dre ses Etats, dut se conformer aux ordres des
fut rappelé en France la Feuillade fut battu à vainqueurs. Les victoires d'Arcole (1796), de Ri-
Turin, les Impériaux s'emparèrent de Naples et voli (1797) aboutirent au traité de Campo-Formio,
les Anglais de la Sardaigne. Les traités de t'!t3 dont certaines stipulations furent une honte pour
modifièrent profondément J'état de l'Italie. La mai- la France la république Cisalpine, il est vrai,
son de Habsbourg reçut le Milanais, Naples, le ~tait fondée avec Milan pour capitale mais Ve-
Mantouan et la Sardaigne. Victor~Amédée obtint nise fut cédée aux Autrichiens, avec l'Istrie et la
le titre de roi et l'Ile de Sicile, malgré les réclama-Dalmatie (179!-1'!98). Quelques mois plus tard, la
tions du Saint-Siège. république était fondée à Rome (fév. 1798), à Na-
En nn, la politique d'Alberoni remit tout en pies (janv. 1799), en Toscane (mars 1799).
question. Après une courte guerre suscitée par Mais ia révolution n'était que superficielle.
1 Espagne, Victor-Amédée échangea la Sicile pour Après les défaites des Français à Magnano, Cas-
la Sardaigne. Plus tard encore, à l'extinction des sano, Novi (1799), les anciens gouvernements fu-
maisons de Farnèse (1731) et de Médicis (~736', rent restaurés à Naples, à Florence, à Milan. Le
l'Espagne et l'Empire se disputèrent Parme, Plai- pape Pie VU (1799-1823) succéda régulièrement à
sance et la Toscane. En HM, Philippe V obtint Pie VI. La domination autrichienne fut rétablie, au
pour un de ses fils, Don Carlos, Parme et Plaisance. grand détriment des libéraux. La bataille de Ma-
Quelques mois après, poussé par les conseils se- rengo (1800) et le traité de Lunéville (1801) la ren-
crets du nouveau roi de Sardaigne Charles-Emma- versèrent encore. On reconstitua les républiques
nuel JIl (l'!30-mS), don Carlos consentait à lais- Cisalpineet Ligurienne mais Pie VII rentra à Rome
ser don Philippe, son frère, Parme et Plaisance, et Ferdinand resta à Naples; Parme et Plaisance
à conquérirles Deux-Siciles,et & aider les Piémon- furent donnés à la France, qui céda la Toscane à
tais à occuper le Milanais. On préparait ainsi l'ex- l'ancien duc (royaume d'Etrurie). Où était la
pulsion des Autrichiens de la Péninsule. Le traité liberté promise aux Italiens? Bonaparte acceptai
de Vienne ()73&) donna s don Carlos les Deux-Si- la présidence de la république Cisalpine (1802). Le
ciles et les présides de Toscane; maisl'Autriche mit Piémont formait six départements français.Victor-
la main sur Parme et Plaisance, annexés au Milanais; Emmanuel t" (1802-1821) était relégué dans la
la Toscane fut cédée au duc François de Lorraine. Sardaigne. Bientôt Bonaparte, empereur, trans-
Les Autrichiens furent plus puissants que jamais. forma la républiqueCisalpine en un royaume, dont
En 1740, à la mort de Charles VI, on pouvait Eugène Beauharnais fut vice-roi (I80.'<). La Ligurie,
espérer que l'Italie se débarrasseraitde la domi- Parme, Plaisance, Lucques et Piombino étaient
nation autrichienne. Mais le roi de Sardaigne, fi- annexés à l'empire. Le traité de Presbourg (déc.
dèle à la politique astucieuse de sa famille, traita 1805) acheva de soumettre l'Italie à Napoléon.
avec Marie-Thérèse, après s'être déclaré son en- L'Autriche céda au royaume d'Italie Venise, l'Istrie
nemi (1742). Vaincus à Bassignano (H45) et vain- et la Dalmatie. Les Bourbons furent expulsés de
queurs à Plaisance (H46), les Impériaux durent Naples, où un frère de Napoléon, Joseph, fut pro-
signer le traité d'Aix-la-Chapelle(1748), qui laissait clamé roi (mars 1806). En 1808, l'empereur, qui
à François la Toscane, à don Carlos tes Deux-Si- disposait à son gré de l'Italie, nommait son beau-
ciles, donnait à don Philippe Parme, Plaisance et frère Murat roi de Naples, sa soeur Pauline Bor-
Guastalla, au roi de Sardaigne le Haut-Novarais et ghese duchesse de Guastalla, et réunissait la Tos-
Vigevano. cane (royaume d'Etrurie) à la France. Déjà Napo-
L'Italie put respirer. Quelques princes tentèrent léon entamait les Etats du Saint-Siège. Deux ans
des réformes. Don Carlos, devenu roi d'Espagne en plus tard (~810) il réunissait a l'Empire Rome et
1759, connala tutelle de son fils FerdinandIV, roi de Spolète. L'Italie entière était annexée à la France;
Naples, au jurisconsulte Tanucci.Ceministrerétablit le pouvoir temporel des papes n'existait plus. Mais
l'ordre dans les finances, encouragea le commerce partout libéraux et catholiques commençaient à
et l'industrie. En Toscane, Léopold le, réformait le protester contre l'asservissementdu pays et des
code criminel, abolissait la peine de mort, favo- consciences. L'Italie, qui avait longtemps cru en
risait l'agriculture, réduisait la dette de 81 mil- Bonaparte, l'abandonna dès 1812. Aux premiers
lions a 24. En Piémont, Charles-Emmanuel orga- revers en 1814, Murat se prononça contre l'empe-
nisait l'armée, construisait des forteresses,et ad- reur. Dans le Nord, Eugène Beauharnais, vice-roi
ministrait ses Etats comme une vaste caserne. à Milan, dut se retirer devant les Autrichiens. Le
Dans le Milanais, les Autrichiens toléraientl'illus- premiertraité de Paris ramena dans la Péninsule,
tre Beccaria, développaient l'agriculture et sur- outre les Autrichiens, le pape Pie VII, Victor-
veillaient de près la noblesse et la bourgeoisie. Emmanuel, François de Modène, François de Tos-
A Rome, le pape Benoît XIV se contentait d'être, cane, le conseil municipal de Saint-Marin et le
selon sa propre expression, « un bon vivant ». prince de Monaco. Durant les Cent-jours, Murat
Après lui, Clément XIV prononça la suppression de essaya vainement de soulever l'Italie au nom de
l'ordre des jésuites. Sous le pontificat de Pie VI l'empereur. Waterloo condamnait les Bonaparte
(1775-1799),l'Etat romain, au dire d'un panégyriste et leurs alliés. Ferdinand IV rentra dans Naples,
du pape, fut « le plus mal administré de l'Europe et Murat, pris à Pizzo où il avait débarqué, fut
après la Turquie. » Venise et Gênes se faisaient mis à mort (1815).
oublier. Personne ne protestait contre la domi- L'occupation française n'avait pas été inutile aux
nation autrichienne qui s'imposait peu à peu Italiens. Napoléon avait encouragé les grands tra-
même aux Etats indépendants,sous le couvert de vaux dans la Péninsule. Le droit français avait
mariages et d'alliances. achevé la défaite de la féodalité italienne. Pour la
L'Italie contemporaine (1789-1879). -L'Italie a première fois depuis des siècles, l'Italie avait enfin
largement profité des bienfaits de la Révolution formé un Etat. L'unité italienne était donc pessi-
française. Envahie dès n92 par les Français, qui ble l'Italie ne l'a pas oublié. Le patriotisme ita-
occupèrent Nice et la Savoie, elle n'opposa qu'une lien était né; il avait un but. Il Fa poursuivi opi-
faible résistance au général Bonaparte, qui l'ap- niâtrement durant un demi-siècle, comptant sur
pelait à l'indépendance. Victor-Amédée(1773-1796) la maison de Savoie, qui n'a point trompé ses es-
dut signer le traité de Cherasco (1796). Partout pérances, séparant point l'idée de la patrie de
des conspirations éclataient contre les princes. La celle de laneliberté, précieux héritage de la Révo-
victoire de Lodi expulsa les Autrichiens du Mila- lution.
nais (H96). A Milan, à Bologne, à neggio, à Mo- Les traités de Vienne livraient à l'Autriche la
Lombardie et la Venétie, réunies sous le nom de En 1856, Cavourposait devant le Congrès de Paris
royaume lombard-vénitien ()815~. Milan et Venise la question italienne, et, en 1859, il obtenait le se-
en furent tes capitales tes soldats italiens furent cours de Napoléon ni contre l'Autriche, au prix de
disséminés dans les régiments autrichiens. Les la cession de Nice et de la Savoie (V. Guerre
collatéraux de la maison de Habsbourg furent a!<aHe, p. 942).
