Vous êtes sur la page 1sur 2

CAS CLINIQUE

Mots-clés
Silicose - Aspergillose - Aspergillome
Keywords
Silicosis - Aspergillosis - Aspergilloma

Silicose et aspergillose
Silicosis and aspergillosis
C. Godet*, C. Beigelman-Aubry**

U
n homme, âgé de 66 ans, est hospitalisé en réanima-
tion médicale pour détresse respiratoire aiguë fébrile
avec hémoptysie. A
Ce patient, ancien tailleur de pierre, a un antécédent d’insuf-
fisance respiratoire chronique sévère sur silicose. La plainte
actuelle est une altération de l’état général évoluant depuis
2 mois avec toux et majoration de la dyspnée.
Une anémie microcytaire et un syndrome inflammatoire
biologique modéré sont retrouvés.

Examen
L’angio-TDM pulmonaire révèle l’existence d’adénomégalies
rétrotrachéales et hilaires associées à des masses de fibrose B
centrale, partiellement calcifiées, entourées de bulles d’emphy-
sème paracicatriciel (figures). Des images en grelot évocatrices
d’aspergillome sont retrouvées au sein des lésions excavées.
Un traitement par embolisation bronchique permet de juguler C
l’hypervascularisation artérielle systémique avec contrôle de
l’hémoptysie ; il est associé à un traitement antifongique.

Discussion
La silicose par inhalation de dioxyde de silicium et les pneu-
moconioses des mineurs de charbon sont les pneumoconioses
minérales fibrogènes les plus fréquentes. Le diagnostic est D
essentiellement anamnestique et radiologique.
Une silicose simple se caractérise par des nodules de moins
de 10 mm de diamètre. Au-delà, il s’agit d’une silicose compli- ▲ Figures. Aspect typique de truffe aspergil-
quée. Une prédominance lésionnelle en nombre et en taille est laire sur des lésions cavitaires préexistantes
du segment antérieur du lobe inférieur droit
retrouvée dans les territoires postérieurs des lobes supérieurs et du lobe supérieur gauche (A, B). Il s’y
et à droite, le flux lymphatique étant physiologiquement le associe un aspect de nécrose d’une masse
plus faible à ce niveau. silicotique partiellement calcifiée (C, D)
qui peut être l’expression d’une aspergillose
chronique nécrosante. Les densités irrégu-
* Service des maladies infectieuses et tropicales, hôpital La Milétrie, CHU de Poitiers.
lières en bande en rapport avec la fibrose
** Service de radiologie polyvalente diagnostique et interventionnelle, GH de la silicotique peuvent être relevées en (A).
Pitié-Salpêtrière, AP-HP, Paris.

238  |  La Lettre du Pneumologue • Vol. XIII - n° 6 - novembre-décembre 2010   


CAS CLINIQUE

À un stade avancé de la maladie, des opacités irrégulières et L’aspect d’un aspergillome est une masse arrondie partiellement
linéaires, une distorsion pulmonaire, des masses de fibrose progres- entourée par un croissant gazeux de siège déclive et mobile sur
sive avec emphysème paracicatriciel prédominant dans les segments des coupes en procubitus. Parfois, l’aspect est celui d’un corps
postérieurs des lobes supérieurs et les segments apicaux des lobes d’allure spongieuse occupant toute la cavité sans croissant gazeux.
inférieurs sont retrouvées, avec une possible nécrose ou calcifica- L’aspect typique dans le cas présenté a été confirmé par une séro-
tion. Les rétractions sont plus marquées dans les portions centrales logie aspergillaire fortement positive avec présence d’Aspergillus
des poumons. Il s’y associe une hypervascularisation artérielle fumigatus sur les examens directs des expectorations. ■
systémique bronchique ou pariétale par des anastomoses trans-
pleurales développées en regard d’épaississements pleuraux. Une
hypertrophie ganglionnaire avec calcifications en coquille d’œuf, Pour en savoir plus...
ponctuées ou diffuses et/ou une médiastinite chronique fibreuse
• Stark P, Jacobson F, Shaffer K. Standard imaging in silicosis and coal worker’s
peuvent être retrouvées. pneumoconiosis. Radiol Clin North Am 1992;30(6):1147-54.
L’hémoptysie est une complication fréquente et souvent grave. • Kim SY, Lee KS, Han J et al. Semiinvasive pulmonary aspergillosis: CT and patho-
L’étendue lésionnelle rendant souvent toute exérèse chirurgicale logic findings in six patients. Am J Roentgenol 2000;174(3):795-8.
impossible, seule l’embolisation artérielle bronchique est envisa- • Abramson S. The air crescent sign. Radiology 2001;218(1):230-2.
• Franquet T, Müller NL, Giménez A et al. Semiinvasive pulmonary aspergillosis
geable, comme chez ce patient. in chronic obstructive pulmonary disease: radiologic and pathologic findings in
Les autres complications sont la tuberculose, le pneumothorax nine patients. Am J Roentgenol 2000;174(1):51-6.
ou une greffe aspergillaire sur une cavité de nécrose aseptique.

