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Election

événement
présidentielle

2007 Paris, le 31 janvier 2007.

événement
G
laçant ! Il a dit glaçant. l’incarnation de la haute trahison. Or, cela
Mais s’il ne l’avait  n’avait nullement empêché que Jean-Louis
pas dit ? Borloo, même malheureux comme les
Car enfin, sept pierres, s’aplatisse ; que Simone Veil, fût-ce
jours avant que Fran- de la plus mauvaise grâce possible, assure
çois Bayrou ne laisse la claque et, dans un premier temps au
tomber ce glacial juge- moins, que les médias, presque tous les
ment, le généticien grands médias, s’écrasent.
Axel Kahn avait déjà, Tant le personnage fait peur.

Ce que
dans Marianne, agité
le grelot. Ainsi Nicolas Sarkozy, qui, déjà
(ceci explique cela), voulait faire repérer
chez les marmots de 2 ans les bourgeons Ses mots pour le dire
de la délinquance, avait pu, dans Philo- Pourquoi ? Parce que ses entreprises de

les grands
sophie Magazine, déclarer que, selon lui, séduction envoûtent. Parce qu’il dis-
la pédophilie et le suicide des adolescents pose, partout, et surtout dans les médias,
étaient d’origine génétique, qu’on était en d’amis dans la place et très haut placés ?
quelque sorte biologiquement programmé Ou parce qu’on redoute la brutalité de

médias n’osent
pour la déviance ou l’autodestruction, que ses réactions ?
l’action éducative ou sociale n’y pouvait La preuve par l’affaire Azouz Begag.
rien, le rachat ou la miséricorde divine La scène se passe en 2006 : le ministre
non plus – retour terrifiant du concept délégué à l’Egalité des chances, interpellé

pas ou ne
eugéniste du gène du crime – sans que, à propos de quelques fortes saillies du
pendant dix jours, aucun journal quoti- ministre de l’Intérieur, s’excuse : « Je ne
dien ou hebdomadaire, aucune radio ou m’appelle pas Azouz Sarkozy. » En guise
télévision réagisse. Ainsi, pour ne prendre d’agression, on a connu plus destructeur !

veulent pas
qu’un exemple, avant la riposte bayrouiste, Aussitôt, explosion de fureur de Sarkozy
notre confrère le Monde, que des dérapages qui menace « de casser la gueule de l’in-
de Le Pen qui allaient beaucoup moins solent » et lui hurle, par saccades rageu-
loin faisaient immédiatement monter sement répétitives, qu’il est « un connard,
au créneau, n’avait même pas consacré  un salaud, qu’il ne veut plus jamais le voir

dévoiler
10 lignes réprobatrices à cette stupéfiante sur son chemin ». On imagine, un instant,
rémanence de l’idéologie socio-biologique Malek Boutih racontant, dans un livre,
de l’extrême droite païenne. Comme s’il que Ségolène Royal lui a aboyé à la figure
était beaucoup plus dangereux de tacler que François Hollande allait « lui casser

le vrai
le patron de l’UMP que de stigmatiser le la gueule » parce qu’il aurait osé murmu-
leader du Front national. rer : « Je ne m’appelle pas Malek Royal. »
Comme si Sarkozy faisait peur. Aussitôt, invitation sur tous les médias à
Or cette sortie intervenait après l’an- raconter l’histoire, comme l’ex-socialiste
nonce de la création, en cas de victoire de Eric Besson. Là, service minimum. C’est
la droite, d’un « ministère de l’intégration Sarkozy qui a obtenu, comme toujours,
et de l’identité nationale », annonce qui le temps de parole. Pour expliquer que ce
avait littéralement sidéré, et pour cause, la n’était là qu’infâme menterie. D’ailleurs,
presse allemande, et dont même l’extrême a-t-il expliqué sur i Télé, il « croi[t] n’avoir
droite autrichienne de Jörg Haider avait jamais rencontré Azouz Begag ». Surréa-
tenu à dénoncer les « nauséeux relents ». Et, liste ! Depuis deux ans, ils font partie du
surtout, après la série de furieuses philip- même gouvernement. On imagine ce que
piques, telles qu’on n’en avait plus entendu signifierait le fait qu’effectivement, bien

sarkozy
depuis quarante ans, inimaginables dans que siégeant sur les mêmes bancs et par-
quelque pays européen civilisé que ce ticipant aux mêmes conseils, Sarkozy ait
soit, relents de propagande stalinienne refusé de voir Begag !
des années 50 et de rhétorique fascisante Pour une fois, cependant, le démenti
d’avant-guerre, qui revenaient à décrire les sarkozyen fait flop. Tout le monde sait, en
concurrents du leader UMP, qu’ils fussent effet, que les mots que rapporte Azouz

corentin fohlen / fedephoto


centristes ou sociaux-démocrates, comme Begag sont les siens et pas les pires ; que
les candidats protégeant les délinquants, le ces derniers jours, par exemple, il n’a
Par jean-François Kahn, avec serge maury vol et la fraude, donc du crime, les suppôts cessé de traiter de « connards » ses propres
philippe cohen, laurence dequay des voyous, les représentants du parti des conseillers et animateurs de campagne,
et le service france de « marianne ». malhonnêtes gens et de la dégénérescence accusés d’être responsables de la moindre
morale, l’anti-France enfin, c’est-à-dire difficulté de campagne. Un article qui le 

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2007 événement
 défrise dans Libération ? Il téléphone reportage diffusé sur France 3 lui a attribué
au propriétaire, qui est un ami : « Vous êtes un rôle un peu ridicule. Mais il se trouve
un journal de merde ! Avec des journalistes qu’étant l’une des rares à oser s’adresser

ÉvÉnement
de merde ! » Il refuse, contrairement à Royal avec franchise à son héros elle lui avait
et à Bayrou, pourtant très maltraité par fait remarquer que, entouré d’une nuée
Libé, de se rendre dans ce journal pour de courtisans qui passaient leur temps à
un entretien avec la rédaction : « Libé n’a chanter ses louanges et sa gloire, il était
qu’à se déplacer ! ». Il considère qu’il n’a devenu allergique à la moindre remarque
pas été reçu à France 3 national avec les critique. Elle s’était en outre inquiétée de
honneurs qui lui sont dus. A l’adresse de sa tendance à s’immerger compulsive-
la direction il hurle : « Si je suis élu, je vous ment dans les sondages qui lui renvoyaient
ferai tous virer ! » constamment sa propre image. Résultat :
out ! « Cramée », disent les « bonnes cama-

insultes… rades » de la pécheresse. Il fait peur.