grandement favorisés. A l'archiduc Ferdinand on Par l'annexion au Piémont de la Lombardie, de
donna la Toscane avec Piombino et flle d'Elbe la Toscane et de l'Emilie (1859,1860), un royaume
à François d'Este, le duché de Modène; à l'ex-im- vraiment italien était enfin constitué. Il n'avait
pératrice Marie-Louise,le duché de Parme. Gènes plus en face de lui que les gouvernements de
était annexée au Piémont. Le fantôme même de Naples, de Rome, et de ta Vénétie restée autri-
la liberté avait disparu. Victor-Emmanuel I"' livrait chienne. Les États napolitains furent soulevé* par
ses Etats aux jésuMes. FerdinandIV de Naples, qui Garibaldi (ls60), qui y fit proclamer Victor-Emma-
s'appelle désormais Ferdinand I", roi des Deux- nuel, en même temps que les troupes pontificales
SicUes, abolissait une constitution libérale promul- étaient battues par t'armée sarde à CastelMardo;
guée en 1812, et luttait avec t'aide des Autrichiens les Marches et l'Ombrie sont annexées au
contre les sociétés secrètes des carbonari.La réac- Piémont; le pape ne garde que Rome et un petit
tion était conduite par M. de Metternich, policier territoire. En 1861, Victor-Emmanuelprend le titre
plus que diplomate, homme d'une immoralité ex- de roi d'Italie; Cavour peut mourir (juin 1861) sa-
trême, mais défenseur acharné des principes con- tisfait de son œuvre. Garibaldi, qui voulait atta-
servateurs. quer Rome, est désarmé par le gouvernement
La place nous manque pour raconter avec quel- italien; les troupes de Victor-Emmanuel l'arrêtent
que détait i'histoire de l'Italie, des traités de 1815 a Aspromonte (1862), et le contraignent à renoncer
à nos jours. Nous devons nous borner à un résumé à son projet.
chronologique très sommaire. En vertu de la convention du 5 septembre 1864,
En 1820 et 1821, des révolutionnaà Naples et dans les Français, qui occupaient Rome depuis 1849,
ie Piémont obligèrent Ferdinand à accorder une consentent à évacuer cette ville dans un délai de
constitution et Victor-Emmannel à abdiquer en fa- deux ans, si Victor-Emmanuel s'engage à respec-
veur de Charles-Félix, transformé aussi en roi ter le territoire pontifical. Pie IX, se déclarant me-
constitutionnel. Mais l'intervention autrichienne, nacé, lance l'Encyclique du 8 décembre 1864.
appuyée par la Sainte-Alliance, comprima les as- qu'accompagne le célèbre Syllabus. Sans s'arrê-
pirations libérales de sanglantes exécutions, ter & ces récriminations, Victor-Emmanueltransporte
des proscriptions impitoyables, décimèrent les sa capitale de Turin à Florence, puis s'allie à la
rangs des patriotes, les constitutions furent Prusse, et déclare avec elle la guerre a l'Autriche
abolies, et la terreur régna dans l'Italieentière. ()866); grâce à la victoire des Prussiens à Sadowa,
Cela dura jusqu'en 1830. Alors l'exemple des et malgré les défaites de Custozza et de Lissa,
jeomées de juillet enflamma de nouveanlajennesse l'Italie obtint ennnIaYénétte;en même temps, en
italienne. Les insurrections partielles de Parme, vertu de la convention de septembre, les troupe'
de Modène, des Romagnes furent encore compri- françaises évacuaient Rome.
mées par l'Autriche. Mais, cette fois, les patriotes, En octobre 1867, Garibaldi, toujours impatient,
malgré leurs échecs, ne devaient plus se décou- envahit les Etats pontificaux a la tête de ses vo-
rager. Un grandparti, celui de la Jeune Italie, s'é- lontaires aussitôt une armée française est envoyée
tait formé sous la direction de Mazzini et, durant au secours du pape, et Garibaldi est vaincu là
quinze ans, d'incessantes conspirations tinrent les Mentana, où « les chassepots firent merveille. »
espritsen éveil.Lorsque le cardinal Mastai Ferretti, Mais en 1870, Napoléon III se voit contraint de re-
qu'on croyait libéral, fut devenu pape sous le nom noncer à défendre plus longtemps le gouverne-
de PieIX(juin 1846). l'Italie accueillit cette élection ment pontificat, et les Italiens entrent à Rome,
avec enthousiasme il semblait qu'une ère nouvelle qui devient capitale définitive du royaume. La loi
allât commencer; des réformes s'accomplissaient de garantie, votée en 1870, assure au pape, souve-
en Toscane et en Piémont, où régnaientLéopold II rain spirituel, une liberté absolue.
et Charles-Albert. Victor-Emmanuel, mort en l!i78, a eu pour suc-
Mais la République est proclamée en France, et cesseur son fils Humbert I".
le contre-coup de la révotution de février se fait [L.-G. Gourraigne.]
ressentir dans toute l'Europe. Milan s'insurge; tTAUE (LnrÉRtTCttE). Littératures étran-
Charles-Albertoctroie à son peuple une constitu- gères, XI, XII. Jusqu'au douzième siècle, les Ita-
tion et déclare la guerre à l'Autriche. Partout les liens s'exprimaient en langue latine, cherchant à
souverains italiens sont chassés ou obligés de faire se soumettre aux règles, quand ils prenaient la
des concessions. Mais Charles-Albert est vaincu: plume, et n'en ayant nul souci quand ils parlaient.
le pape et le roi de Naples font cause commune Leur idiome, alors, c'était ce latin des soldats et
avec la réaction européenne. Abandonnés par les des gens du peuple, dont on retrouve la trace dans
princeo, les patriotes italiens ne désespèrent pas Plaute, et qu'ils avaient encore dénaturé, un latin
de la cause nationale la république est proclamée moins semblable a celui de Cicéron que le fran-
t Venise,à Florence, à Rome, d'en le pape s'enfuit.
La guerre recommence entre le Piémont et l'Au-
çais de nos soldats et paysans ne l'est a celui de
Bossuet. Quiconque était trop Ignorant pour écrire
triche Charles-Albert est encore écrasé (à Novare, tant bien que mal en latin écrivait en français
mars 1849), et abdique en faveur de son fils notre vieille langue était alors très répandue. Ce
Victor-Emmanuel Il, qui fait la paix avec l'Au- n'est guère qu'à la nn du douzième siècle que le
triche- les princes sont rétablis a Parme, à Mo- latin parlé commence à devenir un idiome mo-
dene, a Florence. Pendant que les Autrichiens as- derne il faut alors expliquer en langage vulgaire
siégeaient Venise, Louis-Napoléon,devenu président aux auditeurs tel sermon prononcé en latin. Ita-
de la République française,envoyaitune expédition lien et français procèdent l'un et l'autre de la
détruire la République romaine. Le général Oudi. langue latine; seulement l'italien termine les mots
not s'empare de Rome, défendue par Garibaldi sur les voyelles, tandis que le français les tronque
(juillet 1M9); Venise capitule (août 1849). sur les consonnes, en supprimant la finale. Au
La réaction triomphait dans l'Italie entière; treizième siècle, il existe une langue italienne
seul, le Piémont avait gardé sa constitution; sous on a déjà dans cette langue des cahiers de
la direction d'un politique habile, le comte de comptes ou de dépenses et des lettres d'affaires.