Communiqués des conférences de presse, symposiums,


manifestations organisés par l’industrie pharmaceutique

Une AMM européenne pour Daxas® VEMS (avant bronchodilatation). L’effet du médicament Nouvelles
de l’industrie
pharmaceutique
(roflumilast) dans la BPCO était indépendant de l’utilisation concomitante d’un
β2-agoniste de longue durée d’action. Des analyses post
Daxas® (roflumilast), inhibiteur sélectif de l’enzyme de hoc rapportées lors du congrès de l’European Respiratory
la phosphodiestérase de type 4 (PDE4) développé par Society (ERS) 2010 montrent également que la réduction
Nycomed pour le traitement de la bronchopneumopathie du risque d’exacerbations est plus importante chez les
chronique obstructive (BPCO) s’est vu attribuer le 6 juillet patients qui ont présenté des exacerbations fréquentes
dernier une AMM communautaire par la commission euro- (≥ 2 dans l’année précédant l’inclusion), et ce quel que
péenne. Ce traitement au mode d’action original – il agit soit leur nombre (de 2 à 5), avec un allongement du délai
de manière spécifique sur l’inflammation – est indiqué de survenue de la première exacerbation et des suivantes.
en continu en cas de BPCO sévère (VEMS postbroncho- Ainsi que l’a souligné le Pr Neil Barnes (Londres, Royaume-
dilatateur < 50 % de la valeur théorique) associée à une Uni) : “Le principal bénéfice de Daxas®, en plus de ce qui
bronchite chronique chez les patients adultes présentant peut déjà être obtenu avec des bronchodilatateurs, est de
des antécédents d’exacerbations répétées, en complé- réduire le nombre d’exacerbations, ou de poussées aiguës
ment d’un traitement par bronchodilatateur. La demande de la maladie, qui sont les événements les plus difficiles à
d’autorisation de mise sur le marché (AMM) présentée à vivre pour les patients.”
l’Agence européenne du médicament (EMA) était fondée Ce traitement oral en une prise quotidienne devrait être mis
sur les résultats de 4 essais de phase III portant sur l’effet sur le marché français d’ici fin 2011, après l’Allemagne et
du roflumilast dans le traitement de la BPCO symptoma- la Royaume-Uni, en partenariat avec les laboratoires MSD.
tique. Dans 2 études pivot (1), contrôlées contre placebo,
Dr Catherine Bailly
d’une durée de 12 mois et incluant plus de 3 000 patients
souffrant de BPCO sévère ou très sévère associée à une
Référence bibliographique
bronchite chronique, avec au moins une exacerbation dans
l’année précédant l’inclusion, le roflumilast a entraîné de 1. Calverley PM, Rabe KF, Goehring UM et al. Roflumilast treat-
ment in symptomatic chronic obstructive pulmonary disease.
manière statistiquement significative une diminution des Lancet 2009:374;685-94.
exacerbations modérées à sévères et l’amélioration du

La Lettre du Pneumologue • Vol. XIII - n° 6 - novembre-décembre 2010  |  239