Eh bien, il est temps de soulever 
C’est d’« enculés » que se font traiter les cette chape de plomb. De braver cette
confrères d’une radio qui lui ont apparem- conspiration du silence.
ment tapé sur les nerfs… qu’il a sensibles. Il
soupçonne un journaliste d’être favorable à
François Bayrou. « Ils couchent ensemble », Catherine Nay
commente-t-il. Evoquant certains de ses
adversaires, il prévient, carnassier : « Je vais entre les lignes
tous les niquer. Les niquer ! » Plus macho, tu Il y a quelques mois, Guillaume Durand
ouvres un harem. Parlant de Michèle Alliot- consacrait deux heures de son émission
Marie, qu’il soupçonnait, à tort, d’avoir « Esprits libres », au livre plutôt hagiogra-
joué un rôle trouble dans l’affaire Clears- phique de Catherine Nay consacré à Nico-
tream, ne l’appelle-t-il pas « la salope » ? las Sarkozy. Les livres hostiles au candidat
L’économiste et expert financier Patrick UMP, assez nombreux, n’ont jamais eu
Artus critique certaines propositions du cette chance. Or la lecture de cet ouvrage,
candidat UMP. Il reçoit aussitôt un mail honnête malgré tout, laisse une impres-
de son chef de cabinet « On s’en souvien- sion étrange. Certes il est censé vanter les
dra ! » Même expérience rapportée par un qualités du « grand homme » ; mais, en
industriel qui eut le malheur de déplaire : même temps, et au second degré, il en
« On se retrouvera. On est pour moi ou dresse un portrait psychologique extra-
contre moi ! » « Je n’ai jamais été confronté, ordinairement préoccupant : celui d’un
raconte ce patron, à un entourage aussi homme dont l’unique véritable sujet de

françois mori / ap / sipa


agressif, aussi belliqueux. » Pourquoi le préoccupation est lui-même, sa propre
préfet Dubois, responsable des relations saga et sa quête obsessionnelle du pouvoir.
presse de la Préfecture de police, est-il L’histoire qui le fascine, c’est la sienne ;
débarqué du jour au lendemain : parce Paris, le 30 mars 2007. de l’humanité, il ne retient que sa part ;
qu’il aurait ricané des ennuis conjugaux son ascension, à quoi se réduit son seul
du ministre ! idéal, débouche sur l’arrivée au sommet
Une enquête télé avait été réalisée
dans les Hauts-de-Seine. Elle montrait
tivement, proclamé à la cantonade qu’il
aurait la peau du directeur de la rédaction,
prend des initiatives qui, venant de 
Le Pen ou de Ségolène Royal, provo-
Les confrères vatrice américaine. La presse italienne
insiste sur sa proximité avec la droite post-
qui constitue son seul rêve. Il ne lit qu’un
livre, celui dont son ambition constitue la
l’incroyable pesanteur des pressions
(avec carotte et bâton, promesses et
Alain Genestar. Mais il en resta là. Mieux :
il obligea Arnaud Lagardère à attendre plu-
queraient une irruption réprobatrice 
dans le landernau ?
étrangers osent, eux ! fasciste de la péninsule (qui s’est, avec
Gianfranco Fini, ouverte à la modernité).
trame. N’écoute qu’une seule musique,
celle qui lui permet sans répit de chanter
chantage) qui se sont exercées sur les sieurs mois avant de le virer. Au Journal du Pourquoi toutes ces angoisses affi- Les confrères étrangers, eux, n’ont évidem- Si la presse conservatrice britannique son épopée. Aucune ouverture sur une autre
élus UDF de ce « Sarkoland » pour qu’ils dimanche, mieux encore : parce qu’il avait chées en privé, peut-être excessives, mais ment pas ces pudeurs. Le correspondant à identifie volontiers, avec admiration, perspective que celle dont sa personne
lâchent Bayrou. L’enquête en question a appris qu’on s’apprêtait à virer le direc- qui ne s’expriment jamais en public : Paris d’une radio suédoise interroge tout Sarkozy à Mme Thatcher, la plupart des dessine l’horizon, sur un autre monde que
été « trappée », comme on dit, sur ordre teur de la rédaction du journal, soi-disant cette star de la télévision évoque, en cas de go : « Sarkozy ne représente-t-il pas un journaux européens, en particulier scandi- celui dont il occupe le centre.
de la direction. Elle aurait déplu ! Sur une pour lui complaire, il n’intervint cette fois, de victoire du candidat UMP, « un risque risque de dictature ? » Un journaliste de la naves, l’assimilent plutôt à un aventurier  Analyse-t-il les changements qui se
radio, interdiction a été faite à un confrère après avoir reçu et sans doute retourné de contrôle quasi totalitaire des médias » ; télévision croate qui a suivi le candidat dans néobonapartiste qui représenterait une produisent autour de lui, dans la société ?
de rappeler, statistiques à l’appui, que le le confrère, que pour exiger qu’il reste en cette consœur de LCI se dit « terrorisée à ses pérégrinations en dresse un portrait, grave menace pour la démocratie. Non… Mais, sans cesse, il revient sur le seul
bilan du ministre en matière de sécurité place. Il a même tenu à donner son avis l’idée d’une présidence sarkozyste » ; cette d’ailleurs exagéré, à faire dresser les che- changement qui l’obsède et rythme ses dis-
n’est pas bon. Ça eût dérangé ! sur la journaliste politique que devrait
embaucher une radio et sur le directeur
journaliste du Figaro, qui connaît bien le
candidat, et livre une description effec-
veux sur la tête. Le Süddeutsche Zeitung de
Munich dépeint « un macho sans scrupule La peur de la trappe cours : son propre changement, dont il fait
comme un ressort. « C’est vrai, explique-t-il

Il n’a plus besoin que ne devrait pas engager Libération !