Cavour, il voyait grandir son importance. En 1853, Quatorzième siècle. L'instrument trouvé, on
les Piémontats prennentpart t la guerrede Crimée. ne pouvait tarder à s'en servir. La poésie qui,
dans le domatne des lettres, devance partout la lie et la soumettre au pouvoir d'un seul, maUre
prose, parut, au treizième siècle, à la cour de dans l'ordre temporel comme le pape l'est dans
Palerme, sous le règne de Frédéric !I. Ce sont les l'ordre spirituel c'est dans cette dualité, selon lui
troubadours provençaux qui l'y ont importée; de sans péril, qu'il voit le salut, comme il entreprit
là elle passe en Toscane, plus tôt qu'à Naples ou de le montrer dans un vigoureux ouvrage écrit en
pris langue latine et intitulé De Monarchia. Quand
à Rome, parce que le peuple florentin, avaitaussi l'échec d'Henri VII de Luxembourg lui eut ôté ses
l'avance sur les autres peuples de l'Italie, et il de faire de Cane
naître temps-là dans illusions à cet égard, essaya
parce que le hasard fit en ce
Florence un grand génie, le plus grand peut-être Grande della Scala, dont il était l'hôte à Vérone, le
du moyen âge, un de ceux qui consacrent par héros de son rêve, qu'il ne devait pas voir réalisé.
d'immortels exemples les progrès accomplis et qui Ces pensées et ces desseins, qui étaient alors
en accomplissent eux-mêmes,Dante Alighieri (1265- une des formes du patriotisme, d'un patriotisme
1321). Après avoir beaucoup étudié et s'être fait mal entendu, se retrouvent fréquemment dans la
inscrire dans la corporation des apothicaires, il Divine Comédie; mais ce n'est point là ce qui en
qu'ait pris part aux combats extérieurs que livrait fait le charme, d'attrait. Ce qui attire et retient le
sa patrie, aux querelles intérieures qui la divi- lecteur, ce sont tant d'immortels épisodes, Fran-
saient en Blancs et en Noirs; il finit par être en- çoise de Rimini. Ugolin et la tour de lapoète Faim, le
veloppé dans la disgrâce, dans l'exil des Blancs. portrait de la fortune, l'entrevue du avec
Son caractère irritable et chagrin lui avait fait Brunetto Latini, son maître, la redoutable descente
beaucoup d'ennemis. au huitième cercle, les deux épisodes des serpents
Dante n'est pas, comme on l'a dit,
solitaire dans la nuit sombre; » plusieurs
un de
astre et tant d'autres; c'est l'originale et difficile inven-
ses tion par laquelle Dante se représente et cherche
contemporains ont un nom dans les lettres, et il à représenter les splendeurs éblouissantes de
est même disciple de deux d'entre eux, Guido l'empyrée, cette rose blanche dont les feuilles
Cavalcanti et Cino de Pistoia, renommés pour éclatantes et pures deviennent les sièges des saints
leurs poésies sur le modèle des troubadours et des saintes, revêtus de blanches étoles c'est
provençaux ou siciliens. En écrivant comme eux surtout qu'il a su créer des personnages vivants
des poésies amoureuses, il relève et perfectionne avec deux éléments disparates, l'idéal et le réel,
qui, réunis par son art, ne peuvent plus être sépa-
ce genre, en même temps que, par divers ouvrages traits caractéristiques de son
en prose, il fixe à jamais la langue toute nouvelle rés. Mêlant ainsi aux
qu'on parlait autour de lui. Mais c'est surtout par temps, qu'il fixe à jamais, les richesses de sa
son grand poème. la Divine Comédie, qu'il marque puissante imagination, il le dépasse par la force
Renaissance,
sa place pour l'immortalité. Le cadre est emprunté de son génie, il entrevoit l'aube de la
aux conteurs français. Rien de plus ordinaire il donne de hautes leçons de littérature comme de
parmi eux que de faire voyager tel ou tel person- morale. S'il reste un modèle à ce point inimitable
l'imiter,
nage aux enfers, au purgatoire, au paradis. Heu- qu'on n'osa guèremourir dansses exil de Vérone,
contemporains,
reusement, Dante transforme, ennoblit tout ce après l'avoir laissé son
qu'il touche. D'un court et licencieux fabliau, il dont il ne voulut pas être rappelé au prix d'une
fait une trilogie ample, chaste, élevée, sublime. soumission humiliante, se prirent pour lui d'une
Il donne l'Italie son épopée, qui est pour ce pays admiration sans bornes voyant dans ses vers un
ce qu'est pour nous la CAa/no't de Roland, avec texte presque aussi sacré que celui de l'Ecriture
ces différencesessentielles, qu'au lieu de raconter sainte,le ils fondèrentdespartout, pour l'expliquer,
dans une langue encore informe un épisode pour commenter, chaires qui, en plus d'un
d'histoire nationale, il expose dans une langue endroit, furent établies dans les églises. S'il y eut
formée, avec toutes les beautés que sait trouver le exagération dans un enthousiasme qui tenait peut-
génie et tout l'art d'un maître en fait de style, les être du remords, Dante n'en est pas moins, et de
croyances religieuses du moyen âge, en sorte beaucoup, le plus grand nom de l'Italie.
qu'italien par Hdiome dont il se sert et par ses La D:r:Me Comédie fait trop oublier les services
incessants retours sur l'histoire de l'Italie et de sa rendus à la prose italienne par quelques écrits de
ville natale, il est le poète de toute l'Europe chré- Dante mais en prose il n'a pas la même supério-
tienne par le fond même de son poème. Ces retours, rité qu'en vers il n'a guère que celle de son grand
malheureusement,sont si nombreux, ses allusions esprit et des choses qu'il pense. Les auteurs de
si fréquentes à de menus faits peu connus, ses chroniques, de souvenirs personnels, consignés au
allégories, genre alors à la mode, parfois si ob- jour le jour, qu'on appelait ricordi ou ricordanze,
et qui sont comme la forme primitive des mémoires.
scures, qu'il paraltrait souvent inintelligible, si, contribuaient
presque à chaque vers, les notes de ses éditeurs eux aussi, par leur langage simple
n'y portaient la lumière. et naturel, aux progrès de la prose. Il suffira de
C'est lui-même qui fait le triple voyage, guidé citer ici Giovanni Villani (1310-1348), son frère
dans l'enfer et le purgatoire par Virgile, dans Matteo et son neveu Filippo, tour à tour historiens
le paradis par Beatrice Portinari, une jeune de Florence leur patrie, avec un effort louable vers
Florentine enlevée à la fleur de l'âge et qu'il avait l'exactitudeet l'impartialité. Ce qui leur manque,
aimée de cet amour platonique dont tout poète, en c'est le génie. Pétrarque et Boccace sont, à cet
ce temps-là, était tenu de brûler. Esclave des égard, les seuls héritierspartie de Dante; mais ils n'ont
usages et des idées de son temps, Dante mêle, à la recueilli que la moindre de son héritage.
merveilleuse poésie qui lui est propre, la sco- Francesco Petrarea (1304-1 .t74), né à Arezzo, de
lastique, la philosophie, la théologie qui en dimi- parents florentins en exil, avait pris dans sa jeu-
nuent pour nous l'attrait, mais qui en augmentent nesse, en terre d'Avignon, à la cour du Saint-
singulièrement la portée historique. Ces idées Siège, le goût de la poésie lyrique des Provençaux.
abstraites, ces souvenirs de l'école dominent sur- Libre de sa vocation par la mort de son père qui
tout dans le Paradis; mais on en trouve déjà trop le voulait légiste, il revêtit l'habit ecclésiastique,
dans le Purgatoire, où elles sont, il est vrai, mê- qui donnait alors l'indépendance avec la considé-
lées à des descriptions saisissantes de supplices, ration, et .il consacra une vie de loisirs à chanter
dont l'unique défaut est de répéter celles, plus en vers l'amour platonique que lui inspirait une
saisissantes encore, qui remplissent l'Enfer, et jeune femme du Comtat, Laure de Noves, mariée à
qui en ont fait, depuis des siècles, l'incomparable Huguesde Sade. Dix-septannées, il vécut dans des
popularité. larmes et des soupirs de commande ses sonnets
En politique, Dante est gibelin, c'est-à-dire qu'il sollicitaient ou célébraient la modeste faveur d'un
appelle l'empereur allemand pour regénérer l'Ita- regard, d'une mair. dégantée, d'une parole auec-
tueuse ou seulement polie. Quand )a mort lui a verset. On s'étudie !t écrire le latin comme Cicéron,
ravi Laure, il en célèbre encore les mérites, et ses et, un peu puérilement, à ne se servir que de mots
regrets sont plus touchants que les précédents par lui employés. En langue italienne, on n'écrit
désespoirs de son Cansoniere. t) s'y montre, en guère plus qu'en vers. Laurent de Médicis et Ange
somme, très supérieur aux troubadours et aux Politien eont au nombre des meilleura poètes de
Italiens qui les avaient imités, quoiqu'il ne soit ce temps. D'autres mettent en vers italiens nos
point exempt de leur subtilité fleurie. Dans ces chansons de gestes, nos romans de la Table Ronde.
poésies, où le fond n'est rien, où le charme du sen- Mais dans le Morgante maggiore de Putci ()43t),
timent, du rythme, du style est tout, rien n'a dans l'Orlando innamorato de Bojardo (X34), on
vieilli. On peut seulementregretter que Pétrarque ne retrouve point )e sérieui. la bonne foi de nos
ait donné naissance, tant il-était facile de marcher vieux auteurs primitifs. Les imitateurs de ceux-ci
sur ses traces, à l'école des pétrarquistes, séculaire au sud des Alpes sont un peu suspecte de ne ra-
Oéau qui n'a point cessé encore de sévir sur l'I- conter qu'en plaisantantles exploits de leurs héros,
talie. comme, au surplus, faisaient eux-mêmes les der-
Chose remarquable t Les sonnets et MtMTM qui niers de nos trouvères.
sont a nos yeux la gloire de Pétrarque, n'en étaient Seizième siècle. Au siècle suivant, la littérature
point le fondement, aux yeux de ses contempo- italienne prend une floraison nouvelle, inférieur?,
rains. Ils admiraient surtout de lui ses poésies la- quoi qu'on en ait dit, il cette du ïtv*,mais où,néan*
tines. C'est un poème latin, l'Africa, qui lui valut moins, s'épanouit de nouveau le génie. Ce qui nuit
l'honneur de recevoir à Rome, au Capitole, le lau- aux écrivains, alors, c'est qu'ils sont des serviteurs,
rier poétique. Ses écrits en prose ou en vers dans des sujets, au lieu d'être des hommes libres. Leur
la langue des vieux Romains attestent du moins un inspiration est en quelque sorte commandée. Elle
effort, quelquefois heureux, pour en user avec une manque de Berté, de dignité. Leur t&che est de
élégance depuis longtemps perdue. Passionné fondre dans une composition harmonieuse tes élé-
pour les lettres antiques, Pétrarque parcourait. ments nombreux, mais épars. qu'ils ont sous la
l'Europe pour en découvrir, acheter, transcrire ou main. L'imagination de détail et le goût sont dé-
faire transcrire les manuscrits, oubliés et comme sormais tes qualités dominantes. L'effort de l'ar-
perdus dans la poussière des couvents. Par la il rangement et du style devient sensible, et le nom-
est un des premiers qui aient acheminé l'Italie, bre des auteurs considérable, parce que le travail
et à sa suite l'Europe, dans les voies de la Renais- et l'art suffisent à leur assurer une place d'honneur.
sance. Mais ceux-là seuls envers qui la nature s'est mon-
II avait trouvé un puissant auxiliaire dans son trée prodigue peuvent ici nous arrêter.
ami GiovanniBoccaccio (1313-1376),fils d'un Toscan Au premier rang, par le temps comme par le
des environs de Florence et d'une Parisienne, génie, est Niccolô Macchiavelli (t469-t52~).Homme
élevé à Paris, et destiné au trafic, qu'il abandonna de transition, il appartient, par la durée de sa vie,
pour t~s lettres, comme Pétrarque avait fait le autant au xv* siècle qu'au xvf. Issu d'une ancienne
droit. Moins novice dans la connaissance du grec, famille de Florence, successivement chancelier et
c'est surtout les manuscrits grecs que Boccaces'é- secrétaire de la République,puis destitué et banni,
tudiait à répandre de sa belle main de copiste. assez honnête pour être sorti pauvre de sa charge,
C'est un titre sérieux à l'estime publique pour cet mais pas assez stoique pour se résigner a sa pau-
écrivain, que le plus important de ses écrits con- vreté, il pactisa trop avec les puissants pour mar-
damne à tout jamais à une renommée équivoque. quer une juste horreur de leurs pratiques scélé-
tl avait la prétention d'être surtout un poète, et, rates ou infâmes, et ces accommodementsavec le
de fait, il écrivit beaucoup en vers; mais ses mal ont nui à ses ouvrages, par suite à sa re-
poèmes sont un peu négligés aujourd'hui, quoi- nommée. D'un naturel observateur, il note froide-
qu'on y remarque le désir et l'art de conter, c'est- ment, il indique avec un flegme imperturbableles
à-dire le génte même de Boccace. Il avait beaucoup actes propres à étendre ou à affermir le pouvoir,
lu et goûté les conteurs français it les imita, par dans un ouvrage intitulé le Prince, chef-d'oeuvre
manière de passe-temps, dans son Décaméron, profond, mais qui n'est ni un livre de morale, ni
recueil de cent nouvelles en dix journées, et il les même un livre moral. On y trouve mises à nu les
laissa bien loin derrière lui, par sa sobriété, son plus secrètes idées de son temps, car il a fouillé
esprit, son style, sa langue. Longtemps il a été comme avec son scalpel dans l'âme des tyrans de
considéré comme le modète de la prose italienne. l'Italie, sans plus s'indigner de ce qu'elle a de dif-
Si l'on reconnaît aujourd'hui que sa période, trop forme, que ne ferait un anatomiste des difformités
imitée de Cicéron, a trop d'ampleur; si l'on pré- physiques. Indifférent aux principes, comme on
fère la phrase plus courte des chroniqueurs ses t'était en un siècle où Gonzalve de Cordoue osait
contemporains, on ne peut méconnaître en lui un dire que la toile d'honneur doit être d'un tissu
des plus habiles écrivains de tout pays. On re- lâche, ce qu'il admire, c'est l'art de gagner la
grette seulement que le goût des aventures licen- partie, ou, tout au moins, de la bien jouer. Etran-
cieuses ou obscènes, général en ce temps-là, nous gement superstitieux, malgré sa profondeur, il n'a
force à reléguer cet ouvrage parmi ceux dont on ne pas eu le pressentiment da l'avenir, et cet esprit
sait trop dire s'il faut les appeler chefs-d'œuvre ou moderne qu'il a méconnu, l'en a châtié en formant
livres honteux Les nouvelles de la dixième jour- de son nom le mot mal famé de machiavélisme,
née et l'introduction, où est admirablement décrite qui exprime des pratiques raffinées et tortueuses
la peste noire de )34<, pourraient seules être bien antérieures à lui. Mais alors il ne choquait
mises dans toutes les mains. Pas n'est besoin de personne: le Prince parut avec le privilège d'une
dire que, dans ce genre facile, Boccace trouva de bulle pontificale, qui en recommandait la lecture
nombreux imitateurs; mais pas un, pas même comme très salutaire aux chrétiens, et il a été
Franco Socchetti, le meilleur de tous, ne peut lui depuis, pour tes despotes, le livre de chevet. C'est
être comparé. mal juger Machiavel que de le poursuivre, comme
~MMMtcme tMc&. Après ces auteurs de génie on l'a fait souvent dans les deux derniers siècles,
semblent se tarir les sources de l'invention. Ils ont de violentes invectives, ou de voir en lui, comme
donné à l'Italie une langue définitive, et, cependant, on le fait de nos jours, un apôtre de la cause natio-
elle retourne au latin. Une admiration trop enthou- nale et démocratique. H est un témoin, qui, par
siaste de l'antiquité retrouvée lui fait croire qu'elle prudence ou indifférence, refuse d'être un juge.
n'a plus qu'a se remettre à l'école. Le xv* siècle re- D'autres ouvrages recommandent encore le nom
noue la chalne qu'ont brisée les temps barbares et de Machiavel. Ses Discours sur la première décade
le moyen âge. Le goût de l'érudition devient uni- de J':<e-f.tt:e, sans imposer les mêmes réserves,
contiennent pourtant trop de maximes semblables tante et fralche. Son style est d'une si rare perfec-
à celles du Prince. Faisant la philosophie de l'his- tion, que la Crusca, toujours sévère pour ce qui
toire romaine, il analyse et développe ce que n'est pas florentin d'origine, a admis le Roland fu-
Bossuet résume, et il se distingue de lui, comme rieux au nombre des < textes de langue », c'est-à-
de Montesquieu, par une application constante des dire des livres qui offrent les vrais modèles du
faits anciens aux intérêts modernes. Ses Histoires langage italien. Auteur de comédies dans la ma-
florentines jusqu'en 1492 ne sont, quant aux faits, nière latine et de satires piquantes contre les
que la reproductionde l'historien Cavalcanti, aussi grands et les oppresseurs de l'Italie, clercs ou laï-
obscur que médiocre; mais il fait oublier son guide ques, l'Arioste a su conquérir parmi les meilleurs
par des appréciations judicieuses,même des événe- auteurs de son pays un des premiers rangs.
ments qu il connaltmal, etparunstyle bref, nerveux, L'autre grand poète de ce siècle, c'est Torquato
sans images ni ornements, qui diffère très heureu- Tasso ()5t~-1595), né à Sorrente, d'un père citoyen
sement de celui de Boccace, qu'on proposait alors de Bergame, et poète lui-même. Le Tasse était
pour modèle. Parmi bien d'autres écrits, la plu- trop de son temps pour ne pas rechercher la pro-
part politiques ou militaires, signalons ses heu- tection des princes et les délices des cours mais
reuses excursions sur le domaine de la nouvelle l'humilité dont il y fallait faire preuve, les liens
(Relphégor) etdela comédie(ta~a?Mh'o~o~ etc.). dorés qu'il y fallait porter, durent singulièrement
Son théâtre est licencieux, mais le pape Léon X contrarier les habitudes de fière et sauvage indé-
n'en aimait pas moins à s'en donner le divertisse- pendance qu'il avait contractées dans sa jeunesse.