Ne prend-il pas un malin plaisir à lancer
tivement assez dantesque de son carac-
tère. Mais pas question de se dévoiler. Il
et brutal qui joue avec la peur des gens ». Le
Frankfurter Allgemeine Zeitung lui décerne
En France, en revanche, tout se passe
comme si ce type d’analyse était indici-
à Catherine Nay, j’étais égoïste, dépourvu
de toute humanité, inattentif aux autres,
d’intervenir aux journalistes qui lui font cortège : « Je
connais très bien votre patron. Je sais ce
fait peur. « Ma rupture avec lui, confie
Jean-François Probst, ex-secrétaire géné-
le prix de « l’homme politique le plus ambi-
tieux et plus impitoyable d’Europe qui n’a
ble. On n’ose pas. On a peur. De quoi ? Des
représailles si Petit César l’emporte ? De
dur, brutal… Mais j’ai changé ! » Sans cesse
ensuite, au grand désarroi de ceux qui
Or, comme on ne prête qu’aux riches, on qui se passe dans votre rédaction. » ral adjoint du RPR des Hauts-de-Seine pas de vraie conviction, mais s’aligne sur la trappe qui s’ouvrira aussitôt ? l’idolâtraient quand il était, à l’en croire,
soupçonne systématiquement Sarkozy On s’interroge donc : outre ses très et collaborateur de Charles Pasqua, c’est l’humeur du peuple ». Le quotidien espagnol Celle qui s’est ouverte, par exemple, si mauvais, il fera l’aveu de tout ce que lui
d’être intervenu. Mais, le plus souvent, fortes accointances avec les grands le gaullisme. Je voulais, j’espérais qu’il El Pais voit en lui un héritier populiste des sous les pieds de la députée UMP Nadine reprochent ses adversaires pour mieux
ce n’est pas le cas. Ce n’est pas la peine. patrons des groupes de médias, est- serait l’homme de rassemblement. Or, il « régénérationnistes de la droite espagnole Morano. Elue de Lorraine, fervente sarko- magnifier l’ampleur des métamorphoses
Il n’a même pas besoin. Quand Paris ce la crainte qu’il suscite, la peur des ne cesse de semer la division. Et j’ai passé de la fin du XIXe siècle ». Le Tageszeitung zyste, talentueuse femme de tempérament, par quoi il se transcende. Quitte à se révé-
Match avait publié un reportage sur  représailles s’il est élu, qui expliquent l’âge de me laisser impressionner par un de Berlin (de gauche, il est vrai) décrit un n’ayant pas froid aux yeux, elle faisait partie ler, à l’usage, plus égotique et plus brutal
les amours new-yorkaises de Cécilia et cette relative impunité dont bénéficie Hortefeux hystérique. » George Bush tricolore qui veut imposer en de la task force du candidat. Et, soudain, encore. Au philosophe Michel Onfray il
de son chevalier servant, il avait, effec- Sarkozy quand il tient des propos ou Mais les autres ? France l’idéologie de la droite néoconser- à la trappe ! Officiellement, parce qu’un déclare, dans Philosophie Magazine : 

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2007 événement

ÉvÉnement
christian hartmann / sipa
ludovic / rea

Paris, le 8 mai 2006. Mulhouse, le 24 novembre 2006.

 « Je vais peut-être vous consterner, mais Concernant Chirac, Villepin, Le Pen ou son obsession du moi lui tient lieu de pensée. fini. Il a un compte à régler avec la vie qui valut d’être désigné du doigt, menacé de l’hypothèse d’une présidence Sarkozy les
je suis en train de comprendre la gravité José Bové, on peut également tout oser. Ce La critique équivaut pour lui à une décla- le pousse à créer de l’affrontement partout, représailles, ostracisé par le clan avec une terrifie ; qu’il y a « de la graine de dictateur
des choix que j’ai faits. Jusqu’à présent, je n’est qu’à propos de Nicolas Sarkozy qu’on ration de guerre qui ne peut se terminer et non à rassembler. » D’autres brodent : violence « digne d’une bande des cités ». chez cet homme-là » ; que, constamment,
n’avais pas mesuré. » n’aurait « pas le droit de dire ça ! ». Mais que par la reddition, l’achat ou la mort de « C’est un enfant qui n’atteindra jamais C’est d’ailleurs un ex-haut responsable « il pète les plombs », de très nombreux élus
qu’en revanche il serait loisible, comme l’adversaire. » Sa principale faiblesse ? Son l’âge adulte. » A quoi Roselyne Bachelot du RPR qui raconte : « En septembre 1994, UMP, les plus nombreux, sont devenus des

Il n’a pas le droit Paris Match la semaine dernière, de lui


consacrer, sur des pages et des pages,
manque total d’humanisme. « Chirac, lui,
a le souci des autres, de l’homme. Sarkozy
réplique : « Mais tous les hommes sont
immatures ! » On ne parle plus, on n’ose
aux journées parlementaires de Colmar,
alors que Balladur était donné gagnant
groupies enthousiastes de l’homme qui
seul peut les faire gagner et dont personne
de le dire des dithyrambes grotesques dignes de
Ceausescu, certains journalistes de ce
écrase tout sur son passage. Si les Français
savaient vraiment qui il est, il n’y en a pas
plus parler, comme hier – du moins tout
fort –, de « malfrat » ou de « petit voyou »
par tous les sondages, on eut affaire à la
garde rapprochée de Sarkozy. Elle respirait
ne nie les formidables qualités de battant.
Et le courage. Mais même eux n’étouffent
Finalement, le livre de Catherine Nay, magazine dussent-ils nous avouer qu’ils 5 % qui voteraient pour lui. » (pourtant, ce qu’on l’a entendu !). Mais, l’arrogance, elle y allait de toutes les mena- pas totalement leur inquiétude et souli-
bien que non suspect de malveillance, en auraient « pleuré de honte », mais Un des plus importants hiérarques de dans les coulisses de l’Elysée, on laisse ces. On disait aux députés restés fidèles à gnent volontiers sa violence. « Oui, c’est
ne révèle-t-il pas une certaine folie et des qu’on ne peut rien contre un ordre d’en l’UMP, officiellement soutien fervent du simplement tomber : « On fait confiance Chirac qu’il allait “leur en cuire”. » L’ancien vrai, reconnaît l’un deux, il antagonise, il
pulsions autocratiques chez cet homme haut ! (L’Express a même fait, sur deux  candidat (comment faire autrement ?), au peuple français ! » Et, justement, il y vice-président du RPR des Hauts-de-Seine clive, il joue les uns contre les autres avec la
qu’elle qualifie elle-même de « bonapar- pages, ce titre ubuesque : « Sarkozy : il renchérit : « Sarkozy, c’est le contraire de a encore trois semaines, on se commu- Jean-François Probst confirme : « Sarkozy plus extrême cruauté. » « Il n’est vraiment
tiste » ? L’hypothèse formulée suscite, gardera son calme. ») l’apaisement. Chirac, vous verrez, on le niquait, en jubilant, les sondages qui croit toujours, comme en 1995, qu’il peut totalement humain, confie un autre, que
aussitôt, une levée de boucliers indignée regrettera. Lui, il n’a jamais eu de mots vio- indiquaient une montée en puissance de intimider les gens. Quand je l’ai rencontré, quand il s’agit de lui-même. » « Il a un
sur le plateau de l’émission. On n’a pas le
droit de dire ça ! Verboten ! Le directeur Et, pourtant, en privé, lents. » « Attention, met en garde le ministre
de l’Agriculture, Dominique Bussereau,
François Bayrou. Non point qu’on l’aime,
celui-là, ce « démocrate-chrétien jésuiti-
dans les années 80, il avait déjà ses qua-
lités – énergie, ténacité –, et ses défauts,
problème de nerfs, de paranoïa, admet-
tent-ils tous, mais il s’arrange, il mûrit, il
du Point, Franz-Olivier Giesbert, siffle le
hors-jeu. Lequel Giesbert, pourtant, ne se ils le disent on va très vite à la révolte aujourd’hui. »
« La France, c’est du cristal », dit, inquiet,
que » mais, enfin, on ne va pas « laisser la
France tomber entre les mains de Catilina »,
dont j’imaginais qu’il les corrigerait. Je
pensais, notamment, qu’il comblerait son
se densifie. » Voire…