ment. L'équivoque règne malheureusement sur De là, les amers chagrins d'une vie qui, voulant
les écrits comme sur la vie de ce philosophe poli- être libre, ne sut pas s'imposer les sacrifices
tique, et ne permet pas de joindre une entière qu'exige la liberté. De là, son dégoût des cours,
estime à l'admiration. ses violences, son hypocondrie de maniaque, sa
Après lui, bien d'autres ont écrit en prose, qui captivité, vengeance peu généreuse de la maison
ne le suivent que de loin, même Guicciardini (Gui- d'Este envers un grand poète dont les chants déjà
chardin), renommé pour son Histoire d'Italie, et les célèbres lui avaient donné plus de gloire qu'elle
Novellieri ou conteurs, dont aucun ne vaut ceux n'en méritait. En un an sa Jérusalem délivrée avait
du xtv* siècle. Le xvt', en sa seconde moitié, tom- obtenu sept éditions. On ne pouvait choisir un plus
bait dans ce travers de croire qu'un rien avait de beau sujet de poème épique que la première Croi-
l'importance, quand il était bien exprimé. Des aca- sade. L'auteur connaît bien l'histoire, et il la res-
démies fort nombreuses, et, dans le principe, utiles pecte, sauf aux endroits où un heureuxinstinct lui
aux lettres, devinrent, en un temps d'oisiveté ser- montre qu'il la peut modifier. N'ayant pas, en sa
vile, une végétation luxuriante qui étouffait tout matière, la foi qu'aurait eue un trouvère du moyen
développement spontané des esprits. !I y avait les âge, il l'embellit par un merveilleux tour à tour
académies des Lucides, des Obscurs, des Gelés, chrétien et musulman. Mais il est admirable dans
des Enflammés,des Altérés, des Insensés, etc. Les l'exécution, comme dans la conception. Il sait com-
membres de chacune portaient des surnoms appro- biner son plan avec proportion, avec justesse, et
priés au titre général de leur compagnie. Tel des y rester Mole. Il s'interdit les digressions oiseu-
Enflammés s'appelait le Brûlé, tel autre le Grillé ses, et ne tire que du sujet même ses nombreux
ou l'Ardent. L'emploi du temps était digne de ces et brillants épisodes. !1 décrit les lieux avec une
puérilités. On faisait l'éloge des grands nez, de la exactitude si minutieuseque Chateaubriand,qui les
salade, du concombre, de l'hypocondrie, comme, parcourut la Jérusalem délivrée à la main, les re-
au temps de la décadence du monde ancien, celui connut sans hésiter. Pour la première fois depuis
de la chevelure ou de la calvitie. On recherchait l'antiquité, on voyait une véritable épopée, où
qui était antérieur, de la poule ou de l'œuf. Le scènes d'amour, conseils, processions, palais en-
langage était à l'avenant, vain étalage de figures de chantés, cabanes de pasteurs, campements, batail-
rhétorique et d'érudition pédantesque. Une seule les, villes assiégées se succèdent pour aboutir non
de ces académies a conservé en partie, malgré ces à une fin de hasard, mais a celle que le poète s'é-
ridicules dont elle n'était point exempte, sa re- tait Bxée dès le début.
nommée d'autrefois: c'est l'académie florentine de Ce qu'on lui peut reprocher, c'est de retracer
la Crusca ou du Blutoir, qui se donne pour mission les mœurs, surtout celles des Musulmans, avec
de trier les tours et les mots de la tangue, selon moins de «délité que les faits, défaut qui lui est
les principes du goût. commun avec Racine c'est d'abuser du bel esprit,
C'est merveille que le « mal académique ainsi des allégories forcées, des vers précieux, des ima-
qu'on l'a justement nommé, n'ait pas été un in- ges trop fleuries, des expressions affectées, sous
vincible obstacle à d'heureuses créations do la prétexte de finesse. Voilà le clinquant que Boileau
poésie. Chez quelques-uns le génie naturel triom- censurait en rappelant l'or de Virgile, et qui mé-
pha de tout. Lodovico Ariosto (H'!4-1533), né à riterait un nom plus sévère, celui de mauvais goût.
Reggio dans le duché de Modène, s'est immorta- Quoi qu'il en soit, le Tasse, moins spirituel et
lisé par un poème d'aventures chevaleresques, le moins fécond que l'Arioste, est plus égal et plus
Roland furieux, continuation du Roland amoureux pénétré des sources antiques. Son poème, malgré
de Bojardo et de nos chansons de gestes, mais où ses taches, est lu encore, après trois cents ans,
le nom de Roland ne vient que pour attirer le lec- par tous les hommes que charme l'épanouissement
teur, en le trompant, et dont le sujet véritable, complet d'une riche et poétique imagination.
encadré dans la croisade fabuleuse de Charlemagne Le xV siècle compte encore d'autres poètes et
contre les Sarrasins, enrichi de cent épisodes di- d'autres genres de poésie. Alamanni se fit un nom
vers, ce sont les aventures, les amours, le mariage dans le genre didactique; le Tasse, Annibal Caro,
de Roger et de Bradamante. L'Arioste a l'air de Michel-Ange, qui posait parfois le ciseau et la
croire à ce qu'il raconte, bon moyen d'y intéresser brosse pour la plume, dans le genre lyrique. Si-
les autres. Imperturbable dans sa bonne humeur, gnalons encore Berni, dont le talent valut au bur-
il a l'intérêt d'Homère, sans en avoir la simplicité, lesque, c'est-à-dire a la folie, l'honneur de devenir
le naturel et la grandeur, Il représente les choses, un genre. Par les contrastes, les disparates, les
les batailles par exemple, avec tant de relief qu'on rapprochements inattendus, les comparaisons gro-
croit les voir. Il donne la vie à ses personnages. tesques, il dériderait les plus graves lecteurs;
S'il pèche, c'est par trop de bouffonneries, d'exa- mais de son burlesque au plaisant de l'Arioste, il
gérations, de digressions, de monologues, d'-doges y a tout l'écart du trivial au distingué, du talent
courtisanesques de la maison d'Este. Mais nul poète au génie. Les expressions à double sens, dont
n'a eu au même degré que lui l'imagination écla- l'honnêteté apparente laisse entendre mille indé-
cences, mille ordures, tel est le triomphe de cet dier le sujet de ce petit poème, empruntéà l'Ms-
art de bas étage. toire du xm* siècle, est la ridicule guerre qu'un
Mis en action, il donne la farce improvisée seau de boit, ravi par les habitants de Modène et
ou Comédie de /'ar<, comme on dit en Ita- conservé dans le clocher de leur cathédrale, alluma
lie, souvenir attardé des Atellanes antiques, entre eux et les Bolonais. C'est une satire litté-
canevas que remplissent les acteurs au gré de raire où divers traita d'une critique plus générale
leur fantaisie, !e plus souvect écrasés, dans leur introduisentla variété.
médiocrité, par une liberté si grande, qui n'en- DM:-AMt<t~?te siècle. Au siècle suivant, le gé-
fantait que lazzi sans finesse et conversations nie italien sembla se réveiller. Le grand éctat que
recousues. A coté ne développait la comédie tégu- venait de jeter, que jetait encore la littérature fran-
lière, dont l'Italie avait pris le goût en faisant con- çaise le tira de son sommeil C'est le temps où, à
naissance avec Plante et Térence. On a vu que la voix de Voltaire, les princes de tout pays es-
Machiavel et t'Arioste écrivirent des comédies. sayaient tous plus ou moins de rompre avec leur
Plus de mille auteurs au xvi* siècte, et près de passé, de marcher dans les voies mieux ouvertes
quatre mille au xvn*, marchèrent,à cet égard, sur de la civilisation et du progrès. Nos belliqueux
leurs traces sans les égaler, ni même tes appro- auteurs n'étaient plus réduits a se détourner des
cher. La tragédie ne fut, au début, qu'un tissu grands sujets défendus sur de petites choses qu'on
d'horreurs et de monstruosités. Les trouvant dans relevait, pour parler comme la Bruyère, par la
le théâtre grec, on croyait l'imiter en tes reprodui- beauté du génie et du style. Ils furent imités comme
sant, sans comprendre que ce qui les y explique, jadis on imitait Boccace et Pétrarque, non seule-
c'est la fatalité, ressort essentiel du drame anti- ment dans les pensées, mais jusque dans les mots.
que. Trissino, Rucellai, Alamanni, le Tasse sur- La critique, l'histoire marchentd'un pas ferme et
tout, accomplirent un progrès dans Fart tragique, sûr avec Tiraboschi, Maffei, Muratori. Gian-
<ans toutefois produire un eheM'cBuvre. none. Beaucoup de savoir, point ou peu de génie.
La gloire du théâtre en Italie, au xvf siècle, On en trouve pourtant, dans l'ordre des ouvrages
c'est le genre pastoral, genre faux et funeste, re- sérieux, chez le Napolitain Vico (1668-1'!44) qui
nouvelé de Théoerite par Sannasar dans ses églo- cherche en des pages profondes, mais obscures et
gues latines, découpé en scènes plus ou moins sans cet ordre qu'il veut nous faire admirer dans
dramatiques par diverx poètes. Ici encore, c'est le l'univers, l'explication rationnelle du développe-
Tasse qui donna le modèle. Son Aminta obtint ment de l'humanité. Ce sont ses Principes de la
plus de succès que sa Jérusalem on y admire science nouv elle, vaste synthèse qui embrassait pré-
encore aujourd'hui la grâce, t'étégance, la pureté, maturément tous les connaissances dont l'homme
tous les agréments de la langue et du style. Dans est l'objet. On ne peut parler de Vico sans nommer
ces sortes d'églogues dramatiques, le charme des aussi le Milanais Beccaria (ï738-!79<) qui a mar-
vers fait oublier tout le reste, et-c'est fort heu- que sa place par son livre Des <Mt<< et des peines,
reux, car faction en est trop sensiblement ab- où it expose tes principes du droit criminel, et
sente tout s'y passe en dialogues et récits. Les dont l'autorité est invoquée encore anjonrd'hut. Il
bergers y sont héroïques, détieata, .portés a l'a- y demande l'abolition de la torture, l'institution
mour, tout différents, en un mot, des bergers rudes du jury, et il défend la plupart des causes géné-
et primitifs de Thooorite, et même de ceux plus reuses chères II. notre temps.
rafnnés, mais naïfs encore, de Virgile. On ne sau- En poésie, Pétrarque et Marini faisaient toujours
rait omettre, en parlant de ce genre, le P<M<ot' école. La prétention de tes imiter produisait nom-
/Mo de Guarini (1537-1612), imitateur du Tasse, bre d'csuvres médiocres, qu'un succès immérité a
quoiqu'il prétendit être original. Dans cette < tragi- rendues ridicules. Ceux qui voulaient revenir an
comédie comme il lui plaît de l'appeler, Gua- simple n'aboutissaientqu'au fade témoin un genre
rini mêle le triste et le ga). le bouffon et le noble, nouveau d'académie, les Arcades ou Arcadiens,
le simple et le somptueux. Il se recommande par l'Arcadie étant, par convention, le lieu primitif de
l'éclat de l'imagination, par dos récits animés, élo- la vie simple des pasteurs. Quelques noms surna-
quents, pleins d'intérêt, par des descriptions pa- gent Casti, de Prato (1721-1804), qui a fait de l'a-
thétiques, quelquefois même par le mouvement pologue un long poème en vingt-six chants, Les
du drame. De la pastorale devait prendre nais- ~tUMaM: paf/antt, bien licencieux pour provenir
sance le mélodrame ou drame en musique, ap- d'un abbé; Parini, de Milan (1729-1799), un abbé
pelé, malgré ses défauts inévitables, à de grandes aussi, véritable poète satirique qui, dans son
destinées. poème intitulé Le VoMr ou quatre parité* du
DtMfpMMMtt~e.–Lexvn* si ède est aussi pau- ~ou*' A ct//e, flagelle la noblesse en évitant l'in-
vre en Italie qu'il est riche en France. L'Italie, qui vective, et en montrant, avec une apparence de
~vait devancé les autres peuples dans les voies sérieux qui fait sourire, tes devoirs puérils d'un
de la civilisation, est alors en proie à une mata- jeune patricien qui veut être un parfait cavalier.
~iie de langueur et de décadence, tandis que L'ironie est dans les choses, non dans les mots, et
les autres peuples sont en pleine noraison. Le Parini semble baiser la main quand il mord jusqu'au
fléau des académies sévit de plus en plus. Des sang, forme toute nouvelle de la satire, dans les
auteurs estimables dans tous les genres, aucun temps modernes comme dans les temps antiques.
génie, tel est le bilan du siècle. Le Napolitain L'Italie sent ennn le mal qui la ronge, l'abaisse-
Marini (tM9-t625), le < cavalier Marin comme on ment des caractères, Immanquable fruit d'un des-
l'appelaiten France oùil passa une partie de sa vie, potisme prolongé.
représente alors ta poésie. Le plus naturellement C est surtout au théâtre que paraît, pendant le
poète de tous les Italiens après l'Arioste, pour xv)M* siècle, la seconde renaissance des lettres
plaire il seCt bizarre, et il gâta ses heureux dons italienne*. Le Romain Métastase (1698-1782),dont
faisait ptmer d'aise les le vrai nom est Trapassi,transforme le drame mu-
par un mauvais goût quiRambouillet.
habitués de l'hôtel de Durant tout sical et sait rester poète, tout en le pliant avec
lernf tiède, Il fut placé au-dessus des elassigues souplesse aux innombrables exigencesdu musicien.
sa
italiens, et ii tralna suite un troupeau d'imita- Comme Quinault, jusque je vous hais, il dit
teurs qui ajoutèrentau faux la platitude et l'inep- tout tendrement, mais chez lui la route du Tendre
tie. Dans ce temps, une seule œuvre vraiment mène au royaume du pathétique où 11 règne en
distinguée est à signaler c'est le Seau enlevé du maître. Voltaire passe la mesure quand il écrit que
ModenaisTassoni (1565-t635),qui comprit, éclairé certaines scènes de Métastase sont dignes de
peut-être par le succès dè Don Quichotte, qu'il Corneille, quand il n'est pas déclamatoire, et de
'fallait renouveler l'épopée romanesque et la paro- Ilacine,quandiln'est pas faible; mais c'est quelque
chose qu'une telle bouche ait cru pouvoir risquer notre Révolution, qui mettait en pratique les idées
un tel éloge. de son traité De la Tyrannie? Démocrate féodal,
La comédie s'honore du Vénitien Goldoni (1707- il fut toujours un ennemi de la France, comme
1793), que l'Italie appelle le Molière italien. Molière on le voit dans l'histoire de sa vie écrite par lui-
soit, mais un Molière sans poésie et sans génie. même, et dans un ouvrage spécial, le Misogallo,
Auteur à la solde d'un directeur de troupe, tl s'o- ou « Ennemi des Français ».
bligeait par traité à fournir douze comédies dans Dix-neuvième siècle. Avec Alfieri se clôt le
une année, et il tenait parole. Il en a laissé ainsi xvm* siècle. Le X!X* est aujourd'hui assez près de sa
plus de deux cents, toutes en prose écrire en fin pour qu'on puisse dire qu'il tiendra dans les let-
vers lui eût pris trop de temps. Il se proposait am- tres italiennesau moins autant de place que le xvm",
bitieusement de renouer la tradition de Machiavel et infiniment plus que le ïvn'. L'histoire, cet
et de l'Arioste, en s'aidant de Molière pour les cor- honneur de notre temps, y est représentée par
riger et les compléter; mais il avait la vocation Botta, Colletta, Balbo, Cantù, Amari, Capponi, par
d'un genre de comédie moyenne où l'observation diverses publications érudites consacrées à la divul-
remplaçait la gaieté, et il était tenu à ne pas trop gation et à la critique des documents, t'~rcA:o
s'écarter du langage de la comédie improvisée, storico, l'Antologia, etc. Dans la poésie, Monti,
pour plaire à un public qui aimait le parler popu- né au pays de Ravenne (1754-1828), citoyen peu
laire d'Arlequin et de Pantalon. Les pièces où il se estimable, tant il fut versatile, est un poète de ju-
rapproche le plus de ta haute comédie sont celles gement et de goût, d'imagination vive et de sensi-
qui reproduisent les mœurs des petites gens parmi bilité délicate. Il achève d'arracher l'Italie à l'imi-
lesquels il vivait, d'autant plus heureux dans son tation de Métastase pour la ramener à Dante. Ugo
art subalternequ'il y portait une main plus légère Foscolo, de Zante (1778-1827) a sur lui, malgré les
et moins de prétention. Son principal mérite est, incidents d'une vie orageuse, l'avantage d'un pa-
en somme, d'exprimer des choses vraies ou vrai- triotisme ardent et d'un désespoir sincère, dans les
semblables dans un langage simple et naturel. lettres émues qu'il prête à son héros Jacopo Ortis,
Une de ses pièces, le Bourru bienfaisant, fut frère en mélancolie d'Obermann, de René, de Wer-
écrite par lui en français pour la France, car il y ther, ces désespérés si fort à la mode au commence-
exerçait sur ses vieux jours, auprès de la famille ment de notre siècle. La déclamation et l'emphase
royale, les fonctions de maître d'italien. Carlo déparentmalheureusementces lettres écrites pour
Gozzi (1718-1801), Vénitien lui aussi, passe pour le public, et, si l'on veut bien juger l'auteur, il faut
son rival, sans l'être, tant il en diffère. Mieux doué, lire celles qu'il écrivait confidentiellement à ses
plus écrivain, il cultive la comédie populaire et le amis. On l'y trouve éloquent et gracieux,grave et spi-
genre fantastique ou fiabesque, goûté des Italiens rituel, énergique et sincère. Sa prose est d'un poète,
pour son style, et des Allemands pour ses invrai- comme celle de Chateaubriand, et ses vers ne sont
semblables mventions. point prosaïques. On lira toujours son bref mais
Dans la tragédie,il suffit de rappeler que Maffei admirable poème, les Sépulcres, qui est à la fois
a donné une Mérope où il essaie de s'inspirer tout une oeuvre lyrique, une élégie, une satire, dans
ensemble du xvn* siècle français et de l'antiquité. un style fort et pénétré de l'antique. Son but uni-
C'est le Piémontais Alfieri (1749-1803) qui est que, c'est l'affrànchissement de sa patrie; il ne
alors la gloire du théâtre italien. Gentilhomme peu varia jamais que sur le choix des moyens.