gêne nullement pour déclarer Dominique


de Villepin passible de l’asile d’aliénés. Un
Tous les journalistes politiques savent,
même s’ils s’interdisent (ou si on leur inter-
Jean-Pierre Raffarin.
Dominique de Villepin a mis sa langue
dangereux aventurier populiste romain
dénoncé par Cicéron.
inculture. Bernique ! Il n’a fait que courir
d’une lumière l’autre. Il est fasciné par ce Un lourd secret
talentueux éditorialiste de droite convient, dit) d’en faire état, qu’au sein même du dans sa poche. Il n’en pense pas moins… qui brille, les nouveaux riches, le show Donc, il y aurait, s’agissant du caractère de
en coulisse, qu’il y a « un vrai problème ! ».
Halte là ! On n’a pas le droit de dire ça !
camp dont Sarkozy se réclame on ne cesse
de murmurer, de décliner, de conjuguer.
que Sarko « a loupé sa cristallisation » ; que
« sa violence intérieure, son déséquilibre Comme une bande off, les copains à gourmettes même s’ils
trichotent avec les règles communes, Tom
Sarkozy et de son rapport à la démocratie,
comme un lourd secret qui, au mieux,
C’est tabou !
Pourtant, sur toutes les ondes. Eric
Quoi ? Ça ! Lui confier le pouvoir, c’est,
déclara Jacques Chirac à ses proches,
personnel, l’empêchent d’atteindre à la
hauteur de la présidence ». Les chiraquiens des « cités » Cruise qu’il reçoit à Bercy, ébloui, et fait
raccompagner en vaporetto. »
préoccupe ses amis, au pis, angoisse ou
affole ceux qui savent, un terrible non-dit
Besson, l’ex-responsable socialiste, a pu « comme organiser une barbecue partie du premier cercle, Henri Cuq (ministre Un député UMP spécialiste des problèmes Bien sûr, si les chiraquiens maintenus, dont bruissent les milieux politico-jour-
expliquer que Ségolène Royal, Bécassine en plein été dans l’Estérel ». Claude Chirac délégué aux Relations avec le Parlement), juridiques, eut le malheur de s’opposer les derniers villepinistes, les ultimes vrais nalistiques, mais que les médias s’inter-
dangereusement allumée, déjà comparée a, elle, lâché cette phrase : « J’aurais pré- ou Jérôme Monod, le conseiller, ne veulent au ministre de l’Intérieur à propos des gaullistes, quelques libéraux ou ex-cen- disent, ou se voient interdire, de dévoiler.
par Brice Hortefeux à Pol Pot, au fasciste féré Juppé. Lui, au moins, c’est un homme pas déroger à la consigne du silence. Mais, « peines plancher ». Il est, et reste, sarko- tristes ralliés à l’UMP confient, à qui veut Il fait peur !
Doriot et à Staline, représente un mixte d’Etat. » Le ministre libéral François Gou- en petit comité, les mêmes mots revien- zyste. Pourtant, il fait part de son effare- les entendre (mais les journalistes qui La gauche elle-même participe de cette
du maréchal Pétain et du général Franco. lard ne le dissimule pas : « Son égotisme, nent : « Ce garçon n’est pas mûr. Il n’est pas ment. Cette simple prise de distance lui les entendent n’en rapportent rien), que occultation. Sans doute ­s’attaque-t-elle à 

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2007 événement
 Sarkozy, parfois même avec outrance et de son propre camp pour, après le carnage,
mauvaise foi. Mais que lui reproche-t-elle ? rester seul entouré de ses chaouches. » Après
D’être de droite, ou même, stigmatisation la défaite de 1995, ne s’est-il pas livré, dans

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suprême, une sorte de « néoconservateur le journal les Echos, sous pseudonyme, à
américain à passeport français », comme le une descente en flammes de ses propres
clamait Eric Besson avant de retourner sa comparses : François Fillon ? « Un nul qui
veste. Est-ce un crime ? La diabolisation de n’a aucune idée. » Michel Barnier ? « Le vide
la différence est aussi contestable venant fait homme. » Philippe Douste-Blazy ? « La
d’un bord que de l’autre. Le débat démo- lâcheté faite politicien. » Alain Juppé ? « Un
cratique implique qu’il y ait une gauche, un dogmatique rigide. Fabius en pire. » Quant
centre, une droite, cette dernière n’étant à Villepin, il s’est plu, si l’on en croit Franz-
pas moins légitime que ses concurrents. Olivier Giesbert, à lui promettre de finir
De même qu’une partie de l’opinion repro- « pendu au croc d’un boucher ». Vis-à-vis
che au PS d’avoir trahi l’idéal socialiste ; des autres, fussent-ils des amis politiques,
de même une autre partie, importante, aucune tendresse ! Jamais !
estime que Jacques Chirac a blousé son
électorat en menant une vague politique
de « centre gauche » et exige un fort coup Il suffit de l’écouter
de barre à droite. Sarkozy, il suffit, au demeurant, de le lire
C’est cette aspiration « à droite toute » ou de l’écouter. De quoi parle-t-il ? De
que Sarkozy incarne avec énergie et talent. lui. Toujours. Compulsivement. Psycha-
Le combattre n’exige nullement qu’on nalytiquement. Que raconte-t-il ? Lui !
criminalise a priori cette incarnation. Qui prend-il comme témoin ? Lui ! Qui
donne-t-il en exemple ? Lui ! Il est, jusqu’au

Il est de droite, délire parfois, sa propre préférence. Jamais


hors « je ». Ce « je » qui, à l’entendre, est
et après ? forcément « le seul qui », « le premier à »,
« l’unique capable de », « le meilleur pour ».
Oui, Sarkozy, en son tréfonds – et même Comme si l’univers tout entier était devenu
si on l’a convaincu de ne plus rien en lais- un miroir qui ne lui renvoie plus que son
jean-claude coutausse / fedephoto pour « le monde »

ser paraître –, est « atlantiste » et entend reflet, quitte à entretenir constamment


rompre avec la politique gaulliste d’« or- chez lui l’angoisse que le miroir lui dise
gueilleuse » prise de distance à l’égard des un jour, comme à la marâtre de Blanche-
Etats-Unis. Oui, il se réclama de George Neige, qu’il n’est « plus la plus belle ».
Bush à l’époque où celui-ci triomphait ; C’est pourquoi, d’ailleurs – et même
oui, il est le candidat quasi unanime- ses proches s’en effarent –, il vit constam-
ment soutenu par le CAC 40, le pouvoir ment immergé dans les enquêtes d’opi-
financier et la très haute bourgeoisie ; oui, nion, qui, plusieurs fois par jour, ont
ses convictions en matière économique  pour objet de le rassurer sur l’évolution
et sociale en font plus le disciple de  de son image. Un argument ne passe
Mme Thatcher que de Philippe Séguin ; Angers, le 1er décembre 2006. pas ? On y renonce. Un mot fait tilt ? On
oui, il se sent beaucoup plus proche du le répète à satiété. Une peur s’exprime ?
modèle néolibéral anglo-saxon que du On la caresse dans le sens du poil. Le
modèle français mixte tel que l’ont façonné « facho » ou de « raciste », comme s’y risque celle qui servit de carburant, dans le passé, nous confie ce député UMP, issu de l’UDF, il ne sait pas s’interdire. Quelque chose public veut des expressions de gauche ?
les gaullistes, les sociaux-démocrates et l’extrême gauche, est une stupidité. à bien des apprentis dictateurs. officiellement intégré à la meute « de en lui, d’irrépressible, toujours, l’entraîne On lui en servira. Une musique d’ex-
les démocrates-chrétiens. Le publicitaire Pourquoi faudrait-il (à condition de Oh, évidemment, cela se murmure, au Sarkozy » : « On dit qu’il est narcissique, au-delà. « Sur un vélo, rapporte Michel trême droite ? On la lui jouera. Il a même
Thierry Saussez, qui lui est tout acquis, ne pas abuser des camouflages logoma- point même de faire déjà, au sein de la cou- égotiste. Les mots sont faibles. Jamais je Drucker qui a souvent pédalé à ses côtés, été jusqu’à faire l’éloge de la violence
explique que « sa manière de faire de la chiques comme le fait le champion UMP che supérieure de la France qui sait, et au n’ai rencontré une telle capacité à effacer même quand il s’agit d’une promenade, il sociale… des marins pêcheurs.
politique renvoie à ce que les patrons et quand il cite Jean Jaurès ou multiplie les fond des souterrains de la France qui s’en spontanément du paysage tout, absolu- se défonce comme s’il devait constamment Il commande tellement de sondages
les salariés vivent dans leurs entreprises ». envolées « ouvriéristes ») que se situer doute, un boucan d’enfer. Les médiateurs ment tout, ce qui ne renvoie pas à lui- battre un record. » qu’il est devenu le meilleur client de cer-
Tout est business. à droite constitue, en soi, un délit ? On savent, les décideurs le pressentent. Mais même. Sarko est une sorte d’aveugle au Tous ses proches emploient spontané- tains instituts, qui, du coup, ont quel-
Mais, finalement, en tout cela, il ne se accuse également Sarkozy, ici de soutenir les uns et les autres ont comme signé un monde extérieur dont le seul regard possi- ment la même expression : « Il ne peut pas ques scrupules à ne pas satisfaire son
distingue guère des droites européennes « l’Eglise de Scientologie », et là d’avoir engagement : on ne doit pas, on ne doit ble serait tourné vers son monde intérieur. s’empêcher. » Par exemple, de dire du mal contentement de soi. Il a même réussi à
qui, comme lui, veulent démanteler l’Etat- promis à Chirac une amnistie contre son sous aucun prétexte, le dire. Il se voit, il se voit même constamment, de Chirac, même quand la prudence exi- inspirer à l’Ifop des sondages, publiés dans
providence et approuvèrent la guerre de soutien. Mais il n’existe aucune preuve. Etrange atmosphère que celle qui fait mais il ne voit plus que ça. » gerait qu’il s’en abstienne. Ainsi, en 1994, le Figaro, dont les questions quasiment
George Bush en Irak. Donc, on ne retient pas. que, dans cette campagne électorale, ce cette salve : « L’électroencéphalogramme de rédigées par son entourage (sur l’affaire
Au demeurant, son pragmatisme, son qui se dit obsède peu, mais ce qui obsède
Plus fort que lui… la Chiraquie est plat. Ce n’est plus l’Hôtel de Cachan ou la polémique avec les juges)
cynisme même, son « populisme » de tona-
lité bonapartiste, son intelligence instinc- Cette vérité énormément ne se dit pas ; que ce dont
on parle au sein des médias et chez  Au fond, où est le mystère ? Sarkozy, c’est
de Ville, c’est l’antichambre de la morgue.
Chirac est mort, il ne manque plus que les
ne permettaient pas d’autres réponses
que celles qui le plébiscitaient.
tive, ne permettent nullement de le décrire
interdite les politiques, les médias, précisément, et peut-être une qualité, est transparent. Aux trois dernières pelletées de terre. » Il ne peut
en ultralibéral ou en idéologue illuminé.
Enfin, même si sa proximité avec la droite Le problème Sarkozy, vérité interdite, est
les politiques n’en parlent pas !
« Fou », entendons-nous : cela ne
autres et à lui-même. Moins il regarde, plus
il se montre, s’affiche, se livre. D’autant,
pas s’empêcher, non plus, de se livrer à un
jubilatoire jeu de massacre en direction de Il est « le seul qui… »
néofranquiste espagnole ou berlusco- ailleurs. Ce que même la gauche étouffe, rature ni l’intelligence, ni l’intuition, ni comme le reconnaît un publicitaire qui a ceux, de son propre camp, qui ne sont pas Etrangement, si, constamment confronté
nienne italienne n’en fait effectivement pour rester sagement confinée dans la l’énergie, ni les talents du personnage. travaillé pour lui, qu’il ne sait pas se réfré- de sa bande ou de sa tribu. « Jamais, peut- à son reflet, il ne cesse d’intervenir pour en
pas un « modéré », loin de là, et même si confortable bipolarité d’un débat hémi- « Fou » au sens, où, peut-être, de considé- ner, se contraindre. « Il est tellement fort, être, un leader politique n’avait aussi systé- corriger les ombres, sa capacité d’écoute
la rhétorique agressivement extrémiste plégique, c’est ce constat indicible : cet rables personnages historiques le furent ajoute-t-il drôlement, qu’il est plus fort que matiquement pris son pied – dixit une de (ou de lecture) est extrêmement faible.
qu’il déroule, depuis quelques semaines, homme, quelque part, est fou ! Et aussi ou le sont, pour le meilleur mais, le plus lui. » La raison ne parvient jamais à censu- ses victimes au sein de l’UMP – à assassiner, Invite-t-il des intellectuels médiatiques
le déporte loin du centre, le qualifier de fragile. Et la nature même de sa folie est de souvent, pour le pire. Ecoutons ce que rer son tempérament. Prompt à interdire, les unes après les autres, les personnalités à déjeuner au ministère de l’Intérieur 