instruit, marié à la veuve du dernier des Stuarts, Au-dessus de ces deux poètes s'élève Leopardi
grand lecteur de Plutarque, il fit de sa plume, à (1798-1837), né à Recanati. Erudit et philologue,
défaut de son épée, dont il n'avait pas l'usage, un prosateur vigoureux, d'une ironie âcre et profonde,
instrumentde regénération pour l'Italie. Son théâtre il gémit et il s'irrite parce qu'il souffre de son
est un appel aux armes mais il a une théorie dra- tempéramentrachitique, parce qu'il a honte da sa
matique de novateur. Il supprime le hasard, dinbrmité d'épaules, qui le rendait presque ridi-
n'admet que des incidents naturels et même néces- cule à ses propres yeux. Il est surtout un admi-
saires il élimine tous les accessoires, afin de rester rable poète, à qui le dégoût et le désespoir ont
simple et vraisemblable. Simple, il l'est, plus inspiré d'inimitablesaccents. Il est conduit à dou-
même que les Grecs, et jusqu'à la sécheresse. ter de tout, du progrès, de la vertu, de la vie
Vraisemblable, on en peut disputer: les monolo- éternelle. La société n'est pour lui qu'une ligue
gues sont-ils plus naturels que les récits de con- des fripons contre les honnêtes gens. Mais c'est le
fidents ? D'ailleurs, il ne s'efface pas devant ses scepticisme d'un désespéré,nullementd'un scepti-
personnages. C'est lui qui parle par leur bouche que. Du reste, les vers où il exprime ses doutes
toujours le même langage raide et guindé. Il a ne dépassent jamais par l'expression sa pensée.
autant de monotonie dans la force que Métastase Le style, brûlant et ironique tour à tour, plein
dans la douceur. Il ne sacrifie point à l'agrément, d'amertume et de larmes, est d'une pureté sobre,
qui est pourtant une partie essentielle de l'art. Il d'une concision énergique qui ne coûte de sacri-
est bon écrivain, mais, à force de chercher la con- fices ni au sens toujours exact et profond, ni au
cision, il met les mots à la torture, il pèche par rythme, toujours naturel, savant et harmonieux.
rudesse, par obscurité, et malheureusement cet On admire particulièrementses canzone sur l'Ita-
écrivain si sec confond l'enflure avec l'éloquence. lie, sur le monument qu'on préparait à Dante, et
Malgré ses défauts, il a fait oublier ou négliger surtout ce mâle et gracieux poème, son chef-d'œu-
tous ses devanciers, tant sa simplicité d'action et vre, qu'il intitula r~moMf et la Mort. Par la sim-
de langage contraste avec leurs absurdes et mons- plicité élégante, c'est presque du grec.
trueuses complications. Leopardi vivait encore quand éclata la grande
tl a traité les plus grands sujets, plusieurs de querelle des classiques et des romantiques. Ceux-
ceux qui ont tenté aussi Voltaire: Mérope, Sopho- ci étaient en France amis de la règle en politique
nisbe, Antigone, Agamemnon, Oreste, les deux et de la révolte en littérature; ceux-là, défenseurs
Brutus, Marie Stuart. Son cheM'oauvre est peut- de la règle littéraire, provocateurs à la révolte po-
être sa tragédie de SaK~; mais en général il réus- litique. En Italie, les deux factions montrèrent
sit surtout dans les sujets romains, parce qu'il plus de logique. Ce furent les patriotes, ennemis
ressemble aux Romains par la raideur. En tout de la domination étrangère, qui entreprirent,
cas, il est hors de pair dans son pays, auquel il comme les romantiques français, de réhabiliter le
administra un puissant tonique par des pensées moyen âge, pour exciter la papauté à reprendre
mâles exprimées dans un style sobre, vigoureux, ses anciens rêves de suprématie universelle et à
concis, sans autre exemple dans la poésie drama- rendre, sous sa domination, l'Italie aux Italiens.
tique. Comment ne comprit-il pas, ne gouta-t-il pas Les deux écoles reçurent les noms de formistes et
de coloristes, qui caractérisaient plus ou moins antique la couleur romantique que proscrivait la
bien leur tendance à préferar. les classiques, le vieille écote. C'est en flattant la passion nationale,
dessin, les romantiques, la couleur. Milan était la en traitant le sujet des Vêpres siliciennes (Jean ~e
citadelle des coloristes, Florence cette des ~rrnis- Procida, 1830), qu'il fit admettre sa tentative de
tes. Le chef de cette dernière écote, de récole conciliation. Ses deux meilleurs ouvrages sont in-
classique, c'est Leopardi; mais il l'est, en quelque titulés Filippo Strozzi et Arnaldo di Brescia. !t
sorte, sans le savoir et sans le vouloir. Jamais on t
n'est pas, proprement parler, un poète dramati-
ne vit deux chefs d'école aussi près l'un de l'autre que, car U dissémine l'action en dialogues histori-
qu'il l'est du chef des coloristes ou romantiques ques, comme Manaoni, an lieu de la concentrer
italiens. Tous deux ont su rester dans tes limites mais il a de fortes pensées et de mates beautés.
du raisonnable, ne prendre aux Allemands que la Il n'en est pas moins un eolitaire, et on l'a admiré
meilleure partie du romantisme, et abandonner des plutôt que suivi. Tel est souvent le sort de qui veut
classiques ce qu'ils ont de plus contestable. Tant éteindre, dans les lettres comme dans la politique,
de sagesse n'a point marqué chez nous le début le feu des factions.
de cette grande querelle. Solitaire aussi est le chansonnier toscan Giusti
Le premier chef des romantiques fut Manzoni (1808-18&0) mais il le fut par amour de son indé-
(1784-1872), Milanais, auteur de deux drames cé- pendance. Le tour satirique, qui est la dignité de la
lèbres (Carmagnola, les Adelchi), faits pour la lec- chanson et qui lui donne droit de cité dans la
ture plus que pour la scène, et qui plaisent, mal- république des lettres, commande l'isolement.
gré l'insuftlsance de l'action, par un style vraiment Dans le style sobre et sûr des meilleursclassiques,
poétique, qui repose de la sécheresse d'Atneri. Les Giusti poursuit de sa haine princes et prêtres, do
chœurs lyriques y sont d'une réelle beauté. Mais ses attaques abus et ridicules, surtout parmi les
son principal titre de gloire, c'est son roman his- hommes dont le pouvoir rend les exemples conta-
torique, Les Fiancés, écrit dans un système op- gieux. Il n'a pas l'invention de Béranger, mais il le
posé à celui de W. Scott et bien plus vrai. Tandis surpasse par la délicatesse et le naturel.
que l'auteur anglais expose et développe des faits, La politique,enfin, qui se mêle à tout dans notre
met en scène des personnages qui appartiennent siècle, paraît aux romans d'Azeglio, le gendre de
& l'histoire, non sans tes altérer souvent et beau- Manzoni, comme aux travaux philosophiques de
coup, pour leur donner plus de relief et d'intérêt, l'abbé Rosmini, défetiseur vigoureux des doctrines
Fauteur italien place des personnages de fantaisie, absolutistes, et de .l'abbé Gioberti, apôtre de la
dont il a par conséquent la libre disposition, dans démocratie, ennemi des jésuites, mais partisan
un milieu historique savamment, profondément de l'hégémonie-pontincate. L'un a été ministre du
étudie, et it se trouve que ses héros imaginaires Saint-Siège, sous Pie IX, un moment monarque
sont plus vrais que bien des héros emprunté* aux cona~tutionnet, l'autre du Piémont sous Charles-
chroniques ou a l'histoire. Il trace un vivant ta- Albert, devenu roi libérât et même un moment
bleau de la société milanaise au dix-huitième siè- démocrate.