20 Marianne / 14 au 20 avril 2007 14 au 20 avril 2007 / Marianne 21


Election
présidentielle

2007 événement
 que l’un d’eux, Pascal Bruckner (qui fut, un temps, l’un des principaux roua-
pourtant le soutient), explique que, loin ges ? Est-ce sous le drapeau de la moralité
de s’imprégner de leurs analyses, il a pra- qu’on envoya de gros clients très évasifs

ÉvÉnement
tiquement parlé tout seul. Reçue par lui, au banquier suisse Jacques Heyer qui,
la démographe Michèle Tribalat lui écrit : d’ailleurs, consuma leur fortune (celle de
« J’ai pu apprécier votre conception du Didier Schuller en particulier) ? Les rap-
débat. Vous n’imaginez pas qu’un autre ports d’affaires (ou de tentatives d’affaires)
point de vue (que le vôtre) présente un quel- avec l’intermédiaire saoudien Takieddine
conque intérêt. » D’ailleurs, il refuse les étaient-ils placés sous le signe de l’inté-
débats. Lors de ses prestations télévisées, grisme moral ? Le soutien constant apporté
on s’arrange pour qu’il n’ait jamais de vrais aux intérêts du groupe Barrière dans les
contradicteurs pouvant exercer un droit de casinos et les machines à sous ne fut-il
suite. Le plus souvent, il choisit, d’ailleurs,  dicté que par des considérations mora-
lui-même les autres intervenants. listes ? Pourquoi, enfin, avoir promis de
Cette abyssale hypertrophie du moi, à rendre public son patrimoine et être le
l’évidence, entretient chez Sarkozy cette seul à s’en être abstenu ?
hargne de conquête, de contrôle, cette
boulimie de pouvoir exclusif, le conduit à
éradiquer toutes les concurrences poten- Un système clanique
tielles et à neutraliser, à étouffer contes- Sarkozy n’est pas du tout un malhonnête
tations et critiques. Il suffit, d’ailleurs, de homme. Simplement il est, fût-ce à son
l’écouter, mais aussi de le regarder « être » corps défendant, le pur produit d’un sys-
et « faire ». Jamais il ne se résout à n’être tème, celui du RPR des Hauts-de-Seine,
qu’un membre, fût-ce le premier, d’un col- dont Florence d’Harcourt, l’ex-députée
lectif. Forcément l’unique, le soleil autour gaulliste de Neuilly, a crûment décrit l’ir-
duquel tournent des affidés. D’où sa pré- répressible mafiosisation, renforcée par le
dilection pour un entourage de groupies déferlement des flux financiers immobiliers
de grandes qualités et de grands talents, à générés par le développement du quartier
la vie à la mort, « une garde rapprochée » de la Défense, dont Sarkozy tint d’ailleurs à
comme on dit, mais aussi de porte-serviet- présider l’établissement public.
tes et de porte-flingues, de personnages Son suppléant, en tant que parlemen-
troubles encombrés de casseroles et de taire, fut d’ailleurs le maire de Puteaux,
transfuges. Avec eux, peu de risques ! Charles Ceccaldi-Raynaud, puis sa fille qui,
bien qu’adjointe à la mairie de Puteaux,

Double discours bénéficia en même temps d’un emploi fictif


à la mairie de Neuilly. Quand Sarkozy voulu
Il y a, chez Sarkozy, une incroyable dicho- récupérer son siège de député, hop !, on la
tomie du discours (ou plutôt du double nomma au Conseil économique et social.
discours). Seul peut l’expliquer le fait Devenu, à tort ou à raison, le symbole d’une
que le rapport à lui-même est, chez lui, certaine « ripouïsation » d’un demi-monde
à ce point central que cette centralité de de politiciens locaux, Ceccaldi-Raynaud,
christophe ena / ap / sipa

l’ego épuise en elle-même, et donc en petit dirigeant socialiste en Algérie française,


lui-même, toute contradiction. Ainsi, au dû regagner précipitamment la métropole
lendemain de ses brutales tentatives de à la suite des graves accusations dont il était
criminalisation de ses concurrents, Bayrou Villebon-sur-Yvette, le 20 mars 2007. l’objet, y compris d’avoir toléré des mauvais
l’ayant épinglé sur l’affaire du détermi- traitements dans un camp de prisonniers
nisme génétique, il déclare benoîtement : dont il était responsable. En France, élu de
« Un candidat devrait s’abstenir de toute volontiers à une solidarité sans faille des patron d’une société de revêtement, eut ses ­contradictions comme une cohérente après qu’on fut devenu ministre, à son la gauche SFIO à Puteaux, il passa à droite
attaque contre ses adversaires ! » Le jour siens, tout son camp devant se mettre à emmené le dossier à son lieutenant, Brice unicité de parcours dès lors que c’est lui, ancien cabinet d’avocats, en partie spé- et, lors de l’une de ses premières campa-
même où il décide de jouer à fond, contre sa disposition, mais, pendant la crise du Hortefeux. Objectif ? Abattre Chirac ! C’est l’unique, le point central, qui porte et justifie cialisé dans les expulsions de locataires gnes électorales, ses gros bras tuèrent un
les candidats qui lui sont opposés – et avec CPE, alors qu’il avait lui-même, le premier, lui encore, prétendent-ils, qui aurait fait cette cohérence. Ainsi, lorsqu’il accuse ses après vente à la découpe, de continuer à militant socialiste et en blessèrent d’autres.
quelle violence ! –, la stratégie guerrière de préconisé ce type de contrat de travail, non révéler, au Canard enchaîné, l’affaire de concurrents, de gauche ou centristes, d’être porter son nom – société Arnault Claude- Ensuite, il traîna derrière lui tellement de
l’affrontement manichéen, il présente un seulement il en pointa soudain l’inanité et l’appartement d’Hervé Gaymard, en qui il les candidats de la fraude, de la voyoucratie Nicolas Sarkozy –, ce qui s’avère d’autant casseroles (dernière affaire : il est mis en
opuscule dans lequel il explique (sous la exigea son retrait, mais, en outre, il incita voyait un adversaire. C’est lui encore qui et de la dégénérescence morale, c’est le plus intéressant qu’on continue à détenir examen dans une affaire de marché truqué
rubrique « J’ai changé ») qu’il eut, certes, l’un des leaders de la révolte estudiantine fit distiller, dans la presse, de quoi faire jour où Tapie, l’un des rares affairistes qui un gros paquet d’actions et à toucher des de chauffage urbain) qu’il devint une sorte
sa phase brutale, mais qu’il est désormais à « tenir bon ». Il s’agissait, évidemment, continuellement rebondir le feuilleton lui manquait encore, se rallie à lui. dividendes –, est-ce le modèle même du de mythe. Sarkozy, ce qui plaide peut-être
totalement zen et apaisé. Azouz Begag, d’achever Villepin. du scandale Clearstream transformé en comportement impitoyablement moral ? en faveur de son sens de la fidélité, ne l’a
dans son récit, rapporte que, lorsqu’il osa machine à broyer et achever Dominique
Faillite morale, dit-il Publier un livre consacré à l’ancien minis- jamais lâché, même quand, ministre des
critiquer l’emploi du mot « racaille », le
ministre de l’Intérieur hurla qu’il s’agissait Comme on assassine de Villepin. Quand, dans un grand mee-
ting parisien, il lança que la victoire du Quelle capacité d’auto-amnistie cela
tre Georges Mandel qui se révèle, pour
partie au moins, être un plagiat coupé-
Finances, il aurait pu ou dû. Quand la fille
Ceccaldi-Raynaud, députée-maire à son
d’un scandaleux manque de solidarité
gouvernementale, qu’il était inconceva- tous les concurrents… oui au référendum européen permettrait
de sortir, enfin, du modèle social français,
révèle !
Car, enfin, se faire, fût-ce en partie,
collé de la thèse universitaire de Bertrand
Favreau, certaines erreurs comprises, est-
tour, mécontente des critiques d’un jour-
naliste blogueur, laisse publier sur le site de
ble qu’un ministre critique un collègue. A entendre les chiraquiens, même ceux n’était-il pas conscient qu’il favorisait de la offrir un luxueux appartement aménagé ce la quintessence du moralisme inté- la mairie une lettre laissant supposer une
Or, depuis des mois, il avait lui-même qui se sont ralliés à son panache, c’est lui, sorte le camp du non et, par voie de consé- par le promoteur qu’on a systématique- gral ? Est-ce une moralité sans faille qui inclinaison infamante, Sarkozy ne moufte
déclenché un tir nourri contre Chirac et Sarkozy, qui, ministre du Budget de Balla- quence, plombait le pauvre Jean-Pierre ment favorisé en tant que maire, et dans permit à Thierry Gaubert d’organiser son toujours pas.
Villepin, son président de la République dur, lança la justice sur la piste du scandale Raffarin ? Autrement dit, soyez avec moi, l’espace dont on a, toujours comme maire, vaste système de gestion arnaqueuse du Il resta pareillement fidèle à son grand
et son Premier ministre. des HLM de Paris après que, dans l’espoir moi qui ai profité de toutes les occasions financé l’aménagement, est-ce un exemple 1 % logement dans les Hauts-de-Seine à ami le député-maire de Levallois Patrick
D’une façon générale, il en appelle d’un étouffement, l’industriel Poullain, le pour être contre vous. En fait Sarkozy vit d’attitude hautement morale ? Permettre, l’ombre des réseaux sarkozystes dont il Balkany. Quand ce dernier, archétype 

22 Marianne / 14 au 20 avril 2007 14 au 20 avril 2007 / Marianne 23


Election
présidentielle

2007 événement

ÉvÉnement
patrick kouarik / afp

alfred / sipa
Paris, le 8 mai 2006. Paris, le 18 mars 2007.