cle, avec trop de descriptions peut-être, mais dans Cette invasion de la politique dans tes lettres
un style simple sans triviatité, éloquent sans dé- n'est pas le moindre danger qu'elles courent dans
clamation, entaché seulement d'idiotismes lom- notre siècte. On pense trop au but à poursui-
bards qui ont plus d'une fois le mértte d'être des vre pour penser beaucoup t l'art de la com-
néologismes uttles ou nécessaires. position et du langage. Rendue t etie-meme. l'I-
Ce beau livre, en mettant au grand jour les talie retrouvera-t-elle un grand siècle littéraire?
maux de la domination étrangère, espagnole, en C'est le secret de l'avenir. Mais son passé suffit a
inspirait l'aversion, et par conséquent servait le sa gloire, surtout dans la poésie, car elle a d'ad-
patriotisme, irrité alors de la domination autri- mirables poètes, et un, parmi eux, est sans pareil.
chienne. Celui de Manzoni parut cependant man- Si ses grands prosateurs sont en petit nombre,
quer d'ardeur, et, de fait, ses disciples Grossi et on en pourrait dire autant des autres nations, sauf
Pellico, l'imitant par son côté faible, comme font de la France, dont c'est le privilège d'avoir créé
d'ordinaire les imitateurs, donnèrent le spectacle la seule prose qui puisse être comparée, par le
d'une énervante mansuétude, d'une regrettable nombre et la supériorité des talents, a la prose
soumission. Nous passerons sur Grossi, romancier des Latins et des Grecs. [F.-T. Perrons.]
et poète, dont le principal titre est peut-être une Les arta en Italie. Du ~Mat~M siècle au
vive satire en dialecte milanais; mais Silvio Pellico quinzième. La peinture italienne procède de
a un nom trop célèbre pour qu'on puisse s'abstenir l'école byzantine de Salonique. Cimabue (né en
d'en dire un mot, malgré la médiocrité de son 1240), Giotto (né en 1276) ne peignent que des
talent comme prosateur et comme poète. Ce nom, sujets religieux. La découverte de la peinture à
it le doit an récit trop résigné qu'il a fait de sa l'huile par les frères van Eyck (t42S) donne l'art
longue captivité dans les cachots de l'Autriche. IfM un nouvel essor. Fra Angelico(mort en 1455) peint
Prisons sont un tableau simple et touchant de son le Couronnement de la Vierge, Masaccio (1402-
martyre. L'horreur que, sans le vouloir peut-être, 1443) commence l'étude du nu, dans laquelleexcel-
il inspire pour les bourreaux, a été pour eux un leront tes peintres de la Renaissance.
juste et cruel châtiment. Ainsi, ce chrétien à ou- La sculpture dérive de la ciselure et de t'orfë-
trance n'a pas peu contribué à l'expulsion de l'étran- vrerie, si remarquables an moyen Age. Ghiberti
ger. Il n'en est pas moins vrai que cette lecture (mort en 1455) sculpte tes portes du baptistère
attendrissante laisse un malaise indénnissabie. On de Florence. Donatello (mort en 1466) est l'auteur
voudrait contre le despotisme ces haines vigoureu- de Judith et Holopherne, Saint-Marc, David, etc.
ses dont parle Molière, et on ne trouve que les té- L'Italie a laissé périr la plupart des admirables
moignages .répétés d'une soumission à l'injustice monuments de l'antiquité. Pendant cinq siècles,
et à l'oppression qui ne saurait être ni une vertu l'architecture produit peu d'œuvres originales. Le
ni un devoir. tombeau de Théodoric à Ravenne est une construc-
Entre les deux écoles se place le Florentin Nic- tion massive, ne rappelant en rien ce qu'on a ap-
colini (t785-1861) qui essaye de les concilier. Cri- pelé plus tard architecture gothique. Mais dès te
tique éloquent et philologue habile, il est sur- xt* siècle, à Venise, s'élève l'église Saint-Marc, de
tout auteur dramatique. Il s'inspire d'Alfieri et des style byzantin au xn* siècle, à Pise, le Dôme, le
Grecs, dont il reproduit la simple énergie, tout en Baptistère, la fameuse Tour penchée; a Florence,
s'abandonnant à cette nèvre d'allusions politiques Santa Croce et Santa Maria, achevée par Brunel-
dont l'Italie était dévorée depuis Foacolo. Dans sa leschi ~377-1444).
tragédie de Forcarini (1SÏ7), il joint à la simplicité La musique reste longtemps religieuse. Saint
Ambtoise à Milan, et plus tard saint Grégoire à pieri (le Dominiquin), Guido Reni (le Guide),J. F.'
Rome, réforment les chants liturgiques(chant gré- Barbieri (ta Guerchin).L'école napolitaine produit
gorien). C'est surtout dans l'Allemagne et les Salvator Rosa (1665-1673).- V. Peinture.
Flandres qu'il faut chercher le développement ori- La sculpture entre dans une voie nouvelle avec
ginal de l'art musical. On a beaucoup exagéré les Michel-Ange et Benvenuto Cellini.
réformes du moine Guido ou Gui d'Arezzo (mort La musique devait quelques réformes au Ha-
vers 1050). Il n'a fait qu'introduire la clarté dans mand Dufay (mort en 1432), qui se fixa à la cour
la notation obscure des neumes, et substituer aux pontificale. Un siècle plus tard, un autre Flamand,
tâtonnementsdes écoles, où la mémoire jouait un Desprez (mort en 1531), tantôt & Ferrare, tantôt
grand rôle, une méthode rationnelle pour rensei- à Rome, composaitdes messes fort renommées de
gnement du chant. son temps. Le Français Goudimel (mort en )5'!2)
La Renaissance. La Renaissance des lettres fonda à Rome une école de musique. Son meilleur
et des arts est le résultat d'un grand effort tenté éieve fut Palestrina. Désormais l'Italie eut des
au xv* siècle pour renouer avec l'antiquitélachaine musiciens illustres après Palestrina (1524-1594),
des traditions intellectuelles et morales. Cosme de Zarlino, Tartini, Scarlatti.
Médicis, Laurent le Magnifique, et Léon X de Mé- Du dix-septièmesiècle jusqu'à nos jours. L'I-
dicis ont puissamment encouragé ce mouvement. talie asservie a perdu ses grands peintres et ses
Tandis que les lettrés italiens étudient les an- grands sculpteurs, mais elle a tror.vë de grands
ciens, et bientôtproduisent à leur tour des œuvres musiciens. Pergolèse (mort en 1736), Cimarosa
originales, les arts brillent déjà d'un éclat incom- <mort en i80t) n'ont pat été dépassés, même de
parable avec Pollaiuollo, Nallo, Ghirlandaio. Mais nos jours. Guglielmi et Paesiello ont beaucoup
le sentimentchrétien tend à disparaître. Le siècle perdu de leur ancienne réputation. Le bruyant
d'Alexandre VI adore la force. La violence éclate Piccini (1728-1800) a rempli le dernier quart du
dans les faits; le culte des muscles s'impose à la xvnt* siècle de sa lutte contre Gluck et les musi-
peinture et à la sculpture, dans les œuvres de Pie- ciens français. Après lui viennent les grandes
T*o Vanucci (le Pérugin), maitre de Raphaël; de
illustrations contemporaines, Cherubini, Spontini,
Léonard de Vinci (t452-)5n), d'Andrea del Sarto, Rossini, Bellini, Donizetti, et Verdi, le seul survi-
<<e Michel-AngeBuonarotti (1474-1564), qui enfante vant des maestri qui ont porté si haut la gloire
des colosses; de Raphaël (H83-H20) et de son de la musique italienne. V. Musique.
élève Jules Romain. Le sensualisme domine en- La peinture n'a plus produit de nos jours en
core ptus dans l'école'vénitienne, dans les œuvres Italie des artistes d'une réputation européenne.
de Tiziano Vecelli (le Titien), et de Giacomo Ro- L'école moderne de sculpture italienne reconnalt
busti (le Tintoret) Paolo Caliari (Paul Véronèse, pour chef Canova (mort en 1822). De beaucoup
1528-1588) se distingue par la richesse et la va- supérieurs, dans cette branche de l'art, aux autres
riété du coloris. L'école lombarde affecte une fière