 lui aussi du roi de la magouille affai- de vertu : Doc Gyneco, chargé comme Mais qui se déclarait « fier d’être surnommé « Kärcher en septembre, 200 000 adhé- « Dans un monde où la déloyauté est pouvoirs exécutif et législatif, entre les
risto-municipale, employeur à son seul un sherpa, Johnny Hallyday qui répudie Sarkozy l’Américain » ? rents [à l’UMP] en novembre. » « Racaille, la règle, vous me permettrez d’afficher, de mêmes mains, lesquelles disposeront, en
profit du personnel de la mairie, accablé la France pour ne plus payer d’impôts, Qui affirma, aux Etats-Unis, qu’il se le vocable était sans doute un peu fai- manière peut-être provocante, ma loyauté outre, d’une majorité au Conseil consti-
par la justice et accusé, en prime, de comme Jean-Michel Goudard, l’un de sentait souvent « un étranger dans son ble. » envers Jacques Chirac » (juin 1992). tutionnel, au CSA et au sein de la plupart
se livrer à des fellations sur menace de ses principaux conseillers en communi- propre pays » ? « Vous savez pourquoi je suis tellement « Je refuse tout ce qui est artifice pour des institutions du pays.
revolver, écarté du RPR, est défié par cation, Antoine Zacharias, le Napoléon Qui regretta que la France ait brandi populaire ? Parce que je parle comme les façonner à tout prix une image, les photos Hier, le journal la Tribune trappait un
un gaulliste clean, Olivier de Chazeaux, des stock-options ? son droit de veto pour s’opposer à la gens » (avril 2004). avec femme et enfants, la success-story, sondage parce qu’il n’était pas favorable
qui soutint Sarkozy ? Patrick Balkany. Certes, à l’image de Simone Veil ou de guerre d’Irak ? « Maintenant, dans les réunions vouloir se faire aimer, poser en tenue à Sarkozy ; une publicité pour Télérama
C’est-à-dire le délinquant. Notons que l’écrivain Yasmina Reza, de très nombreu- Qui stigmatisa, depuis l’Amérique, publiques, c’est moi qui fais les questions décontractée. » était interdite dans le métro parce qu’elle
les Levalloisiens, par suite d’une gestion ses personnalités de grande qualité, repré- « l’arrogance » dont aurait fait preuve et les réponses et, à la sortie, les gens ont On nous dira, ensuite : il faut lui faire était ironique à l’égard de Sarkozy ; un
que soutient Sarkozy, supportent une sentant tous les milieux et toutes les pro- Dominique de Villepin lors de son l’impression qu’on s’est vraiment parlé » confiance, il faut le croire. Mais où est livre était envoyé au rebut, le patron
dette de 4 000 à 6 000 € par habitant. fessions, soutiennent également Sarkozy, fameux discours devant le Conseil de (le Figaro, mai 2005). le filet de sécurité ? d’un grand magazine également, parce
C’est, d’ailleurs, le cabinet d’avocats y compris certaines en provenance d’une sécurité de l’ONU ? « Les gens qui habitent Neuilly sont qu’ils avaient importuné Sarkozy ; Yan-
Sarkozy qui défend, en autres, la mai-
rie de Levallois, laquelle accumule les
haute intelligentsia réputée de gauche,
mais droitisée par leur soutien à la guerre
Qui, avant de confier au chiraco-
séguiniste Henri Guaino le soin de rédi-
ceux qui se sont battus pour prendre plus
de responsabilités, pour travailler plus Le vrai danger nick Noah était censuré, parce que ses
propos déplaisaient à Sarkozy. Aucun
contentieux. d’Irak. Reste que le profil de ses partisans ger ses interventions, opposa sans cesse que les autres. » On évoque obsessionnellement le danger journal, fût-il officiellement de gauche,
les plus enthousiastes et les plus engagés,  le ringardisme du « modèle français » à la « Si je ne faisais pas attention, tous les Le Pen. Il existe un risque, en effet. Un n’a échappé aux efficaces pressions de

Qui sont ses soutiens ? y compris les plus faisandés des ex-
petits marquis mitterrandolâtres, ne font 
modernité du modèle anglo-saxon ?
Nicolas Sarkozy pourrait d’ailleurs
jours je serais à la télévision jusqu’à ce
que les téléspectateurs en aient la nau-
terrible risque que, comme en 2002, le
leader de l’extrême droite déjoue tout
Sarkozy.
Voter Sarkozy n’est pas un crime.
Faut-il rappeler que ses principaux et pas nécessairement de Sarkozy (dont il largement figurer dans la rubrique « Ils sée » (1995). les pronostics et porte ainsi un nouveau C’est même un droit. Nous ne dirons
premiers supporteurs dans le monde n’est pas question de mettre en doute ont osé le dire », tant ses propos, depuis « Le rôle du politique est de tout faire coup à notre système démocratique. pas, nous, que ce candidat représente
politique ne furent et ne sont pas spé- l’intégrité ou l’allergie à la déviance) le quinze ans, illustrent éloquemment tout pour ne pas exacerber les tensions. Plus Mais tout le monde sait que Le Pen, lui, la fraude, la délinquance, l’anti-France
cialement vêtus de probité candide : mieux placé pour dépeindre l’ensem- ce qui précède, c’est-à-dire une dicho- la société est fragile, moins le discours ne sera pas élu président de la Républi- et la faillite morale.
Alain Carignon, Gérard Longuet, Thierry ble de ses adversaires en défenseurs tomie rhétorique qui se cristallise dans doit être brutal. La meilleure façon de que. Heureusement, il ne dispose, lui, Nous voudrions simplement qu’on
Mariani, Manuel Aeschlimann (150 pro- de la fraude, de la délinquance et de la l’unicité de son exaltation du moi ! faire avancer la société, c’est de la ras- contrairement à son adversaire – concur- se souvienne plus tard – quitte, ensuite,
cédures, 600 000 € de frais d’avocats par ­décadence morale. Citons, presque au hasard : « Il y en a surer, non de l’inquiéter. La réforme doit rent de droite (à l’égard duquel il fait à nous en demander compte – que nous
an) et même Christian Estrosi n’ont pas combien qui peuvent se permettre d’aller être comprise comme un ciment, non preuve d’une certaine indulgence), ni avons écrit qu’il représente pour la
précisément défrayé la chronique à cause
de la blancheur immaculée de leur cur- « L’identité nationale », à La Courneuve ? Je suis le seul [toujours
le seul !] à être toléré dans ces quartiers. Je
comme une rupture » (juillet 2006 dans
Témoignages).
du pouvoir médiatique, ni du pouvoir
économique, ni du pouvoir financier.
conception que nous nous faisons de
la démocratie et de la République un
riculum vitae. Il paraît même que Pierre
Bédier en pince désormais pour lui. parlons-en… suis le seul ! » « J’irai systématiquement,
toutes les semaines, dans les quartiers
« Je n’aime pas étaler ce qui, finale-
ment, appartient à ma vie privée. »
Pouvoirs qui, en revanche, si Sarkozy
était élu – et il peut l’être –, ainsi que
formidable danger.
S ’ i l e s t é l u , n o u s s a v o n s q u e 
Quant à son fan-club, qui prétendra
qu’il n’est constitué que de parangons
Est-il, en revanche, fondé à se proclamer
seul défenseur de « l’identité nationale » ?
les plus difficiles et j’y resterai le temps
nécessaire » (2005).
« La France souffre de l’égalitarisme
et d’un état de nivellement. »
le pouvoir policier et militaire, seraient
concentrés, en même temps que les .
n o u s p o u r r i o n s e n p a y e r l e p r i x . 
Nous l’acceptons !

24 Marianne / 14 au 20 avril 2007 14 au 20 avril 2007 / Marianne